Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-03-23
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 23 mars 1894 23 mars 1894
Description : 1894/03/23 (Numéro 5124). 1894/03/23 (Numéro 5124).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 05/03/2008
Paris >: JL &» centimes Départements ET Gares SO centimes
28* Année 3« Série N» 5123l
VENDREDI 23 MARS 1894
ARTHUR MEYER
Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
Ifipgle dos boulevards Montmartre et des Italienfj
ABONNEMENTS
ARTHUR J/IEYEB v
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONCES
2, rue Drouot, 2
(Angle des boulevard? Montmartre et des Italicn^j
ANNONCES ;v
MM. CH. LAGEANGE, CERF & Çft
6, PLACE DU LA BOURSE, 6
Et à l'administration du Journal
Paris 1 Départements
Un mois. B fr. Un mois 6 fi*
'rrois mois. 13 BO Trois mois.. 16 fl%
Six mois 27 fr. Six mois.. 32 fr.
Un an 54 fr. Un an 64 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale) .«. 18 fr.
x UNE
Il
tata~M htfj~
Lu~t~ M ne
Bernadette Soubirous va faire son ap-
parition dans l'existence parisienne, et ce
ne sera pas un des moindres symptômes
de l'esprit nouveau que cette évocation,
au milieu de nos fièvres, de la pauvre et
douce bergère de Lourdes.
Zola a promis la lecture au Trocadéro
d'un chapitre inédit de son livre, et il
faudrait n'avoir pas déjà constaté l'état
d'âme où nous sommes, ce besoin de se
ressaisir au bout de son chemin où s'in-
quiete le siècle qui finit, pour ne pas pro-
phétiser une entrée triomphale à l'humble
fille sur qui la grâce merveilleuse est
tombée.
Après la fleur de Lotus, qu'une fantai-
sie de poète vient de faire acclamer et
épouser aux plus positifs de nos esprits
forts, dans Izeyl, voici la fleur vivante du
Lis, du lis à longue tige et à calice pur,
tel que le tient dans ses mains diaphanes
la Vierge adorable de Delaplanche le
mysticisme des cerveaux devenant celui
des cœurs, et apportant soudain comme
une tendresse d'espoir aux lassitudes et
aux stérilités.
.Et tandis que l'histoire de Bernadette
va s'emparer de Paris, je suis tout juste
sur son sol, dans ces Pyrénées qui dentè-
lent des neiges roses sous le ciel bleu je,
passe devant sa maison, j'erre pendant
des heures, sans m'en pouvoir détacher,
à travers cette Ville de prière, née d'elle
comme par un second miracle.
Dix heures du matin; de la foule et
pourtant du silence; du soleil éclatant et
pourtant du mystère.
Avec leurs mantes, noires à capuche,
presque à cagoule, d'Espagne, les femmes
du pays semblent glisser; ce sont des om-
bres sur le gravier d'un blanc miroitant
des chemins, de la vaste et libre espla-
nade qui au pied de l'église s'étend, et des
montées; et sur le seuil des boutiques
groupées autour des sanctuaires, c'est
aussi avec un murmure vague que les
oncles, les frères, les cousins de Berna-
dette, tout le monde, en la ville, estde-
venu un peu son parent, offrent le cha-
pelet d'azur, la médaille protectrice, l'i-
mage du ressouvenir.
Recueillement des choses et des êtres,
qui fait autour de la haute basilique et de
ses portiques en lacets par où s'allonge
aux grands jours la théorie des pèlerins
clamants, comme une autre cathédrale, à
ciel ouvert.
Et ce recueillement n'est point triste. Il
flotte dans l'air je ne sais quelle allé-
gresse tout au contraire, un souffle léger
et caressant qui vous berce l'âme, même
en marchant.
Parfois, les vieilles gravures saintes
montrent ce petit démon cornu qui s'é-
chappe du front des possédés ainsi, dans
le prodige d'une telle atmosphère, les
papillons noirs semblent s'échapper de
nous. 1
Couvert encore de la poussière de Pa-
ris, traînant le poids des spleens, il sem-
ble qu'une invisible main tout d'un~coup
épure l'infidèle lui-même, le débarrasse,
le soulage, et il va, dans un charme in-
connu, retrempé ainsi que dans une jeu-
nesse, étonné qu'une pareille bienfaisance
puisse se répandre, qu'un lieu existe
comme celui-là, souriant sans qu'il le sa-
che., sans d'aventure qu'il y consente, à
cette extraordinaire et pourtant indénia-
ble influence.
Tout ce qui est grand dans la naturese
retrouve ici, et l'homme, porté par le be-
soin de ses aspirations, y a mis.tout ce
qui est doux; voici les monts, les vallées
vertes, le Gave qui roule puissamment, le
Prat deouRey, et voici l'encens, l'harmo-
nie et l'extase. Il est impossible de se
soustraire à ce ravissement, à la volupté
d'une telle rencontre de par la Vie, et j'a-
joute qu'essayer seulement, serait d'un
homme indigne de ressentir, et qui n'en-
tend ni l'occasion ni l'art de faire son
bonheur.
La basilique aux maçonneries resplen-
dissantes, hardie et fine comme une œu-
vre du treizième siècle, dominant et pos-
sédant la Ville, en souveraine, renferme
deux églises superposées, reliées par un
escalier intérieur, qui tourne, avec des
échappées sur l'horizon.
Je pénètre, et, là, non, ce n'est point
comme dans les églises d'ailleurs; de
suite on se sent dans une solidarité ex-
quise, dans un lien avec tous ceux qui ont
souffert, cherché, passé; on se rattache à
une famille sans fin, l'on cesse d'être
étranger et d'être isolé; là, une prière ne
chasse pas l'autre, la visite d'aujourd'hui
n'efface pas celle d'hier une trace de-
meure de tous ces passages, une preuve
de chacune de ces ferveurs subsiste,
et ce qu'on éprouve se renforce ainsi et
profite de tout ce qui, sous ces voûtes,
s'est éprouvé et traduit déjà.
Des femmes, des mères, des fiancées,
des malades, des affligés, d'autres ballot-
tés, tour à tour sont venus à cette place,
et apaisés ourafïermis, avec l'attestation
que, en réalité, ces fameuses misères que
toujours nous croyons faites pour nous
seuls sont un patrimoine commun, ils
ont laissé celle d'un secours reçu.
De grandes plaques en marbre, des
inscriptions d'une sincérité authentique,
avec les noms, des noms connus et indis-
cutables, les adresses, les dates, les cau-
ses et du haut en bas, et derrière la nef
où Notre Dame rayonne, sous le flot
mouvant des bannières, les murs par-
lent.
Ce n'est plusle Mane, thecel, phares an-
tique, ce sont les trois mots de Foi, d'Es-
pérance et de Charité qui semblent s'é-
lancer de la pierre dure et flamber.
Puis, partout, sous verres, en nombre
infini, des cœurs de vermeil, des épau-
leltes de laine et d'or, des épées, des fu-
sils, des croix d'honneur, des vaisseaux
avec leur mâture, des quenouilles, de
pâles couronnes de fleurs d'oranger, des
berceaux.
Surprenante éloquence de l'eos-voto.
C'est le même tréfond de toutes les vies
qui se trahit là, le même Rêve qui pal-
pite, le même cri qui s'écnappe. Le
foyer» le champ de bataille, l'Océan,
quelle vision et tout tient ici; les épou-
vantes et les actions de grâce, les sanglots
et les joies d'un monde entier viennent
battre et se résumer au pied de ces pi-
liers et dans l'ombre de ces chapelles.
Incomparable, unique Ecole d'Egalité
dans l'existence, d'infortune, de consola-
tion aussi, et c'est pourtant d'une
obscure enfant que tout cela est parti 1
Quel besoin vous saisit de courir sou-
dain là où, les mains jointes, elle est
tombée sur ses genoux, de toucher enfin
du doigt ce roc où, pour elle, un jour, dit-
on, tandis que la Vierge lui souriait, la
lumière et la musique du ciel ont
jailli? 9
Alors on redescend, on dépasse l'office
des consultations médicales, établi là
comme pour faire un état-civil aux sau-
vetages de ceux auxquels la voix a dit
marche, et qui marchent.
Puis les piscines, dans de petites bâ-
tisses d'un gris clair, à arceaux. Dans ce
coin, d'ailleurs, se rencontrent quel-
ques détails déconcertants, quoique né-
cessaires auprès de la prière affichée, le
fameux prenez garde aux porte-monnaie.
Mais 'il faut savoir se faire aveugle
pour tout ce qui risquerait d'amoin-
drir l'aubaine de quelque grande im-
pression. Quant à moi, avec l'énergie
d'un homme respectueux, avare et jaloux
de l'émotion inespérée, un vrai cadeau
qui lui arrive, je me suis défendu de voir
ce qui m'eût décharmé, et c'est comme si
je n'avais vu rien.
Aussi bien, à deux pas, le cœur même
et le Verbe de Lourdes.
Profonde, haute, pleine de replis, au
bord du Gave qui la baignait naguère, on
la respectant obstinément, parait-il, dans
ses plus violents caprices, c'est la Grotte
au sommet du mont où elle s'ouvre, la
Basilique au-dessus d'elle et comme lui
tombant sur le front, le bandeau lourd et
sombre des lierres, sous lesquels dans ce
matin du printemps proche, un oiseau
chante clair au dedans l'éblouissement
fantastique de mille cierges, des grands,
au tronc robuste, qui ont comme une as-
sise dans la pierre, des petits qu'une main
tremblante allume et dispose, clartés tou-
jours renouvelées, dont la vapeur noircit
et embrume les parois, éperdument ar-
dentes, sur qui parfois passe un irisson,
et qui ont l'air d'avoir une âme.
Nulle part, à aucune heure, je n'ai trou-
vé à la lumière cette expression et ce
qu'elle éclaire ici est puissant comme
elle.
