Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-10-08
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 08 octobre 1894 08 octobre 1894
Description : 1894/10/08 (Numéro 5310). 1894/10/08 (Numéro 5310).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/02/2008
PARIS t S CtENtïMES DÉPA~'ï'HMUN't~ ET GAKES CEftTÎMES,
S8*Aanée 3* Sérîe N'53M
LUNDI 8 OCTOBRE, 139~
ARTHUR MEYER
jMM~Mr
RÉDACTION
2,moDrouot
bo
ABONNEMENTS
Paris .1 Départements `:
Tfamois. 6fr. Un mois. 66*.
Tmia mois. 13 60 Trois mois. 16 6r.
Sixmtus. &7fr. Sixmois. 32 fr.
Dn an. S4fr. Unan. 646'.
Etranger
Tn~s mois (Union poetaie). 18 6r.
ARTMR ~EIfEB
JM~eetew
ADMINÏSTBATIOH
RENSEIGNB~ENTS
tJBONNBatENTS, PETtTES ANNONCES
2,rueDronot,3
(An~e daa boabvsrdc Montmartre et daa !ta!ie!!SJ);
ANNONCES
~Ott. GBt. TuAGrRAN&E!. CE!RF &
6. PLiC!< DE DÀ BOURSE, 6
& <'t!~tMt~
SOMMAIRE
Mondanités. –Le Grand Prix d'Automne.
La daumont présidentielle.
Les élections d'Mer.
Nouvelles de l'extérieur. Détente en
Chine.
TF
~m Mccm
MAf)) MoMM
M. Casimir-Perier a fait, hier, sa pre-
mière sortie d'apparat en allant assister à
taluttehippique poulie grand prix de
cent miUe francs voté par le conseil mu-
nicipal de Paris.
H paraît que sur son passage la correc-
tion de son attelage et de sa tenue a ex-
c~é un certain enthousiasme. On a parlé
de cris de « Vive l'Empereur t ') poussés
soit par des fumistes soit par des ba-
dauds.
Il est certain que le peuple de Paris,
qui n'est pas républicain pour deux sous,
a soif de représentation, dut-il l'acheter
par des bousculades et des endiguements
policiers pareils à ceux d'hier, et plus
figoureux encore que ceux qu'il subissait
sous le véritable Empire.
Mœurs monarchiques.
Pendant fort longtemps, les sorties de
ce genre ont constitué, avec quelques dis-
cours aussi fades que sa noire personne,
tout ce qu'on réclamait de feu Carnot.
Ce n'était pas que le président assas-
siné eût renoncé à toute influence politi-
que. Il en avait une, mais il la cachait soi-
gneusement, parce que la façon dont il
remployait n'était guère avouable.
Ce bravé homme était plutôt un jaloux,
et toutes ses occupations consistaient à se
débarrasser en douceur, en les amoindris-
sant, de tous les hommes qu'il jugeait
capables de lui disputer la première
place.
Peu lui importait le succès de l'une ou
de l'autre des factions parlementaires;
peu lui importait la direction imprimée
a la politique générale de ce pays-ci,
pourvu que ses concurrents possibles se
cassassent le cou.
A ce jeu-là il a laissé croître le socia-
tisme et naître l'anarchie. Sa présidence
apparaîtra probablement aux yeux de
Ï'histoire comme une période à la fois
stérile et néfaste.
Tout en gardant les ménagements que
méritaient sa mémoire et sa catastrophe,
je me suis permis, au lendemain de sa
mort, de devancer les jugements de l'his-
toire, au milieu des éloges hyperboliques
et un peu stupides dont on le couvrait.
Je ne m'en repens pas, et je crois tou-
jours que ce Carnot a été un pauvre hom-
me sous tous les rapports.
Son successeur ne saurait avoir comme
programme l'envie de lui ressembler.
Les circonstances dans lesquelles il a
été élu lui imposent d'autres devoirs, et
autant on prônait la nullité de Carnot,
autant on s'étonnerait de ne pas rencon-
trer chez M.CMimir-Perier une action
personnelle, une pression considérable
')ur les événements, une volonté indivi-
tuelle.
Tout cela, il l'a promis, d'ailleurs, en
Arrivant au pouvoir, lorsqu'il a déclaré
qu'il saurait défendre les prérogatives,
&n peu oubliées, du pouvoir exécutif. Et
s'il ne l'avait pas promis, il serait forcé
de le tenir tout de même, car, jeune com-
me il est, riche comme il est, il n'a pas
d'autre raison d'être président de la ré-
publique que de faire quelque chose. Il
veut donc faire quelque chose.
Pour faire quelque chose, il lui faut un
outil, et cet outil s'appelle un président
du conseil.
En arrivant à la présidence, il a trouvé
dans ces fonctions l'honorable M. Dupuy,
et il l'a prié de les conserver.
C'est une fortune singulière que celle
du président du conseil des ministres. Il
a incontestablement donné au pays et à
ceux qui le connaissent l'impression qu'il
est un brave homme. Il possède à son
actif plusieurs actes d'énergie et entre
autres la fermeture de la Bourse du tra-
vail, la loi contre les anarchistes et, tout
récemment, la dissolution du conseil mu-
nicipal de Toulouse. Rien n'autorise à
penser que M. Casimir-Perier ait contre
îui de noirs desseins.-Il est très possible
qu'il survive à toutes les interpellations
qui s'accumulent contre lui.
Mais il est très possible aussi que, dé-
goûté de l'ingratitude de quelques-uns,
iatigué des efforts que coûte toujours le
pouvoir et qu'il accomplit pourtant avec
rondeur et bonhomie, il veuille un jour
passer la main et prendre quelques ins-
tants d'un repos bien gagné pour pouvoir
se retremper et rentrer dans la lutte avec
une nouvelle provision de tenace énergie.
Les préférences de M. Casimir-Perier,
dans ce cas-là, iraient tout naturelle-
ment à M. Burdeau, qui est un ami tout
à fait intime. Mais il se peut que la
eanté du président de la Chambre lui
interdise les fatigues du pouvoir et l'o-
blige même à rendre le fauteuil à M. Du-
puy dans ce cas, M. Casimir-Perier serait
probablement très dépourvu si les élec-
teurs sénatoriaux de la Loire, avec une
prescience trop opportune pour être spon-
tanée, n'avaient pas fait rentrer, aujour-
d'hui même dans la vie politique M. Wal-
deck-Rousseau.
Je ne commettrai pas l'impair de dire
d*u bien de M. Waldeck-Rousseau dans
ce journal, car ce serait fournir aux radi-
caux un prétexte plausible de le repré-
senter comme agréable à « l'infâme réac-
tion
D'ailleurs, il est aussi inutile d'en dire
du bien que du mal. Nos attaques ou nos
adhésions ne sauraient plus avoir au-
cune espèce d'inQuence sur le sort nnal de
la république.
Elle se débat contre sa fille l'anarchie.
dont nous lui prédisons depuis si long-
temps l'entrée en scène, et nous n'avons
plus qu'à attendre le jour où l'anarchie
aura suMsammeat ~rani~ ïa répubU-
que pour tâcher de les supprimer toutes
deux, l'une avec l'autre.
Nous sommes donc des spectateurs
plutôt malveillants, mais des spectateurs
se demandant, au cours du spectacle,
comment il pourra bien ânir des specta-
teurs cherchant à deviner le dénouement
du drame qui se joue devant eux, tout en
étant certains d'avance qu'il unira très
mal.
Or, il parait vraisemblable que la
rentrée de M. Waldeck-Rousseau au Par-
lement est pour M. Casimir-Perier une
espèce de revanche de l'élection de M. Ba-
chim ont.
Cette fois, au moins, le président de la
république, qui est plus à sa place aux
manœuvres militaires ou sur le turf qu'aux
manoeuvres électorales, n'a pas eu besoin
de se compromettre, car le candidat s'im-
posait à ce point qu'on lui a fait, en quel-
que sorte, violence.
Mais sile président n'est pas intervenu,
on peut croire qu'il est encore plus heu-
reux du succès de M. Waldeck-Rousseau
qu'il n'eût été heureux du succès de M.
Robert; car, avec M. Waldeck-Rousseau,
c'est le relai du ministère Dupuy qui ar-
rive sur la route.
La majorité qui s'est formée, à la der-
nière élection présidentielle, est compo-
sée presque entièrement de gens à qui on
peut entendre dire couramment qu'il
faudrait à M. Casimir-Perier un minis-
tère Waldeck-Rousseau.
M. Casimir-Perier partage peut-être
cette opinion. M. Waldeck-Rousseau ne
la partage pas encore, car, s'il n'avait à
consulter que ses goûts, il préférerait la
barre du palais de justice où il gagne beau
coup de considération et d'argent à un
banc ministériel où il recevra beaucoup
de horions.
Mais illa partagera probablement bien-
tôt, car H est difncUe, impossible pres-
que, de résister à des gens qui font appel
à votreLpatriotisme pour vous imposer le
gouvernement.
M. Casimir-Perier n'a pas pu leur ré-
sister. M. Waldeck-Rousseau ne le pour-
ra pas davantage.
On raconte bien qu'il aurait déjà dit à
ses amis qui lui faisaient pressentir cette
éventualité « Je ne veux pas m'en aller
bras-dessus, bras-dessous, avec des dou-
zièmes provisoires w. Mais rien ne prouve
qu'on ne fera pas au désir de le posséder
le sacriSce de bâcler' un budget. Et, alors
il devra s'exécuter.
Seulement, s'il est aussi malin qu'on le
suppose, il ne s'embarquera pas sans bis-
cuit. Et, dans l'espèce, le seul biscuit
qu'il puisse prendre sera une proposition
de dissolution à porter devant le Sénat.
M. Casimir-Perier doit connaître cette
Chambre pour l'avoir présidée et pour
avoir lutte avec elle comme ministre. Il
sait, par conséquent, qu'elle ne renferme
pas de majorité stable et qu'avec elle un
long ministère, le seul qui puisse être fé-
cond, n'est pas possible.
