Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1925-04-17
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb326819451
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Format : Nombre total de vues : 57453 Nombre total de vues : 57453
Description : 17 avril 1925 17 avril 1925
Description : 1925/04/17 (Numéro 107). 1925/04/17 (Numéro 107).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k762287f
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Dix-huitième aimée—N° 107
Vendredi 17 avril 1925
IBcentimes, Ssiss ht S ei sb-et- O is*
2Qceotimes, D épaetembïts et C oukoes
ABONNEMENTS: doit &Hoô. TrokHois.
France et Colonies. 48.fr. a5 fr. iS tr.
Etranger . 8a » 4» » a* »
Chèque, postal s Compte #3.900 Sàïîs.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAI,
« Tout ce qui est national est notice* »
Le Duc d'ORLÉANS .
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent la France»
afiDJLCTlOlt l t -ADMIKISTBATIOI
ii, rue de Rome, PARIS (S-)
Adresse t0%raphl •Téléphone : Administrciion : Louvre 3&-4q, a6-5o
Rédaction t Central 7&-M Publicité : Centrai 76-77
Après 10 heures du soir : Ségur u-68
JUfUL;*â9Co&iipg;co :Selae K* 78.683
Fondateur : HI?»VRI VAEGEQIS — Directeurs politiques ! LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en thet ! MAURICE PUJO
UNE VOIX : D'OOTRE-TOMBE :
« Gaston Càlmette est m»rt assassiné !..*
f II avait ûccusé M. Caillaux de forfaiture, de
s'être vanté d'avoir écrasé l'impôt sur le revenu
en ayant l'air de le défendre. .
« M. Caillaux n'a pas répondu, mais M m *
Caillaux a tué... »
Jules DELAIIAYE
ùta tribune de la Chambre } le 17 mars 1914 1
305
LE SYNCHRONISME RAMENE LA . GUERRE
Caillaux et Hindenburg
Que Caillaux soit, ou non, ministre
demain, que HindenbuTg soit, ou non,
président de l'Empire allemand de di
manche en huit, ce qui importe, c'est
l'association de ces deux noms, au som
met, l'un de la politiqué française, l'autre
de la politique allemande. Caillaux
signifie trahison, une trahison reconnue
et condamnée, avec le motif, par le Sénat
républicain^ Hindenburg signifie revan
che immédiate, son concurrent signifiant
revanche plus tardive. La victoire fran
çaise est effacée par la politique répu
blicaine ; un gouvernement, de trahison
est ramené par une Chambre de trahi
son. .Demain, ou après-demain, la guerre
va recommencer, précédée ou non de
cette rupture avec l'Angleterre, que'
symbolise le nom de Caillaux. Si la dis
solution n'a pas lieu, la nouvelle géné
ration de jeunes Français est aussi me
nacée qu'elle pouvait l'être en avril 1914,
au lendemain de l'assassinat de Cal-
mette, par la Tueuse au père Rubicon.
Il n'y a là-dessus aucun doute.
Si la prétendue «opposition» de la
Chambre avait eu deux sous de courage
et de clairvoyance, cette dissolution serait
chose faite. L'Echo de Paris, les libé
raux, les abbés démocrates, en ont, aiçc
élections fatales du onze mai, décidé
autrement. D'ailleurs c'est chez les libé
raux et les abbés démocrates que Cail
laux a ses nouveau? partisans, et il me
Berait facile de citer des noms. Le mo
ment venp, je les citerai. Le sort du pays
étant en . jeuj tout ménagement serait
coupable.. Autant que Millerand et que
Poincaré, pleutres entre les pleutres,
autant que le Bloc national," qui à fait
le lit de son pendant, le Bloc de gauche
— l'un gomme l'autre se réclamant
fies lois laïques — les libéraux ont
gâché une situation réactionnaire, qui,
poussée à. fond, eût, de 1920 à. 1924,
relevé le pays. Us ont eu peur et jalou
sie de la monarchie,, peur , des hommes
qui préconisaient la monarchie et qui,
dans la Chambre du 16 novembre, avaient
pratiquement annihilé l'influence socia
liste et toute possibilité de prélèvement
sur le capital. Il est essentiel d'insister
sur ce point qu'ils nous ont mis, ces
hideux crétins, là où nous en sommes."
Leiïr chef-d'oeuvre fut de prendre, com
me président du Conseil du Bloc natio
nal, ce B ri and, qui joue aujourd'hui le*
terre^nenve du Bloc de gauche ! L'an
née 1921 annonça et prépara ainsi 1925.
Les positions extrêmes ont, en politi
que, un avantage : elles favorisent et
rendent possible un renversement total
de la situation. Le patriotisme français
est actuellement investi, de la même
façon que la France était investie au
mois d'avril 1918, il y a de cela sept ans
exactement. Nos lecteurs se rappellent
que, tandis que beaucoup désespéraient,
Charles Maurras examinait, avec un
lucide sang-froid, le traitement qu'il y
aurait lieu d'imposer à l'Allemagne, au
moment — proche selon lui — où elle
devait, nécessairement, être vaincue.
Connaissant fort bien, et même à fond,
les hommes politiques qui. mènent le
bal, à commencer par cette fille nerveuse
qu'est Léon Bluiû, pour finir par l'hur
luberlu Painlevé, je vois, j'entends d'ici
l'écroulement de tous ces fantoches de
vant le double mur de la menace finan
cière — banqueroute — et de la nou
velle menace allenfande. A ce moment,
si la dissolution n'a pas eu lieu, tout le
reste ayant été successivement éliminé
— y compris le « sauveteur » Ton Jo —
resteront en présence Y Action française
et la Révolution. L'issue du combat n'est
pas douteuse.' Nous sommes les plus forts
et les plus résolus. .
Paul-Prudent Painlevé, qu'il fasse, ou
non, le ministère, aura toujours été le
bon génie de VAction française. Le fa
meux « complot des Panoplies » — que
lui souffla Caillaux, mystifié par Josso,
« l'intime de Daudet » — doubla, en
huit jours, la diffusion du journal. Je
compte sur la « Paulprudence » des
réintroducteurs de Ton Jo pour nous
donner, en quelques semaines, les cent
mille abonnés [soixante mille pour le
quotidien, quarante mille pour VA. F.
du Dimanche ] que je vous réclamais
hier. Si nous les avions maintenant, la
campagne pour la dissolution, et pour
les Etats généraux consécutifs, serait
proprement irrésistible.
J'ai dégusté, avant-hier soir, un article
de tête des Débats adjurant déjà Pain
levé — félicité par Na-qui-lèche d'avoir
réalisé, eu 1917, l'union sacrée !... — de
ne pas faire appel aux socialistes pour
la formation de son cabinet ! Car, aux
yeux des libéraux, l'appel à Caillaux —-
simplement traître à son pays, et qui
attire la guerre comme l'aimant attire
] e f er — est de beaucoup préférable à
l'appel à Blum et à ses bandes noires,
ou jaunes. Les libéraux, en mat'ère de
# «sM Ff-ur ■> et de « chef », ne sont jamais
" Aristide (qui
depuis, mais alors...] ; > hier Millerand,
appuyé d'une main sur Jean Millerand,
de l'autre sur l'assassin Marlier. Au jour»
d'hui, Caillaux. Tout leur est bon. De
main, quand nous serons les maîtres, ils
viendront s'informer de l'heure à laquelle
nous les prierons de « nalècher » ou
« d'henrysimoner », ou de «bailbyer »
nos chaussures.
Car l'aplatissement de la plupart des
journaux de Pétris, devant les événements
actuel, n'est pas un symptôme moins
singulier que l'évanouissement de l'op
position parlementaire. Déconcertés par
la disparition brusque de ces marion
nettes présidentielles [du Conseil, ou de
la République] dont ils faisaient des
demi-dieux succes^jfs, dont ils reprodui
saient les bobines interchangeables, ces
pauvres confrères n'osent même - plus
émettre un avis. Ils se contentent d'en*
registrer les soubresauts de? marion
nettes • et- ludions, mettant Millerand,
Poincaré, «Ristide» en première page»
quand ils montent, en troisième et qua
trième, quand ils descendent. « Ristide »
est toujours un peu vedette, le vieux
souteneur, à cause de son égale adapta
tion à un «bleue» de gauche, ou de
centre gauche. Qu'il ait Bonneveysse,
Marraud, Compère-Morel ou Presse
ra ane, Lefebvre du Prey ou Malvy, notre
« Ristide » est toujours - content. 4. Ben
quoi donc, naprès tout, on rigole ! » Ceux
qui n'ont pas été députée, ou sénateurs,
imaginent difficilement qu'un bon tour,
joué à Blum par Briand, ou à Herriot
par Doumergue, apparaisse comme plus
important que 1$ banqueroute, ou la
guerre imminente. Il en est cependant
ainsi. De même que seule intéresse les
académiciens une jolie intrigue acadé
mique, hien -fignolée, de même, seul inté
resse les parlementaires un joli coup de
couloir, ou de séance, de préférence un
«effet» par la bande ou la bille, un
carambolage-un peu là.
