Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1908-11-12
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 12 novembre 1908 12 novembre 1908
Description : 1908/11/12 (A2,N409). 1908/11/12 (A2,N409).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7646062x
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
^g8 Année. ** N° 409 (Quotidien)
N -&
Le Numéro : & centimes
Jeudi 12 Novembre 1908.
Rédacteur en Chef :~0. de?PAWLOWSKI
1 RÉDACTION & ADMINISTRATION :
'e7, Boufeuard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDlA.PARIS
ABONNEMENTS
UN AN e «0»
,'Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger 40 » 20
l ;
RÉDACTION à ADMINISTRATION?
£7, Bou/euard Poissonnière, PARIS
Téléphone : 288-07
-. 1 Jtaméro provisoire î 401-4:6
ABONNEMENTS
UN AN e MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 Il
J AVENTtfRESDE-LJETTINE
Tout est bien.
('" Les convives de M. de Monlignon
r. taient charmés du récit de Bettine. Ils
raient appris comment cette jeune ac-
yce, partie avec une troupe qui pensait
r jouer la comédie devant le Grand
lIrc, fut prise par des pirates qui atta-
'quèrent la galère, subit les brutales pas-
10ns de trois Arabes et deux forçats, pas-
a dans la couche du capitaine, chevalier
7e Malte renégat, qui voulut la con-
amdre à apprendre la danse de l'ab-
d omen; fut vendue à un vieux juif
cupide qui la prenait pour une prin-
cesse et se vengea de son erreur en
lui faisant subir les plus odieux ou-
trages, puis la relégua parmi ses der-
nières esclaves, y trouva un jeune Fran-
çais, nommé Regnard, dont la tendresse
la consola un temps de ses malheurs ; se
vit, par la jalousie des femmes du juif,
vendue à un nomade de l'intérieur; servit
ât pour la chasse au lion, devint la
préférée de son nouveau maître, fut li-
vrée par les autres épouses à une con-
frèrie de moines lubriques et sangufnai-
qui allaient la faire périr, pour mieux
la partager, lorsqu'elle fut enfin déli-
, ree par un ancien camarade de sa trou-
pje* lequel l'aimait depuis leur plus loin-
aalne rencontre, mais n'avait plus pour
Ors qu'une moitié de nez.
- Ce Blancvillain, dit un des convi-
es, était un bien brave garçon.
- Certes, répondit Bettine, et il le
upr°UVa encore quelques heures plus tard.
j. ^urez-vous que les déprédations de la
troupe d'esclaves révoltés dans laquelle
Il était enrôlé avaient fini par lasser la
patience du dey Hassan; celui-ci avait
envoyé contre elle un fort détachement
de Sa garde, qui la suivait depuis plu-
sieurs jours, guidé par les ruines qu'elle
laissait partout sur son passage. Le butin
u couvent ayant été particulièrement ri-
e, les bandits pensèrent s'y reposer
quelque temps, et se livrer aux joies de
l' orgie avec les nombreuses femmes
qu'ils y avaient trouvées. Ils en étaient
au dernier degré des ivresses, lorsque la
jpde de Hassan leur tomba dessus. Je
tenais dans les bras de mon cher
Blancvillain ; nous fûmes réveillés par
d'horribles clameurs, des gémissements,
des cliquetis fl'ârrfles, des fcôups de feu.
D' un regard, il vit de quoi il s'agissait.
Il m e saisit dans un bras, et, maniant son
sabre de l'autre main, il essaya de se
frayer un chemin à travers les assaillants.
S'il u avait été seul, il y fût parvenu, tant il
était brave, agile et fort. Mais il ne se
sOUciait pas de m'abandonner et ce fut
la perte. - Va-t-en, fuis! lui criais-je.
n vain ! Il me faisait un rempart de son
borps et j'eus la douleur de le voir tom-
*
er sur moi, percé de mille coups. Cher
, lancvillain ! qu'il était beau ainsi, cou-
ine dans son sang, au milieu d'un cercle
Id ennemis qui n'osaient pas encore l'ap-
procher !
» Mais les gardes voulurent se saisir de
1 r""i-. Aussitôt, leur chef, m'apercevant,
~cria :
» - C'est une roumi, qu'aucun n'y
I uche, elle sera la part de notre gracieux
ligueur, le dey Hassan.
» On me laissa donc, le chef m'ayant
Placée près d'un étendard vert qui est la
couleur du Prophète et l'indice de la
Oute puissance.
L » Le combat ne fut pas long d'ailleurs ;
bandits, surpris dans leur orgie, fu-
t-ent massacrés jusqu'au dernier; quant
aux femmes de la tribu d'Abd-el-Man-
sour, leur sort ne fut pas changé. Elles
furent traitées par leurs nouveaux maî-
tres comme elles venaient de l'être par
les moines et par les bandits, puis em-
menées pour être vendues au marché
d' Alger.
On se remit bientôt en route, en
poussant des cris de triomphe.
» A la première halte, le chef qui m'a-
vait sauvée et qui veillait sur moi me
dit, dans un baragouin mi-franc, mi-ara-
» que je pouvais fort bien comprendre.
» - Belle roumi, je te réserve pour
mon maître le dey, c'est pourquoi je t'ai
Ea Vee mes hommes. Mais ceci vaut
bien une récompense et j'imagine que tu
ne me refuseras pas de goûter au fruit
que je destine à mon auguste maître.
» Il n'y avait qu'à obéir, c'est, ce que
je fis.
» Après plusieurs jours, nous arrivâ-
mes à Alger; les autres captives furent
conduites au marché; quant à moi je fus
emmenée au Palais par le chef des gar-
des, qui allait faire son rapport à son
maître et lui présenter la captive blanche
qu'il lui destinait.