Si donc, comme cela garait évident, il
a rêvé un cabinet Waldeck-Rousseau, il a
dû rêver aussi au seul moyen d'assurer
l'existence de ce cabinet, et, ce moyen,
c'est la dissolution.
Voilà ce que je me permets d'appeler le
« grand dessein a. Voilà la manœuvre
parlementaire dont la préparation et les
développements vont s'enchevêtrer, dès
la rentrée, avec les débats budgétaires.
Elle ne nous intéresse, répétons-le en-
core une lois, qu'à titre documentaire, car
nous n'avons guère de préférence pour un
ministère républicain plutôt que pour un
autre.
Les ministères républicains étant tous
voués à une commune impuissance, et
les tristes institutions qui nous régissent
étant des mangeuses d'hommes qui dévo-
rent indifféremment les gens de talent et
les imbéciles, avec toutefois une prédilec-
tion marquée pour les premiers.
Pour en revenir à la journée d'hier, et,
s'il est vrai que le fond de l'âme d'une
population se manifeste surtout par des
détails extérieurs, peut-être insigninants
pour l'observateur superuciel, la pre-
mière sortie parisienne de M. Casimir-
Perier, si elle est plutôt bonne pour lui, ne
doit pas être considérée comme très bonne
pour le vieil esprit républicain.
Et les républicains d'autrefois, s'il en
reste encore, ont dû considérer avec quel-
que amertume tous ces gens qui se garga-
risaient l'œil avec une livrée bleu de Roi
et qui avaient presque l'air d'être recon-
naissants au nouveau président d'avoir
d'un monarque et l'attelage et la police.
Nous avons fait du chemin depuis le
toupet de M. Thierset les favoris austères
du papa Urévy, puisqu'aujourd'hui, pour
faire accepter leur république, les repu-
blicains n ont plus qu'un truc la dégui-
ser en monarchie. 0
J. CORNÉLY
Ce qui sapasse
Il GAULO!S-GU!DE
AMJ'OM~'AM~
Courses à Vincennes.
A t'Opëra-Comique, débuts de Mtte Pârentini
dans M
ÉCHOS POMTIBUES
La commission du budget est otncielle-
ment convoquée pour aujourd'hui, deux
heures et demie; la plus-value sur le
rendement des impôts dont on avait fait
état pour l'équilibre de l'exercice nuan-
cier de 1895 a disparu le déficit
existe déià de ce chef, et il faut prévoir
des demandes de crédits supplémentaires
forcés, tels que ceux nécessités par l'en-
voi de navires dans les mers de Chine et
notre action à Madagascar, sans parler de
l'imprévu.
Si encore la commission du budget
avait chance de faire accepter par la
Chambre un budget quelconque établi
« au petit bonheur » d'accord avec le gou-
vernement) 1
Malheureusement, il est absolument
impossible avec la Chambre actuelle de
compter sur quoi que ce soit de logique,
ni même de pratique. Aussi se demande-
t-on s'il y aura possibilité d'obtenir le
vote d'un ou de deux douzièmes provi-
soirea ~a de décembre. 1-
ÉCHOS DE PARIS
Une nouvelle réunion de famille aura.
Heu mercredi prochain, au palais de Cas-
tille, à l'occasion dé l'anniversaire de la
naissance de la reine Isabelle II d'Es-
pagne.
Le duc de Mecklembourg-Strelitz, qui
a passé un mois à l'hôtel du Rhin, a
quitté, avant-hier soir, Paris pour retour-
ner à Strelitz.
L'Eglise de Paris célébrera demain
mardi, avec un grand éclat, la fête de
saint Denis" l'Aréopagite, qui vivait au
premier siècle de l'ère chrétienne et fut
l'un des pi us ardents disciples de saint
Paul.
On le surnomma l'Aréopagite parce
qu'il se convertit devant l'aréopage, au-
quel le grand apôtre était venu prêcher
« le Dieu inconnu ?.
Il avait été évêque d'Athènes avant de
devenir évêque de Paris.
Pendant toute la durée de Foctave du
saint, c'est à-dire du 9 au 16 octobre, il y
aura chaque jour,au lieu de son martyre,
13, rue Antoinette, à Montmartre, à neuf
heures messe, sermon et vénération de
ses reliques à quatre heures, salut pré-
cédé d'un sermon et suivi de la vénéra-
tion des reliques.
Le jour même de la fête, la messe sera
dite et le sermon du matin prononcé par
S. Em. le cardinal Richard.
Le soir, c'est le R. P. Dumortier, Ré-
dëmptoriste, qui prendra la parole.
A signaler, hier, au prix du Consei!
municipal, dans la toilette de nos élégan-
tes, un changement que pour notre part
nous approuvons fort; nos mondaines ont
décidé de répudier les agrafes, aussi dis-
gracieuses qu'incommodes, et de revenir
au corsage boutonné) Les boutons ont
donc fait leur apparition sur les toilettes
automnales, et nous avouons avoir trouvé
un charme exquis à cette résurrection.
On annonce que la commission des in-
ventions au ministère de la guerre vient
d'être saisie d'un système ayant pour ob-
jet d'éviter, dans les tirs des pièces d'ar-
tillerie, tout à la fois les décutassements,
l'inflammation prématurée des charges,
la projection en arrière du tube de l'é-
toupille, et, par conséquent, de suppri-
mer les douloureux accidents qui se sont
répétés depuis deux ans.
Sait-on que Jules Dupré, à qui l'on
a élevé, hier, un monument, était
proche parent de M. Jules Ciaretie ?
Voici, à ce propos, la jolie anecdote
que nous devons à l'aimable académi-
cien
Le père de mon grand-père maternel
était, àNantes, porte-drapeau de sa sec-
tion. Sa femme, vieille patriote croyante,
allant à la messe tandis que son mari al-
lait au combat contre Cathelineau, gar-
dait chez elle, au su et au vu de tout le
monde, un Christ avec du buis bénit.
» Carrier l'apprit. Ordre au porte-dra-
peau Gillet d'avoir à enlever son Christ
de sa demeure.
» II ne gène personne, répond le
Nantais. Il restera où il est.
a Eh bien dit Carrier, qu'on enlève
à la fois l'image et l'homme t
» Le grand-père, dont on débattait
ainsi le sort, était malade, déjà moribond,
et quand les envoyés de Carrier poussè-
rent la porte du logis, voilà ce qu'ils aper-
çurent une femme de quarante ans, très
grande, debout au chevet de son mari
mort et, autour du lit, cinq enfants, qua-
tre garçons et une nlle, agenouillés et
priant sous le buis vert et le drapeau
tricolore.
» Ordre d'emmener le citoyen.
)) Mais les hommes de Carrier s'arrêtè-
rent étonnés.
» Car la Bretonne, que je n'ai point con-
nue, la bonnemaman Même, dont on m'a
si souvent dit l'histoire, dressant sa haute
taille et montrant fièrement le mort
» Celui qui est là, fit-elle, était un bon
patriote qui serait mort pour son pays,
comme ces enfants-là (elle montrait ses
fils) le feront demain s'il le faut. Allez
dire au citoyen Carrier qu'il n'y a plus ici
à arrêter que ces petits et moi. Je suis
bonne républicaine, mais tant que je se-
rai là on ne touchera pas plus à ce Christ
qu'on n'aurait, du vivant de Gillet, tou-
ché à son drapeau. Avez-vous bien com-
pris, mes gars ? Maintenant, laissez-nous
prier.
» Les gars avaient compris.
» On me dit que Carrier haussa les
épaules. La mort avait atteint l'entêté
sans lui. Le proconsul épargna la femme.
M Parmi ces quatre enfants.dontlamère
bravait ainsi la guillotine, il y en avait
un qui devait mourir à Wagram, capi<
taine des grenadiers de la garde, décoré
de la main de l'Empereur. J'ai là sa croix
au bout d'un ruban pâli. La petite fille
agenouillée sous le Christ qui ennuyait
Carrier, allait épouser un fabricant de
porcelaines nommé Dupré. C'est la mère
de Jules Dupré et de Victor Dupré, tous
deux célèbres, un grand artiste et un
paysagiste de talent écrasé sous la gl oire
de~son père. »
Des signes certains, paraît-il, ne per-
mettent plus de compter sur une période
de température douce avant l'été de la
Saint-Martin.
Les chasseurs et les paysans ont ob-
servé le passage des geais trois semaines
avant la période habitueUe d'octobre.
Maintenant, les petits oiseaux vont par
bandes au lieu d'attendre novembre.
Ennn, le gibier d'eau, qu'on n'aperçoit
guère avant la fin d'octobre, a fait, ces
jours-ci, son apparition.
C'est l'hiver précoce, sinon rigoureux,
qui s'annonce de la sorte.
On a annoncé que le vice-amiral Par-
rayon remplacera comme préfet mari-
time, à Lorient, le vice-amiral Regnault
dépremesnil, qui a demandé de cesser
ses fonctions pour raison de santé ~t qui
serait nommé au conseil des travaux.
Un petit détail qui a sa valeur, car il
dépeint l'homme.
Hier, pendant que les délégués séna-
toriaux de la Loire votaient à la presque
unanimité pour lui, M. Waldeck-Rous-
seau chassait tranquillement aux envi-
rons de Paris.
Une plaisanterie de camelots.
camelots ont proûtô de ~eUe
journée d'hier pour vendre sur tout le
parcours, des Champs-Elysées au Bois,
ta lithographie de M. Casimir-Perier.
Ils criaient à tue-tête aux promeneurs
Demandez le portrait du Président
de la république~
De nombreux acheteurs prenaient,
moyennant cinquante centimes, te rou-
leau que leur offraient ces industriels du
trottoir, et. rentrés chez eux, déroulant la
photographie, ils s'apercevaient non sans
surprise qu'on leur avait vendu le por-
trait de M. Carnot.
Peu scrupuleux, les camelots avaient,
sous le couvert de M. Casimir-Perier,
écoulé un stock de portraits Je M. Car-
not.
