Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-10-05
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 05 octobre 1894 05 octobre 1894
Description : 1894/10/05 (Numéro 5307). 1894/10/05 (Numéro 5307).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k528885t
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/02/2008
Paris 4tK ckhthbes DépAR'inMitwi'ii et txkBXs*. SO centimes
28* Anaée S* Sérl« N» 5307
3£ENbftEM 5 OCTOBRE 1894
ARTHUR WEYER
1 Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
ltjg&o àta boulevards Montmartre et don UafieatO
4r" ABONNEMENTS
r.- Pari» Départements
On mois B fr. Un mois 6 fr,
ïroia mois. 13 50 Trois mois 16 fr.
Six mois 27 fr Six mois 32 fr.
Un un 64 fr. Un an. ô4 fr.
Un an 54 fr. Un an,. 64 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale) 18 fr.
ARTHUR MEYER
Donateur
ADMINISTRATION
^pNSEIGNBMBNTS,
ABOmtmfBNIS, PETITES ANN0N0B9
2, rue Drouot, 3 |
(Angle des boulevards Montmartre et des ItaliemJ {
ANNONCES
MAC. CU3. LAGRANGE, C^RIT & Q}
̃ 6, PtiCB DE Lk BOORSJC, B 6
"••&•• • JE* d fcadm»«w
LE
rSARlVITCH
Le Tsar est maintenant installé à Li-
vadia. La chancellerie de l'empire s'est
transportée auprès de lui. A moins que
Sa Majesté ne soit obligée de se rendre
dans un pays plus chaud, à Corfou, par
exemple, il n'est pas probable que le
Tsarévitch prenne la régence. Mais, si
Alexandre III s'éloigne de la Russie,
c'est au Tsarévitch, comme on l'a déjà
dit, qu'incombera la direction du gou-
vernement.
Nicolas-Alexandrovitch est né le 18
mai 1868.
Je le vois encore chevauchant un petit
poney, à côté de son père à cheval, en
grand uniforme, au moment où le nou-
vel Empereur franchissait la porte d'I-
versky, au Kremlin, pour aller se faire
couronner, avec une pompe dont aucune
cour de l'Europe ne peut donner une
idée. Il y a onze ans et demi de cela.
Le contraste de cet enfant avec ce co-
losse était saisissant.
Le Tsarévitch est resté petit, comme
tous les enfants du Tsar, qui tiennent de
leur mère, elle-même petite, frêle, brune,
mais d'une physionomie sympathique et
charmante au possible. Le Tsarévitch ne
ressemble enrien à son père Alexandre III,
ni à son grand-père Alexandre II, ni à
son arrière grand-père Nicolas Ior, tous
trois hommes superbes, mais de beauté
différente. Il ressemble à sa mère ou
plutôt au fils aîné de la sœur de sa
mère, à son cousin-germain, héritier de
la couronne d'Angleterre après le prince
de Galles, le duc d'York. Le duc d'York,
toutefois, est un peu plus grand que lui.
Petit mais d'une jolie tournure, le Tsa-
révitch est chatain foncé, avec toute la
barbe courte, des yeux vifs et une cer-
taine pétulance dans toute la personne.
Quelques jours après le couronnement
de son père, je le vis toujours sur son
poney revenir de la grande revue des
troupes de la garde impériale, où il avait
fait très chaud. J'imagine que le cavalier
et sa monture étaient également contents
d'avoir terminé leur corvée, car tous deux
se livraient à une fantasia endiablée qui
mit en joie toute la foule. Je n'ai jamais
eu pareille sensation de la popularité
pleine et profonde.
Cette petite fleur du nord, qui avait
tardé un peu à se former, éclata tout à
coup avec la brusquerie de la végétation
russe. L'expression «voir l'herbe pous-
ser » n'est pas une image, c'est une réa-
lité lorsque le printemps succède, là-bas,
à l'hiver, il y a comme une sorte de cra-
quement dans toute la terre, et la sève en
jaillit avec une telle richesse et une telle
force que du soir au matin l'herbe a
doublé et les branches des arbres se sont
allongées d'une manière sensible à la
vue.
Le Tsar crut utile de faire faire au
Tsarévitch un grand voyage autour du
monde.
Parti de Saint-Pétersbourg le 7 novem-
bre 1890, le Tsarévitch s'arrêta à Vienne,
où l'empereur François-Joseph lui fit le
plus charmant accueil. De Vienne il se
rendit à Trieste, où il s'embarqua sur le
Pamiat-Azova, avec le prince Georges,
le second fils du roi de Grèce. La reine
de Grèce, étant fille de feu le grand-duc
Constantin-Nicolaïevitch, oncle d'Alexan-
dre III, le prince Georges est le cousin
issu de germain du Tsarévitch. C'est un
grand et bel homme, je ne dirai pas fort
comme un Turc, parce que cette compa-
raison n'est pas usitée en Grèce, mais
fort comme un Grec des temps héroï-
ques.
Le Pamiat-Azova avait pour capitaine
de pavillon feu l'amiral Bassargaine. Il
était escorté par la canonnière Zaporo-
gelz. La suite du Tsarévitch se composait
du major général prince Bariatinsky, du
prince Obolenski, des gardes à cheval
du prince Kotchoubey, aide de camp du
Tsarévitch de M. Volkoff, des hussards
de la garde; du prince Oukhtonsky, se-
crétaire du Tsarévitch, chargé de rédiger
l'historique du voyage; du médecin von
Rambak et du peintre Gritzensko, élève j
de Boglquboff. ]
De Trieste, la flottille se rendit au Pi- j i
rée, à Port-Saïd, au Caire, à Aden, à
Bombay, à Colombo, à Singapour, à Ba- <
tavia, à Bangkok, à Shanghaï, à Nanga- <
saki, à Kagosima et à Kobée. Là, le Tsa-
révitch et sa suite débarquèrent pour
faire des excursions dans l'intérieur du (
pays et se rendre à Kioto, ancienne capi- 1
tale du Japon.
1
En allant de Kioto à Otsou, le Tsaré-
vitch faillit perdre la vie. Il allait en
pousse-pousse,une de ces petites voitures
légères qu'on a vues à l'Exposition de
Paris, en 1889, et où toutes les Pari-
siennes ont voulu monter. Le pousse-
pousse s'appelle, en japonais, dginrichs-
cha. Un des hommes de la police japo-
naise chargée d'escorter le Tsarévitch
brandit tout à coup son sabre au-dessus
de sa tête pour l'en frapper. Grâce à la
présence d esprit, à la force et à l'adresse
du prince Georges de Grèce, qui para le
coup, le Tsarévitch en fut quitte pour une
estafilade au crâne.
On se rappelle l'émotion qui s'empara
de toute l'Europe à la nouvelle de cet at-
tentat.
Le Pamiat-Azova et sa canonnière,
auxquels faisait escorte, depuis les In-
des, la flotte russe de l'Extrême-Orient,
se rendirent du Japon à Wladivostock, le
principal port de la Russie sur la côte
orientale de l'Asie. Le Tsarévitch et sa
suite remontèrent l'Amour jnsqu'au point
où ils durent prendre la voie de terre. Le
reste du voyage se fit en troïka d'abord,
puis en chemin de fer jusqu'à Saint-Pé-
tersbourg. Rien de désordonné, de gra-
cieux, de grisant comme ces troïkas qui
volent à travers les steppe3, chacun de
leurs trois chevaux ayant une allure diffé-
rente 1
Pendant ce voyage, le Tsarévitch, qui
est très intelligent, très fin et très obser-
vateur, n'a pas fait mentir le proverbe
Quiconqae a beaucoup vu
Doit avoir beaucoup retenu.
Il a retenu beaucoup. Son esprit s'est
très ouvert et s'est très meublé. C'est au-
jourd'hui un prince capable de gouverner
le graad empire que soa père a encore
étendu et auquel il a donné de si nobles
exemples de vertu.
Le Tsarévitch n'a pas visité l'Asie seu-
lement. Il connaît l'Allemagne, l'Autri-
che-Hongrie, la Grèce, le Danemark,
l'Angleterre. Il parle le danois, l'alle-
mand, l'anglais, le grec, le français aussi
bien que le russe. Les circonstances ne
lui ont pas permis de venir en France, et
il le regrette, car Alexandre III lui a ap-
pris à aimer notre pays.
Mais ce qui montre bien que ses
idées ont une inspiration toute mo-
derne, c'est que, de tous les pays dont il
a été l'hôte.l Angleterre est celui qui l'a le
plus séduit. Ses mœurs, ses institutions,
son rôle, font l'objet de son admiration.
L'Angleterre a réalisé ce problème, qui
parait irréalisable, d'être à la fois la
meilleure des monarchies et la meilleure
des républiques.
Le Tsarévitch n'a encore rempli qu'une
mission officielle il a représenté son
père aux obsèques de l'empereur Guil-
laume Ier. Pour que l'impression qu'a dû
lui laisser le spectacle des derniers hon-
neurs rendus à ce grand conquérant par
ce grand empire militaire, ait laissé son
esprit accessible à la civilisation de l'An-
gleterre, et que cette civilisation soit de-
venue son idéal, il faut que son esprit
soit foncièrement de son temps et du côté
occidental de son temps.
J'ai entendu raconter, à Moscou, que
les maires de l'Empire étant venus lui de-
mander, avec toutes les circonlocutions
du protocole, quelque chose comme une
Constitution, Alexandre III leur aurait
répondu
Ne me parlez plus de cela. Il nous
faut nous assimiler les grosses réformes
faites par mon père. Après moi, mon fils
fera ce qu'il croira utile à son peuple.
Le jour où il montera sur le. trône, Ni-
colas II sera donc le juste Tsar pour le
juste moment.
Ce qui se passe
GAULOIS-GUIDE
Aujourd'hui
Courses à Sàint-Ouen.
LA POLITIQUE
Les gens, et nous en connaissons, qui
nourrissent pour le suffrage univerversel,
organe de la volonté nationale, des senti-
ments ressemblant à s'y méprendre au
mépris doivent être satisfaits en ce mo-
ment.
