Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1907-10-18
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 18 octobre 1907 18 octobre 1907
Description : 1907/10/18 (A1,N18). 1907/10/18 (A1,N18).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7645316d
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
Première Année. — N° 18 (Quotidien).
te Numéro 1" 5ce n times-
Vendredi 18 Octobre 1907*
—. — -J
Rédacteur en Chef G. de PAWLOWSKI
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
27, Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE 288 - 07
Adresse Télégraphique : COMŒDIA-PARIS
>1 ABONNEMENTS:
v UN AN e MOIS
Paris et Départements -. 24 fr. 12 fr.
franger 40 » 20 a
RÉDACTION & ADMINISTRATION 2
27, Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDlA=PARIS
ABONNEMENTS :
UN AN 6 MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger 40 » 20 »
CONTES PROBABLES
, Un Spectacle
*u<ïuel on ne conduit pas
sa femme
d'tn mai dernier, un matin, nous déci-
des, Dulong et moi, de chercher dé-
fais la fortune dans des entreprises
traies. Nous résolûmes d'organiser
e tournée. Nous nous assurâmes le
N nCOurs d'une quinzaine de comédiens.
Pièce nous préoccupâmes de choisir une
DU-I Emportons un drame, me proposa
ong.
- Un drame. Un drame?. Crois-
tu que le public aime beaucoup les
drarn,,?
Emportons une pièce à thèse, pro-
n posai-je.
th; Une pièce à thèse. une pièce à
thèse?. Crois-tu que le public aime
beaucoup les pièces à thèse?
Une tragédie? On compte trop de
morts dans ce genre de pièces. Une opé-
rette ? ^'est ce genre de pièces lui-
même ^ui est mort. Nous accordâmes
nos suffrages, en définitive, à une « co-
méd le légère », à une comédie légère,
très légère. », a une corne le egere,
Lançon devait être l'étape initiale de
notre Voyage à travers la France. Sur
la porte du théâtre de cette sous-préfec-
tu re, le 20 mai, on put lire :
TOURNÉE DULONG ET DUCOURRE
A Partir de ce soir, pendant cinq soirs
à huit heures et demie
l SOUS LES DRAPS
lJlèce en trois actes, de M. Jehan Fardot
bepuis longtemps, nous caressions
un reve : acquérir une coquette villa
dans la banlieue parisienne, pour y ter-
Vefer nos jours dans l'aisance et l'oisi-
Vete- Allions-nous, enfin, pouvoir le réa-
jj
ser, au retour de notre tournée?.
Nos espérances ne tardèrent pas à se
préciser. Nos craintes ne tardèrent pas
à se dissiper. A huit heures et demie, au
moment où le rideau se leva, il ne res-
tait Plus une seule place au bureau.
D Urant tout le temps que, devant une
lep comble, nos artistes interprétèrent
le
lonVemier acte de Sous les Draps, Du-
ter imoi nous ne cessâmes d'arpen-
e vestibule du théâtre et de nous
atuier.
— C'est la fortune!
— Avons-nous été assez bien inspirés,
n OUs établissant imprésarios!
- Six cents francs de recette!. Il
y a pas de raison pour que les re-
cettes de demain, après-demain, et celles
des Jours suivants, soient moins fruc-
tne es- Braves Lançonnais, ils vont
Hou s Faire empocher trois mille francs!
salle oUs entendîmes un brouhaha dans la
salle. Le premier acte était terminé.
Qe cS nous emparâmes chacun d'un jeu
de contremarques. Nous nous apprêtâ-
'ù a les distribuer.
Un gros monsieur — très bien, ma
^oi ',et décoré de la Légion d'honneur -
ne arda pas à surgir dans l'entre-bâille-
ment de la porte. Il entraînait une dame
à sa suite.
MG Un même mouvement, Dulong et
lt nous lui tendîmes un carton.
1 ^ros monsieur repoussa nos bras.
tsj\ ] Gardez cela, messieurs, s'écria-
~u. Mais c'est que., murmurâmes-
lhoh us avec un sourire aimable., tout à
re pour rentrer.
'\fOUs Pour rentrer 1. Vous imaginez-
vous, Par hasard, que je saurais écouter
tés! longtemps de semblables insani-
ble ;. On prévient le monde, que dia-
!. l'ignore si les Parisiens consen-
i D a s'exhiber, avec leurs épouses, à
| :M^jr.reils spectacles. Mais moi, Durand-
leu' notaire de Lançon, je vous le
déclare tout net : Sous les Draps n'est
pas une pièce à laquelle on puisse con-
"iç \1' Une honnête femme. Viens, Ju-
viens.
SrôL s songions : « On en voit de
* Ls en province. Il faut être notaire
Lançon, pour oser témoigner d'une
ridicule pudibonderie!. » Nous
allions répondre vertement à M. Du-
rand-Mathieu. Un grand monsieur mai-
-- très bien, ma foi, et décoré de
de la Région d'honneur — qui entraînait
une a116 à sa suite, nous interpella :
— Ah! ah! fort aise de faire votre
Corinal-^h ance, Messieurs les directeurs
tnurnée !. Joli spectacle!. Vous
avez ,pas honte, voyons, de donner,
t Rlr 111} tler gare, une pièce qui ferait rou-
Ct
gir un régiment de sapeurs!. Je ne sais
1 1 Itle retient de vous flanquer ma
eUrs,Sllr la figure, ou mon pied. ail-
5^1'" Ma^s> mille millions de ton-
res, si vous êtes trop bêtes pour le
deviner, je veux, moi, général de Sa-
",QpsaIr" vous l'apprendre : Sous les
ttQ ,p n'est pas une pièce à laquelle on
puisse conduire une honnête femme!.
Viens, Joséphine, viens. »
JI Clive,sla magistrature, l'armée. Ce
nouvel incident nous inquiéta. Nous
commençâmes une phrase d'excuses.
n, eunies pas le loisir de l'achever.
innombrables messieurs, des grands,
ivs PetH des blonds, des bruns, des
des chauves - tous très bien, ma
! s!' st h- d'honneur
^a d'honneur
firent irruption dans le vestibule. Ils
ftjsînaie des dames à leur suite.
Scrent nos contremarques avec
éclat. Ils nous traitèrent de brutes, de
maroufles et de pornographes. Ils décli-
nèrent leurs noms : M. Thibaut, prési-
dent du tribunal; M. Grosfray, l'avoué;
M. Condamnation, l'avocat; le colonel
Colon, le capitaine César; M. Truche,
percepteur des contributions; M. Gâ-
chis, entrepreneur des travaux publics,
etc., etc. Ils nous confièrent qu'ils se
trouvaient contraints de se retirer. Ils
nous apprirent, en termes dépourvus
d'aménité, qu'il est des spectacles aux-
quels un homme qui se respecte ne-con-
duit-pas-une-honnête-femme !.
Durant tout le temps qué, devant une
salle désespérément vide, nos artistes in-
terprétèrent le deuxième et le troisième
actes de Sous les Draps, nous demeu-
râmes, Dulong et moi, effondrés sur une
banquette dans le vestibule du théâtre.
Nous ne cessâmes de nous lamenter.
— C'est la ruine!
- Pourquoi, mon Dieu! n avons-
nous pas monté plutôt un mélo, une
pièce à thèse.
— Ces gens vont communiquer leurs
impressions à leurs amis. Nous ne fe-
rons pas un sou demain. ni après-de-
main, ni après-après-demain, ni.
