Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-08-10
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 10 août 1894 10 août 1894
Description : 1894/08/10 (Numéro 5). 1894/08/10 (Numéro 5).
Description : Note : numérotation incomplète. Note : numérotation incomplète.
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/02/2008
VENpREDI 10 AOUT 1894
PARIS & S CENTIMES DÉPAUTKMENTS ET GARES ~<~ CENTIMES
S8* Année 3" Série N" 5~
ARTHUR MËYER
Dt'fecfeMf
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
~BONTtSMENTS. PETITES ANNONCES
2, rne Drouot, 2
(Angie des booiavcrd? ;dontmsrtre et des !ta!!cn'~
ANNONCES
MM. CH:. LAGRANGE. cmmr' ~)
G, PLACE DE LA. BOURSE, 6
~< d ~'o
ARTHUR MEYER
DtrcctCM!'
RÉDACTION
2,rueDrouot
~&t~e des bouievards Montmartrs et des Haiien~
ABONNEMENTS
Pans 1 Départements
Un mois. 6fr. Un mois. y 66'.
Trois mois. 13SO Trois mois. 16fr. fr,
Sixmuis. Mfr. Sixmois. 33 fr.
Un an. 84 fr. Un an. 64=fr.
Etranger
Trois mois (Uniot) postule). 18fr.
LES CRITIQUES
DE
t ? f~StTF'tf~E'
L~% ~Mai~UË
C'est toujours un malheur que d'être
contraint d'emprunter de l'argent à quel-
qu'un. Mais si le prêteur s'appelle Alexan-
dre Dumas, ce malheur prend les propor-
tions d'une catastrophe dont les enets
s'étendent a. plusieurs générations.
Ainsi, un écrivain, critique dramati-
que, eut recours, jadis, à la bourse de M.
A. Dumas. Celui-ci. donna les piécettes
qui ne lui furent pas rendues. Bien plus,
le critique revint à la charge et M. Dumas
ne rui refusa pas les quelques écus de-
mandés. Sur ces entrefaites, M. Dumas
6t jouer la Pr~Mcessc de J3a~a~. Le cri-
tique, débiteur de M. Dumas, n'acquitta
pas sa dette en grimaces laudatives. Il
devait de l'argent et non des compliments
à M. Dumas.
Cette attitude causa à M. Dumas une
indignation telle que ni la mort du criti-
que ni le temps n'ont pu apaiser son res-
sentiment. L'autre jour, interrogé sur les
inconvénients des lépétitions générales
ouvertes a la presse, les rancunes du
créancier déçu'iui sont remontées aux lè-
vres. Il a raconté ses bienfaits, dit l'in-
gratitude de l'obligé, nommé en toutes
lettres le mort et, généralisant, déclaré
qu'a quatre ou cinq exceptions près, la
critique dramatique était dépourvue de
talent, ignorante, absurde, sans probité
professionnelle, sacriûant la justice et la
vérité à de misérables questions person-
nelles. En proie à une véritable fureur
vengeresse, M. Dumas a même vaticiné.
II a prévu l'heure ou les comptes rendus
dramatiques seraient remplacés par des
irticJes réclames payes à tant la ligne.
Il paraît, a-t-il ajouté, que la chose est
:n bon chemin. ))
Ce réquisitoire exaspéré fera sourire.
En tout temps.Ies auteurset les critiques
ont échangé des horions, et Voltaire, qui
avait presque autant d'esprit que M. Du-
mas, n'a jamais hésité a calomnier ou à
injurier les feuilletonistes de son temps.
L'auteur de la -Pr:Mce~c de 2~comme M. Valabrègue, ou M. Bisson, ou
M. Bergerat, ou n'importe quel auteur,
aime à être applaudi. Il lui déplaît d'être
jugé, et il s'assure sans doute contre les
sévérités hypothétiques de la critique en
ladécrétant d'incapacité et d'indignité. Si,
par aventure improbable, étant donné
l'immense talent de l'auteur, son couvre
prochaine était mal accueillie, il lui sera
facile d'attribuer aux rancunes des criti-
ques l'injustice de leurs jugements. Nous
ne ferons donc pas a nos camarades l'in-
jure de les défendre contre des imputa-
tions qui n'auraient de valeur que si M.
Dumas avait cru devoir mettre des noms
a.u bout de ses réquisitoires.
Ce que nous voulons seulement retenir
de ce petit scandale littéraire auquel
l'ami Sarcey a donné assez fâcheuse-
ment prétexte par ses attaques incon-
sidérées, obscures, contre ses confrères,
c'est la manifestation un peu brutale
de la part de certains auteurs et de
certains des directeurs de théâtres, du dé-
sir de supprimer tout contrôle, toute con-
tradiction et d'empêcher le public d'être
renseigné sur ~a valeur des œuvres repré-
sentées. C'est aussi l'artifice qui consiste
a masquer l'incapacité professionnelle,
la mauvaise administration, l'infatuation
cabotine, le manque de travail artistique
sérieux et a en attribuer les déplorables ef-
fets aux observations d'écrivains désinté-
ressés, qui avec plus ou moins de quali-
tés, mais avec un talent le plus souvent
supérieur & celui des auteurs qu'ils criti-
quent, font profession de renseigner le
public sur les mérites ou les faiblesses
des pièces soumises àleur appréciation.
Sarcey, bonhomme et volontiers cré-
dule, s'est laissé persuader par deux ou
trois directeurs de spectacle que, sans la
critique du lendemain, tout irait pour le
mieux, dans les théâtres, et comme cette
affirmation flattait, a son insu, ses façons
de voir, il s'est jeté dans la bagarre avec
son ardeur ordinaire. Sans trop choisir
ses arguments, et sans prendre la peine
d'en veriner la force, il a répété ce que lui
disaient les plaignants. De bonne foi,
Sarcey est excusable. Il ne pouvait guère'
contredire les avocats insinuants qui plai-
daient leur cause en défendant, sans en
avoir l'air, celle de notre doyen. On lui
disait que le feuilleton hebdomadaire si-
gné Sarcey suiiisait largement à satis-
faire la curiosité du public. Pouvait-il
être d'un autre avis ? y
On le pressait de se faire le champion
des directeurs ei mal de liquidation judi-
ciaire et on lui soutenait que, seul, il te-
nait dans ses mains les destinées de l'art
dramatique. Devait-il s'inscrire en faux
contre une opinion qu'il partage et qu'il
manifeste loyalement en toute occasion ?
Non. Sarcey, alléché par le langage, des
corbeaux flatteurs et déplumés qui le soi-
licitaient a naïvement laissétomber, sans
y prendre garde, son fromage. Il a nié les
droits de lacritique,sa légitime influence,
le devoir qui lui incombe d'essayer d'é-
clairer l'opinion, d'élever le niveau artis-
tique et de faire passer les intérêts de
l'art avant les questions de boutique. Pour
faire plaisir à quelques montreurs d'ours,
il a allègrement renié son passé, affirmé
l'inutilité du glorieux labeur de toute sa
vie.
Le tout, sans profit pour ses clients, car
les appréciations de M. Dumas non plus
que les lamentations des futurs justicia-
bles du syndic ne réussiront supprimer
la critique ou n restreindre le champ de
son action. Le.public a trop le sentiment
que, sans elle, il serait livré sans défense
aux pires entreprises des méchants au-
teurs et des directeurs incapables, et que
le théâtre. le théâtre de Corneille, de Ra-
cine, de Molière, d'Augier, de Meilhac, de
Sardou et de Dumas, deviendrait, à bref
délai, un cirque forain, où la prose a'au-
teurs sans orthographe servirait de cadre
à des exhibitions basses et ordurières.
Mais les spectateurs ne seraient pas
seuls a protester si, par impossible, on
parvenait s. nous bâillonner ou, tout au
moins, a entourer l'exercice de notre pro-
fession de difficultés et d'obstacles dé-
courageants. Les auteurs les plus ombra-
geux, les plus sensibles.seraient les pre-
miers à réclamer le retour aux anciennes
libertés. Car, si préoccupés qu'ils puis-
sent être du succès matériel de leur œu-
vre, ils attachent surtout du prix et
c'est leur honneur aux suSrages de
leurs pairs. Alors même qu'ils affectent
une hautaine indifférence pour la criti-
que, ils souffrent de ses sévérités, s'enor-'
gueillissent de ses cpmplhaents, et l'â-
pretéde leur défense prouve avec éclat
combien ils tiennent à l'approbation des
écrivains qui les jugent.
Certes, il serait iacile aux plus humbles
d'entré nous d'appuyer d'arguments indis-
cutables cette opinion que les plus gran-
des jouissances morales ressenties par
les auteurs dramatiques, ils les doivent
à la lecture des articles ou on rend un
hommage motivé à leur talent et où l'at-
tention du public est appeléesurleurs œu-
vres, par la mise en relief de leurs quali-
tés. II nous suffirait de relever quelques
fragments, des correspondances qui sui-
vent, quand elles ne les précèdent pas, les
premières représentations. Mais on n'a
pas, dans nos rangs, le dédain des préju-
gés au même degré que M. Dumas, et pas
un seul parmi nous ne s'oubliera jusqu'à
transformer un fait intime, une lettre con-
fidentielle, un acte de gratitude ou d'in-
gratitude privée, en argument public.
Et puisque je suis revenu, involontai-
rement, aux accusations portées contre
la critique par l'illustre académicien, je
m'autorise de mon titre de président du
Cercle de la critique pour faire à nos ca-
lomniateurs ou aux médisants une sim-
ple proposition.
Sans doute, ce n'est pas en l'air que
M. Dumas a porté contre la presque tota-
lité des critiques les plus graves accusa-
tions. Sarcey doit avoir aussi de bonnes
raisons pour avoir vaguement insinué
qu'il en savait long sur les rapports des
directeurs et des journalistes. En bien!
que ces directeurs soi-disant molestés ou
exploités consentent à raconter publique-
ment leurs historiettes et ne craignent
pas de nommer les malfaiteurs des lettres
qui, peu. ou prou, sous une forme ou
sous une autre, se sont livrés & leur
égard à des opérations de chantage.
Même, s'ils ont de la répugnance à se
mettrédirectement en cause, qu'ils sai-
sissent notre bureau de leurs plaintes, de
leurs griefs. Ils peuvent être certains que
les coupables seront promptement dis-
qualifies et dénoncés au mépris public.