Jamais, en effet, les circonstances n'ont
jeté un jour plus éclatant qu'aujourd'hui
sur le peu de cas que font de ses volontés
un gouvernement issu de lui.
Tout d'abord, les fraudes de Toulouse
nous ont révélé que, depuis de longues
années, on obtenait là-bas les majorités
nécessaires ou utiles au moyen de bulle-
tins représentant des électeurs imaginai-
res fourrés dans les urnes au bon mo-
ment.
De sorte que, réellement, aucun des re-
présentants élus avec ces listes faussées
n'aurait eu le droit de siéger.
Voici maintenant que le ministre de
l'instruction publique vient de frapper
un certain nombre de professeurs élus
par ledit suffrage et, pour les punir de
leurs votes, leur enlève la situation qui
les faisait vivre.
Notre logique latine comprendrait que
les fonctionnaires de l'Université ne pus-
sent pas solliciter de mandats électifs et
que ceux qui sont chargés des enfants ne
se chargeassent point des électeurs, quoi-
que entre les enfants et les électeurs il
n'y ait guère qu'une différence d'âge.
Mais du moment qu'on laisse des pro-
fesseurs devenir des conseillers généraux,
ils doivent se mouvoir dans 1 indépe n-
dance de leur mandat, et les frapper
comme professeurs parce qu'ils ont été
désagréables comme élus, c'est attenter
aux droits sacro-saints du suffrage uni-
versel, de la volonté nationale.
Au fond, un raisonnement analogue
peut s'appliquer au cas de M. Mirman.
Il est difficile d'admettre que la volonté
nationale, qui peut faire un député d'un
imbécile, et qui ne s'en prive pas d'ail-
leurs, soit muselée quand elle veut trans-
former en législateur un professeur, parce
que ledit professeur doit devenir la deux
cent cinquantième partie d'une compa-
gnie d'infanterie.
On en prend bien à son aise avec le suf-
frage universel. Pour ce qui nous con-
cerne, nous ne nous en plaignons point.
Mais quand on s'arme contre nous de ses
arrêts d'ailleurs faussés, nous avons bien
le droit d'en rire, en voyant quelles fami-
liarités les prêtres prennent envers leur
idole, derrière le rideau du sanctuaire.
J.C.
ÉCHOS POLITIQUES
Le conseil des ministres d'hier, si l'on
s'en tientaux communications officieuses,
ne présente qu'un intérêt très relatif. Il
a été, d'ailleurs, plus court que les précé-
dents.
Nos gouvernants ont évidemment ajour-
né à une date ultérieure diverses déci-
sions ou nominations arrêtées en prin-
cipe.
C'est ainsi quu le nouveau directeur de
la Sûreté générale sera désigné avant la
rentrée des Chambres; celui-ci sera un
préfet, ce qui déterminera un mouve-
ment administratif.
Quant à présent, M. Cambon demeure
gouverneur général d'Algérie.en déplace-
ments fréquents sur le continent.
Le remplacement, officiel depuis hier,
de M. Decrais par M. de Courcel à l'am-
bassade de Londres est le seul change-
ment apporté jusqu'à présent dans notre
haut personnel diplomatique.
Enfin, le mouvement judiciaire annon-
cé n'est pas définitivement réglé.
On n'entendait pius'parlerde M. Robin
ni de l'accueil qu'il avait fait à la lettre
du secrétaire général de la préfecture de
la Seine l'invitant à quitter Cempuis au
plus tôt. Une dépêche très laconique ar-
rivée dans la soirée annonce crue M. Ro-
bin s'est décidé à quitter Cempûis.
En revanche, notre correspondant nous
écrit de Marseille
« M. Deleuil, juge d'instruction disgra-
cié à rai3oa d*soa. attitude au conseil gé,
IVAN
néral, songerait à se porter à la députa-
tion.
» D'autre part, M. Olive, conseiller gé-
néral, traduit devant le conseil départe-
mental pour son vote contre la loi de
1894, pourrait bien en sortir indemne.
» Enfin, on prétend que M. Tuaire, au-
tre conseiller général, envoyé disciplinai-
rement comme censeur à Montpellier,,
n'accepterait pas le changement.
» Voilà un joli trio de candidats aux
prochaines élections générales. » °
ÉCHOS DE PARIS
Le grand-duc Constantin et la grande-
duchesse Elisabeth Mavrikiewna ont tra-
versé hier Berlin, se rendant dans le du-
ché de Saxe-Altenbourg, auprès de leurs
parents.
Leurs Altesses Impériales en quittant
le duché de Saxe-Altenbourg, dans une
quinzaine de jours, se rendront à Paris,
où elles resteront environ deux semaines.
Un grand nombre de dépêches ont été
adressées, hier, de toutes les parties de
l'Europe, à LL. MM. le roi et la reine de
Naples. Le Roi fêtait la Saint-François
d'Assise, sa fête patronale, et la Reine
l'anniversaire de sa naissance.
Leurs Majestés sont actuellement à
Bad-Kreuth, en Bavière.
On examine en ce moment au ministère
de la guerre le moyen de donner satisfac-
tion aux doléances des municipalités dé-
partementales au sujet des concerts pu-
blics militaires, dont la suppression est
rendue obligatoire pendant la moitié de
l'année par suite du renvoi de la classe et
de libérations supplémentaires.
On parle d'accorder aux jeunes gens
qui connaissent la musique la faculté de
devancer l'appel en choisissant leur régi-
ment, afin de maintenir au corps un con-
tingent de musiciens suffisamment exer-
cés, et, d'autre part, de combler les vides
annuels.
Peut-être même ce projet fera-t-il l'ob-
jet d'une décision prochaine.
Depuis plusieurs semaines on peut voir
circuler aux Champs-Elysées et dans les
allées du Bois, deux grands carrossiers
mis au point par un piqueur et un cocher;
ce sont les chevaux destinés au landau de
gala dans lequel, dimanche prochain, le
président de la république et Mme Casi-
mir-Perier se rendront à l'hippodrome de
Longchamps pour le Grand-Prix d'au-
tomne.
Nous avons reçu, cette nuit, un télé-
gramme d'un de nos confrères de Brest
expédié à onze heures quatorze du soir,
ainsi conçu
Des dépêches sont arrivées qui ont mis la
préfecture maritime sens dessus dessous. Sa-
vez-vous de quoi il s'agit ? y
La sous-commission extra-parlemen-
taire, qui est en ce moment à Brest, a
fait effectuer, hier, devant elle, diverses
manœuvres sur des signaux- d'alarme
donnés inopinément.
Sont-ce les instructions relatives à ces
manœuvres qui ont motivé l'échange de
dépêches signalé par notre correspondant,
ou bien s'agit-il d'ordres relatifs à un en-
voi de renforts dans les mers de Chine?.
PARADOXES ET VÉRITÉS
Il n'est pas nécessaire de recevoir le coup
pour en être blessé: les délicats voient pas-
ser la balle, l'entendent siffler, avant même
d'en être atteints.
Ph. Gerfaut.
On trouve toujours une théorie pour justi-
fier son penchant. Eugàne MAPBSAB.
Eugène Marbbau.
Il y a eu hier jeudi cinquante-six ans
que fut inaugurée en Angleterre sous
le règne de la reine Victoria, détail digne
de remarque la première ligne impor-
tante de chemin de fer, celle de Londres
à Liverpool.
Treize ans auparavant, en 1825, la pre-
mière voie de fer, avec traction de che-
vaux, entre Darlington et Stockton, avait
été livrée au public.
En France, le premier chemin de fer à
locomotives, celui de Saint-Etienne à An-
drézieux (16 kilomètres), existait depuis
le 1°' octobre 1828.
En l'année 1838 fut donnée la conces-
sion du chemin de fer de Strasbourg à
Bàle (la première grande ligne établie en
France), celle de Paris au Havre par
Rouen, et celle de Paris à Orléans.
Un examen d'admission aux places va-
cantes à l'Ecole française d Athènes aura
lieu le 25 de ce mois.
Les conditions d'admissibilité à ce con-
cours sont
Pour la section des lettres être agrégé
de lettres ou d'histoire ou docteur ès
lettres.
Pour la section des sciences le docto-
rat ès sciences où l'agrégation.
Pour la section des beaux-arts être
élève de l'Ecole de Rome.
Et pour les trois sections être âgé de
moins de trente ans.
Les membres des deux premières sec-
tionssont nommés pour deux ans, mais
peuvent être autorisés à en passer une
troisième à l'Ecole.
L'examen d'admission porte spéciale-
ment sur la langue grecque ancienne et
la langue latine, sur les éléments d'ar-
chéologie et d'histoire de l'art, et la géo-
graphie comparée de la Grèce et de l'I-
talie.
La commission d'examen sera compo-
sée de MM. Delisle, Girard, Heuzey, G.
Perrot, Mayer, membres de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres Ho-
molle, directeur de l'Ecole d'Athènes, et
Geffroy, directeur de l'Ecole de Rome.
Un grand prix à l'unanimité et une
médaille d'or. Telles sont les récompenses
obtenues, à quelques jours d'intervalle,
par le bec Auer, la première à l'exposi-
tion universelle d'Anvers, la seconde à
l'exposition universelle de Lyon; rappe-
lons pour mémoire que le bec Auer avait
déjà obtenu une médaille d'argent à Pa-
ris en 1889 et tout récemment une mé-
daille d'or à Chicago.
A travers les journaux et les livres
L'Evénement publiera aujourd'hui un
très curieux article de M. Peltier-d'Ham-
pol, intitulé: Comment on devient em-
pereur.
Ua personnage qui mérite ce joli mr-
nom et un roman qui justifie ce joli titre
Monsieur Cotillon, voilà de quoi satis-
faire lecteurs et lectrices. Et ce pimpant
volume est signé Henry Rabusson.
