Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1907-10-09
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 09 octobre 1907 09 octobre 1907
Description : 1907/10/09 (A1,N9). 1907/10/09 (A1,N9).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7645307f
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
[première Année. — N° 9 (Quolldlen).
l>0 Mumèra l içtnmst
Mercredi 9 Octoûre 1901.
Rédacteur en Chef ? G. de PAWLOWSKI
RÉDACTION & ADMINISTRATION ;
27, Bouleuard Poissonnière, PARIS
'———SMO—--
TÉLÉPHONE : £88-07
^esse Télégraphique : COMŒDlA..PARIS -
f
i aie
ABONNEMENTS :
UN AN 6 MOI'
1:- lS et Départements. 24 fr. 12 fr.
.,t"atlger iO » 20 »
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
27, Boulevard Poissonnière, PARIS -
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : C0MŒD1A-PARIS
ABONNEMENTS:
UN AN a acla - -
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 4tO » 20 »
La Salle
arriva sur le plateau, son sou-
uc; grands jours aux lèvres:
Allons, mes enfants, y sommes-
Y sommes-nous ?. Voyons, AI-
I j,, a presse s'impatiente.
~ed, le régisseur, attribua le retard
f électricien, celui-là en rejeta la
sur les machinistes, lesquels la firent
retomber er sur les décorateurs, qui atten-
daient toujours l'heure de la répétition
générale pour leurs raccords de peinture.
— Vite! Tout le monde en scène!.
nez au public, Alfred!
V6u] depuis une heure je sonne ; ils ne
ent pas entrer !
C'est-à-dire qu'ils sont entrés et
A. orhs; frappez, ils reviendront.
Aux mots de « place au théâtre » :
amis de la maison, fournisseurs, gar-
Çon et autres rats de coulisses disparu-
bon Par les ouvertures de la toile. Le
b0n Grainval, et Montigny, le fringant
jeune Premier, commençaient l'acte. Ils
restèrent seuls en scène, échangeant de
Ses plaisanteries, destinées à prou-
ver alx autres et à eux-mêmes qu'ils
n'avaient pas le moindre trac. L'auteur,
qui lui • aussi, ne voulait point montrer
d'émotion alerte et enjoué, vint leur ser-
rer
rer Co a main et leur faire ces suprêmes
recommandations, dont on ne tient,
d'ailleurs, jamais aucun compte. Il alla
ensuite coller son œil au rideau et re-
garder d'un air narquois l'inconnu: la
salle ! Ce regard le rassura. Les criti-
ques arrivaient, les dames empanachées
aussi, les amis étaient à leurs postes, et
l'impatience du public, laquelle se mani-
festait par un furieux roulement des can-
nes le plancher, lui parut de bon au-
gure
pa^r Hein ! fit Bouzu, frappant sur l'é-
ie du cher maître, magnifique salle?
-- Oui, mais à moitié pleine.
tre-- Ils sont dans les couloirs. Ils ren-
n'eront pendant les premières scènes, ça
U» 11 vaudra que mieux.
CePendant ?
Si, si, les expositions, ça les rase!
Puis l'emmenant hors de scène: -
les Us avez vu Guillemin, Lempereur et
autres ?
aura* lin article dans, le Specta-
^aPl?VeC avant-première, portrait, bio-
phie.
ou,! Il vous aurait fallu le Grand Pan
ou la Foule! Vous vous imaginez tou-
jours, vous, les auteurs, qu'il suffit d'é-
crire les pièces; mais, mon cher, au-
rj°j u^ hui, ce n'est plus rien, absolument
r,,Il! Enfin, je viens de leur parler: ils
rnIrcheront. Alfred! Alfred! Voulez-
vous me dire ce que vous attendez pour
frapper
Toutes les sonneries électriques tintè-
avertisseur glapit dans les corri-
dors « En scène pour le un; on lève! »
Chacun se posta derrière la toile contre
les Portants et le premier coup frappa
le Plateau, allant résonner dans les des-
S et dans le cœur de l'auteur. Alfred
lqeuv,ai- t son bâton pour le second, lors-
qu'on entendit comme une altercation du
côté des loges. Eva Ducastel arrivait fu-
ribonde vers Bouzu, sa jolie bouche lais-
sant échapper d'affreux mots.
— Soyons, quoi encore? Qu'y a-t-il?
Qu'est-ce qui t'arrive, ma petite chatte?
— Ils ne m'ont pas livré mon costume
du deux, ces.
— ,Si ce n'est que ça, tu joueras en
chemise ; personne ne s'en plaindra. Al-
Irred, frappez !
Le rideau se leva lentement. Le sort
en ait jeté, la scène prenait contact
avec la 1 salle et la voix claire et ferme
fre listes allait se perdre dans le gouf-
fre re où grondait encore le mécon-
tre sombre où grondait encore le mécon-
tentement des spectateurs. Les retarda-
taires, faisant lever des rangs entiers,
regagnèrent leurs fauteuils sans se pres-
ser, es portes des loges claquèrent aux
GS des comédiennes en renom, les
conversations, entre gens qui se retrou-
vent aux répétitions, continuèrent, et les
premières scènes passèrent dans l'inat-
l On générale.
La pièce roulait, par hasard, sur l'a-
dultère, et l'auteur semblait y avoir voulu
mettre plus de vérité que de fantaisie.
il s'efforçait de préciser les caractères,
eridre le postulat vraisemblable, in-
dispensables préparations qui parurent
très Superflues à la salle mal disposée.
Au remue-ménage du commencement
succéda un silence, un silence lourd,
dont le froid glacial figeait les conversa-
tions Particulières et que vinrent ren-
forcer les tentatives maladroites de la
I^e et des amis.
Les mots, ces trouvailles qui faisaient
pâm er la troupe aux répétitions ordi-
niares, ne passaient plus la rampe. Des
effets sûrs, cotés, éprouvés cent fois, des
effets de tradition, ne portaient pas. Les
comédiens, décontenancés en pas. Les
Cette salle hostile, opposant à leurs ef-
forts Sa résistance passive, perdaient le
0 "e ent et n'étaient plus aux répli-
414e S. e l'autre côté du décor, l'oreille
44 écoutes, on guettait les moindres
1ain1 S de la salle. On l'attendait à cer-
tains passages ; elle ne bronchait pas ! La
scène de la séduction même ne parvint
Pas à la dégeler. Ça devenait inquié-
tant. la fi d t, :
Vers a fin de l'acte, une situation ris-
quée provoqua quelques frémissements;
l'on ne pouvait dire s'ils étaient pour ou
contre tape, Et le rideau tomba, non pas dans
le tapatge, non pas sur cette sorte d'effroi
précurseur des fours noirs, mais au mi-
lieu de l'indécision. Ce n'était pas assez
littéraire pour que l'on se fâchât, pas
assez romanesque pour que l'on fût in-
téressé. Il y avait comme un malentendu
entre la scène et la salle, laquelle ne re-
connaissait plus ses personnages habi-
tuels.
Les artistes regagnèrent rapidement
leurs loges. L'auteur avait disparu.
Quelques amis, passés sur le plateau
par la porte de fer, apportèrent des cou-
loirs une impression peu rassurante. On
y disait vaguement: « Il y a de bonnes
choses! — Ce n'est pas ennuyeux! »
Mais les critiques parlaient d'autres cho-
ses et restaient impénétrables.
— Allons, ça y est, s'écria Bouzu avec
dépit, c'est la tape! Je lui disais bien, à
cet animal d'auteur: mon public a hor-
reur de la psychologie plus encore que
de la littérature; ça l'embête! Coupez-
moi tout ça. Il n'a jamais voulu!. En
attendant, c'est moi qui trinque!
Et, pour passer sa colère, l'excellent
homme invectivait: Alfred, machinistes,
électriciens, accessoiristes, garçons de
théâtre, jusqu'au souffleur et même les
amis de la maison. Le personnel se mit
à l'unisson du patron, et ce fut bientôt,
des loges à l'avant-scène, du cintre aux
dessous, un grondement de tempête que
l'on eut grand'peine à calmer pour lever
le rideau sur le deux.
