Titre : Le Gaulois : littéraire et politique
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1894-01-09
Contributeur : Pène, Henri de (1830-1888). Directeur de publication
Contributeur : Tarbé des Sablons, Edmond Joseph Louis (1838-1900). Directeur de publication
Contributeur : Meyer, Arthur (1844-1924). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 09 janvier 1894 09 janvier 1894
Description : 1894/01/09 (Numéro 5055). 1894/01/09 (Numéro 5055).
Description : Collection numérique : Arts de la marionnette Collection numérique : Arts de la marionnette
Description : Collection numérique : Commun Patrimoine:... Collection numérique : Commun Patrimoine: bibliothèque numérique du réseau des médiathèques de Plaine Commune
Description : Collection numérique : Commune de Paris de 1871 Collection numérique : Commune de Paris de 1871
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/02/2008
.oF
23e Année 3° Série N° 5055
Parts Jlëè centimes Départements ET Gares 20 centimes
MARDI 9 JANVIER 1894
.1 ARTHUR BflEYER
Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
£*ngle dos boulevards Montmartre et des ItaJigusJ
ABONNEMENTS
ARTHUR MEYER
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONCES
2, rue Drouot, 2
(Angle des boulevards Montmartre et des ltaliens|
à«m. cil. ANNONCES
*X&£. CH. LA.GRAJST&B, CERF & Q
6; PLACE DE LA. BOURSE, 6
Et à l'administration du Journal
Paris Départements
Un mois. 6 fr. Un mois. 6 fr«
Trois mois. 13 BO Trois mois. 16 fif.
Sixmuis 27 fr. Six mois 32 fr.
Un an 54 fr. Du an 64 fr.
Etranger
Trois mois {Union postale) • 1S fr.
SOMMAIRE
Notre nouveau feuilleton « Le Filleul
d'Aramis ».
Mondanités.
Coulisses politiques La rentrée des Cham-
bres. La conversion.
Tribunaux Les derniers renseignements
de l'instruction sur Vaillant.
Décorations. Province. (4» page.)
CANROBERT
Notre confrère, M. Jules Dietz, du
Journal des Débats, se déclarait, hier
matin, absolument enchanté du mouve-
ment électoral qui a transformé en mino-
rité infime l'ancienne majorité antirépu-
blicaine du Sénat, et absolument attristé
de rabaissement du niveau intellectuel
de cette Assemblée, « où dit-il, les hom-
mes de talent deviennent chaque jour
plus rares et les simples politiciens de
plus en plus nombreux ».
Si cet écrivain distingué voulait aller
jusqu'au bout de la sincérité, peut-être
serait-il contraint d'avouer que sa joie et
sa douleur procèdent du même événe-
ment. Car, c'est précisément en bannis-
sant les conservateurs du Sénat, par ce
mouvement continu qui ravit M. Dietz,
que le corps électoral en a banni en même
temps le talent dont la disparition navre
ce publiciste. Il est bien certain, par
exemple, qu'une Assemblée politique qui,
le même jour, perd un Canrobert et gagne
un Floquet, subit en quelque sorte une
double déchéance.
Cette coïncidence, d'ailleurs, est entiè-
rement logique. Elle satisfait le goût que
nous avons hérité des Latins pour la sy-
métrie. Et il nous paraît tout à fait ra-
tionnel que le héros de Zaatcha sorte par
une porte d'une enceinte où l'ancien pré-
sident de la Chambre entre par une autre
porte.
Canrobert et Floquet représentent deux
races incompatibles, deux espèces qui ne
peuvent fréquenter le même milieu. L'un
porte encore sur sa belle figure de soldat
le reflet des rayons de nos vieilles gloires
consolatrices. L'autre incruste sur son
visage toutes les désillusions de notre
triste époque.
L'un s'appelle la Modestie et l'autre la
Vanité. L'un s'appelle le Devoir et l'Ab-
négation l'autre s'appelle la Révolte et
la Nullité.
Je trouve dans ces admirables Souve-
nirs du général du Barail, dont la Revue
hebdomadaire a la bonne fortune de ser-
vir quelques tranches à ses lecteurs et
qui nous promettent pour la fin du mois
prochain un étourdissant succès de librai-
rie, ce croquis de Ganrobert
« En même temps que nous avait pris
passage sur l'Etna le commandant Can-
robert, qui allait remplacer, à la tête du
5° bataillon des chasseurs de Vincennes,
son collègue Mellinet, promu lieutenant-
colonel.
» II était déjà populaire dans l'armée
d'Afrique, autant par son imperturbable
bravoureque par cet amour du soldat qui
a marqué sa longue et glorieuse carrière.
» Le mot de « famille » appliqué à l'ar-
mée est d'une justesse extrême, car le
métier militaire, par la communauté des
peines et des joies, développe parmi ceux
qui l'exercent tous les sentiments qui
caractérisent la.famille. Il y a, dans l'ar-
mée comme dans la famille, des haines
farouches; mais, par compensation, il y a
des fraternités tendres et des paternités
touchantes. Les frères d'armes s'aiment
comme des frères de nature, et, chez le
chef digne de son rang, éclosent de véri-
tables entrailles de père.
» Tel a toujours été Ganrobert. Tel il
m'apparut alors déià, lorsque, appuyé
sur le bastingage du bateau, livrant au
vent d'Afrique sa longue chevelure qui
flottait comme une crinière autour^de sa
belle figure léonine, il écoutait et encou-
rageait le babil du sous-officier de spahis.
Tel il m'apparaît encore aujourd'hui,
après plus d'un demi-siècle, lorsque,
courbé sous le poids des ans et de la
gloire, il vient familièrement s'appuyer
sur la table où j'écris ces lignes».
Dans la partie encore inédite de ces
« Souvenirs », le général du Barail ra-
conte aussi un trait tout à fait caractéris-
tique des débuts de la carrière du maré-
chal.
• A la première expédition sur Mascara,
alors que Changarnier était encore capi-
taine de carabiniers au 2° léger, Canro-
bert était sous-lieutenapt au 47° de ligne.
Son colonel, le colonel Combes, le pro-
posa pour la croix
Je suis tout jeune, répondit le sous-
lieutenant mon capitaine est un vieux
soldat qui se battait déjà à Marengo. Il
n'est pas décoré. Donnez-lui la croix que
vous me destiniez.
» Le vieux capitaine fut décoré, et le
jeune sous-lieutenant n'eut la croix qu'au
second siège de Constantine, alors que,
devenu à son tour capitaine, il reçut en-
tre ses bras, en montant à l'assaut, ce
même colonel Combes, mortellement
blessé par trois balles qui le traversèrent
de part en part.»
Le général Marbot, l'auteur des célèbres
« Mémoires » récemment publiés, était
allié à la famille de Canrobert, qui l'appe-
lait son oncle: «Qu'est-ce que j'apprends?
lui dit-il, quand il entendit parler du re-
fus de la croix. Tu fais le Spartiate! Il
n'y en a pas dans notre famille. »
Je ne fais pas le Spartiate, répondit
Canrobert; mais mettez-vous à ma place.
C'est à peine si j'ai trois poils de barbe
au menton. Je rougirais de porter ma
croix devant mon vieux capitaine, qui la
mérite peut-être depuis trente ans. »
Vous voyez bien qu'il n'y a plus de
place pour un tel 'homme' dans notre sys-
tème politique, où l'étoile des braves est
trop souvent devenue l'appoint des plus
honteux trafics.
D'ailleurs, cette abnégation, cette mo-
destie, compagnes inséparables du véri-
table héroïsme, dominent.pour ainsi dire,
toute l'existence du glorieux soldat 1
C'est à elle» qu'il obéissait ..quand, ea
Crimée, il résignait le commandement
suprême, pour servir sous les ordres de
Pélissier. ·
C'est à elles qu'il obéissait encore, lors-
qu'en 1870 il devenait le lieutenant dé-
voué et soumis du maréchal Bazaine.
On peut dire qu'elles disputent dans
son âme la première place à l'amour du
soldat, qui est aussi,, comme le dit plus
haut le général du Barail, un signe carac-
téristique de la carrière du maréchal.
Je lui entendais encore un de ces der-
niers jours professer cet amour du sol-
dat.
« Je ne saurais assez, disait-il de sa
voix profonde proclamer combien je
l'ai me, cet outil obscur de notre gloire.
..Nous, on nous récompense. On nous don-
ne des titres, des cordons. Lui, il n'a
rien. C'est pourtant lui qui fait tout ».
Cet amour était bien réciproque d'ail-
leurs, car Canrobert a été toujours adoré
par tout ce qui, en France, porte le sabre
ou le fusil. Le fui toujours, entre ses trou-
pes et lui, un échange permanent d'affec-
tion, qui lui permettait de demander à ses
hommes des efforts extraordinaires.
Et comme il savait les prendre comme
il avait de ces mots électrisants qui trans-
forment, le soldat en héros I
Le 26 novembre 1849, colonel des zoua-
ves, il montait à l'assaut de cette petite
ville de Zaatcha, devant laquelle nous ve-
nions d'éprouver un premier échec. Il
avait disposé son monde dans l'ordre
suivant: lui, d'abord. Derrière lui, qua-
tre officiers le capitaine d'état-major
Besson, le capitaine Toussaint, le sous-
lieutenant Rosetti, des spahis, le lieute-
nant de Schar, des zouaves.
Derrière ces officiers, douze sous-offi-
ciers ou caporaux de bonne volonté, char-
gés d'imprimer l'élan, suprême atout le
régiment, qui n'en avait pas besoin, d'ail-
leurs.
Au moment de se ruer sur la brèche,
levant son sabre et regardant ses zoua-
ves avec des yeux enflammés, Canrobert
leur dit
'< Zouaves Si aujourd'hui on sonne la
retraite, ce ne sera pas pour vous. En
avant !» »
Et il partit, tête baissée. En mettant le
pied sur la brèche, deux des quatre offi-
ciers le capitaine Toussaint et le sous-
lieutenant Rosetti étaient tués nets. Les
deux autres étaient blessés. Sur les
douze sous-officiers et caporaux huit
étaient tués ou blessés. Il fallut prendre
Zaatcha maison par maison, et, quand
toutes les terrasses et les rues furent oc-
cupées, faire le siège de tous les rez-de-
chaussées. Quatre heures après la prise
de la ville, des coups de feu partaient en-
core de dessous les décombres où s'étaient
réfugiés ses défenseurs.
