Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-09-23
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32779904b
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 94503 Nombre total de vues : 94503
Description : 23 septembre 1894 23 septembre 1894
Description : 1894/09/23 (Numéro 5304). 1894/09/23 (Numéro 5304).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k528873q
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/02/2008
S8* Année 3' Série N" 5304
r·w~ws
PAMS 'S- S CENTIMES ~EPARTBME!
,r~" /`~ ` yJ `
.NdHE ~SEPTEMBRE 1834
~ARTHUR MEYER
jDM~cctctCf
RÉDACTION
2,meDrouot
f Mjt~e dNt hM.t!ev)Ufds Montmartre et dea Ittt~Mt
ABONNEMENTS
Ptnif Dèpartamemts
~tmett. 6& Un mois. 66'.
Trois mois. 1380 Trois mois. 16 &.
Siamois. 27& Sixmois. 32&.
Cn an. 54 fr. Un an. 64 &.
Etranger
Trois mois (Union costale). 18 &.
~tHUFT MEYER
j?tfM
ADMINISTRATION
RENSEtGNEMENTS
.ABOtNMtaSENTS, PETtTES ANNOKOBSC-'
2,rueDrouot,3
.t&ce!e des boulevard" Montmartre et dMitaiiea~
ANNONCES
MM. CH. LAGrRAjMGB, CB&B' &~
6,PI.ACBDKLAt}OURE!6 B
B
SOMMAIRE
Messes pour Monsieur le comte de Paris.
Mondanités.
Informations politiques La loi Grammont.
Journaux de ce matin: La limitation du
droit d'interpellation.
ffouveUas maritimes et militaires.
LE
l ,l I I i
Le 8 janvier 1766, le corps d'un roi fut
exposé, à Rome, avec tout ce qui se peut
imaginer de splendeur funèbre, en l'église
des Saints-Apôtres. Ce roi sans royaume,
mort loin de sa patrie, le premier jour de
l'année, n'était autre que Jacques III
d'Angleterre, chef de la maison de Stuart.
Il n'ava.it, dans sa vie battue d'orages,
connu que les aventures de l'exil, mais
partout, du moins, il avait fait figure
royale, grâce à l'appui de la France et
de la Cour romaine, de l'Espagne et des
princes de Savoie. Rome entière alla voir
son cadavre, couché sur le lit de parade
éblouissant qu'on lui avait dressé. Pour
la première fois, la couronne de ses an-
cêtres brillait à son front. Son corps s
amaigri se dissimulait sous les plis de
la simarre de pourpre fourrée d'hermine,
d'où émergeait sa main droite, qui sem-
blait retenir le sceptre, et la main gau-
che posée du côté de son cœur, sur les
armes de la Grande-Bretagne magnifique-
ment brodées.
-Autour de lui, tout parlait de gloire et
de puissance. Des médaillons représen-
taient les trois ordresde chevalerie de
l'Angleterre l'ordre de Saint-André,
l'ordre de Saint-Georges et celui de Saint-
Patrice, aux insignes surmontées du dia-
dème royal. Aux quatre angles de ce res-
plendissant trône de la Mort, quatre .figu-
res d'anges faisaient sentineUes, mais
quatre figures macabres, quatre sque-
lettes enveloppés d'un linceul, les accom-
pagnaient et répandaient l'enroi. Milte
cierges brûbaient aux alentours, des
lampadaires flambaient et, par centaines,
les religieux venaient s'agenouiller et
prier devant la dépouille princière. Le
troisième jour,les cardinaux, les évêques,
les prélats, les moines, tous les officiers
de laMaison pontincale.la croix,la crosse,
la torche ou l'épée à la main, accoururent
au-devant du cercueil, fermé solennelle-
ment, et ce fut à Saint-Pierre, cathédrale
de la chrétienté, qu'on l'apporta. Qui
chanta le .Re~M~e~ pour le Roi exilé? Un
ministre déchu, le cardinal Alberoni. Le
monde prêta peu d'attention à ces obsè-
ques grandioses: ses pensées étaient
ailleurs.
Je me suis rappelé ces choses, sous la
suggestion d'un événement récent et
Hfave, que tout le monde a dans l'esprit.
En m'abandonnant au fil des souvenirs,
je ne commettrai pas, maintenant, l'irré-
vérence d'un rapprochement quelconque.
Ni les caractères, ni les circonstances ne
se ressemblent. Mais il est toujours inté-
ressant d'évoquer, sans arrière-pensée, la
vie des anciens hommes qui marquèrent
ici-bas, par leur rang historique, leur
gloire, leurs torts ou leurs malheurs. Et,
d'ailleurs, quand on a prononcé le nom
de Jacques III, comment-ne pas voir ap-
paraître en sa rêverie le fantôme de l'hé-
roïque, de l'inégal, de l'infortuné Charles-
Edouard?
Quelle carrière fut la sienne t Quelles
extrémités ne souQrit-il point,) Vainqueur,
vaincu, traqué comme une bête fauve,
courant de pays en pays, réduit à l'inac-
tion, rongeant son frein et se livrant, par-
fois, à de violents plaisirs pour échapper
à son ennui: le voiia tout entier. Fils et
ports-étendard de Jacques III, c'est chez
le duc de Bouillon que le surprend lanou-
velle de la mort de son père. îl veut par-
tir pour l'Italie le Pape lui fait donner
l'ordre de n'y point paraître en Roi. Car
il ne veut pas s'attirer des difncultés de
la part des Anglais. Qu'à cela ne tienne ) 1
Charles-Edouard devient le comte d'Al-
bany. On le laissa s'installer à Rome, dit
Walpole, « à cause de la dépense qu'il ne
saurait manquer d'y faire et dont proû-
tera la cité )). Il n'importe La noblesse
italienne la voit d'un mauvais œil, ja-
louse de son haut rang qui, malgré tout,
lui assure des préséances. Et voila que
la vie ordinaire saisit le prince la vie
mesquine, complexe, obsédante, aux lâ-
ches passions entrechoquées.
Cependant voyez le destin d'un hom-
me sur le front duquel l'antique royauté
a jeté son ombre Charles-Edouard
est l'un des points de mire de l'univer-
selle attention. Il n'y a plus que deux
Stuart au monde: le prétendant et son
frère, le cardinal d'York. Si leur nom al-
lait s'éteindre, quel prince pourrait-on
opposer à la dynastie de Brunswick, d.u
moins pour lui faire ombrage,? Il faut
que Charles-Edouard soit marié ainsi
l'ont décidé les grandes chancelleries de
France et d'Espagne. Le comte d'Albany
n'a pas même à s'occuper de chercher
âne femme. En un tour de main, on l'a
mis en présence de sa fiancée, et il s'est
trouvé avec elle au pied de l'autel.
Quelle est-elle?–La ôlle d'un grand
seigneur autrichien, le prince de Stol-
berg-Gœdern.et, par sa mère.Iapetii.e-
ËIledeThomasBruce.Ene a vingt ans;
des yeux noirs magniûques;unteintde
lis; des cheveux d'un blond doré. Un sin-
gulier mélange de finesse et de caprice
romanesque est en son esprit comme, en
ea beauté, un certain caractère étrange.
De fait, elle entre dans la maison ainsi
que dans un roman. On lui donne pour
In&ri un homme de cinquante-deux ans,
la face congestionnée, la taille courbée,
cassé avant l'âge. Nulle crainte ne lui
vient. Epouser une auguste victime des
révolutions, se dévouer, se donner tout
entière, quel admirable sort! Une nature
sentimentale se prend à. l'idée du dévoue-
ment: plus volontiers encore qu'aux pro-
messes de l'amour. Mais, hélas t l'épouse
ha sera pas à la hauteur de son devoir.
Les diplomates, qui prévoient tout, n'ont
paspréVQ les conséquences de l'union
m')l assortie consommée par leur faute.
La jeune comtesse eatreîegaace même,
la grâce personninée. On la voit, on est
conquis à son charme. Les lettres la tou-
chent et les arts lui sont familiers. Mais
combien promptëment son foyer lui sem-
ble de glace t Charles-Edouard a des mé-
lancolies, des désespoirs et des fureurs.
Est-ce bien là ce qu'elle attendait? Trop
coquette, elle a bientôt perdu la plus va-
gue conscience de la tâche assumée. On
Padore, on la courtise elle laisse aller
son âme à la volonté des soupirs. Quel-
qu'un va venir qui remplira sa vie elle
l'attend; elle l'appeDe. Peu lui fait que
l'héritier des Stuart ait été un héros. Il
eût été un grand Roi peut-être.
I Un jour, créature iantasque, elle visite
une galerie de. tableaux et, devant un
portrait de Charles XII, on l'entend s'é-
crier « Voilà un costume de grand goût.a
Trois jours plus tard, un jeqne homme
se promène, a Florence, en costume de
Charles XII. C'est le comte Alûeri, un
poète, un enthousiaste. La comtesse le
voit et le trouve beau. Sa dame de com-
pagnie, une comtesse Orlandini, adroite
et perverse, se plaît à précipiter l'intri-
gue, avec l'aide de la grande-auchesse de
Toscane'indignement trompée. Tout s'ar-
range comme dans une comédie comé-
die navrante. Et les diplomates qui pré-
voient tout, assistent encore à ceci qu'ils
n'avaient pas prévu.
« Je voudrais bien aller visiter le cou-
vent des Sœurs blanches, là-bas, sur le
coteau de Fiesole », dit, un matin, la com-
tesse à son mari. Ils partent à l'instant
même, avec la comtesse Orlandini. Les
deux femmes sont très gaies, très folles.
A la porte du couvent, elles s'empressent
et franchissenHe seuil en courant. Brus-
quement, le portail se referme. Le prince
ne passera pas.
«Que signifie cetteplaisanterio), fait-il?