La partie devient grave; qui va ga-
gner, de la scène ou de la salle?
Il y a bien la scène du retour, mais, à
voir de quelle façon ils ont accueilli celle
de la séduction, peut-on y compter?
Néanmoins, les interprètes, tels des che-
vaux vigoureusement éperonnés, partent
à belle allure. Les mots n'en continuent
pas moins à tomber dans la salle comme
le ferait une pierre dont la chute au
fond d'un puits ne produirait aucun
bruit. Les plus beaux effets, pour ainsi
dire, s'évaporent; et l'on touche à la
grande scène! Tous sont haletants der-
rière la toile; la minute est décisive.
Montigny lance la réplique qui doit
faire entrer Eva Ducastel. On n'entend
plus rien. Le silence se prolonge. Tout
à coup, Montigny paraît dans l'entre-
bâillement d'une porte; il appelle à voix
sourde: « Eva! Eva! Eva! » On se re-
garde, on cherche, on court, on monte,
on appelle. Bouzu accompagne de for-
midables jurons certains qualificatifs peu
nobles; Eva Ducastel n'est pas là!
Pendant ce temps, l'infortuné jeune
premier — vieux déjà dans le métier —
cherche à occuper la scène. Il va, vient,
joue avec les accessoires, prononce des
paroles insignifiantes ; sa partenaire n'ar-
rive toujours pas!. Il ne pourra pas
continuer indéfiniment le même jeu.
Que va-t-il se passer?. La sueur perle
sur son maquillage. Et le régisseur qui
ne vient pas faire d'annonce! Montigny
s'affole et, sans s'en apercevoir, reprend
au naturel une scène de folie de son ré-
pertoire ; la salle s'émeut. Il rit, il
pleure, son angoisse est saisissante; la
salle est prise. Le voilà qui chante, puis
qui danse; les applaudissements écla-
tent. Et lorsqu'enfin Eva — laquelle n'a
pas reçu son costume — fait son entrée
en petit déshabillé, qu'il la regarde ahuri
et stupide, les bravos et les rires mon-
tent dans un roulement de tonnerre, la
salle vocifère et trépigne; c'est du dé-
lire!
Electrisés par l'enthousiasme, les
deux comédiens, soutenus maintenant
par la salle, attaquent leur grande scène
de passion ; et, dans la surexcitation de
leurs nerfs, la jouent comme ils la sen-
tent. Ils vont, ils vont, sans s'occuper
du texte qu'ils tronquent ou allongent,
pleurant à faux, riant à tort. Tous les
mots portent, les moindres allusions sont
soulignées, on en découvre même où il
n'en existe pas. C'est une explosion inin-
terrompue de rires, un feu roulant de
bravos, et le rideau est tombé depuis
longtemps que l'on applaudit encore.
Alors, les couloirs envahissent la
scène, les exclamations admiratives re-
tentissent de tous côtés. On découvre
l'auteur, effondré sur une chaise, s'arra-
chant les cheveux ! On le prend, on l'em-
brasse, on lui broie les mains !
Mais Bouzu n'entend pas de cette
oreille :
— Vite, vite ! au changement, crie-t-il,
ne les laissons pas refroidir !
Après le troisième acte, joué à contre-
sens, avec coupures, additions et varian-
tes, sans cohésion ni vraisemblance, ce
n'est plus seulement un succès, c'est un
triomphe ! L'auteur est sacré grand hom-
me, Montigny comédien de génie. Quant
à Eva Ducastel, en sa qualité d'étoile,
elle est portée aux nues.
— Hein! cher maître, répète Bouzu,
tenant amicalement l'auteur par le bras.
Quand je vous le disais que le succès était
sûr?. Seulement, pour la première,
coupez dans le un et faites-le jouer avec
le mouvement du trois. Voyez-vous,
dans le fond, c'est toujours la salle qui
a raison.
Jean JULLIEN.
La mare aux sangsues
A la campagne, lorsque l'on veut don-
ner à manger aux sangsues, on a pour
habitude de faire stationner un vieux
cheval dans une mare, et je ne connais
guère de svectacle vlus odieux.
A Paris, on les moeurs sont plus cruel-
les, on se contente de remplacer l'infor-
tuné quadrupède par un simple bour-
geois que l'on abandonne toute une soi-
rée dans une salle de théâtre.
Et c'est très certainement plus doulou-
reux encore.
■ Vestiaire, programme (Monsieur, c'est
ce que je le paye!), petit banc, sucre
d'orge, coussin, pastilles de menthe,
caramels assortis, second petit banc,
n'oubliez pas l'ouvreuse, ses petits
bénéfices, le livret, la pièce, les airs
chantés, votre parapluie, numéro de
vestiaire, que sais-je encore? Pendant
quatre mortelles heures il ne saurait être
question pour le malheureux, ahuri et
affolé, de voir ni d'entendre quoi que ce
soit.
Car, pour quelques sous de bénéfice,
nos excellents directeurs de théâtre, en
maintenant de pareils abus, trouvent bon
de chasser une clientèle qu'ils cherchent
ensuite à rattraper en dépensant des
milliers de francs.
Est-ce bien raisonnable ?
A la campagne, le vieux cheval en re-
vient quelquefois, tandis qu'à Paris, fort
souvent, le public, lui, ne revient pas.
G. DE PAWLOWSKI.
Nous publierons demain une nouvelle de
MARCEL BOULENGER
Échos
B
alzac rêvait d'un opéra populaire. Qui
l'eût cru?
Et cela dans un roman, le Cousin Pons,
qu'il écrivit en 1846.
Nous y voyons le cousin Pons devenir chef
d'orchestre d'un théâtre que dirige « l'illus-
tre Gaudissart », et Balzac écrit cette
phrase :
« La compagnie Gaudissart, qui fit d'ail-
leurs fortune, eut, en 1834, l'intention de
réaliser au boulevard cette grande idée: un
Opéra pour le peuple. »
Une grande idée: Balzac, précurseur, en
cela comme en beaucoup d'autres choses,
s'accorde donc avec nos meilleurs esprits
d'aujourd'hui qui croient qu'un opéra popu-
laire peut devenir un bel instrument d'édu-
cation sociale.
T
rous nos théâtres ont rouvert leurs por-
tes et, déjà, commence l'interminable
procession des premières représentations.
A ce sujet, une statistique intéressante est
à faire, celle des théâtres disparus; on en
compte bien une vingtaine dans Ces cin-
quante dernières, années.
Ainsi, l'Opéra de la rue Le-Peletier est
remplacé par des banques et des assuran-
ces; les Italiens sont devenus une succur-
sale de la Banque de France; les Délasse-
ments-Comiques de la rue de Provence sont
devenus un hôtel garni, et ceux du faubourg
Saint-Martin, un établissement de marchand
de vins.
Le théâtre Lafayette, rue Lafayette, sert
à un marchand de meubles; le Bobino du
Luxembourg est remplacé par un hôtel par-
ticulier.
Le théâtre de la Fidélité est occupé par
un fabricant de chaussures, et le casino Ca-
det par un établissement de bains; l'Athénée
est redevenu sous-sol de l'hôtel du même
nom; l'Athenceum de la rue des Martyrs est
occupé par un photographe ; le théâtre Beau-
marchais a fait place à une pharmacie; l'E-
den de la rue Boudreau et l'Alcazar d'hiver
sont convertis en maisons de rapport; l'E-
den-Concert du boulevard Sébastopol fait
maintenant partie d'un magasin de nouveau-
tés.
Enfin, les théâtres Saint-Pierre, Saint-An-
toine, Tivoli, Corneille, Molière, de la Tour-
d'Auvergne, où tant de nos vieux acteurs
d'aujourd'hui débutèrent, la Tertulia, le Pa-
radis-Latin, etc., etc., ont complètement dis-
paru.
En résumé, les salles de théâtres ont di-
minué de plus d'un quart depuis vingt-cinq
ans, et celles qui restent font à peine, leurs
frais, alors qu'autrefois les directeurs fai-
saient presque tous fortune.
