Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1925-01-28
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 28 janvier 1925 28 janvier 1925
Description : 1925/01/28 (Numéro 28). 1925/01/28 (Numéro 28).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7622082
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Dix-Huitième année — N° 28
9
Sïercrëdî 281 janvier 1925
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20 centimes. Départements et Colories
ABONNEMENTS: en in. Si» Hois. Mil*.
France et Colonies. 48 frf a5 fr. i3 fr.
Etranger ...... Sq » M sa »
. Chèque postal : Compte 33.900 Paris. ,
ORGANE DU NATIONALISME INTÈGBAL
« Tout ce qui est national est notre, »
Le Duc d'ORLÉÀNS
•héritier des quarante Rots qui cn mllle ans firent la France. .
KSB^TKRH & A.BMIHISTR A.TIQK :
^ i4, me de Rome t PARIS (8*)
Adresse télégraphique : àctïofràn -PA .ris*
Téléphone : Administration : Louvre 36-49, aC-5o
Rédaction • Central 75-44 Publicité : Central 74-77
Après >0 heures du soir : Sogur n-Ctf
Eegistre de Commerce ; Seine 78.583 -
^Fondateur s IIENRI YÀUGEOIS — Directeurs politiques : LEON DAUDET et CHARLES MÀURRÂS Rédacteur en chef s MAURICE PUJO
(C'est aujourd'hui indéniable, personne, je
dis bien, personne, ni dans les milieux judiciaires,
... .|à< - -
ni dans les milieux politiques, n'ose plus parler
de suicide. Un fait est certain : le meurtre.
Philippe Daudet a été tué.
Pierre TAITTINGER
Député de Paris (Liberté)
:t'"A , Wl
Lettre
de Madame Léon Baudet
Léon Daudet a exprimé au directeur
du Matin ce qu'il pensait de l'étrange
« communiqué » que ce journal a publié
dans son numéro d'hier. Nous tenons à
mettre sous les yeux de nos lecteurs la
thèse que M. le juge d'instruction Bar-
naud a cru devoir fournir à notre con
frère :
« À près plus de 14 mois de recherches,
« au cours desquelles des centaines d'opé-
« rations judiciaires et policières furent
« effectuées, audition de témoins, con•
« frontations, perquisitions. diverses, M.
« Bar naud estime que les éléments re
ts. cueillis ne lui permettent de poursui-
« vre directement aucune des personnes,
« sinon nommément désignées par M.
« Daudet dans sa plainte, du. moins très
« nettement visées par lui au cours de
« ses dépositions.
« Clore l'instruction par un non-lieu,
« c'est-à-dire, en somme, conclure au sui-
« cide, parait également impossible au
« magistrat.
«M. Barnaud s'est toujours attaché
« — c'est Vopinion du Palais — à donner
« à M. Léon Daudet, un plaignant que
« sa douleur de père rend particulière-
« ment respectable, toutes les satisfac-
« tions, tous les apaisements désirables.
« Or M. Léon ,Daudet verse à tout
« moment au dossier de nouveaux faits,
« indique de nouveaux sujets d'investi-
« gâtions, dont certains parurent devoir
'< ouvrir à F affaire des horizons nou-
« veaux, mais dont cependant aucun
« jusqu'ici,. n'a . été en définitive retenu
« comme pouvant aboutir au résultat
« préconisé par le plaignant. »
En' regard de cette version un peu trop
intéressée, en réponse à une manœuvre
un peu trop claire, nous reproduisons
ci-dessous le texte de la lettre que Mme
Léon Daudet a été contrainte dadresser,
le 1 janvier dernier, à un juge qui semble
avoir perdu de vue le sentiment des
obligations les plus évidentes de sa char
ge et qui, à cette date-là, était bien loin
d!écarter la « solution » f
Paris, 7 janvier 1925.
Monsieur le Juge,
C'est avec une vive. émotion que j'ai
appris, ces jours derniers, par notre avo
cat, M 0 de Roux, que vous sembliez résolu
à ne pas vouloir poursuivre plus avant
l'instruction de l'affaire de l'assassinat de
notre malheureux enfant, que vous refu
siez les confrontations indispensables que
nous vous, demandions, que vous ne vou
liez pas examiner à fond, la question du
pistolet, enfin que vous souhaitiez bou
cler l'affaire sans la creuser, et rendre,
le plus tôt possible, un non-lieu.
Je ne puis croire, venant de vous, qui
avez le sentiment de l'honneur du juge,
à une pareille iniquité. Car c'en serait
une, et une monstrueuse en l'état actuel
des choses, de renoncer à faire toute la
lumière sur la mort de ce pauvre petit,
ei cruellement calomnié par ceux mêmes
qui l'ont fait tuer. Ce non-lieu ne signi
fierait pas que vous n'avez rien PU trou
ver, car il y a maintenant trop de faits
précis, réels et concordants, dans votre
dossier, pour que vous puissiez affirmer
une telle contre-vérité ; mais il signifie
rait que.vous n'avez rien VOULU trouver,
que vous n'avez pas osé trouver, que vous
avez eu peur du scandale de la vérité,
que vous avez opposé à tous nos efforts,
à toutes nos recherches, un mauvais vou
loir évident, line force d'inertie détesta-
Lie, afin de ne pas aboutir â la découverte
du meurtre.
Voilà des mois, hélas ! M. le Juge,
que j'ai pressenti, puis compris, du fond
de mon horrible douleur, votre état d'es
prit. Dès que vous avez vu .apparaître,
dans votre instruction, ces silhouettes de
policiers, le piège policier tendu à Ane
innocente victiipe, ces dépositions de poli
ciers remplies de mensonges et d'invrai
semblances, vous êtes devenu d'une éton
nante prudence, vous vous êtes méfié,
non pas de ces gens-là. mais de ce qu'ils
pouvaient vous apporter, de la terrible
vérité qu'ils pouvaient faire éclater, com
pte une bombe, dans votre cabinet, et
£ous avez évité soigneusement toute me
sure pouvant amener l'éclatement de cette
bombe.
Pouvez-vous affirmer, M. le Juge, que,
si l'affaire n'avait pas mis en cause la
police, vous l'auriez conduite de la même
façon ?
N'auriez-vous pas procédé à des arres
tations ?
Apriez-vottg laissé en liberté l'anar
chiste Groffy, chez qui l'on a trouvé la
valise et les petites affaires de Philippe ?
Auriez-vous laissé en liberté cet im
monde Flaoutter, si visiblement complice
du meurtre, qui va voir le cadavre de
l'enfant à l'hôpital, le reconnaît et s'en
va sans rien dire ? ? ?
Ne les auriez-vous pas fait arrêter ?
Je suis bien sûre que si !...
Et quand, au début de l'instruction,
■Vidal, pressé de questions, a eu un mo-,
ment de dépression nerveuse et s'est mis
à pleurer dans votre cabinet, pourquoi
n'avez-vous pas profité de sa fatigue pour
l'épuiser encore davantage et lui faire
dire ce qtj^il savait ? Pourquoi lui avez-
vous donné le temps d.. se reprendre, en 1
le renvoyant au lendemain ?
Et les pleurnicheries et protestations
de M. Lannes vous auraient-elles fait le
même effet, s'il n'avait pas été le' beau-
frère de M. Poinearé ?
Et les immondices, déversées par Mar-
lier sur la mémoire de notre cher petit,
vous auraient-elles paru aussi acceptables,
s'il n'avait pas été le directeur de la
Sûreté générale ?
Quant à Bajot, votre seul témoin à la
thèse du suicide, qui vous est chère, vous
prenez feu, dès qu'il s'agit de lui. Vous
affirmez sa bonne foi, sa moralité, vous
plaidez en sa faveur. Mais je ne sais rien,
ni dans le dossier, ni dans ses réponses,
qui puisse vous inspirer semblable con
fiance en cet homme. C'est une brute, visi
blement une brute; un être humain
aurait agi autrement. Un brave homme
serait venu nous raconter le suicide du
petit, et, même dans son intérêt, il au «it
pensé justement (avant que l'affaire
prenne -la tournure qu'elle a prise) que
nous pouvions le dédommager des dégâts
faits à sa voiture. Son silence, son absen
ce, ne sont pas en sa faveur, certes non ;
ses voisins disent : « Il ne fait pas de
bruit, il a bonne réputation ». Mais se
connaît-on entre voisins, et peut-on ré
pondre les uns des autres ?...
