Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-06
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 06 décembre 1923 06 décembre 1923
Description : 1923/12/06 (Numéro 339). 1923/12/06 (Numéro 339).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième Année. — N° 339.
| cent.
Seine ci Scine-el-Oisc* .
20 ^
Départements, Colonies.
ABONNEMENTS: «nu . 1
France et Colonies. 48 fr« 25 fin» } 15 fr. !
Etranger. ,. , , , 82 » 42 o 22 » '
3 EDITION DU MATIN
Jeudi 6 Décembre 1923.
ORGANE DU NATIONALISME INTEGRAL
« Tout ce qui est national est notre. *
Le Duc d'ORLÉANS
héritier des quarante Uois qui eu mille ans firent la Franc»
RÉDACTION tt ADMINISTRATION
1À, rue d o Rome, P ARIS (80
Adr. télégraphique ; ACTIOFRAN-PARIS
Chèque postal ; Compte 23.000 Paris
TeL : Administration : Louvre 20-4!>, 26-50
Public: >6: Central 74-77
Rédaction : Central 75-44
Après 10 h. du soir : Séçju r 1 i-68
' Registre do Commerco : Seine 78.582
Fondateur s HENRI VAUGEOIS —» Directeurs politiques ! LÉON DAUDET et CHARLES MAIIRRAS —» Rédacteur en chef ; MAURICE PUJO
Après récliec «lu gouvernement- sur la
question électorale...
c Le combat deviendra sérieux
entre la politique de Cannés et
celle de M. Poincaré. »
LUCIEN ROMIER,
dans la Journée industrielle
C'est ainsi qu'en République notre poli
tique étrangère est inexorablement com
mandée par la politique intérieure
m
IDE LA
La mort de Happés
La Patrie perd un de ses meilleurs fils.
Les Lettres françaises perdent un de leurs
plus ; grands écrivains. Barrés est de ceux
qui avaient VU' venir, depuis de longues
années, l'effroyable catastrophe de 1914, et
l'on peut'dire qu'il ne cessa jamais de ser
vir la Cause nationale, au premier rang. Il
fut le benjamin du boulangisme. Il fut un
des fondateurs de la Patrie française. Il
fut un des .artisans de notre malheureuse
victoire, si durement acquise, gâchée par
un-régime insensé. Il part à l'heure où, de
nouveau, la nation allait avoir besoin de
lui. Cette mort n'est pas seulement un
Immense regret, elle est aussi un grand
malheur, un " vide qui ne saurait être
comblé.
La disparition d'un esprit de cette enver
gure — doublé d'un artiste incomparable
i— est environnée d'une brume de larmes
qui empêche d'apercevoir ses dimensions,
Bon rémige intellectuel et moral. A quelque
distance seulement, et dans cette demi-séré
nité qui précède les remous intérieurs de
l'histoire, po.urra être célébré, comijie il
doit l'être, à, la lumière de la seule Raison,
-Maurice Barres. Ce que nous pouvons et
devons affirmer, dès aujourd'hui, c'est son
rôle bienfaisant ici-bas et quant à/ce coin
de terre privilégié et sanctifié qui est la
France. Depuis trente-cinq ans que je les
connaissais et que je les aimais, lui et son
admirable compagne, ce qui m'émouvait le
plus dans Barres avec son, intrépidité
d'âme — c'était son dévouement total au
pays. Nous différions sur biqn des points,
certes, et de la façon la plu? ouverte et la
plus amicale. Mais, là, quelle ardente com
munion ! De temps en temps, à l'occasion
des aff aires publiques, je ^recevais de lui
lin mot bref, auquel je répondais de même,
et où s'exprimait notre inaltérable sympa
thie—' au sens complet -h- quant à l'essen
tiel terrestre, qui est le sol et le patrimoine
des ancêtres. Réellemerit, je le chérissais.
II a-écrit, à mon avis, quelques-unes des
pages immortelles d£ notre anthologie.
Tant sur la vie aventurée et mouvante des
hommes et des assemblées que sur la vie
intérieure. Il était ipi complexe à lignes
simples. Sa phrase avait la haute cadence
" des vrais maîtres, inspirée de Pascal, de
Racine et de Chateaubriand, mais avec un
accent, une tonalité déchirante et douce,
un accord de violon dans le bois sacré, qui
lui appartient en propre : le style barré-
eien. Sa sensibilité, nuancée comme celle
de la femme, trouvait, pour s'exprimer, des
termes virils et même durs, un peu comme
la musique de Beethoven. Aussi, chaque
fois que je relis son chef-d'œuvre, qui est,
selon moi, la Colline inspirée, j'entends
en sourdine-la Symphonie en la et les vers
fameux : ; ;
Mon cœur, comme un tambour voilé,
Va battant des marches funèbres.
Barrés fut, comme son ami Bourget, une
terreur en bien'de cette Académie française
vouée, par le'siècle, à la médiocrité et à
la sottise, et ;à " la déchéance de laquelle
iious assistons. Il apportait à la Chambre
une . autorité ; incontestable et incontestée,
acquise en dehors d'elle. Il aimait la
gloire et déjà celle-ci le baise au front,
bous le laurier — immortel pour de bon
»— du patriotisme sauveur et ■ vengeur.
Maurice Barrés nous laisse, en s'en
allant, un fils digne de lui,, son cher Phi
lippe, appuyé à une incomparable mère.
Léon DAUDET
Député de Paris.
Les pressentiments de Maurice Barrés
ne l'avaient pas trompé. Dans la préface
qu'il avait mise au journal de son grand-
père, publié l'aa dernier, il avait parlé de
lui-même comme au passé, avec une mé
lancolie sérieuse et mystérieuse. Cet été,
je l'avais rencontré chez Longnon et Va-
rillon, à la Cité des Livres. Il aimait venir
là, près des jeunes gens, au milieu" des bel
les éditions et des vieilles reliures. Et il
s'était assis d'un air si las, il avait dit :
< Je suis fatigué » avec un accent qui ve
nait de telles profondeurs de l'être que
nous'en étions resté frappé. Tout de suite
après il avait été 'enjoué comme il savait
l'être. Sa conversation avait été ce qu'elle
était toujours, familière sans permettre la
familiarité, rapide, pleine d'ellipses qu'il
éclairait de son sourire et de son regard,
avec ces « yeux de gazelle » qui lui gar
daient sa jeunesse.
La santé de Barrés était une inquiétude
pour ses amis. Jamais ils n'eussent pensé
qu'il dût leur être enlevé si tôt. 11 était en
core plein de projets. Son Jardin sur t' ti
rante, ses souvenirs de Syrie : c'était, tou
jours ardente, cette source de poésie qui
s'épanche sur son œuvre et qui en est la
vie. Après Venise^ Tolède et Sparte,
l'Orient l'avait retenu. Il y retrouvait, au
milieu des charmes et des mystères, l'idée
qui ne le quittait pas, l'idée nationale, et
le dernier ouvrage qu'il aura signé, ce
sont ces-rapports parlementaires qui con
cluent à l'autorisation des missionnaires
sans lesquels le nom français disparaîtrait
des pays du Levant.
Le Rhin, l'Orient auront été les der
nières» pensées de Barrés. 11 y a peu de
jours* encore, il. posait le problème rhé
nan devant la Chambre dans les termes
généraux, élevés, philosophiques qui
étaient les siens. Il état des premiers par
mi/ceux que Mistral appelait les « main-
teneurs », ceux qui empêchent les idées
de sombrer. Il faudrait relire aujourd'hui
et. réimprimer à son honneur son dis
cours de réception à l'Académie françai
se, programme de sa pensée et de sa vie.
/ Aussitôt après-l'armistice, il avait voulu
aller voir les « Bastions de l'Est ». Son
émotion était intense, sa sensibilité, après
les épreuves de la guerre, d'autant plus
vive qu'elle était secrète. À Luxembourg,
il avait été frappé de congestion et peut-
être, à ce moment-là, a-t-il cru déjà qu'il
allait mourir. « L'Alsace et la Lorraine
de nouveau françaises, c'est assez, rien
ne m'est plus. » Nous lui avions entendu
dire un soir cette espèce de Nune dimit-
tis. Et puis il avait retrouvé sa vigueur,
repris goût au travail. Car rien n'est ja
mais fini. Voilà tout achevé pour lui. Que
c'est vite et que c'est tôt ! — J. B.
