Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-05
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 05 décembre 1923 05 décembre 1923
Description : 1923/12/05 (Numéro 338). 1923/12/05 (Numéro 338).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième Année. — N° 338.
9
EDITION DU MATIN c
Mercredi 5 Décembre' 1923i .
mm
H]
cent.
Seine es Seine-el-0ia4.
20 ^
1 Département*, Colonies.
ABONNEMENTS: m A.
france et Colonies. 48fr« 25ft*° 13fr.
Etranger. ,, , ,, 82 » 42 » 22 » '
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÈANS
héritier des quarante Rois qui en mille ans Qrent la France»
RÉDACTION & AD3IINISTRATION
14, rne d e Rome, P ARIS (8')
Adr. télégraphique : ACTIOFRAN-PARIS
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Après 10 h. du soir : Ségu r 11 -08
Registre de Commerce : Seine 78.583
Fondateur f HENRI YÀUGEOIS Directeurs politiques s LEON DAUDET ©t CHARLES MAURRAS —» "■ Rédacteur en chef ? MAURICE PUJO
Le cri dii cœur:
M. L. Klotz.—Moi, je ne parlerai pas
de l'honneur du Parlement. Je ne parle
rai que de son intérêt. *
SEANCE D'HIER, A LA CHAMBRE,
d 'après le Compte rendu analytique officiel)
LES ASSASSINS ONT
La certitude du crime
Lorsque, le dimanche 25 novembre der
nier, je fus mis, à l 'hôpital Lariboisière, en
présence du corps de mon enfant, nous
venions d'apprendre, sa mère et moi, en
coup de foudre, et sa mort et son transfert
à l'hôpital. Nous ignorions tout des cir
constances et des milieux qu'il avait tra
versés, depuis le mardi. Il portait, à la
tempe droite, une affreuse blessure. Je
n'avais' donc aucune raison de ne pas ad
mettre immédiatement la version du sui
cide, accompli au réveil d'une fugue, dont
ce petit se serait exagéré l'importance. Phi
lippe nous adorait, sa mère et moi. Il nous
le témoignait de mille façons, attentives et
exaltées. Il savait bien que son école buis-
eormière lui eût élé, cette fois encore, par-
donnée immédiatement ; mais j'attribuai
eon acte de désespoir à la dépression ner
veuse, consécutive à la fugue, aussi à son
sentiment très vif de l'honneur et à la
douleur d'avoir, une fois de plus, cédé à
l'impulsion, dont je ne cessais de lui répé
ter. qu'elle pouvait être vaincue par la
volonté et le bon sens. Enfin nul ne peut
deviner ce qui se joue dans l'âme enfan
tine ; et Philippe, avec ses quatorze ans
trois quarts, était un enfant précoce, de
sentiments très religieux, mais un petit
enfant ; et cela me rassurait et m'enchan
tait qu'il demeurât tel, à travers les rudi
ments du grec et du latin et la lecture des
bons auteurs français.
Je pense maintenant que mon altitude,
l'acceptation immédiate de la version du
suicide et le silence, d'usage en pareil cas,
durent déranger, et même bouleverser, de
fond en comble, le plan des assassins, qui
escomptaient, de ma'part, une accusation
de meurtre, portée à l'aveuglette, et, de la
part des Camelots du Roi, camarades de
Philippe, des représailles à tâtons. Cela,, à
la veille du procès de la fille Berton. Mais,
plus encore que mon silence, dut les
effrayer la connaissance qu'ils eurent d'une
enquête, immédiatement ouverte par l'Ac
tion française (plus clairvoyante que son
tnalheureux codirecteur politique, et mieux
éclairée), sur ce que la plupart de mes
y mis et collaborateurs, connaissant comme
imoi les sentiments de Philippe,, considé
raient déjà comme un crime. Ainsi s'ex
pliquent l'étonnante imprudence du Liber
taire, consacrant un numéro spécial à la
prétendue conversion de Philippe à l'anar-
jehie» et l'insanité du sieur Georges Vidal,
administrateur du Libertaire, adressant à
ma femme, - huit jours après le prétendu
(suicide de l'enfant, — avec uu billet joint,
de la main de Philippe, sans date et sans,
enveloppe, — la lettre autoaccusatrice et
horrible que voici,:
Ce samedi l av déç. 23.
Madame,
Je viens aujourd'hui m*acquitter de la
'missioh que m'a confiée, vingt-quatre heures
ovant sa mort, votre fils Philippe. Je vous
ïransmels la lettre qu'il m'avait remise
pour vous, le vendredi 23. novembre, et
■vous prie d'excuser le retard apporté dans
la transmission de cette lettre. Il y eut pour
cela plusieurs raisons. Votre fils était venu
me trouver pour faire un attentat .anar
chiste. Je mis tout en œuvre pour l'en dis
suader, car, même admirateur du geste vio
lent, on'n'a pas le droit de pousser un être
à l'accomplir. (D'ailleurs, je publie tous
les détails, que je vous certifie rigoureuse
ment exacts, dans lin numéro du Liber
taire, qui paraîtra aujourd'hui ' et que je
vous enverrai au sortir des presses.) Votre
fils ne m'ayant pas donné son nom, il me
fallut' faire- une enquête pour, établir son
identité . Et comme, d'autre part, je con
naissais assez Z'A ction française pour
être sûr qu'elle déformerait les faits,- j'ai
été obligé de me servir de la lettre de votre
fils, pour permettre à la vérité de se faire
four. D'ailleurs, je suis certain, en agis
sant ainsi, d'avoir accompli les dernières
. volontés de Philippe, qui fut très catégo
rique dans ses affirmations.
Croyez, madame, qu'il m'est profondé
ment douloureux de mêler la politique à
des larmes, mais je ne pouvais agir autre
ment. Les quelques jours que j'ai passés
avec Philippe me, l'ont fait aimer et moi
vussi j'aurais préféré le pleurer sans bruit.
Hlais vos amis, hélas ! m'ont mis dans
l'obligation de parler. Ne m'en voulez pas,
madame, et veuillez agréer, je vous prie,
l 'expression de mes sentiments distingués.
Georges Vidal,
Administrateur du Libertaibe,
9, rue Louis-Blanc.
Je tirai immédiatement de cette lettre les
conclusions qui s'imposaient et qu'ont cor
roborées, depuis, d'autres déclarations de
pon scripteur. Par ailleurs, parvenaient à
nos enquêteurs, à la Justice régulière et à
moi, une multitude de renseignements con
cordants et de précisions impressionnantes.
A l'heure où j'écris, les choses en sont là.
Maintenant, je dois à nos lecteurs, à nos
amis et aux patriotes français une brève
explication : si mon cher petit garçon mar
tyr, si mon Philippe vivait encore, il
m'ordonnerait de continuer sans faiblesse
et sans défaillance. Tombé dans la lutte
politique, l'enfant chéri que nous pleurons,
et qui fut lâchement assassiné, nous in
dique, comme son grand ami Plateau, la
route à suivre et le combat à poursuivre.
Demain donc, et les jours suivants, je per
sévérerai, si Dieu le veut., à accomplir ici
mon devoir fermement, refoulant ines
larmes, surmontant mon deuil, appuyé sur
mon admirable femme, sur l'amitié et sur
l'espérance. Car, s'il est des signes dans le
ciel, la pire abomination, le meurtre con
certé - d'un enfant innocent, en haine du
père, en. est. un.
. . . Léon DAUDET
Député de Paris.
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
" L'INSTRUCTION
M. le juge d'instruction Barnaud a com
mencé l'information sur la plainte dépo
sée par Léon Daudet. Au commencement
de l'après-midi'd'hier, il a reçu 1 dans son
cabinet notre ami Jacques Allard, oncle
de Philippe Daudet, "qui a déposé au dos
sier certaines pièces. Puis on a introduit
un témoin qui avait été désigné par nous
au juge et dont le nom et la déposition
doivent provisoirement rester secrètes.
Ce témoin avait vivement intrigué les
journalistes présents et lorsqu'il sortit,
après une déposition qui avait duré deux
heures, il fut le point de mire de nom
breux appareils photographiques. Mais
quelques-uns de nos amis qui connais
saient l'importance de ce secret, se pla
cèrent devant,, lui et le magnésium fut
dépensé en pure perte.
Aujourd'hui sans doute, M. Barnaud pro
cédera aux diverses vérifications néces
sitées par cette déposition.
