Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1924-03-11
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 11 mars 1924 11 mars 1924
Description : 1924/03/11 (Numéro 71). 1924/03/11 (Numéro 71).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7618858
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Dix-septième année - IT 71
Mardi 11 Mars 1924
15 centime*. S kitth bt S bike-bt- O is»
20 centimes. D ép*.i\tbueiits et C olories
ABONNEMENTS : ïn !«. Siiïfois'TnlsMeh,
France et Colonies. 48 fr. a5 fr. i3 fr.
Etranger 8a » Ua » sa »
Chèque postal : Compte a3.goo Paris.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL,
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÉANS
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent Ift France*
RflDACTtOïl * ADMINISTR ATIOH ?
i4. rue de Rome, PARIS (S*)
Adresse télégraphique : ACTIOFR AN-PARIS
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Après ig heures da soir : Ségur 11 -G8
Registre 4o Commerce ; Seine $* 76.583
Fondateur
HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques : LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef : MÀUMCE PUJO
"Danger de relèvement rapide
de l'Allemagne"
« Pour que l'Allemagne paye, il faut qu'elle
« se relève, et comme Samson, dès que les forces
« lui reviennent, elle ne songe qu'à nous abattre.
« ...Tant qu'en Allemagne on réclamera,
« comme dimanche dernier à Francfort le député
« Korrel, Strasbourg, le Slesvig, ses provinces
« orientales données à la Pologne et ses colonies,
« la menace d'une nouvelle guerre planera sur
« le monde, quoi qu'on fasse. »
A. de GUILLERVILLE, dans le Temps d'hier.
DONC, LA GUERRE REVIENT SUR NOUS.
LES TROIS ASSASSINS DE LA SURETE GENERALE
Comment Delange
a menti au juge
L'organe le plus qualifié [avec le
Temps ] du parti républicain, j'ai nom
mé le Rappel, d'Edmond du Mesnil, écri
vait hier matin, sous ce titre L affaire
Marlier , les lignes fort justes que voici i
« Spectacle imprévu et intolérable.
€ Chaque jour, M. Marlier, directeur de
la Sûreté générale, est publiquement accusé
par un représentant du peuple du crime
d'assassinat. , , .
« Ce directeur de la Sûreté générale
(pu'il transforme en direction de l insécu
rité générale); ne bronche pas, ne songe
pas a sè disëulper, et continue a imposer
a tous ses collaborateurs son discrédit.
c Le ministre de l'Intérieur tolere qu an
de ses directeurs les plus importants soit
ainsi attaché au pilori. Il ne lui donne pas
plus l'autorisation de se defendre, que
M. Marlier ne reprend sa liberté pour se
disculper. . . .
« Il u a là une situation anormale, une
gageure odieuse, qu'aucun homme de cceur
Xie saurait tolérer. . .
« Plus que jamais est justifie le trouble
de conscience qu'ont éprouvé Seyerine,
Ferdinand Buisson, Pierre Bertrand, notre
directeur, et cette affaire prend chaque
jour une apparence plus trouble et pfus
inquiétante. s>
Je puis assurer le Rappel, comme tous
nos confrères s'intéressant à cette terri
ble affaire, que Marlier, Lannes et De-
lange ne bougent pas [ devant mes accusa
tions precises, reiterees, et qui vont
s'amplifier encore ] parce qu'ils savent
mieux que personne qu'ils ont fait assas
siner sciemment notre petit garçon [après
l'avoir livré à leurs indicateurs, vojeurs et
complices du Libertaire] en tant qu°
<£ gosse à Daudet ». Ils ne bougent pas,
parce que tout mouvement de leur part
ne ferait qu 'accélérer la découverte d'une
effroyable vérité, qui peut sortir mainte
nant, d'un jour à l'autre, d'une heure à
l'autre, du cabinet de M. Barnaud. Usne
bougent pas, parce que, s'ils tiennent
par des cadavres en commun — leurs in
dicateurs du Libertaire, notamment Co-
lomer et Le Flaoutter, ceux-ci les tien
nent aussi. Ils sont liés, ces bandits d'en
haut et d'en bas, non seulement par le
cadavre de notre enfant, mais par d'au
tres crimes en commun. Ils sont liés, et
ils sentent déjà, sur leurs cous, nettoyés
on crasseux, le froid du couperet de la
guillotine. Car ils iront ensemble au cou-
peret.
La folie de Poincaré et de Maunoury
a été, en cette affaire, d'écouter leurs
chefs de cabinet respectifs, les sieurs Gri-
gnon et Gellie, manœuvrant pour couvrir
trois assassins, que vomissent leurs col
lègues honnêtes. Il y aura lieu d'examiner
de près cette couverture, inexplicable et
scandaleuse, des sieurs Grignon et Gellie,
flanqués de Marron, ainsi que l'intimité
avérée de Grignon, de Lannes et de Du-
crocq.
Je me suis juré en effet de poursuivre
le châtiment exemplaire, non seulement
de ceux qui ont fait tuer, dans une hor
rible machination, un enfant de quatorze
ans et demi — qu'ils avaient ordonnée
à leurs indicateurs Flaoutter, Colomer,
Vidal, Gruffy et Cie, défaire passer pour
« anarchiste » — mais encore ceux qui les
ont couverts, et qui continuent à les cou
vrir. Dans cette poursuite du châtiment,
aucune considération ne m'arrêtera. Car
les protecteurs politiques de scélérats avé
rés se mettent de pair avec ces scélérats.
Aujourd'hui, je vais montrer comment
Delange — sur un point capital — a
jnenti au juge. Cela donnera la mesure
de la créance qui peut être accordée à
d'autres points de ses dépositions. On se
rappelle que le sieur Delange est le con
trôleur général qui fut chargé par Mar
lier, le samedi 24 novembre, sur le coup
de deux heures et demie après-midi, de
faire tuer «le gosse à Daudet», dont
Lannes venait d'apprendre, par Flaoutter,
qu'il était pris dans la souricière du bou
levard Beaumarchais.
J'ai publié, ici même, le 4 mars courant,
le rapport de Delange à Marlier, en date
du 4 janvier 1924, avouant la troisième
visite de Delange à Lariboisière, sur le
point de savoir si l'enfant, assassiné par
ordre de là Sûreté générale, avait parlé
avant de mourir. En effet, depuis que
nous avions reconnu notre malheureux
petit Philippe, les trois bourreaux de la
la rue des Saussaies ne vivaient plus :
« Daudet sait-il ou ne sait-il pas ? Le
moribond a-t-il parlé, ou non ? »
Ce rapport Delange, du 4 janvier, ne
fut remis à M. Barnaud,. par Marlier,
complice de Delange, que le 5 février,
QUAND j'eus accuse publiquement M aiî-
uer d'avoir dissimule a l'instruction
des pièces sécrétés . On comprend main
tenant pourquoi Marlier avait dissimulé,
en effet, ce rapport significatif, où appa
raissait, avec sa terreur de révélations fai
tes par Philippe in extremis, son intru
sion illégale dans une enquête apparte
nant exclusivement, dépuis le 4 décembre,
à MM. Barnaud et Faralicq.
A Colrat, garde des Sceaux.
Mais écoutez ceci : ce même 4 janvier
— ou il faisait ce rapport si compromet
tant a;Marlier sur sa troisième visite à
Lariboisière — Delange comparaissait
devant M. Barnaud, pour la première
fois. Or, après une série de prétéritions,
de bobards, de contradictions, qu'il se
rait trop long d'énumérer ici, le miséra
ble gredin, instrument des deux autres
chiens sanglants, articulait le mensonge
flagrant que voici [il venait de rendre
compte de sa.prëmière visite, en date du
lundi 26 novembre, à.Lariboisière] : Mon
rôle actif dans cette ïfïaire a ete ter
mine par la.
Notre cher de Roux — chargé, avec
mon collègue et ami Vallat, de nos in
térêts de partie civile en cette affaire —
me disait qu'en Cour d'assises, où le ser
ment est déféré, un .mensonge de ce ca
libre eût valu à Delange son arresta
tion immédiate. On se demande quel est
le lien sinistre qui attache Delange à l'as
sassin Marlier, pour qu'il se compromette
avec lui dans des mensonges éhontés,
après s'être fait son complice dans le
meurtre. Il est vrai qu'un infanticide,
concerté avec des cambrioleurs, est un
fameux poids à porter, même quand on
est la Sûreté générale ! Nos « Soleilland »
de la rue des Saussaies perdent cceur.
Donc mensonge formel de Delange,
mensonge indéniable, après l'usurpation
de fonction, dont j'entretenais Colrat l'au
tre jour, et au sujet de laquelle je n'ai
eu aucune réponse dei Colrat... !