Plaisants, les camelots
La distribution des récompenses de
l'exposition universelle d'Anvers vient
d'avoir lieu en présence de S. M. le roi
des Belges, entouré des ministres de Bur-
let, Brassine, de Bruyn, de Smet de
Naeyer et Begerem et de tout le corps di-
plomatiques.
Plus de 450 prix et médailles ont été
distribuées à des exposants français.
Des iélicitations personnelles ont été
adressées à tous les membres du comité
exécutit qui n'ont, depuis plus de dix
mois, ménagé ni leur peine, ni leur temps.
Le gouvernement belge, ainsi que les gou-
vernements étrangers sauront les récom-
penser de leurs prodigieux efforts.
Une médaille de Jeanne d'Are, en par-
fait état de conservation, vient d'être dé-
couverte à Torcy, dans les Ardennes, par
les religieux de Sainte-Chrétienne.
En voici ladescription.d'après un dessin
de Mgr Juillet, chanoine titulaire de
Reims.
Sur une des deux faces, constellée de
ûeurs de lis, apparaît Jeanne, à cheval,
couverte de son armure. Elle brandit son
épée de la main droite et, de la gauche,
elle tient son étendard fleurdelisé. Au-
tour du médaillon on lit JecfMMe ~c
~409-jf43.f. Sur le revers, on voit quatre
écussons les armes de Jeanne. La cou-
ronne qui domine l'épée est fermée par
le haut. A gauche, les armes d'Orléans
avec une banderole OrM regard, les armes de Reims; sur le lys-
tel 7i*e~M ~4~9. En bas, les armes de
Rouen, avec la date Rouen ~43jf. Les
écussons de ces trois villes sont surmon-
tés d'une couronne murale.
Les lettres et le dessin sont de style
seizième siècle.
La médaille est en cuivre, de forme
ronde, surmontée d'un anneau; elle me-
sure quatre-vingt-deux millimètres de
diamètre et a l'épaisseur d'une pièce de
cinq francs.
Un mariage à l'hôtel des Invalides
Mlle Willette, employée des postes et
télégraphes, est fiancée au capitaine de
cavalerie retraité.Antoine-Napoléon Roux,
chevalier de la Légion d'honneur, rési-
dant aux Invalides. La cérémonie reli-
gieuse sera sans doute, suivant l'usage,
célébrée à la chapelle de l'hôtel, en pré-
sence de nos vieux de la vieille dont
Théophile Gautier a dit:
Ne les raillez pas, camarade,
Saluez plutôt, chapeau bas,
Ces grands héros d'une IlUado
Qu'Homère n'inventerait pas.
Un anniversaire auquel les Chinois,
gens très superstitieux, ne songeront pas
sans mélancolie au milieu de leur désar-
roi actuel.
Nous voulons parler de la prise du
palais d'Eté de l'empereur de Chine, dans
lequel les troupes tranco-angiaises firent
leur entrée en octobre 1860.
Cette splendide résidence, où des ri-
chesses inouïes se trouvaient accumulées,
fut, on le sait, incendié le 7 octobre.
L'ESPRIT D'AUTRMOIS
UnbabiUard, après s'être apuisé en
vains propos, voyant qu'Aristote ne lui
répondait rien
Je vous incommode peut-être, lui
dit-il; ces bagatelles vous détournent de
quelques pensées plus sérieuses ? Q
Non, répondit Aristote, vous pouvez
continuer; je n'écoute pas.
NOUVELLES A LA MAIN
II y a des choses qu'on n'invente pas.
La scène se passe chez le commissaire de
police
Vous dites qu'on vous a volé une
paire de bottines. Combien valaient-
elles ? `~
Elles m'avaient coûté 12 francs. Je
les ai fait ressemeler quatre fois, ça m'a
coûté 3 francs chaque fois; donc, en tout,
24 francs.
Secrétaire, écrivez une paire de
bottines de la valeur de 34 francs.
M. Joseph Prud'homme a horreur de
tout ce qui est excessif; il ne veut que le
juste milieu.
Il commandait, hier, son dîner au res-
taurant
Vous me donnerez un tranche de
rosbii.
Saignante? demande le garçon.
–.Ni trop, ni trop peu. Mais d'abord
une sole.
Oui, ce qu'il y a de plus frais.
Non, reprend M. Prud'homme dou-
cement, entre les deux.
UN OCM'NO
Bîee-Notes Parisien
t~t vérité smr mm ppêtemdm ntw dm
JPrimoeintpéfia~t
Pendant plusieurs années après !a guer-
re, toutes les personnes qui eurent une
notoriété dans le monde impérialiste et beau-
coup d'autres reçurent des iettre~ dans tesquet-
tëson teur proposait, moyennant te dépôt d'une
somme relativement minime, de leur indiquer
un Heu secret où aurait été déposée une cas-
sette contenant des pierreries de grand prix
appartenant à l'impératrice Eugénie et confiée
par elle te <). Septembre.
L'Impératrice informée de cette singulière
révétation répondit invariablement que jamais
aucune cassette tui appartenant n'avait disparu
et qu'on eût & se bien garder de répondre à de
te!!es ouvertures qui cachaient évidemment
une tentative d'escroquerie. La plupart de ces
lettres étaient timbrées de ta poste de Coûta.
On sait que l'Espagne a sur la côte d'Afrique
un tieu de retégation pour tes forçats. ît était
donc permis d'attribuer à ces lettres une ori-
gine très suspecte. Apres la mort du Prince
unpéria), d'autres légendes eurent cours, une
entreautre~ ce~e d'uae ~uae QjUe m~~e
séduite par le Prince et devenue mère, en sorte
qu&t& Prince impériat aurait laissé un Hts.
Un journat de Paris et après lui plusieurs
journaux de province :reprennent cette légende
en t'appuyant de preuves soi-disant conciuan-
tes et qui seraient prochainement suivies de la
publication d'actes authentiques. Car non seu-
lement le Prince aurait laissé un~nts, mais il se
serait légalement uni par un mariage secret &
)a jeune Anglaise dont il est parlé. Cet enfant
se trouverait donc aujourd'hui te légitime
héritier du Prince. Or, le t" juin tSyo,
jour de sa mort, te Prince impériat avait
juste vingt-trois ans, deux mois et quinze
jours. Etant citoyen français, il ne pouvait con-
tracter un mariage, même en Angleterre, sans
le consentement de ses parents (article !8 du
Code civil*).
On sait, en outre, que pour se marier avec
des sommations respectueuses il faut, pour les
hommes, avoir vingt-cinq ans accomplis. Le
Prince ne pouvait donc pas àtors se marier lé-
galement sans le consentement direct de l'Im-
pératrice. En faisant abstraction de ta dignité
du Prince, des qualités élevées qui étaient le
fond de son caractère, peut-on admettre que
l'Impératrice se soit jamais prêtée à l'accom-
ptissement d'un tel mariage, et qu'elle n'ait
pas usé de sa légitime influence, de tous ses
moyens d'action sur son fils pour le détourner
d'épouser, à vingt-trois, une jeune modiste an-
glaise ? e*
glaise ?
C'est fort peu de temps après le drame du
Zututandquece conte absurde d'une préten-
due liaison du Prince impériat, ayant eu pour
conséquence la naissance d'un Sis, fut propa-
gée.
Ptût à Dieu s'écria l'Impératrice, alors
dans les premiers transports de la douteur,
du moins, j'aurais encore quelque chose à
aimer.
Si te Prince impérial avait eu un enfant lé-
gitime, nombre de personnes l'auraient su et
qui donc eût pu empêcher une mère de faire
valoir de tels droits
N'y avait-il pas autour du Prince cette étroite
vigilance que commandaient des raisons d'or-
dre politique ? Ne savait-on pas, surtout après
tamortdet'Empereur.queie Prince pouvait
être exposé & un guet-apens?
Très souvent, it arrivait à Cambden des avis
sur tes projets menaçants des communards
ou des Italiens réfugiés à Londres. Par
tes ordres particuliers de la reine Victoria,
la police anglaise était sans cesse en éveil au-
tour du Prince.
Dès qu'il prenait un billet de chemin de fer
à une station quelconque, le télégraphe jouait
et on était prévenu sur tout le parcours. Tou-
tes les relations, toutes les intimités du Prince
impériat ont été connues de son entourage. Il
n'était point iscté, comme certains se plaisent
à le dire.
Il avait auprès de lui des dévouements assez
éclairés pour être parfaitement renseignés sur
tout ce qui le touchait t Une liaison longue et
suivie comme celle dont on parle n'aurait point
échappé à la vigilance du comte Clary, de M.
Franceschini Pietri, des amis particuliers qui
le visitaient à tour de rote.
Aimabte et sensible, le Prince avait un carac-
tère expansif, très en dehors. Il vivait avec
ceux qui l'entouraient sur un pied de familia-
rité affectueuse. Nul plus que lui ne souffrit
des amertumes de l'exil. Il subit comme un
martyre le contre-coup de toutes les douleurs
de la patrie, les recueiltant dans son cœur avec
la généreuse espérance d'en eftacer la trace.
Mais son humeur restait égale et enjouée, et ce
n'est pas dans une vie dissipée qu'it chercha
une diversion aux grandes perplexités qui, sans
relâche, hantaient ses pensées.
On invoque, comme preuve de cette liaison,
des lettres, en petit nombre du reste, et fort
insignifiantes, signées Lewis ou Walter Levis.
Or, quiconque a connu le Prince impérial peut
affirmer que jamais, pour une cause quelcon-
que, il n'aurait songé à donner à son nom un
caractère étranger. Ensuite, ta nature même de
ces lettres suffit à détruire la fable dans son
origine. Elles sont du style le plus commun, et
ettes contiennent certaines formules que le
Prince n'aurait jamais employées, parce qu'elles
n'appartiennent qu'à un mitieu social auquet
il était complètement étranger et qu'il les igno-
rait sans doute.
