Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1924-09-02
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 02 septembre 1924 02 septembre 1924
Description : 1924/09/02 (Numéro 246). 1924/09/02 (Numéro 246).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Dix-septième année - N° 246
9
Mardi 2 septembre \924
IJfa.
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15oenHmae. S h I se st SBïDE -bt -Oiui
SO centimes. Départements bt Colomb*
AUOiVMiiM.liNi'l'-s : liait sixtfois. ïroulM».
France at Colonie». 48 fr. a5 fr, -3 fr.
Etranger.. ..... Sa » 4a r> at »
Chèque postal « Compte 3S.000 Paris.
ORGANE DU NATIQNALISME INTÉGRAL,
v « Tout ce qui est national est nôtre. »
Le Duo d'ORLÉANS
héritier des quaraate Rois qui on mille ans Brcnt la Francs, r
ifiDiCTIOR * ADHÏtfîSTaAïiOHt
"«t it Borne» PAREz 'S*)
adresse tëlégTapniquc . agtâoi^kaparis
Téléphone ' Administration . Louvre 36-49, a6-5o
Rédaction : central 75 44 -'Publicité ' centrai.14-77
a près xc beurer du aoir : ségur :x-68
iicglstre de commerce ; seine n" *78 .58»
Fondateur s HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques i LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef s MAURICE PI.ÎO
Un témoin autorisé
« Au lendemain, de l'approbation par le Par
lement fies accords* de Londres, le problème de
notre sécurité se pose avec un caractère particu
lièrement sérieux, pour ne pas dire grave...
■ En fait, il n'est pas moins incontestable que
notre présence dans la Ruhr augmente sensible
ment notre coefficient de sécurité et que notre
départ le diminuera. »
Alexandre MILLERAND,
ancien président de la République.
Les Âiiiôurs d'un poète
»
Dans la collection tour de force,, ma
gnifique et à bon marché, imaginée par
Arthème Fayard, Louis Barthou vient de
publier Les Amours d'un poète (1), ouvra
ge du plus haut et du plus vif intérêt, qui
pourrait aussi s'intituler : Hugo entré
Adèle et Juliette. Ce livre de critique
va avoir un immense succès ; et ce sera-
justice. Il classe son auteur ; non point
que Barthou ait le goût littéraire très
développé, loin de là. Il prend Edmond
Hostand pour un poète et Loti pour un
jgrand écrivain. Les citations qu'il fait de
Hugo sont choisies parmi les plus" mé
diocres de cet étonnant assembleur de
rythmes et d'images^ Mais Barthou, à dé
faut de goût littérairè, a quelque chose
de mieux : le sens de la vie. Sans être
précisément un chercheur de tares, il con
naît l'homme et ses tares. Le plenus rima-
rum [ce qui ne veut pas dire, ô Briand,
■plein de rimes ! ] l'attire et le retient.
Erudit, documenté, et même fouineur, il à
amassé une foule de lettres et de dessins
du vicieux verbo-sexuel de Guernesey, de
sa femme étrange, de sa séduisante bon
ne amie ; il a rapproché, recoupé, induit,
«déduit et, finalement, il nous sert chaud
un plat excellent, dru, savouréux au pos
sible, auquel ne manque pas la pointe
acérée de l'ail cher à Vénus: Non seule
ment les lettrés, mais les demi-lettres,
mais les illettrés — si nombreux dans les
milieux officiels voudront en goûter
ét s'en lécheront les doigts. ~
On-peut déplorer la publicité faite aux
amours de. ce goujat de génie critique
qu'était Sainte-Beuve et de Mme Hugo.
Sainte-Beuve était laid, libidineux, et sen
tait mauvais. Il était envieux. D'où les
confidences scandaleuses , du Livre d'A-
• mour et de Consolations. Que Mme Hugo
ait préféré ce porc de bibliôthèque à
son mari flamboyant de jeunesse* de ta
lent et de gloire, voilà l'énigme psycho
logique. Qu'elle se soit donnée à ' Sainte-
Beuve, hélas ! cela ressort- clairement
des textes publiés par Barthou. i Qu'elle
ait eu à s'en repentir, c'est le lot ordinai
re de-toutes les fautes de ce genre* Hugo
était; de sens viôlents, de cœur généreux,
de-bourse ladre, à la fois orgueilleux et
hypocrite raffiné. Ce mélange étonnait,
attirait, repoussait, puis .réattirait et, fi
nalement, domptait, courbait et même
asservissait toutes les personnes du sexs
opposé au sien qui entraient dans le cer
cle dé sa-sensualité de lion. Mme Ha«:o,
qui était de nature concentrée et passi
ve, d'intèlligence courte et influençable,
n'eut qu'une heure de réaction, mais qui
compte : Sainte-Beuve. La vraie femme
de Hugo fut Juliette Drouet.
Quant à Barthou, spectateur amusé de
cette existence biconjugale, lecteur en
chanté de ces lettres bénisseuses et grandi
loquentes, où Adèle et Juliette imitent
Ȉ qui mieux mieux le style de Victor, il
a, à la fois, les deux jbosses de la vénéra
tion et du dénigrement. Il encense à la
fois comme un enfant de chœur et comme
un cheval, portant à son dieu des coups
sournois. C'est un juge d'instruction de
premier ordre, qui saisit l'allusion litté
raire comme pas un, et d'ailleurs, sans
jamais solliciter les textes.
J'ai eu souvent l'occasion de citer des
traits de l'hypocrisie géante • de Hugo,
notamment dans Les Œuvres dans les
Hommes (2). Comme Mme Sand, sa con
temporaine, il prétendait s'offrir toutes
ses fantaisies, avec les dehors d'une om
brageuse vertu. De là des effets d'un co
mique prodigieux, que Barthou relève
discrètement, à l'occasion du fameux vo
yage du poète en compagnie de la belle
Juliette et de Célestin Nanteuil tenant
le flambeau. Au cours du voyage, Hugo
— tel Valmont dans les Liaisons dange
reuses — adressait à sa tendre Adèle, qui
n'en était pas dupe, des protestations en
flammées de fidélité conjugale. Piment in
nocent et classique ! Je recommande aus
si aux amateurs l'histoire, déjà sénile, de
Blanche, la femme de chambre de Mme
Drouet, et du petit carnet aux inscrip
tions espagnoles et latines. Barthou eût
pu y ajouter l'anecdote, plus tardive en
core, de Mariette et des tristes plaisirs
que le poète rétribuait, en plaçant quel
ques louis dans le bec du bain de pieds.
Il en est, d'autres, et de vertes, et de'
pas mûres, auxquelles je me contente de
faire allusion, afin de taquiner un peu
Barthou. Car rien n'est enrageant, pour
un collectionneur, .comme de savoir qu'il
ignore une pièce rare, un gibier de choix.
La mention « bienfaits », attribuée par
Hugo a la rubrique, hebdomadairement,
tenue, de ses fredaines extradomestiques,
est un des plus beaux traits de Tartufe
connus. En face de «' bienfaits », un
chiffre, toujours le même : 40 francs.
'Autre caractéristique des grands pre
miers rôles du Romantisme, entre 1830 et
(1) Les Amours d'un poète, collection du « Li
vre de demain », chez Arthème Fayard. Prix :
2 fr. 50.".
(2) Nouvelle Librairie nationale, 3, place du
Panthéon, Paris. Un vol. 7 fr. 50. '
1880. Se targuant d'être émancipés de tou
te pratique religieuse, ils avaient néan
moins gardé, pour le mêler à leurs amours
— comme on met du coton entre des
objets fragiles et cassables —r- une sorte
de bon dieu vague et portatif, allégué
à tout bout de champ, et même à tout
bout de lit ; devant cette orgie de Priape
des jardins, pleurard,' cornichonn'esque et.
attendri, Hugo fait ses dévotions rituelles,
et contraint tantôt Adèle, tantôt Juliette,
tantôt Mme Biard, tantôt Blanche, à l'i-,
miter. Il n'y a là aucune sainteté, certes,
mais une sorte de verbalisme baroque,
qui fait partie des accessoires de théâtre,
entre la fiole, le pourpoint et l'épée..,
« l'un emportant son masque, et l'au
tre son couteau... »
C'est, je crois, de l'invocation constan
te à ce dieu des bonnes gens ■— et des de
moiselles appétissantes — que l'étonnant
Karagueuz des Châtiments et de VHis-
toire xPun crime, le bouquin le glus co
mique du siècle, a tiré ses effets bénis-
seurs et son rôle de saint laïque et de pa
triarche. Avant Barthou, et avec une pé
nétration égale à celle de Barthou, Biré,
dans ses études sur Hugo, avait noté cette
tendance burlesque et ce diptyque du
prêchi-prêcha sermonneur et de la libido
en mouvement. Lockroy, qui n'était rien
de moins-que sot -— comme eût dit Fa-
guet —se délectait de ce contraste, et
en citait des exemples bien amusants.