Mais un autre point a attiré mon at
tention, dans le rapport de Delange à
Marlier, caché à M. Barnaud jusqu'au 5
février, remis à M. Barnaud par Mar
lier, à cette date, et où sont pris lés deux
complicès de la S. G. Ce point, c'est une
note marginale, dans le coin à gauche,
ainsi conçue : Ministère i (c'est-a-dire
interieur) et P. C. [c'est-à-dire Prési
dence du Conseil] avises [M. Grignon].
La question est de savoir si Grignon,
ainsi avise, au dire de M a RLIER , avait
communique immediatement cette piece
accablante — pour les raisons que je
viens de dire — a son patron Raymond
poincare ?
Sinon, qu'est-ce- que cela signifie ?
Léon DAUDET
Député de Paris.
ÉCHO St
— Le rapide Paris-V intimille a déraillé
près de Lyon ; quatre morts et vingt-cinq
blessés.
— Un important Conseil de Cabinet s'est
tenu au Quai d'Orsay, pour examiner la si
tuation financière.
— M. Theunis a constitué son cabinet.
On se rappelle qu'une douzaine d'avions de la
Compagnie Franco-Rôumaine ojit été, au cours de
ces derniers mois, obligés d'atterrir en terre alle
mande.
J:, on nous rapporte que, récemment, sur le ter
rain d'aviation de Nuremberg et dans les environs
de Carlsruhe, un appareil original, monté sur un
camion automobile, a été essayé avec succès. Cette
machine aurait pour but d'arrêter tous les moteurs
dans un rayon de dix kilomètres en surface et dans
un rayon de 5 kilomètres en hauteur.
Un appareil, qui volait à 5.000 mètres, aurait eu
son moteur calé instantanément !
Il y a là de quoi faire réfléchir ceux qui sont
à la tête de notre section technique de l'aéronau
tique.
* *
Le lendemain du jour où M. le chanoine Coubé,
dans l'église de Saint-Pierre du Gros Caillou, a
stigmatisé en paroles émouvantes et vengeresses
l'assassinat de Marius Plateau, l'Action française
en a publié un large extrait. Les amis du moderne
« Chevalier d'Assas », qui voudront lire dans son
texte intégra] ce beau discours, le trouveront dans
le n° de février de la revue de l'Idéal.
Ecrire au secrétaire de /'Idéal, 53, avenue Bos
quet, Paris. Prix : 0 fr. 60.
♦ ♦
Les éditeurs, de plus en plus, font état pour le
lancement d'un ouvrage, du chiffre de mille ven
dus. Sait-on que les romans de Paul Bourget
ont une vente qui atteint, pour certains, dans la
seule édition courante, 150 mille et que le dernier
Cteur pensif ne sait où il va, sortait le jour de
sa mise en vente, à 30.000 exemplaires ?
LIGUE D'ACTION FRANÇAISE
SECTION du XV e
Permanence : 97, rue Blomet
GRANDE REUNION
contradictoire
LA POLITIQUE
Mercredi 12 mars, à 9 heures du soir
Salle Gallia, 78, rue Lecourbe
sous la présidence de JEAN LANOS
ORATEURS s
MAURICE PUJO, J. GAZAVE
LEON DAUDET
député de Paris
qui rendra compte de son mandat
On entrera sur présentation de lit carte
d'électeur de l'arrondissement.
I. Le monopole des allumettes
et les principes de la démocratie
Nous ne sommes pas des enfants. Quand
la commission sénatoriale refuse de sup
primer le monopole des allumettes, parce
que « cette suppression n'apporterait au-
« cune recette supplémentaire au Trésor
« et risquerait, par le fait même du .chan-
« gement dé régime, de provoquer des
« moins-values fiscales importantes », sur
les 70 millions de recettes annuelles », per
sonne n'est dupe et tout le monde com
prend. On allègue un prétexte, afin qu'un
principe soit maintenu.
La suppression de ce pauvre petit mono
pole intéressait médiocrement. Mais on en
prenait acte comme d'un bon indice. Oui
ou non, l'Etat démocratique républicain
était-il disposé à entrer dans la voie de
la décentralisation, à quitter la voie rui
neuse de l'étatisme économique et finan
cier ? Si oui, des économies deviendraient
possibles, l'initiative privée repren- <
drait son essor : le fardeau de l'Etat al
légé, l'activité générale stimulée, le crédit
public serait rétabli, l'on pourrait en
visager l'affermage du monopole des
tabacs, se préparer à recevoir les énormes
rentrées de milliards, 50 au dire de M.
de Fels, qui, sans impôts, sans emprunts,
soulageraient l'Etat du sixième de sa dette.
C'était le retour à "équilibre et le retour
à la prospérité.
Oui, mais cette médaille avait son re
vers. D'abord, la doctrine républicaine or
thodose, le socialisme d'Etat, ou la mar
che graduelle au socialisme d'Etat, serait
sacrifiée. On ferait de la réaction. Héré-
sie.Cette hérésie se doublerait d'une incom
modité électorale et parlementaire. L'Etat
industriel, l'Etat manufacturier, usinier,
marchand de transports, gérant de che
mins de fer, en nourrit sa clientèle, il
peut caser des fils à papa dans les hauts
postes, donner des places moyennes aux
grands électeurs, placer aux emplois infé
rieurs le peuple électoral qu'on veut te
nir; Si l'Etat perd ce moyen d'action sur
l'électeur,que voulez-vous que devienne cet
Etat électif et parlementaire ? Députés, sé
nateurs, ministres sont en l'air. Vit-on en
l'air, quand on est fait pour tenir à la
bonne terre ? Poser la question. Ja.résout.
Le Sénat, c'est la Sorbonne, l'Acropole de
la démocratie. Il a jugé dans sa sagesse
qu'entre le bien public de la . France et
1 intérêt supérieur dé la République il n'y
avait pas à hésiter : pas de suppression du
monopole des allumettes, pas de suppres
sion de monopoles du tout ! Une fois de
plus la France est sacrifiée.
Mais ce sacrifice démontre quelles con
tradictions intimes dressent l'intérêt élec
toral des partis républicains contre l'inté
rêt vital de la nation française.
II. A propos du Manifeste
de la Ligue Française
si bien étouffé par la presse !
A propos du Manifeste qui a été repro
duit et commenté à cette place le 6 mars,
M. le général Aubier, directeur de la- Ligue
française , nous a fait l'honneur de nous
adresser une lettre que nous tenons à pu
blier de point en point, sans en omettre
un mot :
Monsieur le Directeur,
Commentant, il y a quelques jours, je
manifeste de la Ligue française, — ce
dont je crois devoir, en son nom, vous re
mercier, — vous vous demandiez si vos
confrères l'avaient suffisamment mis en
lumière.
Hélas l non. Et quand je dis : Hélas / ce
n'est pas, croyez-le bien, par le mesquin
souci d'une réclame dont nous n'avons nul
besoin. C'est parce qu'il est attristant et
même quelque peu inquiétant, alors que,
de l'autre côté du Rhin, tout un peuple
communie dans un âpre désir de ven
geance, alors que retentissent les excita
tions à la guerre et les cris de guerre, alors
que la préparation â l'agression n'est même
plus dissimulée, de voir que la plus grande
partie de la presse, presque exclusivement
absorbée par de fastidieuses querelles de
partis, semble se préoccuper si peu d'un
péril cependant imminent. Les quelques
journaux, sauf le vôtre, qui ont bien voulu
reproduire quelques lignes de notre mani
feste, l'ont à ce point édulcoré qu'on peut
se demander s'ils n'en ont pas compris la
portée ou n'ont pas voulu la comprendre ;
et c'est en vain qu'on y chercherait le
signal d'alarme que nous avons voulu don
ner le « Garde à vous» que nous avons
voulu crier I >
Comment ne voit-on pas cependant que,
tandis que la Société des Nations, la Com
mission des experts et autres Sociétés ou
Commissions de juristes, de financiers ou
de diplomates s'évertuent à discourir et
à discuter sur les meilleurs moyens d'as
surer à l'univers la paix ; tandis que le
gouverhement « travailliste » anglais —
tout en développant hâtivement et consi
dérablement ses flottes de guerre et ses
escadrilles d'aviation — nous convie à je
ne sais quelles combinaisons de neutralisa
tions et de garanties, l'éternelle ennemie
de la paix, l'Allemagne, se prépare fiévreu
sement à déchaîner une nouvelle guerre.
Et quelle guerre l La récente révélation
d'un gaz délétère ultra-moderne, qui vient
de foudroyer une dizaine de manipula
teurs, peut nous en donner l'idée !
Dans tous les coins du Reich, dans tous
les pays neutres environnants, le person
nel et le matériel, camouflés en formations
ou sociétés diverses, ou en outillage com
mercial, n'attendent -qu'un signal pour être
assemblés et transformés en unités et ins
truments de combat.