On se lasse de tout. Rentrés à l'hôtel,
à minuit, nous renonçâmes à nous la-
menter davantage.
Nous commençâmes à nous quereller.
- Aussi, c'est ta faute!
- Ma faute!. Reconnais donc plu-
tôt tes torts! Oui ou non, est-ce toi qui
a insisté pour que nous emportions Sous
les Draps?. Dame, rien ne te paraît
inconvenant à toi! Quand on a des
mœurs aussi dissolues que.
Nous nous injuriâmes si consciencieu-
sement durant toute la nuit, et durant
toute la journée du lendemain que nous
n'arrivâmes au théâtre qu'assez tard
dans la soirée.
Dix heures sonnaient.
Le-second acte était commencé.
Nous poussâmes la porte de la salle.
Par quels mots traduire l'extrême sur-
prise que nous éprouvâmes. Du haut en
bas, du côté jardin au côté cour, du par-
terre au paradis, la salle était garnie de
spectateurs.
Notre extrême surprise se mua bien-
tôt en une stupéfaction plus extrême en-
core. Derrière le grillage d'une bai-
gnoire de droite, nous aperçûmes un vi-
sage dont les traits ne nous semblaient
pas inconnus.
— Voyons, vous qui êtes du pays —
dîmes-nous à mi-voix au marchand de
programmes - renseignez-nous, je vous
prie. Nous ne sommes pas le jouet d'une
hallucination, n'est-ce pas? Le gros
monsieur décoré de la Légion d'hon-
neur, le gros monsieur qui occupe cette
baignoire à droite, c'est bien M. Du-
rand-Mathieu, le notaire?
— Parfaitement, messieurs.
M. Durand-Mathieu! M. Durand-Ma-
thieu qui avait témoigné la veille d'une
si vive indignation, se trouvait de nou-
veau, ce soir, dans la salle!.
— Et la dame, mon ami — insistâ-
mes-nous — la dame qui se dissimule
au fond de la baignoire? Qui est-ce?
C'est bien Mme Durand - Mathieu,
n'est-ce pas? Alors, que signifiait cette
comédie! Ce notaire n'affirmait-il pas
hier que Sous les Draps est un spec-
tacle auquel on s'abstient de conduire
sa femme.
Le marchand de programmes s'assu-
ra que personne ne pouvait l'entendre.
Il sourit d'un air égrillard. Il baissa la
voix.
— Non, messieurs — nous confia-t-il
— ce n'est point Mme Durand-Mathieu.
C'est Mme Joséphine de Sabrauclair, la
femme du général.
Dulong me tira, à ce moment, par la
manche :
— Regarde donc, je te prie, regarde
donc là. dans cette baignoire à gau-
che. il me semble bien que je recon-
nais le général.
— Parfaitement, murmura le mar-
chand de programmes. Monsieur ne se
tiompe pas. C'est, en vérité, le général
de Sabrauclair.
Il sourit. Il baissa de nouveau la voix:
— Il a même éprouvé une certaine
difficulté à gagner sa place sans trop se
faire voir, ce brave général. Figurez-
vous qu'il a amené avec lui la petite
Mme Grosfray, la femme de l'avoué.
Complaisant, le marchand de pro-
grammes reprit :
— Les renseignements que je viens de
vous donner semblent vous intéresser.
Eh bien! tenez, continuons, si vous le
voulez bien, à faire d'un rapide coup
d'oeil le tour de la salle. A la baignoire 1
vous avez M. Truche, le percep-
teur, en compagnie de Mme Condamna-
tion, la femme de l'avocat; à la bai-
gnoire 3, vous avez M. Grosfray, l'a-
voué, en compagnie de Mme Colon, la
femme du colonel; à la baignoire 5,
vous avez le capitaine César en compa-
gnie de Mme Julie Durand-Mathieu; à
la baignoire 7, vous avez M. Condam-
nation en compagnie de Mme César, la
femme du capitaine; à la baignoire 9,
vous avez. *
Une triple salve d'applaudissements
salua une réplique plus leste que les
précédentes. Elle coupa la parole au
marchand de programmes.
Max et Alex FISCHER.
(Traduction réservée.)
Nous publierons demain une nouvelle de
GEOIÎGES LECOMTE
FOSSE AUX OURS
Doit-on, oui ou non, créer, à l'Opéra,
une Fosse aux ours, genre Bayreuth,
pour y loger l'orchestre? Il faut recon-
naître que la question a suscité les plus
violentes polémiques et que cette imi-
tation du théâtre wagnérien n'est point
sans scandaliser profondément les fana-
tiques de l'opéra français.
Il me paraît cependant que dans l'état
de la mécanique moderne une solution
pourrait intervenir qui donnerait, sans
grand mal, satisfaction aux uns comme
aux autres.
Jadis, au temps des bals fameux de
l'Opéra dirigés par Musard, Métra ou
Desgranges, un plancher roulant pou-
vait, au besoin, relier la scène à la salle.
Un dispositif analogue pourrait rendre
l'orchestre plus ou moins souterrain.
Dans une lettre qu'il m'envoie, le
chef d'orchestre du théâtre de Rennes
me propose une solution plus simple en-
core. Elle consisterait à monter tout l'or-
chestre sur un plateau ascenseur que
l'on éléverait ou que l'on abaisserait
(avec l'eau en moins, je l'espère),-
comme on le fait de la piste du Nou-
veau-Cirque.
Samson et Dalila se jouerait avec l'or-
chestre hissé au troisième étage, à quel-
ques centimètres au-dessous du niveau
des fauteuils.
Sigurd se jouerait au second étage, La
Walkyrie au premier.
Le chef d'orchestre en serait quitte,
évidemment, pour diriger son monde
assis, debout ou sur des échasses.
De cette façon, l'orchestre, s'adaptant
à chaque ouvrage, pourrait ne jamais
couvrir inutilement la voix des chan-
teurs.
Des plaisantins - il y en a toujours
- prétendraient même qu'avec ce sys-
tème, on pourrait, en cas de malheur,
baisser brusquement l'orchestre d'un ou
de deux tons, mais ce serait avouer que
certains chanteurs d'opéra n'ont pas
toujours la voix très juste et l'on nous
permettra de ne point nous associer à
de pareilles calomnies!
G. DE PAWLOWSKI.
-. Échos
Cet après-midi, à deux heures, à l'Odéon,
répétition générale de L'Alouette, pièce en
quatre actes de M. Ernest de Wildenbruck,
traduction de M. Emile Lutz.
Ce soir, à huit heures trois quarts, aux
Folies-Dramatiques,, première représenta-
tion de Le 1.000e Constat, vaudeville en
trois actes, de MM. Henry de Gorsse et
Louis Forest.
#
Ce soir, à huit heures et demie, au Tria-
non-Lyrique, première représenation (à ce
théâtre) de Les 28 Jours de Clairette, opé-
rette en quatre actes de MM. H. Raymond et
Antony Mars, musique de Victor Roger.
Ce soir, à neuf heures, à la Gaîté-Roche-
chouart, première représentation de Saboté,
revue en deux actes de M. Jean Kolb.
D
ans une étude sur Bernard Shaw publiée
, par la Deutsche Revue de Vienne,
M. Henderson a quanne le ceieore satirique
irlandais de « Molière de notre temps ».
Choqué de cette appellation, un de nos
confrères parisiens l'a relevée et a dit
qu'elle était due à un « biographe alle-
mand ».