N'empêche qu'il tira de cette ' glorieuse
cohabitation un mandat e.t le portefeuil
le de l'Instruction publique, voire celui
de la Marine. H n'aimait pas Hugo, qui
le détestait, et, pendant dix ans, le pauvre-
vieil homme eut là, à domicile, un obser
vateur et censeur qui se portait bien, et
un critique plus implacable encore que
Louis Barthou.
La morale" de cette histoire'et de ces
histoires c'est que, doué ou non, illus
tre ou non, dans quelque condition que
la fortune l'ait placé, l'homme demeure
à la merci de toutes les faiblesses, de
toutes les tentations, de tous les penchants
et- les trois quarts du temps,, gâche sa vie.
Qui veut faire l'ange fait la bête, a dit
Pascal. N'y aurait-il que cette conclusion
à tirer de l'œuvre de Barthou, conscien
cieuse et sagace, que ce serait déjà quel
que chose. Quant aux facultéô littéraires,
je dirai que Barthou est un écrivain, et
même un bon écrivain. Il paraîtrait inex
plicable, dans ces conditions, qu'il fût en
tré à l'Académie française, si l'on ne
savait qu'il dut sou élection à son habi
leté politique, qui est grande, et à son
influence politique. Il s'est mis à la cri
tique sur le tard. J'ignore s'il est venu à
elle par la bibliophilie, -— on le sait
fureteur et ami des premières éditions et
des reliures, et maniaque à souhait de
cette belle manie — ou à la bibliophilie
par la critique. Mais il a fait rapidement
des pas de géant.
H y a encore une autre morale : c'est
qu'il vaut mieux, en somme, si.lton tient
à son repos — même posthdme :— ne pas
être une vedette, ne pas attirer l'attention,
ne-rechercher aucun tréteau. Le seul vé
ritable principe de la gloire consistant
à être déterré, scruté, analysé, flairé, re
tourné, vidé, débité, en compagnie de
ses amours et de ses amitiés ; puis à se
voir servi en daube, en ragoût, braisé, à
la casserole, en compagnie des os et de la
cendre d'Adèle, de Juliette et du papa
Beuve désanctifié, il serait préférable aux
plus hautes destinées de demeurer petit,
humble et obscur. Le laurier ne fait pas
le bonheur, ah ! fi'jhtre : non.
Léon DÂTJDET.
Mort " "
de Madame Emile Robain
LA-POLITIQUE
Nous apprenons à la. dernière heure la
mort de Mme Emile Rooain, mère de notre
cher ami Paul Robain, membre des Comi
tés directeurs de /'Action française,. pré
sident de notre comité de conférences.
Mme Emile Robain s'est éteinte pieuse
ment l.e 31 août dans sa 74° annee. Ses
obsèques auront lieu à Biard, près de Poi
tiers, demain mercredi à neuf heures
trente.
Dans le deuil si cruel qui le frappe,
toute V Action française adresse' à Paul
Robain, à Mme Paul Robain et à toute leur
famille l'expression de sa profonde sym
pathie.
LES FAITS DU JOUR
— flier s'est ouverte à Genève la cinquiè
me assemblée de la S. D. N.
M. Herriot partira aujourd'hui de Lyon
pour Genève.
— Les rebelles chinois menacent ■ Shang
haï»
"I. Le Comte d'Haussonville
A.mon premier pas dans Paris, j'ap
prends une triste; nouvelle, le comte
d'Haussonville est mort. Perte sensible'
pour les lettres, car il y a longtemps que
l'auteur du Combat contre la misère ne
s'intéressait plus guère à la politique, si ce
n'est de haut et de loin. Ï1 y. avait joué un
rôle de premier plan; utile et heureux.
Ses Souvêntrs, commencés l'an dernier
dans la Revue des deux Mondes oie nous
ont pas précisé encore à laquelle des heures
de sa vie allaient ses préférences. Mais il
nous semble bien que ni la compression
de l'Empire même « libéral », ni les hé
sitations et les difficultés dé l'Assemblée
nationale ne devaient briller d'un éclat très
vif dans sa mémoire. C'est de 1883 à 1894,
entre la mort du comte de Chambord et
la mort du Comte de Paris, que l'espérance
dut allumer pour lui le beau feu. J'en
tends encore, à la nouvelle de la mort
d'Henri V, courir d'un bout à l'autre de
la petite et moyenne bourgeoisie de pro
vince le même murmure de joie : la mo
narchie est faite 1 Un grand nombre de
républicains libéraux étaient alots quali
fiés d'amis des Princes. Parmi les plus in
fluents et les plus écoutés des conseillers
et même des ministres de la République,
■beaucoup passaient pour vivre dans l'inti
mité du nouveau "prétendant ou du duc de
Chartres, son frère. On promettait aux ré
publicains qu'ils auraient la meilleure des
républiques. On disait aux bonapartistes :
-r- C'est bien simple, le plébiscite nous dé
partagera. Les catholiques étaient inquiets
de l'application des premières lois laïques,
la politique coloniale irritait beaucoup de
patriotes qui eussent préféré une politique
de recueillement et de préparation face au
Rhin : l'union conservatrice couvait ain
si. Un prince généreux jusqu'à la prodi
galité (c'est de M. le Comte de Paris que
j'ai le devoir de parler ainsi)* une équipe
detravailleurs et de négociateurs accomplis
avaient trouvé dans M. d'Haussonville le
chef d'Etat-Major rompu aux finesses par
lementaires et à l'art des préparations élec
torales. On sut profiter à merveille de la
situation : ce fut: le coup de maître des
élections de 1885, les 200 députés conserva
teurs élus<=au premier tour, la panique ré
publicaine, l'enthousiasme qui remua
toutes les profondeurs et toutes les fidéli
tés du pays.
La monarchie était-elle faite ? Peut-être
eût-il fallu commencer par la faire, quitte
à organiseriune ratification triomphale. Le,
péril concentra et . ouda les républicains
divisés. Ils se ' reprirent. • Redevenus
les maîtres au second tour de scru
tin, ils invalidèrent à tour de bras ce qui
les gênait trop : les élections partielles fi
rent le reste... Si la preuve était faite
et bien faite, qu'il ne fallait plus mettre
la charrue avant les bœufs, ce brillant épi
sode électoral laissa dans le pays un sen
timent si vif de la possibilité et même de
l'imminence de la monarchie, qué les ré
publicains en gardèrent un petit frisson
dans les moelles : leur loi d'exil ne traîna
pas ! Mais ces précautions légales changè
rent peu de chose au cours naturel des
événements, et le mouvement de nationa
lisme et de conservatisme qui n'avait pu
aboutir à la Restauration, se fit jour d'une
autre manière: les républicains qui avaient
échappé au règne de Philippe VII, subi
rent la prétendance de Boulanger, il leur
fallut un tenace effort de plusieurs années
pour se délivrer du- nouveau péril, non
sans une série de crises et de scandales qui
mettait chaque jour en relief plus net les
infirmités essentielles, la trahison se
crète de leur gouvernement.
II. Un nouvel esprit royaliste
Le Comte de Paris mourut moins de
trois mois après l'assassinat de M. Car-
not. A l'anarchisme renaissant répondaient
par toute la France, dans les milieux
cultivés et pensants, le déclin du libéra
lisme, l'éveil des idées de nafidnalisme et
d'autorité. Le fils et successeur- du Comte
de Paris, qui ne s'appelait pas « duc d'Ar
tois » comme le raconte Le Temps , Mgr le
duc d'Orléans avait les idées de sa géné
ration. La séparation se fit d'elle-même
entre ce prince et le représentant le
plus qualifie des idées politiques du XIX e
siècle expirant, mais je serais surpris si,
parvenu au point de- ses Mémoires où il
conte cet "épisode de sa vie, le comte
d'Haussonville ne rend pas un homma
ge aux qualités brillantes, à l'esprit péné
trant, au jugement rapide et sensé flu jeu
ne prince dont la force des choses l'a.
éloigné je iM. eu qu'une - fois l'honneur
de causer avec M. d'Haussonville et j'ai
recueilli de sa bouche un éloquent éloge
de Mgr le duc d'Orléans.
L'ancien, conseiller du Comte de Paris
ne boudait pas. Il ne faisait pas d'oppo
sition. Mais, de temps à autre, il lui plai
sait, comme il. disait, de rompre quelques
lances avec' les Français ralliés au nouveau
programme royal. La critique de la démo
cratie l'étonnait, la critique du libéralisme
l'irritait. Eux, je puis en parler savamment,
n'étaient ni moins étonnés, ni moins fu
rieux de. trouver devant eux un tel ad ver?
saire': cet homme de qualité, qui. ne ju
rait que par le nombre, ce fils des plus
vieilles lignées lorraines qui ne semblait
se souvenir que des idées de Mme de Staël!
est-il"'besoin de dire cè qu'il y avait d'en
rageant dans ce contraste, pour ne pas dire
cette contradiction ! Nous en étions bles
sés au vif. M. d'Haussonville ne Pétait pas
moins "de nos reproche^. Cependant, en fé
vrier et mars 1923, le comte d'Haussonville
annonçait l'intention, sinon de « voter
pour moi » à l'Académie, du moins de
m'accorder son suffrage à -l'un des scru
tins.