Nous en citerons une, datée de l'arsenal de
Woolwich, que le Prince avait du reste quitté
depuis trois ans, en tSyS, époque de cette pré-
tendue correspondance:
« Ma chère Charlotte, j'ai été très malheu-
reux de n'avoir pu vous rencontrer, ainsi
qu'il était convenu. J'avais aussi l'intention
d'atter à Jermya-Street, hier, mais j'en ai été
empêché parce qu'il y avait quelques MM-
~'eta dîner.
jEcoM~y Voulez-vous Me rcHcoti~fer mer-
credi, à notre rendez-vous habituel, près de
la station de Cannon-Street r De là, nous
!')'OM alors à Piccadilly et nom fM)'fo'oHï un
~CM /M MM~fMt'M.
~~n~WALTER LEWIS. »
Un tel rendez-vous n'a vraiment rien de très
mystérieux. Le Prince impérial était très connu
dans tes magasins élégants de Piccadilly, où il
accompagnait souvent l'Impératrice et ses amis
de France. Il n'aurait certainement jamais eu
l'amoureuse pensée de s'y montrer en galante
aventure.
Le mariage légal ne peut être admis.
Quant au mariage religieux, le prince, très
droit et très chevaleresque, était aussi trop pro-
fondément chrétien pour se taire une arme de
séduction de la bénédiction de t'Egtise. H savait
très bien que, d'après les lois de son pays, le
mariage religieux doit être précédé du mariage
civi).
La veille de son départ pour le Zululand, le
Prince Impérial, après avoir fait ce testament
dans lequel il pensait à tous ses plus chers
amis, avait adressé au vénérable curé de
Sainte-Marie de Chistehurst ta lettre sui-
vante
« Monsieur le curé, je tiens à ne pas vous
laisser croire que la préoccupation de mon
départ et le soin des détails m'ont fait oublier
mes devoirs de chrétien. Demain, je me pré-
senterai, à sept heures et demie, pour me con-
)> fesser et communier une dernière fois dans
cette église de Chislehurst, où je désire que
mon corps soit déposé si je viens à mourir,
etc.
NAPOLÉON. H
Si te Prince avait eu alors la préoccupation
d'une jeune femme et d'un enfant qui était son
nts, comment admettre qu'à cette heure de
l'examen suprême où il envisageait avec fer-
meté l'éventualité de sa mort, placé vis-à-vis
de sa conscience, de ses devoirs d'homme et
de chrétien, il n'eût fait aucune confidence,
aucune recommandation au digne prêtre qui
recevait ses aveux ? P
En cherchant l'origine d'un semblable ro-
man, on ne sait à quelle hypothèse s'arrêter.
Quelque jeune Français, comme il y en a
tant en Angleterre, dans de petits emplois,
n'aura-t-itpas eu l'idée,en prenant le personnage
du Prince importât, de jouer te rôle d'Atma-
viva auprès d'une Rosine de rencontre? Il est
permis de penser que telle peut être l'origine
d'une intrigue, grâce à taquette on a cherché
à s'introduire auprès de t'Impératrice après ta
mort de son fils.
On est stupéfait en voyant avec quelle crédu-
titë on se prête à admettre toutes les fables.
Pour qui a connu le Prince impérial, pour
qui a sutvi sa vie, il est impossible d'admettre
qu'une tette aventure ait pu échapper à la
connaissance des siens, à la sollicitude de tous
ceux qui l'entouraient, et si le Prince avait eu
un Sis, sa mémoire est restée chère à trop d'a-
mis pour que cet enfant, même itiégttime,
n'eût pas ëté l'objet des soins les plus tendres.
L'imposture mérite d'être devoitêe.
tWT-MHM
LES FEMMES
POUR LESQUELLES ON SE TUE
Le suicide récent d'un homme jeûna
encore, appartenant à une famille des
plus honorables et des plus considérées.
devrait, ce me semble, donner singulière-
ment à réfléchir à tous ceux–et ita
sont, peut-être, plus nombreux qu'on ne
pense qui se sentent prédisposés à sa
laisser envahir et dominer par les fem-
mes, au point de n'avoir plus d'autre but,
plus d'autre idéal dans l'existence.
Il est hors de doute, en effet, la sta-
tistique le démontre que, dans la plu'
part des cas, la mort volontaire d'un
homme, que ne. condamnent pas seule*
ment la religion et la morale, mais que
réprouvent encore la raison et l'instinct
a pour cause ou pour prétexte ce qu'en
langage courant on est convenu d'appe-
1er l'amour. `
Bien mieux, en y regardant de prés, on
découvre~aisément que, lorsqu'un mal-
heureux se suicide à cause d'une femme,
celle-ci a souvent plus contribué à sa fu-
neste résolution par les idées dans lea*
quelles elle l'a entretenu, par son exalta.
tion, ses discours et ses conseils, que
par sa conduite et ses mauvais procédés,
Et quand on songe aux tourterellea
pour lesquelles on se tue quand on exa-
mine, de sang-froid, les raisons du fatal
pouvoir qu'elles exercent sur les cer-
veaux faibles ou momentanément détra-
qués et quand on arrive à les classer par
catégories, on est forcément amené & una
série d'observations aussi curieuses que
suggestives.
t~es premières qui se présentent à l'es-
prit août les coquettes, froides et tran-
chantes comme l'acier, selon l'heureuse
expression de Balzac, mais câlines, mais
piquantes, mais enveloppantes, mais en-
sorceleuses, ayant, au suprême degré,
l'art d'éveiller le désir, de Mire naitre et
d'entretenir une passion qu'elles ne par-
tagent point, de la pousser, chez leur vic-
time, jusqu'au paroxysme et à l'anéantis~
sement de soi-même; s'onrant perpétuel-
lement et se refusant, en fin de compte,
toujours.
Ces femmes-là, qui veulent posséder
sans être possédées, adorent se trotter à
l'amour, en respirer le parfum, en éprou-
ver superficiellement le tressaillement
nerveux; mais elles ne consentent, sous
aucun prétexte, à en subir les consé'
quences.
Elles ont transigé avec la nature et
composé avec leur conscience, qui leur
permet presque tout, moins la. chute po-
sitive. Elles ne sentent que par la tête,
n'ont de cceur que dans la tête et condui-
sent ainsi un amoureux sincère jusqu'au
délire et à la folie car il est habituel que
l'amour contrarié, plutôt que l'amour
malheureux, déséquilibre l'organisme et
engendre le désespoir.
Lorsqu'un homme trouve sur son che-
min une iemme pareille, s'il n'est pas
aussi froid, aussi implacable qu'elle s'il
ne parvient pas a piquer sa vanité, à hu-
milier son orgueil, à s'emparer, non de
son âme ni de son cœur qui sont insensi-
bles, mais de sa tête, à la vaincre et à la
dominer, en un mot, il est irrémédiable-
ment perdu.
Il est clair, par exemple, que si le Mon-
triveau de Balzac, dans la DMC/tMM <<Langeais, n'eût pas été un être d'un ca<
ractère vigoureux et d'une trempe excep-
tionnelle, au lieu de briser Antoinette de
Navarreins, il se serait probablement tué
pour elle.
Il y a, d'autre part, les infidèles, lea
femmes perverses ou légères, qui lors-
qu'elles tombent sur un cœur neuf, dana
toute la fraîcheur de ses illusions et toute
la naïveté de ses sentiments, ou sur une
de ces natures tendres et concentrées,
plus fréquentes qu'on ne l'imagine, qu'une
affection absorbe tout entières et qui sont
impuissantes à à se reprendre quand une
fois elles se sont données, il y a, dis-je,
les infidèles qui, après avoir enchaîné un
homme et l'avoir doucement bercé de la
croyance trompeuse dans un amour éter<
nel, le désespèrent par l'abandon.
C'est ce qu'a a si bien compris et s<
éloquemment exprimé le poète, qui, en
un jour de deuil et de douleur suprême,
avait, lui aussi, résolu de mourir:
Comprends-tu que, dix ans, ce lien nous entaM.
Qu'il ne fasse, dix ans, qu'un seul être de deux,
Puis tout à coup se brise, et, perdu dans l'espace,
Nous laisse épouvantés d'avoir cru vivre heureux ?
Notez que celles de ces dames qui pra-
tiquent un aimable éclectisme et évitent
de s'attarder aux amours trop prolongées
et trop exclusives ne sont pas toujours
des monstres de perversité et de cruauté
Oh t mon Dieu, non. Il arrive même as-
sez fréquemment que les griefs de l'ocra
ne reposent que sur un simple malen-
tendu.
La frivolité, l'insouciance, l'ardeur ir-
réfléchie au plaisir, l'habitude des intri-.
gués galantes et le peu d'importance
qu'elles y attachent causent deux fois sur
trois, je dirai presque à leur insu, leur
inconstance et rien ne les surprend
plus, ne les fâche davantage que de voir
î'amant délaissé ou trompé prendre la
chose au tragique.
Il s'en faut alors de bien peu qu'elles
ne lui fassent un crime de ce que, très
sincèrement, elles appellent ses exigen-
ces. EMes se considèrent, en tout cas,
comme absolument étrangères à sa dou<
leur et comme entièrement innocentes
des insanités que peuvent lui suggérer
les idées saugrenues qu'il s'était fourrêea
gratuitement dans la tête.
Même inconscience et même irrespon-
sabilité de la part de certaines exaltées à
la recherche d'émotions inédites et genre
~OM~e~e~e/o~c.de ce sinistre farceur
qui avait nom Jean-Jacques Rousseau.
A force de fouiller, de raffiner, de quin*
tessencier, d'exagérer la passion et lasen<
timentalité, de se monter l'imagination,
de pousser le romanesque jusqu'à ses ex-
trêmes limites, elles unissent par tomber
dans des conceptions maladives qui pro-
voquent la lassitude, l'ennui, le désen-
chantement, le dégoût de la vie, et font
naître en elles, tout naturellement, dea
pensées de suicide qu'elles ne tardent pM
a. inculquer, par contagion, à qui lea
aime et subit leur influence.