Pas de réponse. II irappe à coups redou-
blés. Personne ne vient. Un long moment,
il se morlond) s'irrite et proteste. A la fin
l'abbesse descend elle-même, l'informe, à
travers un guichet, que la comtesse d'Al-
bany est sous la protection de la grande-
duchesse et qu'elle ne reviendra point
chez son mari. Le fils de Jacques III
pousse de grands cris; puis éclate eh san-
glots et s'éloigne. Qui sait si, dans le se-
cret de sa pensée, il ne compare pas la
noble conduite de sa mère, Clémentine
Sobieska, sortant du monastère pour
s'unir à un roi sans couronne,et la con-
duite desa femme s'abritant dans une
abbaye pour le trahir plus à son aise?.
Contraste douloureux entre un mariage
vraiment royal et un mariage d'occasion,
moins conçu pour le prince que contre
lui 1
Donc nos époux sont séparés. Alfieri
délire de bonheur, et sa manière de déli-
rer, c'est d'entasser tragédies sur tragé-
dies. Il nomme la comtesse d'AIbany sa
Muse il lit et relit Pétrarque en son hon-
neur. A Rome, sa « divine amie .0 s'est re-
tirée chez le cardinal d'York, son beau-
irëre.Etpuis.Etpuis.
Ah ) laissons ces choses, Charles-
Edouard est mort le 1" janvier 1788,
pleurant amèrement le malentendu de sa
vie et sans cesse répétant: « Que ne m'est-
il donné de revivre i. )) Son frère, le car-
dinal, a dit lui-même la messe de sea
funérailles, le cœur désolé. QueTsujet de
réflexion sur cette existence manquée
d'un homme doué de qualités supé-
rieures, généreux et courageux, mais qui
eut le malheur de ne point assurer à son
loyer les justes conditions de l'équilibre
et qui, pouvant dominer le romanesque,
le subit jusqu'à l'absurde de soi. Tant
pis pour qui, en telle situation que le sort
Fait fait naître, n'arrive pas au plein gou-
vernement de soi-même, n'écarte pas de
sa route tout ce qui paralyse sa volonté
et meurt avec ce seul cri sur les lèvres
né de revivre 'a »
FOURCAUO
Ce qm se passe
GAULO!S-GU!QE:
A~'OM~'d'/tMt
Fête patronale de Saint-Eustache.
Courses au bois de Boutogne.
Grandes eaux à Saint-Cioud.
Dîner-concert au Grand-Hôtel (cour d'hon-
neur).
ÉCHOS POLm~UES
Aujourd'hui a lieu, dans l'arrondisse-
ment de Nogent-sur-Seine, le scrutin de
ballottage pour l'élection d'un député, en
remplacement de M. Casimir-Perier.
Les deux candidats en présence sont
M. Edmond Robert, ancien préfet de l'I-
sère, républicain gouvernemental, et M.
Bachimont, maire de Nogent, radical.
Détail curieux M Bachimont est un
ancien élève du petit séminaire de Saint-
Riquier.
Dans la Charente-Inférieure, les élec-
teurs sénatoriaux vont élire le suceesseur
du docteur Moinet, décédé.
La lutte est entre M. Barbedette, un
des plus jolis produits de l'opportunisme,
et le contre-amiral Dupont.
Le résultat du scrutin dépend de l'atti-
tude des délégués conservateurs, qui
avaient assuré, jadis, le succès de M.
Moinet.
Un certain nombre de villes ont fàte,
hier, le 22 septembre, à l'occasion de l'an-
versaire de la première république.
A Toulouse, les fêtes ont débuté, ven-
dredi soir, par deux retraites aux'Sam-
beaux, un concours de musiques et d'or-
phéons. Hier et aujourd'hui, réjouissan-
ces publiques, illuminations et feu d'arti-
fices. Hier soir ont eu lieu plusieurs ban-
quets démocratiques.
A Marseille, on a fermé, en signe de
réjouissance, les bureaux de la mairie.
On sait que la propriété des oeuvres lit-
téraires et musicales ainsi que le droit
de reproduction des oeuvres artistiques
tombent dans le domaine public cinquante
ans après la mort des auteurs.
Il est question, à ce sujet, du dépôt
d'une proposition qui tendrait à assurer
cette propriété à l'Etat et à le rendre
Fayânt-droit des auteurs ou de leurs hé-
ritiers, sauf dans le cas où l'auteur serait
encore vivant.
Cette mesure qui serait considérée com-
me susceptible d'ouvrir pour ie Trésor
une source de revenus appréciables, sera
certainement très combattue.
ÉGHOS DE PARIS
Plusieurs journaux ont reproduit, quel-
ques-uns avec commentaires, une dépê-
che de l'agence Ha vas, d'après laquelle le
Pape, informé par Monsieur le duc d'Or-
léans de la mort de Monsieur le comte de
Paris, aurait adressé sa réponse à S. M.
la reine Amélie.
Monsieur le duc d'Orléans a reçu de S.
S. Léon XIIÎ, en réponse à son télégram-
me, une longue et aitectueuse dépêche.
La cour impériale de Russie, à l'occa-
sion de la mort de Monsieur le comte de
Paris, prend le deuil pour cinq jours.
Le bruit court que M. 'Ressmann, am-
bassadeur d'Italie en France, quitterait
bientôt ce poste..
M. Blanc, ministre des aûaires étran-
gères à Rome, qui est, on le sait, en re-
lations plus que tendues avec M.
Ressmann, depuis que M. Cr'spi le lui
donna pour successeur à l'ambassade à
Constantinople, lui ferait maintenant un
griei de s'être montré trop conciliant vis-
a-vis du gouvernement français, notam-
ment dans les questions africaines et lors
de l'assassinat de M. Carnot.
L'impératrice du Japon est première
dame patronnesse de la Croix-Rouge du
Japon.
En cette qualité, la souveraine a voulu
donner l'exemple aux dames de cette œu-
vre, et depuis le commencement des hos-
tilités elle prépare elle-même, aidée de
toutes les dames de sa cour, des banda-
ges et de la charpie pour les blessés, tant
Chinois que Japonais.
Le cas d'un marin ayant la plume blan-
che, que les circonstances appelleraient à
occuper an poste où il n'aurait plus droit
à. cet insigne dont les amiraux sont aussi
jaloux que les généraux, a été réglé par
un décret signé, il y a quelques mois, évi-
demment en vue des changements qui
viennent d'être opérés dans le haut per-
sonnel du ministère de la marine.
Ce décret, qui réorganisait le conseil
supérieur de la marine, portait que tous
les officiers généraux qui en ieront partie
auraient droit à la plume blanche et que
les amiraux ayant occupé les fonctions de
chef d'état-major général de la marine
seraient, de droit, membres de ce con-
seil.
Donc, l'amiral Gervais, figurant parmi
les membres du conseil supérieur de la
marine, il s'ensuit qu'il conservera la
plume blanche comme commandant de
l'escadre de réserve.
On annonce que le générât Mercier, mi-
nistre de la guerre, va être élevé à la di-
gnité de grand-ofScier de la Légion d'hon-
neur.
Le général Mercier est commandeur du
4 février 1890.
Vendredi, on ne rencontrait que des ré-
giments revenant des grandes manœu-
vres
Hier. c'était les réservistes qui rega-
gnaient, joyeux, la maison familiale dont
le devoir patriotique les avait éloignés.
Le mouvement était si considérable que,
pour assurer l'ordre, un piquet de soldats
en armes était de permanence dans cha-
que gare.
PARADOXES ET VÉRITÉS
L'amour souffre d'une inûdèlite et l'orgueil
s'en venge.
A. TûTRNIER.
Tout homme d'action soulève nécessaire-
ment des calomniateurs autour de lui, comme
un marcheur soulève de la poussière ce
qui n'arrive pas au paresseux assis au bord
de la route.
PH. GERFAUT.
Pour faire suite à notre aBtiele sur les fa-
milles qui ont des fleurs de lis dans leurs
armes, M. Em. Mancel, président du comité
du deuxième centenaire de Jean Bart, nous
adresse la lettre suivante
Parmi les familles nobles dont les
armoiries ont été chargées, au dix-sep-
tième siècle, d'une fleur de lis d'or, il
convient de mettre, au premier rang,
celle de Jean Bart. Par des lettres de
noblesse données à Versailles le 4 août
1694 et dont l'original, appartenant à la
ville de Dunkerque, a été placé à l'Expo-
sition historique qui vient d'être close,
Louis XIV avait permis au grand chef
d'escadre de «charger l'escusson de ses
armes d'une ueur de lis d'or au fond d'a-
zur, en mémoire et considération de ses
signalez services )).
Par une faveur spéciale, dont je ne
connais pas d'autre exemple, la jouissance
et l'usage des armes accordées à Jean
Bart étaient concédés àsa« « postérité et li-
gnée, tant masies que femelles, néy et à
naistre en légitime mariage )). Des nom-
breux enfants du héros dunkerquois, sa
611e Jeanne-Marie Bart, dame de Ligny,
est la seule ayant de nos jours des des-
cendants directs.
Ce sont MM. Petitjean deMarcilly, ha-
bitant la Côte-d'Or, qui ont le droit de
joindre à leurs propres armoiries celles
de Jean Bart.
M. Charles Laurent, qu'une cruelle ma-
ladie retenait alité, est aujourd'hui com-
plètement rétabli. Le directeur du .TbMr
reprend demain la direction de son jour-
nal.
Il y aura demain lundi 24 septembre
exactement cent soixante-dix a'ns que la
Bourse de Paris est légalement consti-
tuée.
Depuis Philippe le Bel (1305), Paris
comptait déjà quatorze places de chan-
ge royales. Les marchands se réuni-
rent d'abord sur le Grand-Pont, qui prit,
par suite, le nom de Pont-au-Change,
puis dans la cour du palais de Justice, et
enfin à l'hôtel de Sei&sons~ rue Quineam-
poix, jusqu'en 1.7SO.
A cette époque, un arrêt du conseil en
ordonna la fermeture et décréta l'établis-
sement d'une place appelée -BoM~e, dont
l'entrée principale serait rue Vivienne.