Je crus de mon dévoir d'aller tout à la
fois l'en remercier et l'en, dissuader, car
la pénitence était douce, n'allait-elle
pas m'engager à recommencer ? —
Non, non , dit-il aimablement, cha
cun a sa càquetteris, et ce sera la mien
ne 1 La conversation qui suivit fut la plus
simple et la plus agréable du mondp. M.
A la S. D. N.
d'Haussonville n'approuvait pas le princi
pe de ma candidature, il avait posé lui-
même celle de M. Jonnart, il estimait qu'un
polémiste devait se garder des compagnies
littéraires, et comme la question de savoir
si l'auteur des Satires ou celui de l'Abbé
Trublet étaient ou non polémistes et fu
rent ou non académiciens, ne renfermait
en soi nulle semence de querelle, nous pû
mes échanger là-dessus des confabulations
aussi cordiales qu'inoffensives. Mais la po
litique, surtout l'histoire politique, revint .
bientôt sur le tapis, et mon éminent inter
locuteur ne tarda pas à laisser échapper
un mot qui m'ouvrit ou plutôt me rouvrit
un horizon de nouvelle sagesse : — Voyez-
vous, me dit-il,. (7 ij a un point sur lequel
je me suis trompé, je l'avoue. J'avais peur
de l'Empire. Eh ! bien, depuis vingt ans
que nous nous sommes tant querellés, l'Em
pire n'a pas fait un pas. Il n'y a plus de
bonapartistes.
III. La peur de l 'empire
« J'avais peur de l'Empire. » Ce mot
mérite grande attention. Il explique beau
coup de choses; Il ouvre les cœurs de beau
coup de chefs de l'opposition monarchiste
depuis 1870, et pas seulement du côté li
béral.' Autorité et empire, dictature et em
pire, ces idées associées par l'histoire ré
cente, s'enchaînaient dans leurs esprits,
comme des nécessités logiques. Il ne leur
semblait-pas possible de faire une propa
gande pour l'autorité du roi, pour la dic
tature du roi, sans réveiller brumaire et
décembre. "Royalisme et -parlementarisme
leur semblaient "donc liés inévitablement.
«Prenez garde de faire l'empire», mur
muraient parfois de bons royalistes tout
près de nous. Cette appréhension instincti
ve ou plutôt mécanique aura fait perdre
beaucoup de temps, d'encre et de paroles.
Comment un esprit. t.ussi clair que
M. d'Haussonville put-il en être abusé ?
Il ne le fut pas jusqu'au bout : je sais de
bonne source que, sans peur de l'empiré,'
il vota pour Daudet, le 11 mai dernier.
Le comte d'Haussonville-parlait comme
il écrivait, avec pureté,' esprit, élégance.
Il trouvait sans effort le mot naturel et vif.
Ce tour d'esprit français, fait dé bonne
grâce, de simplicité aisée, qué Barrés
aimait à appeler «gentillesse» se retrou
vait en lui à de charmants détours de
conversation; Je renonce à dire avec 1 quel
le .prompitude avait jailli, après ; les ' pre
miers mots d'accueil, une question sur la
ganté de son ancien .ami ( le baron Tristan
Lambert, qu'il savait des nôtres. Les années
avaient-beau courir, il n'avait pas neigé
sur cette voix, sur cet accent, qui suffi
saient à rendre compte des puissances de
fidélité qui soutiennent et guidée', natu
rellement une noble vie.
Charles MAURRAS
■■ m i .... — i. ■■■, r ■ .in-—
UNE DECLARATION DE MUSSOLINI
L'inauguration de la cinquième assemblée
« Je veux grouper ■ '
autour du fascisme
tous les éléments nationaux »
Rome, 1" septembre. —r Au cours d'un
long entretien qu'il a eu avec M. Vittorio
Vettori, directeur du Giornale d'Italie,
M. Mussolini a fait observer que le gouver
nement fasciste avait fait bénéficier l'Ita
lie d'avantages territoriaux et économi
ques très considérables.'
Passant ensuite à l'examen de la situa
tion intérieure, le président du Conseil a
déclaré :
i, « Le retour à l'état de «choses normal
est une expression ambiguë Pour moi, je
l'interprète dans ce sens que le gouverne
ment doit assurer à tous les citoyens une
liberté qui n'est bornée que par la loi.
« L'opposition nous reproche notre
milice fasciste. Pourtant cette milice est
entrée dans le cadre dé la légalité et elle
prêtera serment au roi le 28 octobre. Son
originalité, sa force, c'est qu'elle est com
posée de volontaires.
« L'autorité des préfets est maintenant
renforcée sur tous les points de la pénin- '
suie, et les fascistes qui ne'respecteront
pas la loi seront poursuivis.
« De bons esprits se sont inquiétés pour
la Constitution, mais cependant, les réfor
més constitutionnelles sont prévues par la
Constitution elle-même qui, autrement, de
viendrait un dogme. La possibilité de la
retoucher est donc incontestable.
« Du reste, la Constitution de 1848 a
été accordée au Piémont et non à l'Italie.
II faut la revivifier dans l'intérêt même de.
la couronne. Une commission de quinze
membres envisagera le problème du point
de vue théorique et proposera une solu-
-tion. Le gouvernement examinera celle-ci
du point de vue pratique et exposera son
point de vue au Parlement. »
Comme M. Vettori demandait à M. Mus
solini ce qu'il pensait des attaques de l'op
position, le Duce a répondu
•. . « Je suis fort de l'assentiment et de IcL
fidélité des 900.000 inscrits du parti fas
ciste. La reprise de l'olFcpsive dés partis
subversifs ne préoccupe point le gouver
nement. '
« L'affaire Matteotti a été confiée à la
magistrature qui fera la lumière et la jus
tice en toute indépendance. Les décrets
sur la presse seront abrogés dès que la
nouvelle loi prévue aura été votée.-Quant
à la liberté d'association, elle est assurée
même aux partis qui nous sont hostiles, et
si la liberté de réunion est limitée, c'est
uniquement pour des questions d'ordre.
public. »•
En terminant M. Mussolini a déclaré :
« Je veux grouper autour , du fascisme
tous les' éléments nationaux et toutes les
compétences. Qu'on veuille bien considé
rer que-tous mes discours ont constitué des
offres de collaboration sincères. Je me
considère comme le serviteur de la nation
et non comme son maître. »
Hier matin, lundi l" r septembre, à 11
heures, a été inaugurée la cinquième as
semblée de la Société des Nations. L'évé
nement s'est produit dans les formes usuel
les. *
Le train du matin avait amené à Gcnè-
ve* de toutes les directions de l'Europe,
les dernières délégations.
Seuls, , les grands hôtels_ avaient pavoi
sé leurs immeubles. Toutefois, les princi
pales artères de la ville présentaient une
animation plus grande que de coutume.
Un peu avant 11 heures, chacun des
délégués se dirigea vers, la salle de l'As
semblée. C'est dans cette salle que, depuis
quatre ans, siège l'assemblée de Genève.
Cette salle a reçu cette année
une innovation : un microphone puis
sant permettra aux auditeurs d'enten
dre ce qui se dit de toutes les parties de la
salle.
La presse française, même celle de la
province était grandement réprésentée
eette année. Une trentaine de journalistes
allemands sont présents'. Il y a autant d'A
méricains.
La séance
A partir de 11 heures, les délégués pren
nent place. Les pays sont distribués sui
vant l'ordre alphabétique. La délégation
française occupe une des premières travées
de gauche face à la tribune.
La délégation française est au complet.
MM. Briand et Loucheur sont arrivés ce
matin. Aussitôt, la délégation s'est rendue
auprès de M. Léon Bourgeois et une cour
te délibération a eu lieu.
La délégation a décidé de donner ses
voix à M. Motta pour la présidence de l'as
semblée.
M. Léon Bourgeois et tous ses collabo
rateurs : MM. Briand, Paul-Boncour, Lou
cheur, de Jouvenel, Sarraut, Joùhaux, Cas-
sin, Clauzel, font leur entrée dans la salle.
La délégation est -l'objet de nombreuses
marques de sympathie de la part des re
présentants étrangers.
Le vieil Aristide Briand avec sa voix
caverneuse fait recette encore à la S. D. N.
comme au Palais Bourbon et on voit plu
sieurs ministres des Affaires étrangères ve
nir lui serrer la main. j
A la tribune présidentielle, M. Ilymans
est entouré de sir-Eric Drummond, secré
taire général; de M. Avenol, secrétaire;
général adjoint, et de M. Csmerlynck, in*
terprète. Sur l'estrade, de nombreux fonc
tionnaires du secrétariat.
