Titre : Le Journal
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1906-10-16
Contributeur : Xau, Fernand (1852-1899). Directeur de publication
Contributeur : Letellier, Henri (1867-1960). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34473289x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 16 octobre 1906 16 octobre 1906
Description : 1906/10/16 (A15,N5129). 1906/10/16 (A15,N5129).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
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Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7627229r
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-220
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 17/11/2014
QUINZIEME ANNEE. — N° 5129
HUIT PAGES - Le Numéro quotidien (Parts et Départements) — CINQ CENTIMES
ARDI 16 OCTOBRE 1906
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REDACTION ET ADMINISTRATION : 100, RUE RICHELIEU, PARIS , FIi.R/oJANDMU, Forrd4krw
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Un an SK reois Trois ouûs
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Les manuscrite Mn tnieres $Ont pu rendu#
La Catastrophe d'Eperaon
IL Y A DIX MORTS ,
; & QUATRE-VINGTS BLESSÉS
; LE RÉCIT D'UN TÉMOIN,, -- UN CONVOI FUNÈBRE.
INSTANTANES D'ÉPERNON
Les débris du train tamponné. - Là machine cause de t'actfident.
il nous faut retracer aujourd'hui par le dé-
tail'les phases de cette épouvantable catas-
trophe, dont le Journal a enregistré la nou-
velle dans ses éditions successives.
Sur la ligne de Paria à Chartres, tout est
dèüu et désolation : la circulation des trains
o!.est pas encore complètement rétablie, le
trafic a cessé, et dans toutes les impasses de
garages, aussi bien qu'à l'importante gare
des Matelots, à Versailles, des wagons rem-
plis de marchandises sont immobilisés.
\, SUR LE THÉÂ TRE DE L'ACCIDENT
A six heures du matin, l'aspect de la pe-
tite gare d'Epernon est particulièrement lu-
gubre : des hommes, des femmes, des tilles,
des mères circulent, alIolés, anxieux, les
yeux rouges de larmes, autour de ce désas-
tre :1e personnel de la Compagnie, réuni
sur les quais, par petits groupes, semble
Sortir d'un affreux cauchemar ; les visages
sont pâles, la douleur, l'émotion, la fatigue
se manilestent ici et là.
Sur l'une des voies du milieu, on peut
Voit les wagons ayant échappé à la colli-
sion.
Une fraude voiture de deuxième classe,
deux wagons de troisième, deux fourgons de
bagages ont été poussés urt peu plus loin.
On remarque un wagon de troisième classe,
dont deux compartiments sont restés à peu
près intacts. Par contre, le reste a été ré-
duit en miettes.
En compagnie de MM. Oury, chef de gare,
et Vernot, maire d'Epernon, nous nous en-
gageons sur les vcies.
Des équipes d'ouvriers, venues/de Paris et
de Chartres, s'occupent activement de dé-
blayer le ballast encombré sur toute la lar-
geur des quatre voies.
Cinq wagons sont enchevêtrés pêle-mêle,
les uns dans les autres. un grand wagon de
deuxième classe, d'un poids de vingt tonnes
et du prix de soixante-quinze mille francs,
est couché, les roues en l'air : le long du
mur de soubassement des docks aux mar-
chandises, plus loin, quatre autres voitures
, pont démolies.
- Il ne reste plus que des boiseries hachées
et des essieux tordus.
Voici encore, enchevêtrée dans un des wa-
Voici encore, détruits, la locomotive cause
gons qu'elle a détruits,ll\ locomotive cause
ae tout le mal. Elle aussi a beaucoup souf-
fert du terrible choc. Sa cheminée est totale-
mênt, pulvérisée ; l'avànt, largement ouvert,
laisse voir là chaudière éventrée ; les épais-
ses plaques de tôle qui forment les parois
sont déchirées d'un bout <ù l'autre et les
Vieilles sont faussées.
La locomotive, attachée solidement, est re-
tirée de sa position critique et amenée sur
line.voie de garage, où elle restera à la dis-
position des experts et dois agents techni-
ques de la Compagnie qui viendront bientôt
l'examiner.
LUGUBRE TROUVAILLE
Le déblaiement, pendant ce temps, se
poursuit avec une grande, activité. D'énor
mes morceaux de roues brisées sont mis de
côté, et, à l'aide de leviers, on dégage la
voie.
Tout à coup, un cri d'horreur s'élève au
milieu de la foule des travailleurs. Un des
hommes d'équipe vient de découvrir, -entre
deux planches ensanglantées, un pied de
lemme atrocement broyé.
Cette f-unèbre trouvaille 'est placée dans un
Arap blanc et envoyée à la gare, où sont dé-
posés les cadavres des malheureuses victi-
mes,..
Sous la direction de M. Berthelier, le sym-
pathique directeur de l'exploitation, -qui n'a
pas encore pris une seconde de repos, les
ouvriers poursuivent leur tache funèbre.
De tous côtés maintenant arrivent des cu-
rieux ; il en vient de partout, en bicyclette,
en voiture, en automobile. Les talus qui bor-
dent la voie sont noirs de monde, et chacun
suit en silence les dernières opérations.
CE QUE DIT LE CHEF DE GARE D'EPERNON
; M. Oury, le chef de. gare d'Epernon, nou-
vellement installé à ce poste, nous explique,
les larmes aux yeux, comment l'épouvanta-
ble accident s'est produit:
— Il était, nous dit-il, exactement cinq heu-
res dix-huit quand le malheur est arrivé.
» Le train omnibus, qui doit régulièrement
partir de Chartres à trois heures cinquante,
ne quitta cette gare qu'à quatre heures
douze, c'est-à-dire avec dix-neuf minutes de
retard.
» En raison, môme de ce retard, le train
510 fut dirigé àur une voie de garage à son
arrivée à Epernon, afin de laisser passer
l'express 514, partant de Chartres à quatre
heures quarante-trois et ne s'arrêtant qu'à
Versanles.
» Le train 514 parut bientôt.
» Dès qu'il eut franchi la limite du pre-
mier canton de sûreté, le train 510 quittait
son garage pour reprendre la vole montante
sur Paris.
» La moitié du train était déjà engagée
sur cette voie quand, tout à coup, la machine
980, mécanicien Louvet, et son tender, qui,
venant du Mans, suivait le 514, arriva à une
vitesse de 80 kilomètres environ à l'heure.
» Le choc fut effroyable.
» Le &10 fut pour ainsi dire coupé en sif-
flet par le milieu.
LE MÉCANICIEN DU TRAIN TAMPONNÉ
De son côté, le mécanicien du train tam-
ponné, M. Reverdy, habitant au Mans, nous
fournit quelques explications : ■.
— J'ai éprouvé, dans ce choc. affreux, l'im-
pression la plus horrible de ma vie. nous
dit-il. Mon train marchait à une assez .lente
allure, lorsqu'un coup formidable arrêta net
le convoi. Je fus renversé sur le charbon,
mon chauffeur vint tomber sur moi.
» Après, je ne sais rien, je ne veux plus
rien savoir et j'aime mieux crbire que j'ai
fait un rêve épouvantable. M
LE RÉCIT D'UN TÉMOIN
M. Wias, hôtelier établi juste en face du
, 'lieu de l'accident, était sur le seuil de son
établissement, et c'est peut-être le-seul té-
moin qui ait pu le mieux se rendre compta
de visu dé la cause et des effets de la catas-
trophe.
— Je vis parfaitement bien la machine
s'approcher du train, nous dit M. VViss,
mais je ne pensais pas, je ne pouvais pas
croire que les deux masses entreraient en
contact. J'étais haletant et comme fasciné
par ce spectacle étrange qui se dérou-
lait devant mes yeux. Soudain, j'enten-
dis un craquement épouvantable, plus fort
qu'un crépitement de salves d'artillerie. Les
locomotives vomirent des flammes et sem-
blèrent se cabrer littéralement ; et je vig,
chose fantastique, des grands wagons à cou-
loir projetés en l'air comme de simples boi-
tes d'allumettes pour aller retomber un peu
plus loin sur la droite.
» Le mécanicien de la machine du Mans
bondit hors «du tender, sauta la haie vive qui
bcrde la voië~ et s'enfuit à toutea-jamb«c, en
hurlant, à travers champs.
» Le pauvre homme avait eu un véritable
accès de folie, qui cessa rapidement, car une
heure après il venait se mettre à la disposi-
tion des autorités chargées de l'enquête.
» Malheureusement, malgré tout le zèle
des employés, le personnel de la gare n'était
pas assez nombreux pour porter dès-secours
efficaces. *
"J'assistai alors à des scènes douloureu-
ses, effrayantes.
» Des cadavres gisaient : ceux qui purent
être dégagés immédiatement furent sortis,
ainsi que les blessés et déposés dans une
salle d'attente.
» Plusieurs autres,encastrés dans des éclats
de bois, restèrent ainsi plusieurs heures
avant que les secours pu isent arriver.