Leur sac vidé et la vérité connue, ils au-
rontalorsie loisirde s'occuper de leur mé-
tier, de lire les pièces que les jeunes au-
teurs leur soumettent, de veillera à la
bonne administration de leurs entrepri-
ses, de donner des preuves de goût et
d'intelligence. Cet emploi de leur temps
sera plus profitable a l'art dramatique
que les confidences potinières et diffama-
toires faites mystérieusement a l'oreille
de Sarcey, et que ce dernier, par pure
bonhomie, jetteraà travers son feuilleton,
au risque d'empoisonner ses confrères.
HECTOR PESSARD
En l'absence du directeur du G' on est prie d'adresser tout ce qui concerne
la rédaction au secrétaire de la rédaction,
3,rue Drouot.
Ce qui se passe
GAULO!S-GU!DE
A~'OM)'t.Mt.
Courses à Cabourg et à Bagncres-de-Lu-
chon.
Deuxième journée du voyage des Félibres,
descente pittoresque du Rhôae.
Au théâtre de la République, première repré-
sentation de ~a la F
LA POL!T!QU2
On peut dire que le réquisitoire de M.
l'avocat généra! Bulot a relevé le prestige
de la justice~ légèrement entamé et
abaissé, dans le procès des Trente, par la
faiblesse du président et par le talent de
certains accusés, à qui on semblait pren-
dre à tâche de faire la partie belle.
M. Bulota fait entendre au jury quel-
ques paroles honnêtes et vigoureuses qui
ont ranermi les consciences ébranlées. Il
a, notamment, eu le courage de regretter
tout haut qu'on n'ait pas poursuivi un
homme qm apparait dans toutes ces af-
faires de l'anarchie comme une sorte de
moteur central M. Elisée Reclus.
Or, non seulement on n'a pas arrêté M.
Reclus, mais on a conspiré pour que Paul
Reclus eût le temps de mettre la fron-
tière entre lui et une police aveugle et
sourde par ordre supérieur.
Les gens qui détenaient la bielle de la
vindicte publique, si on peut s'exprimer
ainsi, ont pensé que M. Reclus apparte-
nait à l'aristocratie républicaine, que c'é-
tait grâce aux travaux de sa famille
qu'eux-mêmes pouvaient monter dans les
carrosses du pouvoir, et ils n'ont pas
voulu qu'un des fondateurs de la répu-
blique ligurât sur le banc d'infamie.
Ce fut une faiblesse, une faute, pres-
que un crime, car de quel droit reprocher
a. des hommes à demi-conscients leurs
entreprises contre la société, lorsqu'on
laisse aller en paix ceux qui leur ont in-
sufûé les idées qu'on poursuit?
M. Bulot a flétri ou, tout au moins, blâ-
mé cette faiblesse qui frisait la compli-
cité.
C'est, d'ailleurs, la destinée de ce mal-
heureux gouvernement de la république,
de ne pouvoir vivre sans se désavouer per-
pétuellement lui-même. J.-C.
ËCHOS POLIHBUES
II se confirme que le gouvernement sera
interpellé, à la rentrée des Chambres, sur
le conflit survenu entre M. Grodet, gou-
verneur du Soudan, et le commandant
Quiquandon, chef de nos postes militaires
dans la région, contlit qui a eu pour ré-
sultat le rappel en France du comman-
dant.
Jusqu'à présent, le commandant Qui-
quandon paraît surtout coupable, ayant
appris l'échec subi par une petite colonne
française, à Bossé, de s'être porté au se-
cours de cette colonne et d'avoir mis en
déroute l'armée d'Ali-Kali, qui., lui-même,
a trouvé la mort sur le champ de ba-
taille.
Il sera intéressant de savoir si c'est de
ce fait d'armes qu'on entend punir le
commandant Quiquandon, et si la per-
mission de M. Grodet lui était indispen-
sable pour empêcher le capitaine Ntgote
et sa colonne d'être massacrés par les
bandes du roi de Bosse.
On annonce comme certaine la candi-
dature de M. Waldeck-Rousseau au siège
de sénateur devenu vacant dans la Loire,
par suite du décès de M. Albert, de La
Berge.
~fHf~ ~f? PA~K!
&uRUu M& fAiUi)
Le général Davout, duc d'Auerstaedt,
membre du conseil supérieur de la guerre,
est placé, depuis hier, dans le cadre de
réserve de Fétat-major général de l'ar-
mée..
Nous avons dit, il y a quelques jours,
quelles modifications le passage suc-
cessif au cadre de réserve, à quelques
jours de distance, des généraux Davout
et de Galliffet allait amener dans notre
haut état-major général. Rien n'est en-
core officiellement décidé.
Le général Davout est grand-croix, il a
la médaille militaire on ne peut plus
rien lui donner.
Parisiens, dormez en paix) 1
M. Casimir-Perier, président de la ré-
publique. est à Pont-sur-Seine
M. ChaIlemel-Lacour, président du Sé-
nat,est parti en voyage lasemaine;dernièrc;
M. Burdeau, président de la Chambre,
est à Allevard;
M. Dupuy, président du conseil, est à
Ule-sur-Ia-tet
M. Poincaré-est à la Bourboule
MM. Guérin, Leygues et Barthou se-
ront en pays d'Avignon, ce soir
M. VigeretM.Lourties sont à Caute-
rets
M. Félix Fa.ure est a Brest
M. Lépine, préfet de police, est à
Lyon
II ne reste à Paris que M. Hanoteau, le
général Mercier, M. Delcas&é. et M. Pou-
belle.
M. Charles Dupuy, président du con-
seil, partira, dans une quinzaine, pour
Vernet-les-Bains, près Prades (Pyrénées-
Orientales), où il séjournera une semaine;
il reviendra ensuite à IIle-sur-la-Tet.
Confirmation de ce que no'us avons dit,
hier, des changements décidés dans le
haut personnel du lycée Saint-Louis.
M. Piéron, inspecteur de l'Académie de
Paris, est nommé inspecteur général de
l'instruction publique et chargé à ce titre
des fonctions de proviseur du lycée Saint-
Louis et de la haute direction des études
dans cet établissement.
MM. Dhombres, professeur d'histoire
au lycée Henri-IV, et Laviéville, profes-
seur de physique au lycée Condorcet, sont
nommés censeurs au lycée Saint-Louis et
chargés en outre, l'un de la sous-direc-
tion des études littéraires, l'autre de la
sous-direction des études scientiques.
M. Joubin, proviseur au lycée Saint-
Louis, est nommé inspecteur de l'acadé-
mie a Paris.
M. Chappuis, censeur des études au ly-
cée Saint-~Louis, passe en la même qualité
au lycée Charlemagne.
PARADOXES ET VÉRITÉS
En compagnie d'un célèbre docteur, com-
ment s'empêcher, même en excellente santé,
de lui demander une consultation?
E. VIVIER.
L'ëgofsme se faufile dans nos meilleurs sen-
timents/dans l'amitié, dans l'amour. On le
verra toujours s'arrêter devant l'amour ma-
ternel.
Louis AisoiN.
Dans une lettre à M. de la Morandière,
membre du syndicat anti-phylloxérique
de Clisson, M. Couanon, inspecteur géné-
ral du ministère de l'agriculture, fait
connaître que, contrairement à des bruits
dont la propagation est déplorable, le
sulfure de carbone, employé avec un si
grand succès pour le relèvement des vi-
gnes atteintes, loin de stériliser les terres
pendant plusieurs années, les rend, au
contraire, plus fécondes.
M. Couanon déclare avoir dirigé lui-
même, en Algérie et dans la Vienne, les
expériences les plus convaincantes à ce
sujet.
La gare du Nord, au moment du dé-
part du rapide de onze heures trente, di-
rection de Londres, présentait un aspect
fort curieux.
Plus de cinquante Japonais, habillés
fort élégamment, du reste, à l'européen-
ne, prenaient le train de Londres pour se
rendre, de là, à Southampton, où ils
s'embarqueront aujourd'hui sur un trans-
port en partance pour le Japon.
C'étaient, pour la plupart, des officiers
qui vont rejoindre leur poste au Japon et
prendront part à la guerre contre la
Chine.
Parmi eux, on remarquait le général
d'artillerie Oku, qui arrive en droite li-
gne de Saint-Pétersbourg, où il était en
mission.
Les autres officiers ont reçu avis à
Berlin d'avoir à prendre'le prochain pa-
quebot qui les rapatriera.
Chose curieuse, deux ou trois Chinois,
en costume national, se trouvaient parmi
les voyageurs qui prenaient le même
train, et nous les avons mêmes vus, s'en-
tretenant le plus.amicalement du monde
avec leurs « ennemis ?. Chinois et Japo-
nais prendront, nous dit un ces derniers,
le même paquebot à destination de l'Ex-
trême-Orient.
A Londres sont déjà arrivés d'autres
officiers venant de tous les points de l'Eu-
rope et qui doivent également s'embar-
quer pour la patrie.
Le prince Komatsu, parent de la fa-
mille royale du Japon, qui est a Paris de-
puis quelques semaines, après avoir fait
un long séjour en Europe, partira pour
Tokio la semaine prochaine. C'est un
jeune homme de vingt-cinq ans, qui est
enseigne de vaisseau dans la marine ja-
ponaise.
Depuis quelques jours, 1~ légation du
Japon ne désemplit pas de. fournisseurs
militaires venant offrir leurs produits en
vue de la guerre. Le prince Komatsu a
déjà traité directement avec plusieurs
d'entre eux, et il est probable qu'une de
nos grandes manufactures d'armes va re-
cevoir une commande importante.
H est vrai que les fournisseurs affluent
également à la légation de Chine.
Nous recevons de M. André Chadourne la
lettre suivante relative à Fenéon.
Ce devait être, si mes sotivermssont
exacts, en 1886. J'étais alors moi aussi
rédacteur au ministère de la guerre, dans
le bureau des hôpitaux, installé à côté de
celui du recrutement, dont faisait partie
Fénéon. Je m'étais depuis quelque temps
li~ avec ce camarade, dont je partageais
pelles idées, mais dont je trouvais la
conversaMon très drôle en ses hardiesses.
C'était le vrai type du ~!Kce-s~MS-r:re.
Quoique, dans nos discussions sur la lit-
térature et l'art, (je n'en ai jamais eu d'au-
tres avec lui) il m'appelât souvent bour-
geois et arriéré, il le faisait avec si peu
d'aigreur que nos relations étaient restées
fort cordiales.