Comment l'Angleterre ne voit-elle pas
que, dans sa traditionnelle et morbide re
cherche de la « balance des pouvoirs », —
et c'est nous qu'actuellement elle accuse
de chercher à rompre cette balance, —
elle est en train de détruire de ses propres
mains la digue qui seule pourrait empê
cher l'Allemagne d'atteindre ses buts dé
finitifs : les, débouchés sur l'Océan, la
mainmise sur Anvers, Dunkerque et Ca
lais ? Comment ne voit-elle pas que sa
sécurité, comme la nôtre, est sur le Rhin ;
que la paix du monde est liée au pro
blème rhénan, et qu'au lieu de combattre
la constitution d'une Rhénanie indépen
dante elle eût dû s'efforcer de la favori
ser ? Tout cela est tellement clair, telle
ment évident qu'il suffit, pour l'aperce
voir, de posséder les plus élémentaires
notions de l'histoire de l'Europe !
Mais trop de gouvernements — et en
particulier le gouvernement britannique —
ont été à ce point encerclés et aveuglés
par la haute finance internationale, qu'ils
sont devenus inaptes à embrasser de vas
tes horizons. Ils ont des œillères qui li
mitent leurs vues à des objectifs étroits et
ù des profits immédiats.
Nous qui sommes au contact direct
d'une Allemagne de 62 millions d'âmes
avide de vengeance ; nous qui avons une
frontière ouverte depuis Lauterbourg jus
qu'à la Hollande ; qui trois fois en un
siècle — 1814, 1870, 1914 — avons été
envahis, saccagés, pillés, livrés à des dé
vastations et , à des meurtres qu'aucune
considération militaire ne pouvait justifier
"dévastations et méurtfès qui, dans là
dernière guerre, ont dépassé en sauvagerie
et en horreurs méthodiquement organisées
tout ce que l'histoire des invasions pas
sées pouvait évoquer ; nous enfin qui vi
vons sous l'éternelle menace des Barbares;
nous qui voudrions travailler en paix au
relèvement de nos ruines et de notre si
tuation économique, nous avons bien le
droit et le devoir d'exiger â tout le moins
la réalité et non l'ombre de notre sécurité.
Nous ne pouvons pas nous contenter
d'hypothétiques assurances de neutralité
et de garanties. Que vaudraient-elles, d'ail
leurs, en face d'une nation qui tradition
nellement professe et pratique le mépris
des signatures et la violation des neutra
lités ?
Tout nous indique que Fheure est venue
d'en finir avec des tergiversations qui,
chaque jour, accroissent le danger ; tout
nous commande de montrer la force si
nous ne voulons pas. être bientôt obligés
de /'employer.
C'est le destin à la fois merveilleux et
tragique de la France, d'être placée sur
le plus beau et le plus fertile sol du mon
de, mais, par une sorte de contre-partie
douloureuse, entre deux nations également
avides de domination et qui poursuivent,
avec une persistance inéluctable, leur po
litique impérialiste, alors que nous n'osons
même pas faire, résolument nçtre politique
défensive
Tout cela, monsieur le directeur, vous
l'avez maintes fois dit mieux que je ne
saurais le redire ; et ce n'est pas une rai
son suffisante pour ne le point répéter,
de ne pas appartenir à votre doctrine po
litique.
Peut-il vraiment être question de doc
trine politique, en face de l'ennemi ?
En reproduisant notre manifeste vous
avez fait remarquer que si les Royalistes •
étaient suspects, la Ligue française ne pou
vait l'être, parce que composée de Répu
blicains.
Vous permettrez au vieux soldat gui
signe cette lettre de récuser, en ce qui le
concerne, toute étiquette politique,• et de
s'avouer tout simplement Français. L'ar
mée d'ailleurs a-t-elle jamais vu', à travers
tous les régimes, autre chose que la gran
de figure de la patrie ?
Et ne serait-ce pas une chance suprême
si, aux heures graves que nous traversons,
tous les partis, imitant son exemple, sa
vaient, imposer silence à leurs dissensions
et marcher d'un seul cœur, disciplinés et
forts, vers un idéal purement national.
C'est un rêve, sans doute ! Mais si la ma
jorité des Français pouvaient le partager,
peut-être deviendrait-il une réalité.
General Aubier.
M. le général Aubier me permettra de
le remercier chaleureusement des termes
trop flatteurs, mais si cordiaux, dans les
quels il veut bien approuver un aspect,
une phase de notre politique nationale.
Rien ne nous satisfait comme de nous
sentir d'ascord avec la pensée et le
cœur d'un soldat comme lui, chef
expérimenté, clairvoyant, patriote. 11
est clair, en effet, que sa politique
rhénane correspond à la nôtre. Nous
n'en retrancherions rien. Mais nous
ajouterions qu'une politique rhénane effi
cace suppose une autre politique à rayon
plus étendu dans l'espace et le temps, la
politique des libertés germaniques : elle
comporte, immédiatement, une action sur
Berlin et, dans la suite de l'avenir, un
effort méthodique, constant et régulier,
interdit aux gouvernements dépourvus de
cohérence et de stabilité.
Dans une formule très belle, M. le gé
néral Aubier pose un grave, problème :
« Peut-il vraiment être question de doc-
« trine politique en face de l'ennemi ? »
Tous nos lecteurs, tous nos amis, tout
notre passé de 1914-1918 ont déjà répondu
à ma place : non. Si surtout 1 on entend
par doctrine politique les vues étroites et
sommaires d'une équipe pressée de pren
dre d'assaut le pouvoir et de s'y mainte
nir ! Non, même si cette équipe a une doc
trine, il ne peut être' question de cela de
vant l 'ennemi ! Et si, comme tel est notre
cas, l 'équipe est désintéressée, si elle n'a
en vue que le bien public et le service pu
blic, non encore, elle n'agitera pas en
vain les questions de doctrine politique
devant les menaces ouvertes ou couvertes
de l'ennemi. Le grand et généreux Prince
que nous servons (pour bien servir la Fran
ce) nous en a" donné la consigne. Notre
doctrine elle-même nous le prescrit.
Cependant, comme les questions de
sûreté nationale, qui représentent le
but à atteindre, sont résolues p^r le
moyen des institutions et dès gouverne
ments, il reste utile et nécessaire de pré
venir nos concitoyens qu'il y a des moyer.s
forts et des moyens faibles, des moyens
qui évitent le but et des moyens qui y con
duisent : des moyens politiques, des
moyens constitutionnels qui assurent à
un peuple une bonne diplomatie, une
bonne marine, une bonne justice, une
bonne police et d'autres moyens constitu
tionnels qui livrent aux partis, aux intérêts
privés, aux ambitions factieuses cette po
lice, cette justice, cette marine, cette ar
mée, cette diplomatie dont l'électeur n'a
souvent qu'un maigre souci mais qui, lors
qu'elles existent, défendent et protègent
l'électeur contre l'envahisseur éternel et
qui, lorsqu'elles n'existent pas, l'exposent
à périr par centaines de mille sous les ra
fales de mitraille, les torpilles, les mar
mites et les obus lourds.
En d'autres termes, parce que la poli
tique nationale n'a pas toujours été faite
par le régime qui est censé représenter la
nation, il est indispensable de mettre la
nation au courant des inégalités de force,
de sagesse, de clairvoyance inhérentes aux
régimes divers. Nous comprenons, certès,
la position de M. le général Aubier. Elle
est d'un soldat passionnément dévoué et
fidèle. Nous n'y opposons pas lès raisons
d'être de la nôtre, qui est « le nationalisme
intégral» ,mais nous les exposonspar un de
voir de citoyens qui ne tire sa source ni
de traditions de famille, ni de préféren
ces d'imagination. Lorsque nous écrivons:
Politique d'abord, c'est un corollaire de
notre France d'abord. Le service de la pa
trie domine tout, mais le problème de l'E
tat s'impose au premier rang : cela a-t-il
jamais été plus clair qu'aujourd'hui ? « La
grande figure de la patrie » n'a jamais été
plus douloureuse parce que, à travers sa
victoire, l'Etat qui devrait la servir n'a pas
été à la hauteur devoirs.
Telle est notre' doctrine. Elle ne nous
empêche pas de tendre la main aux bons
Français de tous les partis pour le servi
ce de la France, ni de glorifier tous ses
bons serviteurs à quelque nuance de l'arc-
en-ciel qu'il soit possible de les rattacher,
à plus forte raison ceux qui professent,
comme M. le général' Aubier, qu'ils ne con
naissent ni ne véulent connaître que la
patrie.
Exemple : nous serions heureux de voir
la presse républicaine accorder au Mani
feste de la Ligue française la publicité que
mérite cet avertissement solennel donné
par des patriotes d'élite à la nation inat
tentive et mal informée.
La presse x-épublicaine comprendra-t-elle
son devoir ?