NOUVELLES A LA MAIN
Notre ami L. assistait, avant-hier, à
un banquet d'hippophages.
Après le diner, il se frottait l'estomac
d'un air inquiet.
Qu'avez-vous donc? lui demande le
président. Est-ce que vous êtes ma-
lade ? q
Pas précisément, répond L. mais
je me croyais meilleur. cavalier.
Entre rhétoriciens
Qu'as-tu fait, toi, pendant les vacan-
ces?
J'ai potassé Taine. Je le sais presque
par cœur.
Bigre 1
Oui. Papa me reproche toujours de
manquer de persévérance. Il sera bien
forcé de reconnaître que j'ai beaucoup de
Taine à citer 1
UN DOM'NO
LES ANGLAIS A PÉKIN
(Par dépêche de notre correspondant
particulier)
Londres, 4 octobre, soir.
En Angleterre, les séances du conseil
des ministres sont tenues secrètes on ne
communique pas de note aux journaux
comme cela se pratique en France; toute-
fois on s'arrange pour laisser transpirer
les « indiscrétions » destinées à rensei-
gner l'opinion publique, et c'est ainsi
que, dès ce matin, une dépêche transmise
par les agences signalait la préoccupation
du gouvernement anglais, en présence de
l'offensive des Japonais contre la Chine.de
protéger ses nationaux et leurs proprié-
tés.
On sait comment l'Angleterre com-
prend la protection de ses nationaux
c'est là un argument qui lui a. déjà main-
tes fois servi de prétexte à une interven-
tion elle en use encore aujourd'hui.
Le conseil tenu de midi à une heure et
demie, sous la présidence de lord Rose-
bery, a décidé d'envoyer des troupes en
Chine et de renforcer l'escadre anglaise
d'Extrême-Orient, de manière à faire
comprendre aux Japonais que, derrière la
Chine, ils trouveront l'Angleterre.
Je vous avais fait prévoir, dans ma dé-
pêche d'hier, cette double manifesta-
tion.
Mais une autre décision a encore été
prise, et c'est la plus importante des
détachements de matelots anglais et de
cipayes iront à bref délai avec l'assen-
timent de la Chine garder la légation
d'Angleterre à Pékin.
Il serait intéressant de savoir si l'An-
gleterre a l'intention d'inviter les autres
puissances européennes à suivre son
^exemple, ou si elle prétend, au contraire,
agir seule, à l'exclusion de toute autre.
Sans revenir sur l'occupation de l'E-
gypte, on n'a pas oublié comment, en
1878, M. Disraeli sut, en faisant franchir,
au moment propice, les Dardanelles par
les cuirassés anglais, corriger au profit
de son pays le traité de San-Stefano, et
s'emparer de l'île de Chypre.
Est-ce une réédition de ce coup fameux
qui se prépare en Chine ? `<
•••
Les ministres; de la Reine se sont occu-
pés également, dans le conseil de ce ma-
tin, des différends qui existent dans di-
verses régions de l'Afrique entre la
France et l'Angleterre, ce qui les a ame-
nés à parler de Madagascar.
Le bruit court avec persistance que le
cabinet anglais serait disposé à ne pas
susciter de difficultés au gouvernement
français dans sa future action contre les
Hovas, si, dans l'intervalle, la question
chinoise recevait une solution conforme
aux intérêts britanniques. La tactique
n'est pas précisément neuve; c'est à la
France à ne pas se faire leurrer et à ne
pas laisser l'Angleterre agir à sa guise à
Pékin, sous prétexte qu'elle ne la contre-
carrera pas ensuite à Madagascar.
Si les circonstances sont telles que la
légation anglaise à Pékin ait besoin d'être
gardée, n'y a-t-il pas lieu aussi pour nous
de protéger la légation de France ? y
D'ailleurs, j'apprends, au dernier mo-
ment, qu'en raison des décisions prises
par lord Rosebery et ses collègues, lord
Duflerin, abrégeant son congé, va rentrer
à Paris dans les premiers jours de la se-
maine prochaine. C'est clair.
w.
Bloc-Notes Parisien
MODES D'AUTOMNE
Voici venir déjà la saison monotone,
L'automne sur les fleurs et sur nos cœurs l'automne.
L'automne a passé aussi, déjà, sur les toi-
lettes féminines, et il n'a pas brutalement dé-
truit les modes de l'été pour les remplacer par
des modes complètementdifférentes. Rarement,
même, on aura vu une saison aussi dénuée de
caprices dans sa prise de possession de la dé-
coration de la femme. La mode n'aura, cette
fois, presque pas varié.
En général, on a peu songé à la transformer.
Le grand monde parisien garde presque eh en-
tier le deuil de la mort de Monsieur le comte
de Paris. On sait que le grand deuil, qui dure
trois mois, ne se terminera qu'aux premiers
jours de janvier. Puis viendra le petit deuil,
qui durera encore trois mois.
Le noir, s'il convient beaucoup à la femme,
s'il met en valeur les grâces de son teint ou la
beauté de sa chevelure, n'est pas une couleur
qui se prête aux fantaisies de la mode.
Il y a, toutefois, les mariages, les fêtes de fa-
mille qui interrompent le deuil. Alors, la fem-
me s'abandonne à son légitime désir de paraî-
tre avec ce que la mode lui offre de plus char-
mant et de plus décoratif.
Le deuil proscrit les bijoux. Et, d'ailleurs,
l'automne est une saison où le bijou se montre
à peine. Il se montre l'hiver, avec les fleurs
somptueuses écloses dans les serres, et c'est la
grande saison parisienne qui voit s'épanouir le
luxe des bijoux.
Pourtant, avec une extrême discrétion, le
bijou rappelle qu'il existe. On portera dans la
journée des broches en diamants en forme de
rubans. De rares diamants scintilleront dans
les cheveux iors des dîners et fêtes de famille.
Pendant les chasses, on portera quelques
emblèmes cynégétiques.
La mode de demain ressemblant à celle
d'hier, n'est-ce pas que c'est rare ? Mais cela
veut-il dire que demain ressemblera à hier, si
l'on considère la mode comme l'expressioé
d'un état d'esprit ? i'
J Pour les chaussures et les accessoires de la
toilette, comme le parapluie, rien n'est changé
pour le moment.
Dans la toilette, ce qui a le plus varié, ce
sont les manches. Elles étaient énormes; elles
deviennent colossales. En sorte quela femme
apparaîtra comme soulevée entre deux ballons
flanquant son buste. Ne raillons pas les man-
ches elles donnent à la silhouette féminine un
caractère majestueux elles la transforment en
une décoration héraldique. Elles ont des on-
dulations, des souplesses, des plissements, des
angles mêmes dont un oeil d'artiste s'en-
chante.
Ces manches sont bien loin de la forme du
bras. Diderot a dit que le vêtement s'écartera
de la beauté, toutes les fois qu'il s'écartera de
la forme du corps. Il a dit tout simplement
une niaiserie. La meilleure preuve, c est que
la manche collante, qui moule le bras, n'at-
teindra jamais l'élégance de la manche large,
qui fait à peu près complètement oublier qu'il
y a un bras dedans.
Les jupes sont toujours collantes aux han-
ches et vont s'évasant vers le bas, en forme de
cloche. Michel-Ange disait qu'une figure cloit
être pyramidale ou serpentine. Qu'il soit con-
tent t La jupe cloche donne à la figure fémi-
nine une apparence un peu pyramidale.
Les dessous, les jupons sont très applatis à
hauteur des hanches, et ne se développent en
volume que vers le bas pour élargir la jupe.
En sorte qu'une partie du corps, la fin du
torse, est entièrement dessinée par ce joli geste
de la femme, relevant d'une main le bas de la
jupe.
Les mariages qui interrompent le deuil nous
ont permis d'admirer les plus jolies créations
de la maison Rouff. Là, nous avons vu avec un
plaisir de dilettante le trousseau de Mlle de
Chezelles, qui s'est mariée hier, au Gros-Cail-
lou celui de Mlle Sperey, future princesse
Poniatowska puis, parmi les toilettes, celles de
la princesse de Ligne, de la vicomtesse de Beau-
mont, une nouvelle mariée s'occupant des ro-
bes pour le mariage de son frère le duc de
Brissac, car chaque mariage est un nouveau
succès pour ce maître couturier– ;Ia vicomtesse
d'Harcourt, la comtesse de Sabran-Pontevès,
la baronne de Heeckeren, la vicomtesse de Mous-
tiers, le grand-duc et la grande-duchesse Mi-
chel, qui est la gracieuse comtesse Torby.
Enfin, là, nous avons aperçu, en passant,
mille éléments du tout-Paris qui vient, passe
et repart; notre Paris à nous et l'Amérique en-
tière oui! l'Amérique tout entière à sa toi-
lette attachée.
Les étrangères, qui n'ont pas, comme les
Françaises du grand monde, de motifs d'être
en deuil, se sont précipitées à l'assaut de la
mode nouvelle.
Rouff mérite bien toutes ces sympathies.
Tout ce qui sort de chez lui est si gracieux, si
simple, si élégant, si femme enfin t
Ce qu'on porte ? Les étoftes souples appelées
zibelines pour le matin, et cependant encore du
drap pour l'après-midi, quelques fantaisies,
des poult de soie, des peau de soie et surtout
du velours, dont le velours miroir est toujours
le grand triomphateur. Pour le soir, des satins,
des moires d'un genre tout nouveau, des frou-
frous, des chatoiements, des broderies plus
idéales et plus vaporeuses les unes que les
autres.
Je ne voudrais pas terminer cette revue som-
maire de la mode d'automne sans esquisser de
souvenir quelques-unes des merveilles vues
chez Rouff. Elles pourront servir de types et,
mieux que tout discours, préciseront le carac-
tères des toilettes de la saison.
