Titre : Comoedia / rédacteur en chef : Gaston de Pawlowski
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1907-10-03
Contributeur : Pawlowski, Gaston de (1874-1933). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32745939d
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 03 octobre 1907 03 octobre 1907
Description : 1907/10/03 (A1,N3). 1907/10/03 (A1,N3).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7645301z
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-123
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 13/04/2015
Il Première Année. — N° 3. ;.e Numéro: S çentùnês
Jeudi 3 Octobre 19( 1.,'
, Rédacteur en. Chef : G. de PAWLOWSKt *
RÉDACTION & ADMINISTRATION r
27, Bouleuard Poissonnière, PARIS
TÉLÉPHONE : 288-07
Adresse Télégraphique : COMŒDlA=PARIS
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REINES DE THÉÂTRE
Fanchon
ou la
Couronne
manquée
Il vient d'arriver à Fanchon Moreau
une aventure qui fait rire tout le tripot
comique. Vous savez que, reçue à l'O-
péra il y a deux ans, elle a toujours fait
scandale par la hardiesse de ses allures
et la liberté de son langage. Elle pro-
clamait à tout venant qu'elle n'entendait
pas s'égosiller pour le vain plaisir de
voir pâmer les badauds et que, si le
théâtre ne devait pas lui servir de mar-
chepied pour monter à la fortune et aux
honneurs, elle aimerait mieux entrer au
couvent. Elle est, d'ailleurs, très favori-
sée de la nature et, en un temps où les
grands seigneurs savent apprécier le
charme d'un joli visage, sa beauté peut
justifier ses prétentions. Elle le sait et
s'en fait gloire. Elle sait aussi que, pour
être aidée dû Ciel, il faut s'aider soi-
même, et, pour obéir à ce précepte, elle
ne néglige aucun moyen de mettre sa
beauté en lumière et d'en montrer le plus
Possible au plus de connaisseurs possi-
ble. A chaque pièce nouvelle, elle in-
vente quelque hardiesse de costume qui
met le directeur dans des transes, à
cause du rigorisme qui est de règle de-
, puis que Sa Majesté donne dans la dé-
votion. Mais il a beau dire, Fanchon a
toujours sa jupe fendue plushautet son
corsage fendu plus bas qu'il n'est séant.
— Si le roi té voyait ainsi, lui dit un
- jour le chef de la troupe, tu coucherais
ce soir au Fort-l'Evêque.
, — Tu n'y entends rien ; je coucherais
a Versailles, répondit-elle impudem-
ment.
Ceci mesure l'opinion qu'elle a d'elle-
même.
Or, on donna, il y a deux semaines,
VArmide de M. Quinault, mise en mu-
sique par Lulli. Fanchon, qui ne peut
prétendre aux premiers rôles, eut en
partage remploi de confidente de l'en-
^aateresse^Vou^imagiaez ce que le ca-
ractère demi-féerique de son pecsonnage
lui suggéra de malice dans les colifichets.
Le fait est qu'elle était à peindre et que
tout le monde eût compris que Renaud
se souciât peu de la maîtresse en voyant
cette suivante si belle. Et maintenant,
écoutez ce qui arriva : il arriva de Choisy
M. le Grand Dauphin qui aime fort la
musique, et encore plus les musiciennes,
dit-on, et qui se mit sur le théâtre avec
la duchesse de Bourbon et Mme la prin-
cesse de Conti, qu'il honora jadis d'une
si brûlante affection. Tous les acteurs et
toutes les actrices en étaient aux cent
coups, et encore plus MM. Quinault et
Lulli, qui ne doutaient pas que cette
belle compagnie ne fût là pour leur ma-
chine. Mais Fanchon semblait un cheva-
lier qui'voit venu le moment de gagner
ses éperons. Elle-parut sur la scène avec
un tel rayonnement qu'il n'y eut dès lors
d'yeux que pour elle. Sa voix, qui n'est
pas des moins plaisantes, sembla plus
fraîche que jamais. Elle sut lui donner
les inflexions les plus tendres et les plus
lascives, et mettre ses attitudes en har-
monie avec ces gentillesses; et quand
elle sortit de scène, - elle fit je ne sais
quelle plaisante cabriole, qui fit bouffer
sa jupe au-delà de .toute mesure, en sorte
que le public aperçut le haut de son bas
de soie au point où il rejoignait mal une
petite culotte et que le Dauphin en vit
plus encore. Ce bon prince n'a jamais
eu dissimuler ses sentiments. Il éclata en
bravos et toute la salle. avec lui.
La MoreaU sentait sa fortune rane.
Aux actes suivants, grise de son suc-
cès, elle accentua encore son jeu et fut
fort surprise que le prince s'en allât sans
lui envoyer un ordre positif de début sur
le théâtre. intime de Choisy. Mais elle
dissimula son dépit et répondit fort bien
à celles qui pensaient la railler de sa dé-
convenue. L'événement lui donna rai-
son. La semaine suivante, on afficha
pour la seconde fois Armide et le prince
parut à sa même place, n'ayant d'atten-
tions que pour la confidente. Deux jours
après, troisième représentation, troisiè-
me apparition de Mgr le Dauphin, non
plus accompagné de grandes dames,
mais flanqué de son seul écuyer intime
et ministre de ses menus plaisirs, Du-
mont. Dès qu'on le vit, chacun dit à
Fanchon : « Cette fois, ça y est ! », et elle
fut si émue qu'elle pensa se laisser aller.
- Mais elle retrouva tous ses esprits pour
jouer son rôle avec une ardeur où bril-
lait le feu du plaisir. A la fin, elle en
était malade de fatigue, mais comme elle
allait monter s'habiller, Dumont s'ap-
Procha d'elle, lui dit quelques mots à
l'oreille et lui remit un billet.
