Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1908-03-07
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 07 mars 1908 07 mars 1908
Description : 1908/03/07 (A2,N159). 1908/03/07 (A2,N159).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k76465439
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
'Sonnée. «» N° 159 (Quotidien)
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Samedi 7-Mars igo
COMŒDIA
Rédacteur en Chef G. de PAWLOWSK"
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
^r BouIeuard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDlA.PARIS
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UN AN E MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 »
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REDACTION & ADMINISTRATION x
27, Bouleuard Paissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
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ABONNEMENTS:
UN AN e moi*
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 »
Léon Ricquier
-C'est à cette heure-ci que vous ar-
ri. Yez! Mais il n'y a plus rien! Tout est
Pris!
Quel est le Parisien qui, muni de son
Jjulet de faveur, ne s'est pas entendu
dIre cent fois cette phrase-cliché?
Eh bien ! Ricquier, lui, ne vous la ser-
Vait pas; il se contentait de lever genti-
ment l'épaule gauche:
Et le flot des bons payants écoulé, se
Penchant au-dessus du comptoir, disait
au contrôleur en chef :
- Donnez une mauvaise place à mon-
sieur.
Qui n'a vu, dans le vestibule du Vau-
deville, adossé à la grille-balustrade,
Près du contrôle, ce petit homme, trépi-
dant, allant ici, courant là, commençant
avec vous une conversation qu'il finissait
ayec un autre, après s'être interrompu
eix fois pour saluer un académicien ou
solutionner une discussion entre specta-
teur et employé.
En entrant au théâtre, l'habitué cher-
chait des yeux Ricquier et le trouvait
Aussitôt, car jamais, au grand jamais,
Ricquier n'a failli à son devoir.
Brave Ricquier! En connaît-il du
monde! En a-t-il vu des gens passer
sans sa vie! de toutes espèces, artistes,
auteurs, directeurs, critiques, poètes,
Insti tuteurs, professeurs. Car Ricquier
n'était pas un simple administrateur de
théâtre. Mais n'anticipons pas!
Lorsque je suis arrivé à Paris, en sep-
tembre 1874, pas en sabots. mais nu-
tete (oh! mon arrivée à Paris!. je vous
raconterai ça quelque jour, si vous y te-
nez - et même si vous n'y tenez pas!)
Je n'avais naturellement qu'une idée:
faire du théâtre! Mais avant d'y songer
sérieusement, ma mère me colla dans un
four à bachots, rue du Cardinal-Le-
moine.
Là, la vérité m'oblige à déclarer, dus-
Sé-je passer à vos yeux pour immodeste,
que j'étais un cancre de choix. un can-
cre d'Exposition. celui qu'on montre
aux inspecteurs, après leur avoir fait ad-
mirer les dortoirs hygiéniques et la pro-
preté des cuisines.
N'aimant que les lettres, j'avais opté
Pour les sciences, mais en réalité, je ne
<< faisais » pas plus celles-ci que celles-là.
jf n'en fichais pas un clou. Comme,
'employé de ministère qui répond à la
demande :
— Qu'est-ce que vous faites au bu-
reau?
— J'attends cinq heures!
Moi, toute la semaine, j'attendais di-
manche! Et je n'ai pas besoin de vous
dire où je la passais ma journée de di-
manche : dans deux théâtres. Je ne sor-
tais de l'un que pour courir faire queue
a un autre !
Donc, au lieu de potasser ma trigono-
métrie, j'apprenais Coppée par cœur et
Piochais Eug. Manuel, de préférence à
mon de viris.
Un jour, un copain me dit:
- Puisque tu aimes à déblatérer (je
n'ai jamais pu lui faire comprendre que
(( déblatérer » ne signifiait pas « décla-
Mer »), tu devrais venir avec moi, di-
manche, à neuf heures, au lycée Charle-
magne, au cours de lecture à haute voix
Professé par le père Ricquier. C'est très
tIgolo !
, - Je t'écoute que j'irai!. Charlema-
êne, pardon!. partons!
Ah ! quelle époque bienheureuse !
Tous les dimanches, à neuf heures
Précises, une des salles d'étude du lycée
Charlemagne était pleine à craquer.
Trois cents jeunes gens de tous âges,
1e toutes conditions s'entassaient, s'écra-
saient littéralement sur les bancs de bois
de cette salle en amphithéâtre pour com-
munier au même autel.
Lorsque le premier coup de neuf heu-
res tintait, la porte s'ouvrait, livrant dif-
ficilement passage au maître. Difficile-
ment, parce que, debout, obstruant l'en-
trée, stagnaient les retardataires qui ai-
maient encore mieux se tenir sur leurs
guiboles que d'être privés du cours.
Pour y avoir accès, nul besoin à'"être
inscrit à l'avance : entrait là qui voulait,
Chaque dimanche, on voyait les mêmes
figures sur les mêmes bancs (quand je
dis les mêmes figures.).
Dès qu'on apercevait les favoris du
Professeur — Ricquier est, depuis la
mort de Boisselot, le dernier porteur de
Favoris — les applaudissements par-
latent des quatre coins de la salle.
Lestement grimpé dans sa chaire, le
maître déposait sa volumineuse serviette
a ses côtés et le cours commençait.
Voici quelle en était l'ordonnance: La
séance, qui durait une heure et demie
environ, était divisée en deux parties;
Pendant la première, purement didacti-
que. chaque élève muni d'un des livres
jje Ricquier — il en a fait plusieurs —
isait une poésie et Ricquier rectifiait
prononciations fâcheuses, corrigeait
es accents départementaux. Enfin, la
econde partie était consacrée aux audi-
S" *" Ah! ce moment-là, était-il atten-
avec impatience! Tous les amoureux
e diction, tous ceux qui, n'ayant
Da de voix pour chanter « en société »,
maginaient comme une chose toute
mple de bien dire une poésie, y allaient
e leur morceau!
La première fois que Ricquier appela :
« M Galipaux. La Pomme, d'Auguste
èrh rd ! Il quel branle-bas à tout casser
n ma poitrine — côté cœur — comme'
g g a fallu que cette petite cloison, en ap- J
parence si mince, si frêle, soit solide et
résistante pour ne pas craquer!
Et le petit bonhomme annoncé dévala
du haut des gradins, et, d'une voix en-
rouée par le trac, lança avec son accent
bordelais : « La Paume ! »
Que de fois, depuis, Ricquier et moi,
nous sommes-nous souvenus de cet heu-
reux temps où je gasconnais : la paume !
Mais Ricquier, joignant l'exemple à la
théorie, satisfait l'auditoire:
« Messieurs, je vais vous dire L'Aigle
du casque, de V. Hugo. »
A ce moment précis, pas un de nous
n'aurait donné sa place pour un louis.
et cependant nous ne nagions pas en
plein pactole, hein! Grenet-Dancourt?
Vous me croirez sans peins sr je vous
dis que j'ai entendu dans mon existence
quelques milliers de récitateurs. Eh bien!
aucun, vous entendez, aucun ne m'a fait
éprouver les joies artistiques que je dois
à Ricquier.
J'en appelle à tous ceux qui l'ont en-
tendu « dire » et qui doivent se compter
par millions — car, depuis plus de cin-
quante ans que Ricquier professe dans
toutes les écoles, lycées, collèges, vous
pensez s'il a eu des auditeurs! — tous
seront de mon avis. Personne n'a dé-
taillé comme lui un conte de Daudet.
