Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-10-24
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 24 octobre 1894 24 octobre 1894
Description : 1894/10/24 (Numéro 5326). 1894/10/24 (Numéro 5326).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k528905c
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/03/2008
^MERCREDI 34 OCTOBRE 1891
Paris t ft &» dsmtnçs– DêPÀKTERKKTS et Gckkes StO cbrtokss
58* Année S* Série N« 53*6
ARTHUR MEYER
Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
s ffifrwgln
AEONNEMENTS
Pari» Départements
TTnmois 5 fr. Un mois 6 fr,
ïrois mois. 13 BO Trois mois. 16 fr.
Six mois 27 fr. Six mois 32 fr.
UN an, 54 fr.' Un nn, 64 fr.
Un an 54 fr. Un an 64 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale). 18 Jr.
-ARTHUB-MEYER'
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONCES
2, ruo Drouot, 2
(Angle des boulevard s Montmartre et des !laliens§
ANNONCES e
MM. CH. Ï^AG RANGE, CBnFïi^
6, PLAGE DK LA BOURSE, 6 •
Et à l'administration du Journal
llliliS
d'un
1- EX-FRANC-MAÇON
Un très haut dignitaire de la franc-ma-
çonnerie, que le dégoût a pris et qui a
donné récemment sa démission générale
de tous les grades et fonctions maçonni-
ques dont il était investi, vient de pu-
blier des révélations curieuses et des dé-
tails piquants sur les faits et gestes de la
secte à laquelle il appartenait.
Ce désabusé nous apprend, entre autres
choses, que le nouveau grand-maitre de
̃. l'ordre, un Italien du nom de Lemmi, est
non seulement un révolutionnaire de la
plus dangereuse espèce, mais encore un
repris de justice pour délits de droit com-
mun. Il nous apprend aussi que la supré-
matie, dans la franc-maçonnerie, exercée
auparavant par le rite écossais, appartient
aujourd'hui à Rome, où le chef suprême,
satanique déterminé, installé au palais
Borghèse, est en hostilité ouverte avec le
Vatican.
Il nous dévoile, enfin, une série d'inci-
dents, tous plus intéressants les uns que
les autres, mais, dont aucun ne m'a paru
aussi instructif, pour des lecteurs fran-
çais, que l'accord négocié en 1867 (remar-
quez bien la date), oar Adriano Lemmi,
entre Mazzini et le F.\ de Bismarck.
A cette occasion, le ministre prussien
envoya à Mazzini une note exposant les
arguments à faire valoir auprès des po-
pulations de la péninsule pour les déta-
cher de la France et les amener à désirer
l'alliance avec ^'Allemagne. Ce docu-
ment, qui éclaire d'un jour singulier, les
origines de l'alliance de l'Italie avec l'Al-
lemagne, est un pur chef-d'œuvre de ma-
chiavélisme, de rouerie diplomatique et
de fausse logique que l'on ne saurait, à
mon sens, trop divulguer.
Quronen juge par ce qui suit
'̃ av. ;̃
t Lés affinités de langage -et de race,
» écrivait le comte de Bismarck, les ana-
» logies de tempérament moral et de
» moeurs importent peu en fait d'allian-
» ces. Les alliances ne reposent que sur
» l'intérêt et ne sont déterminées que par
» les avantages qu'elles procurent. Quand
» deux Etats ont une situation géographi-
» que telle qu'ils peuvent développer leur
» propre système d'action et augmenter
» indéfiniment leur puissance par l'in-
» dustrie, le commerce et la guerre, sans
» que la puissance de l'un puisse jamais,
» en aucune manière, mettre obstacle à
» celle de l'autre, qu'au contraire, la force
» de l'un accroît celle de l'autre, ces deux.
» Etats sont et doivent être des alliés na-
».turels.
» En revanche, quand deux Etats ont
» une situation géographique telle que
» l'un ne puisse étendre sa sphère d'ac-
» tion sans nuire à l'autre quand le com-
» merce de l'un ne peut prospérer qu'au
» détriment de celui de l'autre; quand, en
» un mot, le bot à atteindre, pour arriver
» au plein développement de leur puis-
» sance, est le munie pour tous les deux,
» en sorte que,1 si l'un des deux y atteint,
» l'autre n'y atteindra jamais et sera, par
» conséquent, dans la dépendance du pre-
» mier, non seulement il n'y a pas d'al-
» liànce naturelle entre ces deux Etats,
» mais il v a entre eux une rivalité natu-
» relie qui, à tout moment, peut et doit
» en faire des ennemis.
» En partant de ces principes, les seuls
» conformes h la raison, il est facile de
» dire quelle est l'alliée naturelle de l'I-
» talie et quelle est sa rivale naturelle.
» L'alliée naturelle de l'Italie est l'Al-
» lemagnc. La rivale naturelle de l'Italie
» est la France.
/> Supposons l'Italie entièrement mal-
» tresse d'elle même, forte de son unité
» politique, devenue l'entrepôt de ses
» propres produits si variés et de tous
» ceux du midi; supposons l'Allemagne
» forte aussi de son unité politique, deve-
» nue l'entrepôt de ses propres produits
» et de ceux du nord; l'Italie maîtresse de
» la Méditerranée, l'Allemagne maîtresse
» de la Baltique; ces deux puissances,
» quoi qu'on en dise, les plus intelligentes
» et les plus-civilisées, qui partagent l'Eu-
» rope en doux et qui en forment le cen-
» tre, ces deux puissances dotées de fron-
tières si précises et si nettement déli-
» mitées, si diiïérentes de langue et de
» tempérament, -exerçant leur action dans
» des sens si divers, que jamais l'Italie
» ne pourra aspirera dominer dans la
» Baltique, ni l'Allemagne songer à do-
» miner dans la Méditerranée, et deman-
» dons-nous si elles peuvent faire autre-
» menlquede s'entr'aider mutuellement
» et de s'aimer cordialement.
» L'Italie et l'Allemagne sont entourées
» de peuples qui aspirent à s'agrandir à
» leurs dépens. Au nord, l'Angleterre
» pèse sur l'Allemagne, et un jour l'O-
» rient arrivera à peser sur l'Italie. Au
» sud, au sud seulement, brille pour tou-
» tes deux l'étoile de l'avenir; au sud,
» où l'Allemagne s'appuie sur l'Italie, où
» l'Italie a devant elle la Méditerranée qui
» peut redevenir un lac itaiien.
» Le peuple qui a fait 1814, 1848 et
» 1865 est le véritable allié de celui qui a
» fait 1848. 18'i9 et 1860.
» A la On de l'année, l'Allemagne de-
» vraformer un seul Etat puissant, s'éten-
» dant de la Bnllique aux Alpes, du Rhin
» à la Visluic et à la Drave l'Italie ne
» devra plus avoir cîe provinces aux mains
» de Téiranger ou bien ni l'une ni l'autre
«n'auront compris leur situation réci-
» proque.
»Quanl à l'Italie et à la France, lacon-
» figuration du globe terrestre nepouvant
» pas être ch:sngôe, elles seront toujours
» rivales et souvent ennemies. La nature
uajetéentiv elles une pomme de dis-
» corde qu'e!ios ne cesseront de se dispu-
» ter la "Médit erra uèe, rade admirable au
» centre de l'Europe, de l'Asie et de TA-
» frique, canal entre l'Atlantique et le
» Pacifique, bassin entouré des terres les
» plus favorisées du ciel.
̃ _̃̃• '̃'̃ ̃-̃• 'i
» Ne ssràit-ce pus folie de penser que la
» France peut n'être pas jalousé de i'Ita-
» lie qui s'avauce si loin dans l.i Méditer*
» ranée, qui en possède les côtes les plus
» belles, les plus peuplées et les plus ri-
» ches, de l'Italie qui est la voie directe
» entre l'Europe, 1 Orient et les*ides ?
» Tout le monde sait la joie qu'ont res-
» sentie les Français à la nouvelle du dé-
» sastre de Lissa. La France y a vu pour
» elle un grand avantage. Si, en 1859,.elle
» a témoigné quelques sympathies à l'I-
» talie, ce n'a été que par mode ou par
» amour-propre national. Si même, à
«.cette date, on étudie attentivement la
» vraie opinion française, on verra que
» tout se bornait aux éloges de trois ou
» quatre journaux parisiens payés pour
» les insérer. Et quand nous parlons de
» la France, nous entendons la France
» telle que sa situation géographique l'a
» faite, la nation française.
» D'un autre côté, il est impossible à
» l'Italie de souffrir que la France menace
» à tout moment de s'emparer de Tunis,
» comme elle l'a fait récemment de Tu-
» nis, qui ne serait pour elle qu'une étape
» pour atteindre la Sardaigne. Il est in-
» dispensable à l'Italie de se constituer
» de telle façon qu'elle n'ait pas à trem-
» bler pour ses côtes, pour son commerce,
» pour ses provinces, à chaque fronce
» ment de sourcil du Jupiter français.
» La France maîtresse de la Méditer-
» ranée? La France avec les frontières
» du Rhin ? Non l'Italie et l'Allemagne ne
«doivent à aucun prix le permettre. C'est
» pour elles une question de vie ou de
» mort. Et qu'on ne vienne pas parler de
» la reconnaissance de l'Italie envers la
» France. L'Italie ne doit rien à la
» France.
» Voici le bilan de l'une et de l'autre. Il
» montre clairement quelle est la créan-
» cière.
» La France a perdu, sur les champs de
» bataille italiens, dans l'intérêt de l'Ita-
» lie, vingt mille soldats. Et c'est tout.
» Pour le profit qu'elle a tiré de l'inter-
» vention française, l'Italie a donné Nice,
» la Savoie et soixante millions. Et c'est
» assez.
» Mais qu'on jette un regard en arrière
» et qu'on se rappelle les années écoulées
» de 1797 à 1815; qu'on se rappelle le sang
!» d'un million de soldatsitaliens versé au
» profit et pour là gloire de la France qui,
» pouvant faire l'Italie libre et grande, la
» fit esclave; qu'on se rappelle les mil-
» lions payés par milliers à la France ou
» dépensés pour elle, et les incomparables
» trésors artistiques dérobés par la France
» à l'Italie et qui ornent encore aujour-
» d'hui le Louvre l
» La France, dans la guerre de 1859, n'a
'» fait que payer à l'Italie une partie de sa
» dette.
