Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1908-08-16
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 16 août 1908 16 août 1908
Description : 1908/08/16 (A2,N321). 1908/08/16 (A2,N321).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7645976r
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
2e Année. ==N° 321 (Quotidien) te ivuméro : 5 centimes
Dimanche 16 Août 1908
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Rédacteur, en Chef o. de PAWLOWSKI
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
27, Boulevard Poissonnière, PARIS'
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDIA-PARIS
ABONNEMENTS:
UN AN 6 MOIS
Paris et Départements. 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 »
m -
t, RÉDACTION & ADMINISTRATION:
27, Bouleuard Poissonnière, PARIS'
'- TÉLÉPHONE: 298-07
■ Adresse Télégraphique : C0MŒDIA«PARÎ3
ABONNEMENTS:
UN AN 6 MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Etranger. 40 » 20 »
AVENTURES DE BETTINE
M ystères"
arabes
M La jeune actrice qui contait chez M. de
onlignon les aventures qu'elle avait
eues aux pays barbaresques poursuivit
son récit en ces termes :
(( Que ceux qui le peuvent imaginent
Ce tableau : cette immense salle aux voû-
tes très hautes soutenues par des colon-
ies couvertes d'arabesques dorées; la
ueur fumeuse des torches; sur le sol,
accroupis, une cinquantaine d'hommes à
a-tête rasée, aux traits de fanatiques, aux
Yeux de flammes, vêtus de longues ro-
bes blanches; moi, dépouillée de tout
VOIle, attachée à l'une des colonnes,
comme une martyre attendant l'heure du
SuPplice ; devant moi, cette estrade où
Paient s'accomplir les actes de sorcelle-
rte que je devais égaler ; et, entre les
colonnades extrêmes, des draperies der-
rière lesquelles il me semblait entendre
grouiller d'autres assistants. Mettez cela
SUr le théâtre, messieurs les auteurs, et
vous verrez si le public ne frémira point.
Moi, je frémissais jusque dans les moel-
les, mais j'espérais encore!
« Tout à coup, sur cette estrade que
mes yeux n'avaient pas quittée, un hom-
me apparut, surgi je ne sais d'où. Etait-
tombé de la voûte, avait-il jailli du sol,
je n'aurais pu le dire. Il poussa un cri
étrange, mit ses deux mains sur sa tête
et s'inclina vers le vieux moine qui était
assis près de moi. A l'instant, une mu-
sique sauvage et triste s'éleva, ronfle-
ments de tambourins, sons de flûtes na-
sillardes, cris et battements de mains
frappés en cadence. C'étaient les moines
qui chantaient et tapaient dans leurs
mains, à l'instar de ce que j'avais vu fai-
re aux femmes de M. de Mévil, mon
Premier maître, pendant leurs danses.
Mais l'on ne voyait pas les musiciens.
y La musique devint peu à peu assour-
dissante, et alors, l'homme sur l'estra-
de se mit à danser tout en poussant des
cris bizarres. Mais il ne dansait pas seul.
Autour de lui, à ses pieds, entre ses
jambes, d'autres êtres dansaient avec lui,
suivaient tous ses mouvements et lan-
çaient, de temps à autre, des coups de
sifflet qui me déchiraient les oreilles.
Savez-vous quets étaient ces danseurs?
bes serpents. Une myriade de serpents,
de toutes tailles et de toutes formes, qui
tantôt dressés sur leur queue, tantôt en-
roulés en anneaux ondoyants, semblaient
autant d'élèves dociles qu'un maître à
danser eût entraînés dans une ronde fan-
tastique. Soudain, l'homme jeta un cri
Plus strident que les autres, la musique
tut, la danse s'arrêta, les serpents
s enroulèrent aux membres du sorcier
et, en un clin d'œil, il disparut sous leurs
anneaux. Il en avait autour des jambes,
des bras, du corps, de la tête. Certains
s'introduisaient dans sa bouche et d'au-
tres lui faisaient une chevelure. Il jeta
un second cri. Toutes les bêtes immon-
des disparurent sans que je visse par
où. Il mit à nouveau ses mains sur sa
tête, s'inclina devant le vieux moine, et
je ne le vis plus.
« — Eh bien! sorcière roumi, me dit
le moine, sauras-tu ainsi charmer les vi-
pères?
, <( — Je ferai mieux, seigneur,, répon-
dis-je à tout hasard.
« Je n'en pus dire plus. il y ?vrH 1111
nouveau jongleur sur l'estrade. Celui-là
tenait par la queue des bêtes affreuses,
qu'on nomme scorpions. Il se fit mordre
par elles aux bras, aux joues, aux pau-
pières. Puis il leur broya la tête entre
ses dents et les dévora. Je pensais m'é-
vanouir de dégoût. Je dis au moine :
« — Plutôt périr à l'instant que tenter
une chose aussi vilaine.
« Un troisième sorcier nous donna un
Spectacle plus hideux encore. Il se passa
le doigt sous les paupières, et soudain
l'on vit ses deux yeux pendre hors des
orbites, au bout d'un fil sanguinolent.
f « — Mes yeux sont trop beaux pour
Sue je les abime ainsi, dis-je au chef des
moines.
; Mais alors commencèrent les jongle-
fies vraiment sauvages. Six individus pa-
rurent à la fois sur l'estrade. Ils tenaient
de longues épingles. La musique devint
plus bruyante. Ces hommes tournèrent
longuement sur place, avec une rapidité
folle, puis, poussant en même temps un
seul cri, chacun leva la main et se frap-
pa avec l'une des armes qu'il tenait.
L'un s'était transpercé les deux joues
d'une longue épingle. Un autre s'était
tracé avec un sabre un cercle sanglant
autour du front. Un troisième avait lais-
sé planté dans son avant-bras un large
couteau. Les autres avaient fait je ne
sais quoi de même force. Le sang cou-
lait de toutes ces blessures, mais ces
hommes n'en dansaient qu'avec plus de
frénésie. A chaque pas, ils se frappaient,
à chaque coup, une nouvelle blessure
rougissait leur corps. Ils ne paraissaient
rien ressentir. Au contraire, des lueurs
joyeuses éclataient dans leurs yeux. L'as-
sistance trépignait au rythme de leur
danse corr/.ie si tous ces moines s'étaient
sentis (ntraînés dans le même tourbillon.
De derrière les draperies m'arrivaient
des glapissements. Bientôt les danseurs
eurent les mains vides, leurs armes étant
plantées dans toutes les parties de leurs
corps. Alors les moines leur lancèrent
des ustensiles de verre de toutes formes.
Ils les attrapèrent à la volée, les broyè-
rent entre leurs dents et, tandis qu'ils
en mâchaient des morceaux, ils jetè-
rent le reste à terre, en sorte qu'ils pié-
tinaient sur ces débris tranchants et s'y
déciiiraient atn>rerrtnt les pieds. Mais
ils dansaient toujours. Enfin, on leur
jeta des torches dont ils promenèrent la
flamme sur leur corps, produisant une
horrible odeur de chair brûlée. Alors,
les moines n'y tinrent plus. Enivrés,
pris d'une émulation fanatique, les uns
après les autres, ils se dressèrent et se
mirent à tourbillonner au son de la mu-
sique. En même temps, de leurs ongles,
ils se labouraient le visage, arrachant des
lambeaux de chair, traçant sur leurs
traits de longues lignes rouges. Bientôt,
ils furent presque aussi sanglants que
leurs sorciers.
« J'avais entendu parler, dans mes
voyages en France et en Flandre, de ces
possédés qui, dans certaines contrées,
dansent sans arrêt, les uns suivant les
autres, entraînés dans une chaîne qu'au-
cun, n'a la force de rompre. J'en avais
même vu quelques-uns en Bretagne.
« Mais je n'aurais pas cru. que des
hommes pussent arriver au degré de fo-
lie furieuse que je voyais devant moi.
A cet instant, je crus bien que j'étais per-
due.
« Que fût-ce, lorsque les draperies du
fond tombèrent arrachées, et qu'une fou-
le de femmes, les yeux hagards, les
cheveux dénoués, leurs voiles au vent,
se jetèrent dans le tourbillon en multi-
pliant sur le mode aigu les glapissements
que j'avais déjà cru entendre. C'étaient
toutes les femmes de la tribu, qui, alors
qu'on m'enlevait, avaient suivi pour ve-
nir prendre leur part de cette scène in-
fernale.