Quel délicieux diseur! Que de finesse,
de tendresse émue dans sa diction sa-
vante !
Eh bien! pour Ricquier qui prend sa
retraite, nous organisons une représen-
tation au théâtre du Vaudeville, où il a
passé un demi-siècle, toujours affable et
obligeant. Cette représentation aura lieu
le 12 MARS, EN MATINÉE, nous la voulons
belle et elle le sera.
Aujourd'hui, il n'est pas commode
d'organiser une représentation à béné-
fice, car, comme à Waterloo, elles sont
trop. Ce ne sera pas Waterloo mais Aus-
terlitz. Nous aurons des clous. Je ne puis
vous les dévoiler tous, mais cependant je
veux bien, dès aujourd'hui, soulever un
coin du rideau. Nous remontons un acte
composé, jadis, pour une circonstance
analogue par un auteur comique qui, de-
puis, s'est fait un certain nom. Ce n'é-
tait pas un arriviste, celui-là! Ce qui ne
l'a tout de même pas empêché d'arriver.
Peut-être, au surplus, en avez-vous en-
tendu parler? Il s'appuie: Eugène La-
biche.
Le titre de cet acte : • La Datne aux
jambes d'azur. Un rien, comme vous
voyez.
Quant à la distribution, il me semble
qu'elle est plutôt attractive: Coquelin,
Brasseur, Claudius, Maurel, Lévesque,
Augustine Leriche, Mistinguette.
Aussi, je vous conseille fortement à
aller, dès aujourd'hui, à la location, si
vous ne voulez pas que le contrôleur
vous dise, le 12 mars :
— C'est à cette heure-ci que vous ar-
rivez! Mais il n'y a plus rien, tout est
pris !
Félix GALIPAUX,
Nous publierons demain un article de
EDMOND SEE
Cabotinage
J'ai déjà dit suffisamment, dans un pré-
cédent article, ce que je pensais de la manie
que l'on a de mettre à la scène, d'une façon
aussi grotesque que possible, les membres
dit Gouvernement.
Quelles que soient les idées que l'on pro-
fesse par devers eux, il me paraît en effet
ridicule, dans un pays où existe le suffrage
universel, de critiquer ce qui n'est en som-
me que le résultat de tautes dont nous som-
mes les seuls auteurs responsables; et c'est
sur nous que retombent toutes les critiques
que nous taisons des hommes que nous
avons jugés dignes de nous représenter.
Toutefois, on ne saurait voir dans cette
pratique qu'un simple manque de tact, et,
dans un genre qui ne relève guère de l'art,
cela n'a jamais qu'une importance très rela-
tive.
Je n'en dirais pas autant de l'habitude
nouvelle que semblent prendre nos comé-
diens de se faire, dans des pièces du réper-
toire courant, des têtes appartenant à des
personnalités en vue. Le comédien périt re-
chercher dans ce procédé une facile réclame
personnelle, mais il va de soi que l'inter-
prétation de la pièce s'en trouve parfaite-
ment désorganisée.
De tout temps les peintres se sont amusés
à introduire dans leurs tableaux des person-
nages dont ils voulaient tirer une vengeance
personnelle. Certaines villes de province se
sont amusées pendant des années de nou-
velles toiles religieuses qui, dans la cathé-
drale, représentaient tel propriétaire connu
en Judas, ou la tête d'un notoire commer-
çant figurant sur un plateau d'argent en
saint Jean-Baptiste. En peinture, de pareil-
les plaisanteries n'ont aucune conséquence,
à la condition toutefois que le propriétaire
ait une bonne tête de Judas et le notoire
commerçant une évidente ressemblance
avec saint Jean-Baptiste.
Dans l'interprétation d'une pièce, il n'en
va pas de même, et cette assimilation dis-
trait l'attention du spectateur et l'empêche
complètement de juger l'œuvre qu'on lui
présente. Au surplus, cette pratique n'est
que le simple résultat de la tendance ac-
tuelle qui pousse chaque interprète à sortir
de son rôle pour se- laire valoir, tendance
qui se manifeste chaque jour d'une façon
plus absurde et plus gênante. Si cela Conti-
nue, nous verrons dans quelque temps tel
acteur jouant un rôle de domestique ,s'habil-
ler en empereur romain pour venir décla-
mer devant le trou du souffleur que Ma-
dame est servie.
Il appartiendrait, je crois, aux directeurs
de théâtres et aux metteurs en scène de met-
tre fin à de pareilles absurdités.
- G. DE PAWLOWSKI.
Échos
Ce soir, à Ba-Ta-Clan, commencement
du Championnat international de luttes, et
première représentation de Un Scandale
chez Paméla, vaudeville en un acte, de
MM. E.-G. Perrier et Emile Peigné.
]
nterview-express.
Les nouvelles, toutes plus sensation-
nelles les unes que les autres, qui traînent
chaque jour à travers Paris, devenant tout
à fait inquiétantes, nous avons cherché à
voir soit M. Claretie, soit M. Mirbeau. Mais
tous nos efforts sont restés vains, nous
avons interrogé M. Thaddée Natanson, le
collaborateur de M. Mirbeau.
- Je ne sais rien, nous a-t-il répondu.
Je reviens d'un très fatigant voyage en
Hongrie. Je ne suis plus du tout au courant.
— Mais encore?
— Je ne sais rien, je vous assure; je ne
puis vous dire qu'une chose: je reviens de
Hongrie. D'ailleurs, tout ceci entre nous et
sous toutes réserv-.
M. Thaddée Natanson est d'une admira-
ble discrétion.
Nous nous sommes alors adressés à la
Comédie-Française pour obtenir des rensei-
gnements un peu plus amples.
Au résumé, la situation est très nette:
M Claretie, fort de décisifs assentiments
ministériels, a demandé officiellement à M.
Octave Mirbeau certaines modifications, no-
tamment dans une scène où certaines per-
sonnalités littéraires sont violemment pri-
ses à parti. M. Mirbeau paraît décidé à
refuser énergiquement. Sa pièce a été re-
çue. Il exige qu'on la joue. Et si on le
refuse, il réclamera des dommages-intérêts
assez importants.
Mais qu'en pensent les sociétaires qui,
n'ayant pas reçu cette pièce, vont être peut-
être obligés de supporter les conséquences
pécuniaires de cette réception.
C'est pour des difficultés de cet ordre
qu'on supprima jadis le comité de lecture.
L
e petit hôtel.
M. Guitry est un grand comédien.
M. Guitry est un homme intelligent. M.
Guitry a du goût. M. Guitry sait choisir
ses pièces. M. Guitry gagne de l'argent.
M. Guitry a des économies. M. Guitry a
acheté un terrain dans le quartier du
Champ-de-Mars. M. Guitry va faire bâtir,
M. Guitry veut être propriétaire.
CE QUATRAIN DU JOUR
SOUS LA COUPOLE
Ricfiepin « Immortel » ! Oit dirait d'un routier
Qui s'assied au milieu de vieilles demoiselles.
Anges du paradis, couvrez-les de vos ailes!
Le diable est dans le bénitier !
B
ulletin de santé.
Nous apprenons avec douleur que la
mère de Mme Jeanne Granier se trouve en
ce moment très gravement malade.
Nous adressons à la grande artiste nos
vœux les plus sincères pour le prompt et
entier rétablissement de cette santé qui lui
est chère. -
L
es affaires sont les araires.
