Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1924-01-29
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 29 janvier 1924 29 janvier 1924
Description : 1924/01/29 (Numéro 29). 1924/01/29 (Numéro 29).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7618434
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Dix-septième Année. — N° 29
EDITION DU MATIN
Mardi 29 Janvier 1924
S centime*. Sains it S siub-et- O isï
O centimes. D épartements et G olosibs
ABONNEMENTS : Cn ai. ExI*. foiilhk
France et Colonies. 48 fr. - j5 fr. . i3 fr.
Etranger Sa » 4i » sj *
Chèque postal s Compte a3.goo Paris.
}
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Due d'ORLÉANS
héritier dos quarante Rois qui on mille ans firent la France.
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
<4, rue de nome, PARIS (S')
Adresse télégraphique : AGTIOFRAN-PAKIS
Téléphoné : Administration : Louvre aG-6g, sC-î>o
Rédaction : Central 75-44 Publicité * Central 74-77
Après 10 heures du soir : Ségrur ïi -63
Registre do Commerce ; Seine N* 78.58a
Fondat&ar: HENRI YAUGEOIS — Directeurs politiques : LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef : MAURICE PUJO
LA JUSTICE REPUBLICAINE
Pour avoir volé 500 millions à Vépargne publi
que et ruiné le crédit de la France en Orient, le 1
sénateur ANDRE BERTHELOT ? 3.000 francs
d'amende. »
Pour avoir assassiné un héros de la guerre, la
grue anarchiste BERTON î Acquittée et des billets
de faveur dans les théâtres. „
Pour avoir purgé, badigeonné ou fustigé trois
politiciens radicaux , MAURRAS : 8 mois de pri
son, HENRI MARTIN : 6 mois, JEAN DE LQR-
GERIL : 4 mois.
1110
iH'ison a
iMdi
as
Sus aux voleurs d'abord !
Nous donnons aujourd'hui, d'après le
J ou&nal O fficiel, la fui du magnifique
discours que Léon Daudet a prononcé
vendredi à la Chambré.
Je vais faire ici, à propos des objections
d'humanité pure et simple, de justice ou,
mieux, d'équité, que j'oppose à votre pro
jet, une remarque liminaire. Vous allez la
trouver très' plate et très banale, mais elle
peut conduire assez loin.
- Les hommes, surtout après la guerre, où
il y a eu tant de tués, ne sont pas des bouts
de bois ni des jetons de présence dans des
conseils d'administration. Ils souffrent, ils
ont des nerfs, ils sont troublés, ils ont per
du des leurs, les deuils planent. Et c'est ù
ce moment-là que l'on dit : il appartient à
tout le .monde de, faire un sacrifice' hé
roïque ! , ,
Mais,-dites donc ! c'est qu'il a déjà été
fait le sacrifice héroïque ! (Applaudisse'
. ments à droite, au centre et sur divers bancs
à gauche.)
De parèilles mesures, quoi qu'on dise,
porteront surtout sur les pauvres gens ( Très
bien ! Très bien /), car des mesures fiscales
draconiennes portent toujours, à un moment
donné, sur les plus pauvres. ( Applaudisse
ments sur un grand nombre de bancs.)
Un homme qui n'a que deux francs et à
qui on prend nn franc est tout de même
plus malheureux, à mon sens, si peti expert
que je sois en finances, qu'un ^homme qui a
100.000 francs et à qui l'on prend 95.000
francs. Je plains beaucoup plus celui qui a
. tin franc que celui qui a 5.000 francs.
Comme je ne considère pas les hommes
comme des bouts dè bois ou des jetons de
présence, j'estime que prendre de telles"
mesures, au lendemain de là'guerre, vis-à-
vis de gens qui ont déjà souffert ce qu'il
est surhumain de souffrir, dans leur chair
et dans leur sang, -c'est d'une cruauté si
terrible qu'il faut les justifier par des rai
sons plus fortes que celles que vous nous
donnez. (Applaudissements à droite et cur
divers bancs au centre, à gavek» et à l'ex
trême gauche.)
Si nous parlons de dureté, c'est dans un
autre ordre qu'il en faut parler. Si nous
parlons de dureté, de mesures draconiennes,
je . tous conseille, comme je vous le disais,
d'appliquer Dracon à Plutus, c'est-à-dire de
sortir enfin — puisque nous sommes censés
être les représentants du pouvoir souverain
:— de cette.phraséologie,, de ce verbalisme
où nous nous enfermons aussitôt qu'il s'agit
d ? entrer dans la voie de mesures pratiques,
de mesures —- excusez-moi, cela va être
banal — destinée# à faire dégorger ceux
qui ont trop,et qui ont mal acquis ce trop,
au bénéfice de ceux qui n'ont rien ou qui
n'ont pas assez. (Applaudissements à
droite.)
Evidemment; des efforts ont été faits dans
ce sens. Ils ont été faits de tous les côtés
de la Chambre. J'ai assisté à tous les débats
qui se sont produits tant à la Commission
des marchés qu'à la Commission des spé
culations. J'ai entendu M. Louis Marin, par
exemple, se plaindre violemment de ce que
ni la Commission des marchés ni la Com
mission des spéculations n'eussent pas les
pouvoirs judiciaires permettant de retrou
ver, et dans des proportions que Fon dit,
que l'on assure exactes "et qui paraissent
considérables, les richesses mal acquises.
Pourquoi donc ces Commissions n'ont-
eïles pas ces pouvoirs judiciaires? Qu'est-
ce qui bous empêce de les leur donner ?
Pourquoi le Gouvernement ne les leur
donne-t-il pas ?
. A Vextrême gauche. — Parce que la ma
jorité s'y. refuse !
M. Léon Daudet . — II me semble que
c'est une chose qui peut se faire très rapi
dement.
M." André Berthon . — Nous l'avons de
mandé. La majorité l'a refusé.
M. Bellet . — C'est le Sénat qui a refusé
la revision des marchés de la guerre. (Ex
clamations à F extrême gauche.)
M. de Moro-Giaffeiîri. — J 'ai déposé
ose proposition en ee sens : elle a été re
poussée par la Chambre.
M. Léon Daudet . — Je n'entrerai pas
dans des discussions. Le moment est venu,
il est largement, amplement venu, pour
nous tous, si nous ne voulons pas être enve
loppés dans le même discrédit, de passer ;
de ces théories vagues à la 'pratique et de
faire les récupérations qui s'imposent.
• M. André Fribourg . — Pour ce qui
reste !
M. Léon Daudet . — On dit que nous
sommes dans une situation exceptionnelle.
Il y a ici des juristes assez habiles et exer
cés, ' j'en vois sur tous les bancs, de l'ex
trême gauche à l'extrême droite, pour trou
ver très rapidement les moyens de faire
rendre gorge aux exploitants du peuple
français.
Je le répète, il est intolérable, abomi
nable, j'irai plus loin, il est criminel de
faire payer de pauvres gens quand les
coquins n'ont pas payé. (Applaudissements
à droite et à l'extrême gauche.)
M. Vincent Auriol . — Nous avons dit
cela en 1920.
M. Léon Daudet . — Je le pense bien !
Nous aussi, nous l'avons dit, et beaucoup
de députés l'ont dit. Mais alors, est-ce donc
la force inhérente à cette démocratie que
vous vénérez qui empêche de marcher sur
les gens qui ont volé dans des circonstances
si abominables ? Quelle est la barrière qui
nous arrête ?
Qu'attend-on ? Pourquoi, dès demain, ne
déposerait-on pas un projet de loi et îe
prendrait-on pas des mesures en consé
quence ?
M. Delachenal . — Voulez-vous mè per
mettre un mot ?
M. Léon Daudet . — Volontiers.
M. Delachenal . — Il y a un instant,
nos collègues socialistes disaient que la
Chambre a refusé des mesures pçur la revi
sion des marchés et la" reprise des profits
excessifs. C'est tout à fait inexact.
Je me permets de rappeler, à cet égard,
que, le 30 juillet 1920, .la Chambre des
députés a voté une proposition de loi dépo
sée par mon ami M. Henry Fougère, qui
tendait à la revision de tous les marchés
passés pendant la guerre pour une somme
supérieure à 100.000 francs et au reverse,-
ment au Trésor de toute la partie des béné
fices dépassant 10 o/o du montant du mar
ché ou du capital engagé dans l'entreprise.
Il y a trois ans et demi que cette propo
sition de loi a été votée par la Chambre.
Elle dort encore dans les cartons du Sénat.