Or, par une de ces lourdes après-midi
administratives dont on ne sait comment
abréger la longueur, fêtais allé flâner un
moment dans le bureau de Fénéon.
Il était en train de travailler à un arti-
cle d'esthétique, destiné à la .RepMe MMM-
pendante, dont il était alors le rédacteur
en chef..
Debout près de son fauteuil, je le re-
gardais effacer des mots, des lignes entiè-
res, et se frapper le front pour en faire
iaillir d'autres verbes plus justes, plus
expressifs.
Or, comme je m'étonnais d'une pareille
sévérité envers son style
« Vous trouvez, me dit-il, que je cor-
') rige trop. He bien lisez cette phrase').
Il m'en montrait une presque vierge de
ratures. A peine l'eus-je parcourue
« Soyez franc, ajouta-t-il. Qu'en pensez-
» vous ? Pardon répliquai-je, permet-
» tez-moi de la relire. Je ne l'ai point tout
» à fait comprise. Ah 1 vous voyez
» bien. (et ici son air semblait tout à la
» fois satistait et désappointé.) Vous
a voyez bien que vous aviez compris
N q~elqnechose.–Certainement. N'a-
vais-je donc pas raison de changer en-
» core.Hya là un substantif qu'un homme
a intelligent devinera. Je vais l'effacer w.
Il l'eQaça. Ainsi refaite, la phrase pou-
vait aussi bien passer pour du turc que
pour du chinois mais il était heureux
et il ne se gêna point pour répéter plu-
sieurs fois de suite « Énûn personne ne
» me comprendra. C'est ce que je veux:
» personne, personne »
Agréez, cher monsieur,
André CHA.DOURNE.
.'
A travers les livres
Les Contes panachés, de M. Adrien
Vély, qui viennent de paraître, onreut
une série d'histoires contées à la fran-
çaise, où l'élégance et la finesse, le drame
et la comédie se fondent dans un ensem-
ble original, attrayant et divers, d'une
lecture particulièrement agréable et atta-
chante.
MOUVELLES A LA MA!N
Un joli mot du vieux marquis de R.
Il contemplait, hier, Paris du haut de
Montmartre.
Tout à coup il dit d'un ton moitié triste,
moitié narquois
–Tant de gens et si peu d'hommes) 1
Tant de maisons et si peu de foyers 1
UN TOURISTE
FRANCE & mOME
La. sous-commission des finances de la
souscription pour les victimes des trem-
blements de terre à Constantinople s'est
réunie, hier, au Grand-Hôtel, sous la pré-
sidence de M. Denormandie.
M. Arthur Meyer, secrétaire général du
comité, a donné lecture d&s nouvelles
souscriptions qui constituent la seconde
liste
Socié te du Canal de Suez. 0 10.000 a
Banque de Paris. 5.000 H
Crédit lyonnais (2" versement). 5.000 a
Société ottomane du chemin de
ierSmyrne-Eassaba. 5.000 a
Société générale. 3.000 a
Syndicat des agents de change. 3.000
M.Helyd'OisseI. 100 a
Grands magasins du Louvre.. 1.000 a
VIasto. 500 a
OttoUUmann. 1.000 »
Lazard frères. 500 a
Grands magasins du Bon Mar-
ché. 1.000 a
Mme H. Missak. 100 a
Société générale d'Orient. 0 5.000 M
Mme André Pinard. 100 a
J.Stern et Ce. 1.000 a
Mme J. Hollander. 100 a
EphrussiPorgés. 500 a
Chambre des avoués de cour
d'appel. 100 a
Baron Weisweiler. 500 s
Agence Nationale. 100 H
HoskieretCe. 500 a
Renouard.àParis. 300 ))
Morin-PonsetCe. 300 ))
Docteur Berger. 300 a
E. Goudchaux. 500 a
Docteur Chantemesse. i. 100 a
A. Benard. 500 B
E. Mercet. 500 N
Perier, Mercet et Ce. 500 ))
A.Gaiuo. 125 a
Henri Schneider. 300 ? u
Caraby, avocat. 200 N
Docteur G. Darinberg. 100 a
Doucet jeune. 100 a
Loroy. 50 a
T.Audéoud. 100 ))
Concierge de l'Ambassade otto-
mane. 10 ))
Jacques Doucet (r. de la Paix). 100 a
Edmond Joubert. 300 a
Aucoc(]'uedelaPaix). 50 a
DeBlowitz. 40 »
H.L. B. 5 a
-Jules Lyon. 20 a
Emile Blémont. 50 a
B.P.Grimaud. 50 a
HarryAlis. 50 »
Dieterlen. 50 a
Souscriptions recueillies par
M. F. Sengés, consul général de
Turquie à Libourne
MM. Sengés, 100 fr. Haus-
ser, 5. Avril, 5. Tisseyre,
5. Goyetche, 5. Monod, 5.
Videman, 5. Canaly, 5.
Lalande,5.– Deseas, 30. Mil-
let, 5. Pritz, 5. Latrille,
5. 175 a
Total de la 2e liste. 47.775 a
Total délais liste. 205.850 a
Total des deux premières listes 253.625 a
Après cette lecture, il .a été décidé que
la Banque ottomane était autorisée a en-
voyer à Constantinople une nouvelle
somme de cinquante mille francs.
On voit par cette liste que l'appel fait
par le comité a été entendu, ce qui d'ail-
leurs ne nous surprend point, la généro-
sité chez nous étant inépuisable.
p.ft.
B~otes Parisien
L'AGENT VITRAC
Paris est une mine inépuisable de potins,
mais tous ne peuvent être racontés, et si l'un
d'eux, affectant unetournure politique et sur-
tout policière, vient au jour, c'est un gaudis-
sementgéné''a).
–Avez-vous lu?
Quoi donç ?
Et )'on s'étonne qu'une 'nouvelle que l'on
connaît depuis cinq minutes, puisse être ignorée
d'un autre Parisien.
Mais d'où sortez-vous De Pontoise, de
Quimper-Corentin ou de votre fit ?
Le Parisien est toujours ravi de trouver moins
Parisien que fui.
Or, le potin du jour, nous n'avons pas be-
soin de le dire, c'est le récit de l'agent Vitrac,
publié par )e Figaro d'hier matin. On le trou-
vera piusioin.
Les vacances commençaient à devernir ter-
nes c'est un régal pour la curiosité publique.
Et le philosophe bouru, qui, dans son coin,'
annote et commente la psychologie de cette
fin de siècle, hausse les épaules, fronce lesour-
cil et s'étonne encore, malgré sa longue expé-
rience, que le premier venu, avec un passé
connu et bizarre, puisse trouver crédit ici et là,
dispose de secrets d'Etat, et que l'on prenne
en haut'iieu des agents si peu sûrs.
Depuis quelques années, la police n'a pas
de chance. Sans remonter jusqu'à l'agent qui
prévint le général Boulanger de son arresta-
tion, cet agent n'étant peut-être pas un traître,
on peut rappeler, tout près de nous, la bro-
chure de l'agent Dupas, et bien d'autres exem-
ples.
Est-ce simplement une série à la noire, une
déveine suivie, ou bien le gouvernement et la
préfecture de police ne savent-ils plus recruter
leurs agents?
M. Vitrac est un homme de trente-deux ans
environ. Son père a fait avant de mourir des
pertes considérables à laBourse. Len!s a eu une
maison de coulisse, il a liquidé il trouve en-
core de l'argent, il y a sept ans, et il en
profite pour louer à Mme Ugalde, le théâtre
des Bouffes, pour la saisond'été. Que va-t-il
jouer? Parbleu, une pièce qu'il a écrite. C'est
la seule occasion de se faire jouer, et il convo-
que la critique à entendre le Microbe. Hélas,
le Mïcro&eeut l'existence d'un microbe; il resta
huit jours sur l'affiche et disparut avec la nou-
velle direction.
Et rose elle a vécu ce que vivent les rosés,
L'espaced'unmatin.
Procès, réclamations vinrent assaillir l'au-
teur-directeur. Ce qu'il en résulta, peu im-
porte. Toujours est-il que le coulissicr-auteur
en vint, un beau jour, à se présenter à la ~i'&re
Parole comme littérateur. méconnu.
II se présentait bien, la mise soignée, la phy-
sionomte avenante, et ses yeux, d'un bleu de
fa'ience, bien qu'enfoncés dans l'orbite, ne tra-
hissaient nullement une arrière-pensée. Quelles
étaient ses ressources à ce moment ? Nous l'i-
gnorons. H avait épousé la fille d'un loueur de
chaises, et en avait eu deux enfants. Toujours
est-il qu'il s'offrit de collaborer à la Li'f Pa-
role, sans rétribution!
J'ai, comme vous, dit-il, la haine des op-
portunistes qui ont ruiné mon père. Le plaisir
de contribuer à votre courageuse campagne me
suffira. Je suis à même de vous rendre de
grands services. Je n'appartiens pas à l'admi-
nistration, mais je connais beaucoup de fonc-
tionnaires et je puis, par eux, avoir des rensei-
gnements intéressants.
Pendant six mois on mit Vitrac à l'épreuve et
on dut reconnaître, & la Libre Paro/c, que ses
renseignements étaient toujours exacts. Un
jour, M. Drumont lui offrit de rétribuer ses ser-
vices. H refusa encore, prétextant le plaisir suf- 1-
fisant qu'il éprouvait à satisfaire sa haine du
gouvernement.
« Une haine gratuite est toujours un dan-
ger », a dit je ne sais quel philosophe. A la
Libre Pa:)'o/e on eut quelque méfiance, car il
fut convenu entre les rédacteurs qu'on ne par-
lerait de rien d'important devant ce singulier
personnage.
Avait-il profité de ses entrées à la Libre Pa-
role, pour offrir ses services à la préfecture de
police et pour trouver de ce côté une compen-
sation à ses services gratuits ? C'est, on l'a-
vouera, une conclusion qui s'impose, et sans
laquelle tout~e récit de Vitrac demeure confus
et inexplicable.
Un matin, M. Clément se présenta chez M.