» Un homme était pris tre les tampons de
la locomotive et la paroi d'un wagon. Son
ventre était ouvert, les entrailles sortaient
et le malheureux riait aux éclats en disant :
«J'ai mal aux pieds, ne me chatouillez pas.»
» Puis il deniianda un revolver. Cette an-
goisse atroce dura quatre heures.
» Les salles d'attente de la gare d'Epernon
étaient, d'ailleurs, envahies par une foule
d'affolés.
»Lesblessés étaient si nombreux qu'on dut
les transporter dans la grande salle de mon
établissement.
» Les coussins des banquettes servaient de
matelas. Il y avait là quinze personnes, mu-
tilées, souffrant atrocement.
» Dans chaque coin, le sang coulait à flots.
On avait enlevé toutes les tables et chacun
se prodiguait pour soulager les malheureux,
qu» hurlaient.
» Une fillette de quinze ans, adarBbJe, teD.àit
dans ses mains ensanglantées ses deux pieds
coupés au ras des chevilles et qui n'adhé-
raient plus que par d'informes lambeaux de
chair.
» Un homme avait les jambes brisées ; une
femme, la cuisse droite apLatie ; une autre
avait la chair du visage enlevée, laissant
voir les os brisés. Deux de ces malheureu-
ses succombèrent ici.
» Les autres reçurent des soins du docteur
Desprez, ainsi que de deux dames améri-
caines, touristes, qui étaient précisément
dans le train télescopé.
» Partout, ces scènes d'horreur se répété
rent ; tous les cafés, des quais de la gare,
les maisons bourgeoises même étaient trans-
formées en infirmeries.
» Ce n'est qu'à neuf heures qu'on put,enfin,
organiser les secours d'une façon à peu pré-
complète.
» A ce moment arrivèrent, en effet, les mem-
bres du conseil d'administration de la Com-
pagnie de l'Ouest, avec les membres du
service médioal, des infirmiers et tout le
matériel nécessaire. »
QUATRE-VINGTS BLESSÉS
Au milieu dés cris affolés des uns, des gé-
missements des autres, on parvint, enfin, à
établir le chiffre à peu près exact des voya-
geurs blessés : ils étaient au nombre de
quatre-vingts, sur lesquels trente-cinq sont
très gravomeat .«rtt.pinfe. -1
Les autres, portaient à la tête ci oas ¡c.nx-
bes des plaies, qui, pour être profondes et
douloureuses, ne mettaient toutefois pas
leur vie en, péril. Ils furent pansés sur place
et certains regagnèrent Paris par le train
supplémentaire.
Les plus sérieusement atteints furent di-
rigés sur l'hôpital de Chartres. Trois suc-
combèrent en cours de route et les antres
durent être admis d'urgence dans les servi-
ces de chirurgie ; l'état d'une dizaine d'entre
eux est absolument désespéré.
Parmi ceux-ci, on cite :
Mme Beaudon, institutrice à Passy.
Mme Beaudon a de graves blessures au
crâne et à la face ; son cas se complique
d'une commotion cérébrale. Son mari est à
son clievet ;
M. Pillard, âgé de vingt-trois ans, origi-
naire d'Orsennes ;
M. Hevin, rue de Plaisance, à Vanves ;
M. et Mme Gallan; rue de la Convention,
200, à Paris ;
Mlle Vinac, institutrice à l'orphelinat de
Saint-Louis, à Paris.
M. Barthou, ministre des travaux publics,
et M. Lillaz, son chef de cabinet, arrivèrent
à minuit et se rendirent compte de l'impor-
tance du désastre.
Le ministre visita quelques blessés, aux-
quels il prodigua des consolations, assista
un moment à la recherche des cadavres,
puis se rendit à Chartres par train spécial.
Grâce à l'obligeance des autorités actmi
nistratives de la Compagnie de l'Ouest, nous
avons pu obtenir la liste à peu près com-
plète des autres blessés ; la voici telle qu'elle,
a été soumise à M. Barthou, ministre des
travaux publics, qui l'avait demandée d'ur-
gence :
MUe Juliette Soyer, 21 ans. domicilier à Paris ;
fracture du bassin,, état grave.
mile Ctulston (Madeleine, 32, rue Caujnartin,
à Paris ; fractures el contusions.
M. Tastemain, conducteur de bestiaux, à Orge-
val, commune de bretaoselies (OrneJ ; contusions
diverses.
M. tiiverne, 6, rue Franquet; blessure à la
tête ; soigné à son donncile.
M. Janet, député du Doubs, et sa petite-fille,
87, boulevard Saint-Michel ; soigné à son domi-
cile.
M. Daude, soldat à la 240 section d'infirmiers,
100, avenue Parmenttier; blessure grave au ge-
nou.
M. et Mme Vimont et leurs trois enfants, 158,
rue de Rivoli ; les parents, blessures aux jam-
bes: les enfants, contusions multiples.
Mme Delands, 68 ans. domiciliée à Saint-Gra-
tien ; contusions multiples.
M. Delands, son fils, 28 ans, même adresse:
fracture aes jambes.
Mlle Vulenac (Maræ), 39 ans, domestique, 67,
rue de Sèvres ; fracture du bassin, état grave. ,
M. Larquier, '27, rue de Choiseul ; fractures aux
jambes.
M. larquier fils, même adresse : contusions
ff.ulliples, une oreille coupée : conduit à l'Enfant-
Jésus.
M. Jean (Ernest), 5, rue de la BuUe-au-vCailies ;
contusions à la face et aux jambes; transporté
à l'hôpital Necker.
M. Louis Niguet, 26 ans, boulevard de l'Hôpfc
tal à Paris ; blessures profondes à la tête..
Mme de La Salle, 90, boulevard Pereire ; contu-
sions.
Mlle de La Salle, môme adresse: contusions
multiples ; toutes deux sont soignées à leur do-
micile.
M. Louis Hérein, 23, rue de Châtillon, à Van-
ves ; contusions multiples ; transporté à Clamart.
M. Abosal, 24. rue de l'Etâng, à Saint-Gratien ;
plaies à la if;:e.
Mme Abosat, même adresse : contusions aux
jambes : sonnés tous deux à Epernon.
M. Devienne, 24, rue Victor-Hugo ; contusions
multiples.
M. Vènard. principal clerc de notaire, 8,. rue
Tholozé ; contusions multiples ; ;;(,igné à son
domicile.
M. Lebreton, chauffeur, 90, rue Vercinsétorix :
épaule luxée : contusions multiples, état satisfai-
sant.
Mme Bleynie, 12, rue Pelouze, femme dè l'in-
pénieur en chef de la Compagnie du Midi ; con-
tusions.
Mlle Bleynie,même adresse : blessures au front
M. Emile Hamon. 6, rue Guy-Baudoin, à Me-
l'in : blrs-ures profondes à la tempe et au ge-
nou; transporté à Necker.
M. Bri<'sanL 69. rue de Saint-Germain, à iMan-
terre : contusions.
Mme Brissard, même adresse : contusions.
Mlle Brissard, memç adresse ; contusions à la
face.
M. Vallereau, employé de commerce, 2, rue
Guy-de-la-Brosse ; fractures diverses.
M. de'Condé, employé de commerce, 30, avenue
de Vaugirard-Nouveau ; contusions multiples.
M. Camille Gorju, commissionnaire aux Hal-
les, demeurant 46, rue Sain* Andrê-des-Arts ; les
deux jambes coupées; transporté à l'hôpital de
Chartres.
M. Dizet, deux jambes coupées.
M. Brenad, 47 ans, à Nanterre; contusions
aux bras et à la tête.
M. Berthelin, meunier, à Jouy.
Sont soignés à l'hôpital de Chartres :
M. Gorgu, 47, rue Saint-Honoré, à Paris.
M. Paul Paty, 75, rue d'Orléans (Grand-Mont-
rouge).
M. Billard, de Gasville, près de Chartres.
M. Baudon, 61, rue du Ranelagh, et une per-
sonne inconnue.
Ont été ramenés à leur domicile :
Mlle Charlotte Millet, au château de l'Ermi-
tière, par Le Theil (Orne).
M. Evain, resté au restaurant Poupin, à Eper-
non.
M. Guissac, 69, rue de la Gare, à Paris.
MM. Lebret, Antoine et André, à Rambouillet.
M. Foucher, employé de la direction de la
Compagnie de lOuest, resté à Epernon.
LES MORTS
Les neuf premiers cadavres, ramassés
dans l'enchevêtrement des wagons tampon-
nés, avaient été transportés, horribles, san-
glants, dans l'une des salles de la gare d'E-
pernon. C'est là .que M. Vernot, maire de la
localité, procéda, en présence de ses ad-
joints, du chef de gare et des gendarmes, à
l'identification des victimes, dont voici la
liste dans l'ordre où elle a été établie :
1° Mlle Jeanne Moreau, quinze ans, ve-
nant de Saint-Germain-le-Colidé.
2° Mlle Henriette Deschamps, dix-huit i
mois, dont la mère, grièvement blessée, a
été transportée chez M. Weber, rue de Pa-
1.81, 38, à Meudon.
