Titre : Le Constitutionnel : journal du commerce, politique et littéraire
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1852-05-29
Contributeur : Véron, Louis (1798-1867). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32747578p
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 124053 Nombre total de vues : 124053
Description : 29 mai 1852 29 mai 1852
Description : 1852/05/29 (Numéro 150). 1852/05/29 (Numéro 150).
Description : Collection numérique : Grande collecte... Collection numérique : Grande collecte d'archives. Femmes au travail
Description : Collection numérique : La Grande Collecte Collection numérique : La Grande Collecte
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k669665z
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
NUMERO 150.
ITOHEAUX. i rtte çfe Fafdâ {(Palalç-Royal^ »: !$»
B
1852.-SAMEDI $9 MM.
.j , - • ■
' »BJ*DBI. , ABQHWÉB3ZKff
PAIUS.13 P. PAR TR1J1ESTRB.
DÉPARTE?,fENS. 16 F. —
JN NUMÉRO : 99 CENTIMES,
[tes zbanaemenf datent tiet 1«* et 16^
&» chaque mot*.
pour l3s pats étrinasus, es reporter
tableau qui sera publié dans le joiirnai,
es 10 et IS de chaque mois. . - ; : ;
^'adresser, j.vàooo, pour h rédaction, d M* C ocheval- C ubigny,
tas articles déposés ne 3^nt pag rendus}
iî*
' en chef, ■
JOTOAL POLITIQUE, LITTÉRAIRE, UNIVERSEL.
I On $'abonne, dans les dêpartemens, aux Messageries et aux Directions de poste.—A Londres, cftei MM. G owie et Tixs; J
j — A Strasbourg, ckex M. A usxssdvx , pour l'ARemagne/- . : j"
PARIS ? 28 MAÎé
Parmi les dispositions importantes du pro
jet de loi sur les douanes, qui vient d'être
envoyé au conseil d'Etat, nous avons cité
celle qui affranchit de tout droit d'importa
tion les matières premières employées dans
Jes constructions maritimes, et qui a pour
but de venir en aide à notre navigation.
Examinons là portée véritable de cette me
sure, en nous plaçant en dehors de toute
théorie préconçue, et en ne consultant que
les faits. C'est un examen d'autant plus
facile, que la question n'est pas nouvelle, et
que l'on en connaît tous les élémens. Eq efr
fet, la disposition que l'administration re
produit aujourd'hui faisait déjà partie du
projet de loi sur les douanes que le gou
vernement de Juillet avait présenté à la
chambre des députés en .4847, et dont
la révolution de février empêcha la dis
cussion. Elle doflha lieu, à cette époque,
à une enquête approfondie, dont tous les
détails ont été consignés dans un rapport
de M. Lanyer, et* à l'aide de laquelle les
esprits impartiaux pourront se former une
opinion. On verra, en la lisant avec atten
tion," les raisons sérieuses qui déterminè
rent la commission à proposer le rejet de la
mesure,qui so4rouv6 de~aô»veau misa.**-
l'ordre du jour.
, Cette mesure, on ne peut pas se le dissi-,
muler, est une dérogation au droit commun
en matière île douanes; elle porte atteinte à
l'unité de nos tarifs, et elle crée des excep
tions dans une législation qui doit être égale
pour tous. Ce n'est pas, sans doute, un motif;
suffisant pour la repousser ; mais c'en £St un
pour ne pas l'accorder à la légère ; car, en
établissant un précédentde cegenre, on risque
d'ouvrir la porte à une foule de prétentions
qui ne tendraient à rien moins qu'à boulever
ser tout notre système écônomique et com
mercial. Une semblable disposition ue peut
évidemment se justifier que pàr l'importance
manifeste de ses avantages dans l'intérêt
public. .
Il faut doncj pour apprécier sainement la
mesure proposée, se rendre compte d'abord
des dommages qu'elle peut causer à notre
industrie agricole et manufacturière, évaluer
ensuite les avantages que notre marine mar
chande doit en retirer, et enfin faire en quel
que sorte une balance de manière à.voir si
le préjudice porté à l'Une ne l'emporterait'
pas de beaucoup sur les bénéfices que l'on
procurerait à l'autre.
* On propose d'admettre tn franchise le fer
en barres, le cuivre et le zinc bruts ou lami
nés, le lin et le chanvre destinés à la fabri
cation des objets servant à la construction,
au gréement et à l'armement des nà vires. On
étend la même immunité aui tôlef et cor-,
nières (fers d'angle) employés à la construc
tion des navires en fer r De telle sorte que
les? branches de la production 1 particulière-
nient atteintes par la nouvelle mesure se
raient l'industrie du fer, le laminage du
cuivre et du zinc, la culture ch^nvxe..
L'industrie du fer, on le sait, n'est pas
ençQre sortie de la ' crise qui, l'a frappée à la
suite de? évéàeméns die 1348. Obligée de ré
duire sa production de ^moitié, ! el-le a conti-
nué à se traîner péniblement, tandis que les
autre? ip4^ tric ? reprenaient leur ^ctiyité
dès 1849. Les quatre dernières années ont été
pour elle des années de détresse. Or, c'est aù
moment raffermisse,ment âe la çonfiance,
en ranimant les constructions, lui permet
enfin d'entrevoir des'jours meilleurs, qu'on
vjent lui enlever une, pptie de? débouchés
dont elle était en possession. La branche de
notre industrie métallurgique à qui l'on de-
iflandi cë sacrifice est? précisément celte dont
la situation est la plus difficile et qui est la
plus menacée dans son ayenir,' c'est-à-dire
là .fabriaitiop 9.u bois.. '-Psn §é, en
outre, aux usines de l'intérieur, qui s'adon
nent à la confection des«oiyéts destinés à la
marine, et notamment "à celle des chaînes-
câbles? Elles ne pourront supporter les frais
du double transport du port à la fabrique
sur la matière première, et de la fabriqua
au port sur la chaîne confectionnée. Il leur
faudra par conséquent renoncer à la lutte
contre les usines nouvelles qui s'établiront
sur le littoral. Quant aux beaux établisse-
mens qui ont monté des laminoirs pour fa
briquer les tôles et les cornières sur une
grande échelle, la clientèle des ports leur
échappera pour passer à des établissemens
situés hors du territoire. Du même coup,
on aura appauvri notre fabrication et donné
une impulsion nouvelle à la fabrication
étrangère. Vienne ensuite la guerre, nos ad
versaires seront richement pourvus,et nous,
nous risquerons de n'avoir ni outillage, ni
ouvriers préparés, et de manquer des élé
mens nécessaires à la défense du pays.
Le coup que l'on portera à notre laminage
du zinc et dii cuivfe ne sera pas moins fu
neste. Nous ne produisons pas de zinc, et
pour ainsi dire pas de cuivre. Toute notre
industrie consiste à mettre on œuvre et à fa
çonner ces métaux que nous tirons de l'ex
térieur à l'état brut. Du jour où nous ad
mettrons en franchise le zinc et le cuivre la
minés pour les constructions maritimes,
l'étranger les fournira, comme" il est fa
cile de s'en assurer par les prix cou
rons. La consommation de nos ports en cui
vre pour la construction des navires mar
chands, peut être évaluée à près du tiers
de la production de toutes nos usines. Ainsi
on enlèvera à cette industrie près du tiers
du travail qui l'occupe aujourd'hui. Ce
qu'il y a de plus curieux, c'est que la marine
souffrira elle-même de la prétendue faveur
qu'on lui accordera ; elle perdra, en effet, le
transport des cuivres bruts du Pérou, du
Chili, etc., quialimententnoirenavigation de
long cours, et qui lui procurent un fret beau
coup plus avantageux pour elle que ne peut
l'être l'économie obtenue sur le prix des cui
vres laminés.
Mais la production nationale, sur laquelle
la mesure proposée exercera l'influence la
plus fatale, est la culture du lin f t surtout
celle du chanvre. L'iœporlation.du liq étran?
gér a déjà pris une extension considérable
depuis quelques aimées ;elle excite lesréela-
mations de notre agriculture. Or, on va l'ac
croître eri liii demandant en partie l'approvi
sionnement de la marine marchande, ta si
tuation que l'on fera.àla culture du chanvrp
sera pire encore. La production générale du
chanvre en France peut être évaluée à 1 (^mil
lions de kil., sur lesquels 40 millions, en de-
liorsdes consommations locales ët particuliè
res, entrât dais le cpmmerçe et sèrvent à la
fabrication desdoiles.et cordages dont les ar
mement maritimes forment le principal dé
bouché. Ces 40 millions £ont fournis par nos
provinces de l'ouest, et notamment par le
dépar tement de Maine-et-Loire, qui en livre à
lui seul pour 8 millions. Voilà donc une con
trée entière menacée dans une d,e ses pro,duc-
tionsles plus importantes, et dans une produc
tion qu'il lui sera impossible de recoplacÊr,
puisquele chanvrs est la seule-ressource de la
vallée (Je la Loire, après les inondations trop
fréquentes ,qui viennent détruire les Récoltes
de céréalesen mai et en juin. Avecla-culture du
cibanvre disparaîtra le travaillocal de sa mise
enieuyre. En ejOfgt, une bonne pai-,tie,cles
toiles à v.oiie est le produit de la fabrication
rurale' 1 de la Bretagne ; elle ,est faite par des
ouvriers qui sèment leur chanvre "ou leur
lin, qui IejécoItent,ie filent et le tissent; leur
industrie succombera .dès que l'affranchisse
ment des chanvres étrangers favorisera les
grands établissemens qui se 'formeront dans
les' ports. Ce sont de nouvelles misères qui
viendront assaillir ce malheureux pays déjà
si rudement éprouvé par la découverte dé la
filature mécanique du lin.
.Nons venons_de montrer les conséquences
que la disposition projetée peut entraî
ner pour plusieurs .de nos branches de pro
duction les plus importantes, pour l'in
dustrie du fer, pour le laminage du zine et
du cuivre, pour la culture du chanvre et
du lin. Mais du moins, à ce prix donnera-
t-on un secours réellement efficace à notre
marine marchande, lui rendra-t-on la vie et
l'activité? Pour peu qu'on .veuille aller au
fond des choses, on reconnaîtra bien vite que
les*mesures proposées ne procureraient" à
notre marine que des avantages tout-à-fait
insignifians et hors de toute proportion avec
le préjudice causé à notre industrie agricole
et manufacturière.