LES DERNIERS MOMENTS
Maurice Barrés est mort presque subite
ment dans la nuit de mardi à mercredi. Il
y a une dizaine de jours, il avait souffert
d'une grippe qui l'avait contraint à s'aliter
pendant 48 heures, mais ce malaise parais
sait complètement dissipé. Mardi, il avait
présidé, au restaurant Ducastaing, le dé
jeuner du Comité directeur de la Ligue des
Patriotes, à la tête de laquelle il avait rem
placé Dé'roulède. Durant ce repas, il s'était
occupé de questions politiques et s'était
déclaré en faveur du scrutin de 1919. Il
avait aussi parlé de ses projets d'avenir,
de ses travaux littéraires et de sa future
eampagne électorale. Après le déjeuner,
Maurice Barrés s'était rendu à la Cham
bre, puis était revenu dîner chez lui, bou
levard Maillot. Peu après 10 heures, il fut
pris d'une violente douleur intercostale
et monta dans sa chambre à coucher. A
11 heures, Mme Barrés s'est aperçue du dé
cès de son mari.
La funèbre nouvelle mit quelque retard
à se répandre hier matin; parce que Mau
rice Barrés n'avait jamais voulu prendre
chez lui le téléphone.
Hier soir, il a été décidé, sur la propo
sition de M. Léon Bérard, ministre de l'Ins
truction publique, que les obsèques de
Maurice Barrés seraient faites aux frais
de l'Etat.
SA VIE ET SES ŒUVRES
Né dans les Vosges, à Charmes, en 1802,
Maurice Barrés n'était âgé que de 61 ans.
Retracer sa carrière, c'est passer en re
vue la vie politique et la vie littéraire de
ces quarante dernières années. Son nom
domine l'histoire de l'une et de l'au
tre.
Après avoir commencé ses études au
lycée de Nancy où il eut pour professeur
de philosophie Burdeau (le Bouteiller des
Déracinés, il vint à Paris en 1882 pour fai
re son droit. Tout de suite il se mit à
écrire dans les revues 'd'avant-garde, telles
que la Jeune France, et en 1884 il fonda les
Taches d'encre qu'il rédigeait seul et qui
eurent seulement quatre numéros. Peu
après, il publia ses Huit jours chez M. Re
nan, brochure qui fit grand bruit dans les
milieux littéraires.
De 1887 à 1891, il publia Sous l'œil des
Barbares, Vil homme libre et Le Jardin de
Bérénice, trilogie consacrée au Culte du
Moi. Il faut rapporter à la même inspira
tion deux recueils de mélanges Du Sang,
de la Volupté et de la Mort (1895) et Amo-
ri et Dolori Sacrum (1903), méditations
psychologiques et aussi évocations de l'Es
pagne et de l'Italie.
En même temps qu'il écrivait ses pre
miers livres, Barrés prenait intérêt à la
politique. En 1888, il entra dans le parti
boulangiste dont il devint bientôt un des
chefs ; c'est à ce titre qu'il fut élu député
de Nancy. En 1893, il se présenta dans
l'arrondissement de Neuilly et fut battu par
M: Lefoullon. Il y échoua encore en 1896.
Mais Te 16 mai 1906, il fut élu par le 1 er
arrondissement. Réélu eu 1910, il n'a pas
cessé depuis de siéger' à la Chambre.
II a toujours pris une part active à la
vie du Palais-Bourbon : après la loi de
séparation, il s'est fait l'éloquent défen
seur des églises de France. Il a toujours
lutté contre le socialisme, les sentiments
antireligieux, les tendances à l'internatio
nalisme et surtout contre le rapproche
ment franco-allemand d'avant-guerre.
En 1893, Maurice Barrés publia le Culte
du Moi, Examen de trois idéologies et
'L'Ennemi des Lois. En 1894, il fit repré
senter une comédie de mœurs. Une journée
parlementaire.
Dès 1892, il avait commencé une nou
velle trilogie, le Roman de l'Energie natio
nale, qui comprend les Déracinés,. l'Appel
au Soldat, inspiré par le boulangisme et
Leurs Figures, cinglant récit de l'affaire
du Panama.
En 1902 ont paru Scènes et Doctrines
du Nationalisme qui traitent de l'affaire
Dreyfus- et encore du boulangisme ; en
1903, les Amitiés françaises, où l'auteur
décrit l'éducation traditionnelle qu'il don
ne à son fils Philippe. En 1905, un nou
veau livre, Au Service de l'Allemagne, qui
montre que les jeunes Alsaciens doivent
rester dans leur pays pour v maintenir
la'culture latine, inaugura une nouvelle
série : Les Bastions de l'Est, dont font par
tie Colette Baudoche et le Génie du Rhin.
II faut ajouter ù ces œuvres des livres
qui. ne se rattachent à aucune série défi
nie, tels que Le Voyage de Sparte, Greco
ou le Secret de Tolède, La Colline inspirée,
la Grande Pitié des Eglises de France.
En 1906, il obtint à l'Académie fran
çaise le fauteuil de M. de Hérédia.
Pendant la guerre, Maurice Barrés rem
plaça à l'Echo de Paris le comte Albert de
Mun et publia presque jusqu'à la fin des
articles qui exaltaient le courage des com
battants, et servaient à soutenir le courage
de la nation. Ils ont été recueillis dans les
dix volumes de la Chronique de la grande
guerre.
Récemment, Maurice Barrés a publié le
Jardin sur l'Oronte, et, dans la Revue des.
Deux-Mondes : Souvenirs d'un officier de
la grande Armée, qui sont les mémoires de
son grand-père. C'est à propos de ce der
nier ouvrage, qu'il a écrit cette phrase où
il semble pressentir l'approche de sa
mort :
« Les inscriptions de leurs tombes me rappel
lent que mon grand-père est mort à soixante-deux
ans, et tous les miens, en moyenne, à cet âge ;
elles m'avertissent qu'il est temps que je règle mes
affaires... Jo commence à me sentir un peu pressé
par le temps ». i
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
L'AUTOPSIE
Le corps de notre cher petit Philippe,
que nous y conduisions, il y a huit jours,
sous les fleurs, a été exhumé, hier matin,
à 8 heures, au cimetière du Père-Lachai-
se, en présence de Jacques Allard, repré
sentant la famille, de M. Faralicq, com
missaire aux-recherches judiciaires, et de
M. Le Gall, commissaire de police.
Le cercueil, suivi tête nue par les as
sistants, a été placé dans un fourgon. des
pompes funèbres et conduit à l'Institut
médico-légal.
A 10 heures, en présence de Jacques
Allard et du professeur Duval, commis par
la famille, les docteurs Socquet. Paul
et Balthazard ont procédé à l'autopsie.
En attendant leur rapport qui n'est pas
encore établi; les médecins légistes ont
fait connaître au juge d'instruction leurs
conclusions :
« La mort a été déterminée par une
balle de petit calibre pénétrée par la ré
gion temporale droite et tirée à bout tou
chant. Le projectile est sorti par la ré-
topsie
cide. »
Rien non plus ne s'oppose à l'hypothèse
d'un crime. C'est à la justice d'éclaircir
la question et de saisir les assassins.
L'autopsie, au surplus, n'est pas com
plète car il reste à faire un examen toxi-
cologique pour lequel les viscères ont été
prélevés.
LA SAISIE DES PAPIERS
Certaines indications, relevées par M.
Faralicq au cours de la perquisition effec
tuée mardi matin au domicile de Vidal,
avaient permis de supposer que les papiers
de Philippe Daudet, se trouvaient cachés
à Marseille, chez la mère de l'anarchiste.
M. Barnaud avait donné commission roga-
toire au parquet de Marseille, télégraphi-
quement, pour saisir les papiers chez Mme
Vidal. Les recherches de la police, disait-
on hier soir n'avaient pas abouti. Cepen
dant, on apprenait que la « compagne »
de Colomer, rédacteur au Libertaire, était
venue à Marseille et qu'elle était repartie
mardi soir pour Paris, par le train de 10 h.
A sa sortie de la gare de Lyon, elle était
arrêtée par l'inspecteur Riboulet. Elle fut
immédiatement soumise à la fouille, dans
un local de la gare réservé à ce genre d'o
pérations. *
Dans son soutien-gorge se trouvait cou-
. sue une pochette qui renfermait le texte
des « poèmes en prose » publiés par le
Libertaire sous le nom de Philippe Dau
det, la lettre du Havre datée « mardi », et
se terminant par les mots « pauvre papa,
pauvre maman », et, enfin, le billet remis
à Davray pour Vidal, et dans lequel Phi
lippe informait ce dernier qu'il avait em
prunté 35 francs au tenancier du « Grenier
de Gringoire ».
