La prise de la Bastille, dont la chute préfigure celle de la monarchie,  est l’un des événements fondateurs de l'image de la République. Ce n’est qu’à partir de 1661, début du règne personnel de Louis XIV, que la forteresse construite sous Charles V, devient cette « Bastille de droit divin », fonctionnant sur le mode de l’arbitraire, du secret et du « bon plaisir » du roi. Afin que règne l’ordre, la Bastille attire et retient en ses murs quiconque s’écarte de la règle politique, religieuse ou sociale édictée par le roi. Près de 6 000 hommes et femmes y ont été enfermés jusqu’en 1789.

Sous l'Ancien Régime, amende, bannissement et châtiment corporel sont les peines judiciaires les plus fréquentes. "Question" et peine capitale complètent cet arsenal. La prison, quant à elle, n'est pas une peine, mais une mesure préventive avant un jugement ou un châtiment. On y entre par mesure de police, ou sur ordre du roi. La "justice retenue", principe fondamental de la monarchie absolue, permet au monarque, qui reçoit de Dieu le pouvoir de rendre justice, de se substituer à la justice régulière.

Outil et incarnation de cet absolutisme royal, la Bastille encourt dès les dernières années du règne Roi-Soleil, les foudres des plus courageux et des plus éclairés. Son nom, progressivement, fait moins frémir qu’il ne fait s’indigner. C’est un symbole qui est attaqué le 14 juillet 1789.

Les Archives de la Bastille : le fonds, hier et aujourd’hui

Dans le tumulte de la prise de la Bastille, les émeutiers précipitent dans les fossés les archives qui symbolisent la forteresse. Au pillage, succède un élan civique : les archives sont protégées, partiellement rapportées et reconstituées. Hubert-Pascal Ameilhon, bibliothécaire et historiographe de la ville de Paris, alors en charge du dépôt littéraire de Saint Louis-la-Culture, se voit confier ce fonds par le maire en 1791. Elles le suivent à la bibliothèque de l’Arsenal, dont il devient administrateur en 1798. Vers 1840, François Ravaisson, bibliothécaire à l’Arsenal entreprend un premier classement du fonds alors tombé dans l'oubli et publie une partie des pièces. L'inventaire est achvé par Frantz Funck-Brentano en 1892, qui fait connaître ces archives par de nombreux ouvrages sur les affaires les plus célèbres (l’Affaire des Poisons, du Collier de la reine, le prisonnier Latude, le Masque de fer).

Le fonds, qui compte 2 725 boîtes et registres, soit plus de 800 000 feuillets, a été constitué en 1660 à partir des dossiers des prisonniers. En 1716, y sont joints les papiers de la Lieutenance générale de police, puis en 1765, les dossiers des grands procès criminels jugés par la Chambre royale de l’Arsenal. Le fonds est depuis lors classé en trois sections : les papiers de la lieutenance, les dossiers des prisonniers de la Bastille, de Vincennes et des autres prisons de Paris, et enfin les papiers de l’administration de la Bastille.

Du fait de leur histoire, ces archives sont lacunaires. La Bibliothèque de l’Arsenal s’efforce de compléter le fonds en encourageant les dons ou en achetant des pièces proposées à la vente. On trouve donc quelques archives signalées dans les parties les plus récentes du catalogue. Le Département des manuscrits de la BnF conserve également plusieurs pièces, ainsi que les Archives Nationales, les Archives de la préfecture de police ou la Bibliothèque nationale de Russie. Un important travail de restauration et de reproduction de sauvegarde est par ailleurs mené par la BnF depuis 1995. La numérisation a progressivement remplacé la reproduction argentique, permettant ainsi un accès à distance au fonds. Le corpus aujourd’hui disponible en ligne ne représente encore qu’une infime partie des archives, mais il s’enrichit chaque jour. Les dossiers non encore numérisés restent consultables sur place, à la bibliothèque de l’Arsenal, selon les cas dans leur condition d’origine ou microfilmés.

Source essentielle de l’histoire politique, religieuse, économique et sociale de l’Ancien Régime mise à l'honneur par les travaux de Michel Foucault et ceux de la Nouvelle histoire, ces archives ont encore beaucoup à révéler.

Eléments de bibliographie