» Hassan nous accueillit fort bien, et je
vis, à Tn regard qu'il me trouvait à son
goût. outefois, les fatigues, les priva-
tions e8 dangers m'avaient sans doute
hnl aigrie et fanée, car il commanda que,
pendant plusieurs jours, je fusse mise au
meilleur regime et soignée par des escla-
ves qui avaient l'art de rendre à la peau
toute sa fr aicheur, par les bains, les par-
fums et les frictions.
» je d fus bientôt remise et jugée digne
du lit du maître.
» Il rn' Y fit grand honneur, et se mon-
tra très galant et point du tout brutal,
comme On Pourrait s'y attendre. C'est
un homme qui a reçu la meilleure édu-
cation, selon la node orientale, et qui ne
serait point déplacé dans un salon de
bonne compagnie. Il ne me laissa de
cesse que je ne lui eusse conté mes-aven.
cures, et il s' émerveilla dç ma constance.
autant que de mon bonheur; maïs il fut
surtout charmé de savoir que j'avais eu
l'honneur de jouer et de danser-devant
Sa Majesté. Le dey a la plus vive admi-
ration pour notre grand roi ; il me ques-
tionna curieusement sur les présents qu'il
pourrait lui faire pour gagner son amitié.
Je lui répondis que le meilleur serait de
mettre un terme à la piraterie, mais il
me parut que c'était là le seul cadeau
que le dey ne pouvait ou ne voulait
offrir.
» Au bout de quelques semaines, Has-
san me dit qu'il était charmé de m'avoir
connue, que s'il ne consultait que lui, il
me garderait toute sa vie, mais qu'il sa-
vait que, nous autres chrétiennes, nous
tenons avant tout à notre patrie,, et qu'en
conséquence, il allait me remettre à un
Frère de la Merci, qui me ramènerait en
France.
» Il le fit le lendemain ; je le remerciai
grandement de sa générosité, ce que je
regrettai peu après, car le Frère de la
Merci me confia qu'il avait dû verser une
grosse somme pour m'arracher des
mains du tyran.
» — Quoi ! m'écriai-je, mais pourquoi
l'avez-vous fait? Vous ne me connaissiez
pas!
» — Je vous avais vue, dit-il, en visi-
tant certains esclaves employés aux cui-
sines du dey et, tout de suite. je.
» Il s'arrêta un instant, hésitant, puis
iLse décida:
» — Il est, dit-il, de particulières in-
dulgences pour les religieux de notre
sorte qui vouent leur vie à la délivrance
des pauvres chrétiens captifs des infi-
dèles. Pourvu que nous en fassions con-
fession, nos supérieurs nous pardonnent
des faiblesses du cœur et de la chair qui,
en d'autres ordres, seraient rudement
châtiées.
» Bref, il ne me cacha pas qu'il m'a-
vait sauvée parce que je lui plaisais et
qu'il espérait bien que je ne l'en ferais
pas repentir.
» Je croyais déjà apercevoir les côtes
de France. Pouvais-je être cruelle à celui
qui m'y ramenait. Je n'eus qu"à me
louer de ma complaisance. Arrivés à Mar-
seille, le Frère me nippa fort convena-
blement, me pourvut d'argent pour re-
tourner chez les miens et me donna l'ab-
solution pour le péfché qu'il m'avait fait
CQfnmettre.: Nous
bons émis. El lme voici. »
On rit beaucoup de la dernière aven-
ture de Bettine, et de la gaillardise du
bon Frère rédempteur. On la complimen-
ta sur son bonheur, sa vaillance, sa bonne
humeur. On donna une larme à Blanc-
villain, et, pour conclure, au moment des
adieux, M. de Monlignon dit:
— En vérité, la vie des actrices est
parfois bien accidentée. -
— Oh !fit Bettine, elle l'est encore
plus ici que chez les barbaresques.
Paul DOLLFUS.
Nous publierons demain un article de
PIERRE SOUVESTRE -
Débuts
Plusieurs lecteurs nous prient d'ouvrir
dans nos colonnes un véritable plébiscite
concernant la question des débuts en France
et de résoudre au plus tôt ce problème
qui soulève chaque jour, un peu partout de"
très vives polémiques.
J'avoue que le remède me paraît un peu
primitif. Lorsque l'on ouvre dans un pays
nègre, par exemple, un plébiscite concer-
nant l'abolition de l'esclavage, on est à peu
près sûr de la réponse que l'on obtiendra,
et si le procédé peut être utile en politique,
je le crois insuffisant pour résoudre une
question d'une façon sérieuse.
Le jour où l'on demandera à tous les
spectateurs des théâtres de province s'ils
désirent voter pour l'admission ou le renvoi
des interprètes qui leur sont proposes, vous
pouvez être assuré qu'ils se déclareront tous
partisans de cette mesure. Quant aux mu-
nicipalités et aux notables de la ville, ils
préféreront, n'en doutez point, leur suffrage
restreint et, le directeur le sien.
Aussi bien peut-on penser qu'en pareille
matière mieux vaut recourir, au vieux bon
sens qui n'ayant, lui, aucun intérêt maté-
riel en jeu, n'hésite point à déclarer que si
l'on nomme un directeur dethtâtre, c'est
parce que l'on reconnaît Que, mieux
tout autre, il peut diriger un théâtre et savoir
ce qu'il faut taire pour cela.
Je sais bien la réponse que l'on fera de
suite: le directeur est lié par la municipa-
lité, on lui impose des conditions trop rigou-
reuses pour qu'il puisse jamai,s faire bien et
il n'a qu'une idée, c'est d'aller, en toute
chose, aux dernières limites de l'économie.
Est-ce bien là un argument? Si les cré-
dits qui lui sont alloués sont insuffisants, le
directeur, quel que soit par ailleurs son dé-
sir de bien faire, contraint par l'opinion pu-
blique à des engagements onéreux, doit
aboutir à la faillite dans le plus bref délai.
