Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-11
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 11 décembre 1923 11 décembre 1923
Description : 1923/12/11 (Numéro 344). 1923/12/11 (Numéro 344).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k761794x
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième AnnéeV — N° 344.
□ EDITION DU MATIN E
Mardi 11 Décembre 1923.
15 centimes. S eiwb st S eike-et- O ish
20 centimes. D épartements et C olories
ABONNEMENTS: Uni». SiiMiis. TroisHob.
France et Colonies. 48 fr. a5 fr. i3 fr.
Etranger ...... 8a » 61 » ai »
Chèque postal : Compte a3.goo Parii.
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL»
« Tout ce qui est national est noire,. »
Le Duc d 'ORLÉANS i
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent la Frtaoêi
KÉDACTIOH A ADMINISTRATION ;
i4, rue de Rome, PARIS (S*)
Adresse télégraphique : ACTIO FK AN-PARI S
Téléphone : Administration : Louvre ati-4g, afi-îjo
Jièdaetion : Central 75-44 Publicité : Central 74-77
Aprè» 10 h eurca du loir : Ségur xi-68
fi«flstre do Commerça : Seine N* 78.58*
Fondateur: HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques : LÉON DAUDET èt CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef: MAURICE PUJO
L'instruction commence
En An gleterre : Les socialistes
au. pouvoir ?
i Les Anglais sont frappés de la joie
« que cette perspective cause en Aile-
« magne et de la consternation non
« dissimulée qu'elle fait naître non
« seulement dans les pays alliésj niais
« encore et surtout aux Etats-Unis, dans
« les Dominions. »
(Le correspondant anglais idu Temps)
a
Vidal a menti
Il est vraisemblable que le sieur Georges
Vidal, administrateur du Libertaire, s'étant
mis en avant et ayant écrit à ma femme, le
samedi 1 er décembre, la lettre horrible que
l'on sait, n'a pas trempé, immédiatement
et de ses mains, dans le meurtre de Phi
lippe. Mais il sait certainement qui a
tué l'enfant, où et comment l'enfant a
été TUÉ., C'est ce qui donne de l'impor
tance au mensonge flagrant dudit \ idal :
1° Dans le Libertaire :
«... Nous retournâmes finir la soirée au Liber
taire où f avais du travail. »
2° Dans le Matin du 3 décembre : -,
< L'inconnu et moi regagnâmes les bureaux du
Libertaire et, tout.en devisant, il- m'aide à plier et
à mettre sous bande des numéros de notre jour
nal.
€ Vers 22 h. 30 il s'en fut, disant qu'il revien
drait me voir le lendemain matin. »
Enfin, il ne faut pas oublier l'envoi à
Marseille, par ledit Vidal, de papiers — de
quelques-uns des papiers —r- se trouvant
: dans ce portefeuille de Philippe qui arrive
vide à Lariboisière ; vide, moins la « note
aux six adresses » et la somme de quatre-
vingt-trois francs.
' De ceci il semble résulter que le sieur
Vidal a été utilisé par les assassins comme
paravent et comme scribe ;■ et ; il résulte
certainement qu'il a menti. Ayant menti
sur ce point,, il a forcément menti sur
d'autres. C'est ce que l'instruction établira
certainement. ;
»
Le meurtre patent de Plateau nous a
- permis de prendre une certaine connaissance
des individus, groupés au Libertaire, et se
donnant comme, les premiers rôles de
l'anarchie, comme les chefs. Le meurtre
grimé en . suicide— du 1 fils d'un de
leurs adversaires -politiques, .chambré par
eux pendant quarante-huit heures, est une
chose trop importante pour qu'ils n'aient
pas là-dessus quelques lueurs, sinon quel
ques données. De toutes façons, ils ne
! s'étonneront pas de l'attention que nous
l fortons à leurs personnes et faits et gestes,
ainsi qu'à leurs domiciles, à leurs tenants
et aboutissants.
Le sieur Colomer — dont la femme a
reçu l'étrange mission marseillaise que l'on
sait, et qui avait cërtains papiers de mon
' fils cachés dans son corsage — est le rédac
teur en chef du Libertaire. Il habite 259,
■ rue de Charenton.
Le sieur Louis Lecoin est appelé commu
nément le « préfet de police d'Anarchie ».
Il habite 30, rue des Cendriers, dans le
vingtième arrondissement. .
Le sieur Charles Davray habite 11, rue
Germain-Pilon ; il dirige le Grenier de
Gringoire, sis rue des Abbesses. C'est lui
qui a donné asile à la Berton, dans les jours
précédant immédiatement le meurtre de
Plateau. II passe pour un anarchiste actif.
Georges Vidal, enfin, habite 6, place de.
Çlichy.
J'ai de bonnes raisons de penser que les
uns et les autres étaient parfaitement.ren
seignés sur l'identité de l'enfant, âgé de
moins de quinze ans, qui arriva (ou fut
amené et attiré) dans les bureaux de leur
journal, le jeudi 22 novembre, vers les
quatre heures de l'après-midi. Je suis même
certain'qu'ils attendaient sa venue, sur le
rapport qui leur avait été fait — par un
canal que nous soupçonnons — de l'inten
tion qu'avait le pauvre petit d'aller faire,
a la première occasion, du contre-espion-
j aage dans leur antre.
C'est en cela que le mensonge flagrant
de Vidal (dissimulant le chambrage de
Philippe, 8, rue de Chartres, chez l'anar
chiste Gruffy, dans la nuit du jeudi au
vendredi 23 novembre), est décisif. Vidal
ne voulait pas que ce chambrage, une fois
connu, apparût comme le signe de l'impor
tance attachée à la capture. Gruffy avait
certainement reçu mission d'héberger Phi
lippe, en tant que Philippe Daudet.
; • Je note aussi, dans les déclarations de ce
Gruffy, la préoccupation du paletot, qui
paraît tenailler tous ces cannibales : « II
' voulait me le donner... », dit Gruffy.- Les
autres disent : « II voulait le vendre ». Le
chauffeur dit: « Il n'avait pas de paletot ».
■ On sait que Philippe avait un paletot en
arrivant à Lariboisière, et que ce paletot,
■ acheté par sa mère à la rentrée des classes,
est aujourd'hui sous scellés. Il s'agissait
vraisemblablement, entre les bandits, d'une
convention, d'un mot d'ordre préalables au
sujet du paletot — qu'un certain détail
rendait compromettant , — convention et
mot d'ordre qui, dans la pagaïe du crime,
grimé en-: suicide, n'ont pas été observés.
Léon DAUDET
' Député de Paris.
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
• M. Bariiatid, comme il l'avait annoncé,
a continué hier l'examen du dossier. N Les
seules opérations d'enquête de la journée
ont eu Jieu à la police judiciaire ou. le
brigadier-chef Riboulet a entendu la cais
sière du « Grenier de Gringoire » et
l'anarchiste Lecoin. Rien n'a transpiré de
ces, dépositions. ■ ■
De cette accalmie nos adversaires sont
prêts à conclure et surtout à crier que
l'affaire a perdu son intérêt et qu'il n'y
a plus rien à trouver. Qu'ils perdent celte
illusion. L'instruction commence à peine.
Après la première et facile moisson de
renseignements dont le public, a fait sa
pâture, elle, a commencé à . démêler. ..le
fonds ctu draine. C'est une tâche délicate
qui ne s'accommode pas de la publicité.
Qu'il nous suffise de dire que les choses
les plus ■importantes sont restées secrètes :
elles le resteront autant qu'il le faudra.
PAUVRES REPONSES !
Les gens du Libertaire ont essayé, hier,
dans leur feuille, d'expliquer leurs contra
dictions au sujet de la soirée du jeudi et
de lanuit du jeudi à vendredi. Ils n'ont pas
été plus heureux que sur la question du
pardessus et des 83 francs :
€ Il était tout naturel que c(ans le premier récit
ne soient pas relatés les moindres détails du dra
me atroce. Ce qu'il fallait, c'était donner l'impres
sion d'ensemble et les précisions indispensables
pour qu'apparût plus nette l'infamie du père... 2>
Autrement dit, il fallait choisir parmi
les faits : produire ceux qui pouvaient
appuyer les mensonges et laisser de côté
ceux qui auraient pu nous gêner en fai
sant soupçonner toute la vérité.
« Ensuite, à chacune de. nos dépositions, aussi
bien à la police judiciaire qu'à instruction, je n'ai
jamais manqué de signaler la visite de Philippe
Daudet à la jeunesse anarchiste. »
Que le sieur Yidal, au cours d'u..- inter-
rogatoi 'o serré, où un mensonge sur ce
point pouvait amener son arrestation im
médiate (car on l'aviit vu à la Jeunesse
anarchiste) se soit décidé à avouer Je vé
ritable emploi de la soirée, nous le com
prenons volontiers. Mais ce qu'il a'dit, à
tous nos confrères, ce qu'il a écrit et si
gné dans le Libertaire, vaut une déposi
tion, et cette déposition contreàit iormelle-
menf s celle qu'il a faite à l'instruction. Je
dis « contredits », car — il suffit de se re
porter aux textes que Léon Daudet cite
plus haut — il ne s'est pas contenté
d'omettre l'emploi de la soirée : il a in
diqué avec précision un faux emploi.
