Titre : L'Ordre
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1948-04-14
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32829724j
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 14 avril 1948 14 avril 1948
Description : 1948/04/14 (A2,N195). 1948/04/14 (A2,N195).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t5117324g
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-1857
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 28/11/2021
La presse de Milan transforme
le coq français en chapon
à la suite du match de ( ohhnbes
(Dépêche de l'envoyé spécial de T InlraHsigeaïït)
2* année, — N f> 195.
PRIX : 5 FRANCS
Directeur politique : Émile BURÉ
MERCREDI
14 avril 1948.
Après le plan M
le plan O ?
M. ERNEST REVIN PAELERA
du premier, lundi aux Communes
Les grognards
et la cantinière
par Émile BURÉ
C’est la reüue des grognards de Vichy. Maréchal nous
voilà ! Nous défilerons tous devant toi sous l'étendard de ton
« défaitisme congénital. Pas un ne manquera à l’appel. Il y en
a déjà même deux de trop, deux égarés, mes vieux amis Jé
rôme et Jean Tharaud qui, durant l’occupation, arrachèrent
des mains de l'élégant et pervers Bobert de Bauplan le coq
gaulois que celui-ci se proposait d’étrangler pour que son cri
ne troublât plus les nuits enchanteresses de Hitler vainqueur.
Maudite Académie française de décadencé, de réaction et de
corruption qui peut changer ainsi en pétainiste un péguyste
authentique I
Une cantinière suivra le défilé prèle à relever, en cas de
besoin, le courage défaillant de la troupe qu’elle aecompa
gnera. C’est la femme du vainqueur de la Marne, c'est Mme ta
'maréchale Joffre. Bien avant la guerre, trouvant sans doute
que la Bcpublique ne l’avait .pas comblée, elle était en coquet
terie avec le royaliste Mourras. Elle devait aller à Pétain et
elle y alla, en effet, oubliant bien des choses : d'abord que son
glorieux époux avait déeoiironné le pseiido « vainqueur de
Verdun » en déclarant, le 25 mars 1918, à Baymond Poincaré .
« Bien que je sois tenu en marge, j’en vois et j'en suis assez
pour comprendre que Pétain a pêché par les mêmes défauts
que lorsqu'il voulait abandonner Verdun >, ensuite que celui-ci
aurait été, à Vichy, contraint par les lois liberticidés qu’il
édicta, de poursuivre comme franc-maçon son ancien cama
rade de combat dont il ne cessa jamais d’être jaloux des lau
riers si justement acquis, ceux-là, enfin, que le pauvre Mau
rice Sarraut, ami intime de ce dernier, tomba sous les coups
d’agents trop zélés de la cour vichyssoise qui fut non pas
cour du roi Pétain mais cour du roi Pétaud, comme le montre
Maurice Martin du Gard qu’elle amusa et abusa dans la Chro
nique de Vichy qu’il vient de publier.
Ces messieurs et ces dames, qui sanglotent aujourd’hui de
pitié les yeux tournés vers l’ile de Bé, se rigolaient avec
cruauté quand leur maréchal condamnait, avant qu’ils eussent
été entendus par les juges de Biom, Edouard Daladier et Léon
Blum, quand il faisait incarcérer Georges Mandel et Jean Zay,
afin que ceux de sa milice les eussent à leur disposition le.
jour où il leur plairait de les assassiner, quand il jetait dans
les camps de concentration, sans distinction d'âge ou de
sexe, juifs, franc-maçons, gaullistes et résistants de toutes
sortes.
La prison n’est jamais, certes, un paradis, mais Pétain, si
je me fie à ceux de mes confrères qui lui ont rendu visite,
n’est privé de rien dans sbn ile, sauf de la pleine liberté. Il
n’en fut pas de même des malheureux qu’il entassa dans ses
enfers de Vichy pour y être torturés de mille façons avant de
prendre le chemin des camps allemands de la mort lente ou
rapide. Louis Martin-Chauffier, dans son magnifique livre,
L’Homme et la Bête, qui reflète un sens de l’humain inéga
lable. a été l’un de ceux-là et il nous narre, en toute sincérité
de cœur, en toute sérénité d’esprit, son martyre et le leur.
C’est à lui, c’est à eux que va ma tendresse et non pas à leurs
bourreaux et à leur' chef. Lorsqu’il arriva à New-York, fin
1940, feu Jean Perrin, mon ancien camarade de lycée, prix
Nobel, l’une des plus pures gloires de la France, me confia
qu’Edouard Herriot lui avait dit de Pétain : « II est sadique
et Tartufe. » Mon jugement n’est pas différent de celui du
président du parti radical.
La justice de la résistance est, à n’en pas douter, boiteuse^
Elle a conduit, par exemple, au poteau Georges Suarez qui
n’avait dénoncé personne; elle a gracié les gaillards de Je Suis
Partout qui dénoncèrent sans trêve ni répit tous ceux qui se
refusaient à sacrifier au culte qu’ils rendaient à Hitler et à
ses complices. Mais la justice de Vichy, que fûUelle donc,
sinon, en fin de compte, le bon plaisir de l’envahisseur im
placable ?
Avide de pouvoir et incapable de l’exercer, Pétain aurait
fait perdre à la France la guerre de 1914 s’il avait été écouté.
Clemenceau veillait alors. Mais il n’était plus là en 1934 pour
s’élever contre les réductions de crédits militaires acceptées
par le défaitiste de 1918 devenu ministre de la Guerre, aussi
contre les méthodes de combat surannées qu’il continuait de
recommander, en dépit des avertissements du général de
Gaulle, alors son ami, et cette fois il ne manqua pas son coup
Le pire est qu’après avoir largement contribué au désarme
ment de notre pays il osait encore, ambassadeur de la Bépn-
blique à Madrid, déclarer le 1er janvier 1940 : < Nous réunis
sons toutes les conditions requises pour la victoire... Dans les
airs nous sommes fixés par les combats partiels qui se sont
déjà déroulés jusqu’ici et qui ont prouvé l’excellence de nos
pilotes et du matériel dont nous disposons. » Il ne croyait pas
un mot de son discours et il en témoigna lorsqu’il renvoya
devant le tribunal de Biom, Edouard Daladier, en le dénon
çant comme « l’homme qui, un jour de septembre, déclarait,
sans consulter la France, une guerre perdue d’avance >.
Nous aurons l’occasion de revenir sur la carrière militaire
et politique du maréchal, cher à ceuOc de nos académiciens, à
ceux de nos militaires, à ceux de nos prélats et à ceux de nos
salonnards qui trouvent encore dans leur réactionnarismc
exaspéré l’audace de lui tresser des couronnes. Il nous a suffi
aujourd’hui de marquer que leur manifestation dite de récon
ciliation nationale est, sans conteste, un mouvement de
provocation nationale. La France se reprenait à espérer, qu’elle
quitte toute espérance : voici les revenants de Munich et de
Vichy qui, après l’avoir atrocement blessée, se pressent pour
l’achever.
UNE PROTESTATION
de la famille Mangin
Quel soufflet pour M. Louis Madelin !
Les enfants du général Mangin
ou leurs ayants droit ont appris
par la presse, en 1945, que M.
Louis Madelin avait accepté la
Une lettre de Mme Man
gin à M. Louis Madelin
Monsieur,
Ayant appris que vous aviez ac
cepté d’être président d’honneur
d’un comité formé pour rempla
cer le monument élevé à mon
mari et détruit par ordre de Hit
ler, je vous ai prévenu que le
Conseil municipal de Paris avait
le même dessein. Vous avez alors
pensé que les deux comités de
vaient fusionner.
Depuis lors je vous ai écrit deux
fois pour vous signaler que plu
sieurs membres de votre comité
avaient eu, sous l’occupation, une
attitude que mon mari n’aurait pu
approuver, et qu’il serait nécessai
re de l’épurer.
Je n’ai reçu aucune réponse.
Je comprends aujourd’hui votre
silence, en lisant dans les jour
naux que vous êtes président d'un
comité formé pour obtenir la libé
ration de Pétain.
