Titre : Le Constitutionnel : journal du commerce, politique et littéraire
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1852-05-25
Contributeur : Véron, Louis (1798-1867). Rédacteur
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Description : 25 mai 1852 25 mai 1852
Description : 1852/05/25 (Numéro 146). 1852/05/25 (Numéro 146).
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
NUMERO 146<
BVRGilï 'i riKf de (Palala-Itoyal), ni i
B 1852.-MARDI 25 MAI.
I. rmx^jet ^'Afo^iunpipt. ';
PARIS......... 13 F. PAR TBIMESTRE.
DÉPABTEMENS. 16. F. —.. .
JK NUMÉRO : #0 CENTIMES; '
lu aboantmeru datent 4es l ,r tt 16 .
^ " deçhaqutmoùï
»oçà ws pats j &tringsb* , se reportai
tableau qui sera publié dans le journal,
Ies;l(| et i$ ds chaque mais..
JOURNAL POLITIQUE, LITTÉRAIRE, UNIVERSEL.
; S'adresser j franco, pour la rédaction, & M} C bcheval- C larigny, rédacteur en chef,} ■ 0a tobe/nne, dans Ut département, aux Messageries et aux Directions de poste,—-A Londres, cAe*MM »€owatlFiil5| S'adresser, fràûcoj poat VadministratioïC^ il MS JftflUJJfj directeur 1 }]
'' . les artiolesdépoaér ne sont pu rendus} J' * . — A Strasbourg, chez M, A lka JNDR ï , pour l'AMernagne. |Les annonoes sont reçu^sauburean du Journal; et che* M .pan1s, régisseur, lo,place delà Botir
PARIS, 24 MAI.
r. Le gouvernement, ainsi que nous l'avons
annoncé, vient de soumettre-au conseil d'E
tat un projet de loi sur les douanes^ dont
une des principales dispositions consiste à
' supprimer la prohibition sur les faïences
" étrangères, et à la remplacer par un droit à
• l'importation.
-■ La prohibition est la ; moyen de prot&j-
tion je plus énergique, le plus absolu; et
par conséquent ne doit être maintenue que
lorsqu'elle 'est véritablement, indispensa -
ble«pour garantir les intérêts du travail na
tional. C',eét grâce à ; la prohibition qui a
frappé jusqu'ici les faïences étrangères que,
cette fabrication a pu s'établir en France. Le.
gouvernement a pensé qu'en présence des
progrès repoarquahles accomplis par notre
industrie céramique, le moment pouvait être
venu de se départir d'un régime exclusif.
No vis aimons à espérer que nos fabriques de.
- faïence pourront, en, effets se soutenir au
jourd'hui sans le secours de la prohibition,-
mais, ce ne, peut être qyi'à uni condition
expresse ; il faut que le droit à l'importation
soit assez élevé pour les protéger efficacement
contre les fabriques similaires de l'étranger.
' C'est toujours une.entreprise diffiyciU.'et
délicate que de faire passer une industrie
. d'un régime .économique sou? up aytre. On'
n'est jamais, cer tain d!avoir tenu compte de
tous les-élémens de là question, et on s'ex
pose à provoquer, une crise qu'on n'avait
pas- prèrae/La sagesse commande;. don,c de
ne procéder,, qu'avec circonspection. La sup
pression de la. prohibition-est une mesure
assez .grave de sa nature pour, qu'on s'attat
che à ménager la transition. Cette prudence
est d'ailleurs d'autant plus nécessaire, en
ce qui, concerne notre industrie des faïences,
qu'elle aura.àlutter contre une concurrence
dès plus dangereuses. «
On ne se.faît pas, en France une idée exacte,
de l'immense développemént que la fabrica-,
tion de la faïences reçue en Angleterre: Il
faut, pour s'en: rendre compte, avoir visité
la partie du> Staffordshire dans laquelle: cet?
tje fabrication s'est concentrée. Là, sur une
Rendue d'un myriaraètre, vous trouvez une
population de soixante milleôndi vidus j hom
mes, femmes; enfans, qui' sont employés
4 lîindust'rjë ' céramique et qui n'oint pas
d'autre moyen, d! existence. C'est le résultat
delà belledécouverte de Josiah Wedgw-ood;
qui remplaça la poterie cpmmune-pàr une
faïence à biscuit dense et-serré, à-vernis
transparent. Depuis cette, invention*, qui
date d;uûe centaine' d'aquées , le district
dn\Staffprd*bire, dont Burslem, Longppri,
Newportj- etc., etc. , indiquent-les. points
principaux', a subi une véritable transforma
tion. Des villages qui étaient, il y a un sièr
cje., à plusieurs-milics. le&.uns'des autres,. se
touchent £t:se dftnuent.lamainj.On évalue
aujourd'hui la production ,annuelle de cette
contrée,à 60 ou, 70.millions, dont, près de
moitié es.t> exportée, à l'étyapger ét alimente
les tlivers.marchéstdu.monde.. -
Bien ' que l'Angleterre! nous ait précédés
dans la fabrication de là faïence frae^ nous
ne. redouterions pas cependant la comparai
son sous le point de yùe .de.Ia perfection des
' procédés industriels on de la beauté des, pro
duits, Les progrès de cette le savant-académicien qui. a- long-temps di
rigé la manufacture de' Sèvres,- Wf.' Brori-
goiart, dans son, rapport sur une dè'i expo
sitions, sont, tellement eonsidérahies-.et tel
lement rapides, - qu'on a peine à lés- suivrê»
•Les procédés, disait-âl eficore, sont.amélio-
^rés avant' même qu'on-ait lé temps de les
faire connaître. Le^rapporteûrder l'exposition
de. 1849 à également, signalé, en exammaût
lçs faïences jqué,nos ônanufao^uira y avaient
envoyées, l'élégance des formes, la pureté
idel'émail, la variété des impressions, l'éclat
jdes couleurs ,;toutes choses qui dénotent une
'fabrication aussi, avancée que celle du Staf-
ifordshire. .
! Notre faïence égale donc celle, de l'Angle
terre, cela nous paraît certain,; et nous l'a
vons constaté nous-mêmes en rendant comp
te de l'exposition universelle de Londres. Nous
avons le droit d'en conclure que nos manufac
turiers ne se sont pas endormis sùr l'oreiller
de la protection, ainsi que lês libre-échan-
gisteS le répètent à tout propos ; qu'ils ont:,
justifié,au contraire, par leurs"efforts persé
vérons, les encouragemens qui ieur ont été
accordés, et qu'enfin, entrés dans la carrière
soixante ans après les fabricàns d'outre-Man
che, ils ont promptement, regagné l'avance,
que leurs rivaux avaient sur eux. Mais ce
n'est là qu'un côté de la question. Nos ma
nufacturiers fabriquent-ils et peuvenVils fa
briquer à aussi bon .marché que les manu
facturiers anglais? Voilà; ce- qu'il ; importe
surtout d'examiner en matière de tarifs.
Sans doute les perfectionnemens incessans
que nos usines ont introduits dans leurs pro
cédés. n'ont pas 6u seulement pour résultat
d!améliorer la qualité dek produits.; ils ont
également- permis 1 de les livrer à des prix
beaucoup moindres, et certes les progrès!
réalisésspus ce.point de vue méritent d'être si*
gmlés. On peutestimer quele prix des faïences
a baissé, en France d'au moins 50 0/0 depuis
vingtans^etencore doit-on remarquer quelea
produits livrés aujourd'hui à un prixmoitié
moindrej- sont beaucoup plus beaux et beau-,
coup plus durables, ce qui représente en réa
lité uneautre réduction. Malheureusement, si
considérables que soient ces diminutions,
il s'en faut encore de beaucoup que nos prix
soient descendus aussi bas qu'en Angleterre.
Est-ce la faute de notre industrie? En* au
cune façon: Nos fabricant font tout ce qu'ils
peuvent} on ne citerait pas un perfection»
nement qu'ils ne se-soient empressés d'adop
ter. Mais ils ont à lutter contre des causes
d'infériorité qu'il ne leur est pas" donné de
vaincre avec tout leur zèle, avec toute leur-
ardeur.
En effet, pour pëu 1 qu'on veuille étudier
les élémens de là production dans les deux
pays, .on ne larde pas à reconnaître que les
établissemens français sont .placés dans des
condition» bién moins-favorables. Les fa-
briqueSpdu Staffordshire sont réunies et se
pressent dans une contrée merveilleusement
située- au point de vue industriel et com
mercial : elles sont desservies par un vasté
réseau de canalisaIîoh7 par le canal Calé
donien j le canal de Newcastlé, le canal
de Trunck , . qui «apportent au pied même
de l'usine toutes Içs ; matières premières
nécessaires à tla. fabrication. La houille
menue ne leur revient-qu'à <45 centimes le
quintal. Enfiri, les bateaux qui leur ont ap-
por.téi.les matières premières, remportent
leurs-' produits; fabriqués, et 1 vont les distri
buer dans les lieux dé consommation on
d'exportation. Commenî comparer cette si tua-
tiôn avantagëïïsë à ceTîé'3"e nos fabriques, qui
sont obligées de? supporter des frais,de transe
p«rt onéreux pour faire,venir leurs matières
premières ou pour envoyer les produits de
la manufacture aux centres de population?
Ce quintal de. houille que les usines du
Staffordshire se procurent au prix de 4-5 c. ! ,
q'o^ grandes fabriques du. centre doivent le
pçiyèr.2 £r. 2a oui,cinq,fois autant.. En fautr
-ii davantage pourmontrer-l'influence consi-
dérahlé que- la seule différence des frais de
transport doit occasioner s'jr, les prix de fa
brication, et sur les prix de. vente dans les ;
dèux^paysî' x V: ' ' t,
Nous aurions a énùmérer beaucoup d'au-? ;
très causes) de ^renchérissement qui pèsent!
sur nos mSnûfacture?;' ïl leurfAut payer plus i
^cher -le' kaolin et la., pierre, dp. Cornoiiailles,
les couleurs et le papier àimpression qu'elles
jsont obligées de faire venir d'Angleterre, le ;
jplomb qui supporte, un droit assez élevé à-
Ison. entrée en France. Ainsi, presque tous les :
.élémens de la fabrication leur reviennent à.:»
ides prix plus élevés.
i Mais ce qui constitue un autre avantage
non'moins important pour l'indùstrie an
glaise, c'est la masse énorme de sa produc
tion. Les usipes du Staffordshire, nous l'a
vons dit plus haut, fabriquent annuelle- .
ment pour 60 ou 70 millions de faïence/
tandis que toutes nos usines ensemble, n'en
font guère qu^ pour 3 millions ; è'est-à-
dire que la production anglaise est douze ou
quatorze fois plus grande que la nôtre. Cette
différence s'explique par l'usage général de la
faïence en Angleterre,-, et par le chiffre
élevé ' des exportations à ' l'étranger. Or,
s'il est «ne vérité établie ëh économie ma
nufacturière, c'est que l'on produit à des
prix d'autant plus bas que l'on produit dar .
vantâge. La raison en est simple. D'abord les
frais généraux diminuent en se répartissant
sur une plus grande quantité de produits,
^ilais ce n'est pas tout. 11 s'introduit, en rai- 1
Hon même dé l'étendue de la production in
dustrielle,,une division iéconomique entre,
les différentes branches de la fabrication;
Ainsi, tandis-que nos manufactures sont
obligées de tout faire, elles-mêmes et de
prendre la terre à,l'état brut p.Qur lui faire
subir toutes les transformations successives
jusqu'à la dernière façon, la préparation des
matières premières alimente dans le Staf
fordshire une foule d'usines spéciales, de telle
sorte que les fabriques de faïence n'ont pas'
à s'occuper de ces manipulations accessoires,
et ne sont, pas obligées de s'encombrer de
vastes approvisionnemens. Enfin, pour com
pléter le tableau, nous dirons qu'il existe en
Angleterre deux papeteries qui font uni
quement du papier à impression pour ces
fabriques. Voilà ce que permet de faire une
grande production, et ce qui est impossible
avec une production aussi faible et aussi dis
séminée que la nôtre.