Enfin, M. le Juge, je vous le demande
en toute bonne foi, auriez-vous, s'il ne
s'agissait pas de la police, refusé à notre
avocat les . confrontations indispensables,
.que nous demandons, entre MM. Marli-r,
Lannes et Delange pour les mettre d'ac
cord entre les ordres donnés et reçus
et leur téléphonage 'suspect à M. Gui-
chard ?
Tout ce qui peut embarrasser les gens de
police, ou les mettre en fâcheuse posture,
semble vous déplaire et vous agacer sou
verainement. Tout ce qui peut au con
traire leur être favorable est accueilli par
vous avec indulgence et sympathie.
Et cependant, M. le Juge, quel ensem
ble saisissant d'obscurités, de mensonges,
de rélicences, et surtout d'invraisemblan
ces, dans cette tragique histoire !
Si la thèse du suicide, que vous avez
adoptée une fois pour toutes, était la
bonne, il y aurait eu depuis treize mois
de recherches, des éclaircissements, des
témoignages en sa faveur. Or, pas un
n'est venu. Tous ont été contraires. Les
objets eux-mêmes se refusent à dire qu'il
y a eu suicide ; au lieu de se simplifier
et de s'éclaircir, tout s'est embrouillé.
Tout s'est passé comme si, à chaque pas
de l'agonie de Philippe, une main étran
gère était intervenue, avait aplani les
difficultés, écarté les chances de faire
connaître le nom de l'enfant, embrouillé
les pistes. On veille sur' le petit suicidé.
Oh ! oui, on veille bien ! Est-il bien
'mort ? ) "
Le Flaoutter va s'en assurer à l'hôpital,
il regarde le cadavre et disparaît sans
rien dire. A-t-il parlé ?
M. Delange s'en inquiète à son tour. H
revient deux fois à l'hôpital s'en' assurer
auprès du directeur. Il fait comparaître
l'infirmière et l'interroge
A-t-on su quelque chose de lui, par ses
vêtements ? Non, car ils ont été lavés à
grande eau, savonnés, même le manteau,
et toute trace de lutte, de poussière, ou
de sang, a disparu.
Le taxi n'a pas été consigné ; la balle
n'a pas été retrouvée ; la seconde Dalle,
qui devait être dans le canon du pistolet,
n'a pas été vue non plus par les premiers
témoins ; la note aux six adresses a été
négligée ou presque par le commissaire.
A chaque pas, l'on se heurte au petit
incident regrettable ou à la négligence
fortuite, qui favorise la disparition défi
nitive de l'enfant.
Vous êtes trop intelligent, M. le Juge,
et vous connaissez trop bien votre métier,
pour n'avoir pas fait toutes ces remai>
ques, et bien d'autres, qui conduisent
invinciblement la pensée vers l'idée du
crime concerté. Alors pourquoi nous
opposez-vous cette volonté, tenace et
cruelle, ' de ne pas aboutir dans votre
instruction ?
Mon mari et M 6 de Roux constamment
vous apportent des armes ; vous les ran-'
gez devant vous et vous en faites une
panoplie ; ou bien vous vous fâchez et
votre mauvaise humeur vous masque
votre devoir de juge, elle vous empêche
de voir .ce qui est.
Vous vous indignez souvent parce que
mon mari a fait passer, d^ js ses articles,
une partie des témoignages contenus dans
votre dossier.
L'aurait-il fait, si vous n'aviez pas
répété, pendant six mois, à tout venant :
« Je n'ai rien dans mon dossier... » Vous
n'avez rien, en vérité ?... Il fallait bien
vous montrer les trésors qu'il col . en ait,
et ce n'est qu'au mois de juillet, quand
vous avez tenté, une première fois, de
rendre un non-lieu, que mon mari a
commencé à donner largement, dans ses
articles, des dépositions des témoins.
Alors vous nous avez fait la petite
guerre : vous nous faites attendre indéfi
niment les dépositions importantes, qui
peuvènt nous intéresser. Ah ! M. Bar
naud, c'est indigne d'un père et d'un
juge. Pensez donc... si c'était votre enfant
dont il s'agissait, si après l'avoir quittée
vivante et joyeuse, vous là retrouviez,
après quatre jours d'absence, muette,
froide et nue sur un lit d'hôpital, la
tempe - trouée... si vous appreniez ensuite
qu'elle était passée dans un milieu d'as
sassins et que des policiers armés l'avaient
guettée dans le repaire de ces assassins,
cette réalité épouvantable vous hanterait
comme elle nous hante, et vous n'auriez
repos ni cesse que vous n'ayez percé le
mystère d'un si cruel destin !... Mais
vous ne savez pas, heureusement, ce que-
c'est que de vivre chaque jour l'agonie"
de son enfant, de le suivre pas à pas dans
sa détresse, dans son abandon, dans son
effroyable solitude et dans son martyre...
Voyons, vous ne pouvez nier qu'il y ait
eu un complot policier dirigé- contre cet
enfant, qu'un piège ait été tendu avec
scélératesse pour lui, que les ordres de
mort avaient été donnés, contre lui, par
le directeur même de la Sûreté générale.
Et, d'autre part, vous ne pouvez pas non
plus nier que l'enfant soit mort, frappé
violemment à la tête par un coup de feu,
et dépouillé de toute pièce d'identité.
Pourquoi ne rapprochez-vous pas ces
deux ordres de faits saisissants, pourquoi
les examinez-vous séparément, et com
ment, de cet impartial examen, pouvez-
vous conclure à un suicide ?...
Je vous le répète, M. le Juge, ce non-
lieu, dans de telles conditions, serait une
monstrueuse iniquité. Elle pèserait à
jamais sur votre conscience, èt sur votre
réputation ; et d'ailleurs, à quoi servi
rait-elle, cette iniquité ?... Je vous le
demande... Elle donnerait sans doute un
peu de répit aux assassins de notre'enfant,
elle leur rendrait un peu d'audace pour
leur prochain crime ; mais ce n'est pas
cela qui pourrait nous faire taire et nous
empêcher, avec l'aide de Dieu, de faire
paraître la vérité au grand jour.
Veuillez croire, M. le Juge, à l'assu
rance de ma haute considération.
Marthe LEON-DAUDET
Nous avons le profond regret d'appren
dre la mort de Pierre-Henri Hanouvriez,
fils de notre collaborateur et ami Abel Ma-
nouvriez, décédé à Paris le 26 janvier, â
l'âge de 3 jours.
L'Action française adresse à Abel Ma-
nouvriez et à Mme Manouvriez, si cruel
lement frappés au milieu d'une grande
joie, Vexpression de sa plus profonde sgm-'
pethie.
EOÎÏO®
LES FAITS DU JOUR
— Le gouvernement allemand a remis
h'er une réponse à la note interalliée sur le
maintien de l'évacuation de Cologne.
Les chansons de Mazda.
La traversée du boulevard. Haussmann à la hau
teur de la rue du Havre est réputée, à juste titre,
comme particulièrement difficile en raison de la
quantité considérable de véhicules qui circulent
à cet endroit.
Et pourtant, nulle part, les piétons qui franchis
sent la chaussée ne sont aussi nombreux, surtout
quand les vitrines des Grands Magasins du < Prin
temps > sont allumées. On sait l'attraction qu'exer.
ce la lumière sur les passants. Ici, les étalages sont
éclairés suivant les procédés les plus modernes:
garnde intensité, sources lumineuses entièrement
masquées. On reconnaît là les méthodes chères
aux spécialistes de la Compagnie des lampes 'qui
ont fait l'étnde de cette remarquable installation.