Elle lut, elle pâlit, puis, courant à la
Première camarade qui se trouvait là,
elle lui ,sauta au cou, criant :
- Je te ferai donner une gratification
Récent louis!
t On l'entoura. Elle fut généreuse pour
?ut le monde. Elle promettait les pen-
sons, les brevets, les titres,, comme si
ç'le était déjà reine de la main gauche.
porval,. qui est mauvaise langue, crut
Ul dire pour la calmer :
i— Tu t'enfles,; tu t'enfles, prends
garde à l'embonpoint. ",
— Y prendre garde, que non! s'écria-
t-elle. J'espère bien que j'aurai un fils
qui sera au moins duc. Est-ce que vous
croyez qu'on ne légitime que les bâtards
de grande dame? Est-ce que le roi d'An-
gleterre n'a pas reconnu celui de la Rai-
sin?
C'était Cendrillon, quand sa tante l'a
vêtue en princesse.
Enfin, elle fut assez remise pour ren-
trer chez elle. Le billet l'assignait à trois
jours à Choisy. Dumont devait la venir
prendre à une heure donnée. Elle passa
ces trois jours à préparer sa toilette et à
repasser son rôle. Elle décida que sa
sœur Louison, qui est aussi au théâtre,
niais n'y brille guère, bien qu'elle soit
de belle complexion flamande, l'accom-
pagnerait afin de lui servir de contenance
et de servante au besoin. A l'heure dite,
Dumont vint avec-un carrosse. Les deux
Moreau y montèrent et ce fidèle écuyer
ne songea même pas à se faire payer
quelque peu sa complaisance. Il se ré-
servait sans doute pour après. On arriva
à Choisy. Dumont fit passer les deux
sœurs par les derrières et lés conduisit
en un cabinet où il les laissa. Fanchon
y était assez gênée. Mais Louison, qui
est sans façon et ne se sentait pas en
cause, donna cours à sa curiosité. Une
porte ., était entrebaillée. Elle la poussa et
partit en exploration. Elle n'avait pas
fait trois pas dans un corridor assez obs-
cur que.
Vous avez deviné? Oui, n'est-ce pas?
M. de Cambrai, malgré Télémaque, n'a
jamais pu débarrasser Mgr le Dauphin
de la manie de se jeter sur ce qu'il dé-
sire, fruit, jouet, parure, avec la furia
d'un tigre s'élançant sur une gazelle. A
table, il étonne encore par sa gloutonne-
rie. Or, il avait à peine entendu le car-
rie. Oqur, 'il s'était dirigé par le corridor
rosse
vers la retraite de l'adorable confidente.
En approchant, il aperçut un cotillon. Il
crut qu'on voulait lui épargner une par-
tie du chemin. Il fondit sur sa proie et
l'emporta. ,-' ,
Quelques minutes après, Dumont ve1
nait dans le cabinet et y trouvait Fan-
chon seule et inquiète. Il comprit à l'ins-
tant. Comme un fou, il courut vers le
temple des plaisirs de son maître et, n' é-
coutant qu,e son dévouement, s'y jeta
tout criant: ( .,
— Monseigneur, vous jvous trompez !
Monseigneur était en train de penser
qu'il ne se trompait pas du tout et s'ef-
forçait de ne point entendre l'importun.
Mais Dumont redoubla : -"
— Monseigneur,- ce n'est pas elle,
c'est Louison- ,
Alors le Dauphin daigna lever les
yeux. Il vit Dumont éploré, et lui jeta
ces simples paroles : « Monsieur, vous
êtes un sot! » Puis il sortit, furieux et
grognant, laissant Louison confuse, Du-
mont stupide et Fanchon enragée.
L'écuyer, penaud, ramena .les deux
malheureuses à Paris It le lendemain,
Fanchon reçut dix louis ; Louison dut se
contenter de l'honneur.
La confidente, déconfite, n'eut d'autre
consolation que de s'emparér de La
Fare, qui faisait la cour à sa sœur.
Paul DOLLFUS.
LANGUES MORTES
Il y a eu au Français, avant le lever du
rideau sur Y Amour veille, un mouvement
d'inquiétude, bien vite dissipé, du reste.
On se demandait dans la salle avec
anxiété si la pièce allait être jouée par
des acteurs en chair et en os, ou si elle
allait être donnée en projection ciné-
matographique.
Fort heureusement, il n'en fut rien,
et la Comédie-Française a su rester dans
les traditions du théâtre d'autrefois.
Cet état de choses durera-t-il encore
longtemps? On est en droit d'en douter.
Il est évident, en effet, que les unes
après les autres nos plus grandes scènes
seront envahies par des. cinématogra-
phes, et que, dans quelques années, une
représentation dramatique ne se conce-
vra plus autrement.
Certes, au point de vue de l'art
pur et désintéressé, il faut bien recon-
naître que la chose ne va pas sans quel-
que critique. A la rigueur, pour le
drame, le tremblotement du cinémato-
graphe, à certains moments, peut ajou-
ter une curieuse angoisse aux effets de
scène, mais pour la Comédie rigoureu-
sement classique, je ne crois pas que
le Misanthrope gagne quoi que ce soit à
faire son entrée sur scène en se dandi-
nant frénétiquement, suivant les fantai-
sies de l'appareil à projections.
Et puis, pour dire le fond de notre
pensée, si le cinématographe s'annonce
comme un bon éducateur des foules vers
le Haut Zambèze ou le lac Tchad, au
point de vue plus spécial de la langue
française il n'est point sans présenter
quelques inconvénients.
Celui, par exemple, d'être muet.
Je sais bien que les directeurs de théâ-
tres ont tous fait de brillantes affaires en
bannissant cette année toute prose de
leur scène grâce au cinématographe,
mais ce sont là de ces constatations telle-
ment navrantes pour la littérature fran-
çaise actuelle qu'il vaudrait peut-être
mieux ne pas les faire.
