Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-04
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 04 décembre 1923 04 décembre 1923
Description : 1923/12/04 (Numéro 337). 1923/12/04 (Numéro 337).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k761787q
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième Année. — N 8 337«
EDITION DU MATIN c
Mardi 4 Décembre 1923.
[■ £5 ce*. ,
' Seînê ei Sein6-*t-0is*.
20 cc . nl '
DiporUmanU, Cotoniet. 1
ABONNEMENTS: cm
France et Colonies. 48 tr. 25 fr. 13 tir.
Etranger. ., , . ,■ 82 » 42 » 22»
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAI.
« Tout ce qui est national est notre. )
Le Duc d'ORLEANS
héritier des quarante Kois qui en mille ans firent I* France.
REDACTION & ADMINISTRATION
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Registre de Commerce : Seine' 98.582 '
Fondateur s HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques ï LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS Rédacteur en chef ? MAURICE PCJO
La guerre, qui revient ' '
Pierre Héricourt Vavait dit dans son livre, La
Dernière des Guerres...; • •
« La démocratie, non contente d*avoir fait
Sj « payer à quinze cent mille morts ses erreurs pa-
« cifiques, et parce qu 9 elle est incapable d*exiger
« le désarmement du hoche que nous avons vain*
« eu, assure à nos enfants une prochaine tuerie
« plus sanglante encore. »
« Seule la monarchie peut sauver la Patrie
« de nouvelles invasions, de nouvelles hécatom-
« bes, de nouveaux massacres. »
L'ASSASSINAT DE PHILIPPE DAU
iE GRIME
La plainte
Reçu , hier, à 2 heures, par M. le pro
cureur général Scherdlin et par M. Prou-
haram,'.procureur de la République, Léon
Daudet a déposé Hier une plainte régulière.
Il était assisté de M" d'Autremont. Maurice
Pujo et Jacques Allard l'accompagnaient.
.Voici lé texte de la plainte :
Paris, le 3 décembre 1923.
Monsieur le Procureur général,
J'ai l'honneur de vous confirmer la lettre
que je vous adressais hier. Tout m'assure,
de plus en plus, du crime dont j'avais tout
d'abord écarté Vhypothèse. Le rapt est au
tant dire-> avoué. Je ne -doute pas que la
justice ne fasse ^la preuve de l'assassinat.
J'ai donc l'honneur de porter, personnel
lement plainte entre vos mains et je me
tiens prêt-.à me-constituer partie civile.
Veuillez agréer, monsieur le Procureur
général, l'assurance de ma haute considé
rationi
L'instruction est ouverte .
Aussitôt " saisis de la plainte, les chefs
du .Parquet ont 1 désigné M. le substitut
Rolland pour rédiger un? réquisitoire d'in
formation 1 contre : X..., visant l'homicide
volontaire et'le détournement de mineur.
L'instruction a été confiée à M. Barnaud.
Le juge a donné commission rogatoire à
• M. Faralicq, commissaire aux délégations
judiciaires, pour faire procéder ce «matin
à l'exhumation. M. Faralicq a été chargé,
en outre, de ' saisir 'à l'hôpital Lariboi
sière les vêtements que portait l'infortuné
Philippe au moment où-il a- été frappé,
ainsi que le revolver trouvé dans le taxi.
Enfin, il a reçu la mission de procéder à
J'examen du tax;i-auto, au garage -du chauf
feur Bajot, 28, rue Marjoïin, à Levallbis-
Pérret. '
L'autopsie sersi pratiquée par.trois mé-
âecins légistes, le professeur Palthazard
et les docteurs Paul et Socquct. .
Daudet dans le cabinet
du juge
Ayant à faire d'importantes déclara
tions, Daudet a été entendu dès hier par
M.-Barnaud, sur sa demande. Pour ne pas
gêner l'action- de -la. justice, nous ne di
rons rien des précieux éléments d'infor
mation qu'il a apportés à l'instruction.
• Le procès-verbal clos, au cours d'une
conversation avec le juge, Daudet a. envi
sagé diverses hypothèses psychologiques
■possibles.'
Il s'est ensuite constitué partie civile.
ECHO^"
LES FAITS DU JOUR
— Le gouvernement allemand proteste
contre la saisie de- matériel, effectuée par
les autorités belges comme indemnité pour
l 'assassinat du lieutenant Graff.
—*• A Sheffield (Angleterre), quarante mi
neurs sont tués, dans une mine, par la chu
te d'une benne.'
Hypothèses et certitudes
Dans un récent écho, nous dénoncions la cam
pagne de démoralisation qui se poursuit, sous for
me d'intermèdes peu patriotiques, dans certains !
cinémas des faubourgs et de la banlieue. Sur la foi
d'informations erronées, nous avions cité Y£den
de Vincennes. Nous rectifions avec plaisir. Le_ di
recteur de. VEden de Vincennes nous écrit que,
bien au contraire, la salle est chaque semaine mise
gracieusement à la disposition des autorités mili
taires pour des conférences aux soldats. L 'Eden
tient à soutenir « la.grande cause française ».
Au tableau d'honneur... ■;■■■"■'
• * *
Un bon placement.
On lit dans la Gazette - de l'Hôtel Drouot :
< Parmi les ouvrages modernes, le prix maxi
mum obtenu a été celui de 360 fr. pour la série
des .vingt premiers Cahiers verts de chez Bernard
Grasset, Dans cette collection ont _ paru la plu
part des succès littéraires de ces deux dernières
tnnees. ■ - ■ ' -
Si l'on ; veut bien se souvenir , que la. série des
vingt premiers cab'ërs valait,'à l'origine, 90. fr.,
e 'est donc ; un bénéfice de 400 0/0 que-les heu-
ceax acheteurs des - Cahiers verts ont réalisé.
La bibliophilie est' décidément un vice lucra
tif. ■ "
Méprisant talus et ornières,
L'auto gronde, passe, s'enfuit,
Faisant sur la route, la nuit,/
Un grand éventail de lumière.
Sortant de 6a grise enveloppe,
Le paysage développe,
Avare, un-peu de sa beauté
Quand' M azda fënd l'obscurité. '
* *
La . V arinette . Son beau succès. Voir pages
J39 et 140 Almanach d'Action française;
■ •§• 4»
De notre confrère, M. Edgard Troimaux ::
" J'ai .découvert — sans ■ le chercher —
y Qu'avant-chaquç exploit ridicule,
y Fort prudemment, le vieil Hercule
Prenait douze... Cherry Rocher !
En la Chapelle de la Compassion, boule
vard de } Verdun à Neuilly, une Messe
sera dite, le mardi A décembre à 10 heu
res pour le repos de l'âme de S. A. R.
■ Madame la Princesse Waldemar de Dane
mark et ;lc mercredi • 5- décembre , à la
même heure, pour le repos de l'âme de
A. Rf Mojiseigneur le Dut de Chartres,
La plainte déposée hier par Léon Dau
det a déterminé enfin l'ouverture de l'ins
truction. C'est au juge* que nous continue-
ions de réserver les éléments d'informa
tion nouveaux qui nous arrivent chaque
jour. Comme nous l'avons fait hier, nous,
nous contenterons aujourd'hui de préci
ser et de discuter les points déjà connus
et les détails qui sont successivement-ren
dus publics par nos confrères.
Nous demandions, hier, comment les
gens du Libertaire, s. qùi Philippe avait
laissé une lettre sans adresse à n'ouvrir
qu'au cas où il lui « arriverait quelque
chose », avaient pu déduire qu'il lui était
arrivé quelque chose de la simple lecture
d'un fait divers de quatre lignes en cin
quième page du Petit Parisien, annonçant
qu'un inconnu s'était suicidé dans * un
taxi.
Nous avions admiré la divination sin
gulière par laquelle ils avaient identifié
cet inconnu-là avec le leur et les deux
avec Philippe Daudet.
Hier matin, le sieur Vidal s'étant aper
çu sans doute du trou qui béait dans son
récit, a essayé de le combler en disant au
Quotidien qu'il n'avait soupçonné ,la qua
lité de son hôte que le mardi matin à la
lecture de l'Action française qui annonçait
la mort de Philippe Daudet. Par -malheur,
il a dit dans son • article du Libertaire,
qu'inquiçt dès le dimanche (pourquoi ?) il
avaitfait son enquête dès le lundi à Lari-
boisière.
Le sieur Vidal a compris sans doute que
son explication était insuffisante car dans
l'après-midi il cherchait à l'étayer par de
nouvelles révélations faites à notre confrè
re de l 'Intransigeant, M. A. de Gobart.
L'anarchiste raconte les conditions dans
lesquelles Philippe Daudet lui remit la let
tre destinée à sa mère*
Citons l'Intransigeant : .