« Comme les moines, elles semblaient
n'être plus maîtresses de leur corps. La
musique les faisait tournoyer, telles des
insensées. Elles aussi, elles se lacéraient
de leurs ongles, se labouraient des épin-
gles qu'elles avaient dans leurs cheveux
ou à leurs vêtements. Et, au milieu de
ces furies, je rie. demandais, en trem-
blant, si quelqu'une n'allait pas se jeter
sur moi et me déchirer de ses griffes ou
me frapper d'un poignard.
« Imaginez encore ce spectacle, mes-
sieurs les auteurs, dans la lueur des tor-
ches. avec l'odeur du sang répandu, des
parfums qui brûlaient, et de tous ces
corps en proie à la folie du mouvement.
« J'espérais du moins que, la lassi-
tude venue, on m'oublierait et que je
n'aurais pas à faire l'épreuve qu'on
m'avait promise. Mais ces gens ne con-
naissent pas la lassitude. Plus ils tour-
naient et plus ils semblaient trouver des
forces, jusqu'au moment, où, d'un seul
mouvement presque, ils s'abattirent tous
sur le sol ensanglanté.
"« Les mots me manquent pour pein-
dre ce qui se passa alors. Mais, au mi-
lieu de ma détresse, je songeais avec
ironie aux mille précautions des jaloux
Arabes qui font de leurs femmes de
pauvres esclavse, et qui n'ont pas plus
tôt le dos tourné, qu'ils subissent le sort
commun à tous les hommes !
« Le vieux moine fut le premier à re-
trouver la raison. Il vint vers moi et me
dit:
« — Es-tu prête à nous montrer ta
puissance, sorcière?
« J,e n'eus pas à répondre. Toutes les
femmes m'entouraient, me montrant le
poing, criant à la fois :
(( - Non, non, pas d'épreuve ; qu'elle
meure, ou elle nous dénoncera à nos
époux !
« Est-il besoin de dire que les fem-
mes d'Abd-el-Mansour étaient les plus
forcenées. Elles avaient des coutelas et
les brandissaient sur ma tête. »
Paul DOLLFUS.
Nous publierons demain un article de
JACQUES MAY
La faillite des Fées
Depuis quelques années, les fées dans
notre pays tont de très mauvaises affaires.
Autrefois, elles étaient en honneur auprès
des enfants et des grandes personnes et
des générations entières étaient bercées
par le récit de leurs exploits.
Avec les progrès de la science contem-
poraine, leurs trucs ont perdu malheureu-
sement beaucoup de prestige et n'en impo-
sent plus à personne. On fait mieux tous
les jours dans la réalité et le surnaturel est
dès maintenant canalisé d'une façon très
précise par des entreprises commerciales.
Au surplus, tout le monde est aujour-
d'hui tort bien renseigné sur les possibilités
scientifiques et les enfants eux-mêmes ne
s'y trompent pas. A première inspection, il
est évident qu'avec de toutes petites ailes
en plumes d'oie, un génie ne saurait se
soulever dans les airs et s'y maintenir pen-
dant quelques heures, les expériences quo-
tidiennes d'aviatîon que l'on fait a Issy-Ies-
Moulineaux le prouvent surabondamment;
quant à la sorcière qui se voit obligée de
rechercher, à minuit, cinquante espèces
d'herbes rares et de faire bouillir trois cra-
peaux pour apprendre ce qui se passe à
cinquante kilomètres de là, il n est point ue
collégien qui ne lui conseillerait de prefe-
rence d'aller porter un télégramme a la
poste ou de donner un coup de téléphone
pour être renseignée sans plus tarder Ce
n'est point que la cuisine du téléphone soit
parfois plus agréable que celle des sorciè-
res, mais enfin le procédé est tout de mê-
me plus simple et tout homme raisonnable
préférerait l'employer.
Quant aux rayons X, ils sont plus prati-
ques mille fois que la seconde vue pour
découvrir un trésor et un bon revolver est;
beaucoup plus sûr qu'un cercle magique
pour se préserver des attaques nocturnes.
Les fées se trouvent donc désormais pla-
cées en très mauvaise posture et leur in-
succès s'en va particulièrement croissant
dans les féeries théâtrales, si littéraires
qu'elles soient, que l'on nous présente en-
core.
Toutefois, comme l'évolution des idées
est un perpétuel recommencement et com-
me le besoin du merveilleux est inné dans
la race humaine, on peut être assuré que,
loin de disparaître, le prodigieux ne fera
que nous attirer élague jour davantage,
mais sur des bases nouvelles.
Il suffit pour s'en assurer de voir le suc-
cès que remporte actuellement Sherlock
Holmes et l'accueil enthousiaste qui vient
d'être tait à la reprise du Tour du Monde
en 80 jours, bien que Jules Verne retarde
déjà considérablement sur les progrès ac-
complis à l'heure actuelle.
Baser le merveilleux sur des données
scientifiques, ramener les êtres surnaturels
parmi nous'et les faire agir avec nos pro-
prers moyens, c'est là un merveilleux qui
convient à notre époque plus qu'on ne le
pense et qui assurera un succès considéra-
ble aux dramaturges qui sauront l'utiliser
avec intelligence.
G. DE PAWLOWSKI.
Échos
Aujourd'hui, au théâtre antique du
Grand Cercle dl Aix-les-Bains, représenta-
tion de gala donnée sous le patronage de
Comœdia: Iphigénie, de Jean Moréas, avec
le concours de Mlle Madeleine Roch.
•K 1?
Aujourd'hui, au théâtre antique de Cau-
terets, représentation de Siegfried, de
Wagner, avec le concours de M. Stolzen-
berg, de Mme Lina Pacary et de M. H.
Albers.
S'
ur le pré.
M. Guillout s'étant jugé offensé par
un écho paru dans nos colonnes, a envoye
ses témoins au « Masque de Verre. »
Rouzier-Dorcières
(Croquis de P. Berthon)
Notre excellent collaborateur Rouzier-
Dorcières ayant déclaré prendre la respon-
sabilité dudit écho, a chargé MM. Emile
Mas et Fernand Fauré de refuser toute ré-
tractation, mais en retour d'accorder toute
réparation à M. Guillout, qui a choisi le
pistolet.
Voici le procès-verbal de la rencontre:
La rencontre a eu lieu samedi 15 août, à
onze heures du matin, au Parc des Princes. Deux
balles ont été échangées sans résultat. Les ad-
versaires ne se sont pas reconciliés.
M. Rouzier-Dorcières était assisté de M. le
Docteur Musy. M. Guillout n'était assisté d'au-
cun médecin.
Fait double à Paris, le 15 août 1908.
Pour M. Guillout:
J. LONDAU.
L. L MBERT.
Pour M. Rouzier-Dorcières:
Emile MAS.
Fernand FAURÉ.
L
es deux A. Capus.
Les admirateurs du fameux drama-
turge savent-ils qu'il existe en France deux
A. Capus, et qu'ils présentent .cette parti-
cularité, assez banale il est vrai, d'être frè-
res? Car M. A. Capus, le Capus n° 1. le
célèbre et spirituel auteur de la Veine,
possède à Issoudun, dans l'Indre, un frère,
M. A. Capus n° 2, qui est chargé d'initier
les. jeunes esprits des élèves du collège
communal de là-bas aux secrets de la phi-
losophie et de l'histoire. Modeste et tran-
quille, doué au surplus (ce qui ne gâte
rien) d'une chevelure absalonienne, M. A.
Capus n° 2 médite et travaille dans le cal-
me de la vie provinciale, et M. le recteur
de l'Académie de Poitiers, voulant le ré-
compenser de son zèle, lui a récemment
fait décerner les palmes.
M. A. Capus junior est un sage.
c
hacun son tour.
L'accord ne régnait pas, l'autre soir,
parmi les indiens Paumes qui, au troisième
acte du Tour du Monde, ont maille à par-
tir avec Philéas Fogg et ses compagnons.
