- Aller à la page de la table des matièresI
- TABLE DES MATIÈRES DU TOME DEUXIÈME DES DOCUMENTS SUR L'ORIGINE ET LE DÉVELOPPEMENT DES CHEMINS DE FER
G - 1849
tout le monde doutait, quand les savants se retiraient et se voilaient la face, quand
aucune opinion n'a été concluante à la faute, est-ce qu'il est possible de dire, au
milieu de tout cela, que Petiet est coupable ? Vous avez besoin de preuves, parce qu'il
y eu un sinistre considérable, parce que la cause est confuse. Est-ce une raison
d'attribuer ce fait à une cause que le seul instinct et non la science a indiquée à l'accu-
sation? C'est un fait immense que cette vitesse que le génie humain réclame et dont
il s'effraie. A-t-elle suffi pour causer l'événement, pour l'aggraver? La justice dira-
t-elle qu'ici la vitesse a tout fait? Je ne crois pas que cela soit exempt de danger. Si
vous n'ètes pas assez instruits, attendons. Ce n'est pas à la justice à donner l'exemple
de ces témérités. C'est à elle à bien se souvenir qu'elle n'est redoutable et respectée
que lorsqu'elle rend ses arrèts, ses décisions, avec une certitude complète. Quand la
société est d'un côté, la loi pénale à la main, et un individu de l'autre, et qu'il y a
doute, la justice s'abstient... Dans le doute, elle juge en s'abstenant. »
M' Thérit, défenseur des autres prévenus, a pris ensuite la parole; sa tâche se
trouvait fort abrégée par la plaidoirie de Me Bethmont. Il s'est borné à faire con-
naître les antécédents de ses clients, lesquels sont de nature à leur mériter la con-
fiance de la compagnie et à discuter les témoignages sur la question de vitesse, ques-
tion dont il a habilement su diminuer la gravité.
Les répliques ont eu lieu à l'audience du i5 novembre.
M. l'avocat du roi a loyalement reconnu qu'il s'était trompé à l'égard de
M. Petiet; la condamnation à vingt jours de prison était tout à fait étrangère à la
catastrophe du 8 mai, et fondée sur le départ trop rapproché de deux convois, c'est-
à-dire tout à fait contraire à l'opinion émise en faveur de la division des trains; il a
également reconnu que le nombre des freins était au moins de cinq.
M. l'avocat du roi a persisté dans ses conclusions contre les quatre prévenus,
insistant sur les infractions au règlement concernant la vitesse et le défaut de com-
munication au moyen d'un timbre entre les conducteurs et les mécaniciens.
M. Bethmont prend acte dans sa réplique de la reconnaissance de M. l'avocat
du roi, relativement aux freins; il conteste l'utilité de la communication entre les
conducteurs et les mécaniciens; il la trouve dangereuse; il fait ressortir les incon-
vénients de la division des trains; enfin il établit que la vitesse a été étrangère à
l'accident.
Le tribunal, après avoir entendu la réplique de M0 Thérit, et délibéré dans la
chambre du conseil pendant une demi-heure, a rendu le jugement suivant :
« Attendu qu'il est résulté des débats que, le 8 juillet 1846 à Fampoux, sur le
chemin de fer du Nord, un train venant de Paris, composé de vingt-huit voitures,
remorqué par deux locomotives, ayant déraillé et s'étant divisé par rupture de
moyens d'attache, s'est en partie précipité du haut du remblai, dans un marais pro-
fond, où quatorze de ses voyageurs et conducteurs trouvèrent la mort, la plupart
par submersion, à côté d'un plus grand nombre de blessés, dont cinq seulement
d'une manière grave;
(c Que la catastrophe dite de Fampoux a donc eu pour cause immédiate un
déraillement.
« Mais, attendu que la cause de ce déraillement lui-même est, malgré les plus
grands efforts de la justice et le tribut insuffisant des lumières de la science, demeuré
enseveli dans le domaine des conjectures, la plupart inconciliables entre elles, exclu-
sives de toute culpabilité, conduisant d'ailleurs toutes au doute, et dès lors forcément
à l'absolution, le Tribunal renvoie tous les prévenus des poursuites sans frais. 3'
G — 117
tout le monde doutait, quand les savants se retiraient et se voilaient la face, quand
aucune opinion n'a été concluante à la faute, est-ce qu'il est possible de dire, au
milieu de tout cela, que Petiet est coupable ? Vous avez besoin de preuves, parce qu'il
y eu un sinistre considérable, parce que la cause est confuse. Est-ce une raison
d'attribuer ce fait à une cause que le seul instinct et non la science a indiquée à l'accu-
sation? C'est un fait immense que cette vitesse que le génie humain réclame et dont
il s'effraie. A-t-elle suffi pour causer l'événement, pour l'aggraver? La justice dira-
t-elle qu'ici la vitesse a tout fait? Je ne crois pas que cela soit exempt de danger. Si
vous n'ètes pas assez instruits, attendons. Ce n'est pas à la justice à donner l'exemple
de ces témérités. C'est à elle à bien se souvenir qu'elle n'est redoutable et respectée
que lorsqu'elle rend ses arrèts, ses décisions, avec une certitude complète. Quand la
société est d'un côté, la loi pénale à la main, et un individu de l'autre, et qu'il y a
doute, la justice s'abstient... Dans le doute, elle juge en s'abstenant. »
M' Thérit, défenseur des autres prévenus, a pris ensuite la parole; sa tâche se
trouvait fort abrégée par la plaidoirie de Me Bethmont. Il s'est borné à faire con-
naître les antécédents de ses clients, lesquels sont de nature à leur mériter la con-
fiance de la compagnie et à discuter les témoignages sur la question de vitesse, ques-
tion dont il a habilement su diminuer la gravité.
Les répliques ont eu lieu à l'audience du i5 novembre.
M. l'avocat du roi a loyalement reconnu qu'il s'était trompé à l'égard de
M. Petiet; la condamnation à vingt jours de prison était tout à fait étrangère à la
catastrophe du 8 mai, et fondée sur le départ trop rapproché de deux convois, c'est-
à-dire tout à fait contraire à l'opinion émise en faveur de la division des trains; il a
également reconnu que le nombre des freins était au moins de cinq.
M. l'avocat du roi a persisté dans ses conclusions contre les quatre prévenus,
insistant sur les infractions au règlement concernant la vitesse et le défaut de com-
munication au moyen d'un timbre entre les conducteurs et les mécaniciens.
M. Bethmont prend acte dans sa réplique de la reconnaissance de M. l'avocat
du roi, relativement aux freins; il conteste l'utilité de la communication entre les
conducteurs et les mécaniciens; il la trouve dangereuse; il fait ressortir les incon-
vénients de la division des trains; enfin il établit que la vitesse a été étrangère à
l'accident.
Le tribunal, après avoir entendu la réplique de M0 Thérit, et délibéré dans la
chambre du conseil pendant une demi-heure, a rendu le jugement suivant :
« Attendu qu'il est résulté des débats que, le 8 juillet 1846 à Fampoux, sur le
chemin de fer du Nord, un train venant de Paris, composé de vingt-huit voitures,
remorqué par deux locomotives, ayant déraillé et s'étant divisé par rupture de
moyens d'attache, s'est en partie précipité du haut du remblai, dans un marais pro-
fond, où quatorze de ses voyageurs et conducteurs trouvèrent la mort, la plupart
par submersion, à côté d'un plus grand nombre de blessés, dont cinq seulement
d'une manière grave;
(c Que la catastrophe dite de Fampoux a donc eu pour cause immédiate un
déraillement.
« Mais, attendu que la cause de ce déraillement lui-même est, malgré les plus
grands efforts de la justice et le tribut insuffisant des lumières de la science, demeuré
enseveli dans le domaine des conjectures, la plupart inconciliables entre elles, exclu-
sives de toute culpabilité, conduisant d'ailleurs toutes au doute, et dès lors forcément
à l'absolution, le Tribunal renvoie tous les prévenus des poursuites sans frais. 3'
G — 117
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.33%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.33%.
- Auteurs similaires Firmin Didot Ambroise Firmin Didot Ambroise /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Firmin Didot Ambroise" or dc.contributor adj "Firmin Didot Ambroise")Annuaire général du commerce, de l'industrie, de la magistrature et de l'administration : ou almanach des 500.000 adresses de Paris, des départements et des pays étrangers /ark:/12148/bd6t5863050m.highres Nouvelle revue encyclopédique / publiée par MM. Firmin-Didot frères ; [rédacteurs en chef, Noël Desvergers, Jean Yanoski] /ark:/12148/bpt6k6437148b.highresFirmin Didot Hyacinthe Firmin Didot Hyacinthe /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Firmin Didot Hyacinthe" or dc.contributor adj "Firmin Didot Hyacinthe")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 807/892
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k97608569/f807.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k97608569/f807.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k97608569/f807.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k97608569/f807.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k97608569
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k97608569
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k97608569/f807.image × Aide