Nous le souhaitons de tout cceur. Puisse-
t-elle contredire et réduire à rien les
doutes involontaires que nous impose no
tre pensée !
Charles MAURRAS
DANS LES COULOIRS DE LA CHAMBRE
Vers la prorogation ?
La conférence financière tenue diman
che par le gouvernement ,en présence du
conseil général de la Banque de France,
et les mesures propres à provoquer le
relèvement du franc, envisagées-au cours
du Conseil de Cabinet d'hier, auraient pro
fondément ému les milieux politiques.
. A la Chambre notamment, les groupes
étaient des plus animés, et l'on y discu
tait avec nervosité de la gravité de la
situation.
— Vous triomphez, nous disait-on un
peu partout, et Léon Daudet pourra écrire
une fois de plus : « L'Action française
avait raison. »
En effet, il n'était question, aussi bien
dans la salle des « pas perdus » que dans
les couloirs intéreurs du Palais Bourbon,
que de la prorogation de la Chambre et
de la convocation de l'Assemblée natio
nale.
— Comment voulez-vous faire des élec
tions en un moment pareil, s'écriait-on
de tous côtés, quand le franc est en dan-'
ger et que chaque jour la vie plus chère
met la paix intérieure du pays en péril ?
Et une fois parti sur ce thème on suppu
tait les chances d'échec et de réussite du
projet. D'aucuns, bien renseignés — du
moins, l'assuraient-ils — déclaraient que
la résistance du Sénat ne serait pas irré
ductible et que l'idée, si elle était sou
mise à l'approbation de l'Assemblée natio
nale », ferait certainement son chemin.
Sur ce, chacun d'énumérer les avanta
ges de la mesure : fin immédiate de la
lutte de la finance étrangère contre le
franc et obligation pour l'Allemagne de
faire ses élections avant les nôtres.
Comme, dans la soirée d'hier, je faisais
part à Léon Daudet de ces potins de cou
loirs et que je prenais son avis il m'a aus-
titôt répliqué :
— Nous n'avons personnellement aucun
avantage à tirer de la prorogation. Je suis
convaincu qu'aux prochaines élections,
nous, les royalistes, nous gagnerons un
grand nombre de sièges.
« Mais au point de vue de l'intérêt gé
néral du pays, je reconnais que la proro-
gation est de la plus urgente nécessité, et
c'est pourquoi j'irai très volontiers à Ver
sailles, si on soumet le projet à l'applica
tion de l'Assemblée nationale.
« J'abandonne même mes droits d'au-
leur, pour faciliter les choses, et suis prêt
à dire que l'idée de la prorogation vient
de M. Poincaré. »
De tout ceci, un fait demeure, c'est que,
faite du point de vue national, la poli
tique de l'Action française se trouve tou
jours en concordance avec les événements.
Dans les milieux parlementaires, on
commence à le reconnaître. Aujourd'hui,
la prorogation que nous préconisions, il y
a près de six mois, apparaît comme le
seul moyen de salut. On n'y voit qu'un
seul obstacle sévieux : l'entêtement farou
che du président du Conseil.
M. Picot de Pledran.
LIGUE D'ACTION FRANÇAISE
( X e arrondissement )
Grande, réunion privée
et contradictoire
Jeudi 13 mars, à 8 h. 45 du soir
Salle des Fêtes de l'Hôtel des Chambres
syndicales, 10, rue de Lancry.
sous la présidence de
Maurice TISSIER DE MALLERAIS
Président de Section d'Action française du X e arr.
ORATEURS :
Bernard de VESI3NS,
Président de la Ligue d'Action française
Maxime REAL DEL SARTE,
Paul OLAGNIER, Joseph DELEST
Paul DREYER-DUFERj
ïl. lacdonald
et les élections
A propos de la publication du Livre
Jaune, nous lisons, çà et là, dans la presse
française, que le pacte de garantie qui n'a
pu être signé ni avec M. Lloyd George ni
avec ses successeurs, se réalisera le plus
facilement du monde avec M, Macdonald.
Pour hasarder de pareilles affirmations, il
faut vouloir être trompé. On n'a donc lu
ni la correspondance que M. Poincaré et le
chef du gouvernement travailliste * ont
échangée ni les commentaires qu'elle a ins
pirés à la presse anglaise ?
Il faudrait lire aussi une lettre de
Londres que le Vorwœrts a publiée mer
credi dernier et que nous regrettons dé no
pouvoir traduire intégralement.
. On a le droit de supposer que le corres
pondant en Angleterre du journal officiel
de la social-démocratie, n'est pas sans rela
tions avec les ministres du Labour Party.
Il paraît difficile de ne pas l'écouter quand
il affirme que M. Macdonald n'est pas un
homme qui change de principes comme de
chemise. M. Macdonald, dans l'opposition,
n'a cessé de réclamer la revision du traité
de Versailles. Là-dessus il est d'accord avec
les travaillistes les plus modérés, comme
J.-H. Thomas. Avant comme après son ari;i.
vée au pouvoir, le « gouvernement du La
bour Party » a le désir et l'intention d'agir
dans le sens de la revision. Pourquoi cepen
dant M. Macdonald ne l'a-t-il pas dit ?
Pourquoi a-t-il même évasivement démenti
les propos de son collaborateur Henderson?
C'est par tactique, affirme le correspon
dant du Vorwœrts. Si M. Macdonald pro
nonçait un mot en ce moment-ci contre le
traité de Versailles, il accroîtrait les chan
ces électorales de M. Poincaré. Il eût été
imprudent et maladroit de froisser le sen
timent national français à la veille des élec
tions. Il était habile d'apparaître, surtout à
la suite de lord Curzon, en conciliateur. M.
Macdonald ne veut pas, pour le moment,
parler de la révision du traité de Versailles.
C'est pour mieux l'obtenir quand là France
sera mûre.
Cette stratégie se devine à travers dès
affectations de sincérité et de J'plomatie au
grand jour de la place publique. Le cama
rade du Vorwœrts affirme que M. Macdo
nald n'a pas changé. Il a peut-être ses rai
sons pour le dire et nous serions fous de
ne pas nous en soucier, sous prétexte qu'il
le dit dans un journal allemand. En tout
cas, on voit l'importance internationale dea
futures élections françaises, d'où l'on attend,
à Londres comme à Berlin, le retournement
complet de notre politique. Sera-t-elle jouée
au pile ou face des scrutins ? —J. B.
Les muurt-de-faim
Binet-Valmer nous adresse la lettre suivante J
Mon cher ami,
Ayant eu l'audace de répondre li
brement, soit à M. Paul de Cassagnac, soit
à M. Raymond Poincaré, j'ai perdu la tri
bune du haut de laquelle je parlais'au nom
de nos camarades.
Républicain, je viens vous demander, à
vous, royaliste, la possibilité et la liberté
de dire ce que nous pensons tous, nous,
les meurt-de-faim.
Nous sommes las, mon cher ami, de tou
tes ces combinaisons qui nous montrent le
Parlement et la Presse unis contre lés
pauvres bougres de la guerre.
Nous en avons assez.
Votre,
Binet-Valmer.
Nous n'avons pas à entrer dans la discussion des
causes qui amènent le président de la Ligue des
Chefs de Section à nous demander l'hospitalité. Il
suffit qu'il nous la demande, lui, particulièrement
qualifié pour faire entendre la voix de nos cama
rades combattants, pour qu'elle lui soit offerte da
grand cœur. — M. P.
M. Georges Clemenceau avait dit :
— Ils ont des droits sur nous.
■ M. Raymond Poincaré à oublié, dans le
grand discours qu'il a prononcé, le vendre
di 7 mars, les droits que nous avons, qui
nous ont été reconnus par le Père-la-Vic-
toire.
Et, dans cette assemblée où les anciens
combattants foisonnent", grâce à notre ini
tiative, où les ministres eux-mêmes sont
parfois des mutilés de guerre, pas une voix
ne s'est élevée pour parler de ceux qui ont
sauvé, entre autres choses, la liberté de
discussion au Palais Bourbon.
Si M. Georges Mandel et M. Raymond
Poincaré peuvent se livrer à des joutes
oratoires, c'est parce que nos petits gara
sont mortï, disciplinés, héroïques.
On a oublié de parler de nos petits gars
qui sont morts.
Pourtant, un million cinq cent mille
électeurs 1 Et leurs familles. Croyez-vous
que les familles de ces ombres ne voteront
pas ?
Hélas 1 vous avez raison. Les familles en
deuil, les mutilés et les aveugles ne vo
teront pas. Ils écouteront le conseil, des
ombres :
.— A quoi bon l
On avait , promis à ceux qui devaient
mourir que le papa et la maman, l'épouse
et les gosses vivraient sans inquiétude, le
cœur réchauffé par l'amitié de tous.
Et puis...
— A quoi bon !