3° Mme veuve Deschamps, née Huret,
grand'mère de la précédente victime, venant
de Cours (Orne).
4° M. Georges Lambertgoyageur. de com-
merce pour le compte Vune maison de
Luxeuil-les-Bains, et qui se rendait à Paris,
rue Jean-Jacques-Rousseau, 20, dans un hô-
tel.
5° M. Alfred Brisard, artiste peintre au
Mage (Orne).
6° M. le docteur Charles Floquet, cin-
quante-six ans, chevalier de la Légion
d'honneur.
Il s'agissait bien, hélas ! du sympathique
et très distingué médecin en chef du Pa-
lais de Justice, domicilié à Paris, rue de
la Galté, numéro 10.
Le docteur Floquet était né le 25 mars
1854, à Altkirch (Haut-Rhin).
Il était entré dans l'administration de la
préfecture de la Seine comme médecin du
Palais de Justice, le 1er février 1880.
Le docteur PLOOllET, médecin du Palais de Jus-
lice, tué dans l'accident d'Epernon
Très estimé de tous ceux qui l'ont connu,
M. le docteur Floquet sera sincèrement re-
gretté au Palais de Justice et dans le mon-
de médical et judiciaire.
70 M. Gaston Mongeot, confectionneur,
rue de Picardie, 30, à Paris.
L'un des voyageurs du train télescopé a
racônté ainsi la mort de ce malheureux :
— La fin de ce, pauvre M. Mongeot a été
horrible. Il se débattait sur les coussins où
nous l'avions étendu, deux paysans et moi,
d'une telle façon qu'il a fallu le maintenir
jusqu'au moment où il a rendu le dernier
soupir. C'est qu'il était solide, fort, ce beau
garçon de trente-deux ans.
M. Mongeot. possède une maison de
confections pour dlames, 4, riie. Dupetit-
Thouars, dans le quartier du Temple, et
habitait 30, rue de Picardie.
Il venait de chasser dans le département
d'Eure-et-Loir, en compagnie d'un négo-
ciant de ses amis, M. Voilereau, et était
attendu par sa femme, à l'heure du dîner,
chez ALmt<3 Voilereau, 2, rue Guy-de-la-
Brosse. Mais M. Voilereau revint seul, ap-
portant l'affreuse nouvelle. Mme Mongeot
est partie immédiatement pour Epernon,
sans passer à son appartement.
S0 M. Marie Prunier, vingt-cinq- ans, cou-
sin du docteur Floquet.
La reconnaissance du corps de M: Marie
Prunier fut partîoulièremem lqbolîeuse :
le malheureux, qui avait le crâne dénoncé,
ne portait sur lui aucun papier (l'identité,
mais seulement une somme de 240 francs,
et, à l'annulaire gauche, une bague de fort
grand prix.
On allait ranger le cadavre dans un coin,
avec la mention a inconnu », lorsqu'un car
cher, au service de M. Colombel, loueur dP.
voitures à Maintenon, défila à son tour
dans la salle funèbre.
A la vue du corps de M. Prunier, il fit la
déclaration suivante :
— Ce soir, dit-il, je conduisis, comme j'a-
vais l'habitude de le faire depuis deux
mois qu'il est ici, M. le docteur Floquet au
train de Paria,
» Le docteur était accompagné, aujour-
d'hui de son cousin, M. Marie Prunier,
qui lui avait rendu visite.
» Les deux hommes, après m'avoir fait
leurs adieux, car ils ne devaient plus reve-
nir cette aimée, montèrent ensemble dans
un compartiment du wagon de première
classe situé au milieu du train. (On sait
que ce. wagon fut mis en miettes.)
» Je reconnais non seulement M. le doc-
teur Floquet, mais encore son cousin. »
Cette déclaration fut confirmée, quelques
heures plus tard, par celle d'un ami de la
famille, qui ne fut pas moins catégorique.
9° Enfin, un &eul cauavre ne put être re-
connu à Epernon : c'est celui d'une malheu-
reuse femme âgée de trente-cinq à quarante
ans environ, et dont voici un signalement
-,exaet :
Taille 1 m. 52 ; forte corpulence, cheveux
et sourcils châtains et grisonnants.
Vêtue d'une chemise de grosse toile mar-
quée M. G., d'une jaquette de drap noir a
petites côtes garnie de deux rangera de gros
boutons noirs (venan. de chez M. Couillard,
marchand de confection à Bonnétable (Sar-
the) ; d'un corsage de reps noir garni d'une
petite dentelle de même couleur au col ;
d'une jupe d-e reps noir, d'un j'upon dont le
haut est en satinette et- le bas en reps noir
garni d'une petite dentelle noire ; d'un cor-
sage de dessous en indienne à raies bleues
et blanches ; elle portait un corset blanc-
gris et était coiffée d'un chapeau de crêpe
noir. La défunte était chaussée de bottines
à boutons noirs en bon état. A l'annulaire
de droite et à celui de gauche, une bague-
alliance en métal jaune sans inscription. U
malheureuse avait sur elle un billet d'aller
et. retour de première classe de Connerré-
Beille à Versailles.
10° M1. Désiré Devienne, mort à l'hôpital
de Chartres. M. Devienne demeurait à Pas-
sy, 24, boulevard Victor-Hugo ; son fils a été
informé télégraphiquement de la triste nou-
velle.
Quand on découvrit le corps de la mal-
heureuse femme dont nous publions le si-
gnalement plus haut, on trouva près d'elle
une fillette de seize mois environ, immobile,
couverte de débris de cervelle et de sang.;
on la crut morte tout d'abord, mais dès qu'on
s'empara d'elle, elle poussa des cris de joie.
Le pauvre petit être, miraculeusement
sauvé de la mort, et qui certainement était
avec la femme inconnue, a été confié aux
bons soins d'une sage-femme d'Epernon,
Mme ChomeL ,i
LA MISE EN BIÈRE
MM. Vernot et Mauduit, maire et ad-
joint, firent les actes de décès et rédigèrent
d'accord avec le Parquet de Chartres, les
permis d'inhumer. On prévint ensuite télé-
graphiquement les familles des victimes du
malheur qui les frappait et, par dépêche, on
demanda au service des pompes funèbres
de Paris d'envoyer .d'urgence neuf cercueils
à Epernon..
Ceux-ci, construits en chêne, munis de
poignées d'argent, arrivèrent à neuf heures
à Epernon et furent déposés dans la salLe
d'attente. • v •
•Des- draps blancs avaient été tendus le
long des murs. Des hommes d'équipe de la
Compagnie, sous les ordres de M. Berthe-
lier, furent chargés de procéder à la mise
en bière des victimes.
On leur retira leurs vêtements, qui étalent
en lambeaux, et on les rassembla en un pa-
quet qui fut joint à chaque cercueil.
Les cadavres furent ensuite entourés de
bandelettes, ensevelis et enfermés dans les
cercueils. Cette funèbre opération ne dura
pas moins de trois heures et ne prit fin
qu'un peu après midi.
tRISTE CONVOI
Les corps des malheureuses victimes ne
sont arrivés à Paris qu'à six heures du soir
par train spécial, à la gare Montparnasse, où
les attendaient les représentants du Prési-
dent de la République, du ministre des tra-
vaux publics et le directeur de la Compagnie.
Six cercueils comprenant les corps du doc-
teur Floquet, de MM. Prunier et Mongeot, de
Mme Deschamps et de son enfant, de Mlle
Moreau, ont été conduits au domicile respec-
tif des défunts. Le corps de la malheureuse
femme inconnue a été transporté à la Mor-
eue.
Dans le train, spécial qui ramenait les corps
un wagon de seconde classe avait été mis à
la disposition des parents des victimes.
Le voyage fut lugubre. Partout, dans tou-
tes les gares, on se découvrait au passage
du train, les femmes se signaient.
Le train des morts roule lentement, vers
Paris, dans la nuit qui descendon passe
les stations de Rambouillet, de Versailles ;
lÀ, Ia foule se nrflsso tmormp, rnr'~nsp. mnia
le triste convoite s'arrête point.
Sur le quai d'arrivée, à la gare Montpar-
nasse, où le train arrive avec un retard de
vingt-huit minutes sur l'horaire, se tien-
nent MM. le colonel Ebner, représentant le
Président de la République ; Laurent, secré-
taire général de la Préfecture de police, dé-
légué par M. Lépine, préfet derpohee ; Chau-
tard, président du Conseil municipal ; Car-
miniad, président du conseil d'administra-
tion de la Compagnie de l'Ouest ; de Larmi-
nat, directeur de la Compagnie de l'Ouest. ;
Fritsch, chef de division ; Hauville, chef de
gare principal ; Besenard, commissaire spé-
cial de la gare Montparnasse ; le docteur
Socquet, médecin légiste ; le docteur Martin,
directeur des ambulances urbaines.
Disons en passant que cette triste catas-
trophe d'Epernon a permis de constater hier
soir le bon fonctionnement du service des
ambulances municipales, dirigé par le doc-
teur A.-J. Martin, personnellement.