L'administration a produit, dans les docu-
mens à l'appui du projet de loi des doua
nes de 1847, un état détaillé d'après lequel
le dégrèvement accordé aux constructions
maritimes par la libre introduction des fers,
des cuivres et zincs laminés,- des lins et des
chanvres, s'élèverait à 17 francs 30 cen
time par tonneau. Elle estimait les construc
tions annuelles de la France à 40,000 ton
neaux, et en concluait qu'elles obtiendraient
une réduction de charges de 692,000 fr. par
an. Telle était l'économie dont elle préten
dait faire jouir notre marine marchande en
affranchissant les matièrçs premières. Ce se-.
; rait, comme on voit, un résultat assez mi
nime; Mais il y a encore beaucoup à en ra
battre, et l'économie ne serait pas même
moitié du chiffre annoncé.
Les calculs de l'administration sont basés
sur deux erreurs. La première consiste à
supposer que la marine, en recevant les
matières premières en franchise, bénéficiera
d'une somme égale au chiffre du droit.
Il est bien évident que l'économie ne sera
représentée que par la différence du prix de
vente des matières françaises et étrangères. Le
fer français, bien que lè droit soit de 20 fr. 50
pour 100 Ml., coûte seulement 10 fr. de plus
que lè fer anglais en entrepôt, et le cuivre
laminé, malgré le droit de 55 fr., coûte seu
lement 20 fr. de plus en France qu'en An
gleterre. Si l'on rectifie les calculs de l'admi
nistration d'après ces données incontesta
bles, on trouve que le bénéfice de la marine
ne sera guère que de 10 fr. par tonneau, au
lieu de 17 ft\ 30 c. Mais ce. n'est pas tout.
L'administration a commis une autre erreur
en étendant cette économie à nos 40,000 ton-
qeaux de constructions annuelles. Les. quan
tités de matières indiquées par elle s'appli
quent àun navire de 300 tonneaux .Or, un bâti
ment employé au cabotage ne se construit pas
de la même manière qu'un bâtiment destiné au
•long cours. Les navires de moins de 200 ton
neaux ne sont pas-doublés en cuivre et em
ploient proportionnellement beaucoup moins
de fer; de telle sorte que, si l'économie doit
être de 10 fr. par tonneau pour un navire de
200 tonneauy'et au-dessus, ellç sera.tout au
plus de 7 fr. pour les navires de tonnage infé
rieur. Maintenant, çomme,,sur nos 40,000
tonneaux de .constructions annuelles, le tiers
au plus consiste eaâ "bàtimens de plus de 200
tonnçaux, il s'ensuit qu'en appliquant l'éco
nomie dé 10 fr. au premier tiers, et de 7 fr.
aux deux tiers xestans , pn verra l'économie
totale se réduire de 692,000 fr. à 310,000 fr.
seulement. Ainsi donc, c'est ipoûr pro
curer à notre marine un avantage de
310,000 fr. par année que l'on 's'expose
à détruire l'unitéde nos tarifs et à* porter
la per turbation dans des industries aussi né- ,
cessaires à la prospérité" qu'à la défense du
territoire national,.
Essayons, car c'est là le point .essentiel,
d'évaluer la réduction que cette économie
dans'les frais de construction pourrait opé
rer sur le prix du fret. Supposons un navire
de 300 tonneaux employé à la navigation ide
Bourbon et de iïnde. ■ L'économie sur la
construction, à 10 fr. par tonneau, sera de
3,000 fr. Ce navire fera, en douze années,
douze voyages complets, au bout desquels
il sera revendu au tiefs de sa valeur
pour la pêche-de Terre-Neuve ou poutf
telgrand cabotage. En partant de ces don
nées, on. trouvera que l'économie sur la
construction correspond à une réduction
d'environ! fr. par tenne sur le prix du fret;
Le fret pour Bourbon est de 140 fr. la ton
ne. Par conséquent, tout ce que gagnerait
notre navigation de long cours, ce serait de
pouvoir faire payer 139 fr. ce qu'elle fait
payer aujourd'hui 140 fr.
Il serait inutile d'insister davantage. Ces
chiffres parlent d'eux-mêmes et tranchent la
question. Le résultat des.mesures proposées
pour notre marine sera complètement pull Ce
n'est pas en réduisant de 3,000 fr. la dépense
de construction d'un bâtiment de long cours
que l'on ranimera la navigation. La chambre
de commerce de Nantes reconnaissait, dans
un mémoire récent, que les frais de cons
truction, d'armement et d'exploitation des
navires n'étaient pas plus élevés en France
qu'en Angleterre et aux Etats-Unis. On fait
fausse route en allant chercher le mal où il
n'est pas. j. burat. 7
On lit dans le Journal des Débats :
« Plusieurs journaux de Paris publient, sur la
foi des correspondances des journaux belges, dès dé
tails sur de prétendues conférences qui auraient eu
_ lieu récemmènt entre les principaux partisans de ce
qu'ils appellent la fusiop, et sur un voyage projeté
Slir les bords du Rhin par les princes de la maison
d'Orléans ; ils ajoutent même que diverses person
nes notables de Paris auraient reçu des lettres de
Mme la duchesse d'Orléans qui y tiendrait presque
sur le serment des fonctionnaires électifs, }e même
langage que M. le comte de Cfeambord dans son
dernier manifeste. -
' » Nous croyons savoir que tous ces nouvelles
n'ont aucune espèce de fondement et qu'aucun
changement récent n'a eu lieu ni dans les actes,
ni dans le langage, ni dans la position respective
des membres des deux branches de la famille des
Bourbons.
» On a fait jouer aussi dans ces correspondan
ces, au général Changarnier, un rôle tout-à-fait
contraire à son carâ£_t£r£ & àja résolution qu'il a
prise de rester, dans son exil, complètement étran
ger à des démarches et à des combinaisons aux
quelles ses adversaires politiques- cherchent à le
mêler à tout prix. L'illustre général n'avait pas
besoin d'être détourné par ses amis, comme le dit
la presse belge, -de se rendre à Fro'shdorf, caï il
n'en a jamais eu J'inteation. Armandlieriin. »
Nos propres informations concordent,
complètement avec les déclarations du Jour
nal des Débats.
Le' secrétaire de la rédaction, l. boniface.
On lisait hier dans l'Ami de la Religion .*
« On assure que le projet de loi sur l'enseigne
ment rencontre des obstacles considérables. Nous
croyons pouvoir dife que plusieurs de NN. Sg. Jes
évêquea, et notamment S. Em. le'cardinal Gousset,
archevêque de Jteims, ont adressé des observations
graves au gouvernement,-et que le "sentiment gé
néral de l'épiscopat et des catholiques eçt que ce
projet ne procurerait pas lè bien qu'en attendent
ses auteurs et qu'il pourrait compromettre les boiis
rapports qui existent entre l'Eglise et l'Etat. —
(Charles de Riajicey.) » ' " '
.. li est aujourd'hui certain que, par suite
de l'opposition qu'il a rencontrée de diver
ses parts, le projet de loi sur l'instruction pu
blique ne sera pas présenté au Corps Légis
latif dansjsa session actuelle, et que la ques
tion est rnnsi renvoyée à l'année prochaine.
* •' " ' ' L. B0N1FACÉ.
Voici le texte du projet de loi portant au
torisation d'interdire 'administrativement à
certains individus le séjour du département
de la Seine et de l'agglomération lyonnaise,
présenté au Corps Législatif le 26 mai :
Art. 1 er . Le séjour du département de la Seine
et celui des communes formant l'agglomération
lyonnaise, désignées dans l'article 3 de la Ici du
19 juin 1851, peuvent être interdits admiriistrati-
vement pendant un délai'déterminé : "
1® A ceux qui ont subi une condamnation à
l'emprisonnement pour rébellion, mendicité, va
gabondage etcoalition; t
2° A' Ceux qui, n'étant pas domiciliés dans ce
département ou dans c«tte agglomération, ne jus
tifient pas y avoir des moyens d'existence. -
■S'adrmec, -franco; pou? ÇaimintitratfM, '4 'ïL D knain, directeur.
Lss annonces sont regues au bureau du journal;'et chez M. PX.NIS, régisseur, io, place de ia Boursa
— - =f
-' v^ft, 2;. L'arrêté d'interdiction est pris parle
préfet de -police ou pàr le préfet duijjRhône, et ap
prouvé par le ministre de la police générale.
" Il-est-potifié à"l'individu qu'il concerne, aveç
sommation d'y obtempérer dans un délai déter
miné.
. Art. .3. Toute contraventi^fi à un arrêté d'inter
diction sera punie d'en emprisonnement de huit
jours à un mois.
Le tribunal pourra, en outre, placer les con
damnés sous h surveillance! de la haute police
pendant ua an au moins et cinq ans au plus.
En cas de récidive, la peine sera de six mois à
deux ans d'emprisonnement, et le condamné sera
placé sous la surveillance de la haute police pen
dant un an au moins et cinq ans au plus:
Nous trouvons dans un supplément ex
traordinaire du journal d'Athènes le Siècle,
en date du 17 mai 1852, la traduction du fir-
man de la Sublime-Porte qui donne une so
lution à la question des saints lieux :
HAÎ/X-HATTI-HOPMAYPW,
Publié vers la fin dumoisRevel-Ahir, de l'an 1268
de l'égirc (1832) ^ Concernant la solution de la
question des saints sépulcres en litige entre les
orthodoxes et les catholiques.
AUTOGRAPHE IMPÉRIAL.
■Ceci est mon haut royal décret, qui contient les
résolutions sur la question des saints sépulcres de
Jérusalem, qui était en litige jusqu'à présent, et la
(In définitive et vraie-de l'examen le plus rigoureux
de toutes }es pièces (senetis) aticiepneg ^contradic
toires, qui sont dans la possession de mes sujets
grecs et latins, décret qui en même temps confir
me toutes les Jiauteç ordonnances accordées aux
Grecs de la parade mes glpfjeux aïeux, et surtout
de mon illustré père, et qui antérieurèmènt ont
été sanctionnées 'et T renouvelées ' par' moi-même,-
Que ce décret ainsi fait toit inattaquable ët supé
rieur, à l'avenir, à tout autre acte contraire.
HAUTE ORDONNANCE (FreMAN),
Adressée au gouverneur de là ville dé Jérusalem,
' très liaut Hafiz-Pacha, et au très glorièux cadi
de la même villé, ainsi qu'aux membres du mez-
lisié, institué dans"cette ville.