Car il faudrait, pour que votre
comité pour le monument pût fu
sionner avec celui de la Ville de
Paris, que vous en abandonniez
vous-même la présidence.
Recevez je vous prie, monsieur,
l’assurance de mes sentiments dis-
tingiés. A. MANGIN.
présidence d’un comité pour la
réérection à Paris du monument
du général Mangin détruit par
Hitler.
Ils apprennent aujourd’hui qu’il
a accepté la présidence d’un co
mité pour la libération de Pétain.
Ils constatent que le comité de
1945 a été formé sans l’aveu du
Conseil municipal de Paris, pro
priétaire de la statue détruite, et
que les efforts du président de
cette assemblée et de la famille
pour en exclure les éléments pé-
tainistes sont restés vains.
Sept fils et gendres du général
Mangin décorés de la Légion
d’honneur au péril de leur vie,
dont trois morts pour la France
représentés par sept de ses petits-
enfants pupilles de la Nation, at
testent qu’ils ont dû, après juin
1940, sortir de la légalité de fait
établie par Pétain pour pouvoir
combattre pour la libération de
leur patrie, que l’un d’entre eux,
le général Brosset, commandant
la première division française li
bre, mort pour la France en 1945,
a été condamné à mort en 1940,
en vertu de textes promulgués
par Pétain. Ils renouvellent au
Conseil municipal de Paris et au
général de Larminat, créateur de
la première division française li
bre, officier général le plus ancien
des troupes coloniales, la demande
à eux adressée par Mme Mangin
il y a un an, qu’ils constituent un
comité pour l’érection à Paris d’un
monument rappelant le nom du
général Mangin et la destruction
de sa ata tue par l’envahisseur.
LE SECOND TRAIN NOUVELLE TENSION
DE BAISSE
est " sur les rails "
Diminution des taxes sur les produits alimentaires
Baisse de 5 à 100/0 sur certains produits industriels
par II. BUFFANDEAU
Tandis que le premier train
de baisse a livré aujourd’hui son
wagon de charbon, — le combus
tible à usage domestique voit son
prix diminue de 10 % du 15 avril
au 15 septembre —, la seconde
rame se forme lentement au ca
binet et dans les services inté
, cessés.
Bien qu’aucune décision gou
vernementale ne soit encore in
tervenue, les études ont été assez
poussées, pour qu'il soit possible
d’en définir les lignes générales.
Il semble que la délégation du
Conseil économique ; ait obtenu
certains succès. Il est en effet
question sinon de supprimer, du
moins d’abaisser certaines des
taxes qui grèvent les denrées ali
mentaires. MM. René Mayer et
Bourgès-Maunoury n’ont pas en
core donné un accord qui sem
ble, par ailleurs, très près d’être
acquis à la présidence du conseil.
On conçoit que le ministre des
Affaires économiques ne veuille
pas compromettre l’équilibre fi
nancier qu'il a eu tant de peine
à réaliser. Certains de nos con
frères qui pensent de même, font
en effet observer que, la liberté
ayant été rendue à la presque
(Lire la suite en troisième pageA
Mais le faux est d’ores
et déjà certain
entre MOSCOu et Téhéran
Les Russes vont-ils envoyer légalement
des troupes en Iran ?
Les manifestations “pacifiques” de 'Amérique
VOL D'ENTRAINEMENT
DE SUPERFORTERESSES
entre les Etats-Unis et ‘Allemagne
New-York, 13 avril (Reuter).
— Trois escadrilles de superfor
teresses s’envoleront aujourd'hui
pour- l'Allemagne. Il s’agit d’un
vol d’entraînement du 301’ grou
pe de bombardement lourd à très
grande distance.
Les appareils se regrouperont
probablement au-dessus de Brest
a l’aube du 14 avril. Ils survole-
ront Paris en vol- de formation
portant chacun environ 10 hom.
mes. Le lieutenant-colonel Ellis
a déclaré que deux des escadrilles
regagneraient bientôt les Etats-
Unis ; la troisième remplacerait
une escadrille analogue qui se
±rouve déjà en Europe.
L’AFFAIRE ZORINE
EN ITALIE
avant de poursuivre
vers l’aérodrome de
bruck, en Allemagne.
leur route
Furstenfel-
commandée
L'opération sera -- — —
par le lieutenant - colonel Frank
Ellis, qui a refusé de révéler le
nombre d’avions et d’hommes qui
doivent y participer ; mais on
pense qu’il s’agit de 28 appareils,
Le général MARSHALL
accuse les communistes
d’avoir fomenté
rém eute de BOG OTA
‘ La conférence panaméricaine continuera ‘‘
Bogota, 13 avril. — Parlant à
des délégués de la conférence
panaméricaine, M. George Mar-
shall, secrétaire d’état américain,
a déJaré hier que la révolution
colombienne est la première ten
tative communiste d’envergure
déclenchée dans l’hémisphère oc
cidental depuis la fin de la
guerre.
H a déclaré que les délégués se
Soulèvement
communiste
au Costa-Rica
San José. — Le parti commu-
niste a lancé l’ordre de soulève
ment, armé. Des éléments' mili
taires ont obéi, ont pris Porto
Simon et marchent sur la capitale.
I.e gouvernement a demandé que
cette dernière — San José — fût
placée sous la protection du corps
diplomatique et en organise la dé
fense. D’importants combats se
déroulent également à Cartagio.
réuniront aujourd’hui à 19 heures
(G.M.T.) pour décider de la ques
tion de savoir si la conférence
poursuivra ou non ses travaux à
Bogota.
Selon M. Marshall, une grosse
majorité des délégués se pronon
cerait pour la continuation de la
conférence dans la capitale co
lombienne.
« Ayons clairement conscience,
a ajouté le secrétaire d’Etat amé
ricain, du fait que toute décision
prise ici concerne les affaires
mondiales et non seulement celles
de la Colombie ou celles de l’Amé
rique latine. Les événements dé
passent de loin la Colombie. Ils
sont de la même facture que ceux
qui ont précipité les grèves en
France et en Italie et des efforts
qui sont faits pour porter préju
dice aux élections italiennes.
L’envoyé spécial de l’agence
Reuter à Bogota, William Hard-
castle, estime que même si la
conférence reprenait ses travaux
la question des colonies européen
nes sera certainement réservée
pour un autre moment et un autre
endroit.
La conférence se consacrerait
surtout à la résolution anticom-
(Lire la suite en troisième page.)
1944
1945
1946 1947
1948
1949
LA SURVEILLANCE
DES PRIX
■ — Et maintenant ?
—- Impossible de continuer au
prix où est l’encre !
Les journaux anglais ne
pourront pas avoir
plus de quatre pages
avant longtemps
New-York, 13 avril (Reu-
ter). — A son arrivée à bord
du paquebot « Queen Eliza
beth », lord Rothermore, le
magnat anglais de la presse,
a déclaré aux journalistes
que les approvisionnements
britanniques en papier-jour
nal étaient dans une situa
tion « pire qu’elle ne l’a. ja
mais été. Nos stocks ont ra
rement été aussi bas. Nous
espérons pouvoir importer
suffisamment de papier l’an-
née prochaine pour pouvoir
continuer à paraître comme
actuellement sur quatre pa
ges, mais il n’est pas ques
tion d’avoir des journaux
dépassant ce nombre de pa
ges. »
UN ASSASSIN
D’ENFANTS
La longue chaîne des conflits
intérieurs où s’affrontent les
Etats-Unis et l’Union Soviétique
comporte un mailion qui de temps
à autre est porté au rouge puis
refroidit ensuite. Ce maillon est
l'Iran que se disputent avec achar
nement Washington et Moscou,
Londres étant pratiquement éli
minée au profit de la grande ré-
pu bliq ne d outre-A tlantique.
A Téhéran, le gouvernement de
M. Hakimi a de bonnes intentions
de neutralité mais en matière in-
térieure, il vient de décider l’ar-
restation de plusieurs centaines
de militants du parti Tudoh, con
sidérés comme communistes et
partisans de l’intervention ouverte
de l’U.R.S.S. dans les affaires de
leur pays. En outre M. Hakimi
a promulgué la loi martiale dans
les villes de Chalus, Shaki et
Shashavar, à proximité de la mer
Caspienne, zone de la frontière
russe.