Toutes ces vitrines sont éclairées avec des MAZDA
1/2 watt équipées avec les fameux réflecteurs
« X-Ray x
LA POLITIQUE
I. Ce serait un grand malheur...
Le parti allemand du Centre catholique
est en train de rendre à son pays toute une
série de services qui peuvent aller fort
loin. Par son alliance, naturelle et prévue,
avec les nationalistes, il prépare la place
à la restauration monarchique, tandis que,
par son apparenté modération, par l'adhé
sion qu'il a donnée, du bout des lèvres, au
régime républicain, par " des articles
comme celui qui vient de paraître dans
Germania, il sert à contenir, à rassurer
l'étranger, la France tout particulièrement,
jusqu'à l'heure opportune.
Que nos partis de gauche, si soupçon
neux quand un Français modéré ose se
4ire ...républicain,, aient pu, avant et après
ies Sections allemandes, dénombrer les
sièges du Centre catholique comme autant
de postes avancés de la République ; qu'ils
puissent, aujourd'hui encore, 'mettre tous
leurs espoirs dans la «/modération » de
ce même Centre, c'est un mystère fort
transparent et fort peu honorable pour
leur probité ou pour leur entendement.
Mais le fait est là, l'Œuvre imprimait hier
en gros titre. : L e C entre sauvera-t-il la
P russe des nationalistes ?
M. Frossard, M. Bertrand exprimaient
encore, il y a-quelques jours, leur con
fiance ; l'un d'eux, même, donnait de cette
confiance un argument impayable : si je
me. suis trompé, disait-il, en comptant les
hommes du parti catholique parmi les
républicains, alors il faut admettre que
tout le monde, en Franck en 'Allemagne,
s'est trompé avec moi... Recorrs imprévu
au consentement universel !
Inutile de dire combien le jeu des ca
tholiques allemands nous paraît dange
reux. Préparer, du même coup, la restau
ration des Hohenzollern et le pacte d'as-
se: .'issement de la France, c'est un pro
gramme dont nous laissons l'Ere nouvelle
savourer les beautés. Nous nous contente
rons de remarquer qu'il sert fort bien
l'Allemagne.
Alors, comment M. Herriot a-t-il pu. pro
noncer,, comment M; temirc a-t-il. pu ap
prouver, comment l'Œuvre peut-elle mettre
en manchette cette phrase doublement ou
triplement absurde :
M. le P résident du- C onseil. — Il s'est
formé un parti catholique à certaines
époques en Allemagne ; on essaye en ce
moment, d'en créer un en Italie et en
France. Ce serait un grand malheur pour
notre pags, où. la religion doit être un fait
de conscience individuelle, si une f"'ita-
tive de. ce genre réussissait.
M. L emire. : — Certainement.
Ou bien l'exemple allemand apparut ici
sans raison, en l'air, bribe de phrase anar-
chique et de pensée incohérente ; ou bien
il prétend prouver que l'existence d'un
parti catholique est un « grand malheur »
pour le pays qui le voit se former. Un
grand malheur, le Centre allemand ? Mal
heur pour qui ? Pour la démocratie ? Mais
les amis de M. Herriot affirment que le
Centre peut seul la sauver ! Pour l'Allés
magne ? Il lui ménage une sûre revanche !
Au fond, la phrase de M. Herriot n'a
pas de sens, mais elle trahit naïvement
l'état d'esprit des gauches : tout entiers à
leur guerre civile, ils passent condamna
tion sur la réaction allemande; ils sont
prêts à « s'entendre » avec les pires mon
archistes, avec les pires catholiques du
Reich pourvu que chez nous, en France,
»le grand malheur d'un redressement poli
tique et religieux soit évité. L'Ere nou
velle, depuis quelques jours, multiplie les
billets doux à M. Luther.
Jamais nous n'avons été si près de la
vassalité. Mais ce n'est là, dans la hiérar
chie très spéciale du Cartel, qu'un « petit
malheur ».
II. Commentaires
à un compliment
On ne peut pas empêcher amis et do
mestiques de complimenter la République
pour ses cinquante-quatre ans, ou plus
exactement pour les cinquante ans de sa
Constitution. On peut leur demander, du
moins, de ne pas mettre dans ces guir
landes -trop de mensonges et, dans ce
geste, trop de platitude.
Oh! ce n'est'-pa£ qu'ils se mettent en
frais d'imagination ; tout le cadeau du
Temps, présenté ' par M. Maurice Reclus,
tient en deiix fausses perles, dûment et
depuis longtemps dénoncées : primo, la
République a résisté à la guerre et à
l'après-guerre ; secundo, la République
nous a, depuis 1870, et à en juger par le
rythme du dix-neuvième siècle, épargné
deux ou trois révolutions...
M. Reclus semble particulièrement con
tent du premier argument :
L'organisation de nos pouvoirs publics,
dit-il, est sortie indemne des événements
de la grande guerre, sans que les situa
tions critiques dans lesquelles la nation
s'est trouvée à plusieurs reprises aient fait
apparaître la 'nécessité d'y apporter des,
retouches qu'avant 1914- on pouvait souhai
ter o"u appréhender, mais qu'on s'accor
dait généralement à considérer comme
inévitables en cas de crise extérieure.
Cette épreuve a été, à notre sens, con
cluante: un régime qui, après avoir per
mis de faire efficacement la guerre, de
meure ferme au njfliéu des remous de
l'après-guerre, apportât, comme définitif...
Si ce grand mot de "%*définitif t>, pour
un demi-siècle d'expériencèV^sonhe un peu
ridicule, en revanche cette défense de la
République par la considération , de sa
seule durée a quelque chose d'huirible, de
honteux, de pitoyable. On croyait que la
première vertu d'un régime était noa pas
de survivre à n'importe quels événements,
mais de les éviter, ou, s'ils s'impoeaiênt,
de les liquider au meilleur bénéfice ou aux
moindres frais. A-t-on assez maudit la
prétendue politique « dynastique » de cer
tains de nos rois ! Que nous soyons en
République en 1925, comme en 1900,
comme en 1875, c'est un fait. Et après ?
Le canard qu'on décapite traverse toute
la ferme et renverse des cruches avant de
tomber. La vraie question est tout autre :
la France avâit-ellc, en 1914, l'armement,
l'armée, les services de renseignements
qu'il fallait pour empêcher la guerre ou
pour la porter sur le territoire de l'enne
mi ? Avait-elle, une fois la guerre engagée,
la diplomatie qu'il fallait pour abréger,
par Constantinople ou par Vienne, par le
Vatican ou par le roi d'Espagne, le mas
sacre et la destruction ? Son gouvernement
avait-il l'autorité, le patriotisme qu'il fallait
pour tout diriger vers la victoire, pour
étouffer les trahisons, pour défendre, en
vers et contre tous, nos grands chefs mili
taires ? . .
Avait-il la mémoire, la clairvoyance
qu'il fallait pour préparer, dès 1914, dès
1917, la paix à venir ? Depuis 1918, a-t-il
eu la> continuité et l'indépendance qu'il
eût fallu pour maintenir, dans la paix, la
victoire et prévenir le retour de la guerre?
Immenses questions ! M. Reclus trouvera
les textes, les faits, les dates, les noms,
dans les cent trente pages du Discours
préliminaire à la dernière édition de l'En
quête sur la Monarchie. Mais, à tout cela,
les républicains se gardent de répondre :
ils préfèrent, eu douze lignes, l'acte de
foi... Il y a pourtant ■ quelque chose de
changé : on ne dit plus, même au foyer
du régime : « La République a gagné la
guerre». On dit : «Elle a permis de faire
efficacement la guerre ». Permis, à qui ?
De faire la guerre, comment? Allusions
pudiques à la dictature de Clemenceau, à
la rnon-archie.de 1918, à l'abdiçation des
politiciens, au Sénat transformé, contre
les ministres et contre les consulaires, en
Haute Cour !
Quant à la seconde joie que M. Reclus
éprouve à contempler nos cinquante-qua
tre ans de République, quel classique
exemple de la faiblesse d'échine des libé
raux ! Cinquante-quatre ans sans révolu
tion, disent-ils, et ils se frottent les mains!
Et ils..coniptent. sur, leurs. dpigts. :. Réstau-
ration, 15 ans ; monarchie de juillet, 18
ans... ; République, cinquante-quatre ans...