Je ne nie pas que de tels exercices
soient fort captivants, pour les afficiona-
dos, et même agréables. Nous en parlions
souvent avec ce cher grand ami Jules
^Delahaye, dont la mort imprévue est,
pour tous ceux qui l'approchaient, un
deuil immense, pour le pays une perte
irréparable. Nous eh parlions, Maurras,
lui et moi, dans mon bureau de Y A. F.,
pendant ces jours tragiques de mars,
avril, mai, juin, juillet 1918, où le sort
du pays dépendait d'un mouvement de
faiblesse de Clemenceau, qui, heureuse
ment, n'eut-pas lieu. L'insanité du régi
me nous saisissait, en ces heures criti
ques, d'une angoisse que surmontait seule
notre confiance dans les destinées du
pays. Jules Delahaye se levait de son
fauteuil, rasséréné, disant : «La France
vaincra... » Nous lui répondions, Maurras
et moi : « Mais^parbleu ! » C'est ce que
nous devons nous répéter aujourd'hui,
ainsi qu'en 1918. La France vaincra,
parce que l'excès même du désordre , et
de la pagaïe va faire le grand redresse
ment, manqué de 1919 à 1924 ; parce
que la réapparition de Caillaux,. coïnci
dant avec celle d'Hindenburg, est un
signe trop clair, un trop manifeste aver
tissement. Il y a, à la Santé, une cellule
qui a hâte de revoir Joseph Caillaux.
En attendant, que le mot d'ordre de
tous les patriotes soit, plus que jamais,
« dissolution »!
Léon DAVDET.
. «jpM
Institut d'Action française
La troisième sérié des cours de l'Insti
tut d'Action française commencera le ven
dredi 24 avril par une série de oing con
férences de M. de Ronxsar /'Histoire lit
téraire du sentiment politique au six" siè
cle.
Tour à tour seront étudiés Victor Hpgo,
Baudelaire, Lamartine, Balzac, Veuillot,
qui représentent certainement les grandes
■nuances politiques du xix" siècle. Ce fa-
■rent, chez certains,'des idées fondées sur
la raison, l'étude et l'expérience ; chez
d'autres, de pures sensations variant avec
leur besoin de popularité. Cette discrimi
nation sera curieuse à établir. Pour ter
miner, M. de Roux conduira ses auditeurs
de l'Elysée Méraut. des Rois en exil d'Al
phonse Daudet, à M. l'abbé Lanlaigne, con
tempteur discret du libéralisme et de la
République. >
Nous rappelons que les cours de l'Ins
titut d'Action française ont lieu 33, rue
Saint-André-des-Avû, et que les portes
sont largement ouvertes aux ligueurs et
abonnés de /'Action française, ainsi qu!aux
personnes qu'ils veulent convertir à nos
doctrines. Le cours de M. de Reux se fera
tous tes vendredis à 9 heures dn soir. On
trouve des cartes d'entrée aux bureaux de
/'Action française et à la librairie d'Ac
tion française, 12, rue de Rome.
Pour les personnes qui ne peuvent as
sister aux conférences, nous rappelons
qu'elles sont largement reproduites dans
le Bulletin des cours de l'Institut_ d'A. F.,
publiée par la Nouvelle Librairie natio
nale, 3, place du Panthéon, V*. Abonne
ment : 20 francs (compte chèques pos
taux : Paris 3155),
LA POLITIQUE
I. Le ministère
...L'heure avance. Minuit passé. Exilés
à la périphérie parisienne, nous ignorons
encore où en sont les pourparlers minis
tériels. ...
Le nom de Painlevé dit : Cartel, pouvoir
occulte de Blum et des socialistes, prélè
vement sur le capital. Le nom de Briand
dit : manœuvre ou plutôt combine. Et le
nom de Caillaux ; pouvoir personnel à
masque bourgeois, insolente affectation
de conservatisme, aventure et saut dans
l'inconnu, mais pas de prélèvement sur
le capital, ce prélèvement qu'exigent les
socialistes. Alors Caillaux va briser le
Cartel ? Mais, que fera-t-il de Painlevé
■l'homme du Cartel ?
Et, si le Cartel est brisé ? Dissolution ou
gouvernement des centres ? Mais, les cen-
es tiendront-ils ? Et, s'ils ne tiennent pas,
est-ce à un ministère Caillaux-Painlevé que
.Gastounet et le Sénat accorderaient le dé
cret de dissolution?
Et, d'autre part, si le Cartel n'est pas
brisé, s'il impose son fameux prélève
ment, avec qui Painlevé ou Herriot peut-
il gouverner, quel accommodement peut-il
trouver au Sénat ?
Pour qui voudrait se placer à un point
de vue national sans sortir de la Consti
tution, la conjoncture la plus évidemment,
dangereuse, parce qu'elle est îa t moins
claire, est sans doute- celle où le vague
Painlevé,-s'étant résigné à la rupture du
Cartel, laisserait Joseph Caillaux, «qui
n'a pas de bon sens » gouverner droit
sur tous les écueils. La politique d'écono
mie. lui- est interdite par Ja composition
même de son parti le plus dépensier, lo
plus avide et le plus misérablement cu
pide de tous. Son fameux talent de finan-"
cief consistera proprement à créer, à or-,
ganiser, à perpétuer l'illusion. Il fera avec
de l'adresse et de l'art -ce que Herriot-Clé-
mentel avaient fait lourdement, gauche
ment, en simples patauds qu'ils étaient.
On se déclarera contre le prélèvement et
l'on prendra secrètement toutes les mesures
propres à prélever. Comme on abominera
l'inflation, en manœuvrant de toutes ses
forces et à toute-vitesse la planche à im
primer. On proclamera le r.espect absolu
de la propriété et l'on commencera par dé
pouiller le rentier.
...On, nous téléphone : le ministère est
fait. Et aussi la machine à dépouiller le
propriétaire et à liquider le producteur
national. La finance internationale avait
déjà vu de beaux jours : il s'en allume de
plus magnifiques pour elle.
H. Le retour à 1917
Nous supposons bien que Caillaux en est
et que Malvy en est aussi. Ainsi le nou
veau ministère compte dans ses rangs au
moinsdeuxbagnardsnon réhabilités, n'ayant
même pas bénéficié comme Dreyfus d'un
ou deux arrêts de revision, et Simplement
débarbouillés par une banale amnistie. Ils
rentrent triomphants non seulement dans
cette Chambré, où ils sont chez eux, mais
au Sénat qui les a jugés et condamnés. Le
Sénat les a vus s'asseoir au banc des ac
cusés que la . sentence convertit en
banc des coupables. Les verra-t-il demain
au banc ' des ministres, bouffis d'impu
dence et d'orgueil, perdus de rancœur et
de haine, rapportant de l'exil ou de la
prison tous les sentiments propres à trou
bler la paix publique et à fomenter des
crises nouvelles ? Il fallait réunir des élé
ments de confiance et de crédit : on a
trouvé ces nouveaux agents de perturba
tion. Nous sommes fiers du compliment,
que. s'est fait à elle-même la République.
Il lui a donc fallu aller chercher dans
la substructure de ses partis ce qui y était
contenu de plus honteux ! La négation de
la victoire, le reniement des clauses favo
rables de la paix, lé retour aux plus mau
vais jours de 1917, quand, Almereydya sai
si, emprisoné, tué, le ministre de l'Inté
rieur, son complice, étant démissionnaire,
les factions qui menaient' M. Painlevé
voulurent trouver une contre-partie fictive
dans un complot des adversaires du régime
qui n'avaient cessé de se dévouer corps et
âme à la victoire de la patrie ! On voit, ce:
matin, reparaître dans les palais nation
naux ce Gouvernement de la division de
vant l'Ennemi.
C'est beau. C'est presgue trop beau. Cet
te République qui, pour se déjuger, désa
voue toute gloire, répudie tout honneur !
III. Comment on en est venu là
Léon Daudet vient de dire comment
cette régression honteuse s'est produite.
J'ai le devoir de me joindre à lui pour
fournir, dans le même sens, mon témoi
gnage et mon explication. Tout le monde
demande : comment en est-on venu là ?
Il faut que tout le monde sache qu'on en
est venu là par la grande faute de M. Mil
lerand. Celle d'après, le 11 mai ? Non :
celle de l'automne 1919. ^
Pendant toute, la guerre, les royalistes
avaient été les animateurs et les guides dé
l'esprit nationaliste qui enflammait la ré
sistance nationale. Leurs initiatives admi
nistrées sous forme de propositions ou de
conseils, avaient toujours-fini par être ap
pliquées et acceptées en quelque mesure.*
Depuis le. jour où la censure fut établie à
la demande de Bainville contre le gré de
M. Clemenceau, jusqu'aux derniers mois
•(juillet 1917) où M. Clemenceau lui-même
faisait sien le programme de Léon Daudet,
la pensée royaliste, si elle no gouvernait
pas, planait, "régnait un peu sur les chefs
de la République, et l'opposition défai
tiste et germanophile ne se faisait pas
faute de le déplorer. Rien de plus naturel
au fond. Seuls, nous avions des idées de
gouvernement. Seuls, nous avions sur la
guerre,: sur la paix, sur l'Allemagne, sur
l'Europe, des doctrines précises,' éprou
vées et vérifiées par Ja tradition. On com
mençait par ne pas nous écouter. Tant
que l'ennemi s'obstinait à nous assiéger on
finissait bien par être réduits à tenter ce
que nous demandions. Aucun déshonneur
pour personne en ce jeu constant. Les ré«:
publicains restaient ce qu'ils étaient en
faisant leur profit des bons avis des réac
tionnaires. Ceux-ci, en servant la patrie
de leur mieux, continuaient à démontrer:
de combien de façons ia République sabo
tait leurs services.