C'est là une solution hypocrite qui peut dé-
gager la responsabilité d'une commission ar-
tistique, mais qui, on l'avouera, est dénuée
de sens commun. Par contre, si les crédits
sont suffisants, si l'on peut-faire bien, il va
de soi que l'on peut s'adresser à un direc-
teur véritable, qui désire avant tout réus-
sir et laisser de côté les anciens forçats ou
les garçons de calé ruinés, auxquels on a
le plus souvent recours. Dès lors, on est
assuré du succès et le choix d'un homme de
valeur est possible en toute circonstance.
Tout cela n'est, au fond, qu'une simple
question d'argent, et la coutume des débuts,
une hypocrisie des municipalités qui ne
saurait résister à un examen attentif.
- _G. DE PAWLQWS^I.
Échos
Ce soir, à huit heures et demie, au Pa-
lais-Royal, première représentation de La
Valse des roses, vaudeville en un acte, de
M. Alfred Delilia. A neuf heures, L'Heure
de la Bergère.
Ce soir, à huit heures et demie, à Déja-
zet, première représentation de L'Enfant de
ma soeur, - pièce en trois. actes, de MM.
Mouézy-Eon et Francheville.
Cet après-midi, à deux heures, 'au théâ-
Ires des Nouveautés, répétition générale de
Dix Minutes d'Auto ! pièce en. trois actes
de MM. Georges Berr et Pierre Decour-
celle.
NOS ARTISTES
t
(H. Manuel, phot.)
M lia Cécile Thévenet
s
uperstition.
l Georges Feydeau est un homme heu-
reux. Occupe-toi d'Amélie fut un gros suc-
cès et, prochainement, Feu la mère de Ma-
dame triomphera à la Comédie-Royale.
Pourtant l'auteur de la Dame de chez
Maxim's est très superstitieux et c'est ainsi
qu'hier, à l'enterrement de notre cher Sar-
dou, cet amusant vaudevilliste avait eu soin
de ne pas emporter sa lettre de faire-part
lui donnant accès à l'église, afin de ne pas
porter sur lui de lettre de deuil.
Inutile de dire que Feydeau put tout de
même entrer dans l'église, ce qui lui valut,
à son grand désappointement, d'être frôlé
par. un croque-mort.
Leurs mots.
Un de nos plus brillants auteurs
dramatiques, qui n'est pas encore de l'Aca-
démie mais compte bien en être prochaine-
ment, n'est pas réputé pour son amabilité
^év»uée. Il passe — à tort ou à-raison- -—
pour un délicieux égoïste.
Comme, l'autre jour, il s'entretenait avec
un de ses plus spirituels confrères de l'é-
norme situation morale de M. Paul Her-
vieu et qu'il en recherchait les causes:
—- Je vais vous les dire, répondit le spi-
rituel confrère. Cette situation il la doit,
pour moitié, à son caractère, et pour
moitié. au vôtre.
L
a bonne manière.
Alexandre Dumas, - père, sortait un
soir du Gymnase: il gelait à pierre fendre
— un peu comme aujourd'hui. Il se dirige
vers un cocher, qui met la main sur la
portière et dit :
— Je ne marche pas, avec un temps
pareil.
— Tu ne marches pas?
— Non.
- Une fois, deux fois, trois fois.
Le cocher ne répond même pas et .garde
toujours la portière.
Alors, Alexandre Dumas saisit * cet hom-
me par les côtes, l'enlève de terre et le
plante sur son siège, en lui disant:
- — Marche, maintenant.
Et le cocher, dont les manteaux faisaient
une masse à peu près informe, retomba sur
son siège comme du plomb, — et, terrifié
- marcha.
L
es brillants de taille ancienne sont épais
r. et carrés. Les brillants taille moderne
sont ronds et minces; Dusausoy, expert,
4, boulevard des Italiens, achète toujours
les belles pierres. Il vend aussi de belles
occasions.
UN JOLI GESTE
Ce joli geste valait d'être cité. On a vu que,
suivant l'exemple donné par la Comédie-Fran-
çaise et la Porte-Saint-Martin, M. Max Mdurey
avait décidé de « faire relâche » ce soir au
Grand-Guignol, a l'occasion des obsèques de
M. Victorien Sardou. C'est là un attention dé-
licate et jolie, et qui ne manquera pas, nous en
sommes certain, de toucher profondément la fa-
mille de l'illustre disparu. "",
M. Victorien Sardou avait pour M. ; Max Mau-
ey une très grande affection. En maintes cir-
onstances il nous dit la haute estime dans la-
quelle il tenait son jeune confrère. Il l'appré-
ciait comme auteur et comme directeur, et il se
plaisait à nous répéter combien il prisait le mé-
rite de cet homme qui, « comme Molière, avait
fait un théâtre dans une grange ».
Lorsque Mme Réjane monta La Savelli,
M. Victorien Sardou, avec une exquise bien-
veillance, vint lui-même diriger plusieurs répé-
titions de la pièce de M. Max Maurey. Et, lors-
qu'il fut question de décerner au brillant auteur
de La Recommandation et d'Asile de nuit ce
ruban rouge qu'il méritait à tant de titres,
M. Victorien Sardou fut le premier à aller de-
mander au ministre - et à obtenir de lui -
cette juste récompense. y
Aujourd'hui, M. Max Maurey. nous; montre
qu'il a de la mémoire et de la reconnaissance.
Aucun de ceux, qui le connaissent. ne sera sur-
pris de cette jolie manifestation, mais nous
avons plaisir à la signaler. — P. M.
L
a bouquetière.
Hier, la cour du Conservatoire était
vivement agitee. C était les examens d ad-
mission aux classes de déclamation. Il y
avait là beaucoup d'espoirs, mais il y aura
peut-être peu d'élus. Ceci nous rappelle
l'histoire de la grande Rachel, qui; dans sa
jeunesse, avait vendu des fleurs. Admise au
Conservatoire* après un faible concours, elle
sollicita des leçons particulières de Provo$t»
sociétaire de la Comédie-Française.
A la vue de cette pauvre fille malingre,
il lui répondit: « Allez vendre des bouquets,
mon enfant ».