Quel triomphe ! Las, l'imprudent M. Re
clus en donne lui-même le triste-secret :
Si nos institutions actuelles ont pu nous
épargner les incartades toujours possibles
du lion populaire comme les coups de cra
vache d'un dompteur indésirable, c'est
tout justement parce que leur souplesse a
toujours permis à la volonté nationale de
prévaloir et de s'imposer.
Pour le bourgeois libéral, la révolution,
c'est la barricade, le sang et la prison. Ce
sont ces signes extérieurs, cette phase de
.lutte et de défense qu'il faut éviter. Si de
main le communisme a la majorité aux
élections, le bon, le sain régime sera celui
qui remettra à M. Vaillant-Couturier le
portefeuille de M. Nollet. Celui qui ferait
appel au général de Castelnau serait un
régime attardé, un régime de gêneurs, un
régime qui provoquerait la « révolution ! »
Admirable déformation ! Comme si l'a
vènement du Bloc des gauches auquel pré
sidait Jaurès, ou de celui que gouverné
M. Léon Blum, ne constituaient pas, pour
l'ensemble de leurs méfaits politiques et
sociaux, l'exact équivalent des révolutions
qu'on prétend avoir évitées ! Ah, rendez-
nous les gouvernements qui savent lutter :
la lutte comporte au moins une chance
de victoire I
INTERIM
UN MANIFESTE
DU COMITE D'ENTENTE
Les mutilés . '
font appel au pays
De toutes les provinces françaises
: les mutilés viendront à Paris
pour exiger leur dû
Comme nous l'avions pensé dès le pre
mier jour, et comme nous l'avions dit aux
dirigeants des grandes associations de mu
tilés et d'anciens combattants, ce n'est pas
en parlementant avec le gouvernement, ce
n'est pas en se fiant à la prétendue bonne
volonté des Hus que ceux qui attendent
le relèvement de leurs pensions obtien
dront satisfaction. Dès candidats-députés
signent tout ce qu'on veut à la veille des
élections, mais, après, la politique de parti
l'emporte vite. Les promesses, on en re
parlera dans trois ans !
C'est pourquoi nous ne cesserons de ré
péter ici que les mutilés n'obtiendront sa
tisfaction et sécurité que le jour où leurs
pensions étant chiffrées, une fois pour tou
tes, en francs-or,, elles suivront automati
quement les variations du coût de la vie.
Par ce moyen, plus besoin de quémander,
de supplier, de mendier pour obtenir ce
qui est dû à ceux qui ont donné le meil
leur d'eux-mêmes à la Patrie. Il faudra
bien en venir là.
Aujourd'hui, les dirigeants du comité
d'entente, renonçant à obtenir satisfac
tion par les voies légales, constatant ainsi
eux-mêmes l'insuffisance des représen
tants des anciens combattants aa parle
ment, ^.n appellent à tous les mutilés de
France, à ceux de Paris comme à ceux des
provinces. Les misérables pantins qui nous
gouvernent pourraient bien s'apercevoir,
avant peu, que l'énergie des soldats vain
queurs n'est pas morte et qu'il ne faut pas
confondre la patience avec la bêtise. A
l'heure H, une fois encore, nous serons
tous là, mutilés, pour exiger ce qu'on nous
doit. — P ierre IIERICOURT.
j[Toir le manifeste en deuxième page)
Evidente diversion
Le pacte de garantie que nous offrirait
le chancelier Luther a quelque chôse de si
peu normal que l'on soupçonne nécessaire
ment une arrière-pensée chez lès auteurs de
cette proposition bizarre. Le gouvernement
allemand veut-il donner Une preuve de ses
intentions pacifiques et conciliantes ? Qu'il
cesse donc le chantage du* traité de com
merce pour que nous le croyions.
Un pacte de garantie, s'il était sincère,
comprendrait la Pologne : il n'est pas
question des frontières polonaises dans les
projets^ d'ailleurs très vagues, qu'agite la
presse de Berlin. Ces projets ont un carac
tère de diversion. Diversion à quoi ? Peut-
être n'est-ce pas difficile à trouver;.
Un gouvernement dominé par les natio
nalistes et qui s'efforce de constituer en
Prusse un gouvernement semblable à lui-
même a intérêt à se donner les apparences
de la modération. A l'intérieur comme à
l'extérieur, il gagne à se dire pacifique, à
montrer qu'il peut, encore mieux qu'un
autre, assurer la paix. Si un Hohenzollern
remontait sur le trône, il n'est pas douteux
qu'il irait encore plus loin, qu'il rappelle
rait les vingt-cinq ans où Guillaume II a
régné sans guerre et qu'il affecterait de
considérer 1914 comme un regrettable
accident.
La diversion "peut s'appliquer à autre
chose. Le chancelier Luther et les monar
chistes, ayant l'opinion à conquérir, doivent
promettre tout ce qui lui plaît. Il ne faut
pas oublier que les partis de gauche, et en
particulier la social-démocratie, avaient
mis à leur programme, pour les élections
du 7 décembre, la réunion de l'Autriche à
l'Allemagne sous les plis du drapeau répu
blicain. Les partisans du nqir,blanc, joiige
ne-veulent pas rester-en arrière-des parti
sans du noir, rouge et or. Us ne veulent
pas s'exposer au reproche de n'avoir pas
réalisé la grande Allemagne par la Répu
blique. Que répondraient-ils si le socialiste
LceBe, président du Reichstag et de la ligue
pour le rattachement, pouvait les accuser
d'avoir délaissé les « frères autrichiens » ?
Ces jours derniers, il y a eu un renou
veau d'activité. en faveur de la fusion aus
tro-allemande. En dépit des dénégations qui
sont venues de \ienne, la mission à Berlin
de deux personnages politiques autrichiens,
M. Franck et M. Dinghofer, a déjà eu pour
résultat l'abolition des passeports entre le9
deux pays. Il y a eu précédemment, d'autres
mesures du même genre destinées à prépa
rer l'unification. On tend à un Zollverein,
selon la méthode qui, au siècle dernier,
avait été la préface de l'unité allemande.
Enfin l'obstacle des monnaies sera levé le
jour où, l'Allemagne étant revenue à l'or,
l'Autriche y sera revenue également.
. La fusion de l'Autriche et de l'Aile-
magne, la réalisation du Mitteleuropa,
promises par la social-démocratie, seront-
elles l'œuvre d'un gouvernement qui mé
nage l'avenir pour une restauration de9
Hohenzollern ? Déjà peu brillante, l'oppo
sition républicaine au chancelier Luther et
à ses collaborateurs monarchistes en serait
désarmée. On conçoit que, pour arriver* à
un résultat pareil, le gouvernement de
droite s'efforce de détourner l'attention de
la France, même par des moyens aussi
gros que l'offre insolite d'un pacte dé
garantie. — J. B.
A LA CHAMBRE
L'abbé Bergey
défend les catholiques de France
M. l'abbé Bcrgeg est de grande taille. Ce
n est pas une image de dire de lui qu'il est
taillé en hercule. Sa voix est solidement
timbrée. Quand il le veut, elle- porte et
peut braver sans peine la tempête des
interruptions ou des protestations.
An surplus, il a la répartie vive, agile
ment spirituelle, et, pour l'adversaire, sou
vent cinglante dans sa douceur. Le nou
veau député de la Gironde s'est imposé,
hier, par persuasion, par la bonne foi,
en même temps que par' une courtoisie,
une patience et une mansuétude vraiment
évangéliques, formant un étrai je et édi
fiant contraste avec la stature et le tem
pérament du combattant.
Mais ce désir — exprimé avec quelle
dignité — de ne pas blesser l'adversaire,
n'a pas empêché M. l'abbé Bergey d'in
fliger à M. Herriot quelques bonnes et
fermes vérités■ Ce dernier en a semblé,
parfois, singulièrement gêné, quand" il ne
s'en est pas montré silencieusement piqué
au plus vif de son orgueil.
Etait-ce, hier, la douzième ou la trei
zième séance consacrée par la Chambre
au budget des Affaires étrangères? Quoi
qu'il en soit, elles sont déjà tant qu'on
n'en saurait plus aujourd'hui faire le
compte avec certitude.