Nous croypns inutile d'insister davantage
pour.montrer que les prix de .revient sont
nécessairementbeaucoupplus considérables
enFrance qu'en Angleterre. Il faut donpavant
tout que le droit, de douane soit assez élevé
pour- couvrir cette différence. Mais il y a
d'autres considérations dont lé gouverne
ment doit tenir compte'. On doit se mettre
en garde contre l'engouement de la mode,'
qui pourrait se porter sur les produits an
glais, et qui aurait des conséquences dé r
sastreuses- pour nos fabriques. Les An
glais, il importe de ne pas le perdre de vue,. ^
exportent chaque année une masse de faïen
ces d'une valeur d'environ 25 millions, c'est-
à-dire d'une valeur égale à cinq fois notre
production 1 totale. On voit donc que, si no
tre marché n'était pas suffisamment défendu,
l'industrie britannique n'aurait pas besoin
d!un grand effort pour écraser nos fabriques
ét"pour s'emparer de notre consommation.
C'est le-cas de rappeler ici l'anecdote ra^
contée par un homme dont les partisans de
la liberté commerciale ne. contesteront " pas
sans doute l'autorité, par Jean-Baptiste Say.-
Lord Eden, qui négocia avec la France le traité
de 1786 de sinistre mémoire, écrivait à notre.
gouvernement 'en réclamant l'introduction
des faïences anglaises : «Que craignez-vous ?
Nous vous vendrons peut-être quelques misé
rables douzaines d'assiettes; mais qu'est-ce
que cela à'côté des magnifiqnés pbfcelaînes de
jSèvres que vqus allez vendre chez nous 1 » Lé
gouvernement français fit comme le corbeau
"de la fable, il se laissa prendre à cette flatterie;
et il ouvrit, nos portes aux produits, du Staf r
fordshire.- Quel en,-fut le résultat? Jean-
Baptiste Say prend soin dè nous l'apprendre
lui-même : nos envois'de 1 porcelaine de Sèr
vres en Angleterre se bornèrent à fort, peu
de chose, tandis que nous vîmes les faïences
; anglaises arriver par , masses et pour plu-
i sieiurs millions de francs. La raison en est
Joute simple, ajoute le grand pontife de
1 ; *l''fcCOûomie polîtiqueyc'ÊSt que le débit des
t articles courans est à la fois le plus consi-
dérable.et le plus assuré, c'est qu'on vend et
qu'on vendra toujours plus de choux que
d'ananas, plus de chandeliers que de lustres,
plus de calicot que de cachemire. Sachons
profiter de la leçon, et ne retombons pas
dans la même faute. i. : bcrat. ■
Nous lisons dans l'Algérien, sous la date
d'Alger, 15 mai :
« M. le gouverneur est rentré hier soir, 14 mai,
à .Alger, de retour de .son voyage en Kibylie.
» Parti d'Alger le 28' avril, à bord , du Phare,
pour allefr visiter la province de Constautine,M.le
gouverneur-général débarquait le lendemain à~huit
heures du matin à Bougie, où se trouvait le géné
ral Bosquet, commandant Supérieur, de la subdivi
sion, venu exprès de Sétif pour le recevoir. .
«Après quelques heures consacrées à entendre,
les autorités locales et à donner quelques instruc
tions, M. le gouverneur est monté'à cheval pour,
traverser cette i partie -de- la Kâbylie, qui sépare
Bougie de Sétif, çt qui, il y a peu de temps en
core, nous, était hostile.
» Quel changement!
» A peine entré dans le pays kabyle, à la limite
du territoire de chaque 'tribu, les cheiks se pré
sentent pour, rendre nommage au chef de la colcn
nie et l'escorter jusqu'à ce qu'il soit arrbsé sur-le-
territoire d'une autre tribu. , _
p A chaque passage ^puté> dangereux, de petits
détochemenSj inst.Fillés dans dré sortes de corps -dc-
garde, veillent à la.sécurité.
» A ehaque endreit difficile de la route; les po
pulations travaillent v à la réparer et à 1$ rendre:
praticable. * - , ,
» A chaque village, les habitans,l'arme au pied,
attendent pour témoigRer^de leur respect , envers;
celui que le maître des homme* appelle à les gou
verner. -.
» Après trois jours d'une marcha que nous ose-
x rons appeler triomphale au milieu des populations
kabyles, M. le gouverneur entre "à Sétif, entouré
de la presque totalité de l'armée et de la popula
tion civile, esccjrté d'un goum nombreux d'Arabes;
revêtus de leurs costumes le? plus brillans'et exé
cutant de ces fantasias comme on ot'en voit que
dans la province de Constantine^;
» Inutile de dire que la; journée - consacrée par
M. le gouverneur à Sétif, a été employée à visiter\
tous les étahlissemens, à conférer avec tous les
chefs sur les besoins de leurs services; à entendre
toutes les-'réclamations; des colons, à prescrire
toutes les mesures reconnues'utiles.
» Le 3 mai,/le gouverneur était reconduit jus
qu'à'la limite de la subdivision de Sétif par M. le
général Bosquet, et-le 4, il entrait à Constantine,
accompagné de M. le général Mac-Uahon, d'une 1
suite nombreuse d'officiers, d'employés, de chefs
et notables indigènes venus à sa rencontre.
. » A Constantine se trouvaient réunies les trou-,
pes qui, quelques jours plus tard, devaient mar
cher contre la partie de la Kabylie du cercle de
Collo, restée insoumise ; elles ont été passées en
revue le S, en tenue d'expédition, comme si elles
devaient combattre lelenaemain.
» En avant de Constantine, dans la riche vallée
xlu Buu-Merzoug»,existent de, nombreux établisse^,
«mens agricoles fondés depuis quelques années à
peine : la journée du 7 leur a été donnée.
» Les heures étaient comptées. Le 7, M. le gou
verneur dût quitter Constantine pour gagner Phi-
'lippevillé et visiter, chemin faisant, les étahlisse
mens échelonnés^sur la route qui relie le chef-lieu
au port de'l* province, établissemensemodestes en
core, mais auxquels un brillant avenir est réservé.
» La coquetterie de la petite ville El-Arrouch,
magnifiquement assise dans la vallée de la Saf-
Saf, ne pouvait étonner M. le général Randen ;
c'était pour lui une vieille connaissance. Ce qui
devait le surprendre, c'est l'état remarquable de
prospérité de la colonie de GastOLville, si maltrai
tée par les maladies à son début.
» M. le gouverneur n'a pu consacrer à Philip-
peville qu'une demi-journée et une nuit ; ce temps,
■ quoique court, a cependant suffi à tout.
r»De Philippeyille, M. le gouverneur s'est rendu'
à Bone par terre, en traversant les'montagnes ;du'
Filfila et de l'Edoug, si riches en forêts et en gise-
mens métallurgiques. * A "«ne demi-journée de
marche de Philippevillej M. 'lecoloftel de TourviUe,
commandant supérieur de-1&subdivision de Bone,
l'avait rejoint'. ,
«Mentionnons dans cette course rapide une visite
au camp des transportés occupés aux travaux, de
la reute, et arrivons à Bone, à Bone où l'adminis
tration de M.- le général Randon a laissé des traces
si profondes.; - < ,
» Le matin, le temps était à la pluie, il était re?
devenu beau dans la journee pour éclairer la plus
brillante réception. < . ,
• » La population -entière a voulu fèter la bien
venue de l'ancien commandant de la subdivision,.
Pendant toute la durée de son séjour, la ville a
été pavoisée le jour, illuminée la nuit.
» Une annexé importante, Guelma, réclamait
une visite de son fondateur. Les journées du il'et
du !2 iui ont été consacrées,- ainsi qu'aux colonies
agricoles de Mondovi, jHéliopolis, Millésimo, qui,
toutes ont été- trouvées dans une excellente si
tuation. >
» Le 12, M. !fi gouverneur quittait Bone pour
rentrer à Alger. Trois heures de. relâche à Djiojelli
lui ont permis de visiter les travaux d'assainisse
ment qui s'y exécutent, et de prendre des*rensei-
gnemens sur l'état du pays qui doit être le théâtre
des prochaines opérations militaire?. » v
Lesquestions de philanthropie, deVhilan-
thropie appliquée, qui est la seule véritable,
sont étudiées avec soin dans plusieurs de
nos départemens. Nous avons déjà parlé de
ce qui s'est fait dans le Loiret pour l'organi
sation du service médical gmtuit. Le préfet,
du Doubs, M. de Lapéyrouse, se préoccupe
vivement aussi de cette question ; il vient
d'adresser aux maires une circulaire où il
trace ainsi le plan d'organisation de ce ser
vice:
On instituerait dans- chaque canton deux méde
cins qui seraient chargés de porter sur les divers
points'de leur circonscription respective les secours
et les médicamens qu'exigeraît la maladie d'une
famille nécessiteuse. ' ,
•Une -commission, au sein de laquelle siégeraient
MM. les curés et pasteurs,- serait formée^ -sous -vo
tre présidence, : dans chaque : commune,' à l'effet t
d'apprécier les besoins de la famille malade et l'op
portunité de l'appel du médecin spécial.
Celui-ci visiterait le inalade 'pendant la durée -
duvtraitement. : C. '
Les frais à" faire, tact "pour "assurer les ém'olu-
mens annuels du médecin que peur garantir le
paiement des médicamens employas, seraient cou
verts au moyen d'allocations fournies par le dé
partement, et avec le concours des communes dans
la ^proportion de leurs revenus.
. Les deux médecins recevraient chacun .300:fr.
d'indemnité par an ; à cette somme il faudrait
ajouter le prix des fourniture? effectuées,. et d'au
près l'expérience acquise dans un département plus,
populeux que le notre* ces fournitures ne coute-
raientpas, par an, plus de 3,600 fr. pour tout le
département ; de telle façon que le bilan du ser
vice se réglerait ainsi :
Cinquante-deux médecins pour vingt-
six cantons. 15.600 fr.