(Applaudissements au centre et à droite.)
• •••••••«••••
M. Léon Daudet . — Je ne m'attarderai
pas au rappel des mesures qui,, à toutes les
époques de l'histoire et dans des circons
tances moirts graves et moins funèbres que
celles-ci ont abouti à ce que je vous pro
pose. Je ne m'attarderai pas- aux chambres
ardentes de cette monarchie, que tant d'en
tre vous méprisent ou feignent de mépriser,
ou de croire reléguée dans les temps an
ciens, mais qui, en réalité, donnerait le
mouvement à bien des républiques pour le
châtiment'" des grands vols et des grandes
exactions. (Applaudissements à l'extrême
droite.)
(lire la fin en deuxième page)
i
LA POLITIQUE
I. Le poète et l'Américain
Nous nous étions ingéniés tous ces
jours-ci_ à tenter _ de rendre sensibles la
contradiction logique et le danger pra
line. des positions auxquelles s incruste
M. Poincaré. Mais, à chaque essai, nous sen
tions que nos paroles demeuraient infini,
ment au-dessous de la vérité. Au moment
même où nous essayions d'ajouter des
clartés aux clartés, il nous arrive, dn cap
Martin, une lettre de notre ami, poète et
combattant Alfred Droin qui, ee semble,
conduit les choses au point vif.
^ Droin pensait commis nous que l'offen
sive anglo-germanique trouve en France
de puissants alliés. Droin jugeait que le
Parlement et le gouvernement avaient de
graves responsabilités dans la chute du
irancs.Une rencontre qu'il a faite précise
et éclaircit ce point de vue central. Je le
laisse parler ou plutôt faire parler un
étranger qui nous aime et qui nous con
naît :
« Un Américain très influent dans son
pays, francophile notoire, me disait avec
raison : « Nous' savons que le socialisme
* on le communisme mènent les nations à
« la débâcle. Or nous avons l'impression
« que les Pouvoirs officiels, en France,
« ménagent les agents du désordre, com-
« me s'ils en avaient pear ; comme s'ils
« étaient • convaincus que les prochaines
« élections vont leur être favorables.
« Nous avons vu, en effet, le Sénat, éri-
« gé en Haute-Cour, refuser de juger un
« député et des citoyens ou des métèques
« coupables d'avoir prêché aux Allemands
« le sabotage des usines dans ta Ruhr, et
« l'assassinat des soldats français ; qael-
« ques mois plus tard, nous avons vu l'ac-
« quiltement de la fille Germaine Berlon,
« coupable d'avoir assassiné un héros dé-
« sar.mé ; nous voyons tous les jours les
« journaux payés par Moscou, Londres ou
« Berlin, mener l'attaque contre notre
« franc ; un sieur Téry, directeur de
« l'Œuvre, au printemps de 10 23, a pro-
« clamé dans son 'ournal, que le franc, en
« 1924, c'est-à-dire maintenant, ne vau-
« drait plus que quatre sous, et que nos
« compatriotes n'avaient qu'à se défaire-
« de toutes leurs valeurs d'Etat : _le gou-
« vernement pour préciser, M. Briand
« fait de cc-Téry, en 1921, un chevalier de
« la Légion d'honneur.
« Nos députés cl . nos ministres parais-
« sent composer avec l'Anarchie ; souvent
« récompenser ses méfaits. Les projets du
« gouvernement actuel pour remédier à la
* baisse du franc font le jeu de la Gauche,
* à la Chambre ; au lieu de proposer des
« compressions budgétaires, des écono-
« mies, la suppression de certains mono-
« pôles, réclamée par votre nation tout
« entière, il ne propose que des impôts
« qui écraseront une minorité de citoyens,
« les meilleurs, et seront inutilement en-
« gloutis dans le gouffre des dépenses non
« contrôlées, cela pour la grande joie des
« gens de /'Œuvre et du Populaire qui con-
« linuent leurs méfaits sans être inquiétés,
« Vous vous préparez ù envoyer les gen-
« darmes chez d'honnêtes contribuables.
« Et vous laissez les criminels en paix.
« Cachin, Torrès et Blum représentent
« les influences qui dominent votre Poli-
« tique. Dans ces conditions, ne trouves
« pas singulier que nous doutions de votre
s rétablissement financier.', ..
« Redonnes-nous la confiance ! Que les
« Français soient les maîtres en France !
« Qu'ils ne. craignent pas de prendre deux
- « ou trois mesures énergiques qui s'impo-
« sent. Et votre franc sera sauvé.
« Au contrairej il continuera à être en
« danger, tant que vous n'aurez pas effacé
« dans notre souvenir la pleutrerie du Sê-
« nat en face de Cachin, l'acquittement de
« la Berton et les faveurs que vous prodi-
« quez à ceux qui vous ruinent. »
Ainsi parle l'Américain". Il n'est pas
possible de mieux parler.
H. Pour le Crédit, de Pordre !
Pour l'ordre, une autorité
nationale !
L'exemple de l'Italie, celui de l'Autriche
et déjà cel.ui de l'Allemagne montrent que
l'Américain a raison, non une fois mais
mille. S'il y a quelque chose qui renaît
en Allemagne, c'est que la dictature mili
taire et les politiciens qui_ travaillent d'ac
cord avec elle ont pris le" contre-pied des
idées de gauche, des procédés de gauche,
des mollesses et des abandons de gauche.
Après avoir loué la prudence et la téna
cité du docteur Schacht, un correspondant
berlinois du Temps explique son succès :
« Il fut soutenu depuis deux mois par la
« volonté consciente de la nation »; Pos
sible, mais qui a soutenu cette volonté,
dégagé cette conscience ? La dictature de
sept généraux. Celle-ci a donné du ton à
l'Allemagne pendant que, chez nous, les
conversations tournent à l'aigre ■ plainte
et à la dispute inutile. -Le Berlinois du
Temps est frappé de la différence entre
notre allure et celle du vaincu. Il saisit
chez ce dernier des gestes et des regards
dans lesquels il croit lire «quelque chose
de protecteur, de condescendant». Il a
voulu se renseigner : •
« Je m'en ouvre à un représentant de
« la France en contact journalier avec les
« hommes politiques du Rèich. H confirme
« pleinement mon point de vue. D'après
« lui aussi, cela remonte à une dizaine de
« jours, depuis que sa dessine la reprise
e économique en Allemagne et que s'ac-
« ccntue la baisse de fa monnaie en
« France. Et il se félicite dtree que la rê-
« ponse de M. Poincaré rappelle un pe^u
« aux dirigeants de Berlin de quel côté
« du Rhin se trouve le vainqueur !... »
La vigueur des réponses de M. Poincaré
ne S'étend malheureusement qu'aux affai
res de l'extérieur. C'est au-aedans qu'il
oublie d'imprimer la vigoureuse direction
nationale et nationaliste, dont l'efficacité
se vérifie partout, même à Berlin que
l'on donnait naguère pour le théâtre
des plus périllepx excès du nationalisme !
IQ. Les travailleurs étrangers
Nous avons effleuré eette grave question
le 17 janvier. Un lecteur a vu cela avec
un soupir de surprise. Ce doit être un
lecteur récent. Il ne connaît pas nos doc
trines. Mais enfin il écrit : .
« Il est certain que les ouvriers étran
gers font une concurrence sérieuse aux
Français (dans le surtout).
< J'ai été compagnon au début de ma
carrière industrielle et, depuis, fai tou
jours été en. contact avec les ouvrierq, 'et
je puis vous assurer, pour ravoir constaté
vingt fois que cette concurrence constitue
un véritable souci populaire." '! .
« D'après les nouveaux « importés »,'-la
France semble avoir, à l'étranger, la répu
tation d'un pays de cocagne ou l'on gpgpie
facilement sa vie à ne rien faire (réputa
tion qu'avait Paris, en province, il y a. 20
ans). La France devint ainsi le dépoioir
des bons à rien, des escrocs, des bolche-
vistes (souvent chassés de leur propre
pays) et qu'auçun barrage, qu'aucun filtre
n'arrête. t
térieur de l'atelier oa du chantier.- \
« Des patrons à court de main-d'œuvre
à bon marché embauchent des travailleurs
étrangers on coloniaux pensant « qtïun
homme en vaut un autre ». (Celte erreur
grossière est à mettre dans le même sac
que « après tout les Boches sont des gens
comme nous » ). Le salaire par ouvrier est
plus réduit mais le travail produit baisse
dans une proportion beaucoup plus gran
de et quelquefois inimaginable. Trop sou
vent, on ne veut pas le voir.