J'ai connu un jeune homme charmant.
très répandu dans les salons fashiona blet
et dont le nom est au bout de ma plume,
qm, en dépit de ses principes retigieu~
S8*Aanée 3* Sérîe N'53M
LUNDI 8 OCTOBRE, 139~
ARTHUR MEYER
jMM~Mr
RÉDACTION
2,moDrouot
bo
ABONNEMENTS
Paris .1 Départements `:
Tfamois. 6fr. Un mois. 66*.
Tmia mois. 13 60 Trois mois. 16 6r.
Sixmtus. &7fr. Sixmois. 32 fr.
Dn an. S4fr. Unan. 646'.
Etranger
Tn~s mois (Union poetaie). 18 6r.
ARTMR ~EIfEB
JM~eetew
ADMINÏSTBATIOH
RENSEIGNB~ENTS
tJBONNBatENTS, PETtTES ANNONCES
2,rueDronot,3
(An~e daa boabvsrdc Montmartre et daa !ta!ie!!SJ);
ANNONCES
~Ott. GBt. TuAGrRAN&E!. CE!RF &
6. PLiC!< DE DÀ BOURSE, 6
& <'t!~tMt~
SOMMAIRE
Mondanités. –Le Grand Prix d'Automne.
La daumont présidentielle.
Les élections d'Mer.
Nouvelles de l'extérieur. Détente en
Chine.
TF
~m Mccm
MAf)) MoMM
M. Casimir-Perier a fait, hier, sa pre-
mière sortie d'apparat en allant assister à
taluttehippique poulie grand prix de
cent miUe francs voté par le conseil mu-
nicipal de Paris.
H paraît que sur son passage la correc-
tion de son attelage et de sa tenue a ex-
c~é un certain enthousiasme. On a parlé
de cris de « Vive l'Empereur t ') poussés
soit par des fumistes soit par des ba-
dauds.
Il est certain que le peuple de Paris,
qui n'est pas républicain pour deux sous,
a soif de représentation, dut-il l'acheter
par des bousculades et des endiguements
policiers pareils à ceux d'hier, et plus
figoureux encore que ceux qu'il subissait
sous le véritable Empire.
Mœurs monarchiques.
Pendant fort longtemps, les sorties de
ce genre ont constitué, avec quelques dis-
cours aussi fades que sa noire personne,
tout ce qu'on réclamait de feu Carnot.
Ce n'était pas que le président assas-
siné eût renoncé à toute influence politi-
que. Il en avait une, mais il la cachait soi-
gneusement, parce que la façon dont il
remployait n'était guère avouable.
Ce bravé homme était plutôt un jaloux,
et toutes ses occupations consistaient à se
débarrasser en douceur, en les amoindris-
sant, de tous les hommes qu'il jugeait
capables de lui disputer la première
place.
Peu lui importait le succès de l'une ou
de l'autre des factions parlementaires;
peu lui importait la direction imprimée
a la politique générale de ce pays-ci,
pourvu que ses concurrents possibles se
cassassent le cou.
A ce jeu-là il a laissé croître le socia-
tisme et naître l'anarchie. Sa présidence
apparaîtra probablement aux yeux de
Ï'histoire comme une période à la fois
stérile et néfaste.
Tout en gardant les ménagements que
méritaient sa mémoire et sa catastrophe,
je me suis permis, au lendemain de sa
mort, de devancer les jugements de l'his-
toire, au milieu des éloges hyperboliques
et un peu stupides dont on le couvrait.
Je ne m'en repens pas, et je crois tou-
jours que ce Carnot a été un pauvre hom-
me sous tous les rapports.
Son successeur ne saurait avoir comme
programme l'envie de lui ressembler.
Les circonstances dans lesquelles il a
été élu lui imposent d'autres devoirs, et
autant on prônait la nullité de Carnot,
autant on s'étonnerait de ne pas rencon-
trer chez M.CMimir-Perier une action
personnelle, une pression considérable
')ur les événements, une volonté indivi-
tuelle.
Tout cela, il l'a promis, d'ailleurs, en
Arrivant au pouvoir, lorsqu'il a déclaré
qu'il saurait défendre les prérogatives,
&n peu oubliées, du pouvoir exécutif. Et
s'il ne l'avait pas promis, il serait forcé
de le tenir tout de même, car, jeune com-
me il est, riche comme il est, il n'a pas
d'autre raison d'être président de la ré-
publique que de faire quelque chose. Il
veut donc faire quelque chose.
Pour faire quelque chose, il lui faut un
outil, et cet outil s'appelle un président
du conseil.
En arrivant à la présidence, il a trouvé
dans ces fonctions l'honorable M. Dupuy,
et il l'a prié de les conserver.
C'est une fortune singulière que celle
du président du conseil des ministres. Il
a incontestablement donné au pays et à
ceux qui le connaissent l'impression qu'il
est un brave homme. Il possède à son
actif plusieurs actes d'énergie et entre
autres la fermeture de la Bourse du tra-
vail, la loi contre les anarchistes et, tout
récemment, la dissolution du conseil mu-
nicipal de Toulouse. Rien n'autorise à
penser que M. Casimir-Perier ait contre
îui de noirs desseins.-Il est très possible
qu'il survive à toutes les interpellations
qui s'accumulent contre lui.
Mais il est très possible aussi que, dé-
goûté de l'ingratitude de quelques-uns,
iatigué des efforts que coûte toujours le
pouvoir et qu'il accomplit pourtant avec
rondeur et bonhomie, il veuille un jour
passer la main et prendre quelques ins-
tants d'un repos bien gagné pour pouvoir
se retremper et rentrer dans la lutte avec
une nouvelle provision de tenace énergie.
Les préférences de M. Casimir-Perier,
dans ce cas-là, iraient tout naturelle-
ment à M. Burdeau, qui est un ami tout
à fait intime. Mais il se peut que la
eanté du président de la Chambre lui
interdise les fatigues du pouvoir et l'o-
blige même à rendre le fauteuil à M. Du-
puy dans ce cas, M. Casimir-Perier serait
probablement très dépourvu si les élec-
teurs sénatoriaux de la Loire, avec une
prescience trop opportune pour être spon-
tanée, n'avaient pas fait rentrer, aujour-
d'hui même dans la vie politique M. Wal-
deck-Rousseau.
Je ne commettrai pas l'impair de dire
d*u bien de M. Waldeck-Rousseau dans
ce journal, car ce serait fournir aux radi-
caux un prétexte plausible de le repré-
senter comme agréable à « l'infâme réac-
tion
D'ailleurs, il est aussi inutile d'en dire
du bien que du mal. Nos attaques ou nos
adhésions ne sauraient plus avoir au-
cune espèce d'inQuence sur le sort nnal de
la république.
Elle se débat contre sa fille l'anarchie.
dont nous lui prédisons depuis si long-
temps l'entrée en scène, et nous n'avons
plus qu'à attendre le jour où l'anarchie
aura suMsammeat ~rani~ ïa répubU-
que pour tâcher de les supprimer toutes
deux, l'une avec l'autre.
Nous sommes donc des spectateurs
plutôt malveillants, mais des spectateurs
se demandant, au cours du spectacle,
comment il pourra bien ânir des specta-
teurs cherchant à deviner le dénouement
du drame qui se joue devant eux, tout en
étant certains d'avance qu'il unira très
mal.
Or, il parait vraisemblable que la
rentrée de M. Waldeck-Rousseau au Par-
lement est pour M. Casimir-Perier une
espèce de revanche de l'élection de M. Ba-
chim ont.
Cette fois, au moins, le président de la
république, qui est plus à sa place aux
manœuvres militaires ou sur le turf qu'aux
manoeuvres électorales, n'a pas eu besoin
de se compromettre, car le candidat s'im-
posait à ce point qu'on lui a fait, en quel-
que sorte, violence.
Mais sile président n'est pas intervenu,
on peut croire qu'il est encore plus heu-
reux du succès de M. Waldeck-Rousseau
qu'il n'eût été heureux du succès de M.
Robert; car, avec M. Waldeck-Rousseau,
c'est le relai du ministère Dupuy qui ar-
rive sur la route.
La majorité qui s'est formée, à la der-
nière élection présidentielle, est compo-
sée presque entièrement de gens à qui on
peut entendre dire couramment qu'il
faudrait à M. Casimir-Perier un minis-
tère Waldeck-Rousseau.
M. Casimir-Perier partage peut-être
cette opinion. M. Waldeck-Rousseau ne
la partage pas encore, car, s'il n'avait à
consulter que ses goûts, il préférerait la
barre du palais de justice où il gagne beau
coup de considération et d'argent à un
banc ministériel où il recevra beaucoup
de horions.
Mais illa partagera probablement bien-
tôt, car H est difncUe, impossible pres-
que, de résister à des gens qui font appel
à votreLpatriotisme pour vous imposer le
gouvernement.
M. Casimir-Perier n'a pas pu leur ré-
sister. M. Waldeck-Rousseau ne le pour-
ra pas davantage.
On raconte bien qu'il aurait déjà dit à
ses amis qui lui faisaient pressentir cette
éventualité « Je ne veux pas m'en aller
bras-dessus, bras-dessous, avec des dou-
zièmes provisoires w. Mais rien ne prouve
qu'on ne fera pas au désir de le posséder
le sacriSce de bâcler' un budget. Et, alors
il devra s'exécuter.
Seulement, s'il est aussi malin qu'on le
suppose, il ne s'embarquera pas sans bis-
cuit. Et, dans l'espèce, le seul biscuit
qu'il puisse prendre sera une proposition
de dissolution à porter devant le Sénat.
M. Casimir-Perier doit connaître cette
Chambre pour l'avoir présidée et pour
avoir lutte avec elle comme ministre. Il
sait, par conséquent, qu'elle ne renferme
pas de majorité stable et qu'avec elle un
long ministère, le seul qui puisse être fé-
cond, n'est pas possible.