G. DE PAWLOWSKI.
Échos
Ce soir, au Théâtre Sarah-Bernhardt, première
représentation de La Maîtresse de Piano.
s
ur l'affiche-programme d'un concert ex-
centrique, s'étalant en longues bandes
-vertes, on peut lire ceci : , ,. ,
:" '« PÂMlSOKS "- ,'-:
folie déconcertante de M. Alia Monjardin
Les passants s'arrêtent. déconcertés, évi-
demment. Mais j'ignore si les spectateurs se
pâment.
o
n annonce que la troupe française qui
partit hier pour Londres — au Royal-
ty-Theater — va donner là-bas une sé-
rie de pièces qui compose, en somme, tout
l'actuel répertoire. Souhaitons à Beaulieu, à
Didier et consorts, de ne pas se heurter, à
l'arrivée, à des affiches pareilles à celles
qui furent apposées sur les murs de la cité
britannique, lorsque M. Jules Claretie, en
personne, accompagna la Comédie-Fran-
çaise au pays des brouillards.
Tous nos sociétaires, qui devaient jouer
le soir même La Joie fait peur, aperçurent,
horrifiés, à leur descente du train, d'énor-
mes affiches en lettres rouges, qui hur-
laient ce titre, partout :
La Joie lait puer!!!
Tristan Bernard a écrit, après, L'Anglais
tel qu'on le parle.
T
out le monde a parlé des deux mai-
sons du Pont-Neuf, vieilles de plus
de trois slécles, qu'il est question de dé-
molir.
On s'est violemment indigné contre cette
mesure barbare et l'on a eu bien raison.
Mais dans cet ensemble de protestations,
il fut surtout parlé de la maison de Mme
Roland et fort peu de l'autre, celle de
Ylngénieur Chevallier. Ici l'on a eu tort,
car elle est loin d'être pauvre de souvenirs
intéressants.
Sait-on qu'elle eut. vers 1790, l'illustre
Talma pour locataire? Locataire passager,
à dire vrai, car il y abrita sa liaison de
peu de durée avec une des comédiennes
de la « Grande Maison n..
Cette liaison, si courte qu'elle ait été,
n'en fut pas moins la source d'incidents
fort romanesques et parfois dramatiques.
C'est elle — bien plus qu'un dissentiment
professionnel — qui provoqua la fameuse
et longue rivalité de Talma avec son ca-
marade Larive, rivalité qui devait se ter-
miner par un duel des plus sérieux où ce
dernier fut très grièvement blessé. r
u
'n « grave », s'il vous plaît. ,.
Un « flexe » pour les correcteurs
d'imprimerie, c'est un accent circonflexe.
Un « grave » est un accent grave. Nous en
réclamons un au théâtre des Variétés.
M. Samuel affiche, et c'est son droit, et
il a même raison de le faire: Miquette et
sa mère. Mais alors qu'il prie les décora-
teurs chargés de ses enseignes lumineuses
de bien écrire mère. Actuellement, les Va-
riétés jouent Miquette et sa mère, ce
qui ne signifie rien.
Oublions le moins possible que le théâ-
tre c'est encore une forme de littérature et
qu'il est préférable que la langue française
n'y soit pas trop malmenée.
De toutes nos grandes marques d'auto-
mobiles, je veux dire de toutes celles qui
ont assuré à notre pays sur tous les autres
une incontestable suprématie, il n'en est pas
qui soit plus justement populaire, plus goû-
tée que la marque Bayard.
Silencieuses, souples, rapides, roulantes,
telles sont les voitures que livrent à leur
innombrable clientèle les usines Bayard-
A. Clément, à Levallois-Perret.
La Parisienne aime le théâtre, et le suc-
cès de Cabotine, aux Nouveautés, en est
une preuve, mais elle n'y va que dans sa
10-14 chev. Bayard, la plus jolie et la plus
étonnante des voitures de ville. Sur le coup
de minuit, hier, toutes les Bayard échappées
de leur magasin de vente, 10, boulevard de
la Madeleine, stationnaient devant les Nou-
veautés; une file allait même jusqu'à
l'Opéra. - - u
Une création qui, certainement," révolu-
tionnera le monde musical, est celle du
type de piano à queue absolument nouveau,
qui va sortir incessamment des ateliers de
MM. Couesnon et Cie, les célèbres fac-
teurs d'Instruments de musique, 94, rue
d'Angoulême.
Ce piano, tant par son bon marché que
par sa sonorité, est appelé au plus grand et
au plus légitime succès.
On s'occupe beaucoup, dans les milieux
artistiques, de nouvelles expériences de
transmissions de pensées que serait sur le
point de tenter, le maître Victorien Sardou.
Il paraît que, pour les réaliser, il a ae-
mandé 12, avenue de la Grande-Ar-
mée, des célèbres Transmissions Flexibles
Bowden, déjà connues par tous, les chauf-
feurs dans le monde de l'automobile. ,-
Le succès de l'année est aux disques
Phono à saphir. Les étoiles de tous les
théâtres, Sarah en tête, sont venues audi-
tionner à la salle de la rue Rochechouart
(Maison Pleyel-Wolff-Lyon et Cie)..
Le Masque de Verre.
Nous publierons demain une chroni-
que de
Louis MARSOLLEAU
Au Théâtre des Nouveautés s CABOTine
- M. GIRIER M. LEUBAS Mlle TEMPLET Mme MAUREL M. COLOMBEY Mme GENSE M. GERMAIN
Théâtre des Nouveautés
CA BO 7-INE
Pièce en trois actes et quatre tableaux
., de MM. Tristan Bernard et Alfred Athis
Faut-il raconter une pièce de ce genre,
écrite sans prétention aucune à la comé-
die de mœurs ou de caractère, et uni-
quement dans l'intention de faire rire?
Je ne crois pas. Les farces perdent toute
leur âme à être analysées.