LA VISITE A M. ROUQUETTE
Nous avons rapporté la déposition que
M. Louis-Frédéric Rouquette est venu
faire spontanément, la semaine dernière,
au juge d'instruction. Un de nos colla
borateurs a vu hier le distingué écrivain,
directeur de la revue France-Maroc. Ce
lui-ci a confirmé la visite qu'il a reçue de
Philippe Daudet pendant la semaine tra
gique.
En recueillant ses souvenirs, M. Rou
quette a pu déterminer exactement le jpur
de cette visite : c'est le vendredi, 23 no
vembre, à onze heures du matin. Mais
n'est-ce pas l'heure qu'indique Vidal com
me celle du retour de Philippe au Libertai
re après la nuit passée chez Gruffy ? .
Quoi qu'il en soit, Philippe qui, au dire
de Grull'y, proclamait à neuf heures du
matin : « Je veux tuer Daudet ! » a donné
à M. Rouquette,' à onze heures, l'impres
sion d'un garçon timide, calme et pas fé
brile du tout. Il ne portait pas de traces de,
fatigue : il était seulement mal peigné.
Il sembla vivement intéressé par les dé
tails que lui donna M. Rouquette et par les
photographies qu'il fui montra. Celui-ci
eut le sentiment que l'enfant était tout en
tier à son idée de voyage. Il n'avait dans
les mains ni brochures, ni journaux, mais
un exemplaire défraîchi de la Bête errante,
dont. M. Rouquette est l'auteur. Qu'est de
venu ce volume ?
M. Rouquette lui ayant parlé de ses
parents, Philippe rougit et son regard fut
gêné en répondant qu'il les avait perdus.
Lorsque M. Rouquette l'éconduisit aima
blement il lui partit être ennuyé plutôt
qu'exalté. Philippe termina l'entretien
en disant qu'il était venu « en voisin »
et qu'il- allait réfléchir.
M. Rouquette résume ainsi son impres,-
sion : « Un aventurier en présence de
cet enfant aurait pu lui faire donner son
portefeuille, son argent, en faire exacte
ment ce qu'il aurait voulu en lui faisant
une promesse quelconque. »
ET LA SERVIETTE !
Le sac de voyage a été saisi chez, les
anarchistes, qui'n'en avaient pas soufflé
mot, grâce à l'habileté de M. Faralicq.
Mais la serviette. de cuir jaune que Phi
lippe avait sous le bras le màçdi matin
lorsqu'il partit de chez lui, n'est pas en
core retrouvée. Cette serviette porte à
l'intérieur le. nom et l'adresse de Philippe
Daudet, inscrits ù l'encre noire.
L'enfant l'avait-il emportée aussi chez
les anarchistes ? Il semble que, s'il s'en
était débarrassé, soit à Paris, soit dans
le train>, soit au Havre, après tout le bruit
fait autour de cette affaire, cette serviette
compromettante eût été rapportée déjà
au service des objets perdus.
Des lecteurs nous signalent une étran-
geté du même genre, parmi tant d'autres.
Qu'au moment du coup de revolver, bou
levard Magenta, tout se soit passé si dis
crètement : regard du chauffeur dans la
voiture, appel de l'agent et départ avec lui
pour l'hôpital, — qu'aucun attroupement
ne- se soit produit, c'est déjà singulier :
mais que pas un témoin, pas un, ne se soit
présenté pour dire qu'il avait entendu et
vu, e'est vraiment 'bizarre... :
" Maurice PUJO.
LA POLITIQUE
I. Les deux silences
« Grand-officier de la Légion*d'honneur,
« membre correspondant de l'Institut,
« membre de la Société d'Economie poli-
« tique, collaborateur des Débats, de
« l'Economiste français, du Journal des
« Economistes, du Dictionnaire d'Ec.ono-
« mie politique de Léon Sav et Chailley,
« du Dictionnaire du Commerce, de l'In-
'!. duslric et de la Banque, d'Yves Guyo't,
« directeur du Marché financier, membre
<'. de la Société de Statistique et de l'Ins-
« titut international de statistique, etc..
« etc., M. Rafi'aloviteh était une person-
« naiité dont le témoignage n'est pas fa-
« cile à récuser, même après $a mort.»
C'est en ces termes que l'ordane pari
sien de la révolution communiste'peut cha
que matin introduire et commenter la cor
respondance, aussi sale que salissante, de
l'un des piliers de la démocratie bien pen
sante d'hier et d'avanl-hier. Cet Arthur
Rafi'aloviteh et ses lettres -à Pétersbourg
traînent tous les jours dans la iioue
toute la fine fleur du régime. Il était Je
distributeur de la manne officieuse (lu
tsar, aux années d'avant-guerre et, dans
le tête à tête avec son ministre des Fi
nances, il lavait à grande eau, sincère et
vive, le linge d'un certain nombre de
sénateurs, députés, financiers et jour
nalistes qui l'assiégeaient pour recevoir le
plus possible. Lui; ne se laissait retourner
les poches qu'à grand'peine. 11 défendait
le Trésor russe de son mieux. Pour expli
quer refus et paiements, Rafi'aloviteh en
voyait au maître lointain l'exposé des
assauts qu'il avait reçus avec le sentiment
qui avait dicté ses réponses. Ni l'un ni
l'autre n'est très beau. Nos compatriotes
composent un beau .défilé .de . concussion
naires, de maîtres chanteurs et de sim
ple;; tapeurs. Mais l'homme du tsar est
un beau spécimen de duplicité, même
d'espionnage. Ces gens dont il disait pro
fession nelement pis que pendre, vil
avait été reçu, complimenté, choyé.par eux..'
A l'Institut/aux Débats, à la Société d'Eco
nomie politique, au Journal des Econo
mistes, à l'Economiste français, il rencon
trait tout ce monde taré : non content, de
lui faire très bon visage, il en tirait pié
ou aile, honneur ou profit. Ga correspon
dance secrète était rédigée à l'abri d'une
plaque de grand-officier. Est-ce qu'on ne
pourrait requérir sa juste dégradation
posthume ? Non que Rafi'aloviteh ait dû
beaucoup mentir. Mais parce que son mé
tier sans honneur violait notre hospitalité.
Quoiqu'il en soit de la sanction, on vou
drait lire quelque part^une «protestation,.
un désaveu, même une défense qui, sans
sauver la face des compromis coupables,
jugeât aussi le métèque diffamateur. Mais
pas un mot. Toute, le monde se tait;
On accepte donc. On subit. On baisse la
tète. Le Juif russe établi parmi nous s'in
stalle dans l'histoire avec le fouet et la
trique du justicier. Le public peut prendre
acte de ce qu'un étranger bien placé a
pu voir et peut dire des mœurs du jour
nalisme, de la finance et de la politique
sous les trois ou quatre 'derniers prési
dents de la République. Par le silence
officiel et officieux, ce sont des points
acquis.
Non moins acquis, l'état de conniven
ce et de collusion observé par nous
entre une partie de la police et une équi
pe .d'assassins dans la soirée, du 24 no
vembre dernier. Nous avons* pu varier
à l'infini nos constatations sur la note
aux six adresses et les lenteurs étonnan
tes que le commissaire de police et les
bureaux de la préfecture ont apportées à
l'identification du pauvre petit corps de
Philippe Daudet que cette note utilisée eût
rendue facile et rapide. On ne s'est même
pas refusé à en faire usage: bien pis, ou
en a fait un usage dérisoire, on ne s'en est
servi que pour tenter de se couvrir.
Ainsi l'on évita la' vérité, le mystère, la
politique. Pourquoi ? En se couvrant,
c'est encore une politique qu'on voulu cou
vrir. Laquelle? Nous ne le demandons, et
nous le redemandons. Les amis de M.
Rafi'aloviteh ne sont pas plus muets que les
amis de la police: tout au plus si un jour
nal (le Radical) a recueilli nos questions
à sa revue de la presse. Pour les autres,
cela n'existe pas, parce que cela ne doit
pas exister. L'opinion-reine, si magis
tralement bernée 'par ses interprètes et
ses porte-parole, n'est pas saisie, elle igiio-
re tout. Silence, silence, silence !
II. (( Raffinements asiatiques »
Et toutefois, voilà qu'en un coin d'une
publication hebdomadaire rédigée par des
hommes de talent et de courage, mais qui
n'est pas très lue encore, bien qu'elle ait
été fondée par le garde des Sceaux d'au
jourd'hui, M. Maurice Colrat, dans un coin
de la revue l'Opinion, voilà qu'on lit
les paroles suivantes" que nous reprodui
sions hier et qu'il est utile de reprendre
aujourd'hui :
« Si justice n'est pas faite cette fois-ci,
« que devra-t-on conclure ? Que la police
« est roulée ? Mais qui le croira. Alors
« quoi ?