, J'ai donc lu la lettre et-lui ai dit : « Comment
veux-tu que-je puisse adresser cette lettre à ta-mèrej
le cas échéant, puisque tu ne me donnes pas d'a
dresse ? D'ailleurs, il vaudrait mieux mettre ça
sous enveloppe. » « — Donne-moi d'abord une en
veloppe, m'a répondu Philippe Daudet et, quant
à l'adresse, tous les journaux te la donneront lors
qu'ils parleront de mon acte. »,
Je demande à Georges Vidal :
— Î1 était donc question d'un acte ? . '
— Philippe Daudet était décidé à faire quelque
chose qui ferait énormément de bruit : le vendre
di, il avait l'intention d'entrer dans un commis
sariat de^ police et de tirer sur les agents, au ha
sard ; quelques instants après, il manifestait son
intention d'entrer dans un dancing et de descen
dre quelques danseurs. Il insistait pour que je lui
dise ce qui était le plus utile à notre cause.
—- De là l'idée d'assassiner son père ?
— Ne me faites pas dire, monsieur, ce que je ne
dis pas.
Et pourtant ' le sieur Vidal l'a dit au
Matin, à d'autres journaux et dans le Li
bertaire qui paraît aujourd'hui !
Ce qui est remarquable c'est que les néces
sités de leur défense font glisser ,peu à peu
nos gens de la thèse de Philippe anarchis
te conscient à celle de Philippe pur dé
ment, fou furieux, prêt à tirer à tort et à
travers sur des agents, sur des danseurs
ou sur quelque personnage important, si
ce n'est sur son père lui-même.
* *
Mais l'entretien de l'Intransigeant con
tient des choses plus graves. Le sieur Vi
dal communique à notre confrère la lettre
que Philippe laissa à son adresse le sa
medi matin, au Grenier de Gringoire ; elle
est ainsi conçue : .
Mon cher copain,
Je viens d'emprunter 35 francs à d'Avray. Je te
prie de lès lui rembourser sur la somme que je
rai laissée en dépôt au Libertaire.
Ton copain,
(Et la lettre était signée d'une' croix,
sans nom.) ;
M. de Gobart presse Vidal de questions
nouvelles :
— C'est donc avec cet argent que Philippe a
vécu ?
— Non, Philippe avait offert de vendre son
pardessus à d'Avray, mais il le vendit plus cher
puisque, lorsqu'il s'est suicidé, il avait 83 francs,
et que la veille au soir, il n'avait plus un sou.
— Comment, lorsque Philippe est venu chez
vous, vous êtes-vous contenté de son explication
d'un voyage au Havre ? Comment ne l'avez-vous
pas questionné davantage »?
— Philippe, est effectivement allé au Havre,
j'en ai la preuve par un billet qui est également
en lieu sûr, ; en voici le texte :
Mardi.
Voilà. C'est fait. Tout est fini. Je viens de
m'installer à l'hôtel Bçllevue au Havre. Voyage
long avec des gens touchants. Je vais me four
nir (?) ( ici le mot -est difficile à lire), puis ga
gner le plus vite possible la terre du Nord. Pau
vres papa et maman !
— Vous n'avez pas d'autres documents ?
. —Non, je vous l'affirme.
Ce n'est pas sans un sursaut que Léon
Daudet et nous avons pris connaissante
de cet aveu7de.l'anarchiste aux abois; Ain
si, ces gens-là ont en leurs mains un au
tre papier de Philippe que celui qu'ils
avaient publié d'abord et ce papier est
daté du mardi*, c'est-à-dire du jour même
de la disparition de l'enfant !• Qu'en con
clure ? Que malgré leur affirmation de
n'avoir connu Philippe que le jeudi, ils
étaient en rapport avec lui dès le mardi ?
Ou bien qu'avant sa mort, ils ont dépouil
lé lfe malheureux enfant.de tous ses pa
piers comm e de son argent, ce qui ex]>li-
ciurrau qu'on ne les ait pas trouvés sur
iui. :
Dai s les clfux hypothèses, le mensonge
i-clati: Ivt ces gens-là prétendent qu'ils
n'ont mis su qu'ils avaient affaire à Phi-
.ïippe Daudet f . . ■
Comment la main de la justice ne s'est-
dle pas . siuitie sur eux dès hier soir, ?
* -î-
Passor.s f un autre point. Dans Je récit
((ii'ii a fait à tous les journaux, le chauf
feur 0'irjiù affirme que Philippe lors
qu'il !« b'.i,!. place de la Bastille et péné
tra dans «u voiture, n'avait pais de par
dessus. Nous avons tenu à lui faire confir
mer cxpre.v-Oment cette déclaration par
deux de nos collaborateurs qui' se" sont
rendus chez lui hier soir. Le chauffeur
Bariol » été catégorique là-dessus.
D 'autre part, nous avons lu dans lc;s
journaux les raisonnement établis par
les an.ir<'ln'.sies et leurs-amis sur' la vente'
que. dans-1»'-.tournée Philippe aurait faite
dé:co pardessus. C'est de là qu'il aurait
tiré la majeure partie de l'argent trouvé
sur lui, l'autre avant été fournie par les
prêts de MM. Vidal et DajVray.
Eh bien rious avons'entre les mains la
copie du bulletin d'admission à l'hôpital
de Lariboisière, il porte au verso les indi
cations suivantes constituant ; le signale
ment du blessé :
Inconnu paraissant âgé de 18 à 20-ans environ,
taille : 1 m.- 71) à 1 m. 75, yeux bleus, nez
aquilin, bouche moyenne, sans moustache', cor-,
pulence moyenne, sans signe particulier. Pardes
sus genre- raglan, marque « Arro'ss, Paris, Lon
dres », veston gris, qiarqué et pantalon N° 25.226,
marque : Made in England. Gilejt marren,' rayures
noyées. Casquette grise, chemise blanche à raies
bleues, chaussures de, travail. Deux ' mouchoirs
blançs sans initiale. Chaussettes grfs ' foncé. :
Au témoignage des parents; la marque
indiquée est bien celle du pardessus qu'ils
avaient donné à' Philippe. Ce pardessus,
il l'avait sur lui à l'entrée 1 à ■Lariboisière,
il doit se'trouver aujourd'hui avec les au
tres vêtements du mort.
Qu'est-ce qu'avait donc raconté le chauf
feur ? Qu'est-ce qu'avait, imaginé les gens
du Libertaire ? Qu'est-ce que cela veut
dire ?
:■ * 4* ' " ■
De tous ces faits, nous ne voulons tirer
encore aucune conclusion, l'instruction est
à peine , ouverte : nous avons le temps,
mais nous pourrions bien n'avoir plus
longtemps à attendre... Aujourd'hui, pour
expliquer ce drame affreux, il peut nous
suffire de faire des hypothèses.
Supposez que notre Pnilippe, l'enfant
généreux et ardent-que nous connaissions,
après, être parti au loin, mettons au Ha
vre, si l'on veut, sous l'empire de. sa ma
ladie, ait rencontré là-bas un obstacle à
son besoin d'aller plus loin encore et qu'il
n'ait pas réussi à s'embarquer. Il doit se
résigner à rentrer chez lui. Rentrera-t-il
humilié, la tête basse? Son jeune orgueil-y
répugne, il lui vient l'idée de revenir glo
rieux chez ses parents après un. coup d'é
clat qui le fera pardonner. . .
Plateau, son ami Plateau, n'est pas en
core vengé, c'est lui le # benjamin des Ca
melots du Roi qui s'en chargera. Il ira
dans le repaire des assassins et il choisira
sa victime, mais.pour cela il doit-commen-
cer par les tromper et gagner leur confian
ce. ■ •■■■ ■
Il va au Libertaire, et se présente. Ils di
sent qulil a caché son nom : pourquoi ne se.
serait-il pas nommé ? Ne serait-ce pas plus
hardi de leur dire qu'il leur apporte l'adhé
sion du fils de Léon Daudet ? Pour gagner
leur confiance, il fera tout, il les tutoiera,
il ira jusqu'à, écrire Sous leur dictee la
lettre destinée à sa mère. Peu lui importe
d'écrire : « j'étais anarchiste depuis long
temps sans oser tè le dire s> . Cette lettre ne
doit être remise à Madame Daudet que lors
qu'il lui sera « arrivé quelque chose ». Il
sait, lui,, ce qui arrivera : ce sera le cdn-
traire de ce qu'escomptent les anarchistes ;
c'est parmi eux qu'il frappera. Alors sa
lettre apparaîtra ce qu'elle est : la ruse né
cessaire pour arriver à son but. •
Mais eux, les anarchistes, que pensent-ils
de cela ? Voilà un singulier milieu'où l'on
reçoit les gens sans leur demander leur
noîn, où on les invite à dîner, où on leur
prête de l'argent. Le milieu libertaire truffé
de police passe pour, être plus iiiéfiant -et
moins généreux. Rien qu'à regarder Phi
lippe ils ont compris : c'est le digne fils de
Léon Daudet ; il vient accomplir ce qu'il
croit être son devoir de Camelot du Roi-
Mais puisqu'il a. eu l'imprudence de se;
mettre entre leurs mains ils le tiendront
bien. Et, après lui avoir fait donner tous
les gages, après l'avoir dépouillé de ses pa
piers, feignant d'entrer dans ses vues 'et
de céder à ses désirs, ils le chargent d'une
mission : non pas celle de tuer son père*
ce serait trop gros et ne passerait pas,
mais celle d'assassiner, un grand person
nage de l'Etat. Comme il est un peu fou,
qui sait s'il n'ira pas jusqu'au bout.- ?
