Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1925-02-02
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 02 février 1925 02 février 1925
Description : 1925/02/02 (Numéro 33). 1925/02/02 (Numéro 33).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Dix-huitième année — N° 33
Lundi 2 février 1925
48 centimes. Seirb bt Seibb-it-Oisb
20 centimes Départements et Colosies
ABONNEMENTS: finis. SiiMoâ. Trakïorè,
France et Colonies. £8 fr. s5 fr. z3 fr.
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Chèque postal r Compte 33.900 Puis.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÉANS
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent la FrwKjek'»*;^
RÉDACTION « ADMINISTB ATIOH :
U, ree de Home. PARIS (&)
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Après 10 heures du soir : Ségur 11 -cs
Begistre de Commerce ; Seine N" j8.58a
Fondateur : HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques LÉON DAUDET et CHARLES MAIJRRAS •— Rédacteur en chet s MAURICE PUJO
L'INSTRUCTION SUR LA MORT
DE PHILIPPE DAUDET
- - (VBMMBHmnsaanaBHDaKainnaMBBMBB'
Au Parquet , on semble très préoccupé par la nouvelle
plainte déposée par M. Léon Daudet au sujet de la mort do
son fils et on considère que loin d'être close, cette affaire
ne fait que commencer. On aurait seulement voulu qu'elle
ait moins de 1 retentissement, car, non seulement tous les
journaux de province s'en occupent mais les journaux
étrangers publient de nombreux articles qui sont loin d'être
favorables à la police française.
« LA PRESSE-ASSOCIEE »
A PROPOS DE L'ASSASSINAT DE PHILIPPE
Presse de Province
et Presse de Paris
Un phénomène, remarqué, de longue
date, par les bons observateurs, vient
d'apparaître dans une éclatante lumière,
à l'occasion du nouveau tournant de l'af
faire de mon malheureux petit garçon
ce phénomène, c'est l'étonnante indépen
dance et liberté d'allures de la presse
de province, de tous les partis, par rap
port à la presse ce Paris, notamment à
la presse de Paris dite « de grande infor
mation ». Car je dois faire une excep
tion de premiei plan pour le Rappel —
où a paru l'article décisif de du Mesnil
— pour la Liberté , pour le Figaro, pour
le Gaulois, pour YEclair, pour l'Evéne
ment, pour le Quotidien lui-même, et
aussi pour le Temps, les Débdts et la
Croix, plus retenus dans leur allure,
mais qui n'en ont pas moins. mis leurs
lecteurs au courant des phases de cette
lutte tragique contre des parents, dont
quelques hauts policiers ont assassiné le
petit garçon, et ces hauts policiers, s'ef-
forçant d'étouffer là plainte, l'instruc
tion, menée pa» ut juge timoré, acquis
à leur fable, et la nouvelle plainte.
Ajoutez à d'autres sujets d'étonnement
que l'enfant, tué lâchement et avec pré
méditation, est le fils d'un journaliste de
métier ; ce qui ajoute à l'opprobre des
journalistes tels que Gustave Hervé, qui
passent - ce drame confraternel sous
silence, et affectent de voir, dans une
campagne pour la Justice, les billevesées
d'un père « égaré par la douleur ». Hervé
a reçu la consljno de Millerand. Ce néo
converti ignore l'importance du sang de
l'agneau. On voit bien qu'il n'u pas d'en
fant. , ■ ■
Il me serait impossible de remercier
ici; individuellement, comme je le de-,
vrais, tous les confrères de province qui
consacrent au plus grand crime politique
— et au plus ténébreux — du temps
contemporain, des articles réfléchis, do
cumentés, sagaces, me révélant parfois à
moi, qui ai relu cent fois mon dossier,
et dirige toutes les enquetes effica
ces, des points de vue nouveaux et im
portants. La somme de talent eJ de pers
picacité qui se dépense dans les grands,
moyens et petits régionaux, est quelque
choge de remarquable et de réconfortant.
On comprend que le Journal, le Matin,
VEcho de Paris et même le Petit Pari
sien, passent, dans les provinces, bien
après les feuilles, régionales et départe
mentales, qui non'seulement renseignent
sur la région, mais encore renseignent
plus exactement, plus honnêtement et
plus librement, sur Paris, que les tapa
geuses feuilles parisiennes en question.
Pourquoi cela ?
J1 y a d'abord les raisons énumérées,
pax Maurras, dans l'Avenir de Inintel
ligence, raisons d'ordre général, politique
et financier: qui ont annihilé l'indépen
dance de la presse à fort tirage et à
grande dépense, presse commerciale diri
gée par des hommes d'affaire^, dans le
temps même où cette presse asservie pro
clamait «uniquement sa liberté. La presse
qui vit du fait divers, et des bobards et
blagues de police, concernant lè fait
divers [chat jaune et noir, etc...] a na
turellement besoin de la police pour ali
menter ses rubriques. D'où l'épouvante
qu'éprouve un journal tel que le Jour
nal à faire savoir à ses lecteurs qu'un
homme de lettres accuse quatre hauts po-
liciers d'avoir assassiné son fils, poursuit
nommément ces policiers, et se déclare
prêt à fournir la preuve publique de ses
accusations. La sanglante sentine qu'est
devenue, en démocratie, la police poli
tique, commande à la police cri
minelle » — je veux dire judiciaire —
qu'elle terrorise. Alors que les présidents
de République et du Conseil, et les di
vers ministres passent, les hauts policiers,
les Marlier, les Lannes, les Delange, les
Dumas, les Ducrocq, les Lebreton de
meurent. Leur personnel sait que les
« huiles » politiques sont démunies, dé
semparées et timides devant les affirma
tions et les manœuvres de leurs chefs
divers. Quelquefois, comme c'est le cas
de Lannes, beau-frère de Poincaré — et
qui a un passé plutôt chargé, à tous
points de vue — ce haut policier ne vient
même pas à la Boîte. Il travaille de loin,
sur dossiers, et mande à son domicile un
Provensal ou un Delange, auxquels il
communique les renseignements de ses
indicateurs, un Flaoutter, un Colomer,
un Lecoin, un Henri Faure, etc... « Ces
messieurs », dans de telles conditions,
font la nique même aux magistrats. Ils
font leur presse, rédigent et expédient
' des communiqués, décernent l'éloge et le
blâme, dispensent l'accusation infamante,
font chanter, volent, internent,- assas
sinent impunément.
Par la police des jeux, par la police
des mœurs — effroyable cloaque, l'une
et l'antre — la police politique de la
Sûreté générale [Lanaes-Delange] et des
Renseignements généraux [Lebreton]
tient plusieurs « directeurs » de jour
naux, qui redoutent les embêtements et
les affaires. Il faut une remarquable li
berté de mouvements et un réel courage
pour écrire l'article que ce vaillant et
humain du Mesnil a écrit, l'autre jour,
dans le Rappel. Le sang de mon bon petit
Philippe en est la preuve. Un Poincaré,
un Millerand, si farauds à la Chambre,
au Sénat, dans les Académies, tremblent
et font dans leur culotte, à la pensée de
la police politique, des inventions dia
boliques et sadiques "des quelques ca
nailles haut placées dont dépendent
l'honneur et la vie des citoyens. Chacun
d'eux a Bon haut policier [Poincaré a
son beau-frère Lannes, Millerand avait
Marlier] qui l'avertit des embûches pos
sibles, l'effraye à plaisir, le trahit en
dessous ; chacun d'eux ne se meut poli
tiquement que dans l'ombre dudit « ange
gardien ». Comment s'étonner après cela
de la servilité de types tels- que Henri
Letellier — hier encore patron du Jour
nal — et que, chaque nuit, on ramasse
ivre dans nn bar, ou dans un claque-
dents, son nez colossal à côté de lui !
Les gens, même directeurs de grands
journaux d'information parisienne, sont
moins méchants qu'ils ne .sont lâches.
La peur mène tout. Une vieille canaille,
telle que Louis Lépine — de l 'Académie
des Sciences morales — a tenu et ma
nœuvré, par la peur de leurs prétendus
dossiers, deux générations de salon
nards des deux sexes et de politiciens.
Le jour où je vous raconterai l'histoire
vraie des bandits en automobile et du
débarquement de Louis Lépine, vous se
rez stupéfaits. Il y en a comme cela à la
pelle. C'est ce qui vous explique la frousse
éperdue du « chef » 'Millerand [père
de Jean Millerand], quand il s'est agi
de toucher à Marlier, et ses rugissements
en conseil des ministres.