Cette, union empirique fut brusquement
rompue ^ la veille des élections de 1919."
Le mauvais traité, l'armistice douteux
avaient affaibli moralement, avant de le.
rendre impossible M. Clelnenceau. Le vrai
chef "était déjà Millerand...
M.Millerandm imagina déformer un Bloc
national où n'entreraient que des républi
cains. C'est-à-dire que l'union sacrée, celle
des tranchées et des assemblées, fut rom-:
pue. Les royalistes furent exclus. Le seul
Léon Daudet fut élu à la Chambre. L'ac
tion surhumaine qu'il y a menée donne la
mesure de son génie et de sa vertu. Il n'en
était pas moins isolé, et ceux qui se dé
fiaient le plus de lui, ceux qui le jalou
saient et le craignaient le plus étaient,
naturellement, exception faite pour Barrés
et deux ou trois autres, ces républicains
nationaux, dont toutes les idées semblaient
se rapprocher le. plus des siennes. Du fait
de cette situation, l'assemblée de 1*919 se
trouva privée de ce qui faisait la force du ;
nationalisme de guerre entre 1914 et 1918.
et Daudet n'a cessé de s'en plaindre à la
tribune et dans le journal : Jè ferment
royaliste, qui avait présidé à toute la ré-,
action de l'esprit public devant l'ennemi,:
n'était plus en quantité suffisante pour le
ver la lourde pate d'une majorité conser
vatrice et d'un bloc national que Gustave
Hervé vient de peindre, « masse de géla-
« tine allant sans chef à la dérive,, incs-:
« pable de vouloir et d'oser, incapable de
« se discipliner, incapable dé s'organiser
« dans le pays, incapable même de mettre
« debout des organes de combat», et,
dans ces conditions, de cette aboulie de
vait sortir forcément la déroute.
Malgré Daudet, malgré I'Action fran
çaise qui le soutenait du dehors, le Bloc
national n'eut pas l'audace de s'emparer
de l'administration qui faisait les élec
teurs ; elle laissa l'intérieur aux Steeg,
aux Marraud et aux Maunoury.
Malgré Daudet, malgré I'Action fran
çaise , le Bloc national • n'eut. pas l'esprit
de faire la Part du Combattant, seul moyen
de sauver dans le pays cet esprit victo
rieux nécessaire, qui" n'eût pas été non
plus un moyen électoral sans efficacité. :
M. Millerand avait-il vu la conséquence
de sa manœuvre ? J'incline à croire que
non. A défaut de vision, l'instinct républi
cain avait agi sur lui. Il avait senti que
notre action de guerre continuée pendant
la paix mettait la Réimbliq.ue en péril. Il
a sauvé la République: Il a risqué en
même temps de perdre ' la France. "La Ré
volution, d'une part, l'Allemagne de l'au
tre, le remercieront de nous" avoir con
duits au triste point où nous sommes par
les voies pendantes les plus voisines du
trajet vertical. Il était important que
cette justice lui fût solennellement rendue
aujourd'hui.
IV; Le complot communiste
Une vérification dàns le Nord
De Paris et d'autres points du territoire j'ai
l'eçu, depuis quelques semaines, les gravés
informations dont'nos lecteurs ont été. im
médiatement avisés. Un silence parfait dè
la presse parisienne aura accueilli ces
révélations. Les voici cependant étrange
ment corroborées par ce qu'un journal de
Lille, le Télégramme , vient de publier à
la date d'hier. Tout l'article, signé de no-
tre éminent confrère Martin-Mamy, serait
à reprendre. Faute de place, il faut nous
en tenir à l'essentiel, la présence d'officiers
allemands préparant la révolution sur le
sol français. Martin-Mamy écrit en effet
'... Les communistes de bonne foi — il
y en a—ou ceux .qui, ne. l'étant pas en
core, seraient tentés de le devenir, doi
vent savoir que les hommes dont ils re
çoivent les directives et les ordres ne sont I
que des figurantsi Derrière ces hommes
qu'ils voient, il y en a d'autres qu'ils ne
voient pas. Ces hommes qui sont en réalité
leurs seuls et véritables chefs ne sont ni
Français ni Russes, ni même communis
tes. Ces hommes sont des officiers alle
mands qui obéissent à leur tour à des gé
néraux allemands, lesquels, on le pense
bien, ne travaillent nullement au triomphe
d'une doctrine, mais à la préparation de
la revanche allemande. Soas le déguise
ment' communiste, ils sont les agents de
cet espionnage boche dont notre pays —
et les travailleurs de notre pays —eurent
tant à souffrir dans leur chair et dans leur
vie.
En ce qui concerne le Nord qui nous
intéresse particulièrement ici, des officiers
allemands ont été exactement repérés,
leurs noms et leurs adresses dans leur pays
d'origine sont connus et connues aussi
leurs évolutions nocturnes dans notre ré
gion et antour de Lille et aussi la nature
de leur activité; et seule, une raison qu'il
est facile de deviner nous empêche de li
vrer ces noms à l'indignation publique. Ce
serait d'ailleurs le rôle du gouvernement
— si nous en avions un — de se livrer aux
indispensables enquêtes et de prendre les
mesures qui s'imposent.
Pour nous, notre rôle est plus simple.
Il consiste à avertir loyalement les tra
vailleurs de notre région, et jusqu'aux
communistes eux-mêmes, de l'abominable
et inconsciente complicité à laquelle on
voudrait les enchaitier malgré eux. Ils ont
fait la guerre. Ceux qui ne Vont pas faite
ont du moins connu les horreurs de l'oc
cupation et de l'invasion. Les uns et les
autres ont perdu dans la tourmente dé-*
chaînée par l'Allemagne des êtres chers
à leurs cœurs. Les uns et les antres sont
animés de l'ardent désir que la guerre: ne
revienne pas. Leur honnêteté foncière au
tant que leur amour de la paix nous com*
mandaient de démasquer à leurs yeux les
véritables animateurs du communisme, de
leur montrer, derrière les dupes, les du-
'peurs, derrière leurs chefs apparents, les
officiers boches, chefs réels, et de leur
dire : « Voilà ceux à qui on voudrait vous
faire obéir. Voilà ceux qui sans se mon
trer voudraient vous amener à saboter les
usines et à supprimer les patrons. Voilà
ceux qui voudraient faire de vous les com
plices de l'espionnage allemand et de la
revanche allemande/à i
Le ton chaleureux de ces lignes fait le
plus grand honneur au patriotisme de leur
auteur,les faits qu'elles énoncent, à sa pers
picacité. Il sait donc ©e que nous savons.
II a découvert par .ses voles et moveiis
ce qui nous est arrivé par les nôtres. Sait-
il ceci ? Certains préfets ont été réellement
affolés : non par les révélations que j'ai
faites, mais par ce qu'ils ont découvert eux-
mêmes.
Si le gouvernement . ne. se .décide pas à
les écouter, les bons, citoyens ' sauront
en quelle carence est tombé le souci de ia
sécurité publique. Il ne leur restera plus
qu'à prendre eux-mêmes les mesures né
cessaires au salut national.
Charles MAURRAS
mimmUn
Les obsèques de M. Jules Delahaye,
sénateur de Maine-et-Loire, auront lieu
samedi 18 v courant, à 10 heures, en l'églisé
Saint-François-de-Sales- (rue Brémontier)
où le corps sera déposé. Après la céré
monie le cercueil sera .transporté à T ré-
ban (Allier) où. un second-service sera
célébré, suivi de l'inhumation dans le ca
veau de famille.
Ni fleurs, ni couronnes, pas de discours.
Le présent avis tient lieu d'invitation et
de faire' part.
DEUX DOCUMENTS
ou le vrai visage de Joseph Caillaux
Le 13 mars 1914, le Figaro publiait celte
lettre écrite par Caillaux à une amie :
Malgré toute ma bânne volonté, ii m'a
été impossible de l'écrire hier. J'ai dû, en
effet, snbîr deux séances écrasantes à la
Cbambre, l'une le matin, à nenf heures,
qui a fini à midi, l'antre à deux henres
dont je ne viens de sortir qu'à huit heu
res, harassé..
J'ai d'ailleurs remporté nn très beau
succès : J'ai écrasé l'impôt sur le revenn
en ayant l'air de le défendre, je nie suis,
fait acclamer par le centre et par la droite
et je n'ai pas trop mécontenté la gauche.
