Titre : L'Action française : organe du nationalisme intégral / directeur politique : Henri Vaugeois ; rédacteur en chef : Léon Daudet
Auteur : Action française. Auteur du texte
Éditeur : Action française (Paris)
Date d'édition : 1923-12-02
Contributeur : Vaugeois, Henri (1864-1916). Directeur de publication
Contributeur : Daudet, Léon (1867-1942). Directeur de publication
Contributeur : Maurras, Charles (1868-1952). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 02 décembre 1923 02 décembre 1923
Description : 1923/12/02 (Numéro 335). 1923/12/02 (Numéro 335).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : BIPFPIG69 Collection numérique : BIPFPIG69
Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-6354
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/01/2011
Seizième Année. — N® 335»
EDITION DU MATIN
ïîimancïie 2 Décembre 1923.
15 cent.
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20 T*-
XWjwimwKfe. Cewni*.
ÀWNNEMENTS : ï« ta.
fronce atColonies. 48fi*« 25-fr. 13fr.
. Etranger. s . ' . , «2 * 42 » 22 » ■
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL.
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÉANS
héritier de* quarante Rois oui en «aille ans firent I* Frasocu
REDACTION & ADMINISTRATION
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t- ff ETVRI VAXIfiKOIS — ZMreefenrs politiques i LÉOIV DAUDET ©t CHARLES MAUURAS Rédacteur en chef : MAURICE PUJO
• «» •
Synchronismes
Dû 11 au 23 janvier 1923, les troupes fran
çaises entraient dans la Ruhr : la révolution allé-
amande assassinait Plateau.
Du- 20 au 30 novembre suivant, l'état de péril \
de guerre en Allemagne était reconnu par le
Temps s le 24, Philippe Daudet était mystérieuse
ment assassiné.
UNE VENGEANCE ATROCE
DAUDE
À
ILe crime
Lettre de Léon Daudet
au Procureur général
' Léon Daudet ;a adressé hier soir à M.
Scherdlin, procureur général, la lettre sui
vante: ' -■ ■
l w Décembre 1923.
Monsieur le Procureur général,
foi dit, dans la nuit, du 25 au 26, à
Monsieur l& Substitut du procureur de la
République, que je ne croyais pas à Vas-
gssinatde mon .fils et qifil me paraissait
inutile de procéder à,une-autopsie.
&ps renseignements qui n'ont cessé d'àf-
jluér â \fAction française, singulièrement
confirmés par le numéro que vient de pu*
Hier 1 -le Libertaire, paraissant établirauj
contraire, que mon fis a été assassine a la
imite 'd'une atroce' machination.
toi Vhonneur de vous demander, Mon-
sieur 'le- Procureur général, ' di prendre
immédiatement lotites lies mesures qui s'im-
posent '~ '■■■■ - -r L éon DAUDET.
Avec cette lettre, VAction française &
communiqué â la presse la note que voici:
.Nous, n'ajouterons rien à la lettre,de
Léon Daudet. , ; ,
Toutefois deux renseignements de fait
ciioiv&nt être' portés . à la. connaissance _du
fwblic. „ .
. . .Né te 1 janvier 1909, Philippe Daudet
«vait. quatorze ans. èt, dix mois. r
Il était soigné depuis quelque temps pour
une tendance' morbide à la fugue, symp
tôme que tous les médecins reconnaîtront.
Sous l'empire de cette aberration, qui dé
fait âe douze à quarante^huit heures, il
avait quitté plusieurs fois la maison pater-
nelle, mais y était revenu spontanément
: Qu'a-t-on fait de cet enfant pendant sa
dernière absence? On,ne nous a rendu
«ju'nb. cadavre. Nous saurons toute la
■vérité.' ■■
L'ACTION FRANÇAISE
En assumant, lundi dernier, la triste
d'annoncer à nos amis.le malheur de
Léon Daudet et de Mme Léon Daudet,
jear immense- deuil et le nôtre, il était im
possible de dire ici; autre chose que là vé
rité;, mais nous ne pouvions pourtant pu
blier tout ces que nous en savions ou
croyions en savoir. Ni lés pudeurs, ni les
traditions, tii les croyances. de la famille
française -ne permettent l'aveu public d'un
aakide, même d'enfant, et même d'enfant
malade, et soigné pour le mal le plus avéré.
En nous interdisant toute allusion aux cir
constances possibles et aux . causes pro
bables, nous nous sommes pourtant inter
dit d'élaborer aucune explication qui accré
ditât une fable. Au risque d'éveiller les
Curiosités oa de créer une atmosphère de
tragédie et de mystère, nous nous sommes
bernés, aux vérités certaines qui pouvaient
exprimer, soulager et, dans une certaine
ttiésare, consoler, la douleus* de tous • la
(simple et vive manifestation de cette dou
leur. l'évocation de la plus, belle, de la plus
gaîè^ de la plus râdieuse des enfances et
flesy adolescences, le #ouvenir ancien et
récent de tous les gages délicats et char
mants quç Philippe Daudet ne cessait de
donner à notre cause, à. nos idées, à nos
amitié^, à nos*.fidélités. de royalistes, de
patriotes et de citoyens. J'ai insisté en par
ticulier sur certains faits qui sont connus, les
uns des. milliers de Parisiens qui ont vu
Philippe, rayonnant, défiler au milieu de
nous; connus, lès autres, d'amis nombreux
qui l'ont yii, écouté, 4 a h» l'intimité la plus,
libre, vivre et parler : ce n'était pas. de lui,
associé, identifié à la pensée et i ta vie de
Daudet, que venaient ni les objections ni
même les difficultés. La vibration de tout
son être l'emportait dans l'espace supé
rieur où se meuvent l'esprit et l'action de
«on noble père. -
Aujourd'hui, les amis de Germaine Ber-
ton viennent nous dire : « Non, Philippe
Dàudet était anarchiste », et cette bande
d'assassins (qui nous appelle menteur ! )
brandit une feuille de papier que Phi-
lippe Daudet leur aurait signé et laissé.
Ce papier est taché dp sang. Il s'agit de
savo|r qui a versé le sang. II 's'agit de sa
voir comment a été rédigé ce papier. A la
suite 1 de quelles manœuvres? A la suite de
quelle «atroce machination? » Les déposi
taires de cette pièce se figurent-ils que l'on
va en croire un, récit qui vient de leur,
tanière, récit infiniment prudent, circons
pect et, cependant, tel quel, par ses contra
dictions autant que par ses dérobades,
suintant ici le crime et, là, le criant ?
* *
Cet enfant de quinze ans, disent-ils, est
venu leur proposer de commettre un acte
pour la cause : < Je me mets à votre dis*
« position, si vous avez quelqu'un dont
« vous voulez débarrasser, donnez-moi son
« nom et, le soir, ce sera fait» Si Phi
lippe, même dans l'égaremept, dans l'alié
nation totale de sa raison, eût été dans des
sentiments pareils, nous étions à sa dispo
sition et à sa portée. Il n'avait que le choix
des cibles agréables aux profiteurs de l'an
archie. Il lui était. très . facile de tirer
dans le tas des amis de son père, de
ses collaborateurs et de ses soldats... Mais
passons. L'anarchiste innommable, qui
a rédigé ce procès-verbal imbécile, après
nous avoir présenté ainsi Philippe comme
« avide d'action » et d'action rapide
(«Je suis à bout»), torturé par la volonté
d'agir," mais d'agir en suivant une consigne,
un ordre d'autrui, cet anarchiste se repré
sente lui-même comme le modérant et Je
calmant par de bonnes paroles. Toutefois,
dans la lettre qu'on lira plus loin et .que
le malheureux enfant aurait adressée à sa
mère, on trouve, immédiatement après la
confession anarchiste, ces mots: «Je crois
qu'il est de mon devoir de faire ce que je
fais ». r
Faire quoi ?