A 11 heures, M. Hymans ouvre la session
par un long discours dont voici une ana
lyse : . .,
Le discours de M. Hymans
M. Hymans évoque le souvenir de la pre
mière assemblée qu'il présida voici 4
ans. Il rappelle qu'il s'agissait .alors, ainsi
que le disait lord Balfour. de « tenter une
grande expérience ». Depuis, la Société
n'a cessé de perfectionner son mécanisme,
-elle a étendu son champ d'action, elle a
précisé' son rôle, et on peut dire que la
période d'organisation a pris fin. Une tâ
che considérable a été accomplie. On a vu
très vite se dégager des réunions de Genève
un esprit de coopération, de confiance, dé
bonne amitié. Une atmosphère s'est for
mée dont tous ceux qui ont participé à
nos travaux ont senti le charme (1), une
atmosphère de solidarité et de coopération
au milieu de laquelle s'épanouit l'ardente
et flère volonté de paix.
Il signale à ce propos la valeur des ac
cords qui viennent d'être conclus à Lon
dres, et forme des vœux pour que ces
conventions se traduisent en 'des réalités
et apportent au monde le soulagement qu'il
attend.
M., Hymans qui a sans doute une vue
très spéciale veut voir dans rces açcords
le commencement d'Une période nouvel
le...
Le problème de la sécurité doit être résolu, dit
M. Hymans, l'Europe ne veut pas continuer à vivre
dans l'incertitude, il faut donner à la-paix une
structure juridique et politique, il faut organiser le
régime, de Ja paix et de la sécurité. C'est vers la
Société des Nations qu'on se tourne (applaudisse
ments). v '
Et ce passage qu'on nes'attendait à
voir dans la bouche d'un Belge : ,
Sans doute, la Société a rencontré des adversaires
suscité des préventions, et fait naître des hostili
tés, d'abord les sceptique?— le scepticisme, est une
paresse de l'esprit et une incapacité de compréhen
sion — et dans tous les pays des sortes de tribus
guerrières qui continuent à professer le culte de la
force, qui donnent au patriotisme une figure de
rêve et le font dégénérer en un nationaliste égoïste.
(Applaudissements).
Et M. Hymans continue :
Après tous les bouleversements apportés par la
guerre, l'esprit public éprouve quelque peine à
s'adapter 'aux circonstances nouvelles, la confiance
et les activités ne se rétablissent pas en un jour,
ii faut le temps. Les événements de guerre ont été
si formidables que par une attraction invincible
on se retourne sans cesse vers eux pour les re
trouver comme un prolongement extraordinaire
dont ils ont été la source, mais nous ne pouvons
pas nous attarder dans cette contemplation d'un
passé glorieux, nous devons regarder l'avenir.
Conservons le souvenir des sacrifices héroïques,
du sang généreusement répandu, fleurissons les tom
bes, prions pour les martyrs anonymes qui se sont
sacrifiés, mais recherchons de toutes nos forces
les moyens de prévenir le retour des catastrophes.
Cherchons à établir sur des assises durables le rè
gne du droit et de la fidélité aux traités ; gravis
sons d'un pas résolu à travers les incertitudes et les ;
difficultés le chemin qui mène au sommet de l'idéal
aux régions supérieur*» de la justice et de la
paix.
L'assemblée a procédé ensuite à la no-,
minaiion de la commission de vérifica
tion et s'est ajournée ensuite.
Les attributions des délégués français
Voici, selon toutes probabilités, quelles
seront les attributions des délégués fran
çais dans les grandes Commissions :
M. Briand siégera dans la 1™ Commis
sion (questions juridiques, interprétation
du pacte, arbitrage, etc) ; MM. Loucheur
et Georges Bonnet à la deuxième commis
sion (organisation technique, questions
économiques et financières) ; MM. Paul-
Boncour, de Jouvenel, Jouhaux, à la 3'
Commission (sécurité, désarmement), M.
Réveillaud, à la 4' Commission (budget d,e
la Société des Nations) ; M. Maurice Sar
raut, M. Georges Stelle, à la 5* commission
(questions humanitaires et sociales) ; MM.
de Jouvenel et Georges Bonnet, à la 6 com
mission (questions politiques, admission
des Etats).
Notre souscription
Les six jours de la semaine du 26 août
au 1" septembre inclus ont apporté 7.806 fr.
45. Les sommes reçues depuis le 24 juillet
s'élèvent à 99.002 fr. 65 et le total général
de la .souscription à 2.451.470 fr. 43.
Nous ne devons pas nous dissimuler une
sensible diminution dans la moyenne quo
tidienne bien qu'elle ait été relevée par
un versement généreux de 3.000 francs, un
de mille, un de 500, un de 400, un de 350,
un de 250 et dix de cent.
Constatons cependant qu'en un peu plus
d'un mois, dans un moment qui n'était pas
des plus favorables, nous avons à peu près
atteint la centaine de mille francs réclamée
pour l'hebdomadaire alsacien. Grâce à nos
amis, la pensée d'Action française, s'expri-
mant dans la langue comprise par la popu
lation, apportera à nos frères des provin
ces recouvrées son aide énergique dans
leur lutte contre le sectarisme maçonnique,
en même temps qu'elle les éclairera sur le
moyen de voir renaître la France qu'ils
avaient rêvée.
Mais la lutte n'est pas bornée à l'Alsace
et à la Lorraine : c'est sur tous les points
du territoire que les Français se sentent
menacés aujourd'hui comme patriotes,
comme catholiques, dans tous leurs inté
rêts les plus sacrés. Il importe donc que no
tre propagande, loin de se ralentir, puisse
multiplier son action, et que le journal,
notre arme principale, reste à la portée de
toutes les bourses. Nos amis doivent donc
redoubler d'efforts en souscrivant pour le
maintien des tarifs de notre quotidien.
A partir d'aujourd'hui les souscriptions
devront être de nouveau adressées à Char
les Maurras. Devant m'absenter à mon tour
pendant un mois, je prie' nos correspon
dants de lui envoyer également pendant
cette période, tout ce qui concerne la ré
daction. 1
Maurice PUJO %
ABONNEMENTS JK_ VSLLEWIillE
L'ACTION FRANÇAISE met, pendant la
période des vacances, à la disposition de
ses lecteurs des abonnements de courte
durée, partant de n'importe quelle date et
finissant au terme fixé par l'abonné/
Le prix de ces abonnements est calculé
à raison de'-0 fr. 15 par four, soit de
1 fr. 10 par semaine et 4 fr. 50 par mois
pour la France. Le prix pour l'étranger
est calculé à raison de 0 fr. 25 par jour.
ÈMVVMVmMMVVUVWM mHMUWVm
VOIR EN QUATRIEME PAGE :
Les cours du Franc-or
Allons-noMs revoir
les fiches ?
Nous avions laissé André, Percini Mollin
et Cic en train de « ficher » l'armée fran
çaise. Mais en septembre 1904, le^ Matin
commençait une campagne contre la dé
lation de l'armée, prenant particulièrement
à partie le colonel Sarrail, nouvellement
nommé au commandement de Saint-
Maixent. Le Matin -citait deux ou trois cas
d'injustice significatifs : entre autres ce
lui-ci, un lieutenant ayant fait campagne
au Soudan, blessé et mutilé, rayé du ta
bleau d'avancement parce que sa mère al
lait à la messe et renvoyé en Tunisie, alors
que les médecins demandaient, pour lui
une garnison française et même le. Val-de-
Grâce.
Ce n'était-Ià qu'une escarmouche." Le 28
octobre, le colonel C. Rousset et M. Guyot
de Villeneuve interpellaient à la Chambre
le ministre de la Guerre. Le colonel Rous
set ouvre le feu en parlant de Sarrail èt
de Saint-Maixent, mais le plat de résistan
ce est fourni par M. Guyot de Villeneuve :
les propres fiches de' la rue Cadet qu'un
employé, agissant par remords ou ven
geance, lui avait communiquées! .;
La séance fut ce qu'on peut imaginer :
un concert. de hurlements et d'injures.
Mais Guyot de Villeneuve tint bon et. réus
sit à provoquer une réplique d'André qui,
salement, lâcha Mollin et promit une en
quête. Grâce aux voix de ses membres, le
ministère ramassa péniblement quatre voix
de majorité. Mais, le lendemain, tous les
journaux patriotes publiaien" le dossier
Guyot de Villeneuve. Le 3 novembre, Guyot
revient à la charge. André .bafouille un
nouveau discours où il essaie de rejeter
la responsabilité du mouchardage sur dea*
subordonnés qui n'avaient agi que par ses
ordres. Pendant les explications de vote.
Gabriel Syveton va au général André
et le gille. Le gouvernement regagne
quelque terrain. La Chambre vote la levée
de l'immunité parlementaire de Syveton,
mais au moment où le député de Paris
s'apprête à porter 1a question des fiches
devant la cour d'assises, i' est asssfssiné.
Le 15. novembre, le député Grosjean in
terpelle le ministre de l'Instruction publi-
ap
la loge les Amis d-es Alpes, l'un des fichards
les plus actifs. Le 17, M. Flayelle ouvre un
débat analogue à propos d'un autre mou
chard : le juge do paix Bernardin de Pont-
à-Mousson. Chaumié a déplacé Gaumand ;
Combes refuse de toucher à Bernardin et
9
Mardi 2 septembre \924
IJfa.