Oe fut ainsi que Canrobert gagna ses
épaulettes de général de brigade.
Hélas pourquoi faut-il qu'en ce mo-
ment, en France, il n'y ait personne, pas
même les électeurs, pour dire au doyen
des guerriers civilisés
« Maréchal, si, aujourd'hui, on sonne
la retraite, ça ne sera pas pour vous car,
vous, nous vous gardons comme notre
plus précieux joyau. Nous voulons que
vous continuiez à figurer dans nos assem-
blées délibérantes, non pas pour vous,
mais pour elles. Vous n'apparlenez-p'as à
la politique, vous appartenez à la gloire.
Maréchal, si, aujourd'hui, on sonne la
retraite, ça ne sera pas pour vous. »
Personne ne dit cela, et le départ du
vieux soldat de quatre-vingt-quatre ans,
bien que volontaire, fait partie de ce mou-
vement d'opinion qui comble de joie un
écrivain comme M. Jules Dietz.
On se réjouit à bon compte au Journal
des Débats.
Je viens d'avoir la curiosité de relire la
notice consacrée à Canrobert par le dic-
tionnaire Larousse. Le rédacteur de cette
notice croit spirituel de tourner en ridi-
cule le maréchal, parce qu'un jour, à l'an-
cien Sénat impérial, où il siégeait de
droit, il lut amené, par un incident de
séance, à affirmer Ja divinité de Jésus-
Christ.
« Si M. le maréchal Canrobert, écrit le
collaborateur du célèbre recueil, va en-
tendre le Père Félix à son prochain ser-
mon sur la Passion, il ne manquera pas,
sans doute, à l'exemple de Clovis et du
brave Crillon, de s'écrier, en, portant la
main sur son épée « Morbleu! Que
» n'étais-je là avec mes zouaves » »
Le trait est piquant et fait pardonner la
licence historique qui accorde des zouaves
à Clovis et à Crillon. Mais avec, sa lourde
plaisanterie, le dictionnaire Larousse dé-
cerne au maréchal un voisinage et des
émules que ses plus ardents admirateurs
oseraient à peine rêver pour lui. Il mar-
que une fois de plus le caractère, en quel-
que sorte fraternel, de la Croix et de l'E-
pée, et cette association séculaire d'idées
qui fait des grands soldats de grands
croyants.
Il est vrai que de nos jours Clovis s'é-
criant, en entendant raconter la Passion
de Jésus-Christ: « Que n'étais-je là avec
mes Francs » doit sembler horriblement
vieillot.
La formule a changé de fond en comble,
et dans une circonstance analogue, le nou-
veau sénateur Floquet, qui dérivait sur
les gens dévoués les fonds de Panama,
sans y toucher lui-même, s'écrierait
« Que n'étais-je là avec mes trois cents
mille francs !» »
J. CORNÉLY
Ce qui -se passe
GAULOJ3-3U1DE
Aujourd'hui
A. midi, à Saint-Augustin, service anniver-
saire de la mort de Napoléon 111.
Courses à Pau.
Au Palais-Royal, à huit heures trois quarts,
première représentation d'Un fil à la patte.
ÉCHOS DE PARIS
Le ministère de la marine veut avoir,
en 1894, neuf torpilleurs qu'on puisse
embarquer.
Trois sont actuellement commandés, et
le premier, en aluminium, se construit.en
Angleterre. On attend ses essais pour
mettre, les autres aussitôt enchantiers.
Ces torpilleurs-bijoux déplaceront seu-
lement quatorze tonneaux, mais leur vi-
tesse ne dépassera pas dix-huit milles à
l'heure.
Hier, après midi, une longue confé-
rence a eu lieu, à la direction des beaux-
arts, entre MM. Roujon, Bertrand, Des-
chapelles et MM. Gailhard e* Bernhelm,
rentrés, dans la matinée, de leur voyage
interrompu en Italie.
Une seconde conférence a eu lieu, dans
la soirée, chez M. Spuller.
Voici l'ensemble des résolutions aux-
quelles on s'est arrêté de part et d'autre,
résolutions qui seront soumises ce matin
même à l'approbation du conseil des mi-
nistres.
1° La différence entre les pertes causées
par l'incendie de la rue Richer et les in-
demnités payées par les compagnies d'as-
surances, devra être remboursée à la di-
rection de l'Opéra par l'Etat.
2° Le gouvernement décidera s'il y
a lieu de prélever les fonds nécessaires
sur un chapitre quelconque du budget ou
de demander un crédit spécial aux Cham-
bres.
3° M. Spuller soumettra à ses collègues
la liste des ouvrages dont MM. Bertrand
et Gailhard ont le plus rapidement be-
soin, pour faire face aux exigences du pu-
blic.
4° L'aliénation des terrains de la rue
Richer.
5° En attendant l'acquisition d'un ou des
nouveaux locaux choisis pour l'installation
du nouveau dépôt, le trop plein des dé-
cors actuellement emmagasinés à l'Opéra
sera transféré au palais de l'Industrie.
6° Les représentations populaires du
dimanche seraient continuées aussi long-
temps que possible.
Le Salon du Champ de Mars sera, dit-
on, des plus intéressants cette année. En-
tre autres attractions, on cite la collec-
tion des gouaches, peintures et dessins à
la plume, que M. James Tissot vient de
terminer sur la vie du Christ. Elle ne
comprendra, pas moins de trois cent cin-
quante cadres.
Retrouver l'architecture du temple et
des édifices de toute sorte, les costumes
.du temps, la physionomie des paysages
de Judée, rendre vivante et vraie toute la
vie du Christ, c'était une œuvre gigantes-
que que M. Tissot a essayé de rendre avec
ses pinceaux, comme le Père Didon l'a-
vait fait avec la plume.
Les critiques seront juges de cette œu-
vre qui a demandé à l'artiste dix années
de travaux consécutifs et de nombreux
voyages en Palestine.
On sait qu'il y a eu successivement, à
Jérusalem, trois temples d'architecture
.différente celui de Salomon, qui fut de
beaucoup le plus beau; celui d'Esdras,
après la captivité de Babylone, temple
restreint,faute de ressources,et enfincelui
d'Hérode le Grand, détruit par Titus, et
dans lequel le Christ a enseigné. On n'a
que des données très vagues sur son ar-
chitecture.
Chacun des membres du jury de la
Seine, devant lequel doit comparaître de-
main Vaillant, recevra ce matin une lettre
qui a été mise, paraît-il, à la poste la nuit
dernière, conformément à la décision
prise, avant-hier, par un groupe d'anar-
chistes, à^la salle Lexcellent. Voici quel-
ques fragments de ce document bizarre
Messieurs les jurés,
Vous avez certainement compris, à l'impor-
tance exceptionnelle du procès qui va s ou-
vrir, que ce n'est ni un homme ni un acte que
vous avez à juger, c'est une situation..
Condamner Vaillant, c'est encourager les
maîtres du pouvoir et de la fortune publique
à persévérer dans leur lutte insensée contre
les revendications populaires c'est légitimer
le trafic des consciences et des mandats par-
lementaires, etc.
Acquitter Vaillant, au contraire, c'est don-
ner à la classe dirigeante et possédante un
avertissement fécond en résultats.
Qui .sait ? de votre verdict dépend peut-être
une heureuse détente de nos rapports so-
ciaux.
On vous demande de rendre un verdict do
peur, de haine et de vengeance. Nous ne nous
adressons, nous, qu'à vos sentiments d'indé-
pendance et d'équité.
La condamnation de Vaillant serait l'ac-
quittement de tous les fauteurs d'abus et de
spoliations.
Son acquittement sera leur condamnation.
Vive l'humanité 1
Un groupe d'hommes libres.
Quant au président des assises, le
groupe des Hommes libres lui a adressé
également une lettre tendant à lui prou-
ver qu'il doit conseiller aux jurés d'ac-
quitter Vaillant.
Voici un passage de ce spécimen assez
original de littérature révolutionnaire
Monsieur le président,
L'examen consciencieusement approfondi
que vous venez de faire du dossier Vaillant
a fixé votre opinion sur la responsabilité de
notre camarade. Cette opinion, le caractère
de vos délicates fonctions vous commande de
la faire partager aux jurés.
Vous leur rappellerez qu'ils n'ont pas à se
considérer comme les vengeurs de la société
compromise; qu'ils sont devenus des magis-
trats impartiaux, et qu'inaccessibl«s aux con-
sidérations étrangères à la cause, ils doivent
juger sans haine et sans crainte.
Vous leur direz que, dans la sérénité de
leur conscience, ils ne doivent tenir aucun
compte de la situation élevée des personnes
visées et ne se préoccuper que de la turpitude
ou de la générosité du mobile ayant inspiré
l'action.
Votre intégrité professionnelle leur "fera
comprendre que le luxe théâtral des pièces à
conviction est fait pour éclairer et non pour
impressionner leur esprit, et que-l'absence de
cadavres'ne peut être compensée par- les sub-
tiles arguties des expertises et Fétalage déco-
ratif des mobiliers éventrés.
Nous sommes convaincus, monsieur le pré-;
sident. que vous ne faillirez pas à ce devoir
impérieux et sacré.
Un groupe d'hommes libres.
Demain, avant l'audience, le procureur
général ou son substitut doit, dit-on, rece-
voir une lettre conçue dans le même ton.
Carnet de la charité.
La sollicitude du commandant Hériot,
pour l'orphelinat qui porte son nom, ne
tarit pas. A l'occasion du nouvel an, il a
versé à la caisse d'épargne une somme de
mille francs au nom des élèves de la
Boissière.
Cet acte généreux en faveur des hum-
bles sera accueilli avec reconnaissance
dans toute l'armée.