Je suis arrivé à donner un coup de barre è
droite qui était indispensable...
< Ton Jo t.
Le 16 mars. 1914, en allant taer Calmeite,
poussée pur son mari, la jemme Caillaux lais
sait chez elle ce billet : r
Mon mari bjeji-aimév
Quand ce matin, je t'ai-rendu compte
de mon entretien avec le président Ma
nier, qui m'avait appris que nous n'avions
en France aucune loi pour nous protéger
i contre les calomnies dé la presse, tu m'as
| dit que ces jours-ci tu casserais la g... à
i l'ignoble Calmette. J'ai compris que ta
i décision était irrévocable. Mon parti a
moi fut alors pris. C'est moi qui ferai
justice. La France et la République ont
besoin de toi. C'est moi qui commettrai
l'acte. Si cette lettre t'est remise, c'est que
j'aurai fait ou tenté de faire justice. Par
donne-moi, mais ma patience est finie.
Je t'aime et je t'embrasse du plus pro
fond de mon cceur.
« Ton Henriette ».
Ivarge le méconna
Les agences ont publié hier la nouvelle
suivante qu'on ne pourra lire sans se
frotter les: yeux :
Officier allemand condamné a mort.
— Le conseil -de guerre du Brabant a
condamné à mort par contumace le capi
taine de gendarmerie allemand Karge qui,
le 19 août 1914, lors.de la prise tTAerschot
par les troupes allemandes, ordonna de
fusiller cent cinquante-cinq civils..
Le conseil de guerre du Brabant n'y va
pas de main morte. Et il en a de bonnes.
Sans doute son jugement ne sera pas plus
exécuté que tous les autres jugements de
cette nature. Mais enfin ce tribunal belge
n'a-t-il pas songé qu'il destinait au poteau
un alli£, un ami ? Ce Karge, assurément,
avait des manières un. peu rudes. On les
apprécia mal en 1914. Désormais Karge
protégera les frontières de la Belgique èt
celle de la France. On sera heureux de
confier là garde de nos populations à un
militaire aussi énergique.
Le pacte de garantie anglo-franco-ger
mano-belge est en très bonne voie. M. Van-
dervelde forme un ministère en Belgique
et irrecherche l'alliance de M. van Cauwe-
laert et de quelques flamingante germa
nophiles et activistes, car l'Internationale'
socialiste a un faible pour les cléricaux
qui aiment l'Allemagne. En France, les
portes du pouvoir s'ouvrent devant M. Cail
laux. Les affaires du pacte de garantie
vont bien. '
Peut-être, bientôt, iront-elles trop bien
au gré des Anglais. Lorsque M. Vander-
velde et M. Caillaux seront entrés, selon
le vœu du cabinet de Londres, dans une
combinaison avec l'Allemagne, ils ne vou
dront plus en sortir. L'Angleterre sera de
trop dans cette intimité. Une solide alliance
continentale se nouera et priera Albion de
iie plus tyranniser les mers. Et Karge sera
là pour exercer ' ses talents sur les civils
du-Sussex ou du Lancashire. — J. B.
LE PROCHAIN NUMERO DE
L'Étudiant Français
Qoî sera mis en vente lundi prochain
fiera consacré à
l'Affaire Georges Scelle
, Nos ABONNES trouveront encarté
dans ce numéro
La céridique et piteuse complainte
du Ministriculet Franciscus Alberlus
désormais historique au quartier Latin ; j
Les lecteurs au numéro pourront se la procurer
à l'Etudiant français ou à la Librairie de FA. F*
12, rue de Rome, au prix de 25 centimes.
Rédaction et administration :
33, rué Sain t-André-des-Arts [6')
LA CRISE MINiSTÉRÎELLÉ
Un ministère Painlevé - Caillaux -Briand
est constitué
WERNIERES^M^^^;
A 2 h. 30 du matin, M; Painlevé a fait
communiquer la composition suivante de
son ministère :
Prést du Conseil, et Guerre : Painlevé.
Affaires étrangères : Briand.
Marine : Emile Borel.
Intérieur : Schrameck.
Colonies : André liesse^
Justice : Steeg.
Instruction publique : de Monzic.
Agriculture : Jean Durand.
Finances : Caillaux.
Commerce : Chaumet.
, Travail : Durafour.
Pensions : Antériou.
. Travaux publics ; Laval.
Sotis-seorétaires d'Etat :
A la présidence du Conseil : Georges
Bonnet; Enseignement technique et Beaux-
Arts : Delbos ; Aéronautique : Laurent-
Evnac ; Marine marchande : Danielou ;
Guerre : Ossola ; Régions libérées : Paul
Morel ; Commissaire à la Guerre : Béna-
zet. ; P.T.l'i supprimé et rattaché au Com
merce. ^
Les ministres seront présentés à l'Ely
sée à midi. * . " ■" ;
■■ ■ ttWH '
Après une nuit de conciliabules et de
tractations de tout ordre. M. Painlevé s'est
levé tard, un peu avant, dix heures. Déjà
son. antichambre regorgeait de journalistes
venus aux nouvelles,.,au milieu desquels
s'agitaient de vagues politiciens en quête
d'un os à ronger et de l'occasipn à saisir.
Aussi P. P. P., pour amuser le tapis et
laisser à Briand et à Caillaux le temps de
se mettre d'accord, a-t-il cru devoir appe
ler en consultation des doublures telles
que Daladier, Antériou, Bénazet, Israël,
Vincent-Auriol et Viollette. Il recevait éga
lement Schrameck et Cacaud, ce dernier
secrétaire général du Commissariat d'Al
sace-Lorraine.
Herriot vient vers midi faire un petit
tour à la présidence de la Chambre pour
voir Painlevé.
Et, comme un photographe voulait pren
dre de lui un cliché : « On ne photogra
phie pas un mort », lui dit-il.
Dans l'après-midi, Malvy mettait la
chose au point, en déclarant d'un ton sec :
«flferriot n'en sera . pas ».
Vers 13 heures M. de Monzie est venu à
son tour, appelé par Painlevé. «Je me'
sauve, disait-il en sortant, car j'ai rendez-
vous avec Caillaux et M. Robineau an mi-,,
nistère de la Justice. » _
La situation se complique
Les choses ne vont pas toutes seules.
La combinaison accroche, elle est mal
accueillie chez les extrémistes du Cartel.
— Comment voulez-vous que ça mar
ché, déclarait un député socialiste des
plus aimables. Il faudrait pour cela avoir
changé Caillaux.
Il lui faudrait se présenter, lui l'orgueil
leux, devant le Sénat qui le condamna
naguère, avec humilité. II lui faudrait
abandonner son attitude, hautaine, son ha
bituel persiflage. -
Hostile à nos projets financiers, il les
discuterait sur le ton de raillerie qui lui
est habituel. Comment pourrions-nous:
voter pour lui après cela?
Un radical-socialiste avancé déclarait
également : « Caillaux est un. aristocrate
cassant et hautain; Ses attitudes le brouil
leraient vite avec nos alliés socialistes.
Non, Caillaux, voyez-vous, c'est le dissol
vant qui risque de détruire le Cartel, »
Les choses en étaient là à 15 heures et
cependant Triple P, qui ne désespérait pas
de réussir, se rendait à l'Elysée pour met
tre Doumergue au courant de la situation.
Cependant, des difficultés se produi
saient au cours de l'après-midi, si bien
qu'à 20 heures on n'était pas plus avancé
que le matin.
Au ministère des Finances
Tandis que P. P. P. entretenait Dou
mergue de ses espoirs, Caillaux se rendait
au ministère des Finances, où il avait
une conférence avec MM. de Monzie et
Robineau. . ,
A l'issue de cette conversation « Ton
Jo » avait l'air soucieux et portait au
front cette rubescence qui témoigne de sa
mauvaise humeur.
i La situation financière, dit-il, m'appa-
raît comme de's plus difficiles. Jè vais
avoir une autre conversation avec M. de
Monzie qui me mettra au courant de tout.
Puis je m'entretiendrai avec les directeurs
de grands établissements financiers. Ce
n'est qu'après qu'il nie sera possible de
faire un exposé de la question devant les
groupes du parti radical de la Chambre
Vendredi 17 avril 1925
IBcentimes, Ssiss ht S ei sb-et- O is*
2Qceotimes, D épaetembïts et C oukoes
ABONNEMENTS: doit &Hoô. TrokHois.
France et Colonies. 48.fr. a5 fr. iS tr.
Etranger . 8a » 4» » a* »
Chèque, postal s Compte #3.900 Sàïîs.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAI,
« Tout ce qui est national est notice* »
Le Duc d'ORLÉANS .
