Titre : La Défense : organe de la Section française du Secours rouge international
Auteur : Secours rouge international. Section française. Auteur du texte
Auteur : Secours populaire de France. Auteur du texte
Auteur : Secours populaire français. Auteur du texte
Éditeur : Section française du secours rouge international (Paris)
Date d'édition : 1948-11-05
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb343707313
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 05 novembre 1948 05 novembre 1948
Description : 1948/11/05 (N196,A21)-1948/11/11. 1948/11/05 (N196,A21)-1948/11/11.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k9809950j
Source : Secours populaire français (SPF), RES-G-1470 (86)
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 19/11/2017
Les preuves
de M. Blanchet
M. André Blanchet, correspon-
dant du « Monde », déploie de
grands efforts pour convaincre,
avec, lui-même, ses lecteurs, de la
culpabilité des parlementaires
malgaches et mériter ainsi la
confiance quasi-exclusive que lui
(J accodée Mr. de Chevigné.
Et de s'étendre sur le témoi-
gnage soi-disant décisif de l'agent
provocateur notoire Ravelorahi-
na.
M. Blanchet a été, en effet, vi-
vement impressionné de voir ce-
lui-ci faire ses « révélations »
bribe par brlbe. « Récitant une
leçon, écrit-il, il n'eût manifeste-
ment pas répondu de cette ma1
ni ère et n'eût pas donné l'impres-
sion d'un tel effort de mémoire.»
Nous, on veut bien. Mais on
aurait trouvé plus logique que M.
Blanchet écrive :
« S'iil n'avait pas récité une le-
çon, il n'eût manifestement pas
répondu de cette manière et
n'eût pas donné la fâcheuse im-
pression de reconstituer avec
peine le fil de son histoire. »
Quel rapport ?
D'ailleurs, M. Blanchet n'éprou-
ve guère de difficultés pour se
mettre en règle avec sa con-
science.
N'écrit-il pas que « la dispari-
tion de Razafindrabê... n'eût rien
que de très naturel ? »
Plus bas, nous lisons que
« l'avocat général Rolland, re-
présentant à Madagascar le Con-
seil Supérieur de la Magistra-
ture, ainsi qu'un journaliste pa-
risien, étaient venus le voir »
quelques jours plus tôt.
Faudrait-il comprendre qu'il y
a entre ces deux faits un rapport
de cause à effet ?
Flagrant délit
Du « Monde » du 26 octobre 'r
« Il est maintenant reconnu
qu'aucun coup de feu n'est parti
vendredi du côté des mineurs ;
aucun homme des forces de po-
lice n'a été blessé par arme à feu,
tandis que les balles d'e la police
ont. fait des victimes dans les
rangs ouvriers. »
Mais quel est donc le journal
qui, le samedi 24, titrait un arti-
cle de son cr correspondant parti-
culier n « Firminy — des coups
de feu sont titrés. Les gardes mo-
biles ripostent. 1 mort, plusieurs
blessés. »
Ne cherchez pas 1 c'était « Le
Monde » !
...Dont le correspondant très
« particulier t, qui n'était pas
sur les lieux, avait bâti son ar-
ticle d'après les communiqués de
M. Moch.
Une bonne prise
Au cours des opérations de cU-
gagement des puit8, une agita-
trice du K ominfom a été arrêtée,
par les OJt.8, et inculpée.
Entièrement dévêtue lors de sa
capture, elle a déclaré n'avoir
aucune nationalité et s'appeler
Vérité.
Le gouvernement et tes direc-
teurs du journal parlé, de « Fran-
ce-Soir », de « Paris-Presse-(L'In-
transigeant », du « Monde », du
« Populaire D, de « L'Epoque »,
etc... se sont tous vivement féli-
cités de cette opération qui, ont-
ils dit, facilitera grandement la
tâche 4 laquelle ils se sont voués.
Hallucinations
'On rait que le « Figaro » avait
facilement trouvé des excuses
aux responsables de la fusillade
de Firminy.
Le8 C.R.S. étaient «fatigués l,])
Pensez! des gens qui (comme le
disait déjà. Jules Moch en décem-
bre 1947 à propos de ceux qui
avaient tiré à Valence) e sont AU
TRAVAIL jour et nuit ! »
Alors, quand on est fatigué, on
est prédisposé, aux « hallucina-
tions ». Ce qui explique que les
C.R.S., ayant aperçu des caméras
de cinémas avaient « cru voir »
des mitraillettes, puis tiré et
lancé des grenades offensives.
Si grande était d'ailleurs leur
fatigue et si intense leur halluci-
nation qu'ils oublièrent de véri-
fier si les mitraillettes repérées
aveo tant de p&rspicaoité tiraient
des ballçs..
Déjà à Grenoble, tm soir de
1943, les nazis avaient abattu un
passant qui rentrait chez lui ; ils
avaient ensuite, eux aussi, émis
des regrets i Io soldat qui avait
[texte_manquant]
« Pourquoi étiez-vous toujours armé ? »
DEMANDE LE PRÉSIDENT COUDERT
« PARCE QUE JE ME BATTAIS »
RÉPOND PHILIPPOT
QUATRE jours durant, la
vieille maman d'Emile Phi-
lippot a vu son grand gars
emprisonné déf-endre son
honneur de résistant. Cette
femme est yeuve. Son mari
mort au camp, un autre de ses fils fut
fusillé par les nazis. La famille com-
prend douze résistants, non des résis-
tants d'intention, des héros authen-
tiques.
Lui, Emile, trouvé hâve, enchaîné
dans un cachot de la Gestapo, à la
libération de Dijon, explique modeste-
ment au président Coudert, sourd et
incompréhensif par ordre, qu'il ét'ait
« un soldat de la Résistance », « Pour-
quoi, toujours armé ? » s'étonne le
5 ANS DE RÉCLUSION
AU PREMIER RÉSISTANT
DE L'YONNEJ
président qui n'a jamais même pensé
a lutter contre l'occupant. « Parce que
je me battais », répond simplement
Philippot.
Le début de l'audience fut émou-
vant.M. Bruguier proteste contre l'em-
ploi de procès-verbuux de police et
d'instruction établis en 1943 et 1944,
sous l'occupation et par les valets des
nazis.
Trois déportés, morts au camp, figu-
rent parmi les accusés. Debout, una-
nimes, inculpés, avocats et public leur
rendent hommage et l'accusation est
abandonnée contre eux.
M. l'avocat général Marotte, lui,
célèbre la Résistance et, pour prouver
sa vénération pour les résistants morts,
il salira ceux qui sont devant lui, vi-
vants et accusés.
Les témoins à chnrge sont, pour
beaucoup, malades. Les présenta sont
moins fiers qu'au jour où ils dénon-
çaient les maquisards aux gendarme»
ou à la Gestapo, pour un lapin ou un
kilog de lard. De vrais patriotes, à leur
place, auraient offert cela de bon cœur
à ceux qui se battaient contre l'en-
nemi.
Portant qa croix de Lorraine gaul-
liste, un « résistant » d'un service se-
cret étranger avoue qu'il a fait, lui
aussi, des réquisitions. Une lettre
adressée à un autre témoin montre
qu'il a provoqué des faux témoignages
contre Philippot, que sa haine veut
maintenir en prison.
Quant au capitaine Noble, responsa-
ble de la condamnation à vingt ans de
travaux forcés dont est déjà victime
Philippot. il se rétracte maintenant.
Il conclut en disant : « Condamner
ce groupe, c'est condamner la Résis.
tance ». Tout ce que la Résistance a
de meilleur vient apporter son témoi-
gnage en faveur de Philippot et de
ses co-inculpés.
Un Avocat général patriote aban- ^
donnerait l'accusation. M. Marotte, lui,
reprend les qualificatifs vichystes qui
lui semblent familiers. C'est de c ter-
roristes qu'il s'agit. Les .honnêtes
hôteliers cachant les maquisards pour-
chassés par la Gestapo, se voient re-
procher le « recel de malfaiteurs ».
M' Bruguier défend avec Philippot
la Résistance bafouée par ce procès
qui n'aurait pas du pouvoir avoir
lieu.
Après M* Bugnet, de Dijon, M* Se-
lignac, de Nancy, M* Schmitt, de Di-
jon, détruit avec précision toutes les
chargée accumulées sur Philippot. M*'
Gros, Buisson, Berland, de Dijon, ré-
clament avec chaleur l'acquittement
général, puis M* Roland Weyl, à l'oc-
casion de la défense de Mme Simone
Acour, détruit une fois de plus toutes
les raisons d'être de ce procès. M*
Girardot conclut en demandant non la
clémence, mais la justice.
Les jurés semblent ébranlés, mais
durant les délibérations communes,
let président et l'avocat général ont
tout loisir de reprendre les arguments
vichystes, d'embrouiller les jurés dans
les quarante-et-une questions posées
avec des argutie? juridiques.
Il se trouve une majorité de jurés
pour répondre oui à certaines ques-
tions, et c'est avec stupeur et indigna-
tion que la salle apprend l'effarant
verdict : Philippot, premier résistant
de l'Yonne, cinq ans de prison. Trois
conmda-mnés sont amnistiés. les au-
tres acquittés.
L'indignation est à son comble; quit-
tant la robe, Me, Bruguier et Roland
Weyl rejoignent' le public, qui flagelle
le tribunal d'une vibrante « Marseil-
laise ».
Vichy et Gestapo pas morte ! Ils ont
gagné la première manche. Mais ils
ont laissé des armes aux mains des
honnêtes gens : ce sont les aveux
des soi-disant témoins à charge.
Tous les patriotes unis, gagneront
la seconde manche. Cet odieux pro-
cès peut être cassé, et la scandaleuse
condamnation à vingt ans qui accable
Philippot doit être revisée.