Gaston Méry, rédacteur à la Z-i'~re Parole, et se
livra à une perquisition minutieuse dans ses
papiers. 11 saisit trois pièces, notamment un
factum qui avait été remis la veille à M. Méry
et qui expliquait, en termes précis, comment
on pouvait se débarrasser de M. Carnot et le
faire sauter. M. Méry n'avait accepté ce docu-
ment que pour le lire; il fit remarquer à M.
Clément qu'il était absolument étranger à ce
projet et à sa rédaction.
Néanmoins, le cas était pendable pour un
adversaire du gouvernement et pouvait inspi-
rer certaines craintes. H y avait peut-être un
piège tendu au journaliste.
Le soir même, Vitrac se présenta à M.Gaston
Méryetinidit:
11 paraît que vous gardez chez vous des
documents compromettants.
Quels documents ?
Et Vitrac expliqua tout au long la nature de
ces documents à M. Méry, qu'i n'en avait en-
core parlé à personne. Comme on s'en doute,
il resta saisi devant cette révélation.
Comment savez-vous cela P
Je le sais, cela doit vous suffire, et je viens
vous sauver. Votre cas pourrait être assimilé à
un complot contre la sûreté de l'Etat. Mais
tranquillisez-vous. Détruisez tout ce que vous
pourriez avoir de suspect à cet égard dans vos
papiers. Quant au document saisi, « on ne s'en
servira pas. »
Et on ne s'en servit pas. Vitrac était donc
bien renseigné.
a:
C'est le lendemain même de cet incident,qui
avait montré les mystérieuses relations de Vi-
trac, que celui-ci entama auprès de M. de Boi-
sandré les pourparlers qu'il a révélés hier. M.
Drumont repoussa les offres, mais sans se fâ-
cher, car il ne croyait pas à leur sincérité. Ce-
pendant il avait été frappé de ce fait que Vi-
trac connaissait son intention de se présenter
aux électeurs de Péronne, alors qu'il tenait ce
projet absolument secret. On sait, d'ailleurs,
que M. Drumont y renonça, et se présenta à
Amiens.
Qu'est devenu Vitrac depuis l'année der-
nière, car il abandonna la .L:6re Parole après
l'àvortement de ses négociations ? Là encore
plane un mystère insondable.
Pour l'éclaircir, nous avons cherché à savoir
comment se recrutait la police secrète, la po-
lice politique, et ce que devenaient ses agents
remerciés. Comme on le pense, nous n'avons
pas obtenu les secrets de la préfecture de po-
lice, mais toutn'est pas mystère dans cette
organisation.
Sous l'Empire et jusqu'en tSyg, il y eut à la
Préfecture de police une brigade politique, la
brigade Lombard, que M. Andrieux supprima,
qui fut réorganisée sous le nom de deuxième
brigade des recherches, et qui, actuellement,
fait la chasse aux anarchistes, sous la direction
de M. Fédée. Mais ce sont là des agents offi-
ciels, payés mensuellement et ayant droit à
une retraite. Il existe cependant d'autres
agents, au nombre de quarante, « la brigade de
contrôle ~.organisée par M. Gragnon, qui s'oc-
cupent plus spécialement de la politique.
Enfin, il y a ce qu'on appelle des renM!
~Hc«r~, des individus qui n'ont aucun carac-
tère officiel, qui s'offrent d'eux-mêmes, en si
grand nombre qu'on doit en refuser une grande
partie, et qui ne sont appréciés qu'en raison de
leur situation et des services qu'Us rendent.
Leurs renseignements sont vérifiés par la bri-
gade de contrôle et payés ad M/oreo;, comme
certaines marchandises en douane. On ies
prend un peu à l'aveuglette et on les congédie
dès qu'ils essaient de tromper ou se trompent
trop tacitement. En termes de poHce.ondit
d'un agent qui tombe dans un de ces deux cas
ou se faisse deviner du pnbHc qu'i) est ~n<
Brû!é ou flambé, cela revient au même.
Vitrac appartenait-i) à cette catégorie de ren-
seigneurs et a-t-it été remercié, ou bien était-ce
simplement un poiicier-amateur qui a voulu,
comme il fe disait, satisfaire sa haine du gou-
vernement en le compromettant? Chacun in-
terprétera ce~ faits comme il !e voudra.
Que de gens à Paris,' après avoir essayé de
tous tes métiers, et ramassé çà et '!à quelques
vagues relations dans tous les mondes, ne
trouvent plus d'autres ressources que celles que
nous venons d'indiquer. i)s se faunient dans
un milieu où les renseignements'ppurront être
utiles, vont ensuite à la préfecture de police se
vanter d'avoir pris pied dans ce milieu, et of-
frent leurs services. moyennant nnances.
Us jouent doubfe jeu, en tirent quetquefois
dôubte p'ont, ce qui n'est pas ie cas de Vitrac,
et quelquefois aussi, se brûient les ailes.
Paris, grand désert de pierres, où tout se
trouve, ie crime et la vertu, côte à côte, où rien
n'est de nature à étonner le philosophe, où,
malgré tout, on peut s'étonner à chaque pas.
TOUT-PAR tS
ABB-MmR
SOUVENtRS DU GÉNÈRAt. OU BAR~tt
L'émir El-Hachemi est en ce moment &
Paris, où, comme nous l'avons dit,il est venu,
sur le conseil des médecins d'Azérie, pour se
soumettre a une délicate opération aux yeux,
car El-Hachemi est aveugle depuis treize ans.
Le père de notre hô.e, Abd-eI-Kadar, fut
un célèbre guerrier qui, pendant de longues
années, en Algérie, tint tête a nos soldats.
Un des plus jeunes et des plus brillants de
nos officiers d'alors, M. du Barail, qui devint
général et ministre de la guerre, prit part a.
plusieurs expéditions contre Abd-el-Kader il
étaitprésent à la prise de la Smalah.
Nous sommes allé surprendre, hier, le gé-
nsral du Barail au chittaa.u de Sancy, où il
continue a écrire ses .SoufeMtrs, dont la pre-
mière partie a été loe avec tant d'intérêt, et
nous lui avons demandé quelques notes sur
Abd-el-Kader.
Le général du Barail, doué d'une mémoire
surprenante, nous a immédiatement retracé
les grandes lignes de la vie du fameux chef
arabe, et avec une sûreté et une précision
réellement remarquables
Sidi-eI-Hadji-OuIed-Mahiddin Abd-
el-Kader était un fameux guerrier, qui
jouissait en Arabie d'une puissance ex-
traordinaire pauvre, profondément re-
ligieux, doué d'un patriotisme et d'une
intrépidité iarouches, il était obéi autant
que respecté par les nombreuses tribus
qui l'avaient choisi comme chef.
» Avant l'arrivée des Français, la na-
tionalité arabe n'existait pas. Le pays
était gouverné ou, pour mieux dire, do-
miné, de la manière la plus violente et la
plus astucieuse, par les Turcs, qui, avec
deux mille hommes de troupes, terrori-
saient les indigènes et mettaient surtout
en principe la devise de Machiavel « Di-
viser pour régner. )) II y avait, a cette épo-
que, deux partis ennemis irréconciliables,
le parti aristocratique et le parti théocra-
tique. Les Turcs excitaient les adeptes de
l'un contre ceux de l'autre et tiraient un
large profit des conflits et des batailles
qu'ils entretenaient continuellement.
)) Lorsque les Français eurent chassé
les Turcs, Abd-el-Kader comprit immé-
diatement ce qu'il pouvait tirer de cet
état de choses; il eut une idée de génie et
de sincère chauvinisme réunir ce peuple
si divisé, ce peuple si désuni par suite de
la campagne incessante des Turcs, et en
faire un peuple arabe dont il serait le
chef. Il y réussit en partie, grâce surtout
à sa foi ardente que partageaient ses su-
jets. Et il fut placé à la tête du parti théo-
cratiqup.
» Abd-el-Kader avait, d'ailleurs, sa lé-
gende en laquelle il croyait aveuglé-
ment.
« II était encore un enfant quand il se
rendit à La Mecque avec son père le ma-
rabout Sidi-el-Mahiddin. Lu une vieiHe
sorcière le vit, l'examina et, parait-il, lui
prédit qu'il serait sultan.
a Abd-el-Kader était convaincu que la
prophétie de cette vieille femme se réali-
serait un.iour. C'est pourquoi, toujours
il combattit avec une rare intrépidité, un
sang-froid remarquable, sûr qu'il serait
appelé aux plus hautes destinées.
» Le grand ennemi d'Abd-eI-Kader était
Mustapha-ben-IsmaîI, le chct du parti
aristocratique. Ce dernier, élevé par les
Turcs, était un agent de la Turquie. C'é-
tait un homme d'une réelle valeur. Il vint
à nous parce que Abd-el-Kader, auquel il
n'avait jamais cessé de faire de l'opposi-
tion. le recherchait dans l'intention de le
décapiter.
» Mustapha-ben-I-~fnaïl avait jusque-là
servi les intérêts des Turcs, et comme ces
derniers avaient été supplantés par les
Français, iiavaitjugéprudcntdese tourner
de notre côté. Il s'offrit a. nous avec ses
hommes pour continuer à faire de l'oppo-
sition a Abd-del-Kader, c'est-à-dire an
parti théocratique que le fameux guerrier
représentait.
» La venue de Mustapha était pour nous
très précieuse aussi le grade de général
lui fut-il donné, et il figura à l'annuaire
militaire sous le titre de maréchal de
camp.
» Cependant, il faut reconnaître, e.n se
plaçant uniquement au point de vue hu-
manitaire, que Abd-el-Kader défendait
une cause beaucoup plus haute, beaucoup
plus élevée que celle de son ennemi.
» Mustapha nous rendit d'immenses
services. Ce fut lui qui nous apprit à faire
la guerre aux Arabes. Et en présence
d'Ab-eI-Kader, nous avions affaire a forte
partie, car, pour son temps, pour le mi-
lieu dans lequel il vivait, ce célèbre chef
était tout à fait supérieur. Il se défendit,
de 1831 à 1847, avec une énergie, une per-
sévérance que nous devons admirer chez
des adversaires.
