Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-09
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 09 décembre 1923 09 décembre 1923
Description : 1923/12/09 (Numéro 342). 1923/12/09 (Numéro 342).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7617925
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième Année. — N° 342*
C
EDITION DU MATIN c
Dimanche 9 Décembre 1923.
r 15 ^ |
Sànt « Seme-et-Ots*. |
20
Déponemenà. Cotantes.
I ABONNEMENTS r tli te.
france et Colonies. -48 ftv 25fro fr.
1 Etranger. ., .... 82 » 42 . 22 »
ORGANE DU NATIONALISME INTEGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
jLe Duc d'ORLÉANS : V
héritier de® çupraQte ftois qui en mille ans flrenMa Franc»
'RÉDACTION & ADMINISTRATION
14, rue d e Rome» P ARIS (8'i
Adr. télégraphique r ACTIOFRAN-PARIS
Chèque postal ; Compte 23.900 Paris
Tél. : Administration : Louvre 26-40, 26-50
...... Publia é : Central 74-77
■ Rédaction : Central 75-44
Apris 10 h. du soir : Ségur 11-68
Registre de Commerce : Seine 78.582
Fondateur s HENRI VAUGEOIS —» Directeurs politiques ; LÉON DAUDET ©t CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef r MAURICE PUJO
I Les libéraux anglais imposeront-ils le
gouvernement des traîtres à la France ?
La presse allemande le dit :
i • . -
« Si Lloyd George revenait au pouvoir,
« M. Poincaré, suivant toutes probabilités, de-
« vrait se retirer, pour permettre à Loucheur ou
« à Briand de reprendre les pourparlers angio
me français de Cannes. »
(Correspondance parisienne
de la Vossische Zeitung)
Le sac est saisi chez un anarchiste
Remerciements
En même temps que les milliers d'amis,
connus et inconnus, qui nous adressent,
depuis notre malheur, tant de lettres émou
vantes, nous voulons remercier ici, ma
femme et moi, nos confrères de la presse
de Paris , et. des provinces, qui nous. ont
témoigné leur sympathie. De tous bords et
de toutes opinions, politiques, ils n'ont
voulu voir qu'un père et une mère acca
blés de douleur et désireux de poursuivre
la vérité. Cette vérité, après les tâtonne
ments inévitables du début, :— car le crime
était habilement maquillé et recouvert, —
sera prochainement atteinte par la justice,
j'en ai la conviction absolue; et la marche,
sûre et -prompte, de l'Instruction ne me
laisse aucun doute à cet égard. Je répète
que moi-même, au début, j'ai cru à une
aberration'mentale de mon , enfant, tournée
contre sa propre vie. Depuis, l'invraisem
blance de cette hypothèse m'est apparue, en
même temps. que la certitude du meurtre ;
et chaque heure qui passe ne cesse de for
tifier .notre • conviction. Les assassins de
mon petit Philippe^ ' qui l'ont tué après
l'avoir dévalisé et démuni de ses papiers
d'identité, — mais en lui laissant son por
tefeuille vidé, ou qu'ils croyaient avoir
vidé, — avaient compté sans l'instinct
maternel qui découvrit, dans le « suicidé »
anonyme du Petit Parisien, la personnalité
de notre enfant Sans cet éclair "intuitif,
nous eussions ignoré ce qu'était devenu
notre Philippe et serions demeurés ainsi à
la merci des cannibales du Libertaire, qui
savaient, eux, ce qu'ils avaient fait du petit
■et, bien entendu,, qu'il était mon fils. C'était
ainsi la'porte ouverte — à là veille du
procès de la* .fille Berton — à toutes les
pressions, à tous les chantages : « Nous
savons où est votre .fils, ce qu'il est devenu.
Mous vous le Rirons si... »
On Imagine les alternatives affolantes de
désespoir et d'espérance par où pouvaient
ainsi nous faire passer, la mère et moi, des
bandits qui ne reculent devant rien. .
La reconnaissance de l'enfant mort par
ses parepts a déjoué le calcul des bour
reaux* A partir de là, et sentant les re
cherches*'aussitôt commencées par l'Action,
française, ceux-ci n'avaient plus qu'une
échappatoire : prendre les devants. D'où le
numéro du Libertaire, ,en date du samedi
décembre, et, le même jour, l'effroyable
lettre à ma femme, de l'anarchiste Vidal.
Car, si nous avions connu précisément, par
nos propres moyens* la visite et les séjours
de Philippe aux bureaux du Libertaire et
au Grènier de Griwgoire, lé silence gardé
par les anarchistes eût fourni le moyen de
les arrêter.
Je m'en tiens présentement à cette cons
tatation : je penfee que l'échafaudage de
mensonges et de diversions auquel ont
recours les assassins aux abois, sert, par
son incohérence même, la manifestation de
la vérité.
Je dois aussi .des remerciements aux
quelques feuilles, communistes et autres,
qui m'ont couvert d'insultes barbares à
propos de mon deuil de père et n'ont pas
cru devoir, en cette circonstance, déposer
une haine politique dont je sens tout le
prix. Ces mauvaises gehs espéraient sans
doute que l'abattement et l'horreur auraient
raison de mon foyer d'écrivain, de ma vigi
lance patriotique, et m'imposeraient un
mutisme, voire une retraite, profitables à
leurs ■ combinaisons et à leurs projets.
Qu'ils soient ici détrompés.
Si je n'avais eu déjà la volonté très
ferme de poursuivre et de démasquer les
lâches meurtriers de mon petit garçon bien-
aimé, leurs outrages l'auraient retrempée.
Ils me font ainsi ' la tâche moins rude, en
simplifiant mes sentiments. La mémoire de
mon petit martyr est là pour m'encourager
à continuer la lutte jusqu'au moment, fixé
par la Providence, où j'aurai la joie de le
rejoindre, la tristesse de ^quitter les miens
et mes chers amis.
Je n'ai jamais mieux senti qu'en ces
jours de deuil la force et l'indestructibilité
des liens qui m'unissent à l'Action Fran
çaise, à mes frères d'armes, et aussi aux
frères d'armes de Philippe, aux bons et
vaillants Camelots du Roi.
Léon DAUDET
Député de Paris.
i M —^»'l i. i.jii ... ■.
LA POLITIQUE
/.'Action française pubtiera prochaine
ment un nouveau feuilleton :
Dans la ronde des Faunes
> par Isabelle SANDY
qui obtint, en 1921, le grand prix national.
C'est le roman, on pourrait dire : ,e
poème, d'un village ■ pyrénéen où, dans
une nature traduite avec une saveur et un
lyrisme■ émouvant, l'antique passion de
l 'amour développe son cours fatal..
I. Aux funérailles de Barrés
« Comme son destin nous partît plus
« grand et meilleur que celui d'un Cha-
« teaubriand, splendide .exilé dans un
« temps dont il avait exactement prophé-
« tisé tous les périls et qui recommande
« aux rois qu'il a servis sans amour de
« soigner leur tombeau ! »
Voilà la vérité. Elle a été dite par un
ministre de la République. J'en suis fâché
pour elle et satisfait pour lui. Il y avait
tant de fanions fleurdelysés autour du
ministre de l'Instruction publique que le
juste contraste entre ie régime et cette
doctrine a échappé. On n'a .vu, entendu
que cette vérité de fond.
Les deux autres orateurs, M. Charles
Chenu, M. Jules Cambon ont parlé avec
force et avec élégance. M. $son Bérard a
exprimé une vérité essentielle. Il n'y a
qu'à la pousser tyi peu pour comprendre
combien l'on avait raison, jeudi soir, aux
Etudiants d'Action française, de dire que
l'histoire intellectuelle de Barrés repré
sente l'évolution inverse de celle de Rous
seau, de Chateaubriand et des Romanti
ques : avec des éléments de même subs
tance (« les riches étendards » parbleu! les
dépôts du siècle), Barrés a abouti, en art,
en morale, en politique aux compositions
qui renversent les thèses et les thèmes de
tous ces « fameux musiciens
Tous les aveugles de la presse font écho
au borgne Bekannte pour instituer des
analogies entre l'individualisme collectif
du kantien Fichte ou le moi déifié divi
nise une race et les constructions préci
ses, positivés, concrètes, physiciennes où
l'analyste français, loin de conférér à sa
tace les attributs de Dieu, découvrait et
sentait vivre dans son moi cette race, cette
province, cette famille, qui lui versaient
le suc nourricier et la force génératrice !
