Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1925-05-14
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 14 mai 1925 14 mai 1925
Description : 1925/05/14 (Numéro 134). 1925/05/14 (Numéro 134).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7623146
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
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1 S-cen&aes. P*R*s
20 centimes. D £ pabebmbs3s ET Gourdes
ABONNEMENTS : &4t ffltfca. '
France et Colonies. £8 fr. s5 fr. i3 te.
Etranger 82 » 4a » a a »
Chèque postal < Compte 33 .900 Paris.
ORGANE D© NATIONALISME IMTK&îlAL,
«. Tout ee qui est national est nôtre* »
Le Dno d'OBLÉANS
héritierfte&
Bga&C£IÛS A AJ>*i « IS X R Aïloa t
i^ta&de Saae^PJBJSi»)
légrajAip» : ACTÏOPHAlf-PAAIS
éléphobe : jiftèdartwn : Central 75-44 AjMiicftf: Central 74-77
Après 10 heures du soir : Scguï 11 -68
aèçistrod»
^t*lé
Fondateur t HENRI YAUGEOIS — Directeurs pomqites* LÉON DAUDET et CHARLES MAÛRIUS — Rêdactenr en chet s MAURICE PUJO
Après les élections ninnicipales
■ « Ce n'est pas en dix mois qu'il petrt être possible dq
cette majorité et de lui arracher le pouvoir.
«H faudra du temps et de la méthode, des organisations
eHm programme. Il faudra... Il faudra». Il faudra beaucoup
«^argent «t beaucoup de courage. »
Jacques BARDÔUX, dans PAvenîr
t
H faucfcra s'armer du courage de Sîsyphé %
ainsi le veut le système répid>licain.
Signes
dans le ciel et sur la terre
Qui m'eût dit que- je verrais jamais
Mai gin l'Invincible sur son lit de mort,
veillé par son admirable compagne, sa
gloire, et deux vivantes cariatides mili
taires ! Je croyais qu'il avait dépassé la
zone du risque et que, flamme lui-même,
il était hors des atteintes du feu. Il n'est
plus. Notre pays est voilé d'un crêpe, et
le glas sonne dans tous les cœurs patrio
tes. Combien de temps la Providence et
la nature mettront-elles à reforger un
homme pareil, un si beau et si sage com
battant ?
Car la sagesse était en lui, sous la
forme de l'offensive. Pour ne pas subir,
il attaquait, intellectuellement et physi
quement. Q choisissait ainsi, dans la dis
cussion comme dans l'action,^ son argu
ment et son terrain, résolu à ne jamais
lâcher pied. Aucun homme politique,
même pas Clemenceau, dans son triom
phe bref, ne le fit reculer d'un pas. II
tenait, là où il était, avec une voix douce
et le masque même du vouloir. On né-
pouvait pas ne pas l'aimer, à cause de
cette bonté, dure à l'ennemi et d'une par
faite lucidité, qui était sa marque. H
savait la condition du succès, qui est de
11e céder sous aucun prétexte, et de n'en
jamais éprouver la crainte, ni, surtout,
l'appréhension. H osait naturellement,
comme on respire, et il prenait plaisir à
calculer les possibilités de son audace.
C'était un chef entre les chefs, parce
qu'il intéressait tous ses subordonnés à la
réussite de ses opérations^ Ceux d'entre
ieux que j'ai connus avaient, à son endroit,
une admiration fervente.. Ni fantasque, ni
ostentatoire, ni salonnard, ni piaffant,
Mangin avait,cette familiarité et simpli
cité héroïques, que possède aussi son ami
Marchand, et qui attache tous les Fran
çais de race. Avec cela, il savait rire, et
il usait de l'ironie, large et carrée, comme
ira maître. Je le vois à la table de Mar
chand, précisément, qui habitait alors une
vieille villa "entourée d'arbres, à Neuilly,
^ aux portes du Bois. Il découpait un des
deux gigota — car Marchand est un hôte
magnifique — et parlait, tout en aigui
sant, de sa petite voix précise, impres
sionnante. Les souvenirs plaisants et ter
ribles d'Afrique, repris par le verbe étin-
celant du maître de maison, défilaient
/" ainsi devant nous. Silencieux et appliqué,
Baratier découpait l'autre gigot.
De la même façon, non autrement,
. légendaire de son vif, et précédé de sa
renommée, à la façon de Scipion l'Afri
cain, Mangin tailla en tranches et retailla
l'Allemand! Pas une seule fois, en quatre
années de guerre, il n'eut le dessous. H
recula quand il fallut reculer, quand ce
fut l'ordre et la nécessité du repli. Mais
chaque fois, — comme à Douaumont,
comme à Méry-Courcelles,— qu'il s'agit
de contre-attaquer, de reprendre et de
refouler, il culbuta, selon sa méthode
irrésistible — et dont il emporte le secret
— tout ce qui se trouvait devant lui.
Un grand capitaine, a dit Pïutarque sans
mentir — et, je pense, à propos de Sylla
à Chéronée — ne connaît pas de situaiiop
désespérée. Il s'appelle « ressource » et
sa meilleure ingéniosité est de frapper,
le premier, de toutes ses forces. Lors
d'une de mes dernières rencontres avec
celui qui vient de disparaître, comme je
^soutenais qu'une règle de polémique est
de ne pas graduer les coups et d'assom
mer, s'il se peut, dès le début, il ajouta
vivement : « C'est aussi la règle du com
bat. » Son nom le précédait sur les
champs de bataille, comme une fanfare
exterminatoire, décourageant à l'avance
l'adversaire intimidé.
De tels dons d'action présupposent une
méditation très nuancée. César fut le
meilleur écrivain et l'homme le plus
subtil de son époque, d'une fertilité d'ob
servation et d'imagination que tous les
historiens, Momxnsen en tête, ont célé
brée. Mangin avait en lui de cette graine
— et romaine, pour le sens de, la cité —-
avec une physionomie laurée et plissée
à la fois, ainsi que de l'emboîtement
. cabossé de deux visages : l'un pour les
^"travaux de la réflexion et de la paix ;
.d'autre pour le labeur de la guerre. 11
se reposait de l'une par l'autre, et de
l'occupation par une autre occupation.
f De nature entièrement dynamique, plus
bombardant » — sans jeu de mots —
qne n'importe quel radium, il exerçait
une séduction que je n'ai connue, sur ce
même plan, je le répète, qu'à Marchand.
Aussi, des quatre milieux que j'ai tra
versés et fréquentés, au cours d'une exis
tence déjà longue, le littéraire, le scien-
^fique, le politique et le militaire, c'est
te dernier qui m'a paru renfermer les
«telligences les plus ramifiées et com-
ilexee, sur le plan terrestre du réel
Komédiat, bien entendu. Sur le plan spi-
ituel, et dans l'intervalle, je ne vois que
fcs Ordres religieux, à cause de la rigueur
ftgique des théologiens véritables. Mais,
i> dA somme là, seuls comptent les poètes,
les forgeurs d'un grand rêv-a qu'ils réali
sent envers et contre tous. Après viennent
les hommes de lettres ; puis les médecins.
Les rencontres inopinées sont de grands
repères psychologiques. Au printemps de
1917, j'aperçus, sous les rais du soleil,
dans là Chaussée d'Antin, un petit mon
sieur en chapeau melon et en veston bleu
sombre, qui avait une badine à la main.
C'était Mangin, que cet abruti de Paul-
Prudent Painlevé venait de disgracie*,
d'ordre des Greffulhe, en lui interdisant
de porter le nom de Pietro ; je veux dire
le séjour de la capitale. Je n'aurais pas
été plus étonné en rencontrant le dieu
Mars au rayon de la bonneterie, au Bon
Marché, ou Neptune dans une pâtisserie.
Je songeais : « L'ennemi est à cent kilo-
« mètres de Paris ; et cette saleté de
« régime de mort et de numéroteurs de
« grains de sable — car qu'est-ce autre
« chose que le suffrage universel ! —
« prive la Patrie de cet étonnant génie
« militaire qu'est Mangin. Tout cela
« parce qu'un mathématicien à tête de
« veau, par-dessus le marché snob imbé-
« cile, a frappé d'ostracisme le plus
« entraînant des chefs français. » J'étouf
fais de douleur et de colère. Je songeais
à la joie des Allemands. <
Si le peuple français n'est pas frappé
de cette amnésie qui précède, en Républi
que, les . grandes invasions, il se rappel
lera en pleurant ces communiqués du
11 juin 1918 [Méry-Courcelles], et du
18 au 25 juillet 1918 [Soissons], où
s'entrevit la victoire décisive, avec la
libération du territoire...Un nom était sur
toutes les lèvres : Mangin.