' ' s b F'Ï
'
15oenHmae. S h I se st SBïDE -bt -Oiui
SO centimes. Départements bt Colomb*
AUOiVMiiM.liNi'l'-s : liait sixtfois. ïroulM».
France at Colonie». 48 fr. a5 fr, -3 fr.
Etranger.. ..... Sa » 4a r> at »
Chèque postal « Compte 3S.000 Paris.
ORGANE DU NATIQNALISME INTÉGRAL,
v « Tout ce qui est national est nôtre. »
Le Duo d'ORLÉANS
héritier des quaraate Rois qui on mille ans Brcnt la Francs, r
ifiDiCTIOR * ADHÏtfîSTaAïiOHt
"«t it Borne» PAREz 'S*)
adresse tëlégTapniquc . agtâoi^kaparis
Téléphone ' Administration . Louvre 36-49, a6-5o
Rédaction : central 75 44 -'Publicité ' centrai.14-77
a près xc beurer du aoir : ségur :x-68
iicglstre de commerce ; seine n" *78 .58»
Fondateur s HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques i LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef s MAURICE PI.ÎO
Un témoin autorisé
« Au lendemain, de l'approbation par le Par
lement fies accords* de Londres, le problème de
notre sécurité se pose avec un caractère particu
lièrement sérieux, pour ne pas dire grave...
■ En fait, il n'est pas moins incontestable que
notre présence dans la Ruhr augmente sensible
ment notre coefficient de sécurité et que notre
départ le diminuera. »
Alexandre MILLERAND,
ancien président de la République.
Les Âiiiôurs d'un poète
»
Dans la collection tour de force,, ma
gnifique et à bon marché, imaginée par
Arthème Fayard, Louis Barthou vient de
publier Les Amours d'un poète (1), ouvra
ge du plus haut et du plus vif intérêt, qui
pourrait aussi s'intituler : Hugo entré
Adèle et Juliette. Ce livre de critique
va avoir un immense succès ; et ce sera-
justice. Il classe son auteur ; non point
que Barthou ait le goût littéraire très
développé, loin de là. Il prend Edmond
Hostand pour un poète et Loti pour un
jgrand écrivain. Les citations qu'il fait de
Hugo sont choisies parmi les plus" mé
diocres de cet étonnant assembleur de
rythmes et d'images^ Mais Barthou, à dé
faut de goût littérairè, a quelque chose
de mieux : le sens de la vie. Sans être
précisément un chercheur de tares, il con
naît l'homme et ses tares. Le plenus rima-
rum [ce qui ne veut pas dire, ô Briand,
■plein de rimes ! ] l'attire et le retient.
Erudit, documenté, et même fouineur, il à
amassé une foule de lettres et de dessins
du vicieux verbo-sexuel de Guernesey, de
sa femme étrange, de sa séduisante bon
ne amie ; il a rapproché, recoupé, induit,
«déduit et, finalement, il nous sert chaud
un plat excellent, dru, savouréux au pos
sible, auquel ne manque pas la pointe
acérée de l'ail cher à Vénus: Non seule
ment les lettrés, mais les demi-lettres,
mais les illettrés — si nombreux dans les
milieux officiels voudront en goûter
ét s'en lécheront les doigts. ~
On-peut déplorer la publicité faite aux
amours de. ce goujat de génie critique
qu'était Sainte-Beuve et de Mme Hugo.
Sainte-Beuve était laid, libidineux, et sen
tait mauvais. Il était envieux. D'où les
confidences scandaleuses , du Livre d'A-
• mour et de Consolations. Que Mme Hugo
ait préféré ce porc de bibliôthèque à
son mari flamboyant de jeunesse* de ta
lent et de gloire, voilà l'énigme psycho
logique. Qu'elle se soit donnée à ' Sainte-
Beuve, hélas ! cela ressort- clairement
des textes publiés par Barthou. i Qu'elle
ait eu à s'en repentir, c'est le lot ordinai
re de-toutes les fautes de ce genre* Hugo
était; de sens viôlents, de cœur généreux,
de-bourse ladre, à la fois orgueilleux et
hypocrite raffiné. Ce mélange étonnait,
attirait, repoussait, puis .réattirait et, fi
nalement, domptait, courbait et même
asservissait toutes les personnes du sexs
opposé au sien qui entraient dans le cer
cle dé sa-sensualité de lion. Mme Ha«:o,
qui était de nature concentrée et passi
ve, d'intèlligence courte et influençable,
n'eut qu'une heure de réaction, mais qui
compte : Sainte-Beuve. La vraie femme
de Hugo fut Juliette Drouet.
Quant à Barthou, spectateur amusé de
cette existence biconjugale, lecteur en
chanté de ces lettres bénisseuses et grandi
loquentes, où Adèle et Juliette imitent
Ȉ qui mieux mieux le style de Victor, il
a, à la fois, les deux jbosses de la vénéra
tion et du dénigrement. Il encense à la
fois comme un enfant de chœur et comme
un cheval, portant à son dieu des coups
sournois. C'est un juge d'instruction de
premier ordre, qui saisit l'allusion litté
raire comme pas un, et d'ailleurs, sans
jamais solliciter les textes.
J'ai eu souvent l'occasion de citer des
traits de l'hypocrisie géante • de Hugo,
notamment dans Les Œuvres dans les
Hommes (2). Comme Mme Sand, sa con
temporaine, il prétendait s'offrir toutes
ses fantaisies, avec les dehors d'une om
brageuse vertu. De là des effets d'un co
mique prodigieux, que Barthou relève
discrètement, à l'occasion du fameux vo
yage du poète en compagnie de la belle
Juliette et de Célestin Nanteuil tenant
le flambeau. Au cours du voyage, Hugo
— tel Valmont dans les Liaisons dange
reuses — adressait à sa tendre Adèle, qui
n'en était pas dupe, des protestations en
flammées de fidélité conjugale. Piment in
nocent et classique ! Je recommande aus
si aux amateurs l'histoire, déjà sénile, de
Blanche, la femme de chambre de Mme
Drouet, et du petit carnet aux inscrip
tions espagnoles et latines. Barthou eût
pu y ajouter l'anecdote, plus tardive en
core, de Mariette et des tristes plaisirs
que le poète rétribuait, en plaçant quel
ques louis dans le bec du bain de pieds.
Il en est, d'autres, et de vertes, et de'
pas mûres, auxquelles je me contente de
faire allusion, afin de taquiner un peu
Barthou. Car rien n'est enrageant, pour
un collectionneur, .comme de savoir qu'il
ignore une pièce rare, un gibier de choix.
La mention « bienfaits », attribuée par
Hugo a la rubrique, hebdomadairement,
tenue, de ses fredaines extradomestiques,
est un des plus beaux traits de Tartufe
connus. En face de «' bienfaits », un
chiffre, toujours le même : 40 francs.
'Autre caractéristique des grands pre
miers rôles du Romantisme, entre 1830 et
(1) Les Amours d'un poète, collection du « Li
vre de demain », chez Arthème Fayard. Prix :
2 fr. 50.".
(2) Nouvelle Librairie nationale, 3, place du
Panthéon, Paris. Un vol. 7 fr. 50. '
1880. Se targuant d'être émancipés de tou
te pratique religieuse, ils avaient néan
moins gardé, pour le mêler à leurs amours
— comme on met du coton entre des
objets fragiles et cassables —r- une sorte
de bon dieu vague et portatif, allégué
à tout bout de champ, et même à tout
bout de lit ; devant cette orgie de Priape
des jardins, pleurard,' cornichonn'esque et.
attendri, Hugo fait ses dévotions rituelles,
et contraint tantôt Adèle, tantôt Juliette,
tantôt Mme Biard, tantôt Blanche, à l'i-,
miter. Il n'y a là aucune sainteté, certes,
mais une sorte de verbalisme baroque,
qui fait partie des accessoires de théâtre,
entre la fiole, le pourpoint et l'épée..,
« l'un emportant son masque, et l'au
tre son couteau... »
C'est, je crois, de l'invocation constan
te à ce dieu des bonnes gens ■— et des de
moiselles appétissantes — que l'étonnant
Karagueuz des Châtiments et de VHis-
toire xPun crime, le bouquin le glus co
mique du siècle, a tiré ses effets bénis-
seurs et son rôle de saint laïque et de pa
triarche. Avant Barthou, et avec une pé
nétration égale à celle de Barthou, Biré,
dans ses études sur Hugo, avait noté cette
tendance burlesque et ce diptyque du
prêchi-prêcha sermonneur et de la libido
en mouvement. Lockroy, qui n'était rien
de moins-que sot -— comme eût dit Fa-
guet —se délectait de ce contraste, et
en citait des exemples bien amusants.