Dans la matinée d'hier, sur un mandat
du Parquet de la Seine, des commissaires
de la direction des recherches ont pro
cédé à diverses perquisitions chez les
anarchistes suivants : Georges Menier,
gérant du Libertaire ; Georges Vidal, Le-
coin, André Colomeiy rédacteur au Li
bertaire, et Charles d'Avray, le chanson
nier du « Grenier de Gringoire ».
Comme on pouvait le penser, ces per-
perquisitions un peu tardives n'ont rien
donne.'
, M. le commissaire Faralicq est allé, en
outre, à l'hôpital Lariboisière, où il a saisi
le pistolet automatique du calibre de
ti m/m 35, qui fut trouvé dans le taxi-
auto, et les vêtements de Philippe Dau
det. Parmi ces vêtements, il a trouvé le
pardessus.
M. Faralicq a reçu .ensuite dans son
cabinet le chauffeur Barjol qui, après
avoir affirmé une fois de plus que son
jeune client n'avait pas de pardessus, a
été assez embarrassé d'apprendre qu'il
en avait un tout de même.
En examinant sa voiture, qu'il avait
amené, on a découvert une douille dont
la balle avait été tirée. On pourra s'éton
ner que cette découverte se soit produite
hier seulement 4 décembre, alors qu'on
nous a dit que la voiture a été nettoyée
par le chauffeur le dimanche 25 no
vembre, lendemain de la mort- de Phi
lippe Daudet'.
Dans la soirée, l'anarchiste 1 Georges
Vidal, convoqué à la police judiciaire, a
été entendu, par M. Faralicq. Rien n'a
transpiré, sur cette/ déposition qui s'est
terminée vers 9 heures et demie.
LES 83 FRANCS
« La troublante histoire dit pardes
sus », dit la Liberté. Elle est troublante
en elle-même par la contradiction qu'elle
révèle entre les dires du chauffeur et les
faits. Elle ne l'est pas moins par les cir
constances qui s'en déduisent facilement.
D'après le récit du Libertaire, Philippe
aurait quitté Vidal dans l'après-midi du
vendredi ayant laissé dans les bureaux
de la feuilie anarchiste, avec une sous
cription de 200 francs « pour l'action »,
une autre somme de 100 francs à titre,
elle, de simple dépôt. Philippe devait re
voir Vidal le soir .même au « Grenier de
Gringoire », mais il n'y arriva que très
tard dans la nuit, de sorte que Vidal était
déjà parti. A ce moment-là, Philippe, qui
avait été si généreux au Libertaire, était
déjà sans le sou, au point qu - d'Avray doit
lui avancer cinq francs. Il ne savait où al
ler coucher et i' devait avouer le lendemain
matin à d'Avray qu'il avp>'t passé le reste
de la nuit à roder autour des Halles.
Cela est déjà singulier,, mais voici qui
t'est plus encore. Le samedi matin, Phi
lippe revient donc exténué au « Grenier
de Gringoire » et d'Avray lui prête trente
francs que Philippe, par un billet, charge
Vidal de lui rembourser, avec les cinq
francs de la veille, sur les cent francs qu'il
lui a laissés en dépôt. Pour se procurer
un peu plus d'argent, Philippe songe à
vendre son pardessus.
Forts de la déclaration du chauffeur
Barjol, les anarchistes avaient expliqué par
cette vente que Philippe eut 83 francs
en poche au moment où il fut trouvé mor
tellement blessé, à 4 heures de l'après-
midi. Mais, tout le monde le sait depuis
deux jours, Philippe blessé avait encore
son pardessus. Il ne l'avait donc pas ven
du. Pour vivre, il avait dû entamer déjà
les 30 francs prêtés par d'Avray. Alors
comment avait-il 83 francs sur lui V
Il y a une manière de l'expliquer qui
tente la pensée à cause d'une saisissante
concordance des chiffres. Philippe, n'ayant
pu vendre son» pardessus, doit avoir une
idée forf naturelle, c'est d'aller au Liber-
taire retirer son dépôt de 100 francs.
Supposons qu'il y soit allé. On lui aura
rendu 100 francs moins les 35 francs
prêtés par d'Avray, soit 65 francs. Il a en
outre -dans sa bourse les 30 francs prêtés
le matin, diminués de ses dépenses de la
journée (déjeuner et frais divers) qu'on
peut évaluer à 12 francs : restent 18
francs. 65 francs et 18 francs font 83
fr-anes, la somme que Philippe Daudet
avait dans sa poche.
Mais les gens du Libertaire, pour les
besoins de leur cause criminelle, ont sou
tenu qu'ils n'avaient pas vu Philippe
Daudet dans cette journée du samedi,
qu'ils ne l'avaient pas vu depuis l'après-
midi du vendredi.
Ils ont donc menti !
Maurice PUJO
P. S. — On nous dit qu'un incident
bizarre s'est produit à Levallois dans la
journée d'avant hier. Un . individu, gros
sièrement grimé, aurait pénétré dans le
garage du chauffeur Barjol et, sous les
yeux du neveu de celui-ci, aurait exa
miné la voiture à l'intérieur comme à
l'extérieur, serait monté sur le marchepied,
en se dissimulant, comme pour juger si
on-pouvait l'apercevoir du-siège du chauf-.
feur. Il aurait poussé ensuite l'indispréti'on
jusqu'à commencer à découdre, la tenture
du siège arrière. Le neveu justement in
quiet serait allé chercher la police, mais
au moment où celle-ci arriva, le singulier
visiteur avait disparu. ' ■ ■
Nous ne savons ce qu'il y a de vrai dans
celte histoire, mais comme on a fait
courir le bruit que cet enquêteur bizarre'
serait un Camelot du Roi, nous de
vons le démentir formellement. Peut-être
y a-t-il un rapport entre cet individu et
une personne qui est venue à l'Action
française avant hier soir, dont nous n'a
vons même pas gardé le nom, et qui, reçue
quelques minutes par deux de nos amis
fut éconduite par eux. leur faisant l'ef
fet d'un illuminé. Qu'il s'agisse de cette
personne ou d'une autre, bu bien d'un
agent provocateur, l'Action française n'a
aucune part à cette initiative" saugre
nue. — M. P.
Le voyage au Havre
.(De notre envoyé spécial)
Par les déclarations tardives du sieur
Vidal, on a appris hier que Philippe était
allé au Havre. Nous nous sommes aussitôt
rendu dans cette ville afin de procéder à
une enquête. A l'hôtel Bellevue, d'où Phi
lippe aurait daté le billet que prétend dé
tenir l'administrateur du Libertaire, on a
reçu un voyageur répondant au signale
ment donné.
— Ce voyageur, nous a dit ] e gérant de
l'hôtel, s'est présenté le mardi 20 novem
bre, vers 1 heure de l'après-midi. Il a ré
clamé une chambre. On lui en a désigné
une, à l'annexe, située rue de la Maille
rais. Le voyageur s'est inscrit sur la feuille
de police sous le nom de Pierre Bou
champs, électricien, né à Paris le 9 décem
bre 1907 ( cette date ne correspond pas à
la date de naissance de Philippe Daudet),
domicilié à Paris, 22, rue de Grenelle (c'est,
on le sait, l'adresse de M. et Mme Allard,
grands, parents maternels de Philippe).
Ce document, écrit de la main du voya
geur, il nous a été permis de l'examiner :
il'semble que l'écriture soit une écriture
déguisée. On ne peut, en tout cas> à pre
mière vue, affirmer que ce soit celle de
Philippe.
Ce jour-là, « Bouchamps » ne dîne pas.
Il demoure dans, sa chambre toute la soi
rée.
Le mercredi matin, vers 9 h. 30, il dé
jeune rapidement, dans sa chambre (il
prendra tous ses repas dans sa chambre)
et demande l'itinéraire « pour se rendre à
l'église la plus proche ». On lui indique
l'église Notre-Dame. Dans la matinée, il
se rend aussi au Syndicat d'initiative pour
demander des renseignements sur les dé
parts de bateaux pour le Canada. On l'a
dresse à la maison J.-M. Currie, agence de
la un employé du service des : passages, M.