Ce qu'on dit, dans ces feuilles
à'si gros tirage, et d'influence, en somme,
si limitée, c'est la peur, la peur, et encore
la peur. Pour paraphraser le fameux
titre de l'article d'André Chénier, qui
coûta la vie à ce poète sublime, on pour
rait les appeler, ces palais du mensonge
par omission, déformation, et frousse
surtout : lés Hôtels de la peur.
Quatre années de censure [exercée par
le gnome Alexandre Varenne, le pou
Armand Charpentier, le bon comman-
.dant Nuzillard, le cher papa... [son nom
m'échappe] qui avait un tromblon à
bords plats et de longs cheveux, et qui
est maire de Saint-Ouen-aux-Rillettes]...
quatre années de coups de téléphone
anastasiques ont naturellement décuplé
cet aplatissement du quatrième pouvoir,
devant le Coupe-bourse de finance et le
Croquemitaine policier.
Bref, la presse de province, conserva
trice ou républicaine, se tient. Elle
existe; elle vit. Elle réflète une opinion
saine et normale. Elle se passionne pour
une question de justice, pour l'assassi
nat concerté d'un enfant.
La presse de grande information dé
Paris est, sous son flamboiement et ses
paillettes, une pauvre fille encartée, et
qu'une menace de « ces messieurs » fait
rentrer sous terre. En politique, elle
demande chaque soir des ordres au gou
vernement, une inspiration, une impul
sion ; et, cela, quel que soit le gouver
nement.
En 1918, 1919, éloges foudroyants de
Clemenceau. Si jamais Mandel écrit ses
mémoires à ce sujet, on rira bien. Mais
il est capablè de ne pas les écrire, par
cette délectation du gourmet égoïste, qui
ne donne pas ses bonnes recettes. En
1920, éloges non moins foudroyants de
Millerandus, dit « Touxondû » [Tout-
son-du\. En 1921, prosternement devant
Ristide, dévotions à Ristide, lauriers à
Ristide. En 1922-1923, reptation convul-
sive, torsions spiraloïdes sur le sol, en
l'honneur de Raymond Poincaré... Que
demain, par le progrès « de la démocra
tie et du droit », Cathin ou Renaud Jean
prenne le pouvoir, et ce sera un écra
sement, devant lenrs palais soviétiques,
des ventres dorés de grande information.
On s'inscrira, pour leur lécher les pieds,
jusqu'au fond du hall de l'Intransigeant.
Car c'est un fait que, pour me repré
senter la presse esclave de mon bon vieux
Paris, je songe d'abord à petit Bailby,
au multimillionnaire et multilarbinaire
Bailby, assis, 1.. langue pendante, comme
un petit chien fatigué, en ire les doigts
de pied sanglants de « monsieur Mar
lier », de « monsieur Langes », de « mon
sieur Delange ».
— Sucerai-je, papa ?
— Suce, petit Bailby !
Léon DAUDET.
LA POLITIQU
I. Rappelez Sarrail !
Conclusion pratique à la dernière séance
de la Chambre : le rappel du général Sar
rail s'impose.
Et nous ne voulons pas tirer d'abord
argument des griefs substantiels alignés
par les orateurs de l'opposition. Nous
nous en tenons aux paroles et aux silences
du président du Conseil, aux déclarations
et aux rectifications du rapporteur car-
telliste. La question est fort simple. Sui
vant la thèse de M. Herriot, le générai
Sarrail et le général Weygand, étant deux
chefs militaires d'égal renom et d'égal
mérite, étaient, en décembre, interchan
geables'. M. Herriot refuse d'admettre que
les partis pris politiques de l'un et 1 e
réussite diplomatique de l'autre . rom
paient, en matière syrienne, cette égalité
militaire. Admettons provisoirement. Ad
mettons qu'en décembre, lorsque Sarraii
s'embarquait pour Beyrouth et Weygand
pour Marseille, leurs deux noms, leurs
deux êtres schématiques étaient devant 1
le monie de même valeur et de même
signe. Admettons même que cette égalité,
contrairement aux lois de la physique,
n'eût- pas suffi à maintenir en place le
premier occupant. Admettons la légitimité
du coup de pouce gouvernemental. Ad
mettons tout.
Nous ne sommes . plus en décembre :
nous sommes en février. Et nous enregis
trons ceci : le général Weygand avait été
rappelé, suivant le mot de M. Herriot lui-
meme, « sans qu'on eût rien à lui repro
cher». Or, suivant le mot du rapporteur
Simon lui-même, son successeur a déjà
mérité un reproche, reproche qui, limé,'
minimisé, reste énorme : ce diplomate, ce
représentant de la France a commis, dit
M. Simon, une «faute de psychologie».
Quand il s'agit de diplomatie, rien n'est
plus grave. Dès lors, le Cartel reconnaît
que' l'égalité abstraite des deux hommes
est rompue. Le rappel du général Sarrail
tient en puissance dans les deux plai
doyers de MM. Herriot et Simon.
II. Rappelez Sarrail !
Mais, si l'on s'évade de ces sophismes.
quel abominable- spectacle ! Lisez les ex
plications qu M. Herriot a données dé 1s
nomination Sarrail :
La vérité, c'est qu'une grave injustice
avait été commise à l'égard d'un homme
qui a été un des plus glorieux solaats de
la France, qui a joué dans la bataille de
la Marne un rôle décisif et qui, en Orient,
là où le front ennemi s'est rompu pour la
première fois, a représente admirablement
la France. (Il n'y était plus depuis un an 1)
Nous avons simplement rétabli la jus
tice violée à l'égard d'un grand général
qu'on a voulu tenir à l'écart parce qu'il
était, en même temps qu'ardent patriote,
sincèrement républicain.
C'est donc pour lui, en 11e songeant qu'à
lui qu'on a nommé Sarrail! On n'a pas
consulté les intérêts de la Syrie, de la
France en Syrie, de la paix en Orient,
intérêts qui, "tous, exigeaient le maintien
du bon ouvrier qui connaissait bien sa
tâche. Qu'importait la justice envers notre
pays, envers les peuples qui nous étaient
confiés? La «justice» du parti exigeait
un poste pour la « Victime » : Fez, Bey
routh ou Paris, il lui fallait un fief. Il a
choisi. Les min:'.:;ires ont obéi. Voilà qui
en dit long sur les méthodes de notre gou
vernement. La devise de M. Herriot, c'est
l'absoluli.s vie dans la faveur.
Quant aux méthodes du général Sarrail,
où M. Simon ne veut voir que des « fautes
de psychologie», elles passent ,en scan
dale celles de ses répondants parisiens :
un nouvel administrateur, quelles que
soient ses intentions, se réserve quelqiles
semaines pour connaître l'affaire, le per
sonnel, la machine sociale dont il reçoit
la charge. Un Sarrail procède à l'inverse :
exécution du général Vandenbcrg, boule
versements à l'état-major, disso ution du
Conseil représentatif, élections nouvelles :
autant de « décisions au débotté », comme
a dit M. Désiré Ferry. Et, ce disant, M.
Ferry restait fort indulgent, puisque c'est
de France, avant de s'embarquer, que
Sarrail avait « remplacé » le chef d'état-
major, le général adjoint, le gouverneur
du Haut-Liban et de nombreux officiers
du Haut Commissariat.
U faut toute la mauvaise foi de M. Her
riot pour nier l'évidence. Ce malheureux,
qui découvrait l'autre jour l'histoire de
nos déboires interalliés et les racontait à
la Chambre, comme une nouveauté, comme
une reconstitution de lui, Herriot, due à
son intelligence- et à sa patience d'archi
viste, ce malheureux qui entrevoit, par
éclairs, la menace allemande comme M.
Briand entrevoyait, par lueurs, la gépgra-
phie du Rhin, ce malheureux ignore, des
affaires de Syrie, ce que sait le plus dis
trait lecteur des feuilles d'agence. Voici la
version du fantoche officiel:
Il y a malheureusement des factions en
Syrie ; si le général Sarrail a été accueilli
par certains avec faveur, il n'est psts im
possible que d'autres l'aient accueilli avec
moins dé faveur.
Il n'est pas impossible ?... L'hypocrite !
Du temps de Weygand, a-t-on vu les re
présentants du Liban dressés contre les
premiers actes du Haut Commissaire ?