N'empêche qu'il tira de cette ' glorieuse
cohabitation un mandat e.t le portefeuil
le de l'Instruction publique, voire celui
de la Marine. H n'aimait pas Hugo, qui
le détestait, et, pendant dix ans, le pauvre-
vieil homme eut là, à domicile, un obser
vateur et censeur qui se portait bien, et
un critique plus implacable encore que
Louis Barthou.
La morale" de cette histoire'et de ces
histoires c'est que, doué ou non, illus
tre ou non, dans quelque condition que
la fortune l'ait placé, l'homme demeure
à la merci de toutes les faiblesses, de
toutes les tentations, de tous les penchants
et- les trois quarts du temps,, gâche sa vie.
Qui veut faire l'ange fait la bête, a dit
Pascal. N'y aurait-il que cette conclusion
à tirer de l'œuvre de Barthou, conscien
cieuse et sagace, que ce serait déjà quel
que chose. Quant aux facultéô littéraires,
je dirai que Barthou est un écrivain, et
même un bon écrivain. Il paraîtrait inex
plicable, dans ces conditions, qu'il fût en
tré à l'Académie française, si l'on ne
savait qu'il dut sou élection à son habi
leté politique, qui est grande, et à son
influence politique. Il s'est mis à la cri
tique sur le tard. J'ignore s'il est venu à
elle par la bibliophilie, -— on le sait
fureteur et ami des premières éditions et
des reliures, et maniaque à souhait de
cette belle manie — ou à la bibliophilie
par la critique. Mais il a fait rapidement
des pas de géant.
H y a encore une autre morale : c'est
qu'il vaut mieux, en somme, si.lton tient
à son repos — même posthdme :— ne pas
être une vedette, ne pas attirer l'attention,
ne-rechercher aucun tréteau. Le seul vé
ritable principe de la gloire consistant
à être déterré, scruté, analysé, flairé, re
tourné, vidé, débité, en compagnie de
ses amours et de ses amitiés ; puis à se
voir servi en daube, en ragoût, braisé, à
la casserole, en compagnie des os et de la
cendre d'Adèle, de Juliette et du papa
Beuve désanctifié, il serait préférable aux
plus hautes destinées de demeurer petit,
humble et obscur. Le laurier ne fait pas
le bonheur, ah ! fi'jhtre : non.
Léon DÂTJDET.
Mort " "
de Madame Emile Robain
LA-POLITIQUE
Nous apprenons à la. dernière heure la
mort de Mme Emile Rooain, mère de notre
cher ami Paul Robain, membre des Comi
tés directeurs de /'Action française,. pré
sident de notre comité de conférences.
Mme Emile Robain s'est éteinte pieuse
ment l.e 31 août dans sa 74° annee. Ses
obsèques auront lieu à Biard, près de Poi
tiers, demain mercredi à neuf heures
trente.
Dans le deuil si cruel qui le frappe,
toute V Action française adresse' à Paul
Robain, à Mme Paul Robain et à toute leur
famille l'expression de sa profonde sym
pathie.
LES FAITS DU JOUR
— flier s'est ouverte à Genève la cinquiè
me assemblée de la S. D. N.
M. Herriot partira aujourd'hui de Lyon
pour Genève.
— Les rebelles chinois menacent ■ Shang
haï»
"I. Le Comte d'Haussonville
A.mon premier pas dans Paris, j'ap
prends une triste; nouvelle, le comte
d'Haussonville est mort. Perte sensible'
pour les lettres, car il y a longtemps que
l'auteur du Combat contre la misère ne
s'intéressait plus guère à la politique, si ce
n'est de haut et de loin. Ï1 y. avait joué un
rôle de premier plan; utile et heureux.
Ses Souvêntrs, commencés l'an dernier
dans la Revue des deux Mondes oie nous
ont pas précisé encore à laquelle des heures
de sa vie allaient ses préférences. Mais il
nous semble bien que ni la compression
de l'Empire même « libéral », ni les hé
sitations et les difficultés dé l'Assemblée
nationale ne devaient briller d'un éclat très
vif dans sa mémoire. C'est de 1883 à 1894,
entre la mort du comte de Chambord et
la mort du Comte de Paris, que l'espérance
dut allumer pour lui le beau feu. J'en
tends encore, à la nouvelle de la mort
d'Henri V, courir d'un bout à l'autre de
la petite et moyenne bourgeoisie de pro
vince le même murmure de joie : la mo
narchie est faite 1 Un grand nombre de
républicains libéraux étaient alots quali
fiés d'amis des Princes. Parmi les plus in
fluents et les plus écoutés des conseillers
et même des ministres de la République,
■beaucoup passaient pour vivre dans l'inti
mité du nouveau "prétendant ou du duc de
Chartres, son frère. On promettait aux ré
publicains qu'ils auraient la meilleure des
républiques. On disait aux bonapartistes :
-r- C'est bien simple, le plébiscite nous dé
partagera. Les catholiques étaient inquiets
de l'application des premières lois laïques,
la politique coloniale irritait beaucoup de
patriotes qui eussent préféré une politique
de recueillement et de préparation face au
Rhin : l'union conservatrice couvait ain
si. Un prince généreux jusqu'à la prodi
galité (c'est de M. le Comte de Paris que
j'ai le devoir de parler ainsi)* une équipe
detravailleurs et de négociateurs accomplis
avaient trouvé dans M. d'Haussonville le
chef d'Etat-Major rompu aux finesses par
lementaires et à l'art des préparations élec
torales. On sut profiter à merveille de la
situation : ce fut: le coup de maître des
élections de 1885, les 200 députés conserva
teurs élus<=au premier tour, la panique ré
publicaine, l'enthousiasme qui remua
toutes les profondeurs et toutes les fidéli
tés du pays.
La monarchie était-elle faite ? Peut-être
eût-il fallu commencer par la faire, quitte
à organiseriune ratification triomphale. Le,
péril concentra et . ouda les républicains
divisés. Ils se ' reprirent. • Redevenus
les maîtres au second tour de scru
tin, ils invalidèrent à tour de bras ce qui
les gênait trop : les élections partielles fi
rent le reste... Si la preuve était faite
et bien faite, qu'il ne fallait plus mettre
la charrue avant les bœufs, ce brillant épi
sode électoral laissa dans le pays un sen
timent si vif de la possibilité et même de
l'imminence de la monarchie, qué les ré
publicains en gardèrent un petit frisson
dans les moelles : leur loi d'exil ne traîna
pas ! Mais ces précautions légales changè
rent peu de chose au cours naturel des
événements, et le mouvement de nationa
lisme et de conservatisme qui n'avait pu
aboutir à la Restauration, se fit jour d'une
autre manière: les républicains qui avaient
échappé au règne de Philippe VII, subi
rent la prétendance de Boulanger, il leur
fallut un tenace effort de plusieurs années
pour se délivrer du- nouveau péril, non
sans une série de crises et de scandales qui
mettait chaque jour en relief plus net les
infirmités essentielles, la trahison se
crète de leur gouvernement.
II. Un nouvel esprit royaliste
Le Comte de Paris mourut moins de
trois mois après l'assassinat de M. Car-
not. A l'anarchisme renaissant répondaient
par toute la France, dans les milieux
cultivés et pensants, le déclin du libéra
lisme, l'éveil des idées de nafidnalisme et
d'autorité. Le fils et successeur- du Comte
de Paris, qui ne s'appelait pas « duc d'Ar
tois » comme le raconte Le Temps , Mgr le
duc d'Orléans avait les idées de sa géné
ration. La séparation se fit d'elle-même
entre ce prince et le représentant le
plus qualifie des idées politiques du XIX e
siècle expirant, mais je serais surpris si,
parvenu au point de- ses Mémoires où il
conte cet "épisode de sa vie, le comte
d'Haussonville ne rend pas un homma
ge aux qualités brillantes, à l'esprit péné
trant, au jugement rapide et sensé flu jeu
ne prince dont la force des choses l'a.
éloigné je iM. eu qu'une - fois l'honneur
de causer avec M. d'Haussonville et j'ai
recueilli de sa bouche un éloquent éloge
de Mgr le duc d'Orléans.
L'ancien, conseiller du Comte de Paris
ne boudait pas. Il ne faisait pas d'oppo
sition. Mais, de temps à autre, il lui plai
sait, comme il. disait, de rompre quelques
lances avec' les Français ralliés au nouveau
programme royal. La critique de la démo
cratie l'étonnait, la critique du libéralisme
l'irritait. Eux, je puis en parler savamment,
n'étaient ni moins étonnés, ni moins fu
rieux de. trouver devant eux un tel ad ver?
saire': cet homme de qualité, qui. ne ju
rait que par le nombre, ce fils des plus
vieilles lignées lorraines qui ne semblait
se souvenir que des idées de Mme de Staël!
est-il"'besoin de dire cè qu'il y avait d'en
rageant dans ce contraste, pour ne pas dire
cette contradiction ! Nous en étions bles
sés au vif. M. d'Haussonville ne Pétait pas
moins "de nos reproche^. Cependant, en fé
vrier et mars 1923, le comte d'Haussonville
annonçait l'intention, sinon de « voter
pour moi » à l'Académie, du moins de
m'accorder son suffrage à -l'un des scru
tins.
