Titre : Âmes vaillantes
Éditeur : Coeurs vaillants (Paris)
Date d'édition : 1947-03-23
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb344144435
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 23 mars 1947 23 mars 1947
Description : 1947/03/23. 1947/03/23.
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k9118896g
Source : La Cité internationale de la bande dessinée et de l'image
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 15/09/2022
No 12
LE NUMÉRO : 8 FRS.
wrsustreremea
Tme
tsaee
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REDACTION-ADMINISTRATION CŒURS VAILLANTS,
3 1, rue de Fleurus. —-Parls-6 e . — C. C. P. PARIS 1 223-59.
envoyez 200 frs à :
Rees
I
Go
inées, le fracas
nuies écrasait.
L faisait un temps affreux, ce soir-là, dans
s la vallee d’Alpenrose. Des la nuit venue, le
vent était tombé des montagnes environ-
g nantes, s’abattant avec des rafales de pluie
p et de grêle, sur les bâtiments du cou-
t Vent.
ie Ceux-ci étaient solides, par bonheur,
bâtis de bon granit de la montagne ; ils
" avaient vu bien d’autres tempêtes, mais
mowales, hurlements du vent dans les couloirs.
montagne, au berger attardé, au pauvre sans logis.
« Que Dieu les conduise jusqu'à la porte du couvent,
murmura le bon frère hôtelier, qui, un imposant trous
seau de clés à la main, revenait de la tournée qu’il
faisait chaque soir dans le monastère ; que Dieu les
conduise ici : ils trouveront chaleur, bon gîte et récon
fort.
« Q tel temps ! quel temps ! dit-il encore, est-ce un
temps de mars ? L’hiver ne veut point laisser la place... »
Et il s’attrista en pensant à son jardin — car Frère
Bonaventure était jardinier en même temps qu’hôtelier
du couvent. La semaine passée, encouragé par un
rayon printanier, il avait sorti de leur abri d’hiver
des fleurs, des plants, que cette tempête était en train
d’anéantir. Quel malheur ! Quel malheur ! Il en avait
beaucoup de peine car, grâce à ses soins et à ses capa
cités, les jardins du monastère étaient magnifiques, on
venait de loin pour les admirer...
Soudain, un violent coup de cloche à la porterie le
fit sursauter, l’arrachant à ses regrets.
— Quoi ? Serait-ce un voyageur ?
Il se hâta de toute la vitesse de ses vieilles jambes et,
tout apitoyé à l’avance, il ouvrit la lourde porte avec
des mots de compassion et de bienvenue.
a— Entrez, entrez, qui que vous soyez, vous êtes
nvoyé de Dieu, venez vous chauffer et vous récon-
forter
Celui qui était là en avait bien besoin : trempé,
relottant, dans des vêtements usés, il semblait à bout
de forces. Il se laissa conduire près d’un grand feu, fit
honneur aux mets chauds que le bon frère Bonaventure
lui servait en lui causant amicalement, puis s’endormit,
épuisé de fatigue, dans le lit confortable qui lui fut
offert.
Le lendemain matin, le frère hôtelier fut bien surpris .
de trouver son voyageur levé, dispos, et qui, le bâton
à la main et la besace au côté, se préparait à
partir.
— Quoi, déjà ? Vous ne restez pas quelques jours
ici ?
L’inconnu expliqua qu’il avait un long voyage à
faire et qu’il voulait profiter du beau temps.
— Du beau temps ? Mais oui, la tempête s’est calmée
à l’aube, le ciel est bleu et le soleil luit, le mois de mars
réserve des surprises, cette éclaircie est peut-être
passagère, je veux en profiter.
— Visitez au moins notre monastère, fit le bon frère
désolé de voir son hôte si pressé ; hier, il faisait nuit,
et vous n’avez rien vu.
Le voyageur bien volontiers suivit Son hôte à travers
les salles et la chapelle, au long des cloîtres : le monas-
1ère était très beau car les moines eux-mêmes ajoutaient!
chaque année quelque sculpture ou quelque statue.
Puis, nos deux compagnons visitèrent le jardin. Hélas !
que de dégâts la tempête n’avait-elle pas causés :
plants arrachés, feuilles naissantes déchiquetées! Le
frère Bonaventure ne se laissait pas de gémir.