Si donc, comme cela garait évident, il
a rêvé un cabinet Waldeck-Rousseau, il a
dû rêver aussi au seul moyen d'assurer
l'existence de ce cabinet, et, ce moyen,
c'est la dissolution.
Voilà ce que je me permets d'appeler le
« grand dessein a. Voilà la manœuvre
parlementaire dont la préparation et les
développements vont s'enchevêtrer, dès
la rentrée, avec les débats budgétaires.
Elle ne nous intéresse, répétons-le en-
core une lois, qu'à titre documentaire, car
nous n'avons guère de préférence pour un
ministère républicain plutôt que pour un
autre.
Les ministères républicains étant tous
voués à une commune impuissance, et
les tristes institutions qui nous régissent
étant des mangeuses d'hommes qui dévo-
rent indifféremment les gens de talent et
les imbéciles, avec toutefois une prédilec-
tion marquée pour les premiers.
Pour en revenir à la journée d'hier, et,
s'il est vrai que le fond de l'âme d'une
population se manifeste surtout par des
détails extérieurs, peut-être insigninants
pour l'observateur superuciel, la pre-
mière sortie parisienne de M. Casimir-
Perier, si elle est plutôt bonne pour lui, ne
doit pas être considérée comme très bonne
pour le vieil esprit républicain.
Et les républicains d'autrefois, s'il en
reste encore, ont dû considérer avec quel-
que amertume tous ces gens qui se garga-
risaient l'œil avec une livrée bleu de Roi
et qui avaient presque l'air d'être recon-
naissants au nouveau président d'avoir
d'un monarque et l'attelage et la police.
Nous avons fait du chemin depuis le
toupet de M. Thierset les favoris austères
du papa Urévy, puisqu'aujourd'hui, pour
faire accepter leur république, les repu-
blicains n ont plus qu'un truc la dégui-
ser en monarchie. 0
J. CORNÉLY
Ce qui sapasse
Il GAULO!S-GU!DE
AMJ'OM~'AM~
Courses à Vincennes.
A t'Opëra-Comique, débuts de Mtte Pârentini
dans M
ÉCHOS POMTIBUES
La commission du budget est otncielle-
ment convoquée pour aujourd'hui, deux
heures et demie; la plus-value sur le
rendement des impôts dont on avait fait
état pour l'équilibre de l'exercice nuan-
cier de 1895 a disparu le déficit
existe déià de ce chef, et il faut prévoir
des demandes de crédits supplémentaires
forcés, tels que ceux nécessités par l'en-
voi de navires dans les mers de Chine et
notre action à Madagascar, sans parler de
l'imprévu.
Si encore la commission du budget
avait chance de faire accepter par la
Chambre un budget quelconque établi
« au petit bonheur » d'accord avec le gou-
vernement) 1
Malheureusement, il est absolument
impossible avec la Chambre actuelle de
compter sur quoi que ce soit de logique,
ni même de pratique. Aussi se demande-
t-on s'il y aura possibilité d'obtenir le
vote d'un ou de deux douzièmes provi-
soirea ~a de décembre. 1-
ÉCHOS DE PARIS
Une nouvelle réunion de famille aura.
Heu mercredi prochain, au palais de Cas-
tille, à l'occasion dé l'anniversaire de la
naissance de la reine Isabelle II d'Es-
pagne.
Le duc de Mecklembourg-Strelitz, qui
a passé un mois à l'hôtel du Rhin, a
quitté, avant-hier soir, Paris pour retour-
ner à Strelitz.
L'Eglise de Paris célébrera demain
mardi, avec un grand éclat, la fête de
saint Denis" l'Aréopagite, qui vivait au
premier siècle de l'ère chrétienne et fut
l'un des pi us ardents disciples de saint
Paul.
On le surnomma l'Aréopagite parce
qu'il se convertit devant l'aréopage, au-
quel le grand apôtre était venu prêcher
« le Dieu inconnu ?.
Il avait été évêque d'Athènes avant de
devenir évêque de Paris.
Pendant toute la durée de Foctave du
saint, c'est à-dire du 9 au 16 octobre, il y
aura chaque jour,au lieu de son martyre,
13, rue Antoinette, à Montmartre, à neuf
heures messe, sermon et vénération de
ses reliques à quatre heures, salut pré-
cédé d'un sermon et suivi de la vénéra-
tion des reliques.
Le jour même de la fête, la messe sera
dite et le sermon du matin prononcé par
S. Em. le cardinal Richard.
Le soir, c'est le R. P. Dumortier, Ré-
dëmptoriste, qui prendra la parole.
A signaler, hier, au prix du Consei!
municipal, dans la toilette de nos élégan-
tes, un changement que pour notre part
nous approuvons fort; nos mondaines ont
décidé de répudier les agrafes, aussi dis-
gracieuses qu'incommodes, et de revenir
au corsage boutonné) Les boutons ont
donc fait leur apparition sur les toilettes
automnales, et nous avouons avoir trouvé
un charme exquis à cette résurrection.
On annonce que la commission des in-
ventions au ministère de la guerre vient
d'être saisie d'un système ayant pour ob-
jet d'éviter, dans les tirs des pièces d'ar-
tillerie, tout à la fois les décutassements,
l'inflammation prématurée des charges,
la projection en arrière du tube de l'é-
toupille, et, par conséquent, de suppri-
mer les douloureux accidents qui se sont
répétés depuis deux ans.
Sait-on que Jules Dupré, à qui l'on
a élevé, hier, un monument, était
proche parent de M. Jules Ciaretie ?
Voici, à ce propos, la jolie anecdote
que nous devons à l'aimable académi-
cien
Le père de mon grand-père maternel
était, àNantes, porte-drapeau de sa sec-
tion. Sa femme, vieille patriote croyante,
allant à la messe tandis que son mari al-
lait au combat contre Cathelineau, gar-
dait chez elle, au su et au vu de tout le
monde, un Christ avec du buis bénit.
» Carrier l'apprit. Ordre au porte-dra-
peau Gillet d'avoir à enlever son Christ
de sa demeure.
» II ne gène personne, répond le
Nantais. Il restera où il est.
a Eh bien dit Carrier, qu'on enlève
à la fois l'image et l'homme t
» Le grand-père, dont on débattait
ainsi le sort, était malade, déjà moribond,
et quand les envoyés de Carrier poussè-
rent la porte du logis, voilà ce qu'ils aper-
çurent une femme de quarante ans, très
grande, debout au chevet de son mari
mort et, autour du lit, cinq enfants, qua-
tre garçons et une nlle, agenouillés et
priant sous le buis vert et le drapeau
tricolore.
» Ordre d'emmener le citoyen.
)) Mais les hommes de Carrier s'arrêtè-
rent étonnés.
» Car la Bretonne, que je n'ai point con-
nue, la bonnemaman Même, dont on m'a
si souvent dit l'histoire, dressant sa haute
taille et montrant fièrement le mort
» Celui qui est là, fit-elle, était un bon
patriote qui serait mort pour son pays,
comme ces enfants-là (elle montrait ses
fils) le feront demain s'il le faut. Allez
dire au citoyen Carrier qu'il n'y a plus ici
à arrêter que ces petits et moi. Je suis
bonne républicaine, mais tant que je se-
rai là on ne touchera pas plus à ce Christ
qu'on n'aurait, du vivant de Gillet, tou-
ché à son drapeau. Avez-vous bien com-
pris, mes gars ? Maintenant, laissez-nous
prier.
» Les gars avaient compris.
» On me dit que Carrier haussa les
épaules. La mort avait atteint l'entêté
sans lui. Le proconsul épargna la femme.
M Parmi ces quatre enfants.dontlamère
bravait ainsi la guillotine, il y en avait
un qui devait mourir à Wagram, capi<
taine des grenadiers de la garde, décoré
de la main de l'Empereur. J'ai là sa croix
au bout d'un ruban pâli. La petite fille
agenouillée sous le Christ qui ennuyait
Carrier, allait épouser un fabricant de
porcelaines nommé Dupré. C'est la mère
de Jules Dupré et de Victor Dupré, tous
deux célèbres, un grand artiste et un
paysagiste de talent écrasé sous la gl oire
de~son père. »
Des signes certains, paraît-il, ne per-
mettent plus de compter sur une période
de température douce avant l'été de la
Saint-Martin.
Les chasseurs et les paysans ont ob-
servé le passage des geais trois semaines
avant la période habitueUe d'octobre.
Maintenant, les petits oiseaux vont par
bandes au lieu d'attendre novembre.
Ennn, le gibier d'eau, qu'on n'aperçoit
guère avant la fin d'octobre, a fait, ces
jours-ci, son apparition.
C'est l'hiver précoce, sinon rigoureux,
qui s'annonce de la sorte.
On a annoncé que le vice-amiral Par-
rayon remplacera comme préfet mari-
time, à Lorient, le vice-amiral Regnault
dépremesnil, qui a demandé de cesser
ses fonctions pour raison de santé ~t qui
serait nommé au conseil des travaux.
Un petit détail qui a sa valeur, car il
dépeint l'homme.
Hier, pendant que les délégués séna-
toriaux de la Loire votaient à la presque
unanimité pour lui, M. Waldeck-Rous-
seau chassait tranquillement aux envi-
rons de Paris.
Une plaisanterie de camelots.
camelots ont proûtô de ~eUe
journée d'hier pour vendre sur tout le
parcours, des Champs-Elysées au Bois,
ta lithographie de M. Casimir-Perier.
Ils criaient à tue-tête aux promeneurs
Demandez le portrait du Président
de la république~
De nombreux acheteurs prenaient,
moyennant cinquante centimes, te rou-
leau que leur offraient ces industriels du
trottoir, et. rentrés chez eux, déroulant la
photographie, ils s'apercevaient non sans
surprise qu'on leur avait vendu le por-
trait de M. Carnot.
Peu scrupuleux, les camelots avaient,
sous le couvert de M. Casimir-Perier,
écoulé un stock de portraits Je M. Car-
not.