La cause? Il paraît que plusieurs de ces
Indiens .(montmartrisés !) s'obstinaient à
mourir tous les soirs sous les balles des
Américains, alors que leurs camarades
étaient obligés de rester vivants!
Ces derniers, ne voulant pas que ce soient
toujours les mêmes qui se fassent tuer, re-
vendiquaient donc leur droit à la mort, et
le chef de la tribu — (pardon ! le régisseur
de la figuration) — eut recours à la justice
de Salomon pour mettre tout le monde d'ac-
cord: il ordonna que ceux qui seraient tués
un soir resteraient vivants le lendemain!
Et depuis, tout le monde est content!
c
ruelle énigme.
Est-il Wallon? Est-il Flamand? Doit-
on prononcer MaeterlamcK, comme on dit
zinc? ou Maeterlinck, comme sterling?
Il est certain que le problème est assez
malaisé à répondre. Sur nos boulevards,
nous entendons indistinctement articuler de
l'une ou de l'autre manière. Sans doute,
par sa naissance, M. Maurice-Polydore-Ma-
rie-Bernard Maeterlinck appartient à la
Flandre orientale, puisque/nous apprennent
ses biographes, le fastueux hôte de l'Ab-
baye de Saint-Wandrille, vit le jour en
1862, à Gand; mais, par ses origines, n'ap-
partient-il pas aux provinces wallonnes, dont
nos départements français ont conservé en
partie la forte prononciation, en la défigu-
rant légèrement? Si l'on compare, en effet,
les voyelles françaises et wallonnes, on
constate que. la plupart du temps, l'a s'est
changé en e (chet, chat), l'e en i et u
(chimith. chemise), l'i en u (inn, un), etc.
Tenons donc compte de ces déformations
et articulons comme elles nous le comman-
dent : que diriez-vous, par exemple, si nous
prononçions Maeterlenck? ou Maeterlenck?
ou Maeterlonck? ou.
Ah ! lunck. ou louck. ou linck. ou linnkc,
c'est toujours l'auteur de Monna Vanna.
SUR LES PLANCHES
Changé. l'air qu'on respire ici!
Nous y sommes: il faut être.
Mais, nous y portons le souci,
— nostaleiquement — de paraître..
Qu'importe le décor unique
De la mer changeante et des cieuxtf
— ,C'est aussi bien sinon, Messieurs,
Mieux qu'à notre Opéra-Comique.
Rideau. Lorgnettes. Premier plan.
C'est « L'Heure du Bain ». On commence.
La jeune première s'avance.
, Il ne manque ou'un petit banc.
0 science des attitudes!
Sarah ! Cora ! Princesses du
Geste ! Ce beau geste, est-ce dû
A nuelles natientes études!.
Art subtil de rentrer dans l'eau,
D'en sortir, telle une statue.
Et de jeter, sur la chair nue,
Un peignoir qui semble un manteau!
Frissons appris! Trucs. Nus honnêtes.
Art de la pudeur sans chapeau
Et de ne montrer de sa peau
Que ce qui convient aux lorgnettes!.
Et, sous les verres grossissant
Que brouillent les concupiscences,
Et qu'allument les indécences,
Les yeux sont injectés de sang.
.Un "'eu plus loin, très confortable,
Culotte rouge et presque nu,
Joli philosophe ingénu,
Bébé fait des pâtés de sable.
Henri-E. SIMONI.
L
e chasseur de chevelures.
La représentation des Burgraves à
Orange s'est faite avec une importante figu-
ration. Mais le contrôle de ces interprètes
subalternes était assez malaisé.
C'est ainsi qu'à la fin, on pouvait voir
un chef figurant installé à l'issue de l'étroit
passage par où défilaient. un à un, devant
lui, burgraves, margraves, hommes d'ar-
mes, déposséder vivement ces guerriers
médiévaux de leui's casques et de leurs
perruques.
Un jeune page passe en courant devant
lui. Il le rattrape, et empoignant sa perru-
que noire, veut l'arracher. Un cri de dou-
leur. Le page se retourne. C'est Mlle
Lyrisse, charmant Gorlois, à qui ses admi-
rables cheveux faisaient une perruque telle
qu'aucun artifice n'en composa jamais.
L
es précurseurs de Chantecler.
Le coq (Chantecler) va être mis au
théâtre. Mais il ne sera pas le premier ani-
mal dont le nom aura servi comme titre de
pièce. Il n'y a pas besoin, en effet, de cher-
cher beaucoup pour retrouver la Souris
(Pailleron), la Tortue (Gandillot), le Ho-
mard (Gondinet), le Crocodile (Sardou), le
Dindon (Feydeau), le Canard sauvage (Ib-
sen), l'Aiglon (Rostand), la Brebis (Ed.
Sée) et les Petites brebis (Varney), le Lapin
(Battaille et Feugère), le Sanglier (Bisson),
le Chien (E. Vois), le Terre-neuve (Bisson
et Henneauin), la Cigale (Meilhac et Ha-
lévy), la Cigale chez les Fourmis (Legouvé
et Labiche), la Cigale et la Fourmi (panto-
mime), la Sauterelle (Grenet-Dancourt),
Papillon (Peter et Danceny) et la Papillonne
(Sardou), le Grillon (CI. Rochel et de Ri-
caudy) et un autre Grillon (Th. Réjane),
l'Ablette (Ordonneau), la Mouche (au Pa-
lais-Royal), le Pigeon (à Cluny), l'Ecureuil,
la Grenouille, le Lézard; les petits Oiseaux
(Labiche), Oiseaux de passage (Donnay et
Descaves), les Oiseaux-mouches (Ch. de
Bussy), les Loups (Bonis-Charancle), les
Corbeaux (Becque), les Mouettes (Paul
Adam), les Hannetons (Brieux), les Guêpes
(Aristophane), les Perruches (Berteyle), les
Hirondelles (opérette, sans compter celles
que prépare notre collaborateur Kistemaec-
kers), les Vautours et même les Microbes.
Les Goules, le Vampire sont du domaine
des animaux légendaires, mais il y a encore
la biche au bois, le chat botté, le lion amou-
reux, l'ours et le pacha, une corneille qui
abat des noix, la main de singe, les toiles
d'araignée, les pattes de mouche, le roi
frelon, tête de linotte, le carnaval d'un
merle blanc, Maman Colibri et le député.
Leveau!
L
e tourisme pour tous exige une voi-
ture, de faible puissance, à quatre
cylindres, économique, mais rapide. C est
un problème qu'a magnifiquement solu-
tionné la voiture Bayard et cela, à la louan-
ge des milliers de clients de la grande
marque de Levallois-Perret.
T
outes les chansons à boire, même la
si jolie, de Saint-Saëns: Allez vieux
fou, allez apprendre à boire, ne valent pas
un menu du Moulin-Rouge-Palace qui est
bien l'exhortation la plus aimable vers les
plaisirs d'une bonne table. Des mets sa-
voureux, des vins capiteux, une gaieté toute
gauloise. En faut-il davantage au Moulin-
Rouge-Palace pour justifier son universelle
renommée?
NOUVELLE A LA MAIN
M
istral était attendu à Orange, mais
ne vint pas.
Il n'en fut pas de même d'un ouragan
dont les violences se déchaînèrent trois
jours. « Ce qui prouve bien, dit Courteline,
qu'ici les fêtes ne peuvent avoir lieu sans
mistral ».
Le Masque de Verre.
Le Théâtre de la Nature
de Courçay=sur=Indre
M. Hubert Fillay
Directeur de « La Renaissance Artistique
Tourangelle »
(Grob et Maupuit, photj
Après une répétition au Théâtre de la Nature !
Fondé par quelques amis du théâtre, MM. Geo
Mary, Th. Thoreau, de Tours, et par M. Hubert
Fillay, un jeune poète blésois dont le dernier
livre, Les Poèmes Maudits, fut retenu par la
commission chargée d'attribuer la bourse natio-
nale de voyage littéraire de 1908 (prix de Rome
de poésie), le théâtre de la Nature a été créé
pour faire connaître aux habitants de la Touraine
les œuvres des écrivains et des artistes touran-
geaux les plus remarquables.