On; se rappelle que Vaillant, pendant
son séjour à Bueaos-Ayres, avait fondé
dans cette ville un journal anarchiste en
français. Ce sont probablement deux de
ses prosélytes qui viennent d'être expul-
sés de la république argentine.
Noms apprenons, en effet, que le minis-
tre de l'intérieur de cette république, le
docteur Quintana, a mis les anarchistes
étrangers en demeure d'opter entre leur
incarcération, en vertu des lois sur l'état
de siège, ou leur départ du pays. Or,
parmi ceux qui ont préféré partir, on cite
.deux Français, les nommés Emile Dia-
rich, cordonnier, et Henri Simonet, char-
pentier.
Il y a quatre autres expulsés, deux Ita-
liens et deux Espagnols.
Les six anarchistes ont été diri gés sur
Montevideo, d'où ils se sont probable-
ment embarqués pour l'Europe, leur
mère-patrie, qui se serait bien passée
d'eux.
VÉRITÉS ET PARADOXES
II y a un livre que chacun doit écrire, celui
où, feuille par feuille, il raconte ce qu'il a vu,
ce qu'il a fait en sa vie.
Ces mémoires, lus feuille par feuille, se-
ront le livre du passé et serviront l'avenir.
C'est un testament de famille.
Baron de Nervo.
L'homme, après avoir été prodigue une
partie de sa vie, devient avare juste au mo-
ment où sa prodigalité commencerait à deve-
nir une vertu.
Adolphe d'HoroETOT.
L'évidence est l'éclat de la vérité.
A. Tournier.
Quelques-uns de nos lecteurs nous de-
mandent comment saint François d'As-
sise a pu, avec son tiers-ordre ainsi
que nous l'avons dit hier démolir la
féodalité italienne.
La chose est bien simple, comme tou-
tes les choses de génie. Seulement, si l'on
veut bien comprendre celle-ci, il faut se
reporter au commencement du treizième
siècle.
D'après la règle que, leur avait donnée
saint François.les tertiaires s'engageaient
à mettre fin à toute inimitié et à resti-
tuer tout bien mal acquis, à professer la
religion catholique et a pratiquer les com-
mandements de Dieu et de l'Eglise, à se
confesser et à communier trois fois l'an,
à porter un habillement sévère et à s'en-
terdire les assemblées mondaines à ré-
citer, autant que possible, l'office tous les
jours et à jeûner, à moins d'empêche-
ment, l'Avent et le Carême.
Femmes, enfants, vieillards, célibatai-
res, gens mariés, riches, pauvres, lettrés,
illettrés, tous, en un mot, pouvaient donc
entrer dans cet ordre religieux et tel que
l'Eglise n'en avait pas encore connu, et
jouir des immunités dont jouissaient
alors ceux qui appartenaient aux ordres
religieux.
Les titulaires s'engageaient, en outre-
et là était le côté politique et social du
tiers-ordre de saint François, à ne point
porter d'armes offensives, si ce n'est pour
la défense de l'Eglise et de la foi de Jésus-
Christ ou pour la défense de leur pays,
ou avec la permission des supérieurs du
tiers-ordre; à s'abstenir de serments so-
lennels, à moins qu'ils n'y fussent con-
traints par la nécessité et dans la limite
des cas exceptés par le Saint-Siège; à
donner, enfin, un denier au trésorier du
tiers-ordre pour. secourir les tertiaires
dans le besoin.
Comme la féodalité s'appuyait sur le
serment et le service militaire et que le
peuple italien d'alors souffrait horrible-
ment des abus que la féodalité en avait
faits, il se rua, en quelque sorte, dans le
tiers-ordre pour s'y soustraire, et bientôt
tous les Italiens étaient tertiaires.
L'empereur Frédéric II voulut interve-
nir en faveur de la féodalité, mais le pape
Grégoire IX soutint avec une inflexible
fermeté le tiers-ordre. Et voilà comment
ce saint François d'Assises, si bon, si
doux et si souriant, a démoli la féodalité
italienne, en» lui retirant ce que nous ap-
pellerions aujourd'hui sa plate-forme,
avec l'habileté d'un grand politique.
Monseigneur Chion-Ducollet, maire et
tyran de La Mure, nous fait l'honneur de
nous écrire pour nous dire que les frais
du procès qu'il a intenté à M. Régnier,
pour le recouvrement d'un droit d'octroi
de cinquante sous, se montent seulement
à huit cents francs, et non à 4,462 fr. 50 c.,
ainsi que nous l'avons publié d'après les
journaux du département.
Va pour huit cents francs 1
Un maire qui fait payer huit cents
francs à sa commune pour le recouvre-
ment de cinquante sous qui, d'ailleurs,
n'ont pas été recouvrés la cour de cassa-
tion ayant pleinement donné raison à M.
Régnier est un maire.qui mérite d'être
chassé de la mairie à grands, coups de
bulletins quelque part, et nous espérons
bien que La Mure se remboursera ainsi
des gaspillages de ce mauvais administra-
teur.
On parle beaucoup, depuis le récent
incident du Niger, de l'hinterland de
Sierra-Leone.
Hinterland est un mot allemand qu'a
mis à la mode le congrès de Berlin. Tra-
duit littéralement, il veut dire « pays der-
rière ».
L'hinterland de Sierra-Leone, c'est
donc tout le pays qui se trouve derrière
Sierra-Leone.
On sait que chaque année, les félibres
de Provence se réunissent, en un banquet
fleuri, dans un des plus jolis villages du
Midi.
Frédéric Mistral prononce toujours, à
cette occasion, un discours dans la langue
imagée des troubadours.
Cette année, c'est à Salliès-Pont que se
donneront rendez-vous les félibres ils y
commémoreront la mémoire du poète
Antorirus Arena.
Antonius Arena, dont le nom est au-
jourd'hui bien oublié, fut célèbre en son
temps, presque autant que Scarron.
Dans le genre macaronique,. Antonius
Arena fut, en effet, une véritable illustra-
tion.
On possède de lui, La Meygra entre-
prisa catholiçiui impératoris, imprimée
en 1537, à Avignon, dans le but de décrire
l'invasion piteuse de l'empereur Charles-
Quint en Provence.
Il parait qu'un certain ndmo'.v" d'ofâ-
ciers de zouaves et de tirailleurs verraient
avec plaisir qu'on leur donnât l'épaulette,
comme à leurs camarades de France.
Leur uniforme si pittoresque n'y per-
drait-il pas de son cachet particulier ? 2
LES QUATRAINS CÉLÈBRES
De Dorât, à une femme qui demandait
un impromptu
Quoi, des vers, et si promçtement I
Bel embarras jeune Thémire
Vous voir, vous aimer, vous le dire,
Ce n'est qu'affaire d'uii moment.
Echo de la rue de Sèze •
On a beaucoup remarqué, galerie Petit,
les aquarelles de Jehanne Mazeline, dont
le vigoureux talent se revêt aujourd'hui
d'une très moderne élégance.
NOUVELLES A LA MAIN
Le coiffeur de la jolie vicomtesse de
M. est un bavard insupportable. Aussi,
l'autre jour, comme il demandait à sa
cliente
Comment madame désire-t-elle être
coiffée? p
En silence, lui répondit-elle.
Et l'artiste en cheveux, de répondre,
sans se laisser démonter
Madame aura demain cette coiffure,
faite de nattes discrètes et de bandeaux
mystérieux.
1 UN DOMINO
CE QUI SE DIT LE PLUS
EN CE MOMENT
A propos de la température
Nous ne sommes pas outillés contre
le froid à Paris. Nous gelons dans nos
appartements dès que nous ne sommes
pas dans le feu. Tous les Russes vous di-
ront qu'ils ont plus froid à Paris que chez
eux.
Sans doute, le bois c'est plus cher,
mais comme c'est plus gai 1
Savoir chauffer un cercle, c'est joli-
ment difficile. Il suffit d'une pluie qui
amène cinquante membres de plus dans
les salons pour qu'on y étouffe. C'est un
puissant calorique que l'homme.
Nous ne saurons jamais patiner
comme les peuples qui ont été pris tout
petits pour cela. Les personnes originai-
res des pays chauds qui patinent bien,
comme la duchesse de Morny, par exem-
ple, seront toujours une exception.
Si la Seine avait été prise, il y au-
rait eu trente mille bicyclettes dessus. Ça
m'aurait amusé de regarder ça du haut
d'un pont.
(Facétieusement.) D'après la der-
nière prophétie de Nostradamus, M. Car-
not continuera à être si froid, cette année,
qu'on pourra le traverser.
A propos de la politique extérieure
Allez, allez, lesvéritables ennemis de
notre race seront toujours les Anglais.
Cette histoire de coups de fusil échangés
par erreur au Soudan ne me présage rien
de bon.
Je ne suis pas poltron, mais si j'a-
vais projeté un voyage en Italie pour le
carnaval, j'aimerais mieux l'ajourner. Un
Français ne doit plus circuler avec sécu-
rité dans ce pays-là. Après- tout, on
voyage pour son plaisir, n'est-ce pas ? R
Tout de même, maintenant, nous
pouvons dormir plus tranquilles, avec
l'alliance russe. L'année dernière, les ro-
domontades des journaux italiens après
le verdict d'Angoulême auraient fait bais-
ser la rente française de deux points au
moins.
A propos des élections sénatoriales
En voilà des élections qui n'ont pas
passionné le pays I
C'est un succès pour les opportu-
nistes, dites-vous. Eh bien I après ? 2
Toujours et toujours le triomphe de
la médiocrité Le maréchal Canrobert et
M. Bocher remplacés par deux oisons de
province. Si ce n'est pas à vous {regoûter
autant du suffrage restreint que du suf-
frage universel 1
Pour copies conforme
Bloc- Notes Parisien
LA DESCENDANCE DE FOUCHÉ
La comtesse de Thermes, qui vient de mou-
rir et dont les obsèques ont eu lieu avant-hier
à Ferrières, était la propre fille de Fouché, issue
de son premier mariage avec Mlle Coiquaud,
de Nantes.De ce mariage naquirent trois fils, qui
portèrent successivement le titre de duc d'O-
trante, et une fille, Joséphine, qui épousa, après
la Restauration, le comte de Thermes, gentil-
homme à la Cour. Filleule de Joséphine de
Beauharnais, Mlle Fouché d'Otrante perdit sa
mère, jeune encore, et fut élevée par sa belle-
mère, la seconde duchesse d'Otrante, née de
Castellane, que Fouché épousa en i8i5, et dont
il n'eut pas d'enfant. Par ses goûts et son édu-
cation, la comtesse de Thermes était royaliste.