L'anarchiste ne lui avait fixé aucun but?
Indiqué aucun acte? Il faudrait songer à
cela. L'anarchiste a reçu l'écrit sous
enveloppe fermée, dit-il. Et, quand le jeune
inconnu, qui avait commencé par refuser
toute indication sur son identité, et qui, le
lendemain, n'avait confié que son pré
nom de Philippe, quand ce Philippe X.!.
qui avait remis une somme de 200 francs,
eut quitté la rédaction du Libertaire dans
la matinée de vendredi, l'anarchiste n'aurait
pas songé à savoir à qui il avait eu af
faire? Ni la curiosité, ni le soin de sa sû
reté ne l'y a résolu ? Il a gardé le pli fer
mé ? II n'a même pas cherché à savoir à
qui était l'adresse ? Qui le croira ? Qui
voudra croire cette farce de sang? Notez
que je fais la critique du récit Je ne l'ad
mets e^ rien. Si on l'admet un seul instant,
tout le monde admettra, aussi, ce mini
mum de certitude : à supposer qu'il eût
ignoré jusque-là le nom de J'enfant, à
peine celui-ci eut-il le dos tourné, notre
anarchiste aurait ouvert, décollé l'enve
loppe, où l'adresse de Mme Léon Daudet
lui' sautait aux yeux... Dans la version du
Libertaire, le nœud de la tragédie se serait
formé à ce inoipent-là. Vendredi avant midi.
Trente-six heures plus tard, Philippe
Daudet, était mort.
" * *
Nous lisons, dans le Libertaire, des in
sultes dont nous nous rions. Nous y lisons
des menaces dont nous faisons le même cas:
apostrophes à Daudet, ■ à M. Poincaré, à
moi. Nous y remarquons des morceaux de
demi-vérité qui attesteront suffisamment
même à des yeux inexercés, qu'il y a tou
jours un passage souterrain très fréquenté
entre les gens qui errent à la lisière de
toutes les lois sociales ou civiles et l'adtni-
nistration qui est censée les surveiller. La
manchette du Libertaire «Léon Daudet,
son père, étçuffe la vérité » appellerait à
elle seule, une enquête approfondie. Il
y a de tout dans ces audacieuses infamies
déposées- sur le cadavre d'un enfant, il y
a même un vague effort de basse littéra
ture pour expliquer sa fin. Tout cela ne
tient pas debout ou nous signifie une
chose : le tremblement de ceux qui ont vu,
ou qui ont fait, ou vu faire, ou trempé dans
le fait Tout ce numéro laisse trans
paraître l'aveu et le défi, l'aveu dans sa
folie, le défi dans son tremblement
Nous n'en sommes encore qu'au début
de nos rechercher, commencées, je dois le
dire, depuis quatre jours, c'est-à-dire au
moment où. bien, des indices avaient ébranlé
la confiance de la: famille et des amis dans
la version, d)abord-si plausible, du sui
cide du bel 'enfant que travaillait un mal
secret Les enquêtes, d'ailleurs prudentes,
auxquelles on se livrait, ont-elles donné
l'éveil dans le repaire ? Les coupables ont-
ils craint de se laisser prévenir ? Cela se
peut bien. Il est possible aussi que l'expli
cation soit plus générale. L'anarchie est
une espèce de névrose religieuse, le crime
n'y va point sans quelque forfanterie, il
n'y est pas complet tant que l'on ne s'en
est pas donné publiquement l'affreux mé
rite et l'ignoble honneur. L'anarchie est
une maçonnerie : la sœur Germaine Ber-
ton va comparaître d'ici dix-sepf .jours de
vant le jury de la Seine; un peu de sang
versé dans l'auréole qu'on lui fabrique,
et, surtout, du sang des Daudet, ne fera pas
mal, pense-t-on, dans le paysage crimi
nel. Enfin, tout comme dans la période
des 11-23 janvier où l'entrée des troupes
françaises dans la Ruhr déterminait l'as
sassinat de Marius Plateau, la menace de
guerre avouée mercredi soir dans le
Temps, donnait le signal attendu aux-
amis de l'Allemagne dont l'anarchie est la
servante : qu'un des jeunes Princes et, si
je puis dire, des jeunes Dauphins du natio
nalisme français fût frappé à mort au dé
but de la crise internationale, c'était exécu
ter, dans la direction des patriotes, un
murmure révolutionnaire et c'était adres
ser aux bons amis les ennemis un gage
frais et neuf - de sanglante fraternité. La
concordance politique est double ; comme
dit Daudet, le synchronisme est répété.
Mais de quelle façon a-t-il été obtenu ?
C'est le problème, dont Maurice Pujo
développe plus loin les sombres, les obscures
données. J'aime à penser qu'elles seront
prises en considération par la justice et
qu'une instruction énergique va s'ouvrir.
Est-ce que l'officine du Libertaire ne.
sera pas ouverte, pénétrée et vidée de 6es
affreux secrets ? Ou la crainte d'être tenus
par ceux qu'on croit tenir va-t-elle immo
biliser les pouvoirs publics ? A moins que
ce ne soit le nom de Daudet, de son œuvre
nationale, libératrice, qui coalise une
fois de plus les juges et les scélérats !
La direction de VAction française pour
rait chanter comme le pauvre Verlaine :
Mes ennemis sont des gens sérieux.
Mais, pour le coup, leur sérieux est allé
fortement et profondément dans le cœur et
dans la poitrine des hommes. Je ne pense
pas qu'un Français, qui ait des entrailles,
puisse se retenir ici d'un frémissement
Le héros, dont le crime était de servir pas
sionnément la nation, avait été abattu par
une catin : les amis de cette catin viennent
de s'en prendre à un enfant, de tenter de
le déshonorer et de le rejeter, palpitant,
moribond, de leurs oubliettes mystérieuses.
La juiverie communiste de Russie est
connue pour le raffinement d'horreur de ses
supplices politiques et rituels. Je ne crois
pas qu'elle ait dépassé en atrocité ce que
chacun discerne ici : des cœurs de père et
de mère tordus, ' percés, empoisonnés au
moyen du cadavre et de l'écriture de leur
enfant Que cette cruauté contienne évidem
ment l'aveu d'un honneur sans mesure,
que l'on ait ainsi reconnu une fois de plus
dans le groupe de Daudet et de ses amis
le poste avancé de l'ordre et de la patrie,
cela ne se discute plus. Mais, ce soir, en
présence de ces procédés monstrueux d'an
archie physique et morale, j'avoue que
nous sommes tout entiers à la douleur de
nos amis et à la nôtre. Sans stupeur, même
sans étonnement devant l'extrémité con
nue et repérée de la Bête à face humaine,
sans oublier les devoirs qui s'imposent à
nous, nous ne pouvons nous défendre de
céder au sentiment élémentaire de notre
douleur* Cette mère! Ce père! Ce beau et
noble enfant! Ah! misérables, misérables,
laissez-nous pleurer. Nous en serons plus
résolus et plus forts pour faire justice !
Charles MAURRAS
NOS PROCES
La 12" chambre du tribunal, présidée
par M. Fredin, a jugé hier une poursuite
de Charles Maurras contre Tévy, le gérant
de l'Œuvre. Il s'agissait d'une prétendue
fantaisie de journaliste, plutôt grossière» :
Téry avait fabriqué et publié dans l'Œu
vre, une « lettre de Guillaume II » à Mon
seigneur le Duc d'Orléans, dans laquelle
il s'appliquait à persuader ses lecteurs im
béciles que Maurras avait voulu déchar
ger Guillaume des responsabilités de la
guerre I Après plaidoirie de M* de Roux,
le tribunal a condamné Téry et Potignat,
gérant de l'Œuvre, à 50C francs d'amen
de et l.OOO francs de dommages-intérêts.