Faggianelli. M. Vaggianelli, questionné hier
matin, ne se souvenait de rien. Mais, dans
l'après-midi, il revenait spontanément sur
ses déclarations, et,- avec un luxe de dé
tails qu'on n'attendait pas, nous faisait le
récit suivant : (
— J'ai lu en déjeunant, dans un journal
parisien, que le voyageur de l'hôtel Belle-
vue se disait électricien. C'est ce qui me
remet en mémoire le passage à mon bu
reau. dans la matinée du 21 ou du 22 d'un
jeune homme qui se disait, lui aussi, élec
tricien, malgré la blancheu'- de ses mains,
que j'ai remarquée. Ce jeune homme m'a
demandé :
— Avez-vous des bateaux faisant le ser
vice de la Mer du Nord et des pays Scan
dinaves...
(/Z faut noter que « Bouchamps » était
envoyé par le Syndicat d'initiative à la
maison Carrie parce que celle-ci est spé
cialiste des lignes canadiennes et qu'ïl
avait demandé des renseignements sur les
bateaux faisant le service du Canada.)
. « Je lui ai répondu que nous faisons
surtout le transit avec l'Amérique du Sud
et le Canada. Mon interlocuteur m'a de
mandé alors le prix de la traversée pour
le Canada.
— 1.370 francs en 3 e classe.
— Alors, pourrai-je faire la traversée en
travaillant à bord ?
— Comme quoi ?
— Comme électricien.
« J'ai fait observer au jeune homme que
nos bateaux étant anglais, on n'engageait
d'ailleurs qu'un personnel anglais et que
les engagements ne se faisaient qu'à An
vers, à Liverpoob ou peut-être à Cher
bourg.
— Alors, vous croyez, m'a-t-iï dit, que,
si j'allais à Cherbourg, j'aurais des chan
ces d'être embarqué ?
« Je lui ai déconseillé ce voyage. Il m'a
demandé toutefois le prix du voyage du
Havre à Cherbourg, et je le lui ai indiqué :
il est de 26 ou 27 francs. »
On retrouve « Bouchamps » à l'hôtel
Bellevue, à midi. Il déjeune, et se plaint
de maux«de tête. Il demande au garçon,
Louis Prévis, qui a séjourné 3 ans au Ca
nada* des détails sur ce pays. Il écrit qua
tre lettres, sur dp papier à en-tête de l'hô
tel. Ces lettres sont encore sur la table de
sa chambre quand le garçon lui apporte-
son diner. D'ailleurs, le voyageur ne sort
pas ce soir-là, et les lettres, si elles ont été
mises par lui à la poste, ne sont parties que
le lendemain matin.
Le lendemain, jeudi, en effet, vers-7 heu
res du matin, il règle sa note, et'demande
qu'on lui indique un tramway qui le con
duise à la gare. A partir de ce moment, on
perd sa trace. A-t-il pris le train de 8 heu
res pour Paris ? Le personnel de la gare,
le contrôleur de ce train, interrogés^ par
nons, ne peuvent nous fournir aucun ren
seignement.
— « Bouchamps », dit le gérant de l'hô
tel Bellevue, n'a reçu aucune lettre ni au
cune visite pendant son séjour, dans mon
établissement. Il paraissait nerveux.et fu
mait une grande quantité de cigarettes
« Camel ».
Ajoutons que le voyageur a laissé dans
sa chambre, en partant, des livres — Mal
herbe, Ronsard- Chénier, un roman « Le
7 de Trèfle » qui ont été saisis par la po
lice — et des journaux illustrés, -qui - ont
été brûlés (nous a-t-on dit, au commissa
riat central) par les soins du personnel de
l'hôtel.
LA. P OLIT IQUE
I. Le portefeuille aux six adresses
Le samedi 24 novembre, à 10 h. 30 du
soir, un inspecteur de police en civil s'est
présenté 109, rue de Grenelle, chez la
veuve de notre regretté confrère Oscar
Bavard de la. Montagne et l'a informée du
suicide d'un inconnu, boulevard Magenta:
« Il a été transporté mourant à Lariboi-
« sière, où il est mort. On peut croire
« qu'il s'agit d'un Havard de la Mon-
« tagne», a ajouté l'homme de police.
Donc, samedi soir, à 10 h, 30, la police
avait lu le mystérieux petit écrit trouvé
sur le corps de Philippe.
Elle y avait lu le nom de Maxime Real
del Sarte.
Elle y avait lu le nom de'la Ligue d'Ac-
tion française. .
Or, la police est allée chez Mme Havard.
Elle' n'est pas allée chez Maxime. Elle
n'est pas allée à l'Action française. Ne
pouvait-on pas « croire qu'il s'agit » d'un
des nôtres ? On s'est abstenu cependant.
Pourquoi ? On beaucoup écrit et par
lé sur tous ces sujets, dans la journée
d'hier. On n'a rien dit ni écrit en réponse
à ma question parue dans la matinée.
M., le Commissaire Benezech
Quelques journaux ont donné une con
versation de M. Benezech, commissaire
de . police du quartier Saint-Vincent-de-
Paul'. Je l'ai lue avec une curiosité avide.
Je n'y ai pas trouvé la réponse que je
cherchais. J'y ai vu, en revanche, des
erreurs qui étonneraient chez un magis
trat consciencieux. Voici ces paroles
d'après le Temps d'hier :
« Quand, vers cinq heures, on m'apprit
qu'un jeune inconnu s'était tiré un coup
de revolver dans un taxi et que le blessé
était à Lariboisière, je me rendis aussitôt
à l'hôpital avec mon secrétaire. Mais lé
blessé était dans le coma, je ne pus que
l'examiner rapidement, cependant que je
faisais interroger le chauffeur du taxi,
« Tout de suite j'eus la certitude que
je me trouvais bien en présence d'un sui
cide : les déclarations du chauffeur, com
me la position de la blessure, tout l'indi
quait. Cependant l'absence de papiers
d'identité m'intriguait [Ce ii'est pas
malheureux]. C'est pourquoi je remis an
lendemain la délivrance du permis d'in
humer. Je me faisais le raisonnement vé
rifié tant de fois : demain, je recevrai la
visite de la famille qui, ayant lu le drame
dans les journaux, viendra pour recon
naître le défunt. Je l'emmènerai à Lari
boisière et, la reconnaissance une fois
faite, l'affaire sera classée.
[Point d'affaire : cette devise a déborde
du corps diplomatique républicain, elle
a passé à la police, et c'est une des gran
des commodités du régime qui a pas mal
d'affaires mystérieures à étouffer.]
«.J'ajoute que le certificat médical fut
établi le lendemain matin, après constata
tiondu médecin légiste de l'arrondisse
ment, qui indiqua sûr son rapport que la
balle entrée par la tempe droite était res-
sortie par la tempe gauche. Le suicide
pour moi ne faisait aucun doute. C'est la
raison pour laquelle je n'ai songé à aucun
moment à retenir le taxi du chauffeur
comme pièce à conviction.
, « Enfin, le dimanche matin, un employé
d'une entreprise des pompes funèbres vint
réclamer les autorisations nécessaires à la
mise en bière du jeune Philippe Daudet.
C'est à ce moment seulement que j'appris
la personnalité du désespéré.
« La mise en bière fut effectuée en ma
présence. »
On le voit, M. Benezech répond à deux
de nos questions •: le taxi, le chauffeur. Il
ne répond rieu sur l'article des six adres
ses trouvées dans le portefeuille.
Malheureusement, ces déclarations ne sont
pas conformes à la vérité; d'abord M. Be
nezech se trompe sur les heures : il est
impossible qu'on lui ait appris la person
nalité du jeune désespéré dimanche ma
lin : Philippe Daudet n'a été reconnu
qu'entre midi et deux heures. De plus, non
moins certainement l'incuriosité a été
moins grande que ne l'assure M. Benezect :
on ne s'en est pas remis à l'intermédiaire
commmode de la presse du lendemain, on
a fait ime enquête, c'est un fait. On est
allé chez Mme Havard de la Montagne et
l'on n'est pas allé chez Maxime Real del
Sarte, on n'est pas allé à l'Action fran
çaise : donc, la qualité du problème, ce
•qu'il:-recelait de grave et de menaçant
aura été au moins ilairé. Mais ce ïlair
professionnel s'est exercé dans un inté
rêt contraire à celui de la vérité : quel
intérêt ? On a écarté l'un des éléments
du problème, on a préféré en différer
la solution. Je redis, infatigablement :
Pourquoi ?
