Titre : La Dépêche algérienne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Alger)
Date d'édition : 1885-10-25
Contributeur : Robe, Eugène (1890-1970). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32755912k
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 25 octobre 1885 25 octobre 1885
Description : 1885/10/25 (A1,N101). 1885/10/25 (A1,N101).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bd6t5432362
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-10449
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/04/2021
Première année. — N* 101
PREFECTURE IV ALGER
, _ DEPOL^/LEGAi
Le numéro f> oentimes. ^ â (
Dimanche, 25 octobre 1885.
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
Algérie. ..
Fbanoe. ..
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois
.... 4.50 9
o ta
Un an
18
£4
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n* 9, anci-efc hôtel Bazin.
Tontes les eommonieations relatives anx annnonces et réclame* fatvast, 8$
’ Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, Realetsrd de la Répobliqoe, .
Sa France, les communications sont régnes savoir ;
A Marsbilus, ehei M. Güstats ALLARD, rote du Batisset, 4 ;
A Paris, chex MM. AUDBOURG et C 1 », place de la Bonne, £0,
Et par leurs correspondants.
La DÉPÊCHE ALGÉRIENNE est désignée pour l’insertion des annonces légales, judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrats
—————— ■ ■" ' — ‘
Alger, le 24 Octobre 4885.
U SITUATION EN EUR®
I
Jamais la fabrication des canons n’a été
plus active que dans cette année de paix
1885. Les-manufactures regorgent de com
mandes et y suffisent à peine. Partout on
arme. En Europe comme en Asie, si on ap
proche l’oreills do sol, on entend des bruits
Souterrains comme ceux qui précèdent un
tremblement de terre. Toutes les nations
sentent bien que la paix dont elles jouissent
ne repose pas sur une base solide et qu’une
seule amorce brûlée peut faire crépiter la
poudre d'un bout à l’autre du monde. Les
peuples se demandent avec anxiété de quel
côté partira l’étincelle qui provoquera l'em
brasement général. Pour se rassurer, ils fa
briquent de l’artillerie, construisent des tor
pilles, arment les côtes. C’est à qui ne sera
pas surpris par le cataclysme.
Les alarmes succèdent d’ailleurs aux
alarmes. Peu s’en est fallu qu’un choc ter
rible se produisît entre l’Angleterre et la
Russie. Un moment, la diplomatie a semblé
impuissante à l’éviter. Puis est venu l’inci
dent hispano-allemand. Enfin, quoique pa
raissant aussi devoir être apaisé avant qu’il
n’éclale définitivement, l’orage gronde en
core dans les Balkans. Les dépêches nous
ont appris que le prince Alexandre de Bul
garie avait fait sa soumission et accepté le
retour au statu qùo. Suivant toutes les
probabilités, une conférence va se réunir à
Constantinople pour examiner toutes les
questions soulevées par la prise d’armes de
Philippopoli, étouffer dans l’œuf les symp
tômes alarmants qui se manifestent en
Serbie et en Grèce, et empêcher la question
d’Orient de renaître.
Mais,quelque grande que soit la confiance
que peut inspirer le bon vouloir des diplo
mates à qui seront déférées les prétentions
des divers intéressés, ce n’est pas sans ap
préhension que l’on voit encore une fois aux
prises les ambitions diverses auxquelles le
traité de Berlin croyait avoir mis fin, au
moins pour un certain nombre d’années.
Le meilleur atout que la paix ait dans
son jeu, est la crainte partagée par toutes
les grandes nations européennes, de voir
commencer une guerfe dont on ne peut pré
voir ni le dénouement ni la durée, dont
les conséquences seraient aussi désastreuses
pour les vainqueurs que pour les vaincus-
et dans laquelle, bon gré malgré, les na
tions les moins intéressées pourraient être
précipitées.