Pourquoi?
L
e directeur du théâtre de Nantes repré-
sentera cet hiver les Troyens, de Ber-
liez ; Aplzroalle, a t-rianger ; et, comme re-
poussoir, la Famille Jolicœur, qui prit, à l'O-
péra-Comique, une forte tape.
Willy, qui a quelque chose de virgilien
dans l'esprit, affirme que, le jour où l'on af-
fichera le somnifère machin du pauvre Ar-
thur Coquard, il n'y aura que de rares Nan-
tais dans l'immense salle. rari « Nantais »
in gurgite vasto.
T
out près de la place Blanche, il est ac-
tuellement un local à louer. La bande-
role blanche qui 1 annonce aux populations
montmartroises est établie de la simple fa-
çon que voici :
A LOUER, GRANDS LOCAUX
POUR COURS D'INSTRUCTION, EXPOSITION,
INDUSTRIE, ETC., ETC.
C'est rue Blanche, au numéro 96, dans
la cour, que l'on peut aller visiter cet em-
placement, si l'on en est amateur.
Rien de théâtral dans tout cela?
Si pourtant. Car les vieux fidèles d'An-
toine peuvent se rappeler que c'est là que
peu de temps après sa création, le Théâtre
Libre vint donner quelques-unes de ses plus
mémorables soirées; là, toute la critique d'il
y a vingt ans se donnait rendez-vous, pour
applaudir non seulement l'initiative d'au-
teurs jeunes alors, aujourd'hui illustres. ou
morts, mais encore l'enthousiasme de la
troupe réaliste dont le chef dirige aujour-
d'hui notre second Théâtre-Français.
L
e compositeur anglais Eugène d'Albert
- met en musique le Tragaldabas de Vac-
querie. Il est oans le trOIO ae la composi-
tion.
Souhaitons-lui d'être plus heureux avec
l'œuvre du disciple hugrotesque, que ne le
fut M. Saint-Saëns avec la Proserpine du
même Vacquerie, presque aussi ennuyeuse
comme livret que comme musique.
Les vers de Tragaldabas furent conspués,
jadis, avec un acharnement furieux ; l'auteur
a gaiement raconté que, le soir de la pre-
mière, il vit ses figurants eux-mêmes siffler
avec le public.
Quelque temps après ce four retentissant,
il assistait à la représentation d'une pièce
que les spectateurs, dès le second acte, com-
mencèrent à égayer; son voisin protestait,
murmurait, tapait des pieds, visiblement
agacé de ne pouvoir faire autant de bruit
qu'il le désirait. Avec un soupir, le mani-
festant se tourna vers Vacquerie, qu'il n'a-
vait jamais vu et lui dit :
- Ah! monsieur, quel dommage que je
n'aie pas apporté ma grosse clef de Tragal-
dabas 1 -
0
vous, les non-initiés, savez-vous ce
qu'on trouve dans le bagage de cer-
tains comédiens - non oes moindres.
Pas seulement des bâtons pour grimer le
visage, du « Cacao » pour enlever les fards
— mais des fioles, des fioles qui feraient se
pâmer de terreur le docteur Faust lui-même.
A côté d'essences orientales — oui, parfai-
tement — il y a de la cocaïne qu'un compte-
gouttes insère fréquemment dans l'appendice
nasal; il y a de la morphine. aussi de pe-
tits pots d'une matière noire et gluante, sen-
tant à la fois le cirage et la réglisse — de
l'opium!
Et c'est ainsi que certains artistes que vous
avez applaudis à l'Odéon et à la Porte Saint-
Martin, où leur physique excitait 1 admira-
tion féminine ; c'est ainsi, dis-je, que cer-
tains artistes reviennent jouer chez eux,
après le théâtre, une comédie moins intelli-
gente, étendus sur des nattes devant la petite
lampe chinoise, le bambou à la bouche, en
des attitudes de gros Boudhas abrutis,.
1
1 y a la manière. , 1
Certains auteurs se plaignent des for-
mules brutales qu emploient certains airec-
teurs pour le « retour » des manuscrits.
Voici une formule charmante inventée par
l'homme le plus poli de la terre : le Chinois :
« Nous avons lu ton manuscrit avec déli-
ces. Par les os de nos ancêtres, nous jurons
ne jamais avoir lu jusqu'à ce jour un tel
chef-d'œuvre. Si nous le représentions,
S. M. l'empereur nous ordonnerait de le
prendre comme critérium et de ne jamais
représenter quelque chose qui lui fût infé-
rieur. Comme cela ne serait pas possible
avant dix mille années, nous te retournons,
tout tremblant, ton manuscrit, et te deman-
dons dix mille pardons. »
s
aviez-vous que nous avions failli le per-
dre; le saviez-vous?
A vrai dire, la chose remonte à plusieurs
années et la scène se passe à Buenos-Ayres
devant e paquebot qui doit ramener eu
France la troupe dont Huguenet constitue
l'un des plus beaux ornements.
Mais Huguenet ne veut rien savoir pour
prendre le bateau :
— Je ne veux pas m'en aller, na 1 J'ai
une trop belle affaire en vue. -
Huguenet partit enfin, mais je vous donne
en mille à deviner la « belle affaire » que
Huguenet ne voulait pas laisser échapper.
Il voulait tout bonnement s'établir os-
tréiculteur.
Entre nous, n'a-t-il pas mieux fait de re-
venir, et pour lui et pour nous.
u
ne anecdote amusante. Lorsque, il y a
deux ans environ, M. Jean Aicard eut
terminé son Manteau du Roi, actuellement
en répétitions à la Porte-Saint-Martin, il in-
vita son ami, M. Massenet, à une audition
de l'ouvrage.
A cette lecture, devaient assister égale-
ment M. de Max et quelques rares amis.
L'auteur du Manteau du Roi reçut la ré-
ponse suivante sur une carte de l'illustre
compositeur :
« Désolé, cher ami; il m'est absolument
impossible d'être des vôtres demain soir,
Je dois, en effet. »
Jean Aicard faillit rejeter avec chagrin la
malencontreuse carte sur sa table de travail
sans lire plus avant.
Toutefois, il la retourna machinalement
et lut au verso :
« Je dois, en effet, assister chez mon cher
ami Jean Aicard à la première lecture de sa
nouvelle pièce, le Manteau du Roi et vous
comprendrez sans peine que je ne peux pas
y manquer. »
Après cette lecture, l'auteur de Manon
devait prouver à l'auteur du Manteau du
Roi sa satisfaction et son amitié en écrivant
pour l'ouvrage une musique de scène qui
est « comme une illustration colorée des
scènes essentielles », selon l'expression du
compositeur. C'est bien davantage, nous dit
le poète :
La note est comme une aile au pied du vers
- [posée.
L
e Trou ! Ça n'est pas celui du Souffleur
de Pierre Decourcelle, c'est celui du
Gymnase.
Le Masque de Verre — qui se fait hous-
piller par certains, que c'en est une béné-
diction — relève sur le bulletin de répéti-
tion, affiché avant-hier, au théâtre du Gym-
nase, l'avis suivant qu'il se garde bien de
déflorer par un commentaire :
« M. le Régisseur rappelle à MM. les Ar-
tistes ainsi qu'au personnel qu'il est rigou-
reusement interdit de détériorer la toile des
décors pour regarder le jeu des artistes.
« Prôner d'un trou antérieur, c'est dété-
riorer soi-même!
« Dorénavant, il y aura sanction.
« Pour M. FRANCK :
Signé : Paul EDMOND. »
Eh! eh! monsieur Edmond.
Le sûr moyen, pour nos artistes lyriques
et dramatiques, d'être exacts aux répétitions
est, évidemment, dans l'usage d'une 10-14
Bayard, dont le joli magasin de vente, 10,
boulevard de la Madeleine, offre tant de
spécimens équipés en voitures
D
ans un cabaret de la Butte,
Un petit ténor, essoufflé,
Rata son ut et fut sifflé.