La pension dés ascendants est déri
soire, la pension des veuves les conduit à
la rue, la pension des orphelins ne paie
pas le lycee, et les mutilés, et" les aveu
gles, et les gazés, et tous peux qui om
Mardi 11 Mars 1924
15 centime*. S kitth bt S bike-bt- O is»
20 centimes. D ép*.i\tbueiits et C olories
ABONNEMENTS : ïn !«. Siiïfois'TnlsMeh,
France et Colonies. 48 fr. a5 fr. i3 fr.
Etranger 8a » Ua » sa »
Chèque postal : Compte a3.goo Paris.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL,
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÉANS
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent Ift France*
RflDACTtOïl * ADMINISTR ATIOH ?
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Rédaction : Central 75-44 Publicité : Contrai 74-77
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Fondateur
HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques : LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef : MÀUMCE PUJO
"Danger de relèvement rapide
de l'Allemagne"
« Pour que l'Allemagne paye, il faut qu'elle
« se relève, et comme Samson, dès que les forces
« lui reviennent, elle ne songe qu'à nous abattre.
« ...Tant qu'en Allemagne on réclamera,
« comme dimanche dernier à Francfort le député
« Korrel, Strasbourg, le Slesvig, ses provinces
« orientales données à la Pologne et ses colonies,
« la menace d'une nouvelle guerre planera sur
« le monde, quoi qu'on fasse. »
A. de GUILLERVILLE, dans le Temps d'hier.
DONC, LA GUERRE REVIENT SUR NOUS.
LES TROIS ASSASSINS DE LA SURETE GENERALE
Comment Delange
a menti au juge
L'organe le plus qualifié [avec le
Temps ] du parti républicain, j'ai nom
mé le Rappel, d'Edmond du Mesnil, écri
vait hier matin, sous ce titre L affaire
Marlier , les lignes fort justes que voici i
« Spectacle imprévu et intolérable.
€ Chaque jour, M. Marlier, directeur de
la Sûreté générale, est publiquement accusé
par un représentant du peuple du crime
d'assassinat. , , .
« Ce directeur de la Sûreté générale
(pu'il transforme en direction de l insécu
rité générale); ne bronche pas, ne songe
pas a sè disëulper, et continue a imposer
a tous ses collaborateurs son discrédit.
c Le ministre de l'Intérieur tolere qu an
de ses directeurs les plus importants soit
ainsi attaché au pilori. Il ne lui donne pas
plus l'autorisation de se defendre, que
M. Marlier ne reprend sa liberté pour se
disculper. . . .
« Il u a là une situation anormale, une
gageure odieuse, qu'aucun homme de cceur
Xie saurait tolérer. . .
« Plus que jamais est justifie le trouble
de conscience qu'ont éprouvé Seyerine,
Ferdinand Buisson, Pierre Bertrand, notre
directeur, et cette affaire prend chaque
jour une apparence plus trouble et pfus
inquiétante. s>
Je puis assurer le Rappel, comme tous
nos confrères s'intéressant à cette terri
ble affaire, que Marlier, Lannes et De-
lange ne bougent pas [ devant mes accusa
tions precises, reiterees, et qui vont
s'amplifier encore ] parce qu'ils savent
mieux que personne qu'ils ont fait assas
siner sciemment notre petit garçon [après
l'avoir livré à leurs indicateurs, vojeurs et
complices du Libertaire] en tant qu°
<£ gosse à Daudet ». Ils ne bougent pas,
parce que tout mouvement de leur part
ne ferait qu 'accélérer la découverte d'une
effroyable vérité, qui peut sortir mainte
nant, d'un jour à l'autre, d'une heure à
l'autre, du cabinet de M. Barnaud. Usne
bougent pas, parce que, s'ils tiennent
par des cadavres en commun — leurs in
dicateurs du Libertaire, notamment Co-
lomer et Le Flaoutter, ceux-ci les tien
nent aussi. Ils sont liés, ces bandits d'en
haut et d'en bas, non seulement par le
cadavre de notre enfant, mais par d'au
tres crimes en commun. Ils sont liés, et
ils sentent déjà, sur leurs cous, nettoyés
on crasseux, le froid du couperet de la
guillotine. Car ils iront ensemble au cou-
peret.
La folie de Poincaré et de Maunoury
a été, en cette affaire, d'écouter leurs
chefs de cabinet respectifs, les sieurs Gri-
gnon et Gellie, manœuvrant pour couvrir
trois assassins, que vomissent leurs col
lègues honnêtes. Il y aura lieu d'examiner
de près cette couverture, inexplicable et
scandaleuse, des sieurs Grignon et Gellie,
flanqués de Marron, ainsi que l'intimité
avérée de Grignon, de Lannes et de Du-
crocq.
Je me suis juré en effet de poursuivre
le châtiment exemplaire, non seulement
de ceux qui ont fait tuer, dans une hor
rible machination, un enfant de quatorze
ans et demi — qu'ils avaient ordonnée
à leurs indicateurs Flaoutter, Colomer,
Vidal, Gruffy et Cie, défaire passer pour
« anarchiste » — mais encore ceux qui les
ont couverts, et qui continuent à les cou
vrir. Dans cette poursuite du châtiment,
aucune considération ne m'arrêtera. Car
les protecteurs politiques de scélérats avé
rés se mettent de pair avec ces scélérats.
Aujourd'hui, je vais montrer comment
Delange — sur un point capital — a
jnenti au juge. Cela donnera la mesure
de la créance qui peut être accordée à
d'autres points de ses dépositions. On se
rappelle que le sieur Delange est le con
trôleur général qui fut chargé par Mar
lier, le samedi 24 novembre, sur le coup
de deux heures et demie après-midi, de
faire tuer «le gosse à Daudet», dont
Lannes venait d'apprendre, par Flaoutter,
qu'il était pris dans la souricière du bou
levard Beaumarchais.
J'ai publié, ici même, le 4 mars courant,
le rapport de Delange à Marlier, en date
du 4 janvier 1924, avouant la troisième
visite de Delange à Lariboisière, sur le
point de savoir si l'enfant, assassiné par
ordre de là Sûreté générale, avait parlé
avant de mourir. En effet, depuis que
nous avions reconnu notre malheureux
petit Philippe, les trois bourreaux de la
la rue des Saussaies ne vivaient plus :
« Daudet sait-il ou ne sait-il pas ? Le
moribond a-t-il parlé, ou non ? »
Ce rapport Delange, du 4 janvier, ne
fut remis à M. Barnaud,. par Marlier,
complice de Delange, que le 5 février,
QUAND j'eus accuse publiquement M aiî-
uer d'avoir dissimule a l'instruction
des pièces sécrétés . On comprend main
tenant pourquoi Marlier avait dissimulé,
en effet, ce rapport significatif, où appa
raissait, avec sa terreur de révélations fai
tes par Philippe in extremis, son intru
sion illégale dans une enquête apparte
nant exclusivement, dépuis le 4 décembre,
à MM. Barnaud et Faralicq.
A Colrat, garde des Sceaux.
Mais écoutez ceci : ce même 4 janvier
— ou il faisait ce rapport si compromet
tant a;Marlier sur sa troisième visite à
Lariboisière — Delange comparaissait
devant M. Barnaud, pour la première
fois. Or, après une série de prétéritions,
de bobards, de contradictions, qu'il se
rait trop long d'énumérer ici, le miséra
ble gredin, instrument des deux autres
chiens sanglants, articulait le mensonge
flagrant que voici [il venait de rendre
compte de sa.prëmière visite, en date du
lundi 26 novembre, à.Lariboisière] : Mon
rôle actif dans cette ïfïaire a ete ter
mine par la.
Notre cher de Roux — chargé, avec
mon collègue et ami Vallat, de nos in
térêts de partie civile en cette affaire —
me disait qu'en Cour d'assises, où le ser
ment est déféré, un .mensonge de ce ca
libre eût valu à Delange son arresta
tion immédiate. On se demande quel est
le lien sinistre qui attache Delange à l'as
sassin Marlier, pour qu'il se compromette
avec lui dans des mensonges éhontés,
après s'être fait son complice dans le
meurtre. Il est vrai qu'un infanticide,
concerté avec des cambrioleurs, est un
fameux poids à porter, même quand on
est la Sûreté générale ! Nos « Soleilland »
de la rue des Saussaies perdent cceur.
Donc mensonge formel de Delange,
mensonge indéniable, après l'usurpation
de fonction, dont j'entretenais Colrat l'au
tre jour, et au sujet de laquelle je n'ai
eu aucune réponse dei Colrat... !
Mais un autre point a attiré mon at
tention, dans le rapport de Delange à
Marlier, caché à M. Barnaud jusqu'au 5
février, remis à M. Barnaud par Mar
lier, à cette date, et où sont pris lés deux
complicès de la S. G. Ce point, c'est une
note marginale, dans le coin à gauche,
ainsi conçue : Ministère i (c'est-a-dire
interieur) et P. C. [c'est-à-dire Prési
dence du Conseil] avises [M. Grignon].