Je crus de mon dévoir d'aller tout à la
fois l'en remercier et l'en, dissuader, car
la pénitence était douce, n'allait-elle
pas m'engager à recommencer ? —
Non, non , dit-il aimablement, cha
cun a sa càquetteris, et ce sera la mien
ne 1 La conversation qui suivit fut la plus
simple et la plus agréable du mondp. M.
A la S. D. N.
d'Haussonville n'approuvait pas le princi
pe de ma candidature, il avait posé lui-
même celle de M. Jonnart, il estimait qu'un
polémiste devait se garder des compagnies
littéraires, et comme la question de savoir
si l'auteur des Satires ou celui de l'Abbé
Trublet étaient ou non polémistes et fu
rent ou non académiciens, ne renfermait
en soi nulle semence de querelle, nous pû
mes échanger là-dessus des confabulations
aussi cordiales qu'inoffensives. Mais la po
litique, surtout l'histoire politique, revint .
bientôt sur le tapis, et mon éminent inter
locuteur ne tarda pas à laisser échapper
un mot qui m'ouvrit ou plutôt me rouvrit
un horizon de nouvelle sagesse : — Voyez-
vous, me dit-il,. (7 ij a un point sur lequel
je me suis trompé, je l'avoue. J'avais peur
de l'Empire. Eh ! bien, depuis vingt ans
que nous nous sommes tant querellés, l'Em
pire n'a pas fait un pas. Il n'y a plus de
bonapartistes.
III. La peur de l 'empire
« J'avais peur de l'Empire. » Ce mot
mérite grande attention. Il explique beau
coup de choses; Il ouvre les cœurs de beau
coup de chefs de l'opposition monarchiste
depuis 1870, et pas seulement du côté li
béral.' Autorité et empire, dictature et em
pire, ces idées associées par l'histoire ré
cente, s'enchaînaient dans leurs esprits,
comme des nécessités logiques. Il ne leur
semblait-pas possible de faire une propa
gande pour l'autorité du roi, pour la dic
tature du roi, sans réveiller brumaire et
décembre. "Royalisme et -parlementarisme
leur semblaient "donc liés inévitablement.
«Prenez garde de faire l'empire», mur
muraient parfois de bons royalistes tout
près de nous. Cette appréhension instincti
ve ou plutôt mécanique aura fait perdre
beaucoup de temps, d'encre et de paroles.
Comment un esprit. t.ussi clair que
M. d'Haussonville put-il en être abusé ?
Il ne le fut pas jusqu'au bout : je sais de
bonne source que, sans peur de l'empiré,'
il vota pour Daudet, le 11 mai dernier.
Le comte d'Haussonville-parlait comme
il écrivait, avec pureté,' esprit, élégance.
Il trouvait sans effort le mot naturel et vif.
Ce tour d'esprit français, fait dé bonne
grâce, de simplicité aisée, qué Barrés
aimait à appeler «gentillesse» se retrou
vait en lui à de charmants détours de
conversation; Je renonce à dire avec 1 quel
le .prompitude avait jailli, après ; les ' pre
miers mots d'accueil, une question sur la
ganté de son ancien .ami ( le baron Tristan
Lambert, qu'il savait des nôtres. Les années
avaient-beau courir, il n'avait pas neigé
sur cette voix, sur cet accent, qui suffi
saient à rendre compte des puissances de
fidélité qui soutiennent et guidée', natu
rellement une noble vie.
Charles MAURRAS
■■ m i .... — i. ■■■, r ■ .in-—
UNE DECLARATION DE MUSSOLINI
L'inauguration de la cinquième assemblée
« Je veux grouper ■ '
autour du fascisme
tous les éléments nationaux »
Rome, 1" septembre. —r Au cours d'un
long entretien qu'il a eu avec M. Vittorio
Vettori, directeur du Giornale d'Italie,
M. Mussolini a fait observer que le gouver
nement fasciste avait fait bénéficier l'Ita
lie d'avantages territoriaux et économi
ques très considérables.'
Passant ensuite à l'examen de la situa
tion intérieure, le président du Conseil a
déclaré :
i, « Le retour à l'état de «choses normal
est une expression ambiguë Pour moi, je
l'interprète dans ce sens que le gouverne
ment doit assurer à tous les citoyens une
liberté qui n'est bornée que par la loi.
« L'opposition nous reproche notre
milice fasciste. Pourtant cette milice est
entrée dans le cadre dé la légalité et elle
prêtera serment au roi le 28 octobre. Son
originalité, sa force, c'est qu'elle est com
posée de volontaires.
« L'autorité des préfets est maintenant
renforcée sur tous les points de la pénin- '
suie, et les fascistes qui ne'respecteront
pas la loi seront poursuivis.
« De bons esprits se sont inquiétés pour
la Constitution, mais cependant, les réfor
més constitutionnelles sont prévues par la
Constitution elle-même qui, autrement, de
viendrait un dogme. La possibilité de la
retoucher est donc incontestable.
« Du reste, la Constitution de 1848 a
été accordée au Piémont et non à l'Italie.
II faut la revivifier dans l'intérêt même de.
la couronne. Une commission de quinze
membres envisagera le problème du point
de vue théorique et proposera une solu-
-tion. Le gouvernement examinera celle-ci
du point de vue pratique et exposera son
point de vue au Parlement. »
Comme M. Vettori demandait à M. Mus
solini ce qu'il pensait des attaques de l'op
position, le Duce a répondu
•. . « Je suis fort de l'assentiment et de IcL
fidélité des 900.000 inscrits du parti fas
ciste. La reprise de l'olFcpsive dés partis
subversifs ne préoccupe point le gouver
nement. '
« L'affaire Matteotti a été confiée à la
magistrature qui fera la lumière et la jus
tice en toute indépendance. Les décrets
sur la presse seront abrogés dès que la
nouvelle loi prévue aura été votée.-Quant
à la liberté d'association, elle est assurée
même aux partis qui nous sont hostiles, et
si la liberté de réunion est limitée, c'est
uniquement pour des questions d'ordre.
public. »•
En terminant M. Mussolini a déclaré :
« Je veux grouper autour , du fascisme
tous les' éléments nationaux et toutes les
compétences. Qu'on veuille bien considé
rer que-tous mes discours ont constitué des
offres de collaboration sincères. Je me
considère comme le serviteur de la nation
et non comme son maître. »
Hier matin, lundi l" r septembre, à 11
heures, a été inaugurée la cinquième as
semblée de la Société des Nations. L'évé
nement s'est produit dans les formes usuel
les. *
Le train du matin avait amené à Gcnè-
ve* de toutes les directions de l'Europe,
les dernières délégations.
Seuls, , les grands hôtels_ avaient pavoi
sé leurs immeubles. Toutefois, les princi
pales artères de la ville présentaient une
animation plus grande que de coutume.
Un peu avant 11 heures, chacun des
délégués se dirigea vers, la salle de l'As
semblée. C'est dans cette salle que, depuis
quatre ans, siège l'assemblée de Genève.
Cette salle a reçu cette année
une innovation : un microphone puis
sant permettra aux auditeurs d'enten
dre ce qui se dit de toutes les parties de la
salle.
La presse française, même celle de la
province était grandement réprésentée
eette année. Une trentaine de journalistes
allemands sont présents'. Il y a autant d'A
méricains.
La séance
A partir de 11 heures, les délégués pren
nent place. Les pays sont distribués sui
vant l'ordre alphabétique. La délégation
française occupe une des premières travées
de gauche face à la tribune.
La délégation française est au complet.
MM. Briand et Loucheur sont arrivés ce
matin. Aussitôt, la délégation s'est rendue
auprès de M. Léon Bourgeois et une cour
te délibération a eu lieu.
La délégation a décidé de donner ses
voix à M. Motta pour la présidence de l'as
semblée.
M. Léon Bourgeois et tous ses collabo
rateurs : MM. Briand, Paul-Boncour, Lou
cheur, de Jouvenel, Sarraut, Joùhaux, Cas-
sin, Clauzel, font leur entrée dans la salle.
La délégation est -l'objet de nombreuses
marques de sympathie de la part des re
présentants étrangers.
Le vieil Aristide Briand avec sa voix
caverneuse fait recette encore à la S. D. N.
comme au Palais Bourbon et on voit plu
sieurs ministres des Affaires étrangères ve
nir lui serrer la main. j
A la tribune présidentielle, M. Ilymans
est entouré de sir-Eric Drummond, secré
taire général; de M. Avenol, secrétaire;
général adjoint, et de M. Csmerlynck, in*
terprète. Sur l'estrade, de nombreux fonc
tionnaires du secrétariat.