D'un côté, l'œuvre accomplie, les gué-
risons certifiées, proclamées envers et
contre tout, une forêt suspendue de bé-
quilles qui s'enchevêtrent. Oh! ces bois
de souffrance, qu'ils ont là de gloire Ce
qu'ils disent, ceux-ci luxueux, ceux-là
pauvres, ceux de la ville et ceux du vil-
lage, c'est qu?à tel moment, sans conteste,
quelque chose qu'on ne promettait et n'at-
tendait plus, advint, et à les observer
ainsi, il vous semble voir tout d'un coup,
dans quel geste de sublime et reconnais-
sante ivresse, pour tout ce peuple de dé-
sespérés, ils ont été jetés.
De l'autre côté, modestement, en re-
trait, blanche et douce, se dresse l'image
de Celle qui intercède et qui a voulu être
invoquée là; à ses pieds, voici encore la
touffe d'herbe sauvage dont elle a parlé,
et ce qu'on entend là-bas, ce calme mur-
mure, c'est l'eau sacrée qu'elle a recom-
mandée.
Ne va-t-elle pas s'animer ? Toutes ces
suppliques iront-elles jusqu'à son cœur ? 2
Oui, elle écoute, on dirait .qu'elle a bou-
gé et que sa main s'étend sur toute cette
foule a gonoux sur les dalles, parmi les
chaises, les bancs, les fleurs fraîches et
les bouquets fanés qui gisent, et sur le
parvis, puis au dehors, sous les arbres,
et loin, jusqu'au parapet du torrent, en
silence.
Des groupes, et çà* et là, de solitaires
prosternés; les mains accrochées aux bar-
reaux de la grille, le front meurtri contre
elle, les yeux perdus sur une croix qu'il
retourne et baise, un homme jeune est
dans toute la pâleur anxieuse d'une de-
mande de protection: quel est son secret? '1
Il me le dirait tout haut, j'eirsuis sûr,
comme à un frère là-bas, au fond de la
grotte, les paupières closes, les lèvres
frémissantes, un autre, qui souffre, s'a-
bîme dans la plainte et dans l'espoir il
est là dès l'aube, il restera le dernier, et,
par instants, on le^ voit étirer ses mem-
bres, essayer magnifiquement si le mira-
cle a dénoué son long bras.
Un soupir, c'est une femme qui, cour-
bée sur sa chaise, ne fait plus qu'une li-
gne harmonieuse; un bruit de petits pas
attentifs, c'est un autre qui va boire re-
ligieusement à la fontaine soudain, un
bourdonnement confus, puis des voix
qui montent c'est le « priez pour nous »
d'une oraison, répété par trois fois, à in-
tervalles réguliers, avec l'accent du pays,
un « priez pour nous » tout ensemble la-
mentable et passionné, dont l'écho est
immense, et dans les moelles.
L'heure fuit, le soleil change, et pas
une minute ne décroît la majesté, ne fai-
blit l'action d'un tel spectacle.
J'ai vu Rome sous les cloches et Sé-
ville en procession rien- au monde n'est
cela. On est comme extrait de soi-même,
projeté en avant, et, pour la première
fois, j'ai senti ce que cela peut être de se
donner. On se donne, on se livre, suprê-
mement, délicieusement, et la Nuit peut
venir, ce n'est pas l'étoile allumée là-
haut oui conseillera de se reprendre I
Analyser, enquêter, chicaner le com-
ment de ces mille détails qui vous enser-
rent et ensorcèlent, à quoi bon, et
qu'importe ? il m'a plu de n'en avoir pas
souci.
C'est une besogne à laquelle la Vie ne
condamne que trop, il fait bon parfois la
lâcher, et s'évader du nombre de ceux que
disait Musset
Qui montrent avec orgueil le rocher de leur cœur
Où n'aura pas germé la plus cliélive fleur.
Comment Zolaa-t-il compris et expéri-
menté Lourdes, et quel sera le livre ? Ici
on l'a vu passer pensif, et pourtant l'on
est inquiet.
Pour moi, qui connais maintenant cette
contagion superbe, j'oserais presque ré-
pondre de lui. Il est impossible que son
livre ne soit pas vivant du souffle qu'on
respire sur ce coin de terre il est im-
possible qu'un artiste perçoive, juge, tra-
duise de telles choses en petit et en
sec elles l'absorbent, elles le roulent, et
c'est précisément sa grandeur, son privi-
lège, son excuse, de ne pas être inférieur,
lui, à ce qu'il y a de plus élevé.
La dernière fois que j'ai rencontré Zola
c'était aux fêtes russes il était excédé de
travail, mais il était heureux. Heureux,
en eflet, l'homme qui a eu l'idée de se
payer pendant des mois cette station dans
l'au-delà, et de mettre cette vision, en
plein Paris, dans ses meubles à lui 1
Lourdes, 31 mars 1894.
ALEXANDRE HEPP
Ce qui se passe
GAULOIS-GUIDE
Aujourd'hui
Dans toutes les églises, notamment à Saint-
Eustache et à Saint-Séverin, offices-exécutions
musicales. `
A Saint-Gervais, deux auditions des chan-
teurs de Saint-Gervais: le matin à dix heures,
l'après-midi à quatre heures.
A Notre-Dame, Stabat, sermon du R. P. Oli-
vier et de Mgr d'Hulst.
Au théâtre du Châtelet, au cirque des Champs-
Elysées, au concert d'Harcourt, concerts spiri-
tuels.
Au Conservatoire, Requiem inédit deGounod.
Au Grand-Hôtel, dîner du vendredi saint.
Relâche dans tous les théâtres, hormis la
Porte-Saint-Martin, où l'on donne une audi-
tion de la Passion, de M. Haraucourt.
LA POLITIQUE
On lira aux tribunaux le compte-rendu
du jugement du tribunal civil de la Seine,
qui dépossède les Sœurs de Saint-Vincent-
de-Paul des immeubles à elles légués
avant la Révolution, à charge d'y exercer
leur ministère de secours et d'enseigne-
ment.
Cette décision dont il sera" fait appel
est d'autant plus extraordinaire que
l'organe du ministère public avait conclu
en faveur des Sœurs, et que, jusqu'ici, les
tribunaux avaient une tendance à modé-
rer plutôt qu'à encourager les tendances
laïcisatrices et usurpatrices.
Ce qu'il y a de particulièrement révol-
tant dans ce jugement, c'est qu'il ap-
puie, en quelque sorte, la justice sur l'i-
niquité.
En effet, les Sœurs étaient logées dans
ces immeubles et y devaient accomplir
les volontés charitables des donateurs. On
a commencé par leur enlever les fonctions
qui avaient motivé le legs des immeubles,
et puis, sous le prétexte qu'elles n'étaient
plus en fonctions, on les expuls e des im-
meubles.
Il y a là une hypocrisie dans l'ini quité
dont il est véritablement déplorable qu'un
tribunal se soit fait complice. J. C.
ÉCHOS POLIÏIQUÏS
AU MINISTÈRE DES COLONIES
M. Boulanger, en attendant qu'il puisse
soumettre au conseil des ministres une
organisation définitive de l'administra-
tion coloniale, ce qui demandera envi-
ron trois semaines a indiqué, dès hier,
à ses collègues, les mesures qu'il a prises
pour assurer la marche des services de
son département.
Le ministre des colonies a résolu, no-
tamment, de créer une direction du con-
trôle et de la comptabilité, dont le titu-
laire serait choisi parmi les maîtres des
requêtes au conseil d'Etat. C'est dire
qu on a prononcé à tort, pour ce poste
nouveau, le nom de M. le conseiller d'E-
tat Dislère.
Quant au cabinet du nouveau ministre,
il est ainsi constitué
Directeur du cabinet et du personnel
M. Bienvenu Martin, maître des requêtes
au conseil d'Etat;
Chef du secrétariat particulier M.
Falala, contrôleur des contributions in-
directes de la Seine;
Attaché M. Pierre Mairet, commis
principal au ministère des finances.
Ajoutons que, d'après certaines ru-
meurs, M. Haussmann, chef de la divi-
sion des affaires politiques et de l'admi-
nistration générale, serait très prochaine-
ment appelé à la cour des comptes. Il y
aura donc lieu de pourvoir à son rempla-
cement.
On parle aussi du départ de M. Bille-
cocq, chef de la division de l'administra-
tion pénitentiaire, des finances et de l'ad-
ministration des services militaires.
En ce qui concerne l'installation des
services, le pavillon de Flore a été défi-
nitivement choisi, et c'est là également
que M. Boulanger entend avoir son ap-
partement.
M. Poubelle a donc été invité à trans-
porter ses pénates à l'Hôtel de Ville.
Le préfet de la Seine a essayé, paraît-
il, d'obtenir un nouveau sursis il se
trouve bien où il est et se soucie peu d'un
déménagement qui va sans doute provo-
quer à nouveau la fureur du Conseil mu-
nicipal. Mais il a été passé outre à ses
objections.
ÉCHOS Dl PARIS
Le jeudi saint aura été une première
journée de printemps superbement enso-
leillée.
C'est vers les églises que le flot des
promeneurs s'est dirigé.
Les églises, après les services solen-
nels du matin, ont été pleines jusqu'à
dix heures du soir.
A Notre-Dame avait lieu la scène du
« lavement des pieds ».
Au milieu de la nef se trouvaient douze
enfants de chœur, assis en rond et nu-
pieds, symbolisant les douze apôtres.
Mgr Richard, suivi de tout le clergé de
Notre-Dame, a versé sur les pieds de
chaque enfant, à tour de rôle, quelques
gouttes d'eau qu'il a essuyées ensuite.
Après la cérémonie, chaque enfant a
reçu une brioche, un verre de bordeaux
et un bouquet.
Devant le tombeau, situé dans une cha-
pelle, derrière le chœur, ont défilé toute
la journé de nombreux visiteurs.
