CHATEAU DU BREUIL 109
Ces monarques en faisaient don à ceux de leurs partisans dont ils avaient le plus à se louer. « C'est
» ainsi qu'en 1 448, le quart de la seigneurie du Breuil fut abandonné à Pierre de Montferrand par
» le comte de Huntington, qui gérait la sirie de Lesparre au nom du roi d'Angleterre (1). »
Le 16 avril 1 454, après la conquête de la Guienne par Charles VII, on trouve un Guillaume
Andron, chevalier, seigneur de Lansac, qualifié de seigneur du Breuil (2).
Si le Temps, de sa faulx impitoyable, avait renversé bien des pierres de l'ancienne forteresse; si
les hommes dans leur haine ou leur brutale vengeance l'avaient saccagée à plusieurs reprises; si,
plus tard, des modifications y avaient été apportées pour approprier l'habitation à des besoins plus
modernes, du moins l'aspect extérieur avait peu changé depuis le XIVe siècle. Maintenant, la ruine
est consommée. Dans la nuit du jeudi 31 janvier au vendredi 1er février dernier (1861), toute la
courtine nord-est s'est écroulée : c'était cette partie du château qui était habitée par la famille de
M. Fort-Pomès. Dans la journée du 31, des craquements sourds et des mouvements dans les
planchers avaient donné l'éveil, et les habitants, après avoir enlevé à la hâte ce qu'ils avaient de
plus précieux, s'étaient réfugiés dans une petite maison voisine dépendant du château. A minuit,
toute la maison fut réveillée en sursaut par un bruit épouvantable : c'était un premier écroulement;
à trois heures, un second écroulement, suivi du troisième à sept heures du matin. On crut que trois
côtés du château gisaient dans les fossés, et avant de vérifier le fait, on en fit courir le bruit dans
les environs; la Renommée grossit encore le mal, tripla l'épaisseur des murs écroulés, et le journal
la Guienne publia la catastrophe sous sa dictée. J'avais étudié autrefois le château du Breuil; c'était
le moment de lui faire une nouvelle visite, et Je jeudi suivant j'assistai au sauvetage de ce qui n'a-
vait pas été complètement écrasé. Les meubles avaient été brisés en mille pièces par la chute des
planchers, le linge hâché dans les armoires, la vaisselle pulvérisée; c'était un spectacle navrant.
Les débris du mur, en poussière dans certains endroits, en gros blocs compactes dans d'autres,
remplissaient le fossé.
Les murailles du Breuil sont construites en bel appareil moyen formant un étroit revêtement
extérieur, renfermant un blocage plus ou moins compact, de pierres, de cailloux, de terre, de
chaux. Lorsque les constructions étaient soignées et les ouvriers bien surveillés, ce blocage était
dur comme le rocher sur lequel la forteresse s'élevait. Au Breuil, on avait visé à l'économie, ou les
entrepreneurs du XIVe siècle avaient été peu fidèles à leurs engagements, et le blocage n'avait pas
partout la même densité. Le béton était mauvais; les eaux des toitures s'infiltraient dans les murs
depuis longtemps et les pourrissaient. Le commencement de l'hiver dernier ayant été très-pluvieux,
le mois de janvier très-froid, la gelée avait désagrégé le blocage et son revêtement. Au dégel, la
débâcle s'est faite; le moment était venu. Vieux monuments, mœurs d'autrefois, dynasties anciennes,
tout s'écroule en même temps. Par quoi tout cela sera-t-il remplacé? Dieu veuille que les successeurs
des empires ne ressemblent pas à ceux des monuments !
Le château du Breuil, situé au sud-est et à 1,500 mètres environ de l'église de Cissac, occupe
l'extrémité méridionale d'un étroit promontoire, au bas duquel coule un ruisseau qui, après avoir
arrosé la vallée, dominée d'un côté par le château Lafitte et de l'autre par celui de Cos-d'Estournel,
se jette dans la Gironde, à 4 kilomètres environ au-dessous de Pauillac. Pour isoler le rocher sur
lequel s'élève le château, un fossé (A), large en certains endroits de 20 mètres, a été creusé en forme
(t) Henry Ribadieu Histoire des châteaux de la Gironde. — \!') Variétés bordeloises, vol. I, p. 312.
Ces monarques en faisaient don à ceux de leurs partisans dont ils avaient le plus à se louer. « C'est
» ainsi qu'en 1 448, le quart de la seigneurie du Breuil fut abandonné à Pierre de Montferrand par
» le comte de Huntington, qui gérait la sirie de Lesparre au nom du roi d'Angleterre (1). »
Le 16 avril 1 454, après la conquête de la Guienne par Charles VII, on trouve un Guillaume
Andron, chevalier, seigneur de Lansac, qualifié de seigneur du Breuil (2).
Si le Temps, de sa faulx impitoyable, avait renversé bien des pierres de l'ancienne forteresse; si
les hommes dans leur haine ou leur brutale vengeance l'avaient saccagée à plusieurs reprises; si,
plus tard, des modifications y avaient été apportées pour approprier l'habitation à des besoins plus
modernes, du moins l'aspect extérieur avait peu changé depuis le XIVe siècle. Maintenant, la ruine
est consommée. Dans la nuit du jeudi 31 janvier au vendredi 1er février dernier (1861), toute la
courtine nord-est s'est écroulée : c'était cette partie du château qui était habitée par la famille de
M. Fort-Pomès. Dans la journée du 31, des craquements sourds et des mouvements dans les
planchers avaient donné l'éveil, et les habitants, après avoir enlevé à la hâte ce qu'ils avaient de
plus précieux, s'étaient réfugiés dans une petite maison voisine dépendant du château. A minuit,
toute la maison fut réveillée en sursaut par un bruit épouvantable : c'était un premier écroulement;
à trois heures, un second écroulement, suivi du troisième à sept heures du matin. On crut que trois
côtés du château gisaient dans les fossés, et avant de vérifier le fait, on en fit courir le bruit dans
les environs; la Renommée grossit encore le mal, tripla l'épaisseur des murs écroulés, et le journal
la Guienne publia la catastrophe sous sa dictée. J'avais étudié autrefois le château du Breuil; c'était
le moment de lui faire une nouvelle visite, et Je jeudi suivant j'assistai au sauvetage de ce qui n'a-
vait pas été complètement écrasé. Les meubles avaient été brisés en mille pièces par la chute des
planchers, le linge hâché dans les armoires, la vaisselle pulvérisée; c'était un spectacle navrant.
Les débris du mur, en poussière dans certains endroits, en gros blocs compactes dans d'autres,
remplissaient le fossé.
Les murailles du Breuil sont construites en bel appareil moyen formant un étroit revêtement
extérieur, renfermant un blocage plus ou moins compact, de pierres, de cailloux, de terre, de
chaux. Lorsque les constructions étaient soignées et les ouvriers bien surveillés, ce blocage était
dur comme le rocher sur lequel la forteresse s'élevait. Au Breuil, on avait visé à l'économie, ou les
entrepreneurs du XIVe siècle avaient été peu fidèles à leurs engagements, et le blocage n'avait pas
partout la même densité. Le béton était mauvais; les eaux des toitures s'infiltraient dans les murs
depuis longtemps et les pourrissaient. Le commencement de l'hiver dernier ayant été très-pluvieux,
le mois de janvier très-froid, la gelée avait désagrégé le blocage et son revêtement. Au dégel, la
débâcle s'est faite; le moment était venu. Vieux monuments, mœurs d'autrefois, dynasties anciennes,
tout s'écroule en même temps. Par quoi tout cela sera-t-il remplacé? Dieu veuille que les successeurs
des empires ne ressemblent pas à ceux des monuments !
Le château du Breuil, situé au sud-est et à 1,500 mètres environ de l'église de Cissac, occupe
l'extrémité méridionale d'un étroit promontoire, au bas duquel coule un ruisseau qui, après avoir
arrosé la vallée, dominée d'un côté par le château Lafitte et de l'autre par celui de Cos-d'Estournel,
se jette dans la Gironde, à 4 kilomètres environ au-dessous de Pauillac. Pour isoler le rocher sur
lequel s'élève le château, un fossé (A), large en certains endroits de 20 mètres, a été creusé en forme
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