« Ceux qui croient à une sorte de com-
« plicité entre certaine police de bas
« étage et les milieux anarchistes n'ont
« pas été longs à faire un rapprochement.
« C'est le 15 novembre que, dans l'Action
« française, Léon Daudet publiait un ar-
« ticle particulièrement précis et violent
« sur « La Tchéka de Paris et l'affaire
« Midol », dans lequel le grand polémiste
« déclarait son intention \le publier des
« noms : « Car c<5 n'est pas seulement à
« Paris qu'on serait stupéfié, abasourdi, si
« je publiais les noms des infortunés per-
« sonnages, en place, tehus, bridés, ma-
« nœuvrés par la Tchéka de Paris (et par
« son compère occulte Briand) et les in-
« dicibles raisons de leur soumission aux
« ordres de celle tourbe infccla et san-
.« glante ! »
« ...Un de, nos confrères, en lisant ces
« lignes, avait dit : « Léon Daudet vient
« de signer sa condamnation à mort ou
« celle de l'un des siens ! »
' '« Quelques jours après, son fils, dans
« lequel on ne cessait de le menacer,
« trouve la mort dans le drame affreux,
« aux raffinements asiatiques, que ,1'on
« connaît... % '
Je voudrais bien savoir si M. Maunoury
a lu cette page et ce qu'il en pense..
Quant à M. Colrat, je suppose qu'il aura
.haussé' les - épaules en répétant son mot
de mars dernier, dit à ma personne' :
i« —r Je n'ai pas de police, comment vou-
i« lezrvous que je rende la justice?
1 Et comment voiilez-vous que dans ces con
ditions des assassinats agrémentés de « raf
finements asiatiques » ne courent pas les
(«cites de Paris ?
i . IIL Deux grands crimes
j AvecJes raisons d'histoiré récente -qu'en
la données Valois t'ans sJn admirable page
i sociale d'hier (pénétration de l'anar-
ichie dans la police depuis l'affaire
Dreyfus) il faut inéditT.cettî carence d'au-
torité natuieile au réfciîw; •.'« . s.y s-
tème républicain est charpenté de telle
sorte que,tout au moins dans les questions
d'ordre intérieur, on n'a d'élan, de zèle,
de passion que pour la lutte des partis.
Le reste laisse frQid. On s'y applique par
devoir ou habitude morne. Mais le cœur
n'y est pas.
Exemple : le 31' mai, l'on apprend que
trois hommes politiques du parti au pou
voir ont été barbouillés, purgés et légère
ment malmenés. Toute la nuit se passe en
conciliabules ardents. Du centré droit à
l'extrême.-gauche> tout chauffe; tout s'a-»
gite, tout bouillonne et frémit. Le lende
main, au Palais-Bourbon, cent députés en
tourent Daudet et veulent le frapper. Vingt
orateurs, et interrupteurs lui. crient à qui
mieux mieux-: Assassin! Assassin! Il n'a
assassiné personne. Il n'a même touché à
la personne de qui que ce soit. Ses amis
se sont contentés de donner une leçon
juste, utile et finoffensive, à des agi
tés-dangereux; Toute une- séance se passe
à hurler autour de ce fait divers. Un mi
nistre monte à la tribune et profère la
célèbre ânerie du complot de trois heures
et quart. Il fallut quelques jours à la
Chambre pour retrouver du calme ; des
semaines entières, une presse houleuse,
montée par tous les Joseph Prudhomme
du néonationalisme ou du libéralisme
couard se répandaient eu gémissements
. sur^nos ..violentes et inimaginables mé
chancetés. Ni l'incarcération odieuse (au
droit commun i) de trois de nos/ jeunes
amis, ni ma condamnation ridicule ne
dissipèrent tout à fait la basse écume
d'hypocrisies, d'envies et de haines qu'a
vait crachée cette tempête.
Mais voici un assassinat, un vrai, voici
l'aveu arrogant et féroce des criminels.
Voici, plus que soupçonnés, surpris les
méandres du crime « asiatique » et, voici
déployé au-dessus d'atroces machina
tions, le sourire complaisant, sournois,
éniginatique et las d'un ou deux grands
services publics. Qui réagit 1 Qui s'émeut,
s'indigne,proteste ? Qui même fait écho à
d'accablantes accusation ? Bien peu, très
peu jle personnes oficielles. En marge
d'une instruction judiciaire,' qui, je le
crois et je l'espère, est menée avec digni
té, rien, dans le monde politique, rien
dans la presse, que des récits contraints
et forcés. Les faits qu'on trouve partout et,
sur les points vifs, sur les heures cri
tiques, un silence accablé, le silence de
■l'épouvante-' quand ce n'est pas celui de
la complicité !
Une' autorité divisée contre elle-même
n'est plus.maîtresse de sa «tchéka», ses
fonctionnaires maîtres des secrets hon
teux de ses gouvernants, sont plus forts
que ceux-ci et font ce qui leur plaît. C'est
un des aspects, l'aspect intérieur du gou
vernement de la République. -
Mais, d'autre-part, un esprit public ex
cité, surmené, assoupi, énervé par les abo
minables batailles journalières des plus
disparates factions, n'a même plus la for
ce de s'élever tout entier avec la sérieuse
et : la grave émotion nécessaire contre
des infamies abjectes et sanglantes et le
verbe ampoulé des parlementaires de
meure lui-même sans voix !
Voilà où en est l'organe de répression et
de vigilance publique, pièce essentielle de
'la politique intérieure, de notre démo
cratie, (
Nous pourrons voir demain ce que de
vient. en ' politique extérieure, la même
pauvre autorité.
Charles MAURRAS
ECHOS
LES FAITS DU JOUR
—- L'inhumation de Maurice Barres a eu
lieu hier à Charmes.
Au Mexique, .les insurgés s'emparent
de Jalapa, capitale de l'Etat de Vera-Crus.
— A Londres, M• Baldtvin a été reçu par
le roi ; le 'gouvernement prendra aujour
d'hui une décision.
Au pays de—M. Pickwick...
Au Jiiois de novembre l'an dernier, lés électeurs
de la circonscription anglaise de Notherwell avaient
envoyé à la Chambre un communiste, M. Newbold,
dont'1'histoire.ne retiendra pas-le-nom. L'heureux
candidat avait aussitôt envoyé un télégramme
à Lenine pour lui annoncer la bonne nouvelle.
Cette année, -M. Newbold a mordu la poussière.
Son concurrent, un conservateur, n'eut rien de plus
pressé, quand le résultat de son élection fut con
nu, d'adresser à son tour le télégramme suivant
au chef' de la Russie rouge :
«. Lenine. .Moscou. Kollterwcll perdu pour Mos
cou. J' ■ ■ -
M.'Pickwick aurait ajouté : Mille regrets.
L'Equipage, de J. Kessel, dont Léon Daudet a
dit ici, même que c'était « un maître livre et qui
laissait prévoir ,un£ œuvre grande » n'a pas été
lauré par le jury du Prix Fémina. ; mais celui-ci
a fait savoir à tous les journalistes présents au mo
ment de.la proclamation des résultats comme son
attention avait' été longuement retenue par l'Equi
page.
* * *
Génitrix.. ■ -.. - . ■ .. .
Il n'est bruit que du nouveau livre de François
Mauriac qui va, paraît-il, prochainement laire son
apparition aux étalages des libraifes.
Mauriac est certainement un des écrivains con-,
lemporains qui ont le .plus de crédit dans les mi
lieux de Lettres et dont on attend le plus. Son
nouveau roman Génitrix est. dit-on. une œuvre ex
trêmement puissante qui classe définitivement le
jeune écrivain parmi les meilleurs romanciers de i
ce temps. - ,
, __ . ,V. * * .
Au . Lys Royal, 13, rue -de la Pépinière,
gourmets et connaisseurs trouver jnt, luxueu
sement présentés dans des. boîtes et coîfrets de
liant goût, des chocolats exquis.
« SES BAPTÊMES CHOCOLAT »
Le sac de 1' « Œuvre »
et du « Popu »
en correctionnelle
e Satisfaction à Téry
On-se-*souvient que, le soir de l'assas
sinat dé Marius Plateau, un certain nom
bre de nos amis, indignés de la campagne
de presse qui l'avait précédé dans certains
organes, se rendirent aux bureaux de
l'Œuvre et du Populaire et les saccagèrent.
La t 11° Chambre correctionnelle leur in
fligea par défaut les condamnations "sui
vantes. : François de La Motte et Lucien
Martin; Six mois de prison ; Trioulet et
Burdin trois mois de prison ; de Boute-
ville deux mois de prison ; Gourguechon
un mois de prison. Chacun d'eux était
condamné en outre à- cinq, cents francs
d'cHïiende. h'Œnvre obtenait 50.000 francs
de dommages-intérêts et le Popu 2.000 fr.