Sachez, ô confrère, que M. Henderson
(Archibald) est Américain, d'origine bri-
tannique comme l'indique son nom, qu'il
vit en Amérique à Chapel Hill, qu'il est
professeur à l'Université de la Caroline du
Nord, et que la Caroline du Nord est un
Etat -des États-Unis. Sachez aussi que l'o-
pinion de M. Henderson ne lui est pas par-
ticulière; que, bien plus, c'est qu'elle fut
émise pour la première fois par un Fran-
çais, M. A. Hamon, dans une conférence
au Théâtre du Parc (Bruxelles) en février
1907, et que ce même Français l'a publiée
dans la Revue Socialiste de septembre der-
nier. Le pis, c'est que l'auteur français
motive et explique son opinion.
c
e dont on a idée en province.
On donnait, il y a quelque temps,
dans une de nos stations balnéaires les plus
élégantes — ça rime avec Saint-Moritz et
ça commence Pomme Biatignolles — une
revue interprétée par quelques-uns de nos
plus notoires artistes parisiens..
Quatre auteurs avaient signé cette fan-
taisie: ils étaient peut-être assez nombreux
pour se suffire à eux-mêmes. Tel ne fut pas
sans doute leur avis, car ils empruntèrent
deux scènes à un cinquième auteur, au-
quel, par modestie, ils conservèrent l'ano-
nymat.
Mais ce dernier, averti, trouvant le pro-
cédé un peu cavalier, a porté plainte, pa-
raît-il, devant la Commission de la Société
des Auteurs et Compositeurs dramatiques.
L'affaire en est là.
J
e cueille dans le Fils de la Nuit, un
vieux mélo, le dialogue suivant :
— Vous ne craignez .pas leer
— Le danger! Le danger et moi nous
sommes frères, nous sommes nés le même
jour, mais je suis l'aîné!
T-îrrr I
H
eureux hasard.
l Avant-hier soir, vers s. à
la sortie de la répétition Ju toine, chacun courait aprc- 1 je
Maïs, comme toujours qu. u~ à
verse, les cochers jsassaii:^ nvr a-'ib;es.
dédaigneux. Cependant, trois. de nos plus
jeunes et de nos plus distingués confrères
furent assez chançards pour trouver un
« sapin ».
Au bord du trottoir, Marguerite Deval
attendait un fiacre, elle aussi; nos trois
aimables confrères lui offrirent une place.
La petite Marguerite accepta. Sous la ca-
pote et le tablier, l'artiste s'assit sur. les
genoux de nos amis. Quel fut le plus heu-
reux des trois? Je crois deviner juste en
désignant le critique dramatique de gauche,
qui devait bénir fortement le hasard de la
rencontre. -
u
n jour Alexandre Dumas fils, allant
rendre visite à son illustre père, trou-
y. ('1 -
va porte close. 11 frappa; une voix ae 1 in-
térieur lui répondit:
— Je ne peux pas te recevoir. Je suis
couché avec une jolie fièvre !
« C'est bon », pensa l'intelligent jeune,
homme, « je reviendrai plus tard ». Quel-
ques heures après, en effet, il se présenta
de nouveau et vit son père au travail.
Cela va-t-il mieux?
- Oui, la fièvre m'a quitté tout à 1 heure.
- Je sais, reprit malicieusement l'au-
teur de La Dame aux Camélias, je l'ai ren-
contrée dans l'escalier avec un manteau
.noir et une jupe grise!
c
omme elles se vengent!
Ils vécurent ensemble pendant plu-
sieurs années.
Lui était journaliste. elle jouait la co-
médie.
Ils vécurent ensemble. puis il se maria
avec une autre femme.
Son talent lui restait, elle remonta sur
les planches.
— Or, hier ou avant-hier, si je ne me
trompe, la répétition générale battait son
plein au théâtre de.
M'étant faufilé dans les coulisses, comme
le doit tout honnête Masque de Verre, j'al-
lais de loge en loge.
On papotait ferme côté cour et côté jar-
din. Contre un portant je la trouvai non-
chalamment appuyée.
— Vous savez, lui disait ce gaffeur
d'Ygrec, que votre « ancien » n'est pas
dans la salle?
— Tiens, pourquoi?
— On ne lui aurait, parait-Il, envoyé
qu'un fauteuil, et comme il est « deux »
maintenant, il a retourné le coupon. Sa
femme peut-être ne l'aurait pas laissé aller
tout seul dans un théâtre où joue son ex-
maîtresse! -
— Elle a bien tort, la pauvre chère
, femme; de se préoccuper, reprit là jeune
artiste. Je n'ai pas l'intention de pêcher
dans la salle !
L
e marquis de Bièvre chassait un jour
avec Mlle Raucourt, une tragédienne
émeute qui mourut en 1815, ayant atteint
la presque soixantaine, quand l'actrice se
trouva tout à coup embarrassée dans des
broussailles.
Calembouriste enragé, le marquis ne put
s'empêcher de dire à Mlle Raucourt:
— Ah ! ah! vous vouliez prendre cor-
neille et vous avez pris racine!.
A
h! Succès, à quoi tiens-tu?
A la première d'Adélaïde Dugues-
clin, Voltaire se réjouissait du bon accueil
fait à sa pièce. Tout allait bien, quand, au
dernier acte, le duc de Vendôme, ayant ter-
mine une longue tirade par :
Es-tu content, Coucy?
un facétieux répondit immédiatement :
Couci-couça. Un éclat de rire formidable
ébranla la salle et fit tomber la pièce, qui
ne se releva que longtemps après.
Le Masque de Verre.
Journal de Bord
Fragments des Mémoires de M. Lucien
Guitry, directeur de la Renaissance:
1903. — Bonne journée. Me suis brouillé au-
jourd'hui avec l'Echo de Paris. Plus de services
à faire à MM. Simond, François de Nion, Au-
guste Germain et Charles Akar. M. François de
Nion s'est permis de ne pas aimer ma dernière
pièce. Je le supprime. A part ça, le temps est
sec, mon estomac va bien, j'engraisse et j'ai
fait trois mots. Je les dirai à mon ami Tristan
Bernard.
1904. - Bonne journée. Me suis brouillé au-
jourd'hui avec Gil Blas. Plus de services à faire
à MM. Périvier, Ollendorff, Nozière, Pierre
Mortier et Raoul Aubry. Ce journal avait* eu le
mauvais goût de me trouver vulgaire. Je le sup-
prime. A part ça, il pleut, mes rhumatismes me
tracassent, je continue à engraisser, et je n'ai
fait qu'un mot. Je le dirai à mon ami Jules
Renard.
1905. — Mauvaise journée. M. Jules Lemaître,
auteur de Bertrade, m'a réconcilie avec l'Echo
de Paris. Me voici forcé de recevoir MM. Fran-
çois de Nion, Simond, Auguste Germain et
Charles Akar. J'engraisse toujours. L'hydropisie
me guette. Heureusement, je viens de me brouil-
ler avec M. François de Curel.
1906. — Journée half and half. M. Henry
Bernstein, auteur de La Griffe, m'a contraint
de me réconcilier avec Oil Blas et ses rédacteurs.
Si cela continue, je serai bien avec tout le monde
et l'existence deviendra impossible. Heureuse-
ment, comme l'article que M. Félix Duquesnel
a consacré hier au Gymnase m'a déplu, je me
suis brouillé avec le Gaulois. Plus de services
à faire à MM. Arthur Meyer, Schmoll, Vély,
Mazereau, Noël et Lionel Meyer. La vie a tout
de même du bon. J'ai fait six mots. Je les dirai
à mon ami Eugène Demolder. Ah! si je n'en-
graissais pas!.