Les années passèrent et la célèbre tra-
gédienne, en pleine gloire, se vengea un
soir, avec le plus charmant esprit, des dé-
dains de ce mauvais prophète.
La salle était comble; Rachel venait de
jouer Hermione. Applaudie avec enthou-
siasme et rappelée avec frénésie, elle put,
le rideau baissé, remplir sa tunique grec-
que de fleurs que les spectateurs avaient
jetées sur la scène; elle courut alors près
de Provost, puis, se mettant à genoux avec
la plus gracieuse coquetterie :
— J'ai suivi votre conseil, - monsieur Pro-
vos,t, dit-elle, je vends des bouquets ; voulez-
vous m'en acheter?
S. A. R. aux HouffesmParisietis
(Pboto-Prôijrainme) mile Marguerite P#»»*?
-
/«. fiazalls M,,a Dumesnll M. Mllo d« MtyM "*• H, Difrtyn v-M.T0urnyt
Unç scène 4u premier ççtf
Il faut croire que le jour de son concours
au Conservatoire, Provost était loin de pré-
voir le brillant avenir de la célèbre tragé-
dienne.
E
ncore des vers.
1 D'un livre de poèmes, intitulé Cent
Jjallades, que publie M. Ernest Gaubert,
nous détachons cette jolie
BALLADE CECILE SOREL
Vois, coquetant et caquetant,
Le regard vif, ta voix amène,
Cette beauté dont le montant
Tour à tour éloigne et ramène
Alceste, cet énergumène,
Et Célio, ce ménestrel.
Vois : Marianne et Célimène,
N'est-ce pas Cécile Sorel?
Comédienne plus et tant,
Elle n'est Grecque ni Romaine.
Le charme de France, éclatant,
Revit en elle, et son domaine
— Elmire plutôt que Chimène -
C'est l'art exquis du naturel.
Brohan, ta cousine germaine
N'est-ce pas Cécile Sorel?
Coquette du jour et d'aman
Par un étrange phénomène,
Don Juan L'eût aimée un instant;
Et Musset toute une semaine
Eût été son catéchumène
Hervieu, Lavedan, de Curel
Ont rêvé de cette inhumaine :
N'est-ce pas, Cécile Sorel?
ENVOI
Trince, qui de la Flandre au Maine
Et des Vosges à l'Estérel
Fait mieux sourire Melpomène?
N'est-ce pas Cécile Sorel?
Ernest GAUBERT.
N
ous enregistrons avec plaisir le grand
succès obtenu sur la ville d'amour
par M. Philippe Jurgensen, à Manchester,
où il a récolté ample moisson de bravos.
L
es chauffeurs désireux de réaliser une
» notable économie munissent leurs
voitures des excellents pneus Bèrgougnan.
qui n'ont jamais rien bu et qui se conten-
tent simplement de donner pleine et entière
satisfaction à ceux qui les emploient..
v
endredi 13.
Chacun est superstitieux à sa fantai
sie. Il y a des gens qui redoutent le ven-
dredi 13 et le considèrent comme un jour
néfaste. Il y en a au contraire à qui cette
date semble du plus lieurtux présage.
Giimt, le grand chocolatier de la rue
de la Chaussée-d'Antin, est certainement
de cet avis, puisque c'est demain soir, ven-
dredi 13, que le savoureux et exquis bon-
bon Comœdia sera mis en vente dans tous
les buffets de théâtre.
Et si le vendredi, 13 ne porte pas bonheur
au bonbon Comœdia, ce sera peut-être le
bonbon Comœdia qui portera bonheur au
vendredi 13!.
NOUVELLE A LA MAIN
D
, eux artistes bavardent sur leur triste
sort.
— C est effrayant, mon cher, que dans
ce sacré métier, je n'arrive pas à gagner
ma vie.
- ??
— Et j'ai pourtant le feu sacrée
— Oui, dit l'autre; mais c'est' un feu
qui ne produit pas de braise?
Le Masque de Verre.
Une Lettre
DE
M. Antoine
Nous avons reçu hier, de M. André Antoine,
la lettre suivante:
Môn cher directeur,
Vous devinez, n'est-ce pas, combien, en
ouvrant Comœdia ce matin, j'ai été touché
de votre généreuse intervention?
Ce n'est pas la première fois que votrt
journal manifeste envers l'Odéon et ?on di-
recteur ses précieuses sympathies. Merci
donc et de tout cœur.
Mais, aidez-moi, je vous en prie, à faire
comprendre à vos lecteurs que ce n'est pas
de l'argent qu'il me faut; j'ai les capitaux
nécessaires et je n'ai pas recommencé une
saison sans savoir où j'allais. Ce que j' ii
demandé au public jeudi dernier, ce que je
lui demanderai encore demain et toutes k -
fois que j'en aurai l'occasion, c'est l'atter-
tion, la collaboration active de tous les ama-
teurs de théâtre.
Il faut que Paris traite l'Odéon en théâ-
tre de Paris et non comme une scène loin-
taine où l'on ne monte que par exception.
Il y a des services de voitures organisés et
on finit d'assez bonpe heure pour-regagner
commodément la rive droite..
Il faut que la presse se montre indu!
gente pour ce théâtre difficile à exploiter.
Il faut que les auteurs que le Théâtre
Libre et le Théâtre-Antoine ont rendus ceie
bres paient aujourd'hui de leur nom et de
leur talent la dette contractée envers les
nouveaux venus dont l'Odéon doit être ia
scène de débuts.
Je réponds de ma bonne volonté et ie
continuerai à faire ce que je dois. Je de
mande que le public qui. on l'oublie, a mis
quatre saisons à prendre le chemin d.' b<
levard de Strasbourg, recommence, ( r~
j'ai recommencé ici, l'effort ancien.
Mais, n'est-ce pas, pas de malema i
La situation du théâtre est à cette :,
tout ce qu'il y a de plus normale, ..■ r:
affaires sont en ordre. St j'ai fait de s
dépenses:depuis deux ans, je les ar •*
comme j'ai payé les cent mille fra:;-.:
dettes que j'avais en quittant le H:
Libre.