Oq sait bien que la dislocation du vieux
monde est proche, que pour édifier celui qui
doit lui succéder la guerre est inévitable ;
mais le choc sera tellement épouvantable,
il entraînera de telles hécatombes et de
telles conséquences économiques, que cha
cun cherche à éviter la responsabilité d’a
voir provoqué le conflit.
Il faut, du reste, rendre cette justice à la
France que, dans toutes ces agitations, elle
a conservé un calme parfait et n’a pris 1
aucune part aux agitations qui se sont pro
duits.
Si une partie de son armée n’était pas
immobilisée au Tonkin, si une partie de sa
flotte n’avait pas été fatiguée par la guerre
de Chine, sa situation, au point de vue mi
litaire, serait parfaite, et sans fuir la foi,
chose à laquelle elle ne peut plus d’ailleurs
songer, elle pourrait attendre sans eraiute
les évènements.
Dans ces conditions, on se demande si,
aujourd’hui que l’honneur est sauf, que nos
glorieux morts ont été vengés, que nos sol
dats et nos marins ont, on peut le dire sans
exagération, émerveillé le monde par leur
valeur, par leur dévouement au drapeau, il
convient de continuer des sacrifices qui,
pour beaucoup, ne sont/et ne seront jamais
compensés par les résultats obtenus ou à
obtenir.
C’est à la prochaine Chambre qu’il appar
tiendra de décider la question de savoir si
nous devons persévérer dans la conquête du
Tonkin, car elle est à recommencer sur les
Pavillons-Noirs, ou bien s’il n’est pas préfé
rable de réduire notre occupation et de
rajvpqler en France la majeure partie de
nos trdüpes devenues inutiles.
Eu tpus cas, il ne faudrait pas qu’un vain
point d’honneur dictât la conduite de la
France. L’Angleterre, renonçant à la con
quête du Soudan, a donné un exemple qu’il
serait ^ou de méditer.
M. |b Gouverneur général a créé, pour
fonctionner à partir du 15 novembre 1885,
deux bureaux de l’Enregistrement, des Do
maines et du timbre à Khenehela et à St-
Arnaud, département de Constantine.
Le ressort de ces bureaux comprendra
tous les centres et territoires composant les
cantons judiciaires des dites localités.
X
Par décision de M. le Gouverneur général
en date du 16 octobre 1885, M. Gonse, géo
mètre principal de première classe du Ser
vice Topographique à Constantine, a été
nommé vérificateur de deuxième classe du
môme service à Oran, en remplacement de
M. Bérnard, admis à faire valoir ses droits
à la retraite.
X
Par arrêté du 8 octobre 1885, le Gouver
neur général a prononcé l’expropriation
pour cause d utilité publique, avec prise de
possession d’urgence, d’une parcelle de
terre d’une superficie de 41 ares, portant le
n° 39 du plan d’Aïa-Temoucüent, nécessai
re au prolongement en ligne droite de la
grande rue de ce centre jusqu’à la gare.
X
Par décret du Président de la République,
sont distraits de la commune de plein exer
cice de Redzgne le centre de population
européenne de l’Hillil et son périmètre de
colonisation ; de la commune mixte de l’Hil-
li!, les terres affectées à l’agrandissement
dudit périmètre et le douar de Gueraïria.
Ces territoires formeront à l’avenir, dans
l’arrondissement de Mostaganem (départe
ment d’Oran), une commune de plein exer
cice distincte dont le chef-lieu est fixé à
i’Hillil et qui en portera le nom.
X
Par arrêté de M. le Gouverneur, en date
du 18 courant, les navires provenant de
Tunis-La Goulette, sont soumis à leur arri
vée en Algérie, à une inspection médicale.
X
M. Cuniae, avocat-général, et M. Ques-
lier, juge d'instruction, sont arrivés hier à
Alger.
X
La parcelle de terrain domanial connue
sous le nom de Beni-Mélek, située sur le
territorial de la commune de Philippeville,
d’une contenance de 162 hectares, est affec
tée au service des Forêts pour être soumise
au régime forestier.