Achats de^médicamens.. 3.600
, Total pour-l'année. : . 19.200
Le département affecte déjà, à titre
de secours médicaux, à son budget^ ci 4.300
qui seraient reportés en faveur du, nou
veau service. '
Il y aurait donc un découvert de... 14.900
Six cent trente-neuf:communes auraient-à unir
leur action pour",y faire iacei > ; ,
En consultant; la statistique communale dressée -
sous les auspices de .l'administration, et publiée
dans VAnnuair» du Doubs, pour 1849, le chilTre
des revenus ordinaires.de&>-communes (non com
pris la ville de Besançon) s'élève à la somme totale
de 2,489,549 fr.
En prenant ce chiffre pour-élcment de calcul
du concours des communes, nous trouvons que la
proportion de ce concours serait par chaque
1,000 fr. de revenus j de 5 fr. 98 c.
Une commune ayant 1,000 fr. de revenus ordi
naires n'aurait à donner qu'une faible contribution
de 15 fr."98 c. par an , pour voir soigner gratuite-'
ment ses maladrs indigens. Le -contingent s'acn .
croîtrait au fiiret à taesure que les ressources
elles-mèm ;s seraient plus abondantes.
J'ai l'espoir que ce système stra partout accueil
li ; en présence d'avantages aussi incontestables;
au psint de vue de la inoralç publique et de l'hu-
-minité, aucune commuue. aucun conseil munici
pal, ne saurait refuser ae S'associer à mes vues, -
sans compromettre sa propre dignité aux yeux
du pays. ■
Veuillez, Messieurs, saisir vos conseils munici
paux de mon projet, et réclamer de leur patrio
tisme et de leur dévoûment une déclaration de:
pleine et entière adhésion. Faites-leur bien sentir
que les raisons d'économie n'auraient ici aucune'
valeur; les communes vetyt ètre probablement dé
grevées d'une partie des v dépenses du service de
l'instruction pumaire. Telle localité qui paie au
jourd'hui 600 fr. pour le solde de l'instituteur,
n'aura plus à donner, suivant toute prévision, que
400 fr.
Elle pourra donc facilement' fournir le faible
contingent que je- lui demande à imputer sur cet
excédant, •
! A l'occasion dé-U fête-jdes Aigles, un offi
cier de mérite» -M*l-âe Brunet, nous commu
nique urn fait qu'il tient dé la meilleure sour
ce et qui prouve, qiféï^à "toujours été dans
l'armée française le culte du drapeau :
« A la bataille d'Austerlitis, le 4 e régiment dé li
gne s'étaot,avancé avec trop d'impétuosité, au mi
lieu de l'armée ennemie, eut son premier bataillon
taillé ,en pièces par la cavalerie de la garde inipé-
rial« russe; son aigle fut pris. Le porte-aigle,
Saint-Cyr, reçut quatorze coups de salirej et les
deux sous-officiers, aides-porte-aigle, furent tués.
Bien qucce.braverégiment eût enlevé quatredrai-
peaux aux ennemis daim cfette même bataille,
l'Empereur ae lui pardonnait point d'avoir perdu
son aigle, et ce ne. fut qu'après la bataille d'Iéna,
sur les prières et les instances • des généraux et
officiers supérieurs de ee corps, qu'il consentit à
lui en rendre un nouveau, lors de-la revue passée
à Berlin. S'étant placé au milieu du carré formé ;
par le 4' de ligne; il lui dit dans une chaleureuse
harangue: n J'aimerais mieuce perdre mon bras.
dioit que de voirai'aigle de la France tomber entre ,
les mains de ses ennemis. »
» La veille de la bataille d'Eylau, en 1807, le ;
4® de ligne reçut l'ordre d'emporter le cimetière et '
l'église de la ville, placés sur une position élevée,
où les Russes étaient retranchés derrière un mûri
à hauteur d'appui. L'attaque fut rude; ' aussi ce
brave régiment perdit-it500 hommes et une quia-1
zaine d'officiers tués ou blessés, presque tous à
coups de baïonaette.
' -» Pendant < quâ ce régiment montait à l'assaut
du cimetière, l'aigle qu'il avait reçu trois mois,
auparavant fut fracassé et les débris dispersés
par la mitraille russe, sur un terrain couvert de
neige. La hampe qui le soutenait resta seule entre les
mains du sous-officier porte-aigle. Le.régiment fut
cofisterné'de cet accident , qu'il regardait, comme •
un nouveau malheur: Mais, le lendemain de cette
journée, qui fut une; des plus sanglantes de la,
campagnei un de ses officiers vint à passer • siir.
«remplacement,où l'on s'était battu: la.veille. La-,
ineige avait disparu. Il retrouva les deux ailes de,
P<\îoln ' X I» liAMn/i 'rt* eAWtri t
«nnemie/Hnei première ligne d'Autrichiens, le V .
se trouva, presqa'au- même instant, vis-à-vis une,
seconde ligne- c^mpo^ée- de .grenadiers hongrois,
■avec laquelle s'engagea un. combat terrible à là
ihaïonnette." .
» En moins d'une derai-lieure, il y eut 1,600
«hommes hors de comliat. Tous les officiers supé
rieurs furent blessés : -huit Capitaines, quinze lieu-
tenans ou sous-lieutenans restèrent sur le champ
de bataiHe, et les débris de ce régiment furent
réunis et commandés par un capitaine.^ i
d . Voilà- de quelle manière un régimeîit français
perd son drapeau.»
De la consommation da \in en Angleterre^
La question du droit sur les vins se'ra
nime en Angleterre, et les argumens pré
sentés par le nouveau chancelier de l'échi-'
quier à l'appui du système qui prévaut ac
tuellement dans la législation anglaise sont
battus en brèchede divers côtés. Le Times vient
d'accorder le concours de sa publicité à
une lettre dans laquelle le sujet est traité
par un négociant de Londres, M. Shaw, au
: point de vue tout pratique d'un accroisse
ment désirable de consommation. Gomme
,en ce moment la chambre des communes est
saisie d'une proposition d'enquête parlemen-
taire sur les vins, le débat a, chez nos voi
sins, une véritable opportunité -, il n'a pas
moins d'à-propos pour nous-mêmes, car
on sait en quelle estime le goût britannique
tient nos vins de France ; c'est là-dessus que
le fisc anglais a spéculé lorsqu'il a si déme
surément élevé les droits sur ce produit pré
cieux, et l'on est arrivé à ce point qu'à Lon
dres deux voyageurs dînant ensemble dans un
hôtel et voulant se passer la modeste fantaisie
de boire très sobrement entre eux deux une
bouteille de bordeaux et une bouteille de
Champagne , ont à payer ? pour ce seul ac
cessoire, la somme de vingt-cinq francs,
tst-ce un bon système que celui qui frappe
ainsi une marchandise d'un droit de deux
cents'ou de trois cents pour derit de sa ya-
leur? Est-il favorable au trééor? L'au^men-'
tation de la population et la prospérité
croissante ne produiraient-elles pas en An
gleterre un rapide "développement de con
sommation, si Vénormité du droit n'était un
invincible' obstacle? La tendance générale
vers des habitudes plus raffinées ne terait-ellë
pas abandonner. les,boissons lourdes,;mal
saines , qui Occasioftent une irnsse abru
tissante, et ,une sorte d'empbisonnement,* si'
Ton pouvait' les'remplacer ^ar un breuvage'
meilleur et parfaitement sain? Tels sont les*
po ; nts f èibordés'par le correspondant du Tï-
mes, et nous trouvons dans sa,lettre plus'
d'un renseignement, utile.'
Dans les dix premières années de ce siècle,
; lë&,droits sur lés vins de totite provenance
; ont donné ' en Angleterre un revenu supé
rieur de 700,000 livres à ce qu'il à été depuis
1,821 ; de 1810 à' 1820, ce même revenu a dé
possédé,200,000 ïiv.cequ'il a étë depuis. De
Î791 à 1800j la consommation anglaise avait
I^UILM DC CÔSSTiTlJTlâm/^'MAi.
BEVUE; MUSICALE.
,j EXERCICBS DH .COSSEKyATOIB^. :
'i"''-' ''' L'iratit DEMÉHUi,. '
*. A deux . heure? ' de , l'àprèg-mid'i ; ; par pi
' temps splendide, le jardin' du ministère des
travaux publics était déjà reippli d'une foulei
dejeunes'et jolies femmes qui;'après tant de-
soirées brillantes^ venaient inaugurer avec-
joie; là prémièrè ; fête du printemps.
pnes,- défiàirt.ïegrand-jourpar l'éclat'de.
léùr teintnjavaiont point quitté leur rbb'e
' dé bal,'et sfe promenaient bravement en plein
; air, l'épaule nué, lés cheveux couronnés de :
'bleuets, de dahlias et de rosés moùsseusés;.
d'autres, le plus grand nombre, avaient pré-i
féré la toilette de Ville,les étoffe^ les plus ;
"légères et les-plus charmantes, les plus jolis
chapeaux,' • merveilles d'élégâncé et de goût
fraîchement écloses dans les ateliers de Laure.
et de Mme Bàrenne.. Ôn avait dressé un
; grand théâtre au'milieu de• Ja pelouse, et
une vaste tente ' abritait lés spectatrices des s
ardeurs du soleil. En face, adossée au corps »
de logis principal, s'élevait une tribune d'hon-
" neur, oenée de draperies de yélovirs à : fran-
gesd'or et de grands inédailloris contenantdës
' aigles. Le coup-d'œil était ravissant; 1} n'y
avait pas une allée du jardin^ pâs nii coin,
pas',un arbre qui .ne cachât quelque jeu ou :
* quelque surprise. Tir aû.pistolet, tir à l'ai*--
" bklète;" chevaux,dé boi^ .cplombf s magiques,-
"billards en 'miniature, toupiè hollandaise,
ballons captifs, tonneaux, roulettes, rien ne:
minquait ënflndàjcei. qui-,constitue nos ker-:
messes' parisienne». Chaque dame reoevaiten
,entrant;àes -billets c|é ■ loterie, bleus et roses
qu'on pouvait échanger centre: -mille objets,
mille petits riens charmans qu'on dirait sor-
.tis de là main des fées. .
i L'orcbcstrcj.dirigé par Strauss, était placé
; dans une magnifique allée, de marronniers >
• et, un parquet couvert d'une toile verte imi-
-tant le gazon, protégeait les, pieds des dan
seuses contre les grains de sable qui auraient
pu se glisser dans, leurs souliers. Ce Strauss
, a certainement signé .-un pacte avec quelque
sorcière de ses amies. Il ; doit chevaucher la
nuit sur .un manche à .balai; ppur'êjre à la
; fois sur les -points les plus , éloignés, ;Quel-
-ques heures avantlalête il était à Francfort,
■et le.-voilà tout frais , tout reposé, donnant
■ le signal des- ; valses:St des quadrilles! J'ai
voulu lui parler et lui toucher la main pour
-m'assyrer,que,c'était bien lui. ■ ; . ..