Les Russes, opportunistes ou
logiciens, en ont déduit que l’Iran
Les Russes mettent en avant
le traité irano-soviétique de 1921
aux termes duquel des troupes
soviétiques peuvent être envoyées
en Iran si des pressions étran
gères menacent de faire de ce
pays une base d’attaque éventuelle
contre l’U.R.S.S., ce qui leur per-
mettrait de prendre de flanc la
Turquie qui bénéficie actuelle-
ment de livraisons américaines
d’importance.
Les Américains n’ont en tout
et pour tout à Téhéran qu'une
mission militaire forte de trente
officiers, mais Washington déclare
que « l’envoi de troupes soviéti-
ques en Iran
toléré ».
La nouvelle
serait difficilement
manœuvre soviéti-
que restera sans nul doute sur le
plan diplomatique, elle n’en cons
titue pas moins un test, Moscou
tâte le bastion américain du
Moyen-Orient
Londres. — En
leterre, la
police du comté du Lancashire
recherche un individu spécialisé
aux assassinats d’enfants et qui
a poignardé au cours des der
nières 48 heures deux bambins,
l'un de onze ans. l’autre de neuf.
Le premier a été trouvé mort
sur le remblai d’une ligne de
chemin de fer. Le second gisait
.évanoui et dans le coma mais
encore vêtu à quelques mètres.
L’assassin serait un homme, de
petite taille aux cheveux gris et
qui a déià blessé à coups de cou
teau dans la. même région une
petite fille et un petit garçon.
En outre la disparition d’une
fillette de 7 ans n’a jamais été
expliquée . et Pon pense que
l’homme aux cheveux gris doit en
être l’auteur.
passait de la neutralité
un rapprochement fort
les Etats-Unis.
Aussi selon certaines
reçues à Washington,
avouée à
net avec
nouvelles
leur am-
bassadeur à Téhéran a-t-il reçu
mission de protester auprès du
gouvernement iranien, car Moscou
considère que les décisions de M.
Hlakimi ont leur origine sur les
bords du Potomac.
DE GAULLE
INVITE A LA ROCHELLE
Le Conseil
municipal de La
Rochelle a décidé par 17 voix
contre 1.3 d’inviter le général de
Gaulle à présider l’inauguration
d’un monument à la mémoire de
l’ancien maire Léonce Vieljeux,
fusillé par les Allemands.
Londres, 13 avril (du rédacteur
diplomatique de l’agence Reu-
ter). —M. Ernest Bevin, secrétaire
au Foreign Office, donnera pgo-
bablement lui-même lecture lun
di prochain aux Communes d'un
communiqué officiel britannique
sur l’affaire du plan « M » —
prétendu projet de subversion
communiste dans la Ruhr.
On est de plus en plus certain
dans les milieux politiques de
Londres, que le silence du Foreign
Office sur cette affaire signifie
que le document est maintenant
reconnu comme un faux.
Un journal italien « révèle »
un « plan de soviétisation
de l’Italie » (?)
L’échec du plan « M » n’a pas
calmé l’imagination des amateur»
de fausses nouvelles. Le journal
italien II Tempo publie aujour
d’hui ce qu’il décrit comme « les
détails d’un plan communiste de
soviétisation de l’Italie » qui au
rait été envoyé au parti commu*
niste italien sous forme d’ordre
secret par M. Valerian A. Zorine,
ministre - adjoint des Affaires
étrangères d’U. R. S. S.
Le journal déclare que le plan
invoqué prévoit la fermeture im
médiate de toutes les frontières
et la suspension de toutes les ex"
portations et voyages à l’étranger
avant le 8 mai, jour de la premies
re réunion des deux nouvelles
Chambres. Aucune autre source
n’est citée.
Une milice populaire ayant des
pouvoirs de police auxiliaire et
des « avant-gardistes » du peu
ple, armés, seraient constitués, dês
(Lire la suite en troisième pagsA
« Allo, le Parlement
va sauter »
Londres. — D’une cabine
automatique à Londres, un
mystérieux correspondant a
téléphoné aujourd’hui au
Parlement britannique :
« Nous ferons sauter le Par
lement aujourd’hui à 18 h. »
Les recherches entreprises
aussitôt dans les deux Cham
bres n’ont rien donné, mais
certaines précautions ont
néanmoins été prises.
Ce matin
Conseil des ministres
Les membres du gouvernement
se réunissent ce matin en Conseil
des ministres à l’Elysée, sous la
vrésidence de M. Vincent Auriol,.
La délibération gouvernementale
sera en premier lieu consacrée à
un examen des principaux textes
dont le gouvernement demandera
la discussion par le Parlement dès
la rentrée de celui-ci.
M. André Marie soumettra à
l’approbation de ses collègues un
projet de loi relatif au fonctionne-
ment du Conseil supérieur de la
magistrature. • —
M. Jules Moch fera un exposé
sur le résultat d’ensemble des
élections à l’Assemblée algérienne.
Il fera part, en outre, des me
sures d’ordre prises à l’occasion
du congrès du R.P.F. à Marseille.
Enfin, il est probable que le
Conseil aura à se prononcer sur
la nomination de divers officiers
généraux.
LE BAGNARD DE L’ILE DE RE
connaît-il l’assassin
des châtelains d’Escoire ?
Ernest Bateau. forçat à Saint-
Martin-de-Ré, vient d’écrire au
procureur de la Républia ue à
Périgueux
férer dans
ferai des
nelles sur
: « Faites-moi trans-
votre ville
révélations
le triple
château d’Escoire. »
Rappelons le drame
et je vous
sensation-
crime du
qui se dé ¬
roula il y a six ans en ce manoir
surnommé depuis le « château
mystère » •
du
Maurice Garçon, Henri Girard
devait être acquitté.
Le procureur de la République
n'a pas’ encore fait connaître sa
réponse à la suite des déclara
tions d’Ernest Bateau. Mais on
laisse entendre que le forçat va
quitter prochainement l’île de Ré
pour la Dordogne.
Henri Girard, héritier de douze
millions, vit actuellement au
Canada.
Staline parle...
A PROPOS DU PACTE RUSSO-FINNOIS
" La méfiance entre les peuples
ne peut pas être éliminée
du jour au lendemain "
Londres, 13 avril (Reuter). —■
La radio de Moscou a diffusé hier
soir pour la première fois le texte
du discours prononcé par le géné-
ralissime Staline le 8 avril dernier
au cours du dîner offert par le
gouvernement soviétique à l’occa
sion de la signature du pacte d’as
sistance finno-soviétique. Voici les
passages essentiels de ce discours:
« Les grandes puissances, et no
tamment la plupart de leurs hom
mes d’Etat, semblent toujours
vouloir traiter les petites nations
avec condescendance. L’Union so
viétique, par contre, a tenu à fai
re du traité finno-soviétique un
pacte entre associés sur le même
pied d’égalité.
« Ce traité d’assistance marque
un tournant dans les relations en
tre nos deux peuples. Pendant
150 ans, une méfiance réciproque
a gêné les relations entre la Rus
sie et la Finlande.
< Du côté soviétique, des efforts
ont été faits dans le passé pour
essayer de faire disparaître cette
méfiance^ notamment en 1917, lors
que Lénine proclama l’indépen
dance de la Finlande. Il s’agissait
là d’un geste extraordinaire du
point de vue historique, malheu
reusement il ne fut pas compris
et la méfiance continua à exister.
Le résultat de cette méfiance se
traduisit par deux guerres entre
nos deux peuples.