C'est là que le 8 juillet 1906, à une. époque où
les théâtres en plein air n'étaient pas légion com-
me aujourd'hui, M. Hubert Fillay fit applaudir
trois actes en vers par près de trois mille per-
sonnes venues de Tours, de Loches, de Bléré,
de- Blois et de toutes les communes des envi-
rons.
C'est là qu'aujourd'hui, sous la présidence de
M.- Paul Boncour, vice-président du conseil de
préfecture d'Indre-et-Loire, représentant M. lei
préfet d'Indre-et-Loire, les artistes de la Renais-
sance artistique tourangelle joueront Le Poly-
phème, d'Albert Samain, avec la musique de scè1*
ne de Raymond Bonheur.
M. Paul Berquet, directeur de l'Ecole de mu-
sique de Tours, dirigera la partie musicale, et les
rôles de Polyphème seront tenus par Mlle Ger-
maine Albert, du théâtre Sarah-Bernhardt ; M.
G. Mary, MM. Bonnin et Réau.
On jouera encore Ce que fille veut., un acte:
en vers, de M. Hubert Fillay
M. Delille, premier prix du concours des té-
nors de Tours en 1907; M. Leclair, premier prix
de violon du Conservatoire de Tours; M. Paul
Berquet, premier prix de violon du Conserva-
toire de Paris, donneront quelques intermèdes
d'une haute valeur artistique.
P. BERADE.
NÉCROLOGIE
Emmanuel Arène
M. Emmanuel Arène, dont l'état ce santé ne
laissait plus guère'd'espoir, est mort hier matin
à quatre heures, dans un appartement de l'Hô-
tel de Savoie, au Fayet, où il s'était retiré de-
puis un mois.
Le brillant critique du Figaro n'était âgé
que de cinquante-deux ans. Il était né à Ajac-
cio en 1856.
Venu à Paris,"pour faire son droit, il y devint
bientôt secrétaire d'Edmond About ei com-
mença, à côté de ce maître, dans les colonnes
du XIXe siècle une éclatante carrière de jour-
naliste.
Il publia dans tous les grands journaux fran-
çais, principalement au Paris et au Matin,
une profusion de chroniques rapides et mordan-
tes. C'était un chroniqueur de race, au style
alerte, élégant et très net. Il était ardent à la
polémique et s'attira un grand nombre de duels.
Il avait d'ailleurs le trait aigu et l'esprit fort
prompt. Il appartenait à cette lignée des vrais
journalistes qui s'inspirent de Voltaire, de Di-
derot et de Paul-Louis Courrier.
En 1887, il publia un recueil de nouvelles
très pittoresques, Le Dernier Bandit. On sait
que depuis déjà longtemps il occupait, avec une
autorité et un esprit supérieurs, les fonctions
de critique dramatique an Figaro.
L. •
- u.-:- - (P. Boyer et Bert, phot.) 1
Très répandu dans le monde théâtral, il avait
abordé la scène avec succès.
Il donna d'abord L'Adversaire, avec M. Alfred
Capus, au théâtre de la Renaissance, puis Pa-
ris-New-York, avec M. Francis de Croisset. à
la Gaîté, et enfin, aux Variétés, avec MM. Ro-
bert de Fiers et de Caillavet, Le Roi, dont le
succès n'est pas encore épuisé.
Enfin l'Opéra-Comique doit représenter en
octobre prochain une Léone, à quoi il avait col-
laboré avec MM. Montorgueil et Samuel Rous-
seau.
Il était devenu un des hommes les plus consi-
dérables de cette époque, et, à l'un des moments
où l'on escompta le départ de M. Claretie, l'on
avait songé à lui pour administrer la Comédie-
Française.
L'importance parisienne de M. Emmanuel
Arène s'augmentait d'une très grosse situation
politique.
Dès vingt-cinq ans, en 1881, il avait été élu
député de Corte. Il était devenu ensuite en 1907
député d'Ajaccio et sénateur en 1904.
Le corps sera dirigé aujourd'hui sur la Corse
où aura lieu 1 inhumation.
E. H.
LETTRE DE SA YREUTH
Critique Allemande
Je n'ai jamais eu la prétention, notant
point « fou du cerveau », de contenter tout
le monde. et mes pairs, surtout quand
ceux-ci sont wagnériens.11 me revient qu'un
musicographe wagnérien, pas méchant hom-
me, mais épais, s'indigne lourdement, dans.
une feuille peu lue, contre mes critiquer
« sacrilèges » — oui, mon gros, — qui ne
trouvent, dit-il, rien de bon à Bayreuth..
« Du reste, c'est si conforme à l'esDrit fran-
çais de déchirer tout, depuis la Fremden-
liste jusqu'à la mise en scène. »
A Dieu ne plaise que je clabaude contre
cette admirable Fremdenliste, officielle et
complète, des pèlerins de Bayreuth ! Source
intarissable de joies, je ne me lasse pas de
m'y plonger: elle m'inonde d'orgueil en me
révélant que d'augustes personnages wagné-
risent en même temps que moi : prince raval
de Prusse Eitel-Frédéric, prince héréditaire
de Reuss, prince de Beutheim-Tecklenburg
prince de Solms-Braunfels, prince de Lichi
tenstein, etc.
Les Français sont moins huppés; je vois
le nom de la comtesse Lena d'Haussonvi!!e,
encore ne serais-je pas étonné qu'elle ap-
partint la branche allemande- quant à
Mme Lubersœ, il faut être extra-lucide pour
deviner que, sous ce pseudonvme baroque,
les typos allemands désignent la comtesse
de Lubersac. D'autres déformations m'en-
chantent; le chef-lieu du Jura devient Lous
b. Sannier, et Mme B., oui a Dour beau-
frère l'avocat lidonien Albert G., devient
« bello weur » dudit.
Qui encore? Mme Blanche Thiit, la musi-
cienne Anna Held (!?), le wagnérien Ra- ,
phaël Cor, le docteur Augé-Laribe, tin lot
de Lyonnais, et puis des chauffeurs, beau-
coup de chauffeurs, Villiot, Bourille, Martin,
Durand. Ce qu'ils doivent s'amuser à Bav-
reuth! Heureusement qu'on y trouve
L'Auto! 1
En ce qui concerne la mise en scène, mon
gros balourd de confrère ignore peut-etre
que bon nombre de ses compatriotes la trou-
vent, eux aussi, défectueuse. En 1896. M.
Weingartner.dont la musique m'embête sou-
vent, mais qui n'est pas un sot, portait con
tre la (( Régie » de Bayreuth d'assez graves
accusations dont quelques-unes restent en-
core debout, car les hoirs Wagner se croient
volontiers infaillibles.
Le trop tardif allumage de l'Or magique
qui devrait luire avant que Flosshilde.
chante: « Er laechelt. in lichtem Schein M.
et resplendir à plein feu sur « Heiajaheia >> l
Le tapage strident de la vapeur, pendant la
métamorphose d'Alberich, grâce auquel on
n entend pas les cors jouant le thème du.
« Tarnhelm »; les fumées colorées en rO¡JI'[
dont Loge dit qu'elles sont pâles, bleich.
ce petit bout d'arc-en-ciel piteux et pâlot;
ces marches régulièrement taillées dans les
rocs (par le club alpin de ces temps légen-
daires, sans doute) l'étmcelante apparition
de Siegmund, combattent, en contradiction
avec le cri de .Sieglinde, qui ne peut voir
les deux adversaires « Kœnnt' ich sie
sehen », etc., etc., etc.
J'en pourrais citer davantage ; mais à ouo:
bon? Que ces réalisations scéniques relent
loin, bien loin des desiderata, c'est indénia-
ble ; et c'est inévitable aussi.