En affaires, il faut tout prévoir. En
prévision d'un échec possible de La Nave,
de Gabriele d'Annunzio, un éditeur de
Rome avait fait faire une série de trois car,
tes postales représentant le poète poursuivi
par la foule des spectateurs du théâtre de
l'Argentine (où eut lieu la grande première),
qui se réfugiait sur les plus hautes bran-
ches d'un grenadier; sur une autre, on le
voyait sous la forme d'un vaisseau en per-
dition au milieu des vagues d'une mer dé-
montée, en lutte contre la rafale des coups
de sifflet. Elles avaient été distribuées clan-
destinement à tous les papetiers du royau-
me, qui devaient attendre un télégramme de
Rome pour les mettre en vente. ils atten-
dent encore. La Nave sera représentée à
Turin dans le courant du mois de mai, et
on dit que l'éditeur, malheureux dans sa
spéculation, n'a pas perdu tout espoir de
rentrer alors dans ses fonds.
u
ne émeraude bien verte et sans
défaut se paie des prix fous. Du-
sausoy, expert joaillier, 4, boulevard des
Italiens, achète toujours les belles pierres.
Il vend aussi de belles occasions.
o
n n'est jamais si bien servi.
Toute la presse a relaté le succès du
Bal costumé donné dimanche dernier par
M. Adolphe Brisson.
Il fut somptueux et pittoresque. On y vit
des marquis et des toréadors, des Iphigé-
nies, des Scapins, des rois d'Espagne, des
mousquetaires et des réines de Saba, vêtus
d'étoffes rares et précieuses. On y put ad-
mirer des velours, des soies et des satins
délicatement assemblés. On y rencontra des
femmes parées de coûteuses dentelles et
couvertes d'étincelants bijoux. Mais un cos-
tume surtout retint l'attention.
Il était simple et fait de drap grossier,
c'était celui de Tabarin qu'avait choisi M.
Catulle Mendès.
Et le grand poète, sa latte de bateleur à
la main, expliquait à travers les groupes:
— Que voulez-vous? Puisque Silvain ne
veut plus jouer Tabarin, je m'exerce à le
remplacer !
Avouez que ce serait là un début aussi
sensationnel — au moins — que celui de
M. Hueuenet au Théâtre-Français.
T
he International Comedy.
M. Mounet-Sully, en congé régulier,
s'est embarqué avant-ruer pour Alexandrie.
M. Paul Mounet va partir cette semaine
pour une tournée de trente-six jours, où il
doit jouer Néron de Britannicus. Dès son
retour, M. Silvain entreprendra un voyage
en Algérie et en Tunisie. M. Leloir est en
Orient. M. de Féraudy doit aller passer
trois mois en Amérique du Sud avec Mme
Brandès. M. Le Bargy s'absentera prochai-
nement dès que Les Deux Hommes le per-
mettront. M. Raphaël Duflos, avant la fin
de la saison, organisera encore quelques re-
présentations à Gand avec MM. Albert
Lambert, Leitner, Henry Mayer et Jacques
Fenoux, tandis que M. Dessonnes emmë-
nera à Bruxelles ceux qui resteront dispo-
nibles.
En présence de cet état de choses,
M. Clemenceau vient de décider de ratta-
cher l'administration de la Comédie-Fran-
çaise au ministère des Affaires étrangères.
C'est une mesure qui s'imposait.
M
odestie.
Il est artiste, grand, très grand ar-
tiste.
Il joue la comédie en homme conscien-
cieux et passe ses loisirs à faire des vers,
de fort beaux vers : mais il les fait pour lui,
pour lui seul, et comipe il a horreur de la
publicité, il ne les publie pas.
Cependant, comme la divine réclame ré-
clame quand même ses droits, il a consenti
à faire un à-propos qui sera prochainement
représenté sur la scène où il joue, et cela
pour le bénéfice d'un camarade.
Voilà qui est très bien et louable; oui,
sans doute. Mais pourquoi sur l'affiche met-
on le nom de l'auteur?
Quand on a tellement horreur de la pu-
blicité, il est si simple de ne pas signer.
D
ans La Belle au bois dormant, sa
marraine magicienne dit à la prin-
cesse: « Tu auras les plus merveilleuses
petites dents du monde! » Et pour que le
souhait se réalise, la fée glissa dans le ber-
ceau doré de sa filleule une boîte de pâte
dentifrice à la glycérine de Gellé Frères.
L
'entente cordiale.
Sir David Salomons, l'éminent prési-
dent du Royal Automobile Club de Grande-
Bretagne et d'Irlande, vient de se rendre
acquéreur d'une 24/30 HP Unie, la der-
nière création de Georges Richard.
Est-ce bien seulement le désir de favori-
ser l'industrie automobile française qui a
dicté cet achat?
Ceux qui savent que Sir David Salomons
était déjà propriétaire de deux Unie, une
12/14 et une 16/20, penseront plutôt que
ce fin connaisseur considère simplement
cette marque comme la meilleure.
p
aillard, for ever
Non seulement l'établissement à la
mondiale réputation est assidûment fré-
quenté par nos élégants les plus sélects,
amateurs de bonne cuisine et de vins in-
comparables, mais on rencontre aussi, dans
les luxueux salons de Paillard, le s pension-
naires les plus remarquables du monde des
théâtres. -
L
eTout-Paris élevant connaît maintenant
le chemin du Restaurant Lapré.
Les mets qu on y mange sont exquise-
ment préparés, et la cave formée par Mau-
rice, le moderne Vatel, fait les délices des
nombreux gourmets qui fréquentent le cé-
lèbre établissement de la rue Drouot.
NOUVELLE A LA MAIN
M
Dario Nicodemi n'est pas seulement
un homme aimable, c'est un homme
d esprit.
Il parlait l'autre jour d'un impresario qui
semble collectionner les gifles:
— Ce pauvre Un Tel, conclut-il, est un
directeur très original. On frappe les trois
coups sur ses joues!
Le Masque de Verre.
Notre Matinée de Gala
ET NOTRE
Concours de Chanson,
le 12 Mars
aux Folies - Bergère
Un tour parmi les artistes qui vont pa-
raître dans notre programme vraiment uni-
que de notre matinée de gala et Comœdia
peut écrire que tout sera prêt pour ce jour-
là, qui constitue vraiment, dans les annales
.des solennités artistiques, une date digne
d'être marquée de la pierre blanche des
triomphes.
La location s'annonce rapide de tous cô-
tés; aussi, ne saurions-nous trop engager
les lecteurs de Comœdia à se prémunir en
louant dès maintenant, car les Folies-Ber-
gère n'y pourront suffire ce jourjà, encore
qu'elles soient vastes.
Rappelons notre programme:
Nos artistes
Mlles Yvonne Dubel, Agnès Borgo', Mar-
guerite d'Elty; MM: Melchissédec, Nuibo,
Ray, de l'Opéra. *
Mlle Germaine Dalbray, de la Monnaie.
Vallandri, Lise d'Ajac, Dumesnil, M. O'Sul-
livan, de l'Opéra-Comique ; Polasava, des
Concerts Colonne.
Mmes Simon-Girard, Lantelme, Margue-
rite Deval, Mariette Sully, Anna Thibaud,
Paulette Darty, Anne Dancrey, Devassy,
Marguerite Lambach, Eveline Jeanney, Ga-
brieile Dehaye, Deberio, Lilliane Greuze,
Lucy Jousset, de la Gaîté, du Châtelet, des
Variétés, des Nouveautés.