« Il est nécessaire que le traité
qui vient d'être signé entre nos
deux pays fasse disparaître à ja-
mais cette méfiance en créant une
nouvelle base de relations entrd
nos deux peuples et que ce tour-
nant décisif marque le début d'une
ère de confiance et d'amitié entw
l’Union soviétique et la Finlande
« Nous tenons essentiellement
à ce que l’importance de ce pacte
soit bien comprise non seulement
par les personnes présentes dans
cette salle, mais aussi par celles
qui en sont absentes, c’est-à-dire
tous les Russes et les Finlandais,
« La méfiance entre les peuples
ne peut pas être éliminée du jour
au lendemain. Elle laisse pendant
de longues années des traces dont
l’élimination demande une longue
série d'efforts et de compréhen
sion-mutuelle, il nous faut créer
ce climat pour engendrer une tra
dition définitive de confiance et
d’amitié réciproque entre l’Union
soviétique et la Finlande.
« Le peuple soviétique estime
que chaque nation, grande ou pe
tite, a le droit d’avoir des tradi
tions particulières propres à son
génie national. Ces traditions
constituent le précieux apport quS
chaque nation fait au trésor coin*
mun de la grande famille mondiale
en l'enrichissant et en le compte
mentant.
« Nous voulons dire par là qu#
d’après ce principe, toutes les na*
tions, grandes ou petites, se trou
vent placées sur le même Pie4
d’égalité et ont le droit au même
respect. >
Le 25 octobre 1941, le fils du
châtelain. Henri Girard, âgé de
25 ans, annonçait aux fermiers
voisins puis à la gendarmerie
la macabre découverte qu’il ve
nait de faire. En descendant de
sa chambre il avait trouvé au
rez-de-chaussée du château, bai
gnant dans le sang, le corps de
son père, 50 ans, archiviste des
Affaires étrangères, de sa sœur
Amélie Girard, 49 ans, et de leur
bonne Louise Soudeix, tous trois
massacrés à coups de serpe.
Henri Girard, arrivé l’avant-
veille de zone occupée, préten
dait avoir passé une nuit pai
sible. Cependant certains indices
firent peser sur lui de lourds
soupçons. Il fut arrêté et, après
dix-huit mois d’emprisonnement,
déféré devant la cour d’assises
de la Dordogne.
Après un procès retentissant
dans lequel devait s’illustrer M*
LA CHRONI QUE DE L‘" ORDRE DE PARIS”
MORT D’UN PLAISIR
ou un méfait du cinéma
par JULIEN TEPP E
LA QUOTIDIENNE de Pierre LŒWEL
Ça y est
Eh bien! ça y est, voici l’offensive
Pétain déclenchée, et vous avez pu
lire hier les noms de ceux qui l’ins
pirent ou plutôt la patronnent, et
parmi lesquels brillent un cardinal
porte-parole de quelques autres car
dinaux et cinq académiciens sans
compter ceux qui sont de cœur avec
eux. (Aucune surprise de trouver
dans cette liste M. Henry Bordeaux,
ni M. Jean Tharaud dont l’éloge
du cardinal Baudrillart avait suscité
en pleine réception sous la Coupole
et, en guise de protestation, le dé
part du professeur Pasteur Vàllery-
Radot. ni M. Edmond Jaloux, fraî
chement de retour de Suisse.) Je
vous dis que la contre-révolution
est en marche et que tien ne Tarrê-
teta. (Pas le R.P.F. en tout cas.)
Un comité s’est dernièrement
constitué groupant des résistants ex
cédés de se voir bafoués et résolus,
paraît-il, à passer à l’action. Voilà
pour eux une excellente et décisive
occasion de se manifester. Voilà
l’épreuve-foret car à cet aboutisse
ment logique de la campagne minet
par la collaboration Va se mesuret
la résistance de la Résistance.
Pétain, c’est un homme et un
symbole. Il le redevient aujourd’hui
comme il le fut hier. La littérature
scandaleuse qui, sous la forme de
panégyriques ou de mémoires, pré
cède depuis quelques mois le mouve
ment qui s’affirme aujourd’hui, joue
à nouveau sur l’image d’un vieillard
glorieux et photogénique ayant misé
sur les deux tableaux. A sa suite
se profile Laval. Après Laval les
de Brinon, les Brasillach, les Maur-
ras. Entre eux tous les vichyssois,
officiels et officieux. Réhabiliter Pé
tain. c’est réhabiliter du même coup
tous ceux qui, ministtes, journalis
tes, policiers, par trahison, par in
térêt où par veulerie, l’ont suivi et
à son ombre ont travaillé pendant
cinq ans pour Hitler. Ceux-là se
pressent en foule derrière le glorieux
soldat de Montoire. Résistants de
France, une fois de plus, une fois
encore, une dernière fois, allez vous
les laissez passer 2.
Le XX e siècle passe pour nous avoir apporté
nombre de plaisirs nouveaux par ses inventions
incessantes et multiples, mais je crois qu’en revanche,
en vertu de cette loi psychologique bien connue :
« L’habitude émousse le désir et, partant, le
plaisir », l’une précisément de ses plus admirables
découvertes, le cinéma, en offrant à tous un moyen
facile de se divertir, a tué, ce faisant, un des plus
grands facteurs de joie que nous connaissions et
que j’appellerai la « jouissance anticipée ».
I out plaisir, tout divertissement pris en soi est
forcément bref, limité, caduc. L’homme, par l’ima
gination, se forge à l’avance les félicités qu’il
entrevoit et augmente d’autant de durée et d’inten
sité ce plaisir visé. Surtout si celui-ci est peu fré
quent, malaisé à atteindre. Ainsi l’enfant lorsqu’il a
obtenu la promesse d’aller au cirque ou au guignol,
durant toute la semaine, ou davantage, qui précède
cet événement, a le cœur gonflé d’espoir, guettant
une infinie béatitude. Il en parle à tout venant et
n’en rêve pas qu’en dormant, littéralement obsédé
qu’il est par cette perspective. Il compte les jours
qui le séparent de pareille euphorie, et il a peine à
comprendre que tout le monde ne partage pas cette
pinte de bonne humeur qu’il se paie à l’avance.
Or le cinéma — pour en venir au vif de notre
sujet qui ne se limite point à l'enfance — en met
tant à la portée de chacun un divertissement
commode, en se multipliant aux quatre coins des
moindres villes, bref, en vulgarisant et galvaudant
le bon « déduit » d’antan, le cinéma, donc, me
semble bien avoir porté un coup terrible à la
délectation préalable. Revers d’une médaille à
l’avers si merveilleux I
Nul ne songe plus, maintensat, de longs jouns
d’avance, au spectacle que lui offrira telle salle de
son choix : Il va quasi mécaniquement à l’Eden
ou au Palace de son quartier, comme il rend visite
chaque dimanche à tante Zoé ou baguenaude au
marché aux Puces. Simple sortie rituelle, sans
histoire ni charme, dont il pâtirait s’il s’en trouvant
privé, mais qui ne lui cause aucune alacrité réelle.
Il lui faut sa ration hebdomadaire de films, un point
c’est tout, qu’il absorbera en une sorte d’indifférence
et comme sur le pouce. En moins de cent minutes,
tout est consommé : où est le temps où les repré-
sentations demandaient des jours, voire des
semaines ? (Le mystère des Actes des Apôtres joué
à Bourges en 1536 dura un mois et une décade.
Un record !) Aujourd’hui, l’instauration du régime
permanent dans les salles obscures, avec un va-et-
vient perpétuel, met le comble à cette impression
d’éphémérité et d’insignifiance.
Ainsi le cinéma n’est plus un luxe. Il se rang®
parmi les besoins « nécessaires », et, perdant son
caractère « voluptuaire », il perd du coup l’attrais
et la poésie attachés à toute solennité, à toute fête
rare par principe.
« Fortunate senex », disait le pasteur de Virgils
à 1 ityre qui avait l’heur de rester dans ses champs.
Jusqu’à ce que les cinébus aient pénétré jusqu’à®
fond de nos provinces, nous dirons, nous : < Pleu
reuses, oui, heureuses gens des bourgs et des
campagnes qui, sevré* de plaisirs trop quotidiens,
connaissez encore le secret de vous réjouir trois
moi* d’avance du passage furtif de quelconques
comédiens ! » Car la profusion d’ébaudissements
à nous proposés, pauvres Parisiens, nous interd
cette ineffable joie de l’attente, le proverbe en ayan
menti qui affirme qu‘ « Abondance de biens fe
at Pa- a *
le coq français en chapon
à la suite du match de ( ohhnbes
(Dépêche de l'envoyé spécial de T InlraHsigeaïït)
2* année, — N f> 195.