Le député démocrate Paul Simon, du
9
Sïercrëdî 281 janvier 1925
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20 centimes. Départements et Colories
ABONNEMENTS: en in. Si» Hois. Mil*.
France et Colonies. 48 frf a5 fr. i3 fr.
Etranger ...... Sq » M sa »
. Chèque postal : Compte 33.900 Paris. ,
ORGANE DU NATIONALISME INTÈGBAL
« Tout ce qui est national est notre, »
Le Duc d'ORLÉÀNS
•héritier des quarante Rots qui cn mllle ans firent la France. .
KSB^TKRH & A.BMIHISTR A.TIQK :
^ i4, me de Rome t PARIS (8*)
Adresse télégraphique : àctïofràn -PA .ris*
Téléphone : Administration : Louvre 36-49, aC-5o
Rédaction • Central 75-44 Publicité : Central 74-77
Après >0 heures du soir : Sogur n-Ctf
Eegistre de Commerce ; Seine 78.583 -
^Fondateur s IIENRI YÀUGEOIS — Directeurs politiques : LEON DAUDET et CHARLES MÀURRÂS Rédacteur en chef s MAURICE PUJO
(C'est aujourd'hui indéniable, personne, je
dis bien, personne, ni dans les milieux judiciaires,
... .|à< - -
ni dans les milieux politiques, n'ose plus parler
de suicide. Un fait est certain : le meurtre.
Philippe Daudet a été tué.
Pierre TAITTINGER
Député de Paris (Liberté)
:t'"A , Wl
Lettre
de Madame Léon Baudet
Léon Daudet a exprimé au directeur
du Matin ce qu'il pensait de l'étrange
« communiqué » que ce journal a publié
dans son numéro d'hier. Nous tenons à
mettre sous les yeux de nos lecteurs la
thèse que M. le juge d'instruction Bar-
naud a cru devoir fournir à notre con
frère :
« À près plus de 14 mois de recherches,
« au cours desquelles des centaines d'opé-
« rations judiciaires et policières furent
« effectuées, audition de témoins, con•
« frontations, perquisitions. diverses, M.
« Bar naud estime que les éléments re
ts. cueillis ne lui permettent de poursui-
« vre directement aucune des personnes,
« sinon nommément désignées par M.
« Daudet dans sa plainte, du. moins très
« nettement visées par lui au cours de
« ses dépositions.
« Clore l'instruction par un non-lieu,
« c'est-à-dire, en somme, conclure au sui-
« cide, parait également impossible au
« magistrat.
«M. Barnaud s'est toujours attaché
« — c'est Vopinion du Palais — à donner
« à M. Léon Daudet, un plaignant que
« sa douleur de père rend particulière-
« ment respectable, toutes les satisfac-
« tions, tous les apaisements désirables.
« Or M. Léon ,Daudet verse à tout
« moment au dossier de nouveaux faits,
« indique de nouveaux sujets d'investi-
« gâtions, dont certains parurent devoir
'< ouvrir à F affaire des horizons nou-
« veaux, mais dont cependant aucun
« jusqu'ici,. n'a . été en définitive retenu
« comme pouvant aboutir au résultat
« préconisé par le plaignant. »
En' regard de cette version un peu trop
intéressée, en réponse à une manœuvre
un peu trop claire, nous reproduisons
ci-dessous le texte de la lettre que Mme
Léon Daudet a été contrainte dadresser,
le 1 janvier dernier, à un juge qui semble
avoir perdu de vue le sentiment des
obligations les plus évidentes de sa char
ge et qui, à cette date-là, était bien loin
d!écarter la « solution »
Paris, 7 janvier 1925.
Monsieur le Juge,
C'est avec une vive. émotion que j'ai
appris, ces jours derniers, par notre avo
cat, M 0 de Roux, que vous sembliez résolu
à ne pas vouloir poursuivre plus avant
l'instruction de l'affaire de l'assassinat de
notre malheureux enfant, que vous refu
siez les confrontations indispensables que
nous vous, demandions, que vous ne vou
liez pas examiner à fond, la question du
pistolet, enfin que vous souhaitiez bou
cler l'affaire sans la creuser, et rendre,
le plus tôt possible, un non-lieu.
Je ne puis croire, venant de vous, qui
avez le sentiment de l'honneur du juge,
à une pareille iniquité. Car c'en serait
une, et une monstrueuse en l'état actuel
des choses, de renoncer à faire toute la
lumière sur la mort de ce pauvre petit,
ei cruellement calomnié par ceux mêmes
qui l'ont fait tuer. Ce non-lieu ne signi
fierait pas que vous n'avez rien PU trou
ver, car il y a maintenant trop de faits
précis, réels et concordants, dans votre
dossier, pour que vous puissiez affirmer
une telle contre-vérité ; mais il signifie
rait que.vous n'avez rien VOULU trouver,
que vous n'avez pas osé trouver, que vous
avez eu peur du scandale de la vérité,
que vous avez opposé à tous nos efforts,
à toutes nos recherches, un mauvais vou
loir évident, line force d'inertie détesta-
Lie, afin de ne pas aboutir â la découverte
du meurtre.
Voilà des mois, hélas ! M. le Juge,
que j'ai pressenti, puis compris, du fond
de mon horrible douleur, votre état d'es
prit. Dès que vous avez vu .apparaître,
dans votre instruction, ces silhouettes de
policiers, le piège policier tendu à Ane
innocente victiipe, ces dépositions de poli
ciers remplies de mensonges et d'invrai
semblances, vous êtes devenu d'une éton
nante prudence, vous vous êtes méfié,
non pas de ces gens-là. mais de ce qu'ils
pouvaient vous apporter, de la terrible
vérité qu'ils pouvaient faire éclater, com
pte une bombe, dans votre cabinet, et
£ous avez évité soigneusement toute me
sure pouvant amener l'éclatement de cette
bombe.
Pouvez-vous affirmer, M. le Juge, que,
si l'affaire n'avait pas mis en cause la
police, vous l'auriez conduite de la même
façon ?
N'auriez-vous pas procédé à des arres
tations ?
Apriez-vottg laissé en liberté l'anar
chiste Groffy, chez qui l'on a trouvé la
valise et les petites affaires de Philippe ?
Auriez-vous laissé en liberté cet im
monde Flaoutter, si visiblement complice
du meurtre, qui va voir le cadavre de
l'enfant à l'hôpital, le reconnaît et s'en
va sans rien dire ? ? ?
Ne les auriez-vous pas fait arrêter ?
Je suis bien sûre que si !...
Et quand, au début de l'instruction,
■Vidal, pressé de questions, a eu un mo-,
ment de dépression nerveuse et s'est mis
à pleurer dans votre cabinet, pourquoi
n'avez-vous pas profité de sa fatigue pour
l'épuiser encore davantage et lui faire
dire ce qtj^il savait ? Pourquoi lui avez-
vous donné le temps d.. se reprendre, en 1
le renvoyant au lendemain ?
Et les pleurnicheries et protestations
de M. Lannes vous auraient-elles fait le
même effet, s'il n'avait pas été le' beau-
frère de M. Poinearé ?
Et les immondices, déversées par Mar-
lier sur la mémoire de notre cher petit,
vous auraient-elles paru aussi acceptables,
s'il n'avait pas été le directeur de la
Sûreté générale ?
Quant à Bajot, votre seul témoin à la
thèse du suicide, qui vous est chère, vous
prenez feu, dès qu'il s'agit de lui. Vous
affirmez sa bonne foi, sa moralité, vous
plaidez en sa faveur. Mais je ne sais rien,
ni dans le dossier, ni dans ses réponses,
qui puisse vous inspirer semblable con
fiance en cet homme. C'est une brute, visi
blement une brute; un être humain
aurait agi autrement. Un brave homme
serait venu nous raconter le suicide du
petit, et, même dans son intérêt, il au «it
pensé justement (avant que l'affaire
prenne -la tournure qu'elle a prise) que
nous pouvions le dédommager des dégâts
faits à sa voiture. Son silence, son absen
ce, ne sont pas en sa faveur, certes non ;
ses voisins disent : « Il ne fait pas de
bruit, il a bonne réputation ». Mais se
connaît-on entre voisins, et peut-on ré
pondre les uns des autres ?...