MM. Xavier Privas, Vincent Hyspa, Ju-
les Moy, Lemercier, Battaille, Tourtal, de
Bercy, Çaston Perducet, Delphin, et Mmes
Francine Lorée, Rachel de Ruy, Anne de
Bercy, Gaston-Perducet, Marguerite Grey-
val, Paulette de Vouzy, Lucy Dereymon,
Lucy Rhéa, des cabarets artistiques.
MM. Polin, Vilbert, Jacquet, Moricey,
Ferréal, Fréjol, Lejal, Dutard, Sady-Petit,
Abeilard, Popino.
Mmes Camille Stéfani, Marie Stelly,
Yvonne Yma, Carmen Vildez, Fagette, Del-
marés, Mary Perret, Jeanne'Dyt, Gabrielle
Lange, Cécile Daulnay, des principaux con-
cersa.
Le prix des places
Les prix des places pour cette matinée de
gala sont ainsi fixés : Avant-scènes, 60 fr. ;
loges de rez-de-chaussée, 10 francs (dé-
taillé) ; loges de balcon, 6 francs (détaillé) ;
fauteuils d'orchestre, 5 francs; fauteuils de
balcon (face), 4 francs; fauteuils de balcon
(côté), 3 francs; stalles d'orchestre, 3 fr.
On trouve des places au bureau de loca-
tion des Folies-Bergère, sans augmentation
de prix, ainsi que dans.les bureaux de no-
ire administratioth
OPINIONS D'ARTISTES
»
Mme Boyer de Lafory
de l'Opéra=Comique
Mme Boyer de Lafory nous adresse la lettre
suiv ante ;
Vous me demandez, mon cher Comœdia,
quelques impressions personnelles sur l'Art
lyrique et particulièrement l'Art au théâtre,
Je le fais avec le plus grand plaisir.
Ce chapitre est des plus vastes, et, poui
le synthétiser, il me faudrait des volumes,
mais. ils ne seraient peut-être pas aussi
lus que les colonnes où vous avez l'amabi-
lité d'abriter ma pensée. Je préfère donc
me résumer en peu de mots.
Il n'y a que deux façons de comprendre
un rôle: i'âme seule doit nous servir de
guide naturel. Mais, puisque tout le monde1
a une âme en lui, direz-vous, tout le monde
pourrait être un interprète merveilleux.
Interprète, oui ; merveilleux, non. Et là in-
tervient le rôle de l'éducation, du milieu,
de la culture intellectuelle qui fait des âmesj
développées, capables de penser pour elles
et pour d'autres.
Je dirai de l'âme de l'artiste: c'est le mï-
roir de toutes les gracieuses femmes décol-
letées et jolies qui viennent entendre l'œu-
vre nouvelle; des hommes railleurs et bla-
sés qui font le succès ou la critique; du
peuple qui comprend une parcelle et ap-
plaudit le tout; de la vie en un mot, qui se
fait toute petite pour s'exprimer en peu del
notes et se terminer en quelques heures.
La véritable artiste doit avoir une âme im-
mense et, partant, un tempérament qui lat
traduit. Comme nous sommes loin des
gens de métier, et ils sont légion,' qui mal-
heureusement ne connaissent que des
« trucs », ne sentent rien qui vibre, qui
crie, qui hurle.
C'est le rocher glissant sous la vague en furier
C'est le marbre glacé. Mais, est-ce bien la vie.
Voyez-vous, mon cher Comœdia, même
dans une aussi charmante interview que la
vôtre, il faut mettre un peu d'art et d'ori
ginalité à répondre. Excusez-moi de n'y pas
parvenir mieux, c'est tout moi-même.
S. BÓYBR DE LAFORY.
1
L'Opérette est morte.
',,',' ViVe l'Opérette !
M. Samuel reprend l'opérette aux Varié-
tés. Les Isola ont chassé le drame et cette
même opérette de la Gaîté où l'avait instal-
lée Offenbach, l'auteur de Geneviève de
Brabant. Les Isola n'ont fait que reprendre
le projet de feu Vizentini, qui appela le
même théâtre: National-Lyrique, et y mon-
ta les œuvres de compositeurs illustres.
C'est là que fut créé Paul et Virginie, qui
faisait 11.000 francs de recettes par soirée.
C'était coquet, et cependant Vizentini n'a-
vait jamais le sou; il est vrai qu'il obtenait
du gouvernement une subvention de
300.000 francs, et il est à remarquer que
les théâtres subventionnes sont plus sou-
vent dans la gêne que les autres. Après un
four, Martha et Le Sourd, un sourd qui le
tapa fort, le pauvre Vizentini monta Le Tim-
bre d'argent, qui était resté pendant dix ans
dans les cartons de l'auteur.. Saint-Saëns,
qui avait naguère dirigé un orchestre avec
un parapluie, se disputait continuellement
BARON
Mme THÉO
LAS SOUCHB
LEONCE
DUPUIS
avec Ïes musiciens, qu'il trouvait insuffi-
sants. Le Timbre d'argent produisait un son
argentin sur la scène, mais non dans la
caisse du théâtre. Le directeur ne pouvait
arriver à payer ses pensionnaires, qui ce-
pendant gagnaient des cachets moins élevés
que ceux de M. Alvarez. Un artiste comme
Capoul consentait à y jouer quatre jours, en
acceptant de partager la recette au prorata.
Vizentini donnait force représentations à
bénéfice; il y en avait tous les quinze jours.
Combien prélevait-il sur ces bénéfices-là?
A l'une de ces matinées, Anna Judic vint
y jouer ffhe piécette qu'elle avait créée à
l'Eldorado, Paolo et Pietro, une pièce ita-
lienne où elle se montra Parisienne à
souhait ; elle avait comme partenaire une
demoiselle Marolle, moins connue que lf
fromage du même nom.
Christian y parut dans Giralda. Le même
jour, Théo, la jolie Théo, y chantait dans
un acte de Robert Planquette: Le Péage.
Théo ne se sentit d'abord pas de voca-
tion artistique et elle épousa un tailleur. Un
hasard lui fit créer La Jolie Parfumeuse.
Elle était elle-même si jolie qu'elle triom-
pha. Elle ne savait ni jouer, ni chanter, ni
même se tenir convenablement en scène,
mais elle possédait une grâce piquante et
« ¡ le je ne sais quoi », comme l'a si bien
redit M. Francis de Croisset.
Théo fut une des femmes les plus adu-
lées de la fin du second Empire; elle T&.
cueillit les hommages d'un nombre infini
de hauts personnages qui vinrent la féliciter
de son admirable talent. Elle reçut toute
la Cour dans son jardin.
Beaucoup de ses admirateurs auraient dé-
siré qu'elle jouât la pantomime, et ses rareat
ennemis, en la voyant entrer en scène, mur-
muraient le vers célèbre en y faisant une
légère variante:
Ne parle pas, Théo,' je t'en supplie.
Vers la fin de sa carrière, la pauvre joliè
femme, ayant conscience de son infériorité,
était prise d'un trac terrible au moment de
paraître en public, ce qui rendait son jeu.
encore plus détestable.
En 1878, le Théâtre National Lyrique,
ayant connu trop de jours sombres, des re-
vers de fortune terribles, devenait. le théâ-
tre de la Gaîté. Offenbach en prenait la di-
rection et y faisait jouer la plupart de ses
oeuvres. Christian devenait le meilleur ar-n
tiste de la nouvelle scène.