1906. — Journée de bonheur. J'ai f.u à la
porte M. Camille Le Senne, président du Cercle
de la Critique, venu pour prendre la défense
de M. Félix Duquesnel.
1907. — Journée radieuse: Me suis brouillé
avec M. Octave Mirbeau.
1907. - Journée d'ivresse: Me suis brouillé
avec M. Alfred Capus.
*_
1910. — Je suis tout à la joie. Me suis
brouillé avec tous mes auteurs, avec tous les
journalistes, avec tous mes interprètes, avec
-C'-." fils, i ; e est bonne, l'heure est
je suis obèie. j'ai fait quarante-trois mots.
• î« plus d'amis v Mi m'écoutent. Je vais les
-••'îlfèr p' G; a. Il les enregistrera pour
Li - ';<',';¡¡j¡
1 c DANGEAU.
THEATRE ANTOINE
L'Homme rouge et la Femme Verte
Pochade en un acte, en vers,
de MM. Hugues Delorme et Armand Numès
Terre d'Epouvante
Pièce en trois actes de MM. André de Lorde ô Eugène Morel
Monsieur Codomat
Comédie en trois actes de M. Tristan Bernard
Sept actes d'affilée! Excusez du peu!
Un de plus, avec de la musique, et on
aurait pu se croire à Romorantin, le di-
manche. Par bonheur, au Théâtre-An-
toine, la quantité ne fait pas tort à la
qualité. Et l'on se trouvait bien à Paris.
D'abord avec la pochade en vers,
toute de fantaisie et de jolie verve, aux
rimes funambulesques et cabriolantes.
Faut-il que ce bon Hugues Delorme ait
le bras long, pour aller encore décro-
cher quelque part des rimes qui soient
imprévues et nouvelles! J'aurais pensé
qu'il avait cueilli les dernières pour le
Maître à aimer. Mais non! Il a voulu
que Gémier eût aussi bonne mesure
qu'Antoine, et voici que son Homme
rouge et sa Femme verte jonglent en-
core avec des étoiles non cataloguées
dans le Tampucci. C'est admirable!
Le chansonnier montmartrois forte-
ment absinthé, et la Muse à l'éther en
mal de mâle, dialoguent à travers le
rouge et le vert des bocaux d'un phar-
macien, et se disent des choses que je
ne veux point analyser. On ne dissèque
pas les soleils multicolores et les chan-
delles romaines des feux d'artifice.
Qu'importe, d'ailleurs, ce que disent
des lyriques, pourvu qu ils le disent ly-
riquement?
Et c'est ce qu'ils font à tour de rimes
riches ce pochard et cette névropathe,
puisqu'ils parlent dans la langue de
Banville, en lyriques spirituels. J aurais
voulu que les interprètes en eussent un
peu plus conscience. Ils poussèrent trop
à la charge d'atelier, sous pretexte qu'il
s'agissait d'une pochade. Quand il s'agit
de traduire un bon poète, il nç faut pas
oublier, même pour jouer un homme
rouge et une femme verte, qu'on est
et doit rester dans le bleu.
C'est dans le noir qu'ont voulu nous
fourrer -et nous tenir MM. André de
Lorde et Eugène Morel, avec Terre
d'Epouvante. e
Y auront-ils réussi pour le public? Et
lui donneront-ils le terrible frisson qu'ils
ont essayé de faire passer dans nos che-
veux, en mettant à la scène l'éruption
du Mont-Pelé? Je n'en sais trop rien.
Le public, certes, est friand des spec-
tacles horribles; mais sa gourmandise,
ei ce genre, est si pleinement satisfaite
dans les musées de cire, les Tableaux
stéréoscopiques de la foire au pain
Déniées et les innombrables cinéma-
tographes qui poussent partout comme
des champignons au lendemain des
averses!
En vérité, je me demande si des let-
trés des écrivains, des dramaturges de
valeur, et aussi des comédiens de talent
magistral comme Gémier et Janvier,
doivent dépenser leur énergie à rivali-
ser avec les susdites entreprises, les-
quelles ne relèvent point de l'art dra-
matique.
Tant pis si je parais sévère à des
confrères que je tiens en haute estime,
à des artistes que j'admire infiniment!
Mais, en toute sincérité, je' ne saurais
prendre pour une pièce de théâtre ces
trois actes dont le personnage principal
est un volcan, dont les caractères ne se
peuvent manifester que par des cris
inarticulés d'épouvante, dont les péripé-
ties sont toutes extérieures, monstrueu-
sement énormes et inanalysables, et don*
enfin l'unique intérêt réside dans la re-
production plus ou moins exacte des
phénomènes météorologiques et physio-
Photos Henri Manueh
En haut : Mlle JAMESON. — rÂu milieu et à gauche Mlle DE FELBERG. — 7k
droite : Mlle GERMAINE LECUYER. - En bas et à gauche U- Mlle MARTHE TAL-
MONT. — A droite : Mlle FARNA.
logiques par des trucs plus ou moins in-<
génieux.
J'entends bien que MM. André dé
Lorde et Eugène Morel ont tâché à sor-
tir de ce programme monotone, à es-
quisser quelques traits de psychologie.
Mais quel est, 'au juste, l'état'd'âme de
gens en proie à d'aussi formidables ca-
tastrophes? On l'ignore. Nul ne peut en
ccntrôler le rendu. Cette psychologie de
pure invention nous laisse donc froids.
Les cris seuls, les hurlements d'animaux
où l'homme en est alors réduit, voilà
tout ce qu'on en perçoit. La gamme de
ces cris est vite entendue. Elle déchire
le tympan, au reste, et ne touche point
le cœur.
Que l'horreur puisse être, une puis-
sante matière dramatique, je ne le nie
pas, adorant Shakespeare et Eschyle.
Que M. André de Lorde soit, dans
l'épouvante, une façon de maître qui a
fait des petits chefs-d'œuvre, je le pro-
clame, et avec joie. Mais, puisqu'il sait,
à l'occasion, tout le prix de la véritable
horreur, qui est un frisson de l'esprit,
je lui en veux d'avoir seulement cherché
ici à nous procurer un frisson physique
de grossière qualité.
D'autant, je le répète, que le résultai
visé n'est pas atteint. Je laisse de côté
le scénario de ce gouverneur, qui à fait
venir d'Europe sa fille et ses petits en-
fants tout juste quelques jours avant
l'éruption, et qui deviendra fou en fouil-
lant, après l'éruption, les décombres,
pour retrouver ces êtres chers. Je né-
glige aussi l'invention de ces prison-
niers, que l'éruption a murés dans leur
cave, et les vingt minutes de leur Ugoli-
nade assaisonnée avec toutes les herbes
de la Saint-Jean des horreurs. Sans
doute, ici et là, on reconnaît la patte
d'un adroit dramaturge. Et aussi (et cette
fois un peu trop, on peut saluer au pas-
sage l'écrivain dans telle ou telle tirade
bossuétique du prêtre à la fin, ou telle
expectoration blasphématoire du père
révolté contre les cruautés divines. Mais,
en somme, l'horreur, si elle était réelle-
ment produite, ne le serait pas par ces
moyens. d'art ou de stylé; elle le seraii
par l'imitation matérielle de l'éruptior
volcanique. Et elle ne l'est pas, en vé-
rité.