» On lui a reproché les massacres des
prisonniers français après les fatales
journéesde Sidi-Brahim. Abd-el-Kader ne
commanda pas ce massacre. Un grand
nombre de chasseurs et de hussards
avaient été iaits prisonniers, et un convoi
de malades, commandé par ie lieutenant
de zouaves Marin, fut enlevé à Aïn-te-
Mouchen, sur la route de TIemcen. Ef-
frayé, le lieutenant Marin, n'ayant pas
un seul homme valide qui pût défendre
le convoi, fut obligé d'accepter la capitu-
lation.
w Après aa temps assez lon~ les chefs
PARIS & S CENTIMES DÉPAUTKMENTS ET GARES ~<~ CENTIMES
S8* Année 3" Série N" 5~
ARTHUR MËYER
Dt'fecfeMf
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
~BONTtSMENTS. PETITES ANNONCES
2, rne Drouot, 2
(Angie des booiavcrd? ;dontmsrtre et des !ta!!cn'~
ANNONCES
MM. CH:. LAGRANGE. cmmr' ~)
G, PLACE DE LA. BOURSE, 6
~< d ~'o
ARTHUR MEYER
DtrcctCM!'
RÉDACTION
2,rueDrouot
~&t~e des bouievards Montmartrs et des Haiien~
ABONNEMENTS
Pans 1 Départements
Un mois. 6fr. Un mois. y 66'.
Trois mois. 13SO Trois mois. 16fr. fr,
Sixmuis. Mfr. Sixmois. 33 fr.
Un an. 84 fr. Un an. 64=fr.
Etranger
Trois mois (Uniot) postule). 18fr.
LES CRITIQUES
DE
t ? f~StTF'tf~E'
L~% ~Mai~UË
C'est toujours un malheur que d'être
contraint d'emprunter de l'argent à quel-
qu'un. Mais si le prêteur s'appelle Alexan-
dre Dumas, ce malheur prend les propor-
tions d'une catastrophe dont les enets
s'étendent a. plusieurs générations.
Ainsi, un écrivain, critique dramati-
que, eut recours, jadis, à la bourse de M.
A. Dumas. Celui-ci. donna les piécettes
qui ne lui furent pas rendues. Bien plus,
le critique revint à la charge et M. Dumas
ne rui refusa pas les quelques écus de-
mandés. Sur ces entrefaites, M. Dumas
6t jouer la Pr~Mcessc de J3a~a~. Le cri-
tique, débiteur de M. Dumas, n'acquitta
pas sa dette en grimaces laudatives. Il
devait de l'argent et non des compliments
à M. Dumas.
Cette attitude causa à M. Dumas une
indignation telle que ni la mort du criti-
que ni le temps n'ont pu apaiser son res-
sentiment. L'autre jour, interrogé sur les
inconvénients des lépétitions générales
ouvertes a la presse, les rancunes du
créancier déçu'iui sont remontées aux lè-
vres. Il a raconté ses bienfaits, dit l'in-
gratitude de l'obligé, nommé en toutes
lettres le mort et, généralisant, déclaré
qu'a quatre ou cinq exceptions près, la
critique dramatique était dépourvue de
talent, ignorante, absurde, sans probité
professionnelle, sacriûant la justice et la
vérité à de misérables questions person-
nelles. En proie à une véritable fureur
vengeresse, M. Dumas a même vaticiné.
II a prévu l'heure ou les comptes rendus
dramatiques seraient remplacés par des
irticJes réclames payes à tant la ligne.
Il paraît, a-t-il ajouté, que la chose est
:n bon chemin. ))
Ce réquisitoire exaspéré fera sourire.
En tout temps.Ies auteurset les critiques
ont échangé des horions, et Voltaire, qui
avait presque autant d'esprit que M. Du-
mas, n'a jamais hésité a calomnier ou à
injurier les feuilletonistes de son temps.
L'auteur de la -Pr:Mce~c de 2~
M. Bergerat, ou n'importe quel auteur,
aime à être applaudi. Il lui déplaît d'être
jugé, et il s'assure sans doute contre les
sévérités hypothétiques de la critique en
ladécrétant d'incapacité et d'indignité. Si,
par aventure improbable, étant donné
l'immense talent de l'auteur, son couvre
prochaine était mal accueillie, il lui sera
facile d'attribuer aux rancunes des criti-
ques l'injustice de leurs jugements. Nous
ne ferons donc pas a nos camarades l'in-
jure de les défendre contre des imputa-
tions qui n'auraient de valeur que si M.
Dumas avait cru devoir mettre des noms
a.u bout de ses réquisitoires.
Ce que nous voulons seulement retenir
de ce petit scandale littéraire auquel
l'ami Sarcey a donné assez fâcheuse-
ment prétexte par ses attaques incon-
sidérées, obscures, contre ses confrères,
c'est la manifestation un peu brutale
de la part de certains auteurs et de
certains des directeurs de théâtres, du dé-
sir de supprimer tout contrôle, toute con-
tradiction et d'empêcher le public d'être
renseigné sur ~a valeur des œuvres repré-
sentées. C'est aussi l'artifice qui consiste
a masquer l'incapacité professionnelle,
la mauvaise administration, l'infatuation
cabotine, le manque de travail artistique
sérieux et a en attribuer les déplorables ef-
fets aux observations d'écrivains désinté-
ressés, qui avec plus ou moins de quali-
tés, mais avec un talent le plus souvent
supérieur & celui des auteurs qu'ils criti-
quent, font profession de renseigner le
public sur les mérites ou les faiblesses
des pièces soumises àleur appréciation.
Sarcey, bonhomme et volontiers cré-
dule, s'est laissé persuader par deux ou
trois directeurs de spectacle que, sans la
critique du lendemain, tout irait pour le
mieux, dans les théâtres, et comme cette
affirmation flattait, a son insu, ses façons
de voir, il s'est jeté dans la bagarre avec
son ardeur ordinaire. Sans trop choisir
ses arguments, et sans prendre la peine
d'en veriner la force, il a répété ce que lui
disaient les plaignants. De bonne foi,
Sarcey est excusable. Il ne pouvait guère'
contredire les avocats insinuants qui plai-
daient leur cause en défendant, sans en
avoir l'air, celle de notre doyen. On lui
disait que le feuilleton hebdomadaire si-
gné Sarcey suiiisait largement à satis-
faire la curiosité du public. Pouvait-il
être d'un autre avis ? y
On le pressait de se faire le champion
des directeurs ei mal de liquidation judi-
ciaire et on lui soutenait que, seul, il te-
nait dans ses mains les destinées de l'art
dramatique. Devait-il s'inscrire en faux
contre une opinion qu'il partage et qu'il
manifeste loyalement en toute occasion ?
Non. Sarcey, alléché par le langage, des
corbeaux flatteurs et déplumés qui le soi-
licitaient a naïvement laissétomber, sans
y prendre garde, son fromage. Il a nié les
droits de lacritique,sa légitime influence,
le devoir qui lui incombe d'essayer d'é-
clairer l'opinion, d'élever le niveau artis-
tique et de faire passer les intérêts de
l'art avant les questions de boutique. Pour
faire plaisir à quelques montreurs d'ours,
il a allègrement renié son passé, affirmé
l'inutilité du glorieux labeur de toute sa
vie.
Le tout, sans profit pour ses clients, car
les appréciations de M. Dumas non plus
que les lamentations des futurs justicia-
bles du syndic ne réussiront supprimer
la critique ou n restreindre le champ de
son action. Le.public a trop le sentiment
que, sans elle, il serait livré sans défense
aux pires entreprises des méchants au-
teurs et des directeurs incapables, et que
le théâtre. le théâtre de Corneille, de Ra-
cine, de Molière, d'Augier, de Meilhac, de
Sardou et de Dumas, deviendrait, à bref
délai, un cirque forain, où la prose a'au-
teurs sans orthographe servirait de cadre
à des exhibitions basses et ordurières.
Mais les spectateurs ne seraient pas
seuls a protester si, par impossible, on
parvenait s. nous bâillonner ou, tout au
moins, a entourer l'exercice de notre pro-
fession de difficultés et d'obstacles dé-
courageants. Les auteurs les plus ombra-
geux, les plus sensibles.seraient les pre-
miers à réclamer le retour aux anciennes
libertés. Car, si préoccupés qu'ils puis-
sent être du succès matériel de leur œu-
vre, ils attachent surtout du prix et
c'est leur honneur aux suSrages de
leurs pairs. Alors même qu'ils affectent
une hautaine indifférence pour la criti-
que, ils souffrent de ses sévérités, s'enor-'
gueillissent de ses cpmplhaents, et l'â-
pretéde leur défense prouve avec éclat
combien ils tiennent à l'approbation des
écrivains qui les jugent.
Certes, il serait iacile aux plus humbles
d'entré nous d'appuyer d'arguments indis-
cutables cette opinion que les plus gran-
des jouissances morales ressenties par
les auteurs dramatiques, ils les doivent
à la lecture des articles ou on rend un
hommage motivé à leur talent et où l'at-
tention du public est appeléesurleurs œu-
vres, par la mise en relief de leurs quali-
tés. II nous suffirait de relever quelques
fragments, des correspondances qui sui-
vent, quand elles ne les précèdent pas, les
premières représentations. Mais on n'a
pas, dans nos rangs, le dédain des préju-
gés au même degré que M. Dumas, et pas
un seul parmi nous ne s'oubliera jusqu'à
transformer un fait intime, une lettre con-
fidentielle, un acte de gratitude ou d'in-
gratitude privée, en argument public.
Et puisque je suis revenu, involontai-
rement, aux accusations portées contre
la critique par l'illustre académicien, je
m'autorise de mon titre de président du
Cercle de la critique pour faire à nos ca-
lomniateurs ou aux médisants une sim-
ple proposition.
Sans doute, ce n'est pas en l'air que
M. Dumas a porté contre la presque tota-
lité des critiques les plus graves accusa-
tions. Sarcey doit avoir aussi de bonnes
raisons pour avoir vaguement insinué
qu'il en savait long sur les rapports des
directeurs et des journalistes. En bien!
que ces directeurs soi-disant molestés ou
exploités consentent à raconter publique-
ment leurs historiettes et ne craignent
pas de nommer les malfaiteurs des lettres
qui, peu. ou prou, sous une forme ou
sous une autre, se sont livrés & leur
égard à des opérations de chantage.
Même, s'ils ont de la répugnance à se
mettrédirectement en cause, qu'ils sai-
sissent notre bureau de leurs plaintes, de
leurs griefs. Ils peuvent être certains que
les coupables seront promptement dis-
qualifies et dénoncés au mépris public.