*»«
» L'Italie et la France ne peuvent s'as-
» socier pour exploiter en commun la
» Méditerranée. Cette mer n'est pas un
» héritage à partager entre parents.
» L'empire de la Méditerranée appar-
» tient incontestablement à l'Italie, qui
» possède sur cette mer des côtes douze
» fois plus étendues que celles delà Fran-
» ce. Marseille et Toulon ne peuvent en-
» trer en comparaison avec Gênes, Li-
» vourne, Naples, Palerme, Ancône, Ve-
» nise et Trieste.
» L'empire de la Méditerranée doit être
» la pensée constante de l'Italie, le but à
» poursuivre par les ministres italiens,
» la base de là politique italienne.
» Un homme d'Etat prussien, persuadé
» de ces vérités, a eu l'idée de taire l'unité
» de l'Allemagne en s'appuyant sur l'al-
» liance de l'Italie. La Prusse et l'Italie
» auraient pu dicter la paix à Vienne en
» rejetant dans les pays slaves la dynastie
» des Habsbourg, qui, devenant ainsi un
» danger pour la Russie, cessait d'en être
» un pour l'Allemagne.
» La Prusse aurait pu alors achever
» l'unité de l'Allemagne. En même temps
» que l'Italie et l'Allemagne continuaient
» ensemble leur unité, elles obtenaient la
» prépondérance en Europe. Et bien que
» l'Angleterre et fa Russie n'aiment pas
» à voir l'Allemagne constituer son unité,
» elles s'y seraient résignées si cette
» unité avait eu pour conséquence de faire
» disparaître de la scène du monde une
» autre prépondérance.
» L'occasion perdue se représentera.
» L'Italie et la Prusse étroitement liées
» peuvent la taire naître à leur gré. »
Et quand on songe que cette intrigue a
été nouée par le chef, actuel de la franc-
maçonnerie, siégeant à Rome et ayant un
pouvoir absolu sur le F. Crispi et con-
sorts quand on songe, d'autre part, que
ce pontife italien de l'ordre maçonnique
s'est écrié publiquement «Si je n'étais
Italien, je voudrais être Prussien. J'ai
deux haines au cœur: Dieu et la France »
ce qui, d'ailleurs, est flatteur pour la
France quand on songe, dis-je, a tout
cela, on se demande pour qui nous pren-
nent les francs-maçons qui sont, présente-
ment, nos maîtres, lorsqu'ils essayent de
nous faire croire aux sympathies du par-
ti avancé et anticlérical d'Italie pour notre
pays.
Ah I le bon billet qu'a la France
xxx.
«».
Ce qui se passe
GAULO1S-QU1DE
Aujourd'hui
Courses à Colombes.
Réouverture de l'Eldorado.
Au théâtre des Variétés, première représenta-
tion (reprise) de Mam\'elle Nitouche.
LA POLITIQUE
M. Paschal Grousset est trop mêlé au
mouvement moderne et trop éloigné par
éducation des arrière-boutiques de mar-
chands de vins, pour avoir cru un seul
instant qu'il obtiendrait, soit des pour-
suites contre l'ex-comité boulangiste, soit
une amnistie en faveur de ses amis.
Et si, lorsqu'il n'est pas à la tribune, il
entendait quelqu'un affirmer sérieuse-
ment que la république française est en-
tre les mains de M. de Mun, qui la passe
au Père du Lac, qui la repasse à Léon
XIII, il lui rirait probablement au nez.
C'est, d'ailleurs, le sort de toutes ces
harangues de passion politique de ne
pouvoir être relues à froid par leurs pro-
pres auteurs sans qu'ils soient tentés de
hocher la tête et de sourire.
Répondre à M. Paschal Grousset eût été
un jeu d'enfant pour tout le monde, et
M. Dupuy n'a pas eu de peins à s'açquU-
ter démette tache facilo."
II faut que l'extrême-gauche se résigne
à ne pas voir entamer des poursuites
contre des collègues qui ne lui en vou-
dront même pas pour son inoflensive
proposition. Il faut qu'elle se résigne
aussi à ce que le ministère, qui se conv
promettrait d'ailleurs s'il suivait les pré-
ceptes de l'Evangile, ne réponde point par
une proposition d'amnistie aux amabili-
tés dont il est l'objet quotidien.
C'est jusqu'à un certain point malheu-
reux, car il est certain que, la république
vivant un peu des services que lui a ren-
dus Rochefort, l'exil du polémiste froisse
le sentiment de l'équité.
Quant à cette bonne plaisanterie qui
consiste à représenter la république com-
me prisonnière de la Droite, elle a pour
contrepoids nécessaire l'allégation de
ceux qui prétendent, avec plus de raison,
que les ralliés sont prisonniers de la ré-
publique.
De sorte qu'on peut renvoyer dos à dos
tous ces prisonniers. J. C.
ÉCHOS POLITIQUES
Une dépêche annonce l'arrivée, à l'Ile
Maurice, de l'aviso le Papin, détaché de
la division navale qui opère dans les eaux
de Madagascar, et porteur d'un télégram-
me de M. Le Myre de Vilers à l'adresse
du gouvernement français.
Ce télégramme sera vraisemblablement
publié aujourd'hui on en prévoit facile-
ment la teneur c'est l'annonce de l'échec
des négociations de M. Le Myre de Vi-
lers.
Dans ces conditions, le gouvernement
ne saurait tarder à saisir la Chambre
d'une demande de crédits en vue de l'ex-
pédition en préparation depuis plusieurs
mois.
On s'explique ainsi que les députés qui
avaient pris l'initiative d'une demande
d'interpellation sur les affaires de Mada-
gascar aient accepté, sans difficulté, à la
séance d'hier l'ajournement de cette
interpellation.
ÉCHOS DE PARIS
Rappelons que c'est ce matin, à onze
heures, que Mgr le duc de Nemours fera
célébrer, à Saint-Pierre de Chaillot, une
messe pour l'anniversaire de la mort de
sa fille, la princesse Marguerite d'Or-
léans, princesse Gzartoryska.
Comme nous l'avions annoncé, d'autres
messes seront dites, ce matin même, pour
le repos de l'âme de Son Altesse Royale
l'une, à neuf heures, en l'église de Saint-
Louis-en-l'Ile, paroisse de la famille Czar-
toryski l'autre, à dix heures, en la cha-
pelle de Notre-Dame de la Compassion, à
Neuilly.
M. Casimir-Perier s'est rendu, hier,
après midi, à l'Institut Pasteur, pour y
visiter l'installation du laboratoire de
bactériologie du docteur Roux, inventeur
de la méthode du traitement du croup.
Le Président de la république a vive-
ment félicité le docteur Roux et lui a re-
mis la croix de commandeur de la Légion
d'honneur pour sa belle découverte, appe-
lée à rendre à l'humanité de signalés ser-
vices.
Le docteur Roux, modeste comme tous
les hommes d'une grande valeur, a ré-
pondu au Président en associant à
l'honneur qu'il lui faisait les noms de
Behring et Lœffler, qui furent les pre-
miers auteurs de la découverte du sérum
antidiphtérique.
Au cours de sa visite, M. Casimir-Pe-
rier a remis les palmes académiques à
Mme Daussoir, infirmière en chef de
l'hôpital des Enfants malades aux doc-
teurs Martin, préparateur à l'Institut, et
Chaillon, interne des hôpitaux, et a as-
sisté à l'inoculation de deux enfants.
Le Président a fait ensuite une prome-
nade à travers les écuries où se trouvent
les chevaux destinés à fournir le sérum,
et a appris qu'un seul cheval remisé dans
les écuries d'Alfort avait déjà donné 700
litres de sang sans que sa santé en fût le
moindrement altérée.
En quittant l'Institut Pasteur, M. Ca-
simir-Perier s'est rendu à l'hôpital
Trousseau, où il a parcouru les salles
des petits diphtériques.
M. Casimir-Perier a fait remettre au
directeur de l'hôpital une somme de 500
trancs qui sera employée à donner un di-
vertissement ainsi que quelques gâteries
aux jeunes pensionnaires de l'hôpital
Troussau.
lie voyage de M. Moret à Paris.
Une personnalité des plus en vue de la
colonie espagnole, interrogée par nous
sur le séjour de M. Moret à Pans, nous a
dit:
M. Moret est venu à Paris pour voir
sa fille malade et non pour entamer des
négociations pour le renouvellement du
modus Vivendi commercial entre la
France et l'Espagne.
» Gela n'a pas empêché M. Moret d'en
parler dans les entretiens qu'il a eus avec
plusieurs membres du cabinet.
» Ces négociations, ainsi préparées, se-
ront officiellement engagées par l'ambas-
sadeur d'Espagne avant le 31 décembre,
date de l'expiration du précédent modus
Vivendi, et on est sûr à l'avance de leur
réussite. »
On a reparlé, hier, d'un différend qui
se serait élevé entre le cardinal Richard
et la direction des cultes, à propos de la
nomination de M. l'abbé Odelin, vicaire
général titulaire, à l'archidiaconat de
Saint-Denis.
La vérité est qu'il y avait récemment, à
l'archevêché, trois vicaires généraux titu-
laires M. l'abbé Caron, archidiacre de
Notre-Dame M. l'abbé Bureau, archi-'
diacre de Sainte-Geneviève, et M. l'abbé
Pelgé, archidiacre de Saint-Denis, M;
Pelgé ayant été nommé évêque, le cardi-
nal Richard songea, pour le remplacer; à
M. l'abbé Odelin. Celui-ci est déjà vicaire
général honoraire, avec Mgr d'Hulst et
les abbés Captier, supérieur général de la
Compagnie de Saint -Sulpice Bieil, di-
recteur du séminaire Saint-Salpice, et
Fage, officiai du diocèse.
En attendant qu'il pût être donné suite
aux désirs du cardinal, M. l'abbé Odelin
prit possession de la charge qui lui était
attribuée, d'autre part, et qui consiste
dans la direction des œuvres diocésai-
nes.