« Le contact des ouvriers étrangers ou
coloniaux avec les Français dont le niveau
moral est beaucoup''plus élevé ria rtien de
réjouissant pour ces derniers, lues 'étran
gers forment des clans fermés jet rendent
la vie impossible à leurs collègues: fran
çais (querelles, vols, coups). Us ont sou
vent des mœurs, des maladies, des habitu
des répugnantes-. Beaucoup d'étrangers
(ceux d'Europe centrale en particulier)
viennent de pays où la brutalité est un
attribut de Fautoritê, ils prennent nos
mœurs douces pour faiblesse et les con
tremaîtres français non avertis ont fort à
faire pour eh tirer quelque chose. ,
« La rumeur publique accuse ces « tra
vailleurs t> d'encombrer les hôpitaux aux
dépens des français taillables qui n'y peu
vent avoir a$cès faute de place, d'être aus
si le véhicule de maladies et de parasites.
y « Ils ont, enfin, .la spécialité des mani
festations bolchevistes.
4 Le .14 avril dernier, je me suis présen
té à l'office départemental de placement
demandant un emploi: J'ai vu défiler de
vant le préposé t candidats pris au hasard.
Un seul était Français ; les quatre autres
de nationalités diverses et se proposaient
::p»r^ une profession très encombrée (em
ployés aux écritures). Aucune faveur ne
m'a semblé être faite aux Français. Evi
demment, les victimes de cet état de cho
ses ne comprennent pas toujours pourquoi
on s'est battu pendant plus de quatre ans.v
C'est ce que nous nous tuons à dire
aux républicains patriotes. Ils veulent
qu'il subsiste une France, ils n'admet
tent pas qu'il y ait sur notre sol le moin
dre avantage à être né Français 1
IV. L'arrêt Thomas
J'espère bien que mes amis Henri Mar.
tin et Lorgeril voudront et sauront se
pourvoir contre l'absurde arrêt qui vient
de les frapper. Ils en ont l'irréfragable
moyen. Le président qui, mardi, les inter
pellait et les injuriait avant même de les
interroger, qui, ainsi, les jugeai^ avant
de les.connaître, ce président animé d'une
inimitié évidente n'avait pas le droit
de siéger. Il eût dû quitter la place comme
l'avaient fait le conseiller Pressard. celui
du procès Berton, et le conseiller Mouton,
l'ancien policier : tous deux s'étaient dou
tés que les flèches du débat feraient sif
fler à leurs oreilles le souvenir de pro
cédures auxquelles ils avaient été mêlés.
Ils ont mieux aimé s'échppr er et, somme
tout, ils'ont bien fait. Le président Tho
mas a mieux aimé rester. Il est juste que
son ! arrêt en .supporte les conséquences.
Martin et Lorgeril doivent en poursuivre
et en exiger la cassation.
J'en resterai là quant à moi. D'abord,
parce que Thomas a sagement évité de
m'injuricr avant de m'interroger. Ensuite,
parefe que son arrêt, en ce qui ine con
cerne, est trop beau pour que je désire
altérer les lignes et les couleurs de cette
oeuvre d'art. Il faut l'exposer telle quelle
aux Princes et aux Peuples des gé
nérations à venir. Ma question était posée
clairement : — Que doit et que peut faire
le particulier quand, de l'aveu des chefs
responsables, il n'y a ni police ni justice,
quand la vie des personnes n'est plus res
pectée, quand le sang coule impunément,
?uand le panégyrique de l'assassinat est
ait avee la même impunité, quand les
actes criminels multipliés autour des
trois cadavres de Plateau, de Gohary, de
Dumas établissent qu'il y a lieu d'établir
des défenses et des porte-respect autour de
l'ordre privé, les défenses de l'ordre so
cial ayant cessé de fonctionner ?... Ni Tho--
mas ni ses quatre consulteurs n'ont,rien
répondu, ils se sont contentés de déclarer
« pernicieuse » la doctrine qui les tenait
en échec et de juger qu'il y avait lieu
de veiller au « respect des personnes »
pour empêcher que nos doctrines n'aient
des adeptes, nos actions des imitateurs.
Quant aux imitateurs de l'assassin (con
nu) de Plateau, des assassins (inconnus)
de Goliary et de Dumas, quant au respect
des personnes qui ont été non bâtonnées,
non purgées, mais bien assassinées, ni la
Cour ni son président ne paraissent s'en
soucier et cette ignorance naïve présente
quelque chose de si bouffon que l'indigna,
tion fait place i la curiosité et que 1 œil
de l'intelligence s'arrête avec une espèce
de pitié passionnée sur les étranges nu
méros que la république a chargés de pro
noncer ainsi sur la vie, les biens et la
liberté des citoyens.
Il y a longtemps que le mal est signalé.
On connaît quels rebuts de l'Ecole de
droit ( montent sur les tréteaux de la ma-
fistrature assise. Pendant que les sujets
rillants ouvrent des cabinets d'éloquence
et d'affaires, les fruits secs entrent dans
la judicature, rendent des sentences de
carnaval et, devenus, à leurs tours de bête,
conseillers ou présidents, fabriquent un
arrêt comme celui d'hier qui tire le canon
contre les idées qu'il ne saurait discu
ter... !
Non, pour tout l'or du monde, en ne
me fera pas solliciter la ruine de ce mo
nument de sottises.il est écrit et bien écrit.
Je le prendsje l'emporte et, quand les gen
darmes viendront me chercner pour me
faire tirer mes huit mois de prison, j'en
aurai sur moi la copie, comme un remède
sur poùr tromper les moments de mélan
colie, et d'ennui qui peuvent après tout
s'élever de la solitude !
Et, pendant ce temps-là, nos amis, col
laborateurs, camarades ne s'arrêteront pas,
je suppose, de demander, soit en haut lieu,
soit dans l'assemblée du peuple, des nou
velles de l'assassinat de Plateau, des nou
velles de l'assassinat de Gohary, des nou
velles de l'assasinat de Joseph Dumas. Le
rapport du 6 mars, la déposition Chas-
signeux sont là qui parlent et accusent. La
Cour d'Appel ne voulait pas les en
tendre. Je les lui ai fait écouter. Elle n'a
pas. voulu le comprendre? D'autres cours,
d'autres' tribunaux, d'autres publics le
comprendront. Cette « insistance^ t> dont
l'arrêt Thomas croit devoir me blâmer est
un infaillible moyen de se faire entendre.
Même couverts par la police, même sacrés
par la justice, on finira bien par vous
avoir, assassins !
Charles MAURRAS
La crise de la démocratie
allemande
Il était un peu sommaire de dire que la
révolution allemande de 1918 n'était qu'une
révolution de décor et de parade, une
Scheinrevolution sur le modèle du Schein-
parlament. La révolution allemande s'est
traduite par une poussée socialiste qui a
rapidement désorganisé l'économie et ruiné
les finances du Reich. Si cette preuve de la-
transformation démocratique que l'Alle
magne a subie ne suffit pas, il y en a une
autre : c'est la réaction à laquelle nous
assistons aujourd'hui.
La crise de la démocratie allemande est
attestée par les journaux social-démocrates
comme le Vorwœrls qui se lamentent sur
la décadence et les divisions du vieux parti.
Indépendants et majoritaires ne se sont ré
conciliés que pour reprendre leurs querelles
à l'intérieur. Il y a maintenant, dans la
social-démocratie, une aile droite embour
geoisée avec les Sollmann et les Severing
et une aile gauche qui, conduite par Cris-
pien, proteste contre les coalitions avec
les partis bourgeois et contre les pleins
pouvoirs. Mais surtout, et ce qui est bien
plus important, les masses populaires se
détachent du parti, unifié ou non. Les
chiffres des élections municipales de Saxe
ont été frappants. La droite y a gagné des
milliers de voix, les communistes aussi, et
ce sont toutes les voix que les social-démo
crates ont perdues.
Ce n'est pas seulement au point de vue
électoral que la crise de la social-démocra
tie se fait sentir. Ce n'est même pas seule
ment par la dictature des généraux, si peu
contestée que le3 communistes se bornent à
annoncer leur dessein de «• reconquérir la
rue sur le général "von Seeckt », sans passer
à l'exécution de leur menace, ce qui com
blerait sans doute les vœux de la Reichswehr
et de son chef. Il y a un signe bien plus
net du recul de la démocratie : c'est la
soumission croissante des ouvriers aux
conditions du patronat.