La Bourse fut installée dans l'hôtel de
Nevers, devenu depuis la Bibliothèque
nationale.
Fermée le 37. juin 1793, par la Conven-
tion, et rouverte sous le Directoire, elle
se tint alors dans l'église des Petits-Pères,
puis au palais Royal, cour Virginie, sous
te Consolât ~tl'Emptre.
Sous la Restauration,. nous la trouvons
rue Feydeau, où elle était encore lorsque,
le 6 novembre 1836,. iut inauguré le mo-
nument de Brongn~art
On voit qu'aval d'être en possession
de l'édifice actuel- et, sans doute,dénni-
tif,– la Bourse avait souvent déménagé.
Il n'y a plus, de nos jours, que la Petite
Bourse du soir qui déménage encore as-
sez fréquemment.
Au réfectoire du collège de Château-
dun, où journalistes et artistes du Thé-
âtre-Français ont été gracieusement hé-
bergés, par les soins de la municipalité
et avec l'aimable assistance de M. le
principal, un groupe d'agents de police
occupaient une table, en Unitermes.
Enûn, n'y tenant plus à la vue de tous
ces représentants de la presse, l'un des
agents, se levant
« Messieurs, au nom de me~ collè-
gues et au mien, puis-je vous demander
une mention en faveur de la police de
Chartres et de celle d'Orléans, auxquelles
nous appartenons ? Appelés a. renforcer
la police de Chateaudun. vous voyez que
nous avons bien gardé la personne du
président de la république. Ne nous ou-
bliez pas dans votre compte-rendu, a
Qu'il soit tait ainsi que vous le désirez,
braves défenseurs de 1 ordre et du prési-
dent t
La foudre est tombée, à Dreux, sur le
vieux donjon –où l'on conserve précieu-
sement quelques meubles de la chambre
où est mort Louis-Philippe à vingt
mètres de la chapelle de la famille d'Or-
léans, et a brisé la glace qui forme cou-
yerture en éclairant l'intérieur.
Le ûuide a suivi une chaine de fer et
s'est perdu dans le couloir souterrain qui
conduit de la tour aux tombeaux, sans
causer de dommages bien sérieux. A ce
moment, on procédait au. désarmement
des réservistes du 101' de ~igne, arrivés
des grandes manœuvres de Chateaudun
et qui étaient rangés, au pied de l'édiuce,
sur l'allée des Tilleuls. Les hommes ont
ressenti une forte commotion, mais aucun
n'a été blessé..
Il était dit que le magistrat qui devait
requérir contre T7Mforttirëur.
Le premier désigne avait été, on le sait.
l'avocat général Van Cassel, le tireur de
Saint-Omer et c'est maintenant à M.
l'avocat général MériMon, président des
sociétés de tir de France, que reviendra le
soin de soutenir l'accusation contre M.
Rochefort.
Nous avons le regret d'apprendre la
mort presque subite, à Palerme, de la
jeune comtesse Galletti de San Cataldo.
Elle était la ûlle de feu Don Fulco
Runb, prince de Scilla. et de la princesse
née de La Bonninière de Beaumont.
Un de nos confrères ofËcieux attri-
buait, hier, la froideur témoignée à Châ-
teaudun sur le passage du président de
la république, à la longueur du nom du
chef de l'Etat. Les deux syllabes du nom
de Garnot, à la bonne heure Les cinq de
Casimir-Perier étouffent l'enthousiasme.
Or, le mal n'est pas réparable, le président
de la république tenant à son double nom.
Quand il était, député, M. Casimir-
Perier tenait a ce que ses votes, classés,
selon l'usage, par ordre alphabétique
des noms des députés à l'O/~Cte~, nguras-
sent à la lettre C et non à la lettre P.
M. Raoul Duval faisait de même.
D'autres membres du Parlement ont
joint à leur nom non pas leur prénom,
mais le nom du département qu'ils repré-
sentent. Là aussi, il s'agit de noms très
répandus souvent portés par deux ou trois
députés à la fois, Dupont de l'Eure,
Martin du Nord, par exemple.
Les familles de quelques-uns d'entre
eux ont gardé cette appellation, par exem-
ple, lesBoulayde la Meurthe.les Girod
de l'Ain.
D'autres y ont renoncé. Arnaud de l'A-
riège est devenu Arnaud tout court. La
famille Dubois a cessé également d'être
connue sous le nom de Dubois de la
Loire-Inférieure, et pour une raison as-
sez piquante: Le distingué député de la
Restauration, connu sous cette dénomi-
nation, y renonça, parce que ses adversai-
res l'appelaient Dubois de la Gloire-Infé-
rieure, Il préféra redevenir 'Dubois tout
court à l'expiration de son mandat.
M. l'abbé Sicard, deuxième vicaire de
Notre-Dame-de-Lorette, que le cardinal
Richard vient de nommer premier vicaire
de la paroisse Saint-Augustin, en rem--
ptacement de M. l'abbé Jouin, appelé à la
cure de Saint-Médard, est originaire du
diocèse d'Albi, où il est né en 1844.
C'est là qu'H a fait ses premières études.
Ordonné prêtre à Paris, en 1867, à sa
sortie du grand séminaire deSaint-Sut-
pice, il entra à l'école des Carmes, où il
prit ses grades universitaires.
Après avoir professé pendant quelques
mois à Albi, il rentra dénnitivement dans
le diocèse de Paris et fut successivement
vicaire à Saint-Bernard de la Chapelle,
Saint-Etienne-du-Mont Saint-Philippe
du Roule. Il était, depuis 1887, second
vicaire de Notre-Dame-de-Lorette.
L'abbé Sicard a écrit de nombreux
ouvrages très estimés, dont plusieurs ont
été couronnés par l'Académie française;
entre autres l'Education ~o~e et cf(?ï-
que, avec une préface de l'éminent évêque
d'Autun; les Etudes cJ~Cï~es de ~'EM/ce, Prêtre et !'7MM-
~M~eMr, et deux volumes sur l'Ancien
C~r~e (avant et pendant la Révolution).
Un écho amusant
Le maire de Rhême-Notre-Dame, en
Savoie, a, usant de la loi nouvelle, som-
me J~. Sa Af<~es~ ~Mw&er~, rot et'~a-
Me,contribuab)e delà commune, de pré-
senter les documents qui prouvent qu'il
sait lire et écrire.
La même sommation a été faite à At.
NOUVELLES A LA MAIN
Z. est un solliciteur insatiable; dès
qu'il a obtenu une faveur il en demande
aussitôt une nouvelle.
Ce Z. disait hier un haut fonction-
naire, appartient à cette catégorie de gens
à qui on ne peut onrir une cigarette sans
qu'ils vous demandëntimmédiatementun
bureau de tabac.
Fragment de dialogue.
Figurez-vous, mon cher, que ce pan-
vreX. a le tort de ne p&s toujours
modérer assez dans ses libations. Etquand
il est un peu éméché, il ne voit partout
qu'oppresseurs qu'il voudrait châtier et
qu'opprimés qu'il voudrait détendre.
–J'entends. c'est une sorte de Don
Quichotte.
De Don qui Hc7toMe, plutôt 1
UN O'aMNO
UNB~PRËStBENT
Elle est un peu invraisemblable, l'his-
toire de cet excellent président d'assises
qui, dans l'anaire de l'rfait appeler l'avocat du prévenu dans
son cabinet pour lui dire
–N'insistez pas afin qu'on vous juge
tout de suite; je remets l'anaireetj'en
suis bien content, parce que, voyez-vous,"
toutes ces an'aires de presse ça m'ennuie
considérablement. Moi, je suis un vieux
républicain, et je désire qu'on laisse les
journaux tranquilles.
Elle est invraisemblable, mais elle est
absolument véridique. Je me hâte de dé-
clarer qu'elle est tout à l'honneur du pré-
sident, qui a fait probablement son che-
min parce qu'il était républicain et qui
continue à professer dans ses fonctions
les opinions qu'il professait quand il n'a-
vait pas de fonctions.
Il croit que c'est arrivé, ce magistrat,
et que la république triomphante doit
appliquer les principes de la république
militante. Mais sa montre retarde horri-
blement. Il n'a pas l'air de se douter du
chasse-croisé qui s'est opéré. Il ne s'a-
perçoit pas que les gens contre qui il ré-
clamait la liberté de la presse sont pré-
cisément ceux qui la réclament aujour-
d'hui, tandis que les gens avec qui il la
réclamait sont précisément ceux qui la
confisquent aujourd'hui.
C'est le président à l'oreille cassée. Il
faut croire qu'il s'est endormi sur son
siège, et qu'en s'éveillant il parle comme
on parlait de son temps.
Curieux cas de catalepsie judiciaire.
Il serait curieux, d'ailleurs, de savoir
ce qu'en pense le garde des sceaux et:
comment il apprécie la nasarde formida-
ble qu'applique à son nez républicain ce
vieux magistrat républicain, pour lequel
on réserverait sans doute un mandat lé-
gislatif quelconque, s'il y avait encore
des républicains partisans de la liberté
de la presse.
J. COHNÉLV
Bloc-Notes Parisien
UNE ACTRtCE SMNOEDAmE
On ne nous reprochera jamais assez, à nous
autres Français, notre incuriosité des choses
det'attàt'étranger.
Une gloire de t'Amériquc, la tragédienne
Héténa Modjeska, vient de quitter Paris, où
eiteapassc quelques jours, et l'indiscrétion
profpssionnette des journalistes n'a pas troublé
sa retraite. Il est vrai qu'elle s'était bien cachée
dans un hôte) près de f'Arc de Triomphe, et
sa porte ne s'est entr'ouverte que pour un très
petit nombre d'amis.
Glorieuse dans plusieurs parties du monde,
en Amérique comme en Pologne et en Austra-
he, Mme Modjeska ne s'est jamais montrée au
public parisien. Peut-être s'y décidera-t-eite un
jour. Car Paris a conserve, auprès de tous les
artistes, son antique prestige de consécrateur
des gloires. Mais elle n'ose pas jouer en fran-
çais, quoiqu'elle manie fort bien notre langue.