On le savait à l'œuvre, avec son mar
teau, le glorieux forgeron, le briseur de
chaînes : et, par lui, pour la première
fois depuis .septembre 1914, Paris des
serré respirait. Les gens, s'abordaient en
riant sans se connaître, dans les rues, le
métro et les gares, pour célébrer le chef
de la dixième armée, délivré des ostra
cismes parlementaires — de la Chambre
de Trahison d'alors —et rendu à son bon
travail par la clairvoyance bougonnante
de. Clemenceau.
Eh bien ! aujourd'hui, ô Français ou
blieux, Mangin est mort, Painlevé son
persécuteur est de nouveau président du
Conseil, Gaillaux règne à Paris, Hinden-
burg à Berlin ; et on se bat au Maroc !
Dans le ciel et sur la terre, les signes
d'une conflagration, se multiplient. " Deux
nouvelles générations de jeunes gens sont
menacées par la bêtise, l'incurie, ou l'in
famie des hommes des deux « blocs » de
la République. Cependant que retentis
sent les premiers accords de la «marche
pour la mort d'un héros »...,__du général
Mangin.
Léon DAUDET.
Nous rappelons que les obsèques de no
tre collaborateur Léon Allard auront lieu
demain vendredi 15 mai, à midi, à Saint-
Thomas-d'Aquin, sa -paroisse, où l'on se
réunira.
Aucune invitation ne sera faite, le pré
sent avis en tenant lieu, de la part de M.
et Mme Léon Baudet, de M. et Mme Jac-
fues Allard, de M. et Mme Pierre Allard,
e M. Jean Pcrdonx, de Mme Alphonse
Daudet et de Mme Ernest Daudet, ses fille,
fils, belles-filles, gendres, sœur et belle-
sœur. *
L'ASSASSINAT
DE PHILIPPE DAUDET
L'instruction
se poursuit actiyement
LA POLITIQUE
Quel crédit M. le conseiller Laugicr acr
corde-t-il au rapport fantasmagorique des
trois augures qui, sur le seul examen des
photographies de quelques éclaboussures
et giclures prises à l'intérieur du taxi
après le lavage A LA POMPE par-Bajot,
ont « conclu » que le coup de feu dont
Philippe Daudet est mort avait été tiré
dans le taxi ? Voici la réponse : le magis
trat a entendu hier la femme du chauffeur
Bajot pendant deux heures. L'instruction,
on le voit, n'aura subi aucun arrêt ni ra
lentissement, en dépit de la « conclusion »,
des trois experts et à la grande terreur
des assassins de la Sûreté générale, qui
avaient fondé d'illusoires espérances sur
l'expertise, si bien qu'ils s'étaient hâtés
d'en répandre l'abasourdissante conclu
sion, en omettant avec soin, d'ailleurs, le
détail du roman pseudo-scientifique que
leurs auteurs appellent un « rapport d'ex
pertise ». '
L'instruction se poursuit donc active
ment, aujourd'hui comme avant les diva
gations de MM. Bevle, Paul et Baltkazard.
Une hypothèse fragile, même f ormulée
en style « médical », ne peut prévaloir
contre un monceau de faits précis et con
cordants de témoignages accablants au
tant qu'inattaquables, pas plus qu'elle ne
peut donner raison des meusonges et fla
grantes contradictions relevées dans les
interrogatoires des inculpés.
Le secret .de l'instruction est toujours
bien gardé.— si l'on excepte la commu
nication intéressée de la « conclusion »
de l'expertise. On n'a pu avoir aucune in
dication sur la longue déposition de Mme
Bajot.
L Lféchec de AL jCaillanx
L'échec de M. Gaillaux rend l'espérance
aux hommes du Cartel. Son succès eût si- ,
gnifié la victoire d'une illusion, chose
courte. Mais, décidément, l'illusion n'est
pas née. Les mystagogues du Cartel ne se
fassent pas embarrassas d'un obstacle
réel : tout programme réaliste eût été gaî-
ment culbuté ou nié par eux. Ici, l'obstacle
est de papier peint. Trop mal peint.
•H y a quatre milliards de déficit. Un
ministre courageux eût dit aux Cham
bres : — Le seul monopole des tabacs ne
rapporte pas quinze cent millions au Tré
sor. Aliéné, il rendrait trois milliards. Bé
néfice de plus de qpinze cent millions.
Deux on trois opérations du même genre
remettraient la galère à flot Le voulez-
vous ? Travaillons ensemble. Ne le vou
lez-vous pas ? Je m'en vais.
M. Caillaux ne s'en ira pas. Le mettra-
t-on dehors ? Sera-t-il remplacé par quel
que chimériste oriental ? La tribu prophé
tique aux prunelles ardentes qui depuis
si longtemps gouverne le pays par per
sonnes interposées, prendra-t-elle ostensi
blement la direction des affaires 1 ,Le sec
tarisme et l'absolutisme du Cartel juif se
;remettront-ils à l'ouvrage avec Blum-Her-
riot ? .
Qu quelque adroite combinaison brian-
diste, écartant Caillaux ou le maintenant,
essaiera-t-elle d'éloigner les socialistes,, de
décomposer le Cartel, de faire la concen
tration 1 C'est possible. L'impossible est
de résoudre sous les nuées d'orage des
problèmes qui ne sont solubles que sous
an ciel serein. L'impossible est de retrou
ver du crédit là où manque la confiance.
II. H faut durcir la résistance
De telles impossibilités donnent à
penser qu'il faudra se rabattre en fin de
compte sur cette politique de système que
la violence seule peut rendre applicable,
mais pour laquelle ses théoriciens sont ab
solument désarmés, lis feront des lois, ils
rendront des décrets, ils recommenceront
à contraindre des milliers et des milliers
de citoyens inoffensifs à sortir de chez
eux, à quitter une vie tranquille et silen
cieuse pour affirmer la volonté de pro
tester et de résister. L'avenir de la France
dépend de la durée, de la fermeté et de
l'intensité de ces résistances. S'il y a quel
que part des Comités directeurs de l'Oppo
sition, on ne peut leur prêter d'autres
programme que celui-là. Ils doivent pen
ser naturellement à étendre la résistance,
à la conduire sur tous les plans où elle est
possible, à l'exprimer: par tous les moyens.
Mais l'important, l'essentiel, le vital, c'est
tout d'abord de la fortifier en elle-même
et de la durcir de manière à casser là-des
sus toutes les dents de tous les nouveaux
ministères du Cartel comme y lurent cas
sées les dents du ministère Herriot.
Si nous nous rendons bien compte de
l'opposition secrète et profonde qui exis
te entre la nature de la France et les fan
taisies du Cartel, il suffira de la leur ob
jecter aussi directement que possible, pour
épuiser les tentatives et lasser les as
sauts.
IH. Faiblesse tP un certain effort
électoral
Toutes les organisations électorales se
ront les bienvenues comme toutes les pro
pagandes en vue de saisir et de compter
la plus grande masse possible de citoyens.
Mais n'oublions jamais que tout cela a
trait au signe de la représentation et que
le signe représentatif importe moins que
les choses représentées.
La représentation électorale est sujette
à certaines lois dont il faut tenir
compte dans un pays aussi centralisé que
la France, surtout quand ce pays se trou
ve aux mains d'un parti qui a l'expérience,
l'habitude et le tour de main de la cen
tralisation administrative.
Pourquoi croyez-vous que tant de muni
cipalités cartellistes aient été élues ?
Leurs idées ? C'était peu de chose. Leur.,
personnel comptait davantage. Mais l'im
portant était que ce personnel bien en
cour pouvait dire à ses électeurs comme
celui de la commune do Salviac, ,dans le
Lot :
Vous savez que nous tenons nos promes
ses. Vous savez qif aucun concours ne nous
.sera refusé ni au Conseil général, ni à la
Chambre, ni au Sénat, n même au minis
tère. Nous serons heureux d'en faire bé
néficier et nos amis, et la commune toute
entière.
Voilà* qui est dit avec clarté. On fait
bénéficier les amis des relations que l'on
cultive en haut lieu. L'affreuse candida
ture officielle qui distinguait entre les pou
lets de l'opposition et les gallinacés du gou
vernement était digne de censure et de
blâme parce que le Tyran était personnel
et responsable; le voilà collectif et irres
ponsable, d'Homme il est devenu Parti,
tout lui est permis, et c'est en s'adressant
à lui, c'est en participant de lui que les
bonnes élections s'organisent partout.