-"*■ L'imprudent démenti
Ce ne sont pas de vaines questions que
je pose. On lit au Petit Journal :
« un bruit et un démenti. •— Un bruit
a couru suivant lequel, on aurait, dès le
.samedi', jour de la mort du jeune homme
alffrs inconnu qui s'ètaït tiré un coup de
revolver boulevard Magenta, attaché dans
certains services de la préfecture de police
et notamment à la police municipale une
certaine importance à ce drame qui, à pre
mière-mie, ne paraissait pas. devoir retenir
particulièrement l'attention. Cette informa
tion, si elle avait été confirmée,, rendait
inexplicable que la famille de Philippe
Daudet n'eut connu le fait que le diman
che par la lecture, des journaux qui lui
avait fait pressentir le douloureux événe
ment.
« Mais la nouvelle a été démentie, no
tamment à la police municipale où le soiis-
directeur, M. Maréchal, nous a déclaré que
ses services n'avaient rien connu du dra
me le jour où il s'est produit et que le sui
cide même de Philippe Daudet ne leur
avait élé révélé que par le numéro du Li
bertaire ».
Quand même ce « bruit » serait controu-
vé, un gros problème subsisterait : selon
l'expression du Petit Journal, il resterait
une information très grave qui rend
« inexplicable que la famille Daudet n'ait
« connu le fait que le dimanche par la lec-
« ture des journaux». Cette information,
c'est celle que j'ai donnée en tête de cet
article. Dès samedi soir, la police avait
lu le papier aux six adresses : dès samedi
■ soir, elle allait chez Mine Havard et .évi
tait d'aller à la Ligue d'Action française,
qui eût immédiatement averti Léon Dau
det...
- La visite à Mme Havard
Doutera-t-on de la visite faite i. Mme Ha
vard ? J'ai la déposition écrite de notre
collaborateur Georges Havard de la Mon
tagne. Elle est ainsi conçue :
« L'adresse portée à côté du nom Ila-
« vard de la Montagne sur le papier trou-
« vé sur Philippe Daudet n'était pas la
« mienne, mais celle de mon pauvre père,
« mort le 25 mai 1922, 105, rue de Gre-
,« nelle. Or, dimanche matin, vers onze
« heures, au journal, j'ai reçu de la veuve
« de mon père, ma belle-mère, qui habile
« encore à cette adresse, un coup de tê
ts. léphone me disait qu'elle croyait devoir
« me prévenir, parce que, la- veille, (le
« samedi 24 novembre), vers dix heures
« et demie du soir, étant souffrante, elle
« avait reçu la visite d'une sorte d'ins-
« pcct.eur de police en civil du récit du-
« quelle elle avait démêlé ceci : un jeune
« homme vient de se tuer en fiacre, bou-
« levard Magenta, etc. ».
La version officielle du suicide étant
donc échafaudée, on allait chercher un
témoignage dont on ne pouvait atteindre
qu'une faible et douteuse contradiction :
on évitait avec soin de rechercher des
témoignages différents. Je répète : pour
quoi 7
II. De Briand à von Seeckt
Les partis, hier, ont fait leur jeu, le jeu
de von Seeckt : deux Juifs comme dit M.
Guiraud, MM. Israël et Klotz, se sont rués
sur le point qu'ils avaient ébranlé jeudi :
d'abord battus à une voix, ils viennent de
l'emporter à quinze, l'espoir de réforme
électorale à été perdu, l'article 4 a été dis
joint, la prime à la majorité maintenue,
il n'y aura pas de- proportionnelle inté
grale.
C'est le triomphe de Briand. C'est un pas
de plus accompli par Briand dans les ave
nues du pouvoir. Notre collaborateur
parlementaire assure que M. Poincaré est
« découragé». C'est, répliquerait-on, qu'il
est lui-même fort décourageant. Pourquoi
r.'a-t-il pas posé la question de confiance
qui eût tout emporté? Je ne pense pas
que ce soit par simple découragement ni
pour faire place à Briand, ni pour facili
ter l'avance de von Seeckt. Le véritable
motif de cette inaction ne vient-il pas
d'une opposition née à l'intérieur de
son propre ministère et savamment en
tretenue par l'Elysée ?..
Le journal de l'Elysée, qui est la Vic
toire, et dont je suis heureux d'avoir, une .
fois de plus, salué hier la sottise, refait,
au nom de M. Millerand, le plaidoyer de
Briand pour le statu quo. Je ne crois
pas que M. Millerand ait envie de favo
riser M. Briand, dont, le ministère de 1921-
1922 reste la honte de sa présidence, mais
le président de la République tient à faire
sentir le poids de son influence et l'im
portance de ses « vues ». C'est l'inconvé
nient du système de deux consuls dans
un régime dénué de ce patriciait qui fai
sait la vigueur des gouvernements consu
laires : quand on est deux à gouverner,
l'un tire à hue, lfautro-tirc à dia. Le pré
sident du Conseil tient' pour le procédé
électoral qu'il juge rationnel et équitable,
le président de la République défend ce
lui qui lui semble le -plus pratique pour
la défense de certains-intérêts. En s'instal-
lant dans la position élyséenne, M.
Briand a utilisé l'erreur*et la manœuvre
millerandienne à la fois contre M. Mille
rand et contre M. Poincaré. Comme il
petit arriver entre deux concurrents,
un troisième survient qui se donne le
plaisir.de rafler l'enjeu.
Les deux présidents se consoleront-ils de
la- mésaventure en prévoyant-que le vo
leur sera volé à son tour jJar von Seeckt.
Les faiblesses du gouvernement actuel
laissent grandir impunément la force al
lemande. Le succès de Briand donnerait
le signal du retour offensif allemand.
Charles MAURRAS
ECHOS
LES FAITS DU JOUR
r '
— A la majorité de 290 voix contre 275,
la Chambre adopte la disjonction de l'ar
ticle 4 de là loi électorale (prime à la majo
rité.)
— A Saint-Etienne, un grave accident se
produit au puits Sainte-Marie.
— M. Marx a lu au Reichstag sa déclara
tion ministérielle.
La proposition
du général DegouHc
Le'général Dégoutté a jugé que l'heure
était venue de modifier progessivement le
caractère de l'occupation de la Ruhr. Cette
déclaration était attendue. Elle était dési
rée à Bruxelles.,La.presse allemande elle-
même avait annoncé le « regroupement »
dont parle le communiqué officiel d'hier
soir. On parlait dès samedi de; concentrer
les troupes à Dortmund, Gelsenkirchen et
Essen. .
Nous nous étions trouvés d'abord, dans
la Ruhr, en présence d'un problème diffi
cile. L'occupation invisible ne suffisant pas
à briser la résistance, il était vite devenu
nécessaire de « montrer la force pour no
pas avoir à s'en servir ». Cependant, il fal
lait disperser nos soldats dans une région
difficile, où des détachements isolés pou
vaient être exposés à des coups de main.
La résistance ayant cessé, on conçoit que
le commandement français préfère ramemir
le corps d'occupation sur des points stra
tégiques.
Cette mesure de confiance est donc, vue
sous un autre aspect, une mesure de pré
caution et de méfiance. Il a fallu que nos
soldats fussent vus pour dissuader les Alle
mands de, la Ruhr de résister. Mais, si les
choses s'étaient gâtées tout.à fait, si le cas
qu'on a évoqué récemment, celui d'irrégu-
liers tentant une surprise, s'était présenté,
alors nos forces eussent été bien en l'air
au milieu d'une agglomération où abondent
les villes de plus de cent mille habitants.
C'est pourquoi, de notoriété publique, le
maréchal Foch avait ,exprimé autrefois des
réserves au sujet de l'occupation de la
Ruhr. -
Nous avons fait, en somme, une expé-
'rience qui a réussi: celle d'occuper un pays
réputé difficile par le gouvernement des
Kohenzollern lui-même qui n'avait jamais
osé y mettre de garnison. La résistance a
cédé. Des accords ont été conclus avec les
industriels. Les chemins de fer, chose essen
tielle, sont revenus à l'activité. Nous allons
assister à une # deuxième expérience : tout
ce système continuera-t-il à marcher lorsque
nos troupes seront présentes mais senties
plutôt que vues ? Ce serait, évidemment,
un très beau succès, une preuve de pres
tige. Il faut éviter d'obtenir le contraire et,
pour cela; ne pas accumuler les risques.
Il y a le danger de donner aux Alle
mands l'impression du relâchement et de
ia'faiblesse : c'est trop évident pour qu'on
puisse courir au-devant de ce péril. Il ne
faudra pas non plus, si l'on veut que tout
continue à se passer bien, laisser rentrer
les fonctionnaires prussiens expulsés pour
leur participation à la résistance passive,
sinon on se retrouvera bientôt dans la si
tuation d'où nous avons mis onze mois à
sortir après la prise de possession d'Essen.