PRIX : 5 FRANCS
Directeur politique : Émile BURÉ
MERCREDI
14 avril 1948.
Après le plan M
le plan O ?
M. ERNEST REVIN PAELERA
du premier, lundi aux Communes
Les grognards
et la cantinière
par Émile BURÉ
C’est la reüue des grognards de Vichy. Maréchal nous
voilà ! Nous défilerons tous devant toi sous l'étendard de ton
« défaitisme congénital. Pas un ne manquera à l’appel. Il y en
a déjà même deux de trop, deux égarés, mes vieux amis Jé
rôme et Jean Tharaud qui, durant l’occupation, arrachèrent
des mains de l'élégant et pervers Bobert de Bauplan le coq
gaulois que celui-ci se proposait d’étrangler pour que son cri
ne troublât plus les nuits enchanteresses de Hitler vainqueur.
Maudite Académie française de décadencé, de réaction et de
corruption qui peut changer ainsi en pétainiste un péguyste
authentique I
Une cantinière suivra le défilé prèle à relever, en cas de
besoin, le courage défaillant de la troupe qu’elle aecompa
gnera. C’est la femme du vainqueur de la Marne, c'est Mme ta
'maréchale Joffre. Bien avant la guerre, trouvant sans doute
que la Bcpublique ne l’avait .pas comblée, elle était en coquet
terie avec le royaliste Mourras. Elle devait aller à Pétain et
elle y alla, en effet, oubliant bien des choses : d'abord que son
glorieux époux avait déeoiironné le pseiido « vainqueur de
Verdun » en déclarant, le 25 mars 1918, à Baymond Poincaré .
« Bien que je sois tenu en marge, j’en vois et j'en suis assez
pour comprendre que Pétain a pêché par les mêmes défauts
que lorsqu'il voulait abandonner Verdun >, ensuite que celui-ci
aurait été, à Vichy, contraint par les lois liberticidés qu’il
édicta, de poursuivre comme franc-maçon son ancien cama
rade de combat dont il ne cessa jamais d’être jaloux des lau
riers si justement acquis, ceux-là, enfin, que le pauvre Mau
rice Sarraut, ami intime de ce dernier, tomba sous les coups
d’agents trop zélés de la cour vichyssoise qui fut non pas
cour du roi Pétain mais cour du roi Pétaud, comme le montre
Maurice Martin du Gard qu’elle amusa et abusa dans la Chro
nique de Vichy qu’il vient de publier.
Ces messieurs et ces dames, qui sanglotent aujourd’hui de
pitié les yeux tournés vers l’ile de Bé, se rigolaient avec
cruauté quand leur maréchal condamnait, avant qu’ils eussent
été entendus par les juges de Biom, Edouard Daladier et Léon
Blum, quand il faisait incarcérer Georges Mandel et Jean Zay,
afin que ceux de sa milice les eussent à leur disposition le.
jour où il leur plairait de les assassiner, quand il jetait dans
les camps de concentration, sans distinction d'âge ou de
sexe, juifs, franc-maçons, gaullistes et résistants de toutes
sortes.
La prison n’est jamais, certes, un paradis, mais Pétain, si
je me fie à ceux de mes confrères qui lui ont rendu visite,
n’est privé de rien dans sbn ile, sauf de la pleine liberté. Il
n’en fut pas de même des malheureux qu’il entassa dans ses
enfers de Vichy pour y être torturés de mille façons avant de
prendre le chemin des camps allemands de la mort lente ou
rapide. Louis Martin-Chauffier, dans son magnifique livre,
L’Homme et la Bête, qui reflète un sens de l’humain inéga
lable. a été l’un de ceux-là et il nous narre, en toute sincérité
de cœur, en toute sérénité d’esprit, son martyre et le leur.
C’est à lui, c’est à eux que va ma tendresse et non pas à leurs
bourreaux et à leur' chef. Lorsqu’il arriva à New-York, fin
1940, feu Jean Perrin, mon ancien camarade de lycée, prix
Nobel, l’une des plus pures gloires de la France, me confia
qu’Edouard Herriot lui avait dit de Pétain : « II est sadique
et Tartufe. » Mon jugement n’est pas différent de celui du
président du parti radical.
La justice de la résistance est, à n’en pas douter, boiteuse^
Elle a conduit, par exemple, au poteau Georges Suarez qui
n’avait dénoncé personne; elle a gracié les gaillards de Je Suis
Partout qui dénoncèrent sans trêve ni répit tous ceux qui se
refusaient à sacrifier au culte qu’ils rendaient à Hitler et à
ses complices. Mais la justice de Vichy, que fûUelle donc,
sinon, en fin de compte, le bon plaisir de l’envahisseur im
placable ?
Avide de pouvoir et incapable de l’exercer, Pétain aurait
fait perdre à la France la guerre de 1914 s’il avait été écouté.
Clemenceau veillait alors. Mais il n’était plus là en 1934 pour
s’élever contre les réductions de crédits militaires acceptées
par le défaitiste de 1918 devenu ministre de la Guerre, aussi
contre les méthodes de combat surannées qu’il continuait de
recommander, en dépit des avertissements du général de
Gaulle, alors son ami, et cette fois il ne manqua pas son coup
Le pire est qu’après avoir largement contribué au désarme
ment de notre pays il osait encore, ambassadeur de la Bépn-
blique à Madrid, déclarer le 1er janvier 1940 : < Nous réunis
sons toutes les conditions requises pour la victoire... Dans les
airs nous sommes fixés par les combats partiels qui se sont
déjà déroulés jusqu’ici et qui ont prouvé l’excellence de nos
pilotes et du matériel dont nous disposons. » Il ne croyait pas
un mot de son discours et il en témoigna lorsqu’il renvoya
devant le tribunal de Biom, Edouard Daladier, en le dénon
çant comme « l’homme qui, un jour de septembre, déclarait,
sans consulter la France, une guerre perdue d’avance >.
Nous aurons l’occasion de revenir sur la carrière militaire
et politique du maréchal, cher à ceuOc de nos académiciens, à
ceux de nos militaires, à ceux de nos prélats et à ceux de nos
salonnards qui trouvent encore dans leur réactionnarismc
exaspéré l’audace de lui tresser des couronnes. Il nous a suffi
aujourd’hui de marquer que leur manifestation dite de récon
ciliation nationale est, sans conteste, un mouvement de
provocation nationale. La France se reprenait à espérer, qu’elle
quitte toute espérance : voici les revenants de Munich et de
Vichy qui, après l’avoir atrocement blessée, se pressent pour
l’achever.
UNE PROTESTATION
de la famille Mangin
Quel soufflet pour M. Louis Madelin !
Les enfants du général Mangin
ou leurs ayants droit ont appris
par la presse, en 1945, que M.
Louis Madelin avait accepté la
Une lettre de Mme Man
gin à M. Louis Madelin
Monsieur,
Ayant appris que vous aviez ac
cepté d’être président d’honneur
d’un comité formé pour rempla
cer le monument élevé à mon
mari et détruit par ordre de Hit
ler, je vous ai prévenu que le
Conseil municipal de Paris avait
le même dessein. Vous avez alors
pensé que les deux comités de
vaient fusionner.
Depuis lors je vous ai écrit deux
fois pour vous signaler que plu
sieurs membres de votre comité
avaient eu, sous l’occupation, une
attitude que mon mari n’aurait pu
approuver, et qu’il serait nécessai
re de l’épurer.
Je n’ai reçu aucune réponse.
Je comprends aujourd’hui votre
silence, en lisant dans les jour
naux que vous êtes président d'un
comité formé pour obtenir la libé
ration de Pétain.
Car il faudrait, pour que votre
comité pour le monument pût fu
sionner avec celui de la Ville de
Paris, que vous en abandonniez
vous-même la présidence.