M. le préfet de la Seine a été heureux de
l'en félietter. -'
, AU SERVICE MÉDICAL
Les trois fourgons contenant les cercueils
sont détachés du train et amenés successi-
vement à proximité du pavillon du service
médical.
C'est un instant vraiment poignant -tous
les assistants se découvrent, des sanglots
éclatent.
Successivement les cercueils de. Mme Dès-
champs et de sa*petite fille sont descendus.
Quand on descend du fourgon le cercueil
de la femme non identifiée, un cri doulou-
réux retentit dans la foule et une femme
s'élance.
— Ma sœur ! crie-t-elle, ma pauvre sœur !
M. Laurent et M. de Larminat se précipi-
tent au devant d'une femme échévelée, le
visage baigné de larmes, qui demande à
hauts cris qu'on ouvre la bière pour voir si
elle contient bien les. restes de celJp qu'elle-
croit être sa sœur.
On présente à la pauvre femme un mou-
choir marqué M. G. Elle reconnaît formelle-
ment ce mouchoir, et les conditions uans
lesquelles la morte voyageait peuvent faire
supposer qu'on se trouverait en présence de
Mme Garnier, demeurant rue des Batignal-
les.
La reconnaissance ne fut cependant pas
assez formelle; c'est alors que l'on décida
d'envoyer le corps à la Morgue.
Pour cette triste cérémonie, qui n'a, d'ail-
leurs, été troublée par aucun incident grave,
le service d'ordre était assuré, à la ga.'e
Montparnasse, par les agents du quinzième
arrondissement, sous la conduite de M. i é-
tré, officier de paix.
LE RETOUR DE M. BARTHOU
Le ministre des travaux publics est rentré
à Paris par le train Etat 80, à huit heures
quarante. Ce train doit arriver régulière-
ment en gare à six heures trente-cinq.
M. Barthou a demandé qu'on lui tasse par-
venir, aussitôt que possible, la liste exacte
des morts et des blessés.
LE MECANICIEN RESPONSABLE
Une information-judiciaire est ouverte, on
le sait, au parquet de Chartres, pour établir
les responsabilités de l'accident.
L'enquête sémite démontrer, dune fa-
çon ",.U bSûl,u,ment, précise, que la Tes.-
t'uusat}ilité ae la catastrophe est entieit
ment teputable au mécanicien Louvet, de
la machine « haut-ie-pied » 980, qui suivait
le train 510, en dédoublement du train 514.
En eiiet, d'après les derniers rapports des
fonctionnaires chargés de lenquête, il est
avéré que les signaux de la gare d'Epernon
avaient fonctionné régulièrement. --
Ges signaux étaient bien enelanchés,,
et tandis que le signal carré jaune: de
la voie de garage était ouvert derrière. le
train âiÔ, qui quittait cette voie pour rëpren-
dre sa marche normale, le signal carré en
damier rose et blanc de cette vde principale
se fermait derrière le train 510.
En conséquence, il faut absolument déga-
ger la responsabilité du personnel de la
gare d'Epernon..
A la suite de l'interrogatoire qu'il a subi.
le mécanicien Louvet a été inculpé d'hem¡.
cide par imprudence.
On l'a cependant laissé en liberté pro-
visoire.
M. PéSA de Saint-Gilles, ancien conseil-
ler d'arrondissement d'Eure-et-Loir, dont
nous avons reproduit, hier, les déclarations,
nous demande de préciser afin.de taôâurpî
sa famille.
■ En disant que la: locomotive « haut-ie-pied
marchait à l'allure de 60 kilomètres, M. de
Saint-Gilles n'a pas fourni une impression
personnelle, puisqu'il ne fut pas témoin da
fait, mais il a rapporté la version qui circu-
lait & ce moment à Epernon.
Cette épouvantable catastrophe est une
nouvelle leçon de choses : Assurez-vous
donc, vous et les vôtres, pour toute votre
vie, moyennant une prime, une fois payée,,
de 3 fr. contre les accidents dtW voies fer-
rées du monde entierà la Cie In tersat.d'as-
surances contre leS accidents, 56,i\St-La2are.
Aujourd'hui, lire en deuxièynè page,
notre nouveau feuilleton:
LE SCANDALE DE LA RUE BOISSIÈRE
PAR-,
ALBERT BOISSIÈRE
-' ÉCHOS
L
e Président de lu Républiques uv« ql-pai
gné par Mme et Mlle Failières et ML
Jean Lan es, secrétaire général de la I%és&
dence, est arrivé Wer matin, à dix heure.* èt
demie, à l'Elysée..
M. Fallières a visité à deux heures l'Éxj.%>
sition de l'art russe au Grand Palais.
il y a été salué à son arrivée par tout Itq
haut personnel de l'ambassade de Russie, et
par les membres du comité d'organisation de
l'Exposition, dont le commissaire général lui
a souhaité la bienvenue.
Le Président a dit le plaisir qu'il éprouvait
à se rendre à l'invitation des membrés du
comité de l'Exposition, puis il parcourut les
différentes sections sous la conduite du com<
missaire général qui lui a présenté queJqueai
uns des auteurs des principales œuvres. {
L
e troisième Congrès international pour ht
répression de la traité des blanches, qui
doit se tenir sous le haut patronage de- M. la
Président de la Républiqué et la présideoee
d'honneur de M. le ministre des affaires étîaEH.
genres et de M. lé ministre de l'intérieur, auîa
lieu du 22 au 25 octobre à Paris. *
Le gouvernement français y sera représenté
par les délégués des ministères de la justice,
des affaires étrangères, de l'intérieur et des
travaux publics. L'Angleterre, l'Allemagne,
la Russie. l'Italie, la Belgique, l'Autriche, 1*
Hongrie, les Pays-Bas, la Grèce, d'autres Et-atl
encore y envoient xjesœpffiseoau*'.»*
L
e Théâtre dt F Avenir. L'actif et sympa*
thique directeur du Cinerpatograph.The!i.
tre, M. Vives, vient d'ouvrir un horizon nou*
veau aux spectacles. Musique, chant, grandes
scènes et leçons de choses, tels sont les élé-
ments qui amènent un public enthousiaste et
dont le choix rehausse l'éclat de bk splendidq
salle du boulevard Poissonnière, numéro 7.
Cette semaine, une cantatrice de l'Opéra de
Naples, Mlle Carlotti, à la voix merveilleuse,
interprète O Sole Mio, dans une Fête à Ve-
nise. Hier déjà, aujourd'hui et jours suivants,
le Lord-Mairc. Matinées, 3, 4, 5 heures; soi.
rées, 8, 9, îo, H heures.
L
e Casino de, Éeau-SoleiI2 à Monte-Caàôi
fera en janvier son ouverture sensation-
nelle. Il serait superflu de dire que la tapie
sera excellente, lorsqu'on saura que la duBc<
tion du restaurant a été confiée à Nicolas, lQ
propriétaire du Grill-Room d Aix-les-Bains.
U
n de nos plus grands industriels, M. îitt*
cien Richard, viènt d'obtenir la croix de
chevalièr de la Légion d. honneur à ioccasion
de l'Exposition de Saint-Louis.
Jamais récompense ne fut mieux méritée);
car c'est grâce à l'énergique et intelligente un-
pulsion de M. Lucien Richard que la Mànu-
facture de Biscuits Pernot a pris l'énorme dé^Ç
veloppement qui en fait l'une des- plus impor-
tantes biscuiteries du monde entier.
Nous adressons toutes nos félicitations aii
nouveau légionnaire..
1
1 y a bien des années, dans lefi Ch&entëS,
que les vendangés, n'avalent été Si belles.
On cite particuHjîreinent datte tes environs 00
Cognac le vignoble daM. Ed. Qodot, S La
Oite, dont les vins fliou#euX ont un bouquet
des plus remarquables. , o. 1
0
n s'amuse dans tous les salons à donner
des noms aux personnages de La Dixième
- 't ,.. -'--- r'L_
Muse, le nouveau roman oe Georges uiuki,
où se trouve une peinture si vivante des mi-
lieux littéraires de Paris.
JOINVILLIL
LENDEMAIN D'ÉMÈUTB
les nurses de Loegciraimis
sont reportées a CMH
L9ENQUÊTE JUDICIAIRE
On pouvait penser que les délinquants ar-
rêtés sur le champ de courses comparai
traient fi" l'audience des flagrants délits,
mais le Parquet a estimé qu'il était impossi-
ble au tribunal d'apprécier équitablement lea
responsabilités tant qu'une instruction mi-
nutieuse n'aurait pas élucidé les causes de
l'incident Il a dgaie décidé d'ouvrir une in-
formation sur le$ tumultueuses manifesta-
Lions de dimaricheet, a commis à cet effet
M. le juge Flory. v
Le réquisitoire ii^troduclif pr-évoit, ies in-
culpations d'outrages, violences et rébellioo
à agents, dommages a ia propriété d.au^Ui,
incendie volontaire, .voi et pillage en baRde
et a force ouverte. - - <
Mises en liberté ",
Le Journal a donné, hier,-les noms des
dix-sept personnes qui, après un interroga-
toire sommaire devant les commissaires de
police désignés pour la circonstance, avaient
été gardées à la disposition de la justicè.
