Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1907-10-26
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 26 octobre 1907 26 octobre 1907
Description : 1907/10/26 (A1,N26). 1907/10/26 (A1,N26).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7645324z
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
t. Inlère Année. - W 26 (Quotidien). Le numéro : s centimes
4.
Samedi 26 Octobre 1901.
MÊË'xK ^Rfr' -''H Krmm ^1 H^-j^I ^K*J?S
Rédacteur en Chef G. de PAWLOWSKl
ACTION & ADMINISTRATION :
V' Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
^®8e Télégraphique : COMŒMA.PARÏS
ABONNEMENTS :
UN AN 6 HO»
11, -
Paris et départements 24 fr. 12 fr.
Ë>4,18e, 40 » 20 a
1
l. ,,
.,..RtDACTION & ADMINISTRATION ;.
57, Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288 - 07
Adresse Télégraphique : COMŒDI A-PARIS
ABONNEMENTS:
UN AN 6 MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 D
Truc
de Régisseur
J'ai rencontré hier un homme jeune
encore, aux yeux noirs, aux joues pâles
et au Menton bleu (il venait de voir jouer
L'Homme rouge et la Femme verte).
Le connaissant un peu, je l'abordai car-
nément. al ?
- |* alors, quoi de nouveau ?
- Rien.
- Qu'est-ce que vous faites, en ce
moment ?
- Oujours la même chose.
Comme je ne l'avais pas vu depuis
longtemps, sa vague réponse ne me satis-
fit pas complètement et j'insinuai :
- Mais encore.
- Ré g'-Sseur général au théâtre des
Galeries Lafaillite.
- E f h bien ! c'est une situation, Ça I
- Vous trouvez ?
- 11 VOit biei1 que vous ne SPeZ
pas ce que c'est que le métier de régis-
- Détrompez-vous! je connais- à fond
les prérogatives, responsabilités, de-
voirs et. ennuis de toutes sortes de cet
Possible, dans un théâtre de comé-
l"iu'ii des artistes sérieux, mais lors-
^s s'agit d'une boîte à petites fem-
quoi ?
b AÇh n ! mon ami ï
Il Y avait dans ces quatre syllabes di-
les ainsi tout un monde ; il m'en révéla
quelque peu.
- Vous savez, poursuivit mon hom-
me, si le directeur de théâtre, lui, est en
butte à mille tracas, soucis, embêtements
i °^s calibres soit avec les auteurs,
soit avec les artistes, tantôt avec les ac-
tionnaires, tantôt avec les journalistes,
etc, etc. Mais du moins c'est toujours
pour quelque chose, pour des motifs dis-
cutables, pour des raisons qui en va-
lent la peine ; tandis que nous, les régis-
seurs, nous, pauvres bougres, nous trin-
quons tout le temps. Quand ce n'est pas
avec celui-ci, c'est avec celui-là. Nous
sommes placés entre le marteau et l'en-
4V€<~%iand le directeur n'est pas
~humeur joyeuse, ce qui lui arrive plus
souv ent qu'à son tour, il nous engueu-
le; quand il a une sale commission à
faire faire, c'est nous qu'il en charge.
A-t-il une observation délicate à adres-
ser à un artiste? c'est sur nous qu'il
compte M® pour lui en éviter la peine.Inutile
de oUs dire que les artistes, de leur
côté, ne nous ont pas « à la bonne » et
nous traitent, selon leur éducation, d'E-
nce grise, de faux bonhomme ou
sale "%Pion. C'est charmant. Tenez, une
des scies de notre métier, par exemple,
c'est, à la veille d'une pièce nouvelle,
avec la distribution des loges, la com-
position de l'affiche- La distribution des
loges nle vaut la kyrielle classique des ré-
clamations. Celle-ci ne veut pas monter
plus haut que le second étage, ça l'es-
souffle ; celle-là refuse de s'habiller avec
une t'elle qui est sale et lui barbote
son maquillage. Cette autre fait un
chambard à tout casser parce qu'elle est
près des cabinets et que ça empoisonne!
Est-ce que je sais tout ce qu'elles n'invo-
quent Pas ! C'est interminable et tradi-
~nnel. Ça ne dure que deux jours, il
~~i; mais la grande histoire, alors,
~on cauchemar, c'est l'affiche! je ne
parle Pas des vrais artistes, ceux-là ont
roublarldement pris soin de ce détail sti-
~tté de façon nette sur leur engagement;
mais les autres. les « complète-un-ex-
cellent-ensemble » ! Tenez, vous voyez
ces cheveux blancs qui argentent mes
tempes, c'est à eux que je les dois.
- ,Mon cher ami, fis-je, voulez-vous
que je Vous donne gratis un moyen in-
faillible de vous débarrasser de ces ra-
leurs Ou mieux de ces raseuses, car se
sont surtout les petites femmes qui sont
terriblement tenaces quand il s'agit de
cette futilité.
- Oh ! donnez ! donnez !
- Eh th bien ! faites comme le père Lu-
guet, le vieux régisseur du vieux Palais-
Royal, qui était un des hommes les
plus spirituels que j'ai connus ! Ah !
quel type inoubliable ! Notez qu'il y
avait d eux hommes en lui. Un qui était
plutôt mal embouché et vous envoyait
C,,0ndre quand il était mal luné -
teequent — et l'autre le pince-sans-
rire, l'ironiste à glace qui vous désarçon-
~par sa blague déconcertante. Ah 1
on ne » le prenait jamais sans vert, celui-
~! Je Ine souviens qu'un jour, on jouait
~une revue au théâtre de la Montansier :
Les miettes de l'année. Le nombre des
petites femmes qui figuraient là-dedans
était imposant. Et voici'la scène à laquel-
le j'assistai. Le soir de la première, une
petite grue entre dans l'armoire qui sert
régie au Palais-Royal et s'adressant
« vieux comédien : - « Monsieur Lu-
guet, je viens vous faire une réclamation.
Faites toujours ! — Vous avez mis
~avant moi sur l'affiche. — C'est
~possible ; qu'est-ce que vous jouez,
, dans la Revue ? - La Sardine.
est moi qui suis à gauche de la commè-
re quand elle chante le duo de la Tour
~Eiffel. - Ah ! et vous voudriez être
avant elle ? Dame! — Ça me paraît
juste. Sous vous appelez ? — Jane sans
- Sans eux! eh bien! où sont-ils ?
Sa ? — Eux. — Non je vous
: Jane sans é. - Salué, c'tst vo-
ire nom de famille? - Non, vous
ne me comprenez pas. mon nom
s'écrit J, a, n, e. il n'y a pas
d'e entre le J et l'a. c'est a l'anglaise.
- Votfs êtes Anglaise ? - Je suis de la
rue Mouffetard. — Mais c'est en-Fran-
ce la rue Mouffetard. — Oui,au quartier
Latin.- Alors pourquoi écrivez-vous vo-
tre nom à l'anglaise ? — Tiens, donc!
c'est mieux comme ça ! — Raison pe-
remptoire. Ce soir, je vous mettrai avant
Juana. — Merci bien,. Monsieur. » Et
Luguet fit ce qu'il promit. Le lendemain,
je n'ai pas besoin de vous dire que 1 au-
tre vint rendre visite au régisseur.
« - Monsieur Luguet est-ce que je puis
parler au directeur ? — Oui mon enfant,
mais il ne vous répondra pas. il est en-
roué. Si je puis le remplacer, je vous
écoute. — C'est au sujet d'une injustice
qu'on vient de me faire. — Allons donc!
ici ! et qui s'est permis. — Celui qui
s'occupe des affiches. — Ah ! le bougre,
il n'en fait jamais d'autres. De quoi s'a-
git-il ? — On a mis Jane aujourd'hui
avant moi sur l'affiche. - Tiens ! et
avant moi sur l'affiche. — Tiens ! et pour-
quoi? — C'est ce que je me demande.
— Qu'est-ce que vous jouez, vous, dans
la Revue ? La Langouste. C'est moi
qui suis à droite du compère quand il
chante le duo de la Tour Eiffel. — Ah !
et vous voudriez être avant elle ! —
Dame! — Ça me paraît naturel. Vous
vous appelez? — Juana. — Sans e ? —
Quoi ? — Non, rien., une distraction.