Nous avons tous joué du philosophème
allemand au sortir du collège ou de là
Faculté, mais Barrés est bien des pre
miers qui s'en soit affranchi; même aux
temps où, avec la simplicité de son âge,
il se figurait en être captif, comme
il en était loin, ce moraliste français
d'une ligne si pure ! Ceux qui se figurent
que le sol et le sang, la terre et les
morts sont intervenus tardivement chez
Barrés n'ont pas pris garde à la présence
de la Lorraine maternelle au cœur même
d'Un homme libre (1889).
A l'issue de la plus émouvante cérémo
nie, nous l'avons salué une dernière fois,
nous, ses amis, les rédacteurs de cette
« Cocarde de Barrés » qui fut une sorte
d'Action française avant la lettre et de
laquelle, notre rameau s'est élevé, a jailli
et grandi tout naturellement, sans qu'il y
eût jamais de séparation véritable : idées
distinctes, méthodes parfois différentes,
mais direction pareille, sentiments, volon
tés et aspirations identiques !
Nous l'avons salué, et avec nous toute
la France. Je ne dis pas assez : toute la
France officielle, la France nationale et
aussi une grande part de l'autre. Les pana-
mistes, les ■ dreyfusards, les caillaulistes
mêmes,, ceux de leurs Figures, ceux du
Cloaque, nul n'y manquait sauf peut-être,
quelques malvystes et almereydiens. Mais
ce n'est pas une absence, c'est un retard.
Ils y viendront l'année prochaine. L'hom
me est un animal si artistement fait qu'il
a besoin de sj mettre en bons termes avec
ce qui n'est point sujet à la mort. L'im
mortalité d'une œuvre, d'un art, d'une ac
tion, séduit même les pires. Ceux qui inju
rient ne sont qu'une poignée négligeable.
II. (( La monotonie des dépositions
insignifiantes »
Nous sommes désolés de contrister ceux
de nos confrères qui n'aiment pas à se
sentir accusés en bloc de basse vénalité.
Mais le fait est que la majorité des jour
naux est menée par deux - mobiles. L'ar
gent et la peur. L'argent de la finance
étrangère ou internationale, la peur de la
police. Cette presse vit expressément sous
le régime de la corruption et du chantage,
et nous ne l'avons jamais vu plus claire
ment que tous ces jours-ci. A côté des con
frères courageux, que Daudet remercie
en tête du journal, que de lâche., !.Que de
poltrons ! Surtout que de bons types qui
voudraient bien marcher, mais qui ne
peuvent pas : soit qu'on les tienne par le
cordon de leur bourse, soit qu'ils aient
été soumis aux tractions alternantes des
menaces auxquelles les livrent leurs
mauvaises mœurs !
Prenéz-moi les Débals d'hier, le journal
de Raffalovitch...
(A propos, l'Humanité est-elle bien sûre
que son Raffalovitch ait été celui des Dé■
bats? J'avoue en demeurer pantois. Et ce
n'est pas sans élonnement que je relis le
renseignement que j'ai publié hier. ici. et
puisé c|e confiance dans l'Humanité. Ce
pendant, je ne fais aucun crédit à l'Huma
nité. Je suis même heureux de voir
un journal comme le Matin réagir oon
tre l'Humanité et lui faire un procès en
diffamations calomnieuses. Il est d'évi
dence pour moi, que l'Humanité ne peut
dire la vérité sur les autres, sans se pa
voiser en ce qui la concerne, des men
songes les plus violents. Les trois quarts
du temps, elle ment sans partage. Néan
moins, il ine semble bien fort qu'elle puisse
insérer tous les jours ces documents se-
crets d'un Arthur Raffalovitch, dire que
c'est l'Arthur de l'économie conservatrice
régnante et ne recevoir aucun démenti des
•organismes intéressés! Il semble plus fort
encore que les faits publiés soient exacts!
Voyez-vous ce conservateur bien vêtu, bien
Chaussé, bien rasé, correspondant avec le
ministre des finances russes ' pour lui
faire passer le plus sale tonneau de ca-
, lomnics ou de médisance si^r tout le p.cr
sonnel politique, social et financier du
régime ? Veuillot avait horreur du double
rôle du due de Saint-Simon à la Cour
du grand roi et dans sa chombre
d'écrivain. Que penser du double rôle de
M. Arthur Aaffalovitch, joli cœur chez le
baron Pié, diffamateur universel a sa
porte ? J'avoue que, pour la propreté de
l'histoire et de la chronique, j'aimerais
beaucoup mieux que ce fût un simple ho
monyme, quand bien même ie pittoresque
y perdrait un peu.)
Revenons aux Débats. Ce journal re
grette que l'enquête sur la mort de Phi
lippe Daudet se poursuive* « dans la mo
notonie de dépositions insignifiantes».
Qu'à cela ne plaise! Si les Débats s'en
nuient, si leur Journal bâille, s'ils en
sont à publier les propos des « voyantes »,
il leur serait facile d'offrir à leurs lec
teurs une pièce de grand intérêt : c'est?
celle que nous avons, ^reproduite à cette
place,hier,c'est notre note aux six adresses.
-— Mais nous l'avons déjà publiée, diront-
ils avec une hypocrisie toute libérale.
— Mais vous n'en avez pas expliqué le
sens au public. ■
Vous n'avez pas dit que cette note
trouvée dans la soirée du samedi 24 sur le
corps dé l'inconnu et qui eût suffi à
le faire identifier en une demi-heure si
l'on eût téléphoné à la Ligue d'Action fran
çaise dont le nom y figurait souligné deux
fois, cette note n'a été utilisée que d'une
façon partielle, partiale, plus que suspecte.
Vous n'avez pas dit qu'on a couru au
fond de la rue de Grenelle réveiller une
dame veuve, Mme Havard de la Montagne,
parce qu'on espérait bien ne rien trouver
chez elle, mais que l'on s'est gardé de faire
chez nous la démarche qui aurait trop vite
abouti.
Nous comprenons fort bien que les Dé
bats trouvent le temps long. Pourquoi n'a
voir pas. signalé depuis trois jours un élé
ment de variété qui serait piquant ? J'en
tends bien qu'ils n'en veulent pas. Mais
pourquoi ? Est-ce Arthur Raffalovitch qui
s'y oppose ? Ou son remplaçant ? Ou le
principe est-il que l'on a, rue des Prêtres,
quelque forte ràison de ne pas se brouiller
avec les voisins de la Tour Pointue ?
III. Le retour de Briand
La rentrée possible, probable même,
de M. Briand inquiète tous les esprits po
litiques. Je conseille de lire l'analyse ai
guë et profonde à laquelle M. Latzarus
vient de soumettre cette nouvelle dans la
Revue hebdomadaire d'hier. L'auteur n'a
pas voulu reculer devant la conséquence
heureuse de ce désastre éventuel :
« Que, pour je ne sais quelle combinai-
« son de scrutin, M. Briand revienne à
« la tête des affairés, et la crise de ré-
« gime, qui ne peut être retardée que par
« le prestige d'un homme, se déclarera. »
La crise de régime est inévitable. Parce
que nous mettons la France au-dessus de
tout, parce que nous avons toujours dé
testé la politique du pire, nous avons tou
jours fait le nécessaire pour écarter M.
Briand du pouvoir, pour y maintenir "M.
Poincaré, dussiorts-rious garder aussi M.
Maunoury. Tel est notre sentiment de l'in
térêt national. Mais il est clair que l'avè
nement de Briand rendrait aux patriotes,
royalistes et autres, toute leur liberté.
Cette crise est-elle prochaine ? '
Je lis dans l'Opinion un article ano
nyme qu'il faudrait donner tout entier.
En voici l'essentiel :
« Depuis trois semaines , M. Aristide
bluani) montre aux seances de ta cham
bre une assiduite inaccoutumee. est-ce
parce que les heures critiques de la
Ruhr sont passées ? Est-ce paroe que le
banc terrifiant de M. Léon Daudet de
meure inoccupe ? Est-ce parce qu'à Co-
cherel l'hiver a suspendu les travaux des
champs ?
« Bref, M. Briand s'attache à son banc.