Plaisants, les camelots
La distribution des récompenses de
l'exposition universelle d'Anvers vient
d'avoir lieu en présence de S. M. le roi
des Belges, entouré des ministres de Bur-
let, Brassine, de Bruyn, de Smet de
Naeyer et Begerem et de tout le corps di-
plomatiques.
Plus de 450 prix et médailles ont été
distribuées à des exposants français.
Des iélicitations personnelles ont été
adressées à tous les membres du comité
exécutit qui n'ont, depuis plus de dix
mois, ménagé ni leur peine, ni leur temps.
Le gouvernement belge, ainsi que les gou-
vernements étrangers sauront les récom-
penser de leurs prodigieux efforts.
Une médaille de Jeanne d'Are, en par-
fait état de conservation, vient d'être dé-
couverte à Torcy, dans les Ardennes, par
les religieux de Sainte-Chrétienne.
En voici ladescription.d'après un dessin
de Mgr Juillet, chanoine titulaire de
Reims.
Sur une des deux faces, constellée de
ûeurs de lis, apparaît Jeanne, à cheval,
couverte de son armure. Elle brandit son
épée de la main droite et, de la gauche,
elle tient son étendard fleurdelisé. Au-
tour du médaillon on lit JecfMMe ~c
~409-jf43.f. Sur le revers, on voit quatre
écussons les armes de Jeanne. La cou-
ronne qui domine l'épée est fermée par
le haut. A gauche, les armes d'Orléans
avec une banderole OrM
tel 7i*e~M ~4~9. En bas, les armes de
Rouen, avec la date Rouen ~43jf. Les
écussons de ces trois villes sont surmon-
tés d'une couronne murale.
Les lettres et le dessin sont de style
seizième siècle.
La médaille est en cuivre, de forme
ronde, surmontée d'un anneau; elle me-
sure quatre-vingt-deux millimètres de
diamètre et a l'épaisseur d'une pièce de
cinq francs.
Un mariage à l'hôtel des Invalides
Mlle Willette, employée des postes et
télégraphes, est fiancée au capitaine de
cavalerie retraité.Antoine-Napoléon Roux,
chevalier de la Légion d'honneur, rési-
dant aux Invalides. La cérémonie reli-
gieuse sera sans doute, suivant l'usage,
célébrée à la chapelle de l'hôtel, en pré-
sence de nos vieux de la vieille dont
Théophile Gautier a dit:
Ne les raillez pas, camarade,
Saluez plutôt, chapeau bas,
Ces grands héros d'une IlUado
Qu'Homère n'inventerait pas.
Un anniversaire auquel les Chinois,
gens très superstitieux, ne songeront pas
sans mélancolie au milieu de leur désar-
roi actuel.
Nous voulons parler de la prise du
palais d'Eté de l'empereur de Chine, dans
lequel les troupes tranco-angiaises firent
leur entrée en octobre 1860.
Cette splendide résidence, où des ri-
chesses inouïes se trouvaient accumulées,
fut, on le sait, incendié le 7 octobre.
L'ESPRIT D'AUTRMOIS
UnbabiUard, après s'être apuisé en
vains propos, voyant qu'Aristote ne lui
répondait rien
Je vous incommode peut-être, lui
dit-il; ces bagatelles vous détournent de
quelques pensées plus sérieuses ? Q
Non, répondit Aristote, vous pouvez
continuer; je n'écoute pas.
NOUVELLES A LA MAIN
II y a des choses qu'on n'invente pas.
La scène se passe chez le commissaire de
police
Vous dites qu'on vous a volé une
paire de bottines. Combien valaient-
elles ? `~
Elles m'avaient coûté 12 francs. Je
les ai fait ressemeler quatre fois, ça m'a
coûté 3 francs chaque fois; donc, en tout,
24 francs.
Secrétaire, écrivez une paire de
bottines de la valeur de 34 francs.
M. Joseph Prud'homme a horreur de
tout ce qui est excessif; il ne veut que le
juste milieu.
Il commandait, hier, son dîner au res-
taurant
Vous me donnerez un tranche de
rosbii.
Saignante? demande le garçon.
–.Ni trop, ni trop peu. Mais d'abord
une sole.
Oui, ce qu'il y a de plus frais.
Non, reprend M. Prud'homme dou-
cement, entre les deux.
UN OCM'NO
Bîee-Notes Parisien
t~t vérité smr mm ppêtemdm ntw dm
JPrimoeintpéfia~t
Pendant plusieurs années après !a guer-
re, toutes les personnes qui eurent une
notoriété dans le monde impérialiste et beau-
coup d'autres reçurent des iettre~ dans tesquet-
tëson teur proposait, moyennant te dépôt d'une
somme relativement minime, de leur indiquer
un Heu secret où aurait été déposée une cas-
sette contenant des pierreries de grand prix
appartenant à l'impératrice Eugénie et confiée
par elle te <). Septembre.
L'Impératrice informée de cette singulière
révétation répondit invariablement que jamais
aucune cassette tui appartenant n'avait disparu
et qu'on eût & se bien garder de répondre à de
te!!es ouvertures qui cachaient évidemment
une tentative d'escroquerie. La plupart de ces
lettres étaient timbrées de ta poste de Coûta.
On sait que l'Espagne a sur la côte d'Afrique
un tieu de retégation pour tes forçats. ît était
donc permis d'attribuer à ces lettres une ori-
gine très suspecte. Apres la mort du Prince
unpéria), d'autres légendes eurent cours, une
entreautre~ ce~e d'uae ~uae QjUe m~~e
séduite par le Prince et devenue mère, en sorte
qu&t& Prince impériat aurait laissé un Hts.
Un journat de Paris et après lui plusieurs
journaux de province :reprennent cette légende
en t'appuyant de preuves soi-disant conciuan-
tes et qui seraient prochainement suivies de la
publication d'actes authentiques. Car non seu-
lement le Prince aurait laissé un~nts, mais il se
serait légalement uni par un mariage secret &
)a jeune Anglaise dont il est parlé. Cet enfant
se trouverait donc aujourd'hui te légitime
héritier du Prince. Or, le t" juin tSyo,
jour de sa mort, te Prince impériat avait
juste vingt-trois ans, deux mois et quinze
jours. Etant citoyen français, il ne pouvait con-
tracter un mariage, même en Angleterre, sans
le consentement de ses parents (article !8 du
Code civil*).
On sait, en outre, que pour se marier avec
des sommations respectueuses il faut, pour les
hommes, avoir vingt-cinq ans accomplis. Le
Prince ne pouvait donc pas àtors se marier lé-
galement sans le consentement direct de l'Im-
pératrice. En faisant abstraction de ta dignité
du Prince, des qualités élevées qui étaient le
fond de son caractère, peut-on admettre que
l'Impératrice se soit jamais prêtée à l'accom-
ptissement d'un tel mariage, et qu'elle n'ait
pas usé de sa légitime influence, de tous ses
moyens d'action sur son fils pour le détourner
d'épouser, à vingt-trois, une jeune modiste an-
glaise ? e*
glaise ?
C'est fort peu de temps après le drame du
Zututandquece conte absurde d'une préten-
due liaison du Prince impériat, ayant eu pour
conséquence la naissance d'un Sis, fut propa-
gée.
Ptût à Dieu s'écria l'Impératrice, alors
dans les premiers transports de la douteur,
du moins, j'aurais encore quelque chose à
aimer.
Si te Prince impérial avait eu un enfant lé-
gitime, nombre de personnes l'auraient su et
qui donc eût pu empêcher une mère de faire
valoir de tels droits
N'y avait-il pas autour du Prince cette étroite
vigilance que commandaient des raisons d'or-
dre politique ? Ne savait-on pas, surtout après
tamortdet'Empereur.queie Prince pouvait
être exposé & un guet-apens?
Très souvent, it arrivait à Cambden des avis
sur tes projets menaçants des communards
ou des Italiens réfugiés à Londres. Par
tes ordres particuliers de la reine Victoria,
la police anglaise était sans cesse en éveil au-
tour du Prince.
Dès qu'il prenait un billet de chemin de fer
à une station quelconque, le télégraphe jouait
et on était prévenu sur tout le parcours. Tou-
tes les relations, toutes les intimités du Prince
impériat ont été connues de son entourage. Il
n'était point iscté, comme certains se plaisent
à le dire.
Il avait auprès de lui des dévouements assez
éclairés pour être parfaitement renseignés sur
tout ce qui le touchait t Une liaison longue et
suivie comme celle dont on parle n'aurait point
échappé à la vigilance du comte Clary, de M.
Franceschini Pietri, des amis particuliers qui
le visitaient à tour de rote.
Aimabte et sensible, le Prince avait un carac-
tère expansif, très en dehors. Il vivait avec
ceux qui l'entouraient sur un pied de familia-
rité affectueuse. Nul plus que lui ne souffrit
des amertumes de l'exil. Il subit comme un
martyre le contre-coup de toutes les douleurs
de la patrie, les recueiltant dans son cœur avec
la généreuse espérance d'en eftacer la trace.
Mais son humeur restait égale et enjouée, et ce
n'est pas dans une vie dissipée qu'it chercha
une diversion aux grandes perplexités qui, sans
relâche, hantaient ses pensées.
On invoque, comme preuve de cette liaison,
des lettres, en petit nombre du reste, et fort
insignifiantes, signées Lewis ou Walter Levis.
Or, quiconque a connu le Prince impérial peut
affirmer que jamais, pour une cause quelcon-
que, il n'aurait songé à donner à son nom un
caractère étranger. Ensuite, ta nature même de
ces lettres suffit à détruire la fable dans son
origine. Elles sont du style le plus commun, et
ettes contiennent certaines formules que le
Prince n'aurait jamais employées, parce qu'elles
n'appartiennent qu'à un mitieu social auquet
il était complètement étranger et qu'il les igno-
rait sans doute.