— j. p:
9
EDITION DU MATIN c
Mercredi 5 Décembre' 1923i .
mm
H]
cent.
Seine es Seine-el-0ia4.
20 ^
1 Département*, Colonies.
ABONNEMENTS: m A.
france et Colonies. 48fr« 25ft*° 13fr.
Etranger. ,, , ,, 82 » 42 » 22 » '
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÈANS
héritier des quarante Rois qui en mille ans Qrent la France»
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Fondateur f HENRI YÀUGEOIS Directeurs politiques s LEON DAUDET ©t CHARLES MAURRAS —» "■ Rédacteur en chef ? MAURICE PUJO
Le cri dii cœur:
M. L. Klotz.—Moi, je ne parlerai pas
de l'honneur du Parlement. Je ne parle
rai que de son intérêt. *
SEANCE D'HIER, A LA CHAMBRE,
d 'après le Compte rendu analytique officiel)
LES ASSASSINS ONT
La certitude du crime
Lorsque, le dimanche 25 novembre der
nier, je fus mis, à l 'hôpital Lariboisière, en
présence du corps de mon enfant, nous
venions d'apprendre, sa mère et moi, en
coup de foudre, et sa mort et son transfert
à l'hôpital. Nous ignorions tout des cir
constances et des milieux qu'il avait tra
versés, depuis le mardi. Il portait, à la
tempe droite, une affreuse blessure. Je
n'avais' donc aucune raison de ne pas ad
mettre immédiatement la version du sui
cide, accompli au réveil d'une fugue, dont
ce petit se serait exagéré l'importance. Phi
lippe nous adorait, sa mère et moi. Il nous
le témoignait de mille façons, attentives et
exaltées. Il savait bien que son école buis-
eormière lui eût élé, cette fois encore, par-
donnée immédiatement ; mais j'attribuai
eon acte de désespoir à la dépression ner
veuse, consécutive à la fugue, aussi à son
sentiment très vif de l'honneur et à la
douleur d'avoir, une fois de plus, cédé à
l'impulsion, dont je ne cessais de lui répé
ter. qu'elle pouvait être vaincue par la
volonté et le bon sens. Enfin nul ne peut
deviner ce qui se joue dans l'âme enfan
tine ; et Philippe, avec ses quatorze ans
trois quarts, était un enfant précoce, de
sentiments très religieux, mais un petit
enfant ; et cela me rassurait et m'enchan
tait qu'il demeurât tel, à travers les rudi
ments du grec et du latin et la lecture des
bons auteurs français.
Je pense maintenant que mon altitude,
l'acceptation immédiate de la version du
suicide et le silence, d'usage en pareil cas,
durent déranger, et même bouleverser, de
fond en comble, le plan des assassins, qui
escomptaient, de ma'part, une accusation
de meurtre, portée à l'aveuglette, et, de la
part des Camelots du Roi, camarades de
Philippe, des représailles à tâtons. Cela,, à
la veille du procès de la fille Berton. Mais,
plus encore que mon silence, dut les
effrayer la connaissance qu'ils eurent d'une
enquête, immédiatement ouverte par l'Ac
tion française (plus clairvoyante que son
tnalheureux codirecteur politique, et mieux
éclairée), sur ce que la plupart de mes
y mis et collaborateurs, connaissant comme
imoi les sentiments de Philippe,, considé
raient déjà comme un crime. Ainsi s'ex
pliquent l'étonnante imprudence du Liber
taire, consacrant un numéro spécial à la
prétendue conversion de Philippe à l'anar-
jehie» et l'insanité du sieur Georges Vidal,
administrateur du Libertaire, adressant à
ma femme, - huit jours après le prétendu
(suicide de l'enfant, — avec uu billet joint,
de la main de Philippe, sans date et sans,
enveloppe, — la lettre autoaccusatrice et
horrible que voici,:
Ce samedi l av déç. 23.
Madame,
Je viens aujourd'hui m*acquitter de la
'missioh que m'a confiée, vingt-quatre heures
ovant sa mort, votre fils Philippe. Je vous
ïransmels la lettre qu'il m'avait remise
pour vous, le vendredi 23. novembre, et
■vous prie d'excuser le retard apporté dans
la transmission de cette lettre. Il y eut pour
cela plusieurs raisons. Votre fils était venu
me trouver pour faire un attentat .anar
chiste. Je mis tout en œuvre pour l'en dis
suader, car, même admirateur du geste vio
lent, on'n'a pas le droit de pousser un être
à l'accomplir. (D'ailleurs, je publie tous
les détails, que je vous certifie rigoureuse
ment exacts, dans lin numéro du Liber
taire, qui paraîtra aujourd'hui ' et que je
vous enverrai au sortir des presses.) Votre
fils ne m'ayant pas donné son nom, il me
fallut' faire- une enquête pour, établir son
identité . Et comme, d'autre part, je con
naissais assez Z'A ction française pour
être sûr qu'elle déformerait les faits,- j'ai
été obligé de me servir de la lettre de votre
fils, pour permettre à la vérité de se faire
four. D'ailleurs, je suis certain, en agis
sant ainsi, d'avoir accompli les dernières
. volontés de Philippe, qui fut très catégo
rique dans ses affirmations.
Croyez, madame, qu'il m'est profondé
ment douloureux de mêler la politique à
des larmes, mais je ne pouvais agir autre
ment. Les quelques jours que j'ai passés
avec Philippe me, l'ont fait aimer et moi
vussi j'aurais préféré le pleurer sans bruit.
Hlais vos amis, hélas ! m'ont mis dans
l'obligation de parler. Ne m'en voulez pas,
madame, et veuillez agréer, je vous prie,
l 'expression de mes sentiments distingués.
Georges Vidal,
Administrateur du Libertaibe,
9, rue Louis-Blanc.
Je tirai immédiatement de cette lettre les
conclusions qui s'imposaient et qu'ont cor
roborées, depuis, d'autres déclarations de
pon scripteur. Par ailleurs, parvenaient à
nos enquêteurs, à la Justice régulière et à
moi, une multitude de renseignements con
cordants et de précisions impressionnantes.
A l'heure où j'écris, les choses en sont là.
Maintenant, je dois à nos lecteurs, à nos
amis et aux patriotes français une brève
explication : si mon cher petit garçon mar
tyr, si mon Philippe vivait encore, il
m'ordonnerait de continuer sans faiblesse
et sans défaillance. Tombé dans la lutte
politique, l'enfant chéri que nous pleurons,
et qui fut lâchement assassiné, nous in
dique, comme son grand ami Plateau, la
route à suivre et le combat à poursuivre.
Demain donc, et les jours suivants, je per
sévérerai, si Dieu le veut., à accomplir ici
mon devoir fermement, refoulant ines
larmes, surmontant mon deuil, appuyé sur
mon admirable femme, sur l'amitié et sur
l'espérance. Car, s'il est des signes dans le
ciel, la pire abomination, le meurtre con
certé - d'un enfant innocent, en haine du
père, en. est. un.
. . . Léon DAUDET
Député de Paris.
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
" L'INSTRUCTION
M. le juge d'instruction Barnaud a com
mencé l'information sur la plainte dépo
sée par Léon Daudet. Au commencement
de l'après-midi'd'hier, il a reçu 1 dans son
cabinet notre ami Jacques Allard, oncle
de Philippe Daudet, "qui a déposé au dos
sier certaines pièces. Puis on a introduit
un témoin qui avait été désigné par nous
au juge et dont le nom et la déposition
doivent provisoirement rester secrètes.
Ce témoin avait vivement intrigué les
journalistes présents et lorsqu'il sortit,
après une déposition qui avait duré deux
heures, il fut le point de mire de nom
breux appareils photographiques. Mais
quelques-uns de nos amis qui connais
saient l'importance de ce secret, se pla
cèrent devant,, lui et le magnésium fut
dépensé en pure perte.
Aujourd'hui sans doute, M. Barnaud pro
cédera aux diverses vérifications néces
sitées par cette déposition.
Dans la matinée d'hier, sur un mandat
du Parquet de la Seine, des commissaires
de la direction des recherches ont pro
cédé à diverses perquisitions chez les
anarchistes suivants : Georges Menier,
gérant du Libertaire ; Georges Vidal, Le-
coin, André Colomeiy rédacteur au Li
bertaire, et Charles d'Avray, le chanson
nier du « Grenier de Gringoire ».