Elle ne l'est pas, précisément parce
Qu'on a tout loisir d'en voir l'effort, kl
te Numéro 1" 5ce n times-
Vendredi 18 Octobre 1907*
—. — -J
Rédacteur en Chef G. de PAWLOWSKI
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
27, Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE 288 - 07
Adresse Télégraphique : COMŒDIA-PARIS
>1 ABONNEMENTS:
v UN AN e MOIS
Paris et Départements -. 24 fr. 12 fr.
franger 40 » 20 a
RÉDACTION & ADMINISTRATION 2
27, Boulevard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDlA=PARIS
ABONNEMENTS :
UN AN 6 MOIS
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger 40 » 20 »
CONTES PROBABLES
, Un Spectacle
*u<ïuel on ne conduit pas
sa femme
d'tn mai dernier, un matin, nous déci-
des, Dulong et moi, de chercher dé-
fais la fortune dans des entreprises
traies. Nous résolûmes d'organiser
e tournée. Nous nous assurâmes le
N nCOurs d'une quinzaine de comédiens.
Pièce nous préoccupâmes de choisir une
DU-I Emportons un drame, me proposa
ong.
- Un drame. Un drame?. Crois-
tu que le public aime beaucoup les
drarn,,?
Emportons une pièce à thèse, pro-
n posai-je.
th; Une pièce à thèse. une pièce à
thèse?. Crois-tu que le public aime
beaucoup les pièces à thèse?
Une tragédie? On compte trop de
morts dans ce genre de pièces. Une opé-
rette ? ^'est ce genre de pièces lui-
même ^ui est mort. Nous accordâmes
nos suffrages, en définitive, à une « co-
méd le légère », à une comédie légère,
très légère. », a une corne le egere,
Lançon devait être l'étape initiale de
notre Voyage à travers la France. Sur
la porte du théâtre de cette sous-préfec-
tu re, le 20 mai, on put lire :
TOURNÉE DULONG ET DUCOURRE
A Partir de ce soir, pendant cinq soirs
à huit heures et demie
l SOUS LES DRAPS
lJlèce en trois actes, de M. Jehan Fardot
bepuis longtemps, nous caressions
un reve : acquérir une coquette villa
dans la banlieue parisienne, pour y ter-
Vefer nos jours dans l'aisance et l'oisi-
Vete- Allions-nous, enfin, pouvoir le réa-
jj
ser, au retour de notre tournée?.
Nos espérances ne tardèrent pas à se
préciser. Nos craintes ne tardèrent pas
à se dissiper. A huit heures et demie, au
moment où le rideau se leva, il ne res-
tait Plus une seule place au bureau.
D Urant tout le temps que, devant une
lep comble, nos artistes interprétèrent
le
lonVemier acte de Sous les Draps, Du-
ter imoi nous ne cessâmes d'arpen-
e vestibule du théâtre et de nous
atuier.
— C'est la fortune!
— Avons-nous été assez bien inspirés,
n OUs établissant imprésarios!
- Six cents francs de recette!. Il
y a pas de raison pour que les re-
cettes de demain, après-demain, et celles
des Jours suivants, soient moins fruc-
tne es- Braves Lançonnais, ils vont
Hou s Faire empocher trois mille francs!
salle oUs entendîmes un brouhaha dans la
salle. Le premier acte était terminé.
Qe cS nous emparâmes chacun d'un jeu
de contremarques. Nous nous apprêtâ-
'ù a les distribuer.
Un gros monsieur — très bien, ma
^oi ',et décoré de la Légion d'honneur -
ne arda pas à surgir dans l'entre-bâille-
ment de la porte. Il entraînait une dame
à sa suite.
MG Un même mouvement, Dulong et
lt nous lui tendîmes un carton.
1 ^ros monsieur repoussa nos bras.
tsj\ ] Gardez cela, messieurs, s'écria-
~u. Mais c'est que., murmurâmes-
lhoh us avec un sourire aimable., tout à
re pour rentrer.
'\fOUs Pour rentrer 1. Vous imaginez-
vous, Par hasard, que je saurais écouter
tés! longtemps de semblables insani-
ble ;. On prévient le monde, que dia-
!. l'ignore si les Parisiens consen-
i D a s'exhiber, avec leurs épouses, à
| :M^jr.reils spectacles. Mais moi, Durand-
leu' notaire de Lançon, je vous le
déclare tout net : Sous les Draps n'est
pas une pièce à laquelle on puisse con-
"iç \1' Une honnête femme. Viens, Ju-
viens.
SrôL s songions : « On en voit de
* Ls en province. Il faut être notaire
Lançon, pour oser témoigner d'une
ridicule pudibonderie!. » Nous
allions répondre vertement à M. Du-
rand-Mathieu. Un grand monsieur mai-
-- très bien, ma foi, et décoré de
de la Région d'honneur — qui entraînait
une a116 à sa suite, nous interpella :
— Ah! ah! fort aise de faire votre
Corinal-^h ance, Messieurs les directeurs
tnurnée !. Joli spectacle!. Vous
avez ,pas honte, voyons, de donner,
t Rlr 111} tler gare, une pièce qui ferait rou-
Ct
gir un régiment de sapeurs!. Je ne sais
1 1 Itle retient de vous flanquer ma
eUrs,Sllr la figure, ou mon pied. ail-
5^1'" Ma^s> mille millions de ton-
res, si vous êtes trop bêtes pour le
deviner, je veux, moi, général de Sa-
",QpsaIr" vous l'apprendre : Sous les
ttQ ,p n'est pas une pièce à laquelle on
puisse conduire une honnête femme!.
Viens, Joséphine, viens. »
JI Clive,sla magistrature, l'armée. Ce
nouvel incident nous inquiéta. Nous
commençâmes une phrase d'excuses.
n, eunies pas le loisir de l'achever.
innombrables messieurs, des grands,
ivs PetH des blonds, des bruns, des
des chauves - tous très bien, ma
! s!' st h- d'honneur
^a d'honneur
firent irruption dans le vestibule. Ils
ftjsînaie des dames à leur suite.
Scrent nos contremarques avec
éclat. Ils nous traitèrent de brutes, de
maroufles et de pornographes. Ils décli-
nèrent leurs noms : M. Thibaut, prési-
dent du tribunal; M. Grosfray, l'avoué;
M. Condamnation, l'avocat; le colonel
Colon, le capitaine César; M. Truche,
percepteur des contributions; M. Gâ-
chis, entrepreneur des travaux publics,
etc., etc. Ils nous confièrent qu'ils se
trouvaient contraints de se retirer. Ils
nous apprirent, en termes dépourvus
d'aménité, qu'il est des spectacles aux-
quels un homme qui se respecte ne-con-
duit-pas-une-honnête-femme !.
Durant tout le temps qué, devant une
salle désespérément vide, nos artistes in-
terprétèrent le deuxième et le troisième
actes de Sous les Draps, nous demeu-
râmes, Dulong et moi, effondrés sur une
banquette dans le vestibule du théâtre.
Nous ne cessâmes de nous lamenter.
— C'est la ruine!
- Pourquoi, mon Dieu! n avons-
nous pas monté plutôt un mélo, une
pièce à thèse.
— Ces gens vont communiquer leurs
impressions à leurs amis. Nous ne fe-
rons pas un sou demain. ni après-de-
main, ni après-après-demain, ni.
On se lasse de tout. Rentrés à l'hôtel,
à minuit, nous renonçâmes à nous la-
menter davantage.