A-t-on jamais vu suspendre un grand jour
nal du pays ? A-t-on jamais entendu pa
reille protestation des chefs religieux qui,
chez ces chrétiens d'Orient comme chez
les Arabes, sont les intermédiaires dési
gnés du pouvoir politique ? Il n'est pas
impossible, dit notre Tartufe ! Et il pré
tend établir entre les « factions » sy
riennes, un équilibre dont le premier voyà-
geur venu peut lui certifier l'inexistence !
D'ailleurs, même si cet équilibre exis
tait ? Même si les Maronites, au lieu d'être
une sensible majorité, n'étaient qu'une
« faction » entre les autres ? Le rappor
teur Simon n'a-t-il pas reconnu que c'était
sur eux que $' a PP n y a it « l'influence fran
çaise» ? Oui, l'influence française : M.
Simon n'a pas dit la politique française
ni les intrigues françaises ; il a dit l'in
fluence ; car l'appui maronite n'est pas le
fruit de négociations récentes, le bénéfice
d'un contrat artificiel et révocable ; non,
en l'absence comme en présence de la
France, les Maronites ont été pour nous
des alliés naturels, des amis persécutés
par nos ennemis, de véritables Français
de 3a première heure. Même s'ils n'étaient
qu'un petit nombre, une telle qualité, une
telle sûreté ne commandait-elle pas, du
côté français, du côté Sarrail, quelque
■considération ? Heureux les gouverneurs
qui trouvent, à pied d'oeuvre, de tels dé
vouements ! Mais comment l'homme qui;
est venu dire, à la barre du procès Ber-
ton, son horreur physique du prêtre et du
viatique, comment pouvait-il garder son
sang-froid devant les églises syriennes ?
III. Rappelez Sarrail !
Nous avons raisonné, jusqu'à présent,
comme si M. Herriot, dans l'affaire Sar
rail, n'avait pas menti quant aux faits.
Bien entendu, il a menti. L'agence Havas
a communiqué à la presse le résumé d'un
article de l'Osservatore romano qui ré
pond, point par point, aux affirmations
-iki' gouvernement' îrapçais. Réponse que
nul ne lira sans douleur, car elle oppose
à chaque ligne la patiente habileté des
fondateurs de notre hégémonie orientale,
et la haineuse brutalité de nos liquidateurs
de hasard.
L'Osservatore romano rappelle d'abord
l'origine même de nos prérogatives \ elles
étaient doubles, concédées, les unes par
la Porte, les autres par le Saint-Siège. C'est
de la Porte que les rois de France avaieni
obtenu le droit notninal de protéger les
chrétiens de l'empire turc. Mais ce n'était
encore qu'un privilège théorique, qui a,
d'ailleurs, été successivement accordé à
l'Autriche, à l'Angleterre, aux Pays-Bas, à
la République vénitienne, sans que ces
puissances en aient pu tirer profit :
Le droit de la France à protéger les
catholiques en Orient était plus nominal
que réel ; mais, en faveur de la France,
intervint le Saint-Siège qui donna à la
France le mandat exclusif .de protéger les
catholiques en Orient, ordonna à ceux-ci
de s'adresser aux agents français avec dé
fense de faire appel aux autres. A la suite
de cette décision, tous les autres gouver
nements avaient bien le droit de protéger
mais n'avaient pas de sujets à protéger,
même leurs propres ressortissants ^ui
s'adressaient aux agents français. Sans cet
ordre, les religieux auraient, préféré s'a
dresser à leur propre gouvernement,, et lè
protectorat français en Orient eût été bien
tôt fini. La France tenait donc, des capi
tulations, le droit de protéger et, du Saint-
Siège, les sujets à protéger. Le protectorat
français, dans son sens historique, repo
sait donc en Orient sur ces deux bases.
- Or, le protectorat français a été sup
primé par l'article 24 du" traité de Lau
sanne. Que devenaient alors les privilèges
religieux du représentant de la France ?
M. Herriot a parlé des honneurs litur
giques, attachés au protectorat ; en effet,
le Saint-Siège, qui a toujours favorisé le
protectorat français en Orient, pour sou
tenir le haut prestige de la vuissance pro
tectrice aux yeux des Orientaux et pour
amener plus facilement les communautés
religieuses non françaises à obéir aux or
dres donnés, a concédé aux représentants
de la France certains honneurs dans des
solennités religieuses déterminées. Ces
honneurs furent librement et directement
concédés par le Sainl-Siège, en même
temps, d'ailleurs, que l'attribution du pro
tectorat. Ce protectorat ayant cessé, les
honneurs liturgiques cessaient, en consé
quence, en même temps.
L'Eglise, cependant, par égard pour la
France, les avait maintenus jusqu'en 1924.
Dans quelles conditions ont-ils été sup
primés, à Jérusalem d'abord, puis à Bev-
routh? 3
L'Osservatore romano, faisant allusion
aux paroles de M. Herriot, au sujet de la
suppression des honneurs liturgiques aux
représentants de la France à Jérusalem, à
l'occasion des fêtes de Pâques 1924, dé-,
clare que le Saint-Siège ne fit que se con
former à la renonciation de la France
aux honneurs liturgiques et à la réponse
de la puissance mandataire. L'Osservatore
romano ajoute que le nouveau gouverneur,
à son arrivée, fut invité à la réception
solennelle qu'on avait l'habitude de faire
à ^ l'église. Le général Sarrail répondit
d'une manière pas trop aimable, en dé
clarant qu'il n'aimait pas assister a des
cérémonies dans une église. Naturelle
ment, le délégué apostolique ne l'invitera
plus. -
M. Herriot a déclaré à la Chambre que
le général avait accepté « les honneurs
qu'on appelle consulaires » et qu'il avait
refusé <1 les honneurs qui lui étaient of
ferts à titre privé, sans aucune espèce
d'obligation d. Cette distinction n'existe
pas, car l invitation autant que le refus'
se rapportaient aux honneurs liturgiques
que l'on rend habituellement depuis des
siècles aux représentants de la France.
La réponse de l'Osservatore contient'
d'autres démentis. Tenons-nous-en à ce
lui-là. M. Herriot est pris le mensonge aux
lèvres. On n'avait pas-entendu pareille ef
fronterie depuis le jour où M, Briand avait
affirmé .à la Chambre, pour écarter d'un
effort suprême la Part du Combattant, que
le traité de Versailles nous interdisait de
disposer à notre gré de l'argent de la
Sarre.
Mais laissons M. Herriot à sa honte : la
mise au point de l'Osservatore ne permet
plus de douter que, dans la question des
honneurs liturgiques, le général Sarrail
ait gravement compromis l'intérêt fran
çais qui lui était confié. Ce n'est pas une
«faute de psychologie». C'est une faute
tout court. Professionnelle, morale, na
tionale. Quand le rappelez-vous ?
INTERIM
ÉOJEZO®
Nouvelle note sur la myopie.
Pour nous faire bien comprendre, nous di:acs
que c'est par étapes successives que l'on arrive
à supprimer les verres par la méthode de M. Roger
d'Ancan et qu'une fois acquise la guérison est dé
finitive. (Voir Bulletin de l'Académie de Méde
cine, du 16 janvier 1917, et s'adresser à M. d'An-
san, 6, rue Bocc|dor (8^), de 2 h. à 6 heures). -
La défense catholique
Manifestation grandiose
à Saint-Brieuc
Une manifestation qui a réuni plus de
trente mille personnes s'est déroulée hier
dans les rues de Saint-Brieuc. Toute la
matinée, les trains départementaux^ ont
déversé un flot de manifestants qui, à une
heure de l'après-midi, se sont groupés en
un cortège imposant. En tête, on remar
quait Mgr Serrand, évêque de Saint-Brieuc
et de Tréguier, le général de Castelnau,
M. l'abbé Mûller et de nombreux parle
mentaires. Le premier groupe de manifes-,
tants était composé d'officiers de la Lé
gion d'honneur au titre militaire et de
prêtres médaillés militaires. Plusieurs mu
siques figuraient'dans le cortège, au-dessus
duquel flottaient de nombreux drapeaux.
Les habitants des arrondissements et des
communes du département avaient été
placés par ordre alphabétique. Le cortège
a défilé pendant plus d'une heure et de
mie, dans la plus grande discipline, en
s'arrêtant pour saluer le monument aux
morts.
En arrivant sur la place Saint-Michel,
tous les porte-drapeaux sont allés se ran
ger au pied de l'église, dont les tours
étaient pavoisées- Puis, tandis que la foule
envahissait la place, les discours ont com
mencé.