Recevez je vous prie, monsieur,
l’assurance de mes sentiments dis-
tingiés. A. MANGIN.
présidence d’un comité pour la
réérection à Paris du monument
du général Mangin détruit par
Hitler.
Ils apprennent aujourd’hui qu’il
a accepté la présidence d’un co
mité pour la libération de Pétain.
Ils constatent que le comité de
1945 a été formé sans l’aveu du
Conseil municipal de Paris, pro
priétaire de la statue détruite, et
que les efforts du président de
cette assemblée et de la famille
pour en exclure les éléments pé-
tainistes sont restés vains.
Sept fils et gendres du général
Mangin décorés de la Légion
d’honneur au péril de leur vie,
dont trois morts pour la France
représentés par sept de ses petits-
enfants pupilles de la Nation, at
testent qu’ils ont dû, après juin
1940, sortir de la légalité de fait
établie par Pétain pour pouvoir
combattre pour la libération de
leur patrie, que l’un d’entre eux,
le général Brosset, commandant
la première division française li
bre, mort pour la France en 1945,
a été condamné à mort en 1940,
en vertu de textes promulgués
par Pétain. Ils renouvellent au
Conseil municipal de Paris et au
général de Larminat, créateur de
la première division française li
bre, officier général le plus ancien
des troupes coloniales, la demande
à eux adressée par Mme Mangin
il y a un an, qu’ils constituent un
comité pour l’érection à Paris d’un
monument rappelant le nom du
général Mangin et la destruction
de sa ata tue par l’envahisseur.
LE SECOND TRAIN NOUVELLE TENSION
DE BAISSE
est " sur les rails "
Diminution des taxes sur les produits alimentaires
Baisse de 5 à 100/0 sur certains produits industriels
par II. BUFFANDEAU
Tandis que le premier train
de baisse a livré aujourd’hui son
wagon de charbon, — le combus
tible à usage domestique voit son
prix diminue de 10 % du 15 avril
au 15 septembre —, la seconde
rame se forme lentement au ca
binet et dans les services inté
, cessés.
Bien qu’aucune décision gou
vernementale ne soit encore in
tervenue, les études ont été assez
poussées, pour qu'il soit possible
d’en définir les lignes générales.
Il semble que la délégation du
Conseil économique ; ait obtenu
certains succès. Il est en effet
question sinon de supprimer, du
moins d’abaisser certaines des
taxes qui grèvent les denrées ali
mentaires. MM. René Mayer et
Bourgès-Maunoury n’ont pas en
core donné un accord qui sem
ble, par ailleurs, très près d’être
acquis à la présidence du conseil.
On conçoit que le ministre des
Affaires économiques ne veuille
pas compromettre l’équilibre fi
nancier qu'il a eu tant de peine
à réaliser. Certains de nos con
frères qui pensent de même, font
en effet observer que, la liberté
ayant été rendue à la presque
(Lire la suite en troisième pageA
Mais le faux est d’ores
et déjà certain
entre MOSCOu et Téhéran
Les Russes vont-ils envoyer légalement
des troupes en Iran ?
Les manifestations “pacifiques” de 'Amérique
VOL D'ENTRAINEMENT
DE SUPERFORTERESSES
entre les Etats-Unis et ‘Allemagne
New-York, 13 avril (Reuter).
— Trois escadrilles de superfor
teresses s’envoleront aujourd'hui
pour- l'Allemagne. Il s’agit d’un
vol d’entraînement du 301’ grou
pe de bombardement lourd à très
grande distance.
Les appareils se regrouperont
probablement au-dessus de Brest
a l’aube du 14 avril. Ils survole-
ront Paris en vol- de formation
portant chacun environ 10 hom.
mes. Le lieutenant-colonel Ellis
a déclaré que deux des escadrilles
regagneraient bientôt les Etats-
Unis ; la troisième remplacerait
une escadrille analogue qui se
±rouve déjà en Europe.
L’AFFAIRE ZORINE
EN ITALIE
avant de poursuivre
vers l’aérodrome de
bruck, en Allemagne.
leur route
Furstenfel-
commandée
L'opération sera -- — —
par le lieutenant - colonel Frank
Ellis, qui a refusé de révéler le
nombre d’avions et d’hommes qui
doivent y participer ; mais on
pense qu’il s’agit de 28 appareils,
Le général MARSHALL
accuse les communistes
d’avoir fomenté
rém eute de BOG OTA
‘ La conférence panaméricaine continuera ‘‘
Bogota, 13 avril. — Parlant à
des délégués de la conférence
panaméricaine, M. George Mar-
shall, secrétaire d’état américain,
a déJaré hier que la révolution
colombienne est la première ten
tative communiste d’envergure
déclenchée dans l’hémisphère oc
cidental depuis la fin de la
guerre.
H a déclaré que les délégués se
Soulèvement
communiste
au Costa-Rica
San José. — Le parti commu-
niste a lancé l’ordre de soulève
ment, armé. Des éléments' mili
taires ont obéi, ont pris Porto
Simon et marchent sur la capitale.
I.e gouvernement a demandé que
cette dernière — San José — fût
placée sous la protection du corps
diplomatique et en organise la dé
fense. D’importants combats se
déroulent également à Cartagio.
réuniront aujourd’hui à 19 heures
(G.M.T.) pour décider de la ques
tion de savoir si la conférence
poursuivra ou non ses travaux à
Bogota.
Selon M. Marshall, une grosse
majorité des délégués se pronon
cerait pour la continuation de la
conférence dans la capitale co
lombienne.
« Ayons clairement conscience,
a ajouté le secrétaire d’Etat amé
ricain, du fait que toute décision
prise ici concerne les affaires
mondiales et non seulement celles
de la Colombie ou celles de l’Amé
rique latine. Les événements dé
passent de loin la Colombie. Ils
sont de la même facture que ceux
qui ont précipité les grèves en
France et en Italie et des efforts
qui sont faits pour porter préju
dice aux élections italiennes.
L’envoyé spécial de l’agence
Reuter à Bogota, William Hard-
castle, estime que même si la
conférence reprenait ses travaux
la question des colonies européen
nes sera certainement réservée
pour un autre moment et un autre
endroit.
La conférence se consacrerait
surtout à la résolution anticom-
(Lire la suite en troisième page.)
1944
1945
1946 1947
1948
1949
LA SURVEILLANCE
DES PRIX
■ — Et maintenant ?
—- Impossible de continuer au
prix où est l’encre !
Les journaux anglais ne
pourront pas avoir
plus de quatre pages
avant longtemps
New-York, 13 avril (Reu-
ter). — A son arrivée à bord
du paquebot « Queen Eliza
beth », lord Rothermore, le
magnat anglais de la presse,
a déclaré aux journalistes
que les approvisionnements
britanniques en papier-jour
nal étaient dans une situa
tion « pire qu’elle ne l’a. ja
mais été. Nos stocks ont ra
rement été aussi bas. Nous
espérons pouvoir importer
suffisamment de papier l’an-
née prochaine pour pouvoir
continuer à paraître comme
actuellement sur quatre pa
ges, mais il n’est pas ques
tion d’avoir des journaux
dépassant ce nombre de pa
ges. »
UN ASSASSIN
D’ENFANTS
La longue chaîne des conflits
intérieurs où s’affrontent les
Etats-Unis et l’Union Soviétique
comporte un mailion qui de temps
à autre est porté au rouge puis
refroidit ensuite. Ce maillon est
l'Iran que se disputent avec achar
nement Washington et Moscou,
Londres étant pratiquement éli
minée au profit de la grande ré-
pu bliq ne d outre-A tlantique.
A Téhéran, le gouvernement de
M. Hakimi a de bonnes intentions
de neutralité mais en matière in-
térieure, il vient de décider l’ar-
restation de plusieurs centaines
de militants du parti Tudoh, con
sidérés comme communistes et
partisans de l’intervention ouverte
de l’U.R.S.S. dans les affaires de
leur pays. En outre M. Hakimi
a promulgué la loi martiale dans
les villes de Chalus, Shaki et
Shashavar, à proximité de la mer
Caspienne, zone de la frontière
russe.