L'affaire est revenue hier, sur'opposi
tion, devant la 11 e Chambre correction
nelle, présidée par M. Laugier, .las con
clusions d'incompétence soulevées par nos
amis devant le tribunal et devant la Cour
ayant été repoussées.
Interrogés " par le président, Martin,
Trioulet, Botirditi, de Boutteville et Gour-
giiecliori' reconnaissent la matérialité des
faits qui leur sont reprochés : ils se sont
rendus dans les bureaux de l'Œuvre et du
Populaire -et ont brisé le matériel, mais
sans faire de mal aux employés et aux,
garçons de la rédaction.
Avec crânerie, le baron François de La
Motte revendique, dans cette affaire, la
responsabilité du chef. C'est lui qui com
mandait et dirigeait l'opération. Opéra
tion, remarquons-le tout de suite, qui
fut menée avec tout le doigté et toute la
mesure qu'oh pouvait souhaiter.
Après les deux 7;'. idoiries de M" Izouard
et Mauranges pour l'Œuvre et le
Popu, parties civiles, le substitut Si-
ramy reconnaît l'émotion considérable
qui-s'est élevée, dans les milieux d'Action
française, à la suite de l'assassinat de
Marius Plateau. Mais il estime que celle
émotion ne justifiait pas les mesures de
représailles qui ont été prises le soir
même.
M" Vienot, qui remplace au dernier mo
ment M° de* Roux empêché et retenu en
province, prononce une solide et remar-
cri.ablc plaidoirie, situant exactement à
sa place la scène des représailles du
22, janvier : l'assassinat de Marius Pla
teau par Germaine Berton a été précédé
d'une campagne contre Léon Daudet et
l'Action française, menée avec une vio
lence inouïe 'dans divers journaux de gau
che et d'extrême-gauche, notamment l'Œu
vre et l'Ere nouvelle. Plusieurs articles
-menaçaient" Daudet- de mort, de la façon
la plus précise. Le 21 janvier, c'cst-à-diré
la veille du jour où Germaine Berton ac
complit son crime, l'Œuvre accusait men-
songèrement les ligueurs d'Action , fran-
aise d'avoir « assassiné » le chansonnier
Latfff, mort des suites de ses blessures de
guerre. Comment, dans ces conditions,
tout le monde, à l'Action française n'au
rait-il pas établi un lien de cause à effet
entre l'invention de l'assassinat de Lauff
et l'assassinat de Plateau ?
M" Vienot fait ehsuite l'éloge de François
de La Motte, qui a imposé à ses amis la
plus stricte discipline et réduit la casse
au minimum nécessaire pour servir de
leçon aux provocateurs. François de La
Motte a eu pendant la guerre la plus bril
lante conduite, dont font foi ses états de
service.
M" d'Autremont, qui succéda à la barre
à M* Vienot, se moque plaisamment et
avec esprit de l'exagération de l'Œuvre
qui réclame 100.000 francs de dommages-
intérêts pour quelques linotypes endom
magées qu'elle a remplacées en Angleterre
au moment où la livre sterling valait
50 francs et qu'elle évalue toujours au
même taux, aujourd'hui où la livre ster
ling dépasse 80 francs (Rires).
Enfin, M* Séguin relève et commente iro
niquement dans le réquisitoire du subs
titut cette assertion que les comparses
d'une manifestation sont plus dangereux
que les chefs (!).•• ■ - •
Le tribunal, après une courte délibéra
tion, condamne François de La Motte
«■à trois mois de prison et 500 francs
d'amende ; Martin à deux mois de prison
et 500 francs d'amende, Trioulet à deux
mois de prison et 300 francs d'amende,
Burdin à deux mois de prison et 200 francs
d'amende, Gourguechon à quiji/.e jours
de prison . et 100 francs d'amende. Sans
sursis, bien- entendu !-..
Les dommages-intérêts alloués à l'Œu-
vre et au Popu sont maintenus. Le gros
T..."î«i\a satisfait. ,
Abcl i Manoilvries '
Les débuts - - :
du chancelier Marx
Le résultat des élections, anglaises ,a dé
tourné l'attention des affaires d'Allemagne.
C'était cependant à l'heure où le nouveau
chancelier obtenait du Reichstag les pleins
pouvoirs, c'est-à-dire la permission de gou.-
verner, puisque, paraît-il, on ne peut plus"
gouverner en Allemagne sans -les pleins
pouvoirs.
Enchérissant sur la lettre du docteur
Luther, ministre des Finances, le chance
lier- a peint la situation de l'Allemagne
avec -les couleurs les plus, sombres. Les
finances de l'Empire s'effondjent. A la
suite de ses finances, l'Etat risque de tom
ber dans le vide et de se briser en mor
ceaux. Telle est la thèse des nouveaux diri
geants, fort peu différents, d'ailleurs, de
ceux qui les ont précédés puisque M. Stre-
semann est rentré dans le ministère. Ces
alarmes ne semblent paS simulées et, en
effet, l'Allemagne est assez. malade. Mais
les maladies des peuples se prolongent: on
peut en juger par la Russie. C'est le mot
si vrai d'Alfred Capus : « Je sais ce que
c'est qu'un homme ruiné. Je ne sais pas ce
que c'est qu'un Etat ruiné.»
Les préoccupations que le sort de l'Em
pire peut inspirer à des Allemands un peu
plus raisonnables que les autres devraient
les mettre sur le chemin de la modération.
Les accords de la Ruhr, la conversion de
Hugo Stinnes sont le signe d'un apaisement
local. S'élendra-t-il jusqu'à Berlin ? Pro
visoire dans la Ruhr elle-même, deviendra-
t-il durable par l'acquiescement du pou
voir central ? On distingue en ce moment
les symptômes d'un répit. Mais un répit
il est pas une solution, surtout quand le
pouvoir central est aussi faible qu'il l'est
présentement en Allemagne.
Le chancelier Marx appartient au centre
catholique, comme Wirth, comme Erzber-
ger, mais aussi comme Fehrenbach. Le
centre est un parti caméléon dans lequel,
on l'a dit bien des fois, toutes les nuances
de l'opinion allemande sont représentées.
L'entourage de M. Marx est peut-être plus
significatif que sa personne, et des colla
borateurs tels que M. Jarres ne promettent
rien de rassurant puisque'M. Jarres voulait
être le Rostopehine de la Ruhr et qu'il
n'est pas certain qu'il ait renoncé à son
idée. ;
D'autre part, M. Marx est Rhénan. Cette
origine n'est pas sans importance dans un
moment où l'on se'préoccupe, à Berlin,
d'accorder aux provinces rhénanes une cer
taine autonomie. Si le gouvernement prus
sien en est venu à de pareilles idées, c'est
que le mouvement séparatiste ne. lui a pas
paru négligeable, et ce point est à retenir.
La Prusse veut ouvrir une soupape. 1 C'est
la preuve que, dans la chaudière, quelque
chose bouillait. La République unitaire
allemande accorde du fédéralisme comme
les monarchies absolues accordent des
chartes, et l'on sait tout ce qui passe en
suite à travers ces concessions. -- J. B.
CHRONIOUE
DE L'AMERIQUE LATINE
La campagne électorale au Mexique.
L'incident du siège archiépiscopal
de Buenos-Ayres
La campagne électorale vient .d'ë .'s'ou
vrir au Mexique d'autant 1 plus passionnée
que le résultat des élections, l'an prochain,
aura une influence considérable stir la
politique intérieure de ce pays et sur sa
situation internationale. Le général Cal-
Ies a rendu depuis longtemps publique
sa candidature : les dix ou douze adver
saires qui s'opposaient à lui ne semblaient
pas devoir inquiéter le ministre d'Etat du
président Obregon. On tenait généralement
son élection pour assurée. Puis,., il y;.* a
deux mois, au sein même du parti: gouver
nemental (coopératiste) un courant "se
dessinait en faveur de M. Adolfo de La
Huerta, le ministre des Finances dont, les
accords économiques avec Washington
ont précédé et préparé la reconnaissance
du gouvernement mexicain par celui des
Etats-Unis. Cette tendance -s'affirmait ' de
plus en plus et les manifestations se--mulv
tipliaient pour faire accepter une candi-'
dature à cet .homme d'Etat. Mais-M-.-de
La Huerta s'est fait longtemps prier avant
de prononcer le oui. Il a donné alors'sa
démission de ministre des Finances,'pôsfe
dans lequel lui a succédé M. Pani,.-minis
tre des Afl'aires étrangères.
De toute évidence, le général Califes-est
le candidat officiel ; il a la-plëinfe con
fiance du président Obregon et partage en
tièrement ses pensées politiques. Ne re»
connaissant pas d'ennemis à gauche, , il
prétend ne jamais intervenir dans les grè«-
ves et développer ses plans de partage
des terres, de socialisation des richesses
pétrolières, d'étatisme à outrance. II. est
vigoureusement soutenu par les socialistes,
les anarchistes, une partie des étudiants
et les milieux anticléricaux. Il a l'appui
du président actuel. Près de cent mille
□ EDITION DU MATIN E
Mardi 11 Décembre 1923.
