mais de les gouverner à sa guise. Encore fallait-il pour attirer ainsi des associés
que la société reposât sur des fondements qui pussent les intéresser. Pour ceci,
Fulvy imagina de doter la nouvelle société d'un avantage qu'elle seule détien-
drait. Il s'agissait, grâce à la situation que son frère occupait encore, d'obtenir
des instances gouvernementales l'autorisation pour elle seule, et ce à l'exclu-
sion des nombreuses autres manufactures françaises qui existaient à cette épo-
que, de produire des porcelaines dans le goût de celles qui provenaient de Saxe
et dont la France importait des quantités grandissantes.
Obtenir un tel privilège, s'il devait, en attirant des actionnaires, servir les
intérêts de la manufacture de Vincennes, ne manquerait pas de susciter les plus
grandes difficultés aux manufactures voisines qu'il condamnait irrémédiable-
ment à la stagnation. Demander un avantage aussi abusif et injuste au bureau
du commerce puis au conseil du Roi, au moment même où son propre frère
allait être disgracié, soulevait un problème qu'Orry de Fulvy eut l'idée de con-
touner en n'apparaissant pas personnellement au cours des démarches. Afin de
rester dans l'ombre, il imagina de se dissimuler derrière un personnage intermé-
diaire choisi par lui. A la recherche d'un prête-nom, il choisit l'identité de l'un
de ses domestiques qui s'appelait Charles Adam (2).
Les bases de sa stratégie ainsi posées, il s'agissait de réunir les associés et
d'engager au plus vite les démarches administratives en vue d'obtenir le privi-
lège.
Le premier obstacle à franchir était l'agrément du bureau du commerce.
Fulvy y possédait des attaches anciennes puisque c'est avec son président
d'alors qu'en 1741 il avait pris la décision de s'intéresser à l'atelier de Vincen-
nes (3). Pour ne pas apparaître en personne devant cette instance discrètement
préparée à l'événement, il dépêcha, pour défendre le dossier, François Gravant,
un homme à lui dans l'entreprise.
Le bureau du commerce se réunit le 1er juillet 1745. Gravant ne comparut
pas, mais il avait, en remettant sa requête, défendu le dossier avec éloquence. Il
avait souligné " que, quoiqu'on ait déjà tenté sans succès l'établissement dans le
royaume d'une fabrique de porcelaine de même qualité que celle de Saxe ", il
était parvenu par ses recherches à réaliser des produits qui soutenaient la com-
paraison. Gravant avait même indiqué que non seulement le procédé de l'appli-
cation de l'or était connu, mais encore que la palette de couleurs permettait la
production de motifs décoratifs de même qualité. Il avait également indiqué
qu'il ne pourrait former une compagnie que s'il plaisait au Roi d'accorder à
Charles Adam un privilège exclusif de " fabriquer de la procelaine façon de
Saxe... c'est-à-dire peinte et dorée, à figures humaines " (4).
(2) Sergène (André), La Manufacture de Sèvres sous l'ancien régime,T. 1, p. 59, Nancy 1972.
(3) Albis (Antoine d ) Les premières années de la Manufacture de Vincennes , Faenza, LXX (1984), N° 5-6, pp.
479-493.
(4) On peut suggérer qu il faut entendre par Façon de Saxe, c est-à-dire peinte et dorée, à figure humaine
une porcelaine décorée à l'aide d'une palette comportant au moins une trentaine de couleurs dont la
majorité est opaque, c'est-à-dire couvrante et permettant, par une variation de l'épaisseur d'application,
les effets de dégradés, de trompe l'œil et de perspective. Cette palette avait permis dès 17 25 à la Manufac-
ture de Meissen d'innover considérablement par rapport aux porcelaines en provenance d'Extrême-
Orient. Préaud (Tamara) et Albis (Antoine d'), "Les Eléments de datation des porcelaines de Vincennes
avant 1753", The French porcelain Society, Londres 1986.
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que la société reposât sur des fondements qui pussent les intéresser. Pour ceci,
Fulvy imagina de doter la nouvelle société d'un avantage qu'elle seule détien-
drait. Il s'agissait, grâce à la situation que son frère occupait encore, d'obtenir
des instances gouvernementales l'autorisation pour elle seule, et ce à l'exclu-
sion des nombreuses autres manufactures françaises qui existaient à cette épo-
que, de produire des porcelaines dans le goût de celles qui provenaient de Saxe
et dont la France importait des quantités grandissantes.
Obtenir un tel privilège, s'il devait, en attirant des actionnaires, servir les
intérêts de la manufacture de Vincennes, ne manquerait pas de susciter les plus
grandes difficultés aux manufactures voisines qu'il condamnait irrémédiable-
ment à la stagnation. Demander un avantage aussi abusif et injuste au bureau
du commerce puis au conseil du Roi, au moment même où son propre frère
allait être disgracié, soulevait un problème qu'Orry de Fulvy eut l'idée de con-
touner en n'apparaissant pas personnellement au cours des démarches. Afin de
rester dans l'ombre, il imagina de se dissimuler derrière un personnage intermé-
diaire choisi par lui. A la recherche d'un prête-nom, il choisit l'identité de l'un
de ses domestiques qui s'appelait Charles Adam (2).
Les bases de sa stratégie ainsi posées, il s'agissait de réunir les associés et
d'engager au plus vite les démarches administratives en vue d'obtenir le privi-
lège.
Le premier obstacle à franchir était l'agrément du bureau du commerce.
Fulvy y possédait des attaches anciennes puisque c'est avec son président
d'alors qu'en 1741 il avait pris la décision de s'intéresser à l'atelier de Vincen-
nes (3). Pour ne pas apparaître en personne devant cette instance discrètement
préparée à l'événement, il dépêcha, pour défendre le dossier, François Gravant,
un homme à lui dans l'entreprise.
Le bureau du commerce se réunit le 1er juillet 1745. Gravant ne comparut
pas, mais il avait, en remettant sa requête, défendu le dossier avec éloquence. Il
avait souligné " que, quoiqu'on ait déjà tenté sans succès l'établissement dans le
royaume d'une fabrique de porcelaine de même qualité que celle de Saxe ", il
était parvenu par ses recherches à réaliser des produits qui soutenaient la com-
paraison. Gravant avait même indiqué que non seulement le procédé de l'appli-
cation de l'or était connu, mais encore que la palette de couleurs permettait la
production de motifs décoratifs de même qualité. Il avait également indiqué
qu'il ne pourrait former une compagnie que s'il plaisait au Roi d'accorder à
Charles Adam un privilège exclusif de " fabriquer de la procelaine façon de
Saxe... c'est-à-dire peinte et dorée, à figures humaines " (4).
(2) Sergène (André), La Manufacture de Sèvres sous l'ancien régime,T. 1, p. 59, Nancy 1972.
(3) Albis (Antoine d ) Les premières années de la Manufacture de Vincennes , Faenza, LXX (1984), N° 5-6, pp.
479-493.
(4) On peut suggérer qu il faut entendre par Façon de Saxe, c est-à-dire peinte et dorée, à figure humaine
une porcelaine décorée à l'aide d'une palette comportant au moins une trentaine de couleurs dont la
majorité est opaque, c'est-à-dire couvrante et permettant, par une variation de l'épaisseur d'application,
les effets de dégradés, de trompe l'œil et de perspective. Cette palette avait permis dès 17 25 à la Manufac-
ture de Meissen d'innover considérablement par rapport aux porcelaines en provenance d'Extrême-
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