Un délicieux costume pour le matin en zibe-
line beige avec rubans satin noir brodés jais, le
corsage faisant blouse, si pratique, si facile, si
comme il faut c'est son nom, comme il est
bien nommé 1
Un autre quelque chose d'exquis en
drap azurine, mais quel azur 1 avec de grands
rubans pailletés, du velours aubergine et de la
dentelle le Margot, je crois un délice I
Puis, quoi encore ? Une robe princesse en
brocart noir avec grand revers velours dahlia et
zibeline des robes du soir plus jolies, plus
attrayantes, plus suggestives les unes que les
autres et des manteaux, tout cela à en rê-
ver, car il n'y a que Rouft pour les robes et les
manteaux du soir et du jour. Toujours un peu
les mêmes, genre collet et ce qui en dérive.
Pour le deuil, des robes de laine noire tout
unies pour le matin des broderies de crêpe et
des perles mates pour l'après-midi; du velours
épinglé et des moires miroir noir pour le
soir.
On portera des quantités de robes tout en
fourrures, loutre, breitzwange, astrakan, etc.,
et des garnitures fort chères en chinchilla, zi-
beline, etc.
Car déjà les fourrures apparaissent, aux pre-
miers jours d'octobre. Serait-ce le présage d'un
hiver prématuré ? Modçs d'automne 1 L'au-
tomne, comme l'été, buîlera-t-il par son ab-
sence ?
TOUT-PARIS
UNE
REPRISE A SENSATION
C'est de la reprise de la vie parlemen-
taire que je veux parler.
On annonce, en effet, que, M. Casimir-
Perier ayant réintégré l'Elysée, M. Bur-
deau le palais Bourbon, et la commission
du budget se proposant de tenir lundi sa
première réunion, la vie parlementaire,
suspendue depuis plus de deux mois, ne*
va pas tarder à reprendre toute son ac-
tivité.
Voilà, certes, des symptômes très si-
gnificatifs. Mais il en est d'autres, dont
voici les principaux on peut, en effet,
pronostiquer la reprise de la vie parle-
mentaire aux signes suivants
Le thermomètre se porte au variable,
avec tendances à descendre à la tempête
Les députés rentrent à Paris;
Les sénateurs font de même;
Les courriéristes parlementaires s'ar-
rachent les cheveux (ceux qui en ont,
7T_ l1_11.
comme nenri uunseii/; -Y
comme ttenrl uunsey;
La buvette fait ses approvisionne-
ments
Les portefeuilles s'apprêtent à tomber,
en même temps que les feuilles;
Les bureaux de tabac font prime;
Les radicaux s'agitent
Les socialistes les mènent;
Le ministère fait des pointages;
Les ministrables également;
On renonce à chercher l'assassin de M.
Barrême
Et à s'occuper du procès Coquelin;
M. Cambon vient à Paris
A moins qu'il ne retourne en Algérie
On reçoit d'excellentes nouvelles du
Tonkin;
De Tombouctou également;
Ainsi que de Madagascar;
Les garçons du palais Bourbon épous-
settent et balayent;
Ils inspectent les charnières des pupi-
très;
Et la solidité des couteaux à papier;
Les bêtises recommencent 1
Brioché accorde sa lyre. 1
Tels sont les principaux symptômes
qui annoncent, par avance, aux moins (
clairvoyants, la reprise de la vie parle- (
meataire. Je passe sous silence l'anxiété
générale, les inquiétudes des commer*
çants, la mobilisation des camelots, l'im-
mobilisation des réformes, symptômet
qui se manifestent plus particulièrement
dès la reprise de la vie parlementaire.
̃ 9RIOCHÈ
LE
~O~VE~GNT 6YNIQ~E
Un ancien directeur d'entreprises mu-»
sicales m'écrit une longue lettre à propos
de ce pauvre Emmanuel Chabrier, dont
la mort est si douloureuse à notre école.
Tout ce qu'il me dit sur l'auteur de
Gwendoline m'a fort touché par le ton
de conviction attendrie de toutes les pa.
roles. A parler franc, je serais plus tou-
ché encore si je savais que l'ancien im-
presario, qui parle si bien, eût tendu ja-
dis au jeune musicien en pleine produc-
tion d'oeuvres une main secourable. Cha-
brier, encouragé au travail, acheminé
vers le succès a l'heure opportune, eût
doté notre répertoire de plusieurs parti-
tions dignes de lui, dignes de l'avenir.
Mais non! Mon correspondant ne fait
appel, ne montre pour le malheureux ar-
tiste un tardif souci qu'afin d'en revenir
à la question très vieille de la nécessité, à
Paris, d'un troisième théâtre lyrique. Eh 1
vraiment, cette nécessité, qui la nie?
Seulement, ce n'est pas tout d'apporter à
l'appui de sa thèse des arguments si re-
battus qu'on n'a garde de les répéter. Le
vrai point est de proposer des moyens de
réalisation pratique.
On ne sait que trop à quoi s'en tenir
sur l'insuffisance des débouchés drama-
tiques offerts à nos compositeurs et, par
suite, sur l'obligation où se voient sou-
vent les meilleurs d'entre ces derniers de
faire appel aux scènes étrangères. C'est là
le mal évident tout le monde l'aperçoit.
Ce qu'on aperçoit moins, en revanche,
c'est le remède efficace. De belles phrases,
à ma connaissance, n'ont jamais rien
guéri.
Vous rappelez-vous le joli début d'un
acte de Labiche où l'un des personnages
demande sans cesse « Avez-vous un ca-
binet ? » L'action s'engage, si i'ai bon
souvenir, au musée des Antiques, au
milieu des marbres alignés. De long en
large, d'une rangée de piédestaux à l'au-
tre, se promène le gardien de service, as-
tiqué de pied en cap, béatement convain-
cu de son importance, mais non moins
dédaigneux, au fond, de la Vénus sans
bras que de la Victoire sans ailes. Sa con-
signe est d'être gracieux aux visiteurs et,
pour lui, tout est là. Aussi, dès qu'il se
présente un être humain dans la galerie,
voici notre homme s'empressant à se re-
monter, esquissant un sourire de bienve-
nue « Eh bien, monsieur, avons-nous
des ministres? » La politique est, certai-
nement, la moindre de ses préoccupa-
tions mais il est content de sa formule.
J'ai encore dans l'oreille les rires écla-
tants des spectateurs de la Comédie k
chaque reprise du motif.
Le périodique refrain dont on nous ré-
gale au sujet du Théâtre-Lyrique n'a pas
la même galté, mais, à le bien prendre, il
est du même ordre. « Aurons-nous enfin
un théâtre lyrique 1 » s'écrie quelqu'un
tout d'un coup. Et tout le chœur de cla-
mer « Il nous faut, il nous faut, il nous
faut un théâtre lyrique. » « On ne sau-
rait mieux parler, interrompt un naïf.
Cependant, qui nous le donnera, ce théâ-
tre ? Qui en aura l'initiative ? Qui fourni-
ra les indispensables capitaux ?.» Alora
il se trouve qu'il y a mille combinaisons
sous roche. Les indiscrétions se multi-
plient, « De grâce, n'en dites rien à per-
sonne, mais, entre nous, l'affaire est
faite. X. et Y. se sont associés. Leur
commandite est énorme. Ils ont des pro-
jets. ah des projets miraculeux. Ce
n'est pas d'une vulgaire spéculation qu'il
s'agit. Non, vous verrez on fera de l'art
dans le nouveau théâtre. On ne fera mê-
me que de l'art. »
J'avoue que les promesses m'inspirent
toujours une salutaire défiance. Le pessi-
misme est une des dispositions de l'es-
prit les plus enviables qui soit. Ne rien
attendre, c'est, par le fait, s'épargner tou.
jours les déceptions et se ménager, quel-
quefois, d'agréables surprises. Je vou-
drais, pourtant, qu'on se mît d'accord sur
ces mots « Faire de l'art au théâtre. »
Le directeur d'une scène d'opérettes,
dix ou douze ans passés, ambitionnait de
diriger l'Opéra. Deux amateurs le priè-
rent, sans ombre d'ironie, de leur expo-
ser son programme « Messieurs, leur
dit-il, on m'affirme qne les abonnés veu-
lent de l'art. Je n'en crois rien, mais je
veux, en tout cas, tenter l'expérience. Je
leur porterai Fidelio,ne vous en déplaise,
et j'y intercalerai un ballet écrit, d'aprèî
les œuvres de Beethoven, par deux ou tcoii
de nos musiciens en vogue. » Un autre
candidat à la même direction ne parlait t
de rien moins que de faire jouer en «grand
opéra » la Marie-Madeleine, de M. Masse-
net, et la Damnation de Faust, de Ber-
lioz. Cette dernière transformation de
l'étrange et superbe cantate berliozienne 1}
a été accomplie, naguère, à Monte-Carlo
et à Londres. Je n'en tiens pas moins
l'idée pour infiniment rididule.
Pour le plus grand nombre, le rêve
d'art par excellence, c'est de monter
YArmide de Gluck, quitte à « corser les
danses » et à faire « rajeunir l'instrumen-
tation ». D'autres estiment que le princi-
pal de l'art consiste dans la richesse des
décors, dans la splendeur des costumes
et dans la célébrité des chanteurs. Un
impresario de province étant venu m'en-
tretenir, ce mois de juin, d'un dessein
qu'il caresse, me développait incidemment
son point de vue « Tout est dans les
têtes de troupe. Si j'avais l'honneur de
diriger un théâtre musical à Paris, je
ferais tout au monde pour avoir les répu-
tations assises, les grands noms, les
vieux noms de la scène, et je me moque-
rais du reste. » J'essayai de le convain-
cre que ce « reste » a bien son prix et
que, d'ailleurs, les vieux noms, au théâ-
tre, ont le défaut d'être portés par des
chanteurs vieillis. « Eh 1 qu'est-ce que
cela me fait, à moil s'exclanra-t-il. On ne
prend ces gens-là que pour l'affiche » a
ïe connais encore un type de « direc-
teur-artiste ». Celui-ci a, surtout, con«
fiance dans les exhibitions excentriques
ou les paradoxes. Les chanteuses améri-
caines, roumaines, norvégiennes, hon-
groises ou danoises, dont l'accent n'a paa
28* Anaée S* Sérl« N» 5307
3£ENbftEM 5 OCTOBRE 1894
ARTHUR WEYER
1 Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
ltjg&o àta boulevards Montmartre et don UafieatO
4r" ABONNEMENTS
r.- Pari» Départements
On mois B fr. Un mois 6 fr,
ïroia mois. 13 50 Trois mois 16 fr.