Mais comme il serait matériellement
impossible à MM. les vicaires généraux
Caron et Bureau de s'occuper des affaires
de l'archidiaconé de Saint-Denis p- leur
tâche étant déjà fort lourde M. l'abbé
O'delia eo a été chargé par le cardinal.
i Telle est très exactement la situation
qu'on peut ainsi résumer M. Odelin, vi-
caire .général honoraire depuis deux ans,
conserve son titre. Il y aajoutéceluidedi-
recteur des oeuvres diocésaines, mais non
pas celui d'archidiacre de Saint-Denis, en-
cote qu'il en exerce, dans l'intérêt supé-
rieur du diocèse, les lourdes fonctions.
Une note officieuse reconnaît que M.
l'abbé Odelin peut porter, avec l'assenti-
ment de Rome, letitte de vicaire général,
mais qu'il ne peut signer des documents
officiels ni toucher d'émoluments sans
l'agrément du gouvernement. Là-dessus,
il n'y a ni contestation, ni conflit, car
tout ce que décidera de proposer M. le
vicaire général Odelin le sera par le car-
dinal lui-même.
Le général Robillard, promu division-
naire, va, dit-on, quitter la direction de
l'infanterie au ministère pour prendre le
commandement de la 28' division, à
Chambéry.
On parle, pour lui succéder, du géné-
ral Hartschmidt, commandant la 34" bri-
gade d'infanterie à Châlons-sur-Marne.
PARADOXES ET VÉRITÉS
Toute révolution se résume dans un dépla-
cement de.propriété et un déplacemenj; de "va-
nité.
Eugène Marbeau.
Pour posséder la force morale, il faut la
concentrer sur un objet, l'essayer souvent,
n'en parler jamais.
Ph. Gerfaut.
M. le docteur Alfred Robin a fait, hier,
à l'Académie de médecine, une commu-
nication concernant la bicyclette. L'émi-
nent médecin de la Pitié a constaté que
l'exercice modéré de la bicyclette était
excellent pour les graveleux. Ses conclu-
sions sont, au contraire, très défavora-
bles en ce qui concerne les personnes at-
teintes d'albuminurie.
L'Académie de médecine, qui a fait le
meilleur accueil à cette communication
de M. Robin, examinera très prochaine-
ment à fond la question de la bicyclette.
La commission nommée à cet eflet va
avoir terminé ses travaux..
Dimanche prochain, le Te Deum sera
chanté dans toutes les paroisses du dip-;
cèse d'Arras, par ordre de S. -G. Jlfer Wil-
liez, en action de grâces de l'introduction
de la cause de Jeanne d'Arc.
La cérémonie qui aura lieu à cette oc-
casion à la cathédrale d'Arras sera des
plus solennelles. L'édifice sera entière-
ment pavoisé aux couleurs de l'héroïne,
dont le panégyrique sera prononcé par le
R. P. Janvier, de l'ordre de Saint-Domi-
nique.
Lorsque le prédicateur descendra de
chaire, on exécutera l'Ode symphonique
qui lut exécutée, le 8 mai, à Orléans. Le
soir, la cathédrale sera illuminée.
La fête sera annoncée le samedi soir,
par une sonnerie solennelle des cloches
dans toutes les paroisses du diocèse.
C'est aujourd'hui la Saint-Crépin, fête
des cordonniers.
Profitons-en pour rappeler quelques
noms d'hommes devenus célèbres après
avoir exercé cette profession
En Amérique Roger Sherman, qui fut
un des premiers hommes d'Etat de son
temps.
En Angleterre John Brandt, savant
antiquaire Bloomfield, Gifford, Holcrofft,
Prendall, écrivains et savants.
En Allemagne Hans Sachs, auteur
dramatique David Parcus, professeur de
théologie; Winckelmann, l'illustre auteur
de Y Art chez les anciens.
En Suède le non moins illustre natu-
raliste Linné.
En France Jacques Pantaléon, qui fut
pape sous le nom d'Urbain IV; Baldnier,
savant auteur; Lestage, Henry Sellier,
J.-B. Rousseau, poètes Rigaut, mathé-
maticien.
Un membre de l'Institut, célèbre par
ses travaux de géographie historique, a
eu aussi un tel début dans la vie.
En Russie, enfin, le comte Léon Tolstoï,
le grand romancier, cordonnier par in-
clination, pourrait-on dire, car il se re-
pose de ses travaux littéraires en confec-
tionnant des paires de bottes, comme un
vulgaire moujik.
A travers les livres
Nous sommes heureux de constater le
succès du volume de notre collaborateur
Gustave Geôroy le Cœur et l'Esprit.
Les éditeurs Charpentier et Fasquelle
mettent aujourd'hui en vente le deuxième
mille de ce beau livre paru il y a quelques
jours.
NOUVELLES A LA MAIN
Chez le marchand de vin.
L'inspecteur au troquet
Je vous dis que votre vin contient
des matières dangereuses.
Entre nous^m'sieur l'inspecteur, il
n'y a que de l'eau.
De l'eau de Paris?.Mais justement:
c'est le plus dangereux des poisons I
UN OOM'NO
LA RENTRÉE
Donc, hier, le vingt-trois octobre,
Pourquoi de détails être sobre?
Le Palais-Bourbon s'est ouvert.
Nos députés, fâcheux présage I
Suivant leur annuel usage,
Ont repris leurs quartiers d'hiver.
Que vont-ils faire. ou plutôt dire ? a
Vont-ils désormais s'interdire
Les dures séances de nuit ?
Combattront-ils le ministère ?
Ou soutiendront-ils, au contraire,
Le cabinet Charles Dupuy ? `t
Verra-t-on, ô mon centre gauche I
Encore un que l'on te débauche 1
Verra-t-on, monsieur Cavaignac,
Du vieil impôt déplaçant l'axe,
Frapper d'une nouvelle taxe
Les gens qui possèdent le sac?
Verra-t-on monsieur Jules Guesde,
Pour Vienne, pour Rome ou pour Dresde,
Témoigner d'un égal amour? 't
Verra-t-on monsieur Clovis Hugues,
Las des potins, faire des fugues
Vers la poésie et l'humour t
Goblèt, très éloquent Tom-Poace,
Sera-t-il pas d'humeur plus douce?
Jaurès, impétueux leader,
Soulevant d'énormes tempêtes,
Fera-t-il pas courber les têtes
Sous d'effroyables courants d'air?
Brisson, son pavillon en berne,
Aura-t-il sa voix de caverne ?
Verrons-nous le chasseur Mirman,
Narguant la consigne sinistre,
Pour interpeller son ministre
Abandonner son régiment?
Le budget, délicat problème,
Marchera-t-il sans douzième?
Et les excellents radicaux,
S'nnissant aux socialistes
Pour battre les opportunistes, >.
Le réduiront-ils en morceaux 1
Les couloirs verront-ils, crédules,
Naître les conciliabules ? If
Et plus loin, à l'abri des speechs,
Les malins, devant la buvette,
Tailleront-ils une bavette,
Entre deux bocks et trois sandwichs ? t
Tout ira-t-il mieux que naguère ? `l
Hélas, je n'en jurerais guère
En notre Corps législatif,
La tradition, routinière,
Se traine dans la même ornière.
Hier et demain, c'est kit-kif I
Bloc -Notes Parisien
« ~,rIS!t~®NIDtD u
Tout ce que le public sait de Gismonda, la
pièce nouvelle en quatre actes et cinq ta-
bleaux, de M. Victorien Sardou, dont la pre-
mière représentation au théâtre de la Renais-
sance est fixée à lundi prochain, c'est que cette
œuvre s'annonce comme devant constituer un
des grands événements littéraires et artistiques
de l'année. On parle en grand mystère d'un
épisode dramatique des plus saisissants, pré-
senté avec un art prestigieux, et de la recons-
titution tout à fait curieuse d'une époque igno-
rée de l'histoire du moyen âge. Mais tout cela
est assez vague. Ce qui n'empêche que la cu-
riosité des Parisiens est éveillée au dernier
point. On en sait quelque chose à la Renais-
sance. '̃̃> ̃'̃
.Nous allons satisfaire; à cette curiosité en in-
diquant d'une façon aussi précise que possible
sans raconter l'intrigue la physionomie
particulière qu'offre, au point de yue scénique,
la pièce nouvelle de M. Victorien Sardou.
Gismonda 'primitivement appelée la Du-
chesse d'Athènes, comporte une action très ser-
rée, très sobre en même temps que très rapide.
Elle présente un caractère spécial dans l'œuvre
de l'auteur de Théodora et de la Tosca, en ce
sens qu'elle est plutôt heureuse et claire, évo-
luant dans une atmosphère ensoleillée et lais-
sant au spectateur, à la chute du rideau, une
impression aimable. La p:^ce n'est pas moins
dramatique pour cela et même tragique à un
certain moment. On cite dans la note dramati-
que un cri de terreur poussé au premier acte
par Mme Sarah Bernhardt, qui est d'une émo-
tion poignante. Mais l'œuvre n'offre pas la phy-
sionomie cruelle de la Tosca et de Fédora. Et
c'est une de ses originalités.
On sait que l'action se passe en Grèce, en
1453, peu de temps avant l'envahissement du
duché d'Athènes par les Turcs. L'œuvre nous
montre comme principaux personnages d'une
part, Gismonda, veuve de Nério II, duc d'A-
thènes, et de l'autre le favori de la duchesse,
Pierre Almerio. Gismonda qui, à la mort de
son mari, s'est emparée du pouvoir, a un fils
de Nério II, un enfant de six ans, Francesco,
qui a pour cousin Zaccariâ Franco Acciaïoli
autre personnage de la pièce lequel a été
dépossédé du duché d'Athènes par Nério II,
l'époux de Gismonda.
C'est à M. Guitry qu'a été confié le très beau
rôle d'Almerio. Mme Sarah Bernhardt l'aura
donc pour principal partenaire dans cette pièce
où elle est en scène presque tout le temps et
qu'elle interprète, paraît-il, avec un sentiment
des nuances et une force dramatique absolu-
ment remarquables. Elle porte, au cours de la
pièce, quatre costumes, dont un costume de
promenade au premier acte, deux costumes
d'intérieur aux deuxième et troisième actes et
un très riche costume de grande fête religieuse
au dernier acte.