Leur sac vidé et la vérité connue, ils au-
rontalorsie loisirde s'occuper de leur mé-
tier, de lire les pièces que les jeunes au-
teurs leur soumettent, de veillera à la
bonne administration de leurs entrepri-
ses, de donner des preuves de goût et
d'intelligence. Cet emploi de leur temps
sera plus profitable a l'art dramatique
que les confidences potinières et diffama-
toires faites mystérieusement a l'oreille
de Sarcey, et que ce dernier, par pure
bonhomie, jetteraà travers son feuilleton,
au risque d'empoisonner ses confrères.
HECTOR PESSARD
En l'absence du directeur du G'
la rédaction au secrétaire de la rédaction,
3,rue Drouot.
Ce qui se passe
GAULO!S-GU!DE
A~'OM)'t.Mt.
Courses à Cabourg et à Bagncres-de-Lu-
chon.
Deuxième journée du voyage des Félibres,
descente pittoresque du Rhôae.
Au théâtre de la République, première repré-
sentation de ~a la F
LA POL!T!QU2
On peut dire que le réquisitoire de M.
l'avocat généra! Bulot a relevé le prestige
de la justice~ légèrement entamé et
abaissé, dans le procès des Trente, par la
faiblesse du président et par le talent de
certains accusés, à qui on semblait pren-
dre à tâche de faire la partie belle.
M. Bulota fait entendre au jury quel-
ques paroles honnêtes et vigoureuses qui
ont ranermi les consciences ébranlées. Il
a, notamment, eu le courage de regretter
tout haut qu'on n'ait pas poursuivi un
homme qm apparait dans toutes ces af-
faires de l'anarchie comme une sorte de
moteur central M. Elisée Reclus.
Or, non seulement on n'a pas arrêté M.
Reclus, mais on a conspiré pour que Paul
Reclus eût le temps de mettre la fron-
tière entre lui et une police aveugle et
sourde par ordre supérieur.
Les gens qui détenaient la bielle de la
vindicte publique, si on peut s'exprimer
ainsi, ont pensé que M. Reclus apparte-
nait à l'aristocratie républicaine, que c'é-
tait grâce aux travaux de sa famille
qu'eux-mêmes pouvaient monter dans les
carrosses du pouvoir, et ils n'ont pas
voulu qu'un des fondateurs de la répu-
blique ligurât sur le banc d'infamie.
Ce fut une faiblesse, une faute, pres-
que un crime, car de quel droit reprocher
a. des hommes à demi-conscients leurs
entreprises contre la société, lorsqu'on
laisse aller en paix ceux qui leur ont in-
sufûé les idées qu'on poursuit?
M. Bulot a flétri ou, tout au moins, blâ-
mé cette faiblesse qui frisait la compli-
cité.
C'est, d'ailleurs, la destinée de ce mal-
heureux gouvernement de la république,
de ne pouvoir vivre sans se désavouer per-
pétuellement lui-même. J.-C.
ËCHOS POLIHBUES
II se confirme que le gouvernement sera
interpellé, à la rentrée des Chambres, sur
le conflit survenu entre M. Grodet, gou-
verneur du Soudan, et le commandant
Quiquandon, chef de nos postes militaires
dans la région, contlit qui a eu pour ré-
sultat le rappel en France du comman-
dant.
Jusqu'à présent, le commandant Qui-
quandon paraît surtout coupable, ayant
appris l'échec subi par une petite colonne
française, à Bossé, de s'être porté au se-
cours de cette colonne et d'avoir mis en
déroute l'armée d'Ali-Kali, qui., lui-même,
a trouvé la mort sur le champ de ba-
taille.
Il sera intéressant de savoir si c'est de
ce fait d'armes qu'on entend punir le
commandant Quiquandon, et si la per-
mission de M. Grodet lui était indispen-
sable pour empêcher le capitaine Ntgote
et sa colonne d'être massacrés par les
bandes du roi de Bosse.
On annonce comme certaine la candi-
dature de M. Waldeck-Rousseau au siège
de sénateur devenu vacant dans la Loire,
par suite du décès de M. Albert, de La
Berge.
~fHf~ ~f? PA~K!
&uRUu M& fAiUi)
Le général Davout, duc d'Auerstaedt,
membre du conseil supérieur de la guerre,
est placé, depuis hier, dans le cadre de
réserve de Fétat-major général de l'ar-
mée..
Nous avons dit, il y a quelques jours,
quelles modifications le passage suc-
cessif au cadre de réserve, à quelques
jours de distance, des généraux Davout
et de Galliffet allait amener dans notre
haut état-major général. Rien n'est en-
core officiellement décidé.
Le général Davout est grand-croix, il a
la médaille militaire on ne peut plus
rien lui donner.
Parisiens, dormez en paix) 1
M. Casimir-Perier, président de la ré-
publique. est à Pont-sur-Seine
M. ChaIlemel-Lacour, président du Sé-
nat,est parti en voyage lasemaine;dernièrc;
M. Burdeau, président de la Chambre,
est à Allevard;
M. Dupuy, président du conseil, est à
Ule-sur-Ia-tet
M. Poincaré-est à la Bourboule
MM. Guérin, Leygues et Barthou se-
ront en pays d'Avignon, ce soir
M. VigeretM.Lourties sont à Caute-
rets
M. Félix Fa.ure est a Brest
M. Lépine, préfet de police, est à
Lyon
II ne reste à Paris que M. Hanoteau, le
général Mercier, M. Delcas&é. et M. Pou-
belle.
M. Charles Dupuy, président du con-
seil, partira, dans une quinzaine, pour
Vernet-les-Bains, près Prades (Pyrénées-
Orientales), où il séjournera une semaine;
il reviendra ensuite à IIle-sur-la-Tet.
Confirmation de ce que no'us avons dit,
hier, des changements décidés dans le
haut personnel du lycée Saint-Louis.
M. Piéron, inspecteur de l'Académie de
Paris, est nommé inspecteur général de
l'instruction publique et chargé à ce titre
des fonctions de proviseur du lycée Saint-
Louis et de la haute direction des études
dans cet établissement.
MM. Dhombres, professeur d'histoire
au lycée Henri-IV, et Laviéville, profes-
seur de physique au lycée Condorcet, sont
nommés censeurs au lycée Saint-Louis et
chargés en outre, l'un de la sous-direc-
tion des études littéraires, l'autre de la
sous-direction des études scientiques.
M. Joubin, proviseur au lycée Saint-
Louis, est nommé inspecteur de l'acadé-
mie a Paris.
M. Chappuis, censeur des études au ly-
cée Saint-~Louis, passe en la même qualité
au lycée Charlemagne.
PARADOXES ET VÉRITÉS
En compagnie d'un célèbre docteur, com-
ment s'empêcher, même en excellente santé,
de lui demander une consultation?
E. VIVIER.
L'ëgofsme se faufile dans nos meilleurs sen-
timents/dans l'amitié, dans l'amour. On le
verra toujours s'arrêter devant l'amour ma-
ternel.
Louis AisoiN.
Dans une lettre à M. de la Morandière,
membre du syndicat anti-phylloxérique
de Clisson, M. Couanon, inspecteur géné-
ral du ministère de l'agriculture, fait
connaître que, contrairement à des bruits
dont la propagation est déplorable, le
sulfure de carbone, employé avec un si
grand succès pour le relèvement des vi-
gnes atteintes, loin de stériliser les terres
pendant plusieurs années, les rend, au
contraire, plus fécondes.
M. Couanon déclare avoir dirigé lui-
même, en Algérie et dans la Vienne, les
expériences les plus convaincantes à ce
sujet.
La gare du Nord, au moment du dé-
part du rapide de onze heures trente, di-
rection de Londres, présentait un aspect
fort curieux.
Plus de cinquante Japonais, habillés
fort élégamment, du reste, à l'européen-
ne, prenaient le train de Londres pour se
rendre, de là, à Southampton, où ils
s'embarqueront aujourd'hui sur un trans-
port en partance pour le Japon.
C'étaient, pour la plupart, des officiers
qui vont rejoindre leur poste au Japon et
prendront part à la guerre contre la
Chine.
Parmi eux, on remarquait le général
d'artillerie Oku, qui arrive en droite li-
gne de Saint-Pétersbourg, où il était en
mission.
Les autres officiers ont reçu avis à
Berlin d'avoir à prendre'le prochain pa-
quebot qui les rapatriera.
Chose curieuse, deux ou trois Chinois,
en costume national, se trouvaient parmi
les voyageurs qui prenaient le même
train, et nous les avons mêmes vus, s'en-
tretenant le plus.amicalement du monde
avec leurs « ennemis ?. Chinois et Japo-
nais prendront, nous dit un ces derniers,
le même paquebot à destination de l'Ex-
trême-Orient.
A Londres sont déjà arrivés d'autres
officiers venant de tous les points de l'Eu-
rope et qui doivent également s'embar-
quer pour la patrie.
Le prince Komatsu, parent de la fa-
mille royale du Japon, qui est a Paris de-
puis quelques semaines, après avoir fait
un long séjour en Europe, partira pour
Tokio la semaine prochaine. C'est un
jeune homme de vingt-cinq ans, qui est
enseigne de vaisseau dans la marine ja-
ponaise.
Depuis quelques jours, 1~ légation du
Japon ne désemplit pas de. fournisseurs
militaires venant offrir leurs produits en
vue de la guerre. Le prince Komatsu a
déjà traité directement avec plusieurs
d'entre eux, et il est probable qu'une de
nos grandes manufactures d'armes va re-
cevoir une commande importante.
H est vrai que les fournisseurs affluent
également à la légation de Chine.
Nous recevons de M. André Chadourne la
lettre suivante relative à Fenéon.
Ce devait être, si mes sotivermssont
exacts, en 1886. J'étais alors moi aussi
rédacteur au ministère de la guerre, dans
le bureau des hôpitaux, installé à côté de
celui du recrutement, dont faisait partie
Fénéon. Je m'étais depuis quelque temps
li~ avec ce camarade, dont je partageais
pelles idées, mais dont je trouvais la
conversaMon très drôle en ses hardiesses.
C'était le vrai type du ~!Kce-s~MS-r:re.
Quoique, dans nos discussions sur la lit-
térature et l'art, (je n'en ai jamais eu d'au-
tres avec lui) il m'appelât souvent bour-
geois et arriéré, il le faisait avec si peu
d'aigreur que nos relations étaient restées
fort cordiales.