Nous avions indiqué la recette aux in
nocents gogos du Bloc national. lis n'ont
pas voulu écouter et se sont donné, pâr
là, les successeurs qu'ils méritaient. Ceux-
ci savent s'y prendre.^ Us sont maîtres de
la maison. Il sera extrêmement difficile de
les en déloger par simple processus
électoral quelconque. Dans ce revers, il
n'y a qu'un élément de consolation, c'est
la difficulté qu'ils auront à appliquer leur
programme. C'est même l'impossibilité où
ils seront d'en introduire la plus faible
part, s'il trouvent devant eux résistance
non de signes, non d'élus, ni même d'élec
teurs, mais de citoyens et de contribua
bles. La grève scolaire d'Alsace est une
chose plus _ immédiatement efficace que
tout effort électoral. Le refus de crédit fi
nancier, décrété par la masse du peuple,
est pïus important que toute nouvelle lé
gislation fiscale.
IV. De la force
de certaines autres élections
Faut-il dès lors abandonner les voies
électorales et. légales ? Non, certes ! Il faut
s'y maintenir et en tirer tous les partis
possible en les combinant à autre chose,
en les mettant en très étroite liaison avec la
résistance réelle organisée dans les pro
fondeurs du pays.
Nous avons échoué, pour le moment,
sur l'article du nombre, et la nature des
choses nous destinait à cet échec. Mais
pourquoi ne pas prendre notre revanche,
même sur le terrain électoral, en flous
y occupant surtout de la qualité.
Rien n'a manqué, toute la saison der
nière, aux grandes manifestations qui ont
exprimé la mémorable résistance du pays,
rien, dis-jc, si ce n'est un écho digne d*el-
les^dans les assemblées politiques. Là,
nous étions vaincus d'avance au scrutin,
mais nous pouvions être les maîtres à la
tribune. Rien n'était plus facille que de
nous y flétrir par des ordres du jour. Mais
il était possible d'y élever au-dessus des or
dres du jour, une parole, une pensée,
même une action capable d'éclairer le
pays, de l'ébranler, d'y éveiller de nou
veaux émois et de nouveaux tressaille
ments multiplicateurs des premiers. Ques
tion d'homme. Question d'énergie person
nelle, de valeur, d'initiative, d'audace, de
maîtrise. Question de talent et de génie !
Que de fois j'ai vu des libéraux et même
(î'est tout dire!) des libérales se tordre
ifs mains de désespoir ou de dépit à une
des séances historiques de l'hiver dernier
en murmurant avec regret ou remords,
presque avec repentir : — Quel malheur
. que nous ayons chassé Daudet de la Cham
bre !
H est vrai que, pour ne prendre qu'un
exemple, une discussion sur les lois laïques
à la Chambre change de face selon que
Daudet y assiste ou n'y assiste, point.
Presque seul de l'honorable minorité op
posante, un Daudet est capable de faire
entendre à trois cents hurleurs, que les
lo:s laïques sont des lois bismarckiennes
et qu'elles ont été voulues par l'ennemi
pour nous diviser, ainsi que cela résulte
des documents officiels du procès d'Ar-
min et des mémoires de Hohenlohe.
La vérité qui tonne dans la bouche de
Léon Daudet embarrasse une majorité fré
nétique, défait ses petits jeux, jette au pays
lej lumières qui répandent la foi, l'espoir,
la volonté. A telle heure critique, l'assem
blée elle-même en peut être émue: rap
pelez-vous ce jour de janvier 1921 ou, par
la volonté de Daudet et de quelques mem
bres de la droite, 250; députés rappelé-
rent Briand des pourparlers de Cannes ou
le misérable nous vendait déjà aux An
glais î
' Voilà l'effet d'un homme élu qui n'est
qu'un élu, cpii n'a qu'un bulletin à sa dispo
sition, mais qui sait, qui sent, qui pense ;
et qui agit. Une opposition intelligente a
le devoir d'élire partout de ces hom
mes qui en valent cent. Alors ce qu'elle
fait- dans le pays se trouve répercuté et
multiplié dans les assemblées. Son infé
riorité numérique y est compensée par une
valeur dynamique. Elle répare ses défai
tes de la veille, elle prépare les victoires
du lendemain par ces sortes de haut-par
leur Qui anéantissent, pour un instant, le
murmure confus de précaires majorités.
La candidature de Léon -Daudet au siège
illustré par Jules Delahaye n'a d'autre sens
que de se conformer aux prescriptions de
cette loi vitale, obéie des vaincus qui veu
lent vivre et transgressée par les vaincus
qui veulent mourir. Le gouvernement l'a
parfaitement compris. A la première nou
velle de la décision de notre ami, le mi
nistère et le. Cartel sont entrés en fureur,
une fureur râlante, qui les suspendait tout
entiers à travers les couloirs de la Cham
bre, aux basques de M. Schrameck :
— Vous êtes ministre de l'Intérieur. Il
faut empêcher ça ! Léon Daudet être sé
nateur ! Léon Daudet au Sénat ! Vous em
pêcherez cela à tout prix.
Je pense que les électeurs de l'Anjou ne
sont pas très sensibles aux manœuvres de
la rue des Saussaies. Néanmoins, ces ma
nœuvres sont ordonnées. Les fonctionnai
res publics, surtout les agents secrets sont
au travail. Malgré tout, la vérité est. Je me
permets d'en soumettre les trois termes à
l'opposition :
I. Il faut que la résistance du pays soit
accrue, fortifiée, endurcie encore.
II. Cette résistance sera d'autant plus
puissante qu'elle sera répercutée et multi
pliée par des voix énergiques qui s'clèvc-
ront au sein mêmes des assemblées enne
mies.
III. Il n'existe point hors du Parlement
d'organe d'opposition politique et morale
qui soit comparable à Léon Daudet.
Aux conservateurs angevins de réfléchir
et de conclure.
Charles MAVRRAS.
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ce nouveau et admirable roman di: Mnns Marie
(ïasqiiet. Il est pur. Il est tendre. Il est mystique.
Il est passionné. Il est, peut-êfce, parfait.
Les obsèques
du général Mangin
auront lieu demain
Les obsèques da général Mangin auront
liea demain vendredi 15 mai. Le service
funèbre sera célébré en l'église Saint-Louis
des Invalides. On se réunira à la maison'
mortuaire, 9, avenue de la Bourdonnais, à
9 h. 45. L'inhumation meta lieu cm cime
tière Montparnasse.
■ w
La France qui saine en Mangin l'un «te
ceux qui l'ont sauvée, sera surprise de la
simplicité de cette cérémonie. Son dernier
convoi sera-t-il celui d'un particulier quel
conque, alors que l'on attendait les. funé
railles d'un héros ? Ce n'est pas au cime
tière Montparnasse qu'on croyait le con
duire, mais au moins aux Invalides, tom
beau digne de celui qui fut la plus pure,
la plus nautc figure du Soldat
Séra-t-il permis à ceux qu'il conduisit à
la victoire, aux officiers de réserve de la
guerre, de lui faire cortège en uniforme ?
Nous espérons que le gouvernement n'aura
pas la mesquinerie de s'y opposer.
Durant toute la journée d'hier, une
foule respectueuse et recueillie a défilé
dans le cabinet de travail où repose le
corps du général Mangin, sur un petit lit
de fer. Au côté du général brille un sa
bre; à ses pieds est posé son képi; le-
grand cordon de la Légion d'honneur bar
re sa poitrine d'un large trait écarlate.
Deux officiers montent toujours la garde
d'honneur de chaque côté du lit.
A côté de toutes les personnalités fran
çaises et étrangères, un très grand nombre
à'offiefiers et de Parisiens sont venus s'ins
crire avenue de la Bourdonnais. Des an
ciens combattants appartenant à toutes les
classes sociales, quelques-uns accourus des
départements voisins, et qui ont servi sons
les ordres du général Mangin, ont demandé
à saluer sa dépouille. Certains s'annon
çaient simplement ainsi : < Un poilu ». Ils
ont été admis dans la chambre mortuaire,
où Mme Mangin a. tenu à les introduire
elle-même.
Sur les registres, nous avons relevé les
noms des généraux Desïicker, Dubaii,
Gouraud, La grue, Mariaux, Cherfils, Pi
neau, Féraud, de Pastoureau, Capiomont,
Du'pdrt, Pelletier, Jouffroy Gossart, Lebas,
de Roincé ; des amiraux Merveilleux
du Vigneau et Pugliesi-Conti ; de Léon
Daudet, Charles Maurras, Jacques Baig-
ville, Maurice Pujo;- de MM. Magi-
not, Millerand, Mirman, G. Delavenne, du
marquis de Lur-Saluces, du comte de
Chqmbrun, de MM. Jeanueney, Claude
Farrère, Myron T. Herrick, ambassadeur
des Etats-Unis; des ambassadeurs de Po
logne, du Pérou, de Tchéco-Slovaquie, des
attachés militaires de Belgique, d'Espa
gne, du Japon, etc.. -
A NOS AMIS
Tous nos amis, parmi lesquels les an
ciens combattants sont si nombreux, s'ef
forceront de se rendre libres demain pour
accompagner te général Mangin à sa der
nière demeure. .