Même si eHe jouait devant nous Shakespeare
dans te texte, la force de son ta)ent forcerait
notre admiration. Elle a bien forcé celle de
Sarcey, qui l'a vue à Londres, et qui n'est pas
tendre aux gloires étrangères. On se souvient
comme il traita sévèrement la Duse. Sarcey
reprocha à .Héténa Modjeska, d'être <: trop
faubourg Saint-Germain » pour son goût.
Mme Modjeska forme, avec Sarah Bernhardt
et Mme Duse, le trio de tragédiennes dont on
parle le plus dans le monde. Si nous étions en-
core au temps où norissaient les parallèles, on
en pourrait tracer un fort intéressant entre ces
trots célèbres artistes Mme Sarah Bernhardt
représenterait la grâce amoureuse et lyrique;
Mme Modjeska, le charme et la majesté Mme
Duse, la passion violente et quelque peu vul-
gaire.
:)**
La personnalité de Mme Modjeska est dou-
blement aristocratique. Elle est princesse de
théâtre et grande dame à la vitte. Elle s'ap-
pette, en effet, ta comtesse Chlapowska, uu
des plus vieux noms de Pologne.
Les Polonais, qui ont quitté leur patrie, se
sont dispersés à travers le monde. Mme Mod-
jeska a opté pour l'Amérique. Mais c'est en Po-
logne qu'eue a débute, jouant dans sa langue
maternette.
A peine avait-elle six ans que l'instinct dra-
matique se manifestait chez elle. Elle s'en-
veloppait d'un bout de draperie, s'emparait
d'un poignard et déclamait, gesticulait, te fer
menaçant sa poitrine enfantine. Avait-ette vu
quelque troupe nomade jouer, à travers les
campagnes, d'antiques pièces ? Non. L'instinct
du théâtre lui suggérait ses puériles drama-
turgies.
Aussi sa juvénile volonté d'artiste en herbe
brisa-t-elle tous tes obstacles, et,toute jeune
encore, ette fut en Pologne l'actrice célèbre.
Sarah Bernhardt, lorsqu'elle joua pour la pre-
mière fois à Varsovie, télégraphiait aussitôt la
bonne nouvelle du succès a Hëténa Modjeska,
tout heureuse, en amicale émule.
Héiéna Modjeska avait la gloire en Pologne
quand ette voulut apprendre l'anglais, pour
jouer Shakespeare dans le texte. Ce fut fatt en
six mois. Depuis lors, elle est devenue l'actrice
shakespearienne par exceiience.
Les femmes de Shakespeare, les plus variées,
les plus dissemblables héroïnes qu'un seul
poète ait jamais engendrées, ette les a incarnées
presque toutes successivement, depuis lady
Macbeth jusqu'à la douce Cordétia, jusqu'à la
beiïe fmogène. Dieu sait si Shakespeare, comme
tous tes grands génies, a donné le jour à une
foute de commentateurs. La tragédienne a si
profondément pénétré t'œuvre du poète, que
son intuition d artiste a prévalu plus d'une fois
sur les savantes dissertations des commenta-
teurs.
Lettrée, d'ailleurs, e!te broche d'un joli brin
deplume son peplum de tragédienne. Elle a pu-
b)ié plusieurs artictes dans les grandes revues
américaines. !t nous souvient d'avoir lu na-
guère, suivi de sa signature, dans le Forum,
un article poussant !e cri d'atarmë sur la si-
tuation du théâtre en Amérique. Ony apprend,
par exempte, que dans un journaf de là-bas
on trouvait, sous la rubrique Dune critique d'une représentation de Jules Cé-
Mr immédiatemenr suivie du compte-rendu
d'une exhibition de singes apprivoisés.
L'an dernier, au congrès féminin de Chicago,
e!të parla au nom des femmes polonaises. Elle
retrouva comme. dirai-je o'a~ce son suc-
cès habitue).
Maintenant elle s'en va, cette saison, mon-
trer sur les scènes devienne et de Saint-Pé-
tersbourg sa royale prestance et son noble ta-
)ent. Mais Pans ? Paris aura son jour, sans
doute, quand t'actfice grande dame cessera de
te eraindfet
TeUT-PAHM
.1~, UNE SUITE a ~-1
BÊmEDEŒARMN
A LA « FEMME EtE CLAUDE »
La très curieuse et très originale scène dra.
matique qu'on va lire fut écrite, aulendetnais
,de la première de la. ~?K?Me ~e C~M~e, par
Emile de Girardin, dont les démêlés avec M.
A. Dumas Sts. & la suite de la représentatioa
du SMppHce t~'M~e /'ëWMte, eurent un si grand
retentissement. Cette scène, imaginée par le
célèbre polémiste comme devant servir de
complément & la.~MMtf de Claude, fait
comparaître le meurtrier.de Césarine, Gtauda
Ruper,devant le président de la cour d'assi-
ses. L'interrogatoire du juge, ferme, net.
tranchant comme il est, évoqua des rëtlexions
nouvelles sur la thèse si audacieuse et si
troublante de ce drame que Mme Sarah Bern..
hardt vient de reprendre avec tant d'éclat."
L.A FEMME JBE CLAUSE
ACTE QUATRIÈME
(Salie de la cour d'assises)
Président, conseillers, juréa', ministère
public, témoins à charge et à decha.rge.fi
Avocats en robe. Foule immense, émail-
lée d'un grand nombre de femmes qui se
font remarque:' par l'élégance de leura
toilettes. Sur le banc des accusés est as-
sis Claude Ruper, assisté de son déien-
seur.
SCENE PREMIÈRE
LE PRÉSIDENT, d Claude .Rt(p<
Levez-vous t (C7aM~e 7?M~er se ~ce)..
Quel est votre nom?
L'ACCUSÉ
Claude Ruper.
< LE PRÉMDBNT- <
Votre âge?" i.
L'ACCUSE
Trente-quatre ans..
LI'; PRÉSIDER
Votre demeure?
L'ACCUSÉ..
Le château que j'avais m~s en vents.
LEPMÉSIDE~T
Votreprofession? 2
L'ACCUSÉ
Inventeur d'un canon.
LE PRÉSIDENT
Vous êtes accusé d'avoir tué volontaire.
ment votre femme d'un coup de fusil.
Quels sont les motifs qui ont pu vous por-
ter à commettre ce meurtre ~? Expliquez-
les.
L'ACCUSÉ
Les torts graves dont elle s'était rendue
coupable.
LE PRÉSIDENT
Quels étaient-ils ? p
L'ACCUSÉ
Elle avait mis au monde un enfant dont
je n'étais pas le père et dont elle m'avait
caché la naissance.
LE PRÉSIDENT
Mais cette faute vous la lui aviez par- i
donnée.
L'ACCUSÉ
Pardonnée, non effacée, oui.
LE PRÉSIDENT
Pardonnée ou effacée, peu importe le
mot t Je veux dire que pour ce délit non
seulement vous ne l'aviez pas tuée, droit
que la loi n'accorde à l'homme en aucun
cas mais que vous ne vous étiez pas sé-
paré d'elle, droit que vous donnait la loi.
Pourquoi n'avoir pas usé du droit que
vous aviez, et vous être arrogé un
droit que vous n'aviez point ? `? C),
L'ACCUSÉ
Je ne voulais pas que la publicité des 1
tribunaux s'emparât de mon nom et que j
le scandale le Ût tomber dans le déshon-
neur et dans la fange.
LE PRÉSIDENT
C'est une mauvaise excuse première-
ment, parce qu'il n'est pas au pouvoir
d'une malhonnête femme de déshonorer
le nom d'un honnête homme, et deuxiè-
mement, parce que vous n'avez pas at-
teint votre but, puisque vous n'avez paa
évité l'éclat judiciaire. Vous n'avez réussi
qu'à intervertir les rôles. au lieu de;'
faire asseoir, en accusateur, votre femme
adultère sur les bancs de la police cor-
rectionnelle, c'est vous, homme de scien-
ce, homme de foi, que la foule avide, qui
se presse dans cette enceinte, est venue -v
voir, assis sur les bancs de la couy d'as- v
sises, sur les bancs des accusés, Mr les v
bancs des meurtriers. Ayant commencé
par la miséricorde et le pardon, pourquoi
avoir fini par l'inconséquence et l'assassi-
nat ? Pourquoi vous être ainst contredit? q
Aviez-vous doue compté sur le repentir
de votre femme, touchée de votre généro-
sité ?
L'ACCUSÉ
Non; je n'avais aucune illusion sur ïx
perversité de sa nature.
LE PRÉSIDENT
Ainsi, vous pensiez qu'elle ne s'arrête-
rait pas sur la pente de l'adultère? 1
L'ACCUSÉ
Je n'en doutais pas.
LE PRÉSIDENT
Alors qui a pu vous pousser jusque
l'oubli de vous-même et de la loi, jusqu'à
vous armer d'un fusil et jusqu'à iaire feu
sur une femme, la vôtre, si coupable
qu'elle eût été, si indigne qu'elle fut ?
L'ACCUSÉ
Le récit et les aveux d'une femme d<
chambre.
LE PRÉSIDENT
LaBUeEdmée?
L'ACCUSÉ
Oui, monsieur le président.
LE PRÉSIDENT
Elle est citée parmi les témoins à dé-
charge. Elle sera entendue. Mais ce
qu'elle savait, comment l'ignoriez-vous ? =
L'ACCUSÉ
Elle avait l'habitude de passer tout son
temps à écouter aux portes. C'est e!!e- °
même qui me l'a avoué.
LE PRÉSIDENT
Et c'est on pareil témoignage qui a faK w
r·w~ws
PAMS 'S- S CENTIMES ~EPARTBME!
,r~" /`~ ` yJ `
.NdHE ~SEPTEMBRE 1834
~ARTHUR MEYER
jDM~cctctCf
RÉDACTION
2,meDrouot
f Mjt~e dNt hM.t!ev)Ufds Montmartre et dea Ittt~Mt
ABONNEMENTS
Ptnif Dèpartamemts
~tmett. 6& Un mois. 66'.