Or, par une de ces lourdes après-midi
administratives dont on ne sait comment
abréger la longueur, fêtais allé flâner un
moment dans le bureau de Fénéon.
Il était en train de travailler à un arti-
cle d'esthétique, destiné à la .RepMe MMM-
pendante, dont il était alors le rédacteur
en chef..
Debout près de son fauteuil, je le re-
gardais effacer des mots, des lignes entiè-
res, et se frapper le front pour en faire
iaillir d'autres verbes plus justes, plus
expressifs.
Or, comme je m'étonnais d'une pareille
sévérité envers son style
« Vous trouvez, me dit-il, que je cor-
') rige trop. He bien lisez cette phrase').
Il m'en montrait une presque vierge de
ratures. A peine l'eus-je parcourue
« Soyez franc, ajouta-t-il. Qu'en pensez-
» vous ? Pardon répliquai-je, permet-
» tez-moi de la relire. Je ne l'ai point tout
» à fait comprise. Ah 1 vous voyez
» bien. (et ici son air semblait tout à la
» fois satistait et désappointé.) Vous
a voyez bien que vous aviez compris
N q~elqnechose.–Certainement. N'a-
vais-je donc pas raison de changer en-
» core.Hya là un substantif qu'un homme
a intelligent devinera. Je vais l'effacer w.
Il l'eQaça. Ainsi refaite, la phrase pou-
vait aussi bien passer pour du turc que
pour du chinois mais il était heureux
et il ne se gêna point pour répéter plu-
sieurs fois de suite « Énûn personne ne
» me comprendra. C'est ce que je veux:
» personne, personne »
Agréez, cher monsieur,
André CHA.DOURNE.
.'
A travers les livres
Les Contes panachés, de M. Adrien
Vély, qui viennent de paraître, onreut
une série d'histoires contées à la fran-
çaise, où l'élégance et la finesse, le drame
et la comédie se fondent dans un ensem-
ble original, attrayant et divers, d'une
lecture particulièrement agréable et atta-
chante.
MOUVELLES A LA MA!N
Un joli mot du vieux marquis de R.
Il contemplait, hier, Paris du haut de
Montmartre.
Tout à coup il dit d'un ton moitié triste,
moitié narquois
–Tant de gens et si peu d'hommes) 1
Tant de maisons et si peu de foyers 1
UN TOURISTE
FRANCE & mOME
La. sous-commission des finances de la
souscription pour les victimes des trem-
blements de terre à Constantinople s'est
réunie, hier, au Grand-Hôtel, sous la pré-
sidence de M. Denormandie.
M. Arthur Meyer, secrétaire général du
comité, a donné lecture d&s nouvelles
souscriptions qui constituent la seconde
liste
Socié te du Canal de Suez. 0 10.000 a
Banque de Paris. 5.000 H
Crédit lyonnais (2" versement). 5.000 a
Société ottomane du chemin de
ierSmyrne-Eassaba. 5.000 a
Société générale. 3.000 a
Syndicat des agents de change. 3.000
M.Helyd'OisseI. 100 a
Grands magasins du Louvre.. 1.000 a
VIasto. 500 a
OttoUUmann. 1.000 »
Lazard frères. 500 a
Grands magasins du Bon Mar-
ché. 1.000 a
Mme H. Missak. 100 a
Société générale d'Orient. 0 5.000 M
Mme André Pinard. 100 a
J.Stern et Ce. 1.000 a
Mme J. Hollander. 100 a
EphrussiPorgés. 500 a
Chambre des avoués de cour
d'appel. 100 a
Baron Weisweiler. 500 s
Agence Nationale. 100 H
HoskieretCe. 500 a
Renouard.àParis. 300 ))
Morin-PonsetCe. 300 ))
Docteur Berger. 300 a
E. Goudchaux. 500 a
Docteur Chantemesse. i. 100 a
A. Benard. 500 B
E. Mercet. 500 N
Perier, Mercet et Ce. 500 ))
A.Gaiuo. 125 a
Henri Schneider. 300 ? u
Caraby, avocat. 200 N
Docteur G. Darinberg. 100 a
Doucet jeune. 100 a
Loroy. 50 a
T.Audéoud. 100 ))
Concierge de l'Ambassade otto-
mane. 10 ))
Jacques Doucet (r. de la Paix). 100 a
Edmond Joubert. 300 a
Aucoc(]'uedelaPaix). 50 a
DeBlowitz. 40 »
H.L. B. 5 a
-Jules Lyon. 20 a
Emile Blémont. 50 a
B.P.Grimaud. 50 a
HarryAlis. 50 »
Dieterlen. 50 a
Souscriptions recueillies par
M. F. Sengés, consul général de
Turquie à Libourne
MM. Sengés, 100 fr. Haus-
ser, 5. Avril, 5. Tisseyre,
5. Goyetche, 5. Monod, 5.
Videman, 5. Canaly, 5.
Lalande,5.– Deseas, 30. Mil-
let, 5. Pritz, 5. Latrille,
5. 175 a
Total de la 2e liste. 47.775 a
Total délais liste. 205.850 a
Total des deux premières listes 253.625 a
Après cette lecture, il .a été décidé que
la Banque ottomane était autorisée a en-
voyer à Constantinople une nouvelle
somme de cinquante mille francs.
On voit par cette liste que l'appel fait
par le comité a été entendu, ce qui d'ail-
leurs ne nous surprend point, la généro-
sité chez nous étant inépuisable.
p.ft.
B~otes Parisien
L'AGENT VITRAC
Paris est une mine inépuisable de potins,
mais tous ne peuvent être racontés, et si l'un
d'eux, affectant unetournure politique et sur-
tout policière, vient au jour, c'est un gaudis-
sementgéné''a).
–Avez-vous lu?
Quoi donç ?
Et )'on s'étonne qu'une 'nouvelle que l'on
connaît depuis cinq minutes, puisse être ignorée
d'un autre Parisien.
Mais d'où sortez-vous De Pontoise, de
Quimper-Corentin ou de votre fit ?
Le Parisien est toujours ravi de trouver moins
Parisien que fui.
Or, le potin du jour, nous n'avons pas be-
soin de le dire, c'est le récit de l'agent Vitrac,
publié par )e Figaro d'hier matin. On le trou-
vera piusioin.
Les vacances commençaient à devernir ter-
nes c'est un régal pour la curiosité publique.
Et le philosophe bouru, qui, dans son coin,'
annote et commente la psychologie de cette
fin de siècle, hausse les épaules, fronce lesour-
cil et s'étonne encore, malgré sa longue expé-
rience, que le premier venu, avec un passé
connu et bizarre, puisse trouver crédit ici et là,
dispose de secrets d'Etat, et que l'on prenne
en haut'iieu des agents si peu sûrs.
Depuis quelques années, la police n'a pas
de chance. Sans remonter jusqu'à l'agent qui
prévint le général Boulanger de son arresta-
tion, cet agent n'étant peut-être pas un traître,
on peut rappeler, tout près de nous, la bro-
chure de l'agent Dupas, et bien d'autres exem-
ples.
Est-ce simplement une série à la noire, une
déveine suivie, ou bien le gouvernement et la
préfecture de police ne savent-ils plus recruter
leurs agents?
M. Vitrac est un homme de trente-deux ans
environ. Son père a fait avant de mourir des
pertes considérables à laBourse. Len!s a eu une
maison de coulisse, il a liquidé il trouve en-
core de l'argent, il y a sept ans, et il en
profite pour louer à Mme Ugalde, le théâtre
des Bouffes, pour la saisond'été. Que va-t-il
jouer? Parbleu, une pièce qu'il a écrite. C'est
la seule occasion de se faire jouer, et il convo-
que la critique à entendre le Microbe. Hélas,
le Mïcro&eeut l'existence d'un microbe; il resta
huit jours sur l'affiche et disparut avec la nou-
velle direction.
Et rose elle a vécu ce que vivent les rosés,
L'espaced'unmatin.
Procès, réclamations vinrent assaillir l'au-
teur-directeur. Ce qu'il en résulta, peu im-
porte. Toujours est-il que le coulissicr-auteur
en vint, un beau jour, à se présenter à la ~i'&re
Parole comme littérateur. méconnu.
II se présentait bien, la mise soignée, la phy-
sionomte avenante, et ses yeux, d'un bleu de
fa'ience, bien qu'enfoncés dans l'orbite, ne tra-
hissaient nullement une arrière-pensée. Quelles
étaient ses ressources à ce moment ? Nous l'i-
gnorons. H avait épousé la fille d'un loueur de
chaises, et en avait eu deux enfants. Toujours
est-il qu'il s'offrit de collaborer à la Li'f Pa-
role, sans rétribution!
J'ai, comme vous, dit-il, la haine des op-
portunistes qui ont ruiné mon père. Le plaisir
de contribuer à votre courageuse campagne me
suffira. Je suis à même de vous rendre de
grands services. Je n'appartiens pas à l'admi-
nistration, mais je connais beaucoup de fonc-
tionnaires et je puis, par eux, avoir des rensei-
gnements intéressants.
Pendant six mois on mit Vitrac à l'épreuve et
on dut reconnaître, & la Libre Paro/c, que ses
renseignements étaient toujours exacts. Un
jour, M. Drumont lui offrit de rétribuer ses ser-
vices. H refusa encore, prétextant le plaisir suf- 1-
fisant qu'il éprouvait à satisfaire sa haine du
gouvernement.
« Une haine gratuite est toujours un dan-
ger », a dit je ne sais quel philosophe. A la
Libre Pa:)'o/e on eut quelque méfiance, car il
fut convenu entre les rédacteurs qu'on ne par-
lerait de rien d'important devant ce singulier
personnage.
Avait-il profité de ses entrées à la Libre Pa-
role, pour offrir ses services à la préfecture de
police et pour trouver de ce côté une compen-
sation à ses services gratuits ? C'est, on l'a-
vouera, une conclusion qui s'impose, et sans
laquelle tout~e récit de Vitrac demeure confus
et inexplicable.
Un matin, M. Clément se présenta chez M.
Gaston Méry, rédacteur à la Z-i'~re Parole, et se
livra à une perquisition minutieuse dans ses
papiers. 11 saisit trois pièces, notamment un
factum qui avait été remis la veille à M. Méry
et qui expliquait, en termes précis, comment
on pouvait se débarrasser de M. Carnot et le
faire sauter. M. Méry n'avait accepté ce docu-
ment que pour le lire; il fit remarquer à M.