Vous êtes Espagnole, sans doute ? — Je
suis née rue des Déchargeurs.— C'est en
France ? — Près des Halles. — Alors
pourquoi ce nom espagnol ? - C'est
mieux. -- Excellente raison. Ce soir je
vous mettrai avant Jane. — Merci bien,
Monsieur. » Et Luguet fit ce qu'il pro-
mit. Mais le lendemain nouvelle visite de
Jane ayant pour but la même réclamation :
« -- Comment, vous avez remis Juana
avant moi sur l'affiche? — Non.— Mais
si. tenez,regardez l'affiche.— C'est ma
foi vrai! simpb distraction. Je vais cor-
riger ça. — Je vous en prie. — Vous
pouvez y compter. » Et Luguet corrigea.
Mais le lendemain irrua Juana dans le
placard régissorial : « C'est une farce !
— Quelle farce ? - Vous avez replacé
Jane avant moi sur l'affiche ? — Non.
— Si. - Ce n'est pas possible. - Te-
nei, vous avez l'affiche devant vous, li-
S - ! — C'est ma foi vrai î pure étour-
aerie ! Je vais Corriger ça. — S'if vous
plaît ! — Comptez-y. » Et Luguet fit la
correction.
Le lendemain, Jane bondit dans le ti-
roir-régie ;4( Est-ce que cette plaisante-
rie va Jurer longtemps ? — Quelle plai-
santerie ? - L'histoire de l'affiche. —
Quelle histoire d'affiche ? — Vous avez
réinstallé. juana avant moi dans la distri-
bution. — Oui. Eh bien -? — Eh bien
hier, j'étais avant elle. — Oui. — Et au-
jourd'hui, elle est avant moi. — Eh
bien? — Quoi : eh bien ? pourquoi n'é-
tais-je pas aujourd'hui avant elle ? —
Mais vous voulez donc y être tous les
jours ? — Certes ! — Ah ! très bien !
je ne savais pas, on va vous déplacer.
— Merci. » Et Luguet déplaça, mais le
lendemain Juana tromba dans la régicu-
le. — « C'est très amusant! — Quoi? —
Cette scie. — Quelle scie ? — La navet-
te de nos deux noms, celui de Jane et
le mien. — Il y a une navette ? — Com-
me si vous ne saviez pas ce que je veux
dire ! — Je ne m'en doute pas ! —
Vraiment ! eh bien ! levez donc les
yeux ? — Je les lève. - Regardez l'af-
fiche qui est devant vous? — Je la re-
garde. — Qu'est-ce que vous voyez ? —
L'annonce du spectacle. — Non, dans la
distribution? — Le nom des artistes du
théâtre. — Oui, mais le mien, mon nom :
Juana. il est après celui de Jane. — En
effet. — Pourquoi ? puisque hier, il était
avant. — Vous voulez qu'il y soit tous
les jours? - Parbleu ! - Ah ! mais il
fallait donc le dire ! c'est entendu. Je
vais rectifier. » Et Luguet rectifia.
Et le lendemain, ayant, enfin ! compris
que le vieux régisseur s'était offert à
l'œil ce que beaucoup d'autres payaient
très cher, leur petit museau, les deux
jeunes grues gardèrent de concert le si-
lence prudent, ce qui n'empêcha pas
d'ailleurs Luguet de poursuivre tout le
temps que dura la revue ce petit jeu.
pour lui-même, histoire de rire un brin.
Félix GALIPAUX.
Nous publierons demain une nouvelle de
ROUZIER-DORCIERES
Le pavé de l'ours
Dût le commerce de l'alimentation s'en
ressentir, il faut bien reconnaître que l'usa-
ge des pommes cuites va se perdant sur
nos grandes scènes parisiennes et que les
signes de réprobation y sont de moins en
moins en honneur; c'est tout au plus si l'in-
fluenza gagne parfois une salle ennuyée, et
le plus rigoureux critique de Comoedia, lui-
même, hésiterait à sitfler un chanteur de
mauvais ton.
Malheureusement si, sur ce chapitre, les
procédés en usage chez les sauvages se
sont évanouis, il n'en est pas de même des
signes d'approbation qui, chaque jour, se
font plus encombrants et plus grossiers.
On dirait, en effet, qu'en sombrant dans
le symbolique pot de pommade qui lui est
cher, la société moderne tient à manifester
chaque jour davantage son enthousiasme
pour les choses les plus insignifiantes et
qu'elle entend se faire illusion à elle-même
en applaudissant à tout rompre des che/s-
d'œuvre fictifs.
Je ne connais pourtant pas d'usage plus
tidicHlt que ctiui de là Claque en particu-
lier et d'une façon plus générale des applau-
dissements des spectateurs au cours d'une
représentation.
Les situations les plus pathétiques s'en
trouvent entachées d'absurdité, et les ré-
pliques les plus brèves et les plus décisi-
ves en sont prolongées de la plus invrai-
semblable façon.
Aussi bien, rien' n'est-il plus comique que
l'attitude des acteurs en pareil cas. On se
sent gêné pour eux ; on souhaiterait, pour
sortir de cette situation fausse, qu'ils fas-
sent au moins ce que font les clowns anglais,
qui trépignent et poussent des cris inarti-
culés pendant deux ou trois minutes lors-
qu'ils viennent de dire une bonne blagueA
Cela couperait moins la scène et rendrait
la situation plus vraisemblable.
A moins que l'on ne se décide, comme on
le fait déjà pour les situations mélodrama-
tiques, à souligner chaque bon mol par
quelques mesures d'orchestre, en jouant
un fragment de la Marseillaise ou de
l'Hymne russe jusqu'à ce que l'émotion se
soit calmée. Car si cela continue, le nom-
bre des bons mots et des expressions fortes
allant toujours en diniinuant, on en vien-
dr:i à annoncer sur l'affiche l'heure à la-
quelle ils seront déclamés.
Au surplus, un instant avant que l'acteur
ne les dise, on fera taire une annonce par
le régisseur.
Que voulez-vous ! quand on n'a plus grande-
chose, on se raccroche éperdument aux
épaves et nous n'usons pas le droit de gas-
piller les idées neuves et les phrases écri-
tes en français.
Les quelques personnes qui eussent sou-
haité voir les mœurs théâtrales se policer
chaque jour davantage et le rèspect s'intro-
duire dans l'audition des œuvres dramati-
ques, de façon à laisser notre émotion gran-
dir en silence jusqu'à la fin, devront en tai-
re leur deuih
La Claque ioue vis-à-vis de nos pièces
le rôle estimable, mais un peu .lourd, du
pavé de l'ours.
Seulement, dans ce cas, c'est générale-
ment l'ours qui sert de victime.
G. DE PAWLOWSKl.
Échos
s
era-ce le quatorze juillet?
Plusieurs journaux ayant - annoncé que
le Théâtre de la. Pdrte-Saint-Martin monte-
rait, en juillet, La Révolution Française, de
M. Arthur Bernèdp, .et que M, Jean Coque-
Un en créerait le principal rôle, M. Henry
Hertz, directeur; de la Porte-Saieef-Martin,
nous écrit:
Mon cher ami,
Un mot, voulez-vous, au sujet de M. Bernède
et de sa pièce?
Le lendemain de la répétition générale du
Manteau du Roi, j'ai remercié comme il conve-
nait M. Arthur Bernède de son amabilité pour
la pièce et pour ses interprètes (amabilité dont
m'avait fait part une amie de la maison placée
ce soir-là à côté de lui), ajoutant que je lui
souhaitais pour juillet prochain (époque à la-
quelle serait représentée La Révolution Fran-
çaise) des auditeurs aussi aimables que lui.
Or, M. Arthur Bernède, qui est la modestie
même, m'écrivit qu'il n'acceptait pas des re-
merciements qu'il n'avait en aucune façon mé-
rités, et termina sa lettre par ces mots désor-
mais historiques : « Quant à jouer La Révolution
en juillet, faudra voir. »
Il a sans doute réfléchi depuis, car je pense
que la note publiée ce matin émane de lui.
Voulez-vous cependant dire que Jean Coque-
lin n'en créera en aucun cas le rôle principal,
car en juillet Jean sera à Londres avec son
père et les principaux artistes de la Porte-Saint-
Martin. Mais M. Bernède peut tout de même
être tranquille et compter sur mes goûts artis-
tiques pour monter La Révolution Française
(pièce reçue par nos prédécesseurs) avec tout
le luxe et l'éclat qu'elle mérite.