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent la France»
afiDJLCTlOlt l t -ADMIKISTBATIOI
ii, rue de Rome, PARIS (S-)
Adresse t0%raphl
Rédaction t Central 7&-M Publicité : Centrai 76-77
Après 10 heures du soir : Ségur u-68
JUfUL;*â9Co&iipg;co :Selae K* 78.683
Fondateur : HI?»VRI VAEGEQIS — Directeurs politiques ! LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en thet ! MAURICE PUJO
UNE VOIX : D'OOTRE-TOMBE :
« Gaston Càlmette est m»rt assassiné !..*
f II avait ûccusé M. Caillaux de forfaiture, de
s'être vanté d'avoir écrasé l'impôt sur le revenu
en ayant l'air de le défendre. .
« M. Caillaux n'a pas répondu, mais M m *
Caillaux a tué... »
Jules DELAIIAYE
ùta tribune de la Chambre } le 17 mars 1914 1
305
LE SYNCHRONISME RAMENE LA . GUERRE
Caillaux et Hindenburg
Que Caillaux soit, ou non, ministre
demain, que HindenbuTg soit, ou non,
président de l'Empire allemand de di
manche en huit, ce qui importe, c'est
l'association de ces deux noms, au som
met, l'un de la politiqué française, l'autre
de la politique allemande. Caillaux
signifie trahison, une trahison reconnue
et condamnée, avec le motif, par le Sénat
républicain^ Hindenburg signifie revan
che immédiate, son concurrent signifiant
revanche plus tardive. La victoire fran
çaise est effacée par la politique répu
blicaine ; un gouvernement, de trahison
est ramené par une Chambre de trahi
son. .Demain, ou après-demain, la guerre
va recommencer, précédée ou non de
cette rupture avec l'Angleterre, que'
symbolise le nom de Caillaux. Si la dis
solution n'a pas lieu, la nouvelle géné
ration de jeunes Français est aussi me
nacée qu'elle pouvait l'être en avril 1914,
au lendemain de l'assassinat de Cal-
mette, par la Tueuse au père Rubicon.
Il n'y a là-dessus aucun doute.
Si la prétendue «opposition» de la
Chambre avait eu deux sous de courage
et de clairvoyance, cette dissolution serait
chose faite. L'Echo de Paris, les libé
raux, les abbés démocrates, en ont, aiçc
élections fatales du onze mai, décidé
autrement. D'ailleurs c'est chez les libé
raux et les abbés démocrates que Cail
laux a ses nouveau? partisans, et il me
Berait facile de citer des noms. Le mo
ment venp, je les citerai. Le sort du pays
étant en . jeuj tout ménagement serait
coupable.. Autant que Millerand et que
Poincaré, pleutres entre les pleutres,
autant que le Bloc national," qui à fait
le lit de son pendant, le Bloc de gauche
— l'un gomme l'autre se réclamant
fies lois laïques — les libéraux ont
gâché une situation réactionnaire, qui,
poussée à. fond, eût, de 1920 à. 1924,
relevé le pays. Us ont eu peur et jalou
sie de la monarchie,, peur , des hommes
qui préconisaient la monarchie et qui,
dans la Chambre du 16 novembre, avaient
pratiquement annihilé l'influence socia
liste et toute possibilité de prélèvement
sur le capital. Il est essentiel d'insister
sur ce point qu'ils nous ont mis, ces
hideux crétins, là où nous en sommes."
Leiïr chef-d'oeuvre fut de prendre, com
me président du Conseil du Bloc natio
nal, ce B ri and, qui joue aujourd'hui le*
terre^nenve du Bloc de gauche ! L'an
née 1921 annonça et prépara ainsi 1925.
Les positions extrêmes ont, en politi
que, un avantage : elles favorisent et
rendent possible un renversement total
de la situation. Le patriotisme français
est actuellement investi, de la même
façon que la France était investie au
mois d'avril 1918, il y a de cela sept ans
exactement. Nos lecteurs se rappellent
que, tandis que beaucoup désespéraient,
Charles Maurras examinait, avec un
lucide sang-froid, le traitement qu'il y
aurait lieu d'imposer à l'Allemagne, au
moment — proche selon lui — où elle
devait, nécessairement, être vaincue.
Connaissant fort bien, et même à fond,
les hommes politiques qui. mènent le
bal, à commencer par cette fille nerveuse
qu'est Léon Bluiû, pour finir par l'hur
luberlu Painlevé, je vois, j'entends d'ici
l'écroulement de tous ces fantoches de
vant le double mur de la menace finan
cière — banqueroute — et de la nou
velle menace allenfande. A ce moment,
si la dissolution n'a pas eu lieu, tout le
reste ayant été successivement éliminé
— y compris le « sauveteur » Ton Jo —
resteront en présence Y Action française
et la Révolution. L'issue du combat n'est
pas douteuse.' Nous sommes les plus forts
et les plus résolus. .
Paul-Prudent Painlevé, qu'il fasse, ou
non, le ministère, aura toujours été le
bon génie de VAction française. Le fa
meux « complot des Panoplies » — que
lui souffla Caillaux, mystifié par Josso,
« l'intime de Daudet » — doubla, en
huit jours, la diffusion du journal. Je
compte sur la « Paulprudence » des
réintroducteurs de Ton Jo pour nous
donner, en quelques semaines, les cent
mille abonnés [soixante mille pour le
quotidien, quarante mille pour VA. F.
du Dimanche ] que je vous réclamais
hier. Si nous les avions maintenant, la
campagne pour la dissolution, et pour
les Etats généraux consécutifs, serait
proprement irrésistible.
J'ai dégusté, avant-hier soir, un article
de tête des Débats adjurant déjà Pain
levé — félicité par Na-qui-lèche d'avoir
réalisé, eu 1917, l'union sacrée !... — de
ne pas faire appel aux socialistes pour
la formation de son cabinet ! Car, aux
yeux des libéraux, l'appel à Caillaux —-
simplement traître à son pays, et qui
attire la guerre comme l'aimant attire
] e f er — est de beaucoup préférable à
l'appel à Blum et à ses bandes noires,
ou jaunes. Les libéraux, en mat'ère de
# «sM Ff-ur ■> et de « chef », ne sont jamais
" Aristide (qui
depuis, mais alors...] ; > hier Millerand,
appuyé d'une main sur Jean Millerand,
de l'autre sur l'assassin Marlier. Au jour»
d'hui, Caillaux. Tout leur est bon. De
main, quand nous serons les maîtres, ils
viendront s'informer de l'heure à laquelle
nous les prierons de « nalècher » ou
« d'henrysimoner », ou de «bailbyer »
nos chaussures.
Car l'aplatissement de la plupart des
journaux de Pétris, devant les événements
actuel, n'est pas un symptôme moins
singulier que l'évanouissement de l'op
position parlementaire. Déconcertés par
la disparition brusque de ces marion
nettes présidentielles [du Conseil, ou de
la République] dont ils faisaient des
demi-dieux succes^jfs, dont ils reprodui
saient les bobines interchangeables, ces
pauvres confrères n'osent même - plus
émettre un avis. Ils se contentent d'en*
registrer les soubresauts de? marion
nettes • et- ludions, mettant Millerand,
Poincaré, «Ristide» en première page»
quand ils montent, en troisième et qua
trième, quand ils descendent. « Ristide »
est toujours un peu vedette, le vieux
souteneur, à cause de son égale adapta
tion à un «bleue» de gauche, ou de
centre gauche. Qu'il ait Bonneveysse,
Marraud, Compère-Morel ou Presse
ra ane, Lefebvre du Prey ou Malvy, notre
« Ristide » est toujours - content. 4. Ben
quoi donc, naprès tout, on rigole ! » Ceux
qui n'ont pas été députée, ou sénateurs,
imaginent difficilement qu'un bon tour,
joué à Blum par Briand, ou à Herriot
par Doumergue, apparaisse comme plus
important que 1$ banqueroute, ou la
guerre imminente. Il en est cependant
ainsi. De même que seule intéresse les
académiciens une jolie intrigue acadé
mique, hien -fignolée, de même, seul inté
resse les parlementaires un joli coup de
couloir, ou de séance, de préférence un
«effet» par la bande ou la bille, un
carambolage-un peu là.
Je ne nie pas que de tels exercices
soient fort captivants, pour les afficiona-
dos, et même agréables. Nous en parlions
souvent avec ce cher grand ami Jules
^Delahaye, dont la mort imprévue est,
pour tous ceux qui l'approchaient, un
deuil immense, pour le pays une perte
irréparable. Nous eh parlions, Maurras,
lui et moi, dans mon bureau de Y A. F.,
pendant ces jours tragiques de mars,
avril, mai, juin, juillet 1918, où le sort
du pays dépendait d'un mouvement de
faiblesse de Clemenceau, qui, heureuse
ment, n'eut-pas lieu. L'insanité du régi
me nous saisissait, en ces heures criti
ques, d'une angoisse que surmontait seule
notre confiance dans les destinées du
pays. Jules Delahaye se levait de son
fauteuil, rasséréné, disant : «La France
vaincra... » Nous lui répondions, Maurras
et moi : « Mais^parbleu ! » C'est ce que
nous devons nous répéter aujourd'hui,
ainsi qu'en 1918. La France vaincra,
parce que l'excès même du désordre , et
de la pagaïe va faire le grand redresse
ment, manqué de 1919 à 1924 ; parce
que la réapparition de Caillaux,. coïnci
dant avec celle d'Hindenburg, est un
signe trop clair, un trop manifeste aver
tissement. Il y a, à la Santé, une cellule
qui a hâte de revoir Joseph Caillaux.