Après _ quelques paroles de bienvenue
prononcées ' par M. Genetay, adjoint au
maire, président du comité d'organisation,
MM- Epivent et Victor Le Guen, député,
prennent la parole. •
M. l'abbé Mûller, député de Strasbourg,
apporte aux Bretons le sâlut de l'Alsace.
Le général de Castelnau déclare :
— Qui donc a parlé de guerre? Ce n'est
pas nous, mais si on veut nous la faire,
vous venez de montrer que vous ne la re
doutez pas.
Enfin, Mgr Serrand félicite ses fidèles
d'être venus en aussi grand nombre.
— Vous voulez montrer, dit-il, que le
citoyen catholique ; ne doit pas être consi
déré comme un citoyen inférieur et que
vous ne voulez plus être menacés dans
l'exercice de votre liberté religieuse.
Le. général de Castelnau a .été l'objet de.
chaleureuses- ovations;'
L'AfTIIW FRW4IS[ 01 «MMUIIK
(Hebdomadaire 'rural) ,
Léon Daudet : Plainte directe contre les assas
sins. — Jacques Bainville : L'approche de
l'heure, critique. — Firmin Bacconnier . Au
Jour le Jour. — Eugène Marsan : La bonne
vie des Soviets (chanson). — Léon Allard :
Salon de la Machine agricole » et Foire des
semences de Paris. — Noël Frances : Les faits
de la aïemaine. — R. B. : Revue de la Presse.
Chroniques régionales. — Cours et marchés. —
Vie financière. — Le Polager. — Le Troupeau.
— La Maison. — Le coin des Enfants.
Dessin de J. Sennep
Abonnements
Un an 10 fr.
Six mois 5 50
Le ntiméro 20 centimes
Un eflei
qui paraît manqué
Quelques personnes (des psychologues !)
prétendent que le discours de M. Herriot
était inspiré par le dépit que lui a causé
l'évolution politique de l'Allemagne vers
la droite et par le dessein de donner un
appui aux partis de gauche. S'il en était
ainsi, si ces sortes d'effet pouvaient se pro
duire à volonté, le jeu de bascule serait
parfait. Lorsque la France faiblit, lors
qu'elle donne l'impression que, selon le
mot de Maximilien Harden, « sa volonté
désarme », les Allemands se raidissent. Et
quand la France se ressaisit, c'est en Aile
magne qu'on file doux vers la démocratie
et le moindre effort
Hasard ou non, il est certain que le
mouvement vers la droite s'est accéléré en
Allemagne depuis que le gouvernement
français est à gauche. Tout dépend, per
sonne ne l'ignore, du Centre catholique. Le
Centre avait trahi .la République au Reichs-
tag. Que ferait-il au Landtag prussien ?
En Prusse, les gros contingents catho
liques se trouvent en pays conquis, chez
les « Prussiens forcés », dans la région rhé-
no-westphalienne. Comment peut-on agir sur
eux ? Par l'idée d'une occupation intermi
nable. Par la crainte que la folie des gens
qui sont de l'autre côté de l'Elbe provoque
une guerre dont le théâtre serait la rive
gauche du Rhin. Voilà ce qui peut détour
ner le Centre des partis allemands qui
représentent plus spécialement la revanche.
A une condition toutefois : c'est que les
catholiques de Rhénanie et de Westphalie
prennent au sérieux la volonté de résis
tance du gouvernement français et ne
redoutent pas un Kulturkampf plus qu'autre
chose.
Or l'attitude du Centre reste ambiguë. Si,
j vendredi, le socialiste Braun a été, grâce à
( lui, réélu ministre-président en Prusse, c'est
l, à une infime majorité et dans des conditions
£ précaires. La fraction catholique s'était,
) d'ailleurs, copieusement disputée avant le
vote. Aussitôt après, elle a réclamé un élar
gissement de la majorité vers la droite.
Autant dire que le ministère Braun est pro
visoire et l'avenir du gouvernement prus
sien toujours aussi douteux.
D'où il faut conclure que, si une action
a été produite sur la vie politique alle
mande par le discours de M. Herriot, elle
a été très faible, presque indiscernable. Les
ménagements, la renonciation à la Ruhr
n'avaient pas arrêté le mouvement vers la
droite. Le discours de l'autre semaine, qui
pouvait être interprété comme une tentative
de redressement, n'a pour ainsi dire rien
donné. L'Allemagne semble bien échapper
à toute influence morale qui cherche à
s'exercer du dehors. — J. B.
L'ACTION FRANÇAISE DANS LE NORD
Léon Daudet acclamé à Lille
Une réunion triomphale. — Aucun inci
dent. — Le fiasco de la mobilisation
révolutionnaire.
(De nos envoyés spéciaux.)
Le défi a été relevé. Socialistes et com
munistes avaient, pendant quinze jours,
lancé appel sur appel, couvert les murs de
Lille et de la région d'affiches provocatri
ces et répété que Léon Daudet ne parle
rait pas dans cette ville. Telle était leur
décision. Léon Daudet avait dit qu'il vien
drait à Lille, VAction française avait an
noncé qu'une réunion serait tenue à Lille.
Cette réunion a été tenue et elle r a été
triomphale. Daudet a parlé et il a été fré
nétiquement acclamé. Nos amis répon
daient de l'ordre dans la salle : Pas une
interruption, pas un cri n'ont troublé la
séance!
La responsabilité de l'ordre dans la
rue revenait à la municipalité socialiste.
Le , préfet, représentant du gouverne
ment, avait abdiqué purement et simple
ment entre les mains de celle-ci : « Dé
légués officiellement par la municipa
lité », ainsi que l'annonçait le Réveil du
Nord, organe socialiste, les citoyens Saint-
Venant, député, et Ragheboom, ont tenu
une permanence à la Préfecture « pour
prendre les mesure s nécessaires en cas
d'incident ».
On avait d'ailleurs bien fait les choses :
400 gendarmes à pied et à cheval avaient
été amenés des pays environnants. Des par
trouilles de cavaliers ont circulé sans in
terruption dans les rues- Les places et tes
points stratégiques ont été solidement oc
cupés. Non seulement toute la police, en
tenue et en civil, était sur pied, mais la
Sûreté générale lui avait envoyé des ren
forts.
Ce déploiement de forces était dirigé
contre VAction française beaucoup plus
que contre les révolutionnaires. Car les
mêmes socialistes avaient convoqué le ban
et l'arrière-ban de leurs fidèles. Sous les
auspices de la municipalité et de la police,
ils avaient fait, pour un jour, alliance avec
leurs rivaux communistes et Us formèrent
an même cortège. Les communistes, eux,
avaient fait appel à leurs organisations
dans un rayon qui comprenait non seule
ment les villes industrielles du Nord, •iais
jusqu'à Amiens et Soissons. Enfin, une
équipe d'anarch ! sies avait été envoyée de
Paris. Ajoutons que les étrangers n'avaient
pas été oubliés. La veille en qare de
Douai, on avait pu voir un organisateur
mystérieux distribuant à un fort contin
gent d'ouvriers polonais des billets de che
min de ter et de l'argent de poche.
Ce grand effort a abouti à un résultat
piteux : cinq à six mille manifestants de
tout poil, précédés d'une fanfare et enca
drés par les agents, se sont bien diriges
du côté de la réunion de l'Action françai
se, mais, arrivés à la porte, ils ont sage
ment passé outre sans donner suite à leurs
projets offensifs. Ils ont été la risée de
toute la ville.
Finalement, conscients eux-mêmes de
leur piteux échec, et se le reprochant mu
tuellement, socialistes et communistes en
sont venus à se battre entre'eux !
Pendant cc temps, l'Hippodrome, plein
à craquer, retentissait des cris unanimes
de « Vive la France ! Vive le Roi ! Vive
Daudet ! »
A l 'Hippodrome
L'aspect de l'immense salle de l'Hippo
drome, à 3 heures, montrait superbement
quel cas les amis de l'Action française
avaient fait des menaces socialistes ç. com
munistes. 6.000 personnes se pressaient
en face de la scène, en bas, en haut, dans
les galeries et les gradins. Léon Daudet,
présent en chair et en os, en dépit de tou
tes les rodomontades herriotistes et radi-
calo-socialistes; Léon Daudet accueilli
par une ovation absolument indescripti
ble, immense par son unanimité et par "sa
force; tout cela, c'était déjà une réponse
magnifique au défi de nos adversaires.