Il y faut le mouvement de la scène,
les quiproquos qui s'embrouillent et se
Clich, Manuet
Mme ROSINE MAUREL Mlle TEMPLEY Mlle CLAIRVILLE
débrouillent, les entrées imprévues, les
heurts, les ahurissements, la voix spé-
ciale et les gestes caricaturaux des comi-
ques — qui sont la joie de cet art quasi-
guignolesque. Le texte de ces bouffon-
neries ne devrait être, à vrai dire, qu'un
canevas, comme dans la vieille comme-
dia dell' arte; et sur ce canevas devraient
improviser des bouffons de génie.
Ce canevas, morne et gris, en grosse
toile rude, tel va être le sujet de Cabo-
tine, si j'essaie de le narrer, sans les
grimaces de Germain et de sa bande.
J'essaierai tout de même, par acquit de
conscience et pour que Tristan Bernard,
qui si souvent m'a fait - rire, avoue qu'à
mon lour Je peux le faire rire aussi, "fût-
ce de ma gaucherie à patauger dans ses
imbroglios. -
Si je manque de clarté, en effet, ce
sera bien par ma faute, et non par la
sienne et celle de son adroit collabora-
teur. On les trouvera peut-être obscurs,
en me lisant; en les écoutant eux, je
les ai trouvés limpides.
Mon Dieu! oui, en vérité, je le pro-
clame, rien ne m'a fait broncher dans
leur intrigue, à la représentation. Là,
j'ai tout compris, absolument tout.
J'ai compris qu'il pouvait y avoir en
ce monde un huissier, nommé Tringlet,
dont la gratitude envers un magistrat,
nommé Clapart, allait jusqu'au martyre
désiré, follement et lyriquement. Pour
quel service rendu? Je ne le sais plus;
mais je l'ai vu fort bien et admis.
Et j'ai admis aussi, et compris tout de
suite, qu'il pouvait y avoir en ce monde
une jeune cabotine, Mariette (ou Floriane,
peut-être), qui était en même temps la
femme légitime du comte russe Kolbas-
soff, lequel comte avait été expulse de
France avec interdiction de séjour, en
sorte que Mariette, sous le fallacieux
prétexte de soigner à Paris sa maman
Mme Passereau, y jouait la comédie sans
que le cosaque en eût vent.
Et pareillement ai-je compris pour-
quoi le magistrat Clapart, marié à une
tigresse de jalousie, et ancien soupirant
de Mariette, venait à Paris relancer la
comédienne, et était relancé lui-même
chez elle par sa farouche Othîlla d
femme, juste au moment, d'ailleurs ob
y était arrivé, venant de Russie l'ours
Kolbassoff, qu'expulse Poitrino régis-
seur du théâtre de Mariette, et le -'* Pni-
trinot étant grimé en agent de la Sûr ;c
La raison ne m'a nullement é napp-
non plus, du mariage arrangé oudain
par Clapart entre l'huissier Tringlet ci
la cousine de Mariette, une certa ne Vir-
ginie, institutrice dégommée à ct usç de
son accent picard. I
Et n'imaginez pas que j'aie "prouvé
la moindre hésitation à saisir 1 pC-
quoi des diverses péripéties si aftte: 1
toutes admirablement expliquées, ¡,ès <-
giqués, et amenées le plus natur- .^mea;
du monde.'à savoir: ".y.
1° Chacun de ces personnage trans-
porté, à l'insu des autres, dans les cou-
lisses du théâtre de Maugiron;
2° Le Moscovite prenant pour Ma -
(ou Floriane) la cousine Virgile, -qui
l'huissier Tringlet le dévoué pre: pour
la maîtresse de Clapart, ainsi que - le
pense Mme Clapart en personne
3° Poitrinot, en mousquetaire, arrê-
tant de nouveau Kolbassoff, qui rem-
mène et le soûle au buffet de la g':re;
4° Virginie s'habillant avec le':: costu.
mes de Mariette, tandis que Tri glet ie
sacrifié endosse la défroque du premier
rôle dans le mélodrame intitulé l D< ,
niers outrages; j
5° Le rideau se levant sur U.'¡ salon
rouge qui est censé représenter les rui-
nes d'un vieux castel, et, dans ces rui
nes, Tringlet et Virginie jouant 1. mélo,
tandis que Kolbassoff, Mariette, Mme
Passereau sa mère, le commissaire de
police et des gens de Maugiron sent dans
la salle, je dis bien dans la propre salle
des. Nouveautés, laquelle est censée être
celle du théâtre de Maugiron ;
6° Mme Clapart se ruant sur le pla-
teau par une trappe qui figure ni a-
bliette, et, là, entre elle, Vitgini, Trin- i
glet avec une fausse barbe, et Ctepai I
aux fauteuils d'orchestre, une srène ca.,
pitale ; 1
7° Tout ce monde encore une fois
réuni au buffet de la gare, où le vrai
commissaire de police est pris pour un
grime par le faux agent de la Sû "3té re-
devenu mousquetaire, tandis qi Kol-
bassoff veut tuer et fouetter cei û-ci hi
celle-là, c'est-à-dire Clapart e* V nleite., 1
au moment même que Virginie t
glet.
Et voilà justement, hélas î oi; j
de comprendre, après avoir îtu
bien compris jusque-là.
Oui, là, je n'ai plus compr
chose, je le confesse. Je n'ai ph
pris pourquoi on s'arrêtait, pourquoi
baissait le rideau, et pourquoi on
geait à rentrer dans la vie courte et
banale, où les choses vont d'un train si
irfcohérent, au lieu de suivre la marche
naturelle et logique des bonnes farces.
Car c'est une bonne farce, vous l'ai-je
dit? Oui, bonne, et bien jouée, commr
on joue avec Germain pour meneur d
jeu, et avec des partenaires tels que Co-
lombey, Leubas, Girier (excellent, en
Poitrinot), et Mmes Gense et Templey,
et les autres dont on dira pli; s loin tou'
ce qu'il faut dire.
Je ne fais à la troupe, en général,
qu'un reproche : c'est de ne pas être suf-
fisamment exubérante et folk. La bo(.
fonnerie doit être énorme.
Peut-être, au reste, les au' .m s seu-
ils un peu coupables en cela. ;ot',p de .: :
sont gens d'esprit fin, avir ,
Tristan Bernard, en' particu er, a an
plus d'une fois œuvre exquis Q -'t
si ce n'est pas lui qui a trop <.s
fantoches, qui a craint la farce tiop
énorme?
,
A coup sûr, on a ri bellemtlt s Cflff- »-
line, et longtemps on y )'.tr.
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REINES DE THÉÂTRE
Fanchon
ou la
Couronne
manquée
Il vient d'arriver à Fanchon Moreau
une aventure qui fait rire tout le tripot
comique. Vous savez que, reçue à l'O-
péra il y a deux ans, elle a toujours fait
scandale par la hardiesse de ses allures
et la liberté de son langage. Elle pro-
clamait à tout venant qu'elle n'entendait
pas s'égosiller pour le vain plaisir de
voir pâmer les badauds et que, si le
théâtre ne devait pas lui servir de mar-
chepied pour monter à la fortune et aux
honneurs, elle aimerait mieux entrer au
couvent. Elle est, d'ailleurs, très favori-
sée de la nature et, en un temps où les
grands seigneurs savent apprécier le
charme d'un joli visage, sa beauté peut
justifier ses prétentions. Elle le sait et
s'en fait gloire. Elle sait aussi que, pour
être aidée dû Ciel, il faut s'aider soi-
même, et, pour obéir à ce précepte, elle
ne néglige aucun moyen de mettre sa
beauté en lumière et d'en montrer le plus
Possible au plus de connaisseurs possi-
ble. A chaque pièce nouvelle, elle in-
vente quelque hardiesse de costume qui
met le directeur dans des transes, à
cause du rigorisme qui est de règle de-
, puis que Sa Majesté donne dans la dé-
votion. Mais il a beau dire, Fanchon a
toujours sa jupe fendue plushautet son
corsage fendu plus bas qu'il n'est séant.
— Si le roi té voyait ainsi, lui dit un
- jour le chef de la troupe, tu coucherais
ce soir au Fort-l'Evêque.
, — Tu n'y entends rien ; je coucherais
a Versailles, répondit-elle impudem-
ment.
Ceci mesure l'opinion qu'elle a d'elle-
même.
Or, on donna, il y a deux semaines,
VArmide de M. Quinault, mise en mu-
sique par Lulli. Fanchon, qui ne peut
prétendre aux premiers rôles, eut en
partage remploi de confidente de l'en-
^aateresse^Vou^imagiaez ce que le ca-
ractère demi-féerique de son pecsonnage
lui suggéra de malice dans les colifichets.
Le fait est qu'elle était à peindre et que
tout le monde eût compris que Renaud
se souciât peu de la maîtresse en voyant
cette suivante si belle. Et maintenant,
écoutez ce qui arriva : il arriva de Choisy
M. le Grand Dauphin qui aime fort la
musique, et encore plus les musiciennes,
dit-on, et qui se mit sur le théâtre avec
la duchesse de Bourbon et Mme la prin-
cesse de Conti, qu'il honora jadis d'une
si brûlante affection. Tous les acteurs et
toutes les actrices en étaient aux cent
coups, et encore plus MM. Quinault et
Lulli, qui ne doutaient pas que cette
belle compagnie ne fût là pour leur ma-
chine. Mais Fanchon semblait un cheva-
lier qui'voit venu le moment de gagner
ses éperons. Elle-parut sur la scène avec
un tel rayonnement qu'il n'y eut dès lors
d'yeux que pour elle. Sa voix, qui n'est
pas des moins plaisantes, sembla plus
fraîche que jamais. Elle sut lui donner
les inflexions les plus tendres et les plus
lascives, et mettre ses attitudes en har-
monie avec ces gentillesses; et quand
elle sortit de scène, - elle fit je ne sais
quelle plaisante cabriole, qui fit bouffer
sa jupe au-delà de .toute mesure, en sorte
que le public aperçut le haut de son bas
de soie au point où il rejoignait mal une
petite culotte et que le Dauphin en vit
plus encore. Ce bon prince n'a jamais
eu dissimuler ses sentiments. Il éclata en
bravos et toute la salle. avec lui.
La MoreaU sentait sa fortune rane.
Aux actes suivants, grise de son suc-
cès, elle accentua encore son jeu et fut
fort surprise que le prince s'en allât sans
lui envoyer un ordre positif de début sur
le théâtre. intime de Choisy. Mais elle
dissimula son dépit et répondit fort bien
à celles qui pensaient la railler de sa dé-
convenue. L'événement lui donna rai-
son. La semaine suivante, on afficha
pour la seconde fois Armide et le prince
parut à sa même place, n'ayant d'atten-
tions que pour la confidente. Deux jours
après, troisième représentation, troisiè-
me apparition de Mgr le Dauphin, non
plus accompagné de grandes dames,
mais flanqué de son seul écuyer intime
et ministre de ses menus plaisirs, Du-
mont. Dès qu'on le vit, chacun dit à
Fanchon : « Cette fois, ça y est ! », et elle
fut si émue qu'elle pensa se laisser aller.
- Mais elle retrouva tous ses esprits pour
jouer son rôle avec une ardeur où bril-
lait le feu du plaisir. A la fin, elle en
était malade de fatigue, mais comme elle
allait monter s'habiller, Dumont s'ap-
Procha d'elle, lui dit quelques mots à
l'oreille et lui remit un billet.
Elle lut, elle pâlit, puis, courant à la
Première camarade qui se trouvait là,
elle lui ,sauta au cou, criant :
- Je te ferai donner une gratification
Récent louis!
t On l'entoura. Elle fut généreuse pour
?ut le monde. Elle promettait les pen-
sons, les brevets, les titres,, comme si
ç'le était déjà reine de la main gauche.
porval,. qui est mauvaise langue, crut
Ul dire pour la calmer :
i— Tu t'enfles,; tu t'enfles, prends
garde à l'embonpoint. ",
— Y prendre garde, que non! s'écria-
t-elle. J'espère bien que j'aurai un fils
qui sera au moins duc. Est-ce que vous
croyez qu'on ne légitime que les bâtards
de grande dame? Est-ce que le roi d'An-
gleterre n'a pas reconnu celui de la Rai-
sin?
C'était Cendrillon, quand sa tante l'a
vêtue en princesse.
Enfin, elle fut assez remise pour ren-
trer chez elle. Le billet l'assignait à trois
jours à Choisy. Dumont devait la venir
prendre à une heure donnée. Elle passa
ces trois jours à préparer sa toilette et à
repasser son rôle. Elle décida que sa
sœur Louison, qui est aussi au théâtre,
niais n'y brille guère, bien qu'elle soit
de belle complexion flamande, l'accom-
pagnerait afin de lui servir de contenance
et de servante au besoin. A l'heure dite,
Dumont vint avec-un carrosse. Les deux
Moreau y montèrent et ce fidèle écuyer
ne songea même pas à se faire payer
quelque peu sa complaisance. Il se ré-
servait sans doute pour après. On arriva
à Choisy. Dumont fit passer les deux
sœurs par les derrières et lés conduisit
en un cabinet où il les laissa. Fanchon
y était assez gênée. Mais Louison, qui
est sans façon et ne se sentait pas en
cause, donna cours à sa curiosité. Une
porte ., était entrebaillée. Elle la poussa et
partit en exploration. Elle n'avait pas
fait trois pas dans un corridor assez obs-
cur que.
Vous avez deviné? Oui, n'est-ce pas?
M. de Cambrai, malgré Télémaque, n'a
jamais pu débarrasser Mgr le Dauphin
de la manie de se jeter sur ce qu'il dé-
sire, fruit, jouet, parure, avec la furia
d'un tigre s'élançant sur une gazelle. A
table, il étonne encore par sa gloutonne-
rie. Or, il avait à peine entendu le car-
rie. Oqur, 'il s'était dirigé par le corridor
rosse
vers la retraite de l'adorable confidente.
En approchant, il aperçut un cotillon. Il
crut qu'on voulait lui épargner une par-
tie du chemin. Il fondit sur sa proie et
l'emporta. ,-' ,
Quelques minutes après, Dumont ve1
nait dans le cabinet et y trouvait Fan-
chon seule et inquiète. Il comprit à l'ins-
tant. Comme un fou, il courut vers le
temple des plaisirs de son maître et, n' é-
coutant qu,e son dévouement, s'y jeta
tout criant: ( .,
— Monseigneur, vous jvous trompez !
Monseigneur était en train de penser
qu'il ne se trompait pas du tout et s'ef-
forçait de ne point entendre l'importun.
Mais Dumont redoubla : -"
— Monseigneur,- ce n'est pas elle,
c'est Louison- ,
Alors le Dauphin daigna lever les
yeux. Il vit Dumont éploré, et lui jeta
ces simples paroles : « Monsieur, vous
êtes un sot! » Puis il sortit, furieux et
grognant, laissant Louison confuse, Du-
mont stupide et Fanchon enragée.
L'écuyer, penaud, ramena .les deux
malheureuses à Paris It le lendemain,
Fanchon reçut dix louis ; Louison dut se
contenter de l'honneur.
La confidente, déconfite, n'eut d'autre
consolation que de s'emparér de La
Fare, qui faisait la cour à sa sœur.
Paul DOLLFUS.
LANGUES MORTES
Il y a eu au Français, avant le lever du
rideau sur Y Amour veille, un mouvement
d'inquiétude, bien vite dissipé, du reste.
On se demandait dans la salle avec
anxiété si la pièce allait être jouée par
des acteurs en chair et en os, ou si elle
allait être donnée en projection ciné-
matographique.
Fort heureusement, il n'en fut rien,
et la Comédie-Française a su rester dans
les traditions du théâtre d'autrefois.
Cet état de choses durera-t-il encore
longtemps? On est en droit d'en douter.
Il est évident, en effet, que les unes
après les autres nos plus grandes scènes
seront envahies par des. cinématogra-
phes, et que, dans quelques années, une
représentation dramatique ne se conce-
vra plus autrement.
Certes, au point de vue de l'art
pur et désintéressé, il faut bien recon-
naître que la chose ne va pas sans quel-
que critique. A la rigueur, pour le
drame, le tremblotement du cinémato-
graphe, à certains moments, peut ajou-
ter une curieuse angoisse aux effets de
scène, mais pour la Comédie rigoureu-
sement classique, je ne crois pas que
le Misanthrope gagne quoi que ce soit à
faire son entrée sur scène en se dandi-
nant frénétiquement, suivant les fantai-
sies de l'appareil à projections.
Et puis, pour dire le fond de notre
pensée, si le cinématographe s'annonce
comme un bon éducateur des foules vers
le Haut Zambèze ou le lac Tchad, au
point de vue plus spécial de la langue
française il n'est point sans présenter
quelques inconvénients.
Celui, par exemple, d'être muet.
Je sais bien que les directeurs de théâ-
tres ont tous fait de brillantes affaires en
bannissant cette année toute prose de
leur scène grâce au cinématographe,
mais ce sont là de ces constatations telle-
ment navrantes pour la littérature fran-
çaise actuelle qu'il vaudrait peut-être
mieux ne pas les faire.
G. DE PAWLOWSKI.
Échos
Ce soir, au Théâtre Sarah-Bernhardt, première
représentation de La Maîtresse de Piano.
s
ur l'affiche-programme d'un concert ex-
centrique, s'étalant en longues bandes
-vertes, on peut lire ceci : , ,. ,
:" '« PÂMlSOKS "- ,'-:
folie déconcertante de M. Alia Monjardin
Les passants s'arrêtent. déconcertés, évi-
demment. Mais j'ignore si les spectateurs se
pâment.
o
n annonce que la troupe française qui
partit hier pour Londres — au Royal-
ty-Theater — va donner là-bas une sé-
rie de pièces qui compose, en somme, tout
l'actuel répertoire. Souhaitons à Beaulieu, à
Didier et consorts, de ne pas se heurter, à
l'arrivée, à des affiches pareilles à celles
qui furent apposées sur les murs de la cité
britannique, lorsque M. Jules Claretie, en
personne, accompagna la Comédie-Fran-
çaise au pays des brouillards.
Tous nos sociétaires, qui devaient jouer
le soir même La Joie fait peur, aperçurent,
horrifiés, à leur descente du train, d'énor-
mes affiches en lettres rouges, qui hur-
laient ce titre, partout :
La Joie lait puer!!!
Tristan Bernard a écrit, après, L'Anglais
tel qu'on le parle.
T
out le monde a parlé des deux mai-
sons du Pont-Neuf, vieilles de plus
de trois slécles, qu'il est question de dé-
molir.
On s'est violemment indigné contre cette
mesure barbare et l'on a eu bien raison.
Mais dans cet ensemble de protestations,
il fut surtout parlé de la maison de Mme
Roland et fort peu de l'autre, celle de
Ylngénieur Chevallier. Ici l'on a eu tort,
car elle est loin d'être pauvre de souvenirs
intéressants.
Sait-on qu'elle eut. vers 1790, l'illustre
Talma pour locataire? Locataire passager,
à dire vrai, car il y abrita sa liaison de
peu de durée avec une des comédiennes
de la « Grande Maison n..
Cette liaison, si courte qu'elle ait été,
n'en fut pas moins la source d'incidents
fort romanesques et parfois dramatiques.
C'est elle — bien plus qu'un dissentiment
professionnel — qui provoqua la fameuse
et longue rivalité de Talma avec son ca-
marade Larive, rivalité qui devait se ter-
miner par un duel des plus sérieux où ce
dernier fut très grièvement blessé. r
u
'n « grave », s'il vous plaît. ,.
Un « flexe » pour les correcteurs
d'imprimerie, c'est un accent circonflexe.
Un « grave » est un accent grave. Nous en
réclamons un au théâtre des Variétés.
M. Samuel affiche, et c'est son droit, et
il a même raison de le faire: Miquette et
sa mère. Mais alors qu'il prie les décora-
teurs chargés de ses enseignes lumineuses
de bien écrire mère. Actuellement, les Va-
riétés jouent Miquette et sa mère, ce
qui ne signifie rien.
Oublions le moins possible que le théâ-
tre c'est encore une forme de littérature et
qu'il est préférable que la langue française
n'y soit pas trop malmenée.
De toutes nos grandes marques d'auto-
mobiles, je veux dire de toutes celles qui
ont assuré à notre pays sur tous les autres
une incontestable suprématie, il n'en est pas
qui soit plus justement populaire, plus goû-
tée que la marque Bayard.
Silencieuses, souples, rapides, roulantes,
telles sont les voitures que livrent à leur
innombrable clientèle les usines Bayard-
A. Clément, à Levallois-Perret.
La Parisienne aime le théâtre, et le suc-
cès de Cabotine, aux Nouveautés, en est
une preuve, mais elle n'y va que dans sa
10-14 chev. Bayard, la plus jolie et la plus
étonnante des voitures de ville. Sur le coup
de minuit, hier, toutes les Bayard échappées
de leur magasin de vente, 10, boulevard de
la Madeleine, stationnaient devant les Nou-
veautés; une file allait même jusqu'à
l'Opéra. - - u
Une création qui, certainement," révolu-
tionnera le monde musical, est celle du
type de piano à queue absolument nouveau,
qui va sortir incessamment des ateliers de
MM. Couesnon et Cie, les célèbres fac-
teurs d'Instruments de musique, 94, rue
d'Angoulême.
Ce piano, tant par son bon marché que
par sa sonorité, est appelé au plus grand et
au plus légitime succès.
On s'occupe beaucoup, dans les milieux
artistiques, de nouvelles expériences de
transmissions de pensées que serait sur le
point de tenter, le maître Victorien Sardou.
Il paraît que, pour les réaliser, il a ae-
mandé 12, avenue de la Grande-Ar-
mée, des célèbres Transmissions Flexibles
Bowden, déjà connues par tous, les chauf-
feurs dans le monde de l'automobile. ,-
Le succès de l'année est aux disques
Phono à saphir. Les étoiles de tous les
théâtres, Sarah en tête, sont venues audi-
tionner à la salle de la rue Rochechouart
(Maison Pleyel-Wolff-Lyon et Cie)..
Le Masque de Verre.
Nous publierons demain une chroni-
que de
Louis MARSOLLEAU
Au Théâtre des Nouveautés s CABOTine
- M. GIRIER M. LEUBAS Mlle TEMPLET Mme MAUREL M. COLOMBEY Mme GENSE M. GERMAIN
Théâtre des Nouveautés
CA BO 7-INE
Pièce en trois actes et quatre tableaux
., de MM. Tristan Bernard et Alfred Athis
Faut-il raconter une pièce de ce genre,
écrite sans prétention aucune à la comé-
die de mœurs ou de caractère, et uni-
quement dans l'intention de faire rire?
Je ne crois pas. Les farces perdent toute
leur âme à être analysées.
Il y faut le mouvement de la scène,
les quiproquos qui s'embrouillent et se
Clich, Manuet
Mme ROSINE MAUREL Mlle TEMPLEY Mlle CLAIRVILLE
débrouillent, les entrées imprévues, les
heurts, les ahurissements, la voix spé-
ciale et les gestes caricaturaux des comi-
ques — qui sont la joie de cet art quasi-
guignolesque. Le texte de ces bouffon-
neries ne devrait être, à vrai dire, qu'un
canevas, comme dans la vieille comme-
dia dell' arte; et sur ce canevas devraient
improviser des bouffons de génie.
Ce canevas, morne et gris, en grosse
toile rude, tel va être le sujet de Cabo-
tine, si j'essaie de le narrer, sans les
grimaces de Germain et de sa bande.
J'essaierai tout de même, par acquit de
conscience et pour que Tristan Bernard,
qui si souvent m'a fait - rire, avoue qu'à
mon lour Je peux le faire rire aussi, "fût-
ce de ma gaucherie à patauger dans ses
imbroglios. -
Si je manque de clarté, en effet, ce
sera bien par ma faute, et non par la
sienne et celle de son adroit collabora-
teur. On les trouvera peut-être obscurs,
en me lisant; en les écoutant eux, je
les ai trouvés limpides.
Mon Dieu! oui, en vérité, je le pro-
clame, rien ne m'a fait broncher dans
leur intrigue, à la représentation. Là,
j'ai tout compris, absolument tout.
J'ai compris qu'il pouvait y avoir en
ce monde un huissier, nommé Tringlet,
dont la gratitude envers un magistrat,
nommé Clapart, allait jusqu'au martyre
désiré, follement et lyriquement. Pour
quel service rendu? Je ne le sais plus;
mais je l'ai vu fort bien et admis.
Et j'ai admis aussi, et compris tout de
suite, qu'il pouvait y avoir en ce monde
une jeune cabotine, Mariette (ou Floriane,
peut-être), qui était en même temps la
femme légitime du comte russe Kolbas-
soff, lequel comte avait été expulse de
France avec interdiction de séjour, en
sorte que Mariette, sous le fallacieux
prétexte de soigner à Paris sa maman
Mme Passereau, y jouait la comédie sans
que le cosaque en eût vent.
Et pareillement ai-je compris pour-
quoi le magistrat Clapart, marié à une
tigresse de jalousie, et ancien soupirant
de Mariette, venait à Paris relancer la
comédienne, et était relancé lui-même
chez elle par sa farouche Othîlla d
femme, juste au moment, d'ailleurs ob
y était arrivé, venant de Russie l'ours
Kolbassoff, qu'expulse Poitrino régis-
seur du théâtre de Mariette, et le -'* Pni-
trinot étant grimé en agent de la Sûr ;c
La raison ne m'a nullement é napp-
non plus, du mariage arrangé oudain
par Clapart entre l'huissier Tringlet ci
la cousine de Mariette, une certa ne Vir-
ginie, institutrice dégommée à ct usç de
son accent picard. I
Et n'imaginez pas que j'aie "prouvé
la moindre hésitation à saisir 1 pC-
quoi des diverses péripéties si aftte: 1
toutes admirablement expliquées, ¡,ès <-
giqués, et amenées le plus natur- .^mea;
du monde.'à savoir: ".y.
1° Chacun de ces personnage trans-
porté, à l'insu des autres, dans les cou-
lisses du théâtre de Maugiron;
2° Le Moscovite prenant pour Ma -
(ou Floriane) la cousine Virgile, -qui
l'huissier Tringlet le dévoué pre: pour
la maîtresse de Clapart, ainsi que - le
pense Mme Clapart en personne
3° Poitrinot, en mousquetaire, arrê-
tant de nouveau Kolbassoff, qui rem-
mène et le soûle au buffet de la g':re;
4° Virginie s'habillant avec le':: costu.
mes de Mariette, tandis que Tri glet ie
sacrifié endosse la défroque du premier
rôle dans le mélodrame intitulé l D< ,
niers outrages; j
5° Le rideau se levant sur U.'¡ salon
rouge qui est censé représenter les rui-
nes d'un vieux castel, et, dans ces rui
nes, Tringlet et Virginie jouant 1. mélo,
tandis que Kolbassoff, Mariette, Mme
Passereau sa mère, le commissaire de
police et des gens de Maugiron sent dans
la salle, je dis bien dans la propre salle
des. Nouveautés, laquelle est censée être
celle du théâtre de Maugiron ;
6° Mme Clapart se ruant sur le pla-
teau par une trappe qui figure ni a-
bliette, et, là, entre elle, Vitgini, Trin- i
glet avec une fausse barbe, et Ctepai I
aux fauteuils d'orchestre, une srène ca.,
pitale ; 1
7° Tout ce monde encore une fois
réuni au buffet de la gare, où le vrai
commissaire de police est pris pour un
grime par le faux agent de la Sû "3té re-
devenu mousquetaire, tandis qi Kol-
bassoff veut tuer et fouetter cei û-ci hi
celle-là, c'est-à-dire Clapart e* V nleite., 1
au moment même que Virginie t
glet.
Et voilà justement, hélas î oi; j
de comprendre, après avoir îtu
bien compris jusque-là.
Oui, là, je n'ai plus compr
chose, je le confesse. Je n'ai ph
pris pourquoi on s'arrêtait, pourquoi
baissait le rideau, et pourquoi on
geait à rentrer dans la vie courte et
banale, où les choses vont d'un train si
irfcohérent, au lieu de suivre la marche
naturelle et logique des bonnes farces.
Car c'est une bonne farce, vous l'ai-je
dit? Oui, bonne, et bien jouée, commr
on joue avec Germain pour meneur d
jeu, et avec des partenaires tels que Co-
lombey, Leubas, Girier (excellent, en
Poitrinot), et Mmes Gense et Templey,
et les autres dont on dira pli; s loin tou'
ce qu'il faut dire.
Je ne fais à la troupe, en général,
qu'un reproche : c'est de ne pas être suf-
fisamment exubérante et folk. La bo(.
fonnerie doit être énorme.
Peut-être, au reste, les au' .m s seu-
ils un peu coupables en cela. ;ot',p de .: :
sont gens d'esprit fin, avir ,
Tristan Bernard, en' particu er, a an
plus d'une fois œuvre exquis Q -'t
si ce n'est pas lui qui a trop <.s
fantoches, qui a craint la farce tiop
énorme?
,
A coup sûr, on a ri bellemtlt s Cflff- »-
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