Enfin, M. le Juge, je vous le demande
en toute bonne foi, auriez-vous, s'il ne
s'agissait pas de la police, refusé à notre
avocat les . confrontations indispensables,
.que nous demandons, entre MM. Marli-r,
Lannes et Delange pour les mettre d'ac
cord entre les ordres donnés et reçus
et leur téléphonage 'suspect à M. Gui-
chard ?
Tout ce qui peut embarrasser les gens de
police, ou les mettre en fâcheuse posture,
semble vous déplaire et vous agacer sou
verainement. Tout ce qui peut au con
traire leur être favorable est accueilli par
vous avec indulgence et sympathie.
Et cependant, M. le Juge, quel ensem
ble saisissant d'obscurités, de mensonges,
de rélicences, et surtout d'invraisemblan
ces, dans cette tragique histoire !
Si la thèse du suicide, que vous avez
adoptée une fois pour toutes, était la
bonne, il y aurait eu depuis treize mois
de recherches, des éclaircissements, des
témoignages en sa faveur. Or, pas un
n'est venu. Tous ont été contraires. Les
objets eux-mêmes se refusent à dire qu'il
y a eu suicide ; au lieu de se simplifier
et de s'éclaircir, tout s'est embrouillé.
Tout s'est passé comme si, à chaque pas
de l'agonie de Philippe, une main étran
gère était intervenue, avait aplani les
difficultés, écarté les chances de faire
connaître le nom de l'enfant, embrouillé
les pistes. On veille sur' le petit suicidé.
Oh ! oui, on veille bien ! Est-il bien
'mort ? ) "
Le Flaoutter va s'en assurer à l'hôpital,
il regarde le cadavre et disparaît sans
rien dire. A-t-il parlé ?
M. Delange s'en inquiète à son tour. H
revient deux fois à l'hôpital s'en' assurer
auprès du directeur. Il fait comparaître
l'infirmière et l'interroge
A-t-on su quelque chose de lui, par ses
vêtements ? Non, car ils ont été lavés à
grande eau, savonnés, même le manteau,
et toute trace de lutte, de poussière, ou
de sang, a disparu.
Le taxi n'a pas été consigné ; la balle
n'a pas été retrouvée ; la seconde Dalle,
qui devait être dans le canon du pistolet,
n'a pas été vue non plus par les premiers
témoins ; la note aux six adresses a été
négligée ou presque par le commissaire.
A chaque pas, l'on se heurte au petit
incident regrettable ou à la négligence
fortuite, qui favorise la disparition défi
nitive de l'enfant.
Vous êtes trop intelligent, M. le Juge,
et vous connaissez trop bien votre métier,
pour n'avoir pas fait toutes ces remai>
ques, et bien d'autres, qui conduisent
invinciblement la pensée vers l'idée du
crime concerté. Alors pourquoi nous
opposez-vous cette volonté, tenace et
cruelle, ' de ne pas aboutir dans votre
instruction ?
Mon mari et M 6 de Roux constamment
vous apportent des armes ; vous les ran-'
gez devant vous et vous en faites une
panoplie ; ou bien vous vous fâchez et
votre mauvaise humeur vous masque
votre devoir de juge, elle vous empêche
de voir .ce qui est.
Vous vous indignez souvent parce que
mon mari a fait passer, d^ js ses articles,
une partie des témoignages contenus dans
votre dossier.
L'aurait-il fait, si vous n'aviez pas
répété, pendant six mois, à tout venant :
« Je n'ai rien dans mon dossier... » Vous
n'avez rien, en vérité ?... Il fallait bien
vous montrer les trésors qu'il col . en ait,
et ce n'est qu'au mois de juillet, quand
vous avez tenté, une première fois, de
rendre un non-lieu, que mon mari a
commencé à donner largement, dans ses
articles, des dépositions des témoins.
Alors vous nous avez fait la petite
guerre : vous nous faites attendre indéfi
niment les dépositions importantes, qui
peuvènt nous intéresser. Ah ! M. Bar
naud, c'est indigne d'un père et d'un
juge. Pensez donc... si c'était votre enfant
dont il s'agissait, si après l'avoir quittée
vivante et joyeuse, vous là retrouviez,
après quatre jours d'absence, muette,
froide et nue sur un lit d'hôpital, la
tempe - trouée... si vous appreniez ensuite
qu'elle était passée dans un milieu d'as
sassins et que des policiers armés l'avaient
guettée dans le repaire de ces assassins,
cette réalité épouvantable vous hanterait
comme elle nous hante, et vous n'auriez
repos ni cesse que vous n'ayez percé le
mystère d'un si cruel destin !... Mais
vous ne savez pas, heureusement, ce que-
c'est que de vivre chaque jour l'agonie"
de son enfant, de le suivre pas à pas dans
sa détresse, dans son abandon, dans son
effroyable solitude et dans son martyre...
Voyons, vous ne pouvez nier qu'il y ait
eu un complot policier dirigé- contre cet
enfant, qu'un piège ait été tendu avec
scélératesse pour lui, que les ordres de
mort avaient été donnés, contre lui, par
le directeur même de la Sûreté générale.
Et, d'autre part, vous ne pouvez pas non
plus nier que l'enfant soit mort, frappé
violemment à la tête par un coup de feu,
et dépouillé de toute pièce d'identité.
Pourquoi ne rapprochez-vous pas ces
deux ordres de faits saisissants, pourquoi
les examinez-vous séparément, et com
ment, de cet impartial examen, pouvez-
vous conclure à un suicide ?...
Je vous le répète, M. le Juge, ce non-
lieu, dans de telles conditions, serait une
monstrueuse iniquité. Elle pèserait à
jamais sur votre conscience, èt sur votre
réputation ; et d'ailleurs, à quoi servi
rait-elle, cette iniquité ?... Je vous le
demande... Elle donnerait sans doute un
peu de répit aux assassins de notre'enfant,
elle leur rendrait un peu d'audace pour
leur prochain crime ; mais ce n'est pas
cela qui pourrait nous faire taire et nous
empêcher, avec l'aide de Dieu, de faire
paraître la vérité au grand jour.
Veuillez croire, M. le Juge, à l'assu
rance de ma haute considération.
Marthe LEON-DAUDET
Nous avons le profond regret d'appren
dre la mort de Pierre-Henri Hanouvriez,
fils de notre collaborateur et ami Abel Ma-
nouvriez, décédé à Paris le 26 janvier, â
l'âge de 3 jours.
L'Action française adresse à Abel Ma-
nouvriez et à Mme Manouvriez, si cruel
lement frappés au milieu d'une grande
joie, Vexpression de sa plus profonde sgm-'
pethie.
EOÎÏO®
LES FAITS DU JOUR
— Le gouvernement allemand a remis
h'er une réponse à la note interalliée sur le
maintien de l'évacuation de Cologne.
Les chansons de Mazda.
La traversée du boulevard. Haussmann à la hau
teur de la rue du Havre est réputée, à juste titre,
comme particulièrement difficile en raison de la
quantité considérable de véhicules qui circulent
à cet endroit.
Et pourtant, nulle part, les piétons qui franchis
sent la chaussée ne sont aussi nombreux, surtout
quand les vitrines des Grands Magasins du < Prin
temps > sont allumées. On sait l'attraction qu'exer.
ce la lumière sur les passants. Ici, les étalages sont
éclairés suivant les procédés les plus modernes:
garnde intensité, sources lumineuses entièrement
masquées. On reconnaît là les méthodes chères
aux spécialistes de la Compagnie des lampes 'qui
ont fait l'étnde de cette remarquable installation.