Mais la réunion marqua davantage en
core la force de l'Action française et dé-
Lundi 2 février 1925
48 centimes. Seirb bt Seibb-it-Oisb
20 centimes Départements et Colosies
ABONNEMENTS: finis. SiiMoâ. Trakïorè,
France et Colonies. £8 fr. s5 fr. z3 fr.
Etranger ......... 81 » » ai a
Chèque postal r Compte 33.900 Puis.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÉANS
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent la FrwKjek'»*;^
RÉDACTION « ADMINISTB ATIOH :
U, ree de Home. PARIS (&)
Adresse télégraphique ; ACTIOFBAK -paris
Téléphoné : Administration : Louvre 36-49,
Rédaction Centra] 75-44 Publicité : Central 74-77
Après 10 heures du soir : Ségur 11 -cs
Begistre de Commerce ; Seine N" j8.58a
Fondateur : HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques LÉON DAUDET et CHARLES MAIJRRAS •— Rédacteur en chet s MAURICE PUJO
L'INSTRUCTION SUR LA MORT
DE PHILIPPE DAUDET
- - (VBMMBHmnsaanaBHDaKainnaMBBMBB'
Au Parquet , on semble très préoccupé par la nouvelle
plainte déposée par M. Léon Daudet au sujet de la mort do
son fils et on considère que loin d'être close, cette affaire
ne fait que commencer. On aurait seulement voulu qu'elle
ait moins de 1 retentissement, car, non seulement tous les
journaux de province s'en occupent mais les journaux
étrangers publient de nombreux articles qui sont loin d'être
favorables à la police française.
« LA PRESSE-ASSOCIEE »
A PROPOS DE L'ASSASSINAT DE PHILIPPE
Presse de Province
et Presse de Paris
Un phénomène, remarqué, de longue
date, par les bons observateurs, vient
d'apparaître dans une éclatante lumière,
à l'occasion du nouveau tournant de l'af
faire de mon malheureux petit garçon
ce phénomène, c'est l'étonnante indépen
dance et liberté d'allures de la presse
de province, de tous les partis, par rap
port à la presse ce Paris, notamment à
la presse de Paris dite « de grande infor
mation ». Car je dois faire une excep
tion de premiei plan pour le Rappel —
où a paru l'article décisif de du Mesnil
— pour la Liberté , pour le Figaro, pour
le Gaulois, pour YEclair, pour l'Evéne
ment, pour le Quotidien lui-même, et
aussi pour le Temps, les Débdts et la
Croix, plus retenus dans leur allure,
mais qui n'en ont pas moins. mis leurs
lecteurs au courant des phases de cette
lutte tragique contre des parents, dont
quelques hauts policiers ont assassiné le
petit garçon, et ces hauts policiers, s'ef-
forçant d'étouffer là plainte, l'instruc
tion, menée pa» ut juge timoré, acquis
à leur fable, et la nouvelle plainte.
Ajoutez à d'autres sujets d'étonnement
que l'enfant, tué lâchement et avec pré
méditation, est le fils d'un journaliste de
métier ; ce qui ajoute à l'opprobre des
journalistes tels que Gustave Hervé, qui
passent - ce drame confraternel sous
silence, et affectent de voir, dans une
campagne pour la Justice, les billevesées
d'un père « égaré par la douleur ». Hervé
a reçu la consljno de Millerand. Ce néo
converti ignore l'importance du sang de
l'agneau. On voit bien qu'il n'u pas d'en
fant. , ■ ■
Il me serait impossible de remercier
ici; individuellement, comme je le de-,
vrais, tous les confrères de province qui
consacrent au plus grand crime politique
— et au plus ténébreux — du temps
contemporain, des articles réfléchis, do
cumentés, sagaces, me révélant parfois à
moi, qui ai relu cent fois mon dossier,
et dirige toutes les enquetes effica
ces, des points de vue nouveaux et im
portants. La somme de talent eJ de pers
picacité qui se dépense dans les grands,
moyens et petits régionaux, est quelque
choge de remarquable et de réconfortant.
On comprend que le Journal, le Matin,
VEcho de Paris et même le Petit Pari
sien, passent, dans les provinces, bien
après les feuilles, régionales et départe
mentales, qui non'seulement renseignent
sur la région, mais encore renseignent
plus exactement, plus honnêtement et
plus librement, sur Paris, que les tapa
geuses feuilles parisiennes en question.
Pourquoi cela ?
J1 y a d'abord les raisons énumérées,
pax Maurras, dans l'Avenir de Inintel
ligence, raisons d'ordre général, politique
et financier: qui ont annihilé l'indépen
dance de la presse à fort tirage et à
grande dépense, presse commerciale diri
gée par des hommes d'affaire^, dans le
temps même où cette presse asservie pro
clamait «uniquement sa liberté. La presse
qui vit du fait divers, et des bobards et
blagues de police, concernant lè fait
divers [chat jaune et noir, etc...] a na
turellement besoin de la police pour ali
menter ses rubriques. D'où l'épouvante
qu'éprouve un journal tel que le Jour
nal à faire savoir à ses lecteurs qu'un
homme de lettres accuse quatre hauts po-
liciers d'avoir assassiné son fils, poursuit
nommément ces policiers, et se déclare
prêt à fournir la preuve publique de ses
accusations. La sanglante sentine qu'est
devenue, en démocratie, la police poli
tique, commande à la police cri
minelle » — je veux dire judiciaire —
qu'elle terrorise. Alors que les présidents
de République et du Conseil, et les di
vers ministres passent, les hauts policiers,
les Marlier, les Lannes, les Delange, les
Dumas, les Ducrocq, les Lebreton de
meurent. Leur personnel sait que les
« huiles » politiques sont démunies, dé
semparées et timides devant les affirma
tions et les manœuvres de leurs chefs
divers. Quelquefois, comme c'est le cas
de Lannes, beau-frère de Poincaré — et
qui a un passé plutôt chargé, à tous
points de vue — ce haut policier ne vient
même pas à la Boîte. Il travaille de loin,
sur dossiers, et mande à son domicile un
Provensal ou un Delange, auxquels il
communique les renseignements de ses
indicateurs, un Flaoutter, un Colomer,
un Lecoin, un Henri Faure, etc... « Ces
messieurs », dans de telles conditions,
font la nique même aux magistrats. Ils
font leur presse, rédigent et expédient
' des communiqués, décernent l'éloge et le
blâme, dispensent l'accusation infamante,
font chanter, volent, internent,- assas
sinent impunément.
Par la police des jeux, par la police
des mœurs — effroyable cloaque, l'une
et l'antre — la police politique de la
Sûreté générale [Lanaes-Delange] et des
Renseignements généraux [Lebreton]
tient plusieurs « directeurs » de jour
naux, qui redoutent les embêtements et
les affaires. Il faut une remarquable li
berté de mouvements et un réel courage
pour écrire l'article que ce vaillant et
humain du Mesnil a écrit, l'autre jour,
dans le Rappel. Le sang de mon bon petit
Philippe en est la preuve. Un Poincaré,
un Millerand, si farauds à la Chambre,
au Sénat, dans les Académies, tremblent
et font dans leur culotte, à la pensée de
la police politique, des inventions dia
boliques et sadiques "des quelques ca
nailles haut placées dont dépendent
l'honneur et la vie des citoyens. Chacun
d'eux a Bon haut policier [Poincaré a
son beau-frère Lannes, Millerand avait
Marlier] qui l'avertit des embûches pos
sibles, l'effraye à plaisir, le trahit en
dessous ; chacun d'eux ne se meut poli
tiquement que dans l'ombre dudit « ange
gardien ». Comment s'étonner après cela
de la servilité de types tels- que Henri
Letellier — hier encore patron du Jour
nal — et que, chaque nuit, on ramasse
ivre dans nn bar, ou dans un claque-
dents, son nez colossal à côté de lui !
Les gens, même directeurs de grands
journaux d'information parisienne, sont
moins méchants qu'ils ne .sont lâches.
La peur mène tout. Une vieille canaille,
telle que Louis Lépine — de l 'Académie
des Sciences morales — a tenu et ma
nœuvré, par la peur de leurs prétendus
dossiers, deux générations de salon
nards des deux sexes et de politiciens.
Le jour où je vous raconterai l'histoire
vraie des bandits en automobile et du
débarquement de Louis Lépine, vous se
rez stupéfaits. Il y en a comme cela à la
pelle. C'est ce qui vous explique la frousse
éperdue du « chef » 'Millerand [père
de Jean Millerand], quand il s'est agi
de toucher à Marlier, et ses rugissements
en conseil des ministres.