•— Le printemps réparera tout cela, fit l’étranger,
croyez-moi, et je veux vous faire présent d’une fleur
qui ne fleurit certainement pas ici, je ne l’ai vue qu’en
des régions fort éloignées. Vous m’avez si bien reçu,
si bien réconforté que je suis heureux de vous faire
plaisir.
Ce disant, l’étranger tira de sa besace quelques racines
de peu d’apparence et en fit présent au moine.
Celui-ci, dès le départ de son hôte, les planta en bonne
place dans son jardin.
Et voilà que, quelques semaines après, sortirent de
terre de petits cornets verts qui étaient des feuilles
roulées. Juste pour le mois de mai, celles-ci s’ouvrirent,
laissant s’échapper des grappes de délicieuses clo
chettes d’un blanc si pur, d’un parfum si pénétrant
que frère Bonaventure alerta toute la communauté
afin qu’elle vienne admirer cette merveille. Tous
s’extasièrent à l’envi.
— Ces fleurs sont un don de Dieu et de la Vierge
pour récompenser l’hospitalité. Ce sont des fleurs
bénies, les fleurs du mois de Marie, lès « lis de la vallée ».
Les « lis de la vallée », comme On les appelait, firent
l’admiration des gens du pays qui se pressèrent en foule
pour les contempler. Et la renommée des jolies fleurs
s’étendit beaucoup plus loin encore, jusqu’à l’étranger.
Le bon frère Bonaventure était devenu encore plus
fier de son jardin. Les lis, bien soignée, prospéraient
chaque année, le plant s’agrandissait, devenait magni
fique, et le frère jardinier pouvait maintenant donner
une petite grappe de jolies clochettes à chaque visiteur.
Durant tout le mois de mai, c’est un défilé de pèlerins
qui sonne à la porte du couvent. Tout affairé et tout
content, frère Bonaventure se multiplie pour bien
accueillir tout ce monde ; il n'a plus le temps de rien
faire d'autre, à peine le temps de prier, et il se sent fier,
plus fier qu’un grand invenleur ou qu’un grand général
Mais frère Bonaventure, s’il était un bon jardinier
et un excellent hôtelier était surtout un saint homme.
Un beau 1 jour, tandis qu’il méditait sur l’humilité,
il courba la tête et se frappa la poitrine :
— Quoi, moi qui suis le dernier de tous, je sens
en moi orgueil et vanité à cause du lis de la vallée
que je suis le seul à posséder. Jour et nuit, je ne pense!
plus qu’à la beauté de cette lleur. Que faire ? tout;
saccager ? Je n'en ai pas le droit, car le lis chante les
louanges du mois de Marie. O bonne Vierge, éclairez-
moi.
Jusqu’au soir, le pauvre frère resta triste et pensif,
(Suit* paga 2)
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L faisait un temps affreux, ce soir-là, dans
s la vallee d’Alpenrose. Des la nuit venue, le
vent était tombé des montagnes environ-
g nantes, s’abattant avec des rafales de pluie
p et de grêle, sur les bâtiments du cou-
t Vent.
ie Ceux-ci étaient solides, par bonheur,
bâtis de bon granit de la montagne ; ils
" avaient vu bien d’autres tempêtes, mais
mowales, hurlements du vent dans les couloirs.
montagne, au berger attardé, au pauvre sans logis.
« Que Dieu les conduise jusqu'à la porte du couvent,
murmura le bon frère hôtelier, qui, un imposant trous
seau de clés à la main, revenait de la tournée qu’il
faisait chaque soir dans le monastère ; que Dieu les
conduise ici : ils trouveront chaleur, bon gîte et récon
fort.
« Q tel temps ! quel temps ! dit-il encore, est-ce un
temps de mars ? L’hiver ne veut point laisser la place... »
Et il s’attrista en pensant à son jardin — car Frère
Bonaventure était jardinier en même temps qu’hôtelier
du couvent. La semaine passée, encouragé par un
rayon printanier, il avait sorti de leur abri d’hiver
des fleurs, des plants, que cette tempête était en train
d’anéantir. Quel malheur ! Quel malheur ! Il en avait
beaucoup de peine car, grâce à ses soins et à ses capa
cités, les jardins du monastère étaient magnifiques, on
venait de loin pour les admirer...
Soudain, un violent coup de cloche à la porterie le
fit sursauter, l’arrachant à ses regrets.
— Quoi ? Serait-ce un voyageur ?
Il se hâta de toute la vitesse de ses vieilles jambes et,
tout apitoyé à l’avance, il ouvrit la lourde porte avec
des mots de compassion et de bienvenue.
a— Entrez, entrez, qui que vous soyez, vous êtes
nvoyé de Dieu, venez vous chauffer et vous récon-
forter
Celui qui était là en avait bien besoin : trempé,
relottant, dans des vêtements usés, il semblait à bout
de forces. Il se laissa conduire près d’un grand feu, fit
honneur aux mets chauds que le bon frère Bonaventure
lui servait en lui causant amicalement, puis s’endormit,
épuisé de fatigue, dans le lit confortable qui lui fut
offert.
Le lendemain matin, le frère hôtelier fut bien surpris .
de trouver son voyageur levé, dispos, et qui, le bâton
à la main et la besace au côté, se préparait à
partir.
— Quoi, déjà ? Vous ne restez pas quelques jours
ici ?
L’inconnu expliqua qu’il avait un long voyage à
faire et qu’il voulait profiter du beau temps.
— Du beau temps ? Mais oui, la tempête s’est calmée
à l’aube, le ciel est bleu et le soleil luit, le mois de mars
réserve des surprises, cette éclaircie est peut-être
passagère, je veux en profiter.
— Visitez au moins notre monastère, fit le bon frère
désolé de voir son hôte si pressé ; hier, il faisait nuit,
et vous n’avez rien vu.
Le voyageur bien volontiers suivit Son hôte à travers
les salles et la chapelle, au long des cloîtres : le monas-
1ère était très beau car les moines eux-mêmes ajoutaient!
chaque année quelque sculpture ou quelque statue.
Puis, nos deux compagnons visitèrent le jardin. Hélas !
que de dégâts la tempête n’avait-elle pas causés :
plants arrachés, feuilles naissantes déchiquetées! Le
frère Bonaventure ne se laissait pas de gémir.
•— Le printemps réparera tout cela, fit l’étranger,
croyez-moi, et je veux vous faire présent d’une fleur
qui ne fleurit certainement pas ici, je ne l’ai vue qu’en
des régions fort éloignées. Vous m’avez si bien reçu,
si bien réconforté que je suis heureux de vous faire
plaisir.
Ce disant, l’étranger tira de sa besace quelques racines
de peu d’apparence et en fit présent au moine.
Celui-ci, dès le départ de son hôte, les planta en bonne
place dans son jardin.
Et voilà que, quelques semaines après, sortirent de
terre de petits cornets verts qui étaient des feuilles
roulées. Juste pour le mois de mai, celles-ci s’ouvrirent,
laissant s’échapper des grappes de délicieuses clo
chettes d’un blanc si pur, d’un parfum si pénétrant
que frère Bonaventure alerta toute la communauté
afin qu’elle vienne admirer cette merveille. Tous
s’extasièrent à l’envi.
— Ces fleurs sont un don de Dieu et de la Vierge
pour récompenser l’hospitalité. Ce sont des fleurs
bénies, les fleurs du mois de Marie, lès « lis de la vallée ».
Les « lis de la vallée », comme On les appelait, firent
l’admiration des gens du pays qui se pressèrent en foule
pour les contempler. Et la renommée des jolies fleurs
s’étendit beaucoup plus loin encore, jusqu’à l’étranger.
Le bon frère Bonaventure était devenu encore plus
fier de son jardin. Les lis, bien soignée, prospéraient
chaque année, le plant s’agrandissait, devenait magni
fique, et le frère jardinier pouvait maintenant donner
une petite grappe de jolies clochettes à chaque visiteur.
Durant tout le mois de mai, c’est un défilé de pèlerins
qui sonne à la porte du couvent. Tout affairé et tout
content, frère Bonaventure se multiplie pour bien
accueillir tout ce monde ; il n'a plus le temps de rien
faire d'autre, à peine le temps de prier, et il se sent fier,
plus fier qu’un grand invenleur ou qu’un grand général
Mais frère Bonaventure, s’il était un bon jardinier
et un excellent hôtelier était surtout un saint homme.
Un beau 1 jour, tandis qu’il méditait sur l’humilité,
il courba la tête et se frappa la poitrine :
— Quoi, moi qui suis le dernier de tous, je sens
en moi orgueil et vanité à cause du lis de la vallée
que je suis le seul à posséder. Jour et nuit, je ne pense!
plus qu’à la beauté de cette lleur. Que faire ? tout;
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