Toutes ces vitrines sont éclairées avec des MAZDA
1/2 watt équipées avec les fameux réflecteurs
« X-Ray x
LA POLITIQUE
I. Ce serait un grand malheur...
Le parti allemand du Centre catholique
est en train de rendre à son pays toute une
série de services qui peuvent aller fort
loin. Par son alliance, naturelle et prévue,
avec les nationalistes, il prépare la place
à la restauration monarchique, tandis que,
par son apparenté modération, par l'adhé
sion qu'il a donnée, du bout des lèvres, au
régime républicain, par " des articles
comme celui qui vient de paraître dans
Germania, il sert à contenir, à rassurer
l'étranger, la France tout particulièrement,
jusqu'à l'heure opportune.
Que nos partis de gauche, si soupçon
neux quand un Français modéré ose se
4ire ...républicain,, aient pu, avant et après
ies Sections allemandes, dénombrer les
sièges du Centre catholique comme autant
de postes avancés de la République ; qu'ils
puissent, aujourd'hui encore, 'mettre tous
leurs espoirs dans la «/modération » de
ce même Centre, c'est un mystère fort
transparent et fort peu honorable pour
leur probité ou pour leur entendement.
Mais le fait est là, l'Œuvre imprimait hier
en gros titre. : L e C entre sauvera-t-il la
P russe des nationalistes ?
M. Frossard, M. Bertrand exprimaient
encore, il y a-quelques jours, leur con
fiance ; l'un d'eux, même, donnait de cette
confiance un argument impayable : si je
me. suis trompé, disait-il, en comptant les
hommes du parti catholique parmi les
républicains, alors il faut admettre que
tout le monde, en Franck en 'Allemagne,
s'est trompé avec moi... Recorrs imprévu
au consentement universel !
Inutile de dire combien le jeu des ca
tholiques allemands nous paraît dange
reux. Préparer, du même coup, la restau
ration des Hohenzollern et le pacte d'as-
se: .'issement de la France, c'est un pro
gramme dont nous laissons l'Ere nouvelle
savourer les beautés. Nous nous contente
rons de remarquer qu'il sert fort bien
l'Allemagne.
Alors, comment M. Herriot a-t-il pu. pro
noncer,, comment M; temirc a-t-il. pu ap
prouver, comment l'Œuvre peut-elle mettre
en manchette cette phrase doublement ou
triplement absurde :
M. le P résident du- C onseil. — Il s'est
formé un parti catholique à certaines
époques en Allemagne ; on essaye en ce
moment, d'en créer un en Italie et en
France. Ce serait un grand malheur pour
notre pags, où. la religion doit être un fait
de conscience individuelle, si une f"'ita-
tive de. ce genre réussissait.
M. L emire. : — Certainement.
Ou bien l'exemple allemand apparut ici
sans raison, en l'air, bribe de phrase anar-
chique et de pensée incohérente ; ou bien
il prétend prouver que l'existence d'un
parti catholique est un « grand malheur »
pour le pays qui le voit se former. Un
grand malheur, le Centre allemand ? Mal
heur pour qui ? Pour la démocratie ? Mais
les amis de M. Herriot affirment que le
Centre peut seul la sauver ! Pour l'Allés
magne ? Il lui ménage une sûre revanche !
Au fond, la phrase de M. Herriot n'a
pas de sens, mais elle trahit naïvement
l'état d'esprit des gauches : tout entiers à
leur guerre civile, ils passent condamna
tion sur la réaction allemande; ils sont
prêts à « s'entendre » avec les pires mon
archistes, avec les pires catholiques du
Reich pourvu que chez nous, en France,
»le grand malheur d'un redressement poli
tique et religieux soit évité. L'Ere nou
velle, depuis quelques jours, multiplie les
billets doux à M. Luther.
Jamais nous n'avons été si près de la
vassalité. Mais ce n'est là, dans la hiérar
chie très spéciale du Cartel, qu'un « petit
malheur ».
II. Commentaires
à un compliment
On ne peut pas empêcher amis et do
mestiques de complimenter la République
pour ses cinquante-quatre ans, ou plus
exactement pour les cinquante ans de sa
Constitution. On peut leur demander, du
moins, de ne pas mettre dans ces guir
landes -trop de mensonges et, dans ce
geste, trop de platitude.
Oh! ce n'est'-pa£ qu'ils se mettent en
frais d'imagination ; tout le cadeau du
Temps, présenté ' par M. Maurice Reclus,
tient en deiix fausses perles, dûment et
depuis longtemps dénoncées : primo, la
République a résisté à la guerre et à
l'après-guerre ; secundo, la République
nous a, depuis 1870, et à en juger par le
rythme du dix-neuvième siècle, épargné
deux ou trois révolutions...
M. Reclus semble particulièrement con
tent du premier argument :
L'organisation de nos pouvoirs publics,
dit-il, est sortie indemne des événements
de la grande guerre, sans que les situa
tions critiques dans lesquelles la nation
s'est trouvée à plusieurs reprises aient fait
apparaître la 'nécessité d'y apporter des,
retouches qu'avant 1914- on pouvait souhai
ter o"u appréhender, mais qu'on s'accor
dait généralement à considérer comme
inévitables en cas de crise extérieure.
Cette épreuve a été, à notre sens, con
cluante: un régime qui, après avoir per
mis de faire efficacement la guerre, de
meure ferme au njfliéu des remous de
l'après-guerre, apportât, comme définitif...
Si ce grand mot de "%*définitif t>, pour
un demi-siècle d'expériencèV^sonhe un peu
ridicule, en revanche cette défense de la
République par la considération , de sa
seule durée a quelque chose d'huirible, de
honteux, de pitoyable. On croyait que la
première vertu d'un régime était noa pas
de survivre à n'importe quels événements,
mais de les éviter, ou, s'ils s'impoeaiênt,
de les liquider au meilleur bénéfice ou aux
moindres frais. A-t-on assez maudit la
prétendue politique « dynastique » de cer
tains de nos rois ! Que nous soyons en
République en 1925, comme en 1900,
comme en 1875, c'est un fait. Et après ?
Le canard qu'on décapite traverse toute
la ferme et renverse des cruches avant de
tomber. La vraie question est tout autre :
la France avâit-ellc, en 1914, l'armement,
l'armée, les services de renseignements
qu'il fallait pour empêcher la guerre ou
pour la porter sur le territoire de l'enne
mi ? Avait-elle, une fois la guerre engagée,
la diplomatie qu'il fallait pour abréger,
par Constantinople ou par Vienne, par le
Vatican ou par le roi d'Espagne, le mas
sacre et la destruction ? Son gouvernement
avait-il l'autorité, le patriotisme qu'il fallait
pour tout diriger vers la victoire, pour
étouffer les trahisons, pour défendre, en
vers et contre tous, nos grands chefs mili
taires ? . .
Avait-il la mémoire, la clairvoyance
qu'il fallait pour préparer, dès 1914, dès
1917, la paix à venir ? Depuis 1918, a-t-il
eu la> continuité et l'indépendance qu'il
eût fallu pour maintenir, dans la paix, la
victoire et prévenir le retour de la guerre?
Immenses questions ! M. Reclus trouvera
les textes, les faits, les dates, les noms,
dans les cent trente pages du Discours
préliminaire à la dernière édition de l'En
quête sur la Monarchie. Mais, à tout cela,
les républicains se gardent de répondre :
ils préfèrent, eu douze lignes, l'acte de
foi... Il y a pourtant ■ quelque chose de
changé : on ne dit plus, même au foyer
du régime : « La République a gagné la
guerre». On dit : «Elle a permis de faire
efficacement la guerre ». Permis, à qui ?
De faire la guerre, comment? Allusions
pudiques à la dictature de Clemenceau, à
la rnon-archie.de 1918, à l'abdiçation des
politiciens, au Sénat transformé, contre
les ministres et contre les consulaires, en
Haute Cour !
Quant à la seconde joie que M. Reclus
éprouve à contempler nos cinquante-qua
tre ans de République, quel classique
exemple de la faiblesse d'échine des libé
raux ! Cinquante-quatre ans sans révolu
tion, disent-ils, et ils se frottent les mains!
Et ils..coniptent. sur, leurs. dpigts. :. Réstau-
ration, 15 ans ; monarchie de juillet, 18
ans... ; République, cinquante-quatre ans...