« Il sait bien que sa seule présence —
quand son redoutable adversaire, M. Dau
det, n'est pas là — magnétise les deux tiers
de l'assemblée. Que de souvenirs, que d'es
poirs, peut-être, se lèvent, à sa vue, dans
les cervelles parlementaires ! Il est l'Ha
bile, le Conciliant, l'Arrangeur et surtout
l'Endormeur...
« A son banc, penché sur des dossiers
ouverts, M. Poincaré semble éprouver une
gêne comme s'il sentait passer derrière lui,
des effluves insaisissables... Il pense à
Cannes, il pense à ce long effort que, pen
dant des mois et des mois, il a dû accom
plir pour redresser la politique française.
Est-il possible que, demain, le sort de l'Oc
cident puisse redevenir l'enjeu d'une par
tie de poker entre ces deux vaincus d'hier,
Lloyd. George et Briand ?
« Comme tout cela est vieux et méprisa■>
ble, ô jeunes hommes, qui rêvez d'une Fran
ce nouvelle 1 »
Parlementairement, électoralement, ré-
publicaineinent, par rapport au pays lé
gal et au pays votard, ces «jeunes hommes»
ne composent qu'une infime minorité. —>■
— La majorité nationale est pour eux ?
— Sans doute, mais le régime électif est
impuissant à la dégager.
Charles MAURRAS
Le prix Goncourt à Lucien Fabre. —
Notre collaborateur et ami me permettra
de lui dire trop rapidement à cette place,
au nom de tous, quel sourire. de joie bril
le parmi nos deuils à la nouvelle de son
triomphe, du triomphe de son livre et de
sa pensée. Petit-fils de Malherbe, frère de
Valéry, voilà le poète de Vanikoro et de la
Connaissance de la Déesse couronné chez
Goncourt .pour un roman à la Balzac !
J'aime pour nia part ces vastes ouver
tures de compas qui mesurent les extré
mités éloignées d'une intelligence d'ailleurs
énergique et féconde ! La variété des apti
tudes et des dons y répand une grâce
et, én vérité, un charme de plus. Seuls, des
talents universels, aidant à une Renais-,
sance générale, nous consoleront de tant:
d'esprits nobles et purs endormis préma
turément dans nos cimetières.
Un mot encore. Qui, dans l'Action fran
çaise et ailleurs, sous le signe d'Orion et
sous d'autres signes, a, l'un des premiers,
mis en branle les voix de la curiosité et
de l'admiration en faveur du roman de
Lucien 1-abre ?
■Ce fut son ami, son collaborateur, et je
nôtre- Eugene Marsan,dont les belles « I'as-
j nUK » cHient aussi candidates àu Prix
Goncourt ! Ce généreux esprit de cheva
lerie a été remarqué du dehors. Il méri
tait qu'on le fît connaître de nos lecteurs.
Marsan nous pardonne ! voilà qui est
fait. — Ch . M.
- i ' «nSP»" 1-1 . 1
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
A L'INSTRUCTION
On admire l'impatience des i eûmes cie
gauche devant les recherches qui se pour
suivent. Le journal du voleur Dubarry
écrit : « L'instruction se prolonge inuti
lement. » Voyez-vous cela ! Elle est à pei
ne commencée. Ainsi le voleur Dubarry
lui-même, lorsqu'il eût escamoté le porte
feuille d'un de ses amis; devait-il dire :
« Inutile de chercher ! » à ceux qui le
fouillaient et l'obligèrent à consigner par
écrit l'aveu de son vol.
Nous ne sommes pas pressés et M. Bar
naud a raison de prendre son temps. Cha
que jour, d'ailleurs, apporte à l'enquête un
élément nouveau et important. Leur réseau
se resserre de plus en plus autour des cri
minels.
Hier, le juge d'instruction a termine
l'interrogatoire proprement dit de Vidal.
Il a repris l'ensemble des déclarations de
l'anarchiste et est revenu sur plusieurs
points pour obtenir des explications pré-
cisës.
M. Barnaud consacrera la journée d'au
jourd'hui et celle de lundi à l'examen des
pièces du dossier, déjà volumineux. C'est
après cette étude que, mardi, il recom
mencera à entendre des témoins.
LE SAC EST RETROUVE
I CHEZ UN ANARCHISTE
L'événement du jour a été la saisie du
sac de toile bise que Philippe avait em
porté au Havre et qu'il avait encore lors
qu'il arriva, dans l'après-midi du jeudi,
au Libertaire.
C'est chez un militant anarchiste, nom
mé Jean Gruffy, habitant 8, rue de Char
tres, que M. Faralicq et-ses agents ont dé
couvert ce sac. Soulignons ce fait qu'il a
fallu une perquisition pour le trouver.
Il a fallu nos questions pour qu'on con
nût son existence. Les gens du Libertaire,
non seulement ne songeaient pas à le re
mettre à la justice, mais n'en avaient pas
soufflé mot dans leur récit. Quel intérêt
avaient-ils à le cacher ?
Dans ce sac, on a trouvé des leggins,
une chemise, des cols, un caleçon et un
bloc-notes d'où paraissaient avoir été dé
tachés les feuillets sur lesquels ont été
écrits les poèmes en prose.
La découverte du sac a obligé les cri
minels à compléter leur premier récit.
Cela ne va pas sans quelque contradiction
Dans son article du Libertaire, Vidal
avait écrit, apr' j avoir raconté l'arrivée
de Philippe, le jeudi soir, et son dîner
avec lui, pendant lequel l'enfant aurait
manifesté l'intention de commettre un at
tentat anarchiste : « J'arrivai, malgré
tout, à le retenir et nous retournâmes fi
nir la soirée au Libertaire où j'avais du
travail. » ' ;
Eh bien ! ce n'est plus au Libertaire
que l'on a fini la soirée. Vidal et Gruffy
ont reconnu qu'ils avaient conduit l'en
fant à une réunion de la Jeunesse anar
chiste, rue de Bretagne. Après cette réu
nion, Gruffy avait emmené Philippe chez
lui, où il aurait couché et où. il aurait
abandonné son sac de voyage.
Il faudra voir ce qu'il y a de vrai dans
ces détails. Ce que l'on peut saisir, dès
maintenant, c'est que, à partir du moment
où le pauvre petit fut entre leurs mains,
les misérables ne l'ont guère lâché.
Et que s'est-il passé chez ce Gruffv ?
Est-ce chez lui que Philippe a été dévali
sé ? Philippe y çst-il retourné ?
ET LA SERVIETTE ?
Mais, outre le sac, "le matin de son .lé-
part, Philippe avait sa serviette d'écolier
en cuir jaune. Son camarade M... qui le
rencontra vers- six heures trois quarts
place Saint-Sulpice, au moment où il al
lait prendre le Métro, l'a formellement dé
claré. Qu'est devenue cette serviette ?
LE REVE DU CANADA
Un de nos lecteurs, qui tient à spécifier
qu'il est républicain de gauche, nous fai
sait part, hier, de l'observation suivante :
« Pourquoi Philippe — s'il s'était converti
subitement et secrètement à l'anarchie — ne se
serait-il pas rendu directement au Libertaire dès
le début de la fugue, c'est-à-dire le mardi ?...
Au contraire, il gagne le Havre. Impressionné
sans doute par les récits canadiens de Jack Lon-
don et de Louis-Frédéric Rouquette (notamment
Le Grand Silence blanc) et peut-être aussi par
une visite à l'exposition du Train canadien des
Tuileries, Philippe se sent attiré, — non par la
Russie bolchéviste, — niais par Js Canada ca
tholique et françai»
Cet aiguillage vers un pays religieux , et ca
tholique coïncide assez bien avec le scrupule qui
le pousse, le vendredi, au restaurant Roy, au
milieu des anarchistes, à, faire un déjeuner mai
gre (une forte omelette, deux légumes et deux
desserts). s>
Or, en même temps que nous recevions
cette note, nous étions informés qu'il y a
trois jours M. Louis-Frédéric Rouquette,
l'écrivain géographe dont il est question
plus haut, s'était présenté au bureau de
M. Barnaud et avait demandé à être en
tendu.