Ils le surveillent ; ils lui prêtent, après
l'avoir dévalisé du sien, le peu d'argent
qu'il lui faut pour attendre; Mais s'ils dé
couvrent son vrai jeu, il faudra,;de toute
nécessité le supprimer car il-trahira leur
secret. C'est en courant, comme s'il fuyait
queiqu'up, que, place de la Bastille, au
dire du chauffeur Barjol, Philippe pénè
tre dans le taxi. Quelqu'un l'y atteint-il ?...
• C'est ce que l'instruction devra établir.
Maurice PUJO, _
LA P OLIT IQUE
I. Du boulevard Magenta
.à l'hôpital Lariboisière
Je présentais hier une observation d'or
dre public. Je dois y revenir aujourd'hui,
un peu pour la rectifier et beaucoup pour
la renforcer.
Constatant que, à l'agonie de Philippe
Daudet dans un auto-taxi pleine de mystè
res, et de sang, l'on n'avait ni. retenu le
cfe&iiîfeur, ni gardé la voiture, ni cherché
des renseignements aux diverses 'adresses
inscrites sur le papier très chiffonné trou
vé au fond du portefeuille de l'inconnu
mourant et sanglant, je posais la- double
question : .
Procède-t-on toujours'avec la même
négligence ? En ce cas. il ij'y a plus ni
sécurité publique ni ordre public.; Les as
sassins vont en auto, les policiers en char
à bœufs. - , ' . :
— Ou cette négligence èf>t-elle exception-'
n'elle ? En ce cils, qui a fait l'exception ?
Pourquoi ? Dans quel intérêt ? Par l'ordre
de qui ? Pour " la protection - et la sauve
garde de qui ? De quelque façon qu'on
réponde; il-y a en ce cas plus que pré-
somntion qu'une partie de l'administra
tion de l'ordre est remise à ses pertur
bateurs, que de profondes .et sanglantes
jintelligences sont nouées entre la police
et les assassins. .
L'alternative ainsi posée . subsiste tout
entière. Mais il faut y ajouter quelques
informations sûres qui " nous sont par
venues hier. -, Elles annulent une de mes
articulations de .fait. Elles ajoutent à mon
raisonnement, à sa pertinence, à sa force,
un élément de tragique démonstration. .
J'ai dit-que le nom de Germaine Ber-
ton figurait ,sur le; papier mystérieux^
C'était une erreur. J'ai dit que le nom de;
Havard de M'Montagne n'avait provoqué
ni:attention ni 'démarchesde.-la police.
C'était une autre erreur. .Samedi soir, un-
inspecteur'' de police se ' présentait chez
une personne qui/porte le même nom que
notre collaborateur, et celui-ci fut aussi
tôt prévenu par elle. II se rendit à Lari
boisière et vit le corps sans le reconnaî
tre. Les fonctions d'Havard'le confinaient
dans la partie .de nos locaux où'les occa
sions de rencontrer le fils de. Léon Dau
det étaient extrêmement rares : il ne l'a
vait jamais aperçu. .
■La .police a donc fait son devoir sur
ce point. Mais elle a laissé filer l'auto san
glante, elle a laissé courir, le chauffeur,
et,'si elle est allée'chez un Havard de la
Montagne,elle s'est bien gardée de recher
cher Maxime Real del Sarte (dont l'ate
lier est bien rue Vercingétorix), ni sur
tout de se rendre-à la plus intéressante,
à-la plus simple, à la plus facile des
adresses consignées sur le papier froissé
que les assassins avaient eu la distraction
de laisser tout au fond, du: portefeuille de
Philippe Daudet. . ■ • : ■
En effet, d'après le communiqué du
Parquet, le texte de la liste manuscrite
était celui-ci : .
« Au recto : -
< Maxime Real del Sarte
; ■« rue Vercingétorix, près avenue du
, « Maine.
« Ligue d'Action française .
(Le mot ligue est souligné deux fois.)
■ « Cour Belzincc (sic) :
(On croit lire sur la même ligne :
Œuvre de Marseille.)
« Havard de la Montagne
« 109, rue de Grenelle
€ Rue'George-V, Ambassade d'Espagne.
« Au verso :
« Torrès, Suzanne Lévg. »
« L igue d' A ction feançaise ! » J'avoue
avoir ignoré jusqu'à ce . moment- T de
la nuit où j'écris mon article, l'indication,
là révélation fulgurante. ' ! > r
Réfléchissez. l3es policiers, des magis
trats sont en présence : d'un cadavre et
d'un mystère. La seule indication person
nelle trouvée sur ce cadavre et capable de
percer ce itiystère leur livre-le nom d'une
ligue, dont l'emplacement, l'action, la fonc
tion sont bien connus : elle comporte des
permanences: de jour et de nuit puisqu'elle
publie: un'journal. Et il n'est quesix heures
du soif. Et la première idée des magistrats,
des-pôliciers né sera pas de courir à l'Ac-,
T-iON française , ou d'y téléphoner, pour y
demander soit des comptes, soit des con
seils ? Evidemment, les policiers, les ma-
gistrats^ eu sont aveugles, sourds,, man
chots," paralysés, de tous les membres, cer
veau compris, ou, visiblement, - ils ont
peiir. Quelle peur ? ,Çelle des complices ?
X a-t-il eu complicité ?
On le pensera, on le dira, tant que les
services responsables des -actions-, et des
inactions qui ont eu. -lieu dans Taprès-
niidi,"la Soirée et la nifit de samedi 24 au
dimanche 25 n'autor t pas expliqué pour
quoi l'Action française n 'a pas été avertie
immédiatement de la. tragédie du boule
vard Magenta, du 'mystère de 'Lariboisière.
L'adresse de l'ambassade d'Espagne,
le nom de M* Torrès et celui de Mlle Lévy
suffisaient , à ranger ce mystère sur 'un
plan politique. Il était naturel de suppo
ser, que Jious pourrions l'éclairer. Il 1 était
naturpi de nous prévenir. On ne l'a pas
fait.- Il sera permis de trom'er cela au
moins surnaturel.
II. Faiblesse de constitution
, La Réiîublique n'.a été votee qu'à, une
voix de' majorité. Mais le. parti républicain,
qui était alors constitué fortement s'em
para de la voix unique et lui fit rendre
tout le mal qu'elle contena it : cinqu ant e
ans d'incohérence politique, d'instabilité
ministérielle, de stagnation économique et
sociale, de-désastre maritime, d'imprépara
tion militaire avec l'invasion, l'occupa
tion et les quinze cent mille cadavres qui
en devaient résulter. Les républicains de
1875 avaient des épaules, des reiris, du
bagout, de l'audace. Us n'avaient guère que
cela avec leurs appétits. Mais ils l'avaient
bien. Le chiffre ridicule de leur majorité
ne leur causa ni timidité ni décourage
ment. Ils l'avaient et ils s'en servaient.
Les partisans de la représentation pro
portionnelle pure s-ans le scandale de la
prime à la majorité rie sont nullement bâ
tis sur ce modèle, ils ont eu jeudi dernier
leur majorité, la même, une voix. Faible,
oui. Réelle. Mais ils étaient plus faibles
qu'elle. Ils étaient charpentés beaucoup
plus faiblement. Au lieu de s'emparer de
l'indiscutable ascendant du chiffre 1 sur
le chiffre 0 et d'arguer, comme les fonda
teurs de la République, de l'indubitable
supériorité d'une majorité, quell. qu'elle
soit, du moment que l'on .idmet la loi du
nombre, du moment que l'on ne renverse
pas la République, les malheureux protor-
tionnalistes de la Chambre ont tout lâché
et tout cédé : croyant tout perdu, ils ont
instantanément perdu tout... Marchant aus
sitôt sui>€ux, l'adversaire a déployé son
drapeau du scrutin d'arrondissement :
— Puisque, disait-il en substance, vous
n'êtes pas assez forts pour obte
nir la réforme qui peut vous sauver, sau
ver Ta justice, .sauver Ja logique-et l'hon
neur des scrutins qui vous ont nommé,
nous allons vous arracher jusqu'au tout
petit bien que vous rêviez d'étendre, d'em
bellir, de fortifier. Vous vouliez la fin de la
prime aux majorités, nous vous l'accor
derons avec la fin de la Proportionnelle,
avec le retour au scrutin majoritaire pur
et simple d'arrondissement.:. En' achevant
ces mots épouvantables, les gens dès gau
ches ont jeté de si grands cris que nos pro-
portionnalistes se sont réfugiés,- pleins
d'alarme dans le giron de M. .Millorail.