Quel triomphe ! Las, l'imprudent M. Re
clus en donne lui-même le triste-secret :
Si nos institutions actuelles ont pu nous
épargner les incartades toujours possibles
du lion populaire comme les coups de cra
vache d'un dompteur indésirable, c'est
tout justement parce que leur souplesse a
toujours permis à la volonté nationale de
prévaloir et de s'imposer.
Pour le bourgeois libéral, la révolution,
c'est la barricade, le sang et la prison. Ce
sont ces signes extérieurs, cette phase de
.lutte et de défense qu'il faut éviter. Si de
main le communisme a la majorité aux
élections, le bon, le sain régime sera celui
qui remettra à M. Vaillant-Couturier le
portefeuille de M. Nollet. Celui qui ferait
appel au général de Castelnau serait un
régime attardé, un régime de gêneurs, un
régime qui provoquerait la « révolution ! »
Admirable déformation ! Comme si l'a
vènement du Bloc des gauches auquel pré
sidait Jaurès, ou de celui que gouverné
M. Léon Blum, ne constituaient pas, pour
l'ensemble de leurs méfaits politiques et
sociaux, l'exact équivalent des révolutions
qu'on prétend avoir évitées ! Ah, rendez-
nous les gouvernements qui savent lutter :
la lutte comporte au moins une chance
de victoire I
INTERIM
UN MANIFESTE
DU COMITE D'ENTENTE
Les mutilés . '
font appel au pays
De toutes les provinces françaises
: les mutilés viendront à Paris
pour exiger leur dû
Comme nous l'avions pensé dès le pre
mier jour, et comme nous l'avions dit aux
dirigeants des grandes associations de mu
tilés et d'anciens combattants, ce n'est pas
en parlementant avec le gouvernement, ce
n'est pas en se fiant à la prétendue bonne
volonté des Hus que ceux qui attendent
le relèvement de leurs pensions obtien
dront satisfaction. Dès candidats-députés
signent tout ce qu'on veut à la veille des
élections, mais, après, la politique de parti
l'emporte vite. Les promesses, on en re
parlera dans trois ans !
C'est pourquoi nous ne cesserons de ré
péter ici que les mutilés n'obtiendront sa
tisfaction et sécurité que le jour où leurs
pensions étant chiffrées, une fois pour tou
tes, en francs-or,, elles suivront automati
quement les variations du coût de la vie.
Par ce moyen, plus besoin de quémander,
de supplier, de mendier pour obtenir ce
qui est dû à ceux qui ont donné le meil
leur d'eux-mêmes à la Patrie. Il faudra
bien en venir là.
Aujourd'hui, les dirigeants du comité
d'entente, renonçant à obtenir satisfac
tion par les voies légales, constatant ainsi
eux-mêmes l'insuffisance des représen
tants des anciens combattants aa parle
ment, ^.n appellent à tous les mutilés de
France, à ceux de Paris comme à ceux des
provinces. Les misérables pantins qui nous
gouvernent pourraient bien s'apercevoir,
avant peu, que l'énergie des soldats vain
queurs n'est pas morte et qu'il ne faut pas
confondre la patience avec la bêtise. A
l'heure H, une fois encore, nous serons
tous là, mutilés, pour exiger ce qu'on nous
doit. — P ierre IIERICOURT.
j[Toir le manifeste en deuxième page)
Evidente diversion
Le pacte de garantie que nous offrirait
le chancelier Luther a quelque chôse de si
peu normal que l'on soupçonne nécessaire
ment une arrière-pensée chez lès auteurs de
cette proposition bizarre. Le gouvernement
allemand veut-il donner Une preuve de ses
intentions pacifiques et conciliantes ? Qu'il
cesse donc le chantage du* traité de com
merce pour que nous le croyions.
Un pacte de garantie, s'il était sincère,
comprendrait la Pologne : il n'est pas
question des frontières polonaises dans les
projets^ d'ailleurs très vagues, qu'agite la
presse de Berlin. Ces projets ont un carac
tère de diversion. Diversion à quoi ? Peut-
être n'est-ce pas difficile à trouver;.
Un gouvernement dominé par les natio
nalistes et qui s'efforce de constituer en
Prusse un gouvernement semblable à lui-
même a intérêt à se donner les apparences
de la modération. A l'intérieur comme à
l'extérieur, il gagne à se dire pacifique, à
montrer qu'il peut, encore mieux qu'un
autre, assurer la paix. Si un Hohenzollern
remontait sur le trône, il n'est pas douteux
qu'il irait encore plus loin, qu'il rappelle
rait les vingt-cinq ans où Guillaume II a
régné sans guerre et qu'il affecterait de
considérer 1914 comme un regrettable
accident.
La diversion "peut s'appliquer à autre
chose. Le chancelier Luther et les monar
chistes, ayant l'opinion à conquérir, doivent
promettre tout ce qui lui plaît. Il ne faut
pas oublier que les partis de gauche, et en
particulier la social-démocratie, avaient
mis à leur programme, pour les élections
du 7 décembre, la réunion de l'Autriche à
l'Allemagne sous les plis du drapeau répu
blicain. Les partisans du nqir,blanc, joiige
ne-veulent pas rester-en arrière-des parti
sans du noir, rouge et or. Us ne veulent
pas s'exposer au reproche de n'avoir pas
réalisé la grande Allemagne par la Répu
blique. Que répondraient-ils si le socialiste
LceBe, président du Reichstag et de la ligue
pour le rattachement, pouvait les accuser
d'avoir délaissé les « frères autrichiens » ?
Ces jours derniers, il y a eu un renou
veau d'activité. en faveur de la fusion aus
tro-allemande. En dépit des dénégations qui
sont venues de \ienne, la mission à Berlin
de deux personnages politiques autrichiens,
M. Franck et M. Dinghofer, a déjà eu pour
résultat l'abolition des passeports entre le9
deux pays. Il y a eu précédemment, d'autres
mesures du même genre destinées à prépa
rer l'unification. On tend à un Zollverein,
selon la méthode qui, au siècle dernier,
avait été la préface de l'unité allemande.
Enfin l'obstacle des monnaies sera levé le
jour où, l'Allemagne étant revenue à l'or,
l'Autriche y sera revenue également.
. La fusion de l'Autriche et de l'Aile-
magne, la réalisation du Mitteleuropa,
promises par la social-démocratie, seront-
elles l'œuvre d'un gouvernement qui mé
nage l'avenir pour une restauration de9
Hohenzollern ? Déjà peu brillante, l'oppo
sition républicaine au chancelier Luther et
à ses collaborateurs monarchistes en serait
désarmée. On conçoit que, pour arriver* à
un résultat pareil, le gouvernement de
droite s'efforce de détourner l'attention de
la France, même par des moyens aussi
gros que l'offre insolite d'un pacte dé
garantie. — J. B.
A LA CHAMBRE
L'abbé Bergey
défend les catholiques de France
M. l'abbé Bcrgeg est de grande taille. Ce
n est pas une image de dire de lui qu'il est
taillé en hercule. Sa voix est solidement
timbrée. Quand il le veut, elle- porte et
peut braver sans peine la tempête des
interruptions ou des protestations.
An surplus, il a la répartie vive, agile
ment spirituelle, et, pour l'adversaire, sou
vent cinglante dans sa douceur. Le nou
veau député de la Gironde s'est imposé,
hier, par persuasion, par la bonne foi,
en même temps que par' une courtoisie,
une patience et une mansuétude vraiment
évangéliques, formant un étrai je et édi
fiant contraste avec la stature et le tem
pérament du combattant.
Mais ce désir — exprimé avec quelle
dignité — de ne pas blesser l'adversaire,
n'a pas empêché M. l'abbé Bergey d'in
fliger à M. Herriot quelques bonnes et
fermes vérités■ Ce dernier en a semblé,
parfois, singulièrement gêné, quand" il ne
s'en est pas montré silencieusement piqué
au plus vif de son orgueil.
Etait-ce, hier, la douzième ou la trei
zième séance consacrée par la Chambre
au budget des Affaires étrangères? Quoi
qu'il en soit, elles sont déjà tant qu'on
n'en saurait plus aujourd'hui faire le
compte avec certitude.
Le député démocrate Paul Simon, du
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