1
^tÂhWumèro:%*eentfmê$\
Samedi 7-Mars igo
COMŒDIA
Rédacteur en Chef G. de PAWLOWSK"
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
^r BouIeuard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDlA.PARIS
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UN AN E MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 »
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27, Bouleuard Paissonnière, PARIS
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UN AN e moi*
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 »
Léon Ricquier
-C'est à cette heure-ci que vous ar-
ri. Yez! Mais il n'y a plus rien! Tout est
Pris!
Quel est le Parisien qui, muni de son
Jjulet de faveur, ne s'est pas entendu
dIre cent fois cette phrase-cliché?
Eh bien ! Ricquier, lui, ne vous la ser-
Vait pas; il se contentait de lever genti-
ment l'épaule gauche:
Et le flot des bons payants écoulé, se
Penchant au-dessus du comptoir, disait
au contrôleur en chef :
- Donnez une mauvaise place à mon-
sieur.
Qui n'a vu, dans le vestibule du Vau-
deville, adossé à la grille-balustrade,
Près du contrôle, ce petit homme, trépi-
dant, allant ici, courant là, commençant
avec vous une conversation qu'il finissait
ayec un autre, après s'être interrompu
eix fois pour saluer un académicien ou
solutionner une discussion entre specta-
teur et employé.
En entrant au théâtre, l'habitué cher-
chait des yeux Ricquier et le trouvait
Aussitôt, car jamais, au grand jamais,
Ricquier n'a failli à son devoir.
Brave Ricquier! En connaît-il du
monde! En a-t-il vu des gens passer
sans sa vie! de toutes espèces, artistes,
auteurs, directeurs, critiques, poètes,
Insti tuteurs, professeurs. Car Ricquier
n'était pas un simple administrateur de
théâtre. Mais n'anticipons pas!
Lorsque je suis arrivé à Paris, en sep-
tembre 1874, pas en sabots. mais nu-
tete (oh! mon arrivée à Paris!. je vous
raconterai ça quelque jour, si vous y te-
nez - et même si vous n'y tenez pas!)
Je n'avais naturellement qu'une idée:
faire du théâtre! Mais avant d'y songer
sérieusement, ma mère me colla dans un
four à bachots, rue du Cardinal-Le-
moine.
Là, la vérité m'oblige à déclarer, dus-
Sé-je passer à vos yeux pour immodeste,
que j'étais un cancre de choix. un can-
cre d'Exposition. celui qu'on montre
aux inspecteurs, après leur avoir fait ad-
mirer les dortoirs hygiéniques et la pro-
preté des cuisines.
N'aimant que les lettres, j'avais opté
Pour les sciences, mais en réalité, je ne
<< faisais » pas plus celles-ci que celles-là.
jf n'en fichais pas un clou. Comme,
'employé de ministère qui répond à la
demande :
— Qu'est-ce que vous faites au bu-
reau?
— J'attends cinq heures!
Moi, toute la semaine, j'attendais di-
manche! Et je n'ai pas besoin de vous
dire où je la passais ma journée de di-
manche : dans deux théâtres. Je ne sor-
tais de l'un que pour courir faire queue
a un autre !
Donc, au lieu de potasser ma trigono-
métrie, j'apprenais Coppée par cœur et
Piochais Eug. Manuel, de préférence à
mon de viris.
Un jour, un copain me dit:
- Puisque tu aimes à déblatérer (je
n'ai jamais pu lui faire comprendre que
(( déblatérer » ne signifiait pas « décla-
Mer »), tu devrais venir avec moi, di-
manche, à neuf heures, au lycée Charle-
magne, au cours de lecture à haute voix
Professé par le père Ricquier. C'est très
tIgolo !
, - Je t'écoute que j'irai!. Charlema-
êne, pardon!. partons!
Ah ! quelle époque bienheureuse !
Tous les dimanches, à neuf heures
Précises, une des salles d'étude du lycée
Charlemagne était pleine à craquer.
Trois cents jeunes gens de tous âges,
1e toutes conditions s'entassaient, s'écra-
saient littéralement sur les bancs de bois
de cette salle en amphithéâtre pour com-
munier au même autel.
Lorsque le premier coup de neuf heu-
res tintait, la porte s'ouvrait, livrant dif-
ficilement passage au maître. Difficile-
ment, parce que, debout, obstruant l'en-
trée, stagnaient les retardataires qui ai-
maient encore mieux se tenir sur leurs
guiboles que d'être privés du cours.
Pour y avoir accès, nul besoin à'"être
inscrit à l'avance : entrait là qui voulait,
Chaque dimanche, on voyait les mêmes
figures sur les mêmes bancs (quand je
dis les mêmes figures.).
Dès qu'on apercevait les favoris du
Professeur — Ricquier est, depuis la
mort de Boisselot, le dernier porteur de
Favoris — les applaudissements par-
latent des quatre coins de la salle.
Lestement grimpé dans sa chaire, le
maître déposait sa volumineuse serviette
a ses côtés et le cours commençait.
Voici quelle en était l'ordonnance: La
séance, qui durait une heure et demie
environ, était divisée en deux parties;
Pendant la première, purement didacti-
que. chaque élève muni d'un des livres
jje Ricquier — il en a fait plusieurs —
isait une poésie et Ricquier rectifiait
prononciations fâcheuses, corrigeait
es accents départementaux. Enfin, la
econde partie était consacrée aux audi-
S" *" Ah! ce moment-là, était-il atten-
avec impatience! Tous les amoureux
e diction, tous ceux qui, n'ayant
Da de voix pour chanter « en société »,
maginaient comme une chose toute
mple de bien dire une poésie, y allaient
e leur morceau!
La première fois que Ricquier appela :
« M Galipaux. La Pomme, d'Auguste
èrh rd ! Il quel branle-bas à tout casser
n ma poitrine — côté cœur — comme'
g g a fallu que cette petite cloison, en ap- J
parence si mince, si frêle, soit solide et
résistante pour ne pas craquer!
Et le petit bonhomme annoncé dévala
du haut des gradins, et, d'une voix en-
rouée par le trac, lança avec son accent
bordelais : « La Paume ! »
Que de fois, depuis, Ricquier et moi,
nous sommes-nous souvenus de cet heu-
reux temps où je gasconnais : la paume !
Mais Ricquier, joignant l'exemple à la
théorie, satisfait l'auditoire:
« Messieurs, je vais vous dire L'Aigle
du casque, de V. Hugo. »
A ce moment précis, pas un de nous
n'aurait donné sa place pour un louis.
et cependant nous ne nagions pas en
plein pactole, hein! Grenet-Dancourt?
Vous me croirez sans peins sr je vous
dis que j'ai entendu dans mon existence
quelques milliers de récitateurs. Eh bien!
aucun, vous entendez, aucun ne m'a fait
éprouver les joies artistiques que je dois
à Ricquier.
J'en appelle à tous ceux qui l'ont en-
tendu « dire » et qui doivent se compter
par millions — car, depuis plus de cin-
quante ans que Ricquier professe dans
toutes les écoles, lycées, collèges, vous
pensez s'il a eu des auditeurs! — tous
seront de mon avis. Personne n'a dé-
taillé comme lui un conte de Daudet.
Quel délicieux diseur! Que de finesse,
de tendresse émue dans sa diction sa-
vante !