Mais M. Millerand est, pour le statu
quo. Comme M. Briand. Ce n'est pas mie
bonne note. Il est'.vrai que le stiiu 'jno <)e
Mi Briand était verbal, Briand étant prêt
à faire retour au scrutin des « petites
mares», tandis que M. Millerand tient
" réellement à ce que le mode de scrutin
ne soit pas changé. Il a fait faire une petite
' campagne en ce sens à Gustave Hervé,
qui s'en est acquitté avec sa sottise ordi
naire. Je n'ignore pas quels prétextes
d'intérêt national sont mis en avant par
les deux compagnons, mais l'inspirateur
et l'inspiré feraient mieux de chercher
d'autres moyens de protéger cet intérêt I
il y en a ail moins un, la prorogation de
la Chambre jusqu'à la fin de la crise alle
mande. A maintenir le statu quo électoral
en maintenant aussi le jeu parlementaire,
qu'est-ce que l'on fait ? Rien. Moins que
rien, pis que rien ! Car on refait la fortune
et l'influence de Briand. On per
met au voyou de passage' de se porter de
nouveau sur le chemin du pouvoir, on pré
pare son avènement à-une nouvelle pré
sidence du Conseil. Déjà le clan Berthe-
lot relève la tête et l'on apprend qu'une
ambassade de premier rang, l'ambassade
de Londres, est promise à l'auteur des mal
versations et des pilleries qui ont fait
chasser publiquement du Quâi / d'Orsay
Philippe Berthelot.
Si nous avions sur M. Poincaré et sur
M. Colrat l'influence que l'on veut bien
nous prêter, nous. demanderions instam
ment à ces "messieurs, au nom de_ la
France honnête et patriote tout entière
de. ne pas se laisser tomber du pou
voir sans avoir pourvu aux résultats de
l'instruction ouverte l'an dernier^, pour
rechercher la provenance des 3.500.000
francs qu'André Berthelot aurait (dît-il !)
remis de la mairt à la main à son. jeune
frèj'e.
Charles MAURRAS
L'expérience italienne
Depuis sa transformation par le fascisme,
l'Italie est un champ d'étude pour les ob
servateurs. Les livres et les articles s'accù-
mulent. Sans thèse et même saris do.ctrin.e,
M. Maurice Pernot vient d'écrire un ou
vrage intitulé l'Expérience italienne qui
offre, pour l'explication des phénomènes
politiques, l'avantage - de reprendre 1 les
choses de loin et de haut. 1 '
M. Maurice Pernot a raison de rappeler
d'abord que l'Italie est un pays encore très .
jeune sous sa forme actuelle et dont l'unité
ne remonte pas à plus d'un demi-sdècle.
Elle a été une nation avant d'être un Etat.
Elle a subi l'épreuve par laquelle passent
ou passeront les nationalités nouvelles se sont constituées à la suite de la guerre.
Il ne suffit pas, en effet, d'avoir des'fron
tières et uiie Constitution. Il faut encore
avoir une administration, des cadres, tout
ce qui ne s'improvise pas, tout ce qni est
l'œuvre du temps, tout ce qui ne se rem
place pas non plus, tout ce qui. doit être
extrêmement solide pour résister, aux
grandes secousses. C'est line mode de .déblà-
térer contre la bureaucratie. Mais il est
plus facile de s'en plaindre que de, s'en
passer. « N'accuse pas le tchin, disait Dos-
toïevsky. En Russie, c'est ce que nous avons
dè mieux. »
On pourrait diviser l'Europe d'au jour h
d'hui en pays où cette armature a craqup,
en pays où elle a résisté, en pays où elle
a été insuffisante à moins qu'elle n'y
existe pas encore. L'Italie sè range paçmi
ceux dont l'organisation hâtive n'a pas sufâ
lorsqu'un grand ébranlement, est venu.-On'
a vu alors les recettes qui réussissaient
avant 1914 rester sans effet et sans résultat*
bien qu'elles fussent appliquées par les.
mêmes hommes, nommément par M. Gio-
litti. De là le « désarroi politique, moral,
économique et social », de là l'anarciiia
généralisée, Taine aurait dit « spontanée
dont M. Maurice Pernot présente un' ta»
bleau on ne peut plus clair et on ne périt ■'
moins tendancieux. .. '
Il montre aussi que cette crise pouvait
être une crise de croissance ou une crise
de décadence. C'est également une erreur'
de croire que les Etats soient éternels et
qu'ils obéissent à des fatalités historiques,
à un : « C'était écrit». La crise, en Italie,
aura été de croissance parce qu'elle a
trouvé des hommes pour'arrêter la décom
position. Il est impossible d'exclure da
l'histoire le facteur humain, l'élément per
sonnel.
Le redressement de l'Italie atteste d'ail*
leurs sa vitalité. Il atteste aussi que. le
fond de l'organisme était sain. L'expé
rience est en faveur de l'Italie et de son
avenir. En peut-on dire autant de l'Aile»
magne dont l'unité a juste lé même âgé ?
L'Allemagne avait une supériorité : la
vieille administration' prussienne. Ella
avait une cause d'infériorité : des condi
tions d'existence artificielle par une enHura
colossale et démesurée de sa population et
de son industrie, L'Allemagne avait grandi
au delà de toute mesure. C'est pourquoi sa
crise est si grave. —■ J. B. ■■,.
XII. - LA VIE CHERE
LA VIANDE
Le renchérissement de la viande est un
$es accidents de la vie chère qui soulève
le plus de récriminations. C'est, sans,
douté, remarquons-le tout d'abord, qu'on
en consomme beaucoup. La consomma
tion, de la viande n'avait pas, avant 1a
guerre, l'importance qu'elle a maintenant.
Elle s'est considérablement accrue, en.mê
me temps que la consommation du pain
diminuait. Aujourd'hui, une hausse.:sur.le
pain n'a plus guère qu'une valeur symbo
lique. Que le lcilog de pain coûte un sou
de 'plus, quel budget familial en souf
frira sérieusement ? Au contraire la moin
dre hausse sur la viande entraîne vite
dans tous les ménages un supplément de
dépense assez élevé. Or- ce n'est pas d'un
sou ou deux que varient les cours de -la
viande, c'est souvent 'd'un franc, parfois
plus. Il est d'onc très plausible que le pu
blic ait,un vif souci de démêler les rai
sons de telles augmentations, de savoir si
elles sont toujours légitimes. En crise de
vie chère, c'est sur le marché de la viande
qu'on a le plus vite fait de crier : « Au
voleur !» '
Nous n'examinerons aujourd'hui qu'une
partie de la question. Remettons à une
autre fois le soin de suivre le mécanisme
du commerce de détail et les variations
■de prix chez les bouchers. C'est assez,
jjour uu article, dç nous rendre com pte
de la hausse à la production, d'en chfep»
cher les causes et les remèdes.
Cette hausse est très variable. Quel
ques chiffres vont suffire à l 'indiquer.
Le prix moyen du bœuf sur pied était
avant la guerre de 80 à 85 centimes le ki*
log. 11 y a seulement quatre ou cinq mois^
au mois d'août de cette année, par exem
ple, il était de 2 fr. 80 à 2 fr. 90. Aujour
d'hui en hausse très sensible, il va .do
3 fr. 30 à 3 fr. 50. : ' '
. Expliquons'tout de suite cette dernière
hausse. Elle a été provoquée- par la sé
cheresse de l'été dernier. Les éleveurSi
par suite de cette sécheresse, se sont
trouvés dans l'impossibilité de nourrir lei
troupeaux constitués au printemps. Illeui
a fallu vendre une grande partie de leui
bétail. Les cours, à ce moment, ont fléchi
jusqu 'aux chiffres indiqués plus haut. Da-
même coup les troupeaux se sont trouvé!
considérablement diminués, et, depuis 1*
mois.de septembre, les bêtes qui, restaient
se sont vendues à des prix beaucoup plut
élevés.
Quoi qu'il en soit, en dehors de varia»
lions saisonnières aussi sensibles que cel
les-ci, le coefficient général d'augmenta
tion de la viande parait assez clevé pat
rapport à ceux que nous avons détermi
nés pour le pain et pour le lait. Pour la
période de baisse de cet été, il atteignait
I
I
I
EDITION DU MATIN c
Mardi 4 Décembre 1923.