Bien affectueusement à vous.
Henri HERTZ,
Directeur de la Porte-Saint-Martin.
Et puis, il est très naturel que lorsque
triomphe encore Le Manteau du Roi, la Ré-
volution Française attende un peu.
M
e croirez-vous quand je vous aurai dit
que, pas plus tard qu'hier, dans
un restaurant du Doulevard, MM. Gabriel
£I\.METE NÔVPLLI
Fauré, directeur du Conservatoire; Lagarde
et Gabion, de la nouvelle direction de l'O-
pérfe ; Gémier, un de nos plus grands indus-
triels et l'un de nos plus subtils négociants,
devisaient gaiement des choses de l'art et
de toutes questions touchant au théâtre.
Je n'assistais point à ces agapes amicales,
mais mon petit doigt m'a dit bien des cho-
ses sur un Concours d'admission au Con-
servatoire, sur les idées de la direction ar-
tistique de l'Opéra à partir du premier .jan-
vier, sur les faisans qui abondent dans les
tirés de Compiègne, et surtout. sur une
entente entre tous, les théâtres quant à
l'heure inutilement tardive à laquelle se
terminent tous les spectacles.
C'est par le menu que je vous conterai
bientôt le détail de toutes les idées qui
furent échangées hier.
A
h ! ition bon Cadet, mon bon Coquelin,
comme vous nous connaissez mal:
« Que va dire Mlle Pierson t Que va dire
Comœdid? » vous êtes-vous écrié l'autre
jour lorsque vous n'avez pas joué à la Co-
médie, bien que votre nom figurât sur le"
programme. -
Ce qu'a dit Mlle Pferson? - je n'en sais
rien, mais je vous assure -que Comœdia a
fait tous ses vœux pour que vous veni^ ez'
bien vite reprendre votre place.
L
es lourdes successions:
MM. Gailhard et Gheusi, sachant
que leurs jours sont maintenant comptes a
l'Opérât et qu'avant peu, d'autres les rem-
placeront, ont pris leur parti de cette dis-
grâce prochaine avec bonne humeur, philo-
sophie et esprit.
Ils savent que leurs successeurs ont l'in-
tention de remonter Faust avec des décors
nouveaux et un luxe infini de costumes et
de mise en, scène; ce sera une des attrac-
tions sur "laquelle les nouveaux directeurs
comptent le plus.
Aussi MM. Gailhard et Gheusi qui
jouaient jadis Faust, en moyenne une fois
par mois, le montent-ils maintenant une
fois, souvent deux fois par semaine. On
donne le chef-d'œuvre de Gounod, en soi-
rée, en matinée, eh abonnement, sans arrêt,
sans trêve, sans merci — sans pitié.
Le résultat de cette exagération s'est
bientôt fait sentir et les recettes de Faust
qui dépassaient généralement vingt mille
francs, son tombées à dix-sept mille, puis
à quinze mille, puis à treize mille. Où s'ar-
rêteront-elles?
Nous avoris eu la bonne fortune de cau-
ser l'autre jour avec .M. Broussan, et com-
me nous lyi. demandions ce qu'il pensait
de la bonne fiirèë que lui préparent les di-
recteurs actuels, il sourit, et, sentencieuse-
ment nous dit f "",,'" ,'",
« Tout cela n'a pas d'importance, car
Faust est une œuvre immortelle!. »
Allons, tant mieux!
0
n sait que La Patti avait pour beau-
frère l'imprésario Strackosh, lequel
avait d'assez grandes prétentions musicales
qui horripilaient Rossini.
Or, pendant un séjour de La Pattj à Pa-
ris, un soir que Rossini avait dîné chez
elle, elle Ipi fit entendre une grande fan-
taisie sur Guillaume Tell, sorte de pot-
pourri qui mit Rossini hors de lui et lui fit
dire à la célèbre cantatrice :
— C'est sûrement votre beau-frère qui
vous a Strackoshonné cela!
L
a recommandation.
Un de nos critiques les plus consi
dérables et les plus affables recevait, 1 autre
jour, la visite d'un jeune homme bien mis,
chevelu et rougissant, qui lui présentait
une lettre de recommandation signée d'un
romancier connu.
L'illustre écrivain est accueillant aux dé-
butants, et c'est avec un sourire qu'il de-
manda au solliciteur :
— Vous êtes sans doute vun jeune ar-
tiste? Vous désirez, peut-être, que je vous
procure un engagement où que je vous
facilite l'entrée du Conservatoire?
- Non, mon cher maître.
- Alors, vous êtes un jeune auteur. Vous
avez une pièce à faire jouer?
- Non, mon cher maître.
— Vous êtes, peut-être, un jeune jour-
naliste et vous souhaitez que je recom-
mande votre copie à quelque secrétaire de
rédaction?
- Non, mon cher maître.
- Dites-moi donc ce que vous désirez.
Car je ne comprends pas.
Alors, le jeune homme bien mis, chevelu
et rougissant, toussota et, d'un air timide:
— Je voudrais, mon cher maître, être
présenté à Mlle CIJMence de Pibrac.
M
me la comtesse de Chabannes-La-
Palice (en religion musicale: Ar-
mande de Polignac) a fait représenter cet
hiver, à Nice, un opéra-légende, La Petite
Sirène, adaptée d'Andersen par notre col-
laborateur Henry Gauthier-Villars.
Une certaine monotonie du poème (de
"l'aveu même de l'auteur), une interpréta-
tion inégale et certaines maladresses de
mise en scène empêchèrent le public cos-
mopolite de la Côte d'Azur, fort peu com-
pétent du reste, d'apprécier à leur juste
valeur les délicates harmonies et la belle
ordonnance classique de cette partition, que
la compositrice dirigea elle-même pendant
les deux premières représentations.
Comœdia est en mesure d'annoncer,
avant tous ses confrères, que l'aristocrati-
que élève de Fauré et de Gigout termine
la musique d'une curieuse fantaisie lyrique,
L'Hypocrite sanctifié, due à MM. Max
Beerlohm et X.-M. Boulestin, et dont l'ac-
tion se déroule en Angleterre, sous le règne
du roi Georges.
Nous souhaitons vivement qu'elle soit
montée par M. Carré qui, rond en affaires,
réalise si heureusement, à l'Opéra-Comi-
que, la quadrature du cercle.
A
la suite des débuts de Mlle Marthe
Régnier dans l'art chorégraphique,
avec la nouvelle pièce Patachon, on s'est
plu à féliciter la gracieuse artiste sur les
pas de danse qu'elle avait esquissés. -
Sait-on que deux autres de nos grandes
artistes sont maîtresses dans ce genre. En
effet, les journaux de juillet 1890 signalaient
à l'envie ce détail: «.Deux prix ont été dé-
cernés aux danses: le premier à Mlle Mo-
reno et le second à Mlle Dux. »
Mlles Moreno et Dux ont ainsi fait men-
tir La Fontaine en commençant par danser.
Mlle Marthe Régnier, de son côté, ne s'en
tiendra point là.
Et ce sera une raison pour dBre que La
Fontaine a bien vieilli.
I
ean Àicard, le triomphateur d'hier, se
souvient-il d'une soirée plus lointaine
où triompfrèrent de même vigueiif'et SOrt
agilité ?
C'était, passé minuit, au sortir de « chez
Clarisse », cabaret littéraire, tout tapissé de
peintures de Feyen-Perrin, et où fréquen-
taient assidûment Paul Arène, les deux Fré-
mine, Charles Cros, Laurent Tailhade, Jean
Moreas et bien d'autres.
Ce soir-là, Jean Aicard et Louis Marsol-
leau, notre collaborateur aujourd'hui, rega-
gnaient, de compagnie, les profondeurs du
quartier Montparnasse, lorsque, passant de-
vant le Luxembourg, Jean Aicard, afin de
prouver à son jeune confrère que son biceps
et ses jarrets avaient toujours vingt ans,
paria d'escalader, séance tenante, la haute
grille du jardin. Et il le fit comme il l'avait
dit.
Une lune pâle éclaira cette gymnastique
éclatante.
Cela se passait vers l'an de grâce 1886.