Le Vorwœrts constate avec tristesse que
les syndicats ne sont plus suivis par les
travailleurs. La journée de dix heures com
mence à être acceptée en beaucoup d'en
droits avec des salaires en marks-or infé
rieurs à ceux d'avant-guerre. Les « conseils
d'exploitation » se remplissent de « jaunes »
ou de nationalistes. Bref, les « conquêtes
de la révolution » s'en vont l'une après
l'autre. Sur un prolétariat affamé, trop
heureux quand il trouve travail et du
pain, les ducs et les barons de l'industrie
reconstituent le régime féodal r^Ia protec
tion des plus faibles par les plus puissants.
Il n'y a donc pas seulement, en Alle
magne, cette réaction de surface qui s'ex
prime par les pleins pouvoirs et l'état de
siège. 11 y a réaction dans les profondeurs.
Ceux qui la combattent en attestent la force:
l'ex-chancelier Wirth a voulu résister au
mouvement, qui entraîne le centre catho
lique à son tour. Le chancelier Marx,
centriste aussi, lui a répondu en homme
sûr de son fait. On ne §era d'ailleurs pas
étonné d'apprendre que ca redressement
politique coïncide avec un redressement
national. Avènement d'un cabinet socialiste
à Londres, espérance d'une -victoire électo
rale des gauches en France : c'est assez
pour que les Allemands aillent à droite.
Signe particulier, on recommence à parler
de la réunion de l'Autriche à l'Allemagne.
C'est la préface de toute revanche. Le tour
des provinces polonaises viendra après.
Puis celui de la Bohême. Au bout de cin
quante ans on verrait les Allemands à An
vers et leur flotte dans la Tamise. — J. B.
" ' —h i ■■■■.■ .!'■ ■■ ■'■ ■■■■■
KîOHO!®
LES FAITS DU JOUR
— À la Chambre, suite du débat sur les
projets fiscaux du gouvernement.
— Une bijouterie est attaquée en . plein
jour au Palais-Royal.
r * * .
Ce qui est vrai pour les froîiaces lest
aussi pour les lampes . — On a certainement la
l'histoire de l'adjudication des fromages de ' Hol
lande dans un de nos grands arsenaux, adjudi
cation à laquelle l'Administration a refusé d'ad
mettre l'offre de l'un des soumissionnaires pré
sentant, à qualité égale, un fromage genre « Hol
lande s> fabriqué en France. L'Administration
veut avoir un fromage « Hollande véritable »,
quitte à contribuer, par ses achats à l'étranger,
à la hausse des changes, à la vie chère et à
l'augmentation des impôts qui en sont les consé
quences.
Français qui vous indignez aujourd'hui contre
l'Administration, vous rendez-vous compte que
vous agissez bien souvent comme elle ? Chaque
lampe électrique étrangère que vous achetez est
une contribution que vous apportez à la hausse
des changes et à l'augmentation du coût de la
vie. Exigez désormais de votre électricien une
marque française il y en a d'aussi bonnes et
même de meilleures.
La Mazda est française, la Mazda se fabrique
en France. Vous la trouverez partout et dans tous
les modèles, „
AUX APPELS CORRECTIONNELS
Le procès
des purges
L'arrêt de la haine
CHARLES MAURRAS : 8 mois
de prison ;
HENRI MARTIN : 6 mois ;
JEAN DE LORGERIL : 4 mois ;
DELVOLVE : acquitté.
C'est peu d'appeler cet arrêt un arrêt
de 'haine : c'est un arrêt de rage qu'il
faudrait dire. Tandis qu'il le lisait, les
joues et les mains-du président Thomas
tremblaient. Ce vieillard habillé en juge qui
prétendait condamner la « violence me-
snree.» donnait lui-même le spectacle de
la violence sans mesure, — celle du fou
furieux.
Ses « considérants » constituent moins
une motivation des peines du dispositif,
qu'un plaidoyer piieux pour les mauvais
coups que, du haut de son tribunal, il
s'apprête à porter à des adversaires. Au
début, par une dérogation à l'ordre lo
gique qui trahit la préoccupation de se
couvrir, il prend le cas de Delvolvé qui
devait venir le dernier, et l'acquitte —
non sans injurier ceux de ses canûradcs
qu'il n'a pu saisir. — Il l'acquitte afin
de se poser dès l'abord en juge impartial
et de saler plus facilement les autres accu
sés. Alors il s'en donne à cœur joie —
une joie sordide.
Quels moyens employer pour doubler
les condamnations ? Lès premiers juges
les ont utilisés tous. Ils ont, notamment,
visé la préméditation qui était avouée et
même proclamée. La préméditation est
un fait : elle existe ou elle n'existe pas,
mais elle ne comporte pas de degrés. C'est
cependant celle préméditation que re
prend, le président Thomas pour en ti
rer quelque chose de plus : « Considé
rant que, pour l'application de la-peine,
le tribunal n'a pas suffisamment tenu
compte de la circonstance aggravante de.
préméditation relevée à juste lilrp contre
les trois prévenus... »
Il considère d'autre part que les préve
nus n'ont pas exprimé de regrets, mais
ils n'en avaient pas exprimé davantage de
vant le tribunal et c'est une hypocrisie
ignoble, au surplus, d'exiger des regrets
de délinquants politiques qui ont mis leur
honneur à revendiquer leur responsabi
lité.
Les débats devant la cour d'appel'n'ont
donc apporté aucun élément nouveau, ex
pliquant une modification du jugement,
si ce n'est le développement des raisons
apportées par Maurras qui, justifiant les
actes reprochés, eussent du entraîner l'ac
quittement général. Or ce que la Cour a
jugé digne d'une peine double non seule
ment pour Maurras, mais aussi pour Mar
tin et pour Lorgeril, ce ne sont pas les
actes ni les circonstances, — contre les
quels les premiers juges avaient épuisé
le droit, — ce sont ces raisons justifica
trices ; c'est la défense de Maurras, ce
sont ses idées que M. Thomas et ses aco
lytes ont jugées ennemies des leurs. Ce
sont ces idées qu'ils ont frappées. Au
délit de « violences » ils ont ajouté
pour le condamner beaucoup plus sévè
rement, un délit d'opinion. C'est l'inverse
de ce qui s'est passé à la cour d'assises où
« l'opinion » antiroyaliste et anarchiste
avait fait acquitter le meurtre d'un Héros
commis par une catin.
Nous avons tenu à reproduire plus loin
l'extrait de la séance de samedi où Léon
Daudet fit devant la Chambre un tableau
saisissant de l'impunité des grands vo
leurs.
MM. Poincaré et Colrat ne trouvèrent à
y opposer que le principe de la sépara
tion des pouvoirs. A la lumière de l'ar
rêt d'hier ce fatalisme de la légalité prend
un aspect comique à force d'être pitoya
ble. Les principes jont de belles choses,
mais les faits sont là : André Berthelot
s'en tirant avec 3.000 francs d'amende
après avoir volé cinq cents millions ;
Baumann nous faisant condamner ' à
50.000 francs de dommages-intérêts, pour
la révélation d'un fait dont il devait être
reconnu coupable ; et; pour finir, le trip
tyque entrevu par M" Max Vitry : la grue
Berton acquittée et triomphante entre
Maurras et ses compagnons chargés de
fers.
C'est la Loâ dit M. Poincaré. Et ce mot
suffit pour lui faire trouver ce spectacle
naturel. Cette résignation est une démis
sion
Les Français, moins légistes, penseront
justement qu'il doit y avoir quelqu'un ou
quelque chose qui est responsable de tant
d'absurdité et de tant d'iniquité. Ne serait-
ce pas votre faiblesse, M. le président du
Conseil ? Sinon, c'est la République.
Maurice PUJO
Le président Thomas s'est montré ja
loux des lauriers du juif Worms, prési-.
dent du tribunal de Versailles qui, quel
ques mois avant la guerre, infligeait à
Maurras une condamnation absurde, mo
tivée par des attendus haineux. Il peut
être fier de lui. Il a dépassé même s(5n
modèle en platitude et en servilité.