Eh bien! pour Ricquier qui prend sa
retraite, nous organisons une représen-
tation au théâtre du Vaudeville, où il a
passé un demi-siècle, toujours affable et
obligeant. Cette représentation aura lieu
le 12 MARS, EN MATINÉE, nous la voulons
belle et elle le sera.
Aujourd'hui, il n'est pas commode
d'organiser une représentation à béné-
fice, car, comme à Waterloo, elles sont
trop. Ce ne sera pas Waterloo mais Aus-
terlitz. Nous aurons des clous. Je ne puis
vous les dévoiler tous, mais cependant je
veux bien, dès aujourd'hui, soulever un
coin du rideau. Nous remontons un acte
composé, jadis, pour une circonstance
analogue par un auteur comique qui, de-
puis, s'est fait un certain nom. Ce n'é-
tait pas un arriviste, celui-là! Ce qui ne
l'a tout de même pas empêché d'arriver.
Peut-être, au surplus, en avez-vous en-
tendu parler? Il s'appuie: Eugène La-
biche.
Le titre de cet acte : • La Datne aux
jambes d'azur. Un rien, comme vous
voyez.
Quant à la distribution, il me semble
qu'elle est plutôt attractive: Coquelin,
Brasseur, Claudius, Maurel, Lévesque,
Augustine Leriche, Mistinguette.
Aussi, je vous conseille fortement à
aller, dès aujourd'hui, à la location, si
vous ne voulez pas que le contrôleur
vous dise, le 12 mars :
— C'est à cette heure-ci que vous ar-
rivez! Mais il n'y a plus rien, tout est
pris !
Félix GALIPAUX,
Nous publierons demain un article de
EDMOND SEE
Cabotinage
J'ai déjà dit suffisamment, dans un pré-
cédent article, ce que je pensais de la manie
que l'on a de mettre à la scène, d'une façon
aussi grotesque que possible, les membres
dit Gouvernement.
Quelles que soient les idées que l'on pro-
fesse par devers eux, il me paraît en effet
ridicule, dans un pays où existe le suffrage
universel, de critiquer ce qui n'est en som-
me que le résultat de tautes dont nous som-
mes les seuls auteurs responsables; et c'est
sur nous que retombent toutes les critiques
que nous taisons des hommes que nous
avons jugés dignes de nous représenter.
Toutefois, on ne saurait voir dans cette
pratique qu'un simple manque de tact, et,
dans un genre qui ne relève guère de l'art,
cela n'a jamais qu'une importance très rela-
tive.
Je n'en dirais pas autant de l'habitude
nouvelle que semblent prendre nos comé-
diens de se faire, dans des pièces du réper-
toire courant, des têtes appartenant à des
personnalités en vue. Le comédien périt re-
chercher dans ce procédé une facile réclame
personnelle, mais il va de soi que l'inter-
prétation de la pièce s'en trouve parfaite-
ment désorganisée.
De tout temps les peintres se sont amusés
à introduire dans leurs tableaux des person-
nages dont ils voulaient tirer une vengeance
personnelle. Certaines villes de province se
sont amusées pendant des années de nou-
velles toiles religieuses qui, dans la cathé-
drale, représentaient tel propriétaire connu
en Judas, ou la tête d'un notoire commer-
çant figurant sur un plateau d'argent en
saint Jean-Baptiste. En peinture, de pareil-
les plaisanteries n'ont aucune conséquence,
à la condition toutefois que le propriétaire
ait une bonne tête de Judas et le notoire
commerçant une évidente ressemblance
avec saint Jean-Baptiste.
Dans l'interprétation d'une pièce, il n'en
va pas de même, et cette assimilation dis-
trait l'attention du spectateur et l'empêche
complètement de juger l'œuvre qu'on lui
présente. Au surplus, cette pratique n'est
que le simple résultat de la tendance ac-
tuelle qui pousse chaque interprète à sortir
de son rôle pour se- laire valoir, tendance
qui se manifeste chaque jour d'une façon
plus absurde et plus gênante. Si cela Conti-
nue, nous verrons dans quelque temps tel
acteur jouant un rôle de domestique ,s'habil-
ler en empereur romain pour venir décla-
mer devant le trou du souffleur que Ma-
dame est servie.
Il appartiendrait, je crois, aux directeurs
de théâtres et aux metteurs en scène de met-
tre fin à de pareilles absurdités.
- G. DE PAWLOWSKI.
Échos
Ce soir, à Ba-Ta-Clan, commencement
du Championnat international de luttes, et
première représentation de Un Scandale
chez Paméla, vaudeville en un acte, de
MM. E.-G. Perrier et Emile Peigné.
]
nterview-express.
Les nouvelles, toutes plus sensation-
nelles les unes que les autres, qui traînent
chaque jour à travers Paris, devenant tout
à fait inquiétantes, nous avons cherché à
voir soit M. Claretie, soit M. Mirbeau. Mais
tous nos efforts sont restés vains, nous
avons interrogé M. Thaddée Natanson, le
collaborateur de M. Mirbeau.
- Je ne sais rien, nous a-t-il répondu.
Je reviens d'un très fatigant voyage en
Hongrie. Je ne suis plus du tout au courant.
— Mais encore?
— Je ne sais rien, je vous assure; je ne
puis vous dire qu'une chose: je reviens de
Hongrie. D'ailleurs, tout ceci entre nous et
sous toutes réserv-.
M. Thaddée Natanson est d'une admira-
ble discrétion.
Nous nous sommes alors adressés à la
Comédie-Française pour obtenir des rensei-
gnements un peu plus amples.
Au résumé, la situation est très nette:
M Claretie, fort de décisifs assentiments
ministériels, a demandé officiellement à M.
Octave Mirbeau certaines modifications, no-
tamment dans une scène où certaines per-
sonnalités littéraires sont violemment pri-
ses à parti. M. Mirbeau paraît décidé à
refuser énergiquement. Sa pièce a été re-
çue. Il exige qu'on la joue. Et si on le
refuse, il réclamera des dommages-intérêts
assez importants.
Mais qu'en pensent les sociétaires qui,
n'ayant pas reçu cette pièce, vont être peut-
être obligés de supporter les conséquences
pécuniaires de cette réception.
C'est pour des difficultés de cet ordre
qu'on supprima jadis le comité de lecture.
L
e petit hôtel.
M. Guitry est un grand comédien.
M. Guitry est un homme intelligent. M.
Guitry a du goût. M. Guitry sait choisir
ses pièces. M. Guitry gagne de l'argent.
M. Guitry a des économies. M. Guitry a
acheté un terrain dans le quartier du
Champ-de-Mars. M. Guitry va faire bâtir,
M. Guitry veut être propriétaire.
CE QUATRAIN DU JOUR
SOUS LA COUPOLE
Ricfiepin « Immortel » ! Oit dirait d'un routier
Qui s'assied au milieu de vieilles demoiselles.
Anges du paradis, couvrez-les de vos ailes!
Le diable est dans le bénitier !
B
ulletin de santé.
Nous apprenons avec douleur que la
mère de Mme Jeanne Granier se trouve en
ce moment très gravement malade.
Nous adressons à la grande artiste nos
vœux les plus sincères pour le prompt et
entier rétablissement de cette santé qui lui
est chère. -
L
es affaires sont les araires.