A 11 heures, M. Hymans ouvre la session
par un long discours dont voici une ana
lyse : . .,
Le discours de M. Hymans
M. Hymans évoque le souvenir de la pre
mière assemblée qu'il présida voici 4
ans. Il rappelle qu'il s'agissait .alors, ainsi
que le disait lord Balfour. de « tenter une
grande expérience ». Depuis, la Société
n'a cessé de perfectionner son mécanisme,
-elle a étendu son champ d'action, elle a
précisé' son rôle, et on peut dire que la
période d'organisation a pris fin. Une tâ
che considérable a été accomplie. On a vu
très vite se dégager des réunions de Genève
un esprit de coopération, de confiance, dé
bonne amitié. Une atmosphère s'est for
mée dont tous ceux qui ont participé à
nos travaux ont senti le charme (1), une
atmosphère de solidarité et de coopération
au milieu de laquelle s'épanouit l'ardente
et flère volonté de paix.
Il signale à ce propos la valeur des ac
cords qui viennent d'être conclus à Lon
dres, et forme des vœux pour que ces
conventions se traduisent en 'des réalités
et apportent au monde le soulagement qu'il
attend.
M., Hymans qui a sans doute une vue
très spéciale veut voir dans rces açcords
le commencement d'Une période nouvel
le...
Le problème de la sécurité doit être résolu, dit
M. Hymans, l'Europe ne veut pas continuer à vivre
dans l'incertitude, il faut donner à la-paix une
structure juridique et politique, il faut organiser le
régime, de Ja paix et de la sécurité. C'est vers la
Société des Nations qu'on se tourne (applaudisse
ments). v '
Et ce passage qu'on nes'attendait à
voir dans la bouche d'un Belge : ,
Sans doute, la Société a rencontré des adversaires
suscité des préventions, et fait naître des hostili
tés, d'abord les sceptique?— le scepticisme, est une
paresse de l'esprit et une incapacité de compréhen
sion — et dans tous les pays des sortes de tribus
guerrières qui continuent à professer le culte de la
force, qui donnent au patriotisme une figure de
rêve et le font dégénérer en un nationaliste égoïste.
(Applaudissements).
Et M. Hymans continue :
Après tous les bouleversements apportés par la
guerre, l'esprit public éprouve quelque peine à
s'adapter 'aux circonstances nouvelles, la confiance
et les activités ne se rétablissent pas en un jour,
ii faut le temps. Les événements de guerre ont été
si formidables que par une attraction invincible
on se retourne sans cesse vers eux pour les re
trouver comme un prolongement extraordinaire
dont ils ont été la source, mais nous ne pouvons
pas nous attarder dans cette contemplation d'un
passé glorieux, nous devons regarder l'avenir.
Conservons le souvenir des sacrifices héroïques,
du sang généreusement répandu, fleurissons les tom
bes, prions pour les martyrs anonymes qui se sont
sacrifiés, mais recherchons de toutes nos forces
les moyens de prévenir le retour des catastrophes.
Cherchons à établir sur des assises durables le rè
gne du droit et de la fidélité aux traités ; gravis
sons d'un pas résolu à travers les incertitudes et les ;
difficultés le chemin qui mène au sommet de l'idéal
aux régions supérieur*» de la justice et de la
paix.
L'assemblée a procédé ensuite à la no-,
minaiion de la commission de vérifica
tion et s'est ajournée ensuite.
Les attributions des délégués français
Voici, selon toutes probabilités, quelles
seront les attributions des délégués fran
çais dans les grandes Commissions :
M. Briand siégera dans la 1™ Commis
sion (questions juridiques, interprétation
du pacte, arbitrage, etc) ; MM. Loucheur
et Georges Bonnet à la deuxième commis
sion (organisation technique, questions
économiques et financières) ; MM. Paul-
Boncour, de Jouvenel, Jouhaux, à la 3'
Commission (sécurité, désarmement), M.
Réveillaud, à la 4' Commission (budget d,e
la Société des Nations) ; M. Maurice Sar
raut, M. Georges Stelle, à la 5* commission
(questions humanitaires et sociales) ; MM.
de Jouvenel et Georges Bonnet, à la 6 com
mission (questions politiques, admission
des Etats).
Notre souscription
Les six jours de la semaine du 26 août
au 1" septembre inclus ont apporté 7.806 fr.
45. Les sommes reçues depuis le 24 juillet
s'élèvent à 99.002 fr. 65 et le total général
de la .souscription à 2.451.470 fr. 43.
Nous ne devons pas nous dissimuler une
sensible diminution dans la moyenne quo
tidienne bien qu'elle ait été relevée par
un versement généreux de 3.000 francs, un
de mille, un de 500, un de 400, un de 350,
un de 250 et dix de cent.
Constatons cependant qu'en un peu plus
d'un mois, dans un moment qui n'était pas
des plus favorables, nous avons à peu près
atteint la centaine de mille francs réclamée
pour l'hebdomadaire alsacien. Grâce à nos
amis, la pensée d'Action française, s'expri-
mant dans la langue comprise par la popu
lation, apportera à nos frères des provin
ces recouvrées son aide énergique dans
leur lutte contre le sectarisme maçonnique,
en même temps qu'elle les éclairera sur le
moyen de voir renaître la France qu'ils
avaient rêvée.
Mais la lutte n'est pas bornée à l'Alsace
et à la Lorraine : c'est sur tous les points
du territoire que les Français se sentent
menacés aujourd'hui comme patriotes,
comme catholiques, dans tous leurs inté
rêts les plus sacrés. Il importe donc que no
tre propagande, loin de se ralentir, puisse
multiplier son action, et que le journal,
notre arme principale, reste à la portée de
toutes les bourses. Nos amis doivent donc
redoubler d'efforts en souscrivant pour le
maintien des tarifs de notre quotidien.
A partir d'aujourd'hui les souscriptions
devront être de nouveau adressées à Char
les Maurras. Devant m'absenter à mon tour
pendant un mois, je prie' nos correspon
dants de lui envoyer également pendant
cette période, tout ce qui concerne la ré
daction. 1
Maurice PUJO %
ABONNEMENTS JK_ VSLLEWIillE
L'ACTION FRANÇAISE met, pendant la
période des vacances, à la disposition de
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finissant au terme fixé par l'abonné/
Le prix de ces abonnements est calculé
à raison de'-0 fr. 15 par four, soit de
1 fr. 10 par semaine et 4 fr. 50 par mois
pour la France. Le prix pour l'étranger
est calculé à raison de 0 fr. 25 par jour.
ÈMVVMVmMMVVUVWM mHMUWVm
VOIR EN QUATRIEME PAGE :
Les cours du Franc-or
Allons-noMs revoir
les fiches ?
Nous avions laissé André, Percini Mollin
et Cic en train de « ficher » l'armée fran
çaise. Mais en septembre 1904, le^ Matin
commençait une campagne contre la dé
lation de l'armée, prenant particulièrement
à partie le colonel Sarrail, nouvellement
nommé au commandement de Saint-
Maixent. Le Matin -citait deux ou trois cas
d'injustice significatifs : entre autres ce
lui-ci, un lieutenant ayant fait campagne
au Soudan, blessé et mutilé, rayé du ta
bleau d'avancement parce que sa mère al
lait à la messe et renvoyé en Tunisie, alors
que les médecins demandaient, pour lui
une garnison française et même le. Val-de-
Grâce.
Ce n'était-Ià qu'une escarmouche." Le 28
octobre, le colonel C. Rousset et M. Guyot
de Villeneuve interpellaient à la Chambre
le ministre de la Guerre. Le colonel Rous
set ouvre le feu en parlant de Sarrail èt
de Saint-Maixent, mais le plat de résistan
ce est fourni par M. Guyot de Villeneuve :
les propres fiches de' la rue Cadet qu'un
employé, agissant par remords ou ven
geance, lui avait communiquées! .;
La séance fut ce qu'on peut imaginer :
un concert. de hurlements et d'injures.
Mais Guyot de Villeneuve tint bon et. réus
sit à provoquer une réplique d'André qui,
salement, lâcha Mollin et promit une en
quête. Grâce aux voix de ses membres, le
ministère ramassa péniblement quatre voix
de majorité. Mais, le lendemain, tous les
journaux patriotes publiaien" le dossier
Guyot de Villeneuve. Le 3 novembre, Guyot
revient à la charge. André .bafouille un
nouveau discours où il essaie de rejeter
la responsabilité du mouchardage sur dea*
subordonnés qui n'avaient agi que par ses
ordres. Pendant les explications de vote.
Gabriel Syveton va au général André
et le gille. Le gouvernement regagne
quelque terrain. La Chambre vote la levée
de l'immunité parlementaire de Syveton,
mais au moment où le député de Paris
s'apprête à porter 1a question des fiches
devant la cour d'assises, i' est asssfssiné.
Le 15. novembre, le député Grosjean in
terpelle le ministre de l'Instruction publi-
ap
la loge les Amis d-es Alpes, l'un des fichards
les plus actifs. Le 17, M. Flayelle ouvre un
débat analogue à propos d'un autre mou
chard : le juge do paix Bernardin de Pont-
à-Mousson. Chaumié a déplacé Gaumand ;
Combes refuse de toucher à Bernardin et
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