Qe fut un triste spectacle que donna
ce vieillard en cheveux blancs et barbe
blanche, hier, au début de son audience,
lorsqu'il rendit l'arrêt dont on va lire plus
loin les principaux considérants. Agité,
nefveux, il avait pris place sur son siège,
entouré de ses assesseurs et flanqué de son
Béguin. Visiblement, il avait perdu la tête
et, entendant le grondement du public •
aux portes de la salle, il redoutait les
EDITION DU MATIN
Mardi 29 Janvier 1924
S centime*. Sains it S siub-et- O isï
O centimes. D épartements et G olosibs
ABONNEMENTS : Cn ai. ExI*. foiilhk
France et Colonies. 48 fr. - j5 fr. . i3 fr.
Etranger Sa » 4i » sj *
Chèque postal s Compte a3.goo Paris.
}
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Due d'ORLÉANS
héritier dos quarante Rois qui on mille ans firent la France.
RÉDACTION & ADMINISTRATION :
<4, rue de nome, PARIS (S')
Adresse télégraphique : AGTIOFRAN-PAKIS
Téléphoné : Administration : Louvre aG-6g, sC-î>o
Rédaction : Central 75-44 Publicité * Central 74-77
Après 10 heures du soir : Ségrur ïi -63
Registre do Commerce ; Seine N* 78.58a
Fondat&ar: HENRI YAUGEOIS — Directeurs politiques : LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef : MAURICE PUJO
LA JUSTICE REPUBLICAINE
Pour avoir volé 500 millions à Vépargne publi
que et ruiné le crédit de la France en Orient, le 1
sénateur ANDRE BERTHELOT ? 3.000 francs
d'amende. »
Pour avoir assassiné un héros de la guerre, la
grue anarchiste BERTON î Acquittée et des billets
de faveur dans les théâtres. „
Pour avoir purgé, badigeonné ou fustigé trois
politiciens radicaux , MAURRAS : 8 mois de pri
son, HENRI MARTIN : 6 mois, JEAN DE LQR-
GERIL : 4 mois.
1110
iH'ison a
iMdi
as
Sus aux voleurs d'abord !
Nous donnons aujourd'hui, d'après le
J ou&nal O fficiel, la fui du magnifique
discours que Léon Daudet a prononcé
vendredi à la Chambré.
Je vais faire ici, à propos des objections
d'humanité pure et simple, de justice ou,
mieux, d'équité, que j'oppose à votre pro
jet, une remarque liminaire. Vous allez la
trouver très' plate et très banale, mais elle
peut conduire assez loin.
- Les hommes, surtout après la guerre, où
il y a eu tant de tués, ne sont pas des bouts
de bois ni des jetons de présence dans des
conseils d'administration. Ils souffrent, ils
ont des nerfs, ils sont troublés, ils ont per
du des leurs, les deuils planent. Et c'est ù
ce moment-là que l'on dit : il appartient à
tout le .monde de, faire un sacrifice' hé
roïque ! , ,
Mais,-dites donc ! c'est qu'il a déjà été
fait le sacrifice héroïque ! (Applaudisse'
. ments à droite, au centre et sur divers bancs
à gauche.)
De parèilles mesures, quoi qu'on dise,
porteront surtout sur les pauvres gens ( Très
bien ! Très bien /), car des mesures fiscales
draconiennes portent toujours, à un moment
donné, sur les plus pauvres. ( Applaudisse
ments sur un grand nombre de bancs.)
Un homme qui n'a que deux francs et à
qui on prend nn franc est tout de même
plus malheureux, à mon sens, si peti expert
que je sois en finances, qu'un ^homme qui a
100.000 francs et à qui l'on prend 95.000
francs. Je plains beaucoup plus celui qui a
. tin franc que celui qui a 5.000 francs.
Comme je ne considère pas les hommes
comme des bouts dè bois ou des jetons de
présence, j'estime que prendre de telles"
mesures, au lendemain de là'guerre, vis-à-
vis de gens qui ont déjà souffert ce qu'il
est surhumain de souffrir, dans leur chair
et dans leur sang, -c'est d'une cruauté si
terrible qu'il faut les justifier par des rai
sons plus fortes que celles que vous nous
donnez. (Applaudissements à droite et cur
divers bancs au centre, à gavek» et à l'ex
trême gauche.)
Si nous parlons de dureté, c'est dans un
autre ordre qu'il en faut parler. Si nous
parlons de dureté, de mesures draconiennes,
je . tous conseille, comme je vous le disais,
d'appliquer Dracon à Plutus, c'est-à-dire de
sortir enfin — puisque nous sommes censés
être les représentants du pouvoir souverain
:— de cette.phraséologie,, de ce verbalisme
où nous nous enfermons aussitôt qu'il s'agit
d ? entrer dans la voie de mesures pratiques,
de mesures —- excusez-moi, cela va être
banal — destinée# à faire dégorger ceux
qui ont trop,et qui ont mal acquis ce trop,
au bénéfice de ceux qui n'ont rien ou qui
n'ont pas assez. (Applaudissements à
droite.)
Evidemment; des efforts ont été faits dans
ce sens. Ils ont été faits de tous les côtés
de la Chambre. J'ai assisté à tous les débats
qui se sont produits tant à la Commission
des marchés qu'à la Commission des spé
culations. J'ai entendu M. Louis Marin, par
exemple, se plaindre violemment de ce que
ni la Commission des marchés ni la Com
mission des spéculations n'eussent pas les
pouvoirs judiciaires permettant de retrou
ver, et dans des proportions que Fon dit,
que l'on assure exactes "et qui paraissent
considérables, les richesses mal acquises.
Pourquoi donc ces Commissions n'ont-
eïles pas ces pouvoirs judiciaires? Qu'est-
ce qui bous empêce de les leur donner ?
Pourquoi le Gouvernement ne les leur
donne-t-il pas ?
. A Vextrême gauche. — Parce que la ma
jorité s'y. refuse !
M. Léon Daudet . — II me semble que
c'est une chose qui peut se faire très rapi
dement.
M." André Berthon . — Nous l'avons de
mandé. La majorité l'a refusé.
M. Bellet . — C'est le Sénat qui a refusé
la revision des marchés de la guerre. (Ex
clamations à F extrême gauche.)
M. de Moro-Giaffeiîri. — J 'ai déposé
ose proposition en ee sens : elle a été re
poussée par la Chambre.
M. Léon Daudet . — Je n'entrerai pas
dans des discussions. Le moment est venu,
il est largement, amplement venu, pour
nous tous, si nous ne voulons pas être enve
loppés dans le même discrédit, de passer ;
de ces théories vagues à la 'pratique et de
faire les récupérations qui s'imposent.
• M. André Fribourg . — Pour ce qui
reste !
M. Léon Daudet . — On dit que nous
sommes dans une situation exceptionnelle.
Il y a ici des juristes assez habiles et exer
cés, ' j'en vois sur tous les bancs, de l'ex
trême gauche à l'extrême droite, pour trou
ver très rapidement les moyens de faire
rendre gorge aux exploitants du peuple
français.
Je le répète, il est intolérable, abomi
nable, j'irai plus loin, il est criminel de
faire payer de pauvres gens quand les
coquins n'ont pas payé. (Applaudissements
à droite et à l'extrême gauche.)
M. Vincent Auriol . — Nous avons dit
cela en 1920.
M. Léon Daudet . — Je le pense bien !
Nous aussi, nous l'avons dit, et beaucoup
de députés l'ont dit. Mais alors, est-ce donc
la force inhérente à cette démocratie que
vous vénérez qui empêche de marcher sur
les gens qui ont volé dans des circonstances
si abominables ? Quelle est la barrière qui
nous arrête ?
Qu'attend-on ? Pourquoi, dès demain, ne
déposerait-on pas un projet de loi et îe
prendrait-on pas des mesures en consé
quence ?
M. Delachenal . — Voulez-vous mè per
mettre un mot ?
M. Léon Daudet . — Volontiers.
M. Delachenal . — Il y a un instant,
nos collègues socialistes disaient que la
Chambre a refusé des mesures pçur la revi
sion des marchés et la" reprise des profits
excessifs. C'est tout à fait inexact.
Je me permets de rappeler, à cet égard,
que, le 30 juillet 1920, .la Chambre des
députés a voté une proposition de loi dépo
sée par mon ami M. Henry Fougère, qui
tendait à la revision de tous les marchés
passés pendant la guerre pour une somme
supérieure à 100.000 francs et au reverse,-
ment au Trésor de toute la partie des béné
fices dépassant 10 o/o du montant du mar
ché ou du capital engagé dans l'entreprise.
Il y a trois ans et demi que cette propo
sition de loi a été votée par la Chambre.
Elle dort encore dans les cartons du Sénat.
(Applaudissements au centre et à droite.)