Au premier acte de Gismonda, la toile se lève
sur l'Acropole offrant une vue admirable du
Parthenon, de l'Erectheion, des Propyliès et
de la construction particulière de la Pinaco-
thèque au-dessus de laquelle se trouve le loge-
ment de la duchesse d'Athènes. Au fond, la
mer.
Le deuxième acte nous conduit au couvent
de Daphni, dont une partie existe encore d'ail-
leurs. Sur les indications de M. Victorien Sar-
dou, Mme Sarah Bernhardt s'y est rendue lors
du passage de sa troupe à Athènes, au com-
mencement de l'année dernière. La grande tra-
gédienne a pu ainsi se rendre un compte sxaet
de la topographie du lieu fameux consacré na-
guère à Apollon et s'inspirer des souvenirs qui
dorment sous les voûtes de l'église encore de-
bout au bas de la colline. Dans Gismonda, l'é-
glise, placée au second plan, se voit de face à
travers les arcades d'un cloître du monastère.
Le troisième acte de la pièce^e M. Victorien
Sardou se passe dans la chambre de la du-
chesse d'Athènes. Au fond, à gaa'che, une log-
gia, à demi cachée par une tenture de soie
bleue, où se trouve le lit de Gismonda, et par
la double-fenêtre placée à droite, le panorama
de la campagne d'Athènes se profilant au loin.
La chambre, aux portes lourdes et massives,
est d'une décoration luxueuse, rouge, or et
bleu.
Enfin, le premier tableau du quatrième acte
nous montre des ruines sur la colline des
Nymphes, et le deuxième tableau nous repré-
sente l'intérieur d'une église byzantine, !'église
catholique des ducs d'Athènes, merveille de
reconstitution archaïque.
C'est ici que se place, au point de vue déco-
ratif, une des scènes les plus caractéristiques
de l'oeuvre une cérémonie religieuse le jour
des Rameaux, à laquelle vient assister toute la
Cour, sous les auspices de la duchesse d'Athè-
nes, les seigneurs et les dames de la Cour sui-
vant le cortège, des fleurs dans les cheveux et
des palmes à la main.
•%
Et maintenant, après la description de la
mise en scène, l'histoire de l'œuvre. La con-
ception de Gismonda, en tant que pièce dra-
matique, remonte, chez l'auteur, à cinq ou six
ans. Mais de tout temps, M. Victorien Sardou
ainsi qu'il nous l'a raconté lui-même fut
hanté par l'idée d'écrire des pièces historiques
ayant pour cadre Athènes, l'île de Chypre, By-
zance.au moyen âge Pour Byzance, il recula
aux premiers siècles de l'ère chrétienne, ayant
trouvé de prime-saut le sujet de Théodora.
On sait que le scénario de cette pièce célè-
bre resta vingt-cinq ans dans les cartons de M.
Victorien Sardou. L'auteur y songeait avant
même qu'il eût remporté ses premiers succès,
au temps où, professeur d'histoire, mais déjà
homme de théâtre par l'imagination, il rêvait
de fouiller, en vue de la scène, dans les coins
ignorés des diverses annales que les maîtres du
genre historique, Alexandre Dumas et Victor
Hugo, avaient négligé d'étudier. On peut dire
que la genèse de Gismonda remonte à cette
époque. Mais le scénario de la pièce n'a vrai-
ment été composé qu'à la suite du succès de
Théodora et de la Tosca.
Quanti la pièce, elle a été écrite, cette an-
née, à Marly-Ie Roi, du mois de juin au mois
de- septembre. Et, détail curieux, M. Victorien
Sardou n'a pris U plume que lorsque tous les
détails concernant les questions de décor$
et- de mise en scène ont été réglées. Nom
nous souvenons d'avoir vu, au printemps der-
nier, au cours d'une visite que nous fîmes à
Marly à l'éminent dramaturge, toute une séria
de plans, de croquis, d'aquarelles et de photo-
graphies rangés sur la table de tiavail du maî-
tre, et se rapportant à l'Athènes du moyen âge. »
C'étaient autant de matériaux pour aider le»
décorateurs à faire leurs maquettes. A cette
époque, il y a cinq mois de cela, pas une ligne
de Gismonda n'était encore écrite. Et comme
nous rappelions ce souvenir, l'autre jour, à M;
Victorien Sardou, il nous répondit
C'est toujours ainsi avec moi. J'établis le
côté extérieur de ma pièce avant de l'écrire.
Une fois la question décorative réglée, je me
mets au travail. Et le, travail d'écriture est as^
sez rapide, car, au moment où je m'y mets, la
pièce est toute faite dans ma tête. Je= n'ai qu'à
laisser courir la plume.
Mais pour les détails historiques ?
Toutes les notes sont prises et placées sur
des fiches dans un dossier, un dossier d'une
cinquantaine de feuillets et qui représente le
fruit de lectures innombrables. Voulez-vous
avoir une idée des livres que j'ai eu à consulter
pour Gismonda ? Voyez donc la pile de volu-
mes, là-bas, sur la table, mise à part pour être
réexpédiée à Marly. »
• Et nous prenons queiques titres au hasard:/
Gregorovius Histoire du duché d'Athènes
E.-A. Vlasto Les derniers jours de Constan-
tinople la baronne de Guldencroe VAchaïe
féodale A.-C. Buchon Chroniques étrangè-
res relatives au treizième siècle, Recherches
historiques sur la principauté française de Mo-
rée, la Grèce continentale Burnouf, le Par-
thénon Breton Athènes Bêulé l'Acropole,
etc., etc.
Vous n'avez point idée, reprend M. Sar-
dou, des recherches qu'il m'a fallu faire au su-
jet de l'église Sainte-Marie Pour le monastère
de Daphni, j'ai eu des documents précieux et
mène des photographies des belles mosaïques
qui ornent le temple, encore debout au milieu
des ruines. Comme l'a dit votre confrère Ade-
rer, il est situé sur l'antique voie Sacrée,
bordé de tombeaux ainsi que la vpie Appienne
à Rome à mi-chemin entre Athènes et Eleu-
sis.
» Le monastère, qui était habité par des Bé-
nédictins, devint dans lasuite le lieu de sépul-
ture des ducs d'Athènes, une sorte de Saint-
Denis. On voitencore des fragments de pierres
tombales. J'ai bu grand plaisir, je vous l'avoue,
à reconstituer tous ces lieux.fameux qui avaient
gardé encore en ce temps-là tout un parfum de
la Grèce antique. Mais depuis, lord Elgin et
ses imitateurs y ont commis les profanations
que vous savez. Ah I nous vivons à une jolie
époque !»
Et voilà à peu près tous les renseigne-
ments que nous avonsjecueillis sur cette Gis-
monda qui fait tant parler d'elle.
TOUT-PARIS
LA `
MALADIE DU TSAR
BRiOOHÉ
Lies dépêches de 1'a.inba.ssailo
L'ambassade de Russie à Paris a corn*
muniqué, hier mardi, la dépêche officielle
suivante, qu'elle avait reçue à deux heu-
res de l'après-midi
Bulletin d'hier soir constate un peu plus de
sommeil mais moins d'appétit. Forces n'a-
vaient pas augmenté.
A quatre heures, l'ambassade recevait
une seconde dépêche de Livadia ainsi con-
çue
Livadia, 1 h. 15.
Sa Majesté a passé une nuit assez bonne
elle s'est levée ce matin pendant près de deux
heures et a déjeuné d'assez bon appétit l'a-
mélioration continue, bie.i que l'état ne cessa
d'être grave.
A minuit, aucune autre dépêche n'était
parvenue à l'ambassade.
La lojJiJilMj llu 1 lllijJoi alllbj llti nuojuo
Au syndicat de la Presse parisienne
En réponse à l'Adresse du syndicat de la
Presse parisienne à S. M. l'impératrice de
Russie, M. Edouard Hervé a reçu, hier soir,
la dépêche (suivante:
Livadia, 23 octobre, 7 h. 40 soir.
Je suis chargé par S. M. l'Impératrice
d'exprimer à MM. les membres du syndi-
cat de la Presse parisienne et à vous," leur
président, combien Sa Majesté a été tou-
chée de votre télégramme et des bons
vœux que vous formez pour le rétablisse-
ment de l'Empereur.
Le ministre de la Cour,
Comte Voroxzow-Dachicow.
NOS DEPECHES
f-aint-Pé!ersbourg, £3 octobre midi.
Un personnage de l'entourage du Isar
Alexandre m'assure que l'émiettement
des reins de l'auguste malade est moins
grand qu'on ne l'a dit tout d'abord il y
aurait donc lieu d'espérer une améliorai
tion réelle dans la santé du Tsar.
Malheureusement, le docteur de Ley-
den manque de la première qualité néces-
saire à un médecin appelé à veiller sur
une existence aussi précieuse il n'a pas
confiance.
On regrette ici qu'on n'ait pas appelé
des spécialistes français comme MM. Po«
tin, Dieulaioy, Robin, qui, ayant l'habi-
tude de soigner des maladies de ce genre,
auraient pu apporter de précieuses indi-
cations.
Nice, 33 octobre. 1 h. 50.
Un service religieux pour le rétablisse-
ment de la santé du Tsar a été célébré, ca
matin, à l'église russe. Parmi les assis-
tants on remarquait le duc et la duehessa
Georges de Leuchtenberg.
Au cours de la cérémonie, le popa Du*
binoft a donné lecture d'une dépêche d«
Livadia, reçue par le duc de Leuchten-
berg, et annonçant que leTsar allait beau-
coup mieux et que les médecins ont ua
grand espoir de le sauver.
Saint-Péterabourg, 23os!obr8.
Le Messager officiel de ce matin a pu-
blié le bulletin suivant, daté de Livadia,
lundi, 8 h. 16 du soir
La nuit dernière, l'Empereur a pu dormit
environ cinq heures, mais avec des interrup-
tions. Dans la journée, le souverain s'est Iev4
comme d'habitude; l'appétit a un peu dimi»
nué; les forces n'ont pas augmenté.
Signé Leyden, Zakharinç, Hirseh,
Popoff et Véliaminoff.