Comme on pouvait le penser, ces per-
perquisitions un peu tardives n'ont rien
donne.'
, M. le commissaire Faralicq est allé, en
outre, à l'hôpital Lariboisière, où il a saisi
le pistolet automatique du calibre de
ti m/m 35, qui fut trouvé dans le taxi-
auto, et les vêtements de Philippe Dau
det. Parmi ces vêtements, il a trouvé le
pardessus.
M. Faralicq a reçu .ensuite dans son
cabinet le chauffeur Barjol qui, après
avoir affirmé une fois de plus que son
jeune client n'avait pas de pardessus, a
été assez embarrassé d'apprendre qu'il
en avait un tout de même.
En examinant sa voiture, qu'il avait
amené, on a découvert une douille dont
la balle avait été tirée. On pourra s'éton
ner que cette découverte se soit produite
hier seulement 4 décembre, alors qu'on
nous a dit que la voiture a été nettoyée
par le chauffeur le dimanche 25 no
vembre, lendemain de la mort- de Phi
lippe Daudet'.
Dans la soirée, l'anarchiste 1 Georges
Vidal, convoqué à la police judiciaire, a
été entendu, par M. Faralicq. Rien n'a
transpiré, sur cette/ déposition qui s'est
terminée vers 9 heures et demie.
LES 83 FRANCS
« La troublante histoire dit pardes
sus », dit la Liberté. Elle est troublante
en elle-même par la contradiction qu'elle
révèle entre les dires du chauffeur et les
faits. Elle ne l'est pas moins par les cir
constances qui s'en déduisent facilement.
D'après le récit du Libertaire, Philippe
aurait quitté Vidal dans l'après-midi du
vendredi ayant laissé dans les bureaux
de la feuilie anarchiste, avec une sous
cription de 200 francs « pour l'action »,
une autre somme de 100 francs à titre,
elle, de simple dépôt. Philippe devait re
voir Vidal le soir .même au « Grenier de
Gringoire », mais il n'y arriva que très
tard dans la nuit, de sorte que Vidal était
déjà parti. A ce moment-là, Philippe, qui
avait été si généreux au Libertaire, était
déjà sans le sou, au point qu - d'Avray doit
lui avancer cinq francs. Il ne savait où al
ler coucher et i' devait avouer le lendemain
matin à d'Avray qu'il avp>'t passé le reste
de la nuit à roder autour des Halles.
Cela est déjà singulier,, mais voici qui
t'est plus encore. Le samedi matin, Phi
lippe revient donc exténué au « Grenier
de Gringoire » et d'Avray lui prête trente
francs que Philippe, par un billet, charge
Vidal de lui rembourser, avec les cinq
francs de la veille, sur les cent francs qu'il
lui a laissés en dépôt. Pour se procurer
un peu plus d'argent, Philippe songe à
vendre son pardessus.
Forts de la déclaration du chauffeur
Barjol, les anarchistes avaient expliqué par
cette vente que Philippe eut 83 francs
en poche au moment où il fut trouvé mor
tellement blessé, à 4 heures de l'après-
midi. Mais, tout le monde le sait depuis
deux jours, Philippe blessé avait encore
son pardessus. Il ne l'avait donc pas ven
du. Pour vivre, il avait dû entamer déjà
les 30 francs prêtés par d'Avray. Alors
comment avait-il 83 francs sur lui V
Il y a une manière de l'expliquer qui
tente la pensée à cause d'une saisissante
concordance des chiffres. Philippe, n'ayant
pu vendre son» pardessus, doit avoir une
idée forf naturelle, c'est d'aller au Liber-
taire retirer son dépôt de 100 francs.
Supposons qu'il y soit allé. On lui aura
rendu 100 francs moins les 35 francs
prêtés par d'Avray, soit 65 francs. Il a en
outre -dans sa bourse les 30 francs prêtés
le matin, diminués de ses dépenses de la
journée (déjeuner et frais divers) qu'on
peut évaluer à 12 francs : restent 18
francs. 65 francs et 18 francs font 83
fr-anes, la somme que Philippe Daudet
avait dans sa poche.
Mais les gens du Libertaire, pour les
besoins de leur cause criminelle, ont sou
tenu qu'ils n'avaient pas vu Philippe
Daudet dans cette journée du samedi,
qu'ils ne l'avaient pas vu depuis l'après-
midi du vendredi.
Ils ont donc menti !
Maurice PUJO
P. S. — On nous dit qu'un incident
bizarre s'est produit à Levallois dans la
journée d'avant hier. Un . individu, gros
sièrement grimé, aurait pénétré dans le
garage du chauffeur Barjol et, sous les
yeux du neveu de celui-ci, aurait exa
miné la voiture à l'intérieur comme à
l'extérieur, serait monté sur le marchepied,
en se dissimulant, comme pour juger si
on-pouvait l'apercevoir du-siège du chauf-.
feur. Il aurait poussé ensuite l'indispréti'on
jusqu'à commencer à découdre, la tenture
du siège arrière. Le neveu justement in
quiet serait allé chercher la police, mais
au moment où celle-ci arriva, le singulier
visiteur avait disparu. ' ■ ■
Nous ne savons ce qu'il y a de vrai dans
celte histoire, mais comme on a fait
courir le bruit que cet enquêteur bizarre'
serait un Camelot du Roi, nous de
vons le démentir formellement. Peut-être
y a-t-il un rapport entre cet individu et
une personne qui est venue à l'Action
française avant hier soir, dont nous n'a
vons même pas gardé le nom, et qui, reçue
quelques minutes par deux de nos amis
fut éconduite par eux. leur faisant l'ef
fet d'un illuminé. Qu'il s'agisse de cette
personne ou d'une autre, bu bien d'un
agent provocateur, l'Action française n'a
aucune part à cette initiative" saugre
nue. — M. P.
Le voyage au Havre
.(De notre envoyé spécial)
Par les déclarations tardives du sieur
Vidal, on a appris hier que Philippe était
allé au Havre. Nous nous sommes aussitôt
rendu dans cette ville afin de procéder à
une enquête. A l'hôtel Bellevue, d'où Phi
lippe aurait daté le billet que prétend dé
tenir l'administrateur du Libertaire, on a
reçu un voyageur répondant au signale
ment donné.
— Ce voyageur, nous a dit ] e gérant de
l'hôtel, s'est présenté le mardi 20 novem
bre, vers 1 heure de l'après-midi. Il a ré
clamé une chambre. On lui en a désigné
une, à l'annexe, située rue de la Maille
rais. Le voyageur s'est inscrit sur la feuille
de police sous le nom de Pierre Bou
champs, électricien, né à Paris le 9 décem
bre 1907 ( cette date ne correspond pas à
la date de naissance de Philippe Daudet),
domicilié à Paris, 22, rue de Grenelle (c'est,
on le sait, l'adresse de M. et Mme Allard,
grands, parents maternels de Philippe).
Ce document, écrit de la main du voya
geur, il nous a été permis de l'examiner :
il'semble que l'écriture soit une écriture
déguisée. On ne peut, en tout cas> à pre
mière vue, affirmer que ce soit celle de
Philippe.
Ce jour-là, « Bouchamps » ne dîne pas.
Il demoure dans, sa chambre toute la soi
rée.
Le mercredi matin, vers 9 h. 30, il dé
jeune rapidement, dans sa chambre (il
prendra tous ses repas dans sa chambre)
et demande l'itinéraire « pour se rendre à
l'église la plus proche ». On lui indique
l'église Notre-Dame. Dans la matinée, il
se rend aussi au Syndicat d'initiative pour
demander des renseignements sur les dé
parts de bateaux pour le Canada. On l'a
dresse à la maison J.-M. Currie, agence de
la
Faggianelli. M. Vaggianelli, questionné hier
matin, ne se souvenait de rien. Mais, dans
l'après-midi, il revenait spontanément sur
ses déclarations, et,- avec un luxe de dé
tails qu'on n'attendait pas, nous faisait le
récit suivant : (
— J'ai lu en déjeunant, dans un journal
parisien, que le voyageur de l'hôtel Belle-
vue se disait électricien. C'est ce qui me
remet en mémoire le passage à mon bu
reau. dans la matinée du 21 ou du 22 d'un
jeune homme qui se disait, lui aussi, élec
tricien, malgré la blancheu'- de ses mains,
que j'ai remarquée. Ce jeune homme m'a
demandé :
— Avez-vous des bateaux faisant le ser
vice de la Mer du Nord et des pays Scan
dinaves...