Toutes ont été amenées, hier, au cabinet de
HUIT PAGES - Le Numéro quotidien (Parts et Départements) — CINQ CENTIMES
ARDI 16 OCTOBRE 1906
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Adresser les ntanitats-postc d ML tjadmintttrareur
Adressa télégraphique t JOURNAL KlOlBEUEU pUla
Les manuscrite Mn tnieres $Ont pu rendu#
La Catastrophe d'Eperaon
IL Y A DIX MORTS ,
; & QUATRE-VINGTS BLESSÉS
; LE RÉCIT D'UN TÉMOIN,, -- UN CONVOI FUNÈBRE.
INSTANTANES D'ÉPERNON
Les débris du train tamponné. - Là machine cause de t'actfident.
il nous faut retracer aujourd'hui par le dé-
tail'les phases de cette épouvantable catas-
trophe, dont le Journal a enregistré la nou-
velle dans ses éditions successives.
Sur la ligne de Paria à Chartres, tout est
dèüu et désolation : la circulation des trains
o!.est pas encore complètement rétablie, le
trafic a cessé, et dans toutes les impasses de
garages, aussi bien qu'à l'importante gare
des Matelots, à Versailles, des wagons rem-
plis de marchandises sont immobilisés.
\, SUR LE THÉÂ TRE DE L'ACCIDENT
A six heures du matin, l'aspect de la pe-
tite gare d'Epernon est particulièrement lu-
gubre : des hommes, des femmes, des tilles,
des mères circulent, alIolés, anxieux, les
yeux rouges de larmes, autour de ce désas-
tre :1e personnel de la Compagnie, réuni
sur les quais, par petits groupes, semble
Sortir d'un affreux cauchemar ; les visages
sont pâles, la douleur, l'émotion, la fatigue
se manilestent ici et là.
Sur l'une des voies du milieu, on peut
Voit les wagons ayant échappé à la colli-
sion.
Une fraude voiture de deuxième classe,
deux wagons de troisième, deux fourgons de
bagages ont été poussés urt peu plus loin.
On remarque un wagon de troisième classe,
dont deux compartiments sont restés à peu
près intacts. Par contre, le reste a été ré-
duit en miettes.
En compagnie de MM. Oury, chef de gare,
et Vernot, maire d'Epernon, nous nous en-
gageons sur les vcies.
Des équipes d'ouvriers, venues/de Paris et
de Chartres, s'occupent activement de dé-
blayer le ballast encombré sur toute la lar-
geur des quatre voies.
Cinq wagons sont enchevêtrés pêle-mêle,
les uns dans les autres. un grand wagon de
deuxième classe, d'un poids de vingt tonnes
et du prix de soixante-quinze mille francs,
est couché, les roues en l'air : le long du
mur de soubassement des docks aux mar-
chandises, plus loin, quatre autres voitures
, pont démolies.
- Il ne reste plus que des boiseries hachées
et des essieux tordus.
Voici encore, enchevêtrée dans un des wa-
Voici encore, détruits, la locomotive cause
gons qu'elle a détruits,ll\ locomotive cause
ae tout le mal. Elle aussi a beaucoup souf-
fert du terrible choc. Sa cheminée est totale-
mênt, pulvérisée ; l'avànt, largement ouvert,
laisse voir là chaudière éventrée ; les épais-
ses plaques de tôle qui forment les parois
sont déchirées d'un bout <ù l'autre et les
Vieilles sont faussées.
La locomotive, attachée solidement, est re-
tirée de sa position critique et amenée sur
line.voie de garage, où elle restera à la dis-
position des experts et dois agents techni-
ques de la Compagnie qui viendront bientôt
l'examiner.
LUGUBRE TROUVAILLE
Le déblaiement, pendant ce temps, se
poursuit avec une grande, activité. D'énor
mes morceaux de roues brisées sont mis de
côté, et, à l'aide de leviers, on dégage la
voie.
Tout à coup, un cri d'horreur s'élève au
milieu de la foule des travailleurs. Un des
hommes d'équipe vient de découvrir, -entre
deux planches ensanglantées, un pied de
lemme atrocement broyé.
Cette f-unèbre trouvaille 'est placée dans un
Arap blanc et envoyée à la gare, où sont dé-
posés les cadavres des malheureuses victi-
mes,..
Sous la direction de M. Berthelier, le sym-
pathique directeur de l'exploitation, -qui n'a
pas encore pris une seconde de repos, les
ouvriers poursuivent leur tache funèbre.
De tous côtés maintenant arrivent des cu-
rieux ; il en vient de partout, en bicyclette,
en voiture, en automobile. Les talus qui bor-
dent la voie sont noirs de monde, et chacun
suit en silence les dernières opérations.
CE QUE DIT LE CHEF DE GARE D'EPERNON
; M. Oury, le chef de. gare d'Epernon, nou-
vellement installé à ce poste, nous explique,
les larmes aux yeux, comment l'épouvanta-
ble accident s'est produit:
— Il était, nous dit-il, exactement cinq heu-
res dix-huit quand le malheur est arrivé.
» Le train omnibus, qui doit régulièrement
partir de Chartres à trois heures cinquante,
ne quitta cette gare qu'à quatre heures
douze, c'est-à-dire avec dix-neuf minutes de
retard.
» En raison, môme de ce retard, le train
510 fut dirigé àur une voie de garage à son
arrivée à Epernon, afin de laisser passer
l'express 514, partant de Chartres à quatre
heures quarante-trois et ne s'arrêtant qu'à
Versanles.
» Le train 514 parut bientôt.
» Dès qu'il eut franchi la limite du pre-
mier canton de sûreté, le train 510 quittait
son garage pour reprendre la vole montante
sur Paris.
» La moitié du train était déjà engagée
sur cette voie quand, tout à coup, la machine
980, mécanicien Louvet, et son tender, qui,
venant du Mans, suivait le 514, arriva à une
vitesse de 80 kilomètres environ à l'heure.
» Le choc fut effroyable.
» Le &10 fut pour ainsi dire coupé en sif-
flet par le milieu.
LE MÉCANICIEN DU TRAIN TAMPONNÉ
De son côté, le mécanicien du train tam-
ponné, M. Reverdy, habitant au Mans, nous
fournit quelques explications : ■.
— J'ai éprouvé, dans ce choc. affreux, l'im-
pression la plus horrible de ma vie. nous
dit-il. Mon train marchait à une assez .lente
allure, lorsqu'un coup formidable arrêta net
le convoi. Je fus renversé sur le charbon,
mon chauffeur vint tomber sur moi.
» Après, je ne sais rien, je ne veux plus
rien savoir et j'aime mieux crbire que j'ai
fait un rêve épouvantable. M
LE RÉCIT D'UN TÉMOIN
M. Wias, hôtelier établi juste en face du
, 'lieu de l'accident, était sur le seuil de son
établissement, et c'est peut-être le-seul té-
moin qui ait pu le mieux se rendre compta
de visu dé la cause et des effets de la catas-
trophe.
— Je vis parfaitement bien la machine
s'approcher du train, nous dit M. VViss,
mais je ne pensais pas, je ne pouvais pas
croire que les deux masses entreraient en
contact. J'étais haletant et comme fasciné
par ce spectacle étrange qui se dérou-
lait devant mes yeux. Soudain, j'enten-
dis un craquement épouvantable, plus fort
qu'un crépitement de salves d'artillerie. Les
locomotives vomirent des flammes et sem-
blèrent se cabrer littéralement ; et je vig,
chose fantastique, des grands wagons à cou-
loir projetés en l'air comme de simples boi-
tes d'allumettes pour aller retomber un peu
plus loin sur la droite.
» Le mécanicien de la machine du Mans
bondit hors «du tender, sauta la haie vive qui
bcrde la voië~ et s'enfuit à toutea-jamb«c, en
hurlant, à travers champs.
» Le pauvre homme avait eu un véritable
accès de folie, qui cessa rapidement, car une
heure après il venait se mettre à la disposi-
tion des autorités chargées de l'enquête.
» Malheureusement, malgré tout le zèle
des employés, le personnel de la gare n'était
pas assez nombreux pour porter dès-secours
efficaces. *
"J'assistai alors à des scènes douloureu-
ses, effrayantes.
» Des cadavres gisaient : ceux qui purent
être dégagés immédiatement furent sortis,
ainsi que les blessés et déposés dans une
salle d'attente.
» Plusieurs autres,encastrés dans des éclats
de bois, restèrent ainsi plusieurs heures
avant que les secours pu isent arriver.
» Un homme était pris tre les tampons de
la locomotive et la paroi d'un wagon. Son
ventre était ouvert, les entrailles sortaient
et le malheureux riait aux éclats en disant :
«J'ai mal aux pieds, ne me chatouillez pas.»
» Puis il deniianda un revolver. Cette an-
goisse atroce dura quatre heures.