11 MORALITÉ
An bout d'ut faux c'est la culbuter
Le Masque de Verre.
THEATRE NATIONAL DE L'ODÉON
ÇÇLes Vînmes du Paon".
Comédie en trois actes de
MM. Alexandre Bisson et Berr de Turique
Henri Claudel est un auteur dramati-
que dont les pièces gaies, cyniquement
vaudevillesques, ont le plus grand suc-
cès. Sa dernière en date, jouée hier,
vient de le classer au premier rang des
heureux qui gagnent, en faisant plaisil
au public, réputation brillante et beau-
coup d'argent.
Par malheur, sa femme, Germaine,
ne jouit en aucune façon de cette situa-
tion avantageuse. Elle souffre d'une ja-
lousie atroce excitée par les interprètes
féminines de son mari, et en particulier
LES PRINCIPAUX INTERPRETES Cliché Maouèr]
A gauche et de haut en bas: M. CALMETTES, Mlle SYLVIE, Mlle LUKAS. — Au milieu?
Mlle GOLDSTEIN. — A droite et de haut en bas : Mlles BARJAC, FABER, M. DUMENY.
par l'actrice Solange, dont elle a surpris
les coquetages avec Claudel, et qui a
d'ailleurs le renom de s'offrir comme
amants tous les auteurs célèbres.
Raoul Prémart est un auteur dramati-
que dont les pièces ennuyeuses, préten-
tieusement ibséniennes, ne récoltent (si
l'on ose dire ainsi) que des fours. Pré-
mart n'en est pas moins convaincu de
son génie. Si le public ne goûte point de
telles œuvres, c'est que le public est stu-
pide. Prémart se présente comme le type
accompli du raté vaniteux et envieux.
N'empêche qu'il est aimé par Yvonne,
jeune amie de Germaine, et fille de Ba-
jolin, négociant en brosserie. Yvonne
croit à l'avenir de Raoul Prémart, et
convoite le sort de Germaine, c'est-à-
dire d'être la femme partageant la gloire
et la fortune d'un auteur dramatique a
succès. Les petits inconvénients de la
situation, à savoir les rivalités avec les
actrices, n'ont rien qui l'effraient.
Le mariage est contrarié par Bajolin,
qui n'a aucune confiance, lui, en Pré-
mart, qui s'ennuie aux fours du raté, et
qui lui conseille de suivre le chemin du
succès où triomphe Claudel. Que Pré-
mart fasse des pièces gaies et plaisant
au public, à l'instar de Claudel, et Bajo-
lin donnera sa fille Yvonne à l'ibsénien
devenu vaudevilliste.
Pour tout arranger, et dans son inté-
rieur, et dans la vie de son ami Prémart,
voici le biais imaginé par Claudel. Il re-
noncera, lui, Claudel, aux coulisses, et
partira pour voyager avec sa femme,
guérie ainsi de toute jalousie; et, cepen-
dant sa pièce nouvelle sera jouée sous
le nom de Prémart, qui en récoltera le
succès et ainsi pourra épouser Yvonne.
Les droits d'auteur seront partagés, trois
quarts pour Claudel et un quart pour
Prémart, qui assumera tout le travail
des répétitions. Le secret sera gardé ab-
solument, même auprès des deux fem-
mes. N'est-ce pas, cette combinaison, le
bonheur assuré pour tous?
Tel est le premier acte, posant les pos-
tulats de la pièce, et demandant au pu-
blic de s'y intéresser, pour que puisse,
ou le passionner, ou le divertir, le drame
ou le vaudeville qui va découler de ces
postulats..
Et tout de suite, je suis forcé d'a-
vouer que j'ignore absolument si ces
personnages, ce milieu spécial, ces ques-
tions littéraires mêlées à des partages
de droits d'auteur, cette intrusion dans
des ménages appartenant au monde théâ-
tral - bref, si le corps de métier que nous
sommes, et ses mœurs, ses tics, ses ta-
res, ses intimités, ses dessous, ont de
quoi éveiller et retenir l'attention du pu-
blic. , ,
L expenence a nier n est. punn puui
me tirer de cette ignorance. On n'en
saurait conclure, en effet, étant donné
que le public des répétitions générales et
des premières est lui-même un composé
de ce monde qui vit du théâtre, auteurs,
comédiens, journalistes.
Oue ce oubiic-là ait été vi, siblement
sur ses gardes, méfiant jusqu'à la froi-
deur, gêné de se voir mis en scène, il
faut bien le constater, et il n'y a pas
lieu d'en être surpris. Dans le miroir.
où il se regardait, il devait fatalement se
trouver déformé, enlaidi, non ressem-
blant.
Aussi n'a-t-il point paru prendre urt
plaisir extrême aux péripéties, pourtant
fort bien agencées, et au dialogue alerte,
spirituel souvent, toujours à propos, dé -
ces trois actes où l'on sentait la jeune.
verve d'un aimable psychologue et la
patte adroite d'un maître ouvrier fa.
meux par quelques chefs-d'œuvre -du
vaudeville.
A ces qualités de bonne facture, ce
public demeurait rebelle, n'ayant pas ad-
mis tout d'abord le choix même du su-
jet.
Dès lors, en effet, en quoi pouvait-il
lui importer de connaître et d'apprécier
les états d'âme, neufs et curieux, de
Prémart le raté devenu un auteur à suc-
cès avec les pièces d'un autre, et ceux,
plus prévus, de sa femme l'admirant
pour des œuvres qu'il n'a pas faites, et
les revirements de Claudel repiqué au
jeu et par la tarentule du théâtre après
deux ans de silence apparent, et les ran-
cœurs de Germaine blessée par le
triomphe insolent d'Yvonne? Rien de
tout cet ingénieux scénario ne pouvait
désormais charmer le public. Les mots
le forçaient à rire, par-ci par-là, mêmè
les mots d'auteur, tout à fait en situation
ici puisque les personnages étaient des
auteurs précisément. Mais l'action elle--
même ne le prenait pas, fût-ce dans les
inventions les plus joyeuses de son im«i,
broglio, comme cet héritage d'un châ-
teau laissé à l'auteur de Snobinette, pièce
écrite par Claudel et signée par Prémart,
d ou conflit entre les irfttiv mériflofis. F>_:
a faire partir le feu roulant de rire qu'on
attendait, n'arrivaient pas non plus les'
personnages accessoires, ni le père-
d'Yvonne, le négociant brossier changé
en vieux roquentin de coulisses, ni les
comédiennes Solange et Clairette se je-
tant au cou des auteurs pour avoir des
rôles, ni le directeur de théâtre aux allu-
res grotesques, ni l'imprésario allemand
à 1 accent choucroutard.
Peut-être aussi les artistes n'ont-ils
pas présenté cette chose légère avec toute
la légèreté désirable. Et cela, vraisem-
blablement, non par leur faute. La pièce
était qualifiée de comédie sur l'affiche.
En comédie, donc, ils l'ont jouée. Du-
mény, même, a poussé jusqu'à la corné-
die dramatique. Son raté, par instants,
tourne au bilieux aigre et mauvais. Aux
endroits, dans le troisième acte, où il a
mis plus de fantaisie, les scènes por-
taient mieux. On aurait dû prendre le
la du ton général à ces notes gaies, a
celles de Calmettes surtout, très bon en-
fant en Claudel. L'Odéon s'y fût un
brin compromis dans du vaudeville;
mais la pièce y eût sûrement gagné en
joie.
Il est fort probable que le vrai public
forcera les artistes à incliner vers ce jeu
plus en dehors, plus en farce. Et il n'y
aurait rien d'étonnant non plus à ce que
le monde du théâtre eût ce qu'il faut
pour amuser le public qui n'en est pas,
lui, du théâtre. On se divertit bien aux
mœurs, vices, travers, ridicules, de tou-
tes les autres professions! Pourquoi ne
s intéresserait-on pas à ceux de la nô-
tre?