Quel machiniste nous donnera jamais i il-
lusion des trois Nixes ondulant en leur nage
gracieuse, avec des prestesses de poissons
à travers les récifs qui hérissent la pénom-
bre céruléenne du Rhin, cependant que leur
hymne de naïve allégresse dit le los de l'Or
inviolé dont, sur le roc central, l'éclat fui-
gure aux lueurs de 1 aurore? J'ai dit, et je
répète, que Raoul Gunzbourg, à Monte-Car-
lo, nous sut charmer surtout quand il nom
montra la courbe irisée de l'arc-en-ciel e,,tl'
sur la yallée du Rhm comme un pont dç
Dimanche 16 Août 1908
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1 9 J^k v Crjfl tE"^™ K 9
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^Ks^k MÊShSÊF m wëw R&fJW BgjSBl ■ApfSsË' WÊ J ^Hjl HE-
Rédacteur, en Chef o. de PAWLOWSKI
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
27, Boulevard Poissonnière, PARIS'
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Adresse Télégraphique : COMŒDIA-PARIS
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UN AN 6 MOIS
Paris et Départements. 24 fr. 12 fr.
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Etranger. 40 » 20 »
AVENTURES DE BETTINE
M ystères"
arabes
M La jeune actrice qui contait chez M. de
onlignon les aventures qu'elle avait
eues aux pays barbaresques poursuivit
son récit en ces termes :
(( Que ceux qui le peuvent imaginent
Ce tableau : cette immense salle aux voû-
tes très hautes soutenues par des colon-
ies couvertes d'arabesques dorées; la
ueur fumeuse des torches; sur le sol,
accroupis, une cinquantaine d'hommes à
a-tête rasée, aux traits de fanatiques, aux
Yeux de flammes, vêtus de longues ro-
bes blanches; moi, dépouillée de tout
VOIle, attachée à l'une des colonnes,
comme une martyre attendant l'heure du
SuPplice ; devant moi, cette estrade où
Paient s'accomplir les actes de sorcelle-
rte que je devais égaler ; et, entre les
colonnades extrêmes, des draperies der-
rière lesquelles il me semblait entendre
grouiller d'autres assistants. Mettez cela
SUr le théâtre, messieurs les auteurs, et
vous verrez si le public ne frémira point.
Moi, je frémissais jusque dans les moel-
les, mais j'espérais encore!
« Tout à coup, sur cette estrade que
mes yeux n'avaient pas quittée, un hom-
me apparut, surgi je ne sais d'où. Etait-
tombé de la voûte, avait-il jailli du sol,
je n'aurais pu le dire. Il poussa un cri
étrange, mit ses deux mains sur sa tête
et s'inclina vers le vieux moine qui était
assis près de moi. A l'instant, une mu-
sique sauvage et triste s'éleva, ronfle-
ments de tambourins, sons de flûtes na-
sillardes, cris et battements de mains
frappés en cadence. C'étaient les moines
qui chantaient et tapaient dans leurs
mains, à l'instar de ce que j'avais vu fai-
re aux femmes de M. de Mévil, mon
Premier maître, pendant leurs danses.
Mais l'on ne voyait pas les musiciens.
y La musique devint peu à peu assour-
dissante, et alors, l'homme sur l'estra-
de se mit à danser tout en poussant des
cris bizarres. Mais il ne dansait pas seul.
Autour de lui, à ses pieds, entre ses
jambes, d'autres êtres dansaient avec lui,
suivaient tous ses mouvements et lan-
çaient, de temps à autre, des coups de
sifflet qui me déchiraient les oreilles.
Savez-vous quets étaient ces danseurs?
bes serpents. Une myriade de serpents,
de toutes tailles et de toutes formes, qui
tantôt dressés sur leur queue, tantôt en-
roulés en anneaux ondoyants, semblaient
autant d'élèves dociles qu'un maître à
danser eût entraînés dans une ronde fan-
tastique. Soudain, l'homme jeta un cri
Plus strident que les autres, la musique
tut, la danse s'arrêta, les serpents
s enroulèrent aux membres du sorcier
et, en un clin d'œil, il disparut sous leurs
anneaux. Il en avait autour des jambes,
des bras, du corps, de la tête. Certains
s'introduisaient dans sa bouche et d'au-
tres lui faisaient une chevelure. Il jeta
un second cri. Toutes les bêtes immon-
des disparurent sans que je visse par
où. Il mit à nouveau ses mains sur sa
tête, s'inclina devant le vieux moine, et
je ne le vis plus.
« — Eh bien! sorcière roumi, me dit
le moine, sauras-tu ainsi charmer les vi-
pères?
, <( — Je ferai mieux, seigneur,, répon-
dis-je à tout hasard.
« Je n'en pus dire plus. il y ?vrH 1111
nouveau jongleur sur l'estrade. Celui-là
tenait par la queue des bêtes affreuses,
qu'on nomme scorpions. Il se fit mordre
par elles aux bras, aux joues, aux pau-
pières. Puis il leur broya la tête entre
ses dents et les dévora. Je pensais m'é-
vanouir de dégoût. Je dis au moine :
« — Plutôt périr à l'instant que tenter
une chose aussi vilaine.
« Un troisième sorcier nous donna un
Spectacle plus hideux encore. Il se passa
le doigt sous les paupières, et soudain
l'on vit ses deux yeux pendre hors des
orbites, au bout d'un fil sanguinolent.
f « — Mes yeux sont trop beaux pour
Sue je les abime ainsi, dis-je au chef des
moines.
; Mais alors commencèrent les jongle-
fies vraiment sauvages. Six individus pa-
rurent à la fois sur l'estrade. Ils tenaient
plus bruyante. Ces hommes tournèrent
longuement sur place, avec une rapidité
folle, puis, poussant en même temps un
seul cri, chacun leva la main et se frap-
pa avec l'une des armes qu'il tenait.
L'un s'était transpercé les deux joues
d'une longue épingle. Un autre s'était
tracé avec un sabre un cercle sanglant
autour du front. Un troisième avait lais-
sé planté dans son avant-bras un large
couteau. Les autres avaient fait je ne
sais quoi de même force. Le sang cou-
lait de toutes ces blessures, mais ces
hommes n'en dansaient qu'avec plus de
frénésie. A chaque pas, ils se frappaient,
à chaque coup, une nouvelle blessure
rougissait leur corps. Ils ne paraissaient
rien ressentir. Au contraire, des lueurs
joyeuses éclataient dans leurs yeux. L'as-
sistance trépignait au rythme de leur
danse corr/.ie si tous ces moines s'étaient
sentis (ntraînés dans le même tourbillon.
De derrière les draperies m'arrivaient
des glapissements. Bientôt les danseurs
eurent les mains vides, leurs armes étant
plantées dans toutes les parties de leurs
corps. Alors les moines leur lancèrent
des ustensiles de verre de toutes formes.
Ils les attrapèrent à la volée, les broyè-
rent entre leurs dents et, tandis qu'ils
en mâchaient des morceaux, ils jetè-
rent le reste à terre, en sorte qu'ils pié-
tinaient sur ces débris tranchants et s'y
déciiiraient atn>rerrtnt les pieds. Mais
ils dansaient toujours. Enfin, on leur
jeta des torches dont ils promenèrent la
flamme sur leur corps, produisant une
horrible odeur de chair brûlée. Alors,
les moines n'y tinrent plus. Enivrés,
pris d'une émulation fanatique, les uns
après les autres, ils se dressèrent et se
mirent à tourbillonner au son de la mu-
sique. En même temps, de leurs ongles,
ils se labouraient le visage, arrachant des
lambeaux de chair, traçant sur leurs
traits de longues lignes rouges. Bientôt,
ils furent presque aussi sanglants que
leurs sorciers.
« J'avais entendu parler, dans mes
voyages en France et en Flandre, de ces
possédés qui, dans certaines contrées,
dansent sans arrêt, les uns suivant les
autres, entraînés dans une chaîne qu'au-
cun, n'a la force de rompre. J'en avais
même vu quelques-uns en Bretagne.
« Mais je n'aurais pas cru. que des
hommes pussent arriver au degré de fo-
lie furieuse que je voyais devant moi.
A cet instant, je crus bien que j'étais per-
due.
« Que fût-ce, lorsque les draperies du
fond tombèrent arrachées, et qu'une fou-
le de femmes, les yeux hagards, les
cheveux dénoués, leurs voiles au vent,
se jetèrent dans le tourbillon en multi-
pliant sur le mode aigu les glapissements
que j'avais déjà cru entendre. C'étaient
toutes les femmes de la tribu, qui, alors
qu'on m'enlevait, avaient suivi pour ve-
nir prendre leur part de cette scène in-
fernale.
« Comme les moines, elles semblaient
n'être plus maîtresses de leur corps. La
musique les faisait tournoyer, telles des
insensées. Elles aussi, elles se lacéraient
de leurs ongles, se labouraient des épin-
gles qu'elles avaient dans leurs cheveux
ou à leurs vêtements. Et, au milieu de
ces furies, je rie. demandais, en trem-
blant, si quelqu'une n'allait pas se jeter
sur moi et me déchirer de ses griffes ou
me frapper d'un poignard.
« Imaginez encore ce spectacle, mes-
sieurs les auteurs, dans la lueur des tor-
ches. avec l'odeur du sang répandu, des
parfums qui brûlaient, et de tous ces
corps en proie à la folie du mouvement.
« J'espérais du moins que, la lassi-
tude venue, on m'oublierait et que je
n'aurais pas à faire l'épreuve qu'on
m'avait promise. Mais ces gens ne con-
naissent pas la lassitude. Plus ils tour-
naient et plus ils semblaient trouver des
forces, jusqu'au moment, où, d'un seul
mouvement presque, ils s'abattirent tous
sur le sol ensanglanté.
"« Les mots me manquent pour pein-
dre ce qui se passa alors. Mais, au mi-
lieu de ma détresse, je songeais avec
ironie aux mille précautions des jaloux
Arabes qui font de leurs femmes de
pauvres esclavse, et qui n'ont pas plus
tôt le dos tourné, qu'ils subissent le sort
commun à tous les hommes !
« Le vieux moine fut le premier à re-
trouver la raison. Il vint vers moi et me
dit:
« — Es-tu prête à nous montrer ta
puissance, sorcière?
« J,e n'eus pas à répondre. Toutes les
femmes m'entouraient, me montrant le
poing, criant à la fois :
(( - Non, non, pas d'épreuve ; qu'elle
meure, ou elle nous dénoncera à nos
époux !
« Est-il besoin de dire que les fem-
mes d'Abd-el-Mansour étaient les plus
forcenées. Elles avaient des coutelas et
les brandissaient sur ma tête. »
Paul DOLLFUS.
Nous publierons demain un article de
JACQUES MAY
La faillite des Fées
Depuis quelques années, les fées dans
notre pays tont de très mauvaises affaires.
Autrefois, elles étaient en honneur auprès
des enfants et des grandes personnes et
des générations entières étaient bercées
par le récit de leurs exploits.
Avec les progrès de la science contem-
poraine, leurs trucs ont perdu malheureu-
sement beaucoup de prestige et n'en impo-
sent plus à personne. On fait mieux tous
les jours dans la réalité et le surnaturel est
dès maintenant canalisé d'une façon très
précise par des entreprises commerciales.
Au surplus, tout le monde est aujour-
d'hui tort bien renseigné sur les possibilités
scientifiques et les enfants eux-mêmes ne
s'y trompent pas. A première inspection, il
est évident qu'avec de toutes petites ailes
en plumes d'oie, un génie ne saurait se
soulever dans les airs et s'y maintenir pen-
dant quelques heures, les expériences quo-
tidiennes d'aviatîon que l'on fait a Issy-Ies-
Moulineaux le prouvent surabondamment;
quant à la sorcière qui se voit obligée de
rechercher, à minuit, cinquante espèces
d'herbes rares et de faire bouillir trois cra-
peaux pour apprendre ce qui se passe à
cinquante kilomètres de là, il n est point ue
collégien qui ne lui conseillerait de prefe-
rence d'aller porter un télégramme a la
poste ou de donner un coup de téléphone
pour être renseignée sans plus tarder Ce
n'est point que la cuisine du téléphone soit
parfois plus agréable que celle des sorciè-
res, mais enfin le procédé est tout de mê-
me plus simple et tout homme raisonnable
préférerait l'employer.
Quant aux rayons X, ils sont plus prati-
ques mille fois que la seconde vue pour
découvrir un trésor et un bon revolver est;
beaucoup plus sûr qu'un cercle magique
pour se préserver des attaques nocturnes.
Les fées se trouvent donc désormais pla-
cées en très mauvaise posture et leur in-
succès s'en va particulièrement croissant
dans les féeries théâtrales, si littéraires
qu'elles soient, que l'on nous présente en-
core.
Toutefois, comme l'évolution des idées
est un perpétuel recommencement et com-
me le besoin du merveilleux est inné dans
la race humaine, on peut être assuré que,
loin de disparaître, le prodigieux ne fera
que nous attirer élague jour davantage,
mais sur des bases nouvelles.
Il suffit pour s'en assurer de voir le suc-
cès que remporte actuellement Sherlock
Holmes et l'accueil enthousiaste qui vient
d'être tait à la reprise du Tour du Monde
en 80 jours, bien que Jules Verne retarde
déjà considérablement sur les progrès ac-
complis à l'heure actuelle.
Baser le merveilleux sur des données
scientifiques, ramener les êtres surnaturels
parmi nous'et les faire agir avec nos pro-
prers moyens, c'est là un merveilleux qui
convient à notre époque plus qu'on ne le
pense et qui assurera un succès considéra-
ble aux dramaturges qui sauront l'utiliser
avec intelligence.
G. DE PAWLOWSKI.
Échos
Aujourd'hui, au théâtre antique du
Grand Cercle dl Aix-les-Bains, représenta-
tion de gala donnée sous le patronage de
Comœdia: Iphigénie, de Jean Moréas, avec
le concours de Mlle Madeleine Roch.
•K 1?
Aujourd'hui, au théâtre antique de Cau-
terets, représentation de Siegfried, de
Wagner, avec le concours de M. Stolzen-
berg, de Mme Lina Pacary et de M. H.
Albers.
S'
ur le pré.
M. Guillout s'étant jugé offensé par
un écho paru dans nos colonnes, a envoye
ses témoins au « Masque de Verre. »
Rouzier-Dorcières
(Croquis de P. Berthon)
Notre excellent collaborateur Rouzier-
Dorcières ayant déclaré prendre la respon-
sabilité dudit écho, a chargé MM. Emile
Mas et Fernand Fauré de refuser toute ré-
tractation, mais en retour d'accorder toute
réparation à M. Guillout, qui a choisi le
pistolet.
Voici le procès-verbal de la rencontre:
La rencontre a eu lieu samedi 15 août, à
onze heures du matin, au Parc des Princes. Deux
balles ont été échangées sans résultat. Les ad-
versaires ne se sont pas reconciliés.
M. Rouzier-Dorcières était assisté de M. le
Docteur Musy. M. Guillout n'était assisté d'au-
cun médecin.
Fait double à Paris, le 15 août 1908.
Pour M. Guillout:
J. LONDAU.
L. L MBERT.
Pour M. Rouzier-Dorcières:
Emile MAS.
Fernand FAURÉ.
L
es deux A. Capus.
Les admirateurs du fameux drama-
turge savent-ils qu'il existe en France deux
A. Capus, et qu'ils présentent .cette parti-
cularité, assez banale il est vrai, d'être frè-
res? Car M. A. Capus, le Capus n° 1. le
célèbre et spirituel auteur de la Veine,
possède à Issoudun, dans l'Indre, un frère,
M. A. Capus n° 2, qui est chargé d'initier
les. jeunes esprits des élèves du collège
communal de là-bas aux secrets de la phi-
losophie et de l'histoire. Modeste et tran-
quille, doué au surplus (ce qui ne gâte
rien) d'une chevelure absalonienne, M. A.
Capus n° 2 médite et travaille dans le cal-
me de la vie provinciale, et M. le recteur
de l'Académie de Poitiers, voulant le ré-
compenser de son zèle, lui a récemment
fait décerner les palmes.
M. A. Capus junior est un sage.
c
hacun son tour.
L'accord ne régnait pas, l'autre soir,
parmi les indiens Paumes qui, au troisième
acte du Tour du Monde, ont maille à par-
tir avec Philéas Fogg et ses compagnons.
La cause? Il paraît que plusieurs de ces
Indiens .(montmartrisés !) s'obstinaient à
mourir tous les soirs sous les balles des
Américains, alors que leurs camarades
étaient obligés de rester vivants!
Ces derniers, ne voulant pas que ce soient
toujours les mêmes qui se fassent tuer, re-
vendiquaient donc leur droit à la mort, et
le chef de la tribu — (pardon ! le régisseur
de la figuration) — eut recours à la justice
de Salomon pour mettre tout le monde d'ac-
cord: il ordonna que ceux qui seraient tués
un soir resteraient vivants le lendemain!
Et depuis, tout le monde est content!
c
ruelle énigme.
Est-il Wallon? Est-il Flamand? Doit-
on prononcer MaeterlamcK, comme on dit
zinc? ou Maeterlinck, comme sterling?
Il est certain que le problème est assez
malaisé à répondre. Sur nos boulevards,
nous entendons indistinctement articuler de
l'une ou de l'autre manière. Sans doute,
par sa naissance, M. Maurice-Polydore-Ma-
rie-Bernard Maeterlinck appartient à la
Flandre orientale, puisque/nous apprennent
ses biographes, le fastueux hôte de l'Ab-
baye de Saint-Wandrille, vit le jour en
1862, à Gand; mais, par ses origines, n'ap-
partient-il pas aux provinces wallonnes, dont
nos départements français ont conservé en
partie la forte prononciation, en la défigu-
rant légèrement? Si l'on compare, en effet,
les voyelles françaises et wallonnes, on
constate que. la plupart du temps, l'a s'est
changé en e (chet, chat), l'e en i et u
(chimith. chemise), l'i en u (inn, un), etc.
Tenons donc compte de ces déformations
et articulons comme elles nous le comman-
dent : que diriez-vous, par exemple, si nous
prononçions Maeterlenck? ou Maeterlenck?
ou Maeterlonck? ou.
Ah ! lunck. ou louck. ou linck. ou linnkc,
c'est toujours l'auteur de Monna Vanna.
SUR LES PLANCHES
Changé. l'air qu'on respire ici!
Nous y sommes: il faut être.
Mais, nous y portons le souci,
— nostaleiquement — de paraître..
Qu'importe le décor unique
De la mer changeante et des cieuxtf
— ,C'est aussi bien sinon, Messieurs,
Mieux qu'à notre Opéra-Comique.
Rideau. Lorgnettes. Premier plan.
C'est « L'Heure du Bain ». On commence.
La jeune première s'avance.
, Il ne manque ou'un petit banc.
0 science des attitudes!
Sarah ! Cora ! Princesses du
Geste ! Ce beau geste, est-ce dû
A nuelles natientes études!.
Art subtil de rentrer dans l'eau,
D'en sortir, telle une statue.
Et de jeter, sur la chair nue,
Un peignoir qui semble un manteau!
Frissons appris! Trucs. Nus honnêtes.
Art de la pudeur sans chapeau
Et de ne montrer de sa peau
Que ce qui convient aux lorgnettes!.
Et, sous les verres grossissant
Que brouillent les concupiscences,
Et qu'allument les indécences,
Les yeux sont injectés de sang.
.Un "'eu plus loin, très confortable,
Culotte rouge et presque nu,
Joli philosophe ingénu,
Bébé fait des pâtés de sable.
Henri-E. SIMONI.
L
e chasseur de chevelures.
La représentation des Burgraves à
Orange s'est faite avec une importante figu-
ration. Mais le contrôle de ces interprètes
subalternes était assez malaisé.
C'est ainsi qu'à la fin, on pouvait voir
un chef figurant installé à l'issue de l'étroit
passage par où défilaient. un à un, devant
lui, burgraves, margraves, hommes d'ar-
mes, déposséder vivement ces guerriers
médiévaux de leui's casques et de leurs
perruques.
Un jeune page passe en courant devant
lui. Il le rattrape, et empoignant sa perru-
que noire, veut l'arracher. Un cri de dou-
leur. Le page se retourne. C'est Mlle
Lyrisse, charmant Gorlois, à qui ses admi-
rables cheveux faisaient une perruque telle
qu'aucun artifice n'en composa jamais.
L
es précurseurs de Chantecler.
Le coq (Chantecler) va être mis au
théâtre. Mais il ne sera pas le premier ani-
mal dont le nom aura servi comme titre de
pièce. Il n'y a pas besoin, en effet, de cher-
cher beaucoup pour retrouver la Souris
(Pailleron), la Tortue (Gandillot), le Ho-
mard (Gondinet), le Crocodile (Sardou), le
Dindon (Feydeau), le Canard sauvage (Ib-
sen), l'Aiglon (Rostand), la Brebis (Ed.
Sée) et les Petites brebis (Varney), le Lapin
(Battaille et Feugère), le Sanglier (Bisson),
le Chien (E. Vois), le Terre-neuve (Bisson
et Henneauin), la Cigale (Meilhac et Ha-
lévy), la Cigale chez les Fourmis (Legouvé
et Labiche), la Cigale et la Fourmi (panto-
mime), la Sauterelle (Grenet-Dancourt),
Papillon (Peter et Danceny) et la Papillonne
(Sardou), le Grillon (CI. Rochel et de Ri-
caudy) et un autre Grillon (Th. Réjane),
l'Ablette (Ordonneau), la Mouche (au Pa-
lais-Royal), le Pigeon (à Cluny), l'Ecureuil,
la Grenouille, le Lézard; les petits Oiseaux
(Labiche), Oiseaux de passage (Donnay et
Descaves), les Oiseaux-mouches (Ch. de
Bussy), les Loups (Bonis-Charancle), les
Corbeaux (Becque), les Mouettes (Paul
Adam), les Hannetons (Brieux), les Guêpes
(Aristophane), les Perruches (Berteyle), les
Hirondelles (opérette, sans compter celles
que prépare notre collaborateur Kistemaec-
kers), les Vautours et même les Microbes.
Les Goules, le Vampire sont du domaine
des animaux légendaires, mais il y a encore
la biche au bois, le chat botté, le lion amou-
reux, l'ours et le pacha, une corneille qui
abat des noix, la main de singe, les toiles
d'araignée, les pattes de mouche, le roi
frelon, tête de linotte, le carnaval d'un
merle blanc, Maman Colibri et le député.
Leveau!
L
e tourisme pour tous exige une voi-
ture, de faible puissance, à quatre
cylindres, économique, mais rapide. C est
un problème qu'a magnifiquement solu-
tionné la voiture Bayard et cela, à la louan-
ge des milliers de clients de la grande
marque de Levallois-Perret.
T
outes les chansons à boire, même la
si jolie, de Saint-Saëns: Allez vieux
fou, allez apprendre à boire, ne valent pas
un menu du Moulin-Rouge-Palace qui est
bien l'exhortation la plus aimable vers les
plaisirs d'une bonne table. Des mets sa-
voureux, des vins capiteux, une gaieté toute
gauloise. En faut-il davantage au Moulin-
Rouge-Palace pour justifier son universelle
renommée?
NOUVELLE A LA MAIN
M
istral était attendu à Orange, mais
ne vint pas.
Il n'en fut pas de même d'un ouragan
dont les violences se déchaînèrent trois
jours. « Ce qui prouve bien, dit Courteline,
qu'ici les fêtes ne peuvent avoir lieu sans
mistral ».
Le Masque de Verre.
Le Théâtre de la Nature
de Courçay=sur=Indre
M. Hubert Fillay
Directeur de « La Renaissance Artistique
Tourangelle »
(Grob et Maupuit, photj
Après une répétition au Théâtre de la Nature !
Fondé par quelques amis du théâtre, MM. Geo
Mary, Th. Thoreau, de Tours, et par M. Hubert
Fillay, un jeune poète blésois dont le dernier
livre, Les Poèmes Maudits, fut retenu par la
commission chargée d'attribuer la bourse natio-
nale de voyage littéraire de 1908 (prix de Rome
de poésie), le théâtre de la Nature a été créé
pour faire connaître aux habitants de la Touraine
les œuvres des écrivains et des artistes touran-
geaux les plus remarquables.
C'est là que le 8 juillet 1906, à une. époque où
les théâtres en plein air n'étaient pas légion com-
me aujourd'hui, M. Hubert Fillay fit applaudir
trois actes en vers par près de trois mille per-
sonnes venues de Tours, de Loches, de Bléré,
de- Blois et de toutes les communes des envi-
rons.
C'est là qu'aujourd'hui, sous la présidence de
M.- Paul Boncour, vice-président du conseil de
préfecture d'Indre-et-Loire, représentant M. lei
préfet d'Indre-et-Loire, les artistes de la Renais-
sance artistique tourangelle joueront Le Poly-
phème, d'Albert Samain, avec la musique de scè1*
ne de Raymond Bonheur.
M. Paul Berquet, directeur de l'Ecole de mu-
sique de Tours, dirigera la partie musicale, et les
rôles de Polyphème seront tenus par Mlle Ger-
maine Albert, du théâtre Sarah-Bernhardt ; M.
G. Mary, MM. Bonnin et Réau.
On jouera encore Ce que fille veut., un acte:
en vers, de M. Hubert Fillay
M. Delille, premier prix du concours des té-
nors de Tours en 1907; M. Leclair, premier prix
de violon du Conservatoire de Tours; M. Paul
Berquet, premier prix de violon du Conserva-
toire de Paris, donneront quelques intermèdes
d'une haute valeur artistique.
P. BERADE.
NÉCROLOGIE
Emmanuel Arène
M. Emmanuel Arène, dont l'état ce santé ne
laissait plus guère'd'espoir, est mort hier matin
à quatre heures, dans un appartement de l'Hô-
tel de Savoie, au Fayet, où il s'était retiré de-
puis un mois.
Le brillant critique du Figaro n'était âgé
que de cinquante-deux ans. Il était né à Ajac-
cio en 1856.
Venu à Paris,"pour faire son droit, il y devint
bientôt secrétaire d'Edmond About ei com-
mença, à côté de ce maître, dans les colonnes
du XIXe siècle une éclatante carrière de jour-
naliste.
Il publia dans tous les grands journaux fran-
çais, principalement au Paris et au Matin,
une profusion de chroniques rapides et mordan-
tes. C'était un chroniqueur de race, au style
alerte, élégant et très net. Il était ardent à la
polémique et s'attira un grand nombre de duels.
Il avait d'ailleurs le trait aigu et l'esprit fort
prompt. Il appartenait à cette lignée des vrais
journalistes qui s'inspirent de Voltaire, de Di-
derot et de Paul-Louis Courrier.
En 1887, il publia un recueil de nouvelles
très pittoresques, Le Dernier Bandit. On sait
que depuis déjà longtemps il occupait, avec une
autorité et un esprit supérieurs, les fonctions
de critique dramatique an Figaro.
L. •
- u.-:- - (P. Boyer et Bert, phot.) 1
Très répandu dans le monde théâtral, il avait
abordé la scène avec succès.
Il donna d'abord L'Adversaire, avec M. Alfred
Capus, au théâtre de la Renaissance, puis Pa-
ris-New-York, avec M. Francis de Croisset. à
la Gaîté, et enfin, aux Variétés, avec MM. Ro-
bert de Fiers et de Caillavet, Le Roi, dont le
succès n'est pas encore épuisé.
Enfin l'Opéra-Comique doit représenter en
octobre prochain une Léone, à quoi il avait col-
laboré avec MM. Montorgueil et Samuel Rous-
seau.
Il était devenu un des hommes les plus consi-
dérables de cette époque, et, à l'un des moments
où l'on escompta le départ de M. Claretie, l'on
avait songé à lui pour administrer la Comédie-
Française.
L'importance parisienne de M. Emmanuel
Arène s'augmentait d'une très grosse situation
politique.
Dès vingt-cinq ans, en 1881, il avait été élu
député de Corte. Il était devenu ensuite en 1907
député d'Ajaccio et sénateur en 1904.
Le corps sera dirigé aujourd'hui sur la Corse
où aura lieu 1 inhumation.
E. H.
LETTRE DE SA YREUTH
Critique Allemande
Je n'ai jamais eu la prétention, notant
point « fou du cerveau », de contenter tout
le monde. et mes pairs, surtout quand
ceux-ci sont wagnériens.11 me revient qu'un
musicographe wagnérien, pas méchant hom-
me, mais épais, s'indigne lourdement, dans.
une feuille peu lue, contre mes critiquer
« sacrilèges » — oui, mon gros, — qui ne
trouvent, dit-il, rien de bon à Bayreuth..
« Du reste, c'est si conforme à l'esDrit fran-
çais de déchirer tout, depuis la Fremden-
liste jusqu'à la mise en scène. »
A Dieu ne plaise que je clabaude contre
cette admirable Fremdenliste, officielle et
complète, des pèlerins de Bayreuth ! Source
intarissable de joies, je ne me lasse pas de
m'y plonger: elle m'inonde d'orgueil en me
révélant que d'augustes personnages wagné-
risent en même temps que moi : prince raval
de Prusse Eitel-Frédéric, prince héréditaire
de Reuss, prince de Beutheim-Tecklenburg
prince de Solms-Braunfels, prince de Lichi
tenstein, etc.
Les Français sont moins huppés; je vois
le nom de la comtesse Lena d'Haussonvi!!e,
encore ne serais-je pas étonné qu'elle ap-
partint la branche allemande- quant à
Mme Lubersœ, il faut être extra-lucide pour
deviner que, sous ce pseudonvme baroque,
les typos allemands désignent la comtesse
de Lubersac. D'autres déformations m'en-
chantent; le chef-lieu du Jura devient Lous
b. Sannier, et Mme B., oui a Dour beau-
frère l'avocat lidonien Albert G., devient
« bello weur » dudit.
Qui encore? Mme Blanche Thiit, la musi-
cienne Anna Held (!?), le wagnérien Ra- ,
phaël Cor, le docteur Augé-Laribe, tin lot
de Lyonnais, et puis des chauffeurs, beau-
coup de chauffeurs, Villiot, Bourille, Martin,
Durand. Ce qu'ils doivent s'amuser à Bav-
reuth! Heureusement qu'on y trouve
L'Auto! 1
En ce qui concerne la mise en scène, mon
gros balourd de confrère ignore peut-etre
que bon nombre de ses compatriotes la trou-
vent, eux aussi, défectueuse. En 1896. M.
Weingartner.dont la musique m'embête sou-
vent, mais qui n'est pas un sot, portait con
tre la (( Régie » de Bayreuth d'assez graves
accusations dont quelques-unes restent en-
core debout, car les hoirs Wagner se croient
volontiers infaillibles.
Le trop tardif allumage de l'Or magique
qui devrait luire avant que Flosshilde.
chante: « Er laechelt. in lichtem Schein M.
et resplendir à plein feu sur « Heiajaheia >> l
Le tapage strident de la vapeur, pendant la
métamorphose d'Alberich, grâce auquel on
n entend pas les cors jouant le thème du.
« Tarnhelm »; les fumées colorées en rO¡JI'[
dont Loge dit qu'elles sont pâles, bleich.
ce petit bout d'arc-en-ciel piteux et pâlot;
ces marches régulièrement taillées dans les
rocs (par le club alpin de ces temps légen-
daires, sans doute) l'étmcelante apparition
de Siegmund, combattent, en contradiction
avec le cri de .Sieglinde, qui ne peut voir
les deux adversaires « Kœnnt' ich sie
sehen », etc., etc., etc.
J'en pourrais citer davantage ; mais à ouo:
bon? Que ces réalisations scéniques relent
loin, bien loin des desiderata, c'est indénia-
ble ; et c'est inévitable aussi.
Quel machiniste nous donnera jamais i il-
lusion des trois Nixes ondulant en leur nage
gracieuse, avec des prestesses de poissons
à travers les récifs qui hérissent la pénom-
bre céruléenne du Rhin, cependant que leur
hymne de naïve allégresse dit le los de l'Or
inviolé dont, sur le roc central, l'éclat fui-
gure aux lueurs de 1 aurore? J'ai dit, et je
répète, que Raoul Gunzbourg, à Monte-Car-
lo, nous sut charmer surtout quand il nom
montra la courbe irisée de l'arc-en-ciel e,,tl'
sur la yallée du Rhm comme un pont dç
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