15 centimes. S eiwb st S eike-et- O ish
20 centimes. D épartements et C olories
ABONNEMENTS: Uni». SiiMiis. TroisHob.
France et Colonies. 48 fr. a5 fr. i3 fr.
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ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL»
« Tout ce qui est national est noire,. »
Le Duc d 'ORLÉANS i
héritier des quarante Rois qui en mille ans firent la Frtaoêi
KÉDACTIOH A ADMINISTRATION ;
i4, rue de Rome, PARIS (S*)
Adresse télégraphique : ACTIO FK AN-PARI S
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Jièdaetion : Central 75-44 Publicité : Central 74-77
Aprè» 10 h eurca du loir : Ségur xi-68
fi«flstre do Commerça : Seine N* 78.58*
Fondateur: HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques : LÉON DAUDET èt CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef: MAURICE PUJO
L'instruction commence
En An gleterre : Les socialistes
au. pouvoir ?
i Les Anglais sont frappés de la joie
« que cette perspective cause en Aile-
« magne et de la consternation non
« dissimulée qu'elle fait naître non
« seulement dans les pays alliésj niais
« encore et surtout aux Etats-Unis, dans
« les Dominions. »
(Le correspondant anglais idu Temps)
a
Vidal a menti
Il est vraisemblable que le sieur Georges
Vidal, administrateur du Libertaire, s'étant
mis en avant et ayant écrit à ma femme, le
samedi 1 er décembre, la lettre horrible que
l'on sait, n'a pas trempé, immédiatement
et de ses mains, dans le meurtre de Phi
lippe. Mais il sait certainement qui a
tué l'enfant, où et comment l'enfant a
été TUÉ., C'est ce qui donne de l'impor
tance au mensonge flagrant dudit \ idal :
1° Dans le Libertaire :
«... Nous retournâmes finir la soirée au Liber
taire où f avais du travail. »
2° Dans le Matin du 3 décembre : -,
< L'inconnu et moi regagnâmes les bureaux du
Libertaire et, tout.en devisant, il- m'aide à plier et
à mettre sous bande des numéros de notre jour
nal.
€ Vers 22 h. 30 il s'en fut, disant qu'il revien
drait me voir le lendemain matin. »
Enfin, il ne faut pas oublier l'envoi à
Marseille, par ledit Vidal, de papiers — de
quelques-uns des papiers —r- se trouvant
: dans ce portefeuille de Philippe qui arrive
vide à Lariboisière ; vide, moins la « note
aux six adresses » et la somme de quatre-
vingt-trois francs.
' De ceci il semble résulter que le sieur
Vidal a été utilisé par les assassins comme
paravent et comme scribe ;■ et ; il résulte
certainement qu'il a menti. Ayant menti
sur ce point,, il a forcément menti sur
d'autres. C'est ce que l'instruction établira
certainement. ;
»
Le meurtre patent de Plateau nous a
- permis de prendre une certaine connaissance
des individus, groupés au Libertaire, et se
donnant comme, les premiers rôles de
l'anarchie, comme les chefs. Le meurtre
grimé en . suicide— du 1 fils d'un de
leurs adversaires -politiques, .chambré par
eux pendant quarante-huit heures, est une
chose trop importante pour qu'ils n'aient
pas là-dessus quelques lueurs, sinon quel
ques données. De toutes façons, ils ne
! s'étonneront pas de l'attention que nous
l fortons à leurs personnes et faits et gestes,
ainsi qu'à leurs domiciles, à leurs tenants
et aboutissants.
Le sieur Colomer — dont la femme a
reçu l'étrange mission marseillaise que l'on
sait, et qui avait cërtains papiers de mon
' fils cachés dans son corsage — est le rédac
teur en chef du Libertaire. Il habite 259,
■ rue de Charenton.
Le sieur Louis Lecoin est appelé commu
nément le « préfet de police d'Anarchie ».
Il habite 30, rue des Cendriers, dans le
vingtième arrondissement. .
Le sieur Charles Davray habite 11, rue
Germain-Pilon ; il dirige le Grenier de
Gringoire, sis rue des Abbesses. C'est lui
qui a donné asile à la Berton, dans les jours
précédant immédiatement le meurtre de
Plateau. II passe pour un anarchiste actif.
Georges Vidal, enfin, habite 6, place de.
Çlichy.
J'ai de bonnes raisons de penser que les
uns et les autres étaient parfaitement.ren
seignés sur l'identité de l'enfant, âgé de
moins de quinze ans, qui arriva (ou fut
amené et attiré) dans les bureaux de leur
journal, le jeudi 22 novembre, vers les
quatre heures de l'après-midi. Je suis même
certain'qu'ils attendaient sa venue, sur le
rapport qui leur avait été fait — par un
canal que nous soupçonnons — de l'inten
tion qu'avait le pauvre petit d'aller faire,
a la première occasion, du contre-espion-
j aage dans leur antre.
C'est en cela que le mensonge flagrant
de Vidal (dissimulant le chambrage de
Philippe, 8, rue de Chartres, chez l'anar
chiste Gruffy, dans la nuit du jeudi au
vendredi 23 novembre), est décisif. Vidal
ne voulait pas que ce chambrage, une fois
connu, apparût comme le signe de l'impor
tance attachée à la capture. Gruffy avait
certainement reçu mission d'héberger Phi
lippe, en tant que Philippe Daudet.
; • Je note aussi, dans les déclarations de ce
Gruffy, la préoccupation du paletot, qui
paraît tenailler tous ces cannibales : « II
' voulait me le donner... », dit Gruffy.- Les
autres disent : « II voulait le vendre ». Le
chauffeur dit: « Il n'avait pas de paletot ».
■ On sait que Philippe avait un paletot en
arrivant à Lariboisière, et que ce paletot,
■ acheté par sa mère à la rentrée des classes,
est aujourd'hui sous scellés. Il s'agissait
vraisemblablement, entre les bandits, d'une
convention, d'un mot d'ordre préalables au
sujet du paletot — qu'un certain détail
rendait compromettant , — convention et
mot d'ordre qui, dans la pagaïe du crime,
grimé en-: suicide, n'ont pas été observés.
Léon DAUDET
' Député de Paris.
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
• M. Bariiatid, comme il l'avait annoncé,
a continué hier l'examen du dossier. N Les
seules opérations d'enquête de la journée
ont eu Jieu à la police judiciaire ou. le
brigadier-chef Riboulet a entendu la cais
sière du « Grenier de Gringoire » et
l'anarchiste Lecoin. Rien n'a transpiré de
ces, dépositions. ■ ■
De cette accalmie nos adversaires sont
prêts à conclure et surtout à crier que
l'affaire a perdu son intérêt et qu'il n'y
a plus rien à trouver. Qu'ils perdent celte
illusion. L'instruction commence à peine.
Après la première et facile moisson de
renseignements dont le public, a fait sa
pâture, elle, a commencé à . démêler. ..le
fonds ctu draine. C'est une tâche délicate
qui ne s'accommode pas de la publicité.
Qu'il nous suffise de dire que les choses
les plus ■importantes sont restées secrètes :
elles le resteront autant qu'il le faudra.
PAUVRES REPONSES !
Les gens du Libertaire ont essayé, hier,
dans leur feuille, d'expliquer leurs contra
dictions au sujet de la soirée du jeudi et
de lanuit du jeudi à vendredi. Ils n'ont pas
été plus heureux que sur la question du
pardessus et des 83 francs :
€ Il était tout naturel que c(ans le premier récit
ne soient pas relatés les moindres détails du dra
me atroce. Ce qu'il fallait, c'était donner l'impres
sion d'ensemble et les précisions indispensables
pour qu'apparût plus nette l'infamie du père... 2>
Autrement dit, il fallait choisir parmi
les faits : produire ceux qui pouvaient
appuyer les mensonges et laisser de côté
ceux qui auraient pu nous gêner en fai
sant soupçonner toute la vérité.
« Ensuite, à chacune de. nos dépositions, aussi
bien à la police judiciaire qu'à instruction, je n'ai
jamais manqué de signaler la visite de Philippe
Daudet à la jeunesse anarchiste. »
Que le sieur Yidal, au cours d'u..- inter-
rogatoi 'o serré, où un mensonge sur ce
point pouvait amener son arrestation im
médiate (car on l'aviit vu à la Jeunesse
anarchiste) se soit décidé à avouer Je vé
ritable emploi de la soirée, nous le com
prenons volontiers. Mais ce qu'il a'dit, à
tous nos confrères, ce qu'il a écrit et si
gné dans le Libertaire, vaut une déposi
tion, et cette déposition contreàit iormelle-
menf s celle qu'il a faite à l'instruction. Je
dis « contredits », car — il suffit de se re
porter aux textes que Léon Daudet cite
plus haut — il ne s'est pas contenté
d'omettre l'emploi de la soirée : il a in
diqué avec précision un faux emploi.