Attendu que les différends qui sont survenus à
plusieurs époques entre la nation grecque èt les
Latins au sujet de quelques sanctuaires, situés
dans l'intérieur comme à l'extérieur de Jérusa
lem, se sont epeore renouvelés dans ces derniers
temps; pour que cette question soit définitive
ment réglée, après un examen, fait d'accord avec
les deux partie?, .une commission a été instituée
et formée, composée de plusieurs ! ministre s les
plus importans, des plus, illustres kadjiaskeris et
quelques autres personnes.' 1 - • : '
- L'objetde l'examen de cette commission ainsi que
«les conseils ministériels qui se sont tenus ensuite,
était la question des lieux en litige entre ces deux
seetes religieuses, et qui sont la grande coupole
de l'église de la R'ésurrecjiqn, la petite coupole
qui se trouve dans l'intérieur de cette église^ et
qui couvre le lieu où est situé le-tombeau de Jésus-
Christ/là'descente de Ja croix, lé'Golgotha, situé
dans l'intérieur du même temple, les' arcades de
la Sainte-Vierge, la grande église du village _de
Bethléem et' la caverne de la naissance de Jésus-
Ghrist, -qui est située sous la même église, le vrai
lieu de la naissance et le tombeau de la Sainté-
Vierge.
Dè tous ces lieux, la grande coupole précitée,
comme elle appartient au temple tout entier, les
réclamations exclusives des Latins, tant pour cette
coupole que pour la petite coupole, la descente de
la croix, - le Golgotha, les arcades de la Sainte-
Vierge, la grande église de Beihléem et le'lieu de la
naissance, ne sont pas justes; c'est pourquoi il a été
résolu que tous ces lieux précités resteront dans
leur état actuel. Mais comme une clé des portes
du nord et du midi de cette grande église, et des
portes de la'caverne susdite, a été donnée anté
rieurement aux Grees, ainsi qu'aux Latins et aux
Arméniens, et' q^e cette concession a été confir
mée par un haut firman publié : en-l'an 1160 de
f , égire'-(l'744) et'remis abx Grecs, qu'ils se con
tentent dCtuelleipent de cette concession: '
Pour ce qui concerne les deux jardins situés au
près du cotivent franciscain de Bethléem, et ré
clamés aussi par les Latins, puisque d'après les
anciens et nouveaux édits (sénetis), ils étaient sous
la surveillance des deux parties, qu'ils restent de
nouveau dans le même'état. • L " • '
Les'réclamatioris exclusives de la part des' La
tins relativement au tombeau de la'Sainte-Vierge,
fondées sur quelques édits qui se trouvent entre
leurs main*, ne sont pas également justes ; mais,
ru que jusqu'à présent les .Grees, les Arméniens,
les Syriens et les Coptes exerçaient leurs cérémo
nies-religieuses dans le saint tombeau sus-men-
tiojiné, et considérant que le culte religieux dans
l'intérieur de ce lieu, par suite de l'exercice de tant
de rites dans le même lieu, n'appartierit pas exclu
sivement^ une seule de ces croyances chrétiennes,
et qu'il est connu qu'en vertu des anciennes con
cessions, les chrétiens catholiques y font aussi
leurs (Cérémonies religieuses, , en conséquehce, et
sous la -condition qu r il me sera fait le moindre
changement à l'admiaistration et à l'état actuel du
tombeau en question, la confirmation de cette con
cession aux pathétiques est déclarée comme juste.
Les droits accordés aux Grecs, iujets de mon
puissant empire, et; confirmés par moi en vcrtii
des décrets impériaux, revêtus de la!forme sacrée
Jtles hattis impériaux, ;et dont le maintien et la
conservation sont iiif des objets. tout particuliers
de ma sollicitude royale, ayant été approuvés son
leunellement par moi, il n'est permis à personne
d'entreprendre un acte quelconque contraire à la
présente'décision.
Pour ce qui concerne le temple del' Ascension* si
tué dansle jardin des oliviers à Jérusalem, puisque
jusqu'à présent les Latins j exercent leurs servi
ces religieux une fois par an, c'est à dire le joih' de
la fête de l'Ascension de Jésus-Christ, et que les
Grecs exercent leurs cérémonies religieuses hors
du temple,- et que dans ce lieu même il existe une
mosquée turque, ce temple susmentionné n'ap
partient particulièrement et exclusivement à aucun
des rites chrétiens susdits. Or, considérant dans
ma royale justice, qu'il est inconvenable que les
Grecs, sujets de mon puissant empire, ne puissent
pratiquer leur culte religieux dans,le temple mê
me, il a été décidé que, dorénavant, les Grecs
également comme les Latins, ne trouvent pas
^d-obstacles pour prier et accomplir leurs cérémo
nies religieuses dans l'intérieur de ce temple, pen
dant les jours religieuxindiqués,sous la condition
que l'ordre et l'état actuel de ce temple ne soient
nullement changés, et que la porte de ce temple
soit gardée, comme auparavant^ par un portier
musulman. >-i ■ :
Pour que mention soit faite de cet ordre de cho
ses dans le haut firman, émané au milieu du'mois
de seval de l'Egire 1254 et dans le royal Iradé
(ordre) écrit à ce sujet, nous avons rendu une or
donnance impériale,. conformément à laquelle le
présent décret royal a été publié par notre divan
impérial, revêtu d'un haut Hatti-Houmayun, qu
a été remis aux Grecs.
> Vous, prenant connaissance de cet acte, vous
devez mettre tous vos efforts et tous vos soins
pour qu'aucune violation ne soit point faite des
décisions sus-mentionriées, . non-seulement de la
part des Grecs, des Arméniens, des Syriens et des
Coptes, mais aussi de la part des Latins. -
Nous avons parlé de l'assemblée populaire
qui devait se' tenir' le 24 de ce mois à Po-
sieux, dans le cîjiton de Fribourg, et des
obstacles qu'y opposait le gouvernement
cantonal. ~
Le peuple fribourgeois ne s'est pas laissé-
arrêter par les obstacles ; il a"voulu tenter
un effort suprême pour sortir d'une position
intolérable. En vain le gouvernement fri
bourgeois avait-il tout mis en œuvre pour
provoquer une collision : arrestation des
membres du comité qui a organisé l'assem
blée, déploiement de forces considérables
qui stationnaient dans la ville de Fribourg
avec les canons, mèche allumée ; rien n'a ar
rêté l'ipimense majorité de la population.
Sur 22,000 citoyens actifs, 16,000 se sont
rendus à Posieux , et, malgré cette' allluencé
de population, ôn n'a eu aucun désordre à
déplorer.
Une pétition à l'assemblée fédérale, pour
qu'elle permette au peuple fribourgeois de
réviser la constitution qui lui a été imposée,
a été accueillie par acclamation, à l'unani-
ipité. On espère que l'assemblée fédérale sera
plus traitable que la première fois et qu'elle
fera droit à des vœux légitimes.
Le conseil fédéral .avait délégué à Fribourg
deux représentai pour veiller au maintien
de l'ordre public. Ils pourront lui rendre
compte de ce qu'ils ont vu, et déclarer avec
toute certitude que la cause de la démagogie
est perdue dans ce canton. L. B oniface.
Les journaux radicaux de Fribourg que
nous recevons à l'instant, cherchent à tour
ner en ridicule l'assemblée de Posieux; mais
il n'est pas difficile de voir que le calme et lu
décision.que le peuple de Fribourg a mon
trés dans cette circonstance leuç causent plus
d'alarme qu'ils n!èn voudraient laisser pa
raître.: Le Nouvelliste vaudois, après avoir re
produit un récir ironique du Narrateur de
Fribourg, ajoute :
« Ce compte-rendu nous paraît bien insuffisant
On ne doit pas traiter aussi légèrement une-nom
breuse assemblée; ce. n'est pas un moyen de réta-
bjirdes affaires dérangées. »
! La Gazette de Fribourg, organç des hom
mes de Rassemblée, raconte simplemept les
faits. Nous reproduisons son récit : ■
« 0» airait espéré que MM. les commissaires fé
déraux honoreraient l'assemblée de leur présence,
et leur arrivée était annoncée pour midi ; mais
cgt espoir fut deçà f comme aussi celui dë la mise
en liberté de M «Charles et des autres prisonniers.
' » L'assemblée est ouverte par M. Alfred Von'dèr
Weid vers midi et demi. M. le préfet Thorin, ac
compagné de M. Blanc, ancien préfet, y assiste
FEUHiETOS DU CONSTITUTIONNEL, 29 MAI.
i wij mule mm
AU-DESSUS DE IA MER.
PIDESHKISR VOXOME. -
,. trjytE, S^DpCT^ON.....' , 5 ' J, a
• ■- - (Swiê).
« ; Que s'est-il donc passé hier optire Vo-
»' ;txé ^liesse ,et la sjguora Olympia? deman-,
»r da Çajéottoau prince, dès qu'il put iui.par-
» 1er "sans térrioins. Commeje repassais ce m'a-
» tin par la rue Saint-Isidore, j'^i trouvé la
» porte : çlose et la maison vide! l 'a voisin ;
» m'a dit que la sigçora Olympia était par-,
». tie à la^pointedu jour ayee sa rarûériàte,
» pour ne plus retenir et sçins dire oyi-eile.s
» allaient..»
. Rydolphe fut .écrasé par ce .coup .de mas
sue, et tomba anéanti sur'son-siége. Il se
prit la tête dansées deux xnains pour cacher
sïs larmes, et il lui fut impossible au pre
mier moment d'articuler .une parole.
" — «Allons, Altessç, reprit .Galéotto, il Jje
a faut pas se laisser ainsi abattre 4^ J&prer.
».,mier coup. — b £Ilc se cache, ellç me luit au mo- i
» ment même où .jç lui sacrifie .ma mère et;
» reste à Rome, poûf elle^ .poui r.\\n seule !
— Rien u'est désespéra : je rnnnais les.
» femipes, el,les fuient'pour qu'on les cher-
» che, étse cachent pour qu'ou ïes trouye.
» Elles ressemblent toute?,à la Galatée de
» notre Virgilius Maro qui s'échappe à tra-
» vers les saules, sea cùpit antè videri.
— ^ Olympia n'est f as une femme com-
» me les autres. Je la connais bien mainte-
» liant et je.la comprends; elle me luit par
» orgueil, par honneur^ si elle a pris la ré-
» solution de jse soustraire à mes iyeuix, elle
» la tiendraet je ne la verrai plus;" » ' '
• iPeu s'en fallut que Rodolphe n'éclatât en
sanglots jen prononçant «es paroles désolées. ■
La présence d'un étranger put .seule le con
tenir un .peu; mais il : ctait^ au désespoir.