Je le souhaite pour les auteurs des
Plumes du Paon, qui ont fait en * * dt
nous plaire, un effort méritent la rfus-
l>0 Mumèra l içtnmst
Mercredi 9 Octoûre 1901.
Rédacteur en Chef ? G. de PAWLOWSKI
RÉDACTION & ADMINISTRATION ;
27, Bouleuard Poissonnière, PARIS
'———SMO—--
TÉLÉPHONE : £88-07
^esse Télégraphique : COMŒDlA..PARIS -
f
i aie
ABONNEMENTS :
UN AN 6 MOI'
1:- lS et Départements. 24 fr. 12 fr.
.,t"atlger iO » 20 »
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
27, Boulevard Poissonnière, PARIS -
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Adresse Télégraphique : C0MŒD1A-PARIS
ABONNEMENTS:
UN AN a acla - -
Paris et Départements 24 fr. 12 fr.
Étranger. 4tO » 20 »
La Salle
arriva sur le plateau, son sou-
uc; grands jours aux lèvres:
Allons, mes enfants, y sommes-
Y sommes-nous ?. Voyons, AI-
I j,, a presse s'impatiente.
~ed, le régisseur, attribua le retard
f électricien, celui-là en rejeta la
sur les machinistes, lesquels la firent
retomber er sur les décorateurs, qui atten-
daient toujours l'heure de la répétition
générale pour leurs raccords de peinture.
— Vite! Tout le monde en scène!.
nez au public, Alfred!
V6u] depuis une heure je sonne ; ils ne
ent pas entrer !
C'est-à-dire qu'ils sont entrés et
A. orhs; frappez, ils reviendront.
Aux mots de « place au théâtre » :
amis de la maison, fournisseurs, gar-
Çon et autres rats de coulisses disparu-
bon Par les ouvertures de la toile. Le
b0n Grainval, et Montigny, le fringant
jeune Premier, commençaient l'acte. Ils
restèrent seuls en scène, échangeant de
Ses plaisanteries, destinées à prou-
ver alx autres et à eux-mêmes qu'ils
n'avaient pas le moindre trac. L'auteur,
qui lui • aussi, ne voulait point montrer
d'émotion alerte et enjoué, vint leur ser-
rer
rer Co a main et leur faire ces suprêmes
recommandations, dont on ne tient,
d'ailleurs, jamais aucun compte. Il alla
ensuite coller son œil au rideau et re-
garder d'un air narquois l'inconnu: la
salle ! Ce regard le rassura. Les criti-
ques arrivaient, les dames empanachées
aussi, les amis étaient à leurs postes, et
l'impatience du public, laquelle se mani-
festait par un furieux roulement des can-
nes le plancher, lui parut de bon au-
gure
pa^r Hein ! fit Bouzu, frappant sur l'é-
ie du cher maître, magnifique salle?
-- Oui, mais à moitié pleine.
tre-- Ils sont dans les couloirs. Ils ren-
n'eront pendant les premières scènes, ça
U» 11 vaudra que mieux.
CePendant ?
Si, si, les expositions, ça les rase!
Puis l'emmenant hors de scène: -
les Us avez vu Guillemin, Lempereur et
autres ?
aura* lin article dans, le Specta-
^aPl?VeC avant-première, portrait, bio-
phie.
ou,! Il vous aurait fallu le Grand Pan
ou la Foule! Vous vous imaginez tou-
jours, vous, les auteurs, qu'il suffit d'é-
crire les pièces; mais, mon cher, au-
rj°j u^ hui, ce n'est plus rien, absolument
r,,Il! Enfin, je viens de leur parler: ils
rnIrcheront. Alfred! Alfred! Voulez-
vous me dire ce que vous attendez pour
frapper
Toutes les sonneries électriques tintè-
avertisseur glapit dans les corri-
dors « En scène pour le un; on lève! »
Chacun se posta derrière la toile contre
les Portants et le premier coup frappa
le Plateau, allant résonner dans les des-
S et dans le cœur de l'auteur. Alfred
lqeuv,ai- t son bâton pour le second, lors-
qu'on entendit comme une altercation du
côté des loges. Eva Ducastel arrivait fu-
ribonde vers Bouzu, sa jolie bouche lais-
sant échapper d'affreux mots.
— Soyons, quoi encore? Qu'y a-t-il?
Qu'est-ce qui t'arrive, ma petite chatte?
— Ils ne m'ont pas livré mon costume
du deux, ces.
— ,Si ce n'est que ça, tu joueras en
chemise ; personne ne s'en plaindra. Al-
Irred, frappez !
Le rideau se leva lentement. Le sort
en ait jeté, la scène prenait contact
avec la 1 salle et la voix claire et ferme
fre listes allait se perdre dans le gouf-
fre re où grondait encore le mécon-
tre sombre où grondait encore le mécon-
tentement des spectateurs. Les retarda-
taires, faisant lever des rangs entiers,
regagnèrent leurs fauteuils sans se pres-
ser, es portes des loges claquèrent aux
GS des comédiennes en renom, les
conversations, entre gens qui se retrou-
vent aux répétitions, continuèrent, et les
premières scènes passèrent dans l'inat-
l On générale.
La pièce roulait, par hasard, sur l'a-
dultère, et l'auteur semblait y avoir voulu
mettre plus de vérité que de fantaisie.
il s'efforçait de préciser les caractères,
eridre le postulat vraisemblable, in-
dispensables préparations qui parurent
très Superflues à la salle mal disposée.
Au remue-ménage du commencement
succéda un silence, un silence lourd,
dont le froid glacial figeait les conversa-
tions Particulières et que vinrent ren-
forcer les tentatives maladroites de la
I^e et des amis.
Les mots, ces trouvailles qui faisaient
pâm er la troupe aux répétitions ordi-
niares, ne passaient plus la rampe. Des
effets sûrs, cotés, éprouvés cent fois, des
effets de tradition, ne portaient pas. Les
comédiens, décontenancés en pas. Les
Cette salle hostile, opposant à leurs ef-
forts Sa résistance passive, perdaient le
0 "e ent et n'étaient plus aux répli-
414e S. e l'autre côté du décor, l'oreille
44 écoutes, on guettait les moindres
1ain1 S de la salle. On l'attendait à cer-
tains passages ; elle ne bronchait pas ! La
scène de la séduction même ne parvint
Pas à la dégeler. Ça devenait inquié-
tant. la fi d t, :
Vers a fin de l'acte, une situation ris-
quée provoqua quelques frémissements;
l'on ne pouvait dire s'ils étaient pour ou
contre tape, Et le rideau tomba, non pas dans
le tapatge, non pas sur cette sorte d'effroi
précurseur des fours noirs, mais au mi-
lieu de l'indécision. Ce n'était pas assez
littéraire pour que l'on se fâchât, pas
assez romanesque pour que l'on fût in-
téressé. Il y avait comme un malentendu
entre la scène et la salle, laquelle ne re-
connaissait plus ses personnages habi-
tuels.
Les artistes regagnèrent rapidement
leurs loges. L'auteur avait disparu.
Quelques amis, passés sur le plateau
par la porte de fer, apportèrent des cou-
loirs une impression peu rassurante. On
y disait vaguement: « Il y a de bonnes
choses! — Ce n'est pas ennuyeux! »
Mais les critiques parlaient d'autres cho-
ses et restaient impénétrables.
— Allons, ça y est, s'écria Bouzu avec
dépit, c'est la tape! Je lui disais bien, à
cet animal d'auteur: mon public a hor-
reur de la psychologie plus encore que
de la littérature; ça l'embête! Coupez-
moi tout ça. Il n'a jamais voulu!. En
attendant, c'est moi qui trinque!
Et, pour passer sa colère, l'excellent
homme invectivait: Alfred, machinistes,
électriciens, accessoiristes, garçons de
théâtre, jusqu'au souffleur et même les
amis de la maison. Le personnel se mit
à l'unisson du patron, et ce fut bientôt,
des loges à l'avant-scène, du cintre aux
dessous, un grondement de tempête que
l'on eut grand'peine à calmer pour lever
le rideau sur le deux.