Trois mois. 1380 Trois mois. 16 &.
Siamois. 27& Sixmois. 32&.
Cn an. 54 fr. Un an. 64 &.
Etranger
Trois mois (Union costale). 18 &.
~tHUFT MEYER
j?tfM
ADMINISTRATION
RENSEtGNEMENTS
.ABOtNMtaSENTS, PETtTES ANNOKOBSC-'
2,rueDrouot,3
.t&ce!e des boulevard" Montmartre et dMitaiiea~
ANNONCES
MM. CH. LAGrRAjMGB, CB&B' &~
6,PI.ACBDKLAt}OURE!6 B
B
SOMMAIRE
Messes pour Monsieur le comte de Paris.
Mondanités.
Informations politiques La loi Grammont.
Journaux de ce matin: La limitation du
droit d'interpellation.
ffouveUas maritimes et militaires.
LE
l ,l I I i
Le 8 janvier 1766, le corps d'un roi fut
exposé, à Rome, avec tout ce qui se peut
imaginer de splendeur funèbre, en l'église
des Saints-Apôtres. Ce roi sans royaume,
mort loin de sa patrie, le premier jour de
l'année, n'était autre que Jacques III
d'Angleterre, chef de la maison de Stuart.
Il n'ava.it, dans sa vie battue d'orages,
connu que les aventures de l'exil, mais
partout, du moins, il avait fait figure
royale, grâce à l'appui de la France et
de la Cour romaine, de l'Espagne et des
princes de Savoie. Rome entière alla voir
son cadavre, couché sur le lit de parade
éblouissant qu'on lui avait dressé. Pour
la première fois, la couronne de ses an-
cêtres brillait à son front. Son corps s
amaigri se dissimulait sous les plis de
la simarre de pourpre fourrée d'hermine,
d'où émergeait sa main droite, qui sem-
blait retenir le sceptre, et la main gau-
che posée du côté de son cœur, sur les
armes de la Grande-Bretagne magnifique-
ment brodées.
-Autour de lui, tout parlait de gloire et
de puissance. Des médaillons représen-
taient les trois ordresde chevalerie de
l'Angleterre l'ordre de Saint-André,
l'ordre de Saint-Georges et celui de Saint-
Patrice, aux insignes surmontées du dia-
dème royal. Aux quatre angles de ce res-
plendissant trône de la Mort, quatre .figu-
res d'anges faisaient sentineUes, mais
quatre figures macabres, quatre sque-
lettes enveloppés d'un linceul, les accom-
pagnaient et répandaient l'enroi. Milte
cierges brûbaient aux alentours, des
lampadaires flambaient et, par centaines,
les religieux venaient s'agenouiller et
prier devant la dépouille princière. Le
troisième jour,les cardinaux, les évêques,
les prélats, les moines, tous les officiers
de laMaison pontincale.la croix,la crosse,
la torche ou l'épée à la main, accoururent
au-devant du cercueil, fermé solennelle-
ment, et ce fut à Saint-Pierre, cathédrale
de la chrétienté, qu'on l'apporta. Qui
chanta le .Re~M~e~ pour le Roi exilé? Un
ministre déchu, le cardinal Alberoni. Le
monde prêta peu d'attention à ces obsè-
ques grandioses: ses pensées étaient
ailleurs.
Je me suis rappelé ces choses, sous la
suggestion d'un événement récent et
Hfave, que tout le monde a dans l'esprit.
En m'abandonnant au fil des souvenirs,
je ne commettrai pas, maintenant, l'irré-
vérence d'un rapprochement quelconque.
Ni les caractères, ni les circonstances ne
se ressemblent. Mais il est toujours inté-
ressant d'évoquer, sans arrière-pensée, la
vie des anciens hommes qui marquèrent
ici-bas, par leur rang historique, leur
gloire, leurs torts ou leurs malheurs. Et,
d'ailleurs, quand on a prononcé le nom
de Jacques III, comment-ne pas voir ap-
paraître en sa rêverie le fantôme de l'hé-
roïque, de l'inégal, de l'infortuné Charles-
Edouard?
Quelle carrière fut la sienne t Quelles
extrémités ne souQrit-il point,) Vainqueur,
vaincu, traqué comme une bête fauve,
courant de pays en pays, réduit à l'inac-
tion, rongeant son frein et se livrant, par-
fois, à de violents plaisirs pour échapper
à son ennui: le voiia tout entier. Fils et
ports-étendard de Jacques III, c'est chez
le duc de Bouillon que le surprend lanou-
velle de la mort de son père. îl veut par-
tir pour l'Italie le Pape lui fait donner
l'ordre de n'y point paraître en Roi. Car
il ne veut pas s'attirer des difncultés de
la part des Anglais. Qu'à cela ne tienne ) 1
Charles-Edouard devient le comte d'Al-
bany. On le laissa s'installer à Rome, dit
Walpole, « à cause de la dépense qu'il ne
saurait manquer d'y faire et dont proû-
tera la cité )). Il n'importe La noblesse
italienne la voit d'un mauvais œil, ja-
louse de son haut rang qui, malgré tout,
lui assure des préséances. Et voila que
la vie ordinaire saisit le prince la vie
mesquine, complexe, obsédante, aux lâ-
ches passions entrechoquées.
Cependant voyez le destin d'un hom-
me sur le front duquel l'antique royauté
a jeté son ombre Charles-Edouard
est l'un des points de mire de l'univer-
selle attention. Il n'y a plus que deux
Stuart au monde: le prétendant et son
frère, le cardinal d'York. Si leur nom al-
lait s'éteindre, quel prince pourrait-on
opposer à la dynastie de Brunswick, d.u
moins pour lui faire ombrage,? Il faut
que Charles-Edouard soit marié ainsi
l'ont décidé les grandes chancelleries de
France et d'Espagne. Le comte d'Albany
n'a pas même à s'occuper de chercher
âne femme. En un tour de main, on l'a
mis en présence de sa fiancée, et il s'est
trouvé avec elle au pied de l'autel.
Quelle est-elle?–La ôlle d'un grand
seigneur autrichien, le prince de Stol-
berg-Gœdern.et, par sa mère.Iapetii.e-
ËIledeThomasBruce.Ene a vingt ans;
des yeux noirs magniûques;unteintde
lis; des cheveux d'un blond doré. Un sin-
gulier mélange de finesse et de caprice
romanesque est en son esprit comme, en
ea beauté, un certain caractère étrange.
De fait, elle entre dans la maison ainsi
que dans un roman. On lui donne pour
In&ri un homme de cinquante-deux ans,
la face congestionnée, la taille courbée,
cassé avant l'âge. Nulle crainte ne lui
vient. Epouser une auguste victime des
révolutions, se dévouer, se donner tout
entière, quel admirable sort! Une nature
sentimentale se prend à. l'idée du dévoue-
ment: plus volontiers encore qu'aux pro-
messes de l'amour. Mais, hélas t l'épouse
ha sera pas à la hauteur de son devoir.
Les diplomates, qui prévoient tout, n'ont
paspréVQ les conséquences de l'union
m')l assortie consommée par leur faute.
La jeune comtesse eatreîegaace même,
la grâce personninée. On la voit, on est
conquis à son charme. Les lettres la tou-
chent et les arts lui sont familiers. Mais
combien promptëment son foyer lui sem-
ble de glace t Charles-Edouard a des mé-
lancolies, des désespoirs et des fureurs.
Est-ce bien là ce qu'elle attendait? Trop
coquette, elle a bientôt perdu la plus va-
gue conscience de la tâche assumée. On
Padore, on la courtise elle laisse aller
son âme à la volonté des soupirs. Quel-
qu'un va venir qui remplira sa vie elle
l'attend; elle l'appeDe. Peu lui fait que
l'héritier des Stuart ait été un héros. Il
eût été un grand Roi peut-être.
I Un jour, créature iantasque, elle visite
une galerie de. tableaux et, devant un
portrait de Charles XII, on l'entend s'é-
crier « Voilà un costume de grand goût.a
Trois jours plus tard, un jeqne homme
se promène, a Florence, en costume de
Charles XII. C'est le comte Alûeri, un
poète, un enthousiaste. La comtesse le
voit et le trouve beau. Sa dame de com-
pagnie, une comtesse Orlandini, adroite
et perverse, se plaît à précipiter l'intri-
gue, avec l'aide de la grande-auchesse de
Toscane'indignement trompée. Tout s'ar-
range comme dans une comédie comé-
die navrante. Et les diplomates qui pré-
voient tout, assistent encore à ceci qu'ils
n'avaient pas prévu.
« Je voudrais bien aller visiter le cou-
vent des Sœurs blanches, là-bas, sur le
coteau de Fiesole », dit, un matin, la com-
tesse à son mari. Ils partent à l'instant
même, avec la comtesse Orlandini. Les
deux femmes sont très gaies, très folles.
A la porte du couvent, elles s'empressent
et franchissenHe seuil en courant. Brus-
quement, le portail se referme. Le prince
ne passera pas.
«Que signifie cetteplaisanterio), fait-il?
Pas de réponse. II irappe à coups redou-
blés. Personne ne vient. Un long moment,
il se morlond) s'irrite et proteste. A la fin
l'abbesse descend elle-même, l'informe, à
travers un guichet, que la comtesse d'Al-
bany est sous la protection de la grande-
duchesse et qu'elle ne reviendra point
chez son mari. Le fils de Jacques III
pousse de grands cris; puis éclate eh san-
glots et s'éloigne. Qui sait si, dans le se-
cret de sa pensée, il ne compare pas la
noble conduite de sa mère, Clémentine
Sobieska, sortant du monastère pour
s'unir à un roi sans couronne,et la con-
duite desa femme s'abritant dans une
abbaye pour le trahir plus à son aise?.