— Eli quoi ! se disait-il, n'ai-je entrevu
l!Edea que pour en être à jamais; exilé, pour
le regretter, toujours ?—GaléoUo finit cepen
dant par lui remonter le .'moral, moins, il est .
vrai, par ses comparaisons et sés citations la-,
tines qu'enlui -promettant- de faire chercher
Olympia dans tous les coins de Rome.
v Puisque nous l'avons trouvée une
» première fois, disait-il, d cet argument
» était de snature à faire impression sur le
» jeune amoureux, nous Ja trouverons bien-
» une seconde,. dussé^je mettre en ,cam-
» pagne tous les «spions de la police et le
» gouverneur de Rome en personne.' Qui
» sait, d'ailleurs,. sislle me sera pas la pre-
» ,mîère à donner de ses nouvelles .à Votre
» y Altesse? Avec les femmes, il ne faut jurer.
» de rien. » ' «
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce fut là
pour lui un excellent pa'étexte pour extor-i
quer au prince l'argent soi-disant nécessaire ;
à des recherches dont il fallai t naturellement >
payer les agens. Nouveaux emprunts, nou
velles lettres de change et nouvelles visites ■
de .fialéotto aux usuriers du Ghetto. Une fois
lancé dans cette voie ruineuse, on ne s'ar-<;
rête plus. Mais Ia question d'argent, qui était
la première pour- Galéotto, était fort ; secon- <
daire pour Je prince et presque indifférante
à .ses yeux: il. serait assez riche plus tard
pour payer les .folies de sa jeunesse.
En quittant le pauvre jeune homme qu'il,
torturait à plaisir, Galeotto s'en alla fort
tranquillement dîner à la Trattoria de Lépri,
yia dei Gondot-ti - f .après ijuoi il vint faire sa
digestion au café Ruspoli, situé en face de
cette rue, au milieu du Corso. A peine était-
il attablé.devant sa tasse de café, qu'un nain
connu de tout Rome 1 pour être attaché au
service du dit café, s'approcha de lui sur un
signe.
■-u a. Me voici; signer GaléoUo, me voici !
» Qu'y a-t-il d .. — » Approche-toi, Davoque, et parle bas.
» Il n'est pas nécessaire que tout le café nous
» entende.' •
— » Ho capito, Signor I »
Le nain vint se.placer entre les genoux de-
l'antiquaire; et comme sa grosse vilaine tête
les dépassait à peine, car il n'avait que deux
pieds de haut, Galéotlo se pencha sur lui et
lui parla bas quelque temps à -l'oreille.
— » Signor, ho capito! répéta B-iyoque.
» .Votre Excellence sera contente.' Qui paie
» bien, mérite d'être bien servi ; et je sais
» que vous ne lésinez pas. Il y a toujours à
» gagner avec vous; vous êtes une de mes
» meilleures pratiques. ' :
— » Tiens, -v«!ci d'abord un seudo pour
» t'ouvrir les yei'K, et-un autre pour te fer-"
» .mer la-bouche. Ce qui veut dire, en bon
» italien : clairvoyance et discrétion.
— » Jamais le son de l'italien ne m'a paru
» si doux, répondit le nain, en faisant réson-
» ner les deux écus tians sa main. En par--
» lant cette langue à Bayoque, on obtient de
» Bayoque tout ce qu'on veut. Si j'ai les jam-
» bes courtes, j'ai la vuelongue,etj'aurai polir
» -vous plaire là langue comme les jambes,
— s» .Va bentl. tu recevras de moi ted ins-
» ïtructions jour par-jour. -N'oublie pas-sur--
n.itout que.lu es censé, quoi qu'il arrive et
» n'importe où que ce soit, ne pas me -con-
» naître, ne m'avoir jamais vu.
— » Oh ! quant à cela, signor GaléoUo,
b vous me faites injure •: ce qufl vous me re-
d commandez là est l'A, B, C, du métier, et
» Bayoque n'est pas né dihier. »
Rodolphe fut si abattu, si découragé pen
dant les premiers jours; qu'il fermait obsti
nément l'oreilleà tous les motifs d'espérance
que Galéotto lui énumérait complaisamment.
S'il n'avait pu consentir à perdre Olympia
alors qu'elle n'était epeorepour lui qu'unrê-
ve, comment s'y serait-il résigné maintenant
qu'elle était une: réalité? Quoi ! il se savait
aimé-d'ellè; il l'avaîtrserrée dans ses bras;
leurs mains, leurs 'lèvres s'étaient pressées; *
et c'est le lendemain d'un si grand bonheur,"
la veille d'unplus grand peut-être, c'est après
aveir reçu de si doux gages, qu'il faudrait ia
perdre!... Il se refusait à croire à une telle
ironie du destin. Jugeant Olympia par iui-
.même, il se disait qu'après tout elle l'aimait
et ne pourrait, par conséquent, pas plus vi
vre loin de lui qu'il ne pouvait, lui, vivre loin
d'elle. Sa dignité l'avait fait fuir, 'l'amour'la
ramènerait. Mais l'amour ne la ramenait pas,-'
et les jours se passaient dans le vide et dans '
les larmes. Poursuivi • d'enivrans souvenirs,-
le cœur plein d'une divine image, il était '
plus que jamais sous l'empire absolu d'une ;
idée ! fixe, et ne se posait plus qu'uûe/alter- '
native ; la retrouver ou mourir. •
Un soir qu'il se promenait sur la place du
Peuple avec spu gouverneur étGaléotto, un-nain passa et repassa plusieurs'
fois près de lui avec'l'intention manifeste"
d'attirer son attention. Sa petite taille àuMt 7
suffi pour le faire remarquer. Galéotto dit à
Rodolphe en se penchant à son oreille :
« J'ai un pressentiment. Il est visible 1
» que ce nain a quelque chose à dire à Votre
» Altesse. Je vais éloigner utf instant M. vo-
» ire gouverneur. Profitez-en. » •'
A-peine le gouverneur eut-il le dos tour
né,, que Bayoque--vous avez déjà deviné
que c'était lui '^ s'approcha de Rodolphe et
lui glissa un billet dans la main. En le tou-
■ chant seulement, son cœur lui dit qu'il était-
d'Olympia." - ' ■
— « Qui te l'a remis? demanda-t-il au
» messager mystérieux. '
— »Uoe femme?
— » OÙ? ■■ - ■ ■ ■-:
— » Dans la rue.
— » Mate cette femme, où demeure-t-elle ?
— » Elle ne m'a point donné d'adresse, et
» il n'y a pas de réponse. »' ' ' j * - ■
Au portrait 'qu'en fit le nain, Rodolphe
reconnut Sounta. 1 • "
: Le billet d'Olympia était ainsi conçu-:
. « Je vous fuis parce que je vous aim». J'ai'
»» me réveillant, j'ai compris que je ne pou-
» vais être à vous. Né cherehez pas à me
» voir, vous ne me trouveriez point. Pardon-
» ne-moi, Rodolphe, de te faire souffrir ; je
» souffre plus que toi. Adieu-! adieu ! Oublie
« pour jamais la pauvre O lvmpia. »
Le prince fut soulagé d'un poids én#rme;
sa plus glande-crainte avait été qu'Olympia
n'eut quitté Rome; elle y était testée ; il était
donc impossible qu'on ne découvrît pas sa
retraite. L'espérance rentra dans son cœur.
— « Altesse, lui dit Galéotto, j'ai été pro-
» phète. Je vous ai prédit qu'elle serait la
» première à vous donner de ses nouvelles,
» et elle l'a fait comme je l'aï dit. »
Cette observntion vulgaire déplut à Rodol
phe comme une offense à Olympia, et un
manque de respect à lui-même. Son cœur
jeune avait -toutes les délicatesses, toutes les
pudeurs de l'amour. Il ne répondit rien à
Galéotto, et l'évita tout le reste du jour; il
évita tout le monde, pour relire, pour baiser
mille fois ce billet chéri.
La scène de la place du Peuple se renou
vela quelques jours après place Colonne ; le
nain lui remit un second billet, puis un troi
sième encore à la sortie du théâtre Argen-
tina. Tous les deux n'étaient que la répéti
tion du premier. L'amour fait-il autre cho
se que de chanter le même air sur toutes les
gammes ? Mais les expressions en étaient de
plus en plustendres, et l'idée qui revenait tou-
: jours, o'est qu'elle ne le fuyait que. parce
qu'elle iiè pouvâitêtre à'lui.
— a Franchement, luiditun jour Galéotto,'
» la sigûora Olympia n'a pas* si toi t. A sa
! » place, tout le monde agirait comme elle. Sa-
» position vis-à-vis de Votre Altesse est tout-
» a-fàit fausse ; elle est de trop bonne mai-
;» son poûrêlre votre maîtresse, et vous êtes
» placé trop haut dans 1$ hiérarchie sociale
» pour on faire votre femme.
t -' b Je le voudrais que je ne le pourrais-
» même pas, puisqu'il vous a été jusqu'à
» présent, impossible de la découvrir. Ga-
# léoito, ajouta-t-il d'une voix profondé-
» ment triste, je vois' bien, malgré tout
?» ce que vous pouvez me dire, qu'elle est' '
» perdue pour moi, perdue pour toujours.
» Je n'y survivrai pas. Oh ! ce n'est pas: ce
» qui m'effraie : j'aime mieux mourir que
» de vivre plus long-temps ainsi. Je.ne vis
» encore, si du moins c'est là-vivre, que
» parce qu'il me reste malgré tout au fond
» du cœur un dernier rayon d'espérance; le
« jour où il s'éteindra... »
Il n'acheva pas sa phrase, mais son air
sombre en disait plus que toutes ses paroles.
Il roulait évidemment dans son esprit ua
projet sinistre!. s »
• -— « J'étais'loin de croire que Votre Altesse
» prit la chose si tragiquement, et je n'ai pas
» ae conseil à lui donner, mais enfin de deux
» maux il faut choisir le moindre, et puis-
» que vous en. êtes là, folie pour folie, mieux
» vaudrait le mariage que la mort. t
— » Eh! qui vous dit, Galéotto, que je .n'y
» aie pas déjà soBgé? On crierait à la mésal-
» -liance. Qqe m'importe 1 II n'y a pas demé-*
» salliance.avec une femme comme .Olympia.