La partie devient grave; qui va ga-
gner, de la scène ou de la salle?
Il y a bien la scène du retour, mais, à
voir de quelle façon ils ont accueilli celle
de la séduction, peut-on y compter?
Néanmoins, les interprètes, tels des che-
vaux vigoureusement éperonnés, partent
à belle allure. Les mots n'en continuent
pas moins à tomber dans la salle comme
le ferait une pierre dont la chute au
fond d'un puits ne produirait aucun
bruit. Les plus beaux effets, pour ainsi
dire, s'évaporent; et l'on touche à la
grande scène! Tous sont haletants der-
rière la toile; la minute est décisive.
Montigny lance la réplique qui doit
faire entrer Eva Ducastel. On n'entend
plus rien. Le silence se prolonge. Tout
à coup, Montigny paraît dans l'entre-
bâillement d'une porte; il appelle à voix
sourde: « Eva! Eva! Eva! » On se re-
garde, on cherche, on court, on monte,
on appelle. Bouzu accompagne de for-
midables jurons certains qualificatifs peu
nobles; Eva Ducastel n'est pas là!
Pendant ce temps, l'infortuné jeune
premier — vieux déjà dans le métier —
cherche à occuper la scène. Il va, vient,
joue avec les accessoires, prononce des
paroles insignifiantes ; sa partenaire n'ar-
rive toujours pas!. Il ne pourra pas
continuer indéfiniment le même jeu.
Que va-t-il se passer?. La sueur perle
sur son maquillage. Et le régisseur qui
ne vient pas faire d'annonce! Montigny
s'affole et, sans s'en apercevoir, reprend
au naturel une scène de folie de son ré-
pertoire ; la salle s'émeut. Il rit, il
pleure, son angoisse est saisissante; la
salle est prise. Le voilà qui chante, puis
qui danse; les applaudissements écla-
tent. Et lorsqu'enfin Eva — laquelle n'a
pas reçu son costume — fait son entrée
en petit déshabillé, qu'il la regarde ahuri
et stupide, les bravos et les rires mon-
tent dans un roulement de tonnerre, la
salle vocifère et trépigne; c'est du dé-
lire!
Electrisés par l'enthousiasme, les
deux comédiens, soutenus maintenant
par la salle, attaquent leur grande scène
de passion ; et, dans la surexcitation de
leurs nerfs, la jouent comme ils la sen-
tent. Ils vont, ils vont, sans s'occuper
du texte qu'ils tronquent ou allongent,
pleurant à faux, riant à tort. Tous les
mots portent, les moindres allusions sont
soulignées, on en découvre même où il
n'en existe pas. C'est une explosion inin-
terrompue de rires, un feu roulant de
bravos, et le rideau est tombé depuis
longtemps que l'on applaudit encore.
Alors, les couloirs envahissent la
scène, les exclamations admiratives re-
tentissent de tous côtés. On découvre
l'auteur, effondré sur une chaise, s'arra-
chant les cheveux ! On le prend, on l'em-
brasse, on lui broie les mains !
Mais Bouzu n'entend pas de cette
oreille :
— Vite, vite ! au changement, crie-t-il,
ne les laissons pas refroidir !
Après le troisième acte, joué à contre-
sens, avec coupures, additions et varian-
tes, sans cohésion ni vraisemblance, ce
n'est plus seulement un succès, c'est un
triomphe ! L'auteur est sacré grand hom-
me, Montigny comédien de génie. Quant
à Eva Ducastel, en sa qualité d'étoile,
elle est portée aux nues.
— Hein! cher maître, répète Bouzu,
tenant amicalement l'auteur par le bras.
Quand je vous le disais que le succès était
sûr?. Seulement, pour la première,
coupez dans le un et faites-le jouer avec
le mouvement du trois. Voyez-vous,
dans le fond, c'est toujours la salle qui
a raison.
Jean JULLIEN.
La mare aux sangsues
A la campagne, lorsque l'on veut don-
ner à manger aux sangsues, on a pour
habitude de faire stationner un vieux
cheval dans une mare, et je ne connais
guère de svectacle vlus odieux.
A Paris, on les moeurs sont plus cruel-
les, on se contente de remplacer l'infor-
tuné quadrupède par un simple bour-
geois que l'on abandonne toute une soi-
rée dans une salle de théâtre.
Et c'est très certainement plus doulou-
reux encore.
■ Vestiaire, programme (Monsieur, c'est
ce que je le paye!), petit banc, sucre
d'orge, coussin, pastilles de menthe,
caramels assortis, second petit banc,
n'oubliez pas l'ouvreuse, ses petits
bénéfices, le livret, la pièce, les airs
chantés, votre parapluie, numéro de
vestiaire, que sais-je encore? Pendant
quatre mortelles heures il ne saurait être
question pour le malheureux, ahuri et
affolé, de voir ni d'entendre quoi que ce
soit.
Car, pour quelques sous de bénéfice,
nos excellents directeurs de théâtre, en
maintenant de pareils abus, trouvent bon
de chasser une clientèle qu'ils cherchent
ensuite à rattraper en dépensant des
milliers de francs.
Est-ce bien raisonnable ?
A la campagne, le vieux cheval en re-
vient quelquefois, tandis qu'à Paris, fort
souvent, le public, lui, ne revient pas.
G. DE PAWLOWSKI.
Nous publierons demain une nouvelle de
MARCEL BOULENGER
Échos
B
alzac rêvait d'un opéra populaire. Qui
l'eût cru?
Et cela dans un roman, le Cousin Pons,
qu'il écrivit en 1846.
Nous y voyons le cousin Pons devenir chef
d'orchestre d'un théâtre que dirige « l'illus-
tre Gaudissart », et Balzac écrit cette
phrase :
« La compagnie Gaudissart, qui fit d'ail-
leurs fortune, eut, en 1834, l'intention de
réaliser au boulevard cette grande idée: un
Opéra pour le peuple. »
Une grande idée: Balzac, précurseur, en
cela comme en beaucoup d'autres choses,
s'accorde donc avec nos meilleurs esprits
d'aujourd'hui qui croient qu'un opéra popu-
laire peut devenir un bel instrument d'édu-
cation sociale.
T
rous nos théâtres ont rouvert leurs por-
tes et, déjà, commence l'interminable
procession des premières représentations.
A ce sujet, une statistique intéressante est
à faire, celle des théâtres disparus; on en
compte bien une vingtaine dans Ces cin-
quante dernières, années.
Ainsi, l'Opéra de la rue Le-Peletier est
remplacé par des banques et des assuran-
ces; les Italiens sont devenus une succur-
sale de la Banque de France; les Délasse-
ments-Comiques de la rue de Provence sont
devenus un hôtel garni, et ceux du faubourg
Saint-Martin, un établissement de marchand
de vins.
Le théâtre Lafayette, rue Lafayette, sert
à un marchand de meubles; le Bobino du
Luxembourg est remplacé par un hôtel par-
ticulier.
Le théâtre de la Fidélité est occupé par
un fabricant de chaussures, et le casino Ca-
det par un établissement de bains; l'Athénée
est redevenu sous-sol de l'hôtel du même
nom; l'Athenceum de la rue des Martyrs est
occupé par un photographe ; le théâtre Beau-
marchais a fait place à une pharmacie; l'E-
den de la rue Boudreau et l'Alcazar d'hiver
sont convertis en maisons de rapport; l'E-
den-Concert du boulevard Sébastopol fait
maintenant partie d'un magasin de nouveau-
tés.
Enfin, les théâtres Saint-Pierre, Saint-An-
toine, Tivoli, Corneille, Molière, de la Tour-
d'Auvergne, où tant de nos vieux acteurs
d'aujourd'hui débutèrent, la Tertulia, le Pa-
radis-Latin, etc., etc., ont complètement dis-
paru.
En résumé, les salles de théâtres ont di-
minué de plus d'un quart depuis vingt-cinq
ans, et celles qui restent font à peine, leurs
frais, alors qu'autrefois les directeurs fai-
saient presque tous fortune.