, Cependant la foule augmentait d'heure en
heure, et la chaleur aussi,- Des marchandes
de coco,,d'une politesse rare, versaient, à
.qui -en voulait # de la limonade excellente,
tandis que deux bufiets,: renouvelés sans
cesse et servis par un nombreux domestique,
offraient aux invités toutes , sortes de rafrat-
rcbiîSemens.-On n'avait rien oublié, Les 1 ama-
-teurs de plaisirs tranquilles trouvaient, dans
un endroit écartiei solitaire, unjoli théàlra
^de marionnettes qui m'», rappelé mon cher
teatrino dé pupi de la place del Castello, àNa-
rples< Ces petits acteurs de bois, ces fantoccini
.d'élite,,-fiers d'Un si nijblé auditoire^ ont
.dansé; etchanté au piano-dela façon, la.pjps
galante et la.plusagréablç,.Mais, ô caprice,
ô mobilité! ô souveraine injustice des hovn-
mesl La pièce n'était point finie, le rideau
n'était pas tombé, que l'ingrat public s'écou
lait rapidement pour, admirer les tours de M.
- Ha^nilton.-11 en a faitde très adroits, dé très jo
lis, detrçs.amusans/tels que ses boules de cris
tal, sa bouteille inépuisable, et cette fameuse
-corne d'abondance, d'où il fait jaillir à vq-
Jonlc- d.es ; fleurs, ;de§ bonbons,, des albums,
,des,éventails, etc, £e- 4iabl§, de sorcier aura
;fl%iré-de.lein poaprofessi 1 on> cariKm'à (déco
ché tui jonïnal en pleine poitrine. C'était fe
Cagliostr»,-co mme de juste, j outd al, des esca
moteurs, tiré sur beau vélin, pour la circon
stance. , ,
A propos de journaux, le spirituél M. Ga-
loppe d'Onquaire -avait annoncé lui-même,
dans sa chronique, selon l'usage adopté,
Îu'on jouerait une scène dé... M. Galoppe
'Onquaife. Je regrette que Leyassor n'ait
pas eu le temps de l'apprendre. Il a rempla-
cé l'impromptu de M. Gàloppe, qui devait
être charmant, je n'en doute pas, par uné
folie des plus divertissantes.: le Rasoir an-
g'ais.Va brave et digne garçon, qui s'est.ré
veillé un peu tard le -jour de ses noces, saute à
bas du iit pour se faire la barbe. Par bon--
heur il a .un rasoir excellent, si excellent, -
3u'il se fait trois balafres. Pçndant qu'il perd
u temps à chercher du taffetas,toujours an
glais, pour panser ses blessures, .une lettre
arrive. Il avait demàudé des renseignèmens
sur safuture, et son correspondant lui man
de que la femme qu'il est sur le point d'é
pouser est- une maigne créature, et le beauf
père un filou. Levassor bénit son rasoir,
cause de cet heureux retard,.£t ya sa recou
cher. . . ■ ... > ::r. rr,
Mais ce qui a ie plus amusé tout le mon
de,' c'est le joli ballet-pantomime composé
par Saint-Leon, et auquel on avait donné ce
titre piquant : les Dangers de ■ la ^Coquetterie,
Figurezrvous Levassor en habit de .coiffeur
de village, exhalant, par uue nuit profonde-,
sous les croisées de Cplombine^ son amou
reuse plainte en un solo de flûte. A ,ce solç
répond dans le» ténèbres, non pas la . cruelle
Colombine, mais un solodë. clarinette joué par
Grassot. Levassor, intrigué, au dernierpomt,
tire un écrijeau de sa poche et le déroule aux
.yeiîx de$ gpectateursï: qui. peuvent y . lire,
-malgré l'obscurité, les mots que voici. Si
c'est l'écho, il est bien en retard ! Mais quel est
l'étonnemeat de Grassot, lorsqu'eri soufflant
dans sa.clarinette, il entend bruire à son
.oreïtte les .."notes formidables ;d'un basson!
Ce ; ;bassôn, c'est Hyacinthe !. Attirée par ce
-triOk inçoijiparablo 4°W, il -n'y a,.point
d'éxémplê dans les fastes deja cacophonie,
Mlle Nadejda Bàgdanoff parait sous les traits
de Colombine, et voltige, légère et coquette,
au milieu de ses trois soupirans^On n'a pas
dé plus jolis petits pieds, ni de plus fines at
taches, ni. une jambe mieux faite que Mlle
Bagdanoff. Elle a dansé et mimé avec une
grâce, une distinction, un air de bonne com
pagnie dont on lui a ténu compte ; elle a eu
le plus grand succès. Mais la, beauté et la
grâce de Colombine allument chez les trois
galans la plus terrible colère ; ils se dispu
tent, s'injurient, se. battent. Hyacinthe tombé
dans le puits, Grassot. ya'chercher la
garde. Levassor j généreux et noble com
me un preux de i'Arioste, pêche son rival
À In lin>nA min l'mti /1 a i / i JJjjU€ttC *
à la ligne sur l'air de ta
Pêcheurj
parle bas. Que vous dirai-je enfin, et com
ment vous donnerune idée de cette farce ho-r
mériquef Qui n'a pas vu Grassot, vêtu d'un
pantalon prodigieux à carreaux impossibles,
d'un incroyable gilet, d'un habit fantasti
que, et . coiffé d'un tromblon pyramidal,
qui lie l'a pas vu battre dés entrechats,
s'enlever, se pencher pour- soutenir sa daii-
séusej exécuter'des piroùettës, des toursde
i jambe,des gargouillaaes à'nn nouveau genre^
ne sait pas à quél degré dé bouffonnerie peut
S'élever ce grand artiste. Vestris, premier du
nom, se serait avoué vaincu. Où trouverai-^
je des mots pour exprimer la sublime bêtise
de flyacinthé, décrochant de la vitrine, du
coiffeur une statue en ciré et se persuadant,
pour se consoler, que c'est elle -/ .on l'inalte-,
rable sang-froid de Lavassor ; magnétisant sa
danseuse, et recevant, au lieu d'nil bàiserj
un vigoureux soufflet, parce que. le fluide a
manqué au meilleur moment. Enfin les trois
-comiques, ennuyés de ne-s'expliâuer. que
par gestes, se mettent à parler à la xoisi aCe-
' cî devient trop compliqué, dit.Lcvassor, au
diable la pantomime !i Si nous parlions !» Le
ballet se termine par un joli pas de caractère,
une sorte de jaîêo, fort bien daiasé far Tyié-
rante et Mlle Bagdanoff.> ., u <
, Le spèctaclééîait fini, lejoixr tombaiVîl était
,plus,'dé,,six heureSvCes damef.étaient çhar-
géés de j ôujoux, dé "bottes, dè mirlitons, dè
poupées, polipjtîineliés, ^t mouraient d'en
vié de rapporter aux enfans. ce riche butin.'
Chacun' serait ï>ar.li " s'il àvâit'osë: Mais ^er-
sonne ne donnait le'signal du:déport. Tout; à
coup le ciél se couvre, le Jtonûérre éclate^:on
yolf tomber quelques gouttas" de „pltiie. Cet
orage arrivait si tard et'si à propos, qu'on a
pu croire un instant ; que c'était tine dernière
surprise ménagée par Levassor. ' ^
La fête a été charmante. M. le mihistre des
travaux publics et Mme Léfebyre-Duruflé'en
ont fait' les honneurs avec une, cordialité
franche, une courtoisie et ime. grâce par
faites. ;
—Les élèves du Conservatoire ont ioué,l'au
tre dimartche, sur letir petit théâtre^ et en
costumés j l'Irato de Méhul. ; J'avais .le plué
grand "désir d'entendre cet ouvrage. Je con
naissais la ipartition,, j'avais, lu, .cette' lettre
singulière' où le célèbre comilositeur a, crû
devoir s'excuserd'avoir lait, une fois dans sa
yiè,delàmiisiquëitaliënne,pour s'en moquer,
bien entendu, et sans la moindre intention
de passer'à l'ennemi. Mais, je-nîétais pas 'én
France lors de la dernière reprise de l'Irato,
l'exception de 'l'àdmirablé quatuor que
tout le monde sait par cœur, et qui doit plai
de, à la scênç comme au piano, je ne mè ren
dais' pas biep compte de l'effet que cette, pré-
îenduç satire pouvait produire aùlhéâti"e r
' Méhul est sans contredit l'un des plus
grands, compositeurs de l'école frànçaisé.
Mais lorsque les gens d'esprit font une sottise,
ils né la font jamais à demi. Je ne sais par
quelle étrange fantaisie l'auteur de tant d'œu-
vres remarquables s'avisa un jour de paro
dier ce qu'il appelait la' musique italienne.
En ce, temps-la, vers 1801 ,."uné nouvelle
troupe de Bouffes venait d'arriver-à Paris.
Ils, eurent un suûcès fou; il n'y avait (Je
spectateurs que pour leur théâtre. Ils chan
taient d'une manière exquise, et 'aVeç iine
méthode alors incdnnuè, des mélodies d'u
ne simplicité et d'une. grâbe : channanteg,- la
MoUnara, 'il 'fiJàtrimmio'.segreto, ''les chef^-
d'(feùvrè de.PaisieMo/de' Cimarosa, ' de Gû-- 1
|lieltiii'.' t'était à' qûf 'Viii.téraït ies' tnérite»
des'noùveaux artistes et'de la'muSique qu'ils'
interprétaient.Méhul en conçutde lïumeur; '
il voulut, du mêmècoup, donner une leçon
au. public et humilier ces étrangèrs. Il n'était
point jaloux cependant- toutee que nous con
naissons de sa vie et 4e son caractère éloigne
un tel reproche. J'si racontéde lui,dans Une
autre occasion, un trait d'une probité rare et
d'une grande noblesse. Il refusa la place de
maître de chapelle que l'Emperçur lui avait of
ferte, et osa lu\ soutenir que Chêrubini en était
leseul dlgnë, malgré l'antipathie insurmon
table que l'Empereur avait pour Chêrubini.
Continent donc se fait-|l qu'un ' homme si
éqùitable ; "Si généreux et d'un si grand ta
lent se soit laissé dominer par ùn mouvement
d'enyie.on de dépit? Il' faut qu'il ait cède à
quelque suggestion perfide, à. quelque indi-
qût l'eilcense etqui »
gare: îl faudrait laisser ' aux feots ce triste
privilège. Toujours èst-il que l'auteur d 'Eu-
phrosineet de Stratonice s'i magina qu'il pour
rait faire, quàDd il lé voudrait, en-se jouant,
des Molinara et Mariage secret. U fit jouer sa
pièce sous un nom supposé,f et on était si
peu connaisseur à cette époque, qii'on s'y
laissa prendre.
Ce qui nous étonne aujourd'hui'^ c'est
l'incroyable, erreur dans laquelle est tombé
Méhul, erreur qui né serait pas;excusable
chez ùn homme entièrement étranger à la
musique de'!son , temps; ;On dirait qu'il n'a
jamais assisté à la représentation'd'un opé
ra italien. 11 reproche' à sesrivaux précisé
ment les défauts Qu'ils'n'ont pas," et raille
leurs' qualités les plus .précieuses. Qui ose-
'rait accuser Pâisiello d'exagération, d'em-
phasè et d'extravagance ? QUr pourrait refu
ser à fcitaarosala'simplicité, là gaîté et l'en-
s tràin? C'est pourtant ç« qu'a Voulu prouver
Méhul par ' sa. longue' 'et,broyante parodie.