Six mois 27 fr Six mois 32 fr.
Un un 64 fr. Un an. ô4 fr.
Un an 54 fr. Un an,. 64 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale) 18 fr.
ARTHUR MEYER
Donateur
ADMINISTRATION
^pNSEIGNBMBNTS,
ABOmtmfBNIS, PETITES ANN0N0B9
2, rue Drouot, 3 |
(Angle des boulevards Montmartre et des ItaliemJ {
ANNONCES
MAC. CU3. LAGRANGE, C^RIT & Q}
̃ 6, PtiCB DE Lk BOORSJC, B 6
"••&•• • JE* d fcadm»«w
LE
rSARlVITCH
Le Tsar est maintenant installé à Li-
vadia. La chancellerie de l'empire s'est
transportée auprès de lui. A moins que
Sa Majesté ne soit obligée de se rendre
dans un pays plus chaud, à Corfou, par
exemple, il n'est pas probable que le
Tsarévitch prenne la régence. Mais, si
Alexandre III s'éloigne de la Russie,
c'est au Tsarévitch, comme on l'a déjà
dit, qu'incombera la direction du gou-
vernement.
Nicolas-Alexandrovitch est né le 18
mai 1868.
Je le vois encore chevauchant un petit
poney, à côté de son père à cheval, en
grand uniforme, au moment où le nou-
vel Empereur franchissait la porte d'I-
versky, au Kremlin, pour aller se faire
couronner, avec une pompe dont aucune
cour de l'Europe ne peut donner une
idée. Il y a onze ans et demi de cela.
Le contraste de cet enfant avec ce co-
losse était saisissant.
Le Tsarévitch est resté petit, comme
tous les enfants du Tsar, qui tiennent de
leur mère, elle-même petite, frêle, brune,
mais d'une physionomie sympathique et
charmante au possible. Le Tsarévitch ne
ressemble enrien à son père Alexandre III,
ni à son grand-père Alexandre II, ni à
son arrière grand-père Nicolas Ior, tous
trois hommes superbes, mais de beauté
différente. Il ressemble à sa mère ou
plutôt au fils aîné de la sœur de sa
mère, à son cousin-germain, héritier de
la couronne d'Angleterre après le prince
de Galles, le duc d'York. Le duc d'York,
toutefois, est un peu plus grand que lui.
Petit mais d'une jolie tournure, le Tsa-
révitch est chatain foncé, avec toute la
barbe courte, des yeux vifs et une cer-
taine pétulance dans toute la personne.
Quelques jours après le couronnement
de son père, je le vis toujours sur son
poney revenir de la grande revue des
troupes de la garde impériale, où il avait
fait très chaud. J'imagine que le cavalier
et sa monture étaient également contents
d'avoir terminé leur corvée, car tous deux
se livraient à une fantasia endiablée qui
mit en joie toute la foule. Je n'ai jamais
eu pareille sensation de la popularité
pleine et profonde.
Cette petite fleur du nord, qui avait
tardé un peu à se former, éclata tout à
coup avec la brusquerie de la végétation
russe. L'expression «voir l'herbe pous-
ser » n'est pas une image, c'est une réa-
lité lorsque le printemps succède, là-bas,
à l'hiver, il y a comme une sorte de cra-
quement dans toute la terre, et la sève en
jaillit avec une telle richesse et une telle
force que du soir au matin l'herbe a
doublé et les branches des arbres se sont
allongées d'une manière sensible à la
vue.
Le Tsar crut utile de faire faire au
Tsarévitch un grand voyage autour du
monde.
Parti de Saint-Pétersbourg le 7 novem-
bre 1890, le Tsarévitch s'arrêta à Vienne,
où l'empereur François-Joseph lui fit le
plus charmant accueil. De Vienne il se
rendit à Trieste, où il s'embarqua sur le
Pamiat-Azova, avec le prince Georges,
le second fils du roi de Grèce. La reine
de Grèce, étant fille de feu le grand-duc
Constantin-Nicolaïevitch, oncle d'Alexan-
dre III, le prince Georges est le cousin
issu de germain du Tsarévitch. C'est un
grand et bel homme, je ne dirai pas fort
comme un Turc, parce que cette compa-
raison n'est pas usitée en Grèce, mais
fort comme un Grec des temps héroï-
ques.
Le Pamiat-Azova avait pour capitaine
de pavillon feu l'amiral Bassargaine. Il
était escorté par la canonnière Zaporo-
gelz. La suite du Tsarévitch se composait
du major général prince Bariatinsky, du
prince Obolenski, des gardes à cheval
du prince Kotchoubey, aide de camp du
Tsarévitch de M. Volkoff, des hussards
de la garde; du prince Oukhtonsky, se-
crétaire du Tsarévitch, chargé de rédiger
l'historique du voyage; du médecin von
Rambak et du peintre Gritzensko, élève j
de Boglquboff. ]
De Trieste, la flottille se rendit au Pi- j i
rée, à Port-Saïd, au Caire, à Aden, à
Bombay, à Colombo, à Singapour, à Ba- <
tavia, à Bangkok, à Shanghaï, à Nanga- <
saki, à Kagosima et à Kobée. Là, le Tsa-
révitch et sa suite débarquèrent pour
faire des excursions dans l'intérieur du (
pays et se rendre à Kioto, ancienne capi- 1
tale du Japon.
1
En allant de Kioto à Otsou, le Tsaré-
vitch faillit perdre la vie. Il allait en
pousse-pousse,une de ces petites voitures
légères qu'on a vues à l'Exposition de
Paris, en 1889, et où toutes les Pari-
siennes ont voulu monter. Le pousse-
pousse s'appelle, en japonais, dginrichs-
cha. Un des hommes de la police japo-
naise chargée d'escorter le Tsarévitch
brandit tout à coup son sabre au-dessus
de sa tête pour l'en frapper. Grâce à la
présence d esprit, à la force et à l'adresse
du prince Georges de Grèce, qui para le
coup, le Tsarévitch en fut quitte pour une
estafilade au crâne.
On se rappelle l'émotion qui s'empara
de toute l'Europe à la nouvelle de cet at-
tentat.
Le Pamiat-Azova et sa canonnière,
auxquels faisait escorte, depuis les In-
des, la flotte russe de l'Extrême-Orient,
se rendirent du Japon à Wladivostock, le
principal port de la Russie sur la côte
orientale de l'Asie. Le Tsarévitch et sa
suite remontèrent l'Amour jnsqu'au point
où ils durent prendre la voie de terre. Le
reste du voyage se fit en troïka d'abord,
puis en chemin de fer jusqu'à Saint-Pé-
tersbourg. Rien de désordonné, de gra-
cieux, de grisant comme ces troïkas qui
volent à travers les steppe3, chacun de
leurs trois chevaux ayant une allure diffé-
rente 1
Pendant ce voyage, le Tsarévitch, qui
est très intelligent, très fin et très obser-
vateur, n'a pas fait mentir le proverbe
Quiconqae a beaucoup vu
Doit avoir beaucoup retenu.
Il a retenu beaucoup. Son esprit s'est
très ouvert et s'est très meublé. C'est au-
jourd'hui un prince capable de gouverner
le graad empire que soa père a encore
étendu et auquel il a donné de si nobles
exemples de vertu.
Le Tsarévitch n'a pas visité l'Asie seu-
lement. Il connaît l'Allemagne, l'Autri-
che-Hongrie, la Grèce, le Danemark,
l'Angleterre. Il parle le danois, l'alle-
mand, l'anglais, le grec, le français aussi
bien que le russe. Les circonstances ne
lui ont pas permis de venir en France, et
il le regrette, car Alexandre III lui a ap-
pris à aimer notre pays.
Mais ce qui montre bien que ses
idées ont une inspiration toute mo-
derne, c'est que, de tous les pays dont il
a été l'hôte.l Angleterre est celui qui l'a le
plus séduit. Ses mœurs, ses institutions,
son rôle, font l'objet de son admiration.
L'Angleterre a réalisé ce problème, qui
parait irréalisable, d'être à la fois la
meilleure des monarchies et la meilleure
des républiques.
Le Tsarévitch n'a encore rempli qu'une
mission officielle il a représenté son
père aux obsèques de l'empereur Guil-
laume Ier. Pour que l'impression qu'a dû
lui laisser le spectacle des derniers hon-
neurs rendus à ce grand conquérant par
ce grand empire militaire, ait laissé son
esprit accessible à la civilisation de l'An-
gleterre, et que cette civilisation soit de-
venue son idéal, il faut que son esprit
soit foncièrement de son temps et du côté
occidental de son temps.
J'ai entendu raconter, à Moscou, que
les maires de l'Empire étant venus lui de-
mander, avec toutes les circonlocutions
du protocole, quelque chose comme une
Constitution, Alexandre III leur aurait
répondu
Ne me parlez plus de cela. Il nous
faut nous assimiler les grosses réformes
faites par mon père. Après moi, mon fils
fera ce qu'il croira utile à son peuple.
Le jour où il montera sur le. trône, Ni-
colas II sera donc le juste Tsar pour le
juste moment.
Ce qui se passe
GAULOIS-GUIDE
Aujourd'hui
Courses à Sàint-Ouen.
LA POLITIQUE
Les gens, et nous en connaissons, qui
nourrissent pour le suffrage univerversel,
organe de la volonté nationale, des senti-
ments ressemblant à s'y méprendre au
mépris doivent être satisfaits en ce mo-
ment.
Jamais, en effet, les circonstances n'ont
jeté un jour plus éclatant qu'aujourd'hui
sur le peu de cas que font de ses volontés
un gouvernement issu de lui.
Tout d'abord, les fraudes de Toulouse
nous ont révélé que, depuis de longues
années, on obtenait là-bas les majorités
nécessaires ou utiles au moyen de bulle-
tins représentant des électeurs imaginai-
res fourrés dans les urnes au bon mo-
ment.
De sorte que, réellement, aucun des re-
présentants élus avec ces listes faussées
n'aurait eu le droit de siéger.
Voici maintenant que le ministre de
l'instruction publique vient de frapper
un certain nombre de professeurs élus
par ledit suffrage et, pour les punir de
leurs votes, leur enlève la situation qui
les faisait vivre.
Notre logique latine comprendrait que
les fonctionnaires de l'Université ne pus-
sent pas solliciter de mandats électifs et
que ceux qui sont chargés des enfants ne
se chargeassent point des électeurs, quoi-
que entre les enfants et les électeurs il
n'y ait guère qu'une différence d'âge.
Mais du moment qu'on laisse des pro-
fesseurs devenir des conseillers généraux,
ils doivent se mouvoir dans 1 indépe n-
dance de leur mandat, et les frapper
comme professeurs parce qu'ils ont été
désagréables comme élus, c'est attenter
aux droits sacro-saints du suffrage uni-
versel, de la volonté nationale.
Au fond, un raisonnement analogue
peut s'appliquer au cas de M. Mirman.
Il est difficile d'admettre que la volonté
nationale, qui peut faire un député d'un
imbécile, et qui ne s'en prive pas d'ail-
leurs, soit muselée quand elle veut trans-
former en législateur un professeur, parce
que ledit professeur doit devenir la deux
cent cinquantième partie d'une compa-
gnie d'infanterie.
On en prend bien à son aise avec le suf-
frage universel. Pour ce qui nous con-
cerne, nous ne nous en plaignons point.
Mais quand on s'arme contre nous de ses
arrêts d'ailleurs faussés, nous avons bien
le droit d'en rire, en voyant quelles fami-
liarités les prêtres prennent envers leur
idole, derrière le rideau du sanctuaire.
J.C.
ÉCHOS POLITIQUES
Le conseil des ministres d'hier, si l'on
s'en tientaux communications officieuses,
ne présente qu'un intérêt très relatif. Il
a été, d'ailleurs, plus court que les précé-
dents.
Nos gouvernants ont évidemment ajour-
né à une date ultérieure diverses déci-
sions ou nominations arrêtées en prin-
cipe.
C'est ainsi quu le nouveau directeur de
la Sûreté générale sera désigné avant la
rentrée des Chambres; celui-ci sera un
préfet, ce qui déterminera un mouve-
ment administratif.
Quant à présent, M. Cambon demeure
gouverneur général d'Algérie.en déplace-
ments fréquents sur le continent.
Le remplacement, officiel depuis hier,
de M. Decrais par M. de Courcel à l'am-
bassade de Londres est le seul change-
ment apporté jusqu'à présent dans notre
haut personnel diplomatique.
Enfin, le mouvement judiciaire annon-
cé n'est pas définitivement réglé.
On n'entendait pius'parlerde M. Robin
ni de l'accueil qu'il avait fait à la lettre
du secrétaire général de la préfecture de
la Seine l'invitant à quitter Cempuis au
plus tôt. Une dépêche très laconique ar-
rivée dans la soirée annonce crue M. Ro-
bin s'est décidé à quitter Cempûis.
En revanche, notre correspondant nous
écrit de Marseille
« M. Deleuil, juge d'instruction disgra-
cié à rai3oa d*soa. attitude au conseil gé,
IVAN
néral, songerait à se porter à la députa-
tion.
» D'autre part, M. Olive, conseiller gé-
néral, traduit devant le conseil départe-
mental pour son vote contre la loi de
1894, pourrait bien en sortir indemne.
» Enfin, on prétend que M. Tuaire, au-
tre conseiller général, envoyé disciplinai-
rement comme censeur à Montpellier,,
n'accepterait pas le changement.
» Voilà un joli trio de candidats aux
prochaines élections générales. » °
ÉCHOS DE PARIS
Le grand-duc Constantin et la grande-
duchesse Elisabeth Mavrikiewna ont tra-
versé hier Berlin, se rendant dans le du-
ché de Saxe-Altenbourg, auprès de leurs
parents.
Leurs Altesses Impériales en quittant
le duché de Saxe-Altenbourg, dans une
quinzaine de jours, se rendront à Paris,
où elles resteront environ deux semaines.
Un grand nombre de dépêches ont été
adressées, hier, de toutes les parties de
l'Europe, à LL. MM. le roi et la reine de
Naples. Le Roi fêtait la Saint-François
d'Assise, sa fête patronale, et la Reine
l'anniversaire de sa naissance.
Leurs Majestés sont actuellement à
Bad-Kreuth, en Bavière.
On examine en ce moment au ministère
de la guerre le moyen de donner satisfac-
tion aux doléances des municipalités dé-
partementales au sujet des concerts pu-
blics militaires, dont la suppression est
rendue obligatoire pendant la moitié de
l'année par suite du renvoi de la classe et
de libérations supplémentaires.
On parle d'accorder aux jeunes gens
qui connaissent la musique la faculté de
devancer l'appel en choisissant leur régi-
ment, afin de maintenir au corps un con-
tingent de musiciens suffisamment exer-
cés, et, d'autre part, de combler les vides
annuels.
Peut-être même ce projet fera-t-il l'ob-
jet d'une décision prochaine.
Depuis plusieurs semaines on peut voir
circuler aux Champs-Elysées et dans les
allées du Bois, deux grands carrossiers
mis au point par un piqueur et un cocher;
ce sont les chevaux destinés au landau de
gala dans lequel, dimanche prochain, le
président de la république et Mme Casi-
mir-Perier se rendront à l'hippodrome de
Longchamps pour le Grand-Prix d'au-
tomne.
Nous avons reçu, cette nuit, un télé-
gramme d'un de nos confrères de Brest
expédié à onze heures quatorze du soir,
ainsi conçu
Des dépêches sont arrivées qui ont mis la
préfecture maritime sens dessus dessous. Sa-
vez-vous de quoi il s'agit ? y
La sous-commission extra-parlemen-
taire, qui est en ce moment à Brest, a
fait effectuer, hier, devant elle, diverses
manœuvres sur des signaux- d'alarme
donnés inopinément.
Sont-ce les instructions relatives à ces
manœuvres qui ont motivé l'échange de
dépêches signalé par notre correspondant,
ou bien s'agit-il d'ordres relatifs à un en-
voi de renforts dans les mers de Chine?.
PARADOXES ET VÉRITÉS
Il n'est pas nécessaire de recevoir le coup
pour en être blessé: les délicats voient pas-
ser la balle, l'entendent siffler, avant même
d'en être atteints.
Ph. Gerfaut.
On trouve toujours une théorie pour justi-
fier son penchant. Eugàne MAPBSAB.
Eugène Marbbau.
Il y a eu hier jeudi cinquante-six ans
que fut inaugurée en Angleterre sous
le règne de la reine Victoria, détail digne
de remarque la première ligne impor-
tante de chemin de fer, celle de Londres
à Liverpool.
Treize ans auparavant, en 1825, la pre-
mière voie de fer, avec traction de che-
vaux, entre Darlington et Stockton, avait
été livrée au public.
En France, le premier chemin de fer à
locomotives, celui de Saint-Etienne à An-
drézieux (16 kilomètres), existait depuis
le 1°' octobre 1828.
En l'année 1838 fut donnée la conces-
sion du chemin de fer de Strasbourg à
Bàle (la première grande ligne établie en
France), celle de Paris au Havre par
Rouen, et celle de Paris à Orléans.
Un examen d'admission aux places va-
cantes à l'Ecole française d Athènes aura
lieu le 25 de ce mois.
Les conditions d'admissibilité à ce con-
cours sont
Pour la section des lettres être agrégé
de lettres ou d'histoire ou docteur ès
lettres.
Pour la section des sciences le docto-
rat ès sciences où l'agrégation.
Pour la section des beaux-arts être
élève de l'Ecole de Rome.
Et pour les trois sections être âgé de
moins de trente ans.
Les membres des deux premières sec-
tionssont nommés pour deux ans, mais
peuvent être autorisés à en passer une
troisième à l'Ecole.
L'examen d'admission porte spéciale-
ment sur la langue grecque ancienne et
la langue latine, sur les éléments d'ar-
chéologie et d'histoire de l'art, et la géo-
graphie comparée de la Grèce et de l'I-
talie.
La commission d'examen sera compo-
sée de MM. Delisle, Girard, Heuzey, G.
Perrot, Mayer, membres de l'Académie
des inscriptions et belles-lettres Ho-
molle, directeur de l'Ecole d'Athènes, et
Geffroy, directeur de l'Ecole de Rome.
Un grand prix à l'unanimité et une
médaille d'or. Telles sont les récompenses
obtenues, à quelques jours d'intervalle,
par le bec Auer, la première à l'exposi-
tion universelle d'Anvers, la seconde à
l'exposition universelle de Lyon; rappe-
lons pour mémoire que le bec Auer avait
déjà obtenu une médaille d'argent à Pa-
ris en 1889 et tout récemment une mé-
daille d'or à Chicago.
A travers les journaux et les livres
L'Evénement publiera aujourd'hui un
très curieux article de M. Peltier-d'Ham-
pol, intitulé: Comment on devient em-
pereur.
Ua personnage qui mérite ce joli mr-
nom et un roman qui justifie ce joli titre
Monsieur Cotillon, voilà de quoi satis-
faire lecteurs et lectrices. Et ce pimpant
volume est signé Henry Rabusson.
NOUVELLES A LA MAIN
Notre ami L. assistait, avant-hier, à
un banquet d'hippophages.
Après le diner, il se frottait l'estomac
d'un air inquiet.