Ce qu'on dit, dans ces feuilles
à'si gros tirage, et d'influence, en somme,
si limitée, c'est la peur, la peur, et encore
la peur. Pour paraphraser le fameux
titre de l'article d'André Chénier, qui
coûta la vie à ce poète sublime, on pour
rait les appeler, ces palais du mensonge
par omission, déformation, et frousse
surtout : lés Hôtels de la peur.
Quatre années de censure [exercée par
le gnome Alexandre Varenne, le pou
Armand Charpentier, le bon comman-
.dant Nuzillard, le cher papa... [son nom
m'échappe] qui avait un tromblon à
bords plats et de longs cheveux, et qui
est maire de Saint-Ouen-aux-Rillettes]...
quatre années de coups de téléphone
anastasiques ont naturellement décuplé
cet aplatissement du quatrième pouvoir,
devant le Coupe-bourse de finance et le
Croquemitaine policier.
Bref, la presse de province, conserva
trice ou républicaine, se tient. Elle
existe; elle vit. Elle réflète une opinion
saine et normale. Elle se passionne pour
une question de justice, pour l'assassi
nat concerté d'un enfant.
La presse de grande information dé
Paris est, sous son flamboiement et ses
paillettes, une pauvre fille encartée, et
qu'une menace de « ces messieurs » fait
rentrer sous terre. En politique, elle
demande chaque soir des ordres au gou
vernement, une inspiration, une impul
sion ; et, cela, quel que soit le gouver
nement.
En 1918, 1919, éloges foudroyants de
Clemenceau. Si jamais Mandel écrit ses
mémoires à ce sujet, on rira bien. Mais
il est capablè de ne pas les écrire, par
cette délectation du gourmet égoïste, qui
ne donne pas ses bonnes recettes. En
1920, éloges non moins foudroyants de
Millerandus, dit « Touxondû » [Tout-
son-du\. En 1921, prosternement devant
Ristide, dévotions à Ristide, lauriers à
Ristide. En 1922-1923, reptation convul-
sive, torsions spiraloïdes sur le sol, en
l'honneur de Raymond Poincaré... Que
demain, par le progrès « de la démocra
tie et du droit », Cathin ou Renaud Jean
prenne le pouvoir, et ce sera un écra
sement, devant lenrs palais soviétiques,
des ventres dorés de grande information.
On s'inscrira, pour leur lécher les pieds,
jusqu'au fond du hall de l'Intransigeant.
Car c'est un fait que, pour me repré
senter la presse esclave de mon bon vieux
Paris, je songe d'abord à petit Bailby,
au multimillionnaire et multilarbinaire
Bailby, assis, 1.. langue pendante, comme
un petit chien fatigué, en ire les doigts
de pied sanglants de « monsieur Mar
lier », de « monsieur Langes », de « mon
sieur Delange ».
— Sucerai-je, papa ?
— Suce, petit Bailby !
Léon DAUDET.
LA POLITIQU
I. Rappelez Sarrail !
Conclusion pratique à la dernière séance
de la Chambre : le rappel du général Sar
rail s'impose.
Et nous ne voulons pas tirer d'abord
argument des griefs substantiels alignés
par les orateurs de l'opposition. Nous
nous en tenons aux paroles et aux silences
du président du Conseil, aux déclarations
et aux rectifications du rapporteur car-
telliste. La question est fort simple. Sui
vant la thèse de M. Herriot, le générai
Sarrail et le général Weygand, étant deux
chefs militaires d'égal renom et d'égal
mérite, étaient, en décembre, interchan
geables'. M. Herriot refuse d'admettre que
les partis pris politiques de l'un et 1 e
réussite diplomatique de l'autre . rom
paient, en matière syrienne, cette égalité
militaire. Admettons provisoirement. Ad
mettons qu'en décembre, lorsque Sarraii
s'embarquait pour Beyrouth et Weygand
pour Marseille, leurs deux noms, leurs
deux êtres schématiques étaient devant 1
le monie de même valeur et de même
signe. Admettons même que cette égalité,
contrairement aux lois de la physique,
n'eût- pas suffi à maintenir en place le
premier occupant. Admettons la légitimité
du coup de pouce gouvernemental. Ad
mettons tout.
Nous ne sommes . plus en décembre :
nous sommes en février. Et nous enregis
trons ceci : le général Weygand avait été
rappelé, suivant le mot de M. Herriot lui-
meme, « sans qu'on eût rien à lui repro
cher». Or, suivant le mot du rapporteur
Simon lui-même, son successeur a déjà
mérité un reproche, reproche qui, limé,'
minimisé, reste énorme : ce diplomate, ce
représentant de la France a commis, dit
M. Simon, une «faute de psychologie».
Quand il s'agit de diplomatie, rien n'est
plus grave. Dès lors, le Cartel reconnaît
que' l'égalité abstraite des deux hommes
est rompue. Le rappel du général Sarrail
tient en puissance dans les deux plai
doyers de MM. Herriot et Simon.
II. Rappelez Sarrail !
Mais, si l'on s'évade de ces sophismes.
quel abominable- spectacle ! Lisez les ex
plications qu M. Herriot a données dé 1s
nomination Sarrail :
La vérité, c'est qu'une grave injustice
avait été commise à l'égard d'un homme
qui a été un des plus glorieux solaats de
la France, qui a joué dans la bataille de
la Marne un rôle décisif et qui, en Orient,
là où le front ennemi s'est rompu pour la
première fois, a représente admirablement
la France. (Il n'y était plus depuis un an 1)
Nous avons simplement rétabli la jus
tice violée à l'égard d'un grand général
qu'on a voulu tenir à l'écart parce qu'il
était, en même temps qu'ardent patriote,
sincèrement républicain.
C'est donc pour lui, en 11e songeant qu'à
lui qu'on a nommé Sarrail! On n'a pas
consulté les intérêts de la Syrie, de la
France en Syrie, de la paix en Orient,
intérêts qui, "tous, exigeaient le maintien
du bon ouvrier qui connaissait bien sa
tâche. Qu'importait la justice envers notre
pays, envers les peuples qui nous étaient
confiés? La «justice» du parti exigeait
un poste pour la « Victime » : Fez, Bey
routh ou Paris, il lui fallait un fief. Il a
choisi. Les min:'.:;ires ont obéi. Voilà qui
en dit long sur les méthodes de notre gou
vernement. La devise de M. Herriot, c'est
l'absoluli.s vie dans la faveur.
Quant aux méthodes du général Sarrail,
où M. Simon ne veut voir que des « fautes
de psychologie», elles passent ,en scan
dale celles de ses répondants parisiens :
un nouvel administrateur, quelles que
soient ses intentions, se réserve quelqiles
semaines pour connaître l'affaire, le per
sonnel, la machine sociale dont il reçoit
la charge. Un Sarrail procède à l'inverse :
exécution du général Vandenbcrg, boule
versements à l'état-major, disso ution du
Conseil représentatif, élections nouvelles :
autant de « décisions au débotté », comme
a dit M. Désiré Ferry. Et, ce disant, M.
Ferry restait fort indulgent, puisque c'est
de France, avant de s'embarquer, que
Sarrail avait « remplacé » le chef d'état-
major, le général adjoint, le gouverneur
du Haut-Liban et de nombreux officiers
du Haut Commissariat.
U faut toute la mauvaise foi de M. Her
riot pour nier l'évidence. Ce malheureux,
qui découvrait l'autre jour l'histoire de
nos déboires interalliés et les racontait à
la Chambre, comme une nouveauté, comme
une reconstitution de lui, Herriot, due à
son intelligence- et à sa patience d'archi
viste, ce malheureux qui entrevoit, par
éclairs, la menace allemande comme M.
Briand entrevoyait, par lueurs, la gépgra-
phie du Rhin, ce malheureux ignore, des
affaires de Syrie, ce que sait le plus dis
trait lecteur des feuilles d'agence. Voici la
version du fantoche officiel:
Il y a malheureusement des factions en
Syrie ; si le général Sarrail a été accueilli
par certains avec faveur, il n'est psts im
possible que d'autres l'aient accueilli avec
moins dé faveur.
Il n'est pas impossible ?... L'hypocrite !
Du temps de Weygand, a-t-on vu les re
présentants du Liban dressés contre les
premiers actes du Haut Commissaire ?