[■ £5 ce*. ,
' Seînê ei Sein6-*t-0is*.
20 cc . nl '
DiporUmanU, Cotoniet. 1
ABONNEMENTS: cm
France et Colonies. 48 tr. 25 fr. 13 tir.
Etranger. ., , . ,■ 82 » 42 » 22»
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAI.
« Tout ce qui est national est notre. )
Le Duc d'ORLEANS
héritier des quarante Kois qui en mille ans firent I* France.
REDACTION & ADMINISTRATION
14, rue d e Rome, P ARIS (S')
Adr. télégraphique : ACTIOFRAN-PARIS
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v Rédaction : Central 75-44
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Registre de Commerce : Seine' 98.582 '
Fondateur s HENRI VAUGEOIS — Directeurs politiques ï LÉON DAUDET et CHARLES MAURRAS Rédacteur en chef ? MAURICE PCJO
La guerre, qui revient ' '
Pierre Héricourt Vavait dit dans son livre, La
Dernière des Guerres...; • •
« La démocratie, non contente d*avoir fait
Sj « payer à quinze cent mille morts ses erreurs pa-
« cifiques, et parce qu 9 elle est incapable d*exiger
« le désarmement du hoche que nous avons vain*
« eu, assure à nos enfants une prochaine tuerie
« plus sanglante encore. »
« Seule la monarchie peut sauver la Patrie
« de nouvelles invasions, de nouvelles hécatom-
« bes, de nouveaux massacres. »
L'ASSASSINAT DE PHILIPPE DAU
iE GRIME
La plainte
Reçu , hier, à 2 heures, par M. le pro
cureur général Scherdlin et par M. Prou-
haram,'.procureur de la République, Léon
Daudet a déposé Hier une plainte régulière.
Il était assisté de M" d'Autremont. Maurice
Pujo et Jacques Allard l'accompagnaient.
.Voici lé texte de la plainte :
Paris, le 3 décembre 1923.
Monsieur le Procureur général,
J'ai l'honneur de vous confirmer la lettre
que je vous adressais hier. Tout m'assure,
de plus en plus, du crime dont j'avais tout
d'abord écarté Vhypothèse. Le rapt est au
tant dire-> avoué. Je ne -doute pas que la
justice ne fasse ^la preuve de l'assassinat.
J'ai donc l'honneur de porter, personnel
lement plainte entre vos mains et je me
tiens prêt-.à me-constituer partie civile.
Veuillez agréer, monsieur le Procureur
général, l'assurance de ma haute considé
rationi
L'instruction est ouverte .
Aussitôt " saisis de la plainte, les chefs
du .Parquet ont 1 désigné M. le substitut
Rolland pour rédiger un? réquisitoire d'in
formation 1 contre : X..., visant l'homicide
volontaire et'le détournement de mineur.
L'instruction a été confiée à M. Barnaud.
Le juge a donné commission rogatoire à
• M. Faralicq, commissaire aux délégations
judiciaires, pour faire procéder ce «matin
à l'exhumation. M. Faralicq a été chargé,
en outre, de ' saisir 'à l'hôpital Lariboi
sière les vêtements que portait l'infortuné
Philippe au moment où-il a- été frappé,
ainsi que le revolver trouvé dans le taxi.
Enfin, il a reçu la mission de procéder à
J'examen du tax;i-auto, au garage -du chauf
feur Bajot, 28, rue Marjoïin, à Levallbis-
Pérret. '
L'autopsie sersi pratiquée par.trois mé-
âecins légistes, le professeur Palthazard
et les docteurs Paul et Socquct. .
Daudet dans le cabinet
du juge
Ayant à faire d'importantes déclara
tions, Daudet a été entendu dès hier par
M.-Barnaud, sur sa demande. Pour ne pas
gêner l'action- de -la. justice, nous ne di
rons rien des précieux éléments d'infor
mation qu'il a apportés à l'instruction.
• Le procès-verbal clos, au cours d'une
conversation avec le juge, Daudet a. envi
sagé diverses hypothèses psychologiques
■possibles.'
Il s'est ensuite constitué partie civile.
ECHO^"
LES FAITS DU JOUR
— Le gouvernement allemand proteste
contre la saisie de- matériel, effectuée par
les autorités belges comme indemnité pour
l 'assassinat du lieutenant Graff.
—*• A Sheffield (Angleterre), quarante mi
neurs sont tués, dans une mine, par la chu
te d'une benne.'
Hypothèses et certitudes
Dans un récent écho, nous dénoncions la cam
pagne de démoralisation qui se poursuit, sous for
me d'intermèdes peu patriotiques, dans certains !
cinémas des faubourgs et de la banlieue. Sur la foi
d'informations erronées, nous avions cité Y£den
de Vincennes. Nous rectifions avec plaisir. Le_ di
recteur de. VEden de Vincennes nous écrit que,
bien au contraire, la salle est chaque semaine mise
gracieusement à la disposition des autorités mili
taires pour des conférences aux soldats. L 'Eden
tient à soutenir « la.grande cause française ».
Au tableau d'honneur... ■;■■■"■'
• * *
Un bon placement.
On lit dans la Gazette - de l'Hôtel Drouot :
< Parmi les ouvrages modernes, le prix maxi
mum obtenu a été celui de 360 fr. pour la série
des .vingt premiers Cahiers verts de chez Bernard
Grasset, Dans cette collection ont _ paru la plu
part des succès littéraires de ces deux dernières
tnnees. ■ - ■ ' -
Si l'on ; veut bien se souvenir , que la. série des
vingt premiers cab'ërs valait,'à l'origine, 90. fr.,
e 'est donc ; un bénéfice de 400 0/0 que-les heu-
ceax acheteurs des - Cahiers verts ont réalisé.
La bibliophilie est' décidément un vice lucra
tif. ■ "
Méprisant talus et ornières,
L'auto gronde, passe, s'enfuit,
Faisant sur la route, la nuit,/
Un grand éventail de lumière.
Sortant de 6a grise enveloppe,
Le paysage développe,
Avare, un-peu de sa beauté
Quand' M azda fënd l'obscurité. '
* *
La . V arinette . Son beau succès. Voir pages
J39 et 140 Almanach d'Action française;
■ •§• 4»
De notre confrère, M. Edgard Troimaux ::
" J'ai .découvert — sans ■ le chercher —
y Qu'avant-chaquç exploit ridicule,
y Fort prudemment, le vieil Hercule
Prenait douze... Cherry Rocher !
En la Chapelle de la Compassion, boule
vard de } Verdun à Neuilly, une Messe
sera dite, le mardi A décembre à 10 heu
res pour le repos de l'âme de S. A. R.
■ Madame la Princesse Waldemar de Dane
mark et ;lc mercredi • 5- décembre , à la
même heure, pour le repos de l'âme de
A. Rf Mojiseigneur le Dut de Chartres,
La plainte déposée hier par Léon Dau
det a déterminé enfin l'ouverture de l'ins
truction. C'est au juge* que nous continue-
ions de réserver les éléments d'informa
tion nouveaux qui nous arrivent chaque
jour. Comme nous l'avons fait hier, nous,
nous contenterons aujourd'hui de préci
ser et de discuter les points déjà connus
et les détails qui sont successivement-ren
dus publics par nos confrères.
Nous demandions, hier, comment les
gens du Libertaire, s. qùi Philippe avait
laissé une lettre sans adresse à n'ouvrir
qu'au cas où il lui « arriverait quelque
chose », avaient pu déduire qu'il lui était
arrivé quelque chose de la simple lecture
d'un fait divers de quatre lignes en cin
quième page du Petit Parisien, annonçant
qu'un inconnu s'était suicidé dans * un
taxi.
Nous avions admiré la divination sin
gulière par laquelle ils avaient identifié
cet inconnu-là avec le leur et les deux
avec Philippe Daudet.
Hier matin, le sieur Vidal s'étant aper
çu sans doute du trou qui béait dans son
récit, a essayé de le combler en disant au
Quotidien qu'il n'avait soupçonné ,la qua
lité de son hôte que le mardi matin à la
lecture de l'Action française qui annonçait
la mort de Philippe Daudet. Par -malheur,
il a dit dans son • article du Libertaire,
qu'inquiçt dès le dimanche (pourquoi ?) il
avaitfait son enquête dès le lundi à Lari-
boisière.
Le sieur Vidal a compris sans doute que
son explication était insuffisante car dans
l'après-midi il cherchait à l'étayer par de
nouvelles révélations faites à notre confrè
re de l 'Intransigeant, M. A. de Gobart.
L'anarchiste raconte les conditions dans
lesquelles Philippe Daudet lui remit la let
tre destinée à sa mère*
Citons l'Intransigeant : .