La saisie de ces papiers, dont le texte
était déjà connu et publié, sur Mme Colo
mer, a inspiré quelque scepticisme. On
s'est demandé si ce n'était pas là une mise
en scène préparée par les anarchistes pour
faire croire qu'ils n'avaient pas d'autres
papiers de Philippe que ceux-là. Or nous
savons que Philippe avait habituellement
beaucoup de papiers dans ses poches et
parmi eux il devait s'en trouver < ri l'iden
tifiaient facilement.
Ce scepticisme n'avait pas tort si nous
en croyons la dépêche suivante que nous
recevons dans la nuit et d'après laquelle
la perquisition chez Mme Vidal n'aurait
pas été aussi infructueuse qu'on le disait *
Marseille y 5 décembre. — En vertu d'une com
mission rogatoïie de M. Barnaud, juge d'instruc
tion chargé de l'affaire Philippe Daudet, la po
lice marseillaise s'est rendue ce matin, 24, rue
de la République au domicile de Mme Vidal,
mère de M. Georges Vidal, rédacteur au Liber
taire.
On a saisi, une lettre de M. Georges VMnl
datant de trois jours dans laquelle il priait sa
mère de conserver soigneusement les lettres du
jeune Philippe Daudet. Ces lettres avaient été
remises (?) à M. Vidal par le jeune homme la
veille du jour où il devait mourir tragûjueiicent.
Le secret le plus absolu est gardé sur la teneur
de ces lettres. Les documents saisis ont été Bdres-
sés à Paris.
LE CHAUFFEUR A L'INSTRUCTION
Longuement entendu par M. Barnaud, le
chauffeur Bajot a confirmé les déclara
tions qu'il avait faites à la police judiciai
re.
Il a maintenu que Philippe n'avait pas
de pardessus lorsqu'il est monté dans sa
voiture. Le brigadier Lhuissier et l'agent
Raffali, confrontés avec lui, ont déclaré que
lorsque le blessé fut descendu de la voi
ture à l'hôpital Lariboisière, il était vêtu
de son pardessus.
Bajot, sur la demande du juge, a expli
qué ensuite comment il se trouvait à la
place de la Bastille :
— Avant de prendre M. Philippe Dau
det dans ma voiture, j'avais conduit le
coureur cycliste Henri Pélissier de l'ave
nue Victor-Hugo à la rue Richer. Je m'é
tais ensuite mis en station boulevard Pois
sonnière, en "l'ace do la rue du Sentier. Il
était à ce moment 4 heures moins le quart
environ. J'attendais depuis cinq à'dix mi
nutes lorsqu'une dame monta dans mon
taxi et se fit conduire à la Bastille, où je
devais charger M. Philippe Daudet. »
Bajot affirme avoir entendu une déto
nation. II se serait alors retourné et il
aurait vu son voyageur incliné sur le côté
gauche de la voiture, la tète légèrement
penchée en avant, perdant du sang.
Le soir même (et non le lendemain,
comme il avait dit d'abord) Bajol a lavé
sa voiture dans son garage, aidé de sa
femme. Malgré le nettoyage minutieux au
quel ils avaient procédé, la douille de la
cartouche avait echapjjc à leur attention.
Bajol explique qu'il a ' bien soulevé le
plancher du taxi au cours du nettoyage.
Le lendemain, qui était un dimanche,
il n'a pas fait sortir la voiture.
.Tel est l'essentiel des 1 déclarations de
Bajol. . «
M. Barnaud se préoccupe de faire re
chercher la dame que le chauffeur dit
avoir conduite à la place de la Bastille. Il
est à souhaiter que l'on retrouve cette
voyageuse, pour que soit exactement éta
bli le .temps du chauffeur ' et que soient
vérifiées ainsi les circonstances précises
qui. l'ont amené à la Bastille.
Ajoutons qu'on ignore encore à l'heure
actuelle si la douille retrouvée dans le taxi
est du même calibre que le pistolet.
La voiture est maintenant sous scellés
dans le garage de Bajol. Les premières
constatations faites n'ont permis de re
trouver aucune trace de la balle.
LE VOYAGE AU HAVRE
L'Agence Radio nous communique la
dépêche suivante :
Le Havre, 5 décembre. — Nous avons pu ren
contrer le chauffeur Lefèvre qui promena, le
jeudi matin, le jeune Fhilippe Daudet. Il nous
a confirmé qu'il eut, peu de jours après, l'im
pression d'avpir véhiculé le fils de M. Léon
Daudet II écrivit même à celui-ci pour le lui
annoncer.
Le jeune homme quitta Le Havre par le train
omnibus de 10 h. 3 avec un billet pour Rouen
qu'il dut faire supplémenter pour Paris.
Par ailleurs, certains renseignements recueillis
aujourd'hui permettent de dire que le mysté
rieux voyageur du Havre qui avait décliné le
nom de Bouchamps, chercha à acheter un re
volver non loin de t l'hôtel Bellevue.
En effet, M. Gardin, armurier, 103, rue Vic-
tor-liugo, reçut la visite d'un jeune homme res
semblant au signalement connu de Philippe Dau
det, qui lui demanda à acheter un pistolet. Le
marchand lui demanda son âge, car il paraissait
avoir 15 ans. Le jeune acheteur répondit qu'il
avait 17 ans. L'armurier refusa alors de lui ven
dre aucune arme. Le jeune homme parut désap
pointé. II insista, d'ailleurs, sans succès, en dé
clarant qu'il avait besoin d'être armé car il al
lait naviguer.
Ces renseignements, sans apporter de préci
sions sur la provenance du revolver trouvé dans
le taxi â Paris, indiquent néanmoins que le voya
geur du Havre avait le désir d'acheter une arme
à feu.
Nous pouvons confirmer ces renseigne
ments en ce qui concerne la lettre du
chauffeur. Léon Daudet l'a réçue tout ré
cemment et il l'a immédiatement transmise
au -juge d'instruction. Si nous n'en avons
pas parlé plus tôt, c'est afin de ne pas gê
ner les vérifications nécessaires.
Mais nous pouvons ajouter au récit de
Radio quelques détails qui ne sont pas sans
intérêt. Au cours de la promenade qu'il fit
autour des bassins, Philippe entra en con
versation avec le chauffeur. Comme il lui
disait qu'il voulait prendre le train de
10 h. 3, le chauffeur lui en indiqua un au
tre, plus pratique. Philippe n'en voulut pas
parce qu'il le faisait arriver un peu plus
tard à Paris.
A la gare, le voyageur paya le taxi avec
un billet de 50 francs tiré d'une. liasse
d'autres billets de 50 francs. Il abandonna
dans la voiture un numéro de l'Humanité.
Si l'on rapproche ce dernier détail de la
tentative qu'aurait fait Philippe d'acheter
un revolver avant son départ du Havre, on
y verra une singulière confirmation de
l'hypothèse que nous avons formée : Phi
lippe, qui n'avait pas réussi à s'embarquer
pour le Canada, rentrait à Paris pour faire
un coup d'éclat et venger Plateau. Il avait
acheté l'Humanité pour y chercher des
adresses de révolutionnaires. (Peut-être, à
la gare, acheta-t-il ensuite le' Libertaire.) Il
voulait se procurer un revolver pour tirer
sur eux,
LA POLITIQUE
I. Barrés
ou l'Homme du rempart
' Cette traduction est courante pour les
habitués des langues romanes : barrés,
barri, murailles. Si le grand écrivain, le
grand analyste, le grand poète a été un
grand homme, ce fut surtout par là. A
l'heure où il fallait à la patrie, sur le
rempart, plus encore que des poitrines
et des bras, un cerveau, un cœur bien
en place, il s'y ' portait, il y était, il
n'en bougeait pas. Le frisson de Paris à
la nouvelle du cruel événement de sa
mort ne s'y est pas trompé. Personne qui
l'ait précédé, personne de son temps et
du nôtre naura donné de la patrie un for
mulaire aussi général, aussi pénétrant,
aussi capable d'agir sur les esprits, et sur
les cœurs. Ce noble artiste littéraire au
rait pu se limiter aux beaux jeux de la
muse sereine : il a toujours voulu et com
battre et servir, fascinant toute la jeu
nesse, il la ramenait au culte de la patrie:
oh! sans prêche, par simple charme, et la
pratique de l'amour du noble et du beau.