Les délégués " et délégués-adjoints des
Etudiants d'A. F. sont priés de passer au
jourd'hui à partir de midi et demie, 33,
rue Saint-André-des-Arts pour prendre des
instructions.
Les condoléances de Metz
Metz, 13 mai. —"M. Vautrin, maire de
Metç, a adressé le télégramme suivant à
la famille du général Mangin :
« Vivement émn de la perte cruelle que
vient d'éprouver avec vous et votre famille
la France entière en la personne du vail
lant général Mangin, fils de la Lorraine
et l'un de nos plus chers libérateurs, je
vous exprime, au nom du conseil munici
pal de Metz et de toute la population
messine, mes bien sincères condoléances
et vous présente l'hommage du plus pro
fond respect. »
Il a été en outre décidé qu'en signe de
deuil, le drapeau de l'Hôtel de Ville serait
mis en berne le jour des obsèques.
Denier de Jeanne d'Arc
Caisse de secours immédiat et Caisse de
combat des Commissaires d'Action
française et des C&melots du ltoi
Soixante-huitième liste
{Suite) '
M. Marcel Lebert : 2 £r. ; Maurice Bisson :
20 fr. ; Remis à un Camelot de Neuilly, le jour
de Pâques, devant l'église Saint-Pierre, par M.
de Berc, abonné : 5 fr. ; Yves de Champcenetz :
15 fr. ; A ceux qui n'ont pas peur : H. J. : 2 fr. ;
Mlle Marie-Célina Boyrie : 5 fr.* G. Vallery-Ra-
dot : 10 fr. ; A la mémoire de Philippe Daudet,
Mlle Maler : 3 fr. ; Anonyme : 30 fr. ; B. De-
coninck : 7 fr. ; Jacques Denisane : 30 fr. ; B.
19413: 5 fr. ; Remis à un Camelot devant Saint-
Msdard : 5 fr. ; Un Camelot qui a perdu son
chapeau dans une bagarre: 10 fr. ; Somme recueil
lie dans la paroisse de Saint-Rambert-sur-Loire,
transmise.par M. l'abbé Plat : 128 fr. 50 ; L. D.
M. : o,fr. ; Ulysse Masmejcan : 2 fr. ; Roger Mé-
quillet : 10 fr. ; Remis devart Saint-Jacques du
Haut-Pas, un abonné de la rue du Val-de-Grâce :
10 fr. ; M. H. Reeb et sa famille : 150 fr. ; Jac
ques Lang : 2 fr. ; M. Gaudio : 3 fr. ; Remis aux
Camelots devant Saint-Sulpice : 10 fr. ; M. Bou
te loup-Bonnet : 6 fr. 40 ; M. de Vauxmont : 8 fr. '
Transmis par Louis Jasseron : anonyme de Lyon:
50 fr. ; Un Alsacien à Lyon : 2 fr.
Bénéfice abandonné au Denier de Jeanne d'Arc
par Maxime Real del Sarto sur les ventes de
statuettes Jeanne d'Arc : 1.004 fr.
Total : 3.898 fr. 70. — Total des listes précé
dentes : 128.100 fr. 75. — Total général : 131.999
fr. 45.
Adresser Us souscriptions à André Guignard,
trésorier des' Camelots du Roi, 12, rue de Rome,
Paris.
Le général Mangin
et sou œuvre de paix
Il a fallu la majesté de la mort pour
rappeler à beaucoup que les démocraties
elles-mêmes ont besoin de militaires et
qu'elles se trouveraient, en cas de péril,
fort dépourvues si elles avaient détruit 1h
race et l'esprit qui font les grands capi
taines. Le général Mangin, homme de
guerre, a reçu de justes hommages. Par un
singulier paradoxe, c'èst son œuvre de
que l'on a tué.
Contre cette œuvre, l'hostilité n'a p;»
plus désarmé que l'inintelligence. Com
mandant, l'armée du Rhin, le général Mari-
gin avait voulu donner à son pays la sécu
rité de l'avenir par une politique classique,
expérimentale, la seule qui ait jamais fuit
ses preuves. Par une synthèse hardie, il
employait l'exemple et les souvenirs de la
Révolution pour appliquer la méthode de
l'ancien régime. Il fut violemment et obs
tinément désavoué. Il a été combattu avec
ignorance et perfidie. Dans l'histoire de nos
« occasions manquées », c'est un des cha
pitres dont la postérité félicitera le mpias
les vainqueurs.
Pour mesurer la profondeur de ceSta
sottise, il suffit de rappeler que beaucoup
ricanaient des «Rhénans.du général Mnn-
. gin ». Des gens qui ne croyaient pas impos
sible d'acquérir l'amour des habitants de
la Poméranie, pour peu que la- grâce dé
mocratique voulût les toucher, trouvaient
ridicule qu'un général français rajeunît et
cultivât nos anciennes amitiés avec les
populations des bords du Rhin. Cest tout
juste si on ne lui disait pas: «Mais ce
sont des Boches» et si on ne lui repro
chait pas de pactiser avec l'ennemi.
Le général Mangin ne cédait pas. Il a
soutenu jusqu'au bout le docteur Dortesa
et les autonomistes rhénans contre lesquels
il n'est pas de calomnies que la haine des
nationalistes allemands n'ait inventées et
que la niaiserie de trop de Français n'ait
colportées. Jusqu'après, le njassacre de Pir-
masens (épisode peu reluisant de l'occu
pation française après son départ) le géné
ral Mangin refusait de. considérer comme
morte une idée qui avait trouvé ses mar
tyrs.
Réconcilier la France avec toute l'Alle
magne, à moins de rendre à l'Allemagne
ce qui lui a été enlevé en 1919, à moins de
lui accorder ce qu'elle cherchait en 1914,
lui semblait avec raison chimérique. Comp
ter sur la démocratie allemande, c'était une
illusion paresseuse qui ne le trompait pas :
le programme (rhénan et presque autonomiste avant le
grand échec) comme l'élection de Hinden*
burg ne lui donnent pas tort. Il lui sem
blait, au contraire, possible et naturel de
favoriser et de développa: les tendances à
l'autonomie de la rive gauche du Rhiai
devenue prussienne par là force des con
quêtes et des traités. Il voyait encore plus,
loin. Il savait qu'il était vain d'espérer
qu'un fragment du corps germanique tel
que l'Autriche pût rester indépendant si
d'autres fragments ne faisaient pas équi
libre par leur liberté.
Ce n'est, pas le moment de rappeler com
ment on refusa d'entendre le général Man
gin. Tout le monde, après sa mojpt, vent
honorer en lui un des « artisans de la vic
toire». Nous ne serons pas nombreux à
nous rappeler sa théorie et sa pratique de
la paix, et peut-être lui rendra-t-on justice
quand éclateront les orages de l'avenir.
J. B.
Lettre de Syrie
Beyrouth, 1" niai.
Permettez-moi de vous renseigner sur
les événements graves qui se préparent
sous le régime du général Sarrail et d'en
profiter pour vous faire une esquisse de&
faits qui illustrent son règne, en compa -i
rant rapidement son administration et sa\
conception" du mandat à celles de son pré
décesseur.
Et d'abord, rappelons que le général
Weygand arrivait à Beyrouth dans une
période de troubles et d'insécurité extrê
mes qui non seulement tenaient tous les
esprits , en effervescence, mais aussi éloi
gnaient les habitués de l'estivage au Li
ban et, avec eux, la principale ressource
du pays. Aussitôt débarqué, le nouveau
haut commissaire se mettait au travail,
étudiait le terrain, secouait les énergieei
et enthousiasmait le pays par les mesure^
de fermeté, indispensables : arrestation
des bandits qui terrorisaient la région,
leur jugement et leur pendaison. Avec la
confiance, le calme régnait rapidement,
et pendant que le pays se remettait de ses
violentes émotions et s'occupait de son
progrès économique, le général Weygand
continuait à travailler, à étudier les mœùra
et les traditions des différents groupes ro
ligieux, en s'appliquant à les accorder sant
les heurter. Programme difficile en touf
points, qu'il est arrivé à réaliser en s'ad
joigant le général Vandenberg commi
gouverneur de l'Etat du ".rand-Liban. El
nous constatons à cette période-là que ja
mais le prestige de la. France n'avait été
porté si haut dans nos pays qui, eux-mê
mes, n'avaient jamais connu une pareille
1 période de calme, de sécurité et de pros*
M
1 S-cen&aes. P*R*s
20 centimes. D £ pabebmbs3s ET Gourdes
ABONNEMENTS : &4t ffltfca. '
France et Colonies. £8 fr. s5 fr. i3 te.