En attendant, que le mot d'ordre de
tous les patriotes soit, plus que jamais,
« dissolution »!
Léon DAVDET.
. «jpM
Institut d'Action française
La troisième sérié des cours de l'Insti
tut d'Action française commencera le ven
dredi 24 avril par une série de oing con
férences de M. de Ronxsar /'Histoire lit
téraire du sentiment politique au six" siè
cle.
Tour à tour seront étudiés Victor Hpgo,
Baudelaire, Lamartine, Balzac, Veuillot,
qui représentent certainement les grandes
■nuances politiques du xix" siècle. Ce fa-
■rent, chez certains,'des idées fondées sur
la raison, l'étude et l'expérience ; chez
d'autres, de pures sensations variant avec
leur besoin de popularité. Cette discrimi
nation sera curieuse à établir. Pour ter
miner, M. de Roux conduira ses auditeurs
de l'Elysée Méraut. des Rois en exil d'Al
phonse Daudet, à M. l'abbé Lanlaigne, con
tempteur discret du libéralisme et de la
République. >
Nous rappelons que les cours de l'Ins
titut d'Action française ont lieu 33, rue
Saint-André-des-Avû, et que les portes
sont largement ouvertes aux ligueurs et
abonnés de /'Action française, ainsi qu!aux
personnes qu'ils veulent convertir à nos
doctrines. Le cours de M. de Reux se fera
tous tes vendredis à 9 heures dn soir. On
trouve des cartes d'entrée aux bureaux de
/'Action française et à la librairie d'Ac
tion française, 12, rue de Rome.
Pour les personnes qui ne peuvent as
sister aux conférences, nous rappelons
qu'elles sont largement reproduites dans
le Bulletin des cours de l'Institut_ d'A. F.,
publiée par la Nouvelle Librairie natio
nale, 3, place du Panthéon, V*. Abonne
ment : 20 francs (compte chèques pos
taux : Paris 3155),
LA POLITIQUE
I. Le ministère
...L'heure avance. Minuit passé. Exilés
à la périphérie parisienne, nous ignorons
encore où en sont les pourparlers minis
tériels. ...
Le nom de Painlevé dit : Cartel, pouvoir
occulte de Blum et des socialistes, prélè
vement sur le capital. Le nom de Briand
dit : manœuvre ou plutôt combine. Et le
nom de Caillaux ; pouvoir personnel à
masque bourgeois, insolente affectation
de conservatisme, aventure et saut dans
l'inconnu, mais pas de prélèvement sur
le capital, ce prélèvement qu'exigent les
socialistes. Alors Caillaux va briser le
Cartel ? Mais, que fera-t-il de Painlevé
■l'homme du Cartel ?
Et, si le Cartel est brisé ? Dissolution ou
gouvernement des centres ? Mais, les cen-
es tiendront-ils ? Et, s'ils ne tiennent pas,
est-ce à un ministère Caillaux-Painlevé que
.Gastounet et le Sénat accorderaient le dé
cret de dissolution?
Et, d'autre part, si le Cartel n'est pas
brisé, s'il impose son fameux prélève
ment, avec qui Painlevé ou Herriot peut-
il gouverner, quel accommodement peut-il
trouver au Sénat ?
Pour qui voudrait se placer à un point
de vue national sans sortir de la Consti
tution, la conjoncture la plus évidemment,
dangereuse, parce qu'elle est îa t moins
claire, est sans doute- celle où le vague
Painlevé,-s'étant résigné à la rupture du
Cartel, laisserait Joseph Caillaux, «qui
n'a pas de bon sens » gouverner droit
sur tous les écueils. La politique d'écono
mie. lui- est interdite par Ja composition
même de son parti le plus dépensier, lo
plus avide et le plus misérablement cu
pide de tous. Son fameux talent de finan-"
cief consistera proprement à créer, à or-,
ganiser, à perpétuer l'illusion. Il fera avec
de l'adresse et de l'art -ce que Herriot-Clé-
mentel avaient fait lourdement, gauche
ment, en simples patauds qu'ils étaient.
On se déclarera contre le prélèvement et
l'on prendra secrètement toutes les mesures
propres à prélever. Comme on abominera
l'inflation, en manœuvrant de toutes ses
forces et à toute-vitesse la planche à im
primer. On proclamera le r.espect absolu
de la propriété et l'on commencera par dé
pouiller le rentier.
...On, nous téléphone : le ministère est
fait. Et aussi la machine à dépouiller le
propriétaire et à liquider le producteur
national. La finance internationale avait
déjà vu de beaux jours : il s'en allume de
plus magnifiques pour elle.
H. Le retour à 1917
Nous supposons bien que Caillaux en est
et que Malvy en est aussi. Ainsi le nou
veau ministère compte dans ses rangs au
moinsdeuxbagnardsnon réhabilités, n'ayant
même pas bénéficié comme Dreyfus d'un
ou deux arrêts de revision, et Simplement
débarbouillés par une banale amnistie. Ils
rentrent triomphants non seulement dans
cette Chambré, où ils sont chez eux, mais
au Sénat qui les a jugés et condamnés. Le
Sénat les a vus s'asseoir au banc des ac
cusés que la . sentence convertit en
banc des coupables. Les verra-t-il demain
au banc ' des ministres, bouffis d'impu
dence et d'orgueil, perdus de rancœur et
de haine, rapportant de l'exil ou de la
prison tous les sentiments propres à trou
bler la paix publique et à fomenter des
crises nouvelles ? Il fallait réunir des élé
ments de confiance et de crédit : on a
trouvé ces nouveaux agents de perturba
tion. Nous sommes fiers du compliment,
que. s'est fait à elle-même la République.
Il lui a donc fallu aller chercher dans
la substructure de ses partis ce qui y était
contenu de plus honteux ! La négation de
la victoire, le reniement des clauses favo
rables de la paix, lé retour aux plus mau
vais jours de 1917, quand, Almereydya sai
si, emprisoné, tué, le ministre de l'Inté
rieur, son complice, étant démissionnaire,
les factions qui menaient' M. Painlevé
voulurent trouver une contre-partie fictive
dans un complot des adversaires du régime
qui n'avaient cessé de se dévouer corps et
âme à la victoire de la patrie ! On voit, ce:
matin, reparaître dans les palais nation
naux ce Gouvernement de la division de
vant l'Ennemi.
C'est beau. C'est presgue trop beau. Cet
te République qui, pour se déjuger, désa
voue toute gloire, répudie tout honneur !
III. Comment on en est venu là
Léon Daudet vient de dire comment
cette régression honteuse s'est produite.
J'ai le devoir de me joindre à lui pour
fournir, dans le même sens, mon témoi
gnage et mon explication. Tout le monde
demande : comment en est-on venu là ?
Il faut que tout le monde sache qu'on en
est venu là par la grande faute de M. Mil
lerand. Celle d'après, le 11 mai ? Non :
celle de l'automne 1919. ^
Pendant toute, la guerre, les royalistes
avaient été les animateurs et les guides dé
l'esprit nationaliste qui enflammait la ré
sistance nationale. Leurs initiatives admi
nistrées sous forme de propositions ou de
conseils, avaient toujours-fini par être ap
pliquées et acceptées en quelque mesure.*
Depuis le. jour où la censure fut établie à
la demande de Bainville contre le gré de
M. Clemenceau, jusqu'aux derniers mois
•(juillet 1917) où M. Clemenceau lui-même
faisait sien le programme de Léon Daudet,
la pensée royaliste, si elle no gouvernait
pas, planait, "régnait un peu sur les chefs
de la République, et l'opposition défai
tiste et germanophile ne se faisait pas
faute de le déplorer. Rien de plus naturel
au fond. Seuls, nous avions des idées de
gouvernement. Seuls, nous avions sur la
guerre,: sur la paix, sur l'Allemagne, sur
l'Europe, des doctrines précises,' éprou
vées et vérifiées par Ja tradition. On com
mençait par ne pas nous écouter. Tant
que l'ennemi s'obstinait à nous assiéger on
finissait bien par être réduits à tenter ce
que nous demandions. Aucun déshonneur
pour personne en ce jeu constant. Les ré«:
publicains restaient ce qu'ils étaient en
faisant leur profit des bons avis des réac
tionnaires. Ceux-ci, en servant la patrie
de leur mieux, continuaient à démontrer:
de combien de façons ia République sabo
tait leurs services.
Cette, union empirique fut brusquement
rompue ^ la veille des élections de 1919."
Le mauvais traité, l'armistice douteux
avaient affaibli moralement, avant de le.
rendre impossible M. Clelnenceau. Le vrai
chef "était déjà Millerand...