Vers 1885-1888, quand il apparut, il
était temps. Tout juste ! L'anarchie litté
raire hésitait, comme une bacchante, des
derniers disciples de Hugo aux derniers
imitateurs de Zola. Les nouvelles généra
tions: ne se représenteront jamais claire
ment cette grande pitié, ni cette renais
sance que déterminèrent sa jeune audace
et sa fierté. Quelques « petites phrases
courtes», comme il disait, et c'en était
fait : la tradition des moralistes français
était reprise, l'impressionnisme bégavant
était enterré, une haute pensée osart se
mêler des finesses de l'art d'écrire
l'homme écrivain se rappelait enfin qu'il
avait à sa disposition un cerveau. Tout
cela simplement et comme à demi-mot,
l'insolence elle-même teintée de réserve
et de « gentillesse ». J'ai beaucoup médité
sur l'art de Barrés. Je. ne l'ai jamais si
bien compris que tout à l'heure, devant
le masque immobile, couleur de cire
fauve, de son noble visage éteint. Pen
dant quelques secondes, les dernières qui
m'aient été données pour le revoir, j'ai sen
ti affluer, abonder, rayonner tous les si
gnes impérieux qui composaient son
admirable chant à deux voix.
— Hélas ! si tôt, ami ? Et comment ?
Et pourquoi ?... Bien que dans une incom
parable préface aux Souvenirs de son
grand-père, il eût presque sonné à lui-
même son glas, nous tenions ces pressen
timents pour de graves erreurs et nous es
périons bien qu'i' cous enterrerait tous.
J'avais eu, la semaine dernière, une
cordiale lettre de lui, car nous nous
écrivions plus que nous ne nous voyions.
Substantielle et chaude, cette lettre portait
toutes les plénitudes de la vitalité. Ap
pliquée et vive, l'écriture elle-même ne dé
notait rien de nouveau dans l'éternelle
jeunesse de celui que ses premiers com
pagnons, presque tous ses cadets, man
quaient rarement d'appeler entre eux « le
jeune Maurice ». Lorsque, il y a trente-cinq
ans, j'allai lui faire, rue Chaptal, ma pre
mière visite, un adolescent vint m'ouvrir.
J'imaginai un collégien de ses amis, son
jeune frère peut-être. 11 dut me certifier
qu'il était lui-même et que j'avais bien
devant moi cet auteur des Barbares, des
Taches d'encre, dont nous déraisonnions
presque tous depuis qu'il s'était mis à peu
pler nos imaginations de ses rêves, de ses
idées, de ses volontés. Au premier entre
tien^ il se révélait tel qu'il devait être :
ironie, poésie, grave estimation de l'hon
neur. Les explications n'étaient pas néces
saires. Que les développements furent
beaux ! Je répète : combien ils furent
utiles à la patrie! L'élite allait se déban
der, se dissoudre peut-être : ce prétendu
anarchiste la fixa, la disciplina, ce préten
du disciple de Fichte (on a émis cette
sottise hier soir) la dégermanisa.
Naturellement, comme cela se voit en
core autour de son lit de mort, les clans
se le disputaient. Il était à la France. J'ai
vù cela de près, à l'automne de 1897, à
l'aube de l'infernale et sanguinaire Affaire
Dreyfus. Les paris étaient ouvert entre
nous : avec qui serait-il ? « Il est pour le
moi, le moi c'est la sainte anarchie » di
saient les uns et les autres faisaient valoir
le grand nombre de juifs et de cosmopo
lites qui, se pressant autour de lui, cour
tisaient et ilattaient son jeune génie. Je
riais dans mon coin 1 Tant l'issue nous
était certaine !De bons gros jeunes patriotes
voulaient aller le voir pour le supplier de
ne pas dérailler. Quelle sotise! Il n'y eut ni
lettre à écrire, ni démarches à faire, ni
instances à.formuler. Un article du Jour
nal, simple, et direct comme la foudre, ap
prit un beau matin que Barrés allait
au rempart. Il était homme, il était poète,
les variations infinies de la vie cha
toyante, la moire éclatante des arts pou
vaient tenter son cœur ou solliciter son
regard. Dans les grandes affaires égalées
sans effort, il était grand.
Ceux qui n'ont pas compris n'ont sans
doute pas bien regardé. Mais la vaste
étendue de la place qu'il laisse fera mieux
juger sa stature et mesurer son rôle
exact. La France serait autre s'il
n'avait pas été. De lui, et de lui seul,
auront dépendu quelques-unes de nos
meilleures destinées. Avec lui, c'est une de
nos colonnes qui tombe, un grave point
d'appui intellectuel et moral qui périt.'Que
les survivants se raidissent! Ce serait pro
bablement son conseil. Il le donnerait en
particulier à ces hommes de t'Est, ses
compatriotes qu'il aimait à nous en
tendre appeler en souriant, par allusion
aux Guises « les Princes Lorrains », et à
qui leur naissante sur le flanc le plus ex
posé confère des grâces d'Etat pour la
défense, le gouvernement, le conseil de
tout le reste du navs. Lin grand Lorrain en
moins ! Et quel grand Lorrain ! La dur*
perte du pays impose à ses enfants une
plus lourde charge. Il faudra partager
lé fardeau que laissent les morts ! Puissent
ces compagnons,ces amis,puissent tous .lea
Français, possédés de l'instinct de sécu
rité lorrain et alsacien recueillir avec
sc'.i et continuer généreusement tout co
qui doit durer, tout ce qui peut être
transmis du faisceau des services que ren
dait Maurice Barrés! Puisse la jeunessq
s'en rendre compte et s'appliquer à toutes
les tâches compensatrices: cette soirée du
4 décembre 1923 nous diminue bien
cruellement.!
IL Un espoir d'assassins trompé
L'énergique intrépidité de Daudet
étonne'et irrite ses ennemis. Est-ce qu'ils
se figuraient l'abattre ou nous abattre ?
Rêvaient-ils de mettre le directeur de l'Ac-
'tion française à la retraite en lui infligeant
le ,plus atroce des deuils ? Ce calcul est
certain, il est démontré faux. Non, ce n'est
pas pour cette fois que, ses anarchistes
ayant bien travaillé, l'ami de Sébastien
Faure et d'Almereyda, le camarade Aris
tide Briand aura la voie libre à la Cham
bre. Ce n'e.st pas pour cette fois que Dau
det sera empêché de dire la vérité au
procès de Germaine Berton. Non, l'effet
d'épouvante que l'on escomptait est perdu.
Furieux, les assassins nous accablent
d'injures. Ça ne porte pas. ça ne compte
pas. L'individu innommable qui a tenté
de déshonorer un enfant se plaignait l'au
tre jour que je l'eusse traité de menteur.
Il se trompait. Je l'avais traité d'assassin.
Lui qui ne sait pas lire quand on lui
donne ses véritables nom èt prénoms,
assure que je n'ai rien compris à la lec
ture de son "article ; pour échapper à mes
question, il dit maintenant que la lettre
que Philippe Daudet avait mise sous en
veloppe avant de la lui confier ne portait
point d'adresse à l'intérieur. Le fait est
possible, je n'en sais rien, mais c'est lin
autre fait' que notre anarchiste s'était gar
dé de dire cela dans son article de diman
che. Il avait écrit simplement : « L'incon-
« nu me demanda du papier, écrivit une
« lettre, la mit sous enveloppe et me dit :
« — Si tu apprends qu'il m'arrive quelque
« chose, ouvre cette lettre et fais ce que tu
« croiras devoir faire. » C'est dans un se
cond article, après sêtre ravisé, qu'il'pu
blie ce dialogue: «Comment veux-tu que je
.« fasse parvenir la lettre si tu n'indiques
« pas le destinataire '? — Et Philippe me
« répondit : — S'il m'arrive quelque cho-
« se, les journaux en parleront, etc.» Ces
additions successives suent le crime.
Un de nos plus brillants confrères, ab
sent de Paris, me communique les ré
flexions qu'il a faites à la lecture des pa
roles du même assassin qu'a publiées
l'Ere nouvelle du 3 décembre.
« Si nous avions en
« l'âme de vengeurs impitoyables, quelle
« pnom cet exalté eût été pour nous, et
« dans l'état d'esprit où il était, comme
« il nous eut été facile d'armer ce bras
« qui s'offrait... Nous qui avions à vengur
« les odieuses calomnies proférées contre
« Germaine Berton... nous n'avons pas eu
« une seconde la pensée de profiter de
« cet innocent...
« N'est-ce pas, nous écrit notre con
frère, l'aveu que l'anarchiste savait à qui
il avait, à faire? Un exalté quelconque lui
eût-il semblé une proie? Le premier venu
lui eût-il spécialement convenu pour se
venger de Daudet? Il n'a pas voulu pro-
fi' J 'eu, dit-il. Encore un mot révélateur.
En revanche, personne n'a révélé
pourquoi, samedi soir, la police ayant lu
la feuille aux six adresses, ne s'en est.pas
servie. La police est allée chez Mme Ha-
vard de la Montagne, 109, rue de GrencJle,
elle n'est pas allée chez Maxime HJal del
Sarte, elle n'est pas venue à l'Action fran
çaise, bien que l'adresse de Maxime et la
nôtre s'y trouvassent parfaitement. Pour
quoi ?