La question est de savoir si Grignon,
ainsi avise, au dire de M a RLIER , avait
communique immediatement cette piece
accablante — pour les raisons que je
viens de dire — a son patron Raymond
poincare ?
Sinon, qu'est-ce- que cela signifie ?
Léon DAUDET
Député de Paris.
ÉCHO St
— Le rapide Paris-V intimille a déraillé
près de Lyon ; quatre morts et vingt-cinq
blessés.
— Un important Conseil de Cabinet s'est
tenu au Quai d'Orsay, pour examiner la si
tuation financière.
— M. Theunis a constitué son cabinet.
On se rappelle qu'une douzaine d'avions de la
Compagnie Franco-Rôumaine ojit été, au cours de
ces derniers mois, obligés d'atterrir en terre alle
mande.
J:, on nous rapporte que, récemment, sur le ter
rain d'aviation de Nuremberg et dans les environs
de Carlsruhe, un appareil original, monté sur un
camion automobile, a été essayé avec succès. Cette
machine aurait pour but d'arrêter tous les moteurs
dans un rayon de dix kilomètres en surface et dans
un rayon de 5 kilomètres en hauteur.
Un appareil, qui volait à 5.000 mètres, aurait eu
son moteur calé instantanément !
Il y a là de quoi faire réfléchir ceux qui sont
à la tête de notre section technique de l'aéronau
tique.
* *
Le lendemain du jour où M. le chanoine Coubé,
dans l'église de Saint-Pierre du Gros Caillou, a
stigmatisé en paroles émouvantes et vengeresses
l'assassinat de Marius Plateau, l'Action française
en a publié un large extrait. Les amis du moderne
« Chevalier d'Assas », qui voudront lire dans son
texte intégra] ce beau discours, le trouveront dans
le n° de février de la revue de l'Idéal.
Ecrire au secrétaire de /'Idéal, 53, avenue Bos
quet, Paris. Prix : 0 fr. 60.
♦ ♦
Les éditeurs, de plus en plus, font état pour le
lancement d'un ouvrage, du chiffre de mille ven
dus. Sait-on que les romans de Paul Bourget
ont une vente qui atteint, pour certains, dans la
seule édition courante, 150 mille et que le dernier
Cteur pensif ne sait où il va, sortait le jour de
sa mise en vente, à 30.000 exemplaires ?
LIGUE D'ACTION FRANÇAISE
SECTION du XV e
Permanence : 97, rue Blomet
GRANDE REUNION
contradictoire
LA POLITIQUE
Mercredi 12 mars, à 9 heures du soir
Salle Gallia, 78, rue Lecourbe
sous la présidence de JEAN LANOS
ORATEURS s
MAURICE PUJO, J. GAZAVE
LEON DAUDET
député de Paris
qui rendra compte de son mandat
On entrera sur présentation de lit carte
d'électeur de l'arrondissement.
I. Le monopole des allumettes
et les principes de la démocratie
Nous ne sommes pas des enfants. Quand
la commission sénatoriale refuse de sup
primer le monopole des allumettes, parce
que « cette suppression n'apporterait au-
« cune recette supplémentaire au Trésor
« et risquerait, par le fait même du .chan-
« gement dé régime, de provoquer des
« moins-values fiscales importantes », sur
les 70 millions de recettes annuelles », per
sonne n'est dupe et tout le monde com
prend. On allègue un prétexte, afin qu'un
principe soit maintenu.
La suppression de ce pauvre petit mono
pole intéressait médiocrement. Mais on en
prenait acte comme d'un bon indice. Oui
ou non, l'Etat démocratique républicain
était-il disposé à entrer dans la voie de
la décentralisation, à quitter la voie rui
neuse de l'étatisme économique et finan
cier ? Si oui, des économies deviendraient
possibles, l'initiative privée repren- <
drait son essor : le fardeau de l'Etat al
légé, l'activité générale stimulée, le crédit
public serait rétabli, l'on pourrait en
visager l'affermage du monopole des
tabacs, se préparer à recevoir les énormes
rentrées de milliards, 50 au dire de M.
de Fels, qui, sans impôts, sans emprunts,
soulageraient l'Etat du sixième de sa dette.
C'était le retour à "équilibre et le retour
à la prospérité.
Oui, mais cette médaille avait son re
vers. D'abord, la doctrine républicaine or
thodose, le socialisme d'Etat, ou la mar
che graduelle au socialisme d'Etat, serait
sacrifiée. On ferait de la réaction. Héré-
sie.Cette hérésie se doublerait d'une incom
modité électorale et parlementaire. L'Etat
industriel, l'Etat manufacturier, usinier,
marchand de transports, gérant de che
mins de fer, en nourrit sa clientèle, il
peut caser des fils à papa dans les hauts
postes, donner des places moyennes aux
grands électeurs, placer aux emplois infé
rieurs le peuple électoral qu'on veut te
nir; Si l'Etat perd ce moyen d'action sur
l'électeur,que voulez-vous que devienne cet
Etat électif et parlementaire ? Députés, sé
nateurs, ministres sont en l'air. Vit-on en
l'air, quand on est fait pour tenir à la
bonne terre ? Poser la question. Ja.résout.
Le Sénat, c'est la Sorbonne, l'Acropole de
la démocratie. Il a jugé dans sa sagesse
qu'entre le bien public de la . France et
1 intérêt supérieur dé la République il n'y
avait pas à hésiter : pas de suppression du
monopole des allumettes, pas de suppres
sion de monopoles du tout ! Une fois de
plus la France est sacrifiée.
Mais ce sacrifice démontre quelles con
tradictions intimes dressent l'intérêt élec
toral des partis républicains contre l'inté
rêt vital de la nation française.
II. A propos du Manifeste
de la Ligue Française
si bien étouffé par la presse !
A propos du Manifeste qui a été repro
duit et commenté à cette place le 6 mars,
M. le général Aubier, directeur de la- Ligue
française , nous a fait l'honneur de nous
adresser une lettre que nous tenons à pu
blier de point en point, sans en omettre
un mot :
Monsieur le Directeur,
Commentant, il y a quelques jours, je
manifeste de la Ligue française, — ce
dont je crois devoir, en son nom, vous re
mercier, — vous vous demandiez si vos
confrères l'avaient suffisamment mis en
lumière.
Hélas l non. Et quand je dis : Hélas / ce
n'est pas, croyez-le bien, par le mesquin
souci d'une réclame dont nous n'avons nul
besoin. C'est parce qu'il est attristant et
même quelque peu inquiétant, alors que,
de l'autre côté du Rhin, tout un peuple
communie dans un âpre désir de ven
geance, alors que retentissent les excita
tions à la guerre et les cris de guerre, alors
que la préparation â l'agression n'est même
plus dissimulée, de voir que la plus grande
partie de la presse, presque exclusivement
absorbée par de fastidieuses querelles de
partis, semble se préoccuper si peu d'un
péril cependant imminent. Les quelques
journaux, sauf le vôtre, qui ont bien voulu
reproduire quelques lignes de notre mani
feste, l'ont à ce point édulcoré qu'on peut
se demander s'ils n'en ont pas compris la
portée ou n'ont pas voulu la comprendre ;
et c'est en vain qu'on y chercherait le
signal d'alarme que nous avons voulu don
ner le « Garde à vous» que nous avons
voulu crier I >
Comment ne voit-on pas cependant que,
tandis que la Société des Nations, la Com
mission des experts et autres Sociétés ou
Commissions de juristes, de financiers ou
de diplomates s'évertuent à discourir et
à discuter sur les meilleurs moyens d'as
surer à l'univers la paix ; tandis que le
gouverhement « travailliste » anglais —
tout en développant hâtivement et consi
dérablement ses flottes de guerre et ses
escadrilles d'aviation — nous convie à je
ne sais quelles combinaisons de neutralisa
tions et de garanties, l'éternelle ennemie
de la paix, l'Allemagne, se prépare fiévreu
sement à déchaîner une nouvelle guerre.
Et quelle guerre l La récente révélation
d'un gaz délétère ultra-moderne, qui vient
de foudroyer une dizaine de manipula
teurs, peut nous en donner l'idée !
Dans tous les coins du Reich, dans tous
les pays neutres environnants, le person
nel et le matériel, camouflés en formations
ou sociétés diverses, ou en outillage com
mercial, n'attendent -qu'un signal pour être
assemblés et transformés en unités et ins
truments de combat.
Comment l'Angleterre ne voit-elle pas
que, dans sa traditionnelle et morbide re
cherche de la « balance des pouvoirs », —
et c'est nous qu'actuellement elle accuse
de chercher à rompre cette balance, —
elle est en train de détruire de ses propres
mains la digue qui seule pourrait empê
cher l'Allemagne d'atteindre ses buts dé
finitifs : les, débouchés sur l'Océan, la
mainmise sur Anvers, Dunkerque et Ca
lais ? Comment ne voit-elle pas que sa
sécurité, comme la nôtre, est sur le Rhin ;
que la paix du monde est liée au pro
blème rhénan, et qu'au lieu de combattre
la constitution d'une Rhénanie indépen
dante elle eût dû s'efforcer de la favori
ser ? Tout cela est tellement clair, telle
ment évident qu'il suffit, pour l'aperce
voir, de posséder les plus élémentaires
notions de l'histoire de l'Europe !
Mais trop de gouvernements — et en
particulier le gouvernement britannique —
ont été à ce point encerclés et aveuglés
par la haute finance internationale, qu'ils
sont devenus inaptes à embrasser de vas
tes horizons. Ils ont des œillères qui li
mitent leurs vues à des objectifs étroits et
ù des profits immédiats.
Nous qui sommes au contact direct
d'une Allemagne de 62 millions d'âmes
avide de vengeance ; nous qui avons une
frontière ouverte depuis Lauterbourg jus
qu'à la Hollande ; qui trois fois en un
siècle — 1814, 1870, 1914 — avons été
envahis, saccagés, pillés, livrés à des dé
vastations et , à des meurtres qu'aucune
considération militaire ne pouvait justifier
"dévastations et méurtfès qui, dans là
dernière guerre, ont dépassé en sauvagerie
et en horreurs méthodiquement organisées
tout ce que l'histoire des invasions pas
sées pouvait évoquer ; nous enfin qui vi
vons sous l'éternelle menace des Barbares;
nous qui voudrions travailler en paix au
relèvement de nos ruines et de notre si
tuation économique, nous avons bien le
droit et le devoir d'exiger â tout le moins
la réalité et non l'ombre de notre sécurité.
Nous ne pouvons pas nous contenter
d'hypothétiques assurances de neutralité
et de garanties. Que vaudraient-elles, d'ail
leurs, en face d'une nation qui tradition
nellement professe et pratique le mépris
des signatures et la violation des neutra
lités ?
Tout nous indique que Fheure est venue
d'en finir avec des tergiversations qui,
chaque jour, accroissent le danger ; tout
nous commande de montrer la force si
nous ne voulons pas. être bientôt obligés
de /'employer.
C'est le destin à la fois merveilleux et
tragique de la France, d'être placée sur
le plus beau et le plus fertile sol du mon
de, mais, par une sorte de contre-partie
douloureuse, entre deux nations également
avides de domination et qui poursuivent,
avec une persistance inéluctable, leur po
litique impérialiste, alors que nous n'osons
même pas faire, résolument nçtre politique
défensive
Tout cela, monsieur le directeur, vous
l'avez maintes fois dit mieux que je ne
saurais le redire ; et ce n'est pas une rai
son suffisante pour ne le point répéter,
de ne pas appartenir à votre doctrine po
litique.
Peut-il vraiment être question de doc
trine politique, en face de l'ennemi ?
En reproduisant notre manifeste vous
avez fait remarquer que si les Royalistes •
étaient suspects, la Ligue française ne pou
vait l'être, parce que composée de Répu
blicains.
Vous permettrez au vieux soldat gui
signe cette lettre de récuser, en ce qui le
concerne, toute étiquette politique,• et de
s'avouer tout simplement Français. L'ar
mée d'ailleurs a-t-elle jamais vu', à travers
tous les régimes, autre chose que la gran
de figure de la patrie ?
Et ne serait-ce pas une chance suprême
si, aux heures graves que nous traversons,
tous les partis, imitant son exemple, sa
vaient, imposer silence à leurs dissensions
et marcher d'un seul cœur, disciplinés et
forts, vers un idéal purement national.
C'est un rêve, sans doute ! Mais si la ma
jorité des Français pouvaient le partager,
peut-être deviendrait-il une réalité.
General Aubier.
M. le général Aubier me permettra de
le remercier chaleureusement des termes
trop flatteurs, mais si cordiaux, dans les
quels il veut bien approuver un aspect,
une phase de notre politique nationale.
Rien ne nous satisfait comme de nous
sentir d'ascord avec la pensée et le
cœur d'un soldat comme lui, chef
expérimenté, clairvoyant, patriote. 11
est clair, en effet, que sa politique
rhénane correspond à la nôtre. Nous
n'en retrancherions rien. Mais nous
ajouterions qu'une politique rhénane effi
cace suppose une autre politique à rayon
plus étendu dans l'espace et le temps, la
politique des libertés germaniques : elle
comporte, immédiatement, une action sur
Berlin et, dans la suite de l'avenir, un
effort méthodique, constant et régulier,
interdit aux gouvernements dépourvus de
cohérence et de stabilité.
Dans une formule très belle, M. le gé
néral Aubier pose un grave, problème :
« Peut-il vraiment être question de doc-
« trine politique en face de l'ennemi ? »
Tous nos lecteurs, tous nos amis, tout
notre passé de 1914-1918 ont déjà répondu
à ma place : non. Si surtout 1 on entend
par doctrine politique les vues étroites et
sommaires d'une équipe pressée de pren
dre d'assaut le pouvoir et de s'y mainte
nir ! Non, même si cette équipe a une doc
trine, il ne peut être' question de cela de
vant l 'ennemi ! Et si, comme tel est notre
cas, l 'équipe est désintéressée, si elle n'a
en vue que le bien public et le service pu
blic, non encore, elle n'agitera pas en
vain les questions de doctrine politique
devant les menaces ouvertes ou couvertes
de l'ennemi. Le grand et généreux Prince
que nous servons (pour bien servir la Fran
ce) nous en a" donné la consigne. Notre
doctrine elle-même nous le prescrit.
Cependant, comme les questions de
sûreté nationale, qui représentent le
but à atteindre, sont résolues p^r le
moyen des institutions et dès gouverne
ments, il reste utile et nécessaire de pré
venir nos concitoyens qu'il y a des moyer.s
forts et des moyens faibles, des moyens
qui évitent le but et des moyens qui y con
duisent : des moyens politiques, des
moyens constitutionnels qui assurent à
un peuple une bonne diplomatie, une
bonne marine, une bonne justice, une
bonne police et d'autres moyens constitu
tionnels qui livrent aux partis, aux intérêts
privés, aux ambitions factieuses cette po
lice, cette justice, cette marine, cette ar
mée, cette diplomatie dont l'électeur n'a
souvent qu'un maigre souci mais qui, lors
qu'elles existent, défendent et protègent
l'électeur contre l'envahisseur éternel et
qui, lorsqu'elles n'existent pas, l'exposent
à périr par centaines de mille sous les ra
fales de mitraille, les torpilles, les mar
mites et les obus lourds.
En d'autres termes, parce que la poli
tique nationale n'a pas toujours été faite
par le régime qui est censé représenter la
nation, il est indispensable de mettre la
nation au courant des inégalités de force,
de sagesse, de clairvoyance inhérentes aux
régimes divers. Nous comprenons, certès,
la position de M. le général Aubier. Elle
est d'un soldat passionnément dévoué et
fidèle. Nous n'y opposons pas lès raisons
d'être de la nôtre, qui est « le nationalisme
intégral» ,mais nous les exposonspar un de
voir de citoyens qui ne tire sa source ni
de traditions de famille, ni de préféren
ces d'imagination. Lorsque nous écrivons:
Politique d'abord, c'est un corollaire de
notre France d'abord. Le service de la pa
trie domine tout, mais le problème de l'E
tat s'impose au premier rang : cela a-t-il
jamais été plus clair qu'aujourd'hui ? « La
grande figure de la patrie » n'a jamais été
plus douloureuse parce que, à travers sa
victoire, l'Etat qui devrait la servir n'a pas
été à la hauteur devoirs.
Telle est notre' doctrine. Elle ne nous
empêche pas de tendre la main aux bons
Français de tous les partis pour le servi
ce de la France, ni de glorifier tous ses
bons serviteurs à quelque nuance de l'arc-
en-ciel qu'il soit possible de les rattacher,
à plus forte raison ceux qui professent,
comme M. le général' Aubier, qu'ils ne con
naissent ni ne véulent connaître que la
patrie.
Exemple : nous serions heureux de voir
la presse républicaine accorder au Mani
feste de la Ligue française la publicité que
mérite cet avertissement solennel donné
par des patriotes d'élite à la nation inat
tentive et mal informée.
La presse x-épublicaine comprendra-t-elle
son devoir ?
Nous le souhaitons de tout cceur. Puisse-
t-elle contredire et réduire à rien les
doutes involontaires que nous impose no
tre pensée !
Charles MAURRAS
DANS LES COULOIRS DE LA CHAMBRE
Vers la prorogation ?
La conférence financière tenue diman
che par le gouvernement ,en présence du
conseil général de la Banque de France,
et les mesures propres à provoquer le
relèvement du franc, envisagées-au cours
du Conseil de Cabinet d'hier, auraient pro
fondément ému les milieux politiques.
. A la Chambre notamment, les groupes
étaient des plus animés, et l'on y discu
tait avec nervosité de la gravité de la
situation.
— Vous triomphez, nous disait-on un
peu partout, et Léon Daudet pourra écrire
une fois de plus : « L'Action française
avait raison. »
En effet, il n'était question, aussi bien
dans la salle des « pas perdus » que dans
les couloirs intéreurs du Palais Bourbon,
que de la prorogation de la Chambre et
de la convocation de l'Assemblée natio
nale.
— Comment voulez-vous faire des élec
tions en un moment pareil, s'écriait-on
de tous côtés, quand le franc est en dan-'
ger et que chaque jour la vie plus chère
met la paix intérieure du pays en péril ?
Et une fois parti sur ce thème on suppu
tait les chances d'échec et de réussite du
projet. D'aucuns, bien renseignés — du
moins, l'assuraient-ils — déclaraient que
la résistance du Sénat ne serait pas irré
ductible et que l'idée, si elle était sou
mise à l'approbation de l'Assemblée natio
nale », ferait certainement son chemin.
Sur ce, chacun d'énumérer les avanta
ges de la mesure : fin immédiate de la
lutte de la finance étrangère contre le
franc et obligation pour l'Allemagne de
faire ses élections avant les nôtres.
Comme, dans la soirée d'hier, je faisais
part à Léon Daudet de ces potins de cou
loirs et que je prenais son avis il m'a aus-
titôt répliqué :
— Nous n'avons personnellement aucun
avantage à tirer de la prorogation. Je suis
convaincu qu'aux prochaines élections,
nous, les royalistes, nous gagnerons un
grand nombre de sièges.
« Mais au point de vue de l'intérêt gé
néral du pays, je reconnais que la proro-
gation est de la plus urgente nécessité, et
c'est pourquoi j'irai très volontiers à Ver
sailles, si on soumet le projet à l'applica
tion de l'Assemblée nationale.
« J'abandonne même mes droits d'au-
leur, pour faciliter les choses, et suis prêt
à dire que l'idée de la prorogation vient
de M. Poincaré. »
De tout ceci, un fait demeure, c'est que,
faite du point de vue national, la poli
tique de l'Action française se trouve tou
jours en concordance avec les événements.
Dans les milieux parlementaires, on
commence à le reconnaître. Aujourd'hui,
la prorogation que nous préconisions, il y
a près de six mois, apparaît comme le
seul moyen de salut. On n'y voit qu'un
seul obstacle sévieux : l'entêtement farou
che du président du Conseil.
M. Picot de Pledran.
LIGUE D'ACTION FRANÇAISE
( X e arrondissement )
Grande, réunion privée
et contradictoire
Jeudi 13 mars, à 8 h. 45 du soir
Salle des Fêtes de l'Hôtel des Chambres
syndicales, 10, rue de Lancry.
sous la présidence de
Maurice TISSIER DE MALLERAIS
Président de Section d'Action française du X e arr.
ORATEURS :
Bernard de VESI3NS,
Président de la Ligue d'Action française
Maxime REAL DEL SARTE,
Paul OLAGNIER, Joseph DELEST
Paul DREYER-DUFERj
ïl. lacdonald
et les élections
A propos de la publication du Livre
Jaune, nous lisons, çà et là, dans la presse
française, que le pacte de garantie qui n'a
pu être signé ni avec M. Lloyd George ni
avec ses successeurs, se réalisera le plus
facilement du monde avec M, Macdonald.
Pour hasarder de pareilles affirmations, il
faut vouloir être trompé. On n'a donc lu
ni la correspondance que M. Poincaré et le
chef du gouvernement travailliste * ont
échangée ni les commentaires qu'elle a ins
pirés à la presse anglaise ?
Il faudrait lire aussi une lettre de
Londres que le Vorwœrts a publiée mer
credi dernier et que nous regrettons dé no
pouvoir traduire intégralement.
. On a le droit de supposer que le corres
pondant en Angleterre du journal officiel
de la social-démocratie, n'est pas sans rela
tions avec les ministres du Labour Party.
Il paraît difficile de ne pas l'écouter quand
il affirme que M. Macdonald n'est pas un
homme qui change de principes comme de
chemise. M. Macdonald, dans l'opposition,
n'a cessé de réclamer la revision du traité
de Versailles. Là-dessus il est d'accord avec
les travaillistes les plus modérés, comme
J.-H. Thomas. Avant comme après son ari;i.
vée au pouvoir, le « gouvernement du La
bour Party » a le désir et l'intention d'agir
dans le sens de la revision. Pourquoi cepen
dant M. Macdonald ne l'a-t-il pas dit ?
Pourquoi a-t-il même évasivement démenti
les propos de son collaborateur Henderson?
C'est par tactique, affirme le correspon
dant du Vorwœrts. Si M. Macdonald pro
nonçait un mot en ce moment-ci contre le
traité de Versailles, il accroîtrait les chan
ces électorales de M. Poincaré. Il eût été
imprudent et maladroit de froisser le sen
timent national français à la veille des élec
tions. Il était habile d'apparaître, surtout à
la suite de lord Curzon, en conciliateur. M.
Macdonald ne veut pas, pour le moment,
parler de la révision du traité de Versailles.
C'est pour mieux l'obtenir quand là France
sera mûre.
Cette stratégie se devine à travers dès
affectations de sincérité et de J'plomatie au
grand jour de la place publique. Le cama
rade du Vorwœrts affirme que M. Macdo
nald n'a pas changé. Il a peut-être ses rai
sons pour le dire et nous serions fous de
ne pas nous en soucier, sous prétexte qu'il
le dit dans un journal allemand. En tout
cas, on voit l'importance internationale dea
futures élections françaises, d'où l'on attend,
à Londres comme à Berlin, le retournement
complet de notre politique. Sera-t-elle jouée
au pile ou face des scrutins ? —J. B.
Les muurt-de-faim
Binet-Valmer nous adresse la lettre suivante J
Mon cher ami,
Ayant eu l'audace de répondre li
brement, soit à M. Paul de Cassagnac, soit
à M. Raymond Poincaré, j'ai perdu la tri
bune du haut de laquelle je parlais'au nom
de nos camarades.
Républicain, je viens vous demander, à
vous, royaliste, la possibilité et la liberté
de dire ce que nous pensons tous, nous,
les meurt-de-faim.
Nous sommes las, mon cher ami, de tou
tes ces combinaisons qui nous montrent le
Parlement et la Presse unis contre lés
pauvres bougres de la guerre.
Nous en avons assez.
Votre,
Binet-Valmer.
Nous n'avons pas à entrer dans la discussion des
causes qui amènent le président de la Ligue des
Chefs de Section à nous demander l'hospitalité. Il
suffit qu'il nous la demande, lui, particulièrement
qualifié pour faire entendre la voix de nos cama
rades combattants, pour qu'elle lui soit offerte da
grand cœur. — M. P.
M. Georges Clemenceau avait dit :
— Ils ont des droits sur nous.
■ M. Raymond Poincaré à oublié, dans le
grand discours qu'il a prononcé, le vendre
di 7 mars, les droits que nous avons, qui
nous ont été reconnus par le Père-la-Vic-
toire.
Et, dans cette assemblée où les anciens
combattants foisonnent", grâce à notre ini
tiative, où les ministres eux-mêmes sont
parfois des mutilés de guerre, pas une voix
ne s'est élevée pour parler de ceux qui ont
sauvé, entre autres choses, la liberté de
discussion au Palais Bourbon.
Si M. Georges Mandel et M. Raymond
Poincaré peuvent se livrer à des joutes
oratoires, c'est parce que nos petits gara
sont mortï, disciplinés, héroïques.
On a oublié de parler de nos petits gars
qui sont morts.
Pourtant, un million cinq cent mille
électeurs 1 Et leurs familles. Croyez-vous
que les familles de ces ombres ne voteront
pas ?
Hélas 1 vous avez raison. Les familles en
deuil, les mutilés et les aveugles ne vo
teront pas. Ils écouteront le conseil, des
ombres :
.— A quoi bon l
On avait , promis à ceux qui devaient
mourir que le papa et la maman, l'épouse
et les gosses vivraient sans inquiétude, le
cœur réchauffé par l'amitié de tous.
Et puis...
— A quoi bon !
La pension dés ascendants est déri
soire, la pension des veuves les conduit à
la rue, la pension des orphelins ne paie
pas le lycee, et les mutilés, et" les aveu
gles, et les gazés, et tous peux qui om
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