Contraste douloureux entre un mariage
vraiment royal et un mariage d'occasion,
moins conçu pour le prince que contre
lui 1
Donc nos époux sont séparés. Alfieri
délire de bonheur, et sa manière de déli-
rer, c'est d'entasser tragédies sur tragé-
dies. Il nomme la comtesse d'AIbany sa
Muse il lit et relit Pétrarque en son hon-
neur. A Rome, sa « divine amie .0 s'est re-
tirée chez le cardinal d'York, son beau-
irëre.Etpuis.Etpuis.
Ah ) laissons ces choses, Charles-
Edouard est mort le 1" janvier 1788,
pleurant amèrement le malentendu de sa
vie et sans cesse répétant: « Que ne m'est-
il donné de revivre i. )) Son frère, le car-
dinal, a dit lui-même la messe de sea
funérailles, le cœur désolé. QueTsujet de
réflexion sur cette existence manquée
d'un homme doué de qualités supé-
rieures, généreux et courageux, mais qui
eut le malheur de ne point assurer à son
loyer les justes conditions de l'équilibre
et qui, pouvant dominer le romanesque,
le subit jusqu'à l'absurde de soi. Tant
pis pour qui, en telle situation que le sort
Fait fait naître, n'arrive pas au plein gou-
vernement de soi-même, n'écarte pas de
sa route tout ce qui paralyse sa volonté
et meurt avec ce seul cri sur les lèvres
FOURCAUO
Ce qm se passe
GAULO!S-GU!QE:
A~'OM~'d'/tMt
Fête patronale de Saint-Eustache.
Courses au bois de Boutogne.
Grandes eaux à Saint-Cioud.
Dîner-concert au Grand-Hôtel (cour d'hon-
neur).
ÉCHOS POLm~UES
Aujourd'hui a lieu, dans l'arrondisse-
ment de Nogent-sur-Seine, le scrutin de
ballottage pour l'élection d'un député, en
remplacement de M. Casimir-Perier.
Les deux candidats en présence sont
M. Edmond Robert, ancien préfet de l'I-
sère, républicain gouvernemental, et M.
Bachimont, maire de Nogent, radical.
Détail curieux M Bachimont est un
ancien élève du petit séminaire de Saint-
Riquier.
Dans la Charente-Inférieure, les élec-
teurs sénatoriaux vont élire le suceesseur
du docteur Moinet, décédé.
La lutte est entre M. Barbedette, un
des plus jolis produits de l'opportunisme,
et le contre-amiral Dupont.
Le résultat du scrutin dépend de l'atti-
tude des délégués conservateurs, qui
avaient assuré, jadis, le succès de M.
Moinet.
Un certain nombre de villes ont fàte,
hier, le 22 septembre, à l'occasion de l'an-
versaire de la première république.
A Toulouse, les fêtes ont débuté, ven-
dredi soir, par deux retraites aux'Sam-
beaux, un concours de musiques et d'or-
phéons. Hier et aujourd'hui, réjouissan-
ces publiques, illuminations et feu d'arti-
fices. Hier soir ont eu lieu plusieurs ban-
quets démocratiques.
A Marseille, on a fermé, en signe de
réjouissance, les bureaux de la mairie.
On sait que la propriété des oeuvres lit-
téraires et musicales ainsi que le droit
de reproduction des oeuvres artistiques
tombent dans le domaine public cinquante
ans après la mort des auteurs.
Il est question, à ce sujet, du dépôt
d'une proposition qui tendrait à assurer
cette propriété à l'Etat et à le rendre
Fayânt-droit des auteurs ou de leurs hé-
ritiers, sauf dans le cas où l'auteur serait
encore vivant.
Cette mesure qui serait considérée com-
me susceptible d'ouvrir pour ie Trésor
une source de revenus appréciables, sera
certainement très combattue.
ÉGHOS DE PARIS
Plusieurs journaux ont reproduit, quel-
ques-uns avec commentaires, une dépê-
che de l'agence Ha vas, d'après laquelle le
Pape, informé par Monsieur le duc d'Or-
léans de la mort de Monsieur le comte de
Paris, aurait adressé sa réponse à S. M.
la reine Amélie.
Monsieur le duc d'Orléans a reçu de S.
S. Léon XIIÎ, en réponse à son télégram-
me, une longue et aitectueuse dépêche.
La cour impériale de Russie, à l'occa-
sion de la mort de Monsieur le comte de
Paris, prend le deuil pour cinq jours.
Le bruit court que M. 'Ressmann, am-
bassadeur d'Italie en France, quitterait
bientôt ce poste..
M. Blanc, ministre des aûaires étran-
gères à Rome, qui est, on le sait, en re-
lations plus que tendues avec M.
Ressmann, depuis que M. Cr'spi le lui
donna pour successeur à l'ambassade à
Constantinople, lui ferait maintenant un
griei de s'être montré trop conciliant vis-
a-vis du gouvernement français, notam-
ment dans les questions africaines et lors
de l'assassinat de M. Carnot.
L'impératrice du Japon est première
dame patronnesse de la Croix-Rouge du
Japon.
En cette qualité, la souveraine a voulu
donner l'exemple aux dames de cette œu-
vre, et depuis le commencement des hos-
tilités elle prépare elle-même, aidée de
toutes les dames de sa cour, des banda-
ges et de la charpie pour les blessés, tant
Chinois que Japonais.
Le cas d'un marin ayant la plume blan-
che, que les circonstances appelleraient à
occuper an poste où il n'aurait plus droit
à. cet insigne dont les amiraux sont aussi
jaloux que les généraux, a été réglé par
un décret signé, il y a quelques mois, évi-
demment en vue des changements qui
viennent d'être opérés dans le haut per-
sonnel du ministère de la marine.
Ce décret, qui réorganisait le conseil
supérieur de la marine, portait que tous
les officiers généraux qui en ieront partie
auraient droit à la plume blanche et que
les amiraux ayant occupé les fonctions de
chef d'état-major général de la marine
seraient, de droit, membres de ce con-
seil.
Donc, l'amiral Gervais, figurant parmi
les membres du conseil supérieur de la
marine, il s'ensuit qu'il conservera la
plume blanche comme commandant de
l'escadre de réserve.
On annonce que le générât Mercier, mi-
nistre de la guerre, va être élevé à la di-
gnité de grand-ofScier de la Légion d'hon-
neur.
Le général Mercier est commandeur du
4 février 1890.
Vendredi, on ne rencontrait que des ré-
giments revenant des grandes manœu-
vres
Hier. c'était les réservistes qui rega-
gnaient, joyeux, la maison familiale dont
le devoir patriotique les avait éloignés.
Le mouvement était si considérable que,
pour assurer l'ordre, un piquet de soldats
en armes était de permanence dans cha-
que gare.
PARADOXES ET VÉRITÉS
L'amour souffre d'une inûdèlite et l'orgueil
s'en venge.
A. TûTRNIER.
Tout homme d'action soulève nécessaire-
ment des calomniateurs autour de lui, comme
un marcheur soulève de la poussière ce
qui n'arrive pas au paresseux assis au bord
de la route.
PH. GERFAUT.
Pour faire suite à notre aBtiele sur les fa-
milles qui ont des fleurs de lis dans leurs
armes, M. Em. Mancel, président du comité
du deuxième centenaire de Jean Bart, nous
adresse la lettre suivante
Parmi les familles nobles dont les
armoiries ont été chargées, au dix-sep-
tième siècle, d'une fleur de lis d'or, il
convient de mettre, au premier rang,
celle de Jean Bart. Par des lettres de
noblesse données à Versailles le 4 août
1694 et dont l'original, appartenant à la
ville de Dunkerque, a été placé à l'Expo-
sition historique qui vient d'être close,
Louis XIV avait permis au grand chef
d'escadre de «charger l'escusson de ses
armes d'une ueur de lis d'or au fond d'a-
zur, en mémoire et considération de ses
signalez services )).
Par une faveur spéciale, dont je ne
connais pas d'autre exemple, la jouissance
et l'usage des armes accordées à Jean
Bart étaient concédés àsa« « postérité et li-
gnée, tant masies que femelles, néy et à
naistre en légitime mariage )). Des nom-
breux enfants du héros dunkerquois, sa
611e Jeanne-Marie Bart, dame de Ligny,
est la seule ayant de nos jours des des-
cendants directs.
Ce sont MM. Petitjean deMarcilly, ha-
bitant la Côte-d'Or, qui ont le droit de
joindre à leurs propres armoiries celles
de Jean Bart.
M. Charles Laurent, qu'une cruelle ma-
ladie retenait alité, est aujourd'hui com-
plètement rétabli. Le directeur du .TbMr
reprend demain la direction de son jour-
nal.
Il y aura demain lundi 24 septembre
exactement cent soixante-dix a'ns que la
Bourse de Paris est légalement consti-
tuée.
Depuis Philippe le Bel (1305), Paris
comptait déjà quatorze places de chan-
ge royales. Les marchands se réuni-
rent d'abord sur le Grand-Pont, qui prit,
par suite, le nom de Pont-au-Change,
puis dans la cour du palais de Justice, et
enfin à l'hôtel de Sei&sons~ rue Quineam-
poix, jusqu'en 1.7SO.
A cette époque, un arrêt du conseil en
ordonna la fermeture et décréta l'établis-
sement d'une place appelée -BoM~e, dont
l'entrée principale serait rue Vivienne.
La Bourse fut installée dans l'hôtel de
Nevers, devenu depuis la Bibliothèque
nationale.
Fermée le 37. juin 1793, par la Conven-
tion, et rouverte sous le Directoire, elle
se tint alors dans l'église des Petits-Pères,
puis au palais Royal, cour Virginie, sous
te Consolât ~tl'Emptre.
Sous la Restauration,. nous la trouvons
rue Feydeau, où elle était encore lorsque,
le 6 novembre 1836,. iut inauguré le mo-
nument de Brongn~art
On voit qu'aval d'être en possession
de l'édifice actuel- et, sans doute,dénni-
tif,– la Bourse avait souvent déménagé.