Il Regardait évidemment la basique bouffe
comme àu-dessous de lui ; il'croyait de très
bonpe foi «u'après,avoir ému soit auditoire
pàtTdœicceiisTiàfesiohnés , ; pàr mfîtyle^lévé
BVRGilï 'i riKf de (Palala-Itoyal), ni i
B 1852.-MARDI 25 MAI.
I. rmx^jet ^'Afo^iunpipt. ';
PARIS......... 13 F. PAR TBIMESTRE.
DÉPABTEMENS. 16. F. —.. .
JK NUMÉRO : #0 CENTIMES; '
lu aboantmeru datent 4es l ,r tt 16 .
^ " deçhaqutmoùï
»oçà ws pats j &tringsb* , se reportai
tableau qui sera publié dans le journal,
Ies;l(| et i$ ds chaque mais..
JOURNAL POLITIQUE, LITTÉRAIRE, UNIVERSEL.
; S'adresser j franco, pour la rédaction, & M} C bcheval- C larigny, rédacteur en chef,} ■ 0a tobe/nne, dans Ut département, aux Messageries et aux Directions de poste,—-A Londres, cAe*MM »€owatlFiil5| S'adresser, fràûcoj poat VadministratioïC^ il MS JftflUJJfj directeur 1 }]
'' . les artiolesdépoaér ne sont pu rendus} J' * . — A Strasbourg, chez M, A lka JNDR ï , pour l'AMernagne. |Les annonoes sont reçu^sauburean du Journal; et che* M .pan1s, régisseur, lo,place delà Botir
PARIS, 24 MAI.
r. Le gouvernement, ainsi que nous l'avons
annoncé, vient de soumettre-au conseil d'E
tat un projet de loi sur les douanes^ dont
une des principales dispositions consiste à
' supprimer la prohibition sur les faïences
" étrangères, et à la remplacer par un droit à
• l'importation.
-■ La prohibition est la ; moyen de prot&j-
tion je plus énergique, le plus absolu; et
par conséquent ne doit être maintenue que
lorsqu'elle 'est véritablement, indispensa -
ble«pour garantir les intérêts du travail na
tional. C',eét grâce à ; la prohibition qui a
frappé jusqu'ici les faïences étrangères que,
cette fabrication a pu s'établir en France. Le.
gouvernement a pensé qu'en présence des
progrès repoarquahles accomplis par notre
industrie céramique, le moment pouvait être
venu de se départir d'un régime exclusif.
No vis aimons à espérer que nos fabriques de.
- faïence pourront, en, effets se soutenir au
jourd'hui sans le secours de la prohibition,-
mais, ce ne, peut être qyi'à uni condition
expresse ; il faut que le droit à l'importation
soit assez élevé pour les protéger efficacement
contre les fabriques similaires de l'étranger.
' C'est toujours une.entreprise diffiyciU.'et
délicate que de faire passer une industrie
. d'un régime .économique sou? up aytre. On'
n'est jamais, cer tain d!avoir tenu compte de
tous les-élémens de là question, et on s'ex
pose à provoquer, une crise qu'on n'avait
pas- prèrae/La sagesse commande;. don,c de
ne procéder,, qu'avec circonspection. La sup
pression de la. prohibition-est une mesure
assez .grave de sa nature pour, qu'on s'attat
che à ménager la transition. Cette prudence
est d'ailleurs d'autant plus nécessaire, en
ce qui, concerne notre industrie des faïences,
qu'elle aura.àlutter contre une concurrence
dès plus dangereuses. «
On ne se.faît pas, en France une idée exacte,
de l'immense développemént que la fabrica-,
tion de la faïences reçue en Angleterre: Il
faut, pour s'en: rendre compte, avoir visité
la partie du> Staffordshire dans laquelle: cet?
tje fabrication s'est concentrée. Là, sur une
Rendue d'un myriaraètre, vous trouvez une
population de soixante milleôndi vidus j hom
mes, femmes; enfans, qui' sont employés
4 lîindust'rjë ' céramique et qui n'oint pas
d'autre moyen, d! existence. C'est le résultat
delà belledécouverte de Josiah Wedgw-ood;
qui remplaça la poterie cpmmune-pàr une
faïence à biscuit dense et-serré, à-vernis
transparent. Depuis cette, invention*, qui
date d;uûe centaine' d'aquées , le district
dn\Staffprd*bire, dont Burslem, Longppri,
Newportj- etc., etc. , indiquent-les. points
principaux', a subi une véritable transforma
tion. Des villages qui étaient, il y a un sièr
cje., à plusieurs-milics. le&.uns'des autres,. se
touchent £t:se dftnuent.lamainj.On évalue
aujourd'hui la production ,annuelle de cette
contrée,à 60 ou, 70.millions, dont, près de
moitié es.t> exportée, à l'étyapger ét alimente
les tlivers.marchéstdu.monde.. -
Bien ' que l'Angleterre! nous ait précédés
dans la fabrication de là faïence frae^ nous
ne. redouterions pas cependant la comparai
son sous le point de yùe .de.Ia perfection des
' procédés industriels on de la beauté des, pro
duits, Les progrès de cette
rigé la manufacture de' Sèvres,- Wf.' Brori-
goiart, dans son, rapport sur une dè'i expo
sitions, sont, tellement eonsidérahies-.et tel
lement rapides, - qu'on a peine à lés- suivrê»
•Les procédés, disait-âl eficore, sont.amélio-
^rés avant' même qu'on-ait lé temps de les
faire connaître. Le^rapporteûrder l'exposition
de. 1849 à également, signalé, en exammaût
lçs faïences jqué,nos ônanufao^uira y avaient
envoyées, l'élégance des formes, la pureté
idel'émail, la variété des impressions, l'éclat
jdes couleurs ,;toutes choses qui dénotent une
'fabrication aussi, avancée que celle du Staf-
ifordshire. .
! Notre faïence égale donc celle, de l'Angle
terre, cela nous paraît certain,; et nous l'a
vons constaté nous-mêmes en rendant comp
te de l'exposition universelle de Londres. Nous
avons le droit d'en conclure que nos manufac
turiers ne se sont pas endormis sùr l'oreiller
de la protection, ainsi que lês libre-échan-
gisteS le répètent à tout propos ; qu'ils ont:,
justifié,au contraire, par leurs"efforts persé
vérons, les encouragemens qui ieur ont été
accordés, et qu'enfin, entrés dans la carrière
soixante ans après les fabricàns d'outre-Man
che, ils ont promptement, regagné l'avance,
que leurs rivaux avaient sur eux. Mais ce
n'est là qu'un côté de la question. Nos ma
nufacturiers fabriquent-ils et peuvenVils fa
briquer à aussi bon .marché que les manu
facturiers anglais? Voilà; ce- qu'il ; importe
surtout d'examiner en matière de tarifs.
Sans doute les perfectionnemens incessans
que nos usines ont introduits dans leurs pro
cédés. n'ont pas 6u seulement pour résultat
d!améliorer la qualité dek produits.; ils ont
également- permis 1 de les livrer à des prix
beaucoup moindres, et certes les progrès!
réalisésspus ce.point de vue méritent d'être si*
gmlés. On peutestimer quele prix des faïences
a baissé, en France d'au moins 50 0/0 depuis
vingtans^etencore doit-on remarquer quelea
produits livrés aujourd'hui à un prixmoitié
moindrej- sont beaucoup plus beaux et beau-,
coup plus durables, ce qui représente en réa
lité uneautre réduction. Malheureusement, si
considérables que soient ces diminutions,
il s'en faut encore de beaucoup que nos prix
soient descendus aussi bas qu'en Angleterre.
Est-ce la faute de notre industrie? En* au
cune façon: Nos fabricant font tout ce qu'ils
peuvent} on ne citerait pas un perfection»
nement qu'ils ne se-soient empressés d'adop
ter. Mais ils ont à lutter contre des causes
d'infériorité qu'il ne leur est pas" donné de
vaincre avec tout leur zèle, avec toute leur-
ardeur.
En effet, pour pëu 1 qu'on veuille étudier
les élémens de là production dans les deux
pays, .on ne larde pas à reconnaître que les
établissemens français sont .placés dans des
condition» bién moins-favorables. Les fa-
briqueSpdu Staffordshire sont réunies et se
pressent dans une contrée merveilleusement
située- au point de vue industriel et com
mercial : elles sont desservies par un vasté
réseau de canalisaIîoh7 par le canal Calé
donien j le canal de Newcastlé, le canal
de Trunck , . qui «apportent au pied même
de l'usine toutes Içs ; matières premières
nécessaires à tla. fabrication. La houille
menue ne leur revient-qu'à <45 centimes le
quintal. Enfiri, les bateaux qui leur ont ap-
por.téi.les matières premières, remportent
leurs-' produits; fabriqués, et 1 vont les distri
buer dans les lieux dé consommation on
d'exportation. Commenî comparer cette si tua-
tiôn avantagëïïsë à ceTîé'3"e nos fabriques, qui
sont obligées de? supporter des frais,de transe
p«rt onéreux pour faire,venir leurs matières
premières ou pour envoyer les produits de
la manufacture aux centres de population?
Ce quintal de. houille que les usines du
Staffordshire se procurent au prix de 4-5 c. ! ,
q'o^ grandes fabriques du. centre doivent le
pçiyèr.2 £r. 2a oui,cinq,fois autant.. En fautr
-ii davantage pourmontrer-l'influence consi-
dérahlé que- la seule différence des frais de
transport doit occasioner s'jr, les prix de fa
brication, et sur les prix de. vente dans les ;
dèux^paysî' x V: ' ' t,
Nous aurions a énùmérer beaucoup d'au-? ;
très causes) de ^renchérissement qui pèsent!
sur nos mSnûfacture?;' ïl leurfAut payer plus i
^cher -le' kaolin et la., pierre, dp. Cornoiiailles,
les couleurs et le papier àimpression qu'elles
jsont obligées de faire venir d'Angleterre, le ;
jplomb qui supporte, un droit assez élevé à-
Ison. entrée en France. Ainsi, presque tous les :
.élémens de la fabrication leur reviennent à.:»
ides prix plus élevés.
i Mais ce qui constitue un autre avantage
non'moins important pour l'indùstrie an
glaise, c'est la masse énorme de sa produc
tion. Les usipes du Staffordshire, nous l'a
vons dit plus haut, fabriquent annuelle- .
ment pour 60 ou 70 millions de faïence/
tandis que toutes nos usines ensemble, n'en
font guère qu^ pour 3 millions ; è'est-à-
dire que la production anglaise est douze ou
quatorze fois plus grande que la nôtre. Cette
différence s'explique par l'usage général de la
faïence en Angleterre,-, et par le chiffre
élevé ' des exportations à ' l'étranger. Or,
s'il est «ne vérité établie ëh économie ma
nufacturière, c'est que l'on produit à des
prix d'autant plus bas que l'on produit dar .
vantâge. La raison en est simple. D'abord les
frais généraux diminuent en se répartissant
sur une plus grande quantité de produits,
^ilais ce n'est pas tout. 11 s'introduit, en rai- 1
Hon même dé l'étendue de la production in
dustrielle,,une division iéconomique entre,
les différentes branches de la fabrication;
Ainsi, tandis-que nos manufactures sont
obligées de tout faire, elles-mêmes et de
prendre la terre à,l'état brut p.Qur lui faire
subir toutes les transformations successives
jusqu'à la dernière façon, la préparation des
matières premières alimente dans le Staf
fordshire une foule d'usines spéciales, de telle
sorte que les fabriques de faïence n'ont pas'
à s'occuper de ces manipulations accessoires,
et ne sont, pas obligées de s'encombrer de
vastes approvisionnemens. Enfin, pour com
pléter le tableau, nous dirons qu'il existe en
Angleterre deux papeteries qui font uni
quement du papier à impression pour ces
fabriques. Voilà ce que permet de faire une
grande production, et ce qui est impossible
avec une production aussi faible et aussi dis
séminée que la nôtre.