M. Rouquette a déclaré au juge que,
dans la semaine do aa fugue, entre le 20
et le 25, Philippe Daudet lui avait ren
du visite, un jour,. vers onze heures du
matin, aux bureaux de la revue France
et Islam qu'il dirige. , Il lui demanda
des renseignements sur' ie Canada et
l'Alaska èt annonça son intention de s'y
rendre. M. Rouquette le questionna. En ap
prenant que son interlocuteur'ne connais
sait aucun métier, il lui déconseilla le
voyage. " -
M. Rouquette croit se rappeler que c'est
le jeudi qu'il a reçu cette visite. Mais ce
jour-là, à II heures du matin, Philippe
devait être dans le train qui le ramenait
du Havre à Paris. Ce serait donc le ven
dredi ou le samedi, jour même de sa mort.
Mais àu moment ou les gens du Libertaire
le représentent comme possédé par la
liamme de l'anarchie, ce singulier anar
chiste n'a pas cessé de rêver aux neiges
de l'Alaska. .
Maurice PUJO
P. S. — Hier matin, le Libertaire pu
bliait une photographie de Philippe Dau
det qui n'est autre que celle qui a été
remise par la famille à l'instruction pour
faciliter les recherches. Si une épreuve
de cette photographie a pu se trouver aux
mains des assassins, elle n'a pu leur être
communiquée que par le service de l'iden
tité judiciaire chargé de la reproduction
de l'original, ou par l'un des agents char
gés de poursuivre ces mêmes assassins.
Nous avons pleine confiance dans le
désir sincère qui animé MM. Barnaud et
Faralicq de découvrir-la vérité, mais cette
collusion patente d'une certaine police
avec les criminels, venant après l'étrange
affaire de la liste de noms trouvée sur
le « suicidé inconnu » e qu'on n'utilisa
pas pour le reconnaître,rapidement, mon
tre assez quels obstacles dans leur tâche
rencontrera la bonne volonté des enquê
teurs.— M. P.
ECHO S
LES FAITS DU JOUR
— Les obsèques nationales de Maurice
Barrés ont eu lieu hier.
— Le Reichstag vote en troisième lectu
re la loi sur les pleins pouvoirs.
A Bucarest, un fort saute. Les victi
mes sont nombreuses.
Au Lys Royal, 13, rue de la Pépinière,
gourmets et connaisseurs trouveront, luxueu
sement présentés dans des boîtes et coffrets de
haut goût, des chocolats exquis.
« SES BAPTÊMES CHOCOLAT D
A signaler dans le numéro de décembre du
Monde Colonial Illustré, qui vient de paraître, une
très belle documentation sur l'Indochine, une très
belle carte de notre magnifique possession asiati
que.
De nombreuses photographies ornent ce numéro
particulièrement réussi et sur lequel-nous attirons
l'attention de nos lecteurs. Pour renseignements et
abonnements s'adresser 11 bis rue Keppler, Paris.
(Téléphone : Passy 11-39)
Vos bijoux valent très cher, ne les vendez pas
sans les faire expertiser gratuitement par Pinson,
15, rue Lévis, de 9 à 12 heures.
Moralité des élections
d'Angleterre
La moralité des élections anglaises, c'est
qu'il n'existe pas une manière de faire voter
les gens qui soit supérieure aux autres.
Tous les systèmes ont lèurs défauts. Celui
des Anglais, qui est nettement majoritaire,
produit les effets qu'on reproche à là repré
sentation proportionnelle, alors que la pro
portionnelle devait corriger les effetà du
scrutin majoritaire.
Les Anglais- sont restés fidèles à l 'arron
dissement. En outre, ils répudient ce que
nous appelons le ballottage. Le candidat
qui obtient le plus .de voix est proclamé
élu au premier tour. Et les minorités, selon
le mot célèbre, n'ont qu'un droit, celui de
travailler à devenir la majorité.
Cependant il suffit de regarder le tableau
des élections de jeudi pour s'apercevoir
que beaucoup de députés, dans les cas
« triangulaires », c'est-à-dire quand il y
avait trois compétiteurs en ligne, ont été
nommés avec quelques voix seulement de
plus que leur rival le plus favorisé. Des
majorités de 6 à 100 voix ne sont pas rares.
On comprend qu'avec ce système il suffise
de très légers déplacements de l'opinion
pour provoquer des changements considé
rables dans la composition de la Chambre.
C'est ainsi que les travaillistes ont conquis
près de cinquante sièges avec deux cent
mille suffrages de plus qu'à la précédente
consultation.
Les Anglais ne conçoivent pas le régime
parlementaire sans majorité. C'est pour
quoi- ils rejettent la proportionnelle qui
émiette les partis et rend le gouvernement
impossible ou dangereusement instable.
L'essence du parlemèntarisme anglais con
siste à renverser les ministères par la non-
réélection de leurs partisans plutôt que par
(les votes émis à l'intérieur de la Chambre.
On demande au pays une majorité pour
gouverner. On ne lui demande pas les élé
ments d'une coalition, toute coalition étant
« immorale et funeste » à la fois.
Pourtant, le parlementarisme anglais est
tombé dans le mal qu'il a voulu éviter. La
nouvelle Chambre est composée à peu près-
comme si elle avait été élue selon les prin
cipes de la représentation proportionnelle.
Elle est composée de trois partis dont
aucun n'a la majorité, et l'on regarde déjà
de nouvelles élections. comme inévitables
au cours de l'année prochaine, sans qu'on
soit sûr, d'ailleurs, que les conservateurs
cesseront de voter pour des conservateurs,
les libéraux pour des libéraux, les travail
listes pour des tfavaillistes. On en vient à
conseiller à ce pauvre parti libéral, qui a
eu un peu moins de voix que les deux
autres, de se 'sacrifier et de disparaître
volontairement pour que le pendule re
prenne son mouvement régulier. On lui dit
doucement qu'il est vieilli, démodé. Peut-
être, en effet, disparaîtra-t-il à la longue
et de lui-même. Nous n'en sommes pas là
et" le roi George reste en face de ses trois
partis, comme le passeur de Cervantes en
face du loup, de la chèvre et du chou.
Jacques BAINVILLE
Les obsèques nationales
de Maurice Barrés
De la statue de Strasbourg à Notre-Dame. —Paris a salue
la dépouille du grand patriote
Les-obsèques de Maurice Barrés ont
été célébrées hier matin aux frais de
La levée du corps a été faite à la mai
son mortuaire, 100 boulevard Maillot, à
8 h. 15, en présence de la famille. Puis le
corps, placé dans un fourgon, a été con
duit place de la Concorde où avait lieu le
rassemblement du cortège.
Le Cortège
Dès 8 li. 30, les délégations qui doivent
suivre le char funèbre commencent à se
grouper au pied de la statue de Stras
bourg.
La place de la Concorde est gardée par
la police, la garde j-épublicaine à pied et
à cheval. La foule est massée sur le pour
tour de la place et sur la terrasse des
Tuileries, noire de monde. Sous les ordres
du général Lebocq, commandant la 7 e
division d'infanterie, des détachements de
troupes de la garnison de Paris rendent
les honneurs. Ils comprennent deux régi
ments d'infanterie, avec drapeau 'et mu
sique, un escadron de cuirassiers et une
batterie d'artillerie.
Deux immenses couronnes sont placées
sur deux brancards : l'une est offerte par
la Ligue des Patriotes, l'autre par la Ré
publique rhénane. Deux chars, sur les
quels s'amoncellent les couronnes, sta
tionnent devant le corbillard attelé de six
chevaux caparaçonnés et tenus en maiB:
par des écuyers. Le char, aux décorations '
argentées, est surmonté de cinq hauts pa
naches noirs. Des faisceaux de drapeaux
tricolores ornent ses angles. Les écussons
sont marqués des deux initiales : M B.
Mais voici le fourgon mortuaire. Le
« Garde à vous! » retentit et, tandis que
la musique militaire joue une marche fu
nèbre, on place le cercueil, recouvert
d'un drap tricolore, sur le corbillard. Le
cortège se (orme. Les cordons du poêle
sont tenus par MM. Léon Bérard, ministre
de l'Instruction publique ; le maréchal
Foch; Joseph Bédier, en uniforme d'aca
démicien ; Henry Paté, représentant la
Chambre des députés ; Lalbu, représen
tant le- Conseil municipal ; Désiré Ferry,
représentant la Ligue des Patriotes; Geor
ges Lecomte, président de 'a Société des
gens de lettres; Levée, représentant' le 1 or
arrondissement; le colonel Blaison, repré
sentant la. Ville de Charmes, et Henry
Simond, directeur de l'Echo de Paris.