X
M. Th. Weber, ex-ministre d’Allemagne
au Maroc, arrivera probablement à Tanger
avec son successeur, ou le suivra de très
près. I! a, dit-on, accepté la mission d’as
sister M. le baron Testa dans les premières
négociations relatives au prétendu traité de
commerce.
INCURIE
DE L’ADMINISTATION MILITAIRE
Ou signale un nouveau fait prouvant l’ia-
eurie de l’Administration militaire :
« Le 18 septembre dernier, un bateau
appartenant à une Compagnie privée quit
tait Brest pour le Tonkin, ayant à bord une
trentaine d’officiers sans armes et apparte
nant pour la plupart au génie.
» Ce bâtiment devait relâcher à Alger,
prendre six cents hommes de troupes pour
l’Extrême-Orient.
» Le Gouvernement avait payé 500 fr. de
transport par homme, soit: trois cent mille,
francs .
» On arrive à Aiger ; personne à Rem
barquement !
» Le commandant du bord délègue un de
ses officiers aux bureaux du Gouverneur gé
néral, où les employés demeurent ébahis
quand on leur annonce qu’ils avaient à four
nir six cents hommes pour le Tonkin.
b On télégraphie à Paris", et l’on apprend
alors que les bureaux du ministère de la
Guerre avaient oublié d'avertir le Gou~
verneur général et le commandant du 19 e
corps de ce mouvement de troupes .
» Le bateau a dû continuer sa route sans
sa cargaison militaire, mais la Compagnie
a naturellement encaissé les trois cent milia
francs. »
On se rappelle qu’il y a deux mois envi
ron, nous avions annoncé le débarquement
clandestin â Guyotville de l’èqni page d’une
balancelle qui avait violé les réglements
alors en vigueur sur les quarantaines
Ne us avions également fait connaître Par-
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N” 28.
LES
PAR
A. RÀCOT et G. PRADEL (,)
PREMIÈRE PARTIE
DES DEUX TESTAMENTS
— Ma foi ! monsieur le duc, fit Alcide
toujours tremblant, ce n’est pas ma faute,
allez, car j’ai eu joliment peur.
M. de Trémeur eut un sourire triste.
— Enfin, mon ami, c’est grâce à vous si
j’existe encore. J’ai voulu faire le jeune
homme, r mettre la dague à la main, comme
au bon temps. J’avais sans doute trop pré
sumé de mes forces.
Sans vous... — ici M.de Trémeur eut une
hésitation et il jetasurM.de Prémont un
indéfinissable regard. — sans vous je serais
mort à l heüre qu’il est.
Alcide ne s’était pas trompé : le cavalier
(1) Reproduction Interdite aux journaux qui n’ont
ÇM traité, avec la Société des Gens de Lettres.
qu’il avait aperçu sous la feuillée, c’était
bien M. de Prémont.
Le comte avait entendu, lui aussi, le cri
« à moi !» et il avait reconnu la voix de son
oncle. Il était arrivé jusqu’au bord de la
clairière et, voyant le duc boulé par le ra
got, ii l’avait jugé perdu.
Ce n’était pas précisément un méchant
homme que M. de Piémont, non, ce n’était
pas une nature foncièrement mauvaise ;
seulement il ôtait léger et faible, et cette lé
gèreté et celte faiblesse pouvaient le messer
bien bas dans ce sentier escarpé au sommet
duquel se iient l’honneur. En voyant ie duc
perdu, son premier mouvement lui avait
fait pousser un cri de féroce égoïsme qui lui
était parti du cœur : « j’hérite. »
Acculé par les difficultés les plus cruelles,
traqué par les hommes à papier timbré,
tous les ennuis, les chagrins; les angoisses
s’effaçaient en un instant de par la mort de
son oncle. \
Et alors il avait eu une de ces hésitations
d’une minute, de quelques secondes à peine,
une de ces hésitations qui constituent un
crime et qui pèsent sur la conscience com
me un cruel remords durant tout le reste de
la vie.