A-t-on jamais vu suspendre un grand jour
nal du pays ? A-t-on jamais entendu pa
reille protestation des chefs religieux qui,
chez ces chrétiens d'Orient comme chez
les Arabes, sont les intermédiaires dési
gnés du pouvoir politique ? Il n'est pas
impossible, dit notre Tartufe ! Et il pré
tend établir entre les « factions » sy
riennes, un équilibre dont le premier voyà-
geur venu peut lui certifier l'inexistence !
D'ailleurs, même si cet équilibre exis
tait ? Même si les Maronites, au lieu d'être
une sensible majorité, n'étaient qu'une
« faction » entre les autres ? Le rappor
teur Simon n'a-t-il pas reconnu que c'était
sur eux que $' a PP n y a it « l'influence fran
çaise» ? Oui, l'influence française : M.
Simon n'a pas dit la politique française
ni les intrigues françaises ; il a dit l'in
fluence ; car l'appui maronite n'est pas le
fruit de négociations récentes, le bénéfice
d'un contrat artificiel et révocable ; non,
en l'absence comme en présence de la
France, les Maronites ont été pour nous
des alliés naturels, des amis persécutés
par nos ennemis, de véritables Français
de 3a première heure. Même s'ils n'étaient
qu'un petit nombre, une telle qualité, une
telle sûreté ne commandait-elle pas, du
côté français, du côté Sarrail, quelque
■considération ? Heureux les gouverneurs
qui trouvent, à pied d'oeuvre, de tels dé
vouements ! Mais comment l'homme qui;
est venu dire, à la barre du procès Ber-
ton, son horreur physique du prêtre et du
viatique, comment pouvait-il garder son
sang-froid devant les églises syriennes ?
III. Rappelez Sarrail !
Nous avons raisonné, jusqu'à présent,
comme si M. Herriot, dans l'affaire Sar
rail, n'avait pas menti quant aux faits.
Bien entendu, il a menti. L'agence Havas
a communiqué à la presse le résumé d'un
article de l'Osservatore romano qui ré
pond, point par point, aux affirmations
-iki' gouvernement' îrapçais. Réponse que
nul ne lira sans douleur, car elle oppose
à chaque ligne la patiente habileté des
fondateurs de notre hégémonie orientale,
et la haineuse brutalité de nos liquidateurs
de hasard.
L'Osservatore romano rappelle d'abord
l'origine même de nos prérogatives \ elles
étaient doubles, concédées, les unes par
la Porte, les autres par le Saint-Siège. C'est
de la Porte que les rois de France avaieni
obtenu le droit notninal de protéger les
chrétiens de l'empire turc. Mais ce n'était
encore qu'un privilège théorique, qui a,
d'ailleurs, été successivement accordé à
l'Autriche, à l'Angleterre, aux Pays-Bas, à
la République vénitienne, sans que ces
puissances en aient pu tirer profit :
Le droit de la France à protéger les
catholiques en Orient était plus nominal
que réel ; mais, en faveur de la France,
intervint le Saint-Siège qui donna à la
France le mandat exclusif .de protéger les
catholiques en Orient, ordonna à ceux-ci
de s'adresser aux agents français avec dé
fense de faire appel aux autres. A la suite
de cette décision, tous les autres gouver
nements avaient bien le droit de protéger
mais n'avaient pas de sujets à protéger,
même leurs propres ressortissants ^ui
s'adressaient aux agents français. Sans cet
ordre, les religieux auraient, préféré s'a
dresser à leur propre gouvernement,, et lè
protectorat français en Orient eût été bien
tôt fini. La France tenait donc, des capi
tulations, le droit de protéger et, du Saint-
Siège, les sujets à protéger. Le protectorat
français, dans son sens historique, repo
sait donc en Orient sur ces deux bases.
- Or, le protectorat français a été sup
primé par l'article 24 du" traité de Lau
sanne. Que devenaient alors les privilèges
religieux du représentant de la France ?
M. Herriot a parlé des honneurs litur
giques, attachés au protectorat ; en effet,
le Saint-Siège, qui a toujours favorisé le
protectorat français en Orient, pour sou
tenir le haut prestige de la vuissance pro
tectrice aux yeux des Orientaux et pour
amener plus facilement les communautés
religieuses non françaises à obéir aux or
dres donnés, a concédé aux représentants
de la France certains honneurs dans des
solennités religieuses déterminées. Ces
honneurs furent librement et directement
concédés par le Sainl-Siège, en même
temps, d'ailleurs, que l'attribution du pro
tectorat. Ce protectorat ayant cessé, les
honneurs liturgiques cessaient, en consé
quence, en même temps.
L'Eglise, cependant, par égard pour la
France, les avait maintenus jusqu'en 1924.
Dans quelles conditions ont-ils été sup
primés, à Jérusalem d'abord, puis à Bev-
routh? 3
L'Osservatore romano, faisant allusion
aux paroles de M. Herriot, au sujet de la
suppression des honneurs liturgiques aux
représentants de la France à Jérusalem, à
l'occasion des fêtes de Pâques 1924, dé-,
clare que le Saint-Siège ne fit que se con
former à la renonciation de la France
aux honneurs liturgiques et à la réponse
de la puissance mandataire. L'Osservatore
romano ajoute que le nouveau gouverneur,
à son arrivée, fut invité à la réception
solennelle qu'on avait l'habitude de faire
à ^ l'église. Le général Sarrail répondit
d'une manière pas trop aimable, en dé
clarant qu'il n'aimait pas assister a des
cérémonies dans une église. Naturelle
ment, le délégué apostolique ne l'invitera
plus. -
M. Herriot a déclaré à la Chambre que
le général avait accepté « les honneurs
qu'on appelle consulaires » et qu'il avait
refusé <1 les honneurs qui lui étaient of
ferts à titre privé, sans aucune espèce
d'obligation d. Cette distinction n'existe
pas, car l invitation autant que le refus'
se rapportaient aux honneurs liturgiques
que l'on rend habituellement depuis des
siècles aux représentants de la France.
La réponse de l'Osservatore contient'
d'autres démentis. Tenons-nous-en à ce
lui-là. M. Herriot est pris le mensonge aux
lèvres. On n'avait pas-entendu pareille ef
fronterie depuis le jour où M, Briand avait
affirmé .à la Chambre, pour écarter d'un
effort suprême la Part du Combattant, que
le traité de Versailles nous interdisait de
disposer à notre gré de l'argent de la
Sarre.
Mais laissons M. Herriot à sa honte : la
mise au point de l'Osservatore ne permet
plus de douter que, dans la question des
honneurs liturgiques, le général Sarrail
ait gravement compromis l'intérêt fran
çais qui lui était confié. Ce n'est pas une
«faute de psychologie». C'est une faute
tout court. Professionnelle, morale, na
tionale. Quand le rappelez-vous ?
INTERIM
ÉOJEZO®
Nouvelle note sur la myopie.
Pour nous faire bien comprendre, nous di:acs
que c'est par étapes successives que l'on arrive
à supprimer les verres par la méthode de M. Roger
d'Ancan et qu'une fois acquise la guérison est dé
finitive. (Voir Bulletin de l'Académie de Méde
cine, du 16 janvier 1917, et s'adresser à M. d'An-
san, 6, rue Bocc|dor (8^), de 2 h. à 6 heures). -
La défense catholique
Manifestation grandiose
à Saint-Brieuc
Une manifestation qui a réuni plus de
trente mille personnes s'est déroulée hier
dans les rues de Saint-Brieuc. Toute la
matinée, les trains départementaux^ ont
déversé un flot de manifestants qui, à une
heure de l'après-midi, se sont groupés en
un cortège imposant. En tête, on remar
quait Mgr Serrand, évêque de Saint-Brieuc
et de Tréguier, le général de Castelnau,
M. l'abbé Mûller et de nombreux parle
mentaires. Le premier groupe de manifes-,
tants était composé d'officiers de la Lé
gion d'honneur au titre militaire et de
prêtres médaillés militaires. Plusieurs mu
siques figuraient'dans le cortège, au-dessus
duquel flottaient de nombreux drapeaux.
Les habitants des arrondissements et des
communes du département avaient été
placés par ordre alphabétique. Le cortège
a défilé pendant plus d'une heure et de
mie, dans la plus grande discipline, en
s'arrêtant pour saluer le monument aux
morts.
En arrivant sur la place Saint-Michel,
tous les porte-drapeaux sont allés se ran
ger au pied de l'église, dont les tours
étaient pavoisées- Puis, tandis que la foule
envahissait la place, les discours ont com
mencé.