(/Z faut noter que « Bouchamps » était
envoyé par le Syndicat d'initiative à la
maison Carrie parce que celle-ci est spé
cialiste des lignes canadiennes et qu'ïl
avait demandé des renseignements sur les
bateaux faisant le service du Canada.)
. « Je lui ai répondu que nous faisons
surtout le transit avec l'Amérique du Sud
et le Canada. Mon interlocuteur m'a de
mandé alors le prix de la traversée pour
le Canada.
— 1.370 francs en 3 e classe.
— Alors, pourrai-je faire la traversée en
travaillant à bord ?
— Comme quoi ?
— Comme électricien.
« J'ai fait observer au jeune homme que
nos bateaux étant anglais, on n'engageait
d'ailleurs qu'un personnel anglais et que
les engagements ne se faisaient qu'à An
vers, à Liverpoob ou peut-être à Cher
bourg.
— Alors, vous croyez, m'a-t-iï dit, que,
si j'allais à Cherbourg, j'aurais des chan
ces d'être embarqué ?
« Je lui ai déconseillé ce voyage. Il m'a
demandé toutefois le prix du voyage du
Havre à Cherbourg, et je le lui ai indiqué :
il est de 26 ou 27 francs. »
On retrouve « Bouchamps » à l'hôtel
Bellevue, à midi. Il déjeune, et se plaint
de maux«de tête. Il demande au garçon,
Louis Prévis, qui a séjourné 3 ans au Ca
nada* des détails sur ce pays. Il écrit qua
tre lettres, sur dp papier à en-tête de l'hô
tel. Ces lettres sont encore sur la table de
sa chambre quand le garçon lui apporte-
son diner. D'ailleurs, le voyageur ne sort
pas ce soir-là, et les lettres, si elles ont été
mises par lui à la poste, ne sont parties que
le lendemain matin.
Le lendemain, jeudi, en effet, vers-7 heu
res du matin, il règle sa note, et'demande
qu'on lui indique un tramway qui le con
duise à la gare. A partir de ce moment, on
perd sa trace. A-t-il pris le train de 8 heu
res pour Paris ? Le personnel de la gare,
le contrôleur de ce train, interrogés^ par
nons, ne peuvent nous fournir aucun ren
seignement.
— « Bouchamps », dit le gérant de l'hô
tel Bellevue, n'a reçu aucune lettre ni au
cune visite pendant son séjour, dans mon
établissement. Il paraissait nerveux.et fu
mait une grande quantité de cigarettes
« Camel ».
Ajoutons que le voyageur a laissé dans
sa chambre, en partant, des livres — Mal
herbe, Ronsard- Chénier, un roman « Le
7 de Trèfle » qui ont été saisis par la po
lice — et des journaux illustrés, -qui - ont
été brûlés (nous a-t-on dit, au commissa
riat central) par les soins du personnel de
l'hôtel.
LA. P OLIT IQUE
I. Le portefeuille aux six adresses
Le samedi 24 novembre, à 10 h. 30 du
soir, un inspecteur de police en civil s'est
présenté 109, rue de Grenelle, chez la
veuve de notre regretté confrère Oscar
Bavard de la. Montagne et l'a informée du
suicide d'un inconnu, boulevard Magenta:
« Il a été transporté mourant à Lariboi-
« sière, où il est mort. On peut croire
« qu'il s'agit d'un Havard de la Mon-
« tagne», a ajouté l'homme de police.
Donc, samedi soir, à 10 h, 30, la police
avait lu le mystérieux petit écrit trouvé
sur le corps de Philippe.
Elle y avait lu le nom de Maxime Real
del Sarte.
Elle y avait lu le nom de'la Ligue d'Ac-
tion française. .
Or, la police est allée chez Mme Havard.
Elle' n'est pas allée chez Maxime. Elle
n'est pas allée à l'Action française. Ne
pouvait-on pas « croire qu'il s'agit » d'un
des nôtres ? On s'est abstenu cependant.
Pourquoi ? On beaucoup écrit et par
lé sur tous ces sujets, dans la journée
d'hier. On n'a rien dit ni écrit en réponse
à ma question parue dans la matinée.
M., le Commissaire Benezech
Quelques journaux ont donné une con
versation de M. Benezech, commissaire
de . police du quartier Saint-Vincent-de-
Paul'. Je l'ai lue avec une curiosité avide.
Je n'y ai pas trouvé la réponse que je
cherchais. J'y ai vu, en revanche, des
erreurs qui étonneraient chez un magis
trat consciencieux. Voici ces paroles
d'après le Temps d'hier :
« Quand, vers cinq heures, on m'apprit
qu'un jeune inconnu s'était tiré un coup
de revolver dans un taxi et que le blessé
était à Lariboisière, je me rendis aussitôt
à l'hôpital avec mon secrétaire. Mais lé
blessé était dans le coma, je ne pus que
l'examiner rapidement, cependant que je
faisais interroger le chauffeur du taxi,
« Tout de suite j'eus la certitude que
je me trouvais bien en présence d'un sui
cide : les déclarations du chauffeur, com
me la position de la blessure, tout l'indi
quait. Cependant l'absence de papiers
d'identité m'intriguait [Ce ii'est pas
malheureux]. C'est pourquoi je remis an
lendemain la délivrance du permis d'in
humer. Je me faisais le raisonnement vé
rifié tant de fois : demain, je recevrai la
visite de la famille qui, ayant lu le drame
dans les journaux, viendra pour recon
naître le défunt. Je l'emmènerai à Lari
boisière et, la reconnaissance une fois
faite, l'affaire sera classée.
[Point d'affaire : cette devise a déborde
du corps diplomatique républicain, elle
a passé à la police, et c'est une des gran
des commodités du régime qui a pas mal
d'affaires mystérieures à étouffer.]
«.J'ajoute que le certificat médical fut
établi le lendemain matin, après constata
tiondu médecin légiste de l'arrondisse
ment, qui indiqua sûr son rapport que la
balle entrée par la tempe droite était res-
sortie par la tempe gauche. Le suicide
pour moi ne faisait aucun doute. C'est la
raison pour laquelle je n'ai songé à aucun
moment à retenir le taxi du chauffeur
comme pièce à conviction.
, « Enfin, le dimanche matin, un employé
d'une entreprise des pompes funèbres vint
réclamer les autorisations nécessaires à la
mise en bière du jeune Philippe Daudet.
C'est à ce moment seulement que j'appris
la personnalité du désespéré.
« La mise en bière fut effectuée en ma
présence. »
On le voit, M. Benezech répond à deux
de nos questions •: le taxi, le chauffeur. Il
ne répond rieu sur l'article des six adres
ses trouvées dans le portefeuille.
Malheureusement, ces déclarations ne sont
pas conformes à la vérité; d'abord M. Be
nezech se trompe sur les heures : il est
impossible qu'on lui ait appris la person
nalité du jeune désespéré dimanche ma
lin : Philippe Daudet n'a été reconnu
qu'entre midi et deux heures. De plus, non
moins certainement l'incuriosité a été
moins grande que ne l'assure M. Benezect :
on ne s'en est pas remis à l'intermédiaire
commmode de la presse du lendemain, on
a fait ime enquête, c'est un fait. On est
allé chez Mme Havard de la Montagne et
l'on n'est pas allé chez Maxime Real del
Sarte, on n'est pas allé à l'Action fran
çaise : donc, la qualité du problème, ce
•qu'il:-recelait de grave et de menaçant
aura été au moins ilairé. Mais ce ïlair
professionnel s'est exercé dans un inté
rêt contraire à celui de la vérité : quel
intérêt ? On a écarté l'un des éléments
du problème, on a préféré en différer
la solution. Je redis, infatigablement :
Pourquoi ?
-"*■ L'imprudent démenti
Ce ne sont pas de vaines questions que
je pose. On lit au Petit Journal :
« un bruit et un démenti. •— Un bruit
a couru suivant lequel, on aurait, dès le
.samedi', jour de la mort du jeune homme
alffrs inconnu qui s'ètaït tiré un coup de
revolver boulevard Magenta, attaché dans
certains services de la préfecture de police
et notamment à la police municipale une
certaine importance à ce drame qui, à pre
mière-mie, ne paraissait pas. devoir retenir
particulièrement l'attention. Cette informa
tion, si elle avait été confirmée,, rendait
inexplicable que la famille de Philippe
Daudet n'eut connu le fait que le diman
che par la lecture, des journaux qui lui
avait fait pressentir le douloureux événe
ment.