Il n'y a donc plus qu'à travailler: ",' <
je m'en charge.
Votre bien dévoué,
.- v c. ') : '"-'A-~AMTOi~~
N -&
Le Numéro : & centimes
Jeudi 12 Novembre 1908.
Rédacteur en Chef :~0. de?PAWLOWSKI
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Adresse Télégraphique : COMŒDlA.PARIS
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UN AN e «0»
,'Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger 40 » 20
l ;
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UN AN e MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 Il
J AVENTtfRESDE-LJETTINE
Tout est bien.
('" Les convives de M. de Monlignon
r. taient charmés du récit de Bettine. Ils
raient appris comment cette jeune ac-
yce, partie avec une troupe qui pensait
r jouer la comédie devant le Grand
lIrc, fut prise par des pirates qui atta-
'quèrent la galère, subit les brutales pas-
10ns de trois Arabes et deux forçats, pas-
a dans la couche du capitaine, chevalier
7e Malte renégat, qui voulut la con-
amdre à apprendre la danse de l'ab-
d omen; fut vendue à un vieux juif
cupide qui la prenait pour une prin-
cesse et se vengea de son erreur en
lui faisant subir les plus odieux ou-
trages, puis la relégua parmi ses der-
nières esclaves, y trouva un jeune Fran-
çais, nommé Regnard, dont la tendresse
la consola un temps de ses malheurs ; se
vit, par la jalousie des femmes du juif,
vendue à un nomade de l'intérieur; servit
ât pour la chasse au lion, devint la
préférée de son nouveau maître, fut li-
vrée par les autres épouses à une con-
frèrie de moines lubriques et sangufnai-
qui allaient la faire périr, pour mieux
la partager, lorsqu'elle fut enfin déli-
, ree par un ancien camarade de sa trou-
pje* lequel l'aimait depuis leur plus loin-
aalne rencontre, mais n'avait plus pour
Ors qu'une moitié de nez.
- Ce Blancvillain, dit un des convi-
es, était un bien brave garçon.
- Certes, répondit Bettine, et il le
upr°UVa encore quelques heures plus tard.
j. ^urez-vous que les déprédations de la
troupe d'esclaves révoltés dans laquelle
Il était enrôlé avaient fini par lasser la
patience du dey Hassan; celui-ci avait
envoyé contre elle un fort détachement
de Sa garde, qui la suivait depuis plu-
sieurs jours, guidé par les ruines qu'elle
laissait partout sur son passage. Le butin
u couvent ayant été particulièrement ri-
e, les bandits pensèrent s'y reposer
quelque temps, et se livrer aux joies de
l' orgie avec les nombreuses femmes
qu'ils y avaient trouvées. Ils en étaient
au dernier degré des ivresses, lorsque la
jpde de Hassan leur tomba dessus. Je
tenais dans les bras de mon cher
Blancvillain ; nous fûmes réveillés par
d'horribles clameurs, des gémissements,
des cliquetis fl'ârrfles, des fcôups de feu.
D' un regard, il vit de quoi il s'agissait.
Il m e saisit dans un bras, et, maniant son
sabre de l'autre main, il essaya de se
frayer un chemin à travers les assaillants.
S'il u avait été seul, il y fût parvenu, tant il
était brave, agile et fort. Mais il ne se
sOUciait pas de m'abandonner et ce fut
la perte. - Va-t-en, fuis! lui criais-je.
n vain ! Il me faisait un rempart de son
borps et j'eus la douleur de le voir tom-
*
er sur moi, percé de mille coups. Cher
, lancvillain ! qu'il était beau ainsi, cou-
ine dans son sang, au milieu d'un cercle
Id ennemis qui n'osaient pas encore l'ap-
procher !
» Mais les gardes voulurent se saisir de
1 r""i-. Aussitôt, leur chef, m'apercevant,
~cria :
» - C'est une roumi, qu'aucun n'y
I uche, elle sera la part de notre gracieux
ligueur, le dey Hassan.
» On me laissa donc, le chef m'ayant
Placée près d'un étendard vert qui est la
couleur du Prophète et l'indice de la
Oute puissance.
L » Le combat ne fut pas long d'ailleurs ;
bandits, surpris dans leur orgie, fu-
t-ent massacrés jusqu'au dernier; quant
aux femmes de la tribu d'Abd-el-Man-
sour, leur sort ne fut pas changé. Elles
furent traitées par leurs nouveaux maî-
tres comme elles venaient de l'être par
les moines et par les bandits, puis em-
menées pour être vendues au marché
d' Alger.
On se remit bientôt en route, en
poussant des cris de triomphe.
» A la première halte, le chef qui m'a-
vait sauvée et qui veillait sur moi me
dit, dans un baragouin mi-franc, mi-ara-
» que je pouvais fort bien comprendre.
» - Belle roumi, je te réserve pour
mon maître le dey, c'est pourquoi je t'ai
Ea Vee mes hommes. Mais ceci vaut
bien une récompense et j'imagine que tu
ne me refuseras pas de goûter au fruit
que je destine à mon auguste maître.
» Il n'y avait qu'à obéir, c'est, ce que
je fis.
» Après plusieurs jours, nous arrivâ-
mes à Alger; les autres captives furent
conduites au marché; quant à moi je fus
emmenée au Palais par le chef des gar-
des, qui allait faire son rapport à son
maître et lui présenter la captive blanche
qu'il lui destinait.
» Hassan nous accueillit fort bien, et je
vis, à Tn regard qu'il me trouvait à son
goût. outefois, les fatigues, les priva-
tions e8 dangers m'avaient sans doute
hnl aigrie et fanée, car il commanda que,
pendant plusieurs jours, je fusse mise au
meilleur regime et soignée par des escla-
ves qui avaient l'art de rendre à la peau
toute sa fr aicheur, par les bains, les par-
fums et les frictions.