A cette heure, il se la reprochait dure
ment, il rougissait, il avait honte de lui-
même. Il aurait donné tout son sang pour
racheter cette mauvaise action. U était trop
tard ! ii le sentait et il lui semblait que le
duc et Bouvreuil lui-même lisaieut à nu
dans lé fond de son cœur.
Cependant, les veneurs arrivaient les uns
après les autres, et avec eux. les piqueurs
et les valets de chiens.
Quand Suzanne apparut, elle alla droit au
duc et le regarda longuement Elle ne dit
pas une parole, elle devint seulement très
pâle, à la vue du costumé souillé et de la
cape fendue. Lui, il lui envoya un » adieux
regard. Elle avait donc peur, elle avait donc
tremblé pour lui.
Oui, elle avait eu peur ! Un peu plus, et
le duc gisait là, décousu, moit, et' tout
croulait, et cet échafaudage qu’elle cons
truisait avec sûreté et confiance s’effondrait
sans laisser de trace. Oui, elle avait eu
peur, si grand’peur, qu’elle, la femme forte,
se prit à trembler, à s agiter nerveusement,
et que deux grosses larmes frangèrent au
bord de ses longs cils.
M. de Trémeur les vit, ces deux larmes,
ces deux perles. Il porta la main à son
cœur, car elles lui firent plus d’effet, elles
lui remuèrent l'âme, plus que les coups de
boutoir du sanglier.
Penhoël aussi pleurait ; mais c’étaient de
vraies larmes celles là. Le vieux piqueur
ne pouvait se pardo nne r rie ne point s’être
trouvé là juste à point pour sauver son maî
tre.
Le duc fut obligé de le consoler. Il n’y
avait point de sa faute, la bêta avait fait un
hourvari qu’il était impossible de prévoir.
M. de Trémeur eut de bonnes paroles pour
son vieux serviteur, il en eut pour tout le
monde, du reste ; n‘était-il pas plus heu
reux jusqu’à ia folie par cette passion qui
l’absorbait tout entier ?
Mais cela ne consolait point Penhoël, qui
regardait Alcide Bouvreuil avec admiration
et envie.
Chacun complimentait le brave garçon.
Quant au capitaine ii était furieux ; son
duc avait failli être tué bêtement d’un coup
de défense, et un imbécile ayant à sa cein
tura un revolver l’avait sauvé.
Le duc donna bientôt ie signal du départ.
On voulut le faire monter dans ia petite
voiture d’Alcide. Mais Je vieux gentilhomme
ne voulut point en entendre parler. Il était
on ne peut mieux, tout â fait remis da la
secousse qu’il venait d’éprouver. Ne fallait-
il pas qu’il revint avec Suzanne, chevau
chant â côté d'elle, respirant la parfum eni
vrant qui s’échappait de cette diabolique
créature et la remerciant de l’émotion qu’elle
venait d’avoir ?
On laissa deux valets pou ” enterrer les
griffons morts, y compris celui fusillé par
Alcide, pour reconduire aussi ceux qui n’a
vaient été qu’endommagés. Ou recoupla la
meute ; le sanglier, étendu sur des bran
ches, fut porté à quatre, et la cavalcade
reprit le chemin du château, tandis que les
piqueurs, Penhoël en tête, sonnaient à pleins
poumons la retraite prise.
Naturellement le dîner réunit le soir même
les hôtes du château de Trémeur. Suzanne
s’assit à la droite du duc, et Alcide Bou
vreuil à sa gauche. Uu peu plus loin, le
comte de Prêmont, toujours taciturne. Ses
soupçons augmentèrent encore et ses sour
cils se froncèrent d’avantage quand il vît
Suzanne à la place d’honneur. (À suivre.},
PREFECTURE IV ALGER
, _ DEPOL^/LEGAi
Le numéro f> oentimes. ^ â (
Dimanche, 25 octobre 1885.