« Mais la nouvelle a été démentie, no
tamment à la police municipale où le soiis-
directeur, M. Maréchal, nous a déclaré que
ses services n'avaient rien connu du dra
me le jour où il s'est produit et que le sui
cide même de Philippe Daudet ne leur
avait élé révélé que par le numéro du Li
bertaire ».
Quand même ce « bruit » serait controu-
vé, un gros problème subsisterait : selon
l'expression du Petit Journal, il resterait
une information très grave qui rend
« inexplicable que la famille Daudet n'ait
« connu le fait que le dimanche par la lec-
« ture des journaux». Cette information,
c'est celle que j'ai donnée en tête de cet
article. Dès samedi soir, la police avait
lu le papier aux six adresses : dès samedi
■ soir, elle allait chez Mine Havard et .évi
tait d'aller à la Ligue d'Action française,
qui eût immédiatement averti Léon Dau
det...
- La visite à Mme Havard
Doutera-t-on de la visite faite i. Mme Ha
vard ? J'ai la déposition écrite de notre
collaborateur Georges Havard de la Mon
tagne. Elle est ainsi conçue :
« L'adresse portée à côté du nom Ila-
« vard de la Montagne sur le papier trou-
« vé sur Philippe Daudet n'était pas la
« mienne, mais celle de mon pauvre père,
« mort le 25 mai 1922, 105, rue de Gre-
,« nelle. Or, dimanche matin, vers onze
« heures, au journal, j'ai reçu de la veuve
« de mon père, ma belle-mère, qui habile
« encore à cette adresse, un coup de tê
ts. léphone me disait qu'elle croyait devoir
« me prévenir, parce que, la- veille, (le
« samedi 24 novembre), vers dix heures
« et demie du soir, étant souffrante, elle
« avait reçu la visite d'une sorte d'ins-
« pcct.eur de police en civil du récit du-
« quelle elle avait démêlé ceci : un jeune
« homme vient de se tuer en fiacre, bou-
« levard Magenta, etc. ».
La version officielle du suicide étant
donc échafaudée, on allait chercher un
témoignage dont on ne pouvait atteindre
qu'une faible et douteuse contradiction :
on évitait avec soin de rechercher des
témoignages différents. Je répète : pour
quoi 7
II. De Briand à von Seeckt
Les partis, hier, ont fait leur jeu, le jeu
de von Seeckt : deux Juifs comme dit M.
Guiraud, MM. Israël et Klotz, se sont rués
sur le point qu'ils avaient ébranlé jeudi :
d'abord battus à une voix, ils viennent de
l'emporter à quinze, l'espoir de réforme
électorale à été perdu, l'article 4 a été dis
joint, la prime à la majorité maintenue,
il n'y aura pas de- proportionnelle inté
grale.
C'est le triomphe de Briand. C'est un pas
de plus accompli par Briand dans les ave
nues du pouvoir. Notre collaborateur
parlementaire assure que M. Poincaré est
« découragé». C'est, répliquerait-on, qu'il
est lui-même fort décourageant. Pourquoi
r.'a-t-il pas posé la question de confiance
qui eût tout emporté? Je ne pense pas
que ce soit par simple découragement ni
pour faire place à Briand, ni pour facili
ter l'avance de von Seeckt. Le véritable
motif de cette inaction ne vient-il pas
d'une opposition née à l'intérieur de
son propre ministère et savamment en
tretenue par l'Elysée ?..
Le journal de l'Elysée, qui est la Vic
toire, et dont je suis heureux d'avoir, une .
fois de plus, salué hier la sottise, refait,
au nom de M. Millerand, le plaidoyer de
Briand pour le statu quo. Je ne crois
pas que M. Millerand ait envie de favo
riser M. Briand, dont, le ministère de 1921-
1922 reste la honte de sa présidence, mais
le président de la République tient à faire
sentir le poids de son influence et l'im
portance de ses « vues ». C'est l'inconvé
nient du système de deux consuls dans
un régime dénué de ce patriciait qui fai
sait la vigueur des gouvernements consu
laires : quand on est deux à gouverner,
l'un tire à hue, lfautro-tirc à dia. Le pré
sident du Conseil tient' pour le procédé
électoral qu'il juge rationnel et équitable,
le président de la République défend ce
lui qui lui semble le -plus pratique pour
la défense de certains-intérêts. En s'instal-
lant dans la position élyséenne, M.
Briand a utilisé l'erreur*et la manœuvre
millerandienne à la fois contre M. Mille
rand et contre M. Poincaré. Comme il
petit arriver entre deux concurrents,
un troisième survient qui se donne le
plaisir.de rafler l'enjeu.
Les deux présidents se consoleront-ils de
la- mésaventure en prévoyant-que le vo
leur sera volé à son tour jJar von Seeckt.
Les faiblesses du gouvernement actuel
laissent grandir impunément la force al
lemande. Le succès de Briand donnerait
le signal du retour offensif allemand.
Charles MAURRAS
ECHOS
LES FAITS DU JOUR
r '
— A la majorité de 290 voix contre 275,
la Chambre adopte la disjonction de l'ar
ticle 4 de là loi électorale (prime à la majo
rité.)
— A Saint-Etienne, un grave accident se
produit au puits Sainte-Marie.
— M. Marx a lu au Reichstag sa déclara
tion ministérielle.
La proposition
du général DegouHc
Le'général Dégoutté a jugé que l'heure
était venue de modifier progessivement le
caractère de l'occupation de la Ruhr. Cette
déclaration était attendue. Elle était dési
rée à Bruxelles.,La.presse allemande elle-
même avait annoncé le « regroupement »
dont parle le communiqué officiel d'hier
soir. On parlait dès samedi de; concentrer
les troupes à Dortmund, Gelsenkirchen et
Essen. .
Nous nous étions trouvés d'abord, dans
la Ruhr, en présence d'un problème diffi
cile. L'occupation invisible ne suffisant pas
à briser la résistance, il était vite devenu
nécessaire de « montrer la force pour no
pas avoir à s'en servir ». Cependant, il fal
lait disperser nos soldats dans une région
difficile, où des détachements isolés pou
vaient être exposés à des coups de main.
La résistance ayant cessé, on conçoit que
le commandement français préfère ramemir
le corps d'occupation sur des points stra
tégiques.
Cette mesure de confiance est donc, vue
sous un autre aspect, une mesure de pré
caution et de méfiance. Il a fallu que nos
soldats fussent vus pour dissuader les Alle
mands de, la Ruhr de résister. Mais, si les
choses s'étaient gâtées tout.à fait, si le cas
qu'on a évoqué récemment, celui d'irrégu-
liers tentant une surprise, s'était présenté,
alors nos forces eussent été bien en l'air
au milieu d'une agglomération où abondent
les villes de plus de cent mille habitants.
C'est pourquoi, de notoriété publique, le
maréchal Foch avait ,exprimé autrefois des
réserves au sujet de l'occupation de la
Ruhr. -
Nous avons fait, en somme, une expé-
'rience qui a réussi: celle d'occuper un pays
réputé difficile par le gouvernement des
Kohenzollern lui-même qui n'avait jamais
osé y mettre de garnison. La résistance a
cédé. Des accords ont été conclus avec les
industriels. Les chemins de fer, chose essen
tielle, sont revenus à l'activité. Nous allons
assister à une # deuxième expérience : tout
ce système continuera-t-il à marcher lorsque
nos troupes seront présentes mais senties
plutôt que vues ? Ce serait, évidemment,
un très beau succès, une preuve de pres
tige. Il faut éviter d'obtenir le contraire et,
pour cela; ne pas accumuler les risques.
Il y a le danger de donner aux Alle
mands l'impression du relâchement et de
ia'faiblesse : c'est trop évident pour qu'on
puisse courir au-devant de ce péril. Il ne
faudra pas non plus, si l'on veut que tout
continue à se passer bien, laisser rentrer
les fonctionnaires prussiens expulsés pour
leur participation à la résistance passive,
sinon on se retrouvera bientôt dans la si
tuation d'où nous avons mis onze mois à
sortir après la prise de possession d'Essen.
— j. p:
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