Derrière les membres de la famille et
le général Lasson, représentant le prési
dent de la République, viennent de nom
breuses personnalités parmi lesquelles on
remarque les généraux Mawgin et Gouraud.
Suivent les délégations de îa rédaction et
de l'administration de l 'Echo de Paris, la
Ligue des Patriotes avec ses -drapeaux» les
Associations d'anciens Combattants, les-
officiers de complément, la ligue des
C
EDITION DU MATIN c
Dimanche 9 Décembre 1923.
r 15 ^ |
Sànt « Seme-et-Ots*. |
20
Déponemenà. Cotantes.
I ABONNEMENTS r tli te.
france et Colonies. -48 ftv 25fro fr.
1 Etranger. ., .... 82 » 42 . 22 »
ORGANE DU NATIONALISME INTEGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
jLe Duc d'ORLÉANS : V
héritier de® çupraQte ftois qui en mille ans flrenMa Franc»
'RÉDACTION & ADMINISTRATION
14, rue d e Rome» P ARIS (8'i
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■ Rédaction : Central 75-44
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Registre de Commerce : Seine 78.582
Fondateur s HENRI VAUGEOIS —» Directeurs politiques ; LÉON DAUDET ©t CHARLES MAURRAS — Rédacteur en chef r MAURICE PUJO
I Les libéraux anglais imposeront-ils le
gouvernement des traîtres à la France ?
La presse allemande le dit :
i • . -
« Si Lloyd George revenait au pouvoir,
« M. Poincaré, suivant toutes probabilités, de-
« vrait se retirer, pour permettre à Loucheur ou
« à Briand de reprendre les pourparlers angio
me français de Cannes. »
(Correspondance parisienne
de la Vossische Zeitung)
Le sac est saisi chez un anarchiste
Remerciements
En même temps que les milliers d'amis,
connus et inconnus, qui nous adressent,
depuis notre malheur, tant de lettres émou
vantes, nous voulons remercier ici, ma
femme et moi, nos confrères de la presse
de Paris , et. des provinces, qui nous. ont
témoigné leur sympathie. De tous bords et
de toutes opinions, politiques, ils n'ont
voulu voir qu'un père et une mère acca
blés de douleur et désireux de poursuivre
la vérité. Cette vérité, après les tâtonne
ments inévitables du début, :— car le crime
était habilement maquillé et recouvert, —
sera prochainement atteinte par la justice,
j'en ai la conviction absolue; et la marche,
sûre et -prompte, de l'Instruction ne me
laisse aucun doute à cet égard. Je répète
que moi-même, au début, j'ai cru à une
aberration'mentale de mon , enfant, tournée
contre sa propre vie. Depuis, l'invraisem
blance de cette hypothèse m'est apparue, en
même temps. que la certitude du meurtre ;
et chaque heure qui passe ne cesse de for
tifier .notre • conviction. Les assassins de
mon petit Philippe^ ' qui l'ont tué après
l'avoir dévalisé et démuni de ses papiers
d'identité, — mais en lui laissant son por
tefeuille vidé, ou qu'ils croyaient avoir
vidé, — avaient compté sans l'instinct
maternel qui découvrit, dans le « suicidé »
anonyme du Petit Parisien, la personnalité
de notre enfant Sans cet éclair "intuitif,
nous eussions ignoré ce qu'était devenu
notre Philippe et serions demeurés ainsi à
la merci des cannibales du Libertaire, qui
savaient, eux, ce qu'ils avaient fait du petit
■et, bien entendu,, qu'il était mon fils. C'était
ainsi la'porte ouverte — à là veille du
procès de la* .fille Berton — à toutes les
pressions, à tous les chantages : « Nous
savons où est votre .fils, ce qu'il est devenu.
Mous vous le Rirons si... »
On Imagine les alternatives affolantes de
désespoir et d'espérance par où pouvaient
ainsi nous faire passer, la mère et moi, des
bandits qui ne reculent devant rien. .
La reconnaissance de l'enfant mort par
ses parepts a déjoué le calcul des bour
reaux* A partir de là, et sentant les re
cherches*'aussitôt commencées par l'Action,
française, ceux-ci n'avaient plus qu'une
échappatoire : prendre les devants. D'où le
numéro du Libertaire, ,en date du samedi
décembre, et, le même jour, l'effroyable
lettre à ma femme, de l'anarchiste Vidal.
Car, si nous avions connu précisément, par
nos propres moyens* la visite et les séjours
de Philippe aux bureaux du Libertaire et
au Grènier de Griwgoire, lé silence gardé
par les anarchistes eût fourni le moyen de
les arrêter.
Je m'en tiens présentement à cette cons
tatation : je penfee que l'échafaudage de
mensonges et de diversions auquel ont
recours les assassins aux abois, sert, par
son incohérence même, la manifestation de
la vérité.
Je dois aussi .des remerciements aux
quelques feuilles, communistes et autres,
qui m'ont couvert d'insultes barbares à
propos de mon deuil de père et n'ont pas
cru devoir, en cette circonstance, déposer
une haine politique dont je sens tout le
prix. Ces mauvaises gehs espéraient sans
doute que l'abattement et l'horreur auraient
raison de mon foyer d'écrivain, de ma vigi
lance patriotique, et m'imposeraient un
mutisme, voire une retraite, profitables à
leurs ■ combinaisons et à leurs projets.
Qu'ils soient ici détrompés.
Si je n'avais eu déjà la volonté très
ferme de poursuivre et de démasquer les
lâches meurtriers de mon petit garçon bien-
aimé, leurs outrages l'auraient retrempée.
Ils me font ainsi ' la tâche moins rude, en
simplifiant mes sentiments. La mémoire de
mon petit martyr est là pour m'encourager
à continuer la lutte jusqu'au moment, fixé
par la Providence, où j'aurai la joie de le
rejoindre, la tristesse de ^quitter les miens
et mes chers amis.
Je n'ai jamais mieux senti qu'en ces
jours de deuil la force et l'indestructibilité
des liens qui m'unissent à l'Action Fran
çaise, à mes frères d'armes, et aussi aux
frères d'armes de Philippe, aux bons et
vaillants Camelots du Roi.
Léon DAUDET
Député de Paris.
i M —^»'l i. i.jii ... ■.
LA POLITIQUE
/.'Action française pubtiera prochaine
ment un nouveau feuilleton :
Dans la ronde des Faunes
> par Isabelle SANDY
qui obtint, en 1921, le grand prix national.
C'est le roman, on pourrait dire : ,e
poème, d'un village ■ pyrénéen où, dans
une nature traduite avec une saveur et un
lyrisme■ émouvant, l'antique passion de
l 'amour développe son cours fatal..
I. Aux funérailles de Barrés
« Comme son destin nous partît plus
« grand et meilleur que celui d'un Cha-
« teaubriand, splendide .exilé dans un
« temps dont il avait exactement prophé-
« tisé tous les périls et qui recommande
« aux rois qu'il a servis sans amour de
« soigner leur tombeau ! »
Voilà la vérité. Elle a été dite par un
ministre de la République. J'en suis fâché
pour elle et satisfait pour lui. Il y avait
tant de fanions fleurdelysés autour du
ministre de l'Instruction publique que le
juste contraste entre ie régime et cette
doctrine a échappé. On n'a .vu, entendu
que cette vérité de fond.
Les deux autres orateurs, M. Charles
Chenu, M. Jules Cambon ont parlé avec
force et avec élégance. M. $son Bérard a
exprimé une vérité essentielle. Il n'y a
qu'à la pousser tyi peu pour comprendre
combien l'on avait raison, jeudi soir, aux
Etudiants d'Action française, de dire que
l'histoire intellectuelle de Barrés repré
sente l'évolution inverse de celle de Rous
seau, de Chateaubriand et des Romanti
ques : avec des éléments de même subs
tance (« les riches étendards » parbleu! les
dépôts du siècle), Barrés a abouti, en art,
en morale, en politique aux compositions
qui renversent les thèses et les thèmes de
tous ces « fameux musiciens
Tous les aveugles de la presse font écho
au borgne Bekannte pour instituer des
analogies entre l'individualisme collectif
du kantien Fichte ou le moi déifié divi
nise une race et les constructions préci
ses, positivés, concrètes, physiciennes où
l'analyste français, loin de conférér à sa
tace les attributs de Dieu, découvrait et
sentait vivre dans son moi cette race, cette
province, cette famille, qui lui versaient
le suc nourricier et la force génératrice !