JOURNAL POLITIQUE QUOTIDIEN
Algérie. ..
Fbanoe. ..
ABONNEMENTS :
Trois mois Six mois
.... 4.50 9
o ta
Un an
18
£4
ADMINISTRATION ET RÉDACTION :
Rue de la Marine, n* 9, anci-efc hôtel Bazin.
Tontes les eommonieations relatives anx annnonces et réclame* fatvast, 8$
’ Algérie, être adressées à l’AGENCE HAVAS, Realetsrd de la Répobliqoe, .
Sa France, les communications sont régnes savoir ;
A Marsbilus, ehei M. Güstats ALLARD, rote du Batisset, 4 ;
A Paris, chex MM. AUDBOURG et C 1 », place de la Bonne, £0,
Et par leurs correspondants.
La DÉPÊCHE ALGÉRIENNE est désignée pour l’insertion des annonces légales, judiciaires et autres exigées pour la validité des procédures et contrats
—————— ■ ■" ' — ‘
Alger, le 24 Octobre 4885.
U SITUATION EN EUR®
I
Jamais la fabrication des canons n’a été
plus active que dans cette année de paix
1885. Les-manufactures regorgent de com
mandes et y suffisent à peine. Partout on
arme. En Europe comme en Asie, si on ap
proche l’oreills do sol, on entend des bruits
Souterrains comme ceux qui précèdent un
tremblement de terre. Toutes les nations
sentent bien que la paix dont elles jouissent
ne repose pas sur une base solide et qu’une
seule amorce brûlée peut faire crépiter la
poudre d'un bout à l’autre du monde. Les
peuples se demandent avec anxiété de quel
côté partira l’étincelle qui provoquera l'em
brasement général. Pour se rassurer, ils fa
briquent de l’artillerie, construisent des tor
pilles, arment les côtes. C’est à qui ne sera
pas surpris par le cataclysme.
Les alarmes succèdent d’ailleurs aux
alarmes. Peu s’en est fallu qu’un choc ter
rible se produisît entre l’Angleterre et la
Russie. Un moment, la diplomatie a semblé
impuissante à l’éviter. Puis est venu l’inci
dent hispano-allemand. Enfin, quoique pa
raissant aussi devoir être apaisé avant qu’il
n’éclale définitivement, l’orage gronde en
core dans les Balkans. Les dépêches nous
ont appris que le prince Alexandre de Bul
garie avait fait sa soumission et accepté le
retour au statu qùo. Suivant toutes les
probabilités, une conférence va se réunir à
Constantinople pour examiner toutes les
questions soulevées par la prise d’armes de
Philippopoli, étouffer dans l’œuf les symp
tômes alarmants qui se manifestent en
Serbie et en Grèce, et empêcher la question
d’Orient de renaître.
Mais,quelque grande que soit la confiance
que peut inspirer le bon vouloir des diplo
mates à qui seront déférées les prétentions
des divers intéressés, ce n’est pas sans ap
préhension que l’on voit encore une fois aux
prises les ambitions diverses auxquelles le
traité de Berlin croyait avoir mis fin, au
moins pour un certain nombre d’années.
Le meilleur atout que la paix ait dans
son jeu, est la crainte partagée par toutes
les grandes nations européennes, de voir
commencer une guerfe dont on ne peut pré
voir ni le dénouement ni la durée, dont
les conséquences seraient aussi désastreuses
pour les vainqueurs que pour les vaincus-
et dans laquelle, bon gré malgré, les na
tions les moins intéressées pourraient être
précipitées.