Enfin, pour un article du 7 ma 1923,
dans lequel Maurras s'étonnait que Téry et
Dubarry n'aient pas été arrêtés à raison
de leur campagne « Poincaré-la-guerrè ».
le tribunal, qui n'a pas les mêmes éton-
nements que l'.4c//on française, a condam
né Maurras et Delest à 200 francs d'amen
de et alloué 1.000 francs de dommages-in
térêts à Téry.
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
Le mardi 20 novembre, Philippe Daudet,
qui était parti le matin pour se rendre au
lycée, ne rentra pas chez ses parents. On
devine l'inquiétude de ceux-ci : elle était
tempérée, eu quelque mesure, cependant
par la connaissance qu'ils avaient de l'état
pathologique de l'enfant. Depuis, sa onziè
me année, Philippe était coutumier de ces
fugues. La première date de l'été 1S20 : il
était allé jusqu'à Mîyseillc. Chaque fois, il
était rentré de lui-même, en larmes, expli
quant qu'il avait ebéi à une impulsion obs
cure et irrésistible. A plusieurs reprises, il
avertit même son père que la tentation al-,
lait le reprendre et le supplia de le gar
der. Léon Daudet lui avait dit affectueu
sement de ne pas se tourmenter et, sur
tout, que, si la chose lui arrivait encore, la
crainte d'aucun reproche ne l'empêchât
de rentrer. Les médecins ne lui avaient
nas caché que ces fugues étaient le pro
drome d'une grave maladie nerveuse qui
est trop connue.
Ils espéraient donc qu'ils verraient
bientôt rentrer l'enfant, comme il l'avait
fait chaque fois. Dimanche matin, leur an
goisse était cependant à son comble lors
que leurs yeux tombèrent sur un fait di
vers du Petit Parisien annonçant que dans
la soirée de samedi un jeune inconnu avait
été trouvé dans un auto-taxi-, frappé d'une
balle à la tête. Ce jeune homme avait été
transporté à l'hôpital Lariboisière où il
n'avait pas tardé à expirer. Mme Daudet,
poussée par un pressentiment, pria un ami
de la famille, le docteur Bernard, d'aller
voir le corps. Ce jour là, Léon Daudet avait
fait venir un agent de police privée , pour
le charger de rechercher son fils. Il était
en conférence avec lui, vers deux heures
de l'après-midi, lorsque le docteur Ber
nard rentra. Le mort de Lariboisière était
Philippe Daudet !
Léon Daudet courut à l'hôpital et, lui
aussi, reconnut son fils. On lui répéta ce
qu'il avait déjà lu dans les journaux : l'en
fant était monté dans le taxi-auto conduit
par le chauffeur Charles Bajol lorsqu'un
coup de feu avait retenti. On l'avait trou
vé râlant sur la banquette. On concluait
à un suicide. Si pénible que . fût. pour
Léon Daudet cette version, il n'avait au
cun élément pour la mettre en doute :
l'état morbide du pauvre petit la rendait
possible.Accablé, il l'accepta donc. Il n'eut
plus qu'un désir : ramener chez lui le
corps de son enfant pour adoucir un
peu la douleur de la mere désespérée. Le
soir, convoqué au Parquet, où on lui con
firma les circonstances de la mort, telles
qu'elles lui avaient été exposées, il signa
sans hésitation, pour avoir le corps, un
papier où il déclarait renoncer à l'autop
sie de.son malheureux enfant.
Les obsèques eurent lieu comme l'on
sait mercredi matin, au milieu de l'émo
tion générale. *
+ «
Dans le courant de la semaine des ren
seignements nous parvinrent qui étaient
de nature à montrer l'affaire sous un jour
moins simple qu'il n'avait paru d'abord.
• Des personnes qui avaient vu le corps
avaient été frappées de la singularité de la
blessure. Contrairement à ce qui arrive en
cas de suicide par le revolver, l'orifice le
plus grand qui est habituellement celui de
la sortie de la balle se trouvait au front,
du côté gauche..L'orifice le plus petit était
derrière la tête du côté droit. De plus la
main droite portait sur le dessus des
doigts des traces de déflagration de la pou
dre, ce qui n'a pas coutume d'arriver à la
main qui tient l'arme. Mais ce qui peut
s'expliquer si, au contraire, cette' main
a eu un geste de défense.
D'autre part, on n'avait recueilli sur
l'enfant aucune pièce d'identités Mais on
trouva dans son portefeuille un papier, qui
n'est pas de sa-main, et où sont inscrites
plusieurs adresses, entre autres celle de
Maxime Réal del Sarte (indiquée inexacte
ment). Puis, après le nom de Germaine
Berton, le nom de M" Torrès, avocat de
celle-ci, et le nom (inconnu de nous) de la
secrétaire de M* Torrès : Simone Lévy.
Un certain nombre d'autres renseigne
ments, plus troublants encore, avaient été
réunis par nous : on nous permettra de les
garder provisoirement" pour l'instruction.
Au surplus, dans la journée d'hier, des ré
vélations — disons plutôt des aveux —
étaient publiés et jetaient sur l'affaire un
iour nouveau.
Hier après-midi, le Libertaire, l'organe
d'anarchie et de police d'où est sortie Ger
maine Berton lançait sur les boulevards
une édition spéciale où il faisait le récit
suivant :
Jeudi 22, un jeune inconnu s'était présen
té à ses bureaux, 9, rue Louis Blanc et
avait déclaré à l'administrateur, nommé
Georges Vidal,: qu'il arrivait du Havre,
- qu'il était anarchiste quoique fils de bour
geois et qu'il se mettait à sa disposition
pour faire un coup qui vengerait Ger
maine Berton (sic). L'inconnu aurait versé
deux cents francs pour le Libertaire et se
rait parti après que le sieur Vidal lui eût
donné rendez-vous pour le lendemain ma
tin.
Le lendemain l'administrateur du Liber
taire le fit déjeuner avec lui. L'inconnu lui
révéla alors qu'il s'appelait Philippe, et,
lui ayant demandé de quoi écrire, il écri
vit une lettre qu'il mit sous enveloppe et
le pria d'ouvrir « au cas où il lui arrive
rait quelquecbose. » Il lui remit en même
temps une petite liasse de feuillets. Puis
il se retira après une promesse de se re
voir, àu Grenier de Gringoire (le cabaret
de la Berton). Philippe y serait passé à
une heure et demie du matin, après le dé
part du sieur Vidal.
Le Libertaire raconte ensuite ce qui
est déjà connu : le fait divers du Petit
Parisien, le « suicide » de l'inconnu en
taxi-auto et la découverte que cet inconnu
était Philippe Daudet.
A ce récit sont joints deux documents.
Le premier est le fac-similé de la lettre
que Philippe Daudet aurait laissée entre
les mains du sieur Vidal et que, dans la
journée d'hier; après l'avoir photographiée
et clichée, l'administrateur du Libertaire a
envoyée par la poste à Mme Léon Daudet
accompagnée d'une lettre de lui-même qui
sera remise à l'instruction.
Voici le texte de la lettre signée : Phi
lippe.
« Ma Mère ' chérie,
« Pardon pour la peine immense que je te fais
« maie, depuis longtemps déjà, j'étais anarchiste.
« Maintenant, ma cause m'a appelé et je crois
« qu'il est de mon devoir de faire ce que je fais.
a Je t'aime beaucoup.
« Philippe.»
« P. S. Embrasse bien 'les gosses de. ma part.»
- Cette lettre est-elle bien de la main
de Philippe Daudet ? Ce sera à vérifier.
Au surplus, ce qui sera plus intéressant
encore ce sera de savoir dans quelles con
ditions il l'aurait écrite.
Le second document est une série de
notes ou poèmes en prose qui sont attri
buées également à Philippe Daudet et qui,
eux, ne sont sûrement pas de lui. La su
percherie est même grossière car tout in
dique qu'elles émanent d'un homme fait et
ayant certes plus d'instruction et de cul
ture que n'en avait notre pauvre petit Phi
lippe.
* *
Il n'est pas temps de conclure. Léon
Daudet a écrit au Procureur général pour
lui demander que toute lumière soit faite
sur l'atroce machination dont son fils
bien aimé a été victime et dont on ne peut
entrevoir encore que les premiers linéa
ments de mensonge et de sang.
La version du Libertaire est fausse et
imbécile. Philippe Daudet n'a jamais été
anarchiste. C'est avec un haussement d'é
paule de mépris que tous ceux qui l'ont
connu accueilleront l'infamie par laquelle
on essaie de souiller le pauvre petit, dont
le cœur ardent partageait toutes nos in
dignations et tous nos espoirs.
Un fait subsiste : De leur propre aveu
les gens du Libertaire ont eu pendant
trois jours cet enfant malade entre leurs
mains. Qu'en ont-ils fait ? Comment, avec
quels concours se sont-ils emparés de lui ?
Comment nous l'ont-ils rendu mort et sali
de leurs ignominies ? Il faudra bien que
nous le sachions. Le cri d'horreur qui s'é
lèvera de toute la France devant ce crime
sans nom réclame justice !
Maurice PUJO
ECHOS
LES FAITS DU JOUR
-— En Rhénanie, ta police tire, sur le s ma
nifestants : six morts.
— La Conférence des Ambassadeurs a re
mis, au chargé d'affaires allemand-, une note
au sujet des incidents de Leipsig.
— En Italie, les villages de-Mazsunno et
de Deszo sont détruits par suite de la rup
ture d'une digue. Il y aurait , plus de deux
cents victimes.
Caillaux sera-t-il candidat:' au.' Sénat ?
On lit dans le Journal de Toulouse du 25 no
vembre : '
Pour riposter aux « secousses » de V Action
française — < secousses » ressenties par M. Cail
laux à Toulouse — d'aucuns n'auraient rien trou
vé de mieux que dé, proposer Finscription du
nom de Tadversaire de M. Charles Ebelot en
tête de la liste sénatoriale du Bloc des gauches
dans la Haute-Garonne. —
L'idée a été lancée, mais certains chefs du
parti radical socialiste toulousain affectent d'en
rire bruyamment. Ils se refusent à admettre que
M Caillaux ait la moindre chance dans la Haute-
Garonne.
— Ce serait le. meilleur et le plus sûr moyen,
disent-ils, d'assurer la réélection à une trèsr forte
majorité de MM. Cruppi, Blaignan et Duckein,
qui ont, à la Haute-Cour, voté la condamnation
de M. Caillaux...
Mais, précisément, M. Cruppi vient d'annon
cer qu'il ne se représenterait pas...
Quoi qu'il en soit, Caillaux laisse dire. Et
notre confrère donne des précisions : le traître
serait candidat avec les nor-.més Honoré Leygue,
Savignol et un socialiste, Ellen Prévôt ou Be-
douce.
On ne dit pas.' si Ton Jo fera faire sa ci
pagne électorale par sa Tuease.
* *
Pourquoi payer très cher bijoux et argenterie,
quand vous pouvez bénéficier des prix de gros
chez Pinson, 15, rue Lévis (de 9 h. à 12 h? ou
cor rendez-ToosV
Problèmes d 'Allemagne
et comités d'experts
Nous ne croyons pas beaucoup à l'utilité
pratique des deux comités d'experts que la
Commission des réparations a créés. Mais
ces sortes d'expertises,. si elles sont bien
menées, peuvent donner lieu à des obser
vations précieuses pour l'établissement
d'une théorie des convulsions dont l'Alle
magne est atteinte, et c'est la théorie qui
conduit la pratique.
Vendredi, M. Oberkirch disait à la
Chambre : x La misère' .dans laquelle le
peuple allemand*, est ' plongé est réelle ».
Voilà le fait d'où il faut partir. L'Alle
magne n'a plus de monnaie. Son mark est
mort. Il est impossible qu'un événement
aussi grave n'ait pas de multiples consé
quences parce que c'est la première fois
qu'on voit mourir la monnaie légale d'un
pays surpeuplé, qui ne se nourrit pas lui-
même et où l'industrie tient plus de place
que l'agriculture.
Or le chômage apparaît en Allemagne.
Nous pouvons le constater en Rhénanie et
dans la Ruhr, raais ce n'est peut-être pas
là qu'il est le plus grave. Dans la Ruhr, les
ordonnances du général Dégoutté ont in
terdit le renvoi en masse des ouvriers aux
quels l'application des accords de Dussel-
dorf donnerii î aifîenrB*"chr _ tïaVail. Néan
moins, la question se pose. Elle se posera
encore bien plus dans le reste de l'Alle
magne où le nombre des chômeurs peut
faire rapidement boule de neige.
Si FAngletèrrV "avec des finances en
équilibre : et une monnaie saine, supporte
difficilement la dépense nécessaire pour
verser des allocations à ses sans-travail,
cette charge est intolérable pour les finances
allemandes. De là est venue la proposition
d'abandonner,, le& pays. occupés à leur sort
pour soulager d'autant le Rëich. Cette
menace a produit naturellement des consé
quences : mouvements séparatistes, signa
ture de l'accord par les industriels. On
n'est sans doute pas au bout : hier, à Dus-
seldorf, les chômeurs se sont mis à refu
ser des secours devenus dérisoires. Maie
qu'arrivera-t-il dans les autres parties de
l'Allemagne ? Quelles répercussions peut-
on calculer après un événement aussi gigan
tesque que l'arrêt, même partiel, de la vie
économique, dans un pays de 60 millions
d'habitants ? Arrêt auquel, d'ailleurs, per
sonne ne peut et ne pourra rien, car ce
sera un phénomène naturel, celui de l'adap
tation à un nouvel état de choses, le retour
à l'économie « naturelle » ou « primitive »,
comme disent les Allemands, d'une masse
humaine qui vivait par une organisation
artificielle.
Voilà un des points que pourrait étudier
le premier des* deux Comités d'experts.
C'est peut-être le point essentiel. Aux théo
riciens de le dégager. Aux praticiens d'en
tirer les conclusions. — J. B.
XI. - 1A VIE CHERE
La question des fonctionnaires
Poursuivant l'examen spécial des prin
cipales -denrées, nous aborderons, dans
un prochain numéro, la question très
complexe du renchérissement de la vian
de.
Il nous faut aujourd'hui revenir et com
menter plusieurs observations que nous
avons, reçues sur un autre sujet : les trai
tements et la condition des fonctionnaires.
A la suite des prétendues études de la
vie chère par lesquelles trop de journaux
ont excité les Français-les uns contre les
autres, le fonctionnaire, dans bien des cas,
est devenu la bête noire contre laquelle
producteurs ruraux et commerçants ci
tadins — ces autres adversaires — se sont
réconciliés.
Nous avons reçu là-dessus des lettres
nombreuses, véhémentes, parfois injustes,
il faut bien le dire. Réservons pour le
moment notre commentaire et citons quel-
.ques témoignages, choisis parmi les mieus
fondés. Qu'on ne s'arrête pas à des inexac
titudes, à des injustices que' nos corres
pondants ont commises de "bonne foi,
faute d'une information assez complète.
Nous essayerons tout à l'heure de réta
blir les faits tels qu'ils sont
Nos lecteurs se rappellent l'aphorisme
d'un de nos- correspondants, au sujet dt
son département, le Lot-et-Garonne :
« Ce département se meurt d'avoir pro
duit et de produire encore trop de mi
nistres. î >
Un autre lecteur renchérit et nous écrit :
« Vous dites que le Lot-et-Garonne suc
combe sous les politicien^; que diriez-
Voir l'Action française des 4, % 8, 10,
15. 12. 20, .25, 26 < t "29 novembre 1923.
EDITION DU MATIN
ïîimancïie 2 Décembre 1923.
15 cent.
. jgeiiw «i Seixe-4l-0ise.
20 T*-
XWjwimwKfe. Cewni*.
ÀWNNEMENTS : ï« ta.
fronce atColonies. 48fi*« 25-fr. 13fr.
. Etranger. s . ' . , «2 * 42 » 22 » ■
ORGANE DU NATIONALISME INTÉGRAL.
« Tout ce qui est national est notre. »
Le Duc d'ORLÉANS
héritier de* quarante Rois oui en «aille ans firent I* Frasocu
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t- ff ETVRI VAXIfiKOIS — ZMreefenrs politiques i LÉOIV DAUDET ©t CHARLES MAUURAS Rédacteur en chef : MAURICE PUJO
• «» •
Synchronismes
Dû 11 au 23 janvier 1923, les troupes fran
çaises entraient dans la Ruhr : la révolution allé-
amande assassinait Plateau.
Du- 20 au 30 novembre suivant, l'état de péril \
de guerre en Allemagne était reconnu par le
Temps s le 24, Philippe Daudet était mystérieuse
ment assassiné.
UNE VENGEANCE ATROCE
DAUDE
À
ILe crime
Lettre de Léon Daudet
au Procureur général
' Léon Daudet ;a adressé hier soir à M.
Scherdlin, procureur général, la lettre sui
vante: ' -■ ■
l w Décembre 1923.
Monsieur le Procureur général,
foi dit, dans la nuit, du 25 au 26, à
Monsieur l& Substitut du procureur de la
République, que je ne croyais pas à Vas-
gssinatde mon .fils et qifil me paraissait
inutile de procéder à,une-autopsie.
&ps renseignements qui n'ont cessé d'àf-
jluér â \fAction française, singulièrement
confirmés par le numéro que vient de pu*
Hier 1 -le Libertaire, paraissant établirauj
contraire, que mon fis a été assassine a la
imite 'd'une atroce' machination.
toi Vhonneur de vous demander, Mon-
sieur 'le- Procureur général, ' di prendre
immédiatement lotites lies mesures qui s'im-
posent '~ '■■■■ - -r L éon DAUDET.
Avec cette lettre, VAction française &
communiqué â la presse la note que voici:
.Nous, n'ajouterons rien à la lettre,de
Léon Daudet. , ; ,
Toutefois deux renseignements de fait
ciioiv&nt être' portés . à la. connaissance _du
fwblic. „ .
. . .Né te 1 janvier 1909, Philippe Daudet
«vait. quatorze ans. èt, dix mois. r
Il était soigné depuis quelque temps pour
une tendance' morbide à la fugue, symp
tôme que tous les médecins reconnaîtront.
Sous l'empire de cette aberration, qui dé
fait âe douze à quarante^huit heures, il
avait quitté plusieurs fois la maison pater-
nelle, mais y était revenu spontanément
: Qu'a-t-on fait de cet enfant pendant sa
dernière absence? On,ne nous a rendu
«ju'nb. cadavre. Nous saurons toute la
■vérité.' ■■
L'ACTION FRANÇAISE
En assumant, lundi dernier, la triste
d'annoncer à nos amis.le malheur de
Léon Daudet et de Mme Léon Daudet,
jear immense- deuil et le nôtre, il était im
possible de dire ici; autre chose que là vé
rité;, mais nous ne pouvions pourtant pu
blier tout ces que nous en savions ou
croyions en savoir. Ni lés pudeurs, ni les
traditions, tii les croyances. de la famille
française -ne permettent l'aveu public d'un
aakide, même d'enfant, et même d'enfant
malade, et soigné pour le mal le plus avéré.
En nous interdisant toute allusion aux cir
constances possibles et aux . causes pro
bables, nous nous sommes pourtant inter
dit d'élaborer aucune explication qui accré
ditât une fable. Au risque d'éveiller les
Curiosités oa de créer une atmosphère de
tragédie et de mystère, nous nous sommes
bernés, aux vérités certaines qui pouvaient
exprimer, soulager et, dans une certaine
ttiésare, consoler, la douleus* de tous • la
(simple et vive manifestation de cette dou
leur. l'évocation de la plus, belle, de la plus
gaîè^ de la plus râdieuse des enfances et
flesy adolescences, le #ouvenir ancien et
récent de tous les gages délicats et char
mants quç Philippe Daudet ne cessait de
donner à notre cause, à. nos idées, à nos
amitié^, à nos*.fidélités. de royalistes, de
patriotes et de citoyens. J'ai insisté en par
ticulier sur certains faits qui sont connus, les
uns des. milliers de Parisiens qui ont vu
Philippe, rayonnant, défiler au milieu de
nous; connus, lès autres, d'amis nombreux
qui l'ont yii, écouté, 4 a h» l'intimité la plus,
libre, vivre et parler : ce n'était pas. de lui,
associé, identifié à la pensée et i ta vie de
Daudet, que venaient ni les objections ni
même les difficultés. La vibration de tout
son être l'emportait dans l'espace supé
rieur où se meuvent l'esprit et l'action de
«on noble père. -
Aujourd'hui, les amis de Germaine Ber-
ton viennent nous dire : « Non, Philippe
Dàudet était anarchiste », et cette bande
d'assassins (qui nous appelle menteur ! )
brandit une feuille de papier que Phi-
lippe Daudet leur aurait signé et laissé.
Ce papier est taché dp sang. Il s'agit de
savo|r qui a versé le sang. II 's'agit de sa
voir comment a été rédigé ce papier. A la
suite 1 de quelles manœuvres? A la suite de
quelle «atroce machination? » Les déposi
taires de cette pièce se figurent-ils que l'on
va en croire un, récit qui vient de leur,
tanière, récit infiniment prudent, circons
pect et, cependant, tel quel, par ses contra
dictions autant que par ses dérobades,
suintant ici le crime et, là, le criant ?
* *
Cet enfant de quinze ans, disent-ils, est
venu leur proposer de commettre un acte
pour la cause : < Je me mets à votre dis*
« position, si vous avez quelqu'un dont
« vous voulez débarrasser, donnez-moi son
« nom et, le soir, ce sera fait» Si Phi
lippe, même dans l'égaremept, dans l'alié
nation totale de sa raison, eût été dans des
sentiments pareils, nous étions à sa dispo
sition et à sa portée. Il n'avait que le choix
des cibles agréables aux profiteurs de l'an
archie. Il lui était. très . facile de tirer
dans le tas des amis de son père, de
ses collaborateurs et de ses soldats... Mais
passons. L'anarchiste innommable, qui
a rédigé ce procès-verbal imbécile, après
nous avoir présenté ainsi Philippe comme
« avide d'action » et d'action rapide
(«Je suis à bout»), torturé par la volonté
d'agir," mais d'agir en suivant une consigne,
un ordre d'autrui, cet anarchiste se repré
sente lui-même comme le modérant et Je
calmant par de bonnes paroles. Toutefois,
dans la lettre qu'on lira plus loin et .que
le malheureux enfant aurait adressée à sa
mère, on trouve, immédiatement après la
confession anarchiste, ces mots: «Je crois
qu'il est de mon devoir de faire ce que je
fais ». r
Faire quoi ?
L'anarchiste ne lui avait fixé aucun but?
Indiqué aucun acte? Il faudrait songer à
cela. L'anarchiste a reçu l'écrit sous
enveloppe fermée, dit-il. Et, quand le jeune
inconnu, qui avait commencé par refuser
toute indication sur son identité, et qui, le
lendemain, n'avait confié que son pré
nom de Philippe, quand ce Philippe X.!.
qui avait remis une somme de 200 francs,
eut quitté la rédaction du Libertaire dans
la matinée de vendredi, l'anarchiste n'aurait
pas songé à savoir à qui il avait eu af
faire? Ni la curiosité, ni le soin de sa sû
reté ne l'y a résolu ? Il a gardé le pli fer
mé ? II n'a même pas cherché à savoir à
qui était l'adresse ? Qui le croira ? Qui
voudra croire cette farce de sang? Notez
que je fais la critique du récit Je ne l'ad
mets e^ rien. Si on l'admet un seul instant,
tout le monde admettra, aussi, ce mini
mum de certitude : à supposer qu'il eût
ignoré jusque-là le nom de J'enfant, à
peine celui-ci eut-il le dos tourné, notre
anarchiste aurait ouvert, décollé l'enve
loppe, où l'adresse de Mme Léon Daudet
lui' sautait aux yeux... Dans la version du
Libertaire, le nœud de la tragédie se serait
formé à ce inoipent-là. Vendredi avant midi.
Trente-six heures plus tard, Philippe
Daudet, était mort.
" * *
Nous lisons, dans le Libertaire, des in
sultes dont nous nous rions. Nous y lisons
des menaces dont nous faisons le même cas:
apostrophes à Daudet, ■ à M. Poincaré, à
moi. Nous y remarquons des morceaux de
demi-vérité qui attesteront suffisamment
même à des yeux inexercés, qu'il y a tou
jours un passage souterrain très fréquenté
entre les gens qui errent à la lisière de
toutes les lois sociales ou civiles et l'adtni-
nistration qui est censée les surveiller. La
manchette du Libertaire «Léon Daudet,
son père, étçuffe la vérité » appellerait à
elle seule, une enquête approfondie. Il
y a de tout dans ces audacieuses infamies
déposées- sur le cadavre d'un enfant, il y
a même un vague effort de basse littéra
ture pour expliquer sa fin. Tout cela ne
tient pas debout ou nous signifie une
chose : le tremblement de ceux qui ont vu,
ou qui ont fait, ou vu faire, ou trempé dans
le fait Tout ce numéro laisse trans
paraître l'aveu et le défi, l'aveu dans sa
folie, le défi dans son tremblement
Nous n'en sommes encore qu'au début
de nos rechercher, commencées, je dois le
dire, depuis quatre jours, c'est-à-dire au
moment où. bien, des indices avaient ébranlé
la confiance de la: famille et des amis dans
la version, d)abord-si plausible, du sui
cide du bel 'enfant que travaillait un mal
secret Les enquêtes, d'ailleurs prudentes,
auxquelles on se livrait, ont-elles donné
l'éveil dans le repaire ? Les coupables ont-
ils craint de se laisser prévenir ? Cela se
peut bien. Il est possible aussi que l'expli
cation soit plus générale. L'anarchie est
une espèce de névrose religieuse, le crime
n'y va point sans quelque forfanterie, il
n'y est pas complet tant que l'on ne s'en
est pas donné publiquement l'affreux mé
rite et l'ignoble honneur. L'anarchie est
une maçonnerie : la sœur Germaine Ber-
ton va comparaître d'ici dix-sepf .jours de
vant le jury de la Seine; un peu de sang
versé dans l'auréole qu'on lui fabrique,
et, surtout, du sang des Daudet, ne fera pas
mal, pense-t-on, dans le paysage crimi
nel. Enfin, tout comme dans la période
des 11-23 janvier où l'entrée des troupes
françaises dans la Ruhr déterminait l'as
sassinat de Marius Plateau, la menace de
guerre avouée mercredi soir dans le
Temps, donnait le signal attendu aux-
amis de l'Allemagne dont l'anarchie est la
servante : qu'un des jeunes Princes et, si
je puis dire, des jeunes Dauphins du natio
nalisme français fût frappé à mort au dé
but de la crise internationale, c'était exécu
ter, dans la direction des patriotes, un
murmure révolutionnaire et c'était adres
ser aux bons amis les ennemis un gage
frais et neuf - de sanglante fraternité. La
concordance politique est double ; comme
dit Daudet, le synchronisme est répété.
Mais de quelle façon a-t-il été obtenu ?
C'est le problème, dont Maurice Pujo
développe plus loin les sombres, les obscures
données. J'aime à penser qu'elles seront
prises en considération par la justice et
qu'une instruction énergique va s'ouvrir.
Est-ce que l'officine du Libertaire ne.
sera pas ouverte, pénétrée et vidée de 6es
affreux secrets ? Ou la crainte d'être tenus
par ceux qu'on croit tenir va-t-elle immo
biliser les pouvoirs publics ? A moins que
ce ne soit le nom de Daudet, de son œuvre
nationale, libératrice, qui coalise une
fois de plus les juges et les scélérats !
La direction de VAction française pour
rait chanter comme le pauvre Verlaine :
Mes ennemis sont des gens sérieux.
Mais, pour le coup, leur sérieux est allé
fortement et profondément dans le cœur et
dans la poitrine des hommes. Je ne pense
pas qu'un Français, qui ait des entrailles,
puisse se retenir ici d'un frémissement
Le héros, dont le crime était de servir pas
sionnément la nation, avait été abattu par
une catin : les amis de cette catin viennent
de s'en prendre à un enfant, de tenter de
le déshonorer et de le rejeter, palpitant,
moribond, de leurs oubliettes mystérieuses.
La juiverie communiste de Russie est
connue pour le raffinement d'horreur de ses
supplices politiques et rituels. Je ne crois
pas qu'elle ait dépassé en atrocité ce que
chacun discerne ici : des cœurs de père et
de mère tordus, ' percés, empoisonnés au
moyen du cadavre et de l'écriture de leur
enfant Que cette cruauté contienne évidem
ment l'aveu d'un honneur sans mesure,
que l'on ait ainsi reconnu une fois de plus
dans le groupe de Daudet et de ses amis
le poste avancé de l'ordre et de la patrie,
cela ne se discute plus. Mais, ce soir, en
présence de ces procédés monstrueux d'an
archie physique et morale, j'avoue que
nous sommes tout entiers à la douleur de
nos amis et à la nôtre. Sans stupeur, même
sans étonnement devant l'extrémité con
nue et repérée de la Bête à face humaine,
sans oublier les devoirs qui s'imposent à
nous, nous ne pouvons nous défendre de
céder au sentiment élémentaire de notre
douleur* Cette mère! Ce père! Ce beau et
noble enfant! Ah! misérables, misérables,
laissez-nous pleurer. Nous en serons plus
résolus et plus forts pour faire justice !
Charles MAURRAS
NOS PROCES
La 12" chambre du tribunal, présidée
par M. Fredin, a jugé hier une poursuite
de Charles Maurras contre Tévy, le gérant
de l'Œuvre. Il s'agissait d'une prétendue
fantaisie de journaliste, plutôt grossière» :
Téry avait fabriqué et publié dans l'Œu
vre, une « lettre de Guillaume II » à Mon
seigneur le Duc d'Orléans, dans laquelle
il s'appliquait à persuader ses lecteurs im
béciles que Maurras avait voulu déchar
ger Guillaume des responsabilités de la
guerre I Après plaidoirie de M* de Roux,
le tribunal a condamné Téry et Potignat,
gérant de l'Œuvre, à 50C francs d'amen
de et l.OOO francs de dommages-intérêts.
Enfin, pour un article du 7 ma 1923,
dans lequel Maurras s'étonnait que Téry et
Dubarry n'aient pas été arrêtés à raison
de leur campagne « Poincaré-la-guerrè ».
le tribunal, qui n'a pas les mêmes éton-
nements que l'.4c//on française, a condam
né Maurras et Delest à 200 francs d'amen
de et alloué 1.000 francs de dommages-in
térêts à Téry.
Comment
Philippe Daudet
est-il mort ?
Le mardi 20 novembre, Philippe Daudet,
qui était parti le matin pour se rendre au
lycée, ne rentra pas chez ses parents. On
devine l'inquiétude de ceux-ci : elle était
tempérée, eu quelque mesure, cependant
par la connaissance qu'ils avaient de l'état
pathologique de l'enfant. Depuis, sa onziè
me année, Philippe était coutumier de ces
fugues. La première date de l'été 1S20 : il
était allé jusqu'à Mîyseillc. Chaque fois, il
était rentré de lui-même, en larmes, expli
quant qu'il avait ebéi à une impulsion obs
cure et irrésistible. A plusieurs reprises, il
avertit même son père que la tentation al-,
lait le reprendre et le supplia de le gar
der. Léon Daudet lui avait dit affectueu
sement de ne pas se tourmenter et, sur
tout, que, si la chose lui arrivait encore, la
crainte d'aucun reproche ne l'empêchât
de rentrer. Les médecins ne lui avaient
nas caché que ces fugues étaient le pro
drome d'une grave maladie nerveuse qui
est trop connue.
Ils espéraient donc qu'ils verraient
bientôt rentrer l'enfant, comme il l'avait
fait chaque fois. Dimanche matin, leur an
goisse était cependant à son comble lors
que leurs yeux tombèrent sur un fait di
vers du Petit Parisien annonçant que dans
la soirée de samedi un jeune inconnu avait
été trouvé dans un auto-taxi-, frappé d'une
balle à la tête. Ce jeune homme avait été
transporté à l'hôpital Lariboisière où il
n'avait pas tardé à expirer. Mme Daudet,
poussée par un pressentiment, pria un ami
de la famille, le docteur Bernard, d'aller
voir le corps. Ce jour là, Léon Daudet avait
fait venir un agent de police privée , pour
le charger de rechercher son fils. Il était
en conférence avec lui, vers deux heures
de l'après-midi, lorsque le docteur Ber
nard rentra. Le mort de Lariboisière était
Philippe Daudet !
Léon Daudet courut à l'hôpital et, lui
aussi, reconnut son fils. On lui répéta ce
qu'il avait déjà lu dans les journaux : l'en
fant était monté dans le taxi-auto conduit
par le chauffeur Charles Bajol lorsqu'un
coup de feu avait retenti. On l'avait trou
vé râlant sur la banquette. On concluait
à un suicide. Si pénible que . fût. pour
Léon Daudet cette version, il n'avait au
cun élément pour la mettre en doute :
l'état morbide du pauvre petit la rendait
possible.Accablé, il l'accepta donc. Il n'eut
plus qu'un désir : ramener chez lui le
corps de son enfant pour adoucir un
peu la douleur de la mere désespérée. Le
soir, convoqué au Parquet, où on lui con
firma les circonstances de la mort, telles
qu'elles lui avaient été exposées, il signa
sans hésitation, pour avoir le corps, un
papier où il déclarait renoncer à l'autop
sie de.son malheureux enfant.
Les obsèques eurent lieu comme l'on
sait mercredi matin, au milieu de l'émo
tion générale. *
+ «
Dans le courant de la semaine des ren
seignements nous parvinrent qui étaient
de nature à montrer l'affaire sous un jour
moins simple qu'il n'avait paru d'abord.
• Des personnes qui avaient vu le corps
avaient été frappées de la singularité de la
blessure. Contrairement à ce qui arrive en
cas de suicide par le revolver, l'orifice le
plus grand qui est habituellement celui de
la sortie de la balle se trouvait au front,
du côté gauche..L'orifice le plus petit était
derrière la tête du côté droit. De plus la
main droite portait sur le dessus des
doigts des traces de déflagration de la pou
dre, ce qui n'a pas coutume d'arriver à la
main qui tient l'arme. Mais ce qui peut
s'expliquer si, au contraire, cette' main
a eu un geste de défense.
D'autre part, on n'avait recueilli sur
l'enfant aucune pièce d'identités Mais on
trouva dans son portefeuille un papier, qui
n'est pas de sa-main, et où sont inscrites
plusieurs adresses, entre autres celle de
Maxime Réal del Sarte (indiquée inexacte
ment). Puis, après le nom de Germaine
Berton, le nom de M" Torrès, avocat de
celle-ci, et le nom (inconnu de nous) de la
secrétaire de M* Torrès : Simone Lévy.
Un certain nombre d'autres renseigne
ments, plus troublants encore, avaient été
réunis par nous : on nous permettra de les
garder provisoirement" pour l'instruction.
Au surplus, dans la journée d'hier, des ré
vélations — disons plutôt des aveux —
étaient publiés et jetaient sur l'affaire un
iour nouveau.
Hier après-midi, le Libertaire, l'organe
d'anarchie et de police d'où est sortie Ger
maine Berton lançait sur les boulevards
une édition spéciale où il faisait le récit
suivant :
Jeudi 22, un jeune inconnu s'était présen
té à ses bureaux, 9, rue Louis Blanc et
avait déclaré à l'administrateur, nommé
Georges Vidal,: qu'il arrivait du Havre,
- qu'il était anarchiste quoique fils de bour
geois et qu'il se mettait à sa disposition
pour faire un coup qui vengerait Ger
maine Berton (sic). L'inconnu aurait versé
deux cents francs pour le Libertaire et se
rait parti après que le sieur Vidal lui eût
donné rendez-vous pour le lendemain ma
tin.
Le lendemain l'administrateur du Liber
taire le fit déjeuner avec lui. L'inconnu lui
révéla alors qu'il s'appelait Philippe, et,
lui ayant demandé de quoi écrire, il écri
vit une lettre qu'il mit sous enveloppe et
le pria d'ouvrir « au cas où il lui arrive
rait quelquecbose. » Il lui remit en même
temps une petite liasse de feuillets. Puis
il se retira après une promesse de se re
voir, àu Grenier de Gringoire (le cabaret
de la Berton). Philippe y serait passé à
une heure et demie du matin, après le dé
part du sieur Vidal.
Le Libertaire raconte ensuite ce qui
est déjà connu : le fait divers du Petit
Parisien, le « suicide » de l'inconnu en
taxi-auto et la découverte que cet inconnu
était Philippe Daudet.
A ce récit sont joints deux documents.
Le premier est le fac-similé de la lettre
que Philippe Daudet aurait laissée entre
les mains du sieur Vidal et que, dans la
journée d'hier; après l'avoir photographiée
et clichée, l'administrateur du Libertaire a
envoyée par la poste à Mme Léon Daudet
accompagnée d'une lettre de lui-même qui
sera remise à l'instruction.
Voici le texte de la lettre signée : Phi
lippe.
« Ma Mère ' chérie,
« Pardon pour la peine immense que je te fais
« maie, depuis longtemps déjà, j'étais anarchiste.
« Maintenant, ma cause m'a appelé et je crois
« qu'il est de mon devoir de faire ce que je fais.
a Je t'aime beaucoup.
« Philippe.»
« P. S. Embrasse bien 'les gosses de. ma part.»
- Cette lettre est-elle bien de la main
de Philippe Daudet ? Ce sera à vérifier.
Au surplus, ce qui sera plus intéressant
encore ce sera de savoir dans quelles con
ditions il l'aurait écrite.
Le second document est une série de
notes ou poèmes en prose qui sont attri
buées également à Philippe Daudet et qui,
eux, ne sont sûrement pas de lui. La su
percherie est même grossière car tout in
dique qu'elles émanent d'un homme fait et
ayant certes plus d'instruction et de cul
ture que n'en avait notre pauvre petit Phi
lippe.
* *
Il n'est pas temps de conclure. Léon
Daudet a écrit au Procureur général pour
lui demander que toute lumière soit faite
sur l'atroce machination dont son fils
bien aimé a été victime et dont on ne peut
entrevoir encore que les premiers linéa
ments de mensonge et de sang.
La version du Libertaire est fausse et
imbécile. Philippe Daudet n'a jamais été
anarchiste. C'est avec un haussement d'é
paule de mépris que tous ceux qui l'ont
connu accueilleront l'infamie par laquelle
on essaie de souiller le pauvre petit, dont
le cœur ardent partageait toutes nos in
dignations et tous nos espoirs.
Un fait subsiste : De leur propre aveu
les gens du Libertaire ont eu pendant
trois jours cet enfant malade entre leurs
mains. Qu'en ont-ils fait ? Comment, avec
quels concours se sont-ils emparés de lui ?
Comment nous l'ont-ils rendu mort et sali
de leurs ignominies ? Il faudra bien que
nous le sachions. Le cri d'horreur qui s'é
lèvera de toute la France devant ce crime
sans nom réclame justice !
Maurice PUJO
ECHOS
LES FAITS DU JOUR
-— En Rhénanie, ta police tire, sur le s ma
nifestants : six morts.
— La Conférence des Ambassadeurs a re
mis, au chargé d'affaires allemand-, une note
au sujet des incidents de Leipsig.
— En Italie, les villages de-Mazsunno et
de Deszo sont détruits par suite de la rup
ture d'une digue. Il y aurait , plus de deux
cents victimes.
Caillaux sera-t-il candidat:' au.' Sénat ?
On lit dans le Journal de Toulouse du 25 no
vembre : '
Pour riposter aux « secousses » de V Action
française — < secousses » ressenties par M. Cail
laux à Toulouse — d'aucuns n'auraient rien trou
vé de mieux que dé, proposer Finscription du
nom de Tadversaire de M. Charles Ebelot en
tête de la liste sénatoriale du Bloc des gauches
dans la Haute-Garonne. —
L'idée a été lancée, mais certains chefs du
parti radical socialiste toulousain affectent d'en
rire bruyamment. Ils se refusent à admettre que
M Caillaux ait la moindre chance dans la Haute-
Garonne.
— Ce serait le. meilleur et le plus sûr moyen,
disent-ils, d'assurer la réélection à une trèsr forte
majorité de MM. Cruppi, Blaignan et Duckein,
qui ont, à la Haute-Cour, voté la condamnation
de M. Caillaux...
Mais, précisément, M. Cruppi vient d'annon
cer qu'il ne se représenterait pas...
Quoi qu'il en soit, Caillaux laisse dire. Et
notre confrère donne des précisions : le traître
serait candidat avec les nor-.més Honoré Leygue,
Savignol et un socialiste, Ellen Prévôt ou Be-
douce.
On ne dit pas.' si Ton Jo fera faire sa ci
pagne électorale par sa Tuease.
* *
Pourquoi payer très cher bijoux et argenterie,
quand vous pouvez bénéficier des prix de gros
chez Pinson, 15, rue Lévis (de 9 h. à 12 h? ou
cor rendez-ToosV
Problèmes d 'Allemagne
et comités d'experts
Nous ne croyons pas beaucoup à l'utilité
pratique des deux comités d'experts que la
Commission des réparations a créés. Mais
ces sortes d'expertises,. si elles sont bien
menées, peuvent donner lieu à des obser
vations précieuses pour l'établissement
d'une théorie des convulsions dont l'Alle
magne est atteinte, et c'est la théorie qui
conduit la pratique.
Vendredi, M. Oberkirch disait à la
Chambre : x La misère' .dans laquelle le
peuple allemand*, est ' plongé est réelle ».
Voilà le fait d'où il faut partir. L'Alle
magne n'a plus de monnaie. Son mark est
mort. Il est impossible qu'un événement
aussi grave n'ait pas de multiples consé
quences parce que c'est la première fois
qu'on voit mourir la monnaie légale d'un
pays surpeuplé, qui ne se nourrit pas lui-
même et où l'industrie tient plus de place
que l'agriculture.
Or le chômage apparaît en Allemagne.
Nous pouvons le constater en Rhénanie et
dans la Ruhr, raais ce n'est peut-être pas
là qu'il est le plus grave. Dans la Ruhr, les
ordonnances du général Dégoutté ont in
terdit le renvoi en masse des ouvriers aux
quels l'application des accords de Dussel-
dorf donnerii î aifîenrB*"chr _ tïaVail. Néan
moins, la question se pose. Elle se posera
encore bien plus dans le reste de l'Alle
magne où le nombre des chômeurs peut
faire rapidement boule de neige.
Si FAngletèrrV "avec des finances en
équilibre : et une monnaie saine, supporte
difficilement la dépense nécessaire pour
verser des allocations à ses sans-travail,
cette charge est intolérable pour les finances
allemandes. De là est venue la proposition
d'abandonner,, le& pays. occupés à leur sort
pour soulager d'autant le Rëich. Cette
menace a produit naturellement des consé
quences : mouvements séparatistes, signa
ture de l'accord par les industriels. On
n'est sans doute pas au bout : hier, à Dus-
seldorf, les chômeurs se sont mis à refu
ser des secours devenus dérisoires. Maie
qu'arrivera-t-il dans les autres parties de
l'Allemagne ? Quelles répercussions peut-
on calculer après un événement aussi gigan
tesque que l'arrêt, même partiel, de la vie
économique, dans un pays de 60 millions
d'habitants ? Arrêt auquel, d'ailleurs, per
sonne ne peut et ne pourra rien, car ce
sera un phénomène naturel, celui de l'adap
tation à un nouvel état de choses, le retour
à l'économie « naturelle » ou « primitive »,
comme disent les Allemands, d'une masse
humaine qui vivait par une organisation
artificielle.
Voilà un des points que pourrait étudier
le premier des* deux Comités d'experts.
C'est peut-être le point essentiel. Aux théo
riciens de le dégager. Aux praticiens d'en
tirer les conclusions. — J. B.
XI. - 1A VIE CHERE
La question des fonctionnaires
Poursuivant l'examen spécial des prin
cipales -denrées, nous aborderons, dans
un prochain numéro, la question très
complexe du renchérissement de la vian
de.
Il nous faut aujourd'hui revenir et com
menter plusieurs observations que nous
avons, reçues sur un autre sujet : les trai
tements et la condition des fonctionnaires.
A la suite des prétendues études de la
vie chère par lesquelles trop de journaux
ont excité les Français-les uns contre les
autres, le fonctionnaire, dans bien des cas,
est devenu la bête noire contre laquelle
producteurs ruraux et commerçants ci
tadins — ces autres adversaires — se sont
réconciliés.
Nous avons reçu là-dessus des lettres
nombreuses, véhémentes, parfois injustes,
il faut bien le dire. Réservons pour le
moment notre commentaire et citons quel-
.ques témoignages, choisis parmi les mieus
fondés. Qu'on ne s'arrête pas à des inexac
titudes, à des injustices que' nos corres
pondants ont commises de "bonne foi,
faute d'une information assez complète.
Nous essayerons tout à l'heure de réta
blir les faits tels qu'ils sont
Nos lecteurs se rappellent l'aphorisme
d'un de nos- correspondants, au sujet dt
son département, le Lot-et-Garonne :
« Ce département se meurt d'avoir pro
duit et de produire encore trop de mi
nistres. î >
Un autre lecteur renchérit et nous écrit :
« Vous dites que le Lot-et-Garonne suc
combe sous les politicien^; que diriez-
Voir l'Action française des 4, % 8, 10,
15. 12. 20, .25, 26 < t "29 novembre 1923.
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