M.Millerandm imagina déformer un Bloc
national où n'entreraient que des républi
cains. C'est-à-dire que l'union sacrée, celle
des tranchées et des assemblées, fut rom-:
pue. Les royalistes furent exclus. Le seul
Léon Daudet fut élu à la Chambre. L'ac
tion surhumaine qu'il y a menée donne la
mesure de son génie et de sa vertu. Il n'en
était pas moins isolé, et ceux qui se dé
fiaient le plus de lui, ceux qui le jalou
saient et le craignaient le plus étaient,
naturellement, exception faite pour Barrés
et deux ou trois autres, ces républicains
nationaux, dont toutes les idées semblaient
se rapprocher le. plus des siennes. Du fait
de cette situation, l'assemblée de 1*919 se
trouva privée de ce qui faisait la force du ;
nationalisme de guerre entre 1914 et 1918.
et Daudet n'a cessé de s'en plaindre à la
tribune et dans le journal : Jè ferment
royaliste, qui avait présidé à toute la ré-,
action de l'esprit public devant l'ennemi,:
n'était plus en quantité suffisante pour le
ver la lourde pate d'une majorité conser
vatrice et d'un bloc national que Gustave
Hervé vient de peindre, « masse de géla-
« tine allant sans chef à la dérive,, incs-:
« pable de vouloir et d'oser, incapable de
« se discipliner, incapable dé s'organiser
« dans le pays, incapable même de mettre
« debout des organes de combat», et,
dans ces conditions, de cette aboulie de
vait sortir forcément la déroute.
Malgré Daudet, malgré I'Action fran
çaise qui le soutenait du dehors, le Bloc
national n'eut pas l'audace de s'emparer
de l'administration qui faisait les élec
teurs ; elle laissa l'intérieur aux Steeg,
aux Marraud et aux Maunoury.
Malgré Daudet, malgré I'Action fran
çaise , le Bloc national • n'eut. pas l'esprit
de faire la Part du Combattant, seul moyen
de sauver dans le pays cet esprit victo
rieux nécessaire, qui" n'eût pas été non
plus un moyen électoral sans efficacité. :
M. Millerand avait-il vu la conséquence
de sa manœuvre ? J'incline à croire que
non. A défaut de vision, l'instinct républi
cain avait agi sur lui. Il avait senti que
notre action de guerre continuée pendant
la paix mettait la Réimbliq.ue en péril. Il
a sauvé la République: Il a risqué en
même temps de perdre ' la France. "La Ré
volution, d'une part, l'Allemagne de l'au
tre, le remercieront de nous" avoir con
duits au triste point où nous sommes par
les voies pendantes les plus voisines du
trajet vertical. Il était important que
cette justice lui fût solennellement rendue
aujourd'hui.
IV; Le complot communiste
Une vérification dàns le Nord
De Paris et d'autres points du territoire j'ai
l'eçu, depuis quelques semaines, les gravés
informations dont'nos lecteurs ont été. im
médiatement avisés. Un silence parfait dè
la presse parisienne aura accueilli ces
révélations. Les voici cependant étrange
ment corroborées par ce qu'un journal de
Lille, le Télégramme , vient de publier à
la date d'hier. Tout l'article, signé de no-
tre éminent confrère Martin-Mamy, serait
à reprendre. Faute de place, il faut nous
en tenir à l'essentiel, la présence d'officiers
allemands préparant la révolution sur le
sol français. Martin-Mamy écrit en effet
'... Les communistes de bonne foi — il
y en a—ou ceux .qui, ne. l'étant pas en
core, seraient tentés de le devenir, doi
vent savoir que les hommes dont ils re
çoivent les directives et les ordres ne sont I
que des figurantsi Derrière ces hommes
qu'ils voient, il y en a d'autres qu'ils ne
voient pas. Ces hommes qui sont en réalité
leurs seuls et véritables chefs ne sont ni
Français ni Russes, ni même communis
tes. Ces hommes sont des officiers alle
mands qui obéissent à leur tour à des gé
néraux allemands, lesquels, on le pense
bien, ne travaillent nullement au triomphe
d'une doctrine, mais à la préparation de
la revanche allemande. Soas le déguise
ment' communiste, ils sont les agents de
cet espionnage boche dont notre pays —
et les travailleurs de notre pays —eurent
tant à souffrir dans leur chair et dans leur
vie.
En ce qui concerne le Nord qui nous
intéresse particulièrement ici, des officiers
allemands ont été exactement repérés,
leurs noms et leurs adresses dans leur pays
d'origine sont connus et connues aussi
leurs évolutions nocturnes dans notre ré
gion et antour de Lille et aussi la nature
de leur activité; et seule, une raison qu'il
est facile de deviner nous empêche de li
vrer ces noms à l'indignation publique. Ce
serait d'ailleurs le rôle du gouvernement
— si nous en avions un — de se livrer aux
indispensables enquêtes et de prendre les
mesures qui s'imposent.
Pour nous, notre rôle est plus simple.
Il consiste à avertir loyalement les tra
vailleurs de notre région, et jusqu'aux
communistes eux-mêmes, de l'abominable
et inconsciente complicité à laquelle on
voudrait les enchaitier malgré eux. Ils ont
fait la guerre. Ceux qui ne Vont pas faite
ont du moins connu les horreurs de l'oc
cupation et de l'invasion. Les uns et les
autres ont perdu dans la tourmente dé-*
chaînée par l'Allemagne des êtres chers
à leurs cœurs. Les uns et les antres sont
animés de l'ardent désir que la guerre: ne
revienne pas. Leur honnêteté foncière au
tant que leur amour de la paix nous com*
mandaient de démasquer à leurs yeux les
véritables animateurs du communisme, de
leur montrer, derrière les dupes, les du-
'peurs, derrière leurs chefs apparents, les
officiers boches, chefs réels, et de leur
dire : « Voilà ceux à qui on voudrait vous
faire obéir. Voilà ceux qui sans se mon
trer voudraient vous amener à saboter les
usines et à supprimer les patrons. Voilà
ceux qui voudraient faire de vous les com
plices de l'espionnage allemand et de la
revanche allemande/à i
Le ton chaleureux de ces lignes fait le
plus grand honneur au patriotisme de leur
auteur,les faits qu'elles énoncent, à sa pers
picacité. Il sait donc ©e que nous savons.
II a découvert par .ses voles et moveiis
ce qui nous est arrivé par les nôtres. Sait-
il ceci ? Certains préfets ont été réellement
affolés : non par les révélations que j'ai
faites, mais par ce qu'ils ont découvert eux-
mêmes.
Si le gouvernement . ne. se .décide pas à
les écouter, les bons, citoyens ' sauront
en quelle carence est tombé le souci de ia
sécurité publique. Il ne leur restera plus
qu'à prendre eux-mêmes les mesures né
cessaires au salut national.
Charles MAURRAS
mimmUn
Les obsèques de M. Jules Delahaye,
sénateur de Maine-et-Loire, auront lieu
samedi 18 v courant, à 10 heures, en l'églisé
Saint-François-de-Sales- (rue Brémontier)
où le corps sera déposé. Après la céré
monie le cercueil sera .transporté à T ré-
ban (Allier) où. un second-service sera
célébré, suivi de l'inhumation dans le ca
veau de famille.
Ni fleurs, ni couronnes, pas de discours.
Le présent avis tient lieu d'invitation et
de faire' part.
DEUX DOCUMENTS
ou le vrai visage de Joseph Caillaux
Le 13 mars 1914, le Figaro publiait celte
lettre écrite par Caillaux à une amie :
Malgré toute ma bânne volonté, ii m'a
été impossible de l'écrire hier. J'ai dû, en
effet, snbîr deux séances écrasantes à la
Cbambre, l'une le matin, à nenf heures,
qui a fini à midi, l'antre à deux henres
dont je ne viens de sortir qu'à huit heu
res, harassé..
J'ai d'ailleurs remporté nn très beau
succès : J'ai écrasé l'impôt sur le revenn
en ayant l'air de le défendre, je nie suis,
fait acclamer par le centre et par la droite
et je n'ai pas trop mécontenté la gauche.
Je suis arrivé à donner un coup de barre è
droite qui était indispensable...
< Ton Jo t.
Le 16 mars. 1914, en allant taer Calmeite,
poussée pur son mari, la jemme Caillaux lais
sait chez elle ce billet : r
Mon mari bjeji-aimév
Quand ce matin, je t'ai-rendu compte
de mon entretien avec le président Ma
nier, qui m'avait appris que nous n'avions
en France aucune loi pour nous protéger
i contre les calomnies dé la presse, tu m'as
| dit que ces jours-ci tu casserais la g... à
i l'ignoble Calmette. J'ai compris que ta
i décision était irrévocable. Mon parti a
moi fut alors pris. C'est moi qui ferai
justice. La France et la République ont
besoin de toi. C'est moi qui commettrai
l'acte. Si cette lettre t'est remise, c'est que
j'aurai fait ou tenté de faire justice. Par
donne-moi, mais ma patience est finie.
Je t'aime et je t'embrasse du plus pro
fond de mon cceur.
« Ton Henriette ».