Les Russes, opportunistes ou
logiciens, en ont déduit que l’Iran
Les Russes mettent en avant
le traité irano-soviétique de 1921
aux termes duquel des troupes
soviétiques peuvent être envoyées
en Iran si des pressions étran
gères menacent de faire de ce
pays une base d’attaque éventuelle
contre l’U.R.S.S., ce qui leur per-
mettrait de prendre de flanc la
Turquie qui bénéficie actuelle-
ment de livraisons américaines
d’importance.
Les Américains n’ont en tout
et pour tout à Téhéran qu'une
mission militaire forte de trente
officiers, mais Washington déclare
que « l’envoi de troupes soviéti-
ques en Iran
toléré ».
La nouvelle
serait difficilement
manœuvre soviéti-
que restera sans nul doute sur le
plan diplomatique, elle n’en cons
titue pas moins un test, Moscou
tâte le bastion américain du
Moyen-Orient
Londres. — En
leterre, la
police du comté du Lancashire
recherche un individu spécialisé
aux assassinats d’enfants et qui
a poignardé au cours des der
nières 48 heures deux bambins,
l'un de onze ans. l’autre de neuf.
Le premier a été trouvé mort
sur le remblai d’une ligne de
chemin de fer. Le second gisait
.évanoui et dans le coma mais
encore vêtu à quelques mètres.
L’assassin serait un homme, de
petite taille aux cheveux gris et
qui a déià blessé à coups de cou
teau dans la. même région une
petite fille et un petit garçon.
En outre la disparition d’une
fillette de 7 ans n’a jamais été
expliquée . et Pon pense que
l’homme aux cheveux gris doit en
être l’auteur.
passait de la neutralité
un rapprochement fort
les Etats-Unis.
Aussi selon certaines
reçues à Washington,
avouée à
net avec
nouvelles
leur am-
bassadeur à Téhéran a-t-il reçu
mission de protester auprès du
gouvernement iranien, car Moscou
considère que les décisions de M.
Hlakimi ont leur origine sur les
bords du Potomac.
DE GAULLE
INVITE A LA ROCHELLE
Le Conseil
municipal de La
Rochelle a décidé par 17 voix
contre 1.3 d’inviter le général de
Gaulle à présider l’inauguration
d’un monument à la mémoire de
l’ancien maire Léonce Vieljeux,
fusillé par les Allemands.
Londres, 13 avril (du rédacteur
diplomatique de l’agence Reu-
ter). —M. Ernest Bevin, secrétaire
au Foreign Office, donnera pgo-
bablement lui-même lecture lun
di prochain aux Communes d'un
communiqué officiel britannique
sur l’affaire du plan « M » —
prétendu projet de subversion
communiste dans la Ruhr.
On est de plus en plus certain
dans les milieux politiques de
Londres, que le silence du Foreign
Office sur cette affaire signifie
que le document est maintenant
reconnu comme un faux.
Un journal italien « révèle »
un « plan de soviétisation
de l’Italie » (?)
L’échec du plan « M » n’a pas
calmé l’imagination des amateur»
de fausses nouvelles. Le journal
italien II Tempo publie aujour
d’hui ce qu’il décrit comme « les
détails d’un plan communiste de
soviétisation de l’Italie » qui au
rait été envoyé au parti commu*
niste italien sous forme d’ordre
secret par M. Valerian A. Zorine,
ministre - adjoint des Affaires
étrangères d’U. R. S. S.
Le journal déclare que le plan
invoqué prévoit la fermeture im
médiate de toutes les frontières
et la suspension de toutes les ex"
portations et voyages à l’étranger
avant le 8 mai, jour de la premies
re réunion des deux nouvelles
Chambres. Aucune autre source
n’est citée.
Une milice populaire ayant des
pouvoirs de police auxiliaire et
des « avant-gardistes » du peu
ple, armés, seraient constitués, dês
(Lire la suite en troisième pagsA
« Allo, le Parlement
va sauter »
Londres. — D’une cabine
automatique à Londres, un
mystérieux correspondant a
téléphoné aujourd’hui au
Parlement britannique :
« Nous ferons sauter le Par
lement aujourd’hui à 18 h. »
Les recherches entreprises
aussitôt dans les deux Cham
bres n’ont rien donné, mais
certaines précautions ont
néanmoins été prises.
Ce matin
Conseil des ministres
Les membres du gouvernement
se réunissent ce matin en Conseil
des ministres à l’Elysée, sous la
vrésidence de M. Vincent Auriol,.
La délibération gouvernementale
sera en premier lieu consacrée à
un examen des principaux textes
dont le gouvernement demandera
la discussion par le Parlement dès
la rentrée de celui-ci.
M. André Marie soumettra à
l’approbation de ses collègues un
projet de loi relatif au fonctionne-
ment du Conseil supérieur de la
magistrature. • —
M. Jules Moch fera un exposé
sur le résultat d’ensemble des
élections à l’Assemblée algérienne.
Il fera part, en outre, des me
sures d’ordre prises à l’occasion
du congrès du R.P.F. à Marseille.
Enfin, il est probable que le
Conseil aura à se prononcer sur
la nomination de divers officiers
généraux.
LE BAGNARD DE L’ILE DE RE
connaît-il l’assassin
des châtelains d’Escoire ?
Ernest Bateau. forçat à Saint-
Martin-de-Ré, vient d’écrire au
procureur de la Républia ue à
Périgueux
férer dans
ferai des
nelles sur
: « Faites-moi trans-
votre ville
révélations
le triple
château d’Escoire. »
Rappelons le drame
et je vous
sensation-
crime du
qui se dé ¬
roula il y a six ans en ce manoir
surnommé depuis le « château
mystère » •
du
Maurice Garçon, Henri Girard
devait être acquitté.
Le procureur de la République
n'a pas’ encore fait connaître sa
réponse à la suite des déclara
tions d’Ernest Bateau. Mais on
laisse entendre que le forçat va
quitter prochainement l’île de Ré
pour la Dordogne.
Henri Girard, héritier de douze
millions, vit actuellement au
Canada.
Staline parle...
A PROPOS DU PACTE RUSSO-FINNOIS
" La méfiance entre les peuples
ne peut pas être éliminée
du jour au lendemain "
Londres, 13 avril (Reuter). —■
La radio de Moscou a diffusé hier
soir pour la première fois le texte
du discours prononcé par le géné-
ralissime Staline le 8 avril dernier
au cours du dîner offert par le
gouvernement soviétique à l’occa
sion de la signature du pacte d’as
sistance finno-soviétique. Voici les
passages essentiels de ce discours:
« Les grandes puissances, et no
tamment la plupart de leurs hom
mes d’Etat, semblent toujours
vouloir traiter les petites nations
avec condescendance. L’Union so
viétique, par contre, a tenu à fai
re du traité finno-soviétique un
pacte entre associés sur le même
pied d’égalité.
« Ce traité d’assistance marque
un tournant dans les relations en
tre nos deux peuples. Pendant
150 ans, une méfiance réciproque
a gêné les relations entre la Rus
sie et la Finlande.
< Du côté soviétique, des efforts
ont été faits dans le passé pour
essayer de faire disparaître cette
méfiance^ notamment en 1917, lors
que Lénine proclama l’indépen
dance de la Finlande. Il s’agissait
là d’un geste extraordinaire du
point de vue historique, malheu
reusement il ne fut pas compris
et la méfiance continua à exister.
Le résultat de cette méfiance se
traduisit par deux guerres entre
nos deux peuples.
« Il est nécessaire que le traité
qui vient d'être signé entre nos
deux pays fasse disparaître à ja-
mais cette méfiance en créant une
nouvelle base de relations entrd
nos deux peuples et que ce tour-
nant décisif marque le début d'une
ère de confiance et d'amitié entw
l’Union soviétique et la Finlande
« Nous tenons essentiellement
à ce que l’importance de ce pacte
soit bien comprise non seulement
par les personnes présentes dans
cette salle, mais aussi par celles
qui en sont absentes, c’est-à-dire
tous les Russes et les Finlandais,
« La méfiance entre les peuples
ne peut pas être éliminée du jour
au lendemain. Elle laisse pendant
de longues années des traces dont
l’élimination demande une longue
série d'efforts et de compréhen
sion-mutuelle, il nous faut créer
ce climat pour engendrer une tra
dition définitive de confiance et
d’amitié réciproque entre l’Union
soviétique et la Finlande.