Il n'y a plus, de nos jours, que la Petite
Bourse du soir qui déménage encore as-
sez fréquemment.
Au réfectoire du collège de Château-
dun, où journalistes et artistes du Thé-
âtre-Français ont été gracieusement hé-
bergés, par les soins de la municipalité
et avec l'aimable assistance de M. le
principal, un groupe d'agents de police
occupaient une table, en Unitermes.
Enûn, n'y tenant plus à la vue de tous
ces représentants de la presse, l'un des
agents, se levant
« Messieurs, au nom de me~ collè-
gues et au mien, puis-je vous demander
une mention en faveur de la police de
Chartres et de celle d'Orléans, auxquelles
nous appartenons ? Appelés a. renforcer
la police de Chateaudun. vous voyez que
nous avons bien gardé la personne du
président de la république. Ne nous ou-
bliez pas dans votre compte-rendu, a
Qu'il soit tait ainsi que vous le désirez,
braves défenseurs de 1 ordre et du prési-
dent t
La foudre est tombée, à Dreux, sur le
vieux donjon –où l'on conserve précieu-
sement quelques meubles de la chambre
où est mort Louis-Philippe à vingt
mètres de la chapelle de la famille d'Or-
léans, et a brisé la glace qui forme cou-
yerture en éclairant l'intérieur.
Le ûuide a suivi une chaine de fer et
s'est perdu dans le couloir souterrain qui
conduit de la tour aux tombeaux, sans
causer de dommages bien sérieux. A ce
moment, on procédait au. désarmement
des réservistes du 101' de ~igne, arrivés
des grandes manœuvres de Chateaudun
et qui étaient rangés, au pied de l'édiuce,
sur l'allée des Tilleuls. Les hommes ont
ressenti une forte commotion, mais aucun
n'a été blessé..
Il était dit que le magistrat qui devait
requérir contre T7M
Le premier désigne avait été, on le sait.
l'avocat général Van Cassel, le tireur de
Saint-Omer et c'est maintenant à M.
l'avocat général MériMon, président des
sociétés de tir de France, que reviendra le
soin de soutenir l'accusation contre M.
Rochefort.
Nous avons le regret d'apprendre la
mort presque subite, à Palerme, de la
jeune comtesse Galletti de San Cataldo.
Elle était la ûlle de feu Don Fulco
Runb, prince de Scilla. et de la princesse
née de La Bonninière de Beaumont.
Un de nos confrères ofËcieux attri-
buait, hier, la froideur témoignée à Châ-
teaudun sur le passage du président de
la république, à la longueur du nom du
chef de l'Etat. Les deux syllabes du nom
de Garnot, à la bonne heure Les cinq de
Casimir-Perier étouffent l'enthousiasme.
Or, le mal n'est pas réparable, le président
de la république tenant à son double nom.
Quand il était, député, M. Casimir-
Perier tenait a ce que ses votes, classés,
selon l'usage, par ordre alphabétique
des noms des députés à l'O/~Cte~, nguras-
sent à la lettre C et non à la lettre P.
M. Raoul Duval faisait de même.
D'autres membres du Parlement ont
joint à leur nom non pas leur prénom,
mais le nom du département qu'ils repré-
sentent. Là aussi, il s'agit de noms très
répandus souvent portés par deux ou trois
députés à la fois, Dupont de l'Eure,
Martin du Nord, par exemple.
Les familles de quelques-uns d'entre
eux ont gardé cette appellation, par exem-
ple, lesBoulayde la Meurthe.les Girod
de l'Ain.
D'autres y ont renoncé. Arnaud de l'A-
riège est devenu Arnaud tout court. La
famille Dubois a cessé également d'être
connue sous le nom de Dubois de la
Loire-Inférieure, et pour une raison as-
sez piquante: Le distingué député de la
Restauration, connu sous cette dénomi-
nation, y renonça, parce que ses adversai-
res l'appelaient Dubois de la Gloire-Infé-
rieure, Il préféra redevenir 'Dubois tout
court à l'expiration de son mandat.
M. l'abbé Sicard, deuxième vicaire de
Notre-Dame-de-Lorette, que le cardinal
Richard vient de nommer premier vicaire
de la paroisse Saint-Augustin, en rem--
ptacement de M. l'abbé Jouin, appelé à la
cure de Saint-Médard, est originaire du
diocèse d'Albi, où il est né en 1844.
C'est là qu'H a fait ses premières études.
Ordonné prêtre à Paris, en 1867, à sa
sortie du grand séminaire deSaint-Sut-
pice, il entra à l'école des Carmes, où il
prit ses grades universitaires.
Après avoir professé pendant quelques
mois à Albi, il rentra dénnitivement dans
le diocèse de Paris et fut successivement
vicaire à Saint-Bernard de la Chapelle,
Saint-Etienne-du-Mont Saint-Philippe
du Roule. Il était, depuis 1887, second
vicaire de Notre-Dame-de-Lorette.
L'abbé Sicard a écrit de nombreux
ouvrages très estimés, dont plusieurs ont
été couronnés par l'Académie française;
entre autres l'Education ~o~e et cf(?ï-
que, avec une préface de l'éminent évêque
d'Autun; les Etudes cJ
~M~eMr, et deux volumes sur l'Ancien
C~r~e (avant et pendant la Révolution).
Un écho amusant
Le maire de Rhême-Notre-Dame, en
Savoie, a, usant de la loi nouvelle, som-
me J~. Sa Af<~es~ ~Mw&er~, rot et'~a-
Me,contribuab)e delà commune, de pré-
senter les documents qui prouvent qu'il
sait lire et écrire.
La même sommation a été faite à At.
NOUVELLES A LA MAIN
Z. est un solliciteur insatiable; dès
qu'il a obtenu une faveur il en demande
aussitôt une nouvelle.
Ce Z. disait hier un haut fonction-
naire, appartient à cette catégorie de gens
à qui on ne peut onrir une cigarette sans
qu'ils vous demandëntimmédiatementun
bureau de tabac.
Fragment de dialogue.
Figurez-vous, mon cher, que ce pan-
vreX. a le tort de ne p&s toujours
modérer assez dans ses libations. Etquand
il est un peu éméché, il ne voit partout
qu'oppresseurs qu'il voudrait châtier et
qu'opprimés qu'il voudrait détendre.
–J'entends. c'est une sorte de Don
Quichotte.
De Don qui Hc7toMe, plutôt 1
UN O'aMNO
UNB~PRËStBENT
Elle est un peu invraisemblable, l'his-
toire de cet excellent président d'assises
qui, dans l'anaire de l'r
son cabinet pour lui dire
–N'insistez pas afin qu'on vous juge
tout de suite; je remets l'anaireetj'en
suis bien content, parce que, voyez-vous,"
toutes ces an'aires de presse ça m'ennuie
considérablement. Moi, je suis un vieux
républicain, et je désire qu'on laisse les
journaux tranquilles.
Elle est invraisemblable, mais elle est
absolument véridique. Je me hâte de dé-
clarer qu'elle est tout à l'honneur du pré-
sident, qui a fait probablement son che-
min parce qu'il était républicain et qui
continue à professer dans ses fonctions
les opinions qu'il professait quand il n'a-
vait pas de fonctions.
Il croit que c'est arrivé, ce magistrat,
et que la république triomphante doit
appliquer les principes de la république
militante. Mais sa montre retarde horri-
blement. Il n'a pas l'air de se douter du
chasse-croisé qui s'est opéré. Il ne s'a-
perçoit pas que les gens contre qui il ré-
clamait la liberté de la presse sont pré-
cisément ceux qui la réclament aujour-
d'hui, tandis que les gens avec qui il la
réclamait sont précisément ceux qui la
confisquent aujourd'hui.
C'est le président à l'oreille cassée. Il
faut croire qu'il s'est endormi sur son
siège, et qu'en s'éveillant il parle comme
on parlait de son temps.
Curieux cas de catalepsie judiciaire.
Il serait curieux, d'ailleurs, de savoir
ce qu'en pense le garde des sceaux et:
comment il apprécie la nasarde formida-
ble qu'applique à son nez républicain ce
vieux magistrat républicain, pour lequel
on réserverait sans doute un mandat lé-
gislatif quelconque, s'il y avait encore
des républicains partisans de la liberté
de la presse.
J. COHNÉLV
Bloc-Notes Parisien
UNE ACTRtCE SMNOEDAmE
On ne nous reprochera jamais assez, à nous
autres Français, notre incuriosité des choses
det'attàt'étranger.
Une gloire de t'Amériquc, la tragédienne
Héténa Modjeska, vient de quitter Paris, où
eiteapassc quelques jours, et l'indiscrétion
profpssionnette des journalistes n'a pas troublé
sa retraite. Il est vrai qu'elle s'était bien cachée
dans un hôte) près de f'Arc de Triomphe, et
sa porte ne s'est entr'ouverte que pour un très
petit nombre d'amis.
Glorieuse dans plusieurs parties du monde,
en Amérique comme en Pologne et en Austra-
he, Mme Modjeska ne s'est jamais montrée au
public parisien. Peut-être s'y décidera-t-eite un
jour. Car Paris a conserve, auprès de tous les
artistes, son antique prestige de consécrateur
des gloires. Mais elle n'ose pas jouer en fran-
çais, quoiqu'elle manie fort bien notre langue.
Même si eHe jouait devant nous Shakespeare
dans te texte, la force de son ta)ent forcerait
notre admiration. Elle a bien forcé celle de
Sarcey, qui l'a vue à Londres, et qui n'est pas
tendre aux gloires étrangères. On se souvient
comme il traita sévèrement la Duse. Sarcey
reprocha à .Héténa Modjeska, d'être <: trop
faubourg Saint-Germain » pour son goût.
Mme Modjeska forme, avec Sarah Bernhardt
et Mme Duse, le trio de tragédiennes dont on
parle le plus dans le monde. Si nous étions en-
core au temps où norissaient les parallèles, on
en pourrait tracer un fort intéressant entre ces
trots célèbres artistes Mme Sarah Bernhardt
représenterait la grâce amoureuse et lyrique;
Mme Modjeska, le charme et la majesté Mme
Duse, la passion violente et quelque peu vul-
gaire.