, J'ai donc lu la lettre et-lui ai dit : « Comment
veux-tu que-je puisse adresser cette lettre à ta-mèrej
le cas échéant, puisque tu ne me donnes pas d'a
dresse ? D'ailleurs, il vaudrait mieux mettre ça
sous enveloppe. » « — Donne-moi d'abord une en
veloppe, m'a répondu Philippe Daudet et, quant
à l'adresse, tous les journaux te la donneront lors
qu'ils parleront de mon acte. »,
Je demande à Georges Vidal :
— Î1 était donc question d'un acte ? . '
— Philippe Daudet était décidé à faire quelque
chose qui ferait énormément de bruit : le vendre
di, il avait l'intention d'entrer dans un commis
sariat de^ police et de tirer sur les agents, au ha
sard ; quelques instants après, il manifestait son
intention d'entrer dans un dancing et de descen
dre quelques danseurs. Il insistait pour que je lui
dise ce qui était le plus utile à notre cause.
—- De là l'idée d'assassiner son père ?
— Ne me faites pas dire, monsieur, ce que je ne
dis pas.
Et pourtant ' le sieur Vidal l'a dit au
Matin, à d'autres journaux et dans le Li
bertaire qui paraît aujourd'hui !
Ce qui est remarquable c'est que les néces
sités de leur défense font glisser ,peu à peu
nos gens de la thèse de Philippe anarchis
te conscient à celle de Philippe pur dé
ment, fou furieux, prêt à tirer à tort et à
travers sur des agents, sur des danseurs
ou sur quelque personnage important, si
ce n'est sur son père lui-même.
* *
Mais l'entretien de l'Intransigeant con
tient des choses plus graves. Le sieur Vi
dal communique à notre confrère la lettre
que Philippe laissa à son adresse le sa
medi matin, au Grenier de Gringoire ; elle
est ainsi conçue : .
Mon cher copain,
Je viens d'emprunter 35 francs à d'Avray. Je te
prie de lès lui rembourser sur la somme que je
rai laissée en dépôt au Libertaire.
Ton copain,
(Et la lettre était signée d'une' croix,
sans nom.) ;
M. de Gobart presse Vidal de questions
nouvelles :
— C'est donc avec cet argent que Philippe a
vécu ?
— Non, Philippe avait offert de vendre son
pardessus à d'Avray, mais il le vendit plus cher
puisque, lorsqu'il s'est suicidé, il avait 83 francs,
et que la veille au soir, il n'avait plus un sou.
— Comment, lorsque Philippe est venu chez
vous, vous êtes-vous contenté de son explication
d'un voyage au Havre ? Comment ne l'avez-vous
pas questionné davantage »?
— Philippe, est effectivement allé au Havre,
j'en ai la preuve par un billet qui est également
en lieu sûr, ; en voici le texte :
Mardi.
Voilà. C'est fait. Tout est fini. Je viens de
m'installer à l'hôtel Bçllevue au Havre. Voyage
long avec des gens touchants. Je vais me four
nir (?) ( ici le mot -est difficile à lire), puis ga
gner le plus vite possible la terre du Nord. Pau
vres papa et maman !
— Vous n'avez pas d'autres documents ?
. —Non, je vous l'affirme.
Ce n'est pas sans un sursaut que Léon
Daudet et nous avons pris connaissante
de cet aveu7de.l'anarchiste aux abois; Ain
si, ces gens-là ont en leurs mains un au
tre papier de Philippe que celui qu'ils
avaient publié d'abord et ce papier est
daté du mardi*, c'est-à-dire du jour même
de la disparition de l'enfant !• Qu'en con
clure ? Que malgré leur affirmation de
n'avoir connu Philippe que le jeudi, ils
étaient en rapport avec lui dès le mardi ?
Ou bien qu'avant sa mort, ils ont dépouil
lé lfe malheureux enfant.de tous ses pa
piers comm e de son argent, ce qui ex]>li-
ciurrau qu'on ne les ait pas trouvés sur
iui. :
Dai s les clfux hypothèses, le mensonge
i-clati: Ivt ces gens-là prétendent qu'ils
n'ont mis su qu'ils avaient affaire à Phi-
.ïippe Daudet f . . ■
Comment la main de la justice ne s'est-
dle pas . siuitie sur eux dès hier soir, ?
* -î-
Passor.s f un autre point. Dans Je récit
((ii'ii a fait à tous les journaux, le chauf
feur 0'irjiù affirme que Philippe lors
qu'il !« b'.i,!. place de la Bastille et péné
tra dans «u voiture, n'avait pais de par
dessus. Nous avons tenu à lui faire confir
mer cxpre.v-Oment cette déclaration par
deux de nos collaborateurs qui' se" sont
rendus chez lui hier soir. Le chauffeur
Bariol » été catégorique là-dessus.
D 'autre part, nous avons lu dans lc;s
journaux les raisonnement établis par
les an.ir<'ln'.sies et leurs-amis sur' la vente'
que. dans-1»'-.tournée Philippe aurait faite
dé:co pardessus. C'est de là qu'il aurait
tiré la majeure partie de l'argent trouvé
sur lui, l'autre avant été fournie par les
prêts de MM. Vidal et DajVray.
Eh bien rious avons'entre les mains la
copie du bulletin d'admission à l'hôpital
de Lariboisière, il porte au verso les indi
cations suivantes constituant ; le signale
ment du blessé :
Inconnu paraissant âgé de 18 à 20-ans environ,
taille : 1 m.- 71) à 1 m. 75, yeux bleus, nez
aquilin, bouche moyenne, sans moustache', cor-,
pulence moyenne, sans signe particulier. Pardes
sus genre- raglan, marque « Arro'ss, Paris, Lon
dres », veston gris, qiarqué et pantalon N° 25.226,
marque : Made in England. Gilejt marren,' rayures
noyées. Casquette grise, chemise blanche à raies
bleues, chaussures de, travail. Deux ' mouchoirs
blançs sans initiale. Chaussettes grfs ' foncé. :
Au témoignage des parents; la marque
indiquée est bien celle du pardessus qu'ils
avaient donné à' Philippe. Ce pardessus,
il l'avait sur lui à l'entrée 1 à ■Lariboisière,
il doit se'trouver aujourd'hui avec les au
tres vêtements du mort.
Qu'est-ce qu'avait donc raconté le chauf
feur ? Qu'est-ce qu'avait, imaginé les gens
du Libertaire ? Qu'est-ce que cela veut
dire ?
:■ * 4* ' " ■
De tous ces faits, nous ne voulons tirer
encore aucune conclusion, l'instruction est
à peine , ouverte : nous avons le temps,
mais nous pourrions bien n'avoir plus
longtemps à attendre... Aujourd'hui, pour
expliquer ce drame affreux, il peut nous
suffire de faire des hypothèses.
Supposez que notre Pnilippe, l'enfant
généreux et ardent-que nous connaissions,
après, être parti au loin, mettons au Ha
vre, si l'on veut, sous l'empire de. sa ma
ladie, ait rencontré là-bas un obstacle à
son besoin d'aller plus loin encore et qu'il
n'ait pas réussi à s'embarquer. Il doit se
résigner à rentrer chez lui. Rentrera-t-il
humilié, la tête basse? Son jeune orgueil-y
répugne, il lui vient l'idée de revenir glo
rieux chez ses parents après un. coup d'é
clat qui le fera pardonner. . .
Plateau, son ami Plateau, n'est pas en
core vengé, c'est lui le # benjamin des Ca
melots du Roi qui s'en chargera. Il ira
dans le repaire des assassins et il choisira
sa victime, mais.pour cela il doit-commen-
cer par les tromper et gagner leur confian
ce. ■ •■■■ ■
Il va au Libertaire, et se présente. Ils di
sent qulil a caché son nom : pourquoi ne se.
serait-il pas nommé ? Ne serait-ce pas plus
hardi de leur dire qu'il leur apporte l'adhé
sion du fils de Léon Daudet ? Pour gagner
leur confiance, il fera tout, il les tutoiera,
il ira jusqu'à, écrire Sous leur dictee la
lettre destinée à sa mère. Peu lui importe
d'écrire : « j'étais anarchiste depuis long
temps sans oser tè le dire s> . Cette lettre ne
doit être remise à Madame Daudet que lors
qu'il lui sera « arrivé quelque chose ». Il
sait, lui,, ce qui arrivera : ce sera le cdn-
traire de ce qu'escomptent les anarchistes ;
c'est parmi eux qu'il frappera. Alors sa
lettre apparaîtra ce qu'elle est : la ruse né
cessaire pour arriver à son but. •
Mais eux, les anarchistes, que pensent-ils
de cela ? Voilà un singulier milieu'où l'on
reçoit les gens sans leur demander leur
noîn, où on les invite à dîner, où on leur
prête de l'argent. Le milieu libertaire truffé
de police passe pour, être plus iiiéfiant -et
moins généreux. Rien qu'à regarder Phi
lippe ils ont compris : c'est le digne fils de
Léon Daudet ; il vient accomplir ce qu'il
croit être son devoir de Camelot du Roi-
Mais puisqu'il a. eu l'imprudence de se;
mettre entre leurs mains ils le tiendront
bien. Et, après lui avoir fait donner tous
les gages, après l'avoir dépouillé de ses pa
piers, feignant d'entrer dans ses vues 'et
de céder à ses désirs, ils le chargent d'une
mission : non pas celle de tuer son père*
ce serait trop gros et ne passerait pas,
mais celle d'assassiner, un grand person
nage de l'Etat. Comme il est un peu fou,
qui sait s'il n'ira pas jusqu'au bout.- ?