Les poètes étaient gais, dans ce temps-là.
0
n s'aime-tendrement dans les familles
d'artistes, et l'on s'y fait mutuellement
ode la réclame quand l'occasion s'en pré-
sente.
Nous nous souvenons, à ce propos, d'avoir
assisté à une petite scène qui prouve, jus-
qu'à l'évidence, la véracité de nos dires.
On jouait, à la Gaîté, Les 28 Jours de
Clairette.
Au troisième acte, Paul Fugère (Michon-
net), au lieu de donner la réplique attendue
par sa camarade, Mme Simon-Girard (Clai-
rette), fredonnait, avec une insistance vou-
lue, l'air-rengaîne :
Petits oiseaux, chantant dans le bocage
tant et si bien que Mme Simon-Girard,
comprenant que le joyeux compère ne ces-
serait pas si elle ne lui adressait point la
parole, se décida à lui demander:
- Tu est donc chanteur?
Et Paul Fugère — il avait prévu la ques-
tion — de répondre :
— Non, mais j'ai un frère qui chante
bien 1
J
ambon, notre peintre décorateur national,
ne fut pas peu surpris, il y a un mois
et demi environ, de recevoir la visite du
duc de Luynes.
Que pouvait lui vouloir un si grand per-
sonnage, confident, comme chacun sait, du
duc d'Orléans.
Le duc de Luynes venait commander à
Jambon une chapelle, une salle à manger
et une galerie-hall.
Le tout devant servir au mariage de la
princesse d'Orléans avec Carlos d'Espagne,
cousin d'Alphonse XIII.
Jambon s'exécuta.
Et voilà pourquoi seront célébrées d'ici
peu, dans une chapelle en toile de décors,
devant un autel en construction théâtrale,
les noces de très haut et très puissant sei-
gneur Carlos, infant d'Espagne, avec très
noble damoiselle d'Orléans.
Après quoi, en signe de réjouissance
sans doute, on brûlera chapelle, salle à
manger, etc.
Et voilà l'art théâtral français représenté,
grâce à Jambon, aux noces princières.
NOUVELLE A LA MAIN
E
ntre artistes, au Globe:
- Tu sais que j'ai failli partir pour
l'Amérique? -
— Ah! bah r -
— Mon départ n'a tenu qu'à un cheveu.
L - De brune ou de blonde?
Le ÎÔàèquè àë Verre;
Réponses
A la suite de l'article de M. Octave
Mirbeau « Le Commissaire esl sans pi-
tié », Comœdia a reçu les lettres suivan-
tes :
D'abord une lettre de M. Pierre De*
courcelle à M. Octave Mirbeau :
Mon cher Mirbeau,
Je n'ai pas mission de répondre pour la
Commission des auteurs — qui ne répond,
jamais aux critiques ailleurs qu'en assem-
blée générale — à ton spirituel article
d'hier. Mon nom cité par toi à la dernière
ligne me crée cependant le devoir d'y ré-
pliquer quelques mots..
Est-ce parce que la pièce que je fais ré*
péter au Théâtre Réjane se trouve avoir
pris, bien involontairement, la place de
celle de mes amis Vanderem et LenÕtre-
que tu parais vouloir me ranger parmi les
prétendues brebis noires qui, selon toi, con-
taminent le troupeau? Sur ce point, je dé-
sire m'expliquer nettement, et je suis heu-
reux que tu m'en fournisses l'occasion.
P'p.Ct ]p! 17 CPntPmKm
W X, uv^ivuiuic, que A »1-
sons d'interprétation déterminèrent la di*
rectrice du Théâtre Réjane à retarder la co-
médie de Vàndérem et Lenôtre. C'est le
26 septembre, dix jours après, que je lus
pour la première fois, à Réjane, les cinq
actes que j'avais tirés du roman de Mme
Serao. Elle nous offrit spontanément, à ma
collaboratrice et,à -moi, d,'entrer en répéti-
tions tout de suite. A défaut de notre œuvre,
c'était une autre qu'elle choisirait, mais, eii
tous cas, pas celle qui venait d'être mo^,
mentanément écartée.
Je te le demande à toi-même, mon cher
ami, je le demande à tous mes confrères
devais-je refuser cette chance d'être. joùé,
sous le singulier prétexte que jé fais" partie
de la Commission?. Je m'efforce, depuis
que j'ai été élu par mes confrères, de tra-
vailler de mon mieux pour le bien général,
pour la prospérité matérielle et morale de
la Société, donnant mon temps sans
compter, au détriment de mes propres in-
térêts. Mais s'il me fallait par surcroît,
renoncer à exercer ma profession, parce
que commissaire, si pareille conception de
notre mandat était admise par mes con-
frères et par l'assemblée générale, je me
verrai forcé, tu le comprendras foi-
même, de résigner celui qui m'a été .con-
fié, quelque prix que j'y attache, - - mes
moyens ne me permettant p'as de l'e}tetcer-
dans de pareilles conditions.
A toi cordialement.
- PIERRE DECOURCELLE.
Le même article nous a valu là !ett&
suivante de M. Henry Bernstein :
Mon cher directeur,
■ J'ai adressé hier, à midi, la lettre sul-
vante à M. Octave Mirbeau: !
25 octobre 1907, midi.
Mirbeau,
Je lis un article de Comœdia dans lequel
votre lourde et prudente ironie tente d'in-
sinuer que je fais représenter mes pièces
grâce à ma situation de commissaire de la
Société des auteurs. Cela est si pitoyable
que je pourrais me dispenser de répondre.
Mais il me revient, d'autre part, que vous
m'accablez, à distance, de toutes les insul-
tes de votre sac. Vous maniez, comme pas
un, l'outrage lointain, et, cette fois encore,
rien ne me force de répondre à un profes-
sionnel de la calomnie bête.
Mais il me plaît de vous embarrasser.
Je vous écris donc et je vous envoie ma
lettre devant témoins. Je vous sais l'homme
de tous les faux courages, de toutes les
bonnes lâchetés, et je ne m'énorgueillis
pas autrement de mon peste
Je me devais cependant de vous re-
commander le silence. Vous entendez
Monsieur Octave? Il faut vous taire. C'es
votre grand intérêt et je suis rudement prêt
à vous en donner la preuve.
Ce qui vous arrive là est ennuyeux.
En général, vous choisissez mieux vos têtes.
Du calme, mon brave. Et à d'autres!
HENRY BERNSTEIN.'
M. Mirbeau a compris.
-Il a docilement répondu par le courageut
billet que j'avais prévu. Ce m'est un véri-
table plaisir de le communiquer à vos lec-
teurs. Une fois de plus, M. Mirbeau aura
« lait ses preuves ».
Bien cordialement. H. B.
Voici, communiqué par M. Henry
Bernstein, la lettre de M. Octave Mir-
beau .:
Monsieur, 25 octobre 1907.
Si ordurier que soit le ton de votre pro-
vocation, il ne pouvait ajouter au mépris
que j'ai pour vous. Vos menaces me lais-
sent aussi indifférent que votre talent. Je
suis résolu a ne pas vous fournir l'occasion
d'une réclame de plus. Je me suis battu
assez souvent pour que personne se mé-
prenne au sens de mon refus.
OCTAVE MIRBEAU.
L'incident est donc définitivement
clos.
Caruso à l'Opéra
de Berlin
Berlin. - Le célèbre ténor italien, Enrico Ca-
ruso, a obtetiu, ironie il fallait s'y àttendre, du
reste, un franc succès dans le rôle du Duc, de Ri.
goletto. L'empereur Guillaume et l'impératrice,
le prince et la princesse Frédéric Charles de
Hesse, les princes Auguste, Adalbert et Joachim
de Prusse assistaient * à la représentation. Ii est
juste de dire que l'artiste, apparemment quelque
peu entravé dans ses moyens par une indisposi-
tion passagère, n'a pas renouvelé l'impression
qu'il avait laissée l'année dernière. C'est, natu-
rellement, toujours le même organe divin, mais
Caruso avait l'air de se ménager, et ce n'est qu'au
quatrième acte que sa voix se fit entendre dans
tout son éclat.
Mlle Hempel, dans le rôle de Gilda, et
Hoffmantt-eomme Rigoletto, parurent assez ternes
à côté de l'étoile italienne. En général, tous les
acteurs n'étaient pas dans leur assiette, car on
jouait là .i!'t:'é en Italien.