Ivarge le méconna
Les agences ont publié hier la nouvelle
suivante qu'on ne pourra lire sans se
frotter les: yeux :
Officier allemand condamné a mort.
— Le conseil -de guerre du Brabant a
condamné à mort par contumace le capi
taine de gendarmerie allemand Karge qui,
le 19 août 1914, lors.de la prise tTAerschot
par les troupes allemandes, ordonna de
fusiller cent cinquante-cinq civils..
Le conseil de guerre du Brabant n'y va
pas de main morte. Et il en a de bonnes.
Sans doute son jugement ne sera pas plus
exécuté que tous les autres jugements de
cette nature. Mais enfin ce tribunal belge
n'a-t-il pas songé qu'il destinait au poteau
un alli£, un ami ? Ce Karge, assurément,
avait des manières un. peu rudes. On les
apprécia mal en 1914. Désormais Karge
protégera les frontières de la Belgique èt
celle de la France. On sera heureux de
confier là garde de nos populations à un
militaire aussi énergique.
Le pacte de garantie anglo-franco-ger
mano-belge est en très bonne voie. M. Van-
dervelde forme un ministère en Belgique
et irrecherche l'alliance de M. van Cauwe-
laert et de quelques flamingante germa
nophiles et activistes, car l'Internationale'
socialiste a un faible pour les cléricaux
qui aiment l'Allemagne. En France, les
portes du pouvoir s'ouvrent devant M. Cail
laux. Les affaires du pacte de garantie
vont bien. '
Peut-être, bientôt, iront-elles trop bien
au gré des Anglais. Lorsque M. Vander-
velde et M. Caillaux seront entrés, selon
le vœu du cabinet de Londres, dans une
combinaison avec l'Allemagne, ils ne vou
dront plus en sortir. L'Angleterre sera de
trop dans cette intimité. Une solide alliance
continentale se nouera et priera Albion de
iie plus tyranniser les mers. Et Karge sera
là pour exercer ' ses talents sur les civils
du-Sussex ou du Lancashire. — J. B.
LE PROCHAIN NUMERO DE
L'Étudiant Français
Qoî sera mis en vente lundi prochain
fiera consacré à
l'Affaire Georges Scelle
, Nos ABONNES trouveront encarté
dans ce numéro
La céridique et piteuse complainte
du Ministriculet Franciscus Alberlus
désormais historique au quartier Latin ; j
Les lecteurs au numéro pourront se la procurer
à l'Etudiant français ou à la Librairie de FA. F*
12, rue de Rome, au prix de 25 centimes.
Rédaction et administration :
33, rué Sain t-André-des-Arts [6')
LA CRISE MINiSTÉRÎELLÉ
Un ministère Painlevé - Caillaux -Briand
est constitué
WERNIERES^M^^^;
A 2 h. 30 du matin, M; Painlevé a fait
communiquer la composition suivante de
son ministère :
Prést du Conseil, et Guerre : Painlevé.
Affaires étrangères : Briand.
Marine : Emile Borel.
Intérieur : Schrameck.
Colonies : André liesse^
Justice : Steeg.
Instruction publique : de Monzic.
Agriculture : Jean Durand.
Finances : Caillaux.
Commerce : Chaumet.
, Travail : Durafour.
Pensions : Antériou.
. Travaux publics ; Laval.
Sotis-seorétaires d'Etat :
A la présidence du Conseil : Georges
Bonnet; Enseignement technique et Beaux-
Arts : Delbos ; Aéronautique : Laurent-
Evnac ; Marine marchande : Danielou ;
Guerre : Ossola ; Régions libérées : Paul
Morel ; Commissaire à la Guerre : Béna-
zet. ; P.T.l'i supprimé et rattaché au Com
merce. ^
Les ministres seront présentés à l'Ely
sée à midi. * . " ■" ;
■■ ■ ttWH '
Après une nuit de conciliabules et de
tractations de tout ordre. M. Painlevé s'est
levé tard, un peu avant, dix heures. Déjà
son. antichambre regorgeait de journalistes
venus aux nouvelles,.,au milieu desquels
s'agitaient de vagues politiciens en quête
d'un os à ronger et de l'occasipn à saisir.
Aussi P. P. P., pour amuser le tapis et
laisser à Briand et à Caillaux le temps de
se mettre d'accord, a-t-il cru devoir appe
ler en consultation des doublures telles
que Daladier, Antériou, Bénazet, Israël,
Vincent-Auriol et Viollette. Il recevait éga
lement Schrameck et Cacaud, ce dernier
secrétaire général du Commissariat d'Al
sace-Lorraine.
Herriot vient vers midi faire un petit
tour à la présidence de la Chambre pour
voir Painlevé.
Et, comme un photographe voulait pren
dre de lui un cliché : « On ne photogra
phie pas un mort », lui dit-il.
Dans l'après-midi, Malvy mettait la
chose au point, en déclarant d'un ton sec :
«flferriot n'en sera . pas ».
Vers 13 heures M. de Monzie est venu à
son tour, appelé par Painlevé. «Je me'
sauve, disait-il en sortant, car j'ai rendez-
vous avec Caillaux et M. Robineau an mi-,,
nistère de la Justice. » _
La situation se complique
Les choses ne vont pas toutes seules.
La combinaison accroche, elle est mal
accueillie chez les extrémistes du Cartel.
— Comment voulez-vous que ça mar
ché, déclarait un député socialiste des
plus aimables. Il faudrait pour cela avoir
changé Caillaux.
Il lui faudrait se présenter, lui l'orgueil
leux, devant le Sénat qui le condamna
naguère, avec humilité. II lui faudrait
abandonner son attitude, hautaine, son ha
bituel persiflage. -
Hostile à nos projets financiers, il les
discuterait sur le ton de raillerie qui lui
est habituel. Comment pourrions-nous:
voter pour lui après cela?
Un radical-socialiste avancé déclarait
également : « Caillaux est un. aristocrate
cassant et hautain; Ses attitudes le brouil
leraient vite avec nos alliés socialistes.
Non, Caillaux, voyez-vous, c'est le dissol
vant qui risque de détruire le Cartel, »
Les choses en étaient là à 15 heures et
cependant Triple P, qui ne désespérait pas
de réussir, se rendait à l'Elysée pour met
tre Doumergue au courant de la situation.
Cependant, des difficultés se produi
saient au cours de l'après-midi, si bien
qu'à 20 heures on n'était pas plus avancé
que le matin.
Au ministère des Finances
Tandis que P. P. P. entretenait Dou
mergue de ses espoirs, Caillaux se rendait
au ministère des Finances, où il avait
une conférence avec MM. de Monzie et
Robineau. . ,
A l'issue de cette conversation « Ton
Jo » avait l'air soucieux et portait au
front cette rubescence qui témoigne de sa
mauvaise humeur.
i La situation financière, dit-il, m'appa-
raît comme de's plus difficiles. Jè vais
avoir une autre conversation avec M. de
Monzie qui me mettra au courant de tout.
Puis je m'entretiendrai avec les directeurs
de grands établissements financiers. Ce
n'est qu'après qu'il nie sera possible de
faire un exposé de la question devant les
groupes du parti radical de la Chambre
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 74.69%.
En savoir plus sur l'OCR
En savoir plus sur l'OCR
Le texte affiché peut comporter un certain nombre d'erreurs. En effet, le mode texte de ce document a été généré de façon automatique par un programme de reconnaissance optique de caractères (OCR). Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 74.69%.
- Collections numériques similaires Saintine X Saintine X /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Saintine X" or dc.contributor adj "Saintine X")
- Auteurs similaires Saintine X Saintine X /services/engine/search/sru?operation=searchRetrieve&version=1.2&maximumRecords=50&collapsing=true&exactSearch=true&query=(dc.creator adj "Saintine X" or dc.contributor adj "Saintine X")
-
-
Page
chiffre de pagination vue 1/4
- Recherche dans le document Recherche dans le document https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/search/ark:/12148/bpt6k762287f/f1.image ×
Recherche dans le document
- Partage et envoi par courriel Partage et envoi par courriel https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/share/ark:/12148/bpt6k762287f/f1.image
- Téléchargement / impression Téléchargement / impression https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/download/ark:/12148/bpt6k762287f/f1.image
- Mise en scène Mise en scène ×
Mise en scène
Créer facilement :
- Marque-page Marque-page https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/bookmark/ark:/12148/bpt6k762287f/f1.image ×
Gérer son espace personnel
Ajouter ce document
Ajouter/Voir ses marque-pages
Mes sélections ()Titre - Acheter une reproduction Acheter une reproduction https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/pa-ecommerce/ark:/12148/bpt6k762287f
- Acheter le livre complet Acheter le livre complet https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/indisponible/achat/ark:/12148/bpt6k762287f
- Signalement d'anomalie Signalement d'anomalie https://sindbadbnf.libanswers.com/widget_standalone.php?la_widget_id=7142
- Aide Aide https://gallica.bnf.fr/services/ajax/action/aide/ark:/12148/bpt6k762287f/f1.image × Aide
Facebook
Twitter
Pinterest