Nous commençâmes à nous quereller.
- Aussi, c'est ta faute!
- Ma faute!. Reconnais donc plu-
tôt tes torts! Oui ou non, est-ce toi qui
a insisté pour que nous emportions Sous
les Draps?. Dame, rien ne te paraît
inconvenant à toi! Quand on a des
mœurs aussi dissolues que.
Nous nous injuriâmes si consciencieu-
sement durant toute la nuit, et durant
toute la journée du lendemain que nous
n'arrivâmes au théâtre qu'assez tard
dans la soirée.
Dix heures sonnaient.
Le-second acte était commencé.
Nous poussâmes la porte de la salle.
Par quels mots traduire l'extrême sur-
prise que nous éprouvâmes. Du haut en
bas, du côté jardin au côté cour, du par-
terre au paradis, la salle était garnie de
spectateurs.
Notre extrême surprise se mua bien-
tôt en une stupéfaction plus extrême en-
core. Derrière le grillage d'une bai-
gnoire de droite, nous aperçûmes un vi-
sage dont les traits ne nous semblaient
pas inconnus.
— Voyons, vous qui êtes du pays —
dîmes-nous à mi-voix au marchand de
programmes - renseignez-nous, je vous
prie. Nous ne sommes pas le jouet d'une
hallucination, n'est-ce pas? Le gros
monsieur décoré de la Légion d'hon-
neur, le gros monsieur qui occupe cette
baignoire à droite, c'est bien M. Du-
rand-Mathieu, le notaire?
— Parfaitement, messieurs.
M. Durand-Mathieu! M. Durand-Ma-
thieu qui avait témoigné la veille d'une
si vive indignation, se trouvait de nou-
veau, ce soir, dans la salle!.
— Et la dame, mon ami — insistâ-
mes-nous — la dame qui se dissimule
au fond de la baignoire? Qui est-ce?
C'est bien Mme Durand - Mathieu,
n'est-ce pas? Alors, que signifiait cette
comédie! Ce notaire n'affirmait-il pas
hier que Sous les Draps est un spec-
tacle auquel on s'abstient de conduire
sa femme.
Le marchand de programmes s'assu-
ra que personne ne pouvait l'entendre.
Il sourit d'un air égrillard. Il baissa la
voix.
— Non, messieurs — nous confia-t-il
— ce n'est point Mme Durand-Mathieu.
C'est Mme Joséphine de Sabrauclair, la
femme du général.
Dulong me tira, à ce moment, par la
manche :
— Regarde donc, je te prie, regarde
donc là. dans cette baignoire à gau-
che. il me semble bien que je recon-
nais le général.
— Parfaitement, murmura le mar-
chand de programmes. Monsieur ne se
tiompe pas. C'est, en vérité, le général
de Sabrauclair.
Il sourit. Il baissa de nouveau la voix:
— Il a même éprouvé une certaine
difficulté à gagner sa place sans trop se
faire voir, ce brave général. Figurez-
vous qu'il a amené avec lui la petite
Mme Grosfray, la femme de l'avoué.
Complaisant, le marchand de pro-
grammes reprit :
— Les renseignements que je viens de
vous donner semblent vous intéresser.
Eh bien! tenez, continuons, si vous le
voulez bien, à faire d'un rapide coup
d'oeil le tour de la salle. A la baignoire 1
vous avez M. Truche, le percep-
teur, en compagnie de Mme Condamna-
tion, la femme de l'avocat; à la bai-
gnoire 3, vous avez M. Grosfray, l'a-
voué, en compagnie de Mme Colon, la
femme du colonel; à la baignoire 5,
vous avez le capitaine César en compa-
gnie de Mme Julie Durand-Mathieu; à
la baignoire 7, vous avez M. Condam-
nation en compagnie de Mme César, la
femme du capitaine; à la baignoire 9,
vous avez. *
Une triple salve d'applaudissements
salua une réplique plus leste que les
précédentes. Elle coupa la parole au
marchand de programmes.
Max et Alex FISCHER.
(Traduction réservée.)
Nous publierons demain une nouvelle de
GEOIÎGES LECOMTE
FOSSE AUX OURS
Doit-on, oui ou non, créer, à l'Opéra,
une Fosse aux ours, genre Bayreuth,
pour y loger l'orchestre? Il faut recon-
naître que la question a suscité les plus
violentes polémiques et que cette imi-
tation du théâtre wagnérien n'est point
sans scandaliser profondément les fana-
tiques de l'opéra français.
Il me paraît cependant que dans l'état
de la mécanique moderne une solution
pourrait intervenir qui donnerait, sans
grand mal, satisfaction aux uns comme
aux autres.
Jadis, au temps des bals fameux de
l'Opéra dirigés par Musard, Métra ou
Desgranges, un plancher roulant pou-
vait, au besoin, relier la scène à la salle.
Un dispositif analogue pourrait rendre
l'orchestre plus ou moins souterrain.
Dans une lettre qu'il m'envoie, le
chef d'orchestre du théâtre de Rennes
me propose une solution plus simple en-
core. Elle consisterait à monter tout l'or-
chestre sur un plateau ascenseur que
l'on éléverait ou que l'on abaisserait
(avec l'eau en moins, je l'espère),-
comme on le fait de la piste du Nou-
veau-Cirque.
Samson et Dalila se jouerait avec l'or-
chestre hissé au troisième étage, à quel-
ques centimètres au-dessous du niveau
des fauteuils.
Sigurd se jouerait au second étage, La
Walkyrie au premier.
Le chef d'orchestre en serait quitte,
évidemment, pour diriger son monde
assis, debout ou sur des échasses.
De cette façon, l'orchestre, s'adaptant
à chaque ouvrage, pourrait ne jamais
couvrir inutilement la voix des chan-
teurs.
Des plaisantins - il y en a toujours
- prétendraient même qu'avec ce sys-
tème, on pourrait, en cas de malheur,
baisser brusquement l'orchestre d'un ou
de deux tons, mais ce serait avouer que
certains chanteurs d'opéra n'ont pas
toujours la voix très juste et l'on nous
permettra de ne point nous associer à
de pareilles calomnies!
G. DE PAWLOWSKI.
-. Échos
Cet après-midi, à deux heures, à l'Odéon,
répétition générale de L'Alouette, pièce en
quatre actes de M. Ernest de Wildenbruck,
traduction de M. Emile Lutz.
Ce soir, à huit heures trois quarts, aux
Folies-Dramatiques,, première représenta-
tion de Le 1.000e Constat, vaudeville en
trois actes, de MM. Henry de Gorsse et
Louis Forest.
#
Ce soir, à huit heures et demie, au Tria-
non-Lyrique, première représenation (à ce
théâtre) de Les 28 Jours de Clairette, opé-
rette en quatre actes de MM. H. Raymond et
Antony Mars, musique de Victor Roger.
Ce soir, à neuf heures, à la Gaîté-Roche-
chouart, première représentation de Saboté,
revue en deux actes de M. Jean Kolb.
D
ans une étude sur Bernard Shaw publiée
, par la Deutsche Revue de Vienne,
M. Henderson a quanne le ceieore satirique
irlandais de « Molière de notre temps ».
Choqué de cette appellation, un de nos
confrères parisiens l'a relevée et a dit
qu'elle était due à un « biographe alle-
mand ».