Pourquoi?
L
e directeur du théâtre de Nantes repré-
sentera cet hiver les Troyens, de Ber-
liez ; Aplzroalle, a t-rianger ; et, comme re-
poussoir, la Famille Jolicœur, qui prit, à l'O-
péra-Comique, une forte tape.
Willy, qui a quelque chose de virgilien
dans l'esprit, affirme que, le jour où l'on af-
fichera le somnifère machin du pauvre Ar-
thur Coquard, il n'y aura que de rares Nan-
tais dans l'immense salle. rari « Nantais »
in gurgite vasto.
T
out près de la place Blanche, il est ac-
tuellement un local à louer. La bande-
role blanche qui 1 annonce aux populations
montmartroises est établie de la simple fa-
çon que voici :
A LOUER, GRANDS LOCAUX
POUR COURS D'INSTRUCTION, EXPOSITION,
INDUSTRIE, ETC., ETC.
C'est rue Blanche, au numéro 96, dans
la cour, que l'on peut aller visiter cet em-
placement, si l'on en est amateur.
Rien de théâtral dans tout cela?
Si pourtant. Car les vieux fidèles d'An-
toine peuvent se rappeler que c'est là que
peu de temps après sa création, le Théâtre
Libre vint donner quelques-unes de ses plus
mémorables soirées; là, toute la critique d'il
y a vingt ans se donnait rendez-vous, pour
applaudir non seulement l'initiative d'au-
teurs jeunes alors, aujourd'hui illustres. ou
morts, mais encore l'enthousiasme de la
troupe réaliste dont le chef dirige aujour-
d'hui notre second Théâtre-Français.
L
e compositeur anglais Eugène d'Albert
- met en musique le Tragaldabas de Vac-
querie. Il est oans le trOIO ae la composi-
tion.
Souhaitons-lui d'être plus heureux avec
l'œuvre du disciple hugrotesque, que ne le
fut M. Saint-Saëns avec la Proserpine du
même Vacquerie, presque aussi ennuyeuse
comme livret que comme musique.
Les vers de Tragaldabas furent conspués,
jadis, avec un acharnement furieux ; l'auteur
a gaiement raconté que, le soir de la pre-
mière, il vit ses figurants eux-mêmes siffler
avec le public.
Quelque temps après ce four retentissant,
il assistait à la représentation d'une pièce
que les spectateurs, dès le second acte, com-
mencèrent à égayer; son voisin protestait,
murmurait, tapait des pieds, visiblement
agacé de ne pouvoir faire autant de bruit
qu'il le désirait. Avec un soupir, le mani-
festant se tourna vers Vacquerie, qu'il n'a-
vait jamais vu et lui dit :
- Ah! monsieur, quel dommage que je
n'aie pas apporté ma grosse clef de Tragal-
dabas 1 -
0
vous, les non-initiés, savez-vous ce
qu'on trouve dans le bagage de cer-
tains comédiens - non oes moindres.
Pas seulement des bâtons pour grimer le
visage, du « Cacao » pour enlever les fards
— mais des fioles, des fioles qui feraient se
pâmer de terreur le docteur Faust lui-même.
A côté d'essences orientales — oui, parfai-
tement — il y a de la cocaïne qu'un compte-
gouttes insère fréquemment dans l'appendice
nasal; il y a de la morphine. aussi de pe-
tits pots d'une matière noire et gluante, sen-
tant à la fois le cirage et la réglisse — de
l'opium!
Et c'est ainsi que certains artistes que vous
avez applaudis à l'Odéon et à la Porte Saint-
Martin, où leur physique excitait 1 admira-
tion féminine ; c'est ainsi, dis-je, que cer-
tains artistes reviennent jouer chez eux,
après le théâtre, une comédie moins intelli-
gente, étendus sur des nattes devant la petite
lampe chinoise, le bambou à la bouche, en
des attitudes de gros Boudhas abrutis,.
1
1 y a la manière. , 1
Certains auteurs se plaignent des for-
mules brutales qu emploient certains airec-
teurs pour le « retour » des manuscrits.
Voici une formule charmante inventée par
l'homme le plus poli de la terre : le Chinois :
« Nous avons lu ton manuscrit avec déli-
ces. Par les os de nos ancêtres, nous jurons
ne jamais avoir lu jusqu'à ce jour un tel
chef-d'œuvre. Si nous le représentions,
S. M. l'empereur nous ordonnerait de le
prendre comme critérium et de ne jamais
représenter quelque chose qui lui fût infé-
rieur. Comme cela ne serait pas possible
avant dix mille années, nous te retournons,
tout tremblant, ton manuscrit, et te deman-
dons dix mille pardons. »
s
aviez-vous que nous avions failli le per-
dre; le saviez-vous?
A vrai dire, la chose remonte à plusieurs
années et la scène se passe à Buenos-Ayres
devant e paquebot qui doit ramener eu
France la troupe dont Huguenet constitue
l'un des plus beaux ornements.
Mais Huguenet ne veut rien savoir pour
prendre le bateau :
— Je ne veux pas m'en aller, na 1 J'ai
une trop belle affaire en vue. -
Huguenet partit enfin, mais je vous donne
en mille à deviner la « belle affaire » que
Huguenet ne voulait pas laisser échapper.
Il voulait tout bonnement s'établir os-
tréiculteur.
Entre nous, n'a-t-il pas mieux fait de re-
venir, et pour lui et pour nous.
u
ne anecdote amusante. Lorsque, il y a
deux ans environ, M. Jean Aicard eut
terminé son Manteau du Roi, actuellement
en répétitions à la Porte-Saint-Martin, il in-
vita son ami, M. Massenet, à une audition
de l'ouvrage.
A cette lecture, devaient assister égale-
ment M. de Max et quelques rares amis.
L'auteur du Manteau du Roi reçut la ré-
ponse suivante sur une carte de l'illustre
compositeur :
« Désolé, cher ami; il m'est absolument
impossible d'être des vôtres demain soir,
Je dois, en effet. »
Jean Aicard faillit rejeter avec chagrin la
malencontreuse carte sur sa table de travail
sans lire plus avant.
Toutefois, il la retourna machinalement
et lut au verso :
« Je dois, en effet, assister chez mon cher
ami Jean Aicard à la première lecture de sa
nouvelle pièce, le Manteau du Roi et vous
comprendrez sans peine que je ne peux pas
y manquer. »
Après cette lecture, l'auteur de Manon
devait prouver à l'auteur du Manteau du
Roi sa satisfaction et son amitié en écrivant
pour l'ouvrage une musique de scène qui
est « comme une illustration colorée des
scènes essentielles », selon l'expression du
compositeur. C'est bien davantage, nous dit
le poète :
La note est comme une aile au pied du vers
- [posée.
L
e Trou ! Ça n'est pas celui du Souffleur
de Pierre Decourcelle, c'est celui du
Gymnase.
Le Masque de Verre — qui se fait hous-
piller par certains, que c'en est une béné-
diction — relève sur le bulletin de répéti-
tion, affiché avant-hier, au théâtre du Gym-
nase, l'avis suivant qu'il se garde bien de
déflorer par un commentaire :
« M. le Régisseur rappelle à MM. les Ar-
tistes ainsi qu'au personnel qu'il est rigou-
reusement interdit de détériorer la toile des
décors pour regarder le jeu des artistes.
« Prôner d'un trou antérieur, c'est dété-
riorer soi-même!
« Dorénavant, il y aura sanction.
« Pour M. FRANCK :
Signé : Paul EDMOND. »
Eh! eh! monsieur Edmond.
Le sûr moyen, pour nos artistes lyriques
et dramatiques, d'être exacts aux répétitions
est, évidemment, dans l'usage d'une 10-14
Bayard, dont le joli magasin de vente, 10,
boulevard de la Madeleine, offre tant de
spécimens équipés en voitures
D
ans un cabaret de la Butte,
Un petit ténor, essoufflé,
Rata son ut et fut sifflé.
11 MORALITÉ
An bout d'ut faux c'est la culbuter
Le Masque de Verre.
THEATRE NATIONAL DE L'ODÉON
ÇÇLes Vînmes du Paon".
Comédie en trois actes de
MM. Alexandre Bisson et Berr de Turique
Henri Claudel est un auteur dramati-
que dont les pièces gaies, cyniquement
vaudevillesques, ont le plus grand suc-
cès. Sa dernière en date, jouée hier,
vient de le classer au premier rang des
heureux qui gagnent, en faisant plaisil
au public, réputation brillante et beau-
coup d'argent.
Par malheur, sa femme, Germaine,
ne jouit en aucune façon de cette situa-
tion avantageuse. Elle souffre d'une ja-
lousie atroce excitée par les interprètes
féminines de son mari, et en particulier
LES PRINCIPAUX INTERPRETES Cliché Maouèr]
A gauche et de haut en bas: M. CALMETTES, Mlle SYLVIE, Mlle LUKAS. — Au milieu?
Mlle GOLDSTEIN. — A droite et de haut en bas : Mlles BARJAC, FABER, M. DUMENY.
par l'actrice Solange, dont elle a surpris
les coquetages avec Claudel, et qui a
d'ailleurs le renom de s'offrir comme
amants tous les auteurs célèbres.
Raoul Prémart est un auteur dramati-
que dont les pièces ennuyeuses, préten-
tieusement ibséniennes, ne récoltent (si
l'on ose dire ainsi) que des fours. Pré-
mart n'en est pas moins convaincu de
son génie. Si le public ne goûte point de
telles œuvres, c'est que le public est stu-
pide. Prémart se présente comme le type
accompli du raté vaniteux et envieux.
N'empêche qu'il est aimé par Yvonne,
jeune amie de Germaine, et fille de Ba-
jolin, négociant en brosserie. Yvonne
croit à l'avenir de Raoul Prémart, et
convoite le sort de Germaine, c'est-à-
dire d'être la femme partageant la gloire
et la fortune d'un auteur dramatique a
succès. Les petits inconvénients de la
situation, à savoir les rivalités avec les
actrices, n'ont rien qui l'effraient.
Le mariage est contrarié par Bajolin,
qui n'a aucune confiance, lui, en Pré-
mart, qui s'ennuie aux fours du raté, et
qui lui conseille de suivre le chemin du
succès où triomphe Claudel. Que Pré-
mart fasse des pièces gaies et plaisant
au public, à l'instar de Claudel, et Bajo-
lin donnera sa fille Yvonne à l'ibsénien
devenu vaudevilliste.
Pour tout arranger, et dans son inté-
rieur, et dans la vie de son ami Prémart,
voici le biais imaginé par Claudel. Il re-
noncera, lui, Claudel, aux coulisses, et
partira pour voyager avec sa femme,
guérie ainsi de toute jalousie; et, cepen-
dant sa pièce nouvelle sera jouée sous
le nom de Prémart, qui en récoltera le
succès et ainsi pourra épouser Yvonne.
Les droits d'auteur seront partagés, trois
quarts pour Claudel et un quart pour
Prémart, qui assumera tout le travail
des répétitions. Le secret sera gardé ab-
solument, même auprès des deux fem-
mes. N'est-ce pas, cette combinaison, le
bonheur assuré pour tous?
Tel est le premier acte, posant les pos-
tulats de la pièce, et demandant au pu-
blic de s'y intéresser, pour que puisse,
ou le passionner, ou le divertir, le drame
ou le vaudeville qui va découler de ces
postulats..
Et tout de suite, je suis forcé d'a-
vouer que j'ignore absolument si ces
personnages, ce milieu spécial, ces ques-
tions littéraires mêlées à des partages
de droits d'auteur, cette intrusion dans
des ménages appartenant au monde théâ-
tral - bref, si le corps de métier que nous
sommes, et ses mœurs, ses tics, ses ta-
res, ses intimités, ses dessous, ont de
quoi éveiller et retenir l'attention du pu-
blic. , ,
L expenence a nier n est. punn puui
me tirer de cette ignorance. On n'en
saurait conclure, en effet, étant donné
que le public des répétitions générales et
des premières est lui-même un composé
de ce monde qui vit du théâtre, auteurs,
comédiens, journalistes.
Oue ce oubiic-là ait été vi, siblement
sur ses gardes, méfiant jusqu'à la froi-
deur, gêné de se voir mis en scène, il
faut bien le constater, et il n'y a pas
lieu d'en être surpris. Dans le miroir.
où il se regardait, il devait fatalement se
trouver déformé, enlaidi, non ressem-
blant.
Aussi n'a-t-il point paru prendre urt
plaisir extrême aux péripéties, pourtant
fort bien agencées, et au dialogue alerte,
spirituel souvent, toujours à propos, dé -
ces trois actes où l'on sentait la jeune.
verve d'un aimable psychologue et la
patte adroite d'un maître ouvrier fa.
meux par quelques chefs-d'œuvre -du
vaudeville.
A ces qualités de bonne facture, ce
public demeurait rebelle, n'ayant pas ad-
mis tout d'abord le choix même du su-
jet.
Dès lors, en effet, en quoi pouvait-il
lui importer de connaître et d'apprécier
les états d'âme, neufs et curieux, de
Prémart le raté devenu un auteur à suc-
cès avec les pièces d'un autre, et ceux,
plus prévus, de sa femme l'admirant
pour des œuvres qu'il n'a pas faites, et
les revirements de Claudel repiqué au
jeu et par la tarentule du théâtre après
deux ans de silence apparent, et les ran-
cœurs de Germaine blessée par le
triomphe insolent d'Yvonne? Rien de
tout cet ingénieux scénario ne pouvait
désormais charmer le public. Les mots
le forçaient à rire, par-ci par-là, mêmè
les mots d'auteur, tout à fait en situation
ici puisque les personnages étaient des
auteurs précisément. Mais l'action elle--
même ne le prenait pas, fût-ce dans les
inventions les plus joyeuses de son im«i,
broglio, comme cet héritage d'un châ-
teau laissé à l'auteur de Snobinette, pièce
écrite par Claudel et signée par Prémart,
d ou conflit entre les irfttiv mériflofis. F>_:
a faire partir le feu roulant de rire qu'on
attendait, n'arrivaient pas non plus les'
personnages accessoires, ni le père-
d'Yvonne, le négociant brossier changé
en vieux roquentin de coulisses, ni les
comédiennes Solange et Clairette se je-
tant au cou des auteurs pour avoir des
rôles, ni le directeur de théâtre aux allu-
res grotesques, ni l'imprésario allemand
à 1 accent choucroutard.
Peut-être aussi les artistes n'ont-ils
pas présenté cette chose légère avec toute
la légèreté désirable. Et cela, vraisem-
blablement, non par leur faute. La pièce
était qualifiée de comédie sur l'affiche.
En comédie, donc, ils l'ont jouée. Du-
mény, même, a poussé jusqu'à la corné-
die dramatique. Son raté, par instants,
tourne au bilieux aigre et mauvais. Aux
endroits, dans le troisième acte, où il a
mis plus de fantaisie, les scènes por-
taient mieux. On aurait dû prendre le
la du ton général à ces notes gaies, a
celles de Calmettes surtout, très bon en-
fant en Claudel. L'Odéon s'y fût un
brin compromis dans du vaudeville;
mais la pièce y eût sûrement gagné en
joie.
Il est fort probable que le vrai public
forcera les artistes à incliner vers ce jeu
plus en dehors, plus en farce. Et il n'y
aurait rien d'étonnant non plus à ce que
le monde du théâtre eût ce qu'il faut
pour amuser le public qui n'en est pas,
lui, du théâtre. On se divertit bien aux
mœurs, vices, travers, ridicules, de tou-
tes les autres professions! Pourquoi ne
s intéresserait-on pas à ceux de la nô-
tre?
Je le souhaite pour les auteurs des
Plumes du Paon, qui ont fait en * * dt
nous plaire, un effort méritent la rfus-
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