Ce bulletin de santé de l'Empereur, af«
fiché ce matin au ministère de l'intérieur,
a produit une impression moins rassu.
rante que le bulletin précédent. D'après
les nouvelles privées reçues ici ce matin
de Livadia, le souverain, pendant la nuit
dernière, a pu dormir, mais avec de lon-
gues interruptions, au cours desquelles
il s'est plaint de tiraillements dans le»
Paris t ft &» dsmtnçs– DêPÀKTERKKTS et Gckkes StO cbrtokss
58* Année S* Série N« 53*6
ARTHUR MEYER
Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
s ffifrwgln
AEONNEMENTS
Pari» Départements
TTnmois 5 fr. Un mois 6 fr,
ïrois mois. 13 BO Trois mois. 16 fr.
Six mois 27 fr. Six mois 32 fr.
UN an, 54 fr.' Un nn, 64 fr.
Un an 54 fr. Un an 64 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale). 18 Jr.
-ARTHUB-MEYER'
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONCES
2, ruo Drouot, 2
(Angle des boulevard s Montmartre et des !laliens§
ANNONCES e
MM. CH. Ï^AG RANGE, CBnFïi^
6, PLAGE DK LA BOURSE, 6 •
Et à l'administration du Journal
llliliS
d'un
1- EX-FRANC-MAÇON
Un très haut dignitaire de la franc-ma-
çonnerie, que le dégoût a pris et qui a
donné récemment sa démission générale
de tous les grades et fonctions maçonni-
ques dont il était investi, vient de pu-
blier des révélations curieuses et des dé-
tails piquants sur les faits et gestes de la
secte à laquelle il appartenait.
Ce désabusé nous apprend, entre autres
choses, que le nouveau grand-maitre de
̃. l'ordre, un Italien du nom de Lemmi, est
non seulement un révolutionnaire de la
plus dangereuse espèce, mais encore un
repris de justice pour délits de droit com-
mun. Il nous apprend aussi que la supré-
matie, dans la franc-maçonnerie, exercée
auparavant par le rite écossais, appartient
aujourd'hui à Rome, où le chef suprême,
satanique déterminé, installé au palais
Borghèse, est en hostilité ouverte avec le
Vatican.
Il nous dévoile, enfin, une série d'inci-
dents, tous plus intéressants les uns que
les autres, mais, dont aucun ne m'a paru
aussi instructif, pour des lecteurs fran-
çais, que l'accord négocié en 1867 (remar-
quez bien la date), oar Adriano Lemmi,
entre Mazzini et le F.\ de Bismarck.
A cette occasion, le ministre prussien
envoya à Mazzini une note exposant les
arguments à faire valoir auprès des po-
pulations de la péninsule pour les déta-
cher de la France et les amener à désirer
l'alliance avec ^'Allemagne. Ce docu-
ment, qui éclaire d'un jour singulier, les
origines de l'alliance de l'Italie avec l'Al-
lemagne, est un pur chef-d'œuvre de ma-
chiavélisme, de rouerie diplomatique et
de fausse logique que l'on ne saurait, à
mon sens, trop divulguer.
Quronen juge par ce qui suit
'̃ av. ;̃
t Lés affinités de langage -et de race,
» écrivait le comte de Bismarck, les ana-
» logies de tempérament moral et de
» moeurs importent peu en fait d'allian-
» ces. Les alliances ne reposent que sur
» l'intérêt et ne sont déterminées que par
» les avantages qu'elles procurent. Quand
» deux Etats ont une situation géographi-
» que telle qu'ils peuvent développer leur
» propre système d'action et augmenter
» indéfiniment leur puissance par l'in-
» dustrie, le commerce et la guerre, sans
» que la puissance de l'un puisse jamais,
» en aucune manière, mettre obstacle à
» celle de l'autre, qu'au contraire, la force
» de l'un accroît celle de l'autre, ces deux.
» Etats sont et doivent être des alliés na-
».turels.
» En revanche, quand deux Etats ont
» une situation géographique telle que
» l'un ne puisse étendre sa sphère d'ac-
» tion sans nuire à l'autre quand le com-
» merce de l'un ne peut prospérer qu'au
» détriment de celui de l'autre; quand, en
» un mot, le bot à atteindre, pour arriver
» au plein développement de leur puis-
» sance, est le munie pour tous les deux,
» en sorte que,1 si l'un des deux y atteint,
» l'autre n'y atteindra jamais et sera, par
» conséquent, dans la dépendance du pre-
» mier, non seulement il n'y a pas d'al-
» liànce naturelle entre ces deux Etats,
» mais il v a entre eux une rivalité natu-
» relie qui, à tout moment, peut et doit
» en faire des ennemis.
» En partant de ces principes, les seuls
» conformes h la raison, il est facile de
» dire quelle est l'alliée naturelle de l'I-
» talie et quelle est sa rivale naturelle.
» L'alliée naturelle de l'Italie est l'Al-
» lemagnc. La rivale naturelle de l'Italie
» est la France.
/> Supposons l'Italie entièrement mal-
» tresse d'elle même, forte de son unité
» politique, devenue l'entrepôt de ses
» propres produits si variés et de tous
» ceux du midi; supposons l'Allemagne
» forte aussi de son unité politique, deve-
» nue l'entrepôt de ses propres produits
» et de ceux du nord; l'Italie maîtresse de
» la Méditerranée, l'Allemagne maîtresse
» de la Baltique; ces deux puissances,
» quoi qu'on en dise, les plus intelligentes
» et les plus-civilisées, qui partagent l'Eu-
» rope en doux et qui en forment le cen-
» tre, ces deux puissances dotées de fron-
tières si précises et si nettement déli-
» mitées, si diiïérentes de langue et de
» tempérament, -exerçant leur action dans
» des sens si divers, que jamais l'Italie
» ne pourra aspirera dominer dans la
» Baltique, ni l'Allemagne songer à do-
» miner dans la Méditerranée, et deman-
» dons-nous si elles peuvent faire autre-
» menlquede s'entr'aider mutuellement
» et de s'aimer cordialement.
» L'Italie et l'Allemagne sont entourées
» de peuples qui aspirent à s'agrandir à
» leurs dépens. Au nord, l'Angleterre
» pèse sur l'Allemagne, et un jour l'O-
» rient arrivera à peser sur l'Italie. Au
» sud, au sud seulement, brille pour tou-
» tes deux l'étoile de l'avenir; au sud,
» où l'Allemagne s'appuie sur l'Italie, où
» l'Italie a devant elle la Méditerranée qui
» peut redevenir un lac itaiien.
» Le peuple qui a fait 1814, 1848 et
» 1865 est le véritable allié de celui qui a
» fait 1848. 18'i9 et 1860.
» A la On de l'année, l'Allemagne de-
» vraformer un seul Etat puissant, s'éten-
» dant de la Bnllique aux Alpes, du Rhin
» à la Visluic et à la Drave l'Italie ne
» devra plus avoir cîe provinces aux mains
» de Téiranger ou bien ni l'une ni l'autre
«n'auront compris leur situation réci-
» proque.
»Quanl à l'Italie et à la France, lacon-
» figuration du globe terrestre nepouvant
» pas être ch:sngôe, elles seront toujours
» rivales et souvent ennemies. La nature
uajetéentiv elles une pomme de dis-
» corde qu'e!ios ne cesseront de se dispu-
» ter la "Médit erra uèe, rade admirable au
» centre de l'Europe, de l'Asie et de TA-
» frique, canal entre l'Atlantique et le
» Pacifique, bassin entouré des terres les
» plus favorisées du ciel.
̃ _̃̃• '̃'̃ ̃-̃• 'i
» Ne ssràit-ce pus folie de penser que la
» France peut n'être pas jalousé de i'Ita-
» lie qui s'avauce si loin dans l.i Méditer*
» ranée, qui en possède les côtes les plus
» belles, les plus peuplées et les plus ri-
» ches, de l'Italie qui est la voie directe
» entre l'Europe, 1 Orient et les*ides ?
» Tout le monde sait la joie qu'ont res-
» sentie les Français à la nouvelle du dé-
» sastre de Lissa. La France y a vu pour
» elle un grand avantage. Si, en 1859,.elle
» a témoigné quelques sympathies à l'I-
» talie, ce n'a été que par mode ou par
» amour-propre national. Si même, à
«.cette date, on étudie attentivement la
» vraie opinion française, on verra que
» tout se bornait aux éloges de trois ou
» quatre journaux parisiens payés pour
» les insérer. Et quand nous parlons de
» la France, nous entendons la France
» telle que sa situation géographique l'a
» faite, la nation française.
» D'un autre côté, il est impossible à
» l'Italie de souffrir que la France menace
» à tout moment de s'emparer de Tunis,
» comme elle l'a fait récemment de Tu-
» nis, qui ne serait pour elle qu'une étape
» pour atteindre la Sardaigne. Il est in-
» dispensable à l'Italie de se constituer
» de telle façon qu'elle n'ait pas à trem-
» bler pour ses côtes, pour son commerce,
» pour ses provinces, à chaque fronce
» ment de sourcil du Jupiter français.
» La France maîtresse de la Méditer-
» ranée? La France avec les frontières
» du Rhin ? Non l'Italie et l'Allemagne ne
«doivent à aucun prix le permettre. C'est
» pour elles une question de vie ou de
» mort. Et qu'on ne vienne pas parler de
» la reconnaissance de l'Italie envers la
» France. L'Italie ne doit rien à la
» France.
» Voici le bilan de l'une et de l'autre. Il
» montre clairement quelle est la créan-
» cière.
» La France a perdu, sur les champs de
» bataille italiens, dans l'intérêt de l'Ita-
» lie, vingt mille soldats. Et c'est tout.
» Pour le profit qu'elle a tiré de l'inter-
» vention française, l'Italie a donné Nice,
» la Savoie et soixante millions. Et c'est
» assez.
» Mais qu'on jette un regard en arrière
» et qu'on se rappelle les années écoulées
» de 1797 à 1815; qu'on se rappelle le sang
!» d'un million de soldatsitaliens versé au
» profit et pour là gloire de la France qui,
» pouvant faire l'Italie libre et grande, la
» fit esclave; qu'on se rappelle les mil-
» lions payés par milliers à la France ou
» dépensés pour elle, et les incomparables
» trésors artistiques dérobés par la France
» à l'Italie et qui ornent encore aujour-
» d'hui le Louvre l
» La France, dans la guerre de 1859, n'a
'» fait que payer à l'Italie une partie de sa
» dette.