» je d fus bientôt remise et jugée digne
du lit du maître.
» Il rn' Y fit grand honneur, et se mon-
tra très galant et point du tout brutal,
comme On Pourrait s'y attendre. C'est
un homme qui a reçu la meilleure édu-
cation, selon la node orientale, et qui ne
serait point déplacé dans un salon de
bonne compagnie. Il ne me laissa de
cesse que je ne lui eusse conté mes-aven.
cures, et il s' émerveilla dç ma constance.
autant que de mon bonheur; maïs il fut
surtout charmé de savoir que j'avais eu
l'honneur de jouer et de danser-devant
Sa Majesté. Le dey a la plus vive admi-
ration pour notre grand roi ; il me ques-
tionna curieusement sur les présents qu'il
pourrait lui faire pour gagner son amitié.
Je lui répondis que le meilleur serait de
mettre un terme à la piraterie, mais il
me parut que c'était là le seul cadeau
que le dey ne pouvait ou ne voulait
offrir.
» Au bout de quelques semaines, Has-
san me dit qu'il était charmé de m'avoir
connue, que s'il ne consultait que lui, il
me garderait toute sa vie, mais qu'il sa-
vait que, nous autres chrétiennes, nous
tenons avant tout à notre patrie,, et qu'en
conséquence, il allait me remettre à un
Frère de la Merci, qui me ramènerait en
France.
» Il le fit le lendemain ; je le remerciai
grandement de sa générosité, ce que je
regrettai peu après, car le Frère de la
Merci me confia qu'il avait dû verser une
grosse somme pour m'arracher des
mains du tyran.
» — Quoi ! m'écriai-je, mais pourquoi
l'avez-vous fait? Vous ne me connaissiez
pas!
» — Je vous avais vue, dit-il, en visi-
tant certains esclaves employés aux cui-
sines du dey et, tout de suite. je.
» Il s'arrêta un instant, hésitant, puis
iLse décida:
» — Il est, dit-il, de particulières in-
dulgences pour les religieux de notre
sorte qui vouent leur vie à la délivrance
des pauvres chrétiens captifs des infi-
dèles. Pourvu que nous en fassions con-
fession, nos supérieurs nous pardonnent
des faiblesses du cœur et de la chair qui,
en d'autres ordres, seraient rudement
châtiées.
» Bref, il ne me cacha pas qu'il m'a-
vait sauvée parce que je lui plaisais et
qu'il espérait bien que je ne l'en ferais
pas repentir.
» Je croyais déjà apercevoir les côtes
de France. Pouvais-je être cruelle à celui
qui m'y ramenait. Je n'eus qu"à me
louer de ma complaisance. Arrivés à Mar-
seille, le Frère me nippa fort convena-
blement, me pourvut d'argent pour re-
tourner chez les miens et me donna l'ab-
solution pour le péfché qu'il m'avait fait
CQfnmettre.: Nous
bons émis. El lme voici. »
On rit beaucoup de la dernière aven-
ture de Bettine, et de la gaillardise du
bon Frère rédempteur. On la complimen-
ta sur son bonheur, sa vaillance, sa bonne
humeur. On donna une larme à Blanc-
villain, et, pour conclure, au moment des
adieux, M. de Monlignon dit:
— En vérité, la vie des actrices est
parfois bien accidentée. -
— Oh !fit Bettine, elle l'est encore
plus ici que chez les barbaresques.
Paul DOLLFUS.
Nous publierons demain un article de
PIERRE SOUVESTRE -
Débuts
Plusieurs lecteurs nous prient d'ouvrir
dans nos colonnes un véritable plébiscite
concernant la question des débuts en France
et de résoudre au plus tôt ce problème
qui soulève chaque jour, un peu partout de"
très vives polémiques.
J'avoue que le remède me paraît un peu
primitif. Lorsque l'on ouvre dans un pays
nègre, par exemple, un plébiscite concer-
nant l'abolition de l'esclavage, on est à peu
près sûr de la réponse que l'on obtiendra,
et si le procédé peut être utile en politique,
je le crois insuffisant pour résoudre une
question d'une façon sérieuse.
Le jour où l'on demandera à tous les
spectateurs des théâtres de province s'ils
désirent voter pour l'admission ou le renvoi
des interprètes qui leur sont proposes, vous
pouvez être assuré qu'ils se déclareront tous
partisans de cette mesure. Quant aux mu-
nicipalités et aux notables de la ville, ils
préféreront, n'en doutez point, leur suffrage
restreint et, le directeur le sien.
Aussi bien peut-on penser qu'en pareille
matière mieux vaut recourir, au vieux bon
sens qui n'ayant, lui, aucun intérêt maté-
riel en jeu, n'hésite point à déclarer que si
l'on nomme un directeur dethtâtre, c'est
parce que l'on reconnaît Que, mieux
tout autre, il peut diriger un théâtre et savoir
ce qu'il faut taire pour cela.
Je sais bien la réponse que l'on fera de
suite: le directeur est lié par la municipa-
lité, on lui impose des conditions trop rigou-
reuses pour qu'il puisse jamai,s faire bien et
il n'a qu'une idée, c'est d'aller, en toute
chose, aux dernières limites de l'économie.
Est-ce bien là un argument? Si les cré-
dits qui lui sont alloués sont insuffisants, le
directeur, quel que soit par ailleurs son dé-
sir de bien faire, contraint par l'opinion pu-
blique à des engagements onéreux, doit
aboutir à la faillite dans le plus bref délai.
C'est là une solution hypocrite qui peut dé-
gager la responsabilité d'une commission ar-
tistique, mais qui, on l'avouera, est dénuée
de sens commun. Par contre, si les crédits
sont suffisants, si l'on peut-faire bien, il va
de soi que l'on peut s'adresser à un direc-
teur véritable, qui désire avant tout réus-
sir et laisser de côté les anciens forçats ou
les garçons de calé ruinés, auxquels on a
le plus souvent recours. Dès lors, on est
assuré du succès et le choix d'un homme de
valeur est possible en toute circonstance.