Nous croypns inutile d'insister davantage
pour.montrer que les prix de .revient sont
nécessairementbeaucoupplus considérables
enFrance qu'en Angleterre. Il faut donpavant
tout que le droit, de douane soit assez élevé
pour- couvrir cette différence. Mais il y a
d'autres considérations dont lé gouverne
ment doit tenir compte'. On doit se mettre
en garde contre l'engouement de la mode,'
qui pourrait se porter sur les produits an
glais, et qui aurait des conséquences dé r
sastreuses- pour nos fabriques. Les An
glais, il importe de ne pas le perdre de vue,. ^
exportent chaque année une masse de faïen
ces d'une valeur d'environ 25 millions, c'est-
à-dire d'une valeur égale à cinq fois notre
production 1 totale. On voit donc que, si no
tre marché n'était pas suffisamment défendu,
l'industrie britannique n'aurait pas besoin
d!un grand effort pour écraser nos fabriques
ét"pour s'emparer de notre consommation.
C'est le-cas de rappeler ici l'anecdote ra^
contée par un homme dont les partisans de
la liberté commerciale ne. contesteront " pas
sans doute l'autorité, par Jean-Baptiste Say.-
Lord Eden, qui négocia avec la France le traité
de 1786 de sinistre mémoire, écrivait à notre.
gouvernement 'en réclamant l'introduction
des faïences anglaises : «Que craignez-vous ?
Nous vous vendrons peut-être quelques misé
rables douzaines d'assiettes; mais qu'est-ce
que cela à'côté des magnifiqnés pbfcelaînes de
jSèvres que vqus allez vendre chez nous 1 » Lé
gouvernement français fit comme le corbeau
"de la fable, il se laissa prendre à cette flatterie;
et il ouvrit, nos portes aux produits, du Staf r
fordshire.- Quel en,-fut le résultat? Jean-
Baptiste Say prend soin dè nous l'apprendre
lui-même : nos envois'de 1 porcelaine de Sèr
vres en Angleterre se bornèrent à fort, peu
de chose, tandis que nous vîmes les faïences
; anglaises arriver par , masses et pour plu-
i sieiurs millions de francs. La raison en est
Joute simple, ajoute le grand pontife de
1 ; *l''fcCOûomie polîtiqueyc'ÊSt que le débit des
t articles courans est à la fois le plus consi-
dérable.et le plus assuré, c'est qu'on vend et
qu'on vendra toujours plus de choux que
d'ananas, plus de chandeliers que de lustres,
plus de calicot que de cachemire. Sachons
profiter de la leçon, et ne retombons pas
dans la même faute. i. : bcrat. ■
Nous lisons dans l'Algérien, sous la date
d'Alger, 15 mai :
« M. le gouverneur est rentré hier soir, 14 mai,
à .Alger, de retour de .son voyage en Kibylie.
» Parti d'Alger le 28' avril, à bord , du Phare,
pour allefr visiter la province de Constautine,M.le
gouverneur-général débarquait le lendemain à~huit
heures du matin à Bougie, où se trouvait le géné
ral Bosquet, commandant Supérieur, de la subdivi
sion, venu exprès de Sétif pour le recevoir. .
«Après quelques heures consacrées à entendre,
les autorités locales et à donner quelques instruc
tions, M. le gouverneur est monté'à cheval pour,
traverser cette i partie -de- la Kâbylie, qui sépare
Bougie de Sétif, çt qui, il y a peu de temps en
core, nous, était hostile.
» Quel changement!
» A peine entré dans le pays kabyle, à la limite
du territoire de chaque 'tribu, les cheiks se pré
sentent pour, rendre nommage au chef de la colcn
nie et l'escorter jusqu'à ce qu'il soit arrbsé sur-le-
territoire d'une autre tribu. , _
p A chaque passage ^puté> dangereux, de petits
détochemenSj inst.Fillés dans dré sortes de corps -dc-
garde, veillent à la.sécurité.
» A ehaque endreit difficile de la route; les po
pulations travaillent v à la réparer et à 1$ rendre:
praticable. * - , ,
» A chaque village, les habitans,l'arme au pied,
attendent pour témoigRer^de leur respect , envers;
celui que le maître des homme* appelle à les gou
verner. -.
» Après trois jours d'une marcha que nous ose-
x rons appeler triomphale au milieu des populations
kabyles, M. le gouverneur entre "à Sétif, entouré
de la presque totalité de l'armée et de la popula
tion civile, esccjrté d'un goum nombreux d'Arabes;
revêtus de leurs costumes le? plus brillans'et exé
cutant de ces fantasias comme on ot'en voit que
dans la province de Constantine^;
» Inutile de dire que la; journée - consacrée par
M. le gouverneur à Sétif, a été employée à visiter\
tous les étahlissemens, à conférer avec tous les
chefs sur les besoins de leurs services; à entendre
toutes les-'réclamations; des colons, à prescrire
toutes les mesures reconnues'utiles.
» Le 3 mai,/le gouverneur était reconduit jus
qu'à'la limite de la subdivision de Sétif par M. le
général Bosquet, et-le 4, il entrait à Constantine,
accompagné de M. le général Mac-Uahon, d'une 1
suite nombreuse d'officiers, d'employés, de chefs
et notables indigènes venus à sa rencontre.
. » A Constantine se trouvaient réunies les trou-,
pes qui, quelques jours plus tard, devaient mar
cher contre la partie de la Kabylie du cercle de
Collo, restée insoumise ; elles ont été passées en
revue le S, en tenue d'expédition, comme si elles
devaient combattre lelenaemain.
» En avant de Constantine, dans la riche vallée
xlu Buu-Merzoug»,existent de, nombreux établisse^,
«mens agricoles fondés depuis quelques années à
peine : la journée du 7 leur a été donnée.
» Les heures étaient comptées. Le 7, M. le gou
verneur dût quitter Constantine pour gagner Phi-
'lippevillé et visiter, chemin faisant, les étahlisse
mens échelonnés^sur la route qui relie le chef-lieu
au port de'l* province, établissemensemodestes en
core, mais auxquels un brillant avenir est réservé.
» La coquetterie de la petite ville El-Arrouch,
magnifiquement assise dans la vallée de la Saf-
Saf, ne pouvait étonner M. le général Randen ;
c'était pour lui une vieille connaissance. Ce qui
devait le surprendre, c'est l'état remarquable de
prospérité de la colonie de GastOLville, si maltrai
tée par les maladies à son début.
» M. le gouverneur n'a pu consacrer à Philip-
peville qu'une demi-journée et une nuit ; ce temps,
■ quoique court, a cependant suffi à tout.
r»De Philippeyille, M. le gouverneur s'est rendu'
à Bone par terre, en traversant les'montagnes ;du'
Filfila et de l'Edoug, si riches en forêts et en gise-
mens métallurgiques. * A "«ne demi-journée de
marche de Philippevillej M. 'lecoloftel de TourviUe,
commandant supérieur de-1&subdivision de Bone,
l'avait rejoint'. ,
«Mentionnons dans cette course rapide une visite
au camp des transportés occupés aux travaux, de
la reute, et arrivons à Bone, à Bone où l'adminis
tration de M.- le général Randon a laissé des traces
si profondes.; - < ,
» Le matin, le temps était à la pluie, il était re?
devenu beau dans la journee pour éclairer la plus
brillante réception. < . ,
• » La population -entière a voulu fèter la bien
venue de l'ancien commandant de la subdivision,.
Pendant toute la durée de son séjour, la ville a
été pavoisée le jour, illuminée la nuit.
» Une annexé importante, Guelma, réclamait
une visite de son fondateur. Les journées du il'et
du !2 iui ont été consacrées,- ainsi qu'aux colonies
agricoles de Mondovi, jHéliopolis, Millésimo, qui,
toutes ont été- trouvées dans une excellente si
tuation. >
» Le 12, M. !fi gouverneur quittait Bone pour
rentrer à Alger. Trois heures de. relâche à Djiojelli
lui ont permis de visiter les travaux d'assainisse
ment qui s'y exécutent, et de prendre des*rensei-
gnemens sur l'état du pays qui doit être le théâtre
des prochaines opérations militaire?. » v
Lesquestions de philanthropie, deVhilan-
thropie appliquée, qui est la seule véritable,
sont étudiées avec soin dans plusieurs de
nos départemens. Nous avons déjà parlé de
ce qui s'est fait dans le Loiret pour l'organi
sation du service médical gmtuit. Le préfet,
du Doubs, M. de Lapéyrouse, se préoccupe
vivement aussi de cette question ; il vient
d'adresser aux maires une circulaire où il
trace ainsi le plan d'organisation de ce ser
vice:
On instituerait dans- chaque canton deux méde
cins qui seraient chargés de porter sur les divers
points'de leur circonscription respective les secours
et les médicamens qu'exigeraît la maladie d'une
famille nécessiteuse. ' ,
•Une -commission, au sein de laquelle siégeraient
MM. les curés et pasteurs,- serait formée^ -sous -vo
tre présidence, : dans chaque : commune,' à l'effet t
d'apprécier les besoins de la famille malade et l'op
portunité de l'appel du médecin spécial.
Celui-ci visiterait le inalade 'pendant la durée -
duvtraitement. : C. '
Les frais à" faire, tact "pour "assurer les ém'olu-
mens annuels du médecin que peur garantir le
paiement des médicamens employas, seraient cou
verts au moyen d'allocations fournies par le dé
partement, et avec le concours des communes dans
la ^proportion de leurs revenus.
. Les deux médecins recevraient chacun .300:fr.
d'indemnité par an ; à cette somme il faudrait
ajouter le prix des fourniture? effectuées,. et d'au
près l'expérience acquise dans un département plus,
populeux que le notre* ces fournitures ne coute-
raientpas, par an, plus de 3,600 fr. pour tout le
département ; de telle façon que le bilan du ser
vice se réglerait ainsi :
Cinquante-deux médecins pour vingt-
six cantons. 15.600 fr.
Achats de^médicamens.. 3.600
, Total pour-l'année. : . 19.200
Le département affecte déjà, à titre
de secours médicaux, à son budget^ ci 4.300
qui seraient reportés en faveur du, nou
veau service. '
Il y aurait donc un découvert de... 14.900
Six cent trente-neuf:communes auraient-à unir
leur action pour",y faire iacei > ; ,
En consultant; la statistique communale dressée -
sous les auspices de .l'administration, et publiée
dans VAnnuair» du Doubs, pour 1849, le chilTre
des revenus ordinaires.de&>-communes (non com
pris la ville de Besançon) s'élève à la somme totale
de 2,489,549 fr.