— Monsieur Marie, vous avez voulu
qu'un résistant paraisse en forçat à
la barre, vous avez poussé à ce que
ce procès ait lieu. Vous avez repris
l'héritage des occupants et des kolla-
bos. Comme nous l'écrivions la semai-
ne dernière, Philippot et ses co-incul-
pés sortent du tribunal la tête haute.
C'est vous et vos sous-ordres, vos ma-
gistrats, qui devez baisser la tête
après votre mauvais coup !
LES MAINS SALES (1)
L'affaire Stavisky
(DEUXIEME VERSION)
ST-CR par hasard que le rap-
port adressé à M. Depreux,
alors ministre de l'Intérieur,
M sur l'escroc Joanovici, fut pu-
blié (2) un 1er avril (1947) ?
Il avait fallu des mois, non
pour le retrouver, mais - pour qu'il
consentit à se livrer; voici plus d'un
an et demi que le nouveau Stavisky
attend confortablement, dans sa pri-
son de Fresnes de fixer lui-même la
date de son procès.
On comprend que les autres n'y
tiennent pas trop.
Passons sur les antécédents de
« monsieur Joseph » pendant l'occupa-
tion: Israélite d'origine roumaine, Joa-
novici fut assez habile pour tirer de
ses relations avec la Gestapo de l'ave-
nue Foch un bénéfice d'environ
6 millions en tant qu' « Aryen d'hon-
neur », et financer d'autre -part un
mouvement de résistance au sein
d'une préfecture de police qui allait
se montrer si complaisante à son
égard.
M. Joseph se retrouve à la Libéra-
tion au domicile de sa maîtresse,
Mme Schmitt, et occupant pendant le
week-end la villa de M. Henri Ver-
dier, sous-directeur à la Préfecture de
police et actionnaire de la maison
« Joanovici et Cie ». Bonne compa-
gnie. en effet.
L'ancien chiffonnier dirige, pnrmi
tant d'autres, c l'Association pari-
sienne indùstrielle et commerciale »;
avec un certain Achille Boitel, kolla-
borateur exécuté par la Résistance
pour avoir livré le chef de l'organi-
sation « Honneur et Police » 1 L'asso-
ciation se transforme en centre d'achat
de surplus américains et de trafic sur
l'or et les devises. M. Dussaud, ne-
veu du directeur de la police géné-
rale, à la préfecture toujours, s'y
intéresse personnellement. Les som-
mes ainsi réalisées sont aussitôt dé-
posées en Belgique et en. Suisse, où
se rend fréquemment pour le compte
du c patron » le fameux inspecteur
Piednoir.
S'y adjoignent des titres de rentes
françaises volés au Crédit Lyonnais
de Marseille et uue l'on retrouve en
la possession du général Barré, gé-
rant de l'A.P.I.C. (l'une des c affai-
res » en question).
Car Joanovici, qui mène un train
de vie considérable, n'agit que par
Il personnes interposées et respectables.
1 dispose de sous-ordres dans tous
les ministères et d'un bureau à la
sempiternelle préfecture de police.
L'enqaête continue... on suspend
M. Marchat, conseiller à la Cour de
Paris, tandis que l'inspecteur Piednoir
est accusé de l'assassinat, en 1944,
d'un résistant trop informé, malgré
l'intervention intéressée de M. Ar-
mand Fournet, protecteur du c pa-
tron » à la D.S.T., dont il était com-
missaire divisionnaire. Mais revenons-
en au conseiller Marchat : son inter-
vention, à lui, a sans doute manqué
de discrétion.
Joano n'était pas un ingrat :
— Prenez donc ma voiture... et gar-
dez-la tant que vous en aurez besoin.
Ces messieurs gardaient les voi-
lures, quand elles ne servaient pas à
d'autres opérations, évidemment
moins compromettantes qu'un chèque
bancaire.
M. le commissaire Levitre, qui c ins-
truisit » en 1945, un premier dossier
contre son propriétaire, en bénéficia.
Nous n'épuiserons pas ici la liste et
le pédigree de ces véhicules, les
avances d'argent du trafiquant à ses
amis étant plus instructives encore...
(A suivre.)
Daniel MAUROC.
(1) Lire c La Défense ib, numéros 190 à 194
(2) Par c Paris-Presse ».
IX. — LES-G. M. R. ARRIVENT
En même temps, nous déposerions
Maurice aux environs do Villefran-
che, afin qu'il rétablisse la liaison. Il
s'arrangerait pour rentrer par la suite
et par ses propres moyens.
L'histoire d'un costume
Maurice était le seul à pouvoir cir-
culer sans être remarqué, car il avait
une paire de souliers et pouvait en-
dosser, sans paraître ridicule, le seul
costume « potable » que nous avions
et que nous conservions précieuse-
ment pour celui qui devait de temps
en temps paraître en publie,
L'histoire de ce costume est tout un
poème.
Pour certains, comme Jeannot, il
était trop court et le pantalon laissait
voir des chevilles sans chaussette.
Pour d'autres, comme Toto ou Rase.
motte, il était trop long et il fallait
alors retrousser les extrémités.
Mission accomplie
Comme il fut décidé, il fut fait. Le
soir au moment où la nuit tombait,
nous partîmes, sans phare, dans la
demi-obscurité et grâce à la descente
sans mettre le moteur en marche.
Puis, filant en direction de Mussi-
dan, via Villefranche, nous laissions
Maurice en passant.
Au petit jour, nous rentrions. La
voiture était suivie par un camion
Chevrolet chargé de marchandises de
toutes sortes.
Tout c'était bien passé. Les « lé-
gaux » au nombre d'une quinmine
nous avalent passablement aidés.
Nous avions dû « piquer » un ca-
mion à un kollaborateur notoire pour
pouvoir transporter le stock. Ce der-
nier avait été constitué par des offi-
ciers allemands, dans un château ap-
partenant à un milicien. Ils venaient
là de temps en temps avec des fem-
mes et faisaient la « bombe ». Egtt-
lement une certaine quantité de mar-
chandises partait en Allemagne dans
les familles de ces messieurs ! Il y
avalt de tout :
De l'ananas en conserve aux Jam-
bonneaux en botte jusqu'au lait con-
densé, en passant par les sardines &
l'huile. Egalement du chocolat, du su-
cre, du café, du savon, des savon-
nettes, des parfums, du taba.c, des ci-
garettes, des bottes de cigares, toutes
sortes de vins et de liqueurs, etc...
Il y avait même des soieries et
aussi... deux douzaines de pyjamas !
Sans oublier 600 litres d'essence qui
devaient être leur réserve !
Après avoir extrait des caisses ce
que nous estimions nécessaire pour
deux semaines, nous rechargeâmes le
reste sur le camion, qui, l'a nuit sui-
vante, fut amené chez le cantonnier
de Villefranche, un homme sûr, qui
le camoufla dans sa grange sous du
foin.
Michel, Claude et « le Rital » fi-
rent l'opération. Bouboule les suivait
avec une « traction » pour les rame-
ner. Ils en profitèrent pour aller jus-
qu'à la mine de Merbe d'où ils rame-
nèrent un bidon de carbure et 6 lam-
pes pour nous éclairer la nuit.
Maurice arriva à bicyclette vers
midi après être entré en contact avec
la; liaison du secteur. C'était le bri-
gadier de gendarmerie de Puy-l'Evê"
que, qui vint d'ailleurs nous rendre
visite à la nuit tombée.
Des heures agréables
Alors commença la vie de château
qui ne dura malheureusement que
très peu. Nous dormions dans des lits,
nous mangions à notre faim, dans des
assiettes et sur une table.
En guise -de pain, nous mangions
des biscuits,.ce n'était pas plus m'au-
vais...
Après chaque repas, nous nous réu-
nissions dans le grand salon et là, de-
vant un grand feu, nous prenions un
café avec liqueur &.u choix.
Les vitres manquantes furent rem-
placées par des plaques de carton trou-
vées au grenier.
Le soir, avant le repas, devant la
cuisinière, nous prenions la douche
à tour de rôle et après avoir mangé
nous passions dans le grand salon.
Là, revêtus de nos pyjamas, —
certains s'ils n'avaient pas eu peur de
paraître ridicules, ne les auraient j&-
mais quittés — la cigarette aux lèvres,
enfouis dans les fauteuils ou assis
près de la cheminée où' brûlait un
grand feu, nous passions des heures
agréables où chacun racontait son
histoire ou poussait 1-a romance.
Au feu
Le quatrième soir, alors que dehors
tout était gelé, nous avions fait un
immense feu dans la cheminée du sa-
lon.
Tout à coup, Michel cria 1 « Ca
brûle à droite ».
En effet, la fumée sortait entre les
jointures du soubassement.
Déjà Rasemotte arrachait les plan-
ches une à une, pendant que les au-
tres, l'un après l'autre nous asper-
gions de notre urine les emplacements
mis à jour afin de tuer le feu qui
s'était propagé jusque-là. Il n'y avait
pas d'autre solution, car, non seule-
ment il fallait faire vite, mais égale-
ment il aurait flallu sortir casser la
glace de la mare pour remplir l'uni.
que seau que doua possédions.
Un beau souvenir
Nous avons vécu ainsi, heureux, six
jours à peine et c'est le brigadier de.
Puy-l'Evêque qui vint rompre le
charme.
Les G. M. R. arrivaient !
Une heure après nous partions,
abandonnant aux valets les victiiailles
que nous avions prises à leurs maîtres.
Il faut pourtant bien dire que ceux qui
y goûtèrent doivent en garder encore
un mauvais souvenir.
Les beaux jours étaient finis pour
nous, ça avait peu duré. Mais quel
beau souvenir pour les survivants du
G. F.
(A suivre.)
I Encore un de « délivré » !
Le miroir à deux faces
E Procureur de Béthune est
« limogé » (c'est le mot...) pour
avoir appliqué la loi sur la 11-
N berté individuelle.
""Wfc L'avocat, général LINDON,
chef responsable du Parquet 00
la Cour de Justice de la Seine (sec-
tion économique) ne croit plus pou-
voir continuer à assumer ces respon-
sabilités.