Qu'avez-vous donc? lui demande le
président. Est-ce que vous êtes ma-
lade ? q
Pas précisément, répond L. mais
je me croyais meilleur. cavalier.
Entre rhétoriciens
Qu'as-tu fait, toi, pendant les vacan-
ces?
J'ai potassé Taine. Je le sais presque
par cœur.
Bigre 1
Oui. Papa me reproche toujours de
manquer de persévérance. Il sera bien
forcé de reconnaître que j'ai beaucoup de
Taine à citer 1
UN DOM'NO
LES ANGLAIS A PÉKIN
(Par dépêche de notre correspondant
particulier)
Londres, 4 octobre, soir.
En Angleterre, les séances du conseil
des ministres sont tenues secrètes on ne
communique pas de note aux journaux
comme cela se pratique en France; toute-
fois on s'arrange pour laisser transpirer
les « indiscrétions » destinées à rensei-
gner l'opinion publique, et c'est ainsi
que, dès ce matin, une dépêche transmise
par les agences signalait la préoccupation
du gouvernement anglais, en présence de
l'offensive des Japonais contre la Chine.de
protéger ses nationaux et leurs proprié-
tés.
On sait comment l'Angleterre com-
prend la protection de ses nationaux
c'est là un argument qui lui a. déjà main-
tes fois servi de prétexte à une interven-
tion elle en use encore aujourd'hui.
Le conseil tenu de midi à une heure et
demie, sous la présidence de lord Rose-
bery, a décidé d'envoyer des troupes en
Chine et de renforcer l'escadre anglaise
d'Extrême-Orient, de manière à faire
comprendre aux Japonais que, derrière la
Chine, ils trouveront l'Angleterre.
Je vous avais fait prévoir, dans ma dé-
pêche d'hier, cette double manifesta-
tion.
Mais une autre décision a encore été
prise, et c'est la plus importante des
détachements de matelots anglais et de
cipayes iront à bref délai avec l'assen-
timent de la Chine garder la légation
d'Angleterre à Pékin.
Il serait intéressant de savoir si l'An-
gleterre a l'intention d'inviter les autres
puissances européennes à suivre son
^exemple, ou si elle prétend, au contraire,
agir seule, à l'exclusion de toute autre.
Sans revenir sur l'occupation de l'E-
gypte, on n'a pas oublié comment, en
1878, M. Disraeli sut, en faisant franchir,
au moment propice, les Dardanelles par
les cuirassés anglais, corriger au profit
de son pays le traité de San-Stefano, et
s'emparer de l'île de Chypre.
Est-ce une réédition de ce coup fameux
qui se prépare en Chine ? `<
•••
Les ministres; de la Reine se sont occu-
pés également, dans le conseil de ce ma-
tin, des différends qui existent dans di-
verses régions de l'Afrique entre la
France et l'Angleterre, ce qui les a ame-
nés à parler de Madagascar.
Le bruit court avec persistance que le
cabinet anglais serait disposé à ne pas
susciter de difficultés au gouvernement
français dans sa future action contre les
Hovas, si, dans l'intervalle, la question
chinoise recevait une solution conforme
aux intérêts britanniques. La tactique
n'est pas précisément neuve; c'est à la
France à ne pas se faire leurrer et à ne
pas laisser l'Angleterre agir à sa guise à
Pékin, sous prétexte qu'elle ne la contre-
carrera pas ensuite à Madagascar.
Si les circonstances sont telles que la
légation anglaise à Pékin ait besoin d'être
gardée, n'y a-t-il pas lieu aussi pour nous
de protéger la légation de France ? y
D'ailleurs, j'apprends, au dernier mo-
ment, qu'en raison des décisions prises
par lord Rosebery et ses collègues, lord
Duflerin, abrégeant son congé, va rentrer
à Paris dans les premiers jours de la se-
maine prochaine. C'est clair.
w.
Bloc-Notes Parisien
MODES D'AUTOMNE
Voici venir déjà la saison monotone,
L'automne sur les fleurs et sur nos cœurs l'automne.
L'automne a passé aussi, déjà, sur les toi-
lettes féminines, et il n'a pas brutalement dé-
truit les modes de l'été pour les remplacer par
des modes complètementdifférentes. Rarement,
même, on aura vu une saison aussi dénuée de
caprices dans sa prise de possession de la dé-
coration de la femme. La mode n'aura, cette
fois, presque pas varié.
En général, on a peu songé à la transformer.
Le grand monde parisien garde presque eh en-
tier le deuil de la mort de Monsieur le comte
de Paris. On sait que le grand deuil, qui dure
trois mois, ne se terminera qu'aux premiers
jours de janvier. Puis viendra le petit deuil,
qui durera encore trois mois.
Le noir, s'il convient beaucoup à la femme,
s'il met en valeur les grâces de son teint ou la
beauté de sa chevelure, n'est pas une couleur
qui se prête aux fantaisies de la mode.
Il y a, toutefois, les mariages, les fêtes de fa-
mille qui interrompent le deuil. Alors, la fem-
me s'abandonne à son légitime désir de paraî-
tre avec ce que la mode lui offre de plus char-
mant et de plus décoratif.
Le deuil proscrit les bijoux. Et, d'ailleurs,
l'automne est une saison où le bijou se montre
à peine. Il se montre l'hiver, avec les fleurs
somptueuses écloses dans les serres, et c'est la
grande saison parisienne qui voit s'épanouir le
luxe des bijoux.
Pourtant, avec une extrême discrétion, le
bijou rappelle qu'il existe. On portera dans la
journée des broches en diamants en forme de
rubans. De rares diamants scintilleront dans
les cheveux iors des dîners et fêtes de famille.
Pendant les chasses, on portera quelques
emblèmes cynégétiques.
La mode de demain ressemblant à celle
d'hier, n'est-ce pas que c'est rare ? Mais cela
veut-il dire que demain ressemblera à hier, si
l'on considère la mode comme l'expressioé
d'un état d'esprit ? i'
J Pour les chaussures et les accessoires de la
toilette, comme le parapluie, rien n'est changé
pour le moment.
Dans la toilette, ce qui a le plus varié, ce
sont les manches. Elles étaient énormes; elles
deviennent colossales. En sorte quela femme
apparaîtra comme soulevée entre deux ballons
flanquant son buste. Ne raillons pas les man-
ches elles donnent à la silhouette féminine un
caractère majestueux elles la transforment en
une décoration héraldique. Elles ont des on-
dulations, des souplesses, des plissements, des
angles mêmes dont un oeil d'artiste s'en-
chante.
Ces manches sont bien loin de la forme du
bras. Diderot a dit que le vêtement s'écartera
de la beauté, toutes les fois qu'il s'écartera de
la forme du corps. Il a dit tout simplement
une niaiserie. La meilleure preuve, c est que
la manche collante, qui moule le bras, n'at-
teindra jamais l'élégance de la manche large,
qui fait à peu près complètement oublier qu'il
y a un bras dedans.
Les jupes sont toujours collantes aux han-
ches et vont s'évasant vers le bas, en forme de
cloche. Michel-Ange disait qu'une figure cloit
être pyramidale ou serpentine. Qu'il soit con-
tent t La jupe cloche donne à la figure fémi-
nine une apparence un peu pyramidale.
Les dessous, les jupons sont très applatis à
hauteur des hanches, et ne se développent en
volume que vers le bas pour élargir la jupe.
En sorte qu'une partie du corps, la fin du
torse, est entièrement dessinée par ce joli geste
de la femme, relevant d'une main le bas de la
jupe.
Les mariages qui interrompent le deuil nous
ont permis d'admirer les plus jolies créations
de la maison Rouff. Là, nous avons vu avec un
plaisir de dilettante le trousseau de Mlle de
Chezelles, qui s'est mariée hier, au Gros-Cail-
lou celui de Mlle Sperey, future princesse
Poniatowska puis, parmi les toilettes, celles de
la princesse de Ligne, de la vicomtesse de Beau-
mont, une nouvelle mariée s'occupant des ro-
bes pour le mariage de son frère le duc de
Brissac, car chaque mariage est un nouveau
succès pour ce maître couturier– ;Ia vicomtesse
d'Harcourt, la comtesse de Sabran-Pontevès,
la baronne de Heeckeren, la vicomtesse de Mous-
tiers, le grand-duc et la grande-duchesse Mi-
chel, qui est la gracieuse comtesse Torby.
Enfin, là, nous avons aperçu, en passant,
mille éléments du tout-Paris qui vient, passe
et repart; notre Paris à nous et l'Amérique en-
tière oui! l'Amérique tout entière à sa toi-
lette attachée.
Les étrangères, qui n'ont pas, comme les
Françaises du grand monde, de motifs d'être
en deuil, se sont précipitées à l'assaut de la
mode nouvelle.
Rouff mérite bien toutes ces sympathies.
Tout ce qui sort de chez lui est si gracieux, si
simple, si élégant, si femme enfin t
Ce qu'on porte ? Les étoftes souples appelées
zibelines pour le matin, et cependant encore du
drap pour l'après-midi, quelques fantaisies,
des poult de soie, des peau de soie et surtout
du velours, dont le velours miroir est toujours
le grand triomphateur. Pour le soir, des satins,
des moires d'un genre tout nouveau, des frou-
frous, des chatoiements, des broderies plus
idéales et plus vaporeuses les unes que les
autres.
Je ne voudrais pas terminer cette revue som-
maire de la mode d'automne sans esquisser de
souvenir quelques-unes des merveilles vues
chez Rouff. Elles pourront servir de types et,
mieux que tout discours, préciseront le carac-
tères des toilettes de la saison.