» Les salles d'attente de la gare d'Epernon
étaient, d'ailleurs, envahies par une foule
d'affolés.
»Lesblessés étaient si nombreux qu'on dut
les transporter dans la grande salle de mon
établissement.
» Les coussins des banquettes servaient de
matelas. Il y avait là quinze personnes, mu-
tilées, souffrant atrocement.
» Dans chaque coin, le sang coulait à flots.
On avait enlevé toutes les tables et chacun
se prodiguait pour soulager les malheureux,
qu» hurlaient.
» Une fillette de quinze ans, adarBbJe, teD.àit
dans ses mains ensanglantées ses deux pieds
coupés au ras des chevilles et qui n'adhé-
raient plus que par d'informes lambeaux de
chair.
» Un homme avait les jambes brisées ; une
femme, la cuisse droite apLatie ; une autre
avait la chair du visage enlevée, laissant
voir les os brisés. Deux de ces malheureu-
ses succombèrent ici.
» Les autres reçurent des soins du docteur
Desprez, ainsi que de deux dames améri-
caines, touristes, qui étaient précisément
dans le train télescopé.
» Partout, ces scènes d'horreur se répété
rent ; tous les cafés, des quais de la gare,
les maisons bourgeoises même étaient trans-
formées en infirmeries.
» Ce n'est qu'à neuf heures qu'on put,enfin,
organiser les secours d'une façon à peu pré-
complète.
» A ce moment arrivèrent, en effet, les mem-
bres du conseil d'administration de la Com-
pagnie de l'Ouest, avec les membres du
service médioal, des infirmiers et tout le
matériel nécessaire. »
QUATRE-VINGTS BLESSÉS
Au milieu dés cris affolés des uns, des gé-
missements des autres, on parvint, enfin, à
établir le chiffre à peu près exact des voya-
geurs blessés : ils étaient au nombre de
quatre-vingts, sur lesquels trente-cinq sont
très gravomeat .«rtt.pinfe. -1
Les autres, portaient à la tête ci oas ¡c.nx-
bes des plaies, qui, pour être profondes et
douloureuses, ne mettaient toutefois pas
leur vie en, péril. Ils furent pansés sur place
et certains regagnèrent Paris par le train
supplémentaire.
Les plus sérieusement atteints furent di-
rigés sur l'hôpital de Chartres. Trois suc-
combèrent en cours de route et les antres
durent être admis d'urgence dans les servi-
ces de chirurgie ; l'état d'une dizaine d'entre
eux est absolument désespéré.
Parmi ceux-ci, on cite :
Mme Beaudon, institutrice à Passy.
Mme Beaudon a de graves blessures au
crâne et à la face ; son cas se complique
d'une commotion cérébrale. Son mari est à
son clievet ;
M. Pillard, âgé de vingt-trois ans, origi-
naire d'Orsennes ;
M. Hevin, rue de Plaisance, à Vanves ;
M. et Mme Gallan; rue de la Convention,
200, à Paris ;
Mlle Vinac, institutrice à l'orphelinat de
Saint-Louis, à Paris.
M. Barthou, ministre des travaux publics,
et M. Lillaz, son chef de cabinet, arrivèrent
à minuit et se rendirent compte de l'impor-
tance du désastre.
Le ministre visita quelques blessés, aux-
quels il prodigua des consolations, assista
un moment à la recherche des cadavres,
puis se rendit à Chartres par train spécial.
Grâce à l'obligeance des autorités actmi
nistratives de la Compagnie de l'Ouest, nous
avons pu obtenir la liste à peu près com-
plète des autres blessés ; la voici telle qu'elle,
a été soumise à M. Barthou, ministre des
travaux publics, qui l'avait demandée d'ur-
gence :
MUe Juliette Soyer, 21 ans. domicilier à Paris ;
fracture du bassin,, état grave.
mile Ctulston (Madeleine, 32, rue Caujnartin,
à Paris ; fractures el contusions.
M. Tastemain, conducteur de bestiaux, à Orge-
val, commune de bretaoselies (OrneJ ; contusions
diverses.
M. tiiverne, 6, rue Franquet; blessure à la
tête ; soigné à son donncile.
M. Janet, député du Doubs, et sa petite-fille,
87, boulevard Saint-Michel ; soigné à son domi-
cile.
M. Daude, soldat à la 240 section d'infirmiers,
100, avenue Parmenttier; blessure grave au ge-
nou.
M. et Mme Vimont et leurs trois enfants, 158,
rue de Rivoli ; les parents, blessures aux jam-
bes: les enfants, contusions multiples.
Mme Delands, 68 ans. domiciliée à Saint-Gra-
tien ; contusions multiples.
M. Delands, son fils, 28 ans, même adresse:
fracture aes jambes.
Mlle Vulenac (Maræ), 39 ans, domestique, 67,
rue de Sèvres ; fracture du bassin, état grave. ,
M. Larquier, '27, rue de Choiseul ; fractures aux
jambes.
M. larquier fils, même adresse : contusions
ff.ulliples, une oreille coupée : conduit à l'Enfant-
Jésus.
M. Jean (Ernest), 5, rue de la BuUe-au-vCailies ;
contusions à la face et aux jambes; transporté
à l'hôpital Necker.
M. Louis Niguet, 26 ans, boulevard de l'Hôpfc
tal à Paris ; blessures profondes à la tête..
Mme de La Salle, 90, boulevard Pereire ; contu-
sions.
Mlle de La Salle, môme adresse: contusions
multiples ; toutes deux sont soignées à leur do-
micile.
M. Louis Hérein, 23, rue de Châtillon, à Van-
ves ; contusions multiples ; transporté à Clamart.
M. Abosal, 24. rue de l'Etâng, à Saint-Gratien ;
plaies à la if;:e.
Mme Abosat, même adresse : contusions aux
jambes : sonnés tous deux à Epernon.
M. Devienne, 24, rue Victor-Hugo ; contusions
multiples.
M. Vènard. principal clerc de notaire, 8,. rue
Tholozé ; contusions multiples ; ;;(,igné à son
domicile.
M. Lebreton, chauffeur, 90, rue Vercinsétorix :
épaule luxée : contusions multiples, état satisfai-
sant.
Mme Bleynie, 12, rue Pelouze, femme dè l'in-
pénieur en chef de la Compagnie du Midi ; con-
tusions.
Mlle Bleynie,même adresse : blessures au front
M. Emile Hamon. 6, rue Guy-Baudoin, à Me-
l'in : blrs-ures profondes à la tempe et au ge-
nou; transporté à Necker.
M. Bri<'sanL 69. rue de Saint-Germain, à iMan-
terre : contusions.
Mme Brissard, même adresse : contusions.
Mlle Brissard, memç adresse ; contusions à la
face.
M. Vallereau, employé de commerce, 2, rue
Guy-de-la-Brosse ; fractures diverses.
M. de'Condé, employé de commerce, 30, avenue
de Vaugirard-Nouveau ; contusions multiples.
M. Camille Gorju, commissionnaire aux Hal-
les, demeurant 46, rue Sain* Andrê-des-Arts ; les
deux jambes coupées; transporté à l'hôpital de
Chartres.
M. Dizet, deux jambes coupées.
M. Brenad, 47 ans, à Nanterre; contusions
aux bras et à la tête.
M. Berthelin, meunier, à Jouy.
Sont soignés à l'hôpital de Chartres :
M. Gorgu, 47, rue Saint-Honoré, à Paris.
M. Paul Paty, 75, rue d'Orléans (Grand-Mont-
rouge).
M. Billard, de Gasville, près de Chartres.
M. Baudon, 61, rue du Ranelagh, et une per-
sonne inconnue.
Ont été ramenés à leur domicile :
Mlle Charlotte Millet, au château de l'Ermi-
tière, par Le Theil (Orne).
M. Evain, resté au restaurant Poupin, à Eper-
non.
M. Guissac, 69, rue de la Gare, à Paris.
MM. Lebret, Antoine et André, à Rambouillet.
M. Foucher, employé de la direction de la
Compagnie de lOuest, resté à Epernon.
LES MORTS
Les neuf premiers cadavres, ramassés
dans l'enchevêtrement des wagons tampon-
nés, avaient été transportés, horribles, san-
glants, dans l'une des salles de la gare d'E-
pernon. C'est là .que M. Vernot, maire de la
localité, procéda, en présence de ses ad-
joints, du chef de gare et des gendarmes, à
l'identification des victimes, dont voici la
liste dans l'ordre où elle a été établie :
1° Mlle Jeanne Moreau, quinze ans, ve-
nant de Saint-Germain-le-Colidé.
2° Mlle Henriette Deschamps, dix-huit i
mois, dont la mère, grièvement blessée, a
été transportée chez M. Weber, rue de Pa-
1.81, 38, à Meudon.
3° Mme veuve Deschamps, née Huret,
grand'mère de la précédente victime, venant
de Cours (Orne).
4° M. Georges Lambertgoyageur. de com-
merce pour le compte Vune maison de
Luxeuil-les-Bains, et qui se rendait à Paris,
rue Jean-Jacques-Rousseau, 20, dans un hô-
tel.
