Titre : Le Radical
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1921-06-30
Contributeur : Maret, Henry (1837-1917). Rédacteur
Contributeur : Simond, Victor. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb32847124t
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 30 juin 1921 30 juin 1921
Description : 1921/06/30 (A42). 1921/06/30 (A42).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG33 Collection numérique : BIPFPIG33
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k76157782
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-210
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 18/07/2014
2
LE RADICAL
tes les questions intéressant exclusivement
le personnel dirigeant. Que faut-il enten-
dre par personnel dirigeant ? L'article 2 ré-
pond à cette question : directeurs ou direc-
lears adjoint#, qui n'appartiennent pas aux
conseils d'administration, directeurs de
sections, gérants des éuccursales, caisses
de dépôts et bureaux de changes, fondés de
pouvoirs/ employés dont l'emploi présuppo-
se* une éducaîwn universitaire complète,
spécialistes techniques, économistes, {onc-
hou mires placés dans un poste impliquant
une responsabilité ou une surveillance par-
liculièrs. — -
Ces précisions sont fort significatives.
D'abord, le personiiel dirigeant est nette-
çrient séparé du groupement financier pa-
tronal. En second lieu, ont- été grvupês
Joua les employés dont les fonctions néces-
sitent une prédonainanca des qualités intel-
lectuelles. Uk 4.1 si, 1;
L'article 3 du contrat n'est pas moins in-
téressant. Il dispose (jus ; « La rémufté-,
ration du personnel direçtçnv nt s ira pas
fixée suivant tarif. Elle correspondra à la
position individuelle, au rendement person-
nel, à Véducation, etc., de chacun. Toute-
fois, la rémunération du personnel diri-
geant devra être supérieure à celle de tous
les employés qui se trouvent sous ses or-
dres, sauf cas exceptionnels et justifiés.
Les dispositions de cet article semblent
répondre aux objections les plus sérieuses
qui aient été faites contre le nivellement,
- emprunté ù la formule syndicale ouvrière,
vers quoi tend le jeune syndicalisme in-
tellectuel, par imitation et confusion dan-
gereuses. Le principe de l'individualisme,
les qualités très particulières du travail in-
tellectuel sont ici reconnus et sauvegardés.
Il apparalt bien que les recherches de no-
tre C. T. I., pour des applications prati-
ques et viables, doivent être dirigées dans
se sens.
, Robert VEYSSIÉ.
Le grand emprunt
, de la ville de Paris
r Aprèa les années de lutte et malgré les
(difficultés de l'heure - présente, tout tend
peu à peu vtera l'équilibre normal. C'est
ainsi que te moment est venu pour la Ville
de Paris de rendre à la capitale l'éclat qui
s'attache à son nom. De nombreux travaux
d'entretien qui avaient dû être ajournés
présentent aujourd'hui un caractère d'ex-
trême urgence, et l'exécution d'une partie,
tout au moins, du grand programme d'édi-
lité interrompu en 1914 s'impose plus que
jamais. k
C'est dans ces conditions que la Ville est
smenéa à émettre son grand emprunt de
1.800 millions qui sera réalisé du 4 au 21
juillet proûhain en obligations à long ter-
me de 500 fr. nominal rapportant un in-
térêt net de tous impôts présents et futurs
de 5,75 et donnant, en outre, des lots
importants qui portent, en réalité, la taux
de placement à 6
Elle a, on le voit, choisi la bonne formule,
celle qui est appréciée des petits comme
des grands capitalistes tant pour la sécu-
rité que pour le rapport et les chances de
lots qui sont, rappelons-le, exonérés de
l'impôt général sur le revenu. Mais, en
plus de ces avantages, elle s'est attachée à
favoriser le plus possible des porteurs Je
ses titres émis pendant la guerre. Pour
çeux-là, elle consent" des conditions toutes
particulières : l'intérêt se trouve porté à
B,25 %, le prix d'émission étant ramené de
500 fr. à 480 fr., et même par l'escompte
de l'intérêt à édho-ir le 15 janvier 1922, la
somme à verser n'est plus que de 46G fr. '41
par titre. Ces privilégiés, ce sont- tous les
possesseurs d'obligations de. l'emprunt 1919
qui pourront souscrire par priorité et a ti-
tre irréductible autant d'obligations, nou-
velles qu'ils ont d'obligations de 1919' ces-
obligataires de 1919 auront, d'ailleurs, le
droit de transmettre à des tiers leur privi-
lège.