Partout les reposoirs étaient ornés
luxueusement, notamment ceux de la
Madeleine, de la Trinité, de Saint-Augus-
tin, de Sainte-Glotilde, de Saint-Louis-
d'Antin, de Saint-Roch, de Saint-Ger-
main-l'Auxerrois, de Saint-Pierre de
Chaillot, de Saint-Honoré-d'Eylau, de
Notre-Dame-de-Lorette, de Notre-Dame-
des-Victoires, de Saint-Thomas-d'Aquin.
Dans toutes ces églises, la foule était,
telle que la circulation étant devenue très
difficile^ ua service d'ordre a été rendu
nécessaire. Deux agents se tenaient à la
porte de chaque église. La consigne inter-
disait de laisser pénétrer dans l'église
toute personne munie d'un paquet. A ce
sujet, il est arrivé un incident. A la porte
d'uae église qu'il est inutile de Bommer,
un monsieur, porteur d'une serviette,
voulut entrer. Les agents s'y opposèrent.
Le monsieur insista. On l'emmena au
poste, où l'on constata que le monsieur,
courtier en bouchons de sa profession,
avait dans sa serviette des bouchons de
liège. Il fut aussitôt relâché.
Il faut signaler le grand nombre d'hom-
mes qui ont suivi les cérémonies d'hier,
dans un profond recueillement.
Mgr Bigaudet, évêque titulaire de Ra-
mata et vicaire apostolique de la Birma-
nie méridionale, vient de mourir àïtan-
goon.
Il était né à Malans, diocèse de Besan-
çon, le 13 août 1813.
Dans un savant ouvrage, Mgr Bigaudet
a merveilleusement exposé les doctrines
bouddhistes, qu'il a pu étudier sur place,
dans sa longue carrière apostolique.
Comme toutes les années, la marine
conserve ses traditions. Aujourd'hui,
vendredi saint, dans tous les ports les pa-
villons seront en berne et les yergues'en
pantenne. En outre, sur les bâtiments de
guerre, on tirera un coup de canon toutes
les heures, depuis le coup de la diane jus-
qu'à trois heures de l'après-midi.
Plusieurs ministères fermeront aujour-
d'hui leurs bureaux jusqu'à mardi.
Les membres de la Société nationale
des beaux-arts doivent se réunir aujour-
d'hui pour procéder, par tirage au sort, à
l'élection du jury, et surtout pour cher-
cher s'il y a moyen de s'entendre avec la
Société des artistes français, afin de par-
ticipe^' de concert aux expositions étran-
gères-futures.
La réception des envois pour les artis-
tes peintres qui ne sont pas hors con-
cours, a pris fin hier soir au palais de
l'Industrie.
Près de six mille toiles ont été enregis-
trées. On sait que les artistes hors con-
cours ont jusqu'au 4 avril pour envoyer
leurs œuvres.
Hier s'est terminée la réception au
Champ de Mars. Grande affluence égale-
ment d'œuvres apportées jusqu'à la der-
nière limite d'heure fixée par le règle-
ment.
Les œufs de Pâques de M. Spuller.
On assure que les décorations de la
Légion d'honneur décernées aux artistes
qui ont exposé à Chicago paraîtront pro-
bablement dimanche au Journal offi-
ciel.
Dans la colonie russe, à Paris, on parle
beaucoup depuis quelques jours, nous
l'avons dit, d'un vase artistique de haute
valeur, commandé par le Tsar dans l'in-
tention de l'offrir à la capitale française,
en remerciement de l'accueil enthousiaste
fait à l'escadre de l'amiral Avelane.
On assure également qu'un magnifique
album va être exposé au public a Saint-
Pétersbourg. Il s'agit du témoignage
d'un gijoupe de dames russes aux dames
françaises, qui sera envoyé, assure-t-on,
à Mme Adam, avec une adresse pour la-
quelle de nombreuses signatures sont re-
cueillies en ce moment, et destinée à ren-
dre hommage aux dames françaises pour
leurs cadeaux aux femmes, filles et sœurs
des marins de Russie.
Il semble que la destinée de M. Dide
soit de voir mourir, dans les circonstances
les plus dramatiques, les personnes qui
l'entourent.
Il y a quelques années, en effet, unem-
Sloyé de l'administration pénitentiaire du
épartement des colonies, venu en congé
à Paris et tombé dans la plus profonde
misère, s'adressa à M. le sénateur Dide
pour en obtenir quelque secours.
Comprenant que l'austérité du pasteur
protestant ne pouvait s'intéresser à ses
souffrances, et fatigué de battre inutile-
ment le pavé de Paris à la recherche d'un
gîte, l'employé se décida à aller frapper
à la porte de l'hôpital Laennec, mais trop
tard, car les privations et la misère l'a-
vaient épuisé et, huit jours après son ad-
mission à l'hospice, il y mourut.
Or, on nous affirme que l'employé dont
nous parlons était le propre irère de M.
le sénateur Dide.
Le comité du monument à élever, à
Nantes, à la mémoire du général Melli-
net, est définitivement constitué comme
suit
Président effectif le général du Guiny,
ancien commandant du 3e corps, élu à
l'unanimité.
Présidents d'honneur le général Vos-
seur, commandant le 11° corps le général
Zentz d'Aulnois, le préfet de la Loire-In-
férieure, le président du conseil général,
le maire de Nantes.
Signalons, d'autre part, l'autorisation
donnée à l'armée, par le ministre de la
guerre, de souscrire en vue de l'érection
d'un monument à la mémoire de Cassini,
auteur de la première carte topographi-
que de Franee.
De notre correspondant de Londres
Les habitués du Pier, qui s'étend non
loin de Tankerville-Hotel, à Bourne-
mouth, peuvent voir tous les jours Cor-
nélius Herz se promener, entre midi et
deux heures, sur la jetée-promenade de
Boscombe. C'est tantôt Mme Herz, tantôt
sa fille ainée qui accompagne le docteur,
qui marche en s'appuyant sur une canne.
Les deux fils de M. Herz sont actuelle-
ment, à l'occasion des vacances de Pâ-
ques, à Bournemouth. On les voit jouant
au cerceau et au lawn-tennis, avec de jeu-
nes amis du voisinage. Quant à M. Cor-
nélius Herz, il travaille avec acharne-
ment. A quoi ? nul ne le sait. Il écrit de
nombreuses lettres. A qui ? Mystère.
Au commencement de mars, le fils de
sir Georges Lewis, son avoué, est venu le
voir, mais il n'est resté que quelques heu-
res à Bournemouth.
Ce qui parait certain, c'est que Corné-
lius Herz n'a plus rien àtîraindre ni du
gouvernement anglais, ni des médecins
français.
A travers les journaux et les livres
Pour nos lecteurs américains et an-
glais.
On Easter Sunday the New York He-
rald will publish a special number to
which some of the best artistic and lite-
rary talent available has contributed. It
will consist of twelve pages in which
there will be several illustrations in co-
lours specially made by eminent ameri-
can artists sucb as Julius Stewart, Wal-
ter Gay, Frederick Arthur Bridgeman,
and one by the French painter Henry
Tenré. An important featiîre will be a
story by Mr Marcel Prévost, one of the
most « modem » of the younger « littéra-
teurs » of France.
Par son honnêteté de pensée, l'attrait
de sa composition et son irréprochable
tenue, le Roman de Génevotte, de M.
Gustave Guesviller, méritera d'être mis
entre toutes les mains. Par le pittoresque
des descriptions, par le charme insinuant
du style, il obtiendra le suffrage de tous
les lettrés.
NOUVELLES A LA MAIN
Nos bébés.
Maman, comment est-ce grand un
lama ? 9
Comme ton frère.
Oh Est-ce qu'il y a donc d'aussi
grandes bêtes que ça? 2
UN DOMINO
LE DÉMÉNAGEMENT
Air des Pioupous d'Auvergne
C pauvr' monsieur Poubelle
N' fait que s' chagriner
D' la boîte nouvelle
Qu'on vient d' lui donner.
A tout's ses manies
II lui faut r'noncer
Pour qu' les colonies
ïrouVnt à se placer.
Il adorait le pavillon de Flore,
N'y manquant de rien,
Il y vivait bien.
Sans le Sénat il y serait encore,
C'est m'sieur Boulanger
Qui le force à déménager.
C' préfet n'a pas d' chance,
Et son désespoir
Est d' savoir d'avance
Qu'il n' peut pas avoir
L' moindre domicile
Pour r'poser son corps
Sans qu'on lui dis' « File » »
Et qu'on l' flanque dehors.
Il adorait le pavillon de Flore,
N'y manquant de rien,
Il y vivait bien.
Sans le Sénat, il y serait encore
Mais faut déloger, 1
C'est la faute à m'sieur Boulanger.
ESCOPETTE
ilcÈntJJOpIE
(Par dépêche de notre correspondant
particulier)
Brest, 22 mars.
Un accident, qui aurait pu avoir de
graves conséquences, s'est produit, ce
soir, à bord du croiseur Duquesne, sorti
au large pour faire les essais de ses ma-
chines et de son artillerie.
La matinée ayant été consacrée à des
essais de machine, on employa à des es-
sais de tir l'après-midi, chaque pièce ti-
rant trois coups à pleine charge.
Il était près de six heures, lorsque l'af-
fût du cinquième canon de la batterie de
tribord se brisa, au second coup tiré par
cette pièce.
Le canon fut déplacé et projeté en ar-
rière.
Fort heureusement, personne n'a été
blessé, mais les avaries matérielles sont
considérables.
Toute l'artillerie du Duquesne avait été
récemment renouvelée à Lorient. Lapièce
dont l'affût s'est brisé est un canon de
14 centimètres, à tir rapide, modèle 1884.
Le Duquesne a mouillé sur rade à sept*
heures.