Oq sait bien que la dislocation du vieux
monde est proche, que pour édifier celui qui
doit lui succéder la guerre est inévitable ;
mais le choc sera tellement épouvantable,
il entraînera de telles hécatombes et de
telles conséquences économiques, que cha
cun cherche à éviter la responsabilité d’a
voir provoqué le conflit.
Il faut, du reste, rendre cette justice à la
France que, dans toutes ces agitations, elle
a conservé un calme parfait et n’a pris 1
aucune part aux agitations qui se sont pro
duits.
Si une partie de son armée n’était pas
immobilisée au Tonkin, si une partie de sa
flotte n’avait pas été fatiguée par la guerre
de Chine, sa situation, au point de vue mi
litaire, serait parfaite, et sans fuir la foi,
chose à laquelle elle ne peut plus d’ailleurs
songer, elle pourrait attendre sans eraiute
les évènements.
Dans ces conditions, on se demande si,
aujourd’hui que l’honneur est sauf, que nos
glorieux morts ont été vengés, que nos sol
dats et nos marins ont, on peut le dire sans
exagération, émerveillé le monde par leur
valeur, par leur dévouement au drapeau, il
convient de continuer des sacrifices qui,
pour beaucoup, ne sont/et ne seront jamais
compensés par les résultats obtenus ou à
obtenir.
C’est à la prochaine Chambre qu’il appar
tiendra de décider la question de savoir si
nous devons persévérer dans la conquête du
Tonkin, car elle est à recommencer sur les
Pavillons-Noirs, ou bien s’il n’est pas préfé
rable de réduire notre occupation et de
rajvpqler en France la majeure partie de
nos trdüpes devenues inutiles.
Eu tpus cas, il ne faudrait pas qu’un vain
point d’honneur dictât la conduite de la
France. L’Angleterre, renonçant à la con
quête du Soudan, a donné un exemple qu’il
serait ^ou de méditer.
M. |b Gouverneur général a créé, pour
fonctionner à partir du 15 novembre 1885,
deux bureaux de l’Enregistrement, des Do
maines et du timbre à Khenehela et à St-
Arnaud, département de Constantine.
Le ressort de ces bureaux comprendra
tous les centres et territoires composant les
cantons judiciaires des dites localités.
X
Par décision de M. le Gouverneur général
en date du 16 octobre 1885, M. Gonse, géo
mètre principal de première classe du Ser
vice Topographique à Constantine, a été
nommé vérificateur de deuxième classe du
môme service à Oran, en remplacement de
M. Bérnard, admis à faire valoir ses droits
à la retraite.
X
Par arrêté du 8 octobre 1885, le Gouver
neur général a prononcé l’expropriation
pour cause d utilité publique, avec prise de
possession d’urgence, d’une parcelle de
terre d’une superficie de 41 ares, portant le
n° 39 du plan d’Aïa-Temoucüent, nécessai
re au prolongement en ligne droite de la
grande rue de ce centre jusqu’à la gare.
X
Par décret du Président de la République,
sont distraits de la commune de plein exer
cice de Redzgne le centre de population
européenne de l’Hillil et son périmètre de
colonisation ; de la commune mixte de l’Hil-
li!, les terres affectées à l’agrandissement
dudit périmètre et le douar de Gueraïria.
Ces territoires formeront à l’avenir, dans
l’arrondissement de Mostaganem (départe
ment d’Oran), une commune de plein exer
cice distincte dont le chef-lieu est fixé à
i’Hillil et qui en portera le nom.
X
Par arrêté de M. le Gouverneur, en date
du 18 courant, les navires provenant de
Tunis-La Goulette, sont soumis à leur arri
vée en Algérie, à une inspection médicale.
X
M. Cuniae, avocat-général, et M. Ques-
lier, juge d'instruction, sont arrivés hier à
Alger.
X
La parcelle de terrain domanial connue
sous le nom de Beni-Mélek, située sur le
territorial de la commune de Philippeville,
d’une contenance de 162 hectares, est affec
tée au service des Forêts pour être soumise
au régime forestier.