D'auitne' part, les derniers porteurs
^'obligations quinquennales 1917, dont
l'échéance arrive en juin 1922, pourront
user du droit de préférence qu'ils tiennent
t'hl décret du 5 avril. 1917 en échangeant
leurs obligations, titre pour titre : en plus
d'une obligation nouvelle, ils recevront-une
Êoultéde 15 fr. par obligation et de 3 fr. par
cinquième. représentant la fraction de la
prime dWiortissement et des coupons.
Les swssoripteurs qui n'ont ni obligations
de 1919 ni -obligations de 191T reçevront le
titre compté au prix-de 500 francs, mlais
ramené à 467 fr. 70 par suite du coupon in-
térimaire. Sur cette somme, 50 francs seu-
lement seront appelés à la souscription, et,
«'ils le (iésirent, ils' pourront se libérer du
surplus .par versements échelonnés sur une
période de deux années. Avec de telles con-
ditions, il n'est pas douteux que cet-em-
prunt rempotera un ttès grand succès,
surtout si l'on tient compte de l'importance
des lots dont le total atteindra 5.625.000 fr.
par ail et qu'il y aura notamment 2 lots de
1 million, 6. lots de 150.000 francs, 8 lots tfe
1ÔÛ.00Û francs, 22 lots de 50.000 francs, etc.
Les cadres de l'aviation
Le -ministre de la guerre vient de prendre
un décret qui fixe le nombre des officiers
hors cadre au titre de l'aviation"
Le but de ce décret est de permetre d'at-
tendre le moment ou la nouvelle loi des
cadras qui doit constituer l'aéronautique. mi-
litaire en une arme, autonome, sera votée,
tout en acheminant dès maintenant l'aéro-
nautique vers sa constitution future.
La nouvelle arme comprendra 9 colonels.
17 lieutenants-colonels, 119 commandants.
432 capitaines et 777 lieutenants ou sous-
lieutenants..
4ebkocs
Les hait heures et la marine.
g —-
a M. Reazed, qui {'eSt. àlî_l hier encore secrétaire
■dit Syndicat des Inscrits Maritimes de Mar-
seille, à jnttiEtê rêcetmnciU dans le Matin un
article sensationnel qm HéJMS apprend que la
loi de huit heures n'est pas appliq uée dans
la V marine marchande anglaisa, nmlgré *■ la
clause du traitê de Versailles qui prévoit la
journée de huit heures eu faveur de tous, les
travailleurs. ; ¿ , j f -/V
iLa Frottee n'avait -pas attendu ce traité
pour voter la réforme. il y a onze ans, en
fanieur. du personnel des machines, et, dès
1920, poitf Vappliqitfr aux vidiclots et au fer-
sonnel fa restaurant. "': 1 « «
De lourdes charges ont été assuviées ainsi
par 'ta mariné'française dont l'infériorité déjà
grande sur la flotte anglaise f es è accrue d'au-
~t~t~l '«'l - l , :«•" ?
M. Réaud notes apprend que c'est le délé.
gué des marins britanniques, président de la
fédération iiiÛrnafioltale des 7narins, — M.
Havelock Wilson, qui, dans les congrès inter-
nationaux, a contribué affaire réclamer la
joiérnée de huit heures par les autres pays,
tandis qu'il n'a mis aucune énergie à l'obte-
nir pour VAngleterre.
Il a ainsi servi '!es desseins et fait les affai-
res de Vimpérialisme naval anglais et de. son
pays. Et tes Français ont, une fois dè plus,
Íoul-le rôle de dupes.
M. Réatid nous apprend tout ceci. Mais il.
n'en tire pas la morale, ni le Matin.. ,
Tirons-la pour 4?
Notre marine marc/umtle subit la crise gé-
nérale. Les ittarins ne trouvent plus à s'em-
barquer. Si, au lieu de déclarer la guerre de
classe, ils avaient pensé que leur propre inté.
rêt était solidaire de-la prospérité générale
de la marine et du pays, ils auraient hésité à
vouloir, envers et -c-ontre tout, cette, loi de
huit heures que M. Réaui avozte avoir des-
servi les intérêts ile. '¡dire marine, au profit
de la marine anglaise.
Au lieu de se répandre en plaintes, nos via-
rhis syndiqués navigueraient; ils gagneraient
leur vie, et 'la crise économique en serait
moins effroyable.
n. Mosellan,
On teofiîitoeùt à Vérifies,
Aujourd'hui, à 10 h. 30, aura lieu l'origi-
nale inauguration du monument 'it la mé-
moire de l'aviateur Védrines. sur Je toit
des Galeries Lafayette.
On se rappelle que Védrines réussit à atter-
rir sur les terrasses de ce magasin.
En souvenir de cet .exploit on a fait ériger
une stcle de marbre, haute de 1 m. 7° en
forme de pyramide. Sur l'une des faces est
représentée l'effigie de Védrines.
L'inauguration yeva présidée par M. Lau-
rent Eynac. Une musique militaire se fera
entendre pendant la cérémonie.
JKort du plus vieux soldat.
Il aurait eu cent ans en septembre pro-
chain. Il s'appelait Antoine Genest. Il vient
de s'éteindre à Bussières (Puy-de-Dôme).
Incorporé en 1842, il servit cinq ans - en
.Algérie., assista a la bataille de l'Isly et à la
reddition d'Abd-el-Kader.
En 1870, il était chef du personnel au lycée
du Prince Impérial, devenu le lycée Miche-
lét, à Vinves; il put, grâce à son sang-froid;
éviter le pillage des caves pendant la Com-
mune.,
Il tenait à son vin. Il buvait sa chopme à
chaque repas, et, après, sa goutte d'eau-de-
vie de prune.
Dans le monde
-
A L'ELYSEE
m J—
Le président 'de la République a reçu
hier après-midi, à l'Elysée, avec le céré-
monial habituel, M. Montero, ministre plé-
nipotentiaire de Paraguay, qui lui a remis
ses lettres de créance.
FIANÇAILLES
On annonce les fiançailles de Mlle Thé-
rèse Môngel, nièce de M. Jourdain, ancien
ministr.e' du travail, député du Haut-Rhin,
avec M. Raymond Parmentier, notaire à
Chauny (Aisne), président de, la chambre
des notaires de l'arrondissement de Laon.
MARIAGES
- Hier, à midi, a été célébre, en l'église
Saint-Augustin, le mariage. de Mlle Pau-
,
line Pierrot-Deseilligny, fille de M. Paul
Pierrot-Deseilligny, chevalier, de la Légion
d'honneur, syndic de la compagnie des
agents de change de Paris, et de Mme,
née Mazerat, avec M. Roger André, dé-
coré de la médaille militaire et de la croix
de guerre, fils de M. Léon André, cheva-
lier de la Légion d'honneur, commissaire-
priseur, ancien président de la compagnie,
et de Mme, née .Rigaulrt.
— Mardi matin a été célébré ci l'hôtel dp
ville de Bruxelles le mariage de Mlle Ge-
neviève Serot Ahneiras-Latour, fille de l'at-
taché militaire à l'amhasasde de France à
Bruxelles, avec le vicomte Gaëtan de Tu-
chis de Varennes, lieutenant au * 38 hus-
sards. -
La bénédiction nuptinle a été donnée par
le cardinal Mercier, archevêque de Malines.
MICROLOGIE
.l - Nous avons annoncé hier la mort d~
Mlle Georgctte Niclausse, décédée au châ-
teau des Boissières, près de Chartres, à
l'ûge de 21 ans.
Les obsèques auront lieu ce matin, à 10
iieures, à l'église Saint-Pierre-de-Chaillot,
où l'on se réunira. <* 1 t ; j *
On annonce Ja mort :
— De Mme Marc Antocolsky, née d'Apa-
toff, décédée après une longue et doulou-
reuse maladie. Appartenant à l'une des
plus anciennes familles de l'aristocrutie po-
lonaise, elle était la veuve de M. Marc An-
tocolsky, l'illustre sculpteur attaché à la
cour impériale de Russie, membre de l'Ins-
titut de France, commandeur de la Légion
d'honneur. Ai* 1 tia
— On annonce la mort du docteur Ar-
thur Chervin, directeur de l'institut des
bègues de Paris, chevalier de la Légion
d'honneur, décédé le 27 juin, à Salamanque
(Espagne), au cours d'une misison pour le
gouvernement français.
BIENFAISANCE
Grande keJmesse dans les salles et jar-
dins du Trocadéro, les samedi 2 et diman-
che 3 juillet, sous le haut patronage de
Mme MiUerancl. l nn profit des crèches et
des œuvres de l'enfance su 16e arrondisse-
ment.
Cette fête d'union sacrée, qui aura le plus
grand succès, est organisée par la mairie
du 16* et par toutes les œuvres de l'arron-
dissement.
Merveilleuses attractions, village alsa-
cien, théâtres, concerts, danses alsacien-
nes, lancement de'montgolfières, etc.
Le soir, fête de nuit, illuminations, ron-
taines, lumineuses, feu d'artifice, etc.
LA MORT DU ZOUAVE
Nous avons relaté hier, d'après ta Voix
du Combattant, la mort tragique du soldat
Letermelier, du 4° zouaves ,qu.i, hospitalisé
après lai retraite de Charleroi dans le vil-
lage de Rooiilly-Sauvigny, aurait été noyé
dans la Marne par le maire du pays, M.
Monnerat, assisté de deux conseillers mu-
nicipaux, MM. Taillefert et Frichet. Le
21 .août 1921, le maire se suicidait.
• La mère du malheureux soldat. Mme Le-
termelier, fit l'impossible pour faire pour-
suivre les assassins de son fils. Elle reçut,
du Drocureur général, une lettre dans la-
quelle le magistrat disait :
« Votre fils, madame, a bien été assas-
siné : c'est un crime abominable, une chose
qui n'a pas de nom. J'avais l'intention d'en*
voyer le maire en cour d'assises, mais il
s'est suicidé. » -
L'Union des combattants, par lai voix de
M. Charles Bernard, député de la Seine, a
demandé au ministre de la justice les rai-
sons des lenteurs de l'instruction.
Il lui a été répondu que la chancellerie
était saisie et qu'une information était en
cours.
Cette affaire prôvoque dans le pays une
émotion considérable. Des témoins du
drame précisent les circonstances dans les-
quelles ir se déroula. Mlle Odette Maublau,
qui assista à la terrible scène, affirme
avoir entendu le maire répondre à Mme
Taillefert aui ninlerrogeait sur le sort du
zouave : c Je l'ai f. à l'eau. »
D'autre part, M. Fricliet, l'un des deux
conseillers municipaux, rapporte que Le.
termelier mourut très naturellement des
suites die ses blessures. Le cadavre du
zouave ayant été exhumé, on n'a découvert
ni brin de roseau ni herbe sèche permet-
tant d'affirmer que le corps aurait séjour-
né, dans l'eau.
Quant au prétendu suicide du maire, ce
serait une fable. M. Monnerat serait mort
d'un cancer compliqué d'une maladie de.
cœur.
Le conseil général nomme son bureau
M. Marin est élu président
Le conseil uinéral de la Seine a tenu
hier la première séance de sa session.
La séance a été ouverte à 3 heures par
M. Marquez, doyen d'âge.
M. Marquez a prononcé le discours
d'usage, puis il a été procédé à l'élecbion
du bureau.
M. Marin, conséiller général de Saint-
Mamr, candidat du Bloc national, « été élu,
au tpremier tour, président du conseil gé,