Après _ quelques paroles de bienvenue
prononcées ' par M. Genetay, adjoint au
maire, président du comité d'organisation,
MM- Epivent et Victor Le Guen, député,
prennent la parole. •
M. l'abbé Mûller, député de Strasbourg,
apporte aux Bretons le sâlut de l'Alsace.
Le général de Castelnau déclare :
— Qui donc a parlé de guerre? Ce n'est
pas nous, mais si on veut nous la faire,
vous venez de montrer que vous ne la re
doutez pas.
Enfin, Mgr Serrand félicite ses fidèles
d'être venus en aussi grand nombre.
— Vous voulez montrer, dit-il, que le
citoyen catholique ; ne doit pas être consi
déré comme un citoyen inférieur et que
vous ne voulez plus être menacés dans
l'exercice de votre liberté religieuse.
Le. général de Castelnau a .été l'objet de.
chaleureuses- ovations;'
L'AfTIIW FRW4IS[ 01 «MMUIIK
(Hebdomadaire 'rural) ,
Léon Daudet : Plainte directe contre les assas
sins. — Jacques Bainville : L'approche de
l'heure, critique. — Firmin Bacconnier . Au
Jour le Jour. — Eugène Marsan : La bonne
vie des Soviets (chanson). — Léon Allard :
Salon de la Machine agricole » et Foire des
semences de Paris. — Noël Frances : Les faits
de la aïemaine. — R. B. : Revue de la Presse.
Chroniques régionales. — Cours et marchés. —
Vie financière. — Le Polager. — Le Troupeau.
— La Maison. — Le coin des Enfants.
Dessin de J. Sennep
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Le ntiméro 20 centimes
Un eflei
qui paraît manqué
Quelques personnes (des psychologues !)
prétendent que le discours de M. Herriot
était inspiré par le dépit que lui a causé
l'évolution politique de l'Allemagne vers
la droite et par le dessein de donner un
appui aux partis de gauche. S'il en était
ainsi, si ces sortes d'effet pouvaient se pro
duire à volonté, le jeu de bascule serait
parfait. Lorsque la France faiblit, lors
qu'elle donne l'impression que, selon le
mot de Maximilien Harden, « sa volonté
désarme », les Allemands se raidissent. Et
quand la France se ressaisit, c'est en Aile
magne qu'on file doux vers la démocratie
et le moindre effort
Hasard ou non, il est certain que le
mouvement vers la droite s'est accéléré en
Allemagne depuis que le gouvernement
français est à gauche. Tout dépend, per
sonne ne l'ignore, du Centre catholique. Le
Centre avait trahi .la République au Reichs-
tag. Que ferait-il au Landtag prussien ?
En Prusse, les gros contingents catho
liques se trouvent en pays conquis, chez
les « Prussiens forcés », dans la région rhé-
no-westphalienne. Comment peut-on agir sur
eux ? Par l'idée d'une occupation intermi
nable. Par la crainte que la folie des gens
qui sont de l'autre côté de l'Elbe provoque
une guerre dont le théâtre serait la rive
gauche du Rhin. Voilà ce qui peut détour
ner le Centre des partis allemands qui
représentent plus spécialement la revanche.
A une condition toutefois : c'est que les
catholiques de Rhénanie et de Westphalie
prennent au sérieux la volonté de résis
tance du gouvernement français et ne
redoutent pas un Kulturkampf plus qu'autre
chose.
Or l'attitude du Centre reste ambiguë. Si,
j vendredi, le socialiste Braun a été, grâce à
( lui, réélu ministre-président en Prusse, c'est
l, à une infime majorité et dans des conditions
£ précaires. La fraction catholique s'était,
) d'ailleurs, copieusement disputée avant le
vote. Aussitôt après, elle a réclamé un élar
gissement de la majorité vers la droite.
Autant dire que le ministère Braun est pro
visoire et l'avenir du gouvernement prus
sien toujours aussi douteux.
D'où il faut conclure que, si une action
a été produite sur la vie politique alle
mande par le discours de M. Herriot, elle
a été très faible, presque indiscernable. Les
ménagements, la renonciation à la Ruhr
n'avaient pas arrêté le mouvement vers la
droite. Le discours de l'autre semaine, qui
pouvait être interprété comme une tentative
de redressement, n'a pour ainsi dire rien
donné. L'Allemagne semble bien échapper
à toute influence morale qui cherche à
s'exercer du dehors. — J. B.
L'ACTION FRANÇAISE DANS LE NORD
Léon Daudet acclamé à Lille
Une réunion triomphale. — Aucun inci
dent. — Le fiasco de la mobilisation
révolutionnaire.
(De nos envoyés spéciaux.)
Le défi a été relevé. Socialistes et com
munistes avaient, pendant quinze jours,
lancé appel sur appel, couvert les murs de
Lille et de la région d'affiches provocatri
ces et répété que Léon Daudet ne parle
rait pas dans cette ville. Telle était leur
décision. Léon Daudet avait dit qu'il vien
drait à Lille, VAction française avait an
noncé qu'une réunion serait tenue à Lille.
Cette réunion a été tenue et elle r a été
triomphale. Daudet a parlé et il a été fré
nétiquement acclamé. Nos amis répon
daient de l'ordre dans la salle : Pas une
interruption, pas un cri n'ont troublé la
séance!
La responsabilité de l'ordre dans la
rue revenait à la municipalité socialiste.
Le , préfet, représentant du gouverne
ment, avait abdiqué purement et simple
ment entre les mains de celle-ci : « Dé
légués officiellement par la municipa
lité », ainsi que l'annonçait le Réveil du
Nord, organe socialiste, les citoyens Saint-
Venant, député, et Ragheboom, ont tenu
une permanence à la Préfecture « pour
prendre les mesure s nécessaires en cas
d'incident ».
On avait d'ailleurs bien fait les choses :
400 gendarmes à pied et à cheval avaient
été amenés des pays environnants. Des par
trouilles de cavaliers ont circulé sans in
terruption dans les rues- Les places et tes
points stratégiques ont été solidement oc
cupés. Non seulement toute la police, en
tenue et en civil, était sur pied, mais la
Sûreté générale lui avait envoyé des ren
forts.
Ce déploiement de forces était dirigé
contre VAction française beaucoup plus
que contre les révolutionnaires. Car les
mêmes socialistes avaient convoqué le ban
et l'arrière-ban de leurs fidèles. Sous les
auspices de la municipalité et de la police,
ils avaient fait, pour un jour, alliance avec
leurs rivaux communistes et Us formèrent
an même cortège. Les communistes, eux,
avaient fait appel à leurs organisations
dans un rayon qui comprenait non seule
ment les villes industrielles du Nord, •iais
jusqu'à Amiens et Soissons. Enfin, une
équipe d'anarch ! sies avait été envoyée de
Paris. Ajoutons que les étrangers n'avaient
pas été oubliés. La veille en qare de
Douai, on avait pu voir un organisateur
mystérieux distribuant à un fort contin
gent d'ouvriers polonais des billets de che
min de ter et de l'argent de poche.
Ce grand effort a abouti à un résultat
piteux : cinq à six mille manifestants de
tout poil, précédés d'une fanfare et enca
drés par les agents, se sont bien diriges
du côté de la réunion de l'Action françai
se, mais, arrivés à la porte, ils ont sage
ment passé outre sans donner suite à leurs
projets offensifs. Ils ont été la risée de
toute la ville.
Finalement, conscients eux-mêmes de
leur piteux échec, et se le reprochant mu
tuellement, socialistes et communistes en
sont venus à se battre entre'eux !
Pendant cc temps, l'Hippodrome, plein
à craquer, retentissait des cris unanimes
de « Vive la France ! Vive le Roi ! Vive
Daudet ! »
A l 'Hippodrome
L'aspect de l'immense salle de l'Hippo
drome, à 3 heures, montrait superbement
quel cas les amis de l'Action française
avaient fait des menaces socialistes ç. com
munistes. 6.000 personnes se pressaient
en face de la scène, en bas, en haut, dans
les galeries et les gradins. Léon Daudet,
présent en chair et en os, en dépit de tou
tes les rodomontades herriotistes et radi-
calo-socialistes; Léon Daudet accueilli
par une ovation absolument indescripti
ble, immense par son unanimité et par "sa
force; tout cela, c'était déjà une réponse
magnifique au défi de nos adversaires.
Mais la réunion marqua davantage en
core la force de l'Action française et dé-
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