Nous avons tous joué du philosophème
allemand au sortir du collège ou de là
Faculté, mais Barrés est bien des pre
miers qui s'en soit affranchi; même aux
temps où, avec la simplicité de son âge,
il se figurait en être captif, comme
il en était loin, ce moraliste français
d'une ligne si pure ! Ceux qui se figurent
que le sol et le sang, la terre et les
morts sont intervenus tardivement chez
Barrés n'ont pas pris garde à la présence
de la Lorraine maternelle au cœur même
d'Un homme libre (1889).
A l'issue de la plus émouvante cérémo
nie, nous l'avons salué une dernière fois,
nous, ses amis, les rédacteurs de cette
« Cocarde de Barrés » qui fut une sorte
d'Action française avant la lettre et de
laquelle, notre rameau s'est élevé, a jailli
et grandi tout naturellement, sans qu'il y
eût jamais de séparation véritable : idées
distinctes, méthodes parfois différentes,
mais direction pareille, sentiments, volon
tés et aspirations identiques !
Nous l'avons salué, et avec nous toute
la France. Je ne dis pas assez : toute la
France officielle, la France nationale et
aussi une grande part de l'autre. Les pana-
mistes, les ■ dreyfusards, les caillaulistes
mêmes,, ceux de leurs Figures, ceux du
Cloaque, nul n'y manquait sauf peut-être,
quelques malvystes et almereydiens. Mais
ce n'est pas une absence, c'est un retard.
Ils y viendront l'année prochaine. L'hom
me est un animal si artistement fait qu'il
a besoin de sj mettre en bons termes avec
ce qui n'est point sujet à la mort. L'im
mortalité d'une œuvre, d'un art, d'une ac
tion, séduit même les pires. Ceux qui inju
rient ne sont qu'une poignée négligeable.
II. (( La monotonie des dépositions
insignifiantes »
Nous sommes désolés de contrister ceux
de nos confrères qui n'aiment pas à se
sentir accusés en bloc de basse vénalité.
Mais le fait est que la majorité des jour
naux est menée par deux - mobiles. L'ar
gent et la peur. L'argent de la finance
étrangère ou internationale, la peur de la
police. Cette presse vit expressément sous
le régime de la corruption et du chantage,
et nous ne l'avons jamais vu plus claire
ment que tous ces jours-ci. A côté des con
frères courageux, que Daudet remercie
en tête du journal, que de lâche., !.Que de
poltrons ! Surtout que de bons types qui
voudraient bien marcher, mais qui ne
peuvent pas : soit qu'on les tienne par le
cordon de leur bourse, soit qu'ils aient
été soumis aux tractions alternantes des
menaces auxquelles les livrent leurs
mauvaises mœurs !
Prenéz-moi les Débals d'hier, le journal
de Raffalovitch...
(A propos, l'Humanité est-elle bien sûre
que son Raffalovitch ait été celui des Dé■
bats? J'avoue en demeurer pantois. Et ce
n'est pas sans élonnement que je relis le
renseignement que j'ai publié hier. ici. et
puisé c|e confiance dans l'Humanité. Ce
pendant, je ne fais aucun crédit à l'Huma
nité. Je suis même heureux de voir
un journal comme le Matin réagir oon
tre l'Humanité et lui faire un procès en
diffamations calomnieuses. Il est d'évi
dence pour moi, que l'Humanité ne peut
dire la vérité sur les autres, sans se pa
voiser en ce qui la concerne, des men
songes les plus violents. Les trois quarts
du temps, elle ment sans partage. Néan
moins, il ine semble bien fort qu'elle puisse
insérer tous les jours ces documents se-
crets d'un Arthur Raffalovitch, dire que
c'est l'Arthur de l'économie conservatrice
régnante et ne recevoir aucun démenti des
•organismes intéressés! Il semble plus fort
encore que les faits publiés soient exacts!
Voyez-vous ce conservateur bien vêtu, bien
Chaussé, bien rasé, correspondant avec le
ministre des finances russes ' pour lui
faire passer le plus sale tonneau de ca-
, lomnics ou de médisance si^r tout le p.cr
sonnel politique, social et financier du
régime ? Veuillot avait horreur du double
rôle du due de Saint-Simon à la Cour
du grand roi et dans sa chombre
d'écrivain. Que penser du double rôle de
M. Arthur Aaffalovitch, joli cœur chez le
baron Pié, diffamateur universel a sa
porte ? J'avoue que, pour la propreté de
l'histoire et de la chronique, j'aimerais
beaucoup mieux que ce fût un simple ho
monyme, quand bien même ie pittoresque
y perdrait un peu.)
Revenons aux Débats. Ce journal re
grette que l'enquête sur la mort de Phi
lippe Daudet se poursuive* « dans la mo
notonie de dépositions insignifiantes».
Qu'à cela ne plaise! Si les Débats s'en
nuient, si leur Journal bâille, s'ils en
sont à publier les propos des « voyantes »,
il leur serait facile d'offrir à leurs lec
teurs une pièce de grand intérêt : c'est?
celle que nous avons, ^reproduite à cette
place,hier,c'est notre note aux six adresses.
-— Mais nous l'avons déjà publiée, diront-
ils avec une hypocrisie toute libérale.
— Mais vous n'en avez pas expliqué le
sens au public. ■
Vous n'avez pas dit que cette note
trouvée dans la soirée du samedi 24 sur le
corps dé l'inconnu et qui eût suffi à
le faire identifier en une demi-heure si
l'on eût téléphoné à la Ligue d'Action fran
çaise dont le nom y figurait souligné deux
fois, cette note n'a été utilisée que d'une
façon partielle, partiale, plus que suspecte.
Vous n'avez pas dit qu'on a couru au
fond de la rue de Grenelle réveiller une
dame veuve, Mme Havard de la Montagne,
parce qu'on espérait bien ne rien trouver
chez elle, mais que l'on s'est gardé de faire
chez nous la démarche qui aurait trop vite
abouti.
Nous comprenons fort bien que les Dé
bats trouvent le temps long. Pourquoi n'a
voir pas. signalé depuis trois jours un élé
ment de variété qui serait piquant ? J'en
tends bien qu'ils n'en veulent pas. Mais
pourquoi ? Est-ce Arthur Raffalovitch qui
s'y oppose ? Ou son remplaçant ? Ou le
principe est-il que l'on a, rue des Prêtres,
quelque forte ràison de ne pas se brouiller
avec les voisins de la Tour Pointue ?
III. Le retour de Briand
La rentrée possible, probable même,
de M. Briand inquiète tous les esprits po
litiques. Je conseille de lire l'analyse ai
guë et profonde à laquelle M. Latzarus
vient de soumettre cette nouvelle dans la
Revue hebdomadaire d'hier. L'auteur n'a
pas voulu reculer devant la conséquence
heureuse de ce désastre éventuel :
« Que, pour je ne sais quelle combinai-
« son de scrutin, M. Briand revienne à
« la tête des affairés, et la crise de ré-
« gime, qui ne peut être retardée que par
« le prestige d'un homme, se déclarera. »
La crise de régime est inévitable. Parce
que nous mettons la France au-dessus de
tout, parce que nous avons toujours dé
testé la politique du pire, nous avons tou
jours fait le nécessaire pour écarter M.
Briand du pouvoir, pour y maintenir "M.
Poincaré, dussiorts-rious garder aussi M.
Maunoury. Tel est notre sentiment de l'in
térêt national. Mais il est clair que l'avè
nement de Briand rendrait aux patriotes,
royalistes et autres, toute leur liberté.
Cette crise est-elle prochaine ? '
Je lis dans l'Opinion un article ano
nyme qu'il faudrait donner tout entier.
En voici l'essentiel :
« Depuis trois semaines , M. Aristide
bluani) montre aux seances de ta cham
bre une assiduite inaccoutumee. est-ce
parce que les heures critiques de la
Ruhr sont passées ? Est-ce paroe que le
banc terrifiant de M. Léon Daudet de
meure inoccupe ? Est-ce parce qu'à Co-
cherel l'hiver a suspendu les travaux des
champs ?
« Bref, M. Briand s'attache à son banc.
« Il sait bien que sa seule présence —
quand son redoutable adversaire, M. Dau
det, n'est pas là — magnétise les deux tiers
de l'assemblée. Que de souvenirs, que d'es
poirs, peut-être, se lèvent, à sa vue, dans
les cervelles parlementaires ! Il est l'Ha
bile, le Conciliant, l'Arrangeur et surtout
l'Endormeur...
« A son banc, penché sur des dossiers
ouverts, M. Poincaré semble éprouver une
gêne comme s'il sentait passer derrière lui,
des effluves insaisissables... Il pense à
Cannes, il pense à ce long effort que, pen
dant des mois et des mois, il a dû accom
plir pour redresser la politique française.
Est-il possible que, demain, le sort de l'Oc
cident puisse redevenir l'enjeu d'une par
tie de poker entre ces deux vaincus d'hier,
Lloyd. George et Briand ?
« Comme tout cela est vieux et méprisa■>
ble, ô jeunes hommes, qui rêvez d'une Fran
ce nouvelle 1 »
Parlementairement, électoralement, ré-
publicaineinent, par rapport au pays lé
gal et au pays votard, ces «jeunes hommes»
ne composent qu'une infime minorité. —>■
— La majorité nationale est pour eux ?
— Sans doute, mais le régime électif est
impuissant à la dégager.
Charles MAURRAS
Le prix Goncourt à Lucien Fabre. —
Notre collaborateur et ami me permettra
de lui dire trop rapidement à cette place,
au nom de tous, quel sourire. de joie bril
le parmi nos deuils à la nouvelle de son
triomphe, du triomphe de son livre et de
sa pensée. Petit-fils de Malherbe, frère de
Valéry, voilà le poète de Vanikoro et de la
Connaissance de la Déesse couronné chez
Goncourt .pour un roman à la Balzac !
J'aime pour nia part ces vastes ouver
tures de compas qui mesurent les extré
mités éloignées d'une intelligence d'ailleurs
énergique et féconde ! La variété des apti
tudes et des dons y répand une grâce
et, én vérité, un charme de plus. Seuls, des
talents universels, aidant à une Renais-,
sance générale, nous consoleront de tant:
d'esprits nobles et purs endormis préma
turément dans nos cimetières.
Un mot encore. Qui, dans l'Action fran
çaise et ailleurs, sous le signe d'Orion et
sous d'autres signes, a, l'un des premiers,
mis en branle les voix de la curiosité et
de l'admiration en faveur du roman de
Lucien 1-abre ?
■Ce fut son ami, son collaborateur, et je
nôtre- Eugene Marsan,dont les belles « I'as-
j nUK » cHient aussi candidates àu Prix
Goncourt ! Ce généreux esprit de cheva
lerie a été remarqué du dehors. Il méri
tait qu'on le fît connaître de nos lecteurs.
Marsan nous pardonne ! voilà qui est
fait. — Ch . M.
- i ' «nSP»" 1-1 . 1
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
A L'INSTRUCTION
On admire l'impatience des i eûmes cie
gauche devant les recherches qui se pour
suivent. Le journal du voleur Dubarry
écrit : « L'instruction se prolonge inuti
lement. » Voyez-vous cela ! Elle est à pei
ne commencée. Ainsi le voleur Dubarry
lui-même, lorsqu'il eût escamoté le porte
feuille d'un de ses amis; devait-il dire :
« Inutile de chercher ! » à ceux qui le
fouillaient et l'obligèrent à consigner par
écrit l'aveu de son vol.
Nous ne sommes pas pressés et M. Bar
naud a raison de prendre son temps. Cha
que jour, d'ailleurs, apporte à l'enquête un
élément nouveau et important. Leur réseau
se resserre de plus en plus autour des cri
minels.
Hier, le juge d'instruction a termine
l'interrogatoire proprement dit de Vidal.
Il a repris l'ensemble des déclarations de
l'anarchiste et est revenu sur plusieurs
points pour obtenir des explications pré-
cisës.
M. Barnaud consacrera la journée d'au
jourd'hui et celle de lundi à l'examen des
pièces du dossier, déjà volumineux. C'est
après cette étude que, mardi, il recom
mencera à entendre des témoins.
LE SAC EST RETROUVE
I CHEZ UN ANARCHISTE
L'événement du jour a été la saisie du
sac de toile bise que Philippe avait em
porté au Havre et qu'il avait encore lors
qu'il arriva, dans l'après-midi du jeudi,
au Libertaire.
C'est chez un militant anarchiste, nom
mé Jean Gruffy, habitant 8, rue de Char
tres, que M. Faralicq et-ses agents ont dé
couvert ce sac. Soulignons ce fait qu'il a
fallu une perquisition pour le trouver.
Il a fallu nos questions pour qu'on con
nût son existence. Les gens du Libertaire,
non seulement ne songeaient pas à le re
mettre à la justice, mais n'en avaient pas
soufflé mot dans leur récit. Quel intérêt
avaient-ils à le cacher ?
Dans ce sac, on a trouvé des leggins,
une chemise, des cols, un caleçon et un
bloc-notes d'où paraissaient avoir été dé
tachés les feuillets sur lesquels ont été
écrits les poèmes en prose.
La découverte du sac a obligé les cri
minels à compléter leur premier récit.
Cela ne va pas sans quelque contradiction
Dans son article du Libertaire, Vidal
avait écrit, apr' j avoir raconté l'arrivée
de Philippe, le jeudi soir, et son dîner
avec lui, pendant lequel l'enfant aurait
manifesté l'intention de commettre un at
tentat anarchiste : « J'arrivai, malgré
tout, à le retenir et nous retournâmes fi
nir la soirée au Libertaire où j'avais du
travail. » ' ;
Eh bien ! ce n'est plus au Libertaire
que l'on a fini la soirée. Vidal et Gruffy
ont reconnu qu'ils avaient conduit l'en
fant à une réunion de la Jeunesse anar
chiste, rue de Bretagne. Après cette réu
nion, Gruffy avait emmené Philippe chez
lui, où il aurait couché et où. il aurait
abandonné son sac de voyage.
Il faudra voir ce qu'il y a de vrai dans
ces détails. Ce que l'on peut saisir, dès
maintenant, c'est que, à partir du moment
où le pauvre petit fut entre leurs mains,
les misérables ne l'ont guère lâché.
Et que s'est-il passé chez ce Gruffv ?
Est-ce chez lui que Philippe a été dévali
sé ? Philippe y çst-il retourné ?
ET LA SERVIETTE ?
Mais, outre le sac, "le matin de son .lé-
part, Philippe avait sa serviette d'écolier
en cuir jaune. Son camarade M... qui le
rencontra vers- six heures trois quarts
place Saint-Sulpice, au moment où il al
lait prendre le Métro, l'a formellement dé
claré. Qu'est devenue cette serviette ?
LE REVE DU CANADA
Un de nos lecteurs, qui tient à spécifier
qu'il est républicain de gauche, nous fai
sait part, hier, de l'observation suivante :
« Pourquoi Philippe — s'il s'était converti
subitement et secrètement à l'anarchie — ne se
serait-il pas rendu directement au Libertaire dès
le début de la fugue, c'est-à-dire le mardi ?...
Au contraire, il gagne le Havre. Impressionné
sans doute par les récits canadiens de Jack Lon-
don et de Louis-Frédéric Rouquette (notamment
Le Grand Silence blanc) et peut-être aussi par
une visite à l'exposition du Train canadien des
Tuileries, Philippe se sent attiré, — non par la
Russie bolchéviste, — niais par Js Canada ca
tholique et françai»
Cet aiguillage vers un pays religieux , et ca
tholique coïncide assez bien avec le scrupule qui
le pousse, le vendredi, au restaurant Roy, au
milieu des anarchistes, à, faire un déjeuner mai
gre (une forte omelette, deux légumes et deux
desserts). s>
Or, en même temps que nous recevions
cette note, nous étions informés qu'il y a
trois jours M. Louis-Frédéric Rouquette,
l'écrivain géographe dont il est question
plus haut, s'était présenté au bureau de
M. Barnaud et avait demandé à être en
tendu.