Etranger 82 » 4a » a a »
Chèque postal < Compte 33 .900 Paris.
ORGANE D© NATIONALISME IMTK&îlAL,
«. Tout ee qui est national est nôtre* »
Le Dno d'OBLÉANS
héritierfte&
Bga&C£IÛS A AJ>*i « IS X R Aïloa t
i^ta&de Saae^PJBJSi»)
légrajAip» : ACTÏOPHAlf-PAAIS
éléphobe : ji
Après 10 heures du soir : Scguï 11 -68
aèçistrod»
^t*lé
Fondateur t HENRI YAUGEOIS — Directeurs pomqites* LÉON DAUDET et CHARLES MAÛRIUS — Rêdactenr en chet s MAURICE PUJO
Après les élections ninnicipales
■ « Ce n'est pas en dix mois qu'il petrt être possible dq
cette majorité et de lui arracher le pouvoir.
«H faudra du temps et de la méthode, des organisations
eHm programme. Il faudra... Il faudra». Il faudra beaucoup
«^argent «t beaucoup de courage. »
Jacques BARDÔUX, dans PAvenîr
t
H faucfcra s'armer du courage de Sîsyphé %
ainsi le veut le système répid>licain.
Signes
dans le ciel et sur la terre
Qui m'eût dit que- je verrais jamais
Mai gin l'Invincible sur son lit de mort,
veillé par son admirable compagne, sa
gloire, et deux vivantes cariatides mili
taires ! Je croyais qu'il avait dépassé la
zone du risque et que, flamme lui-même,
il était hors des atteintes du feu. Il n'est
plus. Notre pays est voilé d'un crêpe, et
le glas sonne dans tous les cœurs patrio
tes. Combien de temps la Providence et
la nature mettront-elles à reforger un
homme pareil, un si beau et si sage com
battant ?
Car la sagesse était en lui, sous la
forme de l'offensive. Pour ne pas subir,
il attaquait, intellectuellement et physi
quement. Q choisissait ainsi, dans la dis
cussion comme dans l'action,^ son argu
ment et son terrain, résolu à ne jamais
lâcher pied. Aucun homme politique,
même pas Clemenceau, dans son triom
phe bref, ne le fit reculer d'un pas. II
tenait, là où il était, avec une voix douce
et le masque même du vouloir. On né-
pouvait pas ne pas l'aimer, à cause de
cette bonté, dure à l'ennemi et d'une par
faite lucidité, qui était sa marque. H
savait la condition du succès, qui est de
11e céder sous aucun prétexte, et de n'en
jamais éprouver la crainte, ni, surtout,
l'appréhension. H osait naturellement,
comme on respire, et il prenait plaisir à
calculer les possibilités de son audace.
C'était un chef entre les chefs, parce
qu'il intéressait tous ses subordonnés à la
réussite de ses opérations^ Ceux d'entre
ieux que j'ai connus avaient, à son endroit,
une admiration fervente.. Ni fantasque, ni
ostentatoire, ni salonnard, ni piaffant,
Mangin avait,cette familiarité et simpli
cité héroïques, que possède aussi son ami
Marchand, et qui attache tous les Fran
çais de race. Avec cela, il savait rire, et
il usait de l'ironie, large et carrée, comme
ira maître. Je le vois à la table de Mar
chand, précisément, qui habitait alors une
vieille villa "entourée d'arbres, à Neuilly,
^ aux portes du Bois. Il découpait un des
deux gigota — car Marchand est un hôte
magnifique — et parlait, tout en aigui
sant, de sa petite voix précise, impres
sionnante. Les souvenirs plaisants et ter
ribles d'Afrique, repris par le verbe étin-
celant du maître de maison, défilaient
/" ainsi devant nous. Silencieux et appliqué,
Baratier découpait l'autre gigot.
De la même façon, non autrement,
. légendaire de son vif, et précédé de sa
renommée, à la façon de Scipion l'Afri
cain, Mangin tailla en tranches et retailla
l'Allemand! Pas une seule fois, en quatre
années de guerre, il n'eut le dessous. H
recula quand il fallut reculer, quand ce
fut l'ordre et la nécessité du repli. Mais
chaque fois, — comme à Douaumont,
comme à Méry-Courcelles,— qu'il s'agit
de contre-attaquer, de reprendre et de
refouler, il culbuta, selon sa méthode
irrésistible — et dont il emporte le secret
— tout ce qui se trouvait devant lui.
Un grand capitaine, a dit Pïutarque sans
mentir — et, je pense, à propos de Sylla
à Chéronée — ne connaît pas de situaiiop
désespérée. Il s'appelle « ressource » et
sa meilleure ingéniosité est de frapper,
le premier, de toutes ses forces. Lors
d'une de mes dernières rencontres avec
celui qui vient de disparaître, comme je
^soutenais qu'une règle de polémique est
de ne pas graduer les coups et d'assom
mer, s'il se peut, dès le début, il ajouta
vivement : « C'est aussi la règle du com
bat. » Son nom le précédait sur les
champs de bataille, comme une fanfare
exterminatoire, décourageant à l'avance
l'adversaire intimidé.
De tels dons d'action présupposent une
méditation très nuancée. César fut le
meilleur écrivain et l'homme le plus
subtil de son époque, d'une fertilité d'ob
servation et d'imagination que tous les
historiens, Momxnsen en tête, ont célé
brée. Mangin avait en lui de cette graine
— et romaine, pour le sens de, la cité —-
avec une physionomie laurée et plissée
à la fois, ainsi que de l'emboîtement
. cabossé de deux visages : l'un pour les
^"travaux de la réflexion et de la paix ;
.d'autre pour le labeur de la guerre. 11
se reposait de l'une par l'autre, et de
l'occupation par une autre occupation.
f De nature entièrement dynamique, plus
bombardant » — sans jeu de mots —
qne n'importe quel radium, il exerçait
une séduction que je n'ai connue, sur ce
même plan, je le répète, qu'à Marchand.
Aussi, des quatre milieux que j'ai tra
versés et fréquentés, au cours d'une exis
tence déjà longue, le littéraire, le scien-
^fique, le politique et le militaire, c'est
te dernier qui m'a paru renfermer les
«telligences les plus ramifiées et com-
ilexee, sur le plan terrestre du réel
Komédiat, bien entendu. Sur le plan spi-
ituel, et dans l'intervalle, je ne vois que
fcs Ordres religieux, à cause de la rigueur
ftgique des théologiens véritables. Mais,
i> dA somme là, seuls comptent les poètes,
les forgeurs d'un grand rêv-a qu'ils réali
sent envers et contre tous. Après viennent
les hommes de lettres ; puis les médecins.
Les rencontres inopinées sont de grands
repères psychologiques. Au printemps de
1917, j'aperçus, sous les rais du soleil,
dans là Chaussée d'Antin, un petit mon
sieur en chapeau melon et en veston bleu
sombre, qui avait une badine à la main.
C'était Mangin, que cet abruti de Paul-
Prudent Painlevé venait de disgracie*,
d'ordre des Greffulhe, en lui interdisant
de porter le nom de Pietro ; je veux dire
le séjour de la capitale. Je n'aurais pas
été plus étonné en rencontrant le dieu
Mars au rayon de la bonneterie, au Bon
Marché, ou Neptune dans une pâtisserie.
Je songeais : « L'ennemi est à cent kilo-
« mètres de Paris ; et cette saleté de
« régime de mort et de numéroteurs de
« grains de sable — car qu'est-ce autre
« chose que le suffrage universel ! —
« prive la Patrie de cet étonnant génie
« militaire qu'est Mangin. Tout cela
« parce qu'un mathématicien à tête de
« veau, par-dessus le marché snob imbé-
« cile, a frappé d'ostracisme le plus
« entraînant des chefs français. » J'étouf
fais de douleur et de colère. Je songeais
à la joie des Allemands. <
Si le peuple français n'est pas frappé
de cette amnésie qui précède, en Républi
que, les . grandes invasions, il se rappel
lera en pleurant ces communiqués du
11 juin 1918 [Méry-Courcelles], et du
18 au 25 juillet 1918 [Soissons], où
s'entrevit la victoire décisive, avec la
libération du territoire...Un nom était sur
toutes les lèvres : Mangin.