Clément qu'il était absolument étranger à ce
projet et à sa rédaction.
Néanmoins, le cas était pendable pour un
adversaire du gouvernement et pouvait inspi-
rer certaines craintes. H y avait peut-être un
piège tendu au journaliste.
Le soir même, Vitrac se présenta à M.Gaston
Méryetinidit:
11 paraît que vous gardez chez vous des
documents compromettants.
Quels documents ?
Et Vitrac expliqua tout au long la nature de
ces documents à M. Méry, qu'i n'en avait en-
core parlé à personne. Comme on s'en doute,
il resta saisi devant cette révélation.
Comment savez-vous cela P
Je le sais, cela doit vous suffire, et je viens
vous sauver. Votre cas pourrait être assimilé à
un complot contre la sûreté de l'Etat. Mais
tranquillisez-vous. Détruisez tout ce que vous
pourriez avoir de suspect à cet égard dans vos
papiers. Quant au document saisi, « on ne s'en
servira pas. »
Et on ne s'en servit pas. Vitrac était donc
bien renseigné.
a:
C'est le lendemain même de cet incident,qui
avait montré les mystérieuses relations de Vi-
trac, que celui-ci entama auprès de M. de Boi-
sandré les pourparlers qu'il a révélés hier. M.
Drumont repoussa les offres, mais sans se fâ-
cher, car il ne croyait pas à leur sincérité. Ce-
pendant il avait été frappé de ce fait que Vi-
trac connaissait son intention de se présenter
aux électeurs de Péronne, alors qu'il tenait ce
projet absolument secret. On sait, d'ailleurs,
que M. Drumont y renonça, et se présenta à
Amiens.
Qu'est devenu Vitrac depuis l'année der-
nière, car il abandonna la .L:6re Parole après
l'àvortement de ses négociations ? Là encore
plane un mystère insondable.
Pour l'éclaircir, nous avons cherché à savoir
comment se recrutait la police secrète, la po-
lice politique, et ce que devenaient ses agents
remerciés. Comme on le pense, nous n'avons
pas obtenu les secrets de la préfecture de po-
lice, mais toutn'est pas mystère dans cette
organisation.
Sous l'Empire et jusqu'en tSyg, il y eut à la
Préfecture de police une brigade politique, la
brigade Lombard, que M. Andrieux supprima,
qui fut réorganisée sous le nom de deuxième
brigade des recherches, et qui, actuellement,
fait la chasse aux anarchistes, sous la direction
de M. Fédée. Mais ce sont là des agents offi-
ciels, payés mensuellement et ayant droit à
une retraite. Il existe cependant d'autres
agents, au nombre de quarante, « la brigade de
contrôle ~.organisée par M. Gragnon, qui s'oc-
cupent plus spécialement de la politique.
Enfin, il y a ce qu'on appelle des renM!
~Hc«r~, des individus qui n'ont aucun carac-
tère officiel, qui s'offrent d'eux-mêmes, en si
grand nombre qu'on doit en refuser une grande
partie, et qui ne sont appréciés qu'en raison de
leur situation et des services qu'Us rendent.
Leurs renseignements sont vérifiés par la bri-
gade de contrôle et payés ad M/oreo;, comme
certaines marchandises en douane. On ies
prend un peu à l'aveuglette et on les congédie
dès qu'ils essaient de tromper ou se trompent
trop tacitement. En termes de poHce.ondit
d'un agent qui tombe dans un de ces deux cas
ou se faisse deviner du pnbHc qu'i) est ~n<
Brû!é ou flambé, cela revient au même.
Vitrac appartenait-i) à cette catégorie de ren-
seigneurs et a-t-it été remercié, ou bien était-ce
simplement un poiicier-amateur qui a voulu,
comme il fe disait, satisfaire sa haine du gou-
vernement en le compromettant? Chacun in-
terprétera ce~ faits comme il !e voudra.
Que de gens à Paris,' après avoir essayé de
tous tes métiers, et ramassé çà et '!à quelques
vagues relations dans tous les mondes, ne
trouvent plus d'autres ressources que celles que
nous venons d'indiquer. i)s se faunient dans
un milieu où les renseignements'ppurront être
utiles, vont ensuite à la préfecture de police se
vanter d'avoir pris pied dans ce milieu, et of-
frent leurs services. moyennant nnances.
Us jouent doubfe jeu, en tirent quetquefois
dôubte p'ont, ce qui n'est pas ie cas de Vitrac,
et quelquefois aussi, se brûient les ailes.
Paris, grand désert de pierres, où tout se
trouve, ie crime et la vertu, côte à côte, où rien
n'est de nature à étonner le philosophe, où,
malgré tout, on peut s'étonner à chaque pas.
TOUT-PAR tS
ABB-MmR
SOUVENtRS DU GÉNÈRAt. OU BAR~tt
L'émir El-Hachemi est en ce moment &
Paris, où, comme nous l'avons dit,il est venu,
sur le conseil des médecins d'Azérie, pour se
soumettre a une délicate opération aux yeux,
car El-Hachemi est aveugle depuis treize ans.
Le père de notre hô.e, Abd-eI-Kadar, fut
un célèbre guerrier qui, pendant de longues
années, en Algérie, tint tête a nos soldats.
Un des plus jeunes et des plus brillants de
nos officiers d'alors, M. du Barail, qui devint
général et ministre de la guerre, prit part a.
plusieurs expéditions contre Abd-el-Kader il
étaitprésent à la prise de la Smalah.
Nous sommes allé surprendre, hier, le gé-
nsral du Barail au chittaa.u de Sancy, où il
continue a écrire ses .SoufeMtrs, dont la pre-
mière partie a été loe avec tant d'intérêt, et
nous lui avons demandé quelques notes sur
Abd-el-Kader.
Le général du Barail, doué d'une mémoire
surprenante, nous a immédiatement retracé
les grandes lignes de la vie du fameux chef
arabe, et avec une sûreté et une précision
réellement remarquables
Sidi-eI-Hadji-OuIed-Mahiddin Abd-
el-Kader était un fameux guerrier, qui
jouissait en Arabie d'une puissance ex-
traordinaire pauvre, profondément re-
ligieux, doué d'un patriotisme et d'une
intrépidité iarouches, il était obéi autant
que respecté par les nombreuses tribus
qui l'avaient choisi comme chef.
» Avant l'arrivée des Français, la na-
tionalité arabe n'existait pas. Le pays
était gouverné ou, pour mieux dire, do-
miné, de la manière la plus violente et la
plus astucieuse, par les Turcs, qui, avec
deux mille hommes de troupes, terrori-
saient les indigènes et mettaient surtout
en principe la devise de Machiavel « Di-
viser pour régner. )) II y avait, a cette épo-
que, deux partis ennemis irréconciliables,
le parti aristocratique et le parti théocra-
tique. Les Turcs excitaient les adeptes de
l'un contre ceux de l'autre et tiraient un
large profit des conflits et des batailles
qu'ils entretenaient continuellement.
)) Lorsque les Français eurent chassé
les Turcs, Abd-el-Kader comprit immé-
diatement ce qu'il pouvait tirer de cet
état de choses; il eut une idée de génie et
de sincère chauvinisme réunir ce peuple
si divisé, ce peuple si désuni par suite de
la campagne incessante des Turcs, et en
faire un peuple arabe dont il serait le
chef. Il y réussit en partie, grâce surtout
à sa foi ardente que partageaient ses su-
jets. Et il fut placé à la tête du parti théo-
cratiqup.
» Abd-el-Kader avait, d'ailleurs, sa lé-
gende en laquelle il croyait aveuglé-
ment.
« II était encore un enfant quand il se
rendit à La Mecque avec son père le ma-
rabout Sidi-el-Mahiddin. Lu une vieiHe
sorcière le vit, l'examina et, parait-il, lui
prédit qu'il serait sultan.
a Abd-el-Kader était convaincu que la
prophétie de cette vieille femme se réali-
serait un.iour. C'est pourquoi, toujours
il combattit avec une rare intrépidité, un
sang-froid remarquable, sûr qu'il serait
appelé aux plus hautes destinées.
» Le grand ennemi d'Abd-eI-Kader était
Mustapha-ben-IsmaîI, le chct du parti
aristocratique. Ce dernier, élevé par les
Turcs, était un agent de la Turquie. C'é-
tait un homme d'une réelle valeur. Il vint
à nous parce que Abd-el-Kader, auquel il
n'avait jamais cessé de faire de l'opposi-
tion. le recherchait dans l'intention de le
décapiter.
» Mustapha-ben-I-~fnaïl avait jusque-là
servi les intérêts des Turcs, et comme ces
derniers avaient été supplantés par les
Français, iiavaitjugéprudcntdese tourner
de notre côté. Il s'offrit a. nous avec ses
hommes pour continuer à faire de l'oppo-
sition a Abd-del-Kader, c'est-à-dire an
parti théocratique que le fameux guerrier
représentait.
» La venue de Mustapha était pour nous
très précieuse aussi le grade de général
lui fut-il donné, et il figura à l'annuaire
militaire sous le titre de maréchal de
camp.
» Cependant, il faut reconnaître, e.n se
plaçant uniquement au point de vue hu-
manitaire, que Abd-el-Kader défendait
une cause beaucoup plus haute, beaucoup
plus élevée que celle de son ennemi.
» Mustapha nous rendit d'immenses
services. Ce fut lui qui nous apprit à faire
la guerre aux Arabes. Et en présence
d'Ab-eI-Kader, nous avions affaire a forte
partie, car, pour son temps, pour le mi-
lieu dans lequel il vivait, ce célèbre chef
était tout à fait supérieur. Il se défendit,
de 1831 à 1847, avec une énergie, une per-
sévérance que nous devons admirer chez
des adversaires.
» On lui a reproché les massacres des
prisonniers français après les fatales
journéesde Sidi-Brahim. Abd-el-Kader ne
commanda pas ce massacre. Un grand
nombre de chasseurs et de hussards
avaient été iaits prisonniers, et un convoi
de malades, commandé par ie lieutenant
de zouaves Marin, fut enlevé à Aïn-te-
Mouchen, sur la route de TIemcen. Ef-
frayé, le lieutenant Marin, n'ayant pas
un seul homme valide qui pût défendre
le convoi, fut obligé d'accepter la capitu-
lation.
w Après aa temps assez lon~ les chefs
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