Bloc -Notes Parisien
LES ANARCHISTES A LA NOUVELLE
II n'est bruit, dans la presse, que de la lettre
que l'anarchiste Cyvoct vient d'écrire de la
Nouvelle-Calédonie. Au risque d'être accusé,
comme il le dit lui-même, de faiblesse, voire
« de trahison », Cyvoct déclare aujour-
d'hui qu'on ne prépare pas les révolutions par
la violence, et que îes« moyens d'action em-
ployés par ses coreligionnaires politiques ne
peuvent que les déconsidérer et retarder le
triomphe de leurs idées ». On ne sait pas en-
core quel effet cette lettre a produit dans les
milieux anarchistes, un peu troublés en ce
moment. °
Les socialistes amis de Cyvoct prétendent
que, pour avoir correspondu avec le dehors,
Cyvoct subira les plus noires tortures il sera
mis en cellule, les pieds croisés et pris dans la
barre de justice, menottes de force aux poi-
gnets, et, s'il est reconnu coupable, condamné
à recevoir la « bastonnade », c'est-à-dire cin-
quante coups de martinet en deux séances et à
huit jours d'intervalle.
Quelque peu exagéré, sans doute, ce ta-
bleau t
Aussi bien, quelle est, aujourd'hui, la situa-
tion de Cyvoct, en tant que forçat ? Çlie nous
fut révélée, il y a quelques jours, par un voya-
geur, M. Paul Mimande, qui voulut voir de
ses propres yetlx, à la Guyane et à la Nouvelle-
Calédonie, ce qu'étaient devenus quelques for-
çats célèbres les anarchistes en parti-
culier.
Deux anarchistes seulement ont été trans-
portés en Nouvelle-Calédonie Cyvoct et
Gallo.
Cyvoct se porte fort bien et se livre avec suc-
cès à la confection des cercueils, travail dans
lequel il a pu acquérir une véritable compé-
tence. « C'est, nous dit M. Mimande dans la
Revue bleue, u,n petit brun dont les traits sont
vulgaires et l'intelligence médiocre; il possède
une demi-instruction très suffisante pour par-
ler sans bien se comprendreet pour écrire d'in-
terminables tirades en fréquent désaccord avec
la grammaire. Il reçoit, au moment des étren-
nes, de nombreuses cartes de visites. »
Si l'on se reporte à la lettre de Cyvoct, ce
portrait est plus que sévère. Qui croire? Il est
assez curieux, en tout cas, d'apprendre que
Cyvoct occupe ses loisirs à confectionner des
cercueils.
Gallo, lui, depuis qu'il a tenté d'assassiner
un de ses surveillants en lui assénant un coup
de pioche sur la nuque, et que ce dernier, pour
se défendre, lui a fracassé la mâchoire d'un
coup de revolver, Gallo, le beau phraseur, est
triste, car il ne peut plus parler que très diffi-
cilement sa santé s'est altérée; il passe une
notable partie de son temps à l'hôpital. C'est
un homme perdu pour la cause.
Pour voir les personnages importants de
l'armée anti-sociâle, il faut aller à la Guyane.
A la Guyane, notre voyageur vit d'abord,
comme prisonnier de droit commun, Pel, qui
rôtissait si bien ses bonne? et qui maintenant
remonte les pendules et fait des cataplasmes J
Fenayrou, ie pharmacien, qui, devenu^ pas»
seur de bac, se noya dans la rivière Ouengty
Gilles et son ami Abadie devenus, l'un con-
ducteur de bœufs, l'autre vernisseur de chai-
ses le docteur Estachy, l'homme aux grives
empoisonnées, devenu domestique de ferme à
Muéo; Mary Cliquet, l'élégant tabellion auteur
et directeur de théâtre, condamné au total fan-
tastique de cent cinquante années de travaux
forcés et qui, la double chaîne au pied et la
bricole au cou, était attelé à un chariot en
cet équipage, il fit à son visiteur une citation
d'Horace; Altmayer, Gruyer, etc.
Voici maintenant les anarchistes.
Tout d'abord Pini, le fameux Pini. « Où est
Pini? » a été, il n'y a pas très longtemps, la
question à la mode. Pini, aujourd'hui, roule,
modeste et mélancolique, une brouette sur le
plateau de l'île Royale, et s'il ne la roule pas
assez vite, on le met au pain sec. H paraît que
sous un air bonasse, innocent, il cache une four-
berie extraordinaire. « La douceur de Pini est
effrayante, et il faudrait avoir bien peu l'habi-
tude d'observer les hommes pour ne pas se
rendre compte qu'on a devant soi un Être pro-
fondément dissimulé, fertile en ruses, prêt
à toutes les audaces et féroce jusqu'aux
moelles. »
Vingt-deux ou vingt-trois ans, des cheveux
châtains, de grands yeux éclairant un visage
aux traits réguliers, une attitude froide, hau-
taine et réfléchie, tel est Girier, l'orateur véhé-
ment et passionné des réunions anarchistes,
qui, après un certain nombre de vols, finit par
assommer les agents de police dans un café de
la ville de Douai. Actuellement ce beau parleur
gâche du mortier.
Auprès de lui apparaît Simon, dit Biscuit
« En apercevant, dit-il, minauder ce pâle voyou,
haut comme une botte, sur le faciès duquel
la bêtise s'étale, je suis resté stupéfait. Com-
ment ? C'est cet avorton grotesque qui, avec
Ravachol, a terrorisé Paris ? » On l'emploie
dans une mine, où il a l'occasion de temps
en temps de faire partir des cartouches de
dynamite.
Enfin, voici l'anarchiste Clément DuvaF,
condamné à mort, en 1887, par la cour d'as-
sises de la Seine, pour .vols à main armée, in-
cendie, tentatives multiples d'assassinat. La
peine capitale fut commuée en celle des tra-
vaux forcés à perpétuité. Duval tait aujour-
d'hui, comme en ses premières années,
de la serrurerie. Il parait qu'aucun condamné
ne se conduit mieux, n'est plus soumis.
Mais il reste anarchiste « Le temps, disait-
il àson interlocuteur, n'est plus à la parole,!
mais à l'action. Les disciples de Bakounine
n'admettent d'autre activité que celle de la
destruction. Tous les moyens sont bons pour
épouvanter les puissants. »
Duval, à ces théories révolutionnaires, mêle
le souvenir de sa femme, des soirées passées au
théâtre, quand on avait des billets, de celles
passées au coin du feu avec la chatte « Co-
quette », une belle chatte blanche dont on lui
donne des nouvelles par tous les courriers. II
était tranquille, mais il lisait les publications
anarchistes. Il alla dans les réunions. Et quand
les comités le désignèrent comme propagan-
diste par le fait, il ressentit l'orgueil de don
Quichotte armé chevalier. ou d'un premier
sujet du théâtre de la Villette à qui l'on vient
de distribuer un rôle à effet.
« Car le besoin inné de cabotinage existe
toujours plus ou moins chez le faubourien. »..
Cabotins en effet, que tous ces détraqués.
Mais cabotins dangereux et sinistres.
TOUT-PAR!9
LA LÉGENDE
DE
t-,j^ :m:o:r.t
C'est sous ce titre que M. Le Braz a re-
cueilli une centaine de légendes dans trois,
régions du pays breton le Trécor, le j
Goëlo et le Quimperrois légendes que;
les paysans de là-bas se racontent encore
au coin du feu.
En Bretagne, aucun mur ne sépare le
monde merveilleux du monde réel. Les
Bretons ont cet état d'âme, où l'explica-
tion d'un phénomène naturel maladie,
mort ou tempête qui vient tout de
suite à l'esprit, est d'ordre surnaturel.
Chez eux, le cimetière est comme le
prolongement du foyer. Il semble que
ceux qui sont morts ne soient pas morts
tout à fait, qu'ils aient seulement quitté
le foyer pour le cimetière, et qu'ils revien-
nent avertir les survivants de tous les j
événements, heureux ou funestes, qui les
attendent.
Personne ne meurt sans que quelqu'un
de ses proches, de ses amis ou de ses voi-
sins n'en ait été prévenu par un inter-
signe. Les intersignes sont comme l'orn-,
bre projetée en avant de ce qui doit arri-j
ver. L'oiseau de la mort, ar spargel, yol-i
tige autour de la maison et frappe à la
vitre quand vient la mort. Les menui-.
siers qui fabriquent les cercueils savent
d'avance si quelqu'un de la région doit
mourir dans la journée ou dans la nuit.
Ils en sont prévenus par le bruit des plan-
ches qui s'entrechoquent d'elles-mêmes
dans le grenier.
Une vieille marchande de fruits de
Quimper a raconté, en 1887, à M. Le
Braz, qu'à seize ans elle était vachère!
dans une ferme de Briec. Le maître s'ap-
pelait Houenn. Un matin, il dit au « grand'
charretier »
Tu mettras le joug à la plus jeune
paire de bœufs, afin que j'aille les vendre
à la foire de Pleyben.
Le grand charretier imposa le joug aux
deux bœufs et sella le cheval du maître,
qui se mit en route. Le soir, la vachère
rentrait son troupeau, lorsqu'elle ren-
contra Houenn ramenant ses bœufs.
M'est avis, Houenn, dit la vachère,
que la foire de Pleyben ne vous a guère
rapporté.
C'est ce qui te trompe, répondit le
maître d'un ton étrange elle m'a rapporté
plus que je ne souhaitais.
On marcha quelque temps en silence.
Tout à coup, Houenn interpella la va-
chère
Cours d'une haleine jusqu'au bourg,
lui dit-il. Tu passeras d'abord chez le me-
nuisier pour commander an cercueil de
six pieds de long sur deux pieds de large.
Puis tu te rendras au presbytère. Ta
prieras le prêtre de prendre son sac
d'extrême-onction et de te suivre chez
nous au plus vite.
La vachère regarda le maître avec stu-
péfaction. Il avait des larmes qui lui rou-
laient sur la joue. La vachère prit ses sa-
bots à la main et courut chez le menui-
sier et le curé. Une heure après, elle était
de retour à la ferme. Le curé l'accompa-.
gnait. t
Sur le seuil était assise la fermière. v
Vous arrivez trop tard, dit-elle aoti i'
prêtre, mon mari est trépassé. Vous sa-
vez que jamais Houenn ne manquait un»
vente. Quand je l'ai vu revenir avec iea
28* Année 3« Série N» 5123l
VENDREDI 23 MARS 1894
ARTHUR MEYER
Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
Ifipgle dos boulevards Montmartre et des Italienfj
ABONNEMENTS
ARTHUR J/IEYEB v
Directeur
ADMINISTRATION
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ANNONCES ;v
MM. CH. LAGEANGE, CERF & Çft
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Paris 1 Départements
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Six mois 27 fr. Six mois.. 32 fr.
Un an 54 fr. Un an 64 fr.
Etranger
Trois mois (Union postale) .«. 18 fr.
x UNE
Il
tata~M htfj~
Lu~t~ M ne
Bernadette Soubirous va faire son ap-
parition dans l'existence parisienne, et ce
ne sera pas un des moindres symptômes
de l'esprit nouveau que cette évocation,
au milieu de nos fièvres, de la pauvre et
douce bergère de Lourdes.
Zola a promis la lecture au Trocadéro
d'un chapitre inédit de son livre, et il
faudrait n'avoir pas déjà constaté l'état
d'âme où nous sommes, ce besoin de se
ressaisir au bout de son chemin où s'in-
quiete le siècle qui finit, pour ne pas pro-
phétiser une entrée triomphale à l'humble
fille sur qui la grâce merveilleuse est
tombée.
Après la fleur de Lotus, qu'une fantai-
sie de poète vient de faire acclamer et
épouser aux plus positifs de nos esprits
forts, dans Izeyl, voici la fleur vivante du
Lis, du lis à longue tige et à calice pur,
tel que le tient dans ses mains diaphanes
la Vierge adorable de Delaplanche le
mysticisme des cerveaux devenant celui
des cœurs, et apportant soudain comme
une tendresse d'espoir aux lassitudes et
aux stérilités.
.Et tandis que l'histoire de Bernadette
va s'emparer de Paris, je suis tout juste
sur son sol, dans ces Pyrénées qui dentè-
lent des neiges roses sous le ciel bleu je,
passe devant sa maison, j'erre pendant
des heures, sans m'en pouvoir détacher,
à travers cette Ville de prière, née d'elle
comme par un second miracle.
Dix heures du matin; de la foule et
pourtant du silence; du soleil éclatant et
pourtant du mystère.
Avec leurs mantes, noires à capuche,
presque à cagoule, d'Espagne, les femmes
du pays semblent glisser; ce sont des om-
bres sur le gravier d'un blanc miroitant
des chemins, de la vaste et libre espla-
nade qui au pied de l'église s'étend, et des
montées; et sur le seuil des boutiques
groupées autour des sanctuaires, c'est
aussi avec un murmure vague que les
oncles, les frères, les cousins de Berna-
dette, tout le monde, en la ville, estde-
venu un peu son parent, offrent le cha-
pelet d'azur, la médaille protectrice, l'i-
mage du ressouvenir.
Recueillement des choses et des êtres,
qui fait autour de la haute basilique et de
ses portiques en lacets par où s'allonge
aux grands jours la théorie des pèlerins
clamants, comme une autre cathédrale, à
ciel ouvert.
Et ce recueillement n'est point triste. Il
flotte dans l'air je ne sais quelle allé-
gresse tout au contraire, un souffle léger
et caressant qui vous berce l'âme, même
en marchant.
Parfois, les vieilles gravures saintes
montrent ce petit démon cornu qui s'é-
chappe du front des possédés ainsi, dans
le prodige d'une telle atmosphère, les
papillons noirs semblent s'échapper de
nous. 1
Couvert encore de la poussière de Pa-
ris, traînant le poids des spleens, il sem-
ble qu'une invisible main tout d'un~coup
épure l'infidèle lui-même, le débarrasse,
le soulage, et il va, dans un charme in-
connu, retrempé ainsi que dans une jeu-
nesse, étonné qu'une pareille bienfaisance
puisse se répandre, qu'un lieu existe
comme celui-là, souriant sans qu'il le sa-
che., sans d'aventure qu'il y consente, à
cette extraordinaire et pourtant indénia-
ble influence.
Tout ce qui est grand dans la naturese
retrouve ici, et l'homme, porté par le be-
soin de ses aspirations, y a mis.tout ce
qui est doux; voici les monts, les vallées
vertes, le Gave qui roule puissamment, le
Prat deouRey, et voici l'encens, l'harmo-
nie et l'extase. Il est impossible de se
soustraire à ce ravissement, à la volupté
d'une telle rencontre de par la Vie, et j'a-
joute qu'essayer seulement, serait d'un
homme indigne de ressentir, et qui n'en-
tend ni l'occasion ni l'art de faire son
bonheur.
La basilique aux maçonneries resplen-
dissantes, hardie et fine comme une œu-
vre du treizième siècle, dominant et pos-
sédant la Ville, en souveraine, renferme
deux églises superposées, reliées par un
escalier intérieur, qui tourne, avec des
échappées sur l'horizon.
Je pénètre, et, là, non, ce n'est point
comme dans les églises d'ailleurs; de
suite on se sent dans une solidarité ex-
quise, dans un lien avec tous ceux qui ont
souffert, cherché, passé; on se rattache à
une famille sans fin, l'on cesse d'être
étranger et d'être isolé; là, une prière ne
chasse pas l'autre, la visite d'aujourd'hui
n'efface pas celle d'hier une trace de-
meure de tous ces passages, une preuve
de chacune de ces ferveurs subsiste,
et ce qu'on éprouve se renforce ainsi et
profite de tout ce qui, sous ces voûtes,
s'est éprouvé et traduit déjà.
Des femmes, des mères, des fiancées,
des malades, des affligés, d'autres ballot-
tés, tour à tour sont venus à cette place,
et apaisés ourafïermis, avec l'attestation
que, en réalité, ces fameuses misères que
toujours nous croyons faites pour nous
seuls sont un patrimoine commun, ils
ont laissé celle d'un secours reçu.
De grandes plaques en marbre, des
inscriptions d'une sincérité authentique,
avec les noms, des noms connus et indis-
cutables, les adresses, les dates, les cau-
ses et du haut en bas, et derrière la nef
où Notre Dame rayonne, sous le flot
mouvant des bannières, les murs par-
lent.
Ce n'est plusle Mane, thecel, phares an-
tique, ce sont les trois mots de Foi, d'Es-
pérance et de Charité qui semblent s'é-
lancer de la pierre dure et flamber.
Puis, partout, sous verres, en nombre
infini, des cœurs de vermeil, des épau-
leltes de laine et d'or, des épées, des fu-
sils, des croix d'honneur, des vaisseaux
avec leur mâture, des quenouilles, de
pâles couronnes de fleurs d'oranger, des
berceaux.
Surprenante éloquence de l'eos-voto.
C'est le même tréfond de toutes les vies
qui se trahit là, le même Rêve qui pal-
pite, le même cri qui s'écnappe. Le
foyer» le champ de bataille, l'Océan,
quelle vision et tout tient ici; les épou-
vantes et les actions de grâce, les sanglots
et les joies d'un monde entier viennent
battre et se résumer au pied de ces pi-
liers et dans l'ombre de ces chapelles.
Incomparable, unique Ecole d'Egalité
dans l'existence, d'infortune, de consola-
tion aussi, et c'est pourtant d'une
obscure enfant que tout cela est parti 1
Quel besoin vous saisit de courir sou-
dain là où, les mains jointes, elle est
tombée sur ses genoux, de toucher enfin
du doigt ce roc où, pour elle, un jour, dit-
on, tandis que la Vierge lui souriait, la
lumière et la musique du ciel ont
jailli? 9
Alors on redescend, on dépasse l'office
des consultations médicales, établi là
comme pour faire un état-civil aux sau-
vetages de ceux auxquels la voix a dit
marche, et qui marchent.
Puis les piscines, dans de petites bâ-
tisses d'un gris clair, à arceaux. Dans ce
coin, d'ailleurs, se rencontrent quel-
ques détails déconcertants, quoique né-
cessaires auprès de la prière affichée, le
fameux prenez garde aux porte-monnaie.
Mais 'il faut savoir se faire aveugle
pour tout ce qui risquerait d'amoin-
drir l'aubaine de quelque grande im-
pression. Quant à moi, avec l'énergie
d'un homme respectueux, avare et jaloux
de l'émotion inespérée, un vrai cadeau
qui lui arrive, je me suis défendu de voir
ce qui m'eût décharmé, et c'est comme si
je n'avais vu rien.
Aussi bien, à deux pas, le cœur même
et le Verbe de Lourdes.
Profonde, haute, pleine de replis, au
bord du Gave qui la baignait naguère, on
la respectant obstinément, parait-il, dans
ses plus violents caprices, c'est la Grotte
au sommet du mont où elle s'ouvre, la
Basilique au-dessus d'elle et comme lui
tombant sur le front, le bandeau lourd et
sombre des lierres, sous lesquels dans ce
matin du printemps proche, un oiseau
chante clair au dedans l'éblouissement
fantastique de mille cierges, des grands,
au tronc robuste, qui ont comme une as-
sise dans la pierre, des petits qu'une main
tremblante allume et dispose, clartés tou-
jours renouvelées, dont la vapeur noircit
et embrume les parois, éperdument ar-
dentes, sur qui parfois passe un irisson,
et qui ont l'air d'avoir une âme.
Nulle part, à aucune heure, je n'ai trou-
vé à la lumière cette expression et ce
qu'elle éclaire ici est puissant comme
elle.
D'un côté, l'œuvre accomplie, les gué-
risons certifiées, proclamées envers et
contre tout, une forêt suspendue de bé-
quilles qui s'enchevêtrent. Oh! ces bois
de souffrance, qu'ils ont là de gloire Ce
qu'ils disent, ceux-ci luxueux, ceux-là
pauvres, ceux de la ville et ceux du vil-
lage, c'est qu?à tel moment, sans conteste,
quelque chose qu'on ne promettait et n'at-
tendait plus, advint, et à les observer
ainsi, il vous semble voir tout d'un coup,
dans quel geste de sublime et reconnais-
sante ivresse, pour tout ce peuple de dé-
sespérés, ils ont été jetés.
De l'autre côté, modestement, en re-
trait, blanche et douce, se dresse l'image
de Celle qui intercède et qui a voulu être
invoquée là; à ses pieds, voici encore la
touffe d'herbe sauvage dont elle a parlé,
et ce qu'on entend là-bas, ce calme mur-
mure, c'est l'eau sacrée qu'elle a recom-
mandée.
Ne va-t-elle pas s'animer ? Toutes ces
suppliques iront-elles jusqu'à son cœur ? 2
Oui, elle écoute, on dirait .qu'elle a bou-
gé et que sa main s'étend sur toute cette
foule a gonoux sur les dalles, parmi les
chaises, les bancs, les fleurs fraîches et
les bouquets fanés qui gisent, et sur le
parvis, puis au dehors, sous les arbres,
et loin, jusqu'au parapet du torrent, en
silence.
Des groupes, et çà* et là, de solitaires
prosternés; les mains accrochées aux bar-
reaux de la grille, le front meurtri contre
elle, les yeux perdus sur une croix qu'il
retourne et baise, un homme jeune est
dans toute la pâleur anxieuse d'une de-
mande de protection: quel est son secret? '1
Il me le dirait tout haut, j'eirsuis sûr,
comme à un frère là-bas, au fond de la
grotte, les paupières closes, les lèvres
frémissantes, un autre, qui souffre, s'a-
bîme dans la plainte et dans l'espoir il
est là dès l'aube, il restera le dernier, et,
par instants, on le^ voit étirer ses mem-
bres, essayer magnifiquement si le mira-
cle a dénoué son long bras.
Un soupir, c'est une femme qui, cour-
bée sur sa chaise, ne fait plus qu'une li-
gne harmonieuse; un bruit de petits pas
attentifs, c'est un autre qui va boire re-
ligieusement à la fontaine soudain, un
bourdonnement confus, puis des voix
qui montent c'est le « priez pour nous »
d'une oraison, répété par trois fois, à in-
tervalles réguliers, avec l'accent du pays,
un « priez pour nous » tout ensemble la-
mentable et passionné, dont l'écho est
immense, et dans les moelles.
L'heure fuit, le soleil change, et pas
une minute ne décroît la majesté, ne fai-
blit l'action d'un tel spectacle.
J'ai vu Rome sous les cloches et Sé-
ville en procession rien- au monde n'est
cela. On est comme extrait de soi-même,
projeté en avant, et, pour la première
fois, j'ai senti ce que cela peut être de se
donner. On se donne, on se livre, suprê-
mement, délicieusement, et la Nuit peut
venir, ce n'est pas l'étoile allumée là-
haut oui conseillera de se reprendre I
Analyser, enquêter, chicaner le com-
ment de ces mille détails qui vous enser-
rent et ensorcèlent, à quoi bon, et
qu'importe ? il m'a plu de n'en avoir pas
souci.
C'est une besogne à laquelle la Vie ne
condamne que trop, il fait bon parfois la
lâcher, et s'évader du nombre de ceux que
disait Musset
Qui montrent avec orgueil le rocher de leur cœur
Où n'aura pas germé la plus cliélive fleur.
Comment Zolaa-t-il compris et expéri-
menté Lourdes, et quel sera le livre ? Ici
on l'a vu passer pensif, et pourtant l'on
est inquiet.
Pour moi, qui connais maintenant cette
contagion superbe, j'oserais presque ré-
pondre de lui. Il est impossible que son
livre ne soit pas vivant du souffle qu'on
respire sur ce coin de terre il est im-
possible qu'un artiste perçoive, juge, tra-
duise de telles choses en petit et en
sec elles l'absorbent, elles le roulent, et
c'est précisément sa grandeur, son privi-
lège, son excuse, de ne pas être inférieur,
lui, à ce qu'il y a de plus élevé.
La dernière fois que j'ai rencontré Zola
c'était aux fêtes russes il était excédé de
travail, mais il était heureux. Heureux,
en eflet, l'homme qui a eu l'idée de se
payer pendant des mois cette station dans
l'au-delà, et de mettre cette vision, en
plein Paris, dans ses meubles à lui 1
Lourdes, 31 mars 1894.
ALEXANDRE HEPP
Ce qui se passe
GAULOIS-GUIDE
Aujourd'hui
Dans toutes les églises, notamment à Saint-
Eustache et à Saint-Séverin, offices-exécutions
musicales. `
A Saint-Gervais, deux auditions des chan-
teurs de Saint-Gervais: le matin à dix heures,
l'après-midi à quatre heures.
A Notre-Dame, Stabat, sermon du R. P. Oli-
vier et de Mgr d'Hulst.
Au théâtre du Châtelet, au cirque des Champs-
Elysées, au concert d'Harcourt, concerts spiri-
tuels.
Au Conservatoire, Requiem inédit deGounod.
Au Grand-Hôtel, dîner du vendredi saint.
Relâche dans tous les théâtres, hormis la
Porte-Saint-Martin, où l'on donne une audi-
tion de la Passion, de M. Haraucourt.
LA POLITIQUE
On lira aux tribunaux le compte-rendu
du jugement du tribunal civil de la Seine,
qui dépossède les Sœurs de Saint-Vincent-
de-Paul des immeubles à elles légués
avant la Révolution, à charge d'y exercer
leur ministère de secours et d'enseigne-
ment.
Cette décision dont il sera" fait appel
est d'autant plus extraordinaire que
l'organe du ministère public avait conclu
en faveur des Sœurs, et que, jusqu'ici, les
tribunaux avaient une tendance à modé-
rer plutôt qu'à encourager les tendances
laïcisatrices et usurpatrices.
Ce qu'il y a de particulièrement révol-
tant dans ce jugement, c'est qu'il ap-
puie, en quelque sorte, la justice sur l'i-
niquité.
En effet, les Sœurs étaient logées dans
ces immeubles et y devaient accomplir
les volontés charitables des donateurs. On
a commencé par leur enlever les fonctions
qui avaient motivé le legs des immeubles,
et puis, sous le prétexte qu'elles n'étaient
plus en fonctions, on les expuls e des im-
meubles.
Il y a là une hypocrisie dans l'ini quité
dont il est véritablement déplorable qu'un
tribunal se soit fait complice. J. C.
ÉCHOS POLIÏIQUÏS
AU MINISTÈRE DES COLONIES
M. Boulanger, en attendant qu'il puisse
soumettre au conseil des ministres une
organisation définitive de l'administra-
tion coloniale, ce qui demandera envi-
ron trois semaines a indiqué, dès hier,
à ses collègues, les mesures qu'il a prises
pour assurer la marche des services de
son département.
Le ministre des colonies a résolu, no-
tamment, de créer une direction du con-
trôle et de la comptabilité, dont le titu-
laire serait choisi parmi les maîtres des
requêtes au conseil d'Etat. C'est dire
qu on a prononcé à tort, pour ce poste
nouveau, le nom de M. le conseiller d'E-
tat Dislère.
Quant au cabinet du nouveau ministre,
il est ainsi constitué
Directeur du cabinet et du personnel
M. Bienvenu Martin, maître des requêtes
au conseil d'Etat;
Chef du secrétariat particulier M.
Falala, contrôleur des contributions in-
directes de la Seine;
Attaché M. Pierre Mairet, commis
principal au ministère des finances.
Ajoutons que, d'après certaines ru-
meurs, M. Haussmann, chef de la divi-
sion des affaires politiques et de l'admi-
nistration générale, serait très prochaine-
ment appelé à la cour des comptes. Il y
aura donc lieu de pourvoir à son rempla-
cement.
On parle aussi du départ de M. Bille-
cocq, chef de la division de l'administra-
tion pénitentiaire, des finances et de l'ad-
ministration des services militaires.
En ce qui concerne l'installation des
services, le pavillon de Flore a été défi-
nitivement choisi, et c'est là également
que M. Boulanger entend avoir son ap-
partement.
M. Poubelle a donc été invité à trans-
porter ses pénates à l'Hôtel de Ville.
Le préfet de la Seine a essayé, paraît-
il, d'obtenir un nouveau sursis il se
trouve bien où il est et se soucie peu d'un
déménagement qui va sans doute provo-
quer à nouveau la fureur du Conseil mu-
nicipal. Mais il a été passé outre à ses
objections.
ÉCHOS Dl PARIS
Le jeudi saint aura été une première
journée de printemps superbement enso-
leillée.
C'est vers les églises que le flot des
promeneurs s'est dirigé.
Les églises, après les services solen-
nels du matin, ont été pleines jusqu'à
dix heures du soir.
A Notre-Dame avait lieu la scène du
« lavement des pieds ».
Au milieu de la nef se trouvaient douze
enfants de chœur, assis en rond et nu-
pieds, symbolisant les douze apôtres.
Mgr Richard, suivi de tout le clergé de
Notre-Dame, a versé sur les pieds de
chaque enfant, à tour de rôle, quelques
gouttes d'eau qu'il a essuyées ensuite.
Après la cérémonie, chaque enfant a
reçu une brioche, un verre de bordeaux
et un bouquet.
Devant le tombeau, situé dans une cha-
pelle, derrière le chœur, ont défilé toute
la journé de nombreux visiteurs.
Partout les reposoirs étaient ornés
luxueusement, notamment ceux de la
Madeleine, de la Trinité, de Saint-Augus-
tin, de Sainte-Glotilde, de Saint-Louis-
d'Antin, de Saint-Roch, de Saint-Ger-
main-l'Auxerrois, de Saint-Pierre de
Chaillot, de Saint-Honoré-d'Eylau, de
Notre-Dame-de-Lorette, de Notre-Dame-
des-Victoires, de Saint-Thomas-d'Aquin.
Dans toutes ces églises, la foule était,
telle que la circulation étant devenue très
difficile^ ua service d'ordre a été rendu
nécessaire. Deux agents se tenaient à la
porte de chaque église. La consigne inter-
disait de laisser pénétrer dans l'église
toute personne munie d'un paquet. A ce
sujet, il est arrivé un incident. A la porte
d'uae église qu'il est inutile de Bommer,
un monsieur, porteur d'une serviette,
voulut entrer. Les agents s'y opposèrent.
Le monsieur insista. On l'emmena au
poste, où l'on constata que le monsieur,
courtier en bouchons de sa profession,
avait dans sa serviette des bouchons de
liège. Il fut aussitôt relâché.
Il faut signaler le grand nombre d'hom-
mes qui ont suivi les cérémonies d'hier,
dans un profond recueillement.
Mgr Bigaudet, évêque titulaire de Ra-
mata et vicaire apostolique de la Birma-
nie méridionale, vient de mourir àïtan-
goon.
Il était né à Malans, diocèse de Besan-
çon, le 13 août 1813.
Dans un savant ouvrage, Mgr Bigaudet
a merveilleusement exposé les doctrines
bouddhistes, qu'il a pu étudier sur place,
dans sa longue carrière apostolique.
Comme toutes les années, la marine
conserve ses traditions. Aujourd'hui,
vendredi saint, dans tous les ports les pa-
villons seront en berne et les yergues'en
pantenne. En outre, sur les bâtiments de
guerre, on tirera un coup de canon toutes
les heures, depuis le coup de la diane jus-
qu'à trois heures de l'après-midi.
Plusieurs ministères fermeront aujour-
d'hui leurs bureaux jusqu'à mardi.
Les membres de la Société nationale
des beaux-arts doivent se réunir aujour-
d'hui pour procéder, par tirage au sort, à
l'élection du jury, et surtout pour cher-
cher s'il y a moyen de s'entendre avec la
Société des artistes français, afin de par-
ticipe^' de concert aux expositions étran-
gères-futures.
La réception des envois pour les artis-
tes peintres qui ne sont pas hors con-
cours, a pris fin hier soir au palais de
l'Industrie.
Près de six mille toiles ont été enregis-
trées. On sait que les artistes hors con-
cours ont jusqu'au 4 avril pour envoyer
leurs œuvres.
Hier s'est terminée la réception au
Champ de Mars. Grande affluence égale-
ment d'œuvres apportées jusqu'à la der-
nière limite d'heure fixée par le règle-
ment.
Les œufs de Pâques de M. Spuller.
On assure que les décorations de la
Légion d'honneur décernées aux artistes
qui ont exposé à Chicago paraîtront pro-
bablement dimanche au Journal offi-
ciel.
Dans la colonie russe, à Paris, on parle
beaucoup depuis quelques jours, nous
l'avons dit, d'un vase artistique de haute
valeur, commandé par le Tsar dans l'in-
tention de l'offrir à la capitale française,
en remerciement de l'accueil enthousiaste
fait à l'escadre de l'amiral Avelane.
On assure également qu'un magnifique
album va être exposé au public a Saint-
Pétersbourg. Il s'agit du témoignage
d'un gijoupe de dames russes aux dames
françaises, qui sera envoyé, assure-t-on,
à Mme Adam, avec une adresse pour la-
quelle de nombreuses signatures sont re-
cueillies en ce moment, et destinée à ren-
dre hommage aux dames françaises pour
leurs cadeaux aux femmes, filles et sœurs
des marins de Russie.
Il semble que la destinée de M. Dide
soit de voir mourir, dans les circonstances
les plus dramatiques, les personnes qui
l'entourent.
Il y a quelques années, en effet, unem-
Sloyé de l'administration pénitentiaire du
épartement des colonies, venu en congé
à Paris et tombé dans la plus profonde
misère, s'adressa à M. le sénateur Dide
pour en obtenir quelque secours.
Comprenant que l'austérité du pasteur
protestant ne pouvait s'intéresser à ses
souffrances, et fatigué de battre inutile-
ment le pavé de Paris à la recherche d'un
gîte, l'employé se décida à aller frapper
à la porte de l'hôpital Laennec, mais trop
tard, car les privations et la misère l'a-
vaient épuisé et, huit jours après son ad-
mission à l'hospice, il y mourut.
Or, on nous affirme que l'employé dont
nous parlons était le propre irère de M.
le sénateur Dide.
Le comité du monument à élever, à
Nantes, à la mémoire du général Melli-
net, est définitivement constitué comme
suit
Président effectif le général du Guiny,
ancien commandant du 3e corps, élu à
l'unanimité.
Présidents d'honneur le général Vos-
seur, commandant le 11° corps le général
Zentz d'Aulnois, le préfet de la Loire-In-
férieure, le président du conseil général,
le maire de Nantes.
Signalons, d'autre part, l'autorisation
donnée à l'armée, par le ministre de la
guerre, de souscrire en vue de l'érection
d'un monument à la mémoire de Cassini,
auteur de la première carte topographi-
que de Franee.
De notre correspondant de Londres
Les habitués du Pier, qui s'étend non
loin de Tankerville-Hotel, à Bourne-
mouth, peuvent voir tous les jours Cor-
nélius Herz se promener, entre midi et
deux heures, sur la jetée-promenade de
Boscombe. C'est tantôt Mme Herz, tantôt
sa fille ainée qui accompagne le docteur,
qui marche en s'appuyant sur une canne.
Les deux fils de M. Herz sont actuelle-
ment, à l'occasion des vacances de Pâ-
ques, à Bournemouth. On les voit jouant
au cerceau et au lawn-tennis, avec de jeu-
nes amis du voisinage. Quant à M. Cor-
nélius Herz, il travaille avec acharne-
ment. A quoi ? nul ne le sait. Il écrit de
nombreuses lettres. A qui ? Mystère.
Au commencement de mars, le fils de
sir Georges Lewis, son avoué, est venu le
voir, mais il n'est resté que quelques heu-
res à Bournemouth.
Ce qui parait certain, c'est que Corné-
lius Herz n'a plus rien àtîraindre ni du
gouvernement anglais, ni des médecins
français.
A travers les journaux et les livres
Pour nos lecteurs américains et an-
glais.
On Easter Sunday the New York He-
rald will publish a special number to
which some of the best artistic and lite-
rary talent available has contributed. It
will consist of twelve pages in which
there will be several illustrations in co-
lours specially made by eminent ameri-
can artists sucb as Julius Stewart, Wal-
ter Gay, Frederick Arthur Bridgeman,
and one by the French painter Henry
Tenré. An important featiîre will be a
story by Mr Marcel Prévost, one of the
most « modem » of the younger « littéra-
teurs » of France.
Par son honnêteté de pensée, l'attrait
de sa composition et son irréprochable
tenue, le Roman de Génevotte, de M.
Gustave Guesviller, méritera d'être mis
entre toutes les mains. Par le pittoresque
des descriptions, par le charme insinuant
du style, il obtiendra le suffrage de tous
les lettrés.
NOUVELLES A LA MAIN
Nos bébés.
Maman, comment est-ce grand un
lama ? 9
Comme ton frère.
Oh Est-ce qu'il y a donc d'aussi
grandes bêtes que ça? 2
UN DOMINO
LE DÉMÉNAGEMENT
Air des Pioupous d'Auvergne
C pauvr' monsieur Poubelle
N' fait que s' chagriner
D' la boîte nouvelle
Qu'on vient d' lui donner.
A tout's ses manies
II lui faut r'noncer
Pour qu' les colonies
ïrouVnt à se placer.
Il adorait le pavillon de Flore,
N'y manquant de rien,
Il y vivait bien.
Sans le Sénat il y serait encore,
C'est m'sieur Boulanger
Qui le force à déménager.
C' préfet n'a pas d' chance,
Et son désespoir
Est d' savoir d'avance
Qu'il n' peut pas avoir
L' moindre domicile
Pour r'poser son corps
Sans qu'on lui dis' « File » »
Et qu'on l' flanque dehors.
Il adorait le pavillon de Flore,
N'y manquant de rien,
Il y vivait bien.
Sans le Sénat, il y serait encore
Mais faut déloger, 1
C'est la faute à m'sieur Boulanger.
ESCOPETTE
ilcÈntJJOpIE
(Par dépêche de notre correspondant
particulier)
Brest, 22 mars.
Un accident, qui aurait pu avoir de
graves conséquences, s'est produit, ce
soir, à bord du croiseur Duquesne, sorti
au large pour faire les essais de ses ma-
chines et de son artillerie.
La matinée ayant été consacrée à des
essais de machine, on employa à des es-
sais de tir l'après-midi, chaque pièce ti-
rant trois coups à pleine charge.
Il était près de six heures, lorsque l'af-
fût du cinquième canon de la batterie de
tribord se brisa, au second coup tiré par
cette pièce.
Le canon fut déplacé et projeté en ar-
rière.
Fort heureusement, personne n'a été
blessé, mais les avaries matérielles sont
considérables.
Toute l'artillerie du Duquesne avait été
récemment renouvelée à Lorient. Lapièce
dont l'affût s'est brisé est un canon de
14 centimètres, à tir rapide, modèle 1884.
Le Duquesne a mouillé sur rade à sept*
heures.