X
M. Th. Weber, ex-ministre d’Allemagne
au Maroc, arrivera probablement à Tanger
avec son successeur, ou le suivra de très
près. I! a, dit-on, accepté la mission d’as
sister M. le baron Testa dans les premières
négociations relatives au prétendu traité de
commerce.
INCURIE
DE L’ADMINISTATION MILITAIRE
Ou signale un nouveau fait prouvant l’ia-
eurie de l’Administration militaire :
« Le 18 septembre dernier, un bateau
appartenant à une Compagnie privée quit
tait Brest pour le Tonkin, ayant à bord une
trentaine d’officiers sans armes et apparte
nant pour la plupart au génie.
» Ce bâtiment devait relâcher à Alger,
prendre six cents hommes de troupes pour
l’Extrême-Orient.
» Le Gouvernement avait payé 500 fr. de
transport par homme, soit: trois cent mille,
francs .
» On arrive à Aiger ; personne à Rem
barquement !
» Le commandant du bord délègue un de
ses officiers aux bureaux du Gouverneur gé
néral, où les employés demeurent ébahis
quand on leur annonce qu’ils avaient à four
nir six cents hommes pour le Tonkin.
b On télégraphie à Paris", et l’on apprend
alors que les bureaux du ministère de la
Guerre avaient oublié d'avertir le Gou~
verneur général et le commandant du 19 e
corps de ce mouvement de troupes .
» Le bateau a dû continuer sa route sans
sa cargaison militaire, mais la Compagnie
a naturellement encaissé les trois cent milia
francs. »
On se rappelle qu’il y a deux mois envi
ron, nous avions annoncé le débarquement
clandestin â Guyotville de l’èqni page d’une
balancelle qui avait violé les réglements
alors en vigueur sur les quarantaines
Ne us avions également fait connaître Par-
Feuilleton de la Dépêche Algérienne
N” 28.
LES
PAR
A. RÀCOT et G. PRADEL (,)
PREMIÈRE PARTIE
DES DEUX TESTAMENTS
— Ma foi ! monsieur le duc, fit Alcide
toujours tremblant, ce n’est pas ma faute,
allez, car j’ai eu joliment peur.
M. de Trémeur eut un sourire triste.
— Enfin, mon ami, c’est grâce à vous si
j’existe encore. J’ai voulu faire le jeune
homme, r mettre la dague à la main, comme
au bon temps. J’avais sans doute trop pré
sumé de mes forces.
Sans vous... — ici M.de Trémeur eut une
hésitation et il jetasurM.de Prémont un
indéfinissable regard. — sans vous je serais
mort à l heüre qu’il est.
Alcide ne s’était pas trompé : le cavalier
(1) Reproduction Interdite aux journaux qui n’ont
ÇM traité, avec la Société des Gens de Lettres.
qu’il avait aperçu sous la feuillée, c’était
bien M. de Prémont.
Le comte avait entendu, lui aussi, le cri
« à moi !» et il avait reconnu la voix de son
oncle. Il était arrivé jusqu’au bord de la
clairière et, voyant le duc boulé par le ra
got, ii l’avait jugé perdu.
Ce n’était pas précisément un méchant
homme que M. de Piémont, non, ce n’était
pas une nature foncièrement mauvaise ;
seulement il ôtait léger et faible, et cette lé
gèreté et celte faiblesse pouvaient le messer
bien bas dans ce sentier escarpé au sommet
duquel se iient l’honneur. En voyant ie duc
perdu, son premier mouvement lui avait
fait pousser un cri de féroce égoïsme qui lui
était parti du cœur : « j’hérite. »
Acculé par les difficultés les plus cruelles,
traqué par les hommes à papier timbré,
tous les ennuis, les chagrins; les angoisses
s’effaçaient en un instant de par la mort de
son oncle. \
Et alors il avait eu une de ces hésitations
d’une minute, de quelques secondes à peine,
une de ces hésitations qui constituent un
crime et qui pèsent sur la conscience com
me un cruel remords durant tout le reste de
la vie.