Ils le surveillent ; ils lui prêtent, après
l'avoir dévalisé du sien, le peu d'argent
qu'il lui faut pour attendre; Mais s'ils dé
couvrent son vrai jeu, il faudra,;de toute
nécessité le supprimer car il-trahira leur
secret. C'est en courant, comme s'il fuyait
queiqu'up, que, place de la Bastille, au
dire du chauffeur Barjol, Philippe pénè
tre dans le taxi. Quelqu'un l'y atteint-il ?...
• C'est ce que l'instruction devra établir.
Maurice PUJO, _
LA P OLIT IQUE
I. Du boulevard Magenta
.à l'hôpital Lariboisière
Je présentais hier une observation d'or
dre public. Je dois y revenir aujourd'hui,
un peu pour la rectifier et beaucoup pour
la renforcer.
Constatant que, à l'agonie de Philippe
Daudet dans un auto-taxi pleine de mystè
res, et de sang, l'on n'avait ni. retenu le
cfe&iiîfeur, ni gardé la voiture, ni cherché
des renseignements aux diverses 'adresses
inscrites sur le papier très chiffonné trou
vé au fond du portefeuille de l'inconnu
mourant et sanglant, je posais la- double
question : .
Procède-t-on toujours'avec la même
négligence ? En ce cas. il ij'y a plus ni
sécurité publique ni ordre public.; Les as
sassins vont en auto, les policiers en char
à bœufs. - , ' . :
— Ou cette négligence èf>t-elle exception-'
n'elle ? En ce cils, qui a fait l'exception ?
Pourquoi ? Dans quel intérêt ? Par l'ordre
de qui ? Pour " la protection - et la sauve
garde de qui ? De quelque façon qu'on
réponde; il-y a en ce cas plus que pré-
somntion qu'une partie de l'administra
tion de l'ordre est remise à ses pertur
bateurs, que de profondes .et sanglantes
jintelligences sont nouées entre la police
et les assassins. .
L'alternative ainsi posée . subsiste tout
entière. Mais il faut y ajouter quelques
informations sûres qui " nous sont par
venues hier. -, Elles annulent une de mes
articulations de .fait. Elles ajoutent à mon
raisonnement, à sa pertinence, à sa force,
un élément de tragique démonstration. .
J'ai dit-que le nom de Germaine Ber-
ton figurait ,sur le; papier mystérieux^
C'était une erreur. J'ai dit que le nom de;
Havard de M'Montagne n'avait provoqué
ni:attention ni 'démarchesde.-la police.
C'était une autre erreur. .Samedi soir, un-
inspecteur'' de police se ' présentait chez
une personne qui/porte le même nom que
notre collaborateur, et celui-ci fut aussi
tôt prévenu par elle. II se rendit à Lari
boisière et vit le corps sans le reconnaî
tre. Les fonctions d'Havard'le confinaient
dans la partie .de nos locaux où'les occa
sions de rencontrer le fils de. Léon Dau
det étaient extrêmement rares : il ne l'a
vait jamais aperçu. .
■La .police a donc fait son devoir sur
ce point. Mais elle a laissé filer l'auto san
glante, elle a laissé courir, le chauffeur,
et,'si elle est allée'chez un Havard de la
Montagne,elle s'est bien gardée de recher
cher Maxime Real del Sarte (dont l'ate
lier est bien rue Vercingétorix), ni sur
tout de se rendre-à la plus intéressante,
à-la plus simple, à la plus facile des
adresses consignées sur le papier froissé
que les assassins avaient eu la distraction
de laisser tout au fond, du: portefeuille de
Philippe Daudet. . ■ • : ■
En effet, d'après le communiqué du
Parquet, le texte de la liste manuscrite
était celui-ci : .
« Au recto : -
< Maxime Real del Sarte
; ■« rue Vercingétorix, près avenue du
, « Maine.
« Ligue d'Action française .
(Le mot ligue est souligné deux fois.)
■ « Cour Belzincc (sic) :
(On croit lire sur la même ligne :
Œuvre de Marseille.)
« Havard de la Montagne
« 109, rue de Grenelle
€ Rue'George-V, Ambassade d'Espagne.
« Au verso :
« Torrès, Suzanne Lévg. »
« L igue d' A ction feançaise ! » J'avoue
avoir ignoré jusqu'à ce . moment- T de
la nuit où j'écris mon article, l'indication,
là révélation fulgurante. ' ! > r
Réfléchissez. l3es policiers, des magis
trats sont en présence : d'un cadavre et
d'un mystère. La seule indication person
nelle trouvée sur ce cadavre et capable de
percer ce itiystère leur livre-le nom d'une
ligue, dont l'emplacement, l'action, la fonc
tion sont bien connus : elle comporte des
permanences: de jour et de nuit puisqu'elle
publie: un'journal. Et il n'est quesix heures
du soif. Et la première idée des magistrats,
des-pôliciers né sera pas de courir à l'Ac-,
T-iON française , ou d'y téléphoner, pour y
demander soit des comptes, soit des con
seils ? Evidemment, les policiers, les ma-
gistrats^ eu sont aveugles, sourds,, man
chots," paralysés, de tous les membres, cer
veau compris, ou, visiblement, - ils ont
peiir. Quelle peur ? ,Çelle des complices ?
X a-t-il eu complicité ?
On le pensera, on le dira, tant que les
services responsables des -actions-, et des
inactions qui ont eu. -lieu dans Taprès-
niidi,"la Soirée et la nifit de samedi 24 au
dimanche 25 n'autor t pas expliqué pour
quoi l'Action française n 'a pas été avertie
immédiatement de la. tragédie du boule
vard Magenta, du 'mystère de 'Lariboisière.
L'adresse de l'ambassade d'Espagne,
le nom de M* Torrès et celui de Mlle Lévy
suffisaient , à ranger ce mystère sur 'un
plan politique. Il était naturel de suppo
ser, que Jious pourrions l'éclairer. Il 1 était
naturpi de nous prévenir. On ne l'a pas
fait.- Il sera permis de trom'er cela au
moins surnaturel.
II. Faiblesse de constitution
, La Réiîublique n'.a été votee qu'à, une
voix de' majorité. Mais le. parti républicain,
qui était alors constitué fortement s'em
para de la voix unique et lui fit rendre
tout le mal qu'elle contena it : cinqu ant e
ans d'incohérence politique, d'instabilité
ministérielle, de stagnation économique et
sociale, de-désastre maritime, d'imprépara
tion militaire avec l'invasion, l'occupa
tion et les quinze cent mille cadavres qui
en devaient résulter. Les républicains de
1875 avaient des épaules, des reiris, du
bagout, de l'audace. Us n'avaient guère que
cela avec leurs appétits. Mais ils l'avaient
bien. Le chiffre ridicule de leur majorité
ne leur causa ni timidité ni décourage
ment. Ils l'avaient et ils s'en servaient.
Les partisans de la représentation pro
portionnelle pure s-ans le scandale de la
prime à la majorité rie sont nullement bâ
tis sur ce modèle, ils ont eu jeudi dernier
leur majorité, la même, une voix. Faible,
oui. Réelle. Mais ils étaient plus faibles
qu'elle. Ils étaient charpentés beaucoup
plus faiblement. Au lieu de s'emparer de
l'indiscutable ascendant du chiffre 1 sur
le chiffre 0 et d'arguer, comme les fonda
teurs de la République, de l'indubitable
supériorité d'une majorité, quell. qu'elle
soit, du moment que l'on .idmet la loi du
nombre, du moment que l'on ne renverse
pas la République, les malheureux protor-
tionnalistes de la Chambre ont tout lâché
et tout cédé : croyant tout perdu, ils ont
instantanément perdu tout... Marchant aus
sitôt sui>€ux, l'adversaire a déployé son
drapeau du scrutin d'arrondissement :
— Puisque, disait-il en substance, vous
n'êtes pas assez forts pour obte
nir la réforme qui peut vous sauver, sau
ver Ta justice, .sauver Ja logique-et l'hon
neur des scrutins qui vous ont nommé,
nous allons vous arracher jusqu'au tout
petit bien que vous rêviez d'étendre, d'em
bellir, de fortifier. Vous vouliez la fin de la
prime aux majorités, nous vous l'accor
derons avec la fin de la Proportionnelle,
avec le retour au scrutin majoritaire pur
et simple d'arrondissement.:. En' achevant
ces mots épouvantables, les gens dès gau
ches ont jeté de si grands cris que nos pro-
portionnalistes se sont réfugiés,- pleins
d'alarme dans le giron de M. .Millorail.