4.
Samedi 26 Octobre 1901.
MÊË'xK ^Rfr' -''H Krmm ^1 H^-j^I ^K*J?S
Rédacteur en Chef G. de PAWLOWSKl
ACTION & ADMINISTRATION :
V' Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
^®8e Télégraphique : COMŒMA.PARÏS
ABONNEMENTS :
UN AN 6 HO»
11, -
Paris et départements 24 fr. 12 fr.
Ë>4,18e, 40 » 20 a
1
l. ,,
.,..RtDACTION & ADMINISTRATION ;.
57, Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288 - 07
Adresse Télégraphique : COMŒDI A-PARIS
ABONNEMENTS:
UN AN 6 MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 40 » 20 D
Truc
de Régisseur
J'ai rencontré hier un homme jeune
encore, aux yeux noirs, aux joues pâles
et au Menton bleu (il venait de voir jouer
L'Homme rouge et la Femme verte).
Le connaissant un peu, je l'abordai car-
nément. al ?
- |* alors, quoi de nouveau ?
- Rien.
- Qu'est-ce que vous faites, en ce
moment ?
- Oujours la même chose.
Comme je ne l'avais pas vu depuis
longtemps, sa vague réponse ne me satis-
fit pas complètement et j'insinuai :
- Mais encore.
- Ré g'-Sseur général au théâtre des
Galeries Lafaillite.
- E f h bien ! c'est une situation, Ça I
- Vous trouvez ?
- 11 VOit biei1 que vous ne SPeZ
pas ce que c'est que le métier de régis-
- Détrompez-vous! je connais- à fond
les prérogatives, responsabilités, de-
voirs et. ennuis de toutes sortes de cet
Possible, dans un théâtre de comé-
l"iu'ii des artistes sérieux, mais lors-
^s s'agit d'une boîte à petites fem-
quoi ?
b AÇh n ! mon ami ï
Il Y avait dans ces quatre syllabes di-
les ainsi tout un monde ; il m'en révéla
quelque peu.
- Vous savez, poursuivit mon hom-
me, si le directeur de théâtre, lui, est en
butte à mille tracas, soucis, embêtements
i °^s calibres soit avec les auteurs,
soit avec les artistes, tantôt avec les ac-
tionnaires, tantôt avec les journalistes,
etc, etc. Mais du moins c'est toujours
pour quelque chose, pour des motifs dis-
cutables, pour des raisons qui en va-
lent la peine ; tandis que nous, les régis-
seurs, nous, pauvres bougres, nous trin-
quons tout le temps. Quand ce n'est pas
avec celui-ci, c'est avec celui-là. Nous
sommes placés entre le marteau et l'en-
4V€<~%iand le directeur n'est pas
~humeur joyeuse, ce qui lui arrive plus
souv ent qu'à son tour, il nous engueu-
le; quand il a une sale commission à
faire faire, c'est nous qu'il en charge.
A-t-il une observation délicate à adres-
ser à un artiste? c'est sur nous qu'il
compte M® pour lui en éviter la peine.Inutile
de oUs dire que les artistes, de leur
côté, ne nous ont pas « à la bonne » et
nous traitent, selon leur éducation, d'E-
nce grise, de faux bonhomme ou
sale "%Pion. C'est charmant. Tenez, une
des scies de notre métier, par exemple,
c'est, à la veille d'une pièce nouvelle,
avec la distribution des loges, la com-
position de l'affiche- La distribution des
loges nle vaut la kyrielle classique des ré-
clamations. Celle-ci ne veut pas monter
plus haut que le second étage, ça l'es-
souffle ; celle-là refuse de s'habiller avec
une t'elle qui est sale et lui barbote
son maquillage. Cette autre fait un
chambard à tout casser parce qu'elle est
près des cabinets et que ça empoisonne!
Est-ce que je sais tout ce qu'elles n'invo-
quent Pas ! C'est interminable et tradi-
~nnel. Ça ne dure que deux jours, il
~~i; mais la grande histoire, alors,
~on cauchemar, c'est l'affiche! je ne
parle Pas des vrais artistes, ceux-là ont
roublarldement pris soin de ce détail sti-
~tté de façon nette sur leur engagement;
mais les autres. les « complète-un-ex-
cellent-ensemble » ! Tenez, vous voyez
ces cheveux blancs qui argentent mes
tempes, c'est à eux que je les dois.
- ,Mon cher ami, fis-je, voulez-vous
que je Vous donne gratis un moyen in-
faillible de vous débarrasser de ces ra-
leurs Ou mieux de ces raseuses, car se
sont surtout les petites femmes qui sont
terriblement tenaces quand il s'agit de
cette futilité.
- Oh ! donnez ! donnez !
- Eh th bien ! faites comme le père Lu-
guet, le vieux régisseur du vieux Palais-
Royal, qui était un des hommes les
plus spirituels que j'ai connus ! Ah !
quel type inoubliable ! Notez qu'il y
avait d eux hommes en lui. Un qui était
plutôt mal embouché et vous envoyait
C,,0ndre quand il était mal luné -
teequent — et l'autre le pince-sans-
rire, l'ironiste à glace qui vous désarçon-
~par sa blague déconcertante. Ah 1
on ne » le prenait jamais sans vert, celui-
~! Je Ine souviens qu'un jour, on jouait
~une revue au théâtre de la Montansier :
Les miettes de l'année. Le nombre des
petites femmes qui figuraient là-dedans
était imposant. Et voici'la scène à laquel-
le j'assistai. Le soir de la première, une
petite grue entre dans l'armoire qui sert
régie au Palais-Royal et s'adressant
« vieux comédien : - « Monsieur Lu-
guet, je viens vous faire une réclamation.
Faites toujours ! — Vous avez mis
~avant moi sur l'affiche. — C'est
~possible ; qu'est-ce que vous jouez,
, dans la Revue ? - La Sardine.
est moi qui suis à gauche de la commè-
re quand elle chante le duo de la Tour
~Eiffel. - Ah ! et vous voudriez être
avant elle ? Dame! — Ça me paraît
juste. Sous vous appelez ? — Jane sans
- Sans eux! eh bien! où sont-ils ?
Sa ? — Eux. — Non je vous
: Jane sans é. - Salué, c'tst vo-
ire nom de famille? - Non, vous
ne me comprenez pas. mon nom
s'écrit J, a, n, e. il n'y a pas
d'e entre le J et l'a. c'est a l'anglaise.
- Votfs êtes Anglaise ? - Je suis de la
rue Mouffetard. — Mais c'est en-Fran-
ce la rue Mouffetard. — Oui,au quartier
Latin.- Alors pourquoi écrivez-vous vo-
tre nom à l'anglaise ? — Tiens, donc!
c'est mieux comme ça ! — Raison pe-
remptoire. Ce soir, je vous mettrai avant
Juana. — Merci bien,. Monsieur. » Et
Luguet fit ce qu'il promit. Le lendemain,
je n'ai pas besoin de vous dire que 1 au-
tre vint rendre visite au régisseur.
« - Monsieur Luguet est-ce que je puis
parler au directeur ? — Oui mon enfant,
mais il ne vous répondra pas. il est en-
roué. Si je puis le remplacer, je vous
écoute. — C'est au sujet d'une injustice
qu'on vient de me faire. — Allons donc!
ici ! et qui s'est permis. — Celui qui
s'occupe des affiches. — Ah ! le bougre,
il n'en fait jamais d'autres. De quoi s'a-
git-il ? — On a mis Jane aujourd'hui
avant moi sur l'affiche. - Tiens ! et
avant moi sur l'affiche. — Tiens ! et pour-
quoi? — C'est ce que je me demande.
— Qu'est-ce que vous jouez, vous, dans
la Revue ? La Langouste. C'est moi
qui suis à droite du compère quand il
chante le duo de la Tour Eiffel. — Ah !
et vous voudriez être avant elle ! —
Dame! — Ça me paraît naturel. Vous
vous appelez? — Juana. — Sans e ? —
Quoi ? — Non, rien., une distraction.