• •••••••«••••
M. Léon Daudet . — Je ne m'attarderai
pas au rappel des mesures qui,, à toutes les
époques de l'histoire et dans des circons
tances moirts graves et moins funèbres que
celles-ci ont abouti à ce que je vous pro
pose. Je ne m'attarderai pas- aux chambres
ardentes de cette monarchie, que tant d'en
tre vous méprisent ou feignent de mépriser,
ou de croire reléguée dans les temps an
ciens, mais qui, en réalité, donnerait le
mouvement à bien des républiques pour le
châtiment'" des grands vols et des grandes
exactions. (Applaudissements à l'extrême
droite.)
(lire la fin en deuxième page)
i
LA POLITIQUE
I. Le poète et l'Américain
Nous nous étions ingéniés tous ces
jours-ci_ à tenter _ de rendre sensibles la
contradiction logique et le danger pra
line. des positions auxquelles s incruste
M. Poincaré. Mais, à chaque essai, nous sen
tions que nos paroles demeuraient infini,
ment au-dessous de la vérité. Au moment
même où nous essayions d'ajouter des
clartés aux clartés, il nous arrive, dn cap
Martin, une lettre de notre ami, poète et
combattant Alfred Droin qui, ee semble,
conduit les choses au point vif.
^ Droin pensait commis nous que l'offen
sive anglo-germanique trouve en France
de puissants alliés. Droin jugeait que le
Parlement et le gouvernement avaient de
graves responsabilités dans la chute du
irancs.Une rencontre qu'il a faite précise
et éclaircit ce point de vue central. Je le
laisse parler ou plutôt faire parler un
étranger qui nous aime et qui nous con
naît :
« Un Américain très influent dans son
pays, francophile notoire, me disait avec
raison : « Nous' savons que le socialisme
* on le communisme mènent les nations à
« la débâcle. Or nous avons l'impression
« que les Pouvoirs officiels, en France,
« ménagent les agents du désordre, com-
« me s'ils en avaient pear ; comme s'ils
« étaient • convaincus que les prochaines
« élections vont leur être favorables.
« Nous avons vu, en effet, le Sénat, éri-
« gé en Haute-Cour, refuser de juger un
« député et des citoyens ou des métèques
« coupables d'avoir prêché aux Allemands
« le sabotage des usines dans ta Ruhr, et
« l'assassinat des soldats français ; qael-
« ques mois plus tard, nous avons vu l'ac-
« quiltement de la fille Germaine Berlon,
« coupable d'avoir assassiné un héros dé-
« sar.mé ; nous voyons tous les jours les
« journaux payés par Moscou, Londres ou
« Berlin, mener l'attaque contre notre
« franc ; un sieur Téry, directeur de
« l'Œuvre, au printemps de 10 23, a pro-
« clamé dans son 'ournal, que le franc, en
« 1924, c'est-à-dire maintenant, ne vau-
« drait plus que quatre sous, et que nos
« compatriotes n'avaient qu'à se défaire-
« de toutes leurs valeurs d'Etat : _le gou-
« vernement pour préciser, M. Briand
« fait de cc-Téry, en 1921, un chevalier de
« la Légion d'honneur.
« Nos députés cl . nos ministres parais-
« sent composer avec l'Anarchie ; souvent
« récompenser ses méfaits. Les projets du
« gouvernement actuel pour remédier à la
* baisse du franc font le jeu de la Gauche,
* à la Chambre ; au lieu de proposer des
« compressions budgétaires, des écono-
« mies, la suppression de certains mono-
« pôles, réclamée par votre nation tout
« entière, il ne propose que des impôts
« qui écraseront une minorité de citoyens,
« les meilleurs, et seront inutilement en-
« gloutis dans le gouffre des dépenses non
« contrôlées, cela pour la grande joie des
« gens de /'Œuvre et du Populaire qui con-
« linuent leurs méfaits sans être inquiétés,
« Vous vous préparez ù envoyer les gen-
« darmes chez d'honnêtes contribuables.
« Et vous laissez les criminels en paix.
« Cachin, Torrès et Blum représentent
« les influences qui dominent votre Poli-
« tique. Dans ces conditions, ne trouves
« pas singulier que nous doutions de votre
s rétablissement financier.', ..
« Redonnes-nous la confiance ! Que les
« Français soient les maîtres en France !
« Qu'ils ne. craignent pas de prendre deux
- « ou trois mesures énergiques qui s'impo-
« sent. Et votre franc sera sauvé.
« Au contrairej il continuera à être en
« danger, tant que vous n'aurez pas effacé
« dans notre souvenir la pleutrerie du Sê-
« nat en face de Cachin, l'acquittement de
« la Berton et les faveurs que vous prodi-
« quez à ceux qui vous ruinent. »
Ainsi parle l'Américain". Il n'est pas
possible de mieux parler.
H. Pour le Crédit, de Pordre !
Pour l'ordre, une autorité
nationale !
L'exemple de l'Italie, celui de l'Autriche
et déjà cel.ui de l'Allemagne montrent que
l'Américain a raison, non une fois mais
mille. S'il y a quelque chose qui renaît
en Allemagne, c'est que la dictature mili
taire et les politiciens qui_ travaillent d'ac
cord avec elle ont pris le" contre-pied des
idées de gauche, des procédés de gauche,
des mollesses et des abandons de gauche.
Après avoir loué la prudence et la téna
cité du docteur Schacht, un correspondant
berlinois du Temps explique son succès :
« Il fut soutenu depuis deux mois par la
« volonté consciente de la nation »; Pos
sible, mais qui a soutenu cette volonté,
dégagé cette conscience ? La dictature de
sept généraux. Celle-ci a donné du ton à
l'Allemagne pendant que, chez nous, les
conversations tournent à l'aigre ■ plainte
et à la dispute inutile. -Le Berlinois du
Temps est frappé de la différence entre
notre allure et celle du vaincu. Il saisit
chez ce dernier des gestes et des regards
dans lesquels il croit lire «quelque chose
de protecteur, de condescendant». Il a
voulu se renseigner : •
« Je m'en ouvre à un représentant de
« la France en contact journalier avec les
« hommes politiques du Rèich. H confirme
« pleinement mon point de vue. D'après
« lui aussi, cela remonte à une dizaine de
« jours, depuis que sa dessine la reprise
e économique en Allemagne et que s'ac-
« ccntue la baisse de fa monnaie en
« France. Et il se félicite dtree que la rê-
« ponse de M. Poincaré rappelle un pe^u
« aux dirigeants de Berlin de quel côté
« du Rhin se trouve le vainqueur !... »
La vigueur des réponses de M. Poincaré
ne S'étend malheureusement qu'aux affai
res de l'extérieur. C'est au-aedans qu'il
oublie d'imprimer la vigoureuse direction
nationale et nationaliste, dont l'efficacité
se vérifie partout, même à Berlin que
l'on donnait naguère pour le théâtre
des plus périllepx excès du nationalisme !
IQ. Les travailleurs étrangers
Nous avons effleuré eette grave question
le 17 janvier. Un lecteur a vu cela avec
un soupir de surprise. Ce doit être un
lecteur récent. Il ne connaît pas nos doc
trines. Mais enfin il écrit : .
« Il est certain que les ouvriers étran
gers font une concurrence sérieuse aux
Français (dans le
< J'ai été compagnon au début de ma
carrière industrielle et, depuis, fai tou
jours été en. contact avec les ouvrierq, 'et
je puis vous assurer, pour ravoir constaté
vingt fois que cette concurrence constitue
un véritable souci populaire." '! .
« D'après les nouveaux « importés »,'-la
France semble avoir, à l'étranger, la répu
tation d'un pays de cocagne ou l'on gpgpie
facilement sa vie à ne rien faire (réputa
tion qu'avait Paris, en province, il y a. 20
ans). La France devint ainsi le dépoioir
des bons à rien, des escrocs, des bolche-
vistes (souvent chassés de leur propre
pays) et qu'auçun barrage, qu'aucun filtre
n'arrête. t
« Des patrons à court de main-d'œuvre
à bon marché embauchent des travailleurs
étrangers on coloniaux pensant « qtïun
homme en vaut un autre ». (Celte erreur
grossière est à mettre dans le même sac
que « après tout les Boches sont des gens
comme nous » ). Le salaire par ouvrier est
plus réduit mais le travail produit baisse
dans une proportion beaucoup plus gran
de et quelquefois inimaginable. Trop sou
vent, on ne veut pas le voir.