Son mariage ne fit qu'affermir ses sentiments.
Retirée depuis longtemps déjà en son château
de Villette, situé près Vaux-Saint-Germain, en
Seine-et-Oise, elle meurt laissant une fille,
Mme de Castelbajac, qui elle-même est mère
de deux filles, Mme la vicomtesse Emeric de
Saint-Roman et Mlle Henriette de Castelbajac.
Avec la comtesse de Thermes, dernier enfant
de Fouché, s'éteint la rente représentant la do-
tation faite à l'ancien ministre de la police par
Napoléon I»' et affectée sur les Etats du roi de
Naples. On se souvient qu'après les événe-
ments de 1814 ces- sortes de dotation avec
affectation sur des biens situés en pays étran-
gers furent converties en rente.
Le corps de la fille de Fouché a été inhumé
dans le cimetière de Ferrières, où la famille
d'Otrante se réserva un enclos lors de la vente
du château au baron de Rothschild. C'est dans
ce cimetière que repose Fouché, mort en exil
à Trieste, en 1820, et ramené en France, et son
troisième fils, Athanase, père du duc d'Otrante
actuel,qui estpremie écuyer du roi Oscar 11 de
Suède.
.;̃ a
Nous avons dit que les trois frères de la com-
tesse de Thermes, Joseph, Armand et Aiha-
nase, portèrent successivement, après la mort
de leur père, le titre de duc d'Otrante.
L'aîné, Joseph, épousa Mlle de Sussy, fille
du directeur des monnaies, ce qui l'apparenta
avec les familles de Loys, d'Estournel et de
Saint-Aulaire. Sa femme fut'la belle duchesse
d'Otrante, si admirée à la cour de Louis-Phi-
lippe et qui légua un prix de vertu à l'AcadéJ
mie française. Il -mourut à Paris, en 1862, sans
enfant.
Son frère cadet/ Armand, "qui hérita du titre
de duc d'Otrante, était allé s'établir depuis
quelque temps déjà, avec le troisième frère,
Athanase, en Suède, où il s'associa à la fortune
de Bernadotte.il mourut en 1 878, après avoir oc-
cupéles fonctions de majordansi'arméesuédoise.
Ce deuxième fils deFouché nes'étaitiamais ma-
riê. Le dernier fils, Athanase, devint donc par
la mort de son frère, 40 duc d'Otrante, et fut
successivement aide de camp de Charles XIV,
roi de Suède et de Norvège (Berna.dotte), et de
son fils Oscar i".
Il contracta trois unions la première, d'une
très courte durée, avec une Suédoise, Mlle
Palmstjerma.; la seconde avec Mile Von Ste-
dinjk, dont il eut deux enfants Gustave, ac-
tuellement cinquième duc d'Otrante, et une
fille, Pauline, mariée au pqmte Thure de Bielke;
la troisième avec Mlle Ironika Marx, dont il
eut un fils, Paul, comte d'Otrante.
La descendance du célèbre ministre de la
police sous l'Empire est donc représentée, à
l'heure actuelle, par deux branches, l'une issue
du troisième fils de Fouché, et l'autre de sa
fille, la comtesse de Thermes. Cette dernière
branche est représentée, comme nous l'avons
dit, par Mme de Castelbajac, dont une des
deux filles a épousé le vicomte de Saint-Ro-
man, commandant au i56e régiment de ligne,
qui conduisait, avant-hier, le deuil à Fer-
rières.
La première branche est représentée, en pre-
mière ligne, par le duc d'Otrante actuel et, en
deuxième ligne, par son frère consanguin Paul,
comte d'Otrante. Le duc est maintenant le
premier écuyer du roi Oscar II.
Il a épousé en premières noces la ba-
ronne Boude, morte en 1872, et en secondes
noces la baronne Stedingk, dame d'honneur de
la princesse de Galles, dont il a une fille et un
fils, le futur duc d'Otrante. La sœur du duc,
Pauline d'Otrante, a plusieurs enfants de son
mariage avec le comte Thure de Bielke.
Q
Nous avone retrouvé l'acte de mariage de
Fouché, son premier mariage, d'où vient
toute cette descendance et nous le reprodui-
sons textuellement:
« Le seize novembre mil sept cent quatre-
vingt-treize, après la publication d'un ban
canonique faite aux prônes des grand'messes
de cette paroisse et de celle de Saint-Clément,
en cette ville, sans opposition ni empêchement
venus à notre connaissance vu le certificat et
la dispense des deux autres accordée par M.
l'évêque de ce département, en date du douze
de ce mois, nous, curé, soussigné, avons
fiancé et épousé, en cette église, Joseph Fou-
ché, citoyen français, député à la Convention
nationale, fils majeur de feu Joseph Fouché,
capitaine de navire, et de dame Marie-Fran-
çoise Croizet, sa veuve, consentante par écrit,
natif de la paroisse de Pellerin, district de
Paimbœuf, en ce département, et domicilié en
celle de Saint-Clément, d'une part
» Et demoiselle Bonne-Jeanne Coiquaùd,
fille majeure de Noël-François Coiquaùd, prési-
sident de l'administration du district de Nan-
tes, et dame Marguerite Gautier, son épouse,
présente et consentante, native de la paroisse
de Sainte-Croix de cette ville, et domiciliée de
celle-ci, rue de Gorges, d'autre part.
» Ont été témoins du présent mariage, du
côté de l'époux Jean-Julien Fouché, son frère
germain, et Pierre-Louis Broband, ancien ca-
pitaine de navire, son beau-frère et du côté
de l'épouse Noè'l François, notaire public, et
Pierre François, lesquels signent, ainsi que les
époux. Ont signé Bonne-Jeanne Coiquaùd,
J. Fouché, Coiquaud, Gautier-Coiquaud, Coi-
quaud fils, Joseph Fouché et Broband, Pierre
François, Clody, vicaire de Saint-Nicolas Le-
feuvre, curé de Saint-Nicolas. »
On voit par ce document que' Fouché, con-
trairement à certaines affirmations, était de
bonne famille bourgeoise. La lettre suivante,
une des plus anciennes qu'on ait retrouvées de
lui, le dit assez. Elle est adressée à sa sœur.
Fouché était alors préfet des études à l'Ora-
toire de Nantes
« J'ai enfin reçu une lettre de notre cousin
j'ai touché les 3oo francs que ma mère a eu la
complaisance de lui faire passer; renouvelez-
lui en mes remerciements. Vous trouverez ci-
joint mon petit billet, que vous voudrez bien
lui remettre. Je serai en vacance dès que mes
élèves auront soutenu leur thèse, la première
sera ouverte, mercredi 12, par l'inventeur des
ballons, qui est venu passer trois semaines
chez le comte de Rochembeau (cordon bleu).
Sitôt que je serai débarrassé de mes classes,
j'aviserai au moyen de porter mon corps ou
plutôt ma frêle lanterne au Pellerin. Vous ne
m'avez jamais Vu si maigre, mes os traverse-
ront dans peu toute ma garde-robe, j'ai besoin
de deux mois de repos pour me remplumer.
Adieu, ma chère sœur.
» Fouché (de l'Oratoire). »
Vingt et quelques années plus tard, en juil-
let i8i5, quand Fouché épousa Mlle de Castel-
lane, il était duc d'Otrante, ministre-secrétaire
d'Etat au département de la police générale,
grand-croix des ordres de la Légion d'hon-
neur, de Léopold d'Autriche et de Wurtemberg.
Le roi Louis XVIII signa à son contrat de ma-
riage. 11 avait été, sous l'Empire, ministre de la
police générale, gouverneur de l'Illyrie, gouver-
neur de Rome, titulaire de la sénatorerie d'Aix-
en-Provence, avec une dotation considérable.
C'est là qu'il avait fait la connaissance de celle
qui devait devenir la seconde duchesse d'O-
trante.
TOUT-PARIS
BIXIOU
UN
Anarchiste û'Autrefois
Le 30 avril 1610, un homme d'assez
mauvaise mine se présente, au faubourg
Saint-Honoré, à l'hôtellerie des Trois-Pi-
geons, en face l'église Saint-Roch. Grand
et fort gros, rouge de teint, les cheveux et
la barbe tirant du brun au fauve, il porte
une besace au bout d'un bâton, comme un
pèlerin, et semble écrasé de fatigue. Il
vient d'Angoulême à pieds. Dans aucune
auberge de la grand'ville on ne l'a voulu
recevoir. Quelque égarement se lit dans
ses yeux quand il parle. Ce n'est pas qu'ii
soit bavard, mais, dès qu'il ouvre la bou-
che, on croirait qu'il prophétise et son
flux de paroles fait impression. L'hôte-
lier consent à l'accueillir, comme il dit,
par religion, et lui prèle un lit sous le
comble.
Trois jours après,le singulier voyageur
disparait en laissant même sa besace,
sans qu'on ait rien pu savoir de lui sauf
qu'il est Angoumoisin, qu'il se nomme
François Ravaillac et qu'il a trente-deux
ans. Ses discours ordinaires roulent sur
ce thème: « Tout va de mal en pis. Les
innocents souffrent pour les coupables.
Le moment n'est pas loin où la justice
sera vengée, au nom du pape de Rome. »
Les servantes se sont signées en l'enten-
dant. Quel diable d'homme est-ce doua
là? q
*v
Jusqu'au 12 mai, le logis des Trois-PU
geons n'entend plus parler de lui. Le soir
de ce jour, on le voit reparaître. « Eh! t
mèssire, d'où venez- vous? Je viens
d'où il plait à Dieu. Resterez-vous
longtemps à Paris? –Autant qu'il y aura
du malheur sur la France. Est-il, par
hasard, en votre puissance de l'écarter q
Peut-être?.» »
Le lendemain, Ravaillac est très gai. Il
emploie sa matinée à aiguiser le couteau
contre un fusil, et, ce faisant, il chante un
cantique connu, une complainte. Apre»
23e Année 3° Série N° 5055
Parts Jlëè centimes Départements ET Gares 20 centimes
MARDI 9 JANVIER 1894
.1 ARTHUR BflEYER
Directeur
RÉDACTION
2, rue Drouot
£*ngle dos boulevards Montmartre et des ItaJigusJ
ABONNEMENTS
ARTHUR MEYER
Directeur
ADMINISTRATION
RENSEIGNEMENTS
ABONNEMENTS, PETITES ANNONCES
2, rue Drouot, 2
(Angle des boulevards Montmartre et des ltaliens|
à«m. cil. ANNONCES
*X&£. CH. LA.GRAJST&B, CERF & Q
6; PLACE DE LA. BOURSE, 6
Et à l'administration du Journal
Paris Départements
Un mois. 6 fr. Un mois. 6 fr«
Trois mois. 13 BO Trois mois. 16 fif.
Sixmuis 27 fr. Six mois 32 fr.
Un an 54 fr. Du an 64 fr.
Etranger
Trois mois {Union postale) • 1S fr.
SOMMAIRE
Notre nouveau feuilleton « Le Filleul
d'Aramis ».
Mondanités.
Coulisses politiques La rentrée des Cham-
bres. La conversion.
Tribunaux Les derniers renseignements
de l'instruction sur Vaillant.
Décorations. Province. (4» page.)
CANROBERT
Notre confrère, M. Jules Dietz, du
Journal des Débats, se déclarait, hier
matin, absolument enchanté du mouve-
ment électoral qui a transformé en mino-
rité infime l'ancienne majorité antirépu-
blicaine du Sénat, et absolument attristé
de rabaissement du niveau intellectuel
de cette Assemblée, « où dit-il, les hom-
mes de talent deviennent chaque jour
plus rares et les simples politiciens de
plus en plus nombreux ».
Si cet écrivain distingué voulait aller
jusqu'au bout de la sincérité, peut-être
serait-il contraint d'avouer que sa joie et
sa douleur procèdent du même événe-
ment. Car, c'est précisément en bannis-
sant les conservateurs du Sénat, par ce
mouvement continu qui ravit M. Dietz,
que le corps électoral en a banni en même
temps le talent dont la disparition navre
ce publiciste. Il est bien certain, par
exemple, qu'une Assemblée politique qui,
le même jour, perd un Canrobert et gagne
un Floquet, subit en quelque sorte une
double déchéance.
Cette coïncidence, d'ailleurs, est entiè-
rement logique. Elle satisfait le goût que
nous avons hérité des Latins pour la sy-
métrie. Et il nous paraît tout à fait ra-
tionnel que le héros de Zaatcha sorte par
une porte d'une enceinte où l'ancien pré-
sident de la Chambre entre par une autre
porte.
Canrobert et Floquet représentent deux
races incompatibles, deux espèces qui ne
peuvent fréquenter le même milieu. L'un
porte encore sur sa belle figure de soldat
le reflet des rayons de nos vieilles gloires
consolatrices. L'autre incruste sur son
visage toutes les désillusions de notre
triste époque.
L'un s'appelle la Modestie et l'autre la
Vanité. L'un s'appelle le Devoir et l'Ab-
négation l'autre s'appelle la Révolte et
la Nullité.
Je trouve dans ces admirables Souve-
nirs du général du Barail, dont la Revue
hebdomadaire a la bonne fortune de ser-
vir quelques tranches à ses lecteurs et
qui nous promettent pour la fin du mois
prochain un étourdissant succès de librai-
rie, ce croquis de Ganrobert
« En même temps que nous avait pris
passage sur l'Etna le commandant Can-
robert, qui allait remplacer, à la tête du
5° bataillon des chasseurs de Vincennes,
son collègue Mellinet, promu lieutenant-
colonel.
» II était déjà populaire dans l'armée
d'Afrique, autant par son imperturbable
bravoureque par cet amour du soldat qui
a marqué sa longue et glorieuse carrière.
» Le mot de « famille » appliqué à l'ar-
mée est d'une justesse extrême, car le
métier militaire, par la communauté des
peines et des joies, développe parmi ceux
qui l'exercent tous les sentiments qui
caractérisent la.famille. Il y a, dans l'ar-
mée comme dans la famille, des haines
farouches; mais, par compensation, il y a
des fraternités tendres et des paternités
touchantes. Les frères d'armes s'aiment
comme des frères de nature, et, chez le
chef digne de son rang, éclosent de véri-
tables entrailles de père.
» Tel a toujours été Ganrobert. Tel il
m'apparut alors déià, lorsque, appuyé
sur le bastingage du bateau, livrant au
vent d'Afrique sa longue chevelure qui
flottait comme une crinière autour^de sa
belle figure léonine, il écoutait et encou-
rageait le babil du sous-officier de spahis.
Tel il m'apparaît encore aujourd'hui,
après plus d'un demi-siècle, lorsque,
courbé sous le poids des ans et de la
gloire, il vient familièrement s'appuyer
sur la table où j'écris ces lignes».
Dans la partie encore inédite de ces
« Souvenirs », le général du Barail ra-
conte aussi un trait tout à fait caractéris-
tique des débuts de la carrière du maré-
chal.
• A la première expédition sur Mascara,
alors que Changarnier était encore capi-
taine de carabiniers au 2° léger, Canro-
bert était sous-lieutenapt au 47° de ligne.
Son colonel, le colonel Combes, le pro-
posa pour la croix
Je suis tout jeune, répondit le sous-
lieutenant mon capitaine est un vieux
soldat qui se battait déjà à Marengo. Il
n'est pas décoré. Donnez-lui la croix que
vous me destiniez.
» Le vieux capitaine fut décoré, et le
jeune sous-lieutenant n'eut la croix qu'au
second siège de Constantine, alors que,
devenu à son tour capitaine, il reçut en-
tre ses bras, en montant à l'assaut, ce
même colonel Combes, mortellement
blessé par trois balles qui le traversèrent
de part en part.»
Le général Marbot, l'auteur des célèbres
« Mémoires » récemment publiés, était
allié à la famille de Canrobert, qui l'appe-
lait son oncle: «Qu'est-ce que j'apprends?
lui dit-il, quand il entendit parler du re-
fus de la croix. Tu fais le Spartiate! Il
n'y en a pas dans notre famille. »
Je ne fais pas le Spartiate, répondit
Canrobert; mais mettez-vous à ma place.
C'est à peine si j'ai trois poils de barbe
au menton. Je rougirais de porter ma
croix devant mon vieux capitaine, qui la
mérite peut-être depuis trente ans. »
Vous voyez bien qu'il n'y a plus de
place pour un tel 'homme' dans notre sys-
tème politique, où l'étoile des braves est
trop souvent devenue l'appoint des plus
honteux trafics.
D'ailleurs, cette abnégation, cette mo-
destie, compagnes inséparables du véri-
table héroïsme, dominent.pour ainsi dire,
toute l'existence du glorieux soldat 1
C'est à elle» qu'il obéissait ..quand, ea
Crimée, il résignait le commandement
suprême, pour servir sous les ordres de
Pélissier. ·
C'est à elles qu'il obéissait encore, lors-
qu'en 1870 il devenait le lieutenant dé-
voué et soumis du maréchal Bazaine.
On peut dire qu'elles disputent dans
son âme la première place à l'amour du
soldat, qui est aussi,, comme le dit plus
haut le général du Barail, un signe carac-
téristique de la carrière du maréchal.
Je lui entendais encore un de ces der-
niers jours professer cet amour du sol-
dat.
« Je ne saurais assez, disait-il de sa
voix profonde proclamer combien je
l'ai me, cet outil obscur de notre gloire.
..Nous, on nous récompense. On nous don-
ne des titres, des cordons. Lui, il n'a
rien. C'est pourtant lui qui fait tout ».
Cet amour était bien réciproque d'ail-
leurs, car Canrobert a été toujours adoré
par tout ce qui, en France, porte le sabre
ou le fusil. Le fui toujours, entre ses trou-
pes et lui, un échange permanent d'affec-
tion, qui lui permettait de demander à ses
hommes des efforts extraordinaires.
Et comme il savait les prendre comme
il avait de ces mots électrisants qui trans-
forment, le soldat en héros I
Le 26 novembre 1849, colonel des zoua-
ves, il montait à l'assaut de cette petite
ville de Zaatcha, devant laquelle nous ve-
nions d'éprouver un premier échec. Il
avait disposé son monde dans l'ordre
suivant: lui, d'abord. Derrière lui, qua-
tre officiers le capitaine d'état-major
Besson, le capitaine Toussaint, le sous-
lieutenant Rosetti, des spahis, le lieute-
nant de Schar, des zouaves.
Derrière ces officiers, douze sous-offi-
ciers ou caporaux de bonne volonté, char-
gés d'imprimer l'élan, suprême atout le
régiment, qui n'en avait pas besoin, d'ail-
leurs.
Au moment de se ruer sur la brèche,
levant son sabre et regardant ses zoua-
ves avec des yeux enflammés, Canrobert
leur dit
'< Zouaves Si aujourd'hui on sonne la
retraite, ce ne sera pas pour vous. En
avant !» »
Et il partit, tête baissée. En mettant le
pied sur la brèche, deux des quatre offi-
ciers le capitaine Toussaint et le sous-
lieutenant Rosetti étaient tués nets. Les
deux autres étaient blessés. Sur les
douze sous-officiers et caporaux huit
étaient tués ou blessés. Il fallut prendre
Zaatcha maison par maison, et, quand
toutes les terrasses et les rues furent oc-
cupées, faire le siège de tous les rez-de-
chaussées. Quatre heures après la prise
de la ville, des coups de feu partaient en-
core de dessous les décombres où s'étaient
réfugiés ses défenseurs.
Oe fut ainsi que Canrobert gagna ses
épaulettes de général de brigade.
Hélas pourquoi faut-il qu'en ce mo-
ment, en France, il n'y ait personne, pas
même les électeurs, pour dire au doyen
des guerriers civilisés
« Maréchal, si, aujourd'hui, on sonne
la retraite, ça ne sera pas pour vous car,
vous, nous vous gardons comme notre
plus précieux joyau. Nous voulons que
vous continuiez à figurer dans nos assem-
blées délibérantes, non pas pour vous,
mais pour elles. Vous n'apparlenez-p'as à
la politique, vous appartenez à la gloire.
Maréchal, si, aujourd'hui, on sonne la
retraite, ça ne sera pas pour vous. »
Personne ne dit cela, et le départ du
vieux soldat de quatre-vingt-quatre ans,
bien que volontaire, fait partie de ce mou-
vement d'opinion qui comble de joie un
écrivain comme M. Jules Dietz.
On se réjouit à bon compte au Journal
des Débats.
Je viens d'avoir la curiosité de relire la
notice consacrée à Canrobert par le dic-
tionnaire Larousse. Le rédacteur de cette
notice croit spirituel de tourner en ridi-
cule le maréchal, parce qu'un jour, à l'an-
cien Sénat impérial, où il siégeait de
droit, il lut amené, par un incident de
séance, à affirmer Ja divinité de Jésus-
Christ.
« Si M. le maréchal Canrobert, écrit le
collaborateur du célèbre recueil, va en-
tendre le Père Félix à son prochain ser-
mon sur la Passion, il ne manquera pas,
sans doute, à l'exemple de Clovis et du
brave Crillon, de s'écrier, en, portant la
main sur son épée « Morbleu! Que
» n'étais-je là avec mes zouaves » »
Le trait est piquant et fait pardonner la
licence historique qui accorde des zouaves
à Clovis et à Crillon. Mais avec, sa lourde
plaisanterie, le dictionnaire Larousse dé-
cerne au maréchal un voisinage et des
émules que ses plus ardents admirateurs
oseraient à peine rêver pour lui. Il mar-
que une fois de plus le caractère, en quel-
que sorte fraternel, de la Croix et de l'E-
pée, et cette association séculaire d'idées
qui fait des grands soldats de grands
croyants.
Il est vrai que de nos jours Clovis s'é-
criant, en entendant raconter la Passion
de Jésus-Christ: « Que n'étais-je là avec
mes Francs » doit sembler horriblement
vieillot.
La formule a changé de fond en comble,
et dans une circonstance analogue, le nou-
veau sénateur Floquet, qui dérivait sur
les gens dévoués les fonds de Panama,
sans y toucher lui-même, s'écrierait
« Que n'étais-je là avec mes trois cents
mille francs !» »
J. CORNÉLY
Ce qui -se passe
GAULOJ3-3U1DE
Aujourd'hui
A. midi, à Saint-Augustin, service anniver-
saire de la mort de Napoléon 111.
Courses à Pau.
Au Palais-Royal, à huit heures trois quarts,
première représentation d'Un fil à la patte.
ÉCHOS DE PARIS
Le ministère de la marine veut avoir,
en 1894, neuf torpilleurs qu'on puisse
embarquer.
Trois sont actuellement commandés, et
le premier, en aluminium, se construit.en
Angleterre. On attend ses essais pour
mettre, les autres aussitôt enchantiers.
Ces torpilleurs-bijoux déplaceront seu-
lement quatorze tonneaux, mais leur vi-
tesse ne dépassera pas dix-huit milles à
l'heure.
Hier, après midi, une longue confé-
rence a eu lieu, à la direction des beaux-
arts, entre MM. Roujon, Bertrand, Des-
chapelles et MM. Gailhard e* Bernhelm,
rentrés, dans la matinée, de leur voyage
interrompu en Italie.
Une seconde conférence a eu lieu, dans
la soirée, chez M. Spuller.
Voici l'ensemble des résolutions aux-
quelles on s'est arrêté de part et d'autre,
résolutions qui seront soumises ce matin
même à l'approbation du conseil des mi-
nistres.
1° La différence entre les pertes causées
par l'incendie de la rue Richer et les in-
demnités payées par les compagnies d'as-
surances, devra être remboursée à la di-
rection de l'Opéra par l'Etat.
2° Le gouvernement décidera s'il y
a lieu de prélever les fonds nécessaires
sur un chapitre quelconque du budget ou
de demander un crédit spécial aux Cham-
bres.
3° M. Spuller soumettra à ses collègues
la liste des ouvrages dont MM. Bertrand
et Gailhard ont le plus rapidement be-
soin, pour faire face aux exigences du pu-
blic.
4° L'aliénation des terrains de la rue
Richer.
5° En attendant l'acquisition d'un ou des
nouveaux locaux choisis pour l'installation
du nouveau dépôt, le trop plein des dé-
cors actuellement emmagasinés à l'Opéra
sera transféré au palais de l'Industrie.
6° Les représentations populaires du
dimanche seraient continuées aussi long-
temps que possible.
Le Salon du Champ de Mars sera, dit-
on, des plus intéressants cette année. En-
tre autres attractions, on cite la collec-
tion des gouaches, peintures et dessins à
la plume, que M. James Tissot vient de
terminer sur la vie du Christ. Elle ne
comprendra, pas moins de trois cent cin-
quante cadres.
Retrouver l'architecture du temple et
des édifices de toute sorte, les costumes
.du temps, la physionomie des paysages
de Judée, rendre vivante et vraie toute la
vie du Christ, c'était une œuvre gigantes-
que que M. Tissot a essayé de rendre avec
ses pinceaux, comme le Père Didon l'a-
vait fait avec la plume.
Les critiques seront juges de cette œu-
vre qui a demandé à l'artiste dix années
de travaux consécutifs et de nombreux
voyages en Palestine.
On sait qu'il y a eu successivement, à
Jérusalem, trois temples d'architecture
.différente celui de Salomon, qui fut de
beaucoup le plus beau; celui d'Esdras,
après la captivité de Babylone, temple
restreint,faute de ressources,et enfincelui
d'Hérode le Grand, détruit par Titus, et
dans lequel le Christ a enseigné. On n'a
que des données très vagues sur son ar-
chitecture.
Chacun des membres du jury de la
Seine, devant lequel doit comparaître de-
main Vaillant, recevra ce matin une lettre
qui a été mise, paraît-il, à la poste la nuit
dernière, conformément à la décision
prise, avant-hier, par un groupe d'anar-
chistes, à^la salle Lexcellent. Voici quel-
ques fragments de ce document bizarre
Messieurs les jurés,
Vous avez certainement compris, à l'impor-
tance exceptionnelle du procès qui va s ou-
vrir, que ce n'est ni un homme ni un acte que
vous avez à juger, c'est une situation..
Condamner Vaillant, c'est encourager les
maîtres du pouvoir et de la fortune publique
à persévérer dans leur lutte insensée contre
les revendications populaires c'est légitimer
le trafic des consciences et des mandats par-
lementaires, etc.
Acquitter Vaillant, au contraire, c'est don-
ner à la classe dirigeante et possédante un
avertissement fécond en résultats.
Qui .sait ? de votre verdict dépend peut-être
une heureuse détente de nos rapports so-
ciaux.
On vous demande de rendre un verdict do
peur, de haine et de vengeance. Nous ne nous
adressons, nous, qu'à vos sentiments d'indé-
pendance et d'équité.
La condamnation de Vaillant serait l'ac-
quittement de tous les fauteurs d'abus et de
spoliations.
Son acquittement sera leur condamnation.
Vive l'humanité 1
Un groupe d'hommes libres.
Quant au président des assises, le
groupe des Hommes libres lui a adressé
également une lettre tendant à lui prou-
ver qu'il doit conseiller aux jurés d'ac-
quitter Vaillant.
Voici un passage de ce spécimen assez
original de littérature révolutionnaire
Monsieur le président,
L'examen consciencieusement approfondi
que vous venez de faire du dossier Vaillant
a fixé votre opinion sur la responsabilité de
notre camarade. Cette opinion, le caractère
de vos délicates fonctions vous commande de
la faire partager aux jurés.
Vous leur rappellerez qu'ils n'ont pas à se
considérer comme les vengeurs de la société
compromise; qu'ils sont devenus des magis-
trats impartiaux, et qu'inaccessibl«s aux con-
sidérations étrangères à la cause, ils doivent
juger sans haine et sans crainte.
Vous leur direz que, dans la sérénité de
leur conscience, ils ne doivent tenir aucun
compte de la situation élevée des personnes
visées et ne se préoccuper que de la turpitude
ou de la générosité du mobile ayant inspiré
l'action.
Votre intégrité professionnelle leur "fera
comprendre que le luxe théâtral des pièces à
conviction est fait pour éclairer et non pour
impressionner leur esprit, et que-l'absence de
cadavres'ne peut être compensée par- les sub-
tiles arguties des expertises et Fétalage déco-
ratif des mobiliers éventrés.
Nous sommes convaincus, monsieur le pré-;
sident. que vous ne faillirez pas à ce devoir
impérieux et sacré.
Un groupe d'hommes libres.
Demain, avant l'audience, le procureur
général ou son substitut doit, dit-on, rece-
voir une lettre conçue dans le même ton.
Carnet de la charité.
La sollicitude du commandant Hériot,
pour l'orphelinat qui porte son nom, ne
tarit pas. A l'occasion du nouvel an, il a
versé à la caisse d'épargne une somme de
mille francs au nom des élèves de la
Boissière.
Cet acte généreux en faveur des hum-
bles sera accueilli avec reconnaissance
dans toute l'armée.
On; se rappelle que Vaillant, pendant
son séjour à Bueaos-Ayres, avait fondé
dans cette ville un journal anarchiste en
français. Ce sont probablement deux de
ses prosélytes qui viennent d'être expul-
sés de la république argentine.
Noms apprenons, en effet, que le minis-
tre de l'intérieur de cette république, le
docteur Quintana, a mis les anarchistes
étrangers en demeure d'opter entre leur
incarcération, en vertu des lois sur l'état
de siège, ou leur départ du pays. Or,
parmi ceux qui ont préféré partir, on cite
.deux Français, les nommés Emile Dia-
rich, cordonnier, et Henri Simonet, char-
pentier.
Il y a quatre autres expulsés, deux Ita-
liens et deux Espagnols.
Les six anarchistes ont été diri gés sur
Montevideo, d'où ils se sont probable-
ment embarqués pour l'Europe, leur
mère-patrie, qui se serait bien passée
d'eux.
VÉRITÉS ET PARADOXES
II y a un livre que chacun doit écrire, celui
où, feuille par feuille, il raconte ce qu'il a vu,
ce qu'il a fait en sa vie.
Ces mémoires, lus feuille par feuille, se-
ront le livre du passé et serviront l'avenir.
C'est un testament de famille.
Baron de Nervo.
L'homme, après avoir été prodigue une
partie de sa vie, devient avare juste au mo-
ment où sa prodigalité commencerait à deve-
nir une vertu.
Adolphe d'HoroETOT.
L'évidence est l'éclat de la vérité.
A. Tournier.
Quelques-uns de nos lecteurs nous de-
mandent comment saint François d'As-
sise a pu, avec son tiers-ordre ainsi
que nous l'avons dit hier démolir la
féodalité italienne.
La chose est bien simple, comme tou-
tes les choses de génie. Seulement, si l'on
veut bien comprendre celle-ci, il faut se
reporter au commencement du treizième
siècle.
D'après la règle que, leur avait donnée
saint François.les tertiaires s'engageaient
à mettre fin à toute inimitié et à resti-
tuer tout bien mal acquis, à professer la
religion catholique et a pratiquer les com-
mandements de Dieu et de l'Eglise, à se
confesser et à communier trois fois l'an,
à porter un habillement sévère et à s'en-
terdire les assemblées mondaines à ré-
citer, autant que possible, l'office tous les
jours et à jeûner, à moins d'empêche-
ment, l'Avent et le Carême.
Femmes, enfants, vieillards, célibatai-
res, gens mariés, riches, pauvres, lettrés,
illettrés, tous, en un mot, pouvaient donc
entrer dans cet ordre religieux et tel que
l'Eglise n'en avait pas encore connu, et
jouir des immunités dont jouissaient
alors ceux qui appartenaient aux ordres
religieux.
Les titulaires s'engageaient, en outre-
et là était le côté politique et social du
tiers-ordre de saint François, à ne point
porter d'armes offensives, si ce n'est pour
la défense de l'Eglise et de la foi de Jésus-
Christ ou pour la défense de leur pays,
ou avec la permission des supérieurs du
tiers-ordre; à s'abstenir de serments so-
lennels, à moins qu'ils n'y fussent con-
traints par la nécessité et dans la limite
des cas exceptés par le Saint-Siège; à
donner, enfin, un denier au trésorier du
tiers-ordre pour. secourir les tertiaires
dans le besoin.
Comme la féodalité s'appuyait sur le
serment et le service militaire et que le
peuple italien d'alors souffrait horrible-
ment des abus que la féodalité en avait
faits, il se rua, en quelque sorte, dans le
tiers-ordre pour s'y soustraire, et bientôt
tous les Italiens étaient tertiaires.
L'empereur Frédéric II voulut interve-
nir en faveur de la féodalité, mais le pape
Grégoire IX soutint avec une inflexible
fermeté le tiers-ordre. Et voilà comment
ce saint François d'Assises, si bon, si
doux et si souriant, a démoli la féodalité
italienne, en» lui retirant ce que nous ap-
pellerions aujourd'hui sa plate-forme,
avec l'habileté d'un grand politique.
Monseigneur Chion-Ducollet, maire et
tyran de La Mure, nous fait l'honneur de
nous écrire pour nous dire que les frais
du procès qu'il a intenté à M. Régnier,
pour le recouvrement d'un droit d'octroi
de cinquante sous, se montent seulement
à huit cents francs, et non à 4,462 fr. 50 c.,
ainsi que nous l'avons publié d'après les
journaux du département.
Va pour huit cents francs 1
Un maire qui fait payer huit cents
francs à sa commune pour le recouvre-
ment de cinquante sous qui, d'ailleurs,
n'ont pas été recouvrés la cour de cassa-
tion ayant pleinement donné raison à M.
Régnier est un maire.qui mérite d'être
chassé de la mairie à grands, coups de
bulletins quelque part, et nous espérons
bien que La Mure se remboursera ainsi
des gaspillages de ce mauvais administra-
teur.
On parle beaucoup, depuis le récent
incident du Niger, de l'hinterland de
Sierra-Leone.
Hinterland est un mot allemand qu'a
mis à la mode le congrès de Berlin. Tra-
duit littéralement, il veut dire « pays der-
rière ».
L'hinterland de Sierra-Leone, c'est
donc tout le pays qui se trouve derrière
Sierra-Leone.
On sait que chaque année, les félibres
de Provence se réunissent, en un banquet
fleuri, dans un des plus jolis villages du
Midi.
Frédéric Mistral prononce toujours, à
cette occasion, un discours dans la langue
imagée des troubadours.
Cette année, c'est à Salliès-Pont que se
donneront rendez-vous les félibres ils y
commémoreront la mémoire du poète
Antorirus Arena.
Antonius Arena, dont le nom est au-
jourd'hui bien oublié, fut célèbre en son
temps, presque autant que Scarron.
Dans le genre macaronique,. Antonius
Arena fut, en effet, une véritable illustra-
tion.
On possède de lui, La Meygra entre-
prisa catholiçiui impératoris, imprimée
en 1537, à Avignon, dans le but de décrire
l'invasion piteuse de l'empereur Charles-
Quint en Provence.
Il parait qu'un certain ndmo'.v" d'ofâ-
ciers de zouaves et de tirailleurs verraient
avec plaisir qu'on leur donnât l'épaulette,
comme à leurs camarades de France.
Leur uniforme si pittoresque n'y per-
drait-il pas de son cachet particulier ? 2
LES QUATRAINS CÉLÈBRES
De Dorât, à une femme qui demandait
un impromptu
Quoi, des vers, et si promçtement I
Bel embarras jeune Thémire
Vous voir, vous aimer, vous le dire,
Ce n'est qu'affaire d'uii moment.
Echo de la rue de Sèze •
On a beaucoup remarqué, galerie Petit,
les aquarelles de Jehanne Mazeline, dont
le vigoureux talent se revêt aujourd'hui
d'une très moderne élégance.
NOUVELLES A LA MAIN
Le coiffeur de la jolie vicomtesse de
M. est un bavard insupportable. Aussi,
l'autre jour, comme il demandait à sa
cliente
Comment madame désire-t-elle être
coiffée? p
En silence, lui répondit-elle.
Et l'artiste en cheveux, de répondre,
sans se laisser démonter
Madame aura demain cette coiffure,
faite de nattes discrètes et de bandeaux
mystérieux.
1 UN DOMINO
CE QUI SE DIT LE PLUS
EN CE MOMENT
A propos de la température
Nous ne sommes pas outillés contre
le froid à Paris. Nous gelons dans nos
appartements dès que nous ne sommes
pas dans le feu. Tous les Russes vous di-
ront qu'ils ont plus froid à Paris que chez
eux.
Sans doute, le bois c'est plus cher,
mais comme c'est plus gai 1
Savoir chauffer un cercle, c'est joli-
ment difficile. Il suffit d'une pluie qui
amène cinquante membres de plus dans
les salons pour qu'on y étouffe. C'est un
puissant calorique que l'homme.
Nous ne saurons jamais patiner
comme les peuples qui ont été pris tout
petits pour cela. Les personnes originai-
res des pays chauds qui patinent bien,
comme la duchesse de Morny, par exem-
ple, seront toujours une exception.
Si la Seine avait été prise, il y au-
rait eu trente mille bicyclettes dessus. Ça
m'aurait amusé de regarder ça du haut
d'un pont.
(Facétieusement.) D'après la der-
nière prophétie de Nostradamus, M. Car-
not continuera à être si froid, cette année,
qu'on pourra le traverser.
A propos de la politique extérieure
Allez, allez, lesvéritables ennemis de
notre race seront toujours les Anglais.
Cette histoire de coups de fusil échangés
par erreur au Soudan ne me présage rien
de bon.
Je ne suis pas poltron, mais si j'a-
vais projeté un voyage en Italie pour le
carnaval, j'aimerais mieux l'ajourner. Un
Français ne doit plus circuler avec sécu-
rité dans ce pays-là. Après- tout, on
voyage pour son plaisir, n'est-ce pas ? R
Tout de même, maintenant, nous
pouvons dormir plus tranquilles, avec
l'alliance russe. L'année dernière, les ro-
domontades des journaux italiens après
le verdict d'Angoulême auraient fait bais-
ser la rente française de deux points au
moins.
A propos des élections sénatoriales
En voilà des élections qui n'ont pas
passionné le pays I
C'est un succès pour les opportu-
nistes, dites-vous. Eh bien I après ? 2
Toujours et toujours le triomphe de
la médiocrité Le maréchal Canrobert et
M. Bocher remplacés par deux oisons de
province. Si ce n'est pas à vous {regoûter
autant du suffrage restreint que du suf-
frage universel 1
Pour copies conforme
Bloc- Notes Parisien
LA DESCENDANCE DE FOUCHÉ
La comtesse de Thermes, qui vient de mou-
rir et dont les obsèques ont eu lieu avant-hier
à Ferrières, était la propre fille de Fouché, issue
de son premier mariage avec Mlle Coiquaud,
de Nantes.De ce mariage naquirent trois fils, qui
portèrent successivement le titre de duc d'O-
trante, et une fille, Joséphine, qui épousa, après
la Restauration, le comte de Thermes, gentil-
homme à la Cour. Filleule de Joséphine de
Beauharnais, Mlle Fouché d'Otrante perdit sa
mère, jeune encore, et fut élevée par sa belle-
mère, la seconde duchesse d'Otrante, née de
Castellane, que Fouché épousa en i8i5, et dont
il n'eut pas d'enfant. Par ses goûts et son édu-
cation, la comtesse de Thermes était royaliste.