Il demande à être relevé da ses
fonctions, car le ministre de la Jus-
tice André Marie a voulu lui imposer
le classement (c'est-à-dire l'étouffe-
ment) de certaines affairas, que sa
conscience lui imposait de soumettre
au jugement de la Cour de Justice.
Ces deux cas sont le reflet exact
des deux aspects d'une même politi-
que gouvernementale : blanchir les
gros bonnets de la kollaboration éco-
nomique et frapper lourdement les
Républicains et les travailleurs qui
défendent leur droit à la vie.
Ce n'est pas une politique nouvelle :
ce fut, dès 1945, celle de De Gaulle,
de De Menthon, et de Teitgen. C'est
la politique constante de la réaction
qu'applique aujourd'hui André Marie,
solidaire de Queuille et de Jules
Moch.
Mais ce qui est nouveau, c'est que
le scandale — aujourd'hui — ne peut
plus être étouffé.
Le gouvernement qui sent monter
la colère du peuple, perd toute me.
sure at tout contrôle de ses actes. Il
pouvait bien, hier, faire condamner des
héros de la Résistance, comme Phi-
lippot et ses camarades. Il peut bien
aujourd'hui traduire devant le jury
de la Côte-d'Or les F. T. P. Martial
Rousseau, Exbrayat et Baldachari : il
ne peut plus imposer un silence com-
plice aux magistrats dont la cons-
cience brimée se révolte.
Le scandale, Monsieur Marie, n'en
est qu'à son début : que vous le
vouliez ou non, c'est vous qui allez
comparaître devant le tribunal de
l'opinion publique.
Il y a bientôt un an, vous aviez
perdu la face à Marseille : vous avez
dû: reculer dans l'affaire du Procu-
reur Serre.
Il va falloir maintenant vous expli-
quer sur un certain nombre d'affaires,
LES PLUS GROSSES AFFAIRES
DE COLLABORATION ECONOMI-
QUE — que VOUS vous êtes efforcé
d'étouffer, avec plus ou moins de
succès.
Quelles sont ces affaires ? Nous le
dirons bientôt, et nous dirons aussi
les « raisons » de certains classements
et de certaines... lenteurs, qui ont
donné aux Inculpés le loisir de mettre
entre leurs juges et eux, la frontière
suisse, par exemple.
Nous connaissons aussi les rapports
financiers entre les gros bonnets de
la collaboration économique et cer-
tains de vos amis politiques.
Ce n'est pas pour voir revivre cette
pourriture que les Français ont souf-
fert et que tant de victimes sont
tombées.
Vous parlez, volontiers de l'esprit
de la Résistai ce, mais vos actes dé-
mentent vos paroles.
Il va falloir rendre des comptes,
M André Marte !
JiiimiiiiiMmuimimiiiiimmmiiMfiiiiiiiiiiiimiiiiiiimiimi
50 condamnations
A
Saint-Etienne
Ont été condamnés à :
QUATRE MOIS DE PRISON
FERME : Chovet.
TROIS MOIS DE PRISON
FERME : Devillej, Vicente, Bey.
"DEUX MOIS DE PRISON FER-
ME : Bastide Gabriel, Rabeyrin,
Chevalier, Brahlmi Houas, Wol-
dinsky, Dejell Aïssa, Tabed Moha-
med.
QUARANTE-CINQ JOURS DE
PRISON FERME : Benfedou.
UN MOIS DE PRISON FER.
ME : Dobronski, Vallat Pierre,
Bory, Touari Mohamed, Berabez
Hoclnl, Berabez Acliourr Majoufl
Mohamed, Tahabii Rabah, Allai.
lou BoudJdja, Chejkb Mohamed,
Foury Jean, Spazllessl, André Ré-
gis, Delorme, Perret Louis.
QUINZE JOURS DE PRISON
FERME ; Kontis Georges, Bene-
diok.
DEUX MOIS AVEC SURSIS,
2.000 francs d'amende : Barlet
GeorgetLe. Garnrar Pierre.
UN MOIS DE PRISON AVEC
SURSIS : Mme Chave Berthe, Per-
rin Louis, Valluche, Albert, Mal.
terre Joanès, Carrier Catherine,
Imbert, Bonhour, Gaucher J. Bap-
tiste, Vericel, Peyrache, Mathieu
Marcel, Javell Henri, Huguemin
Marcel, Roussel Robert, Vial Fran-
çois, Gynes Jean, Julien Jean, La-
ptace.
ACQUITTES : Patay Antoine,
Celle Claudius, Real Joannès, Bon.
nafcel et Poyet.
Ces accusés étaient défendus par
Me. Eraun" Houlgatte, Perret, Saïd,
Le Griel, Jullien, Robert, Desgeor.
ges, Brouillet, Bloch-David et Ver-
ge, désignés par le Secours Popu-
laire.
Directeur : C. DESIRAT.
1
travail exécuté par une
éq. d'ouvriers syndiquit.
imprimeries Parisiennes Héunies
Haymond SEGUIN, Imprimeur
10. rue du Faub.-Montmartre. Faris-9»
tiré avait cru voir un revolver
dans la main de l'homme qui sof- /
tait son trousseau de clés. /
Mêmes méthodes, mêmes Vi- r
toyables excuses. <
Précaution \
Et maintenant, un bon con- ^
seil à tous les Français qui ne \
tiennent pas à être victimes de
nouvelles « hallucinations » Po- S
licières : si vous voyez 1tn C.R.S. j>
dans les parages, n'hésitez pas : S
levez les deux mains en Vair et .»
criez : « Vive Moch 1 » ^
Sans quoi vous vous exposez 4
subir le sort de Barbier ou tout /
au moins à être sévèrement punis
pour le nouveau délit de « com-
plicité de sabotage passif B, qui i
est d'une élasticité à toute
épreuve. <|
Sur un silence Ji
La « grande presse » n'a pas <
consacrè une ligne à l'anniver- (
saire de la fusillade de Châteavr |
briant. î
Plûtôt gênant, certes, pour les 1
aboyeurs américains d'honneur, {
le rappel des paroles adressées <
par l'officier hitlérien au fos- 1
soyeur sur la tombe des martyrs: <
« Kommunist, pas français ». <
Ça ferait trop clairement ap- *
paraître les vraies sources de la
propagande qu'ils mènent acttfel- {
lement.. ,
Et puis, quand on matraque et <
assomme, voire qu'on assassine
les ouvriers, quand on condamne
et calomnie les militants de la
C.G.T., il serait inopportun de
( rappeler le souvenir de ces 0u-
( vriers, de ces dirigeants syndi-
> caux cégétistes qui furent parmi
> les premiers martyrs de la Rési8-
> tance.
> On ne parle pas d'assassinat
* dans la maison des assassins.
| On n'évoque pas Michels, Tim-
baud, Môquet, Poulmarch, Ver-
( cruysse. Grandel, Auffret, Ténine,
> Renelle, etc... de peur que l'on
> ne vienne à se souvenir aussi de
> Puzzuoli, Penel, Chaléat, Justet,
> Bettini, Jansek, Barbier et'" Chaip-
> tale
> Il fallait éviter le rapproche-
> ment. Phonétiquement : il n'y a
qu'une lettre de : Boche à ....
Et d'ailleurs, le sous-préfet Le-
I cornu auquel .... a précisément
donné de l'avancement, vu son
> expérience de Châteaubriant, est
i tout incliqué pour faire la liaison.
| Troupes sûres
On annonce qu'en Allemagnb
' l'exécution de 45 SS vient d'être
! suspendue sur ordre du général
i Clay.
Satna doute M. Jules Moch
avait-il demandé leur concours
> pour le « maintien de l'ordre »
, dans les bassins miniers.
I Du renfort
! pour l'Occident
l Quant à l'ex-marechal de Vair
[ Hugo Sperrlé, qui commanda la
Légion aérienne « Condor i> en
Espa,gne, et dirigea les opérations
de bombardement contre Londres
\ en 1940, le tribunal militaire
I américain de Nuremberg l'a ac-
> quitté et a ordonné sa mise en li-
» berté.
Certes, des dizaines de milliers
* de civils, de femmes, de vieillards
' et d'enfants ont été massacrés
' dans les raids sauvages qu'il a
i commandés.
\ Mais après tout, c'étaient des
> ouvriers, des gens du peuple 1 Il
> y avait même peut-être des com-
> munistes parmi eux 1
* Alors, passons l'éponge, Sperrlé
' lut, a sa place à l'état-major oc-
| cidental. Déjà Franco vient de
l'inviter. Il peut même venir
s'installer chez nous. C'est un de
> ces étrangers que M. Moch ne
, songerait jamais à expulser.
A l'échelle Moch
M. Léon Blum connaît l'art des
formules heureuses. De la « non-
f Intervention » au « lâche soula-
> gement » de Munich, en passait
> par la « pause », et jusqu'à la
\ « déportation » dorée, la liste est
> longue.
' Et voilà que, sortant d'un long
silence, M. Blum nous apprend
que son coeur « bat avec le cœur
> de la classe ouvrière. »
> Seulement, par classe ouvrière,
> il entend les C.R.S. et non les
* mineurs.
î M. Léon Blum, q un grand
> cœur. ,
> Il aime les ouvriers. Comme le
> bifteck.
| Saignant,.
par JEAN LAFFITTE
RESUME DES NUMEROS PRECEDE NTS (1)
L'auteur, militant communiste, et l'un des organisateurs de la Résistance en
France dès 1940. est déporté au camp ae Mauthausen. Pour le l'a)gprentissage »
de la terrible vie du bagne, l'expérience des anciens est d'un precieux secours.
Ainsi, les nouveaux apprennent-ils l'art ie faire le moins de travail possible,
tout en veillant à ne jamais se faire prendre en défaut. 1
UN camion pénètre dans la carrière et
vient se ranger à côté d'un amas
de pierres.
— il est 7 heures, me dit Fran-
çois, que pour la deuxième fois, J4
n'ai pas vu arriver près de moi.
Tous les hommes disponibles se précipi-
tent pour charger le camion. Nous suivons
le mouvement. Cinq minutes plus tard, la
voiture démam avec une cargaison qui
fait ployer les essieux. Un train de wagon-
nets lui succède. Il est rempli à la même
vitesse Les hommes se bousculent pour
prendre les plus petites pierres. Nous avons
déjà compris qu'il faut à tout prix ména-
ger ses forces et se charger le moins pos-
sible.
Encore des camions. Encore des wagon-
nets. Ce n'est que dans les Intervalles (Tue
nous pouvons ralentir le rythme, mais en-
core faut-il ne pas perdre des yeux le KapO
qui surveille toujours.
0 0 0
Le soleil éclaire à présent le fond de le
carrière et se reflète sur les pierres qui
brillent d'un beau bleu.
Depuis combien d'heures travaillons-nous
ainsi ? Là-bas, sur le grand escalier, un
point sombre se détache.
— Il est dix heures, le type qui monte va
chercher la soupe du KomrrMndofùhrer.
(C'est Chariot qui me parle. Il vient d'ap-
prendre ce détail de François.)
-r- J'ai drôlement la fringale, me glisse
André au passage..
Nous avons faim, très faim. Quand va-
t-on nous donner à manger ?
Tiens, un coup eec vient de se faire en-
tendre au milieu du bruit. Que se passe-
t-il T Nous levons la tête. Là-haut, j'aper-
çois, près d'un mirador, comme un amas
de linge agrippé aux fils de fer barbelés.
C'est un homme. Le malheureux, fuyant
les coups d'un Kapo, a dû franchir la zone
limite. Tout à l'heure, un officier Ira pren-
dre une photographie qui sera -versée au
dossier de ce pauvre type, avec la men-
tion : c Fusillé au cours d'une tentative
d'évasion. »
Il y a. comme cela, paraît-il, 28.000 dos.
siers dans les archives du camp. Jules m'a
expliqué que, lorsqu'un détenu est tué sur
le lieu du travail, on porte son cadavre
près des fils de fer barbelés pour le photo-
graphier. Les nazis ont des principes.
Un semblable intermède est sans dout*
chose courante à la carrière, car le travail
continue oomme si de rien n'était.
Un matin, dans les jours qui suivront, il
m'arrivera de compter - jusqu'à dix-sept
coups de feu. Ils ont toujours une ciblo
humaine et font mouche à chaque coup.
Enfin, la sirène. Il est midi. Le travajl
s'arrête. Les Kommrandos se rassemblent,
0 0 0
— Ein, zwei, dret, vier...
Nous nous rendons à la soupe, toujours.
en formation.
Le réfectoire est à l'autre extrémité de la
carrière. C'est un chemin où les groupes
s'avancent sur cinq colonnes. Des bouteil-
Ions de 50 litres de soupe sont posés entre
chaque rangée. Un Kapo, les manches re-
troussées, plonge une grosse louche dans
le liquide fumant où nagent les rutabagas.
Chacun, au passage, tend sa gamelle des
deux mains. Il ne faut pas en perdre une !
goutte, car la- louche ne se verse qu'une
fols.
Je suis passé au début du bouteillon, je
n'ai eu que du liquide. Chariot, plus chan-
ceux que moi, a eu trois pommes de terre.
Il était passé avant. et la louche avait raclé
le fond.
Nous mangeons debout, avec avidité. La
soupe nous paraît délicieuse, mais, devant
les gamelles vides, notre faim est encore
plus forte qu'avant.
La distribution est terminée, et nous nous
approchons dans l'espoir d'avoir un peu de
rabiot, mais il y a la cohue, et il n'est pas
possible d'aborder les bouteillons. Nous
sommes d'ailleurs bien inspirés de nous
tenir à l'écart. C'est une bousculade ef-
froyable. Les Kapos surgissent dans la mê-
lée et cognent de toutes leurs forces. Des
gamelles roulent sur le sol, des hommes
tombent. Le sang coule sur les visages. On
dirait des chasseurs aux prises avec une
meute de loups affamés.
La sirène. C'est fini. Toute cette scène a
duré une demi-heure. Nous retournons au-
travail.
0 0 0
— Propose. Franzose... (2).
Une espèce de grand diable me tire bru-
talement par le bras. Ça doit être un Kapo.
Il tient un bâton à la main.
— Kesseltrager, Kesseltrager... (3)
Il me semble prudent de ne pas m'esqui-
ver et je reviens sur mes pas avec cette
brute sur les talons.
Je retrouve, auprès des bidons vides soi-
gneusement récupérés, l'équipe des Français
presque au complet. Nous sommes désignés
pour rapporter les bouteillons aux cuisines
du camp.
Chaque bouteillon pèse environ 35 kilos.
Nous le chargeons avec peine sur nos épau-
les et nous nous mettons en marche sous
la conduite du Kapo. c'est une corvée ex-
ténuante. Il y a bien cinq cents mètres
pour se rendre aux escaliers, et nous som-
mes déjà extrêmement fatigués.
C'est alors que commence la montée des
cent-quatre-vingt-six marches. Nous souf-
flons comme des phoques. Le cou plié sous
le fardeau, nous nous élevons lentement en
évitant de glisser. Je suis dans le milieu
du groupe. A côté de moi, Petit-Louis sem-
ble écrasé sous la charge. L'effort nous fait
serrer les dents et nous sommes nous-mê-
mes étonnés de pouvoir gravir les marches.
Devant moi. je ne vois que trois paires de
jambes, dont celles ie Chariot. Derrière.
j'entends dp, cris, mais il n'est pas ques-
tion de se retourner. Noas saurons tout à
l'heure que notre ami Raymond, n'ayant
pu suivre le train, est resté le dernier et
qu'un S.S., pour le stimuler, lui piquait les
fesses avec son couteau.
Nous montons toujours. J'avais com-
mencé à compter les marches, mais je me
suis rendu compte que c'est une fatigue
inutile. Devant, l'allure s'accélère et le
Kapo, qui tient maintenant à la main un
ceinturon de cuir, nous harcèle sans cesse.
— Schnell, schnell ! (4)
Nous voilà enfin à la cime, mais il faut
encore monter la côte qui conduit au camp,
et nous refaisons en sens inverse le grand
circuit du matin. Pas de pause. Nous avons
les épaules mâchées, et nos doigts meurtris
serrent fébrilement les poignées du bou-
teillon.
Nous nous tenons debout, machinalement,
et il est probable que si l'un de nous venait
à trébucher il ne se relèverait pas.
Enfin, la grande porte. On nous compte
au passage. La cour du camp. Pressés d'en
finir, nous avançons au pas de course.'Nous
voilà à la porte des cuisines.
Ouf! Quel soulagement. Les bouteillons
sont à terre. Nous reprenons le souffle et
faisons aller nos bras qui sont engourdis.
Raymond est d'une pâleur extrême et prêt
à défaillir. Nous lui frappons le visage à
petits coups. Son extraordinaire volonté lui
permet de se ressaisir.
Il faut repartir. Le retour se fait au ga-
lo-' T)our nous punir de la lenteur avec la-
quelle nous avons monté l'escalier. Le Kapo
a reçu des reproches du S.S., et il veut se
rattraper de cette remarque qui risque de
lui faire perdre sa place. C'est pourquoi il
accompagne notre course à coups de cein-
turon.
Nous dévalons les marches à toute vi-
tesse, poursuivis par un concert d'impréca-
tions. Maintenant, au travail à nouveau. Il
doit être une hbure de l'après-midi.
Sur la hauteur, j'aperçois une caravane
qui, elle aussi, retourne au camp. Ce sont
les hommes de la corvée de tinettes. 'Les
tinettes sont des caisses cubiques en bois
portées à quatre avec des bâtons passés
dans des crochets.
Chaque jour, après la soupe, une corvée
spéciale doit transporter ces caisses pleines
d'excréments humains dans les jardins des
S'S., pour en fertiliser le sol. Simon est
aujourd'hui de ceux qui ont dû accomplir
cette tâche dans les mêmes conditions que
nous avons dû remplir la nôtre.
Pendant huit mois, tous les j.ours, ces
deux corvées, bouteillons et tinettes, seront
faites presque exclùsivement par des Fran-
çais.
0 0 0
Dans la carrière, le travail continue.
L'après-midi ne sera marqué par aucun
événement nouveau, si ce n'est le retrait
de notre groupe de Charlot, à qui on va
donner une occupation moins pénible. Il
est jeune, et notre Kapo l'a remarqué. Il
lui a fait donner une pelle et l'a placé
dans un coin, auprès d'un tas de terre, en
lui disant de travailler doucement. Mais
cette sollicitude n'est pas désintéressée. Le
Kapo, ,qui est un perverti, aime les beaux
garçons, et celui-ci lui semble une proie
toute neuve.
Charlot profite de son influence pour ob-
tenir un peu d'e tranquillité en notre fa-
veur, mais, demain, il faudra changer de.
Kommando, car c'est là une situation trop
dangereuse.
En attendant, le temps passe. Avec André
et Simon, nous avons pu fumer une demi-
cirrarettè en cachette. Charlot est accouru
pour « tirer une goulée ». Un Espagnol
nous avait donné du feu pour l'autre moi-
tié de la cigarette.
— On est déjà des anciens; proclame
Chariot avec un sentiment de fierté.
— Que tu dis, que tu dis, réplique Simon
qui se ressent douloureusement de la
séance du matin.
La soirée est quand même meilleure que
la matinée. Les yeux fixés en permanence
sur nos gardes-chiourme, nous réussissons
à ne pas trop travailler.
Cinq heures et demie. Le Kommondo des
jeunes Russes (5) grimpe les escaliers. Bien-
tôt, ce sera notre tour. Les minutes ri'en
finissent plus.
(A suivre.T
(1) Lire * La Défense », Nos 175 4 195
(2) Français, Français... -
(3) Porteur de bdons» porteur de bidons...
(4) Vite, vite.
(5) Ce Kommando était composé exclusive-
ment de jeunes Russes Âgés de 14 à 18 ans. Il
était employé à la taille des pierres et quittait
le travail une demi-heure avant nous.
de M. Blanchet
M. André Blanchet, correspon-
dant du « Monde », déploie de
grands efforts pour convaincre,
avec, lui-même, ses lecteurs, de la
culpabilité des parlementaires
malgaches et mériter ainsi la
confiance quasi-exclusive que lui
(J accodée Mr. de Chevigné.
Et de s'étendre sur le témoi-
gnage soi-disant décisif de l'agent
provocateur notoire Ravelorahi-
na.
M. Blanchet a été, en effet, vi-
vement impressionné de voir ce-
lui-ci faire ses « révélations »
bribe par brlbe. « Récitant une
leçon, écrit-il, il n'eût manifeste-
ment pas répondu de cette ma1
ni ère et n'eût pas donné l'impres-
sion d'un tel effort de mémoire.»
Nous, on veut bien. Mais on
aurait trouvé plus logique que M.
Blanchet écrive :
« S'iil n'avait pas récité une le-
çon, il n'eût manifestement pas
répondu de cette manière et
n'eût pas donné la fâcheuse im-
pression de reconstituer avec
peine le fil de son histoire. »
Quel rapport ?
D'ailleurs, M. Blanchet n'éprou-
ve guère de difficultés pour se
mettre en règle avec sa con-
science.
N'écrit-il pas que « la dispari-
tion de Razafindrabê... n'eût rien
que de très naturel ? »
Plus bas, nous lisons que
« l'avocat général Rolland, re-
présentant à Madagascar le Con-
seil Supérieur de la Magistra-
ture, ainsi qu'un journaliste pa-
risien, étaient venus le voir »
quelques jours plus tôt.
Faudrait-il comprendre qu'il y
a entre ces deux faits un rapport
de cause à effet ?
Flagrant délit
Du « Monde » du 26 octobre 'r
« Il est maintenant reconnu
qu'aucun coup de feu n'est parti
vendredi du côté des mineurs ;
aucun homme des forces de po-
lice n'a été blessé par arme à feu,
tandis que les balles d'e la police
ont. fait des victimes dans les
rangs ouvriers. »
Mais quel est donc le journal
qui, le samedi 24, titrait un arti-
cle de son cr correspondant parti-
culier n « Firminy — des coups
de feu sont titrés. Les gardes mo-
biles ripostent. 1 mort, plusieurs
blessés. »
Ne cherchez pas 1 c'était « Le
Monde » !
...Dont le correspondant très
« particulier t, qui n'était pas
sur les lieux, avait bâti son ar-
ticle d'après les communiqués de
M. Moch.
Une bonne prise
Au cours des opérations de cU-
gagement des puit8, une agita-
trice du K ominfom a été arrêtée,
par les OJt.8, et inculpée.
Entièrement dévêtue lors de sa
capture, elle a déclaré n'avoir
aucune nationalité et s'appeler
Vérité.
Le gouvernement et tes direc-
teurs du journal parlé, de « Fran-
ce-Soir », de « Paris-Presse-(L'In-
transigeant », du « Monde », du
« Populaire D, de « L'Epoque »,
etc... se sont tous vivement féli-
cités de cette opération qui, ont-
ils dit, facilitera grandement la
tâche 4 laquelle ils se sont voués.
Hallucinations
'On rait que le « Figaro » avait
facilement trouvé des excuses
aux responsables de la fusillade
de Firminy.
Le8 C.R.S. étaient «fatigués l,])
Pensez! des gens qui (comme le
disait déjà. Jules Moch en décem-
bre 1947 à propos de ceux qui
avaient tiré à Valence) e sont AU
TRAVAIL jour et nuit ! »
Alors, quand on est fatigué, on
est prédisposé, aux « hallucina-
tions ». Ce qui explique que les
C.R.S., ayant aperçu des caméras
de cinémas avaient « cru voir »
des mitraillettes, puis tiré et
lancé des grenades offensives.
Si grande était d'ailleurs leur
fatigue et si intense leur halluci-
nation qu'ils oublièrent de véri-
fier si les mitraillettes repérées
aveo tant de p&rspicaoité tiraient
des ballçs..
Déjà à Grenoble, tm soir de
1943, les nazis avaient abattu un
passant qui rentrait chez lui ; ils
avaient ensuite, eux aussi, émis
des regrets i Io soldat qui avait
[texte_manquant]
« Pourquoi étiez-vous toujours armé ? »
DEMANDE LE PRÉSIDENT COUDERT
« PARCE QUE JE ME BATTAIS »
RÉPOND PHILIPPOT
QUATRE jours durant, la
vieille maman d'Emile Phi-
lippot a vu son grand gars
emprisonné déf-endre son
honneur de résistant. Cette
femme est yeuve. Son mari
mort au camp, un autre de ses fils fut
fusillé par les nazis. La famille com-
prend douze résistants, non des résis-
tants d'intention, des héros authen-
tiques.
Lui, Emile, trouvé hâve, enchaîné
dans un cachot de la Gestapo, à la
libération de Dijon, explique modeste-
ment au président Coudert, sourd et
incompréhensif par ordre, qu'il ét'ait
« un soldat de la Résistance », « Pour-
quoi, toujours armé ? » s'étonne le
5 ANS DE RÉCLUSION
AU PREMIER RÉSISTANT
DE L'YONNEJ
président qui n'a jamais même pensé
a lutter contre l'occupant. « Parce que
je me battais », répond simplement
Philippot.
Le début de l'audience fut émou-
vant.M. Bruguier proteste contre l'em-
ploi de procès-verbuux de police et
d'instruction établis en 1943 et 1944,
sous l'occupation et par les valets des
nazis.
Trois déportés, morts au camp, figu-
rent parmi les accusés. Debout, una-
nimes, inculpés, avocats et public leur
rendent hommage et l'accusation est
abandonnée contre eux.
M. l'avocat général Marotte, lui,
célèbre la Résistance et, pour prouver
sa vénération pour les résistants morts,
il salira ceux qui sont devant lui, vi-
vants et accusés.
Les témoins à chnrge sont, pour
beaucoup, malades. Les présenta sont
moins fiers qu'au jour où ils dénon-
çaient les maquisards aux gendarme»
ou à la Gestapo, pour un lapin ou un
kilog de lard. De vrais patriotes, à leur
place, auraient offert cela de bon cœur
à ceux qui se battaient contre l'en-
nemi.
Portant qa croix de Lorraine gaul-
liste, un « résistant » d'un service se-
cret étranger avoue qu'il a fait, lui
aussi, des réquisitions. Une lettre
adressée à un autre témoin montre
qu'il a provoqué des faux témoignages
contre Philippot, que sa haine veut
maintenir en prison.
Quant au capitaine Noble, responsa-
ble de la condamnation à vingt ans de
travaux forcés dont est déjà victime
Philippot. il se rétracte maintenant.
Il conclut en disant : « Condamner
ce groupe, c'est condamner la Résis.
tance ». Tout ce que la Résistance a
de meilleur vient apporter son témoi-
gnage en faveur de Philippot et de
ses co-inculpés.
Un Avocat général patriote aban- ^
donnerait l'accusation. M. Marotte, lui,
reprend les qualificatifs vichystes qui
lui semblent familiers. C'est de c ter-
roristes qu'il s'agit. Les .honnêtes
hôteliers cachant les maquisards pour-
chassés par la Gestapo, se voient re-
procher le « recel de malfaiteurs ».
M' Bruguier défend avec Philippot
la Résistance bafouée par ce procès
qui n'aurait pas du pouvoir avoir
lieu.
Après M* Bugnet, de Dijon, M* Se-
lignac, de Nancy, M* Schmitt, de Di-
jon, détruit avec précision toutes les
chargée accumulées sur Philippot. M*'
Gros, Buisson, Berland, de Dijon, ré-
clament avec chaleur l'acquittement
général, puis M* Roland Weyl, à l'oc-
casion de la défense de Mme Simone
Acour, détruit une fois de plus toutes
les raisons d'être de ce procès. M*
Girardot conclut en demandant non la
clémence, mais la justice.
Les jurés semblent ébranlés, mais
durant les délibérations communes,
let président et l'avocat général ont
tout loisir de reprendre les arguments
vichystes, d'embrouiller les jurés dans
les quarante-et-une questions posées
avec des argutie? juridiques.
Il se trouve une majorité de jurés
pour répondre oui à certaines ques-
tions, et c'est avec stupeur et indigna-
tion que la salle apprend l'effarant
verdict : Philippot, premier résistant
de l'Yonne, cinq ans de prison. Trois
conmda-mnés sont amnistiés. les au-
tres acquittés.
L'indignation est à son comble; quit-
tant la robe, Me, Bruguier et Roland
Weyl rejoignent' le public, qui flagelle
le tribunal d'une vibrante « Marseil-
laise ».
Vichy et Gestapo pas morte ! Ils ont
gagné la première manche. Mais ils
ont laissé des armes aux mains des
honnêtes gens : ce sont les aveux
des soi-disant témoins à charge.
Tous les patriotes unis, gagneront
la seconde manche. Cet odieux pro-
cès peut être cassé, et la scandaleuse
condamnation à vingt ans qui accable
Philippot doit être revisée.
— Monsieur Marie, vous avez voulu
qu'un résistant paraisse en forçat à
la barre, vous avez poussé à ce que
ce procès ait lieu. Vous avez repris
l'héritage des occupants et des kolla-
bos. Comme nous l'écrivions la semai-
ne dernière, Philippot et ses co-incul-
pés sortent du tribunal la tête haute.
C'est vous et vos sous-ordres, vos ma-
gistrats, qui devez baisser la tête
après votre mauvais coup !
LES MAINS SALES (1)
L'affaire Stavisky
(DEUXIEME VERSION)
ST-CR par hasard que le rap-
port adressé à M. Depreux,
alors ministre de l'Intérieur,
M sur l'escroc Joanovici, fut pu-
blié (2) un 1er avril (1947) ?
Il avait fallu des mois, non
pour le retrouver, mais - pour qu'il
consentit à se livrer; voici plus d'un
an et demi que le nouveau Stavisky
attend confortablement, dans sa pri-
son de Fresnes de fixer lui-même la
date de son procès.
On comprend que les autres n'y
tiennent pas trop.
Passons sur les antécédents de
« monsieur Joseph » pendant l'occupa-
tion: Israélite d'origine roumaine, Joa-
novici fut assez habile pour tirer de
ses relations avec la Gestapo de l'ave-
nue Foch un bénéfice d'environ
6 millions en tant qu' « Aryen d'hon-
neur », et financer d'autre -part un
mouvement de résistance au sein
d'une préfecture de police qui allait
se montrer si complaisante à son
égard.
M. Joseph se retrouve à la Libéra-
tion au domicile de sa maîtresse,
Mme Schmitt, et occupant pendant le
week-end la villa de M. Henri Ver-
dier, sous-directeur à la Préfecture de
police et actionnaire de la maison
« Joanovici et Cie ». Bonne compa-
gnie. en effet.
L'ancien chiffonnier dirige, pnrmi
tant d'autres, c l'Association pari-
sienne indùstrielle et commerciale »;
avec un certain Achille Boitel, kolla-
borateur exécuté par la Résistance
pour avoir livré le chef de l'organi-
sation « Honneur et Police » 1 L'asso-
ciation se transforme en centre d'achat
de surplus américains et de trafic sur
l'or et les devises. M. Dussaud, ne-
veu du directeur de la police géné-
rale, à la préfecture toujours, s'y
intéresse personnellement. Les som-
mes ainsi réalisées sont aussitôt dé-
posées en Belgique et en. Suisse, où
se rend fréquemment pour le compte
du c patron » le fameux inspecteur
Piednoir.
S'y adjoignent des titres de rentes
françaises volés au Crédit Lyonnais
de Marseille et uue l'on retrouve en
la possession du général Barré, gé-
rant de l'A.P.I.C. (l'une des c affai-
res » en question).
Car Joanovici, qui mène un train
de vie considérable, n'agit que par
Il personnes interposées et respectables.
1 dispose de sous-ordres dans tous
les ministères et d'un bureau à la
sempiternelle préfecture de police.
L'enqaête continue... on suspend
M. Marchat, conseiller à la Cour de
Paris, tandis que l'inspecteur Piednoir
est accusé de l'assassinat, en 1944,
d'un résistant trop informé, malgré
l'intervention intéressée de M. Ar-
mand Fournet, protecteur du c pa-
tron » à la D.S.T., dont il était com-
missaire divisionnaire. Mais revenons-
en au conseiller Marchat : son inter-
vention, à lui, a sans doute manqué
de discrétion.
Joano n'était pas un ingrat :
— Prenez donc ma voiture... et gar-
dez-la tant que vous en aurez besoin.
Ces messieurs gardaient les voi-
lures, quand elles ne servaient pas à
d'autres opérations, évidemment
moins compromettantes qu'un chèque
bancaire.
M. le commissaire Levitre, qui c ins-
truisit » en 1945, un premier dossier
contre son propriétaire, en bénéficia.
Nous n'épuiserons pas ici la liste et
le pédigree de ces véhicules, les
avances d'argent du trafiquant à ses
amis étant plus instructives encore...
(A suivre.)
Daniel MAUROC.
(1) Lire c La Défense ib, numéros 190 à 194
(2) Par c Paris-Presse ».
IX. — LES-G. M. R. ARRIVENT
En même temps, nous déposerions
Maurice aux environs do Villefran-
che, afin qu'il rétablisse la liaison. Il
s'arrangerait pour rentrer par la suite
et par ses propres moyens.
L'histoire d'un costume
Maurice était le seul à pouvoir cir-
culer sans être remarqué, car il avait
une paire de souliers et pouvait en-
dosser, sans paraître ridicule, le seul
costume « potable » que nous avions
et que nous conservions précieuse-
ment pour celui qui devait de temps
en temps paraître en publie,
L'histoire de ce costume est tout un
poème.
Pour certains, comme Jeannot, il
était trop court et le pantalon laissait
voir des chevilles sans chaussette.
Pour d'autres, comme Toto ou Rase.
motte, il était trop long et il fallait
alors retrousser les extrémités.
Mission accomplie
Comme il fut décidé, il fut fait. Le
soir au moment où la nuit tombait,
nous partîmes, sans phare, dans la
demi-obscurité et grâce à la descente
sans mettre le moteur en marche.
Puis, filant en direction de Mussi-
dan, via Villefranche, nous laissions
Maurice en passant.
Au petit jour, nous rentrions. La
voiture était suivie par un camion
Chevrolet chargé de marchandises de
toutes sortes.
Tout c'était bien passé. Les « lé-
gaux » au nombre d'une quinmine
nous avalent passablement aidés.
Nous avions dû « piquer » un ca-
mion à un kollaborateur notoire pour
pouvoir transporter le stock. Ce der-
nier avait été constitué par des offi-
ciers allemands, dans un château ap-
partenant à un milicien. Ils venaient
là de temps en temps avec des fem-
mes et faisaient la « bombe ». Egtt-
lement une certaine quantité de mar-
chandises partait en Allemagne dans
les familles de ces messieurs ! Il y
avalt de tout :
De l'ananas en conserve aux Jam-
bonneaux en botte jusqu'au lait con-
densé, en passant par les sardines &
l'huile. Egalement du chocolat, du su-
cre, du café, du savon, des savon-
nettes, des parfums, du taba.c, des ci-
garettes, des bottes de cigares, toutes
sortes de vins et de liqueurs, etc...
Il y avait même des soieries et
aussi... deux douzaines de pyjamas !
Sans oublier 600 litres d'essence qui
devaient être leur réserve !
Après avoir extrait des caisses ce
que nous estimions nécessaire pour
deux semaines, nous rechargeâmes le
reste sur le camion, qui, l'a nuit sui-
vante, fut amené chez le cantonnier
de Villefranche, un homme sûr, qui
le camoufla dans sa grange sous du
foin.
Michel, Claude et « le Rital » fi-
rent l'opération. Bouboule les suivait
avec une « traction » pour les rame-
ner. Ils en profitèrent pour aller jus-
qu'à la mine de Merbe d'où ils rame-
nèrent un bidon de carbure et 6 lam-
pes pour nous éclairer la nuit.
Maurice arriva à bicyclette vers
midi après être entré en contact avec
la; liaison du secteur. C'était le bri-
gadier de gendarmerie de Puy-l'Evê"
que, qui vint d'ailleurs nous rendre
visite à la nuit tombée.
Des heures agréables
Alors commença la vie de château
qui ne dura malheureusement que
très peu. Nous dormions dans des lits,
nous mangions à notre faim, dans des
assiettes et sur une table.
En guise -de pain, nous mangions
des biscuits,.ce n'était pas plus m'au-
vais...
Après chaque repas, nous nous réu-
nissions dans le grand salon et là, de-
vant un grand feu, nous prenions un
café avec liqueur &.u choix.
Les vitres manquantes furent rem-
placées par des plaques de carton trou-
vées au grenier.
Le soir, avant le repas, devant la
cuisinière, nous prenions la douche
à tour de rôle et après avoir mangé
nous passions dans le grand salon.
Là, revêtus de nos pyjamas, —
certains s'ils n'avaient pas eu peur de
paraître ridicules, ne les auraient j&-
mais quittés — la cigarette aux lèvres,
enfouis dans les fauteuils ou assis
près de la cheminée où' brûlait un
grand feu, nous passions des heures
agréables où chacun racontait son
histoire ou poussait 1-a romance.
Au feu
Le quatrième soir, alors que dehors
tout était gelé, nous avions fait un
immense feu dans la cheminée du sa-
lon.
Tout à coup, Michel cria 1 « Ca
brûle à droite ».
En effet, la fumée sortait entre les
jointures du soubassement.
Déjà Rasemotte arrachait les plan-
ches une à une, pendant que les au-
tres, l'un après l'autre nous asper-
gions de notre urine les emplacements
mis à jour afin de tuer le feu qui
s'était propagé jusque-là. Il n'y avait
pas d'autre solution, car, non seule-
ment il fallait faire vite, mais égale-
ment il aurait flallu sortir casser la
glace de la mare pour remplir l'uni.
que seau que doua possédions.
Un beau souvenir
Nous avons vécu ainsi, heureux, six
jours à peine et c'est le brigadier de.
Puy-l'Evêque qui vint rompre le
charme.
Les G. M. R. arrivaient !
Une heure après nous partions,
abandonnant aux valets les victiiailles
que nous avions prises à leurs maîtres.
Il faut pourtant bien dire que ceux qui
y goûtèrent doivent en garder encore
un mauvais souvenir.
Les beaux jours étaient finis pour
nous, ça avait peu duré. Mais quel
beau souvenir pour les survivants du
G. F.
(A suivre.)
I Encore un de « délivré » !
Le miroir à deux faces
E Procureur de Béthune est
« limogé » (c'est le mot...) pour
avoir appliqué la loi sur la 11-
N berté individuelle.
""Wfc L'avocat, général LINDON,
chef responsable du Parquet 00
la Cour de Justice de la Seine (sec-
tion économique) ne croit plus pou-
voir continuer à assumer ces respon-
sabilités.
Il demande à être relevé da ses
fonctions, car le ministre de la Jus-
tice André Marie a voulu lui imposer
le classement (c'est-à-dire l'étouffe-
ment) de certaines affairas, que sa
conscience lui imposait de soumettre
au jugement de la Cour de Justice.
Ces deux cas sont le reflet exact
des deux aspects d'une même politi-
que gouvernementale : blanchir les
gros bonnets de la kollaboration éco-
nomique et frapper lourdement les
Républicains et les travailleurs qui
défendent leur droit à la vie.
Ce n'est pas une politique nouvelle :
ce fut, dès 1945, celle de De Gaulle,
de De Menthon, et de Teitgen. C'est
la politique constante de la réaction
qu'applique aujourd'hui André Marie,
solidaire de Queuille et de Jules
Moch.
Mais ce qui est nouveau, c'est que
le scandale — aujourd'hui — ne peut
plus être étouffé.
Le gouvernement qui sent monter
la colère du peuple, perd toute me.
sure at tout contrôle de ses actes. Il
pouvait bien, hier, faire condamner des
héros de la Résistance, comme Phi-
lippot et ses camarades. Il peut bien
aujourd'hui traduire devant le jury
de la Côte-d'Or les F. T. P. Martial
Rousseau, Exbrayat et Baldachari : il
ne peut plus imposer un silence com-
plice aux magistrats dont la cons-
cience brimée se révolte.
Le scandale, Monsieur Marie, n'en
est qu'à son début : que vous le
vouliez ou non, c'est vous qui allez
comparaître devant le tribunal de
l'opinion publique.
Il y a bientôt un an, vous aviez
perdu la face à Marseille : vous avez
dû: reculer dans l'affaire du Procu-
reur Serre.
Il va falloir maintenant vous expli-
quer sur un certain nombre d'affaires,
LES PLUS GROSSES AFFAIRES
DE COLLABORATION ECONOMI-
QUE — que VOUS vous êtes efforcé
d'étouffer, avec plus ou moins de
succès.
Quelles sont ces affaires ? Nous le
dirons bientôt, et nous dirons aussi
les « raisons » de certains classements
et de certaines... lenteurs, qui ont
donné aux Inculpés le loisir de mettre
entre leurs juges et eux, la frontière
suisse, par exemple.
Nous connaissons aussi les rapports
financiers entre les gros bonnets de
la collaboration économique et cer-
tains de vos amis politiques.
Ce n'est pas pour voir revivre cette
pourriture que les Français ont souf-
fert et que tant de victimes sont
tombées.
Vous parlez, volontiers de l'esprit
de la Résistai ce, mais vos actes dé-
mentent vos paroles.
Il va falloir rendre des comptes,
M André Marte !
JiiimiiiiiMmuimimiiiiimmmiiMfiiiiiiiiiiiimiiiiiiimiimi
50 condamnations
A
Saint-Etienne
Ont été condamnés à :
QUATRE MOIS DE PRISON
FERME : Chovet.
TROIS MOIS DE PRISON
FERME : Devillej, Vicente, Bey.
"DEUX MOIS DE PRISON FER-
ME : Bastide Gabriel, Rabeyrin,
Chevalier, Brahlmi Houas, Wol-
dinsky, Dejell Aïssa, Tabed Moha-
med.
QUARANTE-CINQ JOURS DE
PRISON FERME : Benfedou.
UN MOIS DE PRISON FER.
ME : Dobronski, Vallat Pierre,
Bory, Touari Mohamed, Berabez
Hoclnl, Berabez Acliourr Majoufl
Mohamed, Tahabii Rabah, Allai.
lou BoudJdja, Chejkb Mohamed,
Foury Jean, Spazllessl, André Ré-
gis, Delorme, Perret Louis.
QUINZE JOURS DE PRISON
FERME ; Kontis Georges, Bene-
diok.
DEUX MOIS AVEC SURSIS,
2.000 francs d'amende : Barlet
GeorgetLe. Garnrar Pierre.
UN MOIS DE PRISON AVEC
SURSIS : Mme Chave Berthe, Per-
rin Louis, Valluche, Albert, Mal.
terre Joanès, Carrier Catherine,
Imbert, Bonhour, Gaucher J. Bap-
tiste, Vericel, Peyrache, Mathieu
Marcel, Javell Henri, Huguemin
Marcel, Roussel Robert, Vial Fran-
çois, Gynes Jean, Julien Jean, La-
ptace.
ACQUITTES : Patay Antoine,
Celle Claudius, Real Joannès, Bon.
nafcel et Poyet.
Ces accusés étaient défendus par
Me. Eraun" Houlgatte, Perret, Saïd,
Le Griel, Jullien, Robert, Desgeor.
ges, Brouillet, Bloch-David et Ver-
ge, désignés par le Secours Popu-
laire.
Directeur : C. DESIRAT.
1
travail exécuté par une
éq. d'ouvriers syndiquit.
imprimeries Parisiennes Héunies
Haymond SEGUIN, Imprimeur
10. rue du Faub.-Montmartre. Faris-9»
tiré avait cru voir un revolver
dans la main de l'homme qui sof- /
tait son trousseau de clés. /
Mêmes méthodes, mêmes Vi- r
toyables excuses. <
Précaution \
Et maintenant, un bon con- ^
seil à tous les Français qui ne \
tiennent pas à être victimes de
nouvelles « hallucinations » Po- S
licières : si vous voyez 1tn C.R.S. j>
dans les parages, n'hésitez pas : S
levez les deux mains en Vair et .»
criez : « Vive Moch 1 » ^
Sans quoi vous vous exposez 4
subir le sort de Barbier ou tout /
au moins à être sévèrement punis
pour le nouveau délit de « com-
plicité de sabotage passif B, qui i
est d'une élasticité à toute
épreuve. <|
Sur un silence Ji
La « grande presse » n'a pas <
consacrè une ligne à l'anniver- (
saire de la fusillade de Châteavr |
briant. î
Plûtôt gênant, certes, pour les 1
aboyeurs américains d'honneur, {
le rappel des paroles adressées <
par l'officier hitlérien au fos- 1
soyeur sur la tombe des martyrs: <
« Kommunist, pas français ». <
Ça ferait trop clairement ap- *
paraître les vraies sources de la
propagande qu'ils mènent acttfel- {
lement.. ,
Et puis, quand on matraque et <
assomme, voire qu'on assassine
les ouvriers, quand on condamne
et calomnie les militants de la
C.G.T., il serait inopportun de
( rappeler le souvenir de ces 0u-
( vriers, de ces dirigeants syndi-
> caux cégétistes qui furent parmi
> les premiers martyrs de la Rési8-
> tance.
> On ne parle pas d'assassinat
* dans la maison des assassins.
| On n'évoque pas Michels, Tim-
baud, Môquet, Poulmarch, Ver-
( cruysse. Grandel, Auffret, Ténine,
> Renelle, etc... de peur que l'on
> ne vienne à se souvenir aussi de
> Puzzuoli, Penel, Chaléat, Justet,
> Bettini, Jansek, Barbier et'" Chaip-
> tale
> Il fallait éviter le rapproche-
> ment. Phonétiquement : il n'y a
qu'une lettre de : Boche à ....
Et d'ailleurs, le sous-préfet Le-
I cornu auquel .... a précisément
donné de l'avancement, vu son
> expérience de Châteaubriant, est
i tout incliqué pour faire la liaison.
| Troupes sûres
On annonce qu'en Allemagnb
' l'exécution de 45 SS vient d'être
! suspendue sur ordre du général
i Clay.
Satna doute M. Jules Moch
avait-il demandé leur concours
> pour le « maintien de l'ordre »
, dans les bassins miniers.
I Du renfort
! pour l'Occident
l Quant à l'ex-marechal de Vair
[ Hugo Sperrlé, qui commanda la
Légion aérienne « Condor i> en
Espa,gne, et dirigea les opérations
de bombardement contre Londres
\ en 1940, le tribunal militaire
I américain de Nuremberg l'a ac-
> quitté et a ordonné sa mise en li-
» berté.
Certes, des dizaines de milliers
* de civils, de femmes, de vieillards
' et d'enfants ont été massacrés
' dans les raids sauvages qu'il a
i commandés.
\ Mais après tout, c'étaient des
> ouvriers, des gens du peuple 1 Il
> y avait même peut-être des com-
> munistes parmi eux 1
* Alors, passons l'éponge, Sperrlé
' lut, a sa place à l'état-major oc-
| cidental. Déjà Franco vient de
l'inviter. Il peut même venir
s'installer chez nous. C'est un de
> ces étrangers que M. Moch ne
, songerait jamais à expulser.
A l'échelle Moch
M. Léon Blum connaît l'art des
formules heureuses. De la « non-
f Intervention » au « lâche soula-
> gement » de Munich, en passait
> par la « pause », et jusqu'à la
\ « déportation » dorée, la liste est
> longue.
' Et voilà que, sortant d'un long
silence, M. Blum nous apprend
que son coeur « bat avec le cœur
> de la classe ouvrière. »
> Seulement, par classe ouvrière,
> il entend les C.R.S. et non les
* mineurs.
î M. Léon Blum, q un grand
> cœur. ,
> Il aime les ouvriers. Comme le
> bifteck.
| Saignant,.
par JEAN LAFFITTE
RESUME DES NUMEROS PRECEDE NTS (1)
L'auteur, militant communiste, et l'un des organisateurs de la Résistance en
France dès 1940. est déporté au camp ae Mauthausen. Pour le l'a)gprentissage »
de la terrible vie du bagne, l'expérience des anciens est d'un precieux secours.
Ainsi, les nouveaux apprennent-ils l'art ie faire le moins de travail possible,
tout en veillant à ne jamais se faire prendre en défaut. 1
UN camion pénètre dans la carrière et
vient se ranger à côté d'un amas
de pierres.
— il est 7 heures, me dit Fran-
çois, que pour la deuxième fois, J4
n'ai pas vu arriver près de moi.
Tous les hommes disponibles se précipi-
tent pour charger le camion. Nous suivons
le mouvement. Cinq minutes plus tard, la
voiture démam avec une cargaison qui
fait ployer les essieux. Un train de wagon-
nets lui succède. Il est rempli à la même
vitesse Les hommes se bousculent pour
prendre les plus petites pierres. Nous avons
déjà compris qu'il faut à tout prix ména-
ger ses forces et se charger le moins pos-
sible.
Encore des camions. Encore des wagon-
nets. Ce n'est que dans les Intervalles (Tue
nous pouvons ralentir le rythme, mais en-
core faut-il ne pas perdre des yeux le KapO
qui surveille toujours.
0 0 0
Le soleil éclaire à présent le fond de le
carrière et se reflète sur les pierres qui
brillent d'un beau bleu.
Depuis combien d'heures travaillons-nous
ainsi ? Là-bas, sur le grand escalier, un
point sombre se détache.
— Il est dix heures, le type qui monte va
chercher la soupe du KomrrMndofùhrer.
(C'est Chariot qui me parle. Il vient d'ap-
prendre ce détail de François.)
-r- J'ai drôlement la fringale, me glisse
André au passage..
Nous avons faim, très faim. Quand va-
t-on nous donner à manger ?
Tiens, un coup eec vient de se faire en-
tendre au milieu du bruit. Que se passe-
t-il T Nous levons la tête. Là-haut, j'aper-
çois, près d'un mirador, comme un amas
de linge agrippé aux fils de fer barbelés.
C'est un homme. Le malheureux, fuyant
les coups d'un Kapo, a dû franchir la zone
limite. Tout à l'heure, un officier Ira pren-
dre une photographie qui sera -versée au
dossier de ce pauvre type, avec la men-
tion : c Fusillé au cours d'une tentative
d'évasion. »
Il y a. comme cela, paraît-il, 28.000 dos.
siers dans les archives du camp. Jules m'a
expliqué que, lorsqu'un détenu est tué sur
le lieu du travail, on porte son cadavre
près des fils de fer barbelés pour le photo-
graphier. Les nazis ont des principes.
Un semblable intermède est sans dout*
chose courante à la carrière, car le travail
continue oomme si de rien n'était.
Un matin, dans les jours qui suivront, il
m'arrivera de compter - jusqu'à dix-sept
coups de feu. Ils ont toujours une ciblo
humaine et font mouche à chaque coup.
Enfin, la sirène. Il est midi. Le travajl
s'arrête. Les Kommrandos se rassemblent,
0 0 0
— Ein, zwei, dret, vier...
Nous nous rendons à la soupe, toujours.
en formation.
Le réfectoire est à l'autre extrémité de la
carrière. C'est un chemin où les groupes
s'avancent sur cinq colonnes. Des bouteil-
Ions de 50 litres de soupe sont posés entre
chaque rangée. Un Kapo, les manches re-
troussées, plonge une grosse louche dans
le liquide fumant où nagent les rutabagas.
Chacun, au passage, tend sa gamelle des
deux mains. Il ne faut pas en perdre une !
goutte, car la- louche ne se verse qu'une
fols.
Je suis passé au début du bouteillon, je
n'ai eu que du liquide. Chariot, plus chan-
ceux que moi, a eu trois pommes de terre.
Il était passé avant. et la louche avait raclé
le fond.
Nous mangeons debout, avec avidité. La
soupe nous paraît délicieuse, mais, devant
les gamelles vides, notre faim est encore
plus forte qu'avant.
La distribution est terminée, et nous nous
approchons dans l'espoir d'avoir un peu de
rabiot, mais il y a la cohue, et il n'est pas
possible d'aborder les bouteillons. Nous
sommes d'ailleurs bien inspirés de nous
tenir à l'écart. C'est une bousculade ef-
froyable. Les Kapos surgissent dans la mê-
lée et cognent de toutes leurs forces. Des
gamelles roulent sur le sol, des hommes
tombent. Le sang coule sur les visages. On
dirait des chasseurs aux prises avec une
meute de loups affamés.
La sirène. C'est fini. Toute cette scène a
duré une demi-heure. Nous retournons au-
travail.
0 0 0
— Propose. Franzose... (2).
Une espèce de grand diable me tire bru-
talement par le bras. Ça doit être un Kapo.
Il tient un bâton à la main.
— Kesseltrager, Kesseltrager... (3)
Il me semble prudent de ne pas m'esqui-
ver et je reviens sur mes pas avec cette
brute sur les talons.
Je retrouve, auprès des bidons vides soi-
gneusement récupérés, l'équipe des Français
presque au complet. Nous sommes désignés
pour rapporter les bouteillons aux cuisines
du camp.
Chaque bouteillon pèse environ 35 kilos.
Nous le chargeons avec peine sur nos épau-
les et nous nous mettons en marche sous
la conduite du Kapo. c'est une corvée ex-
ténuante. Il y a bien cinq cents mètres
pour se rendre aux escaliers, et nous som-
mes déjà extrêmement fatigués.
C'est alors que commence la montée des
cent-quatre-vingt-six marches. Nous souf-
flons comme des phoques. Le cou plié sous
le fardeau, nous nous élevons lentement en
évitant de glisser. Je suis dans le milieu
du groupe. A côté de moi, Petit-Louis sem-
ble écrasé sous la charge. L'effort nous fait
serrer les dents et nous sommes nous-mê-
mes étonnés de pouvoir gravir les marches.
Devant moi. je ne vois que trois paires de
jambes, dont celles ie Chariot. Derrière.
j'entends dp, cris, mais il n'est pas ques-
tion de se retourner. Noas saurons tout à
l'heure que notre ami Raymond, n'ayant
pu suivre le train, est resté le dernier et
qu'un S.S., pour le stimuler, lui piquait les
fesses avec son couteau.
Nous montons toujours. J'avais com-
mencé à compter les marches, mais je me
suis rendu compte que c'est une fatigue
inutile. Devant, l'allure s'accélère et le
Kapo, qui tient maintenant à la main un
ceinturon de cuir, nous harcèle sans cesse.
— Schnell, schnell ! (4)
Nous voilà enfin à la cime, mais il faut
encore monter la côte qui conduit au camp,
et nous refaisons en sens inverse le grand
circuit du matin. Pas de pause. Nous avons
les épaules mâchées, et nos doigts meurtris
serrent fébrilement les poignées du bou-
teillon.
Nous nous tenons debout, machinalement,
et il est probable que si l'un de nous venait
à trébucher il ne se relèverait pas.
Enfin, la grande porte. On nous compte
au passage. La cour du camp. Pressés d'en
finir, nous avançons au pas de course.'Nous
voilà à la porte des cuisines.
Ouf! Quel soulagement. Les bouteillons
sont à terre. Nous reprenons le souffle et
faisons aller nos bras qui sont engourdis.
Raymond est d'une pâleur extrême et prêt
à défaillir. Nous lui frappons le visage à
petits coups. Son extraordinaire volonté lui
permet de se ressaisir.
Il faut repartir. Le retour se fait au ga-
lo-' T)our nous punir de la lenteur avec la-
quelle nous avons monté l'escalier. Le Kapo
a reçu des reproches du S.S., et il veut se
rattraper de cette remarque qui risque de
lui faire perdre sa place. C'est pourquoi il
accompagne notre course à coups de cein-
turon.
Nous dévalons les marches à toute vi-
tesse, poursuivis par un concert d'impréca-
tions. Maintenant, au travail à nouveau. Il
doit être une hbure de l'après-midi.
Sur la hauteur, j'aperçois une caravane
qui, elle aussi, retourne au camp. Ce sont
les hommes de la corvée de tinettes. 'Les
tinettes sont des caisses cubiques en bois
portées à quatre avec des bâtons passés
dans des crochets.
Chaque jour, après la soupe, une corvée
spéciale doit transporter ces caisses pleines
d'excréments humains dans les jardins des
S'S., pour en fertiliser le sol. Simon est
aujourd'hui de ceux qui ont dû accomplir
cette tâche dans les mêmes conditions que
nous avons dû remplir la nôtre.
Pendant huit mois, tous les j.ours, ces
deux corvées, bouteillons et tinettes, seront
faites presque exclùsivement par des Fran-
çais.
0 0 0
Dans la carrière, le travail continue.
L'après-midi ne sera marqué par aucun
événement nouveau, si ce n'est le retrait
de notre groupe de Charlot, à qui on va
donner une occupation moins pénible. Il
est jeune, et notre Kapo l'a remarqué. Il
lui a fait donner une pelle et l'a placé
dans un coin, auprès d'un tas de terre, en
lui disant de travailler doucement. Mais
cette sollicitude n'est pas désintéressée. Le
Kapo, ,qui est un perverti, aime les beaux
garçons, et celui-ci lui semble une proie
toute neuve.
Charlot profite de son influence pour ob-
tenir un peu d'e tranquillité en notre fa-
veur, mais, demain, il faudra changer de.
Kommando, car c'est là une situation trop
dangereuse.
En attendant, le temps passe. Avec André
et Simon, nous avons pu fumer une demi-
cirrarettè en cachette. Charlot est accouru
pour « tirer une goulée ». Un Espagnol
nous avait donné du feu pour l'autre moi-
tié de la cigarette.
— On est déjà des anciens; proclame
Chariot avec un sentiment de fierté.
— Que tu dis, que tu dis, réplique Simon
qui se ressent douloureusement de la
séance du matin.
La soirée est quand même meilleure que
la matinée. Les yeux fixés en permanence
sur nos gardes-chiourme, nous réussissons
à ne pas trop travailler.
Cinq heures et demie. Le Kommondo des
jeunes Russes (5) grimpe les escaliers. Bien-
tôt, ce sera notre tour. Les minutes ri'en
finissent plus.
(A suivre.T
(1) Lire * La Défense », Nos 175 4 195
(2) Français, Français... -
(3) Porteur de bdons» porteur de bidons...
(4) Vite, vite.
(5) Ce Kommando était composé exclusive-
ment de jeunes Russes Âgés de 14 à 18 ans. Il
était employé à la taille des pierres et quittait
le travail une demi-heure avant nous.
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