Bloc -Notes Parisien
LES ANARCHISTES A LA NOUVELLE
II n'est bruit, dans la presse, que de la lettre
que l'anarchiste Cyvoct vient d'écrire de la
Nouvelle-Calédonie. Au risque d'être accusé,
comme il le dit lui-même, de faiblesse, voire
« de trahison », Cyvoct déclare aujour-
d'hui qu'on ne prépare pas les révolutions par
la violence, et que îes« moyens d'action em-
ployés par ses coreligionnaires politiques ne
peuvent que les déconsidérer et retarder le
triomphe de leurs idées ». On ne sait pas en-
core quel effet cette lettre a produit dans les
milieux anarchistes, un peu troublés en ce
moment. °
Les socialistes amis de Cyvoct prétendent
que, pour avoir correspondu avec le dehors,
Cyvoct subira les plus noires tortures il sera
mis en cellule, les pieds croisés et pris dans la
barre de justice, menottes de force aux poi-
gnets, et, s'il est reconnu coupable, condamné
à recevoir la « bastonnade », c'est-à-dire cin-
quante coups de martinet en deux séances et à
huit jours d'intervalle.
Quelque peu exagéré, sans doute, ce ta-
bleau t
Aussi bien, quelle est, aujourd'hui, la situa-
tion de Cyvoct, en tant que forçat ? Çlie nous
fut révélée, il y a quelques jours, par un voya-
geur, M. Paul Mimande, qui voulut voir de
ses propres yetlx, à la Guyane et à la Nouvelle-
Calédonie, ce qu'étaient devenus quelques for-
çats célèbres les anarchistes en parti-
culier.
Deux anarchistes seulement ont été trans-
portés en Nouvelle-Calédonie Cyvoct et
Gallo.
Cyvoct se porte fort bien et se livre avec suc-
cès à la confection des cercueils, travail dans
lequel il a pu acquérir une véritable compé-
tence. « C'est, nous dit M. Mimande dans la
Revue bleue, u,n petit brun dont les traits sont
vulgaires et l'intelligence médiocre; il possède
une demi-instruction très suffisante pour par-
ler sans bien se comprendreet pour écrire d'in-
terminables tirades en fréquent désaccord avec
la grammaire. Il reçoit, au moment des étren-
nes, de nombreuses cartes de visites. »
Si l'on se reporte à la lettre de Cyvoct, ce
portrait est plus que sévère. Qui croire? Il est
assez curieux, en tout cas, d'apprendre que
Cyvoct occupe ses loisirs à confectionner des
cercueils.
Gallo, lui, depuis qu'il a tenté d'assassiner
un de ses surveillants en lui assénant un coup
de pioche sur la nuque, et que ce dernier, pour
se défendre, lui a fracassé la mâchoire d'un
coup de revolver, Gallo, le beau phraseur, est
triste, car il ne peut plus parler que très diffi-
cilement sa santé s'est altérée; il passe une
notable partie de son temps à l'hôpital. C'est
un homme perdu pour la cause.
Pour voir les personnages importants de
l'armée anti-sociâle, il faut aller à la Guyane.
A la Guyane, notre voyageur vit d'abord,
comme prisonnier de droit commun, Pel, qui
rôtissait si bien ses bonne? et qui maintenant
remonte les pendules et fait des cataplasmes J
Fenayrou, ie pharmacien, qui, devenu^ pas»
seur de bac, se noya dans la rivière Ouengty
Gilles et son ami Abadie devenus, l'un con-
ducteur de bœufs, l'autre vernisseur de chai-
ses le docteur Estachy, l'homme aux grives
empoisonnées, devenu domestique de ferme à
Muéo; Mary Cliquet, l'élégant tabellion auteur
et directeur de théâtre, condamné au total fan-
tastique de cent cinquante années de travaux
forcés et qui, la double chaîne au pied et la
bricole au cou, était attelé à un chariot en
cet équipage, il fit à son visiteur une citation
d'Horace; Altmayer, Gruyer, etc.
Voici maintenant les anarchistes.
Tout d'abord Pini, le fameux Pini. « Où est
Pini? » a été, il n'y a pas très longtemps, la
question à la mode. Pini, aujourd'hui, roule,
modeste et mélancolique, une brouette sur le
plateau de l'île Royale, et s'il ne la roule pas
assez vite, on le met au pain sec. H paraît que
sous un air bonasse, innocent, il cache une four-
berie extraordinaire. « La douceur de Pini est
effrayante, et il faudrait avoir bien peu l'habi-
tude d'observer les hommes pour ne pas se
rendre compte qu'on a devant soi un Être pro-
fondément dissimulé, fertile en ruses, prêt
à toutes les audaces et féroce jusqu'aux
moelles. »
Vingt-deux ou vingt-trois ans, des cheveux
châtains, de grands yeux éclairant un visage
aux traits réguliers, une attitude froide, hau-
taine et réfléchie, tel est Girier, l'orateur véhé-
ment et passionné des réunions anarchistes,
qui, après un certain nombre de vols, finit par
assommer les agents de police dans un café de
la ville de Douai. Actuellement ce beau parleur
gâche du mortier.
Auprès de lui apparaît Simon, dit Biscuit
« En apercevant, dit-il, minauder ce pâle voyou,
haut comme une botte, sur le faciès duquel
la bêtise s'étale, je suis resté stupéfait. Com-
ment ? C'est cet avorton grotesque qui, avec
Ravachol, a terrorisé Paris ? » On l'emploie
dans une mine, où il a l'occasion de temps
en temps de faire partir des cartouches de
dynamite.
Enfin, voici l'anarchiste Clément DuvaF,
condamné à mort, en 1887, par la cour d'as-
sises de la Seine, pour .vols à main armée, in-
cendie, tentatives multiples d'assassinat. La
peine capitale fut commuée en celle des tra-
vaux forcés à perpétuité. Duval tait aujour-
d'hui, comme en ses premières années,
de la serrurerie. Il parait qu'aucun condamné
ne se conduit mieux, n'est plus soumis.
Mais il reste anarchiste « Le temps, disait-
il àson interlocuteur, n'est plus à la parole,!
mais à l'action. Les disciples de Bakounine
n'admettent d'autre activité que celle de la
destruction. Tous les moyens sont bons pour
épouvanter les puissants. »
Duval, à ces théories révolutionnaires, mêle
le souvenir de sa femme, des soirées passées au
théâtre, quand on avait des billets, de celles
passées au coin du feu avec la chatte « Co-
quette », une belle chatte blanche dont on lui
donne des nouvelles par tous les courriers. II
était tranquille, mais il lisait les publications
anarchistes. Il alla dans les réunions. Et quand
les comités le désignèrent comme propagan-
diste par le fait, il ressentit l'orgueil de don
Quichotte armé chevalier. ou d'un premier
sujet du théâtre de la Villette à qui l'on vient
de distribuer un rôle à effet.
« Car le besoin inné de cabotinage existe
toujours plus ou moins chez le faubourien. »..
Cabotins en effet, que tous ces détraqués.
Mais cabotins dangereux et sinistres.
TOUT-PAR!9
LA LÉGENDE
DE
t-,j^ :m:o:r.t
C'est sous ce titre que M. Le Braz a re-
cueilli une centaine de légendes dans trois,
régions du pays breton le Trécor, le j
Goëlo et le Quimperrois légendes que;
les paysans de là-bas se racontent encore
au coin du feu.
En Bretagne, aucun mur ne sépare le
monde merveilleux du monde réel. Les
Bretons ont cet état d'âme, où l'explica-
tion d'un phénomène naturel maladie,
mort ou tempête qui vient tout de
suite à l'esprit, est d'ordre surnaturel.
Chez eux, le cimetière est comme le
prolongement du foyer. Il semble que
ceux qui sont morts ne soient pas morts
tout à fait, qu'ils aient seulement quitté
le foyer pour le cimetière, et qu'ils revien-
nent avertir les survivants de tous les j
événements, heureux ou funestes, qui les
attendent.
Personne ne meurt sans que quelqu'un
de ses proches, de ses amis ou de ses voi-
sins n'en ait été prévenu par un inter-
signe. Les intersignes sont comme l'orn-,
bre projetée en avant de ce qui doit arri-j
ver. L'oiseau de la mort, ar spargel, yol-i
tige autour de la maison et frappe à la
vitre quand vient la mort. Les menui-.
siers qui fabriquent les cercueils savent
d'avance si quelqu'un de la région doit
mourir dans la journée ou dans la nuit.
Ils en sont prévenus par le bruit des plan-
ches qui s'entrechoquent d'elles-mêmes
dans le grenier.
Une vieille marchande de fruits de
Quimper a raconté, en 1887, à M. Le
Braz, qu'à seize ans elle était vachère!
dans une ferme de Briec. Le maître s'ap-
pelait Houenn. Un matin, il dit au « grand'
charretier »
Tu mettras le joug à la plus jeune
paire de bœufs, afin que j'aille les vendre
à la foire de Pleyben.
Le grand charretier imposa le joug aux
deux bœufs et sella le cheval du maître,
qui se mit en route. Le soir, la vachère
rentrait son troupeau, lorsqu'elle ren-
contra Houenn ramenant ses bœufs.
M'est avis, Houenn, dit la vachère,
que la foire de Pleyben ne vous a guère
rapporté.
C'est ce qui te trompe, répondit le
maître d'un ton étrange elle m'a rapporté
plus que je ne souhaitais.
On marcha quelque temps en silence.
Tout à coup, Houenn interpella la va-
chère
Cours d'une haleine jusqu'au bourg,
lui dit-il. Tu passeras d'abord chez le me-
nuisier pour commander an cercueil de
six pieds de long sur deux pieds de large.
Puis tu te rendras au presbytère. Ta
prieras le prêtre de prendre son sac
d'extrême-onction et de te suivre chez
nous au plus vite.
La vachère regarda le maître avec stu-
péfaction. Il avait des larmes qui lui rou-
laient sur la joue. La vachère prit ses sa-
bots à la main et courut chez le menui-
sier et le curé. Une heure après, elle était
de retour à la ferme. Le curé l'accompa-.
gnait. t
Sur le seuil était assise la fermière. v
Vous arrivez trop tard, dit-elle aoti i'
prêtre, mon mari est trépassé. Vous sa-
vez que jamais Houenn ne manquait un»
vente. Quand je l'ai vu revenir avec iea
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