En prenant ce chiffre pour-élcment de calcul
du concours des communes, nous trouvons que la
proportion de ce concours serait par chaque
1,000 fr. de revenus j de 5 fr. 98 c.
Une commune ayant 1,000 fr. de revenus ordi
naires n'aurait à donner qu'une faible contribution
de 15 fr."98 c. par an , pour voir soigner gratuite-'
ment ses maladrs indigens. Le -contingent s'acn .
croîtrait au fiiret à taesure que les ressources
elles-mèm ;s seraient plus abondantes.
J'ai l'espoir que ce système stra partout accueil
li ; en présence d'avantages aussi incontestables;
au psint de vue de la inoralç publique et de l'hu-
-minité, aucune commuue. aucun conseil munici
pal, ne saurait refuser ae S'associer à mes vues, -
sans compromettre sa propre dignité aux yeux
du pays. ■
Veuillez, Messieurs, saisir vos conseils munici
paux de mon projet, et réclamer de leur patrio
tisme et de leur dévoûment une déclaration de:
pleine et entière adhésion. Faites-leur bien sentir
que les raisons d'économie n'auraient ici aucune'
valeur; les communes vetyt ètre probablement dé
grevées d'une partie des v dépenses du service de
l'instruction pumaire. Telle localité qui paie au
jourd'hui 600 fr. pour le solde de l'instituteur,
n'aura plus à donner, suivant toute prévision, que
400 fr.
Elle pourra donc facilement' fournir le faible
contingent que je- lui demande à imputer sur cet
excédant, •
! A l'occasion dé-U fête-jdes Aigles, un offi
cier de mérite» -M*l-âe Brunet, nous commu
nique urn fait qu'il tient dé la meilleure sour
ce et qui prouve, qiféï^à "toujours été dans
l'armée française le culte du drapeau :
« A la bataille d'Austerlitis, le 4 e régiment dé li
gne s'étaot,avancé avec trop d'impétuosité, au mi
lieu de l'armée ennemie, eut son premier bataillon
taillé ,en pièces par la cavalerie de la garde inipé-
rial« russe; son aigle fut pris. Le porte-aigle,
Saint-Cyr, reçut quatorze coups de salirej et les
deux sous-officiers, aides-porte-aigle, furent tués.
Bien qucce.braverégiment eût enlevé quatredrai-
peaux aux ennemis daim cfette même bataille,
l'Empereur ae lui pardonnait point d'avoir perdu
son aigle, et ce ne. fut qu'après la bataille d'Iéna,
sur les prières et les instances • des généraux et
officiers supérieurs de ee corps, qu'il consentit à
lui en rendre un nouveau, lors de-la revue passée
à Berlin. S'étant placé au milieu du carré formé ;
par le 4' de ligne; il lui dit dans une chaleureuse
harangue: n J'aimerais mieuce perdre mon bras.
dioit que de voirai'aigle de la France tomber entre ,
les mains de ses ennemis. »
» La veille de la bataille d'Eylau, en 1807, le ;
4® de ligne reçut l'ordre d'emporter le cimetière et '
l'église de la ville, placés sur une position élevée,
où les Russes étaient retranchés derrière un mûri
à hauteur d'appui. L'attaque fut rude; ' aussi ce
brave régiment perdit-it500 hommes et une quia-1
zaine d'officiers tués ou blessés, presque tous à
coups de baïonaette.
' -» Pendant < quâ ce régiment montait à l'assaut
du cimetière, l'aigle qu'il avait reçu trois mois,
auparavant fut fracassé et les débris dispersés
par la mitraille russe, sur un terrain couvert de
neige. La hampe qui le soutenait resta seule entre les
mains du sous-officier porte-aigle. Le.régiment fut
cofisterné'de cet accident , qu'il regardait, comme •
un nouveau malheur: Mais, le lendemain de cette
journée, qui fut une; des plus sanglantes de la,
campagnei un de ses officiers vint à passer • siir.
«remplacement,où l'on s'était battu: la.veille. La-,
ineige avait disparu. Il retrouva les deux ailes de,
P<\îoln ' X I» liAMn/i 'rt* eAWtri t
«nnemie/Hnei première ligne d'Autrichiens, le V .
se trouva, presqa'au- même instant, vis-à-vis une,
seconde ligne- c^mpo^ée- de .grenadiers hongrois,
■avec laquelle s'engagea un. combat terrible à là
ihaïonnette." .
» En moins d'une derai-lieure, il y eut 1,600
«hommes hors de comliat. Tous les officiers supé
rieurs furent blessés : -huit Capitaines, quinze lieu-
tenans ou sous-lieutenans restèrent sur le champ
de bataiHe, et les débris de ce régiment furent
réunis et commandés par un capitaine.^ i
d . Voilà- de quelle manière un régimeîit français
perd son drapeau.»
De la consommation da \in en Angleterre^
La question du droit sur les vins se'ra
nime en Angleterre, et les argumens pré
sentés par le nouveau chancelier de l'échi-'
quier à l'appui du système qui prévaut ac
tuellement dans la législation anglaise sont
battus en brèchede divers côtés. Le Times vient
d'accorder le concours de sa publicité à
une lettre dans laquelle le sujet est traité
par un négociant de Londres, M. Shaw, au
: point de vue tout pratique d'un accroisse
ment désirable de consommation. Gomme
,en ce moment la chambre des communes est
saisie d'une proposition d'enquête parlemen-
taire sur les vins, le débat a, chez nos voi
sins, une véritable opportunité -, il n'a pas
moins d'à-propos pour nous-mêmes, car
on sait en quelle estime le goût britannique
tient nos vins de France ; c'est là-dessus que
le fisc anglais a spéculé lorsqu'il a si déme
surément élevé les droits sur ce produit pré
cieux, et l'on est arrivé à ce point qu'à Lon
dres deux voyageurs dînant ensemble dans un
hôtel et voulant se passer la modeste fantaisie
de boire très sobrement entre eux deux une
bouteille de bordeaux et une bouteille de
Champagne , ont à payer ? pour ce seul ac
cessoire, la somme de vingt-cinq francs,
tst-ce un bon système que celui qui frappe
ainsi une marchandise d'un droit de deux
cents'ou de trois cents pour derit de sa ya-
leur? Est-il favorable au trééor? L'au^men-'
tation de la population et la prospérité
croissante ne produiraient-elles pas en An
gleterre un rapide "développement de con
sommation, si Vénormité du droit n'était un
invincible' obstacle? La tendance générale
vers des habitudes plus raffinées ne terait-ellë
pas abandonner. les,boissons lourdes,;mal
saines , qui Occasioftent une irnsse abru
tissante, et ,une sorte d'empbisonnement,* si'
Ton pouvait' les'remplacer ^ar un breuvage'
meilleur et parfaitement sain? Tels sont les*
po ; nts f èibordés'par le correspondant du Tï-
mes, et nous trouvons dans sa,lettre plus'
d'un renseignement, utile.'
Dans les dix premières années de ce siècle,
; lë&,droits sur lés vins de totite provenance
; ont donné ' en Angleterre un revenu supé
rieur de 700,000 livres à ce qu'il à été depuis
1,821 ; de 1810 à' 1820, ce même revenu a dé
possédé,200,000 ïiv.cequ'il a étë depuis. De
Î791 à 1800j la consommation anglaise avait
I^UILM DC CÔSSTiTlJTlâm/^'MAi.
BEVUE; MUSICALE.
,j EXERCICBS DH .COSSEKyATOIB^. :
'i"''-' ''' L'iratit DEMÉHUi,. '
*. A deux . heure? ' de , l'àprèg-mid'i ; ; par pi
' temps splendide, le jardin' du ministère des
travaux publics était déjà reippli d'une foulei
dejeunes'et jolies femmes qui;'après tant de-
soirées brillantes^ venaient inaugurer avec-
joie; là prémièrè ; fête du printemps.
pnes,- défiàirt.ïegrand-jourpar l'éclat'de.
léùr teintnjavaiont point quitté leur rbb'e
' dé bal,'et sfe promenaient bravement en plein
; air, l'épaule nué, lés cheveux couronnés de :
'bleuets, de dahlias et de rosés moùsseusés;.
d'autres, le plus grand nombre, avaient pré-i
féré la toilette de Ville,les étoffe^ les plus ;
"légères et les-plus charmantes, les plus jolis
chapeaux,' • merveilles d'élégâncé et de goût
fraîchement écloses dans les ateliers de Laure.
et de Mme Bàrenne.. Ôn avait dressé un
; grand théâtre au'milieu de• Ja pelouse, et
une vaste tente ' abritait lés spectatrices des s
ardeurs du soleil. En face, adossée au corps »
de logis principal, s'élevait une tribune d'hon-
" neur, oenée de draperies de yélovirs à : fran-
gesd'or et de grands inédailloris contenantdës
' aigles. Le coup-d'œil était ravissant; 1} n'y
avait pas une allée du jardin^ pâs nii coin,
pas',un arbre qui .ne cachât quelque jeu ou :
* quelque surprise. Tir aû.pistolet, tir à l'ai*--
" bklète;" chevaux,dé boi^ .cplombf s magiques,-
"billards en 'miniature, toupiè hollandaise,
ballons captifs, tonneaux, roulettes, rien ne:
minquait ënflndàjcei. qui-,constitue nos ker-:
messes' parisienne». Chaque dame reoevaiten
,entrant;àes -billets c|é ■ loterie, bleus et roses
qu'on pouvait échanger centre: -mille objets,
mille petits riens charmans qu'on dirait sor-
.tis de là main des fées. .
i L'orcbcstrcj.dirigé par Strauss, était placé
; dans une magnifique allée, de marronniers >
• et, un parquet couvert d'une toile verte imi-
-tant le gazon, protégeait les, pieds des dan
seuses contre les grains de sable qui auraient
pu se glisser dans, leurs souliers. Ce Strauss
, a certainement signé .-un pacte avec quelque
sorcière de ses amies. Il ; doit chevaucher la
nuit sur .un manche à .balai; ppur'êjre à la
; fois sur les -points les plus , éloignés, ;Quel-
-ques heures avantlalête il était à Francfort,
■et le.-voilà tout frais , tout reposé, donnant
■ le signal des- ; valses:St des quadrilles! J'ai
voulu lui parler et lui toucher la main pour
-m'assyrer,que,c'était bien lui. ■ ; . ..
, Cependant la foule augmentait d'heure en
heure, et la chaleur aussi,- Des marchandes
de coco,,d'une politesse rare, versaient, à
.qui -en voulait # de la limonade excellente,
tandis que deux bufiets,: renouvelés sans
cesse et servis par un nombreux domestique,
offraient aux invités toutes , sortes de rafrat-
rcbiîSemens.-On n'avait rien oublié, Les 1 ama-
-teurs de plaisirs tranquilles trouvaient, dans
un endroit écartiei solitaire, unjoli théàlra
^de marionnettes qui m'», rappelé mon cher
teatrino dé pupi de la place del Castello, àNa-
rples< Ces petits acteurs de bois, ces fantoccini
.d'élite,,-fiers d'Un si nijblé auditoire^ ont
.dansé; etchanté au piano-dela façon, la.pjps
galante et la.plusagréablç,.Mais, ô caprice,
ô mobilité! ô souveraine injustice des hovn-
mesl La pièce n'était point finie, le rideau
n'était pas tombé, que l'ingrat public s'écou
lait rapidement pour, admirer les tours de M.