» Sa beauté et la noblesse de ses sentimens
» l'élèvent à la hauteur de tout ce qu'il y g
» de plus grand. Et fût-ce d'ailleurs ùn^
» mésalliance, serais-je le premier prince
» qui se fût marié .pour lui-même, en de-
» hors des' froids calculs de la politique?
a .Faut-il, parce que je suis né prince, ,qu&
ITOHEAUX. i rtte çfe Fafdâ {(Palalç-Royal^ »: !$»
B
1852.-SAMEDI $9 MM.
.j , - • ■
' »BJ*DBI. , ABQHWÉB3ZKff
PAIUS.13 P. PAR TR1J1ESTRB.
DÉPARTE?,fENS. 16 F. —
JN NUMÉRO : 99 CENTIMES,
[tes zbanaemenf datent tiet 1«* et 16^
&» chaque mot*.
pour l3s pats étrinasus, es reporter
tableau qui sera publié dans le joiirnai,
es 10 et IS de chaque mois. . - ; : ;
^'adresser, j.vàooo, pour h rédaction, d M* C ocheval- C ubigny,
tas articles déposés ne 3^nt pag rendus}
iî*
' en chef, ■
JOTOAL POLITIQUE, LITTÉRAIRE, UNIVERSEL.
I On $'abonne, dans les dêpartemens, aux Messageries et aux Directions de poste.—A Londres, cftei MM. G owie et Tixs; J
j — A Strasbourg, ckex M. A usxssdvx , pour l'ARemagne/- . : j"
PARIS ? 28 MAÎé
Parmi les dispositions importantes du pro
jet de loi sur les douanes, qui vient d'être
envoyé au conseil d'Etat, nous avons cité
celle qui affranchit de tout droit d'importa
tion les matières premières employées dans
Jes constructions maritimes, et qui a pour
but de venir en aide à notre navigation.
Examinons là portée véritable de cette me
sure, en nous plaçant en dehors de toute
théorie préconçue, et en ne consultant que
les faits. C'est un examen d'autant plus
facile, que la question n'est pas nouvelle, et
que l'on en connaît tous les élémens. Eq efr
fet, la disposition que l'administration re
produit aujourd'hui faisait déjà partie du
projet de loi sur les douanes que le gou
vernement de Juillet avait présenté à la
chambre des députés en .4847, et dont
la révolution de février empêcha la dis
cussion. Elle doflha lieu, à cette époque,
à une enquête approfondie, dont tous les
détails ont été consignés dans un rapport
de M. Lanyer, et* à l'aide de laquelle les
esprits impartiaux pourront se former une
opinion. On verra, en la lisant avec atten
tion," les raisons sérieuses qui déterminè
rent la commission à proposer le rejet de la
mesure,qui so4rouv6 de~aô»veau misa.**-
l'ordre du jour.
, Cette mesure, on ne peut pas se le dissi-,
muler, est une dérogation au droit commun
en matière île douanes; elle porte atteinte à
l'unité de nos tarifs, et elle crée des excep
tions dans une législation qui doit être égale
pour tous. Ce n'est pas, sans doute, un motif;
suffisant pour la repousser ; mais c'en £St un
pour ne pas l'accorder à la légère ; car, en
établissant un précédentde cegenre, on risque
d'ouvrir la porte à une foule de prétentions
qui ne tendraient à rien moins qu'à boulever
ser tout notre système écônomique et com
mercial. Une semblable disposition ue peut
évidemment se justifier que pàr l'importance
manifeste de ses avantages dans l'intérêt
public. .
Il faut doncj pour apprécier sainement la
mesure proposée, se rendre compte d'abord
des dommages qu'elle peut causer à notre
industrie agricole et manufacturière, évaluer
ensuite les avantages que notre marine mar
chande doit en retirer, et enfin faire en quel
que sorte une balance de manière à.voir si
le préjudice porté à l'Une ne l'emporterait'
pas de beaucoup sur les bénéfices que l'on
procurerait à l'autre.
* On propose d'admettre tn franchise le fer
en barres, le cuivre et le zinc bruts ou lami
nés, le lin et le chanvre destinés à la fabri
cation des objets servant à la construction,
au gréement et à l'armement des nà vires. On
étend la même immunité aui tôlef et cor-,
nières (fers d'angle) employés à la construc
tion des navires en fer r De telle sorte que
les? branches de la production 1 particulière-
nient atteintes par la nouvelle mesure se
raient l'industrie du fer, le laminage du
cuivre et du zinc, la culture
L'industrie du fer, on le sait, n'est pas
ençQre sortie de la ' crise qui, l'a frappée à la
suite de? évéàeméns die 1348. Obligée de ré
duire sa production de ^moitié, ! el-le a conti-
nué à se traîner péniblement, tandis que les
autre? ip4^ tric ? reprenaient leur ^ctiyité
dès 1849. Les quatre dernières années ont été
pour elle des années de détresse. Or, c'est aù
moment raffermisse,ment âe la çonfiance,
en ranimant les constructions, lui permet
enfin d'entrevoir des'jours meilleurs, qu'on
vjent lui enlever une, pptie de? débouchés
dont elle était en possession. La branche de
notre industrie métallurgique à qui l'on de-
iflandi cë sacrifice est? précisément celte dont
la situation est la plus difficile et qui est la
plus menacée dans son ayenir,' c'est-à-dire
là .fabriaitiop 9.u bois.. '-Psn §é, en
outre, aux usines de l'intérieur, qui s'adon
nent à la confection des«oiyéts destinés à la
marine, et notamment "à celle des chaînes-
câbles? Elles ne pourront supporter les frais
du double transport du port à la fabrique
sur la matière première, et de la fabriqua
au port sur la chaîne confectionnée. Il leur
faudra par conséquent renoncer à la lutte
contre les usines nouvelles qui s'établiront
sur le littoral. Quant aux beaux établisse-
mens qui ont monté des laminoirs pour fa
briquer les tôles et les cornières sur une
grande échelle, la clientèle des ports leur
échappera pour passer à des établissemens
situés hors du territoire. Du même coup,
on aura appauvri notre fabrication et donné
une impulsion nouvelle à la fabrication
étrangère. Vienne ensuite la guerre, nos ad
versaires seront richement pourvus,et nous,
nous risquerons de n'avoir ni outillage, ni
ouvriers préparés, et de manquer des élé
mens nécessaires à la défense du pays.
Le coup que l'on portera à notre laminage
du zinc et dii cuivfe ne sera pas moins fu
neste. Nous ne produisons pas de zinc, et
pour ainsi dire pas de cuivre. Toute notre
industrie consiste à mettre on œuvre et à fa
çonner ces métaux que nous tirons de l'ex
térieur à l'état brut. Du jour où nous ad
mettrons en franchise le zinc et le cuivre la
minés pour les constructions maritimes,
l'étranger les fournira, comme" il est fa
cile de s'en assurer par les prix cou
rons. La consommation de nos ports en cui
vre pour la construction des navires mar
chands, peut être évaluée à près du tiers
de la production de toutes nos usines. Ainsi
on enlèvera à cette industrie près du tiers
du travail qui l'occupe aujourd'hui. Ce
qu'il y a de plus curieux, c'est que la marine
souffrira elle-même de la prétendue faveur
qu'on lui accordera ; elle perdra, en effet, le
transport des cuivres bruts du Pérou, du
Chili, etc., quialimententnoirenavigation de
long cours, et qui lui procurent un fret beau
coup plus avantageux pour elle que ne peut
l'être l'économie obtenue sur le prix des cui
vres laminés.
Mais la production nationale, sur laquelle
la mesure proposée exercera l'influence la
plus fatale, est la culture du lin f t surtout
celle du chanvre. L'iœporlation.du liq étran?
gér a déjà pris une extension considérable
depuis quelques aimées ;elle excite lesréela-
mations de notre agriculture. Or, on va l'ac
croître eri liii demandant en partie l'approvi
sionnement de la marine marchande, ta si
tuation que l'on fera.àla culture du chanvrp
sera pire encore. La production générale du
chanvre en France peut être évaluée à 1 (^mil
lions de kil., sur lesquels 40 millions, en de-
liorsdes consommations locales ët particuliè
res, entrât dais le cpmmerçe et sèrvent à la
fabrication desdoiles.et cordages dont les ar
mement maritimes forment le principal dé
bouché. Ces 40 millions £ont fournis par nos
provinces de l'ouest, et notamment par le
dépar tement de Maine-et-Loire, qui en livre à
lui seul pour 8 millions. Voilà donc une con
trée entière menacée dans une d,e ses pro,duc-
tionsles plus importantes, et dans une produc
tion qu'il lui sera impossible de recoplacÊr,
puisquele chanvrs est la seule-ressource de la
vallée (Je la Loire, après les inondations trop
fréquentes ,qui viennent détruire les Récoltes
de céréalesen mai et en juin. Avecla-culture du
cibanvre disparaîtra le travaillocal de sa mise
enieuyre. En ejOfgt, une bonne pai-,tie,cles
toiles à v.oiie est le produit de la fabrication
rurale' 1 de la Bretagne ; elle ,est faite par des
ouvriers qui sèment leur chanvre "ou leur
lin, qui IejécoItent,ie filent et le tissent; leur
industrie succombera .dès que l'affranchisse
ment des chanvres étrangers favorisera les
grands établissemens qui se 'formeront dans
les' ports. Ce sont de nouvelles misères qui
viendront assaillir ce malheureux pays déjà
si rudement éprouvé par la découverte dé la
filature mécanique du lin.
.Nons venons_de montrer les conséquences
que la disposition projetée peut entraî
ner pour plusieurs .de nos branches de pro
duction les plus importantes, pour l'in
dustrie du fer, pour le laminage du zine et
du cuivre, pour la culture du chanvre et
du lin. Mais du moins, à ce prix donnera-
t-on un secours réellement efficace à notre
marine marchande, lui rendra-t-on la vie et
l'activité? Pour peu qu'on .veuille aller au
fond des choses, on reconnaîtra bien vite que
les*mesures proposées ne procureraient" à
notre marine que des avantages tout-à-fait
insignifians et hors de toute proportion avec
le préjudice causé à notre industrie agricole
et manufacturière.
L'administration a produit, dans les docu-
mens à l'appui du projet de loi des doua
nes de 1847, un état détaillé d'après lequel
le dégrèvement accordé aux constructions
maritimes par la libre introduction des fers,
des cuivres et zincs laminés,- des lins et des
chanvres, s'élèverait à 17 francs 30 cen
time par tonneau. Elle estimait les construc
tions annuelles de la France à 40,000 ton
neaux, et en concluait qu'elles obtiendraient
une réduction de charges de 692,000 fr. par
an. Telle était l'économie dont elle préten
dait faire jouir notre marine marchande en
affranchissant les matièrçs premières. Ce se-.