Un délicieux costume pour le matin en zibe-
line beige avec rubans satin noir brodés jais, le
corsage faisant blouse, si pratique, si facile, si
comme il faut c'est son nom, comme il est
bien nommé 1
Un autre quelque chose d'exquis en
drap azurine, mais quel azur 1 avec de grands
rubans pailletés, du velours aubergine et de la
dentelle le Margot, je crois un délice I
Puis, quoi encore ? Une robe princesse en
brocart noir avec grand revers velours dahlia et
zibeline des robes du soir plus jolies, plus
attrayantes, plus suggestives les unes que les
autres et des manteaux, tout cela à en rê-
ver, car il n'y a que Rouft pour les robes et les
manteaux du soir et du jour. Toujours un peu
les mêmes, genre collet et ce qui en dérive.
Pour le deuil, des robes de laine noire tout
unies pour le matin des broderies de crêpe et
des perles mates pour l'après-midi; du velours
épinglé et des moires miroir noir pour le
soir.
On portera des quantités de robes tout en
fourrures, loutre, breitzwange, astrakan, etc.,
et des garnitures fort chères en chinchilla, zi-
beline, etc.
Car déjà les fourrures apparaissent, aux pre-
miers jours d'octobre. Serait-ce le présage d'un
hiver prématuré ? Modçs d'automne 1 L'au-
tomne, comme l'été, buîlera-t-il par son ab-
sence ?
TOUT-PARIS
UNE
REPRISE A SENSATION
C'est de la reprise de la vie parlemen-
taire que je veux parler.
On annonce, en effet, que, M. Casimir-
Perier ayant réintégré l'Elysée, M. Bur-
deau le palais Bourbon, et la commission
du budget se proposant de tenir lundi sa
première réunion, la vie parlementaire,
suspendue depuis plus de deux mois, ne*
va pas tarder à reprendre toute son ac-
tivité.
Voilà, certes, des symptômes très si-
gnificatifs. Mais il en est d'autres, dont
voici les principaux on peut, en effet,
pronostiquer la reprise de la vie parle-
mentaire aux signes suivants
Le thermomètre se porte au variable,
avec tendances à descendre à la tempête
Les députés rentrent à Paris;
Les sénateurs font de même;
Les courriéristes parlementaires s'ar-
rachent les cheveux (ceux qui en ont,
7T_ l1_11.
comme nenri uunseii/; -Y
comme ttenrl uunsey;
La buvette fait ses approvisionne-
ments
Les portefeuilles s'apprêtent à tomber,
en même temps que les feuilles;
Les bureaux de tabac font prime;
Les radicaux s'agitent
Les socialistes les mènent;
Le ministère fait des pointages;
Les ministrables également;
On renonce à chercher l'assassin de M.
Barrême
Et à s'occuper du procès Coquelin;
M. Cambon vient à Paris
A moins qu'il ne retourne en Algérie
On reçoit d'excellentes nouvelles du
Tonkin;
De Tombouctou également;
Ainsi que de Madagascar;
Les garçons du palais Bourbon épous-
settent et balayent;
Ils inspectent les charnières des pupi-
très;
Et la solidité des couteaux à papier;
Les bêtises recommencent 1
Brioché accorde sa lyre. 1
Tels sont les principaux symptômes
qui annoncent, par avance, aux moins (
clairvoyants, la reprise de la vie parle- (
meataire. Je passe sous silence l'anxiété
générale, les inquiétudes des commer*
çants, la mobilisation des camelots, l'im-
mobilisation des réformes, symptômet
qui se manifestent plus particulièrement
dès la reprise de la vie parlementaire.
̃ 9RIOCHÈ
LE
~O~VE~GNT 6YNIQ~E
Un ancien directeur d'entreprises mu-»
sicales m'écrit une longue lettre à propos
de ce pauvre Emmanuel Chabrier, dont
la mort est si douloureuse à notre école.
Tout ce qu'il me dit sur l'auteur de
Gwendoline m'a fort touché par le ton
de conviction attendrie de toutes les pa.
roles. A parler franc, je serais plus tou-
ché encore si je savais que l'ancien im-
presario, qui parle si bien, eût tendu ja-
dis au jeune musicien en pleine produc-
tion d'oeuvres une main secourable. Cha-
brier, encouragé au travail, acheminé
vers le succès a l'heure opportune, eût
doté notre répertoire de plusieurs parti-
tions dignes de lui, dignes de l'avenir.
Mais non! Mon correspondant ne fait
appel, ne montre pour le malheureux ar-
tiste un tardif souci qu'afin d'en revenir
à la question très vieille de la nécessité, à
Paris, d'un troisième théâtre lyrique. Eh 1
vraiment, cette nécessité, qui la nie?
Seulement, ce n'est pas tout d'apporter à
l'appui de sa thèse des arguments si re-
battus qu'on n'a garde de les répéter. Le
vrai point est de proposer des moyens de
réalisation pratique.
On ne sait que trop à quoi s'en tenir
sur l'insuffisance des débouchés drama-
tiques offerts à nos compositeurs et, par
suite, sur l'obligation où se voient sou-
vent les meilleurs d'entre ces derniers de
faire appel aux scènes étrangères. C'est là
le mal évident tout le monde l'aperçoit.
Ce qu'on aperçoit moins, en revanche,
c'est le remède efficace. De belles phrases,
à ma connaissance, n'ont jamais rien
guéri.
Vous rappelez-vous le joli début d'un
acte de Labiche où l'un des personnages
demande sans cesse « Avez-vous un ca-
binet ? » L'action s'engage, si i'ai bon
souvenir, au musée des Antiques, au
milieu des marbres alignés. De long en
large, d'une rangée de piédestaux à l'au-
tre, se promène le gardien de service, as-
tiqué de pied en cap, béatement convain-
cu de son importance, mais non moins
dédaigneux, au fond, de la Vénus sans
bras que de la Victoire sans ailes. Sa con-
signe est d'être gracieux aux visiteurs et,
pour lui, tout est là. Aussi, dès qu'il se
présente un être humain dans la galerie,
voici notre homme s'empressant à se re-
monter, esquissant un sourire de bienve-
nue « Eh bien, monsieur, avons-nous
des ministres? » La politique est, certai-
nement, la moindre de ses préoccupa-
tions mais il est content de sa formule.
J'ai encore dans l'oreille les rires écla-
tants des spectateurs de la Comédie k
chaque reprise du motif.
Le périodique refrain dont on nous ré-
gale au sujet du Théâtre-Lyrique n'a pas
la même galté, mais, à le bien prendre, il
est du même ordre. « Aurons-nous enfin
un théâtre lyrique 1 » s'écrie quelqu'un
tout d'un coup. Et tout le chœur de cla-
mer « Il nous faut, il nous faut, il nous
faut un théâtre lyrique. » « On ne sau-
rait mieux parler, interrompt un naïf.
Cependant, qui nous le donnera, ce théâ-
tre ? Qui en aura l'initiative ? Qui fourni-
ra les indispensables capitaux ?.» Alora
il se trouve qu'il y a mille combinaisons
sous roche. Les indiscrétions se multi-
plient, « De grâce, n'en dites rien à per-
sonne, mais, entre nous, l'affaire est
faite. X. et Y. se sont associés. Leur
commandite est énorme. Ils ont des pro-
jets. ah des projets miraculeux. Ce
n'est pas d'une vulgaire spéculation qu'il
s'agit. Non, vous verrez on fera de l'art
dans le nouveau théâtre. On ne fera mê-
me que de l'art. »
J'avoue que les promesses m'inspirent
toujours une salutaire défiance. Le pessi-
misme est une des dispositions de l'es-
prit les plus enviables qui soit. Ne rien
attendre, c'est, par le fait, s'épargner tou.
jours les déceptions et se ménager, quel-
quefois, d'agréables surprises. Je vou-
drais, pourtant, qu'on se mît d'accord sur
ces mots « Faire de l'art au théâtre. »
Le directeur d'une scène d'opérettes,
dix ou douze ans passés, ambitionnait de
diriger l'Opéra. Deux amateurs le priè-
rent, sans ombre d'ironie, de leur expo-
ser son programme « Messieurs, leur
dit-il, on m'affirme qne les abonnés veu-
lent de l'art. Je n'en crois rien, mais je
veux, en tout cas, tenter l'expérience. Je
leur porterai Fidelio,ne vous en déplaise,
et j'y intercalerai un ballet écrit, d'aprèî
les œuvres de Beethoven, par deux ou tcoii
de nos musiciens en vogue. » Un autre
candidat à la même direction ne parlait t
de rien moins que de faire jouer en «grand
opéra » la Marie-Madeleine, de M. Masse-
net, et la Damnation de Faust, de Ber-
lioz. Cette dernière transformation de
l'étrange et superbe cantate berliozienne 1}
a été accomplie, naguère, à Monte-Carlo
et à Londres. Je n'en tiens pas moins
l'idée pour infiniment rididule.
Pour le plus grand nombre, le rêve
d'art par excellence, c'est de monter
YArmide de Gluck, quitte à « corser les
danses » et à faire « rajeunir l'instrumen-
tation ». D'autres estiment que le princi-
pal de l'art consiste dans la richesse des
décors, dans la splendeur des costumes
et dans la célébrité des chanteurs. Un
impresario de province étant venu m'en-
tretenir, ce mois de juin, d'un dessein
qu'il caresse, me développait incidemment
son point de vue « Tout est dans les
têtes de troupe. Si j'avais l'honneur de
diriger un théâtre musical à Paris, je
ferais tout au monde pour avoir les répu-
tations assises, les grands noms, les
vieux noms de la scène, et je me moque-
rais du reste. » J'essayai de le convain-
cre que ce « reste » a bien son prix et
que, d'ailleurs, les vieux noms, au théâ-
tre, ont le défaut d'être portés par des
chanteurs vieillis. « Eh 1 qu'est-ce que
cela me fait, à moil s'exclanra-t-il. On ne
prend ces gens-là que pour l'affiche » a
ïe connais encore un type de « direc-
teur-artiste ». Celui-ci a, surtout, con«
fiance dans les exhibitions excentriques
ou les paradoxes. Les chanteuses améri-
caines, roumaines, norvégiennes, hon-
groises ou danoises, dont l'accent n'a paa
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