LA VISITE A M. ROUQUETTE
Nous avons rapporté la déposition que
M. Louis-Frédéric Rouquette est venu
faire spontanément, la semaine dernière,
au juge d'instruction. Un de nos colla
borateurs a vu hier le distingué écrivain,
directeur de la revue France-Maroc. Ce
lui-ci a confirmé la visite qu'il a reçue de
Philippe Daudet pendant la semaine tra
gique.
En recueillant ses souvenirs, M. Rou
quette a pu déterminer exactement le jpur
de cette visite : c'est le vendredi, 23 no
vembre, à onze heures du matin. Mais
n'est-ce pas l'heure qu'indique Vidal com
me celle du retour de Philippe au Libertai
re après la nuit passée chez Gruffy ? .
Quoi qu'il en soit, Philippe qui, au dire
de Grull'y, proclamait à neuf heures du
matin : « Je veux tuer Daudet ! » a donné
à M. Rouquette,' à onze heures, l'impres
sion d'un garçon timide, calme et pas fé
brile du tout. Il ne portait pas de traces de,
fatigue : il était seulement mal peigné.
Il sembla vivement intéressé par les dé
tails que lui donna M. Rouquette et par les
photographies qu'il fui montra. Celui-ci
eut le sentiment que l'enfant était tout en
tier à son idée de voyage. Il n'avait dans
les mains ni brochures, ni journaux, mais
un exemplaire défraîchi de la Bête errante,
dont. M. Rouquette est l'auteur. Qu'est de
venu ce volume ?
M. Rouquette lui ayant parlé de ses
parents, Philippe rougit et son regard fut
gêné en répondant qu'il les avait perdus.
Lorsque M. Rouquette l'éconduisit aima
blement il lui partit être ennuyé plutôt
qu'exalté. Philippe termina l'entretien
en disant qu'il était venu « en voisin »
et qu'il- allait réfléchir.
M. Rouquette résume ainsi son impres,-
sion : « Un aventurier en présence de
cet enfant aurait pu lui faire donner son
portefeuille, son argent, en faire exacte
ment ce qu'il aurait voulu en lui faisant
une promesse quelconque. »
ET LA SERVIETTE !
Le sac de voyage a été saisi chez, les
anarchistes, qui'n'en avaient pas soufflé
mot, grâce à l'habileté de M. Faralicq.
Mais la serviette. de cuir jaune que Phi
lippe avait sous le bras le màçdi matin
lorsqu'il partit de chez lui, n'est pas en
core retrouvée. Cette serviette porte à
l'intérieur le. nom et l'adresse de Philippe
Daudet, inscrits ù l'encre noire.
L'enfant l'avait-il emportée aussi chez
les anarchistes ? Il semble que, s'il s'en
était débarrassé, soit à Paris, soit dans
le train>, soit au Havre, après tout le bruit
fait autour de cette affaire, cette serviette
compromettante eût été rapportée déjà
au service des objets perdus.
Des lecteurs nous signalent une étran-
geté du même genre, parmi tant d'autres.
Qu'au moment du coup de revolver, bou
levard Magenta, tout se soit passé si dis
crètement : regard du chauffeur dans la
voiture, appel de l'agent et départ avec lui
pour l'hôpital, — qu'aucun attroupement
ne- se soit produit, c'est déjà singulier :
mais que pas un témoin, pas un, ne se soit
présenté pour dire qu'il avait entendu et
vu, e'est vraiment 'bizarre... :
" Maurice PUJO.
LA POLITIQUE
I. Les deux silences
« Grand-officier de la Légion*d'honneur,
« membre correspondant de l'Institut,
« membre de la Société d'Economie poli-
« tique, collaborateur des Débats, de
« l'Economiste français, du Journal des
« Economistes, du Dictionnaire d'Ec.ono-
« mie politique de Léon Sav et Chailley,
« du Dictionnaire du Commerce, de l'In-
'!. duslric et de la Banque, d'Yves Guyo't,
« directeur du Marché financier, membre
<'. de la Société de Statistique et de l'Ins-
« titut international de statistique, etc..
« etc., M. Rafi'aloviteh était une person-
« naiité dont le témoignage n'est pas fa-
« cile à récuser, même après $a mort.»
C'est en ces termes que l'ordane pari
sien de la révolution communiste'peut cha
que matin introduire et commenter la cor
respondance, aussi sale que salissante, de
l'un des piliers de la démocratie bien pen
sante d'hier et d'avanl-hier. Cet Arthur
Rafi'aloviteh et ses lettres -à Pétersbourg
traînent tous les jours dans la iioue
toute la fine fleur du régime. Il était Je
distributeur de la manne officieuse (lu
tsar, aux années d'avant-guerre et, dans
le tête à tête avec son ministre des Fi
nances, il lavait à grande eau, sincère et
vive, le linge d'un certain nombre de
sénateurs, députés, financiers et jour
nalistes qui l'assiégeaient pour recevoir le
plus possible. Lui; ne se laissait retourner
les poches qu'à grand'peine. 11 défendait
le Trésor russe de son mieux. Pour expli
quer refus et paiements, Rafi'aloviteh en
voyait au maître lointain l'exposé des
assauts qu'il avait reçus avec le sentiment
qui avait dicté ses réponses. Ni l'un ni
l'autre n'est très beau. Nos compatriotes
composent un beau .défilé .de . concussion
naires, de maîtres chanteurs et de sim
ple;; tapeurs. Mais l'homme du tsar est
un beau spécimen de duplicité, même
d'espionnage. Ces gens dont il disait pro
fession nelement pis que pendre, vil
avait été reçu, complimenté, choyé.par eux..'
A l'Institut/aux Débats, à la Société d'Eco
nomie politique, au Journal des Econo
mistes, à l'Economiste français, il rencon
trait tout ce monde taré : non content, de
lui faire très bon visage, il en tirait pié
ou aile, honneur ou profit. Ga correspon
dance secrète était rédigée à l'abri d'une
plaque de grand-officier. Est-ce qu'on ne
pourrait requérir sa juste dégradation
posthume ? Non que Rafi'aloviteh ait dû
beaucoup mentir. Mais parce que son mé
tier sans honneur violait notre hospitalité.
Quoiqu'il en soit de la sanction, on vou
drait lire quelque part^une «protestation,.
un désaveu, même une défense qui, sans
sauver la face des compromis coupables,
jugeât aussi le métèque diffamateur. Mais
pas un mot. Toute, le monde se tait;
On accepte donc. On subit. On baisse la
tète. Le Juif russe établi parmi nous s'in
stalle dans l'histoire avec le fouet et la
trique du justicier. Le public peut prendre
acte de ce qu'un étranger bien placé a
pu voir et peut dire des mœurs du jour
nalisme, de la finance et de la politique
sous les trois ou quatre 'derniers prési
dents de la République. Par le silence
officiel et officieux, ce sont des points
acquis.
Non moins acquis, l'état de conniven
ce et de collusion observé par nous
entre une partie de la police et une équi
pe .d'assassins dans la soirée, du 24 no
vembre dernier. Nous avons* pu varier
à l'infini nos constatations sur la note
aux six adresses et les lenteurs étonnan
tes que le commissaire de police et les
bureaux de la préfecture ont apportées à
l'identification du pauvre petit corps de
Philippe Daudet que cette note utilisée eût
rendue facile et rapide. On ne s'est même
pas refusé à en faire usage: bien pis, ou
en a fait un usage dérisoire, on ne s'en est
servi que pour tenter de se couvrir.
Ainsi l'on évita la' vérité, le mystère, la
politique. Pourquoi ? En se couvrant,
c'est encore une politique qu'on voulu cou
vrir. Laquelle? Nous ne le demandons, et
nous le redemandons. Les amis de M.
Rafi'aloviteh ne sont pas plus muets que les
amis de la police: tout au plus si un jour
nal (le Radical) a recueilli nos questions
à sa revue de la presse. Pour les autres,
cela n'existe pas, parce que cela ne doit
pas exister. L'opinion-reine, si magis
tralement bernée 'par ses interprètes et
ses porte-parole, n'est pas saisie, elle igiio-
re tout. Silence, silence, silence !
II. (( Raffinements asiatiques »
Et toutefois, voilà qu'en un coin d'une
publication hebdomadaire rédigée par des
hommes de talent et de courage, mais qui
n'est pas très lue encore, bien qu'elle ait
été fondée par le garde des Sceaux d'au
jourd'hui, M. Maurice Colrat, dans un coin
de la revue l'Opinion, voilà qu'on lit
les paroles suivantes" que nous reprodui
sions hier et qu'il est utile de reprendre
aujourd'hui :
« Si justice n'est pas faite cette fois-ci,
« que devra-t-on conclure ? Que la police
« est roulée ? Mais qui le croira. Alors
« quoi ?