« Le peuple soviétique estime
que chaque nation, grande ou pe
tite, a le droit d’avoir des tradi
tions particulières propres à son
génie national. Ces traditions
constituent le précieux apport quS
chaque nation fait au trésor coin*
mun de la grande famille mondiale
en l'enrichissant et en le compte
mentant.
« Nous voulons dire par là qu#
d’après ce principe, toutes les na*
tions, grandes ou petites, se trou
vent placées sur le même Pie4
d’égalité et ont le droit au même
respect. >
Le 25 octobre 1941, le fils du
châtelain. Henri Girard, âgé de
25 ans, annonçait aux fermiers
voisins puis à la gendarmerie
la macabre découverte qu’il ve
nait de faire. En descendant de
sa chambre il avait trouvé au
rez-de-chaussée du château, bai
gnant dans le sang, le corps de
son père, 50 ans, archiviste des
Affaires étrangères, de sa sœur
Amélie Girard, 49 ans, et de leur
bonne Louise Soudeix, tous trois
massacrés à coups de serpe.
Henri Girard, arrivé l’avant-
veille de zone occupée, préten
dait avoir passé une nuit pai
sible. Cependant certains indices
firent peser sur lui de lourds
soupçons. Il fut arrêté et, après
dix-huit mois d’emprisonnement,
déféré devant la cour d’assises
de la Dordogne.
Après un procès retentissant
dans lequel devait s’illustrer M*
LA CHRONI QUE DE L‘" ORDRE DE PARIS”
MORT D’UN PLAISIR
ou un méfait du cinéma
par JULIEN TEPP E
LA QUOTIDIENNE de Pierre LŒWEL
Ça y est
Eh bien! ça y est, voici l’offensive
Pétain déclenchée, et vous avez pu
lire hier les noms de ceux qui l’ins
pirent ou plutôt la patronnent, et
parmi lesquels brillent un cardinal
porte-parole de quelques autres car
dinaux et cinq académiciens sans
compter ceux qui sont de cœur avec
eux. (Aucune surprise de trouver
dans cette liste M. Henry Bordeaux,
ni M. Jean Tharaud dont l’éloge
du cardinal Baudrillart avait suscité
en pleine réception sous la Coupole
et, en guise de protestation, le dé
part du professeur Pasteur Vàllery-
Radot. ni M. Edmond Jaloux, fraî
chement de retour de Suisse.) Je
vous dis que la contre-révolution
est en marche et que tien ne Tarrê-
teta. (Pas le R.P.F. en tout cas.)
Un comité s’est dernièrement
constitué groupant des résistants ex
cédés de se voir bafoués et résolus,
paraît-il, à passer à l’action. Voilà
pour eux une excellente et décisive
occasion de se manifester. Voilà
l’épreuve-foret car à cet aboutisse
ment logique de la campagne minet
par la collaboration Va se mesuret
la résistance de la Résistance.
Pétain, c’est un homme et un
symbole. Il le redevient aujourd’hui
comme il le fut hier. La littérature
scandaleuse qui, sous la forme de
panégyriques ou de mémoires, pré
cède depuis quelques mois le mouve
ment qui s’affirme aujourd’hui, joue
à nouveau sur l’image d’un vieillard
glorieux et photogénique ayant misé
sur les deux tableaux. A sa suite
se profile Laval. Après Laval les
de Brinon, les Brasillach, les Maur-
ras. Entre eux tous les vichyssois,
officiels et officieux. Réhabiliter Pé
tain. c’est réhabiliter du même coup
tous ceux qui, ministtes, journalis
tes, policiers, par trahison, par in
térêt où par veulerie, l’ont suivi et
à son ombre ont travaillé pendant
cinq ans pour Hitler. Ceux-là se
pressent en foule derrière le glorieux
soldat de Montoire. Résistants de
France, une fois de plus, une fois
encore, une dernière fois, allez vous
les laissez passer 2.
Le XX e siècle passe pour nous avoir apporté
nombre de plaisirs nouveaux par ses inventions
incessantes et multiples, mais je crois qu’en revanche,
en vertu de cette loi psychologique bien connue :
« L’habitude émousse le désir et, partant, le
plaisir », l’une précisément de ses plus admirables
découvertes, le cinéma, en offrant à tous un moyen
facile de se divertir, a tué, ce faisant, un des plus
grands facteurs de joie que nous connaissions et
que j’appellerai la « jouissance anticipée ».
I out plaisir, tout divertissement pris en soi est
forcément bref, limité, caduc. L’homme, par l’ima
gination, se forge à l’avance les félicités qu’il
entrevoit et augmente d’autant de durée et d’inten
sité ce plaisir visé. Surtout si celui-ci est peu fré
quent, malaisé à atteindre. Ainsi l’enfant lorsqu’il a
obtenu la promesse d’aller au cirque ou au guignol,
durant toute la semaine, ou davantage, qui précède
cet événement, a le cœur gonflé d’espoir, guettant
une infinie béatitude. Il en parle à tout venant et
n’en rêve pas qu’en dormant, littéralement obsédé
qu’il est par cette perspective. Il compte les jours
qui le séparent de pareille euphorie, et il a peine à
comprendre que tout le monde ne partage pas cette
pinte de bonne humeur qu’il se paie à l’avance.
Or le cinéma — pour en venir au vif de notre
sujet qui ne se limite point à l'enfance — en met
tant à la portée de chacun un divertissement
commode, en se multipliant aux quatre coins des
moindres villes, bref, en vulgarisant et galvaudant
le bon « déduit » d’antan, le cinéma, donc, me
semble bien avoir porté un coup terrible à la
délectation préalable. Revers d’une médaille à
l’avers si merveilleux I
Nul ne songe plus, maintensat, de longs jouns
d’avance, au spectacle que lui offrira telle salle de
son choix : Il va quasi mécaniquement à l’Eden
ou au Palace de son quartier, comme il rend visite
chaque dimanche à tante Zoé ou baguenaude au
marché aux Puces. Simple sortie rituelle, sans
histoire ni charme, dont il pâtirait s’il s’en trouvant
privé, mais qui ne lui cause aucune alacrité réelle.
Il lui faut sa ration hebdomadaire de films, un point
c’est tout, qu’il absorbera en une sorte d’indifférence
et comme sur le pouce. En moins de cent minutes,
tout est consommé : où est le temps où les repré-
sentations demandaient des jours, voire des
semaines ? (Le mystère des Actes des Apôtres joué
à Bourges en 1536 dura un mois et une décade.
Un record !) Aujourd’hui, l’instauration du régime
permanent dans les salles obscures, avec un va-et-
vient perpétuel, met le comble à cette impression
d’éphémérité et d’insignifiance.
Ainsi le cinéma n’est plus un luxe. Il se rang®
parmi les besoins « nécessaires », et, perdant son
caractère « voluptuaire », il perd du coup l’attrais
et la poésie attachés à toute solennité, à toute fête
rare par principe.
« Fortunate senex », disait le pasteur de Virgils
à 1 ityre qui avait l’heur de rester dans ses champs.
Jusqu’à ce que les cinébus aient pénétré jusqu’à®
fond de nos provinces, nous dirons, nous : < Pleu
reuses, oui, heureuses gens des bourgs et des
campagnes qui, sevré* de plaisirs trop quotidiens,
connaissez encore le secret de vous réjouir trois
moi* d’avance du passage furtif de quelconques
comédiens ! » Car la profusion d’ébaudissements
à nous proposés, pauvres Parisiens, nous interd
cette ineffable joie de l’attente, le proverbe en ayan
menti qui affirme qu‘ « Abondance de biens fe
at Pa- a *
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