M. Rouquette a déclaré au juge que,
dans la semaine do aa fugue, entre le 20
et le 25, Philippe Daudet lui avait ren
du visite, un jour,. vers onze heures du
matin, aux bureaux de la revue France
et Islam qu'il dirige. , Il lui demanda
des renseignements sur' ie Canada et
l'Alaska èt annonça son intention de s'y
rendre. M. Rouquette le questionna. En ap
prenant que son interlocuteur'ne connais
sait aucun métier, il lui déconseilla le
voyage. " -
M. Rouquette croit se rappeler que c'est
le jeudi qu'il a reçu cette visite. Mais ce
jour-là, à II heures du matin, Philippe
devait être dans le train qui le ramenait
du Havre à Paris. Ce serait donc le ven
dredi ou le samedi, jour même de sa mort.
Mais àu moment ou les gens du Libertaire
le représentent comme possédé par la
liamme de l'anarchie, ce singulier anar
chiste n'a pas cessé de rêver aux neiges
de l'Alaska. .
Maurice PUJO
P. S. — Hier matin, le Libertaire pu
bliait une photographie de Philippe Dau
det qui n'est autre que celle qui a été
remise par la famille à l'instruction pour
faciliter les recherches. Si une épreuve
de cette photographie a pu se trouver aux
mains des assassins, elle n'a pu leur être
communiquée que par le service de l'iden
tité judiciaire chargé de la reproduction
de l'original, ou par l'un des agents char
gés de poursuivre ces mêmes assassins.
Nous avons pleine confiance dans le
désir sincère qui animé MM. Barnaud et
Faralicq de découvrir-la vérité, mais cette
collusion patente d'une certaine police
avec les criminels, venant après l'étrange
affaire de la liste de noms trouvée sur
le « suicidé inconnu » e qu'on n'utilisa
pas pour le reconnaître,rapidement, mon
tre assez quels obstacles dans leur tâche
rencontrera la bonne volonté des enquê
teurs.— M. P.
ECHO S
LES FAITS DU JOUR
— Les obsèques nationales de Maurice
Barrés ont eu lieu hier.
— Le Reichstag vote en troisième lectu
re la loi sur les pleins pouvoirs.
A Bucarest, un fort saute. Les victi
mes sont nombreuses.
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Moralité des élections
d'Angleterre
La moralité des élections anglaises, c'est
qu'il n'existe pas une manière de faire voter
les gens qui soit supérieure aux autres.
Tous les systèmes ont lèurs défauts. Celui
des Anglais, qui est nettement majoritaire,
produit les effets qu'on reproche à là repré
sentation proportionnelle, alors que la pro
portionnelle devait corriger les effetà du
scrutin majoritaire.
Les Anglais- sont restés fidèles à l 'arron
dissement. En outre, ils répudient ce que
nous appelons le ballottage. Le candidat
qui obtient le plus .de voix est proclamé
élu au premier tour. Et les minorités, selon
le mot célèbre, n'ont qu'un droit, celui de
travailler à devenir la majorité.
Cependant il suffit de regarder le tableau
des élections de jeudi pour s'apercevoir
que beaucoup de députés, dans les cas
« triangulaires », c'est-à-dire quand il y
avait trois compétiteurs en ligne, ont été
nommés avec quelques voix seulement de
plus que leur rival le plus favorisé. Des
majorités de 6 à 100 voix ne sont pas rares.
On comprend qu'avec ce système il suffise
de très légers déplacements de l'opinion
pour provoquer des changements considé
rables dans la composition de la Chambre.
C'est ainsi que les travaillistes ont conquis
près de cinquante sièges avec deux cent
mille suffrages de plus qu'à la précédente
consultation.
Les Anglais ne conçoivent pas le régime
parlementaire sans majorité. C'est pour
quoi- ils rejettent la proportionnelle qui
émiette les partis et rend le gouvernement
impossible ou dangereusement instable.
L'essence du parlemèntarisme anglais con
siste à renverser les ministères par la non-
réélection de leurs partisans plutôt que par
(les votes émis à l'intérieur de la Chambre.
On demande au pays une majorité pour
gouverner. On ne lui demande pas les élé
ments d'une coalition, toute coalition étant
« immorale et funeste » à la fois.
Pourtant, le parlementarisme anglais est
tombé dans le mal qu'il a voulu éviter. La
nouvelle Chambre est composée à peu près-
comme si elle avait été élue selon les prin
cipes de la représentation proportionnelle.
Elle est composée de trois partis dont
aucun n'a la majorité, et l'on regarde déjà
de nouvelles élections. comme inévitables
au cours de l'année prochaine, sans qu'on
soit sûr, d'ailleurs, que les conservateurs
cesseront de voter pour des conservateurs,
les libéraux pour des libéraux, les travail
listes pour des tfavaillistes. On en vient à
conseiller à ce pauvre parti libéral, qui a
eu un peu moins de voix que les deux
autres, de se 'sacrifier et de disparaître
volontairement pour que le pendule re
prenne son mouvement régulier. On lui dit
doucement qu'il est vieilli, démodé. Peut-
être, en effet, disparaîtra-t-il à la longue
et de lui-même. Nous n'en sommes pas là
et" le roi George reste en face de ses trois
partis, comme le passeur de Cervantes en
face du loup, de la chèvre et du chou.
Jacques BAINVILLE
Les obsèques nationales
de Maurice Barrés
De la statue de Strasbourg à Notre-Dame. —Paris a salue
la dépouille du grand patriote
Les-obsèques de Maurice Barrés ont
été célébrées hier matin aux frais de
La levée du corps a été faite à la mai
son mortuaire, 100 boulevard Maillot, à
8 h. 15, en présence de la famille. Puis le
corps, placé dans un fourgon, a été con
duit place de la Concorde où avait lieu le
rassemblement du cortège.
Le Cortège
Dès 8 li. 30, les délégations qui doivent
suivre le char funèbre commencent à se
grouper au pied de la statue de Stras
bourg.
La place de la Concorde est gardée par
la police, la garde j-épublicaine à pied et
à cheval. La foule est massée sur le pour
tour de la place et sur la terrasse des
Tuileries, noire de monde. Sous les ordres
du général Lebocq, commandant la 7 e
division d'infanterie, des détachements de
troupes de la garnison de Paris rendent
les honneurs. Ils comprennent deux régi
ments d'infanterie, avec drapeau 'et mu
sique, un escadron de cuirassiers et une
batterie d'artillerie.
Deux immenses couronnes sont placées
sur deux brancards : l'une est offerte par
la Ligue des Patriotes, l'autre par la Ré
publique rhénane. Deux chars, sur les
quels s'amoncellent les couronnes, sta
tionnent devant le corbillard attelé de six
chevaux caparaçonnés et tenus en maiB:
par des écuyers. Le char, aux décorations '
argentées, est surmonté de cinq hauts pa
naches noirs. Des faisceaux de drapeaux
tricolores ornent ses angles. Les écussons
sont marqués des deux initiales : M B.
Mais voici le fourgon mortuaire. Le
« Garde à vous! » retentit et, tandis que
la musique militaire joue une marche fu
nèbre, on place le cercueil, recouvert
d'un drap tricolore, sur le corbillard. Le
cortège se (orme. Les cordons du poêle
sont tenus par MM. Léon Bérard, ministre
de l'Instruction publique ; le maréchal
Foch; Joseph Bédier, en uniforme d'aca
démicien ; Henry Paté, représentant la
Chambre des députés ; Lalbu, représen
tant le- Conseil municipal ; Désiré Ferry,
représentant la Ligue des Patriotes; Geor
ges Lecomte, président de 'a Société des
gens de lettres; Levée, représentant' le 1 or
arrondissement; le colonel Blaison, repré
sentant la. Ville de Charmes, et Henry
Simond, directeur de l'Echo de Paris.
Derrière les membres de la famille et
le général Lasson, représentant le prési
dent de la République, viennent de nom
breuses personnalités parmi lesquelles on
remarque les généraux Mawgin et Gouraud.
Suivent les délégations de îa rédaction et
de l'administration de l 'Echo de Paris, la
Ligue des Patriotes avec ses -drapeaux» les
Associations d'anciens Combattants, les-
officiers de complément, la ligue des
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