« Ceux qui croient à une sorte de com-
« plicité entre certaine police de bas
« étage et les milieux anarchistes n'ont
« pas été longs à faire un rapprochement.
« C'est le 15 novembre que, dans l'Action
« française, Léon Daudet publiait un ar-
« ticle particulièrement précis et violent
« sur « La Tchéka de Paris et l'affaire
« Midol », dans lequel le grand polémiste
« déclarait son intention \le publier des
« noms : « Car c<5 n'est pas seulement à
« Paris qu'on serait stupéfié, abasourdi, si
« je publiais les noms des infortunés per-
« sonnages, en place, tehus, bridés, ma-
« nœuvrés par la Tchéka de Paris (et par
« son compère occulte Briand) et les in-
« dicibles raisons de leur soumission aux
« ordres de celle tourbe infccla et san-
.« glante ! »
« ...Un de, nos confrères, en lisant ces
« lignes, avait dit : « Léon Daudet vient
« de signer sa condamnation à mort ou
« celle de l'un des siens ! »
' '« Quelques jours après, son fils, dans
« lequel on ne cessait de le menacer,
« trouve la mort dans le drame affreux,
« aux raffinements asiatiques, que ,1'on
« connaît... % '
Je voudrais bien savoir si M. Maunoury
a lu cette page et ce qu'il en pense..
Quant à M. Colrat, je suppose qu'il aura
.haussé' les - épaules en répétant son mot
de mars dernier, dit à ma personne' :
i« —r Je n'ai pas de police, comment vou-
i« lezrvous que je rende la justice?
1 Et comment voiilez-vous que dans ces con
ditions des assassinats agrémentés de « raf
finements asiatiques » ne courent pas les
(«cites de Paris ?
i . IIL Deux grands crimes
j AvecJes raisons d'histoiré récente -qu'en
la données Valois t'ans sJn admirable page
i sociale d'hier (pénétration de l'anar-
ichie dans la police depuis l'affaire
Dreyfus) il faut inéditT.cettî carence d'au-
torité natuieile au réfciîw; •.'« . s.y s-
tème républicain est charpenté de telle
sorte que,tout au moins dans les questions
d'ordre intérieur, on n'a d'élan, de zèle,
de passion que pour la lutte des partis.
Le reste laisse frQid. On s'y applique par
devoir ou habitude morne. Mais le cœur
n'y est pas.
Exemple : le 31' mai, l'on apprend que
trois hommes politiques du parti au pou
voir ont été barbouillés, purgés et légère
ment malmenés. Toute la nuit se passe en
conciliabules ardents. Du centré droit à
l'extrême.-gauche> tout chauffe; tout s'a-»
gite, tout bouillonne et frémit. Le lende
main, au Palais-Bourbon, cent députés en
tourent Daudet et veulent le frapper. Vingt
orateurs, et interrupteurs lui. crient à qui
mieux mieux-: Assassin! Assassin! Il n'a
assassiné personne. Il n'a même touché à
la personne de qui que ce soit. Ses amis
se sont contentés de donner une leçon
juste, utile et finoffensive, à des agi
tés-dangereux; Toute une- séance se passe
à hurler autour de ce fait divers. Un mi
nistre monte à la tribune et profère la
célèbre ânerie du complot de trois heures
et quart. Il fallut quelques jours à la
Chambre pour retrouver du calme ; des
semaines entières, une presse houleuse,
montée par tous les Joseph Prudhomme
du néonationalisme ou du libéralisme
couard se répandaient eu gémissements
. sur^nos ..violentes et inimaginables mé
chancetés. Ni l'incarcération odieuse (au
droit commun i) de trois de nos/ jeunes
amis, ni ma condamnation ridicule ne
dissipèrent tout à fait la basse écume
d'hypocrisies, d'envies et de haines qu'a
vait crachée cette tempête.
Mais voici un assassinat, un vrai, voici
l'aveu arrogant et féroce des criminels.
Voici, plus que soupçonnés, surpris les
méandres du crime « asiatique » et, voici
déployé au-dessus d'atroces machina
tions, le sourire complaisant, sournois,
éniginatique et las d'un ou deux grands
services publics. Qui réagit 1 Qui s'émeut,
s'indigne,proteste ? Qui même fait écho à
d'accablantes accusation ? Bien peu, très
peu jle personnes oficielles. En marge
d'une instruction judiciaire,' qui, je le
crois et je l'espère, est menée avec digni
té, rien, dans le monde politique, rien
dans la presse, que des récits contraints
et forcés. Les faits qu'on trouve partout et,
sur les points vifs, sur les heures cri
tiques, un silence accablé, le silence de
■l'épouvante-' quand ce n'est pas celui de
la complicité !
Une' autorité divisée contre elle-même
n'est plus.maîtresse de sa «tchéka», ses
fonctionnaires maîtres des secrets hon
teux de ses gouvernants, sont plus forts
que ceux-ci et font ce qui leur plaît. C'est
un des aspects, l'aspect intérieur du gou
vernement de la République. -
Mais, d'autre-part, un esprit public ex
cité, surmené, assoupi, énervé par les abo
minables batailles journalières des plus
disparates factions, n'a même plus la for
ce de s'élever tout entier avec la sérieuse
et : la grave émotion nécessaire contre
des infamies abjectes et sanglantes et le
verbe ampoulé des parlementaires de
meure lui-même sans voix !
Voilà où en est l'organe de répression et
de vigilance publique, pièce essentielle de
'la politique intérieure, de notre démo
cratie, (
Nous pourrons voir demain ce que de
vient. en ' politique extérieure, la même
pauvre autorité.
Charles MAURRAS
ECHOS
LES FAITS DU JOUR
—- L'inhumation de Maurice Barres a eu
lieu hier à Charmes.
Au Mexique, .les insurgés s'emparent
de Jalapa, capitale de l'Etat de Vera-Crus.
— A Londres, M• Baldtvin a été reçu par
le roi ; le 'gouvernement prendra aujour
d'hui une décision.
Au pays de—M. Pickwick...
Au Jiiois de novembre l'an dernier, lés électeurs
de la circonscription anglaise de Notherwell avaient
envoyé à la Chambre un communiste, M. Newbold,
dont'1'histoire.ne retiendra pas-le-nom. L'heureux
candidat avait aussitôt envoyé un télégramme
à Lenine pour lui annoncer la bonne nouvelle.
Cette année, -M. Newbold a mordu la poussière.
Son concurrent, un conservateur, n'eut rien de plus
pressé, quand le résultat de son élection fut con
nu, d'adresser à son tour le télégramme suivant
au chef' de la Russie rouge :
«. Lenine. .Moscou. Kollterwcll perdu pour Mos
cou. J' ■ ■ -
M.'Pickwick aurait ajouté : Mille regrets.
L'Equipage, de J. Kessel, dont Léon Daudet a
dit ici, même que c'était « un maître livre et qui
laissait prévoir ,un£ œuvre grande » n'a pas été
lauré par le jury du Prix Fémina. ; mais celui-ci
a fait savoir à tous les journalistes présents au mo
ment de.la proclamation des résultats comme son
attention avait' été longuement retenue par l'Equi
page.
* * *
Génitrix.. ■ -.. - . ■ .. .
Il n'est bruit que du nouveau livre de François
Mauriac qui va, paraît-il, prochainement laire son
apparition aux étalages des libraifes.
Mauriac est certainement un des écrivains con-,
lemporains qui ont le .plus de crédit dans les mi
lieux de Lettres et dont on attend le plus. Son
nouveau roman Génitrix est. dit-on. une œuvre ex
trêmement puissante qui classe définitivement le
jeune écrivain parmi les meilleurs romanciers de i
ce temps. - ,
, __ . ,V. * * .
Au . Lys Royal, 13, rue -de la Pépinière,
gourmets et connaisseurs trouver jnt, luxueu
sement présentés dans des. boîtes et coîfrets de
liant goût, des chocolats exquis.
« SES BAPTÊMES CHOCOLAT »
Le sac de 1' « Œuvre »
et du « Popu »
en correctionnelle
e Satisfaction à Téry
On-se-*souvient que, le soir de l'assas
sinat dé Marius Plateau, un certain nom
bre de nos amis, indignés de la campagne
de presse qui l'avait précédé dans certains
organes, se rendirent aux bureaux de
l'Œuvre et du Populaire et les saccagèrent.
La t 11° Chambre correctionnelle leur in
fligea par défaut les condamnations "sui
vantes. : François de La Motte et Lucien
Martin; Six mois de prison ; Trioulet et
Burdin trois mois de prison ; de Boute-
ville deux mois de prison ; Gourguechon
un mois de prison. Chacun d'eux était
condamné en outre à- cinq, cents francs
d'cHïiende. h'Œnvre obtenait 50.000 francs
de dommages-intérêts et le Popu 2.000 fr.