Son mariage ne fit qu'affermir ses sentiments.
Retirée depuis longtemps déjà en son château
de Villette, situé près Vaux-Saint-Germain, en
Seine-et-Oise, elle meurt laissant une fille,
Mme de Castelbajac, qui elle-même est mère
de deux filles, Mme la vicomtesse Emeric de
Saint-Roman et Mlle Henriette de Castelbajac.
Avec la comtesse de Thermes, dernier enfant
de Fouché, s'éteint la rente représentant la do-
tation faite à l'ancien ministre de la police par
Napoléon I»' et affectée sur les Etats du roi de
Naples. On se souvient qu'après les événe-
ments de 1814 ces- sortes de dotation avec
affectation sur des biens situés en pays étran-
gers furent converties en rente.
Le corps de la fille de Fouché a été inhumé
dans le cimetière de Ferrières, où la famille
d'Otrante se réserva un enclos lors de la vente
du château au baron de Rothschild. C'est dans
ce cimetière que repose Fouché, mort en exil
à Trieste, en 1820, et ramené en France, et son
troisième fils, Athanase, père du duc d'Otrante
actuel,qui estpremie écuyer du roi Oscar 11 de
Suède.
.;̃ a
Nous avons dit que les trois frères de la com-
tesse de Thermes, Joseph, Armand et Aiha-
nase, portèrent successivement, après la mort
de leur père, le titre de duc d'Otrante.
L'aîné, Joseph, épousa Mlle de Sussy, fille
du directeur des monnaies, ce qui l'apparenta
avec les familles de Loys, d'Estournel et de
Saint-Aulaire. Sa femme fut'la belle duchesse
d'Otrante, si admirée à la cour de Louis-Phi-
lippe et qui légua un prix de vertu à l'AcadéJ
mie française. Il -mourut à Paris, en 1862, sans
enfant.
Son frère cadet/ Armand, "qui hérita du titre
de duc d'Otrante, était allé s'établir depuis
quelque temps déjà, avec le troisième frère,
Athanase, en Suède, où il s'associa à la fortune
de Bernadotte.il mourut en 1 878, après avoir oc-
cupéles fonctions de majordansi'arméesuédoise.
Ce deuxième fils deFouché nes'étaitiamais ma-
riê. Le dernier fils, Athanase, devint donc par
la mort de son frère, 40 duc d'Otrante, et fut
successivement aide de camp de Charles XIV,
roi de Suède et de Norvège (Berna.dotte), et de
son fils Oscar i".
Il contracta trois unions la première, d'une
très courte durée, avec une Suédoise, Mlle
Palmstjerma.; la seconde avec Mile Von Ste-
dinjk, dont il eut deux enfants Gustave, ac-
tuellement cinquième duc d'Otrante, et une
fille, Pauline, mariée au pqmte Thure de Bielke;
la troisième avec Mlle Ironika Marx, dont il
eut un fils, Paul, comte d'Otrante.
La descendance du célèbre ministre de la
police sous l'Empire est donc représentée, à
l'heure actuelle, par deux branches, l'une issue
du troisième fils de Fouché, et l'autre de sa
fille, la comtesse de Thermes. Cette dernière
branche est représentée, comme nous l'avons
dit, par Mme de Castelbajac, dont une des
deux filles a épousé le vicomte de Saint-Ro-
man, commandant au i56e régiment de ligne,
qui conduisait, avant-hier, le deuil à Fer-
rières.
La première branche est représentée, en pre-
mière ligne, par le duc d'Otrante actuel et, en
deuxième ligne, par son frère consanguin Paul,
comte d'Otrante. Le duc est maintenant le
premier écuyer du roi Oscar II.
Il a épousé en premières noces la ba-
ronne Boude, morte en 1872, et en secondes
noces la baronne Stedingk, dame d'honneur de
la princesse de Galles, dont il a une fille et un
fils, le futur duc d'Otrante. La sœur du duc,
Pauline d'Otrante, a plusieurs enfants de son
mariage avec le comte Thure de Bielke.
Q
Nous avone retrouvé l'acte de mariage de
Fouché, son premier mariage, d'où vient
toute cette descendance et nous le reprodui-
sons textuellement:
« Le seize novembre mil sept cent quatre-
vingt-treize, après la publication d'un ban
canonique faite aux prônes des grand'messes
de cette paroisse et de celle de Saint-Clément,
en cette ville, sans opposition ni empêchement
venus à notre connaissance vu le certificat et
la dispense des deux autres accordée par M.
l'évêque de ce département, en date du douze
de ce mois, nous, curé, soussigné, avons
fiancé et épousé, en cette église, Joseph Fou-
ché, citoyen français, député à la Convention
nationale, fils majeur de feu Joseph Fouché,
capitaine de navire, et de dame Marie-Fran-
çoise Croizet, sa veuve, consentante par écrit,
natif de la paroisse de Pellerin, district de
Paimbœuf, en ce département, et domicilié en
celle de Saint-Clément, d'une part
» Et demoiselle Bonne-Jeanne Coiquaùd,
fille majeure de Noël-François Coiquaùd, prési-
sident de l'administration du district de Nan-
tes, et dame Marguerite Gautier, son épouse,
présente et consentante, native de la paroisse
de Sainte-Croix de cette ville, et domiciliée de
celle-ci, rue de Gorges, d'autre part.
» Ont été témoins du présent mariage, du
côté de l'époux Jean-Julien Fouché, son frère
germain, et Pierre-Louis Broband, ancien ca-
pitaine de navire, son beau-frère et du côté
de l'épouse Noè'l François, notaire public, et
Pierre François, lesquels signent, ainsi que les
époux. Ont signé Bonne-Jeanne Coiquaùd,
J. Fouché, Coiquaud, Gautier-Coiquaud, Coi-
quaud fils, Joseph Fouché et Broband, Pierre
François, Clody, vicaire de Saint-Nicolas Le-
feuvre, curé de Saint-Nicolas. »
On voit par ce document que' Fouché, con-
trairement à certaines affirmations, était de
bonne famille bourgeoise. La lettre suivante,
une des plus anciennes qu'on ait retrouvées de
lui, le dit assez. Elle est adressée à sa sœur.
Fouché était alors préfet des études à l'Ora-
toire de Nantes
« J'ai enfin reçu une lettre de notre cousin
j'ai touché les 3oo francs que ma mère a eu la
complaisance de lui faire passer; renouvelez-
lui en mes remerciements. Vous trouverez ci-
joint mon petit billet, que vous voudrez bien
lui remettre. Je serai en vacance dès que mes
élèves auront soutenu leur thèse, la première
sera ouverte, mercredi 12, par l'inventeur des
ballons, qui est venu passer trois semaines
chez le comte de Rochembeau (cordon bleu).
Sitôt que je serai débarrassé de mes classes,
j'aviserai au moyen de porter mon corps ou
plutôt ma frêle lanterne au Pellerin. Vous ne
m'avez jamais Vu si maigre, mes os traverse-
ront dans peu toute ma garde-robe, j'ai besoin
de deux mois de repos pour me remplumer.
Adieu, ma chère sœur.
» Fouché (de l'Oratoire). »
Vingt et quelques années plus tard, en juil-
let i8i5, quand Fouché épousa Mlle de Castel-
lane, il était duc d'Otrante, ministre-secrétaire
d'Etat au département de la police générale,
grand-croix des ordres de la Légion d'hon-
neur, de Léopold d'Autriche et de Wurtemberg.
Le roi Louis XVIII signa à son contrat de ma-
riage. 11 avait été, sous l'Empire, ministre de la
police générale, gouverneur de l'Illyrie, gouver-
neur de Rome, titulaire de la sénatorerie d'Aix-
en-Provence, avec une dotation considérable.
C'est là qu'il avait fait la connaissance de celle
qui devait devenir la seconde duchesse d'O-
trante.
TOUT-PARIS
BIXIOU
UN
Anarchiste û'Autrefois
Le 30 avril 1610, un homme d'assez
mauvaise mine se présente, au faubourg
Saint-Honoré, à l'hôtellerie des Trois-Pi-
geons, en face l'église Saint-Roch. Grand
et fort gros, rouge de teint, les cheveux et
la barbe tirant du brun au fauve, il porte
une besace au bout d'un bâton, comme un
pèlerin, et semble écrasé de fatigue. Il
vient d'Angoulême à pieds. Dans aucune
auberge de la grand'ville on ne l'a voulu
recevoir. Quelque égarement se lit dans
ses yeux quand il parle. Ce n'est pas qu'ii
soit bavard, mais, dès qu'il ouvre la bou-
che, on croirait qu'il prophétise et son
flux de paroles fait impression. L'hôte-
lier consent à l'accueillir, comme il dit,
par religion, et lui prèle un lit sous le
comble.
Trois jours après,le singulier voyageur
disparait en laissant même sa besace,
sans qu'on ait rien pu savoir de lui sauf
qu'il est Angoumoisin, qu'il se nomme
François Ravaillac et qu'il a trente-deux
ans. Ses discours ordinaires roulent sur
ce thème: « Tout va de mal en pis. Les
innocents souffrent pour les coupables.
Le moment n'est pas loin où la justice
sera vengée, au nom du pape de Rome. »
Les servantes se sont signées en l'enten-
dant. Quel diable d'homme est-ce doua
là? q
*v
Jusqu'au 12 mai, le logis des Trois-PU
geons n'entend plus parler de lui. Le soir
de ce jour, on le voit reparaître. « Eh! t
mèssire, d'où venez- vous? Je viens
d'où il plait à Dieu. Resterez-vous
longtemps à Paris? –Autant qu'il y aura
du malheur sur la France. Est-il, par
hasard, en votre puissance de l'écarter q
Peut-être?.» »
Le lendemain, Ravaillac est très gai. Il
emploie sa matinée à aiguiser le couteau
contre un fusil, et, ce faisant, il chante un
cantique connu, une complainte. Apre»
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