On le savait à l'œuvre, avec son mar
teau, le glorieux forgeron, le briseur de
chaînes : et, par lui, pour la première
fois depuis .septembre 1914, Paris des
serré respirait. Les gens, s'abordaient en
riant sans se connaître, dans les rues, le
métro et les gares, pour célébrer le chef
de la dixième armée, délivré des ostra
cismes parlementaires — de la Chambre
de Trahison d'alors —et rendu à son bon
travail par la clairvoyance bougonnante
de. Clemenceau.
Eh bien ! aujourd'hui, ô Français ou
blieux, Mangin est mort, Painlevé son
persécuteur est de nouveau président du
Conseil, Gaillaux règne à Paris, Hinden-
burg à Berlin ; et on se bat au Maroc !
Dans le ciel et sur la terre, les signes
d'une conflagration, se multiplient. " Deux
nouvelles générations de jeunes gens sont
menacées par la bêtise, l'incurie, ou l'in
famie des hommes des deux « blocs » de
la République. Cependant que retentis
sent les premiers accords de la «marche
pour la mort d'un héros »...,__du général
Mangin.
Léon DAUDET.
Nous rappelons que les obsèques de no
tre collaborateur Léon Allard auront lieu
demain vendredi 15 mai, à midi, à Saint-
Thomas-d'Aquin, sa -paroisse, où l'on se
réunira.
Aucune invitation ne sera faite, le pré
sent avis en tenant lieu, de la part de M.
et Mme Léon Baudet, de M. et Mme Jac-
fues Allard, de M. et Mme Pierre Allard,
e M. Jean Pcrdonx, de Mme Alphonse
Daudet et de Mme Ernest Daudet, ses fille,
fils, belles-filles, gendres, sœur et belle-
sœur. *
L'ASSASSINAT
DE PHILIPPE DAUDET
L'instruction
se poursuit actiyement
LA POLITIQUE
Quel crédit M. le conseiller Laugicr acr
corde-t-il au rapport fantasmagorique des
trois augures qui, sur le seul examen des
photographies de quelques éclaboussures
et giclures prises à l'intérieur du taxi
après le lavage A LA POMPE par-Bajot,
ont « conclu » que le coup de feu dont
Philippe Daudet est mort avait été tiré
dans le taxi ? Voici la réponse : le magis
trat a entendu hier la femme du chauffeur
Bajot pendant deux heures. L'instruction,
on le voit, n'aura subi aucun arrêt ni ra
lentissement, en dépit de la « conclusion »,
des trois experts et à la grande terreur
des assassins de la Sûreté générale, qui
avaient fondé d'illusoires espérances sur
l'expertise, si bien qu'ils s'étaient hâtés
d'en répandre l'abasourdissante conclu
sion, en omettant avec soin, d'ailleurs, le
détail du roman pseudo-scientifique que
leurs auteurs appellent un « rapport d'ex
pertise ». '
L'instruction se poursuit donc active
ment, aujourd'hui comme avant les diva
gations de MM. Bevle, Paul et Baltkazard.
Une hypothèse fragile, même f ormulée
en style « médical », ne peut prévaloir
contre un monceau de faits précis et con
cordants de témoignages accablants au
tant qu'inattaquables, pas plus qu'elle ne
peut donner raison des meusonges et fla
grantes contradictions relevées dans les
interrogatoires des inculpés.
Le secret .de l'instruction est toujours
bien gardé.— si l'on excepte la commu
nication intéressée de la « conclusion »
de l'expertise. On n'a pu avoir aucune in
dication sur la longue déposition de Mme
Bajot.
L Lféchec de AL jCaillanx
L'échec de M. Gaillaux rend l'espérance
aux hommes du Cartel. Son succès eût si- ,
gnifié la victoire d'une illusion, chose
courte. Mais, décidément, l'illusion n'est
pas née. Les mystagogues du Cartel ne se
fassent pas embarrassas d'un obstacle
réel : tout programme réaliste eût été gaî-
ment culbuté ou nié par eux. Ici, l'obstacle
est de papier peint. Trop mal peint.
•H y a quatre milliards de déficit. Un
ministre courageux eût dit aux Cham
bres : — Le seul monopole des tabacs ne
rapporte pas quinze cent millions au Tré
sor. Aliéné, il rendrait trois milliards. Bé
néfice de plus de qpinze cent millions.
Deux on trois opérations du même genre
remettraient la galère à flot Le voulez-
vous ? Travaillons ensemble. Ne le vou
lez-vous pas ? Je m'en vais.
M. Caillaux ne s'en ira pas. Le mettra-
t-on dehors ? Sera-t-il remplacé par quel
que chimériste oriental ? La tribu prophé
tique aux prunelles ardentes qui depuis
si longtemps gouverne le pays par per
sonnes interposées, prendra-t-elle ostensi
blement la direction des affaires 1 ,Le sec
tarisme et l'absolutisme du Cartel juif se
;remettront-ils à l'ouvrage avec Blum-Her-
riot ? .
Qu quelque adroite combinaison brian-
diste, écartant Caillaux ou le maintenant,
essaiera-t-elle d'éloigner les socialistes,, de
décomposer le Cartel, de faire la concen
tration 1 C'est possible. L'impossible est
de résoudre sous les nuées d'orage des
problèmes qui ne sont solubles que sous
an ciel serein. L'impossible est de retrou
ver du crédit là où manque la confiance.
II. H faut durcir la résistance
De telles impossibilités donnent à
penser qu'il faudra se rabattre en fin de
compte sur cette politique de système que
la violence seule peut rendre applicable,
mais pour laquelle ses théoriciens sont ab
solument désarmés, lis feront des lois, ils
rendront des décrets, ils recommenceront
à contraindre des milliers et des milliers
de citoyens inoffensifs à sortir de chez
eux, à quitter une vie tranquille et silen
cieuse pour affirmer la volonté de pro
tester et de résister. L'avenir de la France
dépend de la durée, de la fermeté et de
l'intensité de ces résistances. S'il y a quel
que part des Comités directeurs de l'Oppo
sition, on ne peut leur prêter d'autres
programme que celui-là. Ils doivent pen
ser naturellement à étendre la résistance,
à la conduire sur tous les plans où elle est
possible, à l'exprimer: par tous les moyens.
Mais l'important, l'essentiel, le vital, c'est
tout d'abord de la fortifier en elle-même
et de la durcir de manière à casser là-des
sus toutes les dents de tous les nouveaux
ministères du Cartel comme y lurent cas
sées les dents du ministère Herriot.
Si nous nous rendons bien compte de
l'opposition secrète et profonde qui exis
te entre la nature de la France et les fan
taisies du Cartel, il suffira de la leur ob
jecter aussi directement que possible, pour
épuiser les tentatives et lasser les as
sauts.
IH. Faiblesse tP un certain effort
électoral
Toutes les organisations électorales se
ront les bienvenues comme toutes les pro
pagandes en vue de saisir et de compter
la plus grande masse possible de citoyens.
Mais n'oublions jamais que tout cela a
trait au signe de la représentation et que
le signe représentatif importe moins que
les choses représentées.
La représentation électorale est sujette
à certaines lois dont il faut tenir
compte dans un pays aussi centralisé que
la France, surtout quand ce pays se trou
ve aux mains d'un parti qui a l'expérience,
l'habitude et le tour de main de la cen
tralisation administrative.
Pourquoi croyez-vous que tant de muni
cipalités cartellistes aient été élues ?
Leurs idées ? C'était peu de chose. Leur.,
personnel comptait davantage. Mais l'im
portant était que ce personnel bien en
cour pouvait dire à ses électeurs comme
celui de la commune do Salviac, ,dans le
Lot :
Vous savez que nous tenons nos promes
ses. Vous savez qif aucun concours ne nous
.sera refusé ni au Conseil général, ni à la
Chambre, ni au Sénat, n même au minis
tère. Nous serons heureux d'en faire bé
néficier et nos amis, et la commune toute
entière.
Voilà* qui est dit avec clarté. On fait
bénéficier les amis des relations que l'on
cultive en haut lieu. L'affreuse candida
ture officielle qui distinguait entre les pou
lets de l'opposition et les gallinacés du gou
vernement était digne de censure et de
blâme parce que le Tyran était personnel
et responsable; le voilà collectif et irres
ponsable, d'Homme il est devenu Parti,
tout lui est permis, et c'est en s'adressant
à lui, c'est en participant de lui que les
bonnes élections s'organisent partout.