L'affaire est revenue hier, sur'opposi
tion, devant la 11 e Chambre correction
nelle, présidée par M. Laugier, .las con
clusions d'incompétence soulevées par nos
amis devant le tribunal et devant la Cour
ayant été repoussées.
Interrogés " par le président, Martin,
Trioulet, Botirditi, de Boutteville et Gour-
giiecliori' reconnaissent la matérialité des
faits qui leur sont reprochés : ils se sont
rendus dans les bureaux de l'Œuvre et du
Populaire -et ont brisé le matériel, mais
sans faire de mal aux employés et aux,
garçons de la rédaction.
Avec crânerie, le baron François de La
Motte revendique, dans cette affaire, la
responsabilité du chef. C'est lui qui com
mandait et dirigeait l'opération. Opéra
tion, remarquons-le tout de suite, qui
fut menée avec tout le doigté et toute la
mesure qu'oh pouvait souhaiter.
Après les deux 7;'. idoiries de M" Izouard
et Mauranges pour l'Œuvre et le
Popu, parties civiles, le substitut Si-
ramy reconnaît l'émotion considérable
qui-s'est élevée, dans les milieux d'Action
française, à la suite de l'assassinat de
Marius Plateau. Mais il estime que celle
émotion ne justifiait pas les mesures de
représailles qui ont été prises le soir
même.
M" Vienot, qui remplace au dernier mo
ment M° de* Roux empêché et retenu en
province, prononce une solide et remar-
cri.ablc plaidoirie, situant exactement à
sa place la scène des représailles du
22, janvier : l'assassinat de Marius Pla
teau par Germaine Berton a été précédé
d'une campagne contre Léon Daudet et
l'Action française, menée avec une vio
lence inouïe 'dans divers journaux de gau
che et d'extrême-gauche, notamment l'Œu
vre et l'Ere nouvelle. Plusieurs articles
-menaçaient" Daudet- de mort, de la façon
la plus précise. Le 21 janvier, c'cst-à-diré
la veille du jour où Germaine Berton ac
complit son crime, l'Œuvre accusait men-
songèrement les ligueurs d'Action , fran-
aise d'avoir « assassiné » le chansonnier
Latfff, mort des suites de ses blessures de
guerre. Comment, dans ces conditions,
tout le monde, à l'Action française n'au
rait-il pas établi un lien de cause à effet
entre l'invention de l'assassinat de Lauff
et l'assassinat de Plateau ?
M" Vienot fait ehsuite l'éloge de François
de La Motte, qui a imposé à ses amis la
plus stricte discipline et réduit la casse
au minimum nécessaire pour servir de
leçon aux provocateurs. François de La
Motte a eu pendant la guerre la plus bril
lante conduite, dont font foi ses états de
service.
M" d'Autremont, qui succéda à la barre
à M* Vienot, se moque plaisamment et
avec esprit de l'exagération de l'Œuvre
qui réclame 100.000 francs de dommages-
intérêts pour quelques linotypes endom
magées qu'elle a remplacées en Angleterre
au moment où la livre sterling valait
50 francs et qu'elle évalue toujours au
même taux, aujourd'hui où la livre ster
ling dépasse 80 francs (Rires).
Enfin, M* Séguin relève et commente iro
niquement dans le réquisitoire du subs
titut cette assertion que les comparses
d'une manifestation sont plus dangereux
que les chefs (!).•• ■ - •
Le tribunal, après une courte délibéra
tion, condamne François de La Motte
«■à trois mois de prison et 500 francs
d'amende ; Martin à deux mois de prison
et 500 francs d'amende, Trioulet à deux
mois de prison et 300 francs d'amende,
Burdin à deux mois de prison et 200 francs
d'amende, Gourguechon à quiji/.e jours
de prison . et 100 francs d'amende. Sans
sursis, bien- entendu !-..
Les dommages-intérêts alloués à l'Œu-
vre et au Popu sont maintenus. Le gros
T..."î«i\a satisfait. ,
Abcl i Manoilvries '
Les débuts - - :
du chancelier Marx
Le résultat des élections, anglaises ,a dé
tourné l'attention des affaires d'Allemagne.
C'était cependant à l'heure où le nouveau
chancelier obtenait du Reichstag les pleins
pouvoirs, c'est-à-dire la permission de gou.-
verner, puisque, paraît-il, on ne peut plus"
gouverner en Allemagne sans -les pleins
pouvoirs.
Enchérissant sur la lettre du docteur
Luther, ministre des Finances, le chance
lier- a peint la situation de l'Allemagne
avec -les couleurs les plus, sombres. Les
finances de l'Empire s'effondjent. A la
suite de ses finances, l'Etat risque de tom
ber dans le vide et de se briser en mor
ceaux. Telle est la thèse des nouveaux diri
geants, fort peu différents, d'ailleurs, de
ceux qui les ont précédés puisque M. Stre-
semann est rentré dans le ministère. Ces
alarmes ne semblent paS simulées et, en
effet, l'Allemagne est assez. malade. Mais
les maladies des peuples se prolongent: on
peut en juger par la Russie. C'est le mot
si vrai d'Alfred Capus : « Je sais ce que
c'est qu'un homme ruiné. Je ne sais pas ce
que c'est qu'un Etat ruiné.»
Les préoccupations que le sort de l'Em
pire peut inspirer à des Allemands un peu
plus raisonnables que les autres devraient
les mettre sur le chemin de la modération.
Les accords de la Ruhr, la conversion de
Hugo Stinnes sont le signe d'un apaisement
local. S'élendra-t-il jusqu'à Berlin ? Pro
visoire dans la Ruhr elle-même, deviendra-
t-il durable par l'acquiescement du pou
voir central ? On distingue en ce moment
les symptômes d'un répit. Mais un répit
il est pas une solution, surtout quand le
pouvoir central est aussi faible qu'il l'est
présentement en Allemagne.
Le chancelier Marx appartient au centre
catholique, comme Wirth, comme Erzber-
ger, mais aussi comme Fehrenbach. Le
centre est un parti caméléon dans lequel,
on l'a dit bien des fois, toutes les nuances
de l'opinion allemande sont représentées.
L'entourage de M. Marx est peut-être plus
significatif que sa personne, et des colla
borateurs tels que M. Jarres ne promettent
rien de rassurant puisque'M. Jarres voulait
être le Rostopehine de la Ruhr et qu'il
n'est pas certain qu'il ait renoncé à son
idée. ;
D'autre part, M. Marx est Rhénan. Cette
origine n'est pas sans importance dans un
moment où l'on se'préoccupe, à Berlin,
d'accorder aux provinces rhénanes une cer
taine autonomie. Si le gouvernement prus
sien en est venu à de pareilles idées, c'est
que le mouvement séparatiste ne. lui a pas
paru négligeable, et ce point est à retenir.
La Prusse veut ouvrir une soupape. 1 C'est
la preuve que, dans la chaudière, quelque
chose bouillait. La République unitaire
allemande accorde du fédéralisme comme
les monarchies absolues accordent des
chartes, et l'on sait tout ce qui passe en
suite à travers ces concessions. -- J. B.
CHRONIOUE
DE L'AMERIQUE LATINE
La campagne électorale au Mexique.
L'incident du siège archiépiscopal
de Buenos-Ayres
La campagne électorale vient .d'ë .'s'ou
vrir au Mexique d'autant 1 plus passionnée
que le résultat des élections, l'an prochain,
aura une influence considérable stir la
politique intérieure de ce pays et sur sa
situation internationale. Le général Cal-
Ies a rendu depuis longtemps publique
sa candidature : les dix ou douze adver
saires qui s'opposaient à lui ne semblaient
pas devoir inquiéter le ministre d'Etat du
président Obregon. On tenait généralement
son élection pour assurée. Puis,., il y;.* a
deux mois, au sein même du parti: gouver
nemental (coopératiste) un courant "se
dessinait en faveur de M. Adolfo de La
Huerta, le ministre des Finances dont, les
accords économiques avec Washington
ont précédé et préparé la reconnaissance
du gouvernement mexicain par celui des
Etats-Unis. Cette tendance -s'affirmait ' de
plus en plus et les manifestations se--mulv
tipliaient pour faire accepter une candi-'
dature à cet .homme d'Etat. Mais-M-.-de
La Huerta s'est fait longtemps prier avant
de prononcer le oui. Il a donné alors'sa
démission de ministre des Finances,'pôsfe
dans lequel lui a succédé M. Pani,.-minis
tre des Afl'aires étrangères.
De toute évidence, le général Califes-est
le candidat officiel ; il a la-plëinfe con
fiance du président Obregon et partage en
tièrement ses pensées politiques. Ne re»
connaissant pas d'ennemis à gauche, , il
prétend ne jamais intervenir dans les grè«-
ves et développer ses plans de partage
des terres, de socialisation des richesses
pétrolières, d'étatisme à outrance. II. est
vigoureusement soutenu par les socialistes,
les anarchistes, une partie des étudiants
et les milieux anticléricaux. Il a l'appui
du président actuel. Près de cent mille
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