Sachez, ô confrère, que M. Henderson
(Archibald) est Américain, d'origine bri-
tannique comme l'indique son nom, qu'il
vit en Amérique à Chapel Hill, qu'il est
professeur à l'Université de la Caroline du
Nord, et que la Caroline du Nord est un
Etat -des États-Unis. Sachez aussi que l'o-
pinion de M. Henderson ne lui est pas par-
ticulière; que, bien plus, c'est qu'elle fut
émise pour la première fois par un Fran-
çais, M. A. Hamon, dans une conférence
au Théâtre du Parc (Bruxelles) en février
1907, et que ce même Français l'a publiée
dans la Revue Socialiste de septembre der-
nier. Le pis, c'est que l'auteur français
motive et explique son opinion.
c
e dont on a idée en province.
On donnait, il y a quelque temps,
dans une de nos stations balnéaires les plus
élégantes — ça rime avec Saint-Moritz et
ça commence Pomme Biatignolles — une
revue interprétée par quelques-uns de nos
plus notoires artistes parisiens..
Quatre auteurs avaient signé cette fan-
taisie: ils étaient peut-être assez nombreux
pour se suffire à eux-mêmes. Tel ne fut pas
sans doute leur avis, car ils empruntèrent
deux scènes à un cinquième auteur, au-
quel, par modestie, ils conservèrent l'ano-
nymat.
Mais ce dernier, averti, trouvant le pro-
cédé un peu cavalier, a porté plainte, pa-
raît-il, devant la Commission de la Société
des Auteurs et Compositeurs dramatiques.
L'affaire en est là.
J
e cueille dans le Fils de la Nuit, un
vieux mélo, le dialogue suivant :
— Vous ne craignez .pas leer
— Le danger! Le danger et moi nous
sommes frères, nous sommes nés le même
jour, mais je suis l'aîné!
T-îrrr I
H
eureux hasard.
l Avant-hier soir, vers s. à
la sortie de la répétition Ju
Maïs, comme toujours qu. u~ à
verse, les cochers jsassaii:^ nvr a-'ib;es.
dédaigneux. Cependant, trois. de nos plus
jeunes et de nos plus distingués confrères
furent assez chançards pour trouver un
« sapin ».
Au bord du trottoir, Marguerite Deval
attendait un fiacre, elle aussi; nos trois
aimables confrères lui offrirent une place.
La petite Marguerite accepta. Sous la ca-
pote et le tablier, l'artiste s'assit sur. les
genoux de nos amis. Quel fut le plus heu-
reux des trois? Je crois deviner juste en
désignant le critique dramatique de gauche,
qui devait bénir fortement le hasard de la
rencontre. -
u
n jour Alexandre Dumas fils, allant
rendre visite à son illustre père, trou-
y. ('1 -
va porte close. 11 frappa; une voix ae 1 in-
térieur lui répondit:
— Je ne peux pas te recevoir. Je suis
couché avec une jolie fièvre !
« C'est bon », pensa l'intelligent jeune,
homme, « je reviendrai plus tard ». Quel-
ques heures après, en effet, il se présenta
de nouveau et vit son père au travail.
Cela va-t-il mieux?
- Oui, la fièvre m'a quitté tout à 1 heure.
- Je sais, reprit malicieusement l'au-
teur de La Dame aux Camélias, je l'ai ren-
contrée dans l'escalier avec un manteau
.noir et une jupe grise!
c
omme elles se vengent!
Ils vécurent ensemble pendant plu-
sieurs années.
Lui était journaliste. elle jouait la co-
médie.
Ils vécurent ensemble. puis il se maria
avec une autre femme.
Son talent lui restait, elle remonta sur
les planches.
— Or, hier ou avant-hier, si je ne me
trompe, la répétition générale battait son
plein au théâtre de.
M'étant faufilé dans les coulisses, comme
le doit tout honnête Masque de Verre, j'al-
lais de loge en loge.
On papotait ferme côté cour et côté jar-
din. Contre un portant je la trouvai non-
chalamment appuyée.
— Vous savez, lui disait ce gaffeur
d'Ygrec, que votre « ancien » n'est pas
dans la salle?
— Tiens, pourquoi?
— On ne lui aurait, parait-Il, envoyé
qu'un fauteuil, et comme il est « deux »
maintenant, il a retourné le coupon. Sa
femme peut-être ne l'aurait pas laissé aller
tout seul dans un théâtre où joue son ex-
maîtresse! -
— Elle a bien tort, la pauvre chère
, femme; de se préoccuper, reprit là jeune
artiste. Je n'ai pas l'intention de pêcher
dans la salle !
L
e marquis de Bièvre chassait un jour
avec Mlle Raucourt, une tragédienne
émeute qui mourut en 1815, ayant atteint
la presque soixantaine, quand l'actrice se
trouva tout à coup embarrassée dans des
broussailles.
Calembouriste enragé, le marquis ne put
s'empêcher de dire à Mlle Raucourt:
— Ah ! ah! vous vouliez prendre cor-
neille et vous avez pris racine!.
A
h! Succès, à quoi tiens-tu?
A la première d'Adélaïde Dugues-
clin, Voltaire se réjouissait du bon accueil
fait à sa pièce. Tout allait bien, quand, au
dernier acte, le duc de Vendôme, ayant ter-
mine une longue tirade par :
Es-tu content, Coucy?
un facétieux répondit immédiatement :
Couci-couça. Un éclat de rire formidable
ébranla la salle et fit tomber la pièce, qui
ne se releva que longtemps après.
Le Masque de Verre.
Journal de Bord
Fragments des Mémoires de M. Lucien
Guitry, directeur de la Renaissance:
1903. — Bonne journée. Me suis brouillé au-
jourd'hui avec l'Echo de Paris. Plus de services
à faire à MM. Simond, François de Nion, Au-
guste Germain et Charles Akar. M. François de
Nion s'est permis de ne pas aimer ma dernière
pièce. Je le supprime. A part ça, le temps est
sec, mon estomac va bien, j'engraisse et j'ai
fait trois mots. Je les dirai à mon ami Tristan
Bernard.
1904. - Bonne journée. Me suis brouillé au-
jourd'hui avec Gil Blas. Plus de services à faire
à MM. Périvier, Ollendorff, Nozière, Pierre
Mortier et Raoul Aubry. Ce journal avait* eu le
mauvais goût de me trouver vulgaire. Je le sup-
prime. A part ça, il pleut, mes rhumatismes me
tracassent, je continue à engraisser, et je n'ai
fait qu'un mot. Je le dirai à mon ami Jules
Renard.
1905. — Mauvaise journée. M. Jules Lemaître,
auteur de Bertrade, m'a réconcilie avec l'Echo
de Paris. Me voici forcé de recevoir MM. Fran-
çois de Nion, Simond, Auguste Germain et
Charles Akar. J'engraisse toujours. L'hydropisie
me guette. Heureusement, je viens de me brouil-
ler avec M. François de Curel.
1906. — Journée half and half. M. Henry
Bernstein, auteur de La Griffe, m'a contraint
de me réconcilier avec Oil Blas et ses rédacteurs.
Si cela continue, je serai bien avec tout le monde
et l'existence deviendra impossible. Heureuse-
ment, comme l'article que M. Félix Duquesnel
a consacré hier au Gymnase m'a déplu, je me
suis brouillé avec le Gaulois. Plus de services
à faire à MM. Arthur Meyer, Schmoll, Vély,
Mazereau, Noël et Lionel Meyer. La vie a tout
de même du bon. J'ai fait six mots. Je les dirai
à mon ami Eugène Demolder. Ah! si je n'en-
graissais pas!.