Mais M. Millerand est, pour le statu
quo. Comme M. Briand. Ce n'est pas mie
bonne note. Il est'.vrai que le stiiu 'jno <)e
Mi Briand était verbal, Briand étant prêt
à faire retour au scrutin des « petites
mares», tandis que M. Millerand tient
" réellement à ce que le mode de scrutin
ne soit pas changé. Il a fait faire une petite
' campagne en ce sens à Gustave Hervé,
qui s'en est acquitté avec sa sottise ordi
naire. Je n'ignore pas quels prétextes
d'intérêt national sont mis en avant par
les deux compagnons, mais l'inspirateur
et l'inspiré feraient mieux de chercher
d'autres moyens de protéger cet intérêt I
il y en a ail moins un, la prorogation de
la Chambre jusqu'à la fin de la crise alle
mande. A maintenir le statu quo électoral
en maintenant aussi le jeu parlementaire,
qu'est-ce que l'on fait ? Rien. Moins que
rien, pis que rien ! Car on refait la fortune
et l'influence de Briand. On per
met au voyou de passage' de se porter de
nouveau sur le chemin du pouvoir, on pré
pare son avènement à-une nouvelle pré
sidence du Conseil. Déjà le clan Berthe-
lot relève la tête et l'on apprend qu'une
ambassade de premier rang, l'ambassade
de Londres, est promise à l'auteur des mal
versations et des pilleries qui ont fait
chasser publiquement du Quâi / d'Orsay
Philippe Berthelot.
Si nous avions sur M. Poincaré et sur
M. Colrat l'influence que l'on veut bien
nous prêter, nous. demanderions instam
ment à ces "messieurs, au nom de_ la
France honnête et patriote tout entière
de. ne pas se laisser tomber du pou
voir sans avoir pourvu aux résultats de
l'instruction ouverte l'an dernier^, pour
rechercher la provenance des 3.500.000
francs qu'André Berthelot aurait (dît-il !)
remis de la mairt à la main à son. jeune
frèj'e.
Charles MAURRAS
L'expérience italienne
Depuis sa transformation par le fascisme,
l'Italie est un champ d'étude pour les ob
servateurs. Les livres et les articles s'accù-
mulent. Sans thèse et même saris do.ctrin.e,
M. Maurice Pernot vient d'écrire un ou
vrage intitulé l'Expérience italienne qui
offre, pour l'explication des phénomènes
politiques, l'avantage - de reprendre 1 les
choses de loin et de haut. 1 '
M. Maurice Pernot a raison de rappeler
d'abord que l'Italie est un pays encore très .
jeune sous sa forme actuelle et dont l'unité
ne remonte pas à plus d'un demi-sdècle.
Elle a été une nation avant d'être un Etat.
Elle a subi l'épreuve par laquelle passent
ou passeront les nationalités nouvelles
Il ne suffit pas, en effet, d'avoir des'fron
tières et uiie Constitution. Il faut encore
avoir une administration, des cadres, tout
ce qui ne s'improvise pas, tout ce qni est
l'œuvre du temps, tout ce qui ne se rem
place pas non plus, tout ce qui. doit être
extrêmement solide pour résister, aux
grandes secousses. C'est line mode de .déblà-
térer contre la bureaucratie. Mais il est
plus facile de s'en plaindre que de, s'en
passer. « N'accuse pas le tchin, disait Dos-
toïevsky. En Russie, c'est ce que nous avons
dè mieux. »
On pourrait diviser l'Europe d'au jour h
d'hui en pays où cette armature a craqup,
en pays où elle a résisté, en pays où elle
a été insuffisante à moins qu'elle n'y
existe pas encore. L'Italie sè range paçmi
ceux dont l'organisation hâtive n'a pas sufâ
lorsqu'un grand ébranlement, est venu.-On'
a vu alors les recettes qui réussissaient
avant 1914 rester sans effet et sans résultat*
bien qu'elles fussent appliquées par les.
mêmes hommes, nommément par M. Gio-
litti. De là le « désarroi politique, moral,
économique et social », de là l'anarciiia
généralisée, Taine aurait dit « spontanée
dont M. Maurice Pernot présente un' ta»
bleau on ne peut plus clair et on ne périt ■'
moins tendancieux. .. '
Il montre aussi que cette crise pouvait
être une crise de croissance ou une crise
de décadence. C'est également une erreur'
de croire que les Etats soient éternels et
qu'ils obéissent à des fatalités historiques,
à un : « C'était écrit». La crise, en Italie,
aura été de croissance parce qu'elle a
trouvé des hommes pour'arrêter la décom
position. Il est impossible d'exclure da
l'histoire le facteur humain, l'élément per
sonnel.
Le redressement de l'Italie atteste d'ail*
leurs sa vitalité. Il atteste aussi que. le
fond de l'organisme était sain. L'expé
rience est en faveur de l'Italie et de son
avenir. En peut-on dire autant de l'Aile»
magne dont l'unité a juste lé même âgé ?
L'Allemagne avait une supériorité : la
vieille administration' prussienne. Ella
avait une cause d'infériorité : des condi
tions d'existence artificielle par une enHura
colossale et démesurée de sa population et
de son industrie, L'Allemagne avait grandi
au delà de toute mesure. C'est pourquoi sa
crise est si grave. —■ J. B. ■■,.
XII. - LA VIE CHERE
LA VIANDE
Le renchérissement de la viande est un
$es accidents de la vie chère qui soulève
le plus de récriminations. C'est, sans,
douté, remarquons-le tout d'abord, qu'on
en consomme beaucoup. La consomma
tion, de la viande n'avait pas, avant 1a
guerre, l'importance qu'elle a maintenant.
Elle s'est considérablement accrue, en.mê
me temps que la consommation du pain
diminuait. Aujourd'hui, une hausse.:sur.le
pain n'a plus guère qu'une valeur symbo
lique. Que le lcilog de pain coûte un sou
de 'plus, quel budget familial en souf
frira sérieusement ? Au contraire la moin
dre hausse sur la viande entraîne vite
dans tous les ménages un supplément de
dépense assez élevé. Or- ce n'est pas d'un
sou ou deux que varient les cours de -la
viande, c'est souvent 'd'un franc, parfois
plus. Il est d'onc très plausible que le pu
blic ait,un vif souci de démêler les rai
sons de telles augmentations, de savoir si
elles sont toujours légitimes. En crise de
vie chère, c'est sur le marché de la viande
qu'on a le plus vite fait de crier : « Au
voleur !» '
Nous n'examinerons aujourd'hui qu'une
partie de la question. Remettons à une
autre fois le soin de suivre le mécanisme
du commerce de détail et les variations
■de prix chez les bouchers. C'est assez,
jjour uu article, dç nous rendre com pte
de la hausse à la production, d'en chfep»
cher les causes et les remèdes.
Cette hausse est très variable. Quel
ques chiffres vont suffire à l 'indiquer.
Le prix moyen du bœuf sur pied était
avant la guerre de 80 à 85 centimes le ki*
log. 11 y a seulement quatre ou cinq mois^
au mois d'août de cette année, par exem
ple, il était de 2 fr. 80 à 2 fr. 90. Aujour
d'hui en hausse très sensible, il va .do
3 fr. 30 à 3 fr. 50. : ' '
. Expliquons'tout de suite cette dernière
hausse. Elle a été provoquée- par la sé
cheresse de l'été dernier. Les éleveurSi
par suite de cette sécheresse, se sont
trouvés dans l'impossibilité de nourrir lei
troupeaux constitués au printemps. Illeui
a fallu vendre une grande partie de leui
bétail. Les cours, à ce moment, ont fléchi
jusqu 'aux chiffres indiqués plus haut. Da-
même coup les troupeaux se sont trouvé!
considérablement diminués, et, depuis 1*
mois.de septembre, les bêtes qui, restaient
se sont vendues à des prix beaucoup plut
élevés.
Quoi qu'il en soit, en dehors de varia»
lions saisonnières aussi sensibles que cel
les-ci, le coefficient général d'augmenta
tion de la viande parait assez clevé pat
rapport à ceux que nous avons détermi
nés pour le pain et pour le lait. Pour la
période de baisse de cet été, il atteignait
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