En affaires, il faut tout prévoir. En
prévision d'un échec possible de La Nave,
de Gabriele d'Annunzio, un éditeur de
Rome avait fait faire une série de trois car,
tes postales représentant le poète poursuivi
par la foule des spectateurs du théâtre de
l'Argentine (où eut lieu la grande première),
qui se réfugiait sur les plus hautes bran-
ches d'un grenadier; sur une autre, on le
voyait sous la forme d'un vaisseau en per-
dition au milieu des vagues d'une mer dé-
montée, en lutte contre la rafale des coups
de sifflet. Elles avaient été distribuées clan-
destinement à tous les papetiers du royau-
me, qui devaient attendre un télégramme de
Rome pour les mettre en vente. ils atten-
dent encore. La Nave sera représentée à
Turin dans le courant du mois de mai, et
on dit que l'éditeur, malheureux dans sa
spéculation, n'a pas perdu tout espoir de
rentrer alors dans ses fonds.
u
ne émeraude bien verte et sans
défaut se paie des prix fous. Du-
sausoy, expert joaillier, 4, boulevard des
Italiens, achète toujours les belles pierres.
Il vend aussi de belles occasions.
o
n n'est jamais si bien servi.
Toute la presse a relaté le succès du
Bal costumé donné dimanche dernier par
M. Adolphe Brisson.
Il fut somptueux et pittoresque. On y vit
des marquis et des toréadors, des Iphigé-
nies, des Scapins, des rois d'Espagne, des
mousquetaires et des réines de Saba, vêtus
d'étoffes rares et précieuses. On y put ad-
mirer des velours, des soies et des satins
délicatement assemblés. On y rencontra des
femmes parées de coûteuses dentelles et
couvertes d'étincelants bijoux. Mais un cos-
tume surtout retint l'attention.
Il était simple et fait de drap grossier,
c'était celui de Tabarin qu'avait choisi M.
Catulle Mendès.
Et le grand poète, sa latte de bateleur à
la main, expliquait à travers les groupes:
— Que voulez-vous? Puisque Silvain ne
veut plus jouer Tabarin, je m'exerce à le
remplacer !
Avouez que ce serait là un début aussi
sensationnel — au moins — que celui de
M. Hueuenet au Théâtre-Français.
T
he International Comedy.
M. Mounet-Sully, en congé régulier,
s'est embarqué avant-ruer pour Alexandrie.
M. Paul Mounet va partir cette semaine
pour une tournée de trente-six jours, où il
doit jouer Néron de Britannicus. Dès son
retour, M. Silvain entreprendra un voyage
en Algérie et en Tunisie. M. Leloir est en
Orient. M. de Féraudy doit aller passer
trois mois en Amérique du Sud avec Mme
Brandès. M. Le Bargy s'absentera prochai-
nement dès que Les Deux Hommes le per-
mettront. M. Raphaël Duflos, avant la fin
de la saison, organisera encore quelques re-
présentations à Gand avec MM. Albert
Lambert, Leitner, Henry Mayer et Jacques
Fenoux, tandis que M. Dessonnes emmë-
nera à Bruxelles ceux qui resteront dispo-
nibles.
En présence de cet état de choses,
M. Clemenceau vient de décider de ratta-
cher l'administration de la Comédie-Fran-
çaise au ministère des Affaires étrangères.
C'est une mesure qui s'imposait.
M
odestie.
Il est artiste, grand, très grand ar-
tiste.
Il joue la comédie en homme conscien-
cieux et passe ses loisirs à faire des vers,
de fort beaux vers : mais il les fait pour lui,
pour lui seul, et comipe il a horreur de la
publicité, il ne les publie pas.
Cependant, comme la divine réclame ré-
clame quand même ses droits, il a consenti
à faire un à-propos qui sera prochainement
représenté sur la scène où il joue, et cela
pour le bénéfice d'un camarade.
Voilà qui est très bien et louable; oui,
sans doute. Mais pourquoi sur l'affiche met-
on le nom de l'auteur?
Quand on a tellement horreur de la pu-
blicité, il est si simple de ne pas signer.
D
ans La Belle au bois dormant, sa
marraine magicienne dit à la prin-
cesse: « Tu auras les plus merveilleuses
petites dents du monde! » Et pour que le
souhait se réalise, la fée glissa dans le ber-
ceau doré de sa filleule une boîte de pâte
dentifrice à la glycérine de Gellé Frères.
L
'entente cordiale.
Sir David Salomons, l'éminent prési-
dent du Royal Automobile Club de Grande-
Bretagne et d'Irlande, vient de se rendre
acquéreur d'une 24/30 HP Unie, la der-
nière création de Georges Richard.
Est-ce bien seulement le désir de favori-
ser l'industrie automobile française qui a
dicté cet achat?
Ceux qui savent que Sir David Salomons
était déjà propriétaire de deux Unie, une
12/14 et une 16/20, penseront plutôt que
ce fin connaisseur considère simplement
cette marque comme la meilleure.
p
aillard, for ever
Non seulement l'établissement à la
mondiale réputation est assidûment fré-
quenté par nos élégants les plus sélects,
amateurs de bonne cuisine et de vins in-
comparables, mais on rencontre aussi, dans
les luxueux salons de Paillard, le s pension-
naires les plus remarquables du monde des
théâtres. -
L
eTout-Paris élevant connaît maintenant
le chemin du Restaurant Lapré.
Les mets qu on y mange sont exquise-
ment préparés, et la cave formée par Mau-
rice, le moderne Vatel, fait les délices des
nombreux gourmets qui fréquentent le cé-
lèbre établissement de la rue Drouot.
NOUVELLE A LA MAIN
M
Dario Nicodemi n'est pas seulement
un homme aimable, c'est un homme
d esprit.
Il parlait l'autre jour d'un impresario qui
semble collectionner les gifles:
— Ce pauvre Un Tel, conclut-il, est un
directeur très original. On frappe les trois
coups sur ses joues!
Le Masque de Verre.
Notre Matinée de Gala
ET NOTRE
Concours de Chanson,
le 12 Mars
aux Folies - Bergère
Un tour parmi les artistes qui vont pa-
raître dans notre programme vraiment uni-
que de notre matinée de gala et Comœdia
peut écrire que tout sera prêt pour ce jour-
là, qui constitue vraiment, dans les annales
.des solennités artistiques, une date digne
d'être marquée de la pierre blanche des
triomphes.
La location s'annonce rapide de tous cô-
tés; aussi, ne saurions-nous trop engager
les lecteurs de Comœdia à se prémunir en
louant dès maintenant, car les Folies-Ber-
gère n'y pourront suffire ce jourjà, encore
qu'elles soient vastes.
Rappelons notre programme:
Nos artistes
Mlles Yvonne Dubel, Agnès Borgo', Mar-
guerite d'Elty; MM: Melchissédec, Nuibo,
Ray, de l'Opéra. *
Mlle Germaine Dalbray, de la Monnaie.
Vallandri, Lise d'Ajac, Dumesnil, M. O'Sul-
livan, de l'Opéra-Comique ; Polasava, des
Concerts Colonne.
Mmes Simon-Girard, Lantelme, Margue-
rite Deval, Mariette Sully, Anna Thibaud,
Paulette Darty, Anne Dancrey, Devassy,
Marguerite Lambach, Eveline Jeanney, Ga-
brieile Dehaye, Deberio, Lilliane Greuze,
Lucy Jousset, de la Gaîté, du Châtelet, des
Variétés, des Nouveautés.