Charles MÂURRAS
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LES FAITS DU JOUR
— Le Reichstag vote en première et
deuxième lecture la loi sur les pleins pou
voirs.
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gouvernement Dorien.
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3 EDITION DU MATIN
Jeudi 6 Décembre 1923.
ORGANE DU NATIONALISME INTEGRAL
« Tout ce qui est national est notre. *
Le Duc d'ORLÉANS
héritier des quarante Uois qui eu mille ans firent la Franc»
RÉDACTION tt ADMINISTRATION
1À, rue d o Rome, P ARIS (80
Adr. télégraphique ; ACTIOFRAN-PARIS
Chèque postal ; Compte 23.000 Paris
TeL : Administration : Louvre 20-4!>, 26-50
Public: >6: Central 74-77
Rédaction : Central 75-44
Après 10 h. du soir : Séçju r 1 i-68
' Registre do Commerco : Seine 78.582
Fondateur s HENRI VAUGEOIS —» Directeurs politiques ! LÉON DAUDET et CHARLES MAIIRRAS —» Rédacteur en chef ; MAURICE PUJO
Après récliec «lu gouvernement- sur la
question électorale...
c Le combat deviendra sérieux
entre la politique de Cannés et
celle de M. Poincaré. »
LUCIEN ROMIER,
dans la Journée industrielle
C'est ainsi qu'en République notre poli
tique étrangère est inexorablement com
mandée par la politique intérieure
m
IDE LA
La mort de Happés
La Patrie perd un de ses meilleurs fils.
Les Lettres françaises perdent un de leurs
plus ; grands écrivains. Barrés est de ceux
qui avaient VU' venir, depuis de longues
années, l'effroyable catastrophe de 1914, et
l'on peut'dire qu'il ne cessa jamais de ser
vir la Cause nationale, au premier rang. Il
fut le benjamin du boulangisme. Il fut un
des fondateurs de la Patrie française. Il
fut un des .artisans de notre malheureuse
victoire, si durement acquise, gâchée par
un-régime insensé. Il part à l'heure où, de
nouveau, la nation allait avoir besoin de
lui. Cette mort n'est pas seulement un
Immense regret, elle est aussi un grand
malheur, un " vide qui ne saurait être
comblé.
La disparition d'un esprit de cette enver
gure — doublé d'un artiste incomparable
i— est environnée d'une brume de larmes
qui empêche d'apercevoir ses dimensions,
Bon rémige intellectuel et moral. A quelque
distance seulement, et dans cette demi-séré
nité qui précède les remous intérieurs de
l'histoire, po.urra être célébré, comijie il
doit l'être, à, la lumière de la seule Raison,
-Maurice Barres. Ce que nous pouvons et
devons affirmer, dès aujourd'hui, c'est son
rôle bienfaisant ici-bas et quant à/ce coin
de terre privilégié et sanctifié qui est la
France. Depuis trente-cinq ans que je les
connaissais et que je les aimais, lui et son
admirable compagne, ce qui m'émouvait le
plus dans Barres avec son, intrépidité
d'âme — c'était son dévouement total au
pays. Nous différions sur biqn des points,
certes, et de la façon la plu? ouverte et la
plus amicale. Mais, là, quelle ardente com
munion ! De temps en temps, à l'occasion
des aff aires publiques, je ^recevais de lui
lin mot bref, auquel je répondais de même,
et où s'exprimait notre inaltérable sympa
thie—' au sens complet -h- quant à l'essen
tiel terrestre, qui est le sol et le patrimoine
des ancêtres. Réellemerit, je le chérissais.
II a-écrit, à mon avis, quelques-unes des
pages immortelles d£ notre anthologie.
Tant sur la vie aventurée et mouvante des
hommes et des assemblées que sur la vie
intérieure. Il était ipi complexe à lignes
simples. Sa phrase avait la haute cadence
" des vrais maîtres, inspirée de Pascal, de
Racine et de Chateaubriand, mais avec un
accent, une tonalité déchirante et douce,
un accord de violon dans le bois sacré, qui
lui appartient en propre : le style barré-
eien. Sa sensibilité, nuancée comme celle
de la femme, trouvait, pour s'exprimer, des
termes virils et même durs, un peu comme
la musique de Beethoven. Aussi, chaque
fois que je relis son chef-d'œuvre, qui est,
selon moi, la Colline inspirée, j'entends
en sourdine-la Symphonie en la et les vers
fameux : ; ;
Mon cœur, comme un tambour voilé,
Va battant des marches funèbres.
Barrés fut, comme son ami Bourget, une
terreur en bien'de cette Académie française
vouée, par le'siècle, à la médiocrité et à
la sottise, et ;à " la déchéance de laquelle
iious assistons. Il apportait à la Chambre
une . autorité ; incontestable et incontestée,
acquise en dehors d'elle. Il aimait la
gloire et déjà celle-ci le baise au front,
bous le laurier — immortel pour de bon
»— du patriotisme sauveur et ■ vengeur.
Maurice Barrés nous laisse, en s'en
allant, un fils digne de lui,, son cher Phi
lippe, appuyé à une incomparable mère.
Léon DAUDET
Député de Paris.
Les pressentiments de Maurice Barrés
ne l'avaient pas trompé. Dans la préface
qu'il avait mise au journal de son grand-
père, publié l'aa dernier, il avait parlé de
lui-même comme au passé, avec une mé
lancolie sérieuse et mystérieuse. Cet été,
je l'avais rencontré chez Longnon et Va-
rillon, à la Cité des Livres. Il aimait venir
là, près des jeunes gens, au milieu" des bel
les éditions et des vieilles reliures. Et il
s'était assis d'un air si las, il avait dit :
< Je suis fatigué » avec un accent qui ve
nait de telles profondeurs de l'être que
nous'en étions resté frappé. Tout de suite
après il avait été 'enjoué comme il savait
l'être. Sa conversation avait été ce qu'elle
était toujours, familière sans permettre la
familiarité, rapide, pleine d'ellipses qu'il
éclairait de son sourire et de son regard,
avec ces « yeux de gazelle » qui lui gar
daient sa jeunesse.
La santé de Barrés était une inquiétude
pour ses amis. Jamais ils n'eussent pensé
qu'il dût leur être enlevé si tôt. 11 était en
core plein de projets. Son Jardin sur t' ti
rante, ses souvenirs de Syrie : c'était, tou
jours ardente, cette source de poésie qui
s'épanche sur son œuvre et qui en est la
vie. Après Venise^ Tolède et Sparte,
l'Orient l'avait retenu. Il y retrouvait, au
milieu des charmes et des mystères, l'idée
qui ne le quittait pas, l'idée nationale, et
le dernier ouvrage qu'il aura signé, ce
sont ces-rapports parlementaires qui con
cluent à l'autorisation des missionnaires
sans lesquels le nom français disparaîtrait
des pays du Levant.
Le Rhin, l'Orient auront été les der
nières» pensées de Barrés. 11 y a peu de
jours* encore, il. posait le problème rhé
nan devant la Chambre dans les termes
généraux, élevés, philosophiques qui
étaient les siens. Il état des premiers par
mi/ceux que Mistral appelait les « main-
teneurs », ceux qui empêchent les idées
de sombrer. Il faudrait relire aujourd'hui
et. réimprimer à son honneur son dis
cours de réception à l'Académie françai
se, programme de sa pensée et de sa vie.
/ Aussitôt après-l'armistice, il avait voulu
aller voir les « Bastions de l'Est ». Son
émotion était intense, sa sensibilité, après
les épreuves de la guerre, d'autant plus
vive qu'elle était secrète. À Luxembourg,
il avait été frappé de congestion et peut-
être, à ce moment-là, a-t-il cru déjà qu'il
allait mourir. « L'Alsace et la Lorraine
de nouveau françaises, c'est assez, rien
ne m'est plus. » Nous lui avions entendu
dire un soir cette espèce de Nune dimit-
tis. Et puis il avait retrouvé sa vigueur,
repris goût au travail. Car rien n'est ja
mais fini. Voilà tout achevé pour lui. Que
c'est vite et que c'est tôt ! — J. B.
LES DERNIERS MOMENTS
Maurice Barrés est mort presque subite
ment dans la nuit de mardi à mercredi. Il
y a une dizaine de jours, il avait souffert
d'une grippe qui l'avait contraint à s'aliter
pendant 48 heures, mais ce malaise parais
sait complètement dissipé. Mardi, il avait
présidé, au restaurant Ducastaing, le dé
jeuner du Comité directeur de la Ligue des
Patriotes, à la tête de laquelle il avait rem
placé Dé'roulède. Durant ce repas, il s'était
occupé de questions politiques et s'était
déclaré en faveur du scrutin de 1919. Il
avait aussi parlé de ses projets d'avenir,
de ses travaux littéraires et de sa future
eampagne électorale. Après le déjeuner,
Maurice Barrés s'était rendu à la Cham
bre, puis était revenu dîner chez lui, bou
levard Maillot. Peu après 10 heures, il fut
pris d'une violente douleur intercostale
et monta dans sa chambre à coucher. A
11 heures, Mme Barrés s'est aperçue du dé
cès de son mari.
La funèbre nouvelle mit quelque retard
à se répandre hier matin; parce que Mau
rice Barrés n'avait jamais voulu prendre
chez lui le téléphone.
Hier soir, il a été décidé, sur la propo
sition de M. Léon Bérard, ministre de l'Ins
truction publique, que les obsèques de
Maurice Barrés seraient faites aux frais
de l'Etat.
SA VIE ET SES ŒUVRES
Né dans les Vosges, à Charmes, en 1802,
Maurice Barrés n'était âgé que de 61 ans.
Retracer sa carrière, c'est passer en re
vue la vie politique et la vie littéraire de
ces quarante dernières années. Son nom
domine l'histoire de l'une et de l'au
tre.
Après avoir commencé ses études au
lycée de Nancy où il eut pour professeur
de philosophie Burdeau (le Bouteiller des
Déracinés, il vint à Paris en 1882 pour fai
re son droit. Tout de suite il se mit à
écrire dans les revues 'd'avant-garde, telles
que la Jeune France, et en 1884 il fonda les
Taches d'encre qu'il rédigeait seul et qui
eurent seulement quatre numéros. Peu
après, il publia ses Huit jours chez M. Re
nan, brochure qui fit grand bruit dans les
milieux littéraires.
De 1887 à 1891, il publia Sous l'œil des
Barbares, Vil homme libre et Le Jardin de
Bérénice, trilogie consacrée au Culte du
Moi. Il faut rapporter à la même inspira
tion deux recueils de mélanges Du Sang,
de la Volupté et de la Mort (1895) et Amo-
ri et Dolori Sacrum (1903), méditations
psychologiques et aussi évocations de l'Es
pagne et de l'Italie.
En même temps qu'il écrivait ses pre
miers livres, Barrés prenait intérêt à la
politique. En 1888, il entra dans le parti
boulangiste dont il devint bientôt un des
chefs ; c'est à ce titre qu'il fut élu député
de Nancy. En 1893, il se présenta dans
l'arrondissement de Neuilly et fut battu par
M: Lefoullon. Il y échoua encore en 1896.
Mais Te 16 mai 1906, il fut élu par le 1 er
arrondissement. Réélu eu 1910, il n'a pas
cessé depuis de siéger' à la Chambre.
II a toujours pris une part active à la
vie du Palais-Bourbon : après la loi de
séparation, il s'est fait l'éloquent défen
seur des églises de France. Il a toujours
lutté contre le socialisme, les sentiments
antireligieux, les tendances à l'internatio
nalisme et surtout contre le rapproche
ment franco-allemand d'avant-guerre.
En 1893, Maurice Barrés publia le Culte
du Moi, Examen de trois idéologies et
'L'Ennemi des Lois. En 1894, il fit repré
senter une comédie de mœurs. Une journée
parlementaire.
Dès 1892, il avait commencé une nou
velle trilogie, le Roman de l'Energie natio
nale, qui comprend les Déracinés,. l'Appel
au Soldat, inspiré par le boulangisme et
Leurs Figures, cinglant récit de l'affaire
du Panama.
En 1902 ont paru Scènes et Doctrines
du Nationalisme qui traitent de l'affaire
Dreyfus- et encore du boulangisme ; en
1903, les Amitiés françaises, où l'auteur
décrit l'éducation traditionnelle qu'il don
ne à son fils Philippe. En 1905, un nou
veau livre, Au Service de l'Allemagne, qui
montre que les jeunes Alsaciens doivent
rester dans leur pays pour v maintenir
la'culture latine, inaugura une nouvelle
série : Les Bastions de l'Est, dont font par
tie Colette Baudoche et le Génie du Rhin.
II faut ajouter ù ces œuvres des livres
qui. ne se rattachent à aucune série défi
nie, tels que Le Voyage de Sparte, Greco
ou le Secret de Tolède, La Colline inspirée,
la Grande Pitié des Eglises de France.
En 1906, il obtint à l'Académie fran
çaise le fauteuil de M. de Hérédia.
Pendant la guerre, Maurice Barrés rem
plaça à l'Echo de Paris le comte Albert de
Mun et publia presque jusqu'à la fin des
articles qui exaltaient le courage des com
battants, et servaient à soutenir le courage
de la nation. Ils ont été recueillis dans les
dix volumes de la Chronique de la grande
guerre.
Récemment, Maurice Barrés a publié le
Jardin sur l'Oronte, et, dans la Revue des.
Deux-Mondes : Souvenirs d'un officier de
la grande Armée, qui sont les mémoires de
son grand-père. C'est à propos de ce der
nier ouvrage, qu'il a écrit cette phrase où
il semble pressentir l'approche de sa
mort :
« Les inscriptions de leurs tombes me rappel
lent que mon grand-père est mort à soixante-deux
ans, et tous les miens, en moyenne, à cet âge ;
elles m'avertissent qu'il est temps que je règle mes
affaires... Jo commence à me sentir un peu pressé
par le temps ». i
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
L'AUTOPSIE
Le corps de notre cher petit Philippe,
que nous y conduisions, il y a huit jours,
sous les fleurs, a été exhumé, hier matin,
à 8 heures, au cimetière du Père-Lachai-
se, en présence de Jacques Allard, repré
sentant la famille, de M. Faralicq, com
missaire aux-recherches judiciaires, et de
M. Le Gall, commissaire de police.
Le cercueil, suivi tête nue par les as
sistants, a été placé dans un fourgon. des
pompes funèbres et conduit à l'Institut
médico-légal.
A 10 heures, en présence de Jacques
Allard et du professeur Duval, commis par
la famille, les docteurs Socquet. Paul
et Balthazard ont procédé à l'autopsie.
En attendant leur rapport qui n'est pas
encore établi; les médecins légistes ont
fait connaître au juge d'instruction leurs
conclusions :
« La mort a été déterminée par une
balle de petit calibre pénétrée par la ré
gion temporale droite et tirée à bout tou
chant. Le projectile est sorti par la ré-
topsie
cide. »
Rien non plus ne s'oppose à l'hypothèse
d'un crime. C'est à la justice d'éclaircir
la question et de saisir les assassins.
L'autopsie, au surplus, n'est pas com
plète car il reste à faire un examen toxi-
cologique pour lequel les viscères ont été
prélevés.
LA SAISIE DES PAPIERS
Certaines indications, relevées par M.
Faralicq au cours de la perquisition effec
tuée mardi matin au domicile de Vidal,
avaient permis de supposer que les papiers
de Philippe Daudet, se trouvaient cachés
à Marseille, chez la mère de l'anarchiste.
M. Barnaud avait donné commission roga-
toire au parquet de Marseille, télégraphi-
quement, pour saisir les papiers chez Mme
Vidal. Les recherches de la police, disait-
on hier soir n'avaient pas abouti. Cepen
dant, on apprenait que la « compagne »
de Colomer, rédacteur au Libertaire, était
venue à Marseille et qu'elle était repartie
mardi soir pour Paris, par le train de 10 h.
A sa sortie de la gare de Lyon, elle était
arrêtée par l'inspecteur Riboulet. Elle fut
immédiatement soumise à la fouille, dans
un local de la gare réservé à ce genre d'o
pérations. *
Dans son soutien-gorge se trouvait cou-
. sue une pochette qui renfermait le texte
des « poèmes en prose » publiés par le
Libertaire sous le nom de Philippe Dau
det, la lettre du Havre datée « mardi », et
se terminant par les mots « pauvre papa,
pauvre maman », et, enfin, le billet remis
à Davray pour Vidal, et dans lequel Phi
lippe informait ce dernier qu'il avait em
prunté 35 francs au tenancier du « Grenier
de Gringoire ».
La saisie de ces papiers, dont le texte
était déjà connu et publié, sur Mme Colo
mer, a inspiré quelque scepticisme. On
s'est demandé si ce n'était pas là une mise
en scène préparée par les anarchistes pour
faire croire qu'ils n'avaient pas d'autres
papiers de Philippe que ceux-là. Or nous
savons que Philippe avait habituellement
beaucoup de papiers dans ses poches et
parmi eux il devait s'en trouver < ri l'iden
tifiaient facilement.
Ce scepticisme n'avait pas tort si nous
en croyons la dépêche suivante que nous
recevons dans la nuit et d'après laquelle
la perquisition chez Mme Vidal n'aurait
pas été aussi infructueuse qu'on le disait *
Marseille y 5 décembre. — En vertu d'une com
mission rogatoïie de M. Barnaud, juge d'instruc
tion chargé de l'affaire Philippe Daudet, la po
lice marseillaise s'est rendue ce matin, 24, rue
de la République au domicile de Mme Vidal,
mère de M. Georges Vidal, rédacteur au Liber
taire.
On a saisi, une lettre de M. Georges VMnl
datant de trois jours dans laquelle il priait sa
mère de conserver soigneusement les lettres du
jeune Philippe Daudet. Ces lettres avaient été
remises (?) à M. Vidal par le jeune homme la
veille du jour où il devait mourir tragûjueiicent.
Le secret le plus absolu est gardé sur la teneur
de ces lettres. Les documents saisis ont été Bdres-
sés à Paris.
LE CHAUFFEUR A L'INSTRUCTION
Longuement entendu par M. Barnaud, le
chauffeur Bajot a confirmé les déclara
tions qu'il avait faites à la police judiciai
re.
Il a maintenu que Philippe n'avait pas
de pardessus lorsqu'il est monté dans sa
voiture. Le brigadier Lhuissier et l'agent
Raffali, confrontés avec lui, ont déclaré que
lorsque le blessé fut descendu de la voi
ture à l'hôpital Lariboisière, il était vêtu
de son pardessus.
Bajot, sur la demande du juge, a expli
qué ensuite comment il se trouvait à la
place de la Bastille :
— Avant de prendre M. Philippe Dau
det dans ma voiture, j'avais conduit le
coureur cycliste Henri Pélissier de l'ave
nue Victor-Hugo à la rue Richer. Je m'é
tais ensuite mis en station boulevard Pois
sonnière, en "l'ace do la rue du Sentier. Il
était à ce moment 4 heures moins le quart
environ. J'attendais depuis cinq à'dix mi
nutes lorsqu'une dame monta dans mon
taxi et se fit conduire à la Bastille, où je
devais charger M. Philippe Daudet. »
Bajot affirme avoir entendu une déto
nation. II se serait alors retourné et il
aurait vu son voyageur incliné sur le côté
gauche de la voiture, la tète légèrement
penchée en avant, perdant du sang.
Le soir même (et non le lendemain,
comme il avait dit d'abord) Bajol a lavé
sa voiture dans son garage, aidé de sa
femme. Malgré le nettoyage minutieux au
quel ils avaient procédé, la douille de la
cartouche avait echapjjc à leur attention.
Bajol explique qu'il a ' bien soulevé le
plancher du taxi au cours du nettoyage.
Le lendemain, qui était un dimanche,
il n'a pas fait sortir la voiture.
.Tel est l'essentiel des 1 déclarations de
Bajol. . «
M. Barnaud se préoccupe de faire re
chercher la dame que le chauffeur dit
avoir conduite à la place de la Bastille. Il
est à souhaiter que l'on retrouve cette
voyageuse, pour que soit exactement éta
bli le .temps du chauffeur ' et que soient
vérifiées ainsi les circonstances précises
qui. l'ont amené à la Bastille.
Ajoutons qu'on ignore encore à l'heure
actuelle si la douille retrouvée dans le taxi
est du même calibre que le pistolet.
La voiture est maintenant sous scellés
dans le garage de Bajol. Les premières
constatations faites n'ont permis de re
trouver aucune trace de la balle.
LE VOYAGE AU HAVRE
L'Agence Radio nous communique la
dépêche suivante :
Le Havre, 5 décembre. — Nous avons pu ren
contrer le chauffeur Lefèvre qui promena, le
jeudi matin, le jeune Fhilippe Daudet. Il nous
a confirmé qu'il eut, peu de jours après, l'im
pression d'avpir véhiculé le fils de M. Léon
Daudet II écrivit même à celui-ci pour le lui
annoncer.
Le jeune homme quitta Le Havre par le train
omnibus de 10 h. 3 avec un billet pour Rouen
qu'il dut faire supplémenter pour Paris.
Par ailleurs, certains renseignements recueillis
aujourd'hui permettent de dire que le mysté
rieux voyageur du Havre qui avait décliné le
nom de Bouchamps, chercha à acheter un re
volver non loin de t l'hôtel Bellevue.
En effet, M. Gardin, armurier, 103, rue Vic-
tor-liugo, reçut la visite d'un jeune homme res
semblant au signalement connu de Philippe Dau
det, qui lui demanda à acheter un pistolet. Le
marchand lui demanda son âge, car il paraissait
avoir 15 ans. Le jeune acheteur répondit qu'il
avait 17 ans. L'armurier refusa alors de lui ven
dre aucune arme. Le jeune homme parut désap
pointé. II insista, d'ailleurs, sans succès, en dé
clarant qu'il avait besoin d'être armé car il al
lait naviguer.
Ces renseignements, sans apporter de préci
sions sur la provenance du revolver trouvé dans
le taxi â Paris, indiquent néanmoins que le voya
geur du Havre avait le désir d'acheter une arme
à feu.
Nous pouvons confirmer ces renseigne
ments en ce qui concerne la lettre du
chauffeur. Léon Daudet l'a réçue tout ré
cemment et il l'a immédiatement transmise
au -juge d'instruction. Si nous n'en avons
pas parlé plus tôt, c'est afin de ne pas gê
ner les vérifications nécessaires.
Mais nous pouvons ajouter au récit de
Radio quelques détails qui ne sont pas sans
intérêt. Au cours de la promenade qu'il fit
autour des bassins, Philippe entra en con
versation avec le chauffeur. Comme il lui
disait qu'il voulait prendre le train de
10 h. 3, le chauffeur lui en indiqua un au
tre, plus pratique. Philippe n'en voulut pas
parce qu'il le faisait arriver un peu plus
tard à Paris.
A la gare, le voyageur paya le taxi avec
un billet de 50 francs tiré d'une. liasse
d'autres billets de 50 francs. Il abandonna
dans la voiture un numéro de l'Humanité.
Si l'on rapproche ce dernier détail de la
tentative qu'aurait fait Philippe d'acheter
un revolver avant son départ du Havre, on
y verra une singulière confirmation de
l'hypothèse que nous avons formée : Phi
lippe, qui n'avait pas réussi à s'embarquer
pour le Canada, rentrait à Paris pour faire
un coup d'éclat et venger Plateau. Il avait
acheté l'Humanité pour y chercher des
adresses de révolutionnaires. (Peut-être, à
la gare, acheta-t-il ensuite le' Libertaire.) Il
voulait se procurer un revolver pour tirer
sur eux,
LA POLITIQUE
I. Barrés
ou l'Homme du rempart
' Cette traduction est courante pour les
habitués des langues romanes : barrés,
barri, murailles. Si le grand écrivain, le
grand analyste, le grand poète a été un
grand homme, ce fut surtout par là. A
l'heure où il fallait à la patrie, sur le
rempart, plus encore que des poitrines
et des bras, un cerveau, un cœur bien
en place, il s'y ' portait, il y était, il
n'en bougeait pas. Le frisson de Paris à
la nouvelle du cruel événement de sa
mort ne s'y est pas trompé. Personne qui
l'ait précédé, personne de son temps et
du nôtre naura donné de la patrie un for
mulaire aussi général, aussi pénétrant,
aussi capable d'agir sur les esprits, et sur
les cœurs. Ce noble artiste littéraire au
rait pu se limiter aux beaux jeux de la
muse sereine : il a toujours voulu et com
battre et servir, fascinant toute la jeu
nesse, il la ramenait au culte de la patrie:
oh! sans prêche, par simple charme, et la
pratique de l'amour du noble et du beau.
Vers 1885-1888, quand il apparut, il
était temps. Tout juste ! L'anarchie litté
raire hésitait, comme une bacchante, des
derniers disciples de Hugo aux derniers
imitateurs de Zola. Les nouvelles généra
tions: ne se représenteront jamais claire
ment cette grande pitié, ni cette renais
sance que déterminèrent sa jeune audace
et sa fierté. Quelques « petites phrases
courtes», comme il disait, et c'en était
fait : la tradition des moralistes français
était reprise, l'impressionnisme bégavant
était enterré, une haute pensée osart se
mêler des finesses de l'art d'écrire
l'homme écrivain se rappelait enfin qu'il
avait à sa disposition un cerveau. Tout
cela simplement et comme à demi-mot,
l'insolence elle-même teintée de réserve
et de « gentillesse ». J'ai beaucoup médité
sur l'art de Barrés. Je. ne l'ai jamais si
bien compris que tout à l'heure, devant
le masque immobile, couleur de cire
fauve, de son noble visage éteint. Pen
dant quelques secondes, les dernières qui
m'aient été données pour le revoir, j'ai sen
ti affluer, abonder, rayonner tous les si
gnes impérieux qui composaient son
admirable chant à deux voix.
— Hélas ! si tôt, ami ? Et comment ?
Et pourquoi ?... Bien que dans une incom
parable préface aux Souvenirs de son
grand-père, il eût presque sonné à lui-
même son glas, nous tenions ces pressen
timents pour de graves erreurs et nous es
périons bien qu'i' cous enterrerait tous.
J'avais eu, la semaine dernière, une
cordiale lettre de lui, car nous nous
écrivions plus que nous ne nous voyions.
Substantielle et chaude, cette lettre portait
toutes les plénitudes de la vitalité. Ap
pliquée et vive, l'écriture elle-même ne dé
notait rien de nouveau dans l'éternelle
jeunesse de celui que ses premiers com
pagnons, presque tous ses cadets, man
quaient rarement d'appeler entre eux « le
jeune Maurice ». Lorsque, il y a trente-cinq
ans, j'allai lui faire, rue Chaptal, ma pre
mière visite, un adolescent vint m'ouvrir.
J'imaginai un collégien de ses amis, son
jeune frère peut-être. 11 dut me certifier
qu'il était lui-même et que j'avais bien
devant moi cet auteur des Barbares, des
Taches d'encre, dont nous déraisonnions
presque tous depuis qu'il s'était mis à peu
pler nos imaginations de ses rêves, de ses
idées, de ses volontés. Au premier entre
tien^ il se révélait tel qu'il devait être :
ironie, poésie, grave estimation de l'hon
neur. Les explications n'étaient pas néces
saires. Que les développements furent
beaux ! Je répète : combien ils furent
utiles à la patrie! L'élite allait se déban
der, se dissoudre peut-être : ce prétendu
anarchiste la fixa, la disciplina, ce préten
du disciple de Fichte (on a émis cette
sottise hier soir) la dégermanisa.
Naturellement, comme cela se voit en
core autour de son lit de mort, les clans
se le disputaient. Il était à la France. J'ai
vù cela de près, à l'automne de 1897, à
l'aube de l'infernale et sanguinaire Affaire
Dreyfus. Les paris étaient ouvert entre
nous : avec qui serait-il ? « Il est pour le
moi, le moi c'est la sainte anarchie » di
saient les uns et les autres faisaient valoir
le grand nombre de juifs et de cosmopo
lites qui, se pressant autour de lui, cour
tisaient et ilattaient son jeune génie. Je
riais dans mon coin 1 Tant l'issue nous
était certaine !De bons gros jeunes patriotes
voulaient aller le voir pour le supplier de
ne pas dérailler. Quelle sotise! Il n'y eut ni
lettre à écrire, ni démarches à faire, ni
instances à.formuler. Un article du Jour
nal, simple, et direct comme la foudre, ap
prit un beau matin que Barrés allait
au rempart. Il était homme, il était poète,
les variations infinies de la vie cha
toyante, la moire éclatante des arts pou
vaient tenter son cœur ou solliciter son
regard. Dans les grandes affaires égalées
sans effort, il était grand.
Ceux qui n'ont pas compris n'ont sans
doute pas bien regardé. Mais la vaste
étendue de la place qu'il laisse fera mieux
juger sa stature et mesurer son rôle
exact. La France serait autre s'il
n'avait pas été. De lui, et de lui seul,
auront dépendu quelques-unes de nos
meilleures destinées. Avec lui, c'est une de
nos colonnes qui tombe, un grave point
d'appui intellectuel et moral qui périt.'Que
les survivants se raidissent! Ce serait pro
bablement son conseil. Il le donnerait en
particulier à ces hommes de t'Est, ses
compatriotes qu'il aimait à nous en
tendre appeler en souriant, par allusion
aux Guises « les Princes Lorrains », et à
qui leur naissante sur le flanc le plus ex
posé confère des grâces d'Etat pour la
défense, le gouvernement, le conseil de
tout le reste du navs. Lin grand Lorrain en
moins ! Et quel grand Lorrain ! La dur*
perte du pays impose à ses enfants une
plus lourde charge. Il faudra partager
lé fardeau que laissent les morts ! Puissent
ces compagnons,ces amis,puissent tous .lea
Français, possédés de l'instinct de sécu
rité lorrain et alsacien recueillir avec
sc'.i et continuer généreusement tout co
qui doit durer, tout ce qui peut être
transmis du faisceau des services que ren
dait Maurice Barrés! Puisse la jeunessq
s'en rendre compte et s'appliquer à toutes
les tâches compensatrices: cette soirée du
4 décembre 1923 nous diminue bien
cruellement.!
IL Un espoir d'assassins trompé
L'énergique intrépidité de Daudet
étonne'et irrite ses ennemis. Est-ce qu'ils
se figuraient l'abattre ou nous abattre ?
Rêvaient-ils de mettre le directeur de l'Ac-
'tion française à la retraite en lui infligeant
le ,plus atroce des deuils ? Ce calcul est
certain, il est démontré faux. Non, ce n'est
pas pour cette fois que, ses anarchistes
ayant bien travaillé, l'ami de Sébastien
Faure et d'Almereyda, le camarade Aris
tide Briand aura la voie libre à la Cham
bre. Ce n'e.st pas pour cette fois que Dau
det sera empêché de dire la vérité au
procès de Germaine Berton. Non, l'effet
d'épouvante que l'on escomptait est perdu.
Furieux, les assassins nous accablent
d'injures. Ça ne porte pas. ça ne compte
pas. L'individu innommable qui a tenté
de déshonorer un enfant se plaignait l'au
tre jour que je l'eusse traité de menteur.
Il se trompait. Je l'avais traité d'assassin.
Lui qui ne sait pas lire quand on lui
donne ses véritables nom èt prénoms,
assure que je n'ai rien compris à la lec
ture de son "article ; pour échapper à mes
question, il dit maintenant que la lettre
que Philippe Daudet avait mise sous en
veloppe avant de la lui confier ne portait
point d'adresse à l'intérieur. Le fait est
possible, je n'en sais rien, mais c'est lin
autre fait' que notre anarchiste s'était gar
dé de dire cela dans son article de diman
che. Il avait écrit simplement : « L'incon-
« nu me demanda du papier, écrivit une
« lettre, la mit sous enveloppe et me dit :
« — Si tu apprends qu'il m'arrive quelque
« chose, ouvre cette lettre et fais ce que tu
« croiras devoir faire. » C'est dans un se
cond article, après sêtre ravisé, qu'il'pu
blie ce dialogue: «Comment veux-tu que je
.« fasse parvenir la lettre si tu n'indiques
« pas le destinataire '? — Et Philippe me
« répondit : — S'il m'arrive quelque cho-
« se, les journaux en parleront, etc.» Ces
additions successives suent le crime.
Un de nos plus brillants confrères, ab
sent de Paris, me communique les ré
flexions qu'il a faites à la lecture des pa
roles du même assassin qu'a publiées
l'Ere nouvelle du 3 décembre.
« Si nous avions en
« l'âme de vengeurs impitoyables, quelle
« pnom cet exalté eût été pour nous, et
« dans l'état d'esprit où il était, comme
« il nous eut été facile d'armer ce bras
« qui s'offrait... Nous qui avions à vengur
« les odieuses calomnies proférées contre
« Germaine Berton... nous n'avons pas eu
« une seconde la pensée de profiter de
« cet innocent...
« N'est-ce pas, nous écrit notre con
frère, l'aveu que l'anarchiste savait à qui
il avait, à faire? Un exalté quelconque lui
eût-il semblé une proie? Le premier venu
lui eût-il spécialement convenu pour se
venger de Daudet? Il n'a pas voulu pro-
fi' J 'eu, dit-il. Encore un mot révélateur.
En revanche, personne n'a révélé
pourquoi, samedi soir, la police ayant lu
la feuille aux six adresses, ne s'en est.pas
servie. La police est allée chez Mme Ha-
vard de la Montagne, 109, rue de GrencJle,
elle n'est pas allée chez Maxime HJal del
Sarte, elle n'est pas venue à l'Action fran
çaise, bien que l'adresse de Maxime et la
nôtre s'y trouvassent parfaitement. Pour
quoi ?
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