Nous en citerons une, datée de l'arsenal de
Woolwich, que le Prince avait du reste quitté
depuis trois ans, en tSyS, époque de cette pré-
tendue correspondance:
« Ma chère Charlotte, j'ai été très malheu-
reux de n'avoir pu vous rencontrer, ainsi
qu'il était convenu. J'avais aussi l'intention
d'atter à Jermya-Street, hier, mais j'en ai été
empêché parce qu'il y avait quelques MM-
~'et
jEcoM~y Voulez-vous Me rcHcoti~fer mer-
credi, à notre rendez-vous habituel, près de
la station de Cannon-Street r De là, nous
!')'OM alors à Piccadilly et nom fM)'fo'oHï un
~CM /M MM~fMt'M.
~~n~WALTER LEWIS. »
Un tel rendez-vous n'a vraiment rien de très
mystérieux. Le Prince impérial était très connu
dans tes magasins élégants de Piccadilly, où il
accompagnait souvent l'Impératrice et ses amis
de France. Il n'aurait certainement jamais eu
l'amoureuse pensée de s'y montrer en galante
aventure.
Le mariage légal ne peut être admis.
Quant au mariage religieux, le prince, très
droit et très chevaleresque, était aussi trop pro-
fondément chrétien pour se taire une arme de
séduction de la bénédiction de t'Egtise. H savait
très bien que, d'après les lois de son pays, le
mariage religieux doit être précédé du mariage
civi).
La veille de son départ pour le Zululand, le
Prince Impérial, après avoir fait ce testament
dans lequel il pensait à tous ses plus chers
amis, avait adressé au vénérable curé de
Sainte-Marie de Chistehurst ta lettre sui-
vante
« Monsieur le curé, je tiens à ne pas vous
laisser croire que la préoccupation de mon
départ et le soin des détails m'ont fait oublier
mes devoirs de chrétien. Demain, je me pré-
senterai, à sept heures et demie, pour me con-
)> fesser et communier une dernière fois dans
cette église de Chislehurst, où je désire que
mon corps soit déposé si je viens à mourir,
etc.
NAPOLÉON. H
Si te Prince avait eu alors la préoccupation
d'une jeune femme et d'un enfant qui était son
nts, comment admettre qu'à cette heure de
l'examen suprême où il envisageait avec fer-
meté l'éventualité de sa mort, placé vis-à-vis
de sa conscience, de ses devoirs d'homme et
de chrétien, il n'eût fait aucune confidence,
aucune recommandation au digne prêtre qui
recevait ses aveux ? P
En cherchant l'origine d'un semblable ro-
man, on ne sait à quelle hypothèse s'arrêter.
Quelque jeune Français, comme il y en a
tant en Angleterre, dans de petits emplois,
n'aura-t-itpas eu l'idée,en prenant le personnage
du Prince importât, de jouer te rôle d'Atma-
viva auprès d'une Rosine de rencontre? Il est
permis de penser que telle peut être l'origine
d'une intrigue, grâce à taquette on a cherché
à s'introduire auprès de t'Impératrice après ta
mort de son fils.
On est stupéfait en voyant avec quelle crédu-
titë on se prête à admettre toutes les fables.
Pour qui a connu le Prince impérial, pour
qui a sutvi sa vie, il est impossible d'admettre
qu'une tette aventure ait pu échapper à la
connaissance des siens, à la sollicitude de tous
ceux qui l'entouraient, et si le Prince avait eu
un Sis, sa mémoire est restée chère à trop d'a-
mis pour que cet enfant, même itiégttime,
n'eût pas ëté l'objet des soins les plus tendres.
L'imposture mérite d'être devoitêe.
tWT-MHM
LES FEMMES
POUR LESQUELLES ON SE TUE
Le suicide récent d'un homme jeûna
encore, appartenant à une famille des
plus honorables et des plus considérées.
devrait, ce me semble, donner singulière-
ment à réfléchir à tous ceux–et ita
sont, peut-être, plus nombreux qu'on ne
pense qui se sentent prédisposés à sa
laisser envahir et dominer par les fem-
mes, au point de n'avoir plus d'autre but,
plus d'autre idéal dans l'existence.
Il est hors de doute, en effet, la sta-
tistique le démontre que, dans la plu'
part des cas, la mort volontaire d'un
homme, que ne. condamnent pas seule*
ment la religion et la morale, mais que
réprouvent encore la raison et l'instinct
a pour cause ou pour prétexte ce qu'en
langage courant on est convenu d'appe-
1er l'amour. `
Bien mieux, en y regardant de prés, on
découvre~aisément que, lorsqu'un mal-
heureux se suicide à cause d'une femme,
celle-ci a souvent plus contribué à sa fu-
neste résolution par les idées dans lea*
quelles elle l'a entretenu, par son exalta.
tion, ses discours et ses conseils, que
par sa conduite et ses mauvais procédés,
Et quand on songe aux tourterellea
pour lesquelles on se tue quand on exa-
mine, de sang-froid, les raisons du fatal
pouvoir qu'elles exercent sur les cer-
veaux faibles ou momentanément détra-
qués et quand on arrive à les classer par
catégories, on est forcément amené & una
série d'observations aussi curieuses que
suggestives.
t~es premières qui se présentent à l'es-
prit août les coquettes, froides et tran-
chantes comme l'acier, selon l'heureuse
expression de Balzac, mais câlines, mais
piquantes, mais enveloppantes, mais en-
sorceleuses, ayant, au suprême degré,
l'art d'éveiller le désir, de Mire naitre et
d'entretenir une passion qu'elles ne par-
tagent point, de la pousser, chez leur vic-
time, jusqu'au paroxysme et à l'anéantis~
sement de soi-même; s'onrant perpétuel-
lement et se refusant, en fin de compte,
toujours.
Ces femmes-là, qui veulent posséder
sans être possédées, adorent se trotter à
l'amour, en respirer le parfum, en éprou-
ver superficiellement le tressaillement
nerveux; mais elles ne consentent, sous
aucun prétexte, à en subir les consé'
quences.
Elles ont transigé avec la nature et
composé avec leur conscience, qui leur
permet presque tout, moins la. chute po-
sitive. Elles ne sentent que par la tête,
n'ont de cceur que dans la tête et condui-
sent ainsi un amoureux sincère jusqu'au
délire et à la folie car il est habituel que
l'amour contrarié, plutôt que l'amour
malheureux, déséquilibre l'organisme et
engendre le désespoir.
Lorsqu'un homme trouve sur son che-
min une iemme pareille, s'il n'est pas
aussi froid, aussi implacable qu'elle s'il
ne parvient pas a piquer sa vanité, à hu-
milier son orgueil, à s'emparer, non de
son âme ni de son cœur qui sont insensi-
bles, mais de sa tête, à la vaincre et à la
dominer, en un mot, il est irrémédiable-
ment perdu.
Il est clair, par exemple, que si le Mon-
triveau de Balzac, dans la DMC/tMM <<Langeais, n'eût pas été un être d'un ca<
ractère vigoureux et d'une trempe excep-
tionnelle, au lieu de briser Antoinette de
Navarreins, il se serait probablement tué
pour elle.
Il y a, d'autre part, les infidèles, lea
femmes perverses ou légères, qui lors-
qu'elles tombent sur un cœur neuf, dana
toute la fraîcheur de ses illusions et toute
la naïveté de ses sentiments, ou sur une
de ces natures tendres et concentrées,
plus fréquentes qu'on ne l'imagine, qu'une
affection absorbe tout entières et qui sont
impuissantes à à se reprendre quand une
fois elles se sont données, il y a, dis-je,
les infidèles qui, après avoir enchaîné un
homme et l'avoir doucement bercé de la
croyance trompeuse dans un amour éter<
nel, le désespèrent par l'abandon.
C'est ce qu'a a si bien compris et s<
éloquemment exprimé le poète, qui, en
un jour de deuil et de douleur suprême,
avait, lui aussi, résolu de mourir:
Comprends-tu que, dix ans, ce lien nous entaM.
Qu'il ne fasse, dix ans, qu'un seul être de deux,
Puis tout à coup se brise, et, perdu dans l'espace,
Nous laisse épouvantés d'avoir cru vivre heureux ?
Notez que celles de ces dames qui pra-
tiquent un aimable éclectisme et évitent
de s'attarder aux amours trop prolongées
et trop exclusives ne sont pas toujours
des monstres de perversité et de cruauté
Oh t mon Dieu, non. Il arrive même as-
sez fréquemment que les griefs de l'ocra
ne reposent que sur un simple malen-
tendu.
La frivolité, l'insouciance, l'ardeur ir-
réfléchie au plaisir, l'habitude des intri-.
gués galantes et le peu d'importance
qu'elles y attachent causent deux fois sur
trois, je dirai presque à leur insu, leur
inconstance et rien ne les surprend
plus, ne les fâche davantage que de voir
î'amant délaissé ou trompé prendre la
chose au tragique.
Il s'en faut alors de bien peu qu'elles
ne lui fassent un crime de ce que, très
sincèrement, elles appellent ses exigen-
ces. EMes se considèrent, en tout cas,
comme absolument étrangères à sa dou<
leur et comme entièrement innocentes
des insanités que peuvent lui suggérer
les idées saugrenues qu'il s'était fourrêea
gratuitement dans la tête.
Même inconscience et même irrespon-
sabilité de la part de certaines exaltées à
la recherche d'émotions inédites et genre
~OM~e~e~e/o~c.de ce sinistre farceur
qui avait nom Jean-Jacques Rousseau.
A force de fouiller, de raffiner, de quin*
tessencier, d'exagérer la passion et lasen<
timentalité, de se monter l'imagination,
de pousser le romanesque jusqu'à ses ex-
trêmes limites, elles unissent par tomber
dans des conceptions maladives qui pro-
voquent la lassitude, l'ennui, le désen-
chantement, le dégoût de la vie, et font
naître en elles, tout naturellement, dea
pensées de suicide qu'elles ne tardent pM
a. inculquer, par contagion, à qui lea
aime et subit leur influence.
J'ai connu un jeune homme charmant.
très répandu dans les salons fashiona blet
et dont le nom est au bout de ma plume,
qm, en dépit de ses principes retigieu~
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