MM. Xavier Privas, Vincent Hyspa, Ju-
les Moy, Lemercier, Battaille, Tourtal, de
Bercy, Çaston Perducet, Delphin, et Mmes
Francine Lorée, Rachel de Ruy, Anne de
Bercy, Gaston-Perducet, Marguerite Grey-
val, Paulette de Vouzy, Lucy Dereymon,
Lucy Rhéa, des cabarets artistiques.
MM. Polin, Vilbert, Jacquet, Moricey,
Ferréal, Fréjol, Lejal, Dutard, Sady-Petit,
Abeilard, Popino.
Mmes Camille Stéfani, Marie Stelly,
Yvonne Yma, Carmen Vildez, Fagette, Del-
marés, Mary Perret, Jeanne'Dyt, Gabrielle
Lange, Cécile Daulnay, des principaux con-
cersa.
Le prix des places
Les prix des places pour cette matinée de
gala sont ainsi fixés : Avant-scènes, 60 fr. ;
loges de rez-de-chaussée, 10 francs (dé-
taillé) ; loges de balcon, 6 francs (détaillé) ;
fauteuils d'orchestre, 5 francs; fauteuils de
balcon (face), 4 francs; fauteuils de balcon
(côté), 3 francs; stalles d'orchestre, 3 fr.
On trouve des places au bureau de loca-
tion des Folies-Bergère, sans augmentation
de prix, ainsi que dans.les bureaux de no-
ire administratioth
OPINIONS D'ARTISTES
»
Mme Boyer de Lafory
de l'Opéra=Comique
Mme Boyer de Lafory nous adresse la lettre
suiv ante ;
Vous me demandez, mon cher Comœdia,
quelques impressions personnelles sur l'Art
lyrique et particulièrement l'Art au théâtre,
Je le fais avec le plus grand plaisir.
Ce chapitre est des plus vastes, et, poui
le synthétiser, il me faudrait des volumes,
mais. ils ne seraient peut-être pas aussi
lus que les colonnes où vous avez l'amabi-
lité d'abriter ma pensée. Je préfère donc
me résumer en peu de mots.
Il n'y a que deux façons de comprendre
un rôle: i'âme seule doit nous servir de
guide naturel. Mais, puisque tout le monde1
a une âme en lui, direz-vous, tout le monde
pourrait être un interprète merveilleux.
Interprète, oui ; merveilleux, non. Et là in-
tervient le rôle de l'éducation, du milieu,
de la culture intellectuelle qui fait des âmesj
développées, capables de penser pour elles
et pour d'autres.
Je dirai de l'âme de l'artiste: c'est le mï-
roir de toutes les gracieuses femmes décol-
letées et jolies qui viennent entendre l'œu-
vre nouvelle; des hommes railleurs et bla-
sés qui font le succès ou la critique; du
peuple qui comprend une parcelle et ap-
plaudit le tout; de la vie en un mot, qui se
fait toute petite pour s'exprimer en peu del
notes et se terminer en quelques heures.
La véritable artiste doit avoir une âme im-
mense et, partant, un tempérament qui lat
traduit. Comme nous sommes loin des
gens de métier, et ils sont légion,' qui mal-
heureusement ne connaissent que des
« trucs », ne sentent rien qui vibre, qui
crie, qui hurle.
C'est le rocher glissant sous la vague en furier
C'est le marbre glacé. Mais, est-ce bien la vie.
Voyez-vous, mon cher Comœdia, même
dans une aussi charmante interview que la
vôtre, il faut mettre un peu d'art et d'ori
ginalité à répondre. Excusez-moi de n'y pas
parvenir mieux, c'est tout moi-même.
S. BÓYBR DE LAFORY.
1
L'Opérette est morte.
',,',' ViVe l'Opérette !
M. Samuel reprend l'opérette aux Varié-
tés. Les Isola ont chassé le drame et cette
même opérette de la Gaîté où l'avait instal-
lée Offenbach, l'auteur de Geneviève de
Brabant. Les Isola n'ont fait que reprendre
le projet de feu Vizentini, qui appela le
même théâtre: National-Lyrique, et y mon-
ta les œuvres de compositeurs illustres.
C'est là que fut créé Paul et Virginie, qui
faisait 11.000 francs de recettes par soirée.
C'était coquet, et cependant Vizentini n'a-
vait jamais le sou; il est vrai qu'il obtenait
du gouvernement une subvention de
300.000 francs, et il est à remarquer que
les théâtres subventionnes sont plus sou-
vent dans la gêne que les autres. Après un
four, Martha et Le Sourd, un sourd qui le
tapa fort, le pauvre Vizentini monta Le Tim-
bre d'argent, qui était resté pendant dix ans
dans les cartons de l'auteur.. Saint-Saëns,
qui avait naguère dirigé un orchestre avec
un parapluie, se disputait continuellement
BARON
Mme THÉO
LAS SOUCHB
LEONCE
DUPUIS
avec Ïes musiciens, qu'il trouvait insuffi-
sants. Le Timbre d'argent produisait un son
argentin sur la scène, mais non dans la
caisse du théâtre. Le directeur ne pouvait
arriver à payer ses pensionnaires, qui ce-
pendant gagnaient des cachets moins élevés
que ceux de M. Alvarez. Un artiste comme
Capoul consentait à y jouer quatre jours, en
acceptant de partager la recette au prorata.
Vizentini donnait force représentations à
bénéfice; il y en avait tous les quinze jours.
Combien prélevait-il sur ces bénéfices-là?
A l'une de ces matinées, Anna Judic vint
y jouer ffhe piécette qu'elle avait créée à
l'Eldorado, Paolo et Pietro, une pièce ita-
lienne où elle se montra Parisienne à
souhait ; elle avait comme partenaire une
demoiselle Marolle, moins connue que lf
fromage du même nom.
Christian y parut dans Giralda. Le même
jour, Théo, la jolie Théo, y chantait dans
un acte de Robert Planquette: Le Péage.
Théo ne se sentit d'abord pas de voca-
tion artistique et elle épousa un tailleur. Un
hasard lui fit créer La Jolie Parfumeuse.
Elle était elle-même si jolie qu'elle triom-
pha. Elle ne savait ni jouer, ni chanter, ni
même se tenir convenablement en scène,
mais elle possédait une grâce piquante et
« ¡ le je ne sais quoi », comme l'a si bien
redit M. Francis de Croisset.
Théo fut une des femmes les plus adu-
lées de la fin du second Empire; elle T&.
cueillit les hommages d'un nombre infini
de hauts personnages qui vinrent la féliciter
de son admirable talent. Elle reçut toute
la Cour dans son jardin.
Beaucoup de ses admirateurs auraient dé-
siré qu'elle jouât la pantomime, et ses rareat
ennemis, en la voyant entrer en scène, mur-
muraient le vers célèbre en y faisant une
légère variante:
Ne parle pas, Théo,' je t'en supplie.
Vers la fin de sa carrière, la pauvre joliè
femme, ayant conscience de son infériorité,
était prise d'un trac terrible au moment de
paraître en public, ce qui rendait son jeu.
encore plus détestable.
En 1878, le Théâtre National Lyrique,
ayant connu trop de jours sombres, des re-
vers de fortune terribles, devenait. le théâ-
tre de la Gaîté. Offenbach en prenait la di-
rection et y faisait jouer la plupart de ses
oeuvres. Christian devenait le meilleur ar-n
tiste de la nouvelle scène.
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