- Ha^nilton.-11 en a faitde très adroits, dé très jo
lis, detrçs.amusans/tels que ses boules de cris
tal, sa bouteille inépuisable, et cette fameuse
-corne d'abondance, d'où il fait jaillir à vq-
Jonlc- d.es ; fleurs, ;de§ bonbons,, des albums,
,des,éventails, etc, £e- 4iabl§, de sorcier aura
;fl%iré-de.lein poaprofessi 1 on> cariKm'à (déco
ché tui jonïnal en pleine poitrine. C'était fe
Cagliostr»,-co mme de juste, j outd al, des esca
moteurs, tiré sur beau vélin, pour la circon
stance. , ,
A propos de journaux, le spirituél M. Ga-
loppe d'Onquaire -avait annoncé lui-même,
dans sa chronique, selon l'usage adopté,
Îu'on jouerait une scène dé... M. Galoppe
'Onquaife. Je regrette que Leyassor n'ait
pas eu le temps de l'apprendre. Il a rempla-
cé l'impromptu de M. Gàloppe, qui devait
être charmant, je n'en doute pas, par uné
folie des plus divertissantes.: le Rasoir an-
g'ais.Va brave et digne garçon, qui s'est.ré
veillé un peu tard le -jour de ses noces, saute à
bas du iit pour se faire la barbe. Par bon--
heur il a .un rasoir excellent, si excellent, -
3u'il se fait trois balafres. Pçndant qu'il perd
u temps à chercher du taffetas,toujours an
glais, pour panser ses blessures, .une lettre
arrive. Il avait demàudé des renseignèmens
sur safuture, et son correspondant lui man
de que la femme qu'il est sur le point d'é
pouser est- une maigne créature, et le beauf
père un filou. Levassor bénit son rasoir,
cause de cet heureux retard,.£t ya sa recou
cher. . . ■ ... > ::r. rr,
Mais ce qui a ie plus amusé tout le mon
de,' c'est le joli ballet-pantomime composé
par Saint-Leon, et auquel on avait donné ce
titre piquant : les Dangers de ■ la ^Coquetterie,
Figurezrvous Levassor en habit de .coiffeur
de village, exhalant, par uue nuit profonde-,
sous les croisées de Cplombine^ son amou
reuse plainte en un solo de flûte. A ,ce solç
répond dans le» ténèbres, non pas la . cruelle
Colombine, mais un solodë. clarinette joué par
Grassot. Levassor, intrigué, au dernierpomt,
tire un écrijeau de sa poche et le déroule aux
.yeiîx de$ gpectateursï: qui. peuvent y . lire,
-malgré l'obscurité, les mots que voici. Si
c'est l'écho, il est bien en retard ! Mais quel est
l'étonnemeat de Grassot, lorsqu'eri soufflant
dans sa.clarinette, il entend bruire à son
.oreïtte les .."notes formidables ;d'un basson!
Ce ; ;bassôn, c'est Hyacinthe !. Attirée par ce
-triOk inçoijiparablo 4°W, il -n'y a,.point
d'éxémplê dans les fastes deja cacophonie,
Mlle Nadejda Bàgdanoff parait sous les traits
de Colombine, et voltige, légère et coquette,
au milieu de ses trois soupirans^On n'a pas
dé plus jolis petits pieds, ni de plus fines at
taches, ni. une jambe mieux faite que Mlle
Bagdanoff. Elle a dansé et mimé avec une
grâce, une distinction, un air de bonne com
pagnie dont on lui a ténu compte ; elle a eu
le plus grand succès. Mais la, beauté et la
grâce de Colombine allument chez les trois
galans la plus terrible colère ; ils se dispu
tent, s'injurient, se. battent. Hyacinthe tombé
dans le puits, Grassot. ya'chercher la
garde. Levassor j généreux et noble com
me un preux de i'Arioste, pêche son rival
À In lin>nA min l'mti /1 a i / i JJjjU€ttC *
à la ligne sur l'air de ta
Pêcheurj
parle bas. Que vous dirai-je enfin, et com
ment vous donnerune idée de cette farce ho-r
mériquef Qui n'a pas vu Grassot, vêtu d'un
pantalon prodigieux à carreaux impossibles,
d'un incroyable gilet, d'un habit fantasti
que, et . coiffé d'un tromblon pyramidal,
qui lie l'a pas vu battre dés entrechats,
s'enlever, se pencher pour- soutenir sa daii-
séusej exécuter'des piroùettës, des toursde
i jambe,des gargouillaaes à'nn nouveau genre^
ne sait pas à quél degré dé bouffonnerie peut
S'élever ce grand artiste. Vestris, premier du
nom, se serait avoué vaincu. Où trouverai-^
je des mots pour exprimer la sublime bêtise
de flyacinthé, décrochant de la vitrine, du
coiffeur une statue en ciré et se persuadant,
pour se consoler, que c'est elle -/ .on l'inalte-,
rable sang-froid de Lavassor ; magnétisant sa
danseuse, et recevant, au lieu d'nil bàiserj
un vigoureux soufflet, parce que. le fluide a
manqué au meilleur moment. Enfin les trois
-comiques, ennuyés de ne-s'expliâuer. que
par gestes, se mettent à parler à la xoisi aCe-
' cî devient trop compliqué, dit.Lcvassor, au
diable la pantomime !i Si nous parlions !» Le
ballet se termine par un joli pas de caractère,
une sorte de jaîêo, fort bien daiasé far Tyié-
rante et Mlle Bagdanoff.> ., u <
, Le spèctaclééîait fini, lejoixr tombaiVîl était
,plus,'dé,,six heureSvCes damef.étaient çhar-
géés de j ôujoux, dé "bottes, dè mirlitons, dè
poupées, polipjtîineliés, ^t mouraient d'en
vié de rapporter aux enfans. ce riche butin.'
Chacun' serait ï>ar.li " s'il àvâit'osë: Mais ^er-
sonne ne donnait le'signal du:déport. Tout; à
coup le ciél se couvre, le Jtonûérre éclate^:on
yolf tomber quelques gouttas" de „pltiie. Cet
orage arrivait si tard et'si à propos, qu'on a
pu croire un instant ; que c'était tine dernière
surprise ménagée par Levassor. ' ^
La fête a été charmante. M. le mihistre des
travaux publics et Mme Léfebyre-Duruflé'en
ont fait' les honneurs avec une, cordialité
franche, une courtoisie et ime. grâce par
faites. ;
—Les élèves du Conservatoire ont ioué,l'au
tre dimartche, sur letir petit théâtre^ et en
costumés j l'Irato de Méhul. ; J'avais .le plué
grand "désir d'entendre cet ouvrage. Je con
naissais la ipartition,, j'avais, lu, .cette' lettre
singulière' où le célèbre comilositeur a, crû
devoir s'excuserd'avoir lait, une fois dans sa
yiè,delàmiisiquëitaliënne,pour s'en moquer,
bien entendu, et sans la moindre intention
de passer'à l'ennemi. Mais, je-nîétais pas 'én
France lors de la dernière reprise de l'Irato,
l'exception de 'l'àdmirablé quatuor que
tout le monde sait par cœur, et qui doit plai
de, à la scênç comme au piano, je ne mè ren
dais' pas biep compte de l'effet que cette, pré-
îenduç satire pouvait produire aùlhéâti"e r
' Méhul est sans contredit l'un des plus
grands, compositeurs de l'école frànçaisé.
Mais lorsque les gens d'esprit font une sottise,
ils né la font jamais à demi. Je ne sais par
quelle étrange fantaisie l'auteur de tant d'œu-
vres remarquables s'avisa un jour de paro
dier ce qu'il appelait la' musique italienne.
En ce, temps-la, vers 1801 ,."uné nouvelle
troupe de Bouffes venait d'arriver-à Paris.
Ils, eurent un suûcès fou; il n'y avait (Je
spectateurs que pour leur théâtre. Ils chan
taient d'une manière exquise, et 'aVeç iine
méthode alors incdnnuè, des mélodies d'u
ne simplicité et d'une. grâbe : channanteg,- la
MoUnara, 'il 'fiJàtrimmio'.segreto, ''les chef^-
d'(feùvrè de.PaisieMo/de' Cimarosa, ' de Gû-- 1
|lieltiii'.' t'était à' qûf 'Viii.téraït ies' tnérite»
des'noùveaux artistes et'de la'muSique qu'ils'
interprétaient.Méhul en conçutde lïumeur; '
il voulut, du mêmècoup, donner une leçon
au. public et humilier ces étrangèrs. Il n'était
point jaloux cependant- toutee que nous con
naissons de sa vie et 4e son caractère éloigne
un tel reproche. J'si racontéde lui,dans Une
autre occasion, un trait d'une probité rare et
d'une grande noblesse. Il refusa la place de
maître de chapelle que l'Emperçur lui avait of
ferte, et osa lu\ soutenir que Chêrubini en était
leseul dlgnë, malgré l'antipathie insurmon
table que l'Empereur avait pour Chêrubini.
Continent donc se fait-|l qu'un ' homme si
éqùitable ; "Si généreux et d'un si grand ta
lent se soit laissé dominer par ùn mouvement
d'enyie.on de dépit? Il' faut qu'il ait cède à
quelque suggestion perfide, à. quelque indi-
qût l'eilcense etqui »
gare: îl faudrait laisser ' aux feots ce triste
privilège. Toujours èst-il que l'auteur d 'Eu-
phrosineet de Stratonice s'i magina qu'il pour
rait faire, quàDd il lé voudrait, en-se jouant,
des Molinara et Mariage secret. U fit jouer sa
pièce sous un nom supposé,f et on était si
peu connaisseur à cette époque, qii'on s'y
laissa prendre.
Ce qui nous étonne aujourd'hui'^ c'est
l'incroyable, erreur dans laquelle est tombé
Méhul, erreur qui né serait pas;excusable
chez ùn homme entièrement étranger à la
musique de'!son , temps; ;On dirait qu'il n'a
jamais assisté à la représentation'd'un opé
ra italien. 11 reproche' à sesrivaux précisé
ment les défauts Qu'ils'n'ont pas," et raille
leurs' qualités les plus .précieuses. Qui ose-
'rait accuser Pâisiello d'exagération, d'em-
phasè et d'extravagance ? QUr pourrait refu
ser à fcitaarosala'simplicité, là gaîté et l'en-
s tràin? C'est pourtant ç« qu'a Voulu prouver
Méhul par ' sa. longue' 'et,broyante parodie.
Il Regardait évidemment la basique bouffe
comme àu-dessous de lui ; il'croyait de très
bonpe foi «u'après,avoir ému soit auditoire
pàtTdœicceiisTiàfesiohnés , ; pàr mfîtyle^lévé
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