*»«
» L'Italie et la France ne peuvent s'as-
» socier pour exploiter en commun la
» Méditerranée. Cette mer n'est pas un
» héritage à partager entre parents.
» L'empire de la Méditerranée appar-
» tient incontestablement à l'Italie, qui
» possède sur cette mer des côtes douze
» fois plus étendues que celles delà Fran-
» ce. Marseille et Toulon ne peuvent en-
» trer en comparaison avec Gênes, Li-
» vourne, Naples, Palerme, Ancône, Ve-
» nise et Trieste.
» L'empire de la Méditerranée doit être
» la pensée constante de l'Italie, le but à
» poursuivre par les ministres italiens,
» la base de là politique italienne.
» Un homme d'Etat prussien, persuadé
» de ces vérités, a eu l'idée de taire l'unité
» de l'Allemagne en s'appuyant sur l'al-
» liance de l'Italie. La Prusse et l'Italie
» auraient pu dicter la paix à Vienne en
» rejetant dans les pays slaves la dynastie
» des Habsbourg, qui, devenant ainsi un
» danger pour la Russie, cessait d'en être
» un pour l'Allemagne.
» La Prusse aurait pu alors achever
» l'unité de l'Allemagne. En même temps
» que l'Italie et l'Allemagne continuaient
» ensemble leur unité, elles obtenaient la
» prépondérance en Europe. Et bien que
» l'Angleterre et fa Russie n'aiment pas
» à voir l'Allemagne constituer son unité,
» elles s'y seraient résignées si cette
» unité avait eu pour conséquence de faire
» disparaître de la scène du monde une
» autre prépondérance.
» L'occasion perdue se représentera.
» L'Italie et la Prusse étroitement liées
» peuvent la taire naître à leur gré. »
Et quand on songe que cette intrigue a
été nouée par le chef, actuel de la franc-
maçonnerie, siégeant à Rome et ayant un
pouvoir absolu sur le F. Crispi et con-
sorts quand on songe, d'autre part, que
ce pontife italien de l'ordre maçonnique
s'est écrié publiquement «Si je n'étais
Italien, je voudrais être Prussien. J'ai
deux haines au cœur: Dieu et la France »
ce qui, d'ailleurs, est flatteur pour la
France quand on songe, dis-je, a tout
cela, on se demande pour qui nous pren-
nent les francs-maçons qui sont, présente-
ment, nos maîtres, lorsqu'ils essayent de
nous faire croire aux sympathies du par-
ti avancé et anticlérical d'Italie pour notre
pays.
Ah I le bon billet qu'a la France
xxx.
«».
Ce qui se passe
GAULO1S-QU1DE
Aujourd'hui
Courses à Colombes.
Réouverture de l'Eldorado.
Au théâtre des Variétés, première représenta-
tion (reprise) de Mam\'elle Nitouche.
LA POLITIQUE
M. Paschal Grousset est trop mêlé au
mouvement moderne et trop éloigné par
éducation des arrière-boutiques de mar-
chands de vins, pour avoir cru un seul
instant qu'il obtiendrait, soit des pour-
suites contre l'ex-comité boulangiste, soit
une amnistie en faveur de ses amis.
Et si, lorsqu'il n'est pas à la tribune, il
entendait quelqu'un affirmer sérieuse-
ment que la république française est en-
tre les mains de M. de Mun, qui la passe
au Père du Lac, qui la repasse à Léon
XIII, il lui rirait probablement au nez.
C'est, d'ailleurs, le sort de toutes ces
harangues de passion politique de ne
pouvoir être relues à froid par leurs pro-
pres auteurs sans qu'ils soient tentés de
hocher la tête et de sourire.
Répondre à M. Paschal Grousset eût été
un jeu d'enfant pour tout le monde, et
M. Dupuy n'a pas eu de peins à s'açquU-
ter démette tache facilo."
II faut que l'extrême-gauche se résigne
à ne pas voir entamer des poursuites
contre des collègues qui ne lui en vou-
dront même pas pour son inoflensive
proposition. Il faut qu'elle se résigne
aussi à ce que le ministère, qui se conv
promettrait d'ailleurs s'il suivait les pré-
ceptes de l'Evangile, ne réponde point par
une proposition d'amnistie aux amabili-
tés dont il est l'objet quotidien.
C'est jusqu'à un certain point malheu-
reux, car il est certain que, la république
vivant un peu des services que lui a ren-
dus Rochefort, l'exil du polémiste froisse
le sentiment de l'équité.
Quant à cette bonne plaisanterie qui
consiste à représenter la république com-
me prisonnière de la Droite, elle a pour
contrepoids nécessaire l'allégation de
ceux qui prétendent, avec plus de raison,
que les ralliés sont prisonniers de la ré-
publique.
De sorte qu'on peut renvoyer dos à dos
tous ces prisonniers. J. C.
ÉCHOS POLITIQUES
Une dépêche annonce l'arrivée, à l'Ile
Maurice, de l'aviso le Papin, détaché de
la division navale qui opère dans les eaux
de Madagascar, et porteur d'un télégram-
me de M. Le Myre de Vilers à l'adresse
du gouvernement français.
Ce télégramme sera vraisemblablement
publié aujourd'hui on en prévoit facile-
ment la teneur c'est l'annonce de l'échec
des négociations de M. Le Myre de Vi-
lers.
Dans ces conditions, le gouvernement
ne saurait tarder à saisir la Chambre
d'une demande de crédits en vue de l'ex-
pédition en préparation depuis plusieurs
mois.
On s'explique ainsi que les députés qui
avaient pris l'initiative d'une demande
d'interpellation sur les affaires de Mada-
gascar aient accepté, sans difficulté, à la
séance d'hier l'ajournement de cette
interpellation.
ÉCHOS DE PARIS
Rappelons que c'est ce matin, à onze
heures, que Mgr le duc de Nemours fera
célébrer, à Saint-Pierre de Chaillot, une
messe pour l'anniversaire de la mort de
sa fille, la princesse Marguerite d'Or-
léans, princesse Gzartoryska.
Comme nous l'avions annoncé, d'autres
messes seront dites, ce matin même, pour
le repos de l'âme de Son Altesse Royale
l'une, à neuf heures, en l'église de Saint-
Louis-en-l'Ile, paroisse de la famille Czar-
toryski l'autre, à dix heures, en la cha-
pelle de Notre-Dame de la Compassion, à
Neuilly.
M. Casimir-Perier s'est rendu, hier,
après midi, à l'Institut Pasteur, pour y
visiter l'installation du laboratoire de
bactériologie du docteur Roux, inventeur
de la méthode du traitement du croup.
Le Président de la république a vive-
ment félicité le docteur Roux et lui a re-
mis la croix de commandeur de la Légion
d'honneur pour sa belle découverte, appe-
lée à rendre à l'humanité de signalés ser-
vices.
Le docteur Roux, modeste comme tous
les hommes d'une grande valeur, a ré-
pondu au Président en associant à
l'honneur qu'il lui faisait les noms de
Behring et Lœffler, qui furent les pre-
miers auteurs de la découverte du sérum
antidiphtérique.
Au cours de sa visite, M. Casimir-Pe-
rier a remis les palmes académiques à
Mme Daussoir, infirmière en chef de
l'hôpital des Enfants malades aux doc-
teurs Martin, préparateur à l'Institut, et
Chaillon, interne des hôpitaux, et a as-
sisté à l'inoculation de deux enfants.
Le Président a fait ensuite une prome-
nade à travers les écuries où se trouvent
les chevaux destinés à fournir le sérum,
et a appris qu'un seul cheval remisé dans
les écuries d'Alfort avait déjà donné 700
litres de sang sans que sa santé en fût le
moindrement altérée.
En quittant l'Institut Pasteur, M. Ca-
simir-Perier s'est rendu à l'hôpital
Trousseau, où il a parcouru les salles
des petits diphtériques.
M. Casimir-Perier a fait remettre au
directeur de l'hôpital une somme de 500
trancs qui sera employée à donner un di-
vertissement ainsi que quelques gâteries
aux jeunes pensionnaires de l'hôpital
Troussau.
lie voyage de M. Moret à Paris.
Une personnalité des plus en vue de la
colonie espagnole, interrogée par nous
sur le séjour de M. Moret à Pans, nous a
dit:
M. Moret est venu à Paris pour voir
sa fille malade et non pour entamer des
négociations pour le renouvellement du
modus Vivendi commercial entre la
France et l'Espagne.
» Gela n'a pas empêché M. Moret d'en
parler dans les entretiens qu'il a eus avec
plusieurs membres du cabinet.
» Ces négociations, ainsi préparées, se-
ront officiellement engagées par l'ambas-
sadeur d'Espagne avant le 31 décembre,
date de l'expiration du précédent modus
Vivendi, et on est sûr à l'avance de leur
réussite. »
On a reparlé, hier, d'un différend qui
se serait élevé entre le cardinal Richard
et la direction des cultes, à propos de la
nomination de M. l'abbé Odelin, vicaire
général titulaire, à l'archidiaconat de
Saint-Denis.
La vérité est qu'il y avait récemment, à
l'archevêché, trois vicaires généraux titu-
laires M. l'abbé Caron, archidiacre de
Notre-Dame M. l'abbé Bureau, archi-'
diacre de Sainte-Geneviève, et M. l'abbé
Pelgé, archidiacre de Saint-Denis, M;
Pelgé ayant été nommé évêque, le cardi-
nal Richard songea, pour le remplacer; à
M. l'abbé Odelin. Celui-ci est déjà vicaire
général honoraire, avec Mgr d'Hulst et
les abbés Captier, supérieur général de la
Compagnie de Saint -Sulpice Bieil, di-
recteur du séminaire Saint-Salpice, et
Fage, officiai du diocèse.
En attendant qu'il pût être donné suite
aux désirs du cardinal, M. l'abbé Odelin
prit possession de la charge qui lui était
attribuée, d'autre part, et qui consiste
dans la direction des œuvres diocésai-
nes.
Mais comme il serait matériellement
impossible à MM. les vicaires généraux
Caron et Bureau de s'occuper des affaires
de l'archidiaconé de Saint-Denis p- leur
tâche étant déjà fort lourde M. l'abbé
O'delia eo a été chargé par le cardinal.
i Telle est très exactement la situation
qu'on peut ainsi résumer M. Odelin, vi-
caire .général honoraire depuis deux ans,
conserve son titre. Il y aajoutéceluidedi-
recteur des oeuvres diocésaines, mais non
pas celui d'archidiacre de Saint-Denis, en-
cote qu'il en exerce, dans l'intérêt supé-
rieur du diocèse, les lourdes fonctions.
Une note officieuse reconnaît que M.
l'abbé Odelin peut porter, avec l'assenti-
ment de Rome, letitte de vicaire général,
mais qu'il ne peut signer des documents
officiels ni toucher d'émoluments sans
l'agrément du gouvernement. Là-dessus,
il n'y a ni contestation, ni conflit, car
tout ce que décidera de proposer M. le
vicaire général Odelin le sera par le car-
dinal lui-même.
Le général Robillard, promu division-
naire, va, dit-on, quitter la direction de
l'infanterie au ministère pour prendre le
commandement de la 28' division, à
Chambéry.
On parle, pour lui succéder, du géné-
ral Hartschmidt, commandant la 34" bri-
gade d'infanterie à Châlons-sur-Marne.
PARADOXES ET VÉRITÉS
Toute révolution se résume dans un dépla-
cement de.propriété et un déplacemenj; de "va-
nité.
Eugène Marbeau.
Pour posséder la force morale, il faut la
concentrer sur un objet, l'essayer souvent,
n'en parler jamais.
Ph. Gerfaut.
M. le docteur Alfred Robin a fait, hier,
à l'Académie de médecine, une commu-
nication concernant la bicyclette. L'émi-
nent médecin de la Pitié a constaté que
l'exercice modéré de la bicyclette était
excellent pour les graveleux. Ses conclu-
sions sont, au contraire, très défavora-
bles en ce qui concerne les personnes at-
teintes d'albuminurie.
L'Académie de médecine, qui a fait le
meilleur accueil à cette communication
de M. Robin, examinera très prochaine-
ment à fond la question de la bicyclette.
La commission nommée à cet eflet va
avoir terminé ses travaux..
Dimanche prochain, le Te Deum sera
chanté dans toutes les paroisses du dip-;
cèse d'Arras, par ordre de S. -G. Jlfer Wil-
liez, en action de grâces de l'introduction
de la cause de Jeanne d'Arc.
La cérémonie qui aura lieu à cette oc-
casion à la cathédrale d'Arras sera des
plus solennelles. L'édifice sera entière-
ment pavoisé aux couleurs de l'héroïne,
dont le panégyrique sera prononcé par le
R. P. Janvier, de l'ordre de Saint-Domi-
nique.
Lorsque le prédicateur descendra de
chaire, on exécutera l'Ode symphonique
qui lut exécutée, le 8 mai, à Orléans. Le
soir, la cathédrale sera illuminée.
La fête sera annoncée le samedi soir,
par une sonnerie solennelle des cloches
dans toutes les paroisses du diocèse.
C'est aujourd'hui la Saint-Crépin, fête
des cordonniers.
Profitons-en pour rappeler quelques
noms d'hommes devenus célèbres après
avoir exercé cette profession
En Amérique Roger Sherman, qui fut
un des premiers hommes d'Etat de son
temps.
En Angleterre John Brandt, savant
antiquaire Bloomfield, Gifford, Holcrofft,
Prendall, écrivains et savants.
En Allemagne Hans Sachs, auteur
dramatique David Parcus, professeur de
théologie; Winckelmann, l'illustre auteur
de Y Art chez les anciens.
En Suède le non moins illustre natu-
raliste Linné.
En France Jacques Pantaléon, qui fut
pape sous le nom d'Urbain IV; Baldnier,
savant auteur; Lestage, Henry Sellier,
J.-B. Rousseau, poètes Rigaut, mathé-
maticien.
Un membre de l'Institut, célèbre par
ses travaux de géographie historique, a
eu aussi un tel début dans la vie.
En Russie, enfin, le comte Léon Tolstoï,
le grand romancier, cordonnier par in-
clination, pourrait-on dire, car il se re-
pose de ses travaux littéraires en confec-
tionnant des paires de bottes, comme un
vulgaire moujik.
A travers les livres
Nous sommes heureux de constater le
succès du volume de notre collaborateur
Gustave Geôroy le Cœur et l'Esprit.
Les éditeurs Charpentier et Fasquelle
mettent aujourd'hui en vente le deuxième
mille de ce beau livre paru il y a quelques
jours.
NOUVELLES A LA MAIN
Chez le marchand de vin.
L'inspecteur au troquet
Je vous dis que votre vin contient
des matières dangereuses.
Entre nous^m'sieur l'inspecteur, il
n'y a que de l'eau.
De l'eau de Paris?.Mais justement:
c'est le plus dangereux des poisons I
UN OOM'NO
LA RENTRÉE
Donc, hier, le vingt-trois octobre,
Pourquoi de détails être sobre?
Le Palais-Bourbon s'est ouvert.
Nos députés, fâcheux présage I
Suivant leur annuel usage,
Ont repris leurs quartiers d'hiver.
Que vont-ils faire. ou plutôt dire ? a
Vont-ils désormais s'interdire
Les dures séances de nuit ?
Combattront-ils le ministère ?
Ou soutiendront-ils, au contraire,
Le cabinet Charles Dupuy ? `t
Verra-t-on, ô mon centre gauche I
Encore un que l'on te débauche 1
Verra-t-on, monsieur Cavaignac,
Du vieil impôt déplaçant l'axe,
Frapper d'une nouvelle taxe
Les gens qui possèdent le sac?
Verra-t-on monsieur Jules Guesde,
Pour Vienne, pour Rome ou pour Dresde,
Témoigner d'un égal amour? 't
Verra-t-on monsieur Clovis Hugues,
Las des potins, faire des fugues
Vers la poésie et l'humour t
Goblèt, très éloquent Tom-Poace,
Sera-t-il pas d'humeur plus douce?
Jaurès, impétueux leader,
Soulevant d'énormes tempêtes,
Fera-t-il pas courber les têtes
Sous d'effroyables courants d'air?
Brisson, son pavillon en berne,
Aura-t-il sa voix de caverne ?
Verrons-nous le chasseur Mirman,
Narguant la consigne sinistre,
Pour interpeller son ministre
Abandonner son régiment?
Le budget, délicat problème,
Marchera-t-il sans douzième?
Et les excellents radicaux,
S'nnissant aux socialistes
Pour battre les opportunistes, >.
Le réduiront-ils en morceaux 1
Les couloirs verront-ils, crédules,
Naître les conciliabules ? If
Et plus loin, à l'abri des speechs,
Les malins, devant la buvette,
Tailleront-ils une bavette,
Entre deux bocks et trois sandwichs ? t
Tout ira-t-il mieux que naguère ? `l
Hélas, je n'en jurerais guère
En notre Corps législatif,
La tradition, routinière,
Se traine dans la même ornière.
Hier et demain, c'est kit-kif I
Bloc -Notes Parisien
« ~,rIS!t~®NIDtD u
Tout ce que le public sait de Gismonda, la
pièce nouvelle en quatre actes et cinq ta-
bleaux, de M. Victorien Sardou, dont la pre-
mière représentation au théâtre de la Renais-
sance est fixée à lundi prochain, c'est que cette
œuvre s'annonce comme devant constituer un
des grands événements littéraires et artistiques
de l'année. On parle en grand mystère d'un
épisode dramatique des plus saisissants, pré-
senté avec un art prestigieux, et de la recons-
titution tout à fait curieuse d'une époque igno-
rée de l'histoire du moyen âge. Mais tout cela
est assez vague. Ce qui n'empêche que la cu-
riosité des Parisiens est éveillée au dernier
point. On en sait quelque chose à la Renais-
sance. '̃̃> ̃'̃
.Nous allons satisfaire; à cette curiosité en in-
diquant d'une façon aussi précise que possible
sans raconter l'intrigue la physionomie
particulière qu'offre, au point de yue scénique,
la pièce nouvelle de M. Victorien Sardou.
Gismonda 'primitivement appelée la Du-
chesse d'Athènes, comporte une action très ser-
rée, très sobre en même temps que très rapide.
Elle présente un caractère spécial dans l'œuvre
de l'auteur de Théodora et de la Tosca, en ce
sens qu'elle est plutôt heureuse et claire, évo-
luant dans une atmosphère ensoleillée et lais-
sant au spectateur, à la chute du rideau, une
impression aimable. La p:^ce n'est pas moins
dramatique pour cela et même tragique à un
certain moment. On cite dans la note dramati-
que un cri de terreur poussé au premier acte
par Mme Sarah Bernhardt, qui est d'une émo-
tion poignante. Mais l'œuvre n'offre pas la phy-
sionomie cruelle de la Tosca et de Fédora. Et
c'est une de ses originalités.
On sait que l'action se passe en Grèce, en
1453, peu de temps avant l'envahissement du
duché d'Athènes par les Turcs. L'œuvre nous
montre comme principaux personnages d'une
part, Gismonda, veuve de Nério II, duc d'A-
thènes, et de l'autre le favori de la duchesse,
Pierre Almerio. Gismonda qui, à la mort de
son mari, s'est emparée du pouvoir, a un fils
de Nério II, un enfant de six ans, Francesco,
qui a pour cousin Zaccariâ Franco Acciaïoli
autre personnage de la pièce lequel a été
dépossédé du duché d'Athènes par Nério II,
l'époux de Gismonda.
C'est à M. Guitry qu'a été confié le très beau
rôle d'Almerio. Mme Sarah Bernhardt l'aura
donc pour principal partenaire dans cette pièce
où elle est en scène presque tout le temps et
qu'elle interprète, paraît-il, avec un sentiment
des nuances et une force dramatique absolu-
ment remarquables. Elle porte, au cours de la
pièce, quatre costumes, dont un costume de
promenade au premier acte, deux costumes
d'intérieur aux deuxième et troisième actes et
un très riche costume de grande fête religieuse
au dernier acte.
Au premier acte de Gismonda, la toile se lève
sur l'Acropole offrant une vue admirable du
Parthenon, de l'Erectheion, des Propyliès et
de la construction particulière de la Pinaco-
thèque au-dessus de laquelle se trouve le loge-
ment de la duchesse d'Athènes. Au fond, la
mer.
Le deuxième acte nous conduit au couvent
de Daphni, dont une partie existe encore d'ail-
leurs. Sur les indications de M. Victorien Sar-
dou, Mme Sarah Bernhardt s'y est rendue lors
du passage de sa troupe à Athènes, au com-
mencement de l'année dernière. La grande tra-
gédienne a pu ainsi se rendre un compte sxaet
de la topographie du lieu fameux consacré na-
guère à Apollon et s'inspirer des souvenirs qui
dorment sous les voûtes de l'église encore de-
bout au bas de la colline. Dans Gismonda, l'é-
glise, placée au second plan, se voit de face à
travers les arcades d'un cloître du monastère.
Le troisième acte de la pièce^e M. Victorien
Sardou se passe dans la chambre de la du-
chesse d'Athènes. Au fond, à gaa'che, une log-
gia, à demi cachée par une tenture de soie
bleue, où se trouve le lit de Gismonda, et par
la double-fenêtre placée à droite, le panorama
de la campagne d'Athènes se profilant au loin.
La chambre, aux portes lourdes et massives,
est d'une décoration luxueuse, rouge, or et
bleu.
Enfin, le premier tableau du quatrième acte
nous montre des ruines sur la colline des
Nymphes, et le deuxième tableau nous repré-
sente l'intérieur d'une église byzantine, !'église
catholique des ducs d'Athènes, merveille de
reconstitution archaïque.
C'est ici que se place, au point de vue déco-
ratif, une des scènes les plus caractéristiques
de l'oeuvre une cérémonie religieuse le jour
des Rameaux, à laquelle vient assister toute la
Cour, sous les auspices de la duchesse d'Athè-
nes, les seigneurs et les dames de la Cour sui-
vant le cortège, des fleurs dans les cheveux et
des palmes à la main.
•%
Et maintenant, après la description de la
mise en scène, l'histoire de l'œuvre. La con-
ception de Gismonda, en tant que pièce dra-
matique, remonte, chez l'auteur, à cinq ou six
ans. Mais de tout temps, M. Victorien Sardou
ainsi qu'il nous l'a raconté lui-même fut
hanté par l'idée d'écrire des pièces historiques
ayant pour cadre Athènes, l'île de Chypre, By-
zance.au moyen âge Pour Byzance, il recula
aux premiers siècles de l'ère chrétienne, ayant
trouvé de prime-saut le sujet de Théodora.
On sait que le scénario de cette pièce célè-
bre resta vingt-cinq ans dans les cartons de M.
Victorien Sardou. L'auteur y songeait avant
même qu'il eût remporté ses premiers succès,
au temps où, professeur d'histoire, mais déjà
homme de théâtre par l'imagination, il rêvait
de fouiller, en vue de la scène, dans les coins
ignorés des diverses annales que les maîtres du
genre historique, Alexandre Dumas et Victor
Hugo, avaient négligé d'étudier. On peut dire
que la genèse de Gismonda remonte à cette
époque. Mais le scénario de la pièce n'a vrai-
ment été composé qu'à la suite du succès de
Théodora et de la Tosca.
Quanti la pièce, elle a été écrite, cette an-
née, à Marly-Ie Roi, du mois de juin au mois
de- septembre. Et, détail curieux, M. Victorien
Sardou n'a pris U plume que lorsque tous les
détails concernant les questions de décor$
et- de mise en scène ont été réglées. Nom
nous souvenons d'avoir vu, au printemps der-
nier, au cours d'une visite que nous fîmes à
Marly à l'éminent dramaturge, toute une séria
de plans, de croquis, d'aquarelles et de photo-
graphies rangés sur la table de tiavail du maî-
tre, et se rapportant à l'Athènes du moyen âge. »
C'étaient autant de matériaux pour aider le»
décorateurs à faire leurs maquettes. A cette
époque, il y a cinq mois de cela, pas une ligne
de Gismonda n'était encore écrite. Et comme
nous rappelions ce souvenir, l'autre jour, à M;
Victorien Sardou, il nous répondit
C'est toujours ainsi avec moi. J'établis le
côté extérieur de ma pièce avant de l'écrire.
Une fois la question décorative réglée, je me
mets au travail. Et le, travail d'écriture est as^
sez rapide, car, au moment où je m'y mets, la
pièce est toute faite dans ma tête. Je= n'ai qu'à
laisser courir la plume.
Mais pour les détails historiques ?
Toutes les notes sont prises et placées sur
des fiches dans un dossier, un dossier d'une
cinquantaine de feuillets et qui représente le
fruit de lectures innombrables. Voulez-vous
avoir une idée des livres que j'ai eu à consulter
pour Gismonda ? Voyez donc la pile de volu-
mes, là-bas, sur la table, mise à part pour être
réexpédiée à Marly. »
• Et nous prenons queiques titres au hasard:/
Gregorovius Histoire du duché d'Athènes
E.-A. Vlasto Les derniers jours de Constan-
tinople la baronne de Guldencroe VAchaïe
féodale A.-C. Buchon Chroniques étrangè-
res relatives au treizième siècle, Recherches
historiques sur la principauté française de Mo-
rée, la Grèce continentale Burnouf, le Par-
thénon Breton Athènes Bêulé l'Acropole,
etc., etc.
Vous n'avez point idée, reprend M. Sar-
dou, des recherches qu'il m'a fallu faire au su-
jet de l'église Sainte-Marie Pour le monastère
de Daphni, j'ai eu des documents précieux et
mène des photographies des belles mosaïques
qui ornent le temple, encore debout au milieu
des ruines. Comme l'a dit votre confrère Ade-
rer, il est situé sur l'antique voie Sacrée,
bordé de tombeaux ainsi que la vpie Appienne
à Rome à mi-chemin entre Athènes et Eleu-
sis.
» Le monastère, qui était habité par des Bé-
nédictins, devint dans lasuite le lieu de sépul-
ture des ducs d'Athènes, une sorte de Saint-
Denis. On voitencore des fragments de pierres
tombales. J'ai bu grand plaisir, je vous l'avoue,
à reconstituer tous ces lieux.fameux qui avaient
gardé encore en ce temps-là tout un parfum de
la Grèce antique. Mais depuis, lord Elgin et
ses imitateurs y ont commis les profanations
que vous savez. Ah I nous vivons à une jolie
époque !»
Et voilà à peu près tous les renseigne-
ments que nous avonsjecueillis sur cette Gis-
monda qui fait tant parler d'elle.
TOUT-PARIS
LA `
MALADIE DU TSAR
BRiOOHÉ
Lies dépêches de 1'a.inba.ssailo
L'ambassade de Russie à Paris a corn*
muniqué, hier mardi, la dépêche officielle
suivante, qu'elle avait reçue à deux heu-
res de l'après-midi
Bulletin d'hier soir constate un peu plus de
sommeil mais moins d'appétit. Forces n'a-
vaient pas augmenté.
A quatre heures, l'ambassade recevait
une seconde dépêche de Livadia ainsi con-
çue
Livadia, 1 h. 15.
Sa Majesté a passé une nuit assez bonne
elle s'est levée ce matin pendant près de deux
heures et a déjeuné d'assez bon appétit l'a-
mélioration continue, bie.i que l'état ne cessa
d'être grave.
A minuit, aucune autre dépêche n'était
parvenue à l'ambassade.
La lojJiJilMj llu 1 lllijJoi alllbj llti nuojuo
Au syndicat de la Presse parisienne
En réponse à l'Adresse du syndicat de la
Presse parisienne à S. M. l'impératrice de
Russie, M. Edouard Hervé a reçu, hier soir,
la dépêche (suivante:
Livadia, 23 octobre, 7 h. 40 soir.
Je suis chargé par S. M. l'Impératrice
d'exprimer à MM. les membres du syndi-
cat de la Presse parisienne et à vous," leur
président, combien Sa Majesté a été tou-
chée de votre télégramme et des bons
vœux que vous formez pour le rétablisse-
ment de l'Empereur.
Le ministre de la Cour,
Comte Voroxzow-Dachicow.
NOS DEPECHES
f-aint-Pé!ersbourg, £3 octobre midi.
Un personnage de l'entourage du Isar
Alexandre m'assure que l'émiettement
des reins de l'auguste malade est moins
grand qu'on ne l'a dit tout d'abord il y
aurait donc lieu d'espérer une améliorai
tion réelle dans la santé du Tsar.
Malheureusement, le docteur de Ley-
den manque de la première qualité néces-
saire à un médecin appelé à veiller sur
une existence aussi précieuse il n'a pas
confiance.
On regrette ici qu'on n'ait pas appelé
des spécialistes français comme MM. Po«
tin, Dieulaioy, Robin, qui, ayant l'habi-
tude de soigner des maladies de ce genre,
auraient pu apporter de précieuses indi-
cations.
Nice, 33 octobre. 1 h. 50.
Un service religieux pour le rétablisse-
ment de la santé du Tsar a été célébré, ca
matin, à l'église russe. Parmi les assis-
tants on remarquait le duc et la duehessa
Georges de Leuchtenberg.
Au cours de la cérémonie, le popa Du*
binoft a donné lecture d'une dépêche d«
Livadia, reçue par le duc de Leuchten-
berg, et annonçant que leTsar allait beau-
coup mieux et que les médecins ont ua
grand espoir de le sauver.
Saint-Péterabourg, 23os!obr8.
Le Messager officiel de ce matin a pu-
blié le bulletin suivant, daté de Livadia,
lundi, 8 h. 16 du soir
La nuit dernière, l'Empereur a pu dormit
environ cinq heures, mais avec des interrup-
tions. Dans la journée, le souverain s'est Iev4
comme d'habitude; l'appétit a un peu dimi»
nué; les forces n'ont pas augmenté.
Signé Leyden, Zakharinç, Hirseh,
Popoff et Véliaminoff.
Ce bulletin de santé de l'Empereur, af«
fiché ce matin au ministère de l'intérieur,
a produit une impression moins rassu.
rante que le bulletin précédent. D'après
les nouvelles privées reçues ici ce matin
de Livadia, le souverain, pendant la nuit
dernière, a pu dormir, mais avec de lon-
gues interruptions, au cours desquelles
il s'est plaint de tiraillements dans le»
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