:)**
La personnalité de Mme Modjeska est dou-
blement aristocratique. Elle est princesse de
théâtre et grande dame à la vitte. Elle s'ap-
pette, en effet, ta comtesse Chlapowska, uu
des plus vieux noms de Pologne.
Les Polonais, qui ont quitté leur patrie, se
sont dispersés à travers le monde. Mme Mod-
jeska a opté pour l'Amérique. Mais c'est en Po-
logne qu'eue a débute, jouant dans sa langue
maternette.
A peine avait-elle six ans que l'instinct dra-
matique se manifestait chez elle. Elle s'en-
veloppait d'un bout de draperie, s'emparait
d'un poignard et déclamait, gesticulait, te fer
menaçant sa poitrine enfantine. Avait-ette vu
quelque troupe nomade jouer, à travers les
campagnes, d'antiques pièces ? Non. L'instinct
du théâtre lui suggérait ses puériles drama-
turgies.
Aussi sa juvénile volonté d'artiste en herbe
brisa-t-elle tous tes obstacles, et,toute jeune
encore, ette fut en Pologne l'actrice célèbre.
Sarah Bernhardt, lorsqu'elle joua pour la pre-
mière fois à Varsovie, télégraphiait aussitôt la
bonne nouvelle du succès a Hëténa Modjeska,
tout heureuse, en amicale émule.
Héiéna Modjeska avait la gloire en Pologne
quand ette voulut apprendre l'anglais, pour
jouer Shakespeare dans le texte. Ce fut fatt en
six mois. Depuis lors, elle est devenue l'actrice
shakespearienne par exceiience.
Les femmes de Shakespeare, les plus variées,
les plus dissemblables héroïnes qu'un seul
poète ait jamais engendrées, ette les a incarnées
presque toutes successivement, depuis lady
Macbeth jusqu'à la douce Cordétia, jusqu'à la
beiïe fmogène. Dieu sait si Shakespeare, comme
tous tes grands génies, a donné le jour à une
foute de commentateurs. La tragédienne a si
profondément pénétré t'œuvre du poète, que
son intuition d artiste a prévalu plus d'une fois
sur les savantes dissertations des commenta-
teurs.
Lettrée, d'ailleurs, e!te broche d'un joli brin
deplume son peplum de tragédienne. Elle a pu-
b)ié plusieurs artictes dans les grandes revues
américaines. !t nous souvient d'avoir lu na-
guère, suivi de sa signature, dans le Forum,
un article poussant !e cri d'atarmë sur la si-
tuation du théâtre en Amérique. Ony apprend,
par exempte, que dans un journaf de là-bas
on trouvait, sous la rubrique D
Mr immédiatemenr suivie du compte-rendu
d'une exhibition de singes apprivoisés.
L'an dernier, au congrès féminin de Chicago,
e!të parla au nom des femmes polonaises. Elle
retrouva comme. dirai-je o'a~ce son suc-
cès habitue).
Maintenant elle s'en va, cette saison, mon-
trer sur les scènes devienne et de Saint-Pé-
tersbourg sa royale prestance et son noble ta-
)ent. Mais Pans ? Paris aura son jour, sans
doute, quand t'actfice grande dame cessera de
te eraindfet
TeUT-PAHM
.1~, UNE SUITE a ~-1
BÊmEDEŒARMN
A LA « FEMME EtE CLAUDE »
La très curieuse et très originale scène dra.
matique qu'on va lire fut écrite, aulendetnais
,de la première de la. ~?K?Me ~e C~M~e, par
Emile de Girardin, dont les démêlés avec M.
A. Dumas Sts. & la suite de la représentatioa
du SMppHce t~'M~e /'ëWMte, eurent un si grand
retentissement. Cette scène, imaginée par le
célèbre polémiste comme devant servir de
complément & la.~MMtf de Claude, fait
comparaître le meurtrier.de Césarine, Gtauda
Ruper,devant le président de la cour d'assi-
ses. L'interrogatoire du juge, ferme, net.
tranchant comme il est, évoqua des rëtlexions
nouvelles sur la thèse si audacieuse et si
troublante de ce drame que Mme Sarah Bern..
hardt vient de reprendre avec tant d'éclat."
L.A FEMME JBE CLAUSE
ACTE QUATRIÈME
(Salie de la cour d'assises)
Président, conseillers, juréa', ministère
public, témoins à charge et à decha.rge.fi
Avocats en robe. Foule immense, émail-
lée d'un grand nombre de femmes qui se
font remarque:' par l'élégance de leura
toilettes. Sur le banc des accusés est as-
sis Claude Ruper, assisté de son déien-
seur.
SCENE PREMIÈRE
LE PRÉSIDENT, d Claude .Rt(p<
Levez-vous t (C7aM~e 7?M~er se ~ce)..
Quel est votre nom?
L'ACCUSÉ
Claude Ruper.
< LE PRÉMDBNT- <
Votre âge?" i.
L'ACCUSE
Trente-quatre ans..
LI'; PRÉSIDER
Votre demeure?
L'ACCUSÉ..
Le château que j'avais m~s en vents.
LEPMÉSIDE~T
Votreprofession? 2
L'ACCUSÉ
Inventeur d'un canon.
LE PRÉSIDENT
Vous êtes accusé d'avoir tué volontaire.
ment votre femme d'un coup de fusil.
Quels sont les motifs qui ont pu vous por-
ter à commettre ce meurtre ~? Expliquez-
les.
L'ACCUSÉ
Les torts graves dont elle s'était rendue
coupable.
LE PRÉSIDENT
Quels étaient-ils ? p
L'ACCUSÉ
Elle avait mis au monde un enfant dont
je n'étais pas le père et dont elle m'avait
caché la naissance.
LE PRÉSIDENT
Mais cette faute vous la lui aviez par- i
donnée.
L'ACCUSÉ
Pardonnée, non effacée, oui.
LE PRÉSIDENT
Pardonnée ou effacée, peu importe le
mot t Je veux dire que pour ce délit non
seulement vous ne l'aviez pas tuée, droit
que la loi n'accorde à l'homme en aucun
cas mais que vous ne vous étiez pas sé-
paré d'elle, droit que vous donnait la loi.
Pourquoi n'avoir pas usé du droit que
vous aviez, et vous être arrogé un
droit que vous n'aviez point ? `? C),
L'ACCUSÉ
Je ne voulais pas que la publicité des 1
tribunaux s'emparât de mon nom et que j
le scandale le Ût tomber dans le déshon-
neur et dans la fange.
LE PRÉSIDENT
C'est une mauvaise excuse première-
ment, parce qu'il n'est pas au pouvoir
d'une malhonnête femme de déshonorer
le nom d'un honnête homme, et deuxiè-
mement, parce que vous n'avez pas at-
teint votre but, puisque vous n'avez paa
évité l'éclat judiciaire. Vous n'avez réussi
qu'à intervertir les rôles. au lieu de;'
faire asseoir, en accusateur, votre femme
adultère sur les bancs de la police cor-
rectionnelle, c'est vous, homme de scien-
ce, homme de foi, que la foule avide, qui
se presse dans cette enceinte, est venue -v
voir, assis sur les bancs de la couy d'as- v
sises, sur les bancs des accusés, Mr les v
bancs des meurtriers. Ayant commencé
par la miséricorde et le pardon, pourquoi
avoir fini par l'inconséquence et l'assassi-
nat ? Pourquoi vous être ainst contredit? q
Aviez-vous doue compté sur le repentir
de votre femme, touchée de votre généro-
sité ?
L'ACCUSÉ
Non; je n'avais aucune illusion sur ïx
perversité de sa nature.
LE PRÉSIDENT
Ainsi, vous pensiez qu'elle ne s'arrête-
rait pas sur la pente de l'adultère? 1
L'ACCUSÉ
Je n'en doutais pas.
LE PRÉSIDENT
Alors qui a pu vous pousser jusque
l'oubli de vous-même et de la loi, jusqu'à
vous armer d'un fusil et jusqu'à iaire feu
sur une femme, la vôtre, si coupable
qu'elle eût été, si indigne qu'elle fut ?
L'ACCUSÉ
Le récit et les aveux d'une femme d<
chambre.
LE PRÉSIDENT
LaBUeEdmée?
L'ACCUSÉ
Oui, monsieur le président.
LE PRÉSIDENT
Elle est citée parmi les témoins à dé-
charge. Elle sera entendue. Mais ce
qu'elle savait, comment l'ignoriez-vous ? =
L'ACCUSÉ
Elle avait l'habitude de passer tout son
temps à écouter aux portes. C'est e!!e- °
même qui me l'a avoué.
LE PRÉSIDENT
Et c'est on pareil témoignage qui a faK w
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 77.22%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 77.22%.
- Collections numériques similaires Arts de la marionnette Arts de la marionnette /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "Pam1"The Romanic review : a quarterly journal devoted to research, the publications of texts and documents, critical discussions, notes, news and comment, in the field of the romance languages and literatures / edited by Henry Alfred Todd and Raymond Weeks /ark:/12148/bpt6k119586.highres Bibliothèque de l'École des Chartes /ark:/12148/bpt6k12501c.highresCommun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "BnPlCo00"
- Auteurs similaires Pène Henri de Pène Henri de /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Pène Henri de" or dc.contributor adj "Pène Henri de")Tarbé des Sablons Edmond Joseph Louis Tarbé des Sablons Edmond Joseph Louis /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Tarbé des Sablons Edmond Joseph Louis" or dc.contributor adj "Tarbé des Sablons Edmond Joseph Louis") Meyer Arthur Meyer Arthur /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Meyer Arthur" or dc.contributor adj "Meyer Arthur")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k528873q/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k528873q/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k528873q/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k528873q/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k528873q
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k528873q
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k528873q/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest