Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-03
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 03 décembre 1923 03 décembre 1923
Description : 1923/12/03 (Numéro 336). 1923/12/03 (Numéro 336).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG87 Collection numérique : BIPFPIG87
Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k761786b
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième Année. — N° 336»
9
3 EDITION DU MATIN E
- PI
tmidi 3 Décembre 1923.
15 ^
Sâioe ti Seine-et-OUe.
20 ee . nt " i
Département*. Cotonies.
ABONNEMENTS : '
. France et Colonies. 48 fr. 25 fr» lîiftv
1 Etranger. ., , 82» 42 » 22» >
ORGANE DU NATIONALISME INTEGRAL
H Tout ce qui est national est notre. »
Le Due d'ORLEANS
héritier fies quarante Rois qui en mille ans firent la France.
.RÉDACTION & ADMINISTRATION
14, rue de Borne, P ARIS (8*) v
Àdi\ télégraphique î ACTIOFRA j V-PARIS
-.Chèque postai î Compte 23.900.Paris
Tel* : Administration s Louvre 26-49, 26-50
Public ;d: Central 74-77
Rédaction • Ceutral 75-44
Après 10 h. du soir S Ségu r î 1-08
Registre de Commerce ; Scino 78.582
Fondateur s HEIVRI VAUGEOIS —- Directeurs politiques : LEON DAUDET et GITARLES MAURRAS — Rédacteur en chef ° MAURICE PUJO
Le cri du pays
Strasbourg, 2 décembre.
« La Section d'Action française de
Strasbourg, indignée du crime abomi
nable, pleure avec vous et attend jus
tice implacable, a
Premier télégramme reçu hier
à VAction française.
rm
a
PU
J.
PP
AUD
jâ
Le sang innocent
C'est à la Justice qu'il appartient, désor
mais, de rechercher lès circonstances du
meurtre de notre pauvre petit Philippe.
Quant aux auteurs de ce meurtre, aucun
dotfte : se sentant traqués depuis quelques
jours, le cercle'des investigations se resser
rant autour d'eux, ils ont pris les devants;
et les articles qu'a publiés le Libertaire,
la lettre que l'un d'eux a écrite, a osé
écrire à ma chère femme, huit jours après
la mort de l'innocente victime, le billet
enfin, manifestement dicté, à celle-ci,
et joint à cette horrible lettré, tout dé
nonce "les auteurs immédiats du rapt et de
l'assassinat. Cet assassinat vient après ce
lui de Plateau. Germaine Berton ayant
manqué le père, ses complices se sont ra
battus sur l'enfant, espérant ainsi m'ac-
cabler à la veille du procès de la Berton,
qui doit venir le 18 décembre, et où je suis
témoin et accusateur. Ce calcul sera dé
joué. Nous avons souffert, ma femme et
moi, depuis le mardi 20 novembre, jour
de la disparition du petit, un supplice
eans nom, que comprendront tous les pères
et toutes les mères. Mais, après de tels
tourments et tant de larmes, nous demeu
rons fermes l'un et l'autre, pour*la pour
suite et le châtiment des bourreaux.
Très développé et fort pour son âge,
Philippe n'en était pas moins encore un
enfant. Il avait quatorze ans et dix mois.
Il était bon, loyal, généreux^ il ;nous aimait -
fet nous l'aimions de toutes les forces de
nos deux cœurs. Ses maîtres de Bossuet et
de Louis-le-Grand m'ont écrit, à la nouvelle
de sa mort, des lettres déchirantes de re
grets. Le petit les aimait et les respectait,
et sa piété bien connue était extrême. Ses
- jeunes camarades célébraient son ardeur
au jeu et la chaleur de son amitié. Enfin,
et quoi que ijous fissions pour limiter sa
participation morale à nos travaux et à
nos luttes, il vivait dans le cercle de nos
jeunes gens, dans l'enthousiasme pour nos
idées* et aussi -r- surtout depuis le meurtre
de son ami Plateau — dans la crainte qu'il
n'arrivât quelque chose de fâcheux à l'un
de nous. Chaque année, depuis 1917, la
grande récompense pour le bon travail
était un voyage avec papa, et un séjour à
Avignon, où nous étions encore ensemble
cette année, à l'hôtel de l'Europe, jusqu'au
]29 septembre. Je l'appelais gaiement « mon
petit frère». Je m'étais remis au latin et
au grec avec lui. Chaque dimanche, nous
(sortions ensemble et allions ensemble—au
journal, où il retrouvait ses chers Came
lots* qui le traitaient en camarade; puis il
m'aidait dans le dépouillement de mon
courrier. Le soir, il couchait dans la cham
bre de sa mère, au pied de son lit. Elle l'ai
dait à sa toilette, le matin, au réveil, et
lui remettait, avant le départ pour la classe,
la traduction de tel passage difficile de ses
yérsio'ns, ■ que j'avais préparée la veille au
Boir. Ces détails infimes font comprendre
l'absurdité de la fable imaginée par les
gens du Libertaire pour masquer leur
crime, selon moi patent, et dont les moda
lités restent à déterminer. :
Cependant, un trouble nerveux rongeait
Philippe, depuis quelques années, depuis
une première fugue, accomplie à l'âge de
douze ans, et qui nous avait stupéfiés. Echap
pant à notre surveillance, il avait pris -un
billet pour Marseille, avec l'argent de ses
étrennes, voyagé en troisième toute la nuit.
,Ârrivé à. Marseille, épouvanté de ce qu'il
avait fait et plein de remords,— car il
avait la conscience aisément bourrelée, —-
il allait trouver un de nos amis, qui nous
prévenait. Je l'envoyais chercher aussitôt,
et à son retour, sans le gronder, je le mon
trais à plusieurs médecins connus, qui nous
rassuraient, la mère et moi, de leur mieux,
tout en nous engageant à veiller. Deux ans
pe passèrent sans alerte; mais, au printemps,
dernier, il y eut deux nouvelles échappées
de quelques heures, ne dépassant pas l'é-
fcole buissonnière, qui alarmèrent cette fois
sérieusement mon ami le docteur Lucien
pernard. Il ne me cacha pas que le renou-.
tellement des fugues lui paraissait relever
du mal comitial — bien qu'aucun autre
eyiuptôme n'apparût — et qu'il y avait là
Une menace pour l'avenir. Dfe quelque dis
crétion que nous eussions recouvert nos
Inquiétudes, elles avaient transpiré, nous le
savons, au dehors; il était impossible qu'il
en fût autrement ; et les adversaires, qui
nous guettent, n'ignoraient plus qu'il y eut
là un point faible, une prises quelque chose
gur quoi l'on pouvait.agir.
Le mardi '20 novembre dernier, à sept
îieures du matin, Philippe quittait le toit
paternel pour n'y revenir que dans un : cer
cueil, le lundi suivant. Nous sûmes, par
l'école, qu'il n'avait pas paru à .l'appel du
matin, - qu'on ne l'avait pas revu. Notre
pensée fut qu'il en serait de cette nouvelle
fugue comme des précédentes, que-le ré
veil immanquable serait prompt, que le pe
tit reviendrait 'Spontanément. Mais les heu
res, puis les jours, passèrent sans nouvelles,
et nous connûmes là une torture d'angois
se dont rien ne saurait donner l'idée. Le
dimanche matin, en ouvrant le Petit Pari
sien, ma femme tomba sur une nouvelle en
trois lignes, concernant le suicide d'un jeu
ne iiïconnu et son transfert à l'hôpital,
qu'elle adressa aussitôt à Bernard. Celui-ci
.courut à Lariboisière, et reconnut le corps
de notre malheureux enfant. Il portait au
front, du côté droit, une blessure apparente
faite par un coup de feu. Sur le moment,
le suicide d'origine morbide me parut
certain et le soir, au Parquet, en pré
sence du substitut, du médecin légiste
et de plusieurs hauts fonctionnaires de
la police, je signai une déclaration en
ce sens qui me permit, en épargnant
l'autopsie à l'imagination maternelle, de
récupérer le corps le lendemain lundi. J'a
vertis aussiôt des circonstances horribles de
cette mort le directeur de l'Ecole Bossuet,
quelques rares amis, le grand-père, les deux
grand'mères, et surtout le vénérable curé
de Saint-Thomas d'Aquin, auquel' fut remis
un certificat médical, posant le diagnostic
et affirmant l'entière irresponsabilité de mon
malheureux petit enfant. Les obsèques eu
rent lieu au milieu de l'émotion générale ;
puis nous nous crûmes tout à notre deuil,
ma femme et moi.
Mais'voici qu'avant hier soir samedi pre
mier décembre, huit jours par conséquent
A pres la mort de l'enfant , parvenait à
ma femme, signée d'un des hommes du
Libertaire, la lettre que j'ai dite, accompa
gnée du billet dicté à Philippe. Alors, le
vpile atroce "se déchira et nous apérçûmes
diàtuictement le style, et la figure 'lu cri
me sous des phrases cauteleusement per
fides et — comble d'horreur ! —— « api
toyées »; C'est alors que j'ai saisi la jus
tice, à laquelle arrivent par ailleurs et
vont arriver encore une fouie de renseigne
ment terribles et concordants, que je tais
ici. La conviction de tous nos amis et la
mienne, devant cette séquestration de qua
tre jours, par une bande d'anarchistes
haineux et ivres de vengeance, d'un enfant
malade de quatorze ans et demi, c'est qu'a
près avoir été attiré —- à la faveur de sa
fugue dans un guet-apbns, chambré,
suggéré ou contraint, et démuni de tous ses
papiers, Philippe a été jeté à la mort J'ai
demandé l'ouverture d'une instruction im
médiate à M. le procureur général.
Léon DAUDET
Député de Paris,
Pour confirmer^la lettre de Léon Daudet
au procureur général que nous avons pu
bliée, hier, une plainte régulière pour as--
sassinat sera déposée aujourd'hui au Par-
quel de la Seine. Par déf érence pour la Jus
tice, nous n'en donnerons les détails qu'après
avoir fourni au juge d'instruction les élé
ments de son information.
-H-.—.1 I,,— ———11)1 I ■ ' II—I. I —.1 -
ECHOS
CES FAITS DU JOUK
— Au large de Cherbourg, un grand hy
dravion capote ; quatre passàgers sont tués.
— En Italie, la catastrophe de Dezzo a
causé la mort de 600 personnes. Les dégâts
sont considérables.
Différences.
Nos lecteurs se rappellent que le Conseil d'ad
ministration du Métropolitain nous a refusé au
début d'octobre les emplacements, que nous lui de
mandions pour y apposer les affiches du journal.
■■ Le. prétexte invoqué était que ces affiches avaient
un caractère de polémique. Elles constataient sim
plement que «. l'Action française est le premier
des journaux français qui se soit affranchi de la
C.G.T. menée par la finance internationale ».
Voici le texte de l'affiche que vient d'accepter le
.'même conseil d'administration.
« J.e Consortium des Grands Journaux Parisiens
contre Le Quotidien. ' -
« Pourquoi ? » \
(Affiche collée dans le Métro).
Cette différence de traitements permet de bien
constater : . ■ . ~
l°'de quel côté sont orientées les préférences
du Métropolitain ; -
2" jusqu'où va la bonne foi de son conseil d'ad
ministration.
■ ■ ■ ❖ 4"
Les lecteurs de VA. F. ont. intérêt, à s'adresser à
Ramlot, tailleur-chemisier, civil et militaire, 76, tuc
de Rennes. Paris. Spécialité de vêtements de céré
monie. Voir son rayon de chemiserie. Prix mo
dérés.- ■ ■
' >
LA POL
I. Comment ou pourquoi
fut respecté le mystère
Observations d'ordre public : ^
Samedi, à seize heures, en plein
cœur de Paris, ■ un auto-taxi s'arrête de
vant un homme de ' police. ■ La voi
ture contient un inconnu mourant dont
le crâne est traversé de part en part. Au*
cun signe d'identité, sauf, dans le porte
feuille, un papier portant des noms et
des adresses. Tout le monde est d'accord
de ce qu'on fait aussitôt d'un agonisant :
envoi à l'hôpital pour essayer de le sau
ver. Cela a été fait. Mais en même temps
se sont posés d'autres problèmes d'ordre
public et résolus moins bien. Qui est cet
inconnu ? D'où lui est venue sa blessure ?
Il s'est tire un coup de revolver, dit le
chauffeur.
. C'est possible, si le chauffeur dit la vé
rité : la dit-il ? Ceux qui nous la doivent
ont le devoir de s'assurer préventivement
de sa personne et de ne le laisser ni sor
tir ni communiquer. Sa machine peut
fournir d'utiles clartés, à la condition de
n'être ni lavée ni maquillée. Sa,place est
donc à la fourrière A et sous scellés. Ces
deux précautions prises, une troisième va
de soi, et elle est facile à remplir, car la
nuit tombe à peine : envoyer aux cinq
adresses contenues dans le feuillet, et ra
mener bon gré mal gré les destinatai
res, savoir Germaine Berton (c'est facile,
elle est sous clef), Maxime Real del Sarte
(son adresse écrite est inexacte, la vraie
"est dans tous les indicateurs parisiens),
liavard de la Montagne, M° Torrès, Mlle
Lévy. D'une des cinq personnes, la lumière
peut jaillir. En fait, notre Maxime n'aurait
pu s'approcher du chevet sans reconnaître
soft-ami Philippe Daudet. Avec lé télé
phone ' et ' la voiture moderne, tout cela
eût été fait en moins de deux heures.
L'enquête eût commencé dès le samedi soir
et peut-être même avant que' Philippe eût
rendu le dernier soupir.
Rien de pareil n'a été fait. Rien, abso
lument, de ce qu'indiquait le plus simple
bon sens au plus modeste et au plus sim
ple des dépositaires., de'la puissance pu
blique. ■
Imaginez-vous vous-mêmes commissaire,
magistrat,imaginez dans ces fonctions n'im
porte qui de bonne foi et de bon sens.
C'est la voie qu'il suivrait ou que vous
suivriez. Cette voie a été évitée. Le chauf
feur est allé où il lui a plu. Sa voi
ture a pu être lavée et bichonnée dès la
matinée du dimanche. Le papier au cinq
noms est resté dans le portefeuille de
Philippe Daudet. Pourquoi ? ■■Oui, pour
quoi ? L'homme pensant ne peut se dis
penser de redire : —- Pourquoi ?
Je ne vois que deux réponses.
Ou bien tel est l'usage. Telle est la pra
tique. Tel est le train ordinaire de l'admi
nistration parisienne. Çes énormes négli
gences sont conformes à l'ordre suivi.
En des cas semblables,: on laisse aller les
voitures. On laisse aller les chauffeurs.
On n'utilise pas immédiatement la quin
tuple indication trouvée sur un mourant
ensanglanté et mystérieux. On laisse cou
ler uue soirée,. une nuit, une matinée
et même un après-midi encore, on se fie au.
simple hasard d'une annonce de journal.
On attend les événements au lieu de les
créer et, de cette façon, l'enquête utile est
différée d'un jour, de deux, de.dix : peut-
être de toujours. Acceptons cette hypo
thèse provisoire, et hâtons-nous de con
clure que, dès lors, il n'y a plus, il ne
peut y avoir d'ordre public. Paris est aux
assassins. Ils ont champ libre. Ils peuvent
user de tous les moyens modernes pour
commettre leurs crimes et pour les ca
cher. Ils courent en auto, on les poursuit,
à la mérovingienne en char à bœufs. Est-ce
le cas ? Il faut le dire. Le tremblement de
tous les pères et de toutes les mères, la pa
nique justifiée de tous les bons citoyens se
rait alors un commencement de sagesse,
un heureux début de réforme.
Il y à une autre réponse. C'est que oette
négligence et cette nonchalance ne .sont
pas naturelles'et que cette incurie n'est pas
toujours portée à ce point! Quand on veut,
•on fait mieux, plus vite ét plus court.
Quand la police'veut, elle opère avec dé
cision, rapidité, surprise. Quand le juge
de Gourdon a voulu' faire perquisitionner
dans les bureaux de l'Action française,
malgré la Chancellerie, malgré le Parquet,
il y a réussi. Cela est du mois dernier.
Quand M. Painlevé - a voulu fouiller, les
notes et les dossiers de-Plateau, de Daii-i
det et les miens, quinze heures lui ont
suffi pour mener à bien ou à mal son opé
ration. Cela est vieux de'six ans. Les deux
exemples montrent qu'avec de la bonne
volonté la police ne boite pas, et même elle
vole. O beaux accès de zèle intéressé qu'ac
tionnent de sublimes passions politiques !
Sans leur comparer les simples besognes de
sécurité sociale, on peut penser que les gar
diens de l'ordre font habituellement ce
qu'ils n'ont pas fait samedi devant Phi
lippe Daudet mourant. C'est exceptionnel
lement qu'ils ne l'ont pas tait. Mais ils
n'ont fait cette exception, ils n'ont man
qué exceptionnellement aux devoirs, de
leur charge que pour uh motif : lequel ?
Qui n'a pas voulu faire le nécessaire ? La
raison le demande. La raison répète :
Pourquoi ? ' .
Quelqu'un a souhaité tout do suite de
classer,-de noyer l'affaire et, pour la mieux
noyer, de-la laisser se brouiller et se com
pliquer. Pourquoi ? On avait lu cinq noms:
deux noms d'Action 'rsuiçaise, les noms
d'un assassin et de ses avocats: l'Affaire !
•La grande Affaire surgissait. Motus !...
Motus spontané ? Motus par ordre ? On
avouera que, si un fonctionnaire a com-
ITIQUE .,
mis de lui-même, cette infraction à ses de
voirs d'état il doit être entendu, interrogé
et châtié comme le dernier des coupables.
Ou, s'il avait un ordre, quelqu'un l'avait
donné... Qui ? Un homme ? Une organisa
tion ? Les complicités n'auraient plus be
soin d'être recherchées. Elles paraîtraient
au grand jour. . '
Pour me résumer, nous sommes dans
l'alternative. Ou il n'y a plus d'ordre pu
blic bu des pouvoirs inconnus (mais à
faire connaître) ont provisoirement résolu
d'en suspendre les garanties soit pour Léon
Daudet, sa famille, ses amis et les familles
de ses amis soit, ce qui revient pratique
ment au même, pour la Berton et ce qui
touche la Berton. En d'autres termes : ou
il n'y a.plus de jiolice, ou cette police obéit
aux assassins de l'Anarchie.
IL Ce qui se passe
et ce qui se pense à Berlin
Et, maintenant, continuons à avertir le
pays des périls extérieurs qui le guettent.
Nous savons ce que cela coûte : au travail !
Le plus grand journal de la République
recevait hier soir des nouvelles.de Ber
lin. J'en recevais aussi. N.ous ne sommes
d'accord avec le Temps sur" rien : cepen-"
clant nos informations berlinoises con
cordent. Et elles se complètent. Attention !
Le correspondant du Temps explique
à ses lecteurs comment le docteur Albert,
si bien accueilli tout d'abord, n'a pas
réussi à former son ministère. C'est très
simple : d'apeord avec le président- Ebert}
cet Albert voulait lever l'état de siège ou,
« pour appelel- les choses par leur nom,
« prendre le pouvoir suprême au général
« de Seeckt s>, chef de l'armée allemande:
« Quand le général von Seeckt eut ap
pris,, la émission dont s'était chargé M.,
Albert, il aurait dit sarcastiquemeht :
« Poùr faire ce que veut M. Ebert, il faut
« être deux. » Et il déclancha cette of
fensive que l'on a vue, d'une violence ex
trême, contre le président Jibert et contre
son ami et conseiller Albert...
« Pas même le président de la Républi
que ne peut agir contre la volonté du gé
néral von Seeckt, ne peut même'charger
qui il veut de la formation d'un cabinet.
Pendant que .M. Algazy décrivait, en
ces termes, au Temps, l'état de dictature
militaire et de menace de guerre dans
lequel vit l'Allemagne, un lecteur del'Ac-
tion française, qui habite Berlin, me. rap
portait les sentiments cachés de cette par
tie de la nation allemande à qui la guerre
fait peur et qui rêve en secret d'une in
tervention de la France :
« Je connais une Allemande qui doit à
de lointaines origines latines, le sens cri
tique qu'elle possède, exceptionnel outre-
Rhin. ' ■ ■
« Elle est patriote, gagnée à l'amitié an
glaise; aussi pourrait-on croire que son
point de vue fût fort éloigné du nôtre.
« Or, nous parlions, il y a quelques
jours des 'événements et du' désordre.
« Elle constatait que VAllemagne se
rue à la guerre.
« Contre cette poussée folle, ajoutait-
« elle, un seul fait peut prévaloir, brutal
« et salutaire comme une 'douche froide,
« l'avance de l'armée française pacifique-
« ment, méthodiquement' » S'animant,
elle déclara :
« La France n'a pas le droit de se sous-
« traire à l'action qui seule peut arrêter
« le scandale, la perte sariglante de nou
ai velles vies; il faut que par tout moyen,
« par toute force, elle mette les forcenés
« hors d'état de se nuire et de nuire. ■»'
Ainsi la. force militaire est maîtresse
en Allemagne.
On lui obéit parce qu'il n'y a pas moyen
de lui résister. Il faudrait lui opposer, au
moins, le spectacle et la démonstration
d'une autre force capable de l'équilibrer.
La force française refusera-t-elle de ren
dre ce service éininent à la paix ?
III. Pour empêcher la guerre
qui vient
Il nous est impossible de cesser d'insis
ter : sur ce point vital. La guerre vient, il
faut l'empêcher.
La guerre vient par la volonté de l'Al
lemagne. La guerre vient par la fabrica
tion de matériel de guerre en Allemagne.
■ Des hommes dévoués, honorables,ne ces
sent de dire que, si la guerre vient, nous
tiendrons le coup, nous pouvons le tenir.
Je l'espère autant que je le désire. Mais
ce n'est pas la question. La question n'est
pas de faire la guerre bien ni mal, de la
perdre ni de la gagner. La question est t''é-
pargner ce fléau de la guerre au pays;
Les finasseries de la politique n'y suf
fisent point. On né pare pas des coups
durs aveci des mots en l'air. Il nous est pos
sible d'empêcher ia guerre en allant dé
truire, là où il est, le matériel de guerre
allemand et en allant montrer à l'armée
allemande qu'on est encore ies maîtres de
la mater. Si cette preuve de maîtrise était
désormais impossible à donner, je m'incli
nerais, mais nous serions perdus. Je ne
veux pas dire que nous n'aurions ni chan
ce, ni victoire dans l'inévitable conflit,
je dis que ce conflit nous saignerait de
telle manière que, dans l'état dé notre
population, c'en est fait, vainqueurs ou
vaincus, nous serions à bout de nombre,
de force, de vitalité.
Tout vaut mieux que de laisser arriver
sur nous une nouvelle guerre. Tout. Ab
solument tout. Cela doit être vu d'un œil
clair et d'une âme ferme. Les mesures
indispensables sont-elles barrées par les
élections '? Renvoyez les élections en 1925
et l'action de grâces des mères compense
ra la criaillcrie des politiciens. . Faut-
il mobiliser des classes ? Ne le faites pas
sans mettre en accusation l'immonde
Briand qui a rendu l'opération si difficile,
mais, ce point réglé, faites-le, La Fran
ce a assez d'esprit pour comprendre
un parti hardi et sauveur. L'intelligente
mise en œuvre de la Part du combattant
peut vousfallier les sphères de l'opinion
qui seraient tentées de flotter. Une armée
-de volontaires peut-elle être constituée ?
Que ce moyen soit pris, s'il est le meil
leur. Mais le temps passe, et ce n'est pas
pour nous que travaille le temps. La vites
se est le souverain facteur du succès. Il
y a quinze jours encore,de hautes autorités
militaires déclaraient qu'elles avaient be
soin de trois classes pour mettre de l'or
dre en Allemagne, mais elles ajoutaient :
« Dans un mois, il est impossible de pré-
« voir combien d'autres classes il fau-
• « drait mobiliser, 3> Ces délais courent.
En voilà plus de la moitié dë perdus ! Est-
ce que les singeries économico-financiè
res ou diplomatiques vont faire oublier
les réalités menaçantes ?
• M. Méline était bien original, il y a
vingt-cinq ans, lorsqu'il affirmait la pré
séance de la politique extérieure sur l'in
térieure. M. Poincaré a rallié l'avis una
nime en reprenant et en pratiquant cette
maxime de bon sens. Mats M. Briand Jl'a
contredite sans péril l'autre jour. Il lui a
suffi, en l'absence de Daudet, de. faire ap
pel à ce qu'il y a de plus bas dans l'âme
et dans le corps d'une assemblée mou
rante. Ainsi ce misérable s'élève peu à
peu de ses sales écumes, il se rapproche
i des avenues du pouvoir. Encore un peu
de temps, et, si l'on n'y veille, la négligence
extérieure ne sera plus un simple pro
gramme de faction, elle sera devenue Dro-
gramitie i de gouverriemnt. Est-ce cela que
l'on veut 1 Cela et des obus de gothas par
une belle nuit d'hiver ? Non / ? Alors que
l'on se hâte. L'action ! L'action rapide, heu
reuse ! Et que le péril soit définitivement
conjuré.
Charles MAURRAS
1 I .1-1 " ■' - ; I. I— III t M— -m-
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
QUELQUES POINTS TROUBLANTS
L'opinion française a déjà fait justice
de l'odieux et imbécile récit des assassins
qui , représentent Philippe Daudet comme
gagné à l'anarchie. Ce n'est pas pour
prouver ce qui n'a pas besoin de preuve,
c'est pour permettre à notre pauvre Phi
lippe d'écraser lui-même ceux qui le sa
lissent que nous rappellerons les traits
suivants.
Il y a quelques mois, M. Buchenaud,
professeur au lycée Louis-le-Grand, avait
donné-à ses élèves le sujet de devoir sui
vant : Voyage avec mon - meilleur ami.
Philippe commença son devoir par ces
mots : « Mon meilleur ami, c'est mon pè
re », et il fit un portrait enthousiaste de
celui-ci.
Au printemps de cette année, il y eut
à Louis-le-Grand un incident qui fut re
levé dans les journaux hostiles à Léon
Daudet. Un élève juif, « un grand », dit
devant Philippe : « Ce c... de Léon Dau
det. » Philippe sauta sur lui à coups de
poing, mais son adversaire s'aposta à la
sortie du lycée avec d'autres grands (des
élèves de seconde et Philippe était en
quatrième), ils le frappèrent à coups de
pied et à coups de canne; de telle sorte
que l'enfant dut s'aliter. Sur la plainte de
Léon Daudet, au proviseur, un des auteurs
de l'agression fut traduit devant le con
seil de discipline et renvoyé du lycée.
Enfin, c'est en juin dernier, après l'af
faire des purges, que l'Œuvre, s'étant van
tée d'avoir réuni 70 signatures d'élèves
de Louis-le-Grand, contre l'Action fran
çaise, Philippe Daudet, deux jours après,
apportait, triomphant, une adresse de fé
licitations à Maurras sous laquelle.il avait
réuni les noms de 102 de ses camarades;
Nous devons rectifier sans retard une
erreur qui s'est glissée dans notre article
d'hier: sur un point qui est' d'eitrême im
portance.
Ce n'est pas du côté gauche, c'est du
côté droit du front que se trouvait l'orifice
le plus large de la blessure ; l'orifice le
plus petit, celui que l'on considère habi
tuellement comme l'orifice d'entrée de la
balle était à gauche en arrière de la tête ;
ainsi que nous l'avons dit, les doigts de la-
main droite portaient sur le dessus des
traces de la déflagration de la poudre.-
Il appartiendra à l'instruction,'qui sans
doute ordonnera l'autopsie, de vérifier ces
constatations qui furent celles des person
nes qui mirent l'enfant en bière et de cer
taines autres qui ont vu le "cadavre à Lari
boisière; Au cas où elles seraient exactes,
on se demanderait comment un homme ou
même un enfant peut se tirer avec la main
droite, en arrière et du côté gauche de la
tête, une balle qui ressort sur le côté droit
du front.
' * * ...■
' On nous assure, de bonne source, que le
numéro du Libertaire, qui a-été lancé sa
medi, fut plutôt" laborieux à composer.
L'article où le sieur Vidal racontait ses
relations avec Philippe Daudet fut refait
plusieurs fois sur épreuves avant qu'on
eut trouvé la forme' définitive dans la
quelle il fut publié.
Parrrii les choses singulières qu'il fau
dra relever dans le récit du Libertaire, no
*
tons celle-ci. Le sieur Vidal raconte
que vendredi en lui. remettant la lettre
destinée à sa mère, Philippe lui dit de
l'ouvrir « au cas où il lui arriverait' quel
que chose ». Mais — et c'est là un point
essentiel, on le comprend, de la thèse du
sieur Vidal - — il ignorait complètement
qu'il avait affaire au fils de Léon Dau
det. L'enveloppe de la lettre ne portait
donc aucune suscription.
Au surplus", s'il y en avait une, infime
sous double enveloppe, nous ne l'avons
pas vue, car la lettre a été transmise à
Mme Léon Daudet par l'anarchiste sans
l'enveloppe.
Mais revenons au sieur Vidal. Au mo
ment où Philippe, le quitte, il a donc entre
les mains une enveloppe Termée, qui ne
lui apprend rien. Comment fei'a-t-il pour
savoir qu'il est « arrivé quelque chose »
au jeune homme, ce qui l'autorisera à
ouvrir la lettre ? Par quel singulier ha-
s'ard son attention est-elle attirée par un
fait-divers banal de quatre lignes à la cin
quième page du Petit Parisien ? Pourquoi
fait-il aussitôt une enquêtej qui n'est pas
commode, sur l'inconnu qui s'est « sui
cidé » dans le taxi-auto, et comment éta
blit-il si facilement l'identité de ce
■mort, qui est Philippe Daudet, avec le
jeune homme qui est venu le voir 1 En
vérité,, voilà une divination bizarre !
* *
Le Petit Parisien publie une conversa-,
tiôn du chauffeur Barjol qui conduisait le
taxi-autos.' Après avoir raconté les faits
déjà "connus comment- le samedi, vers
quatre heures de l'après-midi, Philippe
le héla place de la-Bastille en lui donnant
l'adresse du cirque Médrano ; comment,
boulevard Magenta, il entendit une déto
nation et vit son jeune client allongé sur-
la-banquette comment; « sans même des-
■ceirdfe-tlîî sén"âiëge » 'il" fit signe à un
agent >et conduisit, avec lui, le blessé
dans une pharmacie et de là à Lariboi
sière.
M. Barjol dit encore qu'un petit browning
f.ut.^ti - ouyé.,sur..le tapis du taxi et deux
chargeurs" dans la poche du' blessé. On
trouva aussi une somme de 83 francs (Phi
lippe qui avait emporté sa bourse de voya-
e "était parti le mardi avec une somme
ont on établira exactement le montant
mais qui dépassait douze et peut-être
quinze cents francs ). Le chauffeur as
sure également qu'il n'avait sur lui au
cun papier. Et cependant la justice a pré
senté aux parents la note où-se trouvaient
les noms de M" Torrès et Suzanne Lévy.
Mais, M. Barjol ajoute :
« Je rentrai donc au garage et j'eus d'abord
l'intention de laisser mon véhicule, qui m'appar
tient, dans l'état où il se trouvait. Mais craignant
que l'identification du désespéré ne tardât, nous
passâmes notre dimanche, ma femme et moi, à re
mettre en état ma voiture et à en faire disparaître
les traces du drame qui m'avait profondément re
mué. »
La disparition dé ces traces, qui pou
vaient être un élément capital pour l'ins
truction est extrêmement regrettable. Elle
l'est d'autant plus qu'elle a été opérée
dans la journée de dimanche alors que
c'est seulement dans la nuit de dimanche
à lundi que la décision fut prise par l'au
torité judiciaire, d'accord avec la famille,
de ne pas poursuivre plus loin l'enquête
qui est de règle dans tous les cas de mort
violente. Nous n'incriminons pas la hâte
du chauffeur Barjol, mais nous avons lieu
d'être surpris que la police, à laquelle il
a certainement demandé conseil, lui ait
permis de faire cette opération.
Maurice PUJO
W HÉROS ALSACIEN
- Guebwiller afait l'autre jour d'émou
vantes funérailles, au lieutenant Henry
Koch, petit-neveu du général Zurlinden ét
l'un des plus merveilleux soldats alsaciens.,
de la grande guerre. Ce jeune héros, tombé
au Maroc par un brûlant après-midi du
mois d'août dernier, après s'être couvert
de gloire sur le front français de 1914 à
1918, laisse un impérissable souvenir en
même temps qu'un admirable exemple à
ses compatriotes. La petite ville liaut-rhi-
noise tout entière avait pris le deuil et ac-
acompagnait pieusement, jusqu'au calme
cimetière étendu au pied des coteaux cou
verts de vignes, la dépouille mortelle du
plus aimé; du plus brave de ses enfants..
Sur la toriibe entr'ouverte le lieutenant-
colonel Barrâre, chef du régiment dans le
quel Ilenry Koch servit durant presque
toute la guerre, (le glorieux 152") a retracé
d'une voix souvent brisée par la douleur, la
vie militaire, si brève, si belle, du disparu.
Je la résumerai ci-dessous, car cette bio
graphie est celle d'un Alsacien pour qui les
mots « malaise... défense des droits acquis.,
problèmes de l'assimilation... période de
transition etc », n'ont jamais eu de sans.
Dès le 2 août 191.4; il s'était donné à la
France sans restrictions, corps et âme.
Franchissant les Vosges il s'engage au 46 e
d'infanterie. En janvier 15, en Argonne, il
est blessé deux fois par des éclats d'obus
et refuse de se laisser évacuer. Comme on
retire à cette époque les Alsaciens des pre
mières lignes — à cause des représailles
allemandes — il prend un faux état-civil et
arrive en mai au 152', qui tient le Vieil
Armand. t
Devenu sergent il est blessé à l'Ililsen-
first le 18 août 1915. Le 22 décembre, à la
fin d'un combat sanglant, il tombe aux
I
9
3 EDITION DU MATIN E
- PI
tmidi 3 Décembre 1923.
15 ^
Sâioe ti Seine-et-OUe.
20 ee . nt " i
Département*. Cotonies.
ABONNEMENTS : '
. France et Colonies. 48 fr. 25 fr» lîiftv
1 Etranger. ., , 82» 42 » 22» >
ORGANE DU NATIONALISME INTEGRAL
H Tout ce qui est national est notre. »
Le Due d'ORLEANS
héritier fies quarante Rois qui en mille ans firent la France.
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14, rue de Borne, P ARIS (8*) v
Àdi\ télégraphique î ACTIOFRA j V-PARIS
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Tel* : Administration s Louvre 26-49, 26-50
Public ;d: Central 74-77
Rédaction • Ceutral 75-44
Après 10 h. du soir S Ségu r î 1-08
Registre de Commerce ; Scino 78.582
Fondateur s HEIVRI VAUGEOIS —- Directeurs politiques : LEON DAUDET et GITARLES MAURRAS — Rédacteur en chef ° MAURICE PUJO
Le cri du pays
Strasbourg, 2 décembre.
« La Section d'Action française de
Strasbourg, indignée du crime abomi
nable, pleure avec vous et attend jus
tice implacable, a
Premier télégramme reçu hier
à VAction française.
rm
a
PU
J.
PP
AUD
jâ
Le sang innocent
C'est à la Justice qu'il appartient, désor
mais, de rechercher lès circonstances du
meurtre de notre pauvre petit Philippe.
Quant aux auteurs de ce meurtre, aucun
dotfte : se sentant traqués depuis quelques
jours, le cercle'des investigations se resser
rant autour d'eux, ils ont pris les devants;
et les articles qu'a publiés le Libertaire,
la lettre que l'un d'eux a écrite, a osé
écrire à ma chère femme, huit jours après
la mort de l'innocente victime, le billet
enfin, manifestement dicté, à celle-ci,
et joint à cette horrible lettré, tout dé
nonce "les auteurs immédiats du rapt et de
l'assassinat. Cet assassinat vient après ce
lui de Plateau. Germaine Berton ayant
manqué le père, ses complices se sont ra
battus sur l'enfant, espérant ainsi m'ac-
cabler à la veille du procès de la Berton,
qui doit venir le 18 décembre, et où je suis
témoin et accusateur. Ce calcul sera dé
joué. Nous avons souffert, ma femme et
moi, depuis le mardi 20 novembre, jour
de la disparition du petit, un supplice
eans nom, que comprendront tous les pères
et toutes les mères. Mais, après de tels
tourments et tant de larmes, nous demeu
rons fermes l'un et l'autre, pour*la pour
suite et le châtiment des bourreaux.
Très développé et fort pour son âge,
Philippe n'en était pas moins encore un
enfant. Il avait quatorze ans et dix mois.
Il était bon, loyal, généreux^ il ;nous aimait -
fet nous l'aimions de toutes les forces de
nos deux cœurs. Ses maîtres de Bossuet et
de Louis-le-Grand m'ont écrit, à la nouvelle
de sa mort, des lettres déchirantes de re
grets. Le petit les aimait et les respectait,
et sa piété bien connue était extrême. Ses
- jeunes camarades célébraient son ardeur
au jeu et la chaleur de son amitié. Enfin,
et quoi que ijous fissions pour limiter sa
participation morale à nos travaux et à
nos luttes, il vivait dans le cercle de nos
jeunes gens, dans l'enthousiasme pour nos
idées* et aussi -r- surtout depuis le meurtre
de son ami Plateau — dans la crainte qu'il
n'arrivât quelque chose de fâcheux à l'un
de nous. Chaque année, depuis 1917, la
grande récompense pour le bon travail
était un voyage avec papa, et un séjour à
Avignon, où nous étions encore ensemble
cette année, à l'hôtel de l'Europe, jusqu'au
]29 septembre. Je l'appelais gaiement « mon
petit frère». Je m'étais remis au latin et
au grec avec lui. Chaque dimanche, nous
(sortions ensemble et allions ensemble—au
journal, où il retrouvait ses chers Came
lots* qui le traitaient en camarade; puis il
m'aidait dans le dépouillement de mon
courrier. Le soir, il couchait dans la cham
bre de sa mère, au pied de son lit. Elle l'ai
dait à sa toilette, le matin, au réveil, et
lui remettait, avant le départ pour la classe,
la traduction de tel passage difficile de ses
yérsio'ns, ■ que j'avais préparée la veille au
Boir. Ces détails infimes font comprendre
l'absurdité de la fable imaginée par les
gens du Libertaire pour masquer leur
crime, selon moi patent, et dont les moda
lités restent à déterminer. :
Cependant, un trouble nerveux rongeait
Philippe, depuis quelques années, depuis
une première fugue, accomplie à l'âge de
douze ans, et qui nous avait stupéfiés. Echap
pant à notre surveillance, il avait pris -un
billet pour Marseille, avec l'argent de ses
étrennes, voyagé en troisième toute la nuit.
,Ârrivé à. Marseille, épouvanté de ce qu'il
avait fait et plein de remords,— car il
avait la conscience aisément bourrelée, —-
il allait trouver un de nos amis, qui nous
prévenait. Je l'envoyais chercher aussitôt,
et à son retour, sans le gronder, je le mon
trais à plusieurs médecins connus, qui nous
rassuraient, la mère et moi, de leur mieux,
tout en nous engageant à veiller. Deux ans
pe passèrent sans alerte; mais, au printemps,
dernier, il y eut deux nouvelles échappées
de quelques heures, ne dépassant pas l'é-
fcole buissonnière, qui alarmèrent cette fois
sérieusement mon ami le docteur Lucien
pernard. Il ne me cacha pas que le renou-.
tellement des fugues lui paraissait relever
du mal comitial — bien qu'aucun autre
eyiuptôme n'apparût — et qu'il y avait là
Une menace pour l'avenir. Dfe quelque dis
crétion que nous eussions recouvert nos
Inquiétudes, elles avaient transpiré, nous le
savons, au dehors; il était impossible qu'il
en fût autrement ; et les adversaires, qui
nous guettent, n'ignoraient plus qu'il y eut
là un point faible, une prises quelque chose
gur quoi l'on pouvait.agir.
Le mardi '20 novembre dernier, à sept
îieures du matin, Philippe quittait le toit
paternel pour n'y revenir que dans un : cer
cueil, le lundi suivant. Nous sûmes, par
l'école, qu'il n'avait pas paru à .l'appel du
matin, - qu'on ne l'avait pas revu. Notre
pensée fut qu'il en serait de cette nouvelle
fugue comme des précédentes, que-le ré
veil immanquable serait prompt, que le pe
tit reviendrait 'Spontanément. Mais les heu
res, puis les jours, passèrent sans nouvelles,
et nous connûmes là une torture d'angois
se dont rien ne saurait donner l'idée. Le
dimanche matin, en ouvrant le Petit Pari
sien, ma femme tomba sur une nouvelle en
trois lignes, concernant le suicide d'un jeu
ne iiïconnu et son transfert à l'hôpital,
qu'elle adressa aussitôt à Bernard. Celui-ci
.courut à Lariboisière, et reconnut le corps
de notre malheureux enfant. Il portait au
front, du côté droit, une blessure apparente
faite par un coup de feu. Sur le moment,
le suicide d'origine morbide me parut
certain et le soir, au Parquet, en pré
sence du substitut, du médecin légiste
et de plusieurs hauts fonctionnaires de
la police, je signai une déclaration en
ce sens qui me permit, en épargnant
l'autopsie à l'imagination maternelle, de
récupérer le corps le lendemain lundi. J'a
vertis aussiôt des circonstances horribles de
cette mort le directeur de l'Ecole Bossuet,
quelques rares amis, le grand-père, les deux
grand'mères, et surtout le vénérable curé
de Saint-Thomas d'Aquin, auquel' fut remis
un certificat médical, posant le diagnostic
et affirmant l'entière irresponsabilité de mon
malheureux petit enfant. Les obsèques eu
rent lieu au milieu de l'émotion générale ;
puis nous nous crûmes tout à notre deuil,
ma femme et moi.
Mais'voici qu'avant hier soir samedi pre
mier décembre, huit jours par conséquent
A pres la mort de l'enfant , parvenait à
ma femme, signée d'un des hommes du
Libertaire, la lettre que j'ai dite, accompa
gnée du billet dicté à Philippe. Alors, le
vpile atroce "se déchira et nous apérçûmes
diàtuictement le style, et la figure 'lu cri
me sous des phrases cauteleusement per
fides et — comble d'horreur ! —— « api
toyées »; C'est alors que j'ai saisi la jus
tice, à laquelle arrivent par ailleurs et
vont arriver encore une fouie de renseigne
ment terribles et concordants, que je tais
ici. La conviction de tous nos amis et la
mienne, devant cette séquestration de qua
tre jours, par une bande d'anarchistes
haineux et ivres de vengeance, d'un enfant
malade de quatorze ans et demi, c'est qu'a
près avoir été attiré —- à la faveur de sa
fugue dans un guet-apbns, chambré,
suggéré ou contraint, et démuni de tous ses
papiers, Philippe a été jeté à la mort J'ai
demandé l'ouverture d'une instruction im
médiate à M. le procureur général.
Léon DAUDET
Député de Paris,
Pour confirmer^la lettre de Léon Daudet
au procureur général que nous avons pu
bliée, hier, une plainte régulière pour as--
sassinat sera déposée aujourd'hui au Par-
quel de la Seine. Par déf érence pour la Jus
tice, nous n'en donnerons les détails qu'après
avoir fourni au juge d'instruction les élé
ments de son information.
-H-.—.1 I,,— ———11)1 I ■ ' II—I. I —.1 -
ECHOS
CES FAITS DU JOUK
— Au large de Cherbourg, un grand hy
dravion capote ; quatre passàgers sont tués.
— En Italie, la catastrophe de Dezzo a
causé la mort de 600 personnes. Les dégâts
sont considérables.
Différences.
Nos lecteurs se rappellent que le Conseil d'ad
ministration du Métropolitain nous a refusé au
début d'octobre les emplacements, que nous lui de
mandions pour y apposer les affiches du journal.
■■ Le. prétexte invoqué était que ces affiches avaient
un caractère de polémique. Elles constataient sim
plement que «. l'Action française est le premier
des journaux français qui se soit affranchi de la
C.G.T. menée par la finance internationale ».
Voici le texte de l'affiche que vient d'accepter le
.'même conseil d'administration.
« J.e Consortium des Grands Journaux Parisiens
contre Le Quotidien. ' -
« Pourquoi ? » \
(Affiche collée dans le Métro).
Cette différence de traitements permet de bien
constater : . ■ . ~
l°'de quel côté sont orientées les préférences
du Métropolitain ; -
2" jusqu'où va la bonne foi de son conseil d'ad
ministration.
■ ■ ■ ❖ 4"
Les lecteurs de VA. F. ont. intérêt, à s'adresser à
Ramlot, tailleur-chemisier, civil et militaire, 76, tuc
de Rennes. Paris. Spécialité de vêtements de céré
monie. Voir son rayon de chemiserie. Prix mo
dérés.- ■ ■
' >
LA POL
I. Comment ou pourquoi
fut respecté le mystère
Observations d'ordre public : ^
Samedi, à seize heures, en plein
cœur de Paris, ■ un auto-taxi s'arrête de
vant un homme de ' police. ■ La voi
ture contient un inconnu mourant dont
le crâne est traversé de part en part. Au*
cun signe d'identité, sauf, dans le porte
feuille, un papier portant des noms et
des adresses. Tout le monde est d'accord
de ce qu'on fait aussitôt d'un agonisant :
envoi à l'hôpital pour essayer de le sau
ver. Cela a été fait. Mais en même temps
se sont posés d'autres problèmes d'ordre
public et résolus moins bien. Qui est cet
inconnu ? D'où lui est venue sa blessure ?
Il s'est tire un coup de revolver, dit le
chauffeur.
. C'est possible, si le chauffeur dit la vé
rité : la dit-il ? Ceux qui nous la doivent
ont le devoir de s'assurer préventivement
de sa personne et de ne le laisser ni sor
tir ni communiquer. Sa machine peut
fournir d'utiles clartés, à la condition de
n'être ni lavée ni maquillée. Sa,place est
donc à la fourrière A et sous scellés. Ces
deux précautions prises, une troisième va
de soi, et elle est facile à remplir, car la
nuit tombe à peine : envoyer aux cinq
adresses contenues dans le feuillet, et ra
mener bon gré mal gré les destinatai
res, savoir Germaine Berton (c'est facile,
elle est sous clef), Maxime Real del Sarte
(son adresse écrite est inexacte, la vraie
"est dans tous les indicateurs parisiens),
liavard de la Montagne, M° Torrès, Mlle
Lévy. D'une des cinq personnes, la lumière
peut jaillir. En fait, notre Maxime n'aurait
pu s'approcher du chevet sans reconnaître
soft-ami Philippe Daudet. Avec lé télé
phone ' et ' la voiture moderne, tout cela
eût été fait en moins de deux heures.
L'enquête eût commencé dès le samedi soir
et peut-être même avant que' Philippe eût
rendu le dernier soupir.
Rien de pareil n'a été fait. Rien, abso
lument, de ce qu'indiquait le plus simple
bon sens au plus modeste et au plus sim
ple des dépositaires., de'la puissance pu
blique. ■
Imaginez-vous vous-mêmes commissaire,
magistrat,imaginez dans ces fonctions n'im
porte qui de bonne foi et de bon sens.
C'est la voie qu'il suivrait ou que vous
suivriez. Cette voie a été évitée. Le chauf
feur est allé où il lui a plu. Sa voi
ture a pu être lavée et bichonnée dès la
matinée du dimanche. Le papier au cinq
noms est resté dans le portefeuille de
Philippe Daudet. Pourquoi ? ■■Oui, pour
quoi ? L'homme pensant ne peut se dis
penser de redire : —- Pourquoi ?
Je ne vois que deux réponses.
Ou bien tel est l'usage. Telle est la pra
tique. Tel est le train ordinaire de l'admi
nistration parisienne. Çes énormes négli
gences sont conformes à l'ordre suivi.
En des cas semblables,: on laisse aller les
voitures. On laisse aller les chauffeurs.
On n'utilise pas immédiatement la quin
tuple indication trouvée sur un mourant
ensanglanté et mystérieux. On laisse cou
ler uue soirée,. une nuit, une matinée
et même un après-midi encore, on se fie au.
simple hasard d'une annonce de journal.
On attend les événements au lieu de les
créer et, de cette façon, l'enquête utile est
différée d'un jour, de deux, de.dix : peut-
être de toujours. Acceptons cette hypo
thèse provisoire, et hâtons-nous de con
clure que, dès lors, il n'y a plus, il ne
peut y avoir d'ordre public. Paris est aux
assassins. Ils ont champ libre. Ils peuvent
user de tous les moyens modernes pour
commettre leurs crimes et pour les ca
cher. Ils courent en auto, on les poursuit,
à la mérovingienne en char à bœufs. Est-ce
le cas ? Il faut le dire. Le tremblement de
tous les pères et de toutes les mères, la pa
nique justifiée de tous les bons citoyens se
rait alors un commencement de sagesse,
un heureux début de réforme.
Il y à une autre réponse. C'est que oette
négligence et cette nonchalance ne .sont
pas naturelles'et que cette incurie n'est pas
toujours portée à ce point! Quand on veut,
•on fait mieux, plus vite ét plus court.
Quand la police'veut, elle opère avec dé
cision, rapidité, surprise. Quand le juge
de Gourdon a voulu' faire perquisitionner
dans les bureaux de l'Action française,
malgré la Chancellerie, malgré le Parquet,
il y a réussi. Cela est du mois dernier.
Quand M. Painlevé - a voulu fouiller, les
notes et les dossiers de-Plateau, de Daii-i
det et les miens, quinze heures lui ont
suffi pour mener à bien ou à mal son opé
ration. Cela est vieux de'six ans. Les deux
exemples montrent qu'avec de la bonne
volonté la police ne boite pas, et même elle
vole. O beaux accès de zèle intéressé qu'ac
tionnent de sublimes passions politiques !
Sans leur comparer les simples besognes de
sécurité sociale, on peut penser que les gar
diens de l'ordre font habituellement ce
qu'ils n'ont pas fait samedi devant Phi
lippe Daudet mourant. C'est exceptionnel
lement qu'ils ne l'ont pas tait. Mais ils
n'ont fait cette exception, ils n'ont man
qué exceptionnellement aux devoirs, de
leur charge que pour uh motif : lequel ?
Qui n'a pas voulu faire le nécessaire ? La
raison le demande. La raison répète :
Pourquoi ? ' .
Quelqu'un a souhaité tout do suite de
classer,-de noyer l'affaire et, pour la mieux
noyer, de-la laisser se brouiller et se com
pliquer. Pourquoi ? On avait lu cinq noms:
deux noms d'Action 'rsuiçaise, les noms
d'un assassin et de ses avocats: l'Affaire !
•La grande Affaire surgissait. Motus !...
Motus spontané ? Motus par ordre ? On
avouera que, si un fonctionnaire a com-
ITIQUE .,
mis de lui-même, cette infraction à ses de
voirs d'état il doit être entendu, interrogé
et châtié comme le dernier des coupables.
Ou, s'il avait un ordre, quelqu'un l'avait
donné... Qui ? Un homme ? Une organisa
tion ? Les complicités n'auraient plus be
soin d'être recherchées. Elles paraîtraient
au grand jour. . '
Pour me résumer, nous sommes dans
l'alternative. Ou il n'y a plus d'ordre pu
blic bu des pouvoirs inconnus (mais à
faire connaître) ont provisoirement résolu
d'en suspendre les garanties soit pour Léon
Daudet, sa famille, ses amis et les familles
de ses amis soit, ce qui revient pratique
ment au même, pour la Berton et ce qui
touche la Berton. En d'autres termes : ou
il n'y a.plus de jiolice, ou cette police obéit
aux assassins de l'Anarchie.
IL Ce qui se passe
et ce qui se pense à Berlin
Et, maintenant, continuons à avertir le
pays des périls extérieurs qui le guettent.
Nous savons ce que cela coûte : au travail !
Le plus grand journal de la République
recevait hier soir des nouvelles.de Ber
lin. J'en recevais aussi. N.ous ne sommes
d'accord avec le Temps sur" rien : cepen-"
clant nos informations berlinoises con
cordent. Et elles se complètent. Attention !
Le correspondant du Temps explique
à ses lecteurs comment le docteur Albert,
si bien accueilli tout d'abord, n'a pas
réussi à former son ministère. C'est très
simple : d'apeord avec le président- Ebert}
cet Albert voulait lever l'état de siège ou,
« pour appelel- les choses par leur nom,
« prendre le pouvoir suprême au général
« de Seeckt s>, chef de l'armée allemande:
« Quand le général von Seeckt eut ap
pris,, la émission dont s'était chargé M.,
Albert, il aurait dit sarcastiquemeht :
« Poùr faire ce que veut M. Ebert, il faut
« être deux. » Et il déclancha cette of
fensive que l'on a vue, d'une violence ex
trême, contre le président Jibert et contre
son ami et conseiller Albert...
« Pas même le président de la Républi
que ne peut agir contre la volonté du gé
néral von Seeckt, ne peut même'charger
qui il veut de la formation d'un cabinet.
Pendant que .M. Algazy décrivait, en
ces termes, au Temps, l'état de dictature
militaire et de menace de guerre dans
lequel vit l'Allemagne, un lecteur del'Ac-
tion française, qui habite Berlin, me. rap
portait les sentiments cachés de cette par
tie de la nation allemande à qui la guerre
fait peur et qui rêve en secret d'une in
tervention de la France :
« Je connais une Allemande qui doit à
de lointaines origines latines, le sens cri
tique qu'elle possède, exceptionnel outre-
Rhin. ' ■ ■
« Elle est patriote, gagnée à l'amitié an
glaise; aussi pourrait-on croire que son
point de vue fût fort éloigné du nôtre.
« Or, nous parlions, il y a quelques
jours des 'événements et du' désordre.
« Elle constatait que VAllemagne se
rue à la guerre.
« Contre cette poussée folle, ajoutait-
« elle, un seul fait peut prévaloir, brutal
« et salutaire comme une 'douche froide,
« l'avance de l'armée française pacifique-
« ment, méthodiquement' » S'animant,
elle déclara :
« La France n'a pas le droit de se sous-
« traire à l'action qui seule peut arrêter
« le scandale, la perte sariglante de nou
ai velles vies; il faut que par tout moyen,
« par toute force, elle mette les forcenés
« hors d'état de se nuire et de nuire. ■»'
Ainsi la. force militaire est maîtresse
en Allemagne.
On lui obéit parce qu'il n'y a pas moyen
de lui résister. Il faudrait lui opposer, au
moins, le spectacle et la démonstration
d'une autre force capable de l'équilibrer.
La force française refusera-t-elle de ren
dre ce service éininent à la paix ?
III. Pour empêcher la guerre
qui vient
Il nous est impossible de cesser d'insis
ter : sur ce point vital. La guerre vient, il
faut l'empêcher.
La guerre vient par la volonté de l'Al
lemagne. La guerre vient par la fabrica
tion de matériel de guerre en Allemagne.
■ Des hommes dévoués, honorables,ne ces
sent de dire que, si la guerre vient, nous
tiendrons le coup, nous pouvons le tenir.
Je l'espère autant que je le désire. Mais
ce n'est pas la question. La question n'est
pas de faire la guerre bien ni mal, de la
perdre ni de la gagner. La question est t''é-
pargner ce fléau de la guerre au pays;
Les finasseries de la politique n'y suf
fisent point. On né pare pas des coups
durs aveci des mots en l'air. Il nous est pos
sible d'empêcher ia guerre en allant dé
truire, là où il est, le matériel de guerre
allemand et en allant montrer à l'armée
allemande qu'on est encore ies maîtres de
la mater. Si cette preuve de maîtrise était
désormais impossible à donner, je m'incli
nerais, mais nous serions perdus. Je ne
veux pas dire que nous n'aurions ni chan
ce, ni victoire dans l'inévitable conflit,
je dis que ce conflit nous saignerait de
telle manière que, dans l'état dé notre
population, c'en est fait, vainqueurs ou
vaincus, nous serions à bout de nombre,
de force, de vitalité.
Tout vaut mieux que de laisser arriver
sur nous une nouvelle guerre. Tout. Ab
solument tout. Cela doit être vu d'un œil
clair et d'une âme ferme. Les mesures
indispensables sont-elles barrées par les
élections '? Renvoyez les élections en 1925
et l'action de grâces des mères compense
ra la criaillcrie des politiciens. . Faut-
il mobiliser des classes ? Ne le faites pas
sans mettre en accusation l'immonde
Briand qui a rendu l'opération si difficile,
mais, ce point réglé, faites-le, La Fran
ce a assez d'esprit pour comprendre
un parti hardi et sauveur. L'intelligente
mise en œuvre de la Part du combattant
peut vousfallier les sphères de l'opinion
qui seraient tentées de flotter. Une armée
-de volontaires peut-elle être constituée ?
Que ce moyen soit pris, s'il est le meil
leur. Mais le temps passe, et ce n'est pas
pour nous que travaille le temps. La vites
se est le souverain facteur du succès. Il
y a quinze jours encore,de hautes autorités
militaires déclaraient qu'elles avaient be
soin de trois classes pour mettre de l'or
dre en Allemagne, mais elles ajoutaient :
« Dans un mois, il est impossible de pré-
« voir combien d'autres classes il fau-
• « drait mobiliser, 3> Ces délais courent.
En voilà plus de la moitié dë perdus ! Est-
ce que les singeries économico-financiè
res ou diplomatiques vont faire oublier
les réalités menaçantes ?
• M. Méline était bien original, il y a
vingt-cinq ans, lorsqu'il affirmait la pré
séance de la politique extérieure sur l'in
térieure. M. Poincaré a rallié l'avis una
nime en reprenant et en pratiquant cette
maxime de bon sens. Mats M. Briand Jl'a
contredite sans péril l'autre jour. Il lui a
suffi, en l'absence de Daudet, de. faire ap
pel à ce qu'il y a de plus bas dans l'âme
et dans le corps d'une assemblée mou
rante. Ainsi ce misérable s'élève peu à
peu de ses sales écumes, il se rapproche
i des avenues du pouvoir. Encore un peu
de temps, et, si l'on n'y veille, la négligence
extérieure ne sera plus un simple pro
gramme de faction, elle sera devenue Dro-
gramitie i de gouverriemnt. Est-ce cela que
l'on veut 1 Cela et des obus de gothas par
une belle nuit d'hiver ? Non / ? Alors que
l'on se hâte. L'action ! L'action rapide, heu
reuse ! Et que le péril soit définitivement
conjuré.
Charles MAURRAS
1 I .1-1 " ■' - ; I. I— III t M— -m-
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
QUELQUES POINTS TROUBLANTS
L'opinion française a déjà fait justice
de l'odieux et imbécile récit des assassins
qui , représentent Philippe Daudet comme
gagné à l'anarchie. Ce n'est pas pour
prouver ce qui n'a pas besoin de preuve,
c'est pour permettre à notre pauvre Phi
lippe d'écraser lui-même ceux qui le sa
lissent que nous rappellerons les traits
suivants.
Il y a quelques mois, M. Buchenaud,
professeur au lycée Louis-le-Grand, avait
donné-à ses élèves le sujet de devoir sui
vant : Voyage avec mon - meilleur ami.
Philippe commença son devoir par ces
mots : « Mon meilleur ami, c'est mon pè
re », et il fit un portrait enthousiaste de
celui-ci.
Au printemps de cette année, il y eut
à Louis-le-Grand un incident qui fut re
levé dans les journaux hostiles à Léon
Daudet. Un élève juif, « un grand », dit
devant Philippe : « Ce c... de Léon Dau
det. » Philippe sauta sur lui à coups de
poing, mais son adversaire s'aposta à la
sortie du lycée avec d'autres grands (des
élèves de seconde et Philippe était en
quatrième), ils le frappèrent à coups de
pied et à coups de canne; de telle sorte
que l'enfant dut s'aliter. Sur la plainte de
Léon Daudet, au proviseur, un des auteurs
de l'agression fut traduit devant le con
seil de discipline et renvoyé du lycée.
Enfin, c'est en juin dernier, après l'af
faire des purges, que l'Œuvre, s'étant van
tée d'avoir réuni 70 signatures d'élèves
de Louis-le-Grand, contre l'Action fran
çaise, Philippe Daudet, deux jours après,
apportait, triomphant, une adresse de fé
licitations à Maurras sous laquelle.il avait
réuni les noms de 102 de ses camarades;
Nous devons rectifier sans retard une
erreur qui s'est glissée dans notre article
d'hier: sur un point qui est' d'eitrême im
portance.
Ce n'est pas du côté gauche, c'est du
côté droit du front que se trouvait l'orifice
le plus large de la blessure ; l'orifice le
plus petit, celui que l'on considère habi
tuellement comme l'orifice d'entrée de la
balle était à gauche en arrière de la tête ;
ainsi que nous l'avons dit, les doigts de la-
main droite portaient sur le dessus des
traces de la déflagration de la poudre.-
Il appartiendra à l'instruction,'qui sans
doute ordonnera l'autopsie, de vérifier ces
constatations qui furent celles des person
nes qui mirent l'enfant en bière et de cer
taines autres qui ont vu le "cadavre à Lari
boisière; Au cas où elles seraient exactes,
on se demanderait comment un homme ou
même un enfant peut se tirer avec la main
droite, en arrière et du côté gauche de la
tête, une balle qui ressort sur le côté droit
du front.
' * * ...■
' On nous assure, de bonne source, que le
numéro du Libertaire, qui a-été lancé sa
medi, fut plutôt" laborieux à composer.
L'article où le sieur Vidal racontait ses
relations avec Philippe Daudet fut refait
plusieurs fois sur épreuves avant qu'on
eut trouvé la forme' définitive dans la
quelle il fut publié.
Parrrii les choses singulières qu'il fau
dra relever dans le récit du Libertaire, no
*
tons celle-ci. Le sieur Vidal raconte
que vendredi en lui. remettant la lettre
destinée à sa mère, Philippe lui dit de
l'ouvrir « au cas où il lui arriverait' quel
que chose ». Mais — et c'est là un point
essentiel, on le comprend, de la thèse du
sieur Vidal - — il ignorait complètement
qu'il avait affaire au fils de Léon Dau
det. L'enveloppe de la lettre ne portait
donc aucune suscription.
Au surplus", s'il y en avait une, infime
sous double enveloppe, nous ne l'avons
pas vue, car la lettre a été transmise à
Mme Léon Daudet par l'anarchiste sans
l'enveloppe.
Mais revenons au sieur Vidal. Au mo
ment où Philippe, le quitte, il a donc entre
les mains une enveloppe Termée, qui ne
lui apprend rien. Comment fei'a-t-il pour
savoir qu'il est « arrivé quelque chose »
au jeune homme, ce qui l'autorisera à
ouvrir la lettre ? Par quel singulier ha-
s'ard son attention est-elle attirée par un
fait-divers banal de quatre lignes à la cin
quième page du Petit Parisien ? Pourquoi
fait-il aussitôt une enquêtej qui n'est pas
commode, sur l'inconnu qui s'est « sui
cidé » dans le taxi-auto, et comment éta
blit-il si facilement l'identité de ce
■mort, qui est Philippe Daudet, avec le
jeune homme qui est venu le voir 1 En
vérité,, voilà une divination bizarre !
* *
Le Petit Parisien publie une conversa-,
tiôn du chauffeur Barjol qui conduisait le
taxi-autos.' Après avoir raconté les faits
déjà "connus comment- le samedi, vers
quatre heures de l'après-midi, Philippe
le héla place de la-Bastille en lui donnant
l'adresse du cirque Médrano ; comment,
boulevard Magenta, il entendit une déto
nation et vit son jeune client allongé sur-
la-banquette comment; « sans même des-
■ceirdfe-tlîî sén"âiëge » 'il" fit signe à un
agent >et conduisit, avec lui, le blessé
dans une pharmacie et de là à Lariboi
sière.
M. Barjol dit encore qu'un petit browning
f.ut.^ti - ouyé.,sur..le tapis du taxi et deux
chargeurs" dans la poche du' blessé. On
trouva aussi une somme de 83 francs (Phi
lippe qui avait emporté sa bourse de voya-
e "était parti le mardi avec une somme
ont on établira exactement le montant
mais qui dépassait douze et peut-être
quinze cents francs ). Le chauffeur as
sure également qu'il n'avait sur lui au
cun papier. Et cependant la justice a pré
senté aux parents la note où-se trouvaient
les noms de M" Torrès et Suzanne Lévy.
Mais, M. Barjol ajoute :
« Je rentrai donc au garage et j'eus d'abord
l'intention de laisser mon véhicule, qui m'appar
tient, dans l'état où il se trouvait. Mais craignant
que l'identification du désespéré ne tardât, nous
passâmes notre dimanche, ma femme et moi, à re
mettre en état ma voiture et à en faire disparaître
les traces du drame qui m'avait profondément re
mué. »
La disparition dé ces traces, qui pou
vaient être un élément capital pour l'ins
truction est extrêmement regrettable. Elle
l'est d'autant plus qu'elle a été opérée
dans la journée de dimanche alors que
c'est seulement dans la nuit de dimanche
à lundi que la décision fut prise par l'au
torité judiciaire, d'accord avec la famille,
de ne pas poursuivre plus loin l'enquête
qui est de règle dans tous les cas de mort
violente. Nous n'incriminons pas la hâte
du chauffeur Barjol, mais nous avons lieu
d'être surpris que la police, à laquelle il
a certainement demandé conseil, lui ait
permis de faire cette opération.
Maurice PUJO
W HÉROS ALSACIEN
- Guebwiller afait l'autre jour d'émou
vantes funérailles, au lieutenant Henry
Koch, petit-neveu du général Zurlinden ét
l'un des plus merveilleux soldats alsaciens.,
de la grande guerre. Ce jeune héros, tombé
au Maroc par un brûlant après-midi du
mois d'août dernier, après s'être couvert
de gloire sur le front français de 1914 à
1918, laisse un impérissable souvenir en
même temps qu'un admirable exemple à
ses compatriotes. La petite ville liaut-rhi-
noise tout entière avait pris le deuil et ac-
acompagnait pieusement, jusqu'au calme
cimetière étendu au pied des coteaux cou
verts de vignes, la dépouille mortelle du
plus aimé; du plus brave de ses enfants..
Sur la toriibe entr'ouverte le lieutenant-
colonel Barrâre, chef du régiment dans le
quel Ilenry Koch servit durant presque
toute la guerre, (le glorieux 152") a retracé
d'une voix souvent brisée par la douleur, la
vie militaire, si brève, si belle, du disparu.
Je la résumerai ci-dessous, car cette bio
graphie est celle d'un Alsacien pour qui les
mots « malaise... défense des droits acquis.,
problèmes de l'assimilation... période de
transition etc », n'ont jamais eu de sans.
Dès le 2 août 191.4; il s'était donné à la
France sans restrictions, corps et âme.
Franchissant les Vosges il s'engage au 46 e
d'infanterie. En janvier 15, en Argonne, il
est blessé deux fois par des éclats d'obus
et refuse de se laisser évacuer. Comme on
retire à cette époque les Alsaciens des pre
mières lignes — à cause des représailles
allemandes — il prend un faux état-civil et
arrive en mai au 152', qui tient le Vieil
Armand. t
Devenu sergent il est blessé à l'Ililsen-
first le 18 août 1915. Le 22 décembre, à la
fin d'un combat sanglant, il tombe aux
I
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