Nous avions indiqué la recette aux in
nocents gogos du Bloc national. lis n'ont
pas voulu écouter et se sont donné, pâr
là, les successeurs qu'ils méritaient. Ceux-
ci savent s'y prendre.^ Us sont maîtres de
la maison. Il sera extrêmement difficile de
les en déloger par simple processus
électoral quelconque. Dans ce revers, il
n'y a qu'un élément de consolation, c'est
la difficulté qu'ils auront à appliquer leur
programme. C'est même l'impossibilité où
ils seront d'en introduire la plus faible
part, s'il trouvent devant eux résistance
non de signes, non d'élus, ni même d'élec
teurs, mais de citoyens et de contribua
bles. La grève scolaire d'Alsace est une
chose plus _ immédiatement efficace que
tout effort électoral. Le refus de crédit fi
nancier, décrété par la masse du peuple,
est pïus important que toute nouvelle lé
gislation fiscale.
IV. De la force
de certaines autres élections
Faut-il dès lors abandonner les voies
électorales et. légales ? Non, certes ! Il faut
s'y maintenir et en tirer tous les partis
possible en les combinant à autre chose,
en les mettant en très étroite liaison avec la
résistance réelle organisée dans les pro
fondeurs du pays.
Nous avons échoué, pour le moment,
sur l'article du nombre, et la nature des
choses nous destinait à cet échec. Mais
pourquoi ne pas prendre notre revanche,
même sur le terrain électoral, en flous
y occupant surtout de la qualité.
Rien n'a manqué, toute la saison der
nière, aux grandes manifestations qui ont
exprimé la mémorable résistance du pays,
rien, dis-jc, si ce n'est un écho digne d*el-
les^dans les assemblées politiques. Là,
nous étions vaincus d'avance au scrutin,
mais nous pouvions être les maîtres à la
tribune. Rien n'était plus facille que de
nous y flétrir par des ordres du jour. Mais
il était possible d'y élever au-dessus des or
dres du jour, une parole, une pensée,
même une action capable d'éclairer le
pays, de l'ébranler, d'y éveiller de nou
veaux émois et de nouveaux tressaille
ments multiplicateurs des premiers. Ques
tion d'homme. Question d'énergie person
nelle, de valeur, d'initiative, d'audace, de
maîtrise. Question de talent et de génie !
Que de fois j'ai vu des libéraux et même
(î'est tout dire!) des libérales se tordre
ifs mains de désespoir ou de dépit à une
des séances historiques de l'hiver dernier
en murmurant avec regret ou remords,
presque avec repentir : — Quel malheur
. que nous ayons chassé Daudet de la Cham
bre !
H est vrai que, pour ne prendre qu'un
exemple, une discussion sur les lois laïques
à la Chambre change de face selon que
Daudet y assiste ou n'y assiste, point.
Presque seul de l'honorable minorité op
posante, un Daudet est capable de faire
entendre à trois cents hurleurs, que les
lo:s laïques sont des lois bismarckiennes
et qu'elles ont été voulues par l'ennemi
pour nous diviser, ainsi que cela résulte
des documents officiels du procès d'Ar-
min et des mémoires de Hohenlohe.
La vérité qui tonne dans la bouche de
Léon Daudet embarrasse une majorité fré
nétique, défait ses petits jeux, jette au pays
lej lumières qui répandent la foi, l'espoir,
la volonté. A telle heure critique, l'assem
blée elle-même en peut être émue: rap
pelez-vous ce jour de janvier 1921 ou, par
la volonté de Daudet et de quelques mem
bres de la droite, 250; députés rappelé-
rent Briand des pourparlers de Cannes ou
le misérable nous vendait déjà aux An
glais î
' Voilà l'effet d'un homme élu qui n'est
qu'un élu, cpii n'a qu'un bulletin à sa dispo
sition, mais qui sait, qui sent, qui pense ;
et qui agit. Une opposition intelligente a
le devoir d'élire partout de ces hom
mes qui en valent cent. Alors ce qu'elle
fait- dans le pays se trouve répercuté et
multiplié dans les assemblées. Son infé
riorité numérique y est compensée par une
valeur dynamique. Elle répare ses défai
tes de la veille, elle prépare les victoires
du lendemain par ces sortes de haut-par
leur Qui anéantissent, pour un instant, le
murmure confus de précaires majorités.
La candidature de Léon -Daudet au siège
illustré par Jules Delahaye n'a d'autre sens
que de se conformer aux prescriptions de
cette loi vitale, obéie des vaincus qui veu
lent vivre et transgressée par les vaincus
qui veulent mourir. Le gouvernement l'a
parfaitement compris. A la première nou
velle de la décision de notre ami, le mi
nistère et le. Cartel sont entrés en fureur,
une fureur râlante, qui les suspendait tout
entiers à travers les couloirs de la Cham
bre, aux basques de M. Schrameck :
— Vous êtes ministre de l'Intérieur. Il
faut empêcher ça ! Léon Daudet être sé
nateur ! Léon Daudet au Sénat ! Vous em
pêcherez cela à tout prix.
Je pense que les électeurs de l'Anjou ne
sont pas très sensibles aux manœuvres de
la rue des Saussaies. Néanmoins, ces ma
nœuvres sont ordonnées. Les fonctionnai
res publics, surtout les agents secrets sont
au travail. Malgré tout, la vérité est. Je me
permets d'en soumettre les trois termes à
l'opposition :
I. Il faut que la résistance du pays soit
accrue, fortifiée, endurcie encore.
II. Cette résistance sera d'autant plus
puissante qu'elle sera répercutée et multi
pliée par des voix énergiques qui s'clèvc-
ront au sein mêmes des assemblées enne
mies.
III. Il n'existe point hors du Parlement
d'organe d'opposition politique et morale
qui soit comparable à Léon Daudet.
Aux conservateurs angevins de réfléchir
et de conclure.
Charles MAVRRAS.
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Les obsèques
du général Mangin
auront lieu demain
Les obsèques da général Mangin auront
liea demain vendredi 15 mai. Le service
funèbre sera célébré en l'église Saint-Louis
des Invalides. On se réunira à la maison'
mortuaire, 9, avenue de la Bourdonnais, à
9 h. 45. L'inhumation meta lieu cm cime
tière Montparnasse.
■ w
La France qui saine en Mangin l'un «te
ceux qui l'ont sauvée, sera surprise de la
simplicité de cette cérémonie. Son dernier
convoi sera-t-il celui d'un particulier quel
conque, alors que l'on attendait les. funé
railles d'un héros ? Ce n'est pas au cime
tière Montparnasse qu'on croyait le con
duire, mais au moins aux Invalides, tom
beau digne de celui qui fut la plus pure,
la plus nautc figure du Soldat
Séra-t-il permis à ceux qu'il conduisit à
la victoire, aux officiers de réserve de la
guerre, de lui faire cortège en uniforme ?
Nous espérons que le gouvernement n'aura
pas la mesquinerie de s'y opposer.
Durant toute la journée d'hier, une
foule respectueuse et recueillie a défilé
dans le cabinet de travail où repose le
corps du général Mangin, sur un petit lit
de fer. Au côté du général brille un sa
bre; à ses pieds est posé son képi; le-
grand cordon de la Légion d'honneur bar
re sa poitrine d'un large trait écarlate.
Deux officiers montent toujours la garde
d'honneur de chaque côté du lit.
A côté de toutes les personnalités fran
çaises et étrangères, un très grand nombre
à'offiefiers et de Parisiens sont venus s'ins
crire avenue de la Bourdonnais. Des an
ciens combattants appartenant à toutes les
classes sociales, quelques-uns accourus des
départements voisins, et qui ont servi sons
les ordres du général Mangin, ont demandé
à saluer sa dépouille. Certains s'annon
çaient simplement ainsi : < Un poilu ». Ils
ont été admis dans la chambre mortuaire,
où Mme Mangin a. tenu à les introduire
elle-même.
Sur les registres, nous avons relevé les
noms des généraux Desïicker, Dubaii,
Gouraud, La grue, Mariaux, Cherfils, Pi
neau, Féraud, de Pastoureau, Capiomont,
Du'pdrt, Pelletier, Jouffroy Gossart, Lebas,
de Roincé ; des amiraux Merveilleux
du Vigneau et Pugliesi-Conti ; de Léon
Daudet, Charles Maurras, Jacques Baig-
ville, Maurice Pujo;- de MM. Magi-
not, Millerand, Mirman, G. Delavenne, du
marquis de Lur-Saluces, du comte de
Chqmbrun, de MM. Jeanueney, Claude
Farrère, Myron T. Herrick, ambassadeur
des Etats-Unis; des ambassadeurs de Po
logne, du Pérou, de Tchéco-Slovaquie, des
attachés militaires de Belgique, d'Espa
gne, du Japon, etc.. -
A NOS AMIS
Tous nos amis, parmi lesquels les an
ciens combattants sont si nombreux, s'ef
forceront de se rendre libres demain pour
accompagner te général Mangin à sa der
nière demeure. .