5° M. Alfred Brisard, artiste peintre au
Mage (Orne).
6° M. le docteur Charles Floquet, cin-
quante-six ans, chevalier de la Légion
d'honneur.
Il s'agissait bien, hélas ! du sympathique
et très distingué médecin en chef du Pa-
lais de Justice, domicilié à Paris, rue de
la Galté, numéro 10.
Le docteur Floquet était né le 25 mars
1854, à Altkirch (Haut-Rhin).
Il était entré dans l'administration de la
préfecture de la Seine comme médecin du
Palais de Justice, le 1er février 1880.
Le docteur PLOOllET, médecin du Palais de Jus-
lice, tué dans l'accident d'Epernon
Très estimé de tous ceux qui l'ont connu,
M. le docteur Floquet sera sincèrement re-
gretté au Palais de Justice et dans le mon-
de médical et judiciaire.
70 M. Gaston Mongeot, confectionneur,
rue de Picardie, 30, à Paris.
L'un des voyageurs du train télescopé a
racônté ainsi la mort de ce malheureux :
— La fin de ce, pauvre M. Mongeot a été
horrible. Il se débattait sur les coussins où
nous l'avions étendu, deux paysans et moi,
d'une telle façon qu'il a fallu le maintenir
jusqu'au moment où il a rendu le dernier
soupir. C'est qu'il était solide, fort, ce beau
garçon de trente-deux ans.
M. Mongeot. possède une maison de
confections pour dlames, 4, riie. Dupetit-
Thouars, dans le quartier du Temple, et
habitait 30, rue de Picardie.
Il venait de chasser dans le département
d'Eure-et-Loir, en compagnie d'un négo-
ciant de ses amis, M. Voilereau, et était
attendu par sa femme, à l'heure du dîner,
chez ALmt<3 Voilereau, 2, rue Guy-de-la-
Brosse. Mais M. Voilereau revint seul, ap-
portant l'affreuse nouvelle. Mme Mongeot
est partie immédiatement pour Epernon,
sans passer à son appartement.
S0 M. Marie Prunier, vingt-cinq- ans, cou-
sin du docteur Floquet.
La reconnaissance du corps de M: Marie
Prunier fut partîoulièremem lqbolîeuse :
le malheureux, qui avait le crâne dénoncé,
ne portait sur lui aucun papier (l'identité,
mais seulement une somme de 240 francs,
et, à l'annulaire gauche, une bague de fort
grand prix.
On allait ranger le cadavre dans un coin,
avec la mention a inconnu », lorsqu'un car
cher, au service de M. Colombel, loueur dP.
voitures à Maintenon, défila à son tour
dans la salle funèbre.
A la vue du corps de M. Prunier, il fit la
déclaration suivante :
— Ce soir, dit-il, je conduisis, comme j'a-
vais l'habitude de le faire depuis deux
mois qu'il est ici, M. le docteur Floquet au
train de Paria,
» Le docteur était accompagné, aujour-
d'hui de son cousin, M. Marie Prunier,
qui lui avait rendu visite.
» Les deux hommes, après m'avoir fait
leurs adieux, car ils ne devaient plus reve-
nir cette aimée, montèrent ensemble dans
un compartiment du wagon de première
classe situé au milieu du train. (On sait
que ce. wagon fut mis en miettes.)
» Je reconnais non seulement M. le doc-
teur Floquet, mais encore son cousin. »
Cette déclaration fut confirmée, quelques
heures plus tard, par celle d'un ami de la
famille, qui ne fut pas moins catégorique.
9° Enfin, un &eul cauavre ne put être re-
connu à Epernon : c'est celui d'une malheu-
reuse femme âgée de trente-cinq à quarante
ans environ, et dont voici un signalement
-,exaet :
Taille 1 m. 52 ; forte corpulence, cheveux
et sourcils châtains et grisonnants.
Vêtue d'une chemise de grosse toile mar-
quée M. G., d'une jaquette de drap noir a
petites côtes garnie de deux rangera de gros
boutons noirs (venan. de chez M. Couillard,
marchand de confection à Bonnétable (Sar-
the) ; d'un corsage de reps noir garni d'une
petite dentelle de même couleur au col ;
d'une jupe d-e reps noir, d'un j'upon dont le
haut est en satinette et- le bas en reps noir
garni d'une petite dentelle noire ; d'un cor-
sage de dessous en indienne à raies bleues
et blanches ; elle portait un corset blanc-
gris et était coiffée d'un chapeau de crêpe
noir. La défunte était chaussée de bottines
à boutons noirs en bon état. A l'annulaire
de droite et à celui de gauche, une bague-
alliance en métal jaune sans inscription. U
malheureuse avait sur elle un billet d'aller
et. retour de première classe de Connerré-
Beille à Versailles.
10° M1. Désiré Devienne, mort à l'hôpital
de Chartres. M. Devienne demeurait à Pas-
sy, 24, boulevard Victor-Hugo ; son fils a été
informé télégraphiquement de la triste nou-
velle.
Quand on découvrit le corps de la mal-
heureuse femme dont nous publions le si-
gnalement plus haut, on trouva près d'elle
une fillette de seize mois environ, immobile,
couverte de débris de cervelle et de sang.;
on la crut morte tout d'abord, mais dès qu'on
s'empara d'elle, elle poussa des cris de joie.
Le pauvre petit être, miraculeusement
sauvé de la mort, et qui certainement était
avec la femme inconnue, a été confié aux
bons soins d'une sage-femme d'Epernon,
Mme ChomeL ,i
LA MISE EN BIÈRE
MM. Vernot et Mauduit, maire et ad-
joint, firent les actes de décès et rédigèrent
d'accord avec le Parquet de Chartres, les
permis d'inhumer. On prévint ensuite télé-
graphiquement les familles des victimes du
malheur qui les frappait et, par dépêche, on
demanda au service des pompes funèbres
de Paris d'envoyer .d'urgence neuf cercueils
à Epernon..
Ceux-ci, construits en chêne, munis de
poignées d'argent, arrivèrent à neuf heures
à Epernon et furent déposés dans la salLe
d'attente. • v •
•Des- draps blancs avaient été tendus le
long des murs. Des hommes d'équipe de la
Compagnie, sous les ordres de M. Berthe-
lier, furent chargés de procéder à la mise
en bière des victimes.
On leur retira leurs vêtements, qui étalent
en lambeaux, et on les rassembla en un pa-
quet qui fut joint à chaque cercueil.
Les cadavres furent ensuite entourés de
bandelettes, ensevelis et enfermés dans les
cercueils. Cette funèbre opération ne dura
pas moins de trois heures et ne prit fin
qu'un peu après midi.
tRISTE CONVOI
Les corps des malheureuses victimes ne
sont arrivés à Paris qu'à six heures du soir
par train spécial, à la gare Montparnasse, où
les attendaient les représentants du Prési-
dent de la République, du ministre des tra-
vaux publics et le directeur de la Compagnie.
Six cercueils comprenant les corps du doc-
teur Floquet, de MM. Prunier et Mongeot, de
Mme Deschamps et de son enfant, de Mlle
Moreau, ont été conduits au domicile respec-
tif des défunts. Le corps de la malheureuse
femme inconnue a été transporté à la Mor-
eue.
Dans le train, spécial qui ramenait les corps
un wagon de seconde classe avait été mis à
la disposition des parents des victimes.
Le voyage fut lugubre. Partout, dans tou-
tes les gares, on se découvrait au passage
du train, les femmes se signaient.
Le train des morts roule lentement, vers
Paris, dans la nuit qui descendon passe
les stations de Rambouillet, de Versailles ;
lÀ, Ia foule se nrflsso tmormp, rnr'~nsp. mnia
le triste convoite s'arrête point.
Sur le quai d'arrivée, à la gare Montpar-
nasse, où le train arrive avec un retard de
vingt-huit minutes sur l'horaire, se tien-
nent MM. le colonel Ebner, représentant le
Président de la République ; Laurent, secré-
taire général de la Préfecture de police, dé-
légué par M. Lépine, préfet derpohee ; Chau-
tard, président du Conseil municipal ; Car-
miniad, président du conseil d'administra-
tion de la Compagnie de l'Ouest ; de Larmi-
nat, directeur de la Compagnie de l'Ouest. ;
Fritsch, chef de division ; Hauville, chef de
gare principal ; Besenard, commissaire spé-
cial de la gare Montparnasse ; le docteur
Socquet, médecin légiste ; le docteur Martin,
directeur des ambulances urbaines.
Disons en passant que cette triste catas-
trophe d'Epernon a permis de constater hier
soir le bon fonctionnement du service des
ambulances municipales, dirigé par le doc-
teur A.-J. Martin, personnellement.
M. le préfet de la Seine a été heureux de
l'en félietter. -'
, AU SERVICE MÉDICAL
Les trois fourgons contenant les cercueils
sont détachés du train et amenés successi-
vement à proximité du pavillon du service
médical.