Vous êtes Espagnole, sans doute ? — Je
suis née rue des Déchargeurs.— C'est en
France ? — Près des Halles. — Alors
pourquoi ce nom espagnol ? - C'est
mieux. -- Excellente raison. Ce soir je
vous mettrai avant Jane. — Merci bien,
Monsieur. » Et Luguet fit ce qu'il pro-
mit. Mais le lendemain nouvelle visite de
Jane ayant pour but la même réclamation :
« -- Comment, vous avez remis Juana
avant moi sur l'affiche? — Non.— Mais
si. tenez,regardez l'affiche.— C'est ma
foi vrai! simpb distraction. Je vais cor-
riger ça. — Je vous en prie. — Vous
pouvez y compter. » Et Luguet corrigea.
Mais le lendemain irrua Juana dans le
placard régissorial : « C'est une farce !
— Quelle farce ? - Vous avez replacé
Jane avant moi sur l'affiche ? — Non.
— Si. - Ce n'est pas possible. - Te-
nei, vous avez l'affiche devant vous, li-
S - ! — C'est ma foi vrai î pure étour-
aerie ! Je vais Corriger ça. — S'if vous
plaît ! — Comptez-y. » Et Luguet fit la
correction.
Le lendemain, Jane bondit dans le ti-
roir-régie ;4( Est-ce que cette plaisante-
rie va Jurer longtemps ? — Quelle plai-
santerie ? - L'histoire de l'affiche. —
Quelle histoire d'affiche ? — Vous avez
réinstallé. juana avant moi dans la distri-
bution. — Oui. Eh bien -? — Eh bien
hier, j'étais avant elle. — Oui. — Et au-
jourd'hui, elle est avant moi. — Eh
bien? — Quoi : eh bien ? pourquoi n'é-
tais-je pas aujourd'hui avant elle ? —
Mais vous voulez donc y être tous les
jours ? — Certes ! — Ah ! très bien !
je ne savais pas, on va vous déplacer.
— Merci. » Et Luguet déplaça, mais le
lendemain Juana tromba dans la régicu-
le. — « C'est très amusant! — Quoi? —
Cette scie. — Quelle scie ? — La navet-
te de nos deux noms, celui de Jane et
le mien. — Il y a une navette ? — Com-
me si vous ne saviez pas ce que je veux
dire ! — Je ne m'en doute pas ! —
Vraiment ! eh bien ! levez donc les
yeux ? — Je les lève. - Regardez l'af-
fiche qui est devant vous? — Je la re-
garde. — Qu'est-ce que vous voyez ? —
L'annonce du spectacle. — Non, dans la
distribution? — Le nom des artistes du
théâtre. — Oui, mais le mien, mon nom :
Juana. il est après celui de Jane. — En
effet. — Pourquoi ? puisque hier, il était
avant. — Vous voulez qu'il y soit tous
les jours? - Parbleu ! - Ah ! mais il
fallait donc le dire ! c'est entendu. Je
vais rectifier. » Et Luguet rectifia.
Et le lendemain, ayant, enfin ! compris
que le vieux régisseur s'était offert à
l'œil ce que beaucoup d'autres payaient
très cher, leur petit museau, les deux
jeunes grues gardèrent de concert le si-
lence prudent, ce qui n'empêcha pas
d'ailleurs Luguet de poursuivre tout le
temps que dura la revue ce petit jeu.
pour lui-même, histoire de rire un brin.
Félix GALIPAUX.
Nous publierons demain une nouvelle de
ROUZIER-DORCIERES
Le pavé de l'ours
Dût le commerce de l'alimentation s'en
ressentir, il faut bien reconnaître que l'usa-
ge des pommes cuites va se perdant sur
nos grandes scènes parisiennes et que les
signes de réprobation y sont de moins en
moins en honneur; c'est tout au plus si l'in-
fluenza gagne parfois une salle ennuyée, et
le plus rigoureux critique de Comoedia, lui-
même, hésiterait à sitfler un chanteur de
mauvais ton.
Malheureusement si, sur ce chapitre, les
procédés en usage chez les sauvages se
sont évanouis, il n'en est pas de même des
signes d'approbation qui, chaque jour, se
font plus encombrants et plus grossiers.
On dirait, en effet, qu'en sombrant dans
le symbolique pot de pommade qui lui est
cher, la société moderne tient à manifester
chaque jour davantage son enthousiasme
pour les choses les plus insignifiantes et
qu'elle entend se faire illusion à elle-même
en applaudissant à tout rompre des che/s-
d'œuvre fictifs.
Je ne connais pourtant pas d'usage plus
tidicHlt que ctiui de là Claque en particu-
lier et d'une façon plus générale des applau-
dissements des spectateurs au cours d'une
représentation.
Les situations les plus pathétiques s'en
trouvent entachées d'absurdité, et les ré-
pliques les plus brèves et les plus décisi-
ves en sont prolongées de la plus invrai-
semblable façon.
Aussi bien, rien' n'est-il plus comique que
l'attitude des acteurs en pareil cas. On se
sent gêné pour eux ; on souhaiterait, pour
sortir de cette situation fausse, qu'ils fas-
sent au moins ce que font les clowns anglais,
qui trépignent et poussent des cris inarti-
culés pendant deux ou trois minutes lors-
qu'ils viennent de dire une bonne blagueA
Cela couperait moins la scène et rendrait
la situation plus vraisemblable.
A moins que l'on ne se décide, comme on
le fait déjà pour les situations mélodrama-
tiques, à souligner chaque bon mol par
quelques mesures d'orchestre, en jouant
un fragment de la Marseillaise ou de
l'Hymne russe jusqu'à ce que l'émotion se
soit calmée. Car si cela continue, le nom-
bre des bons mots et des expressions fortes
allant toujours en diniinuant, on en vien-
dr:i à annoncer sur l'affiche l'heure à la-
quelle ils seront déclamés.
Au surplus, un instant avant que l'acteur
ne les dise, on fera taire une annonce par
le régisseur.
Que voulez-vous ! quand on n'a plus grande-
chose, on se raccroche éperdument aux
épaves et nous n'usons pas le droit de gas-
piller les idées neuves et les phrases écri-
tes en français.
Les quelques personnes qui eussent sou-
haité voir les mœurs théâtrales se policer
chaque jour davantage et le rèspect s'intro-
duire dans l'audition des œuvres dramati-
ques, de façon à laisser notre émotion gran-
dir en silence jusqu'à la fin, devront en tai-
re leur deuih
La Claque ioue vis-à-vis de nos pièces
le rôle estimable, mais un peu .lourd, du
pavé de l'ours.
Seulement, dans ce cas, c'est générale-
ment l'ours qui sert de victime.
G. DE PAWLOWSKl.
Échos
s
era-ce le quatorze juillet?
Plusieurs journaux ayant - annoncé que
le Théâtre de la. Pdrte-Saint-Martin monte-
rait, en juillet, La Révolution Française, de
M. Arthur Bernèdp, .et que M, Jean Coque-
Un en créerait le principal rôle, M. Henry
Hertz, directeur; de la Porte-Saieef-Martin,
nous écrit:
Mon cher ami,
Un mot, voulez-vous, au sujet de M. Bernède
et de sa pièce?
Le lendemain de la répétition générale du
Manteau du Roi, j'ai remercié comme il conve-
nait M. Arthur Bernède de son amabilité pour
la pièce et pour ses interprètes (amabilité dont
m'avait fait part une amie de la maison placée
ce soir-là à côté de lui), ajoutant que je lui
souhaitais pour juillet prochain (époque à la-
quelle serait représentée La Révolution Fran-
çaise) des auditeurs aussi aimables que lui.
Or, M. Arthur Bernède, qui est la modestie
même, m'écrivit qu'il n'acceptait pas des re-
merciements qu'il n'avait en aucune façon mé-
rités, et termina sa lettre par ces mots désor-
mais historiques : « Quant à jouer La Révolution
en juillet, faudra voir. »
Il a sans doute réfléchi depuis, car je pense
que la note publiée ce matin émane de lui.
Voulez-vous cependant dire que Jean Coque-
lin n'en créera en aucun cas le rôle principal,
car en juillet Jean sera à Londres avec son
père et les principaux artistes de la Porte-Saint-
Martin. Mais M. Bernède peut tout de même
être tranquille et compter sur mes goûts artis-
tiques pour monter La Révolution Française
(pièce reçue par nos prédécesseurs) avec tout
le luxe et l'éclat qu'elle mérite.
Bien affectueusement à vous.
Henri HERTZ,
Directeur de la Porte-Saint-Martin.
Et puis, il est très naturel que lorsque
triomphe encore Le Manteau du Roi, la Ré-
volution Française attende un peu.
M
e croirez-vous quand je vous aurai dit
que, pas plus tard qu'hier, dans
un restaurant du Doulevard, MM. Gabriel
£I\.METE NÔVPLLI
Fauré, directeur du Conservatoire; Lagarde
et Gabion, de la nouvelle direction de l'O-
pérfe ; Gémier, un de nos plus grands indus-
triels et l'un de nos plus subtils négociants,
devisaient gaiement des choses de l'art et
de toutes questions touchant au théâtre.
Je n'assistais point à ces agapes amicales,
mais mon petit doigt m'a dit bien des cho-
ses sur un Concours d'admission au Con-
servatoire, sur les idées de la direction ar-
tistique de l'Opéra à partir du premier .jan-
vier, sur les faisans qui abondent dans les
tirés de Compiègne, et surtout. sur une
entente entre tous, les théâtres quant à
l'heure inutilement tardive à laquelle se
terminent tous les spectacles.
C'est par le menu que je vous conterai
bientôt le détail de toutes les idées qui
furent échangées hier.
A
h ! ition bon Cadet, mon bon Coquelin,
comme vous nous connaissez mal:
« Que va dire Mlle Pierson t Que va dire
Comœdid? » vous êtes-vous écrié l'autre
jour lorsque vous n'avez pas joué à la Co-
médie, bien que votre nom figurât sur le"
programme. -
Ce qu'a dit Mlle Pferson? - je n'en sais
rien, mais je vous assure -que Comœdia a
fait tous ses vœux pour que vous veni^ ez'
bien vite reprendre votre place.
L
es lourdes successions:
MM. Gailhard et Gheusi, sachant
que leurs jours sont maintenant comptes a
l'Opérât et qu'avant peu, d'autres les rem-
placeront, ont pris leur parti de cette dis-
grâce prochaine avec bonne humeur, philo-
sophie et esprit.
Ils savent que leurs successeurs ont l'in-
tention de remonter Faust avec des décors
nouveaux et un luxe infini de costumes et
de mise en, scène; ce sera une des attrac-
tions sur "laquelle les nouveaux directeurs
comptent le plus.
Aussi MM. Gailhard et Gheusi qui
jouaient jadis Faust, en moyenne une fois
par mois, le montent-ils maintenant une
fois, souvent deux fois par semaine. On
donne le chef-d'œuvre de Gounod, en soi-
rée, en matinée, eh abonnement, sans arrêt,
sans trêve, sans merci — sans pitié.
Le résultat de cette exagération s'est
bientôt fait sentir et les recettes de Faust
qui dépassaient généralement vingt mille
francs, son tombées à dix-sept mille, puis
à quinze mille, puis à treize mille. Où s'ar-
rêteront-elles?
Nous avoris eu la bonne fortune de cau-
ser l'autre jour avec .M. Broussan, et com-
me nous lyi. demandions ce qu'il pensait
de la bonne fiirèë que lui préparent les di-
recteurs actuels, il sourit, et, sentencieuse-
ment nous dit f "",,'" ,'",
« Tout cela n'a pas d'importance, car
Faust est une œuvre immortelle!. »
Allons, tant mieux!
0
n sait que La Patti avait pour beau-
frère l'imprésario Strackosh, lequel
avait d'assez grandes prétentions musicales
qui horripilaient Rossini.
Or, pendant un séjour de La Pattj à Pa-
ris, un soir que Rossini avait dîné chez
elle, elle Ipi fit entendre une grande fan-
taisie sur Guillaume Tell, sorte de pot-
pourri qui mit Rossini hors de lui et lui fit
dire à la célèbre cantatrice :
— C'est sûrement votre beau-frère qui
vous a Strackoshonné cela!
L
a recommandation.
Un de nos critiques les plus consi
dérables et les plus affables recevait, 1 autre
jour, la visite d'un jeune homme bien mis,
chevelu et rougissant, qui lui présentait
une lettre de recommandation signée d'un
romancier connu.
L'illustre écrivain est accueillant aux dé-
butants, et c'est avec un sourire qu'il de-
manda au solliciteur :
— Vous êtes sans doute vun jeune ar-
tiste? Vous désirez, peut-être, que je vous
procure un engagement où que je vous
facilite l'entrée du Conservatoire?
- Non, mon cher maître.
- Alors, vous êtes un jeune auteur. Vous
avez une pièce à faire jouer?
- Non, mon cher maître.
— Vous êtes, peut-être, un jeune jour-
naliste et vous souhaitez que je recom-
mande votre copie à quelque secrétaire de
rédaction?
- Non, mon cher maître.
- Dites-moi donc ce que vous désirez.
Car je ne comprends pas.
Alors, le jeune homme bien mis, chevelu
et rougissant, toussota et, d'un air timide:
— Je voudrais, mon cher maître, être
présenté à Mlle CIJMence de Pibrac.
M
me la comtesse de Chabannes-La-
Palice (en religion musicale: Ar-
mande de Polignac) a fait représenter cet
hiver, à Nice, un opéra-légende, La Petite
Sirène, adaptée d'Andersen par notre col-
laborateur Henry Gauthier-Villars.
Une certaine monotonie du poème (de
"l'aveu même de l'auteur), une interpréta-
tion inégale et certaines maladresses de
mise en scène empêchèrent le public cos-
mopolite de la Côte d'Azur, fort peu com-
pétent du reste, d'apprécier à leur juste
valeur les délicates harmonies et la belle
ordonnance classique de cette partition, que
la compositrice dirigea elle-même pendant
les deux premières représentations.
Comœdia est en mesure d'annoncer,
avant tous ses confrères, que l'aristocrati-
que élève de Fauré et de Gigout termine
la musique d'une curieuse fantaisie lyrique,
L'Hypocrite sanctifié, due à MM. Max
Beerlohm et X.-M. Boulestin, et dont l'ac-
tion se déroule en Angleterre, sous le règne
du roi Georges.
Nous souhaitons vivement qu'elle soit
montée par M. Carré qui, rond en affaires,
réalise si heureusement, à l'Opéra-Comi-
que, la quadrature du cercle.
A
la suite des débuts de Mlle Marthe
Régnier dans l'art chorégraphique,
avec la nouvelle pièce Patachon, on s'est
plu à féliciter la gracieuse artiste sur les
pas de danse qu'elle avait esquissés. -
Sait-on que deux autres de nos grandes
artistes sont maîtresses dans ce genre. En
effet, les journaux de juillet 1890 signalaient
à l'envie ce détail: «.Deux prix ont été dé-
cernés aux danses: le premier à Mlle Mo-
reno et le second à Mlle Dux. »
Mlles Moreno et Dux ont ainsi fait men-
tir La Fontaine en commençant par danser.
Mlle Marthe Régnier, de son côté, ne s'en
tiendra point là.
Et ce sera une raison pour dBre que La
Fontaine a bien vieilli.
I
ean Àicard, le triomphateur d'hier, se
souvient-il d'une soirée plus lointaine
où triompfrèrent de même vigueiif'et SOrt
agilité ?
C'était, passé minuit, au sortir de « chez
Clarisse », cabaret littéraire, tout tapissé de
peintures de Feyen-Perrin, et où fréquen-
taient assidûment Paul Arène, les deux Fré-
mine, Charles Cros, Laurent Tailhade, Jean
Moreas et bien d'autres.
Ce soir-là, Jean Aicard et Louis Marsol-
leau, notre collaborateur aujourd'hui, rega-
gnaient, de compagnie, les profondeurs du
quartier Montparnasse, lorsque, passant de-
vant le Luxembourg, Jean Aicard, afin de
prouver à son jeune confrère que son biceps
et ses jarrets avaient toujours vingt ans,
paria d'escalader, séance tenante, la haute
grille du jardin. Et il le fit comme il l'avait
dit.
Une lune pâle éclaira cette gymnastique
éclatante.
Cela se passait vers l'an de grâce 1886.
Les poètes étaient gais, dans ce temps-là.
0
n s'aime-tendrement dans les familles
d'artistes, et l'on s'y fait mutuellement
ode la réclame quand l'occasion s'en pré-
sente.
Nous nous souvenons, à ce propos, d'avoir
assisté à une petite scène qui prouve, jus-
qu'à l'évidence, la véracité de nos dires.
On jouait, à la Gaîté, Les 28 Jours de
Clairette.
Au troisième acte, Paul Fugère (Michon-
net), au lieu de donner la réplique attendue
par sa camarade, Mme Simon-Girard (Clai-
rette), fredonnait, avec une insistance vou-
lue, l'air-rengaîne :
Petits oiseaux, chantant dans le bocage
tant et si bien que Mme Simon-Girard,
comprenant que le joyeux compère ne ces-
serait pas si elle ne lui adressait point la
parole, se décida à lui demander:
- Tu est donc chanteur?
Et Paul Fugère — il avait prévu la ques-
tion — de répondre :
— Non, mais j'ai un frère qui chante
bien 1
J
ambon, notre peintre décorateur national,
ne fut pas peu surpris, il y a un mois
et demi environ, de recevoir la visite du
duc de Luynes.
Que pouvait lui vouloir un si grand per-
sonnage, confident, comme chacun sait, du
duc d'Orléans.
Le duc de Luynes venait commander à
Jambon une chapelle, une salle à manger
et une galerie-hall.
Le tout devant servir au mariage de la
princesse d'Orléans avec Carlos d'Espagne,
cousin d'Alphonse XIII.
Jambon s'exécuta.
Et voilà pourquoi seront célébrées d'ici
peu, dans une chapelle en toile de décors,
devant un autel en construction théâtrale,
les noces de très haut et très puissant sei-
gneur Carlos, infant d'Espagne, avec très
noble damoiselle d'Orléans.
Après quoi, en signe de réjouissance
sans doute, on brûlera chapelle, salle à
manger, etc.
Et voilà l'art théâtral français représenté,
grâce à Jambon, aux noces princières.
NOUVELLE A LA MAIN
E
ntre artistes, au Globe:
- Tu sais que j'ai failli partir pour
l'Amérique? -
— Ah! bah r -
— Mon départ n'a tenu qu'à un cheveu.
L - De brune ou de blonde?
Le ÎÔàèquè àë Verre;
Réponses
A la suite de l'article de M. Octave
Mirbeau « Le Commissaire esl sans pi-
tié », Comœdia a reçu les lettres suivan-
tes :
D'abord une lettre de M. Pierre De*
courcelle à M. Octave Mirbeau :
Mon cher Mirbeau,
Je n'ai pas mission de répondre pour la
Commission des auteurs — qui ne répond,
jamais aux critiques ailleurs qu'en assem-
blée générale — à ton spirituel article
d'hier. Mon nom cité par toi à la dernière
ligne me crée cependant le devoir d'y ré-
pliquer quelques mots..
Est-ce parce que la pièce que je fais ré*
péter au Théâtre Réjane se trouve avoir
pris, bien involontairement, la place de
celle de mes amis Vanderem et LenÕtre-
que tu parais vouloir me ranger parmi les
prétendues brebis noires qui, selon toi, con-
taminent le troupeau? Sur ce point, je dé-
sire m'expliquer nettement, et je suis heu-
reux que tu m'en fournisses l'occasion.
P'p.Ct ]p! 17 CPntPmKm
W X, uv^ivuiuic, que A »1-
sons d'interprétation déterminèrent la di*
rectrice du Théâtre Réjane à retarder la co-
médie de Vàndérem et Lenôtre. C'est le
26 septembre, dix jours après, que je lus
pour la première fois, à Réjane, les cinq
actes que j'avais tirés du roman de Mme
Serao. Elle nous offrit spontanément, à ma
collaboratrice et,à -moi, d,'entrer en répéti-
tions tout de suite. A défaut de notre œuvre,
c'était une autre qu'elle choisirait, mais, eii
tous cas, pas celle qui venait d'être mo^,
mentanément écartée.
Je te le demande à toi-même, mon cher
ami, je le demande à tous mes confrères
devais-je refuser cette chance d'être. joùé,
sous le singulier prétexte que jé fais" partie
de la Commission?. Je m'efforce, depuis
que j'ai été élu par mes confrères, de tra-
vailler de mon mieux pour le bien général,
pour la prospérité matérielle et morale de
la Société, donnant mon temps sans
compter, au détriment de mes propres in-
térêts. Mais s'il me fallait par surcroît,
renoncer à exercer ma profession, parce
que commissaire, si pareille conception de
notre mandat était admise par mes con-
frères et par l'assemblée générale, je me
verrai forcé, tu le comprendras foi-
même, de résigner celui qui m'a été .con-
fié, quelque prix que j'y attache, - - mes
moyens ne me permettant p'as de l'e}tetcer-
dans de pareilles conditions.
A toi cordialement.
- PIERRE DECOURCELLE.
Le même article nous a valu là !ett&
suivante de M. Henry Bernstein :
Mon cher directeur,
■ J'ai adressé hier, à midi, la lettre sul-
vante à M. Octave Mirbeau: !
25 octobre 1907, midi.
Mirbeau,
Je lis un article de Comœdia dans lequel
votre lourde et prudente ironie tente d'in-
sinuer que je fais représenter mes pièces
grâce à ma situation de commissaire de la
Société des auteurs. Cela est si pitoyable
que je pourrais me dispenser de répondre.
Mais il me revient, d'autre part, que vous
m'accablez, à distance, de toutes les insul-
tes de votre sac. Vous maniez, comme pas
un, l'outrage lointain, et, cette fois encore,
rien ne me force de répondre à un profes-
sionnel de la calomnie bête.
Mais il me plaît de vous embarrasser.
Je vous écris donc et je vous envoie ma
lettre devant témoins. Je vous sais l'homme
de tous les faux courages, de toutes les
bonnes lâchetés, et je ne m'énorgueillis
pas autrement de mon peste
Je me devais cependant de vous re-
commander le silence. Vous entendez
Monsieur Octave? Il faut vous taire. C'es
votre grand intérêt et je suis rudement prêt
à vous en donner la preuve.
Ce qui vous arrive là est ennuyeux.
En général, vous choisissez mieux vos têtes.
Du calme, mon brave. Et à d'autres!
HENRY BERNSTEIN.'
M. Mirbeau a compris.
-Il a docilement répondu par le courageut
billet que j'avais prévu. Ce m'est un véri-
table plaisir de le communiquer à vos lec-
teurs. Une fois de plus, M. Mirbeau aura
« lait ses preuves ».
Bien cordialement. H. B.
Voici, communiqué par M. Henry
Bernstein, la lettre de M. Octave Mir-
beau .:
Monsieur, 25 octobre 1907.
Si ordurier que soit le ton de votre pro-
vocation, il ne pouvait ajouter au mépris
que j'ai pour vous. Vos menaces me lais-
sent aussi indifférent que votre talent. Je
suis résolu a ne pas vous fournir l'occasion
d'une réclame de plus. Je me suis battu
assez souvent pour que personne se mé-
prenne au sens de mon refus.
OCTAVE MIRBEAU.
L'incident est donc définitivement
clos.
Caruso à l'Opéra
de Berlin
Berlin. - Le célèbre ténor italien, Enrico Ca-
ruso, a obtetiu, ironie il fallait s'y àttendre, du
reste, un franc succès dans le rôle du Duc, de Ri.
goletto. L'empereur Guillaume et l'impératrice,
le prince et la princesse Frédéric Charles de
Hesse, les princes Auguste, Adalbert et Joachim
de Prusse assistaient * à la représentation. Ii est
juste de dire que l'artiste, apparemment quelque
peu entravé dans ses moyens par une indisposi-
tion passagère, n'a pas renouvelé l'impression
qu'il avait laissée l'année dernière. C'est, natu-
rellement, toujours le même organe divin, mais
Caruso avait l'air de se ménager, et ce n'est qu'au
quatrième acte que sa voix se fit entendre dans
tout son éclat.
Mlle Hempel, dans le rôle de Gilda, et
Hoffmantt-eomme Rigoletto, parurent assez ternes
à côté de l'étoile italienne. En général, tous les
acteurs n'étaient pas dans leur assiette, car on
jouait là .i!'t:'é en Italien.
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