Tout cela n'est, au fond, qu'une simple
question d'argent, et la coutume des débuts,
une hypocrisie des municipalités qui ne
saurait résister à un examen attentif.
- _G. DE PAWLQWS^I.
Échos
Ce soir, à huit heures et demie, au Pa-
lais-Royal, première représentation de La
Valse des roses, vaudeville en un acte, de
M. Alfred Delilia. A neuf heures, L'Heure
de la Bergère.
Ce soir, à huit heures et demie, à Déja-
zet, première représentation de L'Enfant de
ma soeur, - pièce en trois. actes, de MM.
Mouézy-Eon et Francheville.
Cet après-midi, à deux heures, 'au théâ-
Ires des Nouveautés, répétition générale de
Dix Minutes d'Auto ! pièce en. trois actes
de MM. Georges Berr et Pierre Decour-
celle.
NOS ARTISTES
t
(H. Manuel, phot.)
M lia Cécile Thévenet
s
uperstition.
l Georges Feydeau est un homme heu-
reux. Occupe-toi d'Amélie fut un gros suc-
cès et, prochainement, Feu la mère de Ma-
dame triomphera à la Comédie-Royale.
Pourtant l'auteur de la Dame de chez
Maxim's est très superstitieux et c'est ainsi
qu'hier, à l'enterrement de notre cher Sar-
dou, cet amusant vaudevilliste avait eu soin
de ne pas emporter sa lettre de faire-part
lui donnant accès à l'église, afin de ne pas
porter sur lui de lettre de deuil.
Inutile de dire que Feydeau put tout de
même entrer dans l'église, ce qui lui valut,
à son grand désappointement, d'être frôlé
par. un croque-mort.
Leurs mots.
Un de nos plus brillants auteurs
dramatiques, qui n'est pas encore de l'Aca-
démie mais compte bien en être prochaine-
ment, n'est pas réputé pour son amabilité
^év»uée. Il passe — à tort ou à-raison- -—
pour un délicieux égoïste.
Comme, l'autre jour, il s'entretenait avec
un de ses plus spirituels confrères de l'é-
norme situation morale de M. Paul Her-
vieu et qu'il en recherchait les causes:
—- Je vais vous les dire, répondit le spi-
rituel confrère. Cette situation il la doit,
pour moitié, à son caractère, et pour
moitié. au vôtre.
L
a bonne manière.
Alexandre Dumas, - père, sortait un
soir du Gymnase: il gelait à pierre fendre
— un peu comme aujourd'hui. Il se dirige
vers un cocher, qui met la main sur la
portière et dit :
— Je ne marche pas, avec un temps
pareil.
— Tu ne marches pas?
— Non.
- Une fois, deux fois, trois fois.
Le cocher ne répond même pas et .garde
toujours la portière.
Alors, Alexandre Dumas saisit * cet hom-
me par les côtes, l'enlève de terre et le
plante sur son siège, en lui disant:
- — Marche, maintenant.
Et le cocher, dont les manteaux faisaient
une masse à peu près informe, retomba sur
son siège comme du plomb, — et, terrifié
- marcha.
L
es brillants de taille ancienne sont épais
r. et carrés. Les brillants taille moderne
sont ronds et minces; Dusausoy, expert,
4, boulevard des Italiens, achète toujours
les belles pierres. Il vend aussi de belles
occasions.
UN JOLI GESTE
Ce joli geste valait d'être cité. On a vu que,
suivant l'exemple donné par la Comédie-Fran-
çaise et la Porte-Saint-Martin, M. Max Mdurey
avait décidé de « faire relâche » ce soir au
Grand-Guignol, a l'occasion des obsèques de
M. Victorien Sardou. C'est là un attention dé-
licate et jolie, et qui ne manquera pas, nous en
sommes certain, de toucher profondément la fa-
mille de l'illustre disparu. "",
M. Victorien Sardou avait pour M. ; Max Mau-
ey une très grande affection. En maintes cir-
onstances il nous dit la haute estime dans la-
quelle il tenait son jeune confrère. Il l'appré-
ciait comme auteur et comme directeur, et il se
plaisait à nous répéter combien il prisait le mé-
rite de cet homme qui, « comme Molière, avait
fait un théâtre dans une grange ».
Lorsque Mme Réjane monta La Savelli,
M. Victorien Sardou, avec une exquise bien-
veillance, vint lui-même diriger plusieurs répé-
titions de la pièce de M. Max Maurey. Et, lors-
qu'il fut question de décerner au brillant auteur
de La Recommandation et d'Asile de nuit ce
ruban rouge qu'il méritait à tant de titres,
M. Victorien Sardou fut le premier à aller de-
mander au ministre - et à obtenir de lui -
cette juste récompense. y
Aujourd'hui, M. Max Maurey. nous; montre
qu'il a de la mémoire et de la reconnaissance.
Aucun de ceux, qui le connaissent. ne sera sur-
pris de cette jolie manifestation, mais nous
avons plaisir à la signaler. — P. M.
L
a bouquetière.
Hier, la cour du Conservatoire était
vivement agitee. C était les examens d ad-
mission aux classes de déclamation. Il y
avait là beaucoup d'espoirs, mais il y aura
peut-être peu d'élus. Ceci nous rappelle
l'histoire de la grande Rachel, qui; dans sa
jeunesse, avait vendu des fleurs. Admise au
Conservatoire* après un faible concours, elle
sollicita des leçons particulières de Provo$t»
sociétaire de la Comédie-Française.
A la vue de cette pauvre fille malingre,
il lui répondit: « Allez vendre des bouquets,
mon enfant ».
Les années passèrent et la célèbre tra-
gédienne, en pleine gloire, se vengea un
soir, avec le plus charmant esprit, des dé-
dains de ce mauvais prophète.
La salle était comble; Rachel venait de
jouer Hermione. Applaudie avec enthou-
siasme et rappelée avec frénésie, elle put,
le rideau baissé, remplir sa tunique grec-
que de fleurs que les spectateurs avaient
jetées sur la scène; elle courut alors près
de Provost, puis, se mettant à genoux avec
la plus gracieuse coquetterie :
— J'ai suivi votre conseil, - monsieur Pro-
vos,t, dit-elle, je vends des bouquets ; voulez-
vous m'en acheter?
S. A. R. aux HouffesmParisietis
(Pboto-Prôijrainme) mile Marguerite P#»»*?
-
/«. fiazalls M,,a Dumesnll M. Mllo d« MtyM "*• H, Difrtyn v-M.T0urnyt
Unç scène 4u premier ççtf
Il faut croire que le jour de son concours
au Conservatoire, Provost était loin de pré-
voir le brillant avenir de la célèbre tragé-
dienne.
E
ncore des vers.
1 D'un livre de poèmes, intitulé Cent
Jjallades, que publie M. Ernest Gaubert,
nous détachons cette jolie
BALLADE CECILE SOREL
Vois, coquetant et caquetant,
Le regard vif, ta voix amène,
Cette beauté dont le montant
Tour à tour éloigne et ramène
Alceste, cet énergumène,
Et Célio, ce ménestrel.
Vois : Marianne et Célimène,
N'est-ce pas Cécile Sorel?
Comédienne plus et tant,
Elle n'est Grecque ni Romaine.
Le charme de France, éclatant,
Revit en elle, et son domaine
— Elmire plutôt que Chimène -
C'est l'art exquis du naturel.
Brohan, ta cousine germaine
N'est-ce pas Cécile Sorel?
Coquette du jour et d'aman
Par un étrange phénomène,
Don Juan L'eût aimée un instant;
Et Musset toute une semaine
Eût été son catéchumène
Hervieu, Lavedan, de Curel
Ont rêvé de cette inhumaine :
N'est-ce pas, Cécile Sorel?
ENVOI
Trince, qui de la Flandre au Maine
Et des Vosges à l'Estérel
Fait mieux sourire Melpomène?
N'est-ce pas Cécile Sorel?
Ernest GAUBERT.
N
ous enregistrons avec plaisir le grand
succès obtenu sur la ville d'amour
par M. Philippe Jurgensen, à Manchester,
où il a récolté ample moisson de bravos.
L
es chauffeurs désireux de réaliser une
» notable économie munissent leurs
voitures des excellents pneus Bèrgougnan.
qui n'ont jamais rien bu et qui se conten-
tent simplement de donner pleine et entière
satisfaction à ceux qui les emploient..
v
endredi 13.
Chacun est superstitieux à sa fantai
sie. Il y a des gens qui redoutent le ven-
dredi 13 et le considèrent comme un jour
néfaste. Il y en a au contraire à qui cette
date semble du plus lieurtux présage.
Giimt, le grand chocolatier de la rue
de la Chaussée-d'Antin, est certainement
de cet avis, puisque c'est demain soir, ven-
dredi 13, que le savoureux et exquis bon-
bon Comœdia sera mis en vente dans tous
les buffets de théâtre.
Et si le vendredi, 13 ne porte pas bonheur
au bonbon Comœdia, ce sera peut-être le
bonbon Comœdia qui portera bonheur au
vendredi 13!.
NOUVELLE A LA MAIN
D
, eux artistes bavardent sur leur triste
sort.
— C est effrayant, mon cher, que dans
ce sacré métier, je n'arrive pas à gagner
ma vie.
- ??
— Et j'ai pourtant le feu sacrée
— Oui, dit l'autre; mais c'est' un feu
qui ne produit pas de braise?
Le Masque de Verre.
Une Lettre
DE
M. Antoine
Nous avons reçu hier, de M. André Antoine,
la lettre suivante:
Môn cher directeur,
Vous devinez, n'est-ce pas, combien, en
ouvrant Comœdia ce matin, j'ai été touché
de votre généreuse intervention?
Ce n'est pas la première fois que votrt
journal manifeste envers l'Odéon et ?on di-
recteur ses précieuses sympathies. Merci
donc et de tout cœur.
Mais, aidez-moi, je vous en prie, à faire
comprendre à vos lecteurs que ce n'est pas
de l'argent qu'il me faut; j'ai les capitaux
nécessaires et je n'ai pas recommencé une
saison sans savoir où j'allais. Ce que j' ii
demandé au public jeudi dernier, ce que je
lui demanderai encore demain et toutes k -
fois que j'en aurai l'occasion, c'est l'atter-
tion, la collaboration active de tous les ama-
teurs de théâtre.
Il faut que Paris traite l'Odéon en théâ-
tre de Paris et non comme une scène loin-
taine où l'on ne monte que par exception.
Il y a des services de voitures organisés et
on finit d'assez bonpe heure pour-regagner
commodément la rive droite..
Il faut que la presse se montre indu!
gente pour ce théâtre difficile à exploiter.
Il faut que les auteurs que le Théâtre
Libre et le Théâtre-Antoine ont rendus ceie
bres paient aujourd'hui de leur nom et de
leur talent la dette contractée envers les
nouveaux venus dont l'Odéon doit être ia
scène de débuts.
Je réponds de ma bonne volonté et ie
continuerai à faire ce que je dois. Je de
mande que le public qui. on l'oublie, a mis
quatre saisons à prendre le chemin d.' b<
levard de Strasbourg, recommence, ( r~
j'ai recommencé ici, l'effort ancien.
Mais, n'est-ce pas, pas de malema i
La situation du théâtre est à cette :,
tout ce qu'il y a de plus normale, ..■ r:
affaires sont en ordre. St j'ai fait de s
dépenses:depuis deux ans, je les ar •*
comme j'ai payé les cent mille fra:;-.:
dettes que j'avais en quittant le H:
Libre.
Il n'y a donc plus qu'à travailler: ",' <
je m'en charge.
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