C'est un instant vraiment poignant -tous
les assistants se découvrent, des sanglots
éclatent.
Successivement les cercueils de. Mme Dès-
champs et de sa*petite fille sont descendus.
Quand on descend du fourgon le cercueil
de la femme non identifiée, un cri doulou-
réux retentit dans la foule et une femme
s'élance.
— Ma sœur ! crie-t-elle, ma pauvre sœur !
M. Laurent et M. de Larminat se précipi-
tent au devant d'une femme échévelée, le
visage baigné de larmes, qui demande à
hauts cris qu'on ouvre la bière pour voir si
elle contient bien les. restes de celJp qu'elle-
croit être sa sœur.
On présente à la pauvre femme un mou-
choir marqué M. G. Elle reconnaît formelle-
ment ce mouchoir, et les conditions uans
lesquelles la morte voyageait peuvent faire
supposer qu'on se trouverait en présence de
Mme Garnier, demeurant rue des Batignal-
les.
La reconnaissance ne fut cependant pas
assez formelle; c'est alors que l'on décida
d'envoyer le corps à la Morgue.
Pour cette triste cérémonie, qui n'a, d'ail-
leurs, été troublée par aucun incident grave,
le service d'ordre était assuré, à la ga.'e
Montparnasse, par les agents du quinzième
arrondissement, sous la conduite de M. i é-
tré, officier de paix.
LE RETOUR DE M. BARTHOU
Le ministre des travaux publics est rentré
à Paris par le train Etat 80, à huit heures
quarante. Ce train doit arriver régulière-
ment en gare à six heures trente-cinq.
M. Barthou a demandé qu'on lui tasse par-
venir, aussitôt que possible, la liste exacte
des morts et des blessés.
LE MECANICIEN RESPONSABLE
Une information-judiciaire est ouverte, on
le sait, au parquet de Chartres, pour établir
les responsabilités de l'accident.
L'enquête sémite démontrer, dune fa-
çon ",.U bSûl,u,ment, précise, que la Tes.-
t'uusat}ilité ae la catastrophe est entieit
ment teputable au mécanicien Louvet, de
la machine « haut-ie-pied » 980, qui suivait
le train 510, en dédoublement du train 514.
En eiiet, d'après les derniers rapports des
fonctionnaires chargés de lenquête, il est
avéré que les signaux de la gare d'Epernon
avaient fonctionné régulièrement. --
Ges signaux étaient bien enelanchés,,
et tandis que le signal carré jaune: de
la voie de garage était ouvert derrière. le
train âiÔ, qui quittait cette voie pour rëpren-
dre sa marche normale, le signal carré en
damier rose et blanc de cette vde principale
se fermait derrière le train 510.
En conséquence, il faut absolument déga-
ger la responsabilité du personnel de la
gare d'Epernon..
A la suite de l'interrogatoire qu'il a subi.
le mécanicien Louvet a été inculpé d'hem¡.
cide par imprudence.
On l'a cependant laissé en liberté pro-
visoire.
M. PéSA de Saint-Gilles, ancien conseil-
ler d'arrondissement d'Eure-et-Loir, dont
nous avons reproduit, hier, les déclarations,
nous demande de préciser afin.de taôâurpî
sa famille.
■ En disant que la: locomotive « haut-ie-pied
marchait à l'allure de 60 kilomètres, M. de
Saint-Gilles n'a pas fourni une impression
personnelle, puisqu'il ne fut pas témoin da
fait, mais il a rapporté la version qui circu-
lait & ce moment à Epernon.
Cette épouvantable catastrophe est une
nouvelle leçon de choses : Assurez-vous
donc, vous et les vôtres, pour toute votre
vie, moyennant une prime, une fois payée,,
de 3 fr. contre les accidents dtW voies fer-
rées du monde entierà la Cie In tersat.d'as-
surances contre leS accidents, 56,i\St-La2are.
Aujourd'hui, lire en deuxièynè page,
notre nouveau feuilleton:
LE SCANDALE DE LA RUE BOISSIÈRE
PAR-,
ALBERT BOISSIÈRE
-' ÉCHOS
L
e Président de lu Républiques uv« ql-pai
gné par Mme et Mlle Failières et ML
Jean Lan es, secrétaire général de la I%és&
dence, est arrivé Wer matin, à dix heure.* èt
demie, à l'Elysée..
M. Fallières a visité à deux heures l'Éxj.%>
sition de l'art russe au Grand Palais.
il y a été salué à son arrivée par tout Itq
haut personnel de l'ambassade de Russie, et
par les membres du comité d'organisation de
l'Exposition, dont le commissaire général lui
a souhaité la bienvenue.
Le Président a dit le plaisir qu'il éprouvait
à se rendre à l'invitation des membrés du
comité de l'Exposition, puis il parcourut les
différentes sections sous la conduite du com<
missaire général qui lui a présenté queJqueai
uns des auteurs des principales œuvres. {
L
e troisième Congrès international pour ht
répression de la traité des blanches, qui
doit se tenir sous le haut patronage de- M. la
Président de la Républiqué et la présideoee
d'honneur de M. le ministre des affaires étîaEH.
genres et de M. lé ministre de l'intérieur, auîa
lieu du 22 au 25 octobre à Paris. *
Le gouvernement français y sera représenté
par les délégués des ministères de la justice,
des affaires étrangères, de l'intérieur et des
travaux publics. L'Angleterre, l'Allemagne,
la Russie. l'Italie, la Belgique, l'Autriche, 1*
Hongrie, les Pays-Bas, la Grèce, d'autres Et-atl
encore y envoient xjesœpffiseoau*'.»*
L
e Théâtre dt F Avenir. L'actif et sympa*
thique directeur du Cinerpatograph.The!i.
tre, M. Vives, vient d'ouvrir un horizon nou*
veau aux spectacles. Musique, chant, grandes
scènes et leçons de choses, tels sont les élé-
ments qui amènent un public enthousiaste et
dont le choix rehausse l'éclat de bk splendidq
salle du boulevard Poissonnière, numéro 7.
Cette semaine, une cantatrice de l'Opéra de
Naples, Mlle Carlotti, à la voix merveilleuse,
interprète O Sole Mio, dans une Fête à Ve-
nise. Hier déjà, aujourd'hui et jours suivants,
le Lord-Mairc. Matinées, 3, 4, 5 heures; soi.
rées, 8, 9, îo, H heures.
L
e Casino de, Éeau-SoleiI2 à Monte-Caàôi
fera en janvier son ouverture sensation-
nelle. Il serait superflu de dire que la tapie
sera excellente, lorsqu'on saura que la duBc<
tion du restaurant a été confiée à Nicolas, lQ
propriétaire du Grill-Room d Aix-les-Bains.
U
n de nos plus grands industriels, M. îitt*
cien Richard, viènt d'obtenir la croix de
chevalièr de la Légion d. honneur à ioccasion
de l'Exposition de Saint-Louis.
Jamais récompense ne fut mieux méritée);
car c'est grâce à l'énergique et intelligente un-
pulsion de M. Lucien Richard que la Mànu-
facture de Biscuits Pernot a pris l'énorme dé^Ç
veloppement qui en fait l'une des- plus impor-
tantes biscuiteries du monde entier.
Nous adressons toutes nos félicitations aii
nouveau légionnaire..
1
1 y a bien des années, dans lefi Ch&entëS,
que les vendangés, n'avalent été Si belles.
On cite particuHjîreinent datte tes environs 00
Cognac le vignoble daM. Ed. Qodot, S La
Oite, dont les vins fliou#euX ont un bouquet
des plus remarquables. , o. 1
0
n s'amuse dans tous les salons à donner
des noms aux personnages de La Dixième
- 't ,.. -'--- r'L_
Muse, le nouveau roman oe Georges uiuki,
où se trouve une peinture si vivante des mi-
lieux littéraires de Paris.
JOINVILLIL
LENDEMAIN D'ÉMÈUTB
les nurses de Loegciraimis
sont reportées a CMH
L9ENQUÊTE JUDICIAIRE
On pouvait penser que les délinquants ar-
rêtés sur le champ de courses comparai
traient fi" l'audience des flagrants délits,
mais le Parquet a estimé qu'il était impossi-
ble au tribunal d'apprécier équitablement lea
responsabilités tant qu'une instruction mi-
nutieuse n'aurait pas élucidé les causes de
l'incident Il a dgaie décidé d'ouvrir une in-
formation sur le$ tumultueuses manifesta-
Lions de dimaricheet, a commis à cet effet
M. le juge Flory. v
Le réquisitoire ii^troduclif pr-évoit, ies in-
culpations d'outrages, violences et rébellioo
à agents, dommages a ia propriété d.au^Ui,
incendie volontaire, .voi et pillage en baRde
et a force ouverte. - - <
Mises en liberté ",
Le Journal a donné, hier,-les noms des
dix-sept personnes qui, après un interroga-
toire sommaire devant les commissaires de
police désignés pour la circonstance, avaient
été gardées à la disposition de la justicè.
Toutes ont été amenées, hier, au cabinet de
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