1906. — Journée de bonheur. J'ai f.u à la
porte M. Camille Le Senne, président du Cercle
de la Critique, venu pour prendre la défense
de M. Félix Duquesnel.
1907. — Journée radieuse: Me suis brouillé
avec M. Octave Mirbeau.
1907. - Journée d'ivresse: Me suis brouillé
avec M. Alfred Capus.
*_
1910. — Je suis tout à la joie. Me suis
brouillé avec tous mes auteurs, avec tous les
journalistes, avec tous mes interprètes, avec
-C'-." fils, i ; e est bonne, l'heure est
je suis obèie. j'ai fait quarante-trois mots.
• î« plus d'amis v Mi m'écoutent. Je vais les
-••'îlfèr p' G; a. Il les enregistrera pour
Li - ';<',';¡¡j¡
1 c DANGEAU.
THEATRE ANTOINE
L'Homme rouge et la Femme Verte
Pochade en un acte, en vers,
de MM. Hugues Delorme et Armand Numès
Terre d'Epouvante
Pièce en trois actes de MM. André de Lorde ô Eugène Morel
Monsieur Codomat
Comédie en trois actes de M. Tristan Bernard
Sept actes d'affilée! Excusez du peu!
Un de plus, avec de la musique, et on
aurait pu se croire à Romorantin, le di-
manche. Par bonheur, au Théâtre-An-
toine, la quantité ne fait pas tort à la
qualité. Et l'on se trouvait bien à Paris.
D'abord avec la pochade en vers,
toute de fantaisie et de jolie verve, aux
rimes funambulesques et cabriolantes.
Faut-il que ce bon Hugues Delorme ait
le bras long, pour aller encore décro-
cher quelque part des rimes qui soient
imprévues et nouvelles! J'aurais pensé
qu'il avait cueilli les dernières pour le
Maître à aimer. Mais non! Il a voulu
que Gémier eût aussi bonne mesure
qu'Antoine, et voici que son Homme
rouge et sa Femme verte jonglent en-
core avec des étoiles non cataloguées
dans le Tampucci. C'est admirable!
Le chansonnier montmartrois forte-
ment absinthé, et la Muse à l'éther en
mal de mâle, dialoguent à travers le
rouge et le vert des bocaux d'un phar-
macien, et se disent des choses que je
ne veux point analyser. On ne dissèque
pas les soleils multicolores et les chan-
delles romaines des feux d'artifice.
Qu'importe, d'ailleurs, ce que disent
des lyriques, pourvu qu ils le disent ly-
riquement?
Et c'est ce qu'ils font à tour de rimes
riches ce pochard et cette névropathe,
puisqu'ils parlent dans la langue de
Banville, en lyriques spirituels. J aurais
voulu que les interprètes en eussent un
peu plus conscience. Ils poussèrent trop
à la charge d'atelier, sous pretexte qu'il
s'agissait d'une pochade. Quand il s'agit
de traduire un bon poète, il nç faut pas
oublier, même pour jouer un homme
rouge et une femme verte, qu'on est
et doit rester dans le bleu.
C'est dans le noir qu'ont voulu nous
fourrer -et nous tenir MM. André de
Lorde et Eugène Morel, avec Terre
d'Epouvante. e
Y auront-ils réussi pour le public? Et
lui donneront-ils le terrible frisson qu'ils
ont essayé de faire passer dans nos che-
veux, en mettant à la scène l'éruption
du Mont-Pelé? Je n'en sais trop rien.
Le public, certes, est friand des spec-
tacles horribles; mais sa gourmandise,
ei ce genre, est si pleinement satisfaite
dans les musées de cire, les Tableaux
stéréoscopiques de la foire au pain
Déniées et les innombrables cinéma-
tographes qui poussent partout comme
des champignons au lendemain des
averses!
En vérité, je me demande si des let-
trés des écrivains, des dramaturges de
valeur, et aussi des comédiens de talent
magistral comme Gémier et Janvier,
doivent dépenser leur énergie à rivali-
ser avec les susdites entreprises, les-
quelles ne relèvent point de l'art dra-
matique.
Tant pis si je parais sévère à des
confrères que je tiens en haute estime,
à des artistes que j'admire infiniment!
Mais, en toute sincérité, je' ne saurais
prendre pour une pièce de théâtre ces
trois actes dont le personnage principal
est un volcan, dont les caractères ne se
peuvent manifester que par des cris
inarticulés d'épouvante, dont les péripé-
ties sont toutes extérieures, monstrueu-
sement énormes et inanalysables, et don*
enfin l'unique intérêt réside dans la re-
production plus ou moins exacte des
phénomènes météorologiques et physio-
Photos Henri Manueh
En haut : Mlle JAMESON. — rÂu milieu et à gauche Mlle DE FELBERG. — 7k
droite : Mlle GERMAINE LECUYER. - En bas et à gauche U- Mlle MARTHE TAL-
MONT. — A droite : Mlle FARNA.
logiques par des trucs plus ou moins in-<
génieux.
J'entends bien que MM. André dé
Lorde et Eugène Morel ont tâché à sor-
tir de ce programme monotone, à es-
quisser quelques traits de psychologie.
Mais quel est, 'au juste, l'état'd'âme de
gens en proie à d'aussi formidables ca-
tastrophes? On l'ignore. Nul ne peut en
ccntrôler le rendu. Cette psychologie de
pure invention nous laisse donc froids.
Les cris seuls, les hurlements d'animaux
où l'homme en est alors réduit, voilà
tout ce qu'on en perçoit. La gamme de
ces cris est vite entendue. Elle déchire
le tympan, au reste, et ne touche point
le cœur.
Que l'horreur puisse être, une puis-
sante matière dramatique, je ne le nie
pas, adorant Shakespeare et Eschyle.
Que M. André de Lorde soit, dans
l'épouvante, une façon de maître qui a
fait des petits chefs-d'œuvre, je le pro-
clame, et avec joie. Mais, puisqu'il sait,
à l'occasion, tout le prix de la véritable
horreur, qui est un frisson de l'esprit,
je lui en veux d'avoir seulement cherché
ici à nous procurer un frisson physique
de grossière qualité.
D'autant, je le répète, que le résultai
visé n'est pas atteint. Je laisse de côté
le scénario de ce gouverneur, qui à fait
venir d'Europe sa fille et ses petits en-
fants tout juste quelques jours avant
l'éruption, et qui deviendra fou en fouil-
lant, après l'éruption, les décombres,
pour retrouver ces êtres chers. Je né-
glige aussi l'invention de ces prison-
niers, que l'éruption a murés dans leur
cave, et les vingt minutes de leur Ugoli-
nade assaisonnée avec toutes les herbes
de la Saint-Jean des horreurs. Sans
doute, ici et là, on reconnaît la patte
d'un adroit dramaturge. Et aussi (et cette
fois un peu trop, on peut saluer au pas-
sage l'écrivain dans telle ou telle tirade
bossuétique du prêtre à la fin, ou telle
expectoration blasphématoire du père
révolté contre les cruautés divines. Mais,
en somme, l'horreur, si elle était réelle-
ment produite, ne le serait pas par ces
moyens. d'art ou de stylé; elle le seraii
par l'imitation matérielle de l'éruptior
volcanique. Et elle ne l'est pas, en vé-
rité.
Elle ne l'est pas, précisément parce
Qu'on a tout loisir d'en voir l'effort, kl
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