« Le contact des ouvriers étrangers ou
coloniaux avec les Français dont le niveau
moral est beaucoup''plus élevé ria rtien de
réjouissant pour ces derniers, lues 'étran
gers forment des clans fermés jet rendent
la vie impossible à leurs collègues: fran
çais (querelles, vols, coups). Us ont sou
vent des mœurs, des maladies, des habitu
des répugnantes-. Beaucoup d'étrangers
(ceux d'Europe centrale en particulier)
viennent de pays où la brutalité est un
attribut de Fautoritê, ils prennent nos
mœurs douces pour faiblesse et les con
tremaîtres français non avertis ont fort à
faire pour eh tirer quelque chose. ,
« La rumeur publique accuse ces « tra
vailleurs t> d'encombrer les hôpitaux aux
dépens des français taillables qui n'y peu
vent avoir a$cès faute de place, d'être aus
si le véhicule de maladies et de parasites.
y « Ils ont, enfin, .la spécialité des mani
festations bolchevistes.
4 Le .14 avril dernier, je me suis présen
té à l'office départemental de placement
demandant un emploi: J'ai vu défiler de
vant le préposé t candidats pris au hasard.
Un seul était Français ; les quatre autres
de nationalités diverses et se proposaient
::p»r^ une profession très encombrée (em
ployés aux écritures). Aucune faveur ne
m'a semblé être faite aux Français. Evi
demment, les victimes de cet état de cho
ses ne comprennent pas toujours pourquoi
on s'est battu pendant plus de quatre ans.v
C'est ce que nous nous tuons à dire
aux républicains patriotes. Ils veulent
qu'il subsiste une France, ils n'admet
tent pas qu'il y ait sur notre sol le moin
dre avantage à être né Français 1
IV. L'arrêt Thomas
J'espère bien que mes amis Henri Mar.
tin et Lorgeril voudront et sauront se
pourvoir contre l'absurde arrêt qui vient
de les frapper. Ils en ont l'irréfragable
moyen. Le président qui, mardi, les inter
pellait et les injuriait avant même de les
interroger, qui, ainsi, les jugeai^ avant
de les.connaître, ce président animé d'une
inimitié évidente n'avait pas le droit
de siéger. Il eût dû quitter la place comme
l'avaient fait le conseiller Pressard. celui
du procès Berton, et le conseiller Mouton,
l'ancien policier : tous deux s'étaient dou
tés que les flèches du débat feraient sif
fler à leurs oreilles le souvenir de pro
cédures auxquelles ils avaient été mêlés.
Ils ont mieux aimé s'échppr er et, somme
tout, ils'ont bien fait. Le président Tho
mas a mieux aimé rester. Il est juste que
son ! arrêt en .supporte les conséquences.
Martin et Lorgeril doivent en poursuivre
et en exiger la cassation.
J'en resterai là quant à moi. D'abord,
parce que Thomas a sagement évité de
m'injuricr avant de m'interroger. Ensuite,
parefe que son arrêt, en ce qui ine con
cerne, est trop beau pour que je désire
altérer les lignes et les couleurs de cette
oeuvre d'art. Il faut l'exposer telle quelle
aux Princes et aux Peuples des gé
nérations à venir. Ma question était posée
clairement : — Que doit et que peut faire
le particulier quand, de l'aveu des chefs
responsables, il n'y a ni police ni justice,
quand la vie des personnes n'est plus res
pectée, quand le sang coule impunément,
?uand le panégyrique de l'assassinat est
ait avee la même impunité, quand les
actes criminels multipliés autour des
trois cadavres de Plateau, de Gohary, de
Dumas établissent qu'il y a lieu d'établir
des défenses et des porte-respect autour de
l'ordre privé, les défenses de l'ordre so
cial ayant cessé de fonctionner ?... Ni Tho--
mas ni ses quatre consulteurs n'ont,rien
répondu, ils se sont contentés de déclarer
« pernicieuse » la doctrine qui les tenait
en échec et de juger qu'il y avait lieu
de veiller au « respect des personnes »
pour empêcher que nos doctrines n'aient
des adeptes, nos actions des imitateurs.
Quant aux imitateurs de l'assassin (con
nu) de Plateau, des assassins (inconnus)
de Goliary et de Dumas, quant au respect
des personnes qui ont été non bâtonnées,
non purgées, mais bien assassinées, ni la
Cour ni son président ne paraissent s'en
soucier et cette ignorance naïve présente
quelque chose de si bouffon que l'indigna,
tion fait place i la curiosité et que 1 œil
de l'intelligence s'arrête avec une espèce
de pitié passionnée sur les étranges nu
méros que la république a chargés de pro
noncer ainsi sur la vie, les biens et la
liberté des citoyens.
Il y a longtemps que le mal est signalé.
On connaît quels rebuts de l'Ecole de
droit ( montent sur les tréteaux de la ma-
fistrature assise. Pendant que les sujets
rillants ouvrent des cabinets d'éloquence
et d'affaires, les fruits secs entrent dans
la judicature, rendent des sentences de
carnaval et, devenus, à leurs tours de bête,
conseillers ou présidents, fabriquent un
arrêt comme celui d'hier qui tire le canon
contre les idées qu'il ne saurait discu
ter... !
Non, pour tout l'or du monde, en ne
me fera pas solliciter la ruine de ce mo
nument de sottises.il est écrit et bien écrit.
Je le prendsje l'emporte et, quand les gen
darmes viendront me chercner pour me
faire tirer mes huit mois de prison, j'en
aurai sur moi la copie, comme un remède
sur poùr tromper les moments de mélan
colie, et d'ennui qui peuvent après tout
s'élever de la solitude !
Et, pendant ce temps-là, nos amis, col
laborateurs, camarades ne s'arrêteront pas,
je suppose, de demander, soit en haut lieu,
soit dans l'assemblée du peuple, des nou
velles de l'assassinat de Plateau, des nou
velles de l'assassinat de Gohary, des nou
velles de l'assasinat de Joseph Dumas. Le
rapport du 6 mars, la déposition Chas-
signeux sont là qui parlent et accusent. La
Cour d'Appel ne voulait pas les en
tendre. Je les lui ai fait écouter. Elle n'a
pas. voulu le comprendre? D'autres cours,
d'autres' tribunaux, d'autres publics le
comprendront. Cette « insistance^ t> dont
l'arrêt Thomas croit devoir me blâmer est
un infaillible moyen de se faire entendre.
Même couverts par la police, même sacrés
par la justice, on finira bien par vous
avoir, assassins !
Charles MAURRAS
La crise de la démocratie
allemande
Il était un peu sommaire de dire que la
révolution allemande de 1918 n'était qu'une
révolution de décor et de parade, une
Scheinrevolution sur le modèle du Schein-
parlament. La révolution allemande s'est
traduite par une poussée socialiste qui a
rapidement désorganisé l'économie et ruiné
les finances du Reich. Si cette preuve de la-
transformation démocratique que l'Alle
magne a subie ne suffit pas, il y en a une
autre : c'est la réaction à laquelle nous
assistons aujourd'hui.
La crise de la démocratie allemande est
attestée par les journaux social-démocrates
comme le Vorwœrls qui se lamentent sur
la décadence et les divisions du vieux parti.
Indépendants et majoritaires ne se sont ré
conciliés que pour reprendre leurs querelles
à l'intérieur. Il y a maintenant, dans la
social-démocratie, une aile droite embour
geoisée avec les Sollmann et les Severing
et une aile gauche qui, conduite par Cris-
pien, proteste contre les coalitions avec
les partis bourgeois et contre les pleins
pouvoirs. Mais surtout, et ce qui est bien
plus important, les masses populaires se
détachent du parti, unifié ou non. Les
chiffres des élections municipales de Saxe
ont été frappants. La droite y a gagné des
milliers de voix, les communistes aussi, et
ce sont toutes les voix que les social-démo
crates ont perdues.
Ce n'est pas seulement au point de vue
électoral que la crise de la social-démocra
tie se fait sentir. Ce n'est même pas seule
ment par la dictature des généraux, si peu
contestée que le3 communistes se bornent à
annoncer leur dessein de «• reconquérir la
rue sur le général "von Seeckt », sans passer
à l'exécution de leur menace, ce qui com
blerait sans doute les vœux de la Reichswehr
et de son chef. Il y a un signe bien plus
net du recul de la démocratie : c'est la
soumission croissante des ouvriers aux
conditions du patronat.
Le Vorwœrts constate avec tristesse que
les syndicats ne sont plus suivis par les
travailleurs. La journée de dix heures com
mence à être acceptée en beaucoup d'en
droits avec des salaires en marks-or infé
rieurs à ceux d'avant-guerre. Les « conseils
d'exploitation » se remplissent de « jaunes »
ou de nationalistes. Bref, les « conquêtes
de la révolution » s'en vont l'une après
l'autre. Sur un prolétariat affamé, trop
heureux quand il trouve travail et du
pain, les ducs et les barons de l'industrie
reconstituent le régime féodal r^Ia protec
tion des plus faibles par les plus puissants.
Il n'y a donc pas seulement, en Alle
magne, cette réaction de surface qui s'ex
prime par les pleins pouvoirs et l'état de
siège. 11 y a réaction dans les profondeurs.
Ceux qui la combattent en attestent la force:
l'ex-chancelier Wirth a voulu résister au
mouvement, qui entraîne le centre catho
lique à son tour. Le chancelier Marx,
centriste aussi, lui a répondu en homme
sûr de son fait. On ne §era d'ailleurs pas
étonné d'apprendre que ca redressement
politique coïncide avec un redressement
national. Avènement d'un cabinet socialiste
à Londres, espérance d'une -victoire électo
rale des gauches en France : c'est assez
pour que les Allemands aillent à droite.
Signe particulier, on recommence à parler
de la réunion de l'Autriche à l'Allemagne.
C'est la préface de toute revanche. Le tour
des provinces polonaises viendra après.
Puis celui de la Bohême. Au bout de cin
quante ans on verrait les Allemands à An
vers et leur flotte dans la Tamise. — J. B.
" ' —h i ■■■■.■ .!'■ ■■ ■'■ ■■■■■
KîOHO!®
LES FAITS DU JOUR
— À la Chambre, suite du débat sur les
projets fiscaux du gouvernement.
— Une bijouterie est attaquée en . plein
jour au Palais-Royal.
r * * .
Ce qui est vrai pour les froîiaces lest
aussi pour les lampes . — On a certainement la
l'histoire de l'adjudication des fromages de ' Hol
lande dans un de nos grands arsenaux, adjudi
cation à laquelle l'Administration a refusé d'ad
mettre l'offre de l'un des soumissionnaires pré
sentant, à qualité égale, un fromage genre « Hol
lande s> fabriqué en France. L'Administration
veut avoir un fromage « Hollande véritable »,
quitte à contribuer, par ses achats à l'étranger,
à la hausse des changes, à la vie chère et à
l'augmentation des impôts qui en sont les consé
quences.
Français qui vous indignez aujourd'hui contre
l'Administration, vous rendez-vous compte que
vous agissez bien souvent comme elle ? Chaque
lampe électrique étrangère que vous achetez est
une contribution que vous apportez à la hausse
des changes et à l'augmentation du coût de la
vie. Exigez désormais de votre électricien une
marque française il y en a d'aussi bonnes et
même de meilleures.
La Mazda est française, la Mazda se fabrique
en France. Vous la trouverez partout et dans tous
les modèles, „
AUX APPELS CORRECTIONNELS
Le procès
des purges
L'arrêt de la haine
CHARLES MAURRAS : 8 mois
de prison ;
HENRI MARTIN : 6 mois ;
JEAN DE LORGERIL : 4 mois ;
DELVOLVE : acquitté.
C'est peu d'appeler cet arrêt un arrêt
de 'haine : c'est un arrêt de rage qu'il
faudrait dire. Tandis qu'il le lisait, les
joues et les mains-du président Thomas
tremblaient. Ce vieillard habillé en juge qui
prétendait condamner la « violence me-
snree.» donnait lui-même le spectacle de
la violence sans mesure, — celle du fou
furieux.
Ses « considérants » constituent moins
une motivation des peines du dispositif,
qu'un plaidoyer piieux pour les mauvais
coups que, du haut de son tribunal, il
s'apprête à porter à des adversaires. Au
début, par une dérogation à l'ordre lo
gique qui trahit la préoccupation de se
couvrir, il prend le cas de Delvolvé qui
devait venir le dernier, et l'acquitte —
non sans injurier ceux de ses canûradcs
qu'il n'a pu saisir. — Il l'acquitte afin
de se poser dès l'abord en juge impartial
et de saler plus facilement les autres accu
sés. Alors il s'en donne à cœur joie —
une joie sordide.
Quels moyens employer pour doubler
les condamnations ? Lès premiers juges
les ont utilisés tous. Ils ont, notamment,
visé la préméditation qui était avouée et
même proclamée. La préméditation est
un fait : elle existe ou elle n'existe pas,
mais elle ne comporte pas de degrés. C'est
cependant celle préméditation que re
prend, le président Thomas pour en ti
rer quelque chose de plus : « Considé
rant que, pour l'application de la-peine,
le tribunal n'a pas suffisamment tenu
compte de la circonstance aggravante de.
préméditation relevée à juste lilrp contre
les trois prévenus... »
Il considère d'autre part que les préve
nus n'ont pas exprimé de regrets, mais
ils n'en avaient pas exprimé davantage de
vant le tribunal et c'est une hypocrisie
ignoble, au surplus, d'exiger des regrets
de délinquants politiques qui ont mis leur
honneur à revendiquer leur responsabi
lité.
Les débats devant la cour d'appel'n'ont
donc apporté aucun élément nouveau, ex
pliquant une modification du jugement,
si ce n'est le développement des raisons
apportées par Maurras qui, justifiant les
actes reprochés, eussent du entraîner l'ac
quittement général. Or ce que la Cour a
jugé digne d'une peine double non seule
ment pour Maurras, mais aussi pour Mar
tin et pour Lorgeril, ce ne sont pas les
actes ni les circonstances, — contre les
quels les premiers juges avaient épuisé
le droit, — ce sont ces raisons justifica
trices ; c'est la défense de Maurras, ce
sont ses idées que M. Thomas et ses aco
lytes ont jugées ennemies des leurs. Ce
sont ces idées qu'ils ont frappées. Au
délit de « violences » ils ont ajouté
pour le condamner beaucoup plus sévè
rement, un délit d'opinion. C'est l'inverse
de ce qui s'est passé à la cour d'assises où
« l'opinion » antiroyaliste et anarchiste
avait fait acquitter le meurtre d'un Héros
commis par une catin.
Nous avons tenu à reproduire plus loin
l'extrait de la séance de samedi où Léon
Daudet fit devant la Chambre un tableau
saisissant de l'impunité des grands vo
leurs.
MM. Poincaré et Colrat ne trouvèrent à
y opposer que le principe de la sépara
tion des pouvoirs. A la lumière de l'ar
rêt d'hier ce fatalisme de la légalité prend
un aspect comique à force d'être pitoya
ble. Les principes jont de belles choses,
mais les faits sont là : André Berthelot
s'en tirant avec 3.000 francs d'amende
après avoir volé cinq cents millions ;
Baumann nous faisant condamner ' à
50.000 francs de dommages-intérêts, pour
la révélation d'un fait dont il devait être
reconnu coupable ; et; pour finir, le trip
tyque entrevu par M" Max Vitry : la grue
Berton acquittée et triomphante entre
Maurras et ses compagnons chargés de
fers.
C'est la Loâ dit M. Poincaré. Et ce mot
suffit pour lui faire trouver ce spectacle
naturel. Cette résignation est une démis
sion
Les Français, moins légistes, penseront
justement qu'il doit y avoir quelqu'un ou
quelque chose qui est responsable de tant
d'absurdité et de tant d'iniquité. Ne serait-
ce pas votre faiblesse, M. le président du
Conseil ? Sinon, c'est la République.
Maurice PUJO
Le président Thomas s'est montré ja
loux des lauriers du juif Worms, prési-.
dent du tribunal de Versailles qui, quel
ques mois avant la guerre, infligeait à
Maurras une condamnation absurde, mo
tivée par des attendus haineux. Il peut
être fier de lui. Il a dépassé même s(5n
modèle en platitude et en servilité.
Qe fut un triste spectacle que donna
ce vieillard en cheveux blancs et barbe
blanche, hier, au début de son audience,
lorsqu'il rendit l'arrêt dont on va lire plus
loin les principaux considérants. Agité,
nefveux, il avait pris place sur son siège,
entouré de ses assesseurs et flanqué de son
Béguin. Visiblement, il avait perdu la tête
et, entendant le grondement du public •
aux portes de la salle, il redoutait les
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