A cette heure, il se la reprochait dure
ment, il rougissait, il avait honte de lui-
même. Il aurait donné tout son sang pour
racheter cette mauvaise action. U était trop
tard ! ii le sentait et il lui semblait que le
duc et Bouvreuil lui-même lisaieut à nu
dans lé fond de son cœur.
Cependant, les veneurs arrivaient les uns
après les autres, et avec eux. les piqueurs
et les valets de chiens.
Quand Suzanne apparut, elle alla droit au
duc et le regarda longuement Elle ne dit
pas une parole, elle devint seulement très
pâle, à la vue du costumé souillé et de la
cape fendue. Lui, il lui envoya un » adieux
regard. Elle avait donc peur, elle avait donc
tremblé pour lui.
Oui, elle avait eu peur ! Un peu plus, et
le duc gisait là, décousu, moit, et' tout
croulait, et cet échafaudage qu’elle cons
truisait avec sûreté et confiance s’effondrait
sans laisser de trace. Oui, elle avait eu
peur, si grand’peur, qu’elle, la femme forte,
se prit à trembler, à s agiter nerveusement,
et que deux grosses larmes frangèrent au
bord de ses longs cils.
M. de Trémeur les vit, ces deux larmes,
ces deux perles. Il porta la main à son
cœur, car elles lui firent plus d’effet, elles
lui remuèrent l'âme, plus que les coups de
boutoir du sanglier.
Penhoël aussi pleurait ; mais c’étaient de
vraies larmes celles là. Le vieux piqueur
ne pouvait se pardo nne r rie ne point s’être
trouvé là juste à point pour sauver son maî
tre.
Le duc fut obligé de le consoler. Il n’y
avait point de sa faute, la bêta avait fait un
hourvari qu’il était impossible de prévoir.
M. de Trémeur eut de bonnes paroles pour
son vieux serviteur, il en eut pour tout le
monde, du reste ; n‘était-il pas plus heu
reux jusqu’à ia folie par cette passion qui
l’absorbait tout entier ?
Mais cela ne consolait point Penhoël, qui
regardait Alcide Bouvreuil avec admiration
et envie.
Chacun complimentait le brave garçon.
Quant au capitaine ii était furieux ; son
duc avait failli être tué bêtement d’un coup
de défense, et un imbécile ayant à sa cein
tura un revolver l’avait sauvé.
Le duc donna bientôt ie signal du départ.
On voulut le faire monter dans ia petite
voiture d’Alcide. Mais Je vieux gentilhomme
ne voulut point en entendre parler. Il était
on ne peut mieux, tout â fait remis da la
secousse qu’il venait d’éprouver. Ne fallait-
il pas qu’il revint avec Suzanne, chevau
chant â côté d'elle, respirant la parfum eni
vrant qui s’échappait de cette diabolique
créature et la remerciant de l’émotion qu’elle
venait d’avoir ?
On laissa deux valets pou ” enterrer les
griffons morts, y compris celui fusillé par
Alcide, pour reconduire aussi ceux qui n’a
vaient été qu’endommagés. Ou recoupla la
meute ; le sanglier, étendu sur des bran
ches, fut porté à quatre, et la cavalcade
reprit le chemin du château, tandis que les
piqueurs, Penhoël en tête, sonnaient à pleins
poumons la retraite prise.
Naturellement le dîner réunit le soir même
les hôtes du château de Trémeur. Suzanne
s’assit à la droite du duc, et Alcide Bou
vreuil à sa gauche. Uu peu plus loin, le
comte de Prêmont, toujours taciturne. Ses
soupçons augmentèrent encore et ses sour
cils se froncèrent d’avantage quand il vît
Suzanne à la place d’honneur. (À suivre.},
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