Les délégués " et délégués-adjoints des
Etudiants d'A. F. sont priés de passer au
jourd'hui à partir de midi et demie, 33,
rue Saint-André-des-Arts pour prendre des
instructions.
Les condoléances de Metz
Metz, 13 mai. —"M. Vautrin, maire de
Metç, a adressé le télégramme suivant à
la famille du général Mangin :
« Vivement émn de la perte cruelle que
vient d'éprouver avec vous et votre famille
la France entière en la personne du vail
lant général Mangin, fils de la Lorraine
et l'un de nos plus chers libérateurs, je
vous exprime, au nom du conseil munici
pal de Metz et de toute la population
messine, mes bien sincères condoléances
et vous présente l'hommage du plus pro
fond respect. »
Il a été en outre décidé qu'en signe de
deuil, le drapeau de l'Hôtel de Ville serait
mis en berne le jour des obsèques.
Denier de Jeanne d'Arc
Caisse de secours immédiat et Caisse de
combat des Commissaires d'Action
française et des C&melots du ltoi
Soixante-huitième liste
{Suite) '
M. Marcel Lebert : 2 £r. ; Maurice Bisson :
20 fr. ; Remis à un Camelot de Neuilly, le jour
de Pâques, devant l'église Saint-Pierre, par M.
de Berc, abonné : 5 fr. ; Yves de Champcenetz :
15 fr. ; A ceux qui n'ont pas peur : H. J. : 2 fr. ;
Mlle Marie-Célina Boyrie : 5 fr.* G. Vallery-Ra-
dot : 10 fr. ; A la mémoire de Philippe Daudet,
Mlle Maler : 3 fr. ; Anonyme : 30 fr. ; B. De-
coninck : 7 fr. ; Jacques Denisane : 30 fr. ; B.
19413: 5 fr. ; Remis à un Camelot devant Saint-
Msdard : 5 fr. ; Un Camelot qui a perdu son
chapeau dans une bagarre: 10 fr. ; Somme recueil
lie dans la paroisse de Saint-Rambert-sur-Loire,
transmise.par M. l'abbé Plat : 128 fr. 50 ; L. D.
M. : o,fr. ; Ulysse Masmejcan : 2 fr. ; Roger Mé-
quillet : 10 fr. ; Remis devart Saint-Jacques du
Haut-Pas, un abonné de la rue du Val-de-Grâce :
10 fr. ; M. H. Reeb et sa famille : 150 fr. ; Jac
ques Lang : 2 fr. ; M. Gaudio : 3 fr. ; Remis aux
Camelots devant Saint-Sulpice : 10 fr. ; M. Bou
te loup-Bonnet : 6 fr. 40 ; M. de Vauxmont : 8 fr. '
Transmis par Louis Jasseron : anonyme de Lyon:
50 fr. ; Un Alsacien à Lyon : 2 fr.
Bénéfice abandonné au Denier de Jeanne d'Arc
par Maxime Real del Sarto sur les ventes de
statuettes Jeanne d'Arc : 1.004 fr.
Total : 3.898 fr. 70. — Total des listes précé
dentes : 128.100 fr. 75. — Total général : 131.999
fr. 45.
Adresser Us souscriptions à André Guignard,
trésorier des' Camelots du Roi, 12, rue de Rome,
Paris.
Le général Mangin
et sou œuvre de paix
Il a fallu la majesté de la mort pour
rappeler à beaucoup que les démocraties
elles-mêmes ont besoin de militaires et
qu'elles se trouveraient, en cas de péril,
fort dépourvues si elles avaient détruit 1h
race et l'esprit qui font les grands capi
taines. Le général Mangin, homme de
guerre, a reçu de justes hommages. Par un
singulier paradoxe, c'èst son œuvre de
que l'on a tué.
Contre cette œuvre, l'hostilité n'a p;»
plus désarmé que l'inintelligence. Com
mandant, l'armée du Rhin, le général Mari-
gin avait voulu donner à son pays la sécu
rité de l'avenir par une politique classique,
expérimentale, la seule qui ait jamais fuit
ses preuves. Par une synthèse hardie, il
employait l'exemple et les souvenirs de la
Révolution pour appliquer la méthode de
l'ancien régime. Il fut violemment et obs
tinément désavoué. Il a été combattu avec
ignorance et perfidie. Dans l'histoire de nos
« occasions manquées », c'est un des cha
pitres dont la postérité félicitera le mpias
les vainqueurs.
Pour mesurer la profondeur de ceSta
sottise, il suffit de rappeler que beaucoup
ricanaient des «Rhénans.du général Mnn-
. gin ». Des gens qui ne croyaient pas impos
sible d'acquérir l'amour des habitants de
la Poméranie, pour peu que la- grâce dé
mocratique voulût les toucher, trouvaient
ridicule qu'un général français rajeunît et
cultivât nos anciennes amitiés avec les
populations des bords du Rhin. Cest tout
juste si on ne lui disait pas: «Mais ce
sont des Boches» et si on ne lui repro
chait pas de pactiser avec l'ennemi.
Le général Mangin ne cédait pas. Il a
soutenu jusqu'au bout le docteur Dortesa
et les autonomistes rhénans contre lesquels
il n'est pas de calomnies que la haine des
nationalistes allemands n'ait inventées et
que la niaiserie de trop de Français n'ait
colportées. Jusqu'après, le njassacre de Pir-
masens (épisode peu reluisant de l'occu
pation française après son départ) le géné
ral Mangin refusait de. considérer comme
morte une idée qui avait trouvé ses mar
tyrs.
Réconcilier la France avec toute l'Alle
magne, à moins de rendre à l'Allemagne
ce qui lui a été enlevé en 1919, à moins de
lui accorder ce qu'elle cherchait en 1914,
lui semblait avec raison chimérique. Comp
ter sur la démocratie allemande, c'était une
illusion paresseuse qui ne le trompait pas :
le programme
grand échec) comme l'élection de Hinden*
burg ne lui donnent pas tort. Il lui sem
blait, au contraire, possible et naturel de
favoriser et de développa: les tendances à
l'autonomie de la rive gauche du Rhiai
devenue prussienne par là force des con
quêtes et des traités. Il voyait encore plus,
loin. Il savait qu'il était vain d'espérer
qu'un fragment du corps germanique tel
que l'Autriche pût rester indépendant si
d'autres fragments ne faisaient pas équi
libre par leur liberté.
Ce n'est, pas le moment de rappeler com
ment on refusa d'entendre le général Man
gin. Tout le monde, après sa mojpt, vent
honorer en lui un des « artisans de la vic
toire». Nous ne serons pas nombreux à
nous rappeler sa théorie et sa pratique de
la paix, et peut-être lui rendra-t-on justice
quand éclateront les orages de l'avenir.
J. B.
Lettre de Syrie
Beyrouth, 1" niai.
Permettez-moi de vous renseigner sur
les événements graves qui se préparent
sous le régime du général Sarrail et d'en
profiter pour vous faire une esquisse de&
faits qui illustrent son règne, en compa -i
rant rapidement son administration et sa\
conception" du mandat à celles de son pré
décesseur.
Et d'abord, rappelons que le général
Weygand arrivait à Beyrouth dans une
période de troubles et d'insécurité extrê
mes qui non seulement tenaient tous les
esprits , en effervescence, mais aussi éloi
gnaient les habitués de l'estivage au Li
ban et, avec eux, la principale ressource
du pays. Aussitôt débarqué, le nouveau
haut commissaire se mettait au travail,
étudiait le terrain, secouait les énergieei
et enthousiasmait le pays par les mesure^
de fermeté, indispensables : arrestation
des bandits qui terrorisaient la région,
leur jugement et leur pendaison. Avec la
confiance, le calme régnait rapidement,
et pendant que le pays se remettait de ses
violentes émotions et s'occupait de son
progrès économique, le général Weygand
continuait à travailler, à étudier les mœùra
et les traditions des différents groupes ro
ligieux, en s'appliquant à les accorder sant
les heurter. Programme difficile en touf
points, qu'il est arrivé à réaliser en s'ad
joigant le général Vandenberg commi
gouverneur de l'Etat du ".rand-Liban. El
nous constatons à cette période-là que ja
mais le prestige de la. France n'avait été
porté si haut dans nos pays qui, eux-mê
mes, n'avaient jamais connu une pareille
1 période de calme, de sécurité et de pros*
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