; rait, comme on voit, un résultat assez mi
nime; Mais il y a encore beaucoup à en ra
battre, et l'économie ne serait pas même
moitié du chiffre annoncé.
Les calculs de l'administration sont basés
sur deux erreurs. La première consiste à
supposer que la marine, en recevant les
matières premières en franchise, bénéficiera
d'une somme égale au chiffre du droit.
Il est bien évident que l'économie ne sera
représentée que par la différence du prix de
vente des matières françaises et étrangères. Le
fer français, bien que lè droit soit de 20 fr. 50
pour 100 Ml., coûte seulement 10 fr. de plus
que lè fer anglais en entrepôt, et le cuivre
laminé, malgré le droit de 55 fr., coûte seu
lement 20 fr. de plus en France qu'en An
gleterre. Si l'on rectifie les calculs de l'admi
nistration d'après ces données incontesta
bles, on trouve que le bénéfice de la marine
ne sera guère que de 10 fr. par tonneau, au
lieu de 17 ft\ 30 c. Mais ce. n'est pas tout.
L'administration a commis une autre erreur
en étendant cette économie à nos 40,000 ton-
qeaux de constructions annuelles. Les. quan
tités de matières indiquées par elle s'appli
quent àun navire de 300 tonneaux .Or, un bâti
ment employé au cabotage ne se construit pas
de la même manière qu'un bâtiment destiné au
•long cours. Les navires de moins de 200 ton
neaux ne sont pas-doublés en cuivre et em
ploient proportionnellement beaucoup moins
de fer; de telle sorte que, si l'économie doit
être de 10 fr. par tonneau pour un navire de
200 tonneauy'et au-dessus, ellç sera.tout au
plus de 7 fr. pour les navires de tonnage infé
rieur. Maintenant, çomme,,sur nos 40,000
tonneaux de .constructions annuelles, le tiers
au plus consiste eaâ "bàtimens de plus de 200
tonnçaux, il s'ensuit qu'en appliquant l'éco
nomie dé 10 fr. au premier tiers, et de 7 fr.
aux deux tiers xestans , pn verra l'économie
totale se réduire de 692,000 fr. à 310,000 fr.
seulement. Ainsi donc, c'est ipoûr pro
curer à notre marine un avantage de
310,000 fr. par année que l'on 's'expose
à détruire l'unitéde nos tarifs et à* porter
la per turbation dans des industries aussi né- ,
cessaires à la prospérité" qu'à la défense du
territoire national,.
Essayons, car c'est là le point .essentiel,
d'évaluer la réduction que cette économie
dans'les frais de construction pourrait opé
rer sur le prix du fret. Supposons un navire
de 300 tonneaux employé à la navigation ide
Bourbon et de iïnde. ■ L'économie sur la
construction, à 10 fr. par tonneau, sera de
3,000 fr. Ce navire fera, en douze années,
douze voyages complets, au bout desquels
il sera revendu au tiefs de sa valeur
pour la pêche-de Terre-Neuve ou poutf
telgrand cabotage. En partant de ces don
nées, on. trouvera que l'économie sur la
construction correspond à une réduction
d'environ! fr. par tenne sur le prix du fret;
Le fret pour Bourbon est de 140 fr. la ton
ne. Par conséquent, tout ce que gagnerait
notre navigation de long cours, ce serait de
pouvoir faire payer 139 fr. ce qu'elle fait
payer aujourd'hui 140 fr.
Il serait inutile d'insister davantage. Ces
chiffres parlent d'eux-mêmes et tranchent la
question. Le résultat des.mesures proposées
pour notre marine sera complètement pull Ce
n'est pas en réduisant de 3,000 fr. la dépense
de construction d'un bâtiment de long cours
que l'on ranimera la navigation. La chambre
de commerce de Nantes reconnaissait, dans
un mémoire récent, que les frais de cons
truction, d'armement et d'exploitation des
navires n'étaient pas plus élevés en France
qu'en Angleterre et aux Etats-Unis. On fait
fausse route en allant chercher le mal où il
n'est pas. j. burat. 7
On lit dans le Journal des Débats :
« Plusieurs journaux de Paris publient, sur la
foi des correspondances des journaux belges, dès dé
tails sur de prétendues conférences qui auraient eu
_ lieu récemmènt entre les principaux partisans de ce
qu'ils appellent la fusiop, et sur un voyage projeté
Slir les bords du Rhin par les princes de la maison
d'Orléans ; ils ajoutent même que diverses person
nes notables de Paris auraient reçu des lettres de
Mme la duchesse d'Orléans qui y tiendrait presque
sur le serment des fonctionnaires électifs, }e même
langage que M. le comte de Cfeambord dans son
dernier manifeste. -
' » Nous croyons savoir que tous ces nouvelles
n'ont aucune espèce de fondement et qu'aucun
changement récent n'a eu lieu ni dans les actes,
ni dans le langage, ni dans la position respective
des membres des deux branches de la famille des
Bourbons.
» On a fait jouer aussi dans ces correspondan
ces, au général Changarnier, un rôle tout-à-fait
contraire à son carâ£_t£r£ & àja résolution qu'il a
prise de rester, dans son exil, complètement étran
ger à des démarches et à des combinaisons aux
quelles ses adversaires politiques- cherchent à le
mêler à tout prix. L'illustre général n'avait pas
besoin d'être détourné par ses amis, comme le dit
la presse belge, -de se rendre à Fro'shdorf, caï il
n'en a jamais eu J'inteation. Armandlieriin. »
Nos propres informations concordent,
complètement avec les déclarations du Jour
nal des Débats.
Le' secrétaire de la rédaction, l. boniface.
On lisait hier dans l'Ami de la Religion .*
« On assure que le projet de loi sur l'enseigne
ment rencontre des obstacles considérables. Nous
croyons pouvoir dife que plusieurs de NN. Sg. Jes
évêquea, et notamment S. Em. le'cardinal Gousset,
archevêque de Jteims, ont adressé des observations
graves au gouvernement,-et que le "sentiment gé
néral de l'épiscopat et des catholiques eçt que ce
projet ne procurerait pas lè bien qu'en attendent
ses auteurs et qu'il pourrait compromettre les boiis
rapports qui existent entre l'Eglise et l'Etat. —
(Charles de Riajicey.) » ' " '
.. li est aujourd'hui certain que, par suite
de l'opposition qu'il a rencontrée de diver
ses parts, le projet de loi sur l'instruction pu
blique ne sera pas présenté au Corps Légis
latif dansjsa session actuelle, et que la ques
tion est rnnsi renvoyée à l'année prochaine.
* •' " ' ' L. B0N1FACÉ.
Voici le texte du projet de loi portant au
torisation d'interdire 'administrativement à
certains individus le séjour du département
de la Seine et de l'agglomération lyonnaise,
présenté au Corps Législatif le 26 mai :
Art. 1 er . Le séjour du département de la Seine
et celui des communes formant l'agglomération
lyonnaise, désignées dans l'article 3 de la Ici du
19 juin 1851, peuvent être interdits admiriistrati-
vement pendant un délai'déterminé : "
1® A ceux qui ont subi une condamnation à
l'emprisonnement pour rébellion, mendicité, va
gabondage etcoalition; t
2° A' Ceux qui, n'étant pas domiciliés dans ce
département ou dans c«tte agglomération, ne jus
tifient pas y avoir des moyens d'existence. -
■S'adrmec, -franco; pou? ÇaimintitratfM, '4 'ïL D knain, directeur.
Lss annonces sont regues au bureau du journal;'et chez M. PX.NIS, régisseur, io, place de ia Boursa
— - =f
-' v^ft, 2;. L'arrêté d'interdiction est pris parle
préfet de -police ou pàr le préfet duijjRhône, et ap
prouvé par le ministre de la police générale.
" Il-est-potifié à"l'individu qu'il concerne, aveç
sommation d'y obtempérer dans un délai déter
miné.
. Art. .3. Toute contraventi^fi à un arrêté d'inter
diction sera punie d'en emprisonnement de huit
jours à un mois.
Le tribunal pourra, en outre, placer les con
damnés sous h surveillance! de la haute police
pendant ua an au moins et cinq ans au plus.
En cas de récidive, la peine sera de six mois à
deux ans d'emprisonnement, et le condamné sera
placé sous la surveillance de la haute police pen
dant un an au moins et cinq ans au plus:
Nous trouvons dans un supplément ex
traordinaire du journal d'Athènes le Siècle,
en date du 17 mai 1852, la traduction du fir-
man de la Sublime-Porte qui donne une so
lution à la question des saints lieux :
HAÎ/X-HATTI-HOPMAYPW,
Publié vers la fin dumoisRevel-Ahir, de l'an 1268
de l'égirc (1832) ^ Concernant la solution de la
question des saints sépulcres en litige entre les
orthodoxes et les catholiques.
AUTOGRAPHE IMPÉRIAL.
■Ceci est mon haut royal décret, qui contient les
résolutions sur la question des saints sépulcres de
Jérusalem, qui était en litige jusqu'à présent, et la
(In définitive et vraie-de l'examen le plus rigoureux
de toutes }es pièces (senetis) aticiepneg ^contradic
toires, qui sont dans la possession de mes sujets
grecs et latins, décret qui en même temps confir
me toutes les Jiauteç ordonnances accordées aux
Grecs de la parade mes glpfjeux aïeux, et surtout
de mon illustré père, et qui antérieurèmènt ont
été sanctionnées 'et T renouvelées ' par' moi-même,-
Que ce décret ainsi fait toit inattaquable ët supé
rieur, à l'avenir, à tout autre acte contraire.
HAUTE ORDONNANCE (FreMAN),
Adressée au gouverneur de là ville dé Jérusalem,
' très liaut Hafiz-Pacha, et au très glorièux cadi
de la même villé, ainsi qu'aux membres du mez-
lisié, institué dans"cette ville.
Attendu que les différends qui sont survenus à
plusieurs époques entre la nation grecque èt les
Latins au sujet de quelques sanctuaires, situés
dans l'intérieur comme à l'extérieur de Jérusa
lem, se sont epeore renouvelés dans ces derniers
temps; pour que cette question soit définitive
ment réglée, après un examen, fait d'accord avec
les deux partie?, .une commission a été instituée
et formée, composée de plusieurs ! ministre s les
plus importans, des plus, illustres kadjiaskeris et
quelques autres personnes.' 1 - • : '
- L'objetde l'examen de cette commission ainsi que
«les conseils ministériels qui se sont tenus ensuite,
était la question des lieux en litige entre ces deux
seetes religieuses, et qui sont la grande coupole
de l'église de la R'ésurrecjiqn, la petite coupole
qui se trouve dans l'intérieur de cette église^ et
qui couvre le lieu où est situé le-tombeau de Jésus-
Christ/là'descente de Ja croix, lé'Golgotha, situé
dans l'intérieur du même temple, les' arcades de
la Sainte-Vierge, la grande église du village _de
Bethléem et' la caverne de la naissance de Jésus-
Ghrist, -qui est située sous la même église, le vrai
lieu de la naissance et le tombeau de la Sainté-
Vierge.
Dè tous ces lieux, la grande coupole précitée,
comme elle appartient au temple tout entier, les
réclamations exclusives des Latins, tant pour cette
coupole que pour la petite coupole, la descente de
la croix, - le Golgotha, les arcades de la Sainte-
Vierge, la grande église de Beihléem et le'lieu de la
naissance, ne sont pas justes; c'est pourquoi il a été
résolu que tous ces lieux précités resteront dans
leur état actuel. Mais comme une clé des portes
du nord et du midi de cette grande église, et des
portes de la'caverne susdite, a été donnée anté
rieurement aux Grees, ainsi qu'aux Latins et aux
Arméniens, et' q^e cette concession a été confir
mée par un haut firman publié : en-l'an 1160 de
f , égire'-(l'744) et'remis abx Grecs, qu'ils se con
tentent dCtuelleipent de cette concession: '
Pour ce qui concerne les deux jardins situés au
près du cotivent franciscain de Bethléem, et ré
clamés aussi par les Latins, puisque d'après les
anciens et nouveaux édits (sénetis), ils étaient sous
la surveillance des deux parties, qu'ils restent de
nouveau dans le même'état. • L " • '
Les'réclamatioris exclusives de la part des' La
tins relativement au tombeau de la'Sainte-Vierge,
fondées sur quelques édits qui se trouvent entre
leurs main*, ne sont pas également justes ; mais,
ru que jusqu'à présent les .Grees, les Arméniens,
les Syriens et les Coptes exerçaient leurs cérémo
nies-religieuses dans le saint tombeau sus-men-
tiojiné, et considérant que le culte religieux dans
l'intérieur de ce lieu, par suite de l'exercice de tant
de rites dans le même lieu, n'appartierit pas exclu
sivement^ une seule de ces croyances chrétiennes,
et qu'il est connu qu'en vertu des anciennes con
cessions, les chrétiens catholiques y font aussi
leurs (Cérémonies religieuses, , en conséquehce, et
sous la -condition qu r il me sera fait le moindre
changement à l'admiaistration et à l'état actuel du
tombeau en question, la confirmation de cette con
cession aux pathétiques est déclarée comme juste.
Les droits accordés aux Grecs, iujets de mon
puissant empire, et; confirmés par moi en vcrtii
des décrets impériaux, revêtus de la!forme sacrée
Jtles hattis impériaux, ;et dont le maintien et la
conservation sont iiif des objets. tout particuliers
de ma sollicitude royale, ayant été approuvés son
leunellement par moi, il n'est permis à personne
d'entreprendre un acte quelconque contraire à la
présente'décision.
Pour ce qui concerne le temple del' Ascension* si
tué dansle jardin des oliviers à Jérusalem, puisque
jusqu'à présent les Latins j exercent leurs servi
ces religieux une fois par an, c'est à dire le joih' de
la fête de l'Ascension de Jésus-Christ, et que les
Grecs exercent leurs cérémonies religieuses hors
du temple,- et que dans ce lieu même il existe une
mosquée turque, ce temple susmentionné n'ap
partient particulièrement et exclusivement à aucun
des rites chrétiens susdits. Or, considérant dans
ma royale justice, qu'il est inconvenable que les
Grecs, sujets de mon puissant empire, ne puissent
pratiquer leur culte religieux dans,le temple mê
me, il a été décidé que, dorénavant, les Grecs
également comme les Latins, ne trouvent pas
^d-obstacles pour prier et accomplir leurs cérémo
nies religieuses dans l'intérieur de ce temple, pen
dant les jours religieuxindiqués,sous la condition
que l'ordre et l'état actuel de ce temple ne soient
nullement changés, et que la porte de ce temple
soit gardée, comme auparavant^ par un portier
musulman. >-i ■ :
Pour que mention soit faite de cet ordre de cho
ses dans le haut firman, émané au milieu du'mois
de seval de l'Egire 1254 et dans le royal Iradé
(ordre) écrit à ce sujet, nous avons rendu une or
donnance impériale,. conformément à laquelle le
présent décret royal a été publié par notre divan
impérial, revêtu d'un haut Hatti-Houmayun, qu
a été remis aux Grecs.
> Vous, prenant connaissance de cet acte, vous
devez mettre tous vos efforts et tous vos soins
pour qu'aucune violation ne soit point faite des
décisions sus-mentionriées, . non-seulement de la
part des Grecs, des Arméniens, des Syriens et des
Coptes, mais aussi de la part des Latins. -
Nous avons parlé de l'assemblée populaire
qui devait se' tenir' le 24 de ce mois à Po-
sieux, dans le cîjiton de Fribourg, et des
obstacles qu'y opposait le gouvernement
cantonal. ~
Le peuple fribourgeois ne s'est pas laissé-
arrêter par les obstacles ; il a"voulu tenter
un effort suprême pour sortir d'une position
intolérable. En vain le gouvernement fri
bourgeois avait-il tout mis en œuvre pour
provoquer une collision : arrestation des
membres du comité qui a organisé l'assem
blée, déploiement de forces considérables
qui stationnaient dans la ville de Fribourg
avec les canons, mèche allumée ; rien n'a ar
rêté l'ipimense majorité de la population.
Sur 22,000 citoyens actifs, 16,000 se sont
rendus à Posieux , et, malgré cette' allluencé
de population, ôn n'a eu aucun désordre à
déplorer.
Une pétition à l'assemblée fédérale, pour
qu'elle permette au peuple fribourgeois de
réviser la constitution qui lui a été imposée,
a été accueillie par acclamation, à l'unani-
ipité. On espère que l'assemblée fédérale sera
plus traitable que la première fois et qu'elle
fera droit à des vœux légitimes.
Le conseil fédéral .avait délégué à Fribourg
deux représentai pour veiller au maintien
de l'ordre public. Ils pourront lui rendre
compte de ce qu'ils ont vu, et déclarer avec
toute certitude que la cause de la démagogie
est perdue dans ce canton. L. B oniface.
Les journaux radicaux de Fribourg que
nous recevons à l'instant, cherchent à tour
ner en ridicule l'assemblée de Posieux; mais
il n'est pas difficile de voir que le calme et lu
décision.que le peuple de Fribourg a mon
trés dans cette circonstance leuç causent plus
d'alarme qu'ils n!èn voudraient laisser pa
raître.: Le Nouvelliste vaudois, après avoir re
produit un récir ironique du Narrateur de
Fribourg, ajoute :
« Ce compte-rendu nous paraît bien insuffisant
On ne doit pas traiter aussi légèrement une-nom
breuse assemblée; ce. n'est pas un moyen de réta-
bjirdes affaires dérangées. »
! La Gazette de Fribourg, organç des hom
mes de Rassemblée, raconte simplemept les
faits. Nous reproduisons son récit : ■
« 0» airait espéré que MM. les commissaires fé
déraux honoreraient l'assemblée de leur présence,
et leur arrivée était annoncée pour midi ; mais
cgt espoir fut deçà f comme aussi celui dë la mise
en liberté de M «Charles et des autres prisonniers.
' » L'assemblée est ouverte par M. Alfred Von'dèr
Weid vers midi et demi. M. le préfet Thorin, ac
compagné de M. Blanc, ancien préfet, y assiste
FEUHiETOS DU CONSTITUTIONNEL, 29 MAI.
i wij mule mm
AU-DESSUS DE IA MER.
PIDESHKISR VOXOME. -
,. trjytE, S^DpCT^ON.....' , 5 ' J, a
• ■- - (Swiê).
« ; Que s'est-il donc passé hier optire Vo-
»' ;txé ^liesse ,et la sjguora Olympia? deman-,
»r da Çajéottoau prince, dès qu'il put iui.par-
» 1er "sans térrioins. Commeje repassais ce m'a-
» tin par la rue Saint-Isidore, j'^i trouvé la
» porte : çlose et la maison vide! l 'a voisin ;
» m'a dit que la sigçora Olympia était par-,
». tie à la^pointedu jour ayee sa rarûériàte,
» pour ne plus retenir et sçins dire oyi-eile.s
» allaient..»
. Rydolphe fut .écrasé par ce .coup .de mas
sue, et tomba anéanti sur'son-siége. Il se
prit la tête dansées deux xnains pour cacher
sïs larmes, et il lui fut impossible au pre
mier moment d'articuler .une parole.
" — «Allons, Altessç, reprit .Galéotto, il Jje
a faut pas se laisser ainsi abattre 4^ J&prer.
».,mier coup. — b £Ilc se cache, ellç me luit au mo- i
» ment même où .jç lui sacrifie .ma mère et;
» reste à Rome, poûf elle^ .poui r.\\n seule !
— Rien u'est désespéra : je rnnnais les.
» femipes, el,les fuient'pour qu'on les cher-
» che, étse cachent pour qu'ou ïes trouye.
» Elles ressemblent toute?,à la Galatée de
» notre Virgilius Maro qui s'échappe à tra-
» vers les saules, sea cùpit antè videri.
— ^ Olympia n'est f as une femme com-
» me les autres. Je la connais bien mainte-
» liant et je.la comprends; elle me luit par
» orgueil, par honneur^ si elle a pris la ré-
» solution de jse soustraire à mes iyeuix, elle
» la tiendraet je ne la verrai plus;" » ' '
• iPeu s'en fallut que Rodolphe n'éclatât en
sanglots jen prononçant «es paroles désolées. ■
La présence d'un étranger put .seule le con
tenir un .peu; mais il : ctait^ au désespoir.
— Eli quoi ! se disait-il, n'ai-je entrevu
l!Edea que pour en être à jamais; exilé, pour
le regretter, toujours ?—GaléoUo finit cepen
dant par lui remonter le .'moral, moins, il est .
vrai, par ses comparaisons et sés citations la-,
tines qu'enlui -promettant- de faire chercher
Olympia dans tous les coins de Rome.
v Puisque nous l'avons trouvée une
» première fois, disait-il, d cet argument
» était de snature à faire impression sur le
» jeune amoureux, nous Ja trouverons bien-
» une seconde,. dussé^je mettre en ,cam-
» pagne tous les «spions de la police et le
» gouverneur de Rome en personne.' Qui
» sait, d'ailleurs,. sislle me sera pas la pre-
» ,mîère à donner de ses nouvelles .à Votre
» y Altesse? Avec les femmes, il ne faut jurer.
» de rien. » ' «
Je n'ai pas besoin d'ajouter que ce fut là
pour lui un excellent pa'étexte pour extor-i
quer au prince l'argent soi-disant nécessaire ;
à des recherches dont il fallai t naturellement >
payer les agens. Nouveaux emprunts, nou
velles lettres de change et nouvelles visites ■
de .fialéotto aux usuriers du Ghetto. Une fois
lancé dans cette voie ruineuse, on ne s'ar-<;
rête plus. Mais Ia question d'argent, qui était
la première pour- Galéotto, était fort ; secon- <
daire pour Je prince et presque indifférante
à .ses yeux: il. serait assez riche plus tard
pour payer les .folies de sa jeunesse.
En quittant le pauvre jeune homme qu'il,
torturait à plaisir, Galeotto s'en alla fort
tranquillement dîner à la Trattoria de Lépri,
yia dei Gondot-ti - f .après ijuoi il vint faire sa
digestion au café Ruspoli, situé en face de
cette rue, au milieu du Corso. A peine était-
il attablé.devant sa tasse de café, qu'un nain
connu de tout Rome 1 pour être attaché au
service du dit café, s'approcha de lui sur un
signe.
■-u a. Me voici; signer GaléoUo, me voici !
» Qu'y a-t-il d
» Il n'est pas nécessaire que tout le café nous
» entende.' •
— » Ho capito, Signor I »
Le nain vint se.placer entre les genoux de-
l'antiquaire; et comme sa grosse vilaine tête
les dépassait à peine, car il n'avait que deux
pieds de haut, Galéotlo se pencha sur lui et
lui parla bas quelque temps à -l'oreille.
— » Signor, ho capito! répéta B-iyoque.
» .Votre Excellence sera contente.' Qui paie
» bien, mérite d'être bien servi ; et je sais
» que vous ne lésinez pas. Il y a toujours à
» gagner avec vous; vous êtes une de mes
» meilleures pratiques. ' :
— » Tiens, -v«!ci d'abord un seudo pour
» t'ouvrir les yei'K, et-un autre pour te fer-"
» .mer la-bouche. Ce qui veut dire, en bon
» italien : clairvoyance et discrétion.
— » Jamais le son de l'italien ne m'a paru
» si doux, répondit le nain, en faisant réson-
» ner les deux écus tians sa main. En par--
» lant cette langue à Bayoque, on obtient de
» Bayoque tout ce qu'on veut. Si j'ai les jam-
» bes courtes, j'ai la vuelongue,etj'aurai polir
» -vous plaire là langue comme les jambes,
— s» .Va bentl. tu recevras de moi ted ins-
» ïtructions jour par-jour. -N'oublie pas-sur--
n.itout que.lu es censé, quoi qu'il arrive et
» n'importe où que ce soit, ne pas me -con-
» naître, ne m'avoir jamais vu.
— » Oh ! quant à cela, signor GaléoUo,
b vous me faites injure •: ce qufl vous me re-
d commandez là est l'A, B, C, du métier, et
» Bayoque n'est pas né dihier. »
Rodolphe fut si abattu, si découragé pen
dant les premiers jours; qu'il fermait obsti
nément l'oreilleà tous les motifs d'espérance
que Galéotto lui énumérait complaisamment.
S'il n'avait pu consentir à perdre Olympia
alors qu'elle n'était epeorepour lui qu'unrê-
ve, comment s'y serait-il résigné maintenant
qu'elle était une: réalité? Quoi ! il se savait
aimé-d'ellè; il l'avaîtrserrée dans ses bras;
leurs mains, leurs 'lèvres s'étaient pressées; *
et c'est le lendemain d'un si grand bonheur,"
la veille d'unplus grand peut-être, c'est après
aveir reçu de si doux gages, qu'il faudrait ia
perdre!... Il se refusait à croire à une telle
ironie du destin. Jugeant Olympia par iui-
.même, il se disait qu'après tout elle l'aimait
et ne pourrait, par conséquent, pas plus vi
vre loin de lui qu'il ne pouvait, lui, vivre loin
d'elle. Sa dignité l'avait fait fuir, 'l'amour'la
ramènerait. Mais l'amour ne la ramenait pas,-'
et les jours se passaient dans le vide et dans '
les larmes. Poursuivi • d'enivrans souvenirs,-
le cœur plein d'une divine image, il était '
plus que jamais sous l'empire absolu d'une ;
idée ! fixe, et ne se posait plus qu'uûe/alter- '
native ; la retrouver ou mourir. •
Un soir qu'il se promenait sur la place du
Peuple avec spu gouverneur ét
fois près de lui avec'l'intention manifeste"
d'attirer son attention. Sa petite taille àuMt 7
suffi pour le faire remarquer. Galéotto dit à
Rodolphe en se penchant à son oreille :
« J'ai un pressentiment. Il est visible 1
» que ce nain a quelque chose à dire à Votre
» Altesse. Je vais éloigner utf instant M. vo-
» ire gouverneur. Profitez-en. » •'
A-peine le gouverneur eut-il le dos tour
né,, que Bayoque--vous avez déjà deviné
que c'était lui '^ s'approcha de Rodolphe et
lui glissa un billet dans la main. En le tou-
■ chant seulement, son cœur lui dit qu'il était-
d'Olympia." - ' ■
— « Qui te l'a remis? demanda-t-il au
» messager mystérieux. '
— »Uoe femme?
— » OÙ? ■■ - ■ ■ ■-:
— » Dans la rue.
— » Mate cette femme, où demeure-t-elle ?
— » Elle ne m'a point donné d'adresse, et
» il n'y a pas de réponse. »' ' ' j * - ■
Au portrait 'qu'en fit le nain, Rodolphe
reconnut Sounta. 1 • "
: Le billet d'Olympia était ainsi conçu-:
. « Je vous fuis parce que je vous aim». J'ai'
»
» vais être à vous. Né cherehez pas à me
» voir, vous ne me trouveriez point. Pardon-
» ne-moi, Rodolphe, de te faire souffrir ; je
» souffre plus que toi. Adieu-! adieu ! Oublie
« pour jamais la pauvre O lvmpia. »
Le prince fut soulagé d'un poids én#rme;
sa plus glande-crainte avait été qu'Olympia
n'eut quitté Rome; elle y était testée ; il était
donc impossible qu'on ne découvrît pas sa
retraite. L'espérance rentra dans son cœur.
— « Altesse, lui dit Galéotto, j'ai été pro-
» phète. Je vous ai prédit qu'elle serait la
» première à vous donner de ses nouvelles,
» et elle l'a fait comme je l'aï dit. »
Cette observntion vulgaire déplut à Rodol
phe comme une offense à Olympia, et un
manque de respect à lui-même. Son cœur
jeune avait -toutes les délicatesses, toutes les
pudeurs de l'amour. Il ne répondit rien à
Galéotto, et l'évita tout le reste du jour; il
évita tout le monde, pour relire, pour baiser
mille fois ce billet chéri.
La scène de la place du Peuple se renou
vela quelques jours après place Colonne ; le
nain lui remit un second billet, puis un troi
sième encore à la sortie du théâtre Argen-
tina. Tous les deux n'étaient que la répéti
tion du premier. L'amour fait-il autre cho
se que de chanter le même air sur toutes les
gammes ? Mais les expressions en étaient de
plus en plustendres, et l'idée qui revenait tou-
: jours, o'est qu'elle ne le fuyait que. parce
qu'elle iiè pouvâitêtre à'lui.
— a Franchement, luiditun jour Galéotto,'
» la sigûora Olympia n'a pas* si toi t. A sa
! » place, tout le monde agirait comme elle. Sa-
» position vis-à-vis de Votre Altesse est tout-
» a-fàit fausse ; elle est de trop bonne mai-
;» son poûrêlre votre maîtresse, et vous êtes
» placé trop haut dans 1$ hiérarchie sociale
» pour on faire votre femme.
t -' b Je le voudrais que je ne le pourrais-
» même pas, puisqu'il vous a été jusqu'à
» présent, impossible de la découvrir. Ga-
# léoito, ajouta-t-il d'une voix profondé-
» ment triste, je vois' bien, malgré tout
?» ce que vous pouvez me dire, qu'elle est' '
» perdue pour moi, perdue pour toujours.
» Je n'y survivrai pas. Oh ! ce n'est pas: ce
» qui m'effraie : j'aime mieux mourir que
» de vivre plus long-temps ainsi. Je.ne vis
» encore, si du moins c'est là-vivre, que
» parce qu'il me reste malgré tout au fond
» du cœur un dernier rayon d'espérance; le
« jour où il s'éteindra... »
Il n'acheva pas sa phrase, mais son air
sombre en disait plus que toutes ses paroles.
Il roulait évidemment dans son esprit ua
projet sinistre!. s »
• -— « J'étais'loin de croire que Votre Altesse
» prit la chose si tragiquement, et je n'ai pas
» ae conseil à lui donner, mais enfin de deux
» maux il faut choisir le moindre, et puis-
» que vous en. êtes là, folie pour folie, mieux
» vaudrait le mariage que la mort. t
— » Eh! qui vous dit, Galéotto, que je .n'y
» aie pas déjà soBgé? On crierait à la mésal-
» -liance. Qqe m'importe 1 II n'y a pas demé-*
» salliance.avec une femme comme .Olympia.
» Sa beauté et la noblesse de ses sentimens
» l'élèvent à la hauteur de tout ce qu'il y g
» de plus grand. Et fût-ce d'ailleurs ùn^
» mésalliance, serais-je le premier prince
» qui se fût marié .pour lui-même, en de-
» hors des' froids calculs de la politique?
a .Faut-il, parce que je suis né prince, ,qu&
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 85.8%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 85.8%.
- Collections numériques similaires La Grande Collecte La Grande Collecte /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=colnum adj "GCGen1"
- Auteurs similaires Véron Louis Véron Louis /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Véron Louis" or dc.contributor adj "Véron Louis")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k669665z/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k669665z/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k669665z/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k669665z/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k669665z
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k669665z
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k669665z/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest