Titre : Le Journal
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1937-10-29
Contributeur : Xau, Fernand (1852-1899). Directeur de publication
Contributeur : Letellier, Henri (1867-1960). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34473289x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 29 octobre 1937 29 octobre 1937
Description : 1937/10/29 (N16446). 1937/10/29 (N16446).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG13 Collection numérique : BIPFPIG13
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k76342686
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-220
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 29/12/2014
g ¡ LIE JOUR-NAE
29-10-37
JEANNE SULLY
de la Comédie-Française
et JOSETTE DAY dans «Sœurs d'Armes-
ELVIRE POPESCO ;
et VICTOR BOUCHER
dans «l'Habit vert.
JUNIE ASTOR
Prix Suzanne-Bianchetti 1937
FERNANDEL et ORANE DEMAZIS
dans « Regain »
Confidences
de Junie Astor
Prix Suzanne Bianchetti 1937
A l'époque où je, me refusais à assimi-
ler le théorème de Thalès et les ressour-
ces de la Haute-Amazonie, mais où je
remplaçais les jeux par la déclamation
solitaire de l'Aiglon, il m'arrivait parfois
d'aller au cinéma.
Je me souviens de l'enchantement que
j'en éprouvais, troublé par le désir de
me mêler, plus tard, à ces bienheureux
dont je contemplais l'image. Je me sou-
viens de mon angoisse de trop souhaiter,
de ne rien obtenir. Et je me souviens
encore de Suzanne Bianchetti, telle
qu'elle m'apparut daim Verdun, visions
d'histoire, pour mon éblouissement défi-
nitif. Elle avait une beauté inoubliable,
et ce mélange d'art et d'instinct dont
sont pétris les grands acteurs. Elle était
dans toute sa gloire. Je l'admirais si fort
que je me reprochais cette audace d'avoir
décidé que son métier serait aussi le
mien.
Aujourd'hui, et puisqu'il faut bien me
persuader que c'est à moi, à moi que
l'Association des auteurs de films a fait
le grand honneur d'attribuer le premier
Prix Suzanne Bianchetti, je suis boule-
versée de lire le nom de la grande ar-
tiste à côté de mon nom, et j'aime que
ma belle récompense me parvienne sous
le signe de celle qui enchanta mes grands
rêves de petite fille, et avec son image.
Je ne pensais pas mériter le Prix
Suzanne. Biatichetti, si bien institué pour
encourager les jeunes acteurs de l'écran.
Je remercie le jury qui me l'a décerné,
et me remet la médaille, merveilleuse-
ment sculptée par François Cogné, que
j'emporte en précieux souvenir. Et je re-
mercie encore ceux qui me permirent de
tourner, dans Club de Femmes, dans Les
Bas-Fonds, dans Police mondaine, dans
Passeurs d'hommes, des rôles que j'ai
aimés. Mais je ne parviens pas à pren-
dre un air réservé et modeste : Je danse
de joie!.
Je ne me souhaite plus, maintenant, que
d'autres belles heures de travail, et le
loisir d'aller me reposer, entre deux
films, dans une petite maison sur la côte
où je pourrais tranquillement jouer avec
mes chiens, écouter pousser mes salades
et me disputer avec mon mari. Mais,
puisque Le Journal veut bien recueillir
mes impressioris, j'avouerai encore que
tout cela me paraît constituer un impres-
sionnant total d'ambitions, tout comme
lorsque j'étais une petite élève distraite
qui rêvait de devenir star.
Léon POIRIER nous parle
de son film" SŒURS D'ARMES"
dont la première version
aura lieu à l'Opéra
le 4 novembre
Vous avez lu sans doute le livre d'An-
toine Redier la Guerre des femmes ? Vous
savez alors qui est Louise de Bettignies,
l'héroïne magnifique des pays envahis en
1914, dont le monument est à Lille: Vous
connaissez aussi Léonie Vanhoutte, son
principal agent d'exécution.
La première était d'origine patricienne,
la seconde de naissance plébéienne, et
pourtant, soulevées par l'héroïsme au-
dessus des « barrières de classe », elles
devinrent des « sœurs d'armes » au ser-
vice de la patrie.
Telle est la ligne générale du film qui
aura l'honneur, dans quelques jours, de
renouer à l'Opéra la tradition des pre-
mières visions cinématographiques.
Il ne s'agit donc pas d'espionnage et la
censure allemande eût peut-être été bien
avisée, en attendant de connaître mon
film avant de l'interdire dans tout le ter-
ritoire du Reich. Mieux renseignée, elle
eût compris sans doute que l'évocation
d'une époque tragique dont bien des per-
sonnages vivent encore, ne peut être faite
qu'objectivement et sans passion. Il ne
saurait y avoir dans l'enchaînement de
faits historiques nul scénario imaginaire :
le pathétique des événements se suffit à
lui-même et l'émotion qui se dégage de
la vérité atteint d'elle-même une profon-
deur insoupçonnée.
Tout dernièrement, je me trouvais as-
sister à la sortie d'un petit cinéma d'une
banlieue rougeoyante où à ma grande
stupéfaction était donné « L'Appel du
silence » et j'entendis cette conversation :
- Ce père de Foucauld, tout de même.
- Te frappe pas, c'est du cinéma.
Mon -vieux, moi, j'y ai été dans le
Sud, y avait son portrait accroché dans
les popotes.
— Alors, c'est du vrai ?
Et il y avait dans cette conclusion un
tel revirement que la force "de la vérité
m'apparut éclatante et que malgré l'avis
de certain loueur de films qui crpyait con-
naître son public, je n'eus plus d'autre
souci pour « Sœurs d'armes » que de
faire vrai.
J'y fus aidé par les souvenirs si précis
de Mme Léonie Vanhoutte, par les lettres
et les précieuses reliques que me qonfia
la famille de Bettignies, par les récits bien
émouvants de témoins français et alle-
mands.
Là où les vieilles femmes se souviennent
encore de Mlle Alice (c'était le pseudony-
me de Louise de Bettignies), sur les lieux
mêmes, j'ai pu reconstituer les étapes
douloureuses de mes héroïnes, le franchis-
sement des fils électrifiés de la frontière
hollandaise, l'arrestation à Froyennes, le
conseil de guerre tenu en présence du gé-
néral von Bissing dans la salle du Sénat
à Bruxelles, et bien d'autres émouvants
détails.
J'y fus aidé aussi par le talent de mes
interprètes, Jeanne Sully, la jeune socié-
taire de la Comédie-Française qui, pour
ses débuts à l'écran, évoque avec une in-
tense émotion l'admirable figure de Louise
de Bettignies, Josette Day qui incarne Léo-
nie Vanhoutte, Thomy Bourdelle, juge
d'instruction allemand d'une étonnante
psychologie, et tant d'autres.
Chacun, en effet, a bien voulu rejeter
la convention et la recherche de l'effet,
éviter de faire du « cinéma » pour tâcher
de faire de l'Histoire, de cette belle His-
toire de France où les Français qui ont
tendance en ce moment à douter d'eux-
mêmes trouvent dans la grandeur d'âme
des héros une raison de croire à la valeur
de la race.
LEON POIRIER.
Savez-vous que.
.Ginger Rogers songe à abandonner
ses chaussons de ballerine pour se lan-
cer dans le drame ? Dernièrement, elle
réussit presque à se faire confier — sous
un nom assumé et totalement métamor-
phosée par une perruque brune et un
maquillage savant — le rôle de la reine
Elisabeth dans le film « Mary d'Ecosse
Les essais furent excellents. Mais on eut
vent de la supercherie et les directeurs
de la production jugèrent imprudent de
surprendre ainsi le public habitué à con-
sidérer l'impétueuse Ginger comme un
tourbillon roux.
.Dorothy Lamour, que nous avons ai-
mée dans « Le dernier train de Madrid »,
est d'origine française, étant née de pa-
rents français à la Nouvelle-Orléans. Lau-
réate d'un concours de beauté, elle y ga-
gne sa première notoriété et une statuette,
une Vénus en bronze, dont elle ne se sé-
parerait à aucun prix. Le nom sous lé-
quel nous la connaissons est son vrai nom,
et non pas un pseudonyme.
CLAUDE TILLY,
COURRIER
DES LECTEURS
Le Courrier des Lecteurs àyant eu, dès le
début, un succès que nous sommes heureux
de constater, par nécessité et pour donner à
nos courriéristes le plus de place possible,
le règlement du Courrier ne paraîtra qu'une
fois par mois. Les lecteurs qui désireraient
des renseignements voudront bien se reporter
au numéro du Journal du 1er octobre. Nous
leur rappelons simplement que toutes les let-
tres doivent être adressées au « Service du
Courrier du Cinéma », Le Journal, 100, rue
de Richelieu, Paris, ler.
Le courrier du Courrier
Chers lecteurs, le Journal vous remercie
de l'intérêt que vous avez apporté à sa
rubrique c Le Courrier des Lecteurs ». Dieu 1
quelle avalanche de compliments, d'encou-
ragements.
Nous souhaitons la bienvenue à * Co-
cotte », c La Muette de Portici », «Pour et
Contre », « Le Grand Meaulnes ». « Jan-
René » et tant d'autres qu'il nous est im-
possible de nommer ici et de féliciter. Nous
leur demandons à tous un peu de patience.
Le Courrier grossit. grossit.
« Mirentchu », vous pouvez écrire à l'ar-
tiste en question. Envoyez votre lettre sous
enveloppe timbrée au service du Courrier
du Cinéma, le Journal. 100, rue de Riche-
lieu, qui la transmettra à l'intéressé.
Et, enfin, un tout petit conseil, chers cour-
riéristes, qui évitera peut-être une prochaine
bagarre entre vous. Que diriez-vous si les
quelques millions de Français donnaient ici,
chaque semaine, leurs opinions sur M. X.,
artiste de cinéma ? A la longue, vous trou-
veriez peut-être cela bien monotone. Al-
lons 1 vous avez compris. Merci.
Non, « B.B. 9 », je ne partage pas votre
avis. Je trouve équitable que l'on mentionne
avant la projection d'un film le nom des
collaborateurs qui ont participé à sa réali-
sation. C'est, à mon sens, reconnaître d'une
façon bien minime le réel dévouement dont
font preuve, depuis les machinistes jusqu'au
metteur en scène, tous ceux qui aident à,
mettre sur pied le film que l'on vous pré-
sentera. Et pe n'est pas une petite affairé,
croyez-en la jeune artiste de cinéma qui
est.
KATTA Low,
Anaïs de Claudine à l'école.
Réponse à c Jan Silvin » : J'ai trouvé,
comme vous, le Carnet de Bal admirable.
De votre avis, au sujet de Noël-Noël et Fer-
nandel. Ces deux artistes sont, en effet, dif-
férents mais également excellents dans leur
jeu. Et, je demande aussi le nom des vedet-
tes en fin de film.
A « Franc-Viseur : : Je partage votre ad-
miration pour Noël-Noël, que j'ai vu dans
Mistigri, avec Madeleine Renaud, que je
ne puis oublier tant ce film m'a plu. « Côte
d'Azur », j'interprète la Grande Illusion
comme vous. Moi aussi, « Mamine », j'ai
un faible pour les acteurs de Marcel Pa-
gnol, Gaby Morlay et Charles Boyer en par-
ticulier.
UNS MONTMARTROISE.
Tout à fait de l'avis de « Fidélia » pour
supprimer les violences criminelles et j'ap-
prouve le conseil de l'« Allongé » de ne pas
critiquer les femmes comme le fait « La Com-
mère ». Laissez-moi rappeler ce compliment
si joli de Colette disant de Gaby Morlay
que, dans tous ses rôles « elle arrive aux
nues par tous les chemins ». N'est-ce pas
que c'est gentil cet éloge d'une femme à
une autre femme ?
BIDDY.
Pourquoi hésiterais-je ? Au contraire!
Une telle initiative me paraît très intéres-
sante. Je m'engage à répondre à tous les
lecteurs qui voudront bien s'intéresser à moi
et me faire part de leurs impressions.
ALICE TISSOT.
A Pierre-Richard Willm : Puisque le Jour-
nal m'en offre l'occasion, je vous dis mon
admiration pour votre interprétation du
sergent Muller, dans le Grand jeu. Vous y
avez atteint au sublime ! Merci de m'avoir
procuré ces minutes d'intense émotion !
Une suggestion : connaissez-vous le roman de
Drieu la Rochelle : Une Femme à sa fe-
netre ? Ne pensez-vous pas qu'on pourrait
tirer de ce sujet si original un film inté-
ressant ? Le rôle de Michel Boutros ne vous
séduirait-il pas ? Il conviendrait à votre ca-
ractère et à votre talent. Aurons-nous le
plaisir de vous voir un jour en cette Grèce
prestigieuse ?
UNE AMIE DE LA LÉGION.
Pourquoi dit-on qu'un artiste a cessé de
plaire alors qu'il est impossible d'en juger?
Trois bons et consciencieux acteurs ont dis-
paru de l'écran : Joë Hamman, Georges
Melchior, Paul Guidé. Je ne crois pas qu'ils
soient accaparés par le théâtre ?. Pourquoi
n'utilise-t-on plus leur talent ?
JEAN DE LA LUNE
Mes félicitations à « Ortie » pour son pseu- t
donyme. Cependant, il faut qu'elle sache
qu'on ne juge pas la valeur d'un acteur par
son physique. Si elle n'a pas distingué le
grand talent de Fernandel c'est parce qu'elle
n'y entend rien. Dans ce cas, précisément,
son physique, presque autant que son ta- *
lent, a servi sa réussite. Du reste, les meil-
leurs acteurs de théâtre et de cinéma ont
presque tous un physique. ingrat. Je ne
citerai pas de nom, ne voulant peiner per-
sonne.
TOINETTE.
Le Journal, qui nous demande de répondre
aux lecteurs du « Courrier », nous donne
un excellent moyen d'être en rapport avec
ceux pour qui nous dépensons tous nos ef-
forts. Merci et à bientôt, j'espère.
ROBERT BURNiER.
Je pense — sans faillir à la courtoisie -
que « Tarzan » est véritablement un homme
des bois. C'est la seule explication à sa
diatribe contre Sacha Guitry. Quel autre ar-
tiste est capable de tenir avec son brio, et
sans nous ennuyer, la scène pendant une
demi-heure comme il le fait dans Faisons un
rêve. Il possède naturellement le sentiment
désinvolte de la grandeur. Il faut le voir
dans le rôle de François Ier (les Perles de la
Couronne), descendre l'escalier marseillais,
entre deux haies de drapeaux, pour aller au
devant de Clément VII, en donnant la main
au dauphin. C'est mieux qu'un humoriste,
c'est un ironiste. Les Perles de la Couronne
nous en donnent trois exemples. L'idée
d'avoir placé ce film sous l'invocation du
couronnement du roi d'Angleterre est com-
mercialement magnifique. Ensuite, faire
jouer un rôle ridicule de vieille gourgandine
à Cécile Sorel, qui se figure, aveuglée par
sa vanité, « incarner magnifiquement la
Française», comme elle l'a confié aux jour-
naux. Enfin, j'aime beaucoup Raimu, mais
je, trouve un peu excessive sa prétention de
figurer au programme sur le même plan que
Sacha. On sait que celui-ci y a remédié en
présentant le film de la façon suivante : les
Perles de la Couronne, joué par Sacha Gui-
try et Raimu, le Marseillais. Ce « le MarseHj*
lais » remet chacun à sa place? Quand on est
capable d'astuces pareilles, n'a-t-on pas le
droit de se gober un peu ?
CLAUDE BLONDEFONTAINE. �.'
Que « Jan Silvin » me permette de lui
Signaler qu'il existe un véritable Jean sn..
vain que je connais (c'est peut-être le
même ?) Je suis de son avis en ce qui
concerne la distribution, utile à redonner à
la fin des films.
UNE ANGEVINE.
Je suis heureux de constater que le Cour-
rier devient de semaine en semaine plus iri"!
téressant ! Des questions s'y soulèvent d'or- -
dres divers et qui, pourtant, se tiennent les
tunes les autres. « La Commère » demande
que soit renouvelé le personnel des petits
rôles; « Jan Silvin » réclame la distribution
à la fin des films. Ces deux souhaits sont
légitimes (sinon facilement réalisables) outre
que revoir les mêmes « quasi-figurants » de-
vienne vite fastidieux, leur remplacement pé-
riodique permettrait, sans doute, à de nou-
veaux venus de se faire remarquer et par
là préparerait le renouvellement des vedet-
tes ou demi-vedettes. Et voilà précisément
l'un des cas où la distribution donnée ou
répétée à la fin du film prendrait toute son
utilité. Ne nous est-il pas advenu à tous de
sortir d'une salle en nous demandant :
Mais qui donc. jouait ce petit rôle ? » Merci
à « Ortie » de son amabilité. Nous sommes
d'accord en tous points.
FRANC-VISEUR.
c Carcouet » : moi aussi Harold Loyd me
fait rire mais je ne diminue pas pour cela
le talent de nos comiques qui ont « du mé-
tier » quoi que vous en disiez.
Pierre Larquey, comme vous jouez bien!
Je suie reconnaissante- au - Journal qui me
permet de vous le dire par la voie de son
Courrier, où je retrouve aussi mon artiste
admiré de toujours, Victor Boucher. Qui est
de mon avis pour Simone Simon ? Admira-
ble son jeu ! Je la compare à Lilian Gish.
TOUT POUR L'ART.
« Un admirateur » : vous reverrez le sym-
pathique Préjean dans Un soir à Venise,
Neuf de Trente et 'l'Alibi, films terminés.
Pour le présent, il tourne Molle tard et Cie,
avec Harry Baur, et ensuite il sera l'inter-
prète de Jean-François de Nantes, avec Ma-
deleine Renaud. « Une Montmartroise » :
André Roanne fait partie de la distribution
du Club des Aristocrates. « Un Allongé » :
bravo pour votre défense de Marcelle Chan-
tai, il y a peu de vedettes ayant sa beauté,
son chic et son allure. « Phylis » : pas de
votre avis. Je tiens Ed. Feuillère pour une
de nos meilleures comédiennes, mais avec
vous pour défendre nos artistes français.
SAKOUTALA.
Je demande à «Geo» des détails sur son
club.
HÉROS. 1 Û
C'est avec un grand bonjour à tous que u
je fais mes débuts dans le Courrier, à qui
je souhaite longue prospérité. Je ne peux
comprendre « Carcouet » qui trouve Harold
Lloyd bien meilleur que Noël-Noël et Fer-
nandel. Ces derniers sont. des artistes très
fins et Harold est un pantin, comme beau-
coup d'acteurs américains, d'ailleurs: Comme
«Phylis» mes préférences vont à tous les
artistes nommés. dans son article, mais sur-
tout à Madeleine Renaud et Henri Rollan.
Pour mon compte, je ne vois pas d'artistes
au-dessus d'eux.
ROSE THÉ.
Je me permets de dire à « Sylvérie » qu'il
y a des films où les officiers français ne sont
pas mal représentés, comme dans l'Equi-
page, la Bataille, Veillée d'Armes. Mais
pour se rendre compte de la finesse des
Gaités de l'Escadron, il faut avoir vécu la
vie de caserne. Je ne suis pas d'accord avec
« Jan Silvin » : redonner la distribution à la
fin du film nuirait au second film de la
séance quand on quitte la salle avec hâte.
Le moyen utile serait de donner la distri-
bution complète dans les programmes dis-
tribués dans certaines salles.
B.B. 9.
NUMERO 13 FEUILLETON DU JOURNAL 29 OCTOBRE 1937
LE FIL LUISANT
Roman inédit
PAR MARCELLE CAPY
;' 1 •_
- - Où est ce confessionnal? dit l'inspecteur.
- A l'église, parbleu! répondit Blanchot.
Un quart d'heure plus tard, l'inspecteur des
P. T. T. et le maire de Nizoules. entraient dans
J'église,
- C'est ça, la cabine téléphonique! s'écria
'l'inspecteur; qui s'étranglait de rire.
H -se tenait les côtes, s'esclaffait, perdant
-toute conscience de sa dignité et du respect
dû au saint lieu, et il hoquetait :
— Elle est bien bonne. ah J par exemple.-
Enfin, il se calma et Blanchot demanda :
— En êtes-vous bien sûr que c'est la cabine
téléphonique ? - ,
r Si, j'ensuis sûr ?. *
Et l'inspecteur se laissa tomber barun prie>
Dieu et se laissa aller à son hilarité* sans la
moindre retenue. •
A la fin, Blanchot riait, lui aussi.
Et il dit pour conclure :
— .Que voulez-vous, je ne pouvais, pas sa-
voir que le téléphone et un confessionnal,
c'est comme qui dirait la même' chose.
Huit jours après, monsieur le maire inau-
gura solennellement la ligne téléphonique.-
Sorgue se tenait au garde-à-vous devant la
cabine, conscient de son importance. Il avait
sifflé pas. mal de verres de vin blanc et se sen-
tait quelqu'un dans le genre du- président de
la République. Il avait épinglé sa croix ae
guerre au revers de sa veste et comme dirent
les femmes : -
— Sorgue- aujourd'hui, il. ne faudrait pas
vouloir lui friser la moustache. •
Blanchot décrocha le récepteur, comme .il
l'avait vu faire à l'inspecteur des P.T.T., et
lança un sonore :
•— A-ll-o-o.
Là-bas, au chef-lieu, une voix féminine
répondit :
— Ne criez pas si fort, vous me déchirez les
oreilles..
Vingt kilomètres séparaient la bouche du
maire de Nizoules et l'oreille de la télépho-
niste du chef-lieu, vingt kilomètres, avec des
montées, des descentes, des contours, un pont
et deux passages à niveau.
Et pour relier cette bouche et cette oreille :
un fit.
Et c'était comme si on se trouvait à deux
pas.
—• Nous avons le fil parlant, disait la Ber-
the, transportée d'admiration.
Blanchot était ému. On a beau dire, ça fait
quelque chose d'entendre quelqu'un qu'on ne
voit pas, qui est à vingt kilomètres et qui
demande :
- Qui demandez-vous ?
Du diable, si Blanchot savait qui il deman-.
dait. Les gens le regardaient, surtout les mor-
veux de la première division de l'école, qui
se poussaient du coude en ricanant
— Enfin, que voulez-vous ? répétait la voix.
Blanchot répondit, grandiose :
— La pré-fec-tu-re.
Et voici qu'une autre voix — virile et grave
cette fois — annonça :
— Allô ! Ici, la préfecture.
Blanchot en eut un COUD au creux de l'es-
tomac. Qui lui parlait, là-bas ? Peut-être le
préfet, en personne. On a beau dire ce qu'on
voudra, un préfet est un personnage, et ça
vous en' impose. Blanchot était, troublé. Il
ne savait que dire au monsieur qui l'écoutait
dans un bureau de la préfecture, à vingt ki-
lomètres, car .avec ce diable de téléphone, il
fallait penser si vite, et parler si vite, qu'on
n'avait même pas le temps de respirer.
Blanchot n'avait pas l'habitude de penser
et de parler à une allure aussi accélérée. Il
lui fallait un bon moment pour ramasser son
idée, et un autre bon moment pour ramasser
ses mots.
Raide comme la justice, Sorgue promenait
sur la tête des enfants qui se poussaient au
premier rang des spectateurs, un regard de
chef à l'heure décisive. Le menton haut, le
front barré d'une ride sévère, il avait l'air
de dire : -
- Si un galopin bronche, je lui f. une
correction pas ordinaire.
Au bout du fil parlant, la voix s'impatien-
tait
- Eh bien, parlez, voyons. Qui êtes-
vous ?
Blanchot reprit ses esprits :
— Baptiste-Antonin Blanchot, maire de Ni-
zoules.
-. Bon, dit la voix radoucie, que faut-ol
pour votre service, monsieur le maire ?
Ces paroles courtoises entrèrent dans l'o-
reille de Blanchot, lui coulèrent dans le go-
sier comme un vin d'honneur et allèrent lui
réchauffer la poitrine. Superbe, il se redressa,
bomba le torse et déclara sentencieusemnt :
— Je veux dire que je n'ai rien à dire. et
que la commune de Nizoules vous salué, par
le téléphone.
Et il raccrocha.
— Ça, c'est envoyé,. remarqua Sorgue.
Les morveux de la première division en ou-
vraient la bouche jusqu'aux oreilles.
On plantait les poteaux. on tendait les fils.
On installait les compteurs. On trouait des
murailles. Les ouvriers de la première heure
étaient partis.
Il en était venu d'autres, des spécialistes,
qu'on les appelait. Ils étaient' plus réservés,
mais ils consommaient davantage car il' leur
fallait des menus plus fins, des apéritifs de
bonne marque et des musiques américaines.
Certains disaient, en parlant de Cazals :
— Celui-là, c'est un as.
Le personnel du mas d'Ayet avait fait con-
naître que leur patron était en train de di-
vorcer.
— Un divorce à l'amiable, disait Léonce qui
avait reçu mission de divulguer la nouvelle.
— A l'amiable ? répétaient les commères
qui s'en trouvaient déçues, car elles s'étaient
attendues à un dénouement romanesque qui
leur secouerait un peu les nerfs.
— Dans lé grand monde, expliquait Léonce,
ces choses se font. couramment. Je n'ai pas
servi vingt ans dans un château pour ne pas
savoir comment ça se pratique. On se marie
chez les gens de la haute, et on se divorce
comme ça, eans histoires.
— N'empêche que c'est pour la Marie-Rose
qu'il divorce, répliquaient certains.
— Ce qui prouve, disait Léonce, qu'un fils
du pays ne trouve qu'au pays une personne
selon son inclination.
Cet argument avait du poids.
Marie-Rose était une enfant du pays. Et,
je vous le demande, une fille du pays ne va-
lait-elle pas cent fois une Marocaine de Ca-
sablanca ?
D'ailleurs, rien que ce mot Casablanca, ça
vous avait un air étrange et pas catholique.
— D'abord, expliquait Sorgue, il faut com-
prendre la question. H n'y a pas une étran-
gère qui vaille une Française ; pas une Fran-
çaise qui vaille une fille du département ;
pas une fille du département qui vaille une
fille de Nizoules.
Les Nizoulines, jeunes et vieilles, approu-
vaient, modestement.
La Pernette, seule, n'admettait aucun rai-
sonnement.
— Le divorce est une saloperie ! criait-
elle.
— Parle toujours, c'est la jalousie qui te
fait parler, disait le facteur quand elle avait
tourné les"talons. Il n'y a pas de danger qu'au-
cun homme divorce pour elle, avec la binette
qu'elle a. Non, sans blagues, un condamné à
mort ne se risquerait pas dans ses draps dé
lit, même si ça devait lui sauver l'existence.
Elle doit avoir les os si pointus que ça me
fait mal aux côtes rien que d'y penser.
Chaque jour, la Berthe menait paître son
troupeau du côté du moulin Darne.
Les bêtes broutaient. La vieille écoutait.
Il y avait d'abord la voix de la cascade qui
remplissait l'air d'un grondement continu.
La Berthe la connaissait depuis son enfance.
Elle la connaissait tellement qu'elle n'y faisait
jamais attention.
Maintenant c'était comme si elle la décou-
vrait.
Il est ainsi des choses familières qu'on ne
voit pas, qu'on n'entend pas, et qui, soudain,
vous apparaissent ainsi que des révélations.
Il y a bien longtemps qu'il est dit : « la lu-
mière brillait dans les ténèbres, mais les té-
nèbres ne l'ont pas comprise ». Et puis un
jour — pour une raison ou pour une autre —
les ténèbres voient et tout est changé.
La rivière coulait lentement entre les sau-
les de ses rives. Tantôt verte, tantôt bleue,
tantôt grise et tantôt miroitante — selon le
temps — elle arrivait comme une qui n'a peur
de rien et se contente, au long des jours, de
ce que le destin lui donne.
Tout; à coup, le barrage lui commandait :
halte !
S'imaginait-il, lui, fait de mains d'hommes,
qu'elle allait reculer, elle, sortie des mains de
Dieu ?
Elle était née au pied de la haute montagne
habillée de sapins et couronnée de neiges
éternelles.
Elle avait bondi, pure et fraîche, sur les
cailloux aux flancs polis sous lesquels se ca-
chait la truite. Et les sources, les torrents, les
ruisseaux étaient venus à elle, en cortège. Ils
l'aimaient tant qu'ils se donnaient à elle, se
perdaient en elle. Et plus ils se donnaient, et
plus ils se perdaient, et plus ils voulaient se
donner ei se perdre.
Et cela durait depuis le commencement des
temps.
Le barrage espérait-il briser l'élan victorieux -
de celle qui venait de si haut, de si loin, et
dont la marche nuptiale émerveillait les sau-
les aux feuillages bleus, rangés en haie sur son
passage ?
Dès qu'elle sentait l'obstacle, la rivière se
ramassait et sautait par-dessus, à pieds joints, -
dans un fouillis d'écume, si légère et si blan-
che, que l'on eût dit mille voiles de mariées
ensemble.
Et la rivière ensuite s'apaisait et s'éloignait,
nonchalante et lisse,sûre d'arriver là où doivent
arriver les rivières jaillies de la terre par:
l'opération des pluies et des neiges du ciel.
La vieille Berthe écoutait.
Et à la voix de la cascade se mêlait à pré-
sent une autre voix, plus basse, plus sourde —
celle des machines.
Les machines accompagnaient le chant de
la rivière comme l'harmonium de l'église ac-
compagnait, le dimanche, le chœur des jeunes
filles.
; Les filles chantaient de la tête tandis que
l'instrument soufflait sa voix du fond de son
ventre. Ainsi, ça faisait clair et sombre, léger
et lourd, en même temps.
* (A suivre.)
,Copyright by Marcelle Capy, 1937
Tous droits de reproduction, de traducrion et
d'adaptation réservés pour tous pays
29-10-37
JEANNE SULLY
de la Comédie-Française
et JOSETTE DAY dans «Sœurs d'Armes-
ELVIRE POPESCO ;
et VICTOR BOUCHER
dans «l'Habit vert.
JUNIE ASTOR
Prix Suzanne-Bianchetti 1937
FERNANDEL et ORANE DEMAZIS
dans « Regain »
Confidences
de Junie Astor
Prix Suzanne Bianchetti 1937
A l'époque où je, me refusais à assimi-
ler le théorème de Thalès et les ressour-
ces de la Haute-Amazonie, mais où je
remplaçais les jeux par la déclamation
solitaire de l'Aiglon, il m'arrivait parfois
d'aller au cinéma.
Je me souviens de l'enchantement que
j'en éprouvais, troublé par le désir de
me mêler, plus tard, à ces bienheureux
dont je contemplais l'image. Je me sou-
viens de mon angoisse de trop souhaiter,
de ne rien obtenir. Et je me souviens
encore de Suzanne Bianchetti, telle
qu'elle m'apparut daim Verdun, visions
d'histoire, pour mon éblouissement défi-
nitif. Elle avait une beauté inoubliable,
et ce mélange d'art et d'instinct dont
sont pétris les grands acteurs. Elle était
dans toute sa gloire. Je l'admirais si fort
que je me reprochais cette audace d'avoir
décidé que son métier serait aussi le
mien.
Aujourd'hui, et puisqu'il faut bien me
persuader que c'est à moi, à moi que
l'Association des auteurs de films a fait
le grand honneur d'attribuer le premier
Prix Suzanne Bianchetti, je suis boule-
versée de lire le nom de la grande ar-
tiste à côté de mon nom, et j'aime que
ma belle récompense me parvienne sous
le signe de celle qui enchanta mes grands
rêves de petite fille, et avec son image.
Je ne pensais pas mériter le Prix
Suzanne. Biatichetti, si bien institué pour
encourager les jeunes acteurs de l'écran.
Je remercie le jury qui me l'a décerné,
et me remet la médaille, merveilleuse-
ment sculptée par François Cogné, que
j'emporte en précieux souvenir. Et je re-
mercie encore ceux qui me permirent de
tourner, dans Club de Femmes, dans Les
Bas-Fonds, dans Police mondaine, dans
Passeurs d'hommes, des rôles que j'ai
aimés. Mais je ne parviens pas à pren-
dre un air réservé et modeste : Je danse
de joie!.
Je ne me souhaite plus, maintenant, que
d'autres belles heures de travail, et le
loisir d'aller me reposer, entre deux
films, dans une petite maison sur la côte
où je pourrais tranquillement jouer avec
mes chiens, écouter pousser mes salades
et me disputer avec mon mari. Mais,
puisque Le Journal veut bien recueillir
mes impressioris, j'avouerai encore que
tout cela me paraît constituer un impres-
sionnant total d'ambitions, tout comme
lorsque j'étais une petite élève distraite
qui rêvait de devenir star.
Léon POIRIER nous parle
de son film" SŒURS D'ARMES"
dont la première version
aura lieu à l'Opéra
le 4 novembre
Vous avez lu sans doute le livre d'An-
toine Redier la Guerre des femmes ? Vous
savez alors qui est Louise de Bettignies,
l'héroïne magnifique des pays envahis en
1914, dont le monument est à Lille: Vous
connaissez aussi Léonie Vanhoutte, son
principal agent d'exécution.
La première était d'origine patricienne,
la seconde de naissance plébéienne, et
pourtant, soulevées par l'héroïsme au-
dessus des « barrières de classe », elles
devinrent des « sœurs d'armes » au ser-
vice de la patrie.
Telle est la ligne générale du film qui
aura l'honneur, dans quelques jours, de
renouer à l'Opéra la tradition des pre-
mières visions cinématographiques.
Il ne s'agit donc pas d'espionnage et la
censure allemande eût peut-être été bien
avisée, en attendant de connaître mon
film avant de l'interdire dans tout le ter-
ritoire du Reich. Mieux renseignée, elle
eût compris sans doute que l'évocation
d'une époque tragique dont bien des per-
sonnages vivent encore, ne peut être faite
qu'objectivement et sans passion. Il ne
saurait y avoir dans l'enchaînement de
faits historiques nul scénario imaginaire :
le pathétique des événements se suffit à
lui-même et l'émotion qui se dégage de
la vérité atteint d'elle-même une profon-
deur insoupçonnée.
Tout dernièrement, je me trouvais as-
sister à la sortie d'un petit cinéma d'une
banlieue rougeoyante où à ma grande
stupéfaction était donné « L'Appel du
silence » et j'entendis cette conversation :
- Ce père de Foucauld, tout de même.
- Te frappe pas, c'est du cinéma.
Mon -vieux, moi, j'y ai été dans le
Sud, y avait son portrait accroché dans
les popotes.
— Alors, c'est du vrai ?
Et il y avait dans cette conclusion un
tel revirement que la force "de la vérité
m'apparut éclatante et que malgré l'avis
de certain loueur de films qui crpyait con-
naître son public, je n'eus plus d'autre
souci pour « Sœurs d'armes » que de
faire vrai.
J'y fus aidé par les souvenirs si précis
de Mme Léonie Vanhoutte, par les lettres
et les précieuses reliques que me qonfia
la famille de Bettignies, par les récits bien
émouvants de témoins français et alle-
mands.
Là où les vieilles femmes se souviennent
encore de Mlle Alice (c'était le pseudony-
me de Louise de Bettignies), sur les lieux
mêmes, j'ai pu reconstituer les étapes
douloureuses de mes héroïnes, le franchis-
sement des fils électrifiés de la frontière
hollandaise, l'arrestation à Froyennes, le
conseil de guerre tenu en présence du gé-
néral von Bissing dans la salle du Sénat
à Bruxelles, et bien d'autres émouvants
détails.
J'y fus aidé aussi par le talent de mes
interprètes, Jeanne Sully, la jeune socié-
taire de la Comédie-Française qui, pour
ses débuts à l'écran, évoque avec une in-
tense émotion l'admirable figure de Louise
de Bettignies, Josette Day qui incarne Léo-
nie Vanhoutte, Thomy Bourdelle, juge
d'instruction allemand d'une étonnante
psychologie, et tant d'autres.
Chacun, en effet, a bien voulu rejeter
la convention et la recherche de l'effet,
éviter de faire du « cinéma » pour tâcher
de faire de l'Histoire, de cette belle His-
toire de France où les Français qui ont
tendance en ce moment à douter d'eux-
mêmes trouvent dans la grandeur d'âme
des héros une raison de croire à la valeur
de la race.
LEON POIRIER.
Savez-vous que.
.Ginger Rogers songe à abandonner
ses chaussons de ballerine pour se lan-
cer dans le drame ? Dernièrement, elle
réussit presque à se faire confier — sous
un nom assumé et totalement métamor-
phosée par une perruque brune et un
maquillage savant — le rôle de la reine
Elisabeth dans le film « Mary d'Ecosse
Les essais furent excellents. Mais on eut
vent de la supercherie et les directeurs
de la production jugèrent imprudent de
surprendre ainsi le public habitué à con-
sidérer l'impétueuse Ginger comme un
tourbillon roux.
.Dorothy Lamour, que nous avons ai-
mée dans « Le dernier train de Madrid »,
est d'origine française, étant née de pa-
rents français à la Nouvelle-Orléans. Lau-
réate d'un concours de beauté, elle y ga-
gne sa première notoriété et une statuette,
une Vénus en bronze, dont elle ne se sé-
parerait à aucun prix. Le nom sous lé-
quel nous la connaissons est son vrai nom,
et non pas un pseudonyme.
CLAUDE TILLY,
COURRIER
DES LECTEURS
Le Courrier des Lecteurs àyant eu, dès le
début, un succès que nous sommes heureux
de constater, par nécessité et pour donner à
nos courriéristes le plus de place possible,
le règlement du Courrier ne paraîtra qu'une
fois par mois. Les lecteurs qui désireraient
des renseignements voudront bien se reporter
au numéro du Journal du 1er octobre. Nous
leur rappelons simplement que toutes les let-
tres doivent être adressées au « Service du
Courrier du Cinéma », Le Journal, 100, rue
de Richelieu, Paris, ler.
Le courrier du Courrier
Chers lecteurs, le Journal vous remercie
de l'intérêt que vous avez apporté à sa
rubrique c Le Courrier des Lecteurs ». Dieu 1
quelle avalanche de compliments, d'encou-
ragements.
Nous souhaitons la bienvenue à * Co-
cotte », c La Muette de Portici », «Pour et
Contre », « Le Grand Meaulnes ». « Jan-
René » et tant d'autres qu'il nous est im-
possible de nommer ici et de féliciter. Nous
leur demandons à tous un peu de patience.
Le Courrier grossit. grossit.
« Mirentchu », vous pouvez écrire à l'ar-
tiste en question. Envoyez votre lettre sous
enveloppe timbrée au service du Courrier
du Cinéma, le Journal. 100, rue de Riche-
lieu, qui la transmettra à l'intéressé.
Et, enfin, un tout petit conseil, chers cour-
riéristes, qui évitera peut-être une prochaine
bagarre entre vous. Que diriez-vous si les
quelques millions de Français donnaient ici,
chaque semaine, leurs opinions sur M. X.,
artiste de cinéma ? A la longue, vous trou-
veriez peut-être cela bien monotone. Al-
lons 1 vous avez compris. Merci.
Non, « B.B. 9 », je ne partage pas votre
avis. Je trouve équitable que l'on mentionne
avant la projection d'un film le nom des
collaborateurs qui ont participé à sa réali-
sation. C'est, à mon sens, reconnaître d'une
façon bien minime le réel dévouement dont
font preuve, depuis les machinistes jusqu'au
metteur en scène, tous ceux qui aident à,
mettre sur pied le film que l'on vous pré-
sentera. Et pe n'est pas une petite affairé,
croyez-en la jeune artiste de cinéma qui
est.
KATTA Low,
Anaïs de Claudine à l'école.
Réponse à c Jan Silvin » : J'ai trouvé,
comme vous, le Carnet de Bal admirable.
De votre avis, au sujet de Noël-Noël et Fer-
nandel. Ces deux artistes sont, en effet, dif-
férents mais également excellents dans leur
jeu. Et, je demande aussi le nom des vedet-
tes en fin de film.
A « Franc-Viseur : : Je partage votre ad-
miration pour Noël-Noël, que j'ai vu dans
Mistigri, avec Madeleine Renaud, que je
ne puis oublier tant ce film m'a plu. « Côte
d'Azur », j'interprète la Grande Illusion
comme vous. Moi aussi, « Mamine », j'ai
un faible pour les acteurs de Marcel Pa-
gnol, Gaby Morlay et Charles Boyer en par-
ticulier.
UNS MONTMARTROISE.
Tout à fait de l'avis de « Fidélia » pour
supprimer les violences criminelles et j'ap-
prouve le conseil de l'« Allongé » de ne pas
critiquer les femmes comme le fait « La Com-
mère ». Laissez-moi rappeler ce compliment
si joli de Colette disant de Gaby Morlay
que, dans tous ses rôles « elle arrive aux
nues par tous les chemins ». N'est-ce pas
que c'est gentil cet éloge d'une femme à
une autre femme ?
BIDDY.
Pourquoi hésiterais-je ? Au contraire!
Une telle initiative me paraît très intéres-
sante. Je m'engage à répondre à tous les
lecteurs qui voudront bien s'intéresser à moi
et me faire part de leurs impressions.
ALICE TISSOT.
A Pierre-Richard Willm : Puisque le Jour-
nal m'en offre l'occasion, je vous dis mon
admiration pour votre interprétation du
sergent Muller, dans le Grand jeu. Vous y
avez atteint au sublime ! Merci de m'avoir
procuré ces minutes d'intense émotion !
Une suggestion : connaissez-vous le roman de
Drieu la Rochelle : Une Femme à sa fe-
netre ? Ne pensez-vous pas qu'on pourrait
tirer de ce sujet si original un film inté-
ressant ? Le rôle de Michel Boutros ne vous
séduirait-il pas ? Il conviendrait à votre ca-
ractère et à votre talent. Aurons-nous le
plaisir de vous voir un jour en cette Grèce
prestigieuse ?
UNE AMIE DE LA LÉGION.
Pourquoi dit-on qu'un artiste a cessé de
plaire alors qu'il est impossible d'en juger?
Trois bons et consciencieux acteurs ont dis-
paru de l'écran : Joë Hamman, Georges
Melchior, Paul Guidé. Je ne crois pas qu'ils
soient accaparés par le théâtre ?. Pourquoi
n'utilise-t-on plus leur talent ?
JEAN DE LA LUNE
Mes félicitations à « Ortie » pour son pseu- t
donyme. Cependant, il faut qu'elle sache
qu'on ne juge pas la valeur d'un acteur par
son physique. Si elle n'a pas distingué le
grand talent de Fernandel c'est parce qu'elle
n'y entend rien. Dans ce cas, précisément,
son physique, presque autant que son ta- *
lent, a servi sa réussite. Du reste, les meil-
leurs acteurs de théâtre et de cinéma ont
presque tous un physique. ingrat. Je ne
citerai pas de nom, ne voulant peiner per-
sonne.
TOINETTE.
Le Journal, qui nous demande de répondre
aux lecteurs du « Courrier », nous donne
un excellent moyen d'être en rapport avec
ceux pour qui nous dépensons tous nos ef-
forts. Merci et à bientôt, j'espère.
ROBERT BURNiER.
Je pense — sans faillir à la courtoisie -
que « Tarzan » est véritablement un homme
des bois. C'est la seule explication à sa
diatribe contre Sacha Guitry. Quel autre ar-
tiste est capable de tenir avec son brio, et
sans nous ennuyer, la scène pendant une
demi-heure comme il le fait dans Faisons un
rêve. Il possède naturellement le sentiment
désinvolte de la grandeur. Il faut le voir
dans le rôle de François Ier (les Perles de la
Couronne), descendre l'escalier marseillais,
entre deux haies de drapeaux, pour aller au
devant de Clément VII, en donnant la main
au dauphin. C'est mieux qu'un humoriste,
c'est un ironiste. Les Perles de la Couronne
nous en donnent trois exemples. L'idée
d'avoir placé ce film sous l'invocation du
couronnement du roi d'Angleterre est com-
mercialement magnifique. Ensuite, faire
jouer un rôle ridicule de vieille gourgandine
à Cécile Sorel, qui se figure, aveuglée par
sa vanité, « incarner magnifiquement la
Française», comme elle l'a confié aux jour-
naux. Enfin, j'aime beaucoup Raimu, mais
je, trouve un peu excessive sa prétention de
figurer au programme sur le même plan que
Sacha. On sait que celui-ci y a remédié en
présentant le film de la façon suivante : les
Perles de la Couronne, joué par Sacha Gui-
try et Raimu, le Marseillais. Ce « le MarseHj*
lais » remet chacun à sa place? Quand on est
capable d'astuces pareilles, n'a-t-on pas le
droit de se gober un peu ?
CLAUDE BLONDEFONTAINE. �.'
Que « Jan Silvin » me permette de lui
Signaler qu'il existe un véritable Jean sn..
vain que je connais (c'est peut-être le
même ?) Je suis de son avis en ce qui
concerne la distribution, utile à redonner à
la fin des films.
UNE ANGEVINE.
Je suis heureux de constater que le Cour-
rier devient de semaine en semaine plus iri"!
téressant ! Des questions s'y soulèvent d'or- -
dres divers et qui, pourtant, se tiennent les
tunes les autres. « La Commère » demande
que soit renouvelé le personnel des petits
rôles; « Jan Silvin » réclame la distribution
à la fin des films. Ces deux souhaits sont
légitimes (sinon facilement réalisables) outre
que revoir les mêmes « quasi-figurants » de-
vienne vite fastidieux, leur remplacement pé-
riodique permettrait, sans doute, à de nou-
veaux venus de se faire remarquer et par
là préparerait le renouvellement des vedet-
tes ou demi-vedettes. Et voilà précisément
l'un des cas où la distribution donnée ou
répétée à la fin du film prendrait toute son
utilité. Ne nous est-il pas advenu à tous de
sortir d'une salle en nous demandant :
Mais qui donc. jouait ce petit rôle ? » Merci
à « Ortie » de son amabilité. Nous sommes
d'accord en tous points.
FRANC-VISEUR.
c Carcouet » : moi aussi Harold Loyd me
fait rire mais je ne diminue pas pour cela
le talent de nos comiques qui ont « du mé-
tier » quoi que vous en disiez.
Pierre Larquey, comme vous jouez bien!
Je suie reconnaissante- au - Journal qui me
permet de vous le dire par la voie de son
Courrier, où je retrouve aussi mon artiste
admiré de toujours, Victor Boucher. Qui est
de mon avis pour Simone Simon ? Admira-
ble son jeu ! Je la compare à Lilian Gish.
TOUT POUR L'ART.
« Un admirateur » : vous reverrez le sym-
pathique Préjean dans Un soir à Venise,
Neuf de Trente et 'l'Alibi, films terminés.
Pour le présent, il tourne Molle tard et Cie,
avec Harry Baur, et ensuite il sera l'inter-
prète de Jean-François de Nantes, avec Ma-
deleine Renaud. « Une Montmartroise » :
André Roanne fait partie de la distribution
du Club des Aristocrates. « Un Allongé » :
bravo pour votre défense de Marcelle Chan-
tai, il y a peu de vedettes ayant sa beauté,
son chic et son allure. « Phylis » : pas de
votre avis. Je tiens Ed. Feuillère pour une
de nos meilleures comédiennes, mais avec
vous pour défendre nos artistes français.
SAKOUTALA.
Je demande à «Geo» des détails sur son
club.
HÉROS. 1 Û
C'est avec un grand bonjour à tous que u
je fais mes débuts dans le Courrier, à qui
je souhaite longue prospérité. Je ne peux
comprendre « Carcouet » qui trouve Harold
Lloyd bien meilleur que Noël-Noël et Fer-
nandel. Ces derniers sont. des artistes très
fins et Harold est un pantin, comme beau-
coup d'acteurs américains, d'ailleurs: Comme
«Phylis» mes préférences vont à tous les
artistes nommés. dans son article, mais sur-
tout à Madeleine Renaud et Henri Rollan.
Pour mon compte, je ne vois pas d'artistes
au-dessus d'eux.
ROSE THÉ.
Je me permets de dire à « Sylvérie » qu'il
y a des films où les officiers français ne sont
pas mal représentés, comme dans l'Equi-
page, la Bataille, Veillée d'Armes. Mais
pour se rendre compte de la finesse des
Gaités de l'Escadron, il faut avoir vécu la
vie de caserne. Je ne suis pas d'accord avec
« Jan Silvin » : redonner la distribution à la
fin du film nuirait au second film de la
séance quand on quitte la salle avec hâte.
Le moyen utile serait de donner la distri-
bution complète dans les programmes dis-
tribués dans certaines salles.
B.B. 9.
NUMERO 13 FEUILLETON DU JOURNAL 29 OCTOBRE 1937
LE FIL LUISANT
Roman inédit
PAR MARCELLE CAPY
;' 1 •_
- - Où est ce confessionnal? dit l'inspecteur.
- A l'église, parbleu! répondit Blanchot.
Un quart d'heure plus tard, l'inspecteur des
P. T. T. et le maire de Nizoules. entraient dans
J'église,
- C'est ça, la cabine téléphonique! s'écria
'l'inspecteur; qui s'étranglait de rire.
H -se tenait les côtes, s'esclaffait, perdant
-toute conscience de sa dignité et du respect
dû au saint lieu, et il hoquetait :
— Elle est bien bonne. ah J par exemple.-
Enfin, il se calma et Blanchot demanda :
— En êtes-vous bien sûr que c'est la cabine
téléphonique ? - ,
r Si, j'ensuis sûr ?. *
Et l'inspecteur se laissa tomber barun prie>
Dieu et se laissa aller à son hilarité* sans la
moindre retenue. •
A la fin, Blanchot riait, lui aussi.
Et il dit pour conclure :
— .Que voulez-vous, je ne pouvais, pas sa-
voir que le téléphone et un confessionnal,
c'est comme qui dirait la même' chose.
Huit jours après, monsieur le maire inau-
gura solennellement la ligne téléphonique.-
Sorgue se tenait au garde-à-vous devant la
cabine, conscient de son importance. Il avait
sifflé pas. mal de verres de vin blanc et se sen-
tait quelqu'un dans le genre du- président de
la République. Il avait épinglé sa croix ae
guerre au revers de sa veste et comme dirent
les femmes : -
— Sorgue- aujourd'hui, il. ne faudrait pas
vouloir lui friser la moustache. •
Blanchot décrocha le récepteur, comme .il
l'avait vu faire à l'inspecteur des P.T.T., et
lança un sonore :
•— A-ll-o-o.
Là-bas, au chef-lieu, une voix féminine
répondit :
— Ne criez pas si fort, vous me déchirez les
oreilles..
Vingt kilomètres séparaient la bouche du
maire de Nizoules et l'oreille de la télépho-
niste du chef-lieu, vingt kilomètres, avec des
montées, des descentes, des contours, un pont
et deux passages à niveau.
Et pour relier cette bouche et cette oreille :
un fit.
Et c'était comme si on se trouvait à deux
pas.
—• Nous avons le fil parlant, disait la Ber-
the, transportée d'admiration.
Blanchot était ému. On a beau dire, ça fait
quelque chose d'entendre quelqu'un qu'on ne
voit pas, qui est à vingt kilomètres et qui
demande :
- Qui demandez-vous ?
Du diable, si Blanchot savait qui il deman-.
dait. Les gens le regardaient, surtout les mor-
veux de la première division de l'école, qui
se poussaient du coude en ricanant
— Enfin, que voulez-vous ? répétait la voix.
Blanchot répondit, grandiose :
— La pré-fec-tu-re.
Et voici qu'une autre voix — virile et grave
cette fois — annonça :
— Allô ! Ici, la préfecture.
Blanchot en eut un COUD au creux de l'es-
tomac. Qui lui parlait, là-bas ? Peut-être le
préfet, en personne. On a beau dire ce qu'on
voudra, un préfet est un personnage, et ça
vous en' impose. Blanchot était, troublé. Il
ne savait que dire au monsieur qui l'écoutait
dans un bureau de la préfecture, à vingt ki-
lomètres, car .avec ce diable de téléphone, il
fallait penser si vite, et parler si vite, qu'on
n'avait même pas le temps de respirer.
Blanchot n'avait pas l'habitude de penser
et de parler à une allure aussi accélérée. Il
lui fallait un bon moment pour ramasser son
idée, et un autre bon moment pour ramasser
ses mots.
Raide comme la justice, Sorgue promenait
sur la tête des enfants qui se poussaient au
premier rang des spectateurs, un regard de
chef à l'heure décisive. Le menton haut, le
front barré d'une ride sévère, il avait l'air
de dire : -
- Si un galopin bronche, je lui f. une
correction pas ordinaire.
Au bout du fil parlant, la voix s'impatien-
tait
- Eh bien, parlez, voyons. Qui êtes-
vous ?
Blanchot reprit ses esprits :
— Baptiste-Antonin Blanchot, maire de Ni-
zoules.
-. Bon, dit la voix radoucie, que faut-ol
pour votre service, monsieur le maire ?
Ces paroles courtoises entrèrent dans l'o-
reille de Blanchot, lui coulèrent dans le go-
sier comme un vin d'honneur et allèrent lui
réchauffer la poitrine. Superbe, il se redressa,
bomba le torse et déclara sentencieusemnt :
— Je veux dire que je n'ai rien à dire. et
que la commune de Nizoules vous salué, par
le téléphone.
Et il raccrocha.
— Ça, c'est envoyé,. remarqua Sorgue.
Les morveux de la première division en ou-
vraient la bouche jusqu'aux oreilles.
On plantait les poteaux. on tendait les fils.
On installait les compteurs. On trouait des
murailles. Les ouvriers de la première heure
étaient partis.
Il en était venu d'autres, des spécialistes,
qu'on les appelait. Ils étaient' plus réservés,
mais ils consommaient davantage car il' leur
fallait des menus plus fins, des apéritifs de
bonne marque et des musiques américaines.
Certains disaient, en parlant de Cazals :
— Celui-là, c'est un as.
Le personnel du mas d'Ayet avait fait con-
naître que leur patron était en train de di-
vorcer.
— Un divorce à l'amiable, disait Léonce qui
avait reçu mission de divulguer la nouvelle.
— A l'amiable ? répétaient les commères
qui s'en trouvaient déçues, car elles s'étaient
attendues à un dénouement romanesque qui
leur secouerait un peu les nerfs.
— Dans lé grand monde, expliquait Léonce,
ces choses se font. couramment. Je n'ai pas
servi vingt ans dans un château pour ne pas
savoir comment ça se pratique. On se marie
chez les gens de la haute, et on se divorce
comme ça, eans histoires.
— N'empêche que c'est pour la Marie-Rose
qu'il divorce, répliquaient certains.
— Ce qui prouve, disait Léonce, qu'un fils
du pays ne trouve qu'au pays une personne
selon son inclination.
Cet argument avait du poids.
Marie-Rose était une enfant du pays. Et,
je vous le demande, une fille du pays ne va-
lait-elle pas cent fois une Marocaine de Ca-
sablanca ?
D'ailleurs, rien que ce mot Casablanca, ça
vous avait un air étrange et pas catholique.
— D'abord, expliquait Sorgue, il faut com-
prendre la question. H n'y a pas une étran-
gère qui vaille une Française ; pas une Fran-
çaise qui vaille une fille du département ;
pas une fille du département qui vaille une
fille de Nizoules.
Les Nizoulines, jeunes et vieilles, approu-
vaient, modestement.
La Pernette, seule, n'admettait aucun rai-
sonnement.
— Le divorce est une saloperie ! criait-
elle.
— Parle toujours, c'est la jalousie qui te
fait parler, disait le facteur quand elle avait
tourné les"talons. Il n'y a pas de danger qu'au-
cun homme divorce pour elle, avec la binette
qu'elle a. Non, sans blagues, un condamné à
mort ne se risquerait pas dans ses draps dé
lit, même si ça devait lui sauver l'existence.
Elle doit avoir les os si pointus que ça me
fait mal aux côtes rien que d'y penser.
Chaque jour, la Berthe menait paître son
troupeau du côté du moulin Darne.
Les bêtes broutaient. La vieille écoutait.
Il y avait d'abord la voix de la cascade qui
remplissait l'air d'un grondement continu.
La Berthe la connaissait depuis son enfance.
Elle la connaissait tellement qu'elle n'y faisait
jamais attention.
Maintenant c'était comme si elle la décou-
vrait.
Il est ainsi des choses familières qu'on ne
voit pas, qu'on n'entend pas, et qui, soudain,
vous apparaissent ainsi que des révélations.
Il y a bien longtemps qu'il est dit : « la lu-
mière brillait dans les ténèbres, mais les té-
nèbres ne l'ont pas comprise ». Et puis un
jour — pour une raison ou pour une autre —
les ténèbres voient et tout est changé.
La rivière coulait lentement entre les sau-
les de ses rives. Tantôt verte, tantôt bleue,
tantôt grise et tantôt miroitante — selon le
temps — elle arrivait comme une qui n'a peur
de rien et se contente, au long des jours, de
ce que le destin lui donne.
Tout; à coup, le barrage lui commandait :
halte !
S'imaginait-il, lui, fait de mains d'hommes,
qu'elle allait reculer, elle, sortie des mains de
Dieu ?
Elle était née au pied de la haute montagne
habillée de sapins et couronnée de neiges
éternelles.
Elle avait bondi, pure et fraîche, sur les
cailloux aux flancs polis sous lesquels se ca-
chait la truite. Et les sources, les torrents, les
ruisseaux étaient venus à elle, en cortège. Ils
l'aimaient tant qu'ils se donnaient à elle, se
perdaient en elle. Et plus ils se donnaient, et
plus ils se perdaient, et plus ils voulaient se
donner ei se perdre.
Et cela durait depuis le commencement des
temps.
Le barrage espérait-il briser l'élan victorieux -
de celle qui venait de si haut, de si loin, et
dont la marche nuptiale émerveillait les sau-
les aux feuillages bleus, rangés en haie sur son
passage ?
Dès qu'elle sentait l'obstacle, la rivière se
ramassait et sautait par-dessus, à pieds joints, -
dans un fouillis d'écume, si légère et si blan-
che, que l'on eût dit mille voiles de mariées
ensemble.
Et la rivière ensuite s'apaisait et s'éloignait,
nonchalante et lisse,sûre d'arriver là où doivent
arriver les rivières jaillies de la terre par:
l'opération des pluies et des neiges du ciel.
La vieille Berthe écoutait.
Et à la voix de la cascade se mêlait à pré-
sent une autre voix, plus basse, plus sourde —
celle des machines.
Les machines accompagnaient le chant de
la rivière comme l'harmonium de l'église ac-
compagnait, le dimanche, le chœur des jeunes
filles.
; Les filles chantaient de la tête tandis que
l'instrument soufflait sa voix du fond de son
ventre. Ainsi, ça faisait clair et sombre, léger
et lourd, en même temps.
* (A suivre.)
,Copyright by Marcelle Capy, 1937
Tous droits de reproduction, de traducrion et
d'adaptation réservés pour tous pays
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 99.96%.
- Collections numériques similaires Henrichs Paul Henrichs Paul /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Henrichs Paul" or dc.contributor adj "Henrichs Paul")Lamy Charles Lamy Charles /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Lamy Charles" or dc.contributor adj "Lamy Charles") Firmin Didot Ambroise Firmin Didot Ambroise /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Firmin Didot Ambroise" or dc.contributor adj "Firmin Didot Ambroise") Firmin Didot Hyacinthe Firmin Didot Hyacinthe /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Firmin Didot Hyacinthe" or dc.contributor adj "Firmin Didot Hyacinthe")
- Auteurs similaires Henrichs Paul Henrichs Paul /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Henrichs Paul" or dc.contributor adj "Henrichs Paul")Lamy Charles Lamy Charles /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Lamy Charles" or dc.contributor adj "Lamy Charles") Firmin Didot Ambroise Firmin Didot Ambroise /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Firmin Didot Ambroise" or dc.contributor adj "Firmin Didot Ambroise") Firmin Didot Hyacinthe Firmin Didot Hyacinthe /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Firmin Didot Hyacinthe" or dc.contributor adj "Firmin Didot Hyacinthe")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 6/10
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k76342686/f6.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k76342686/f6.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k76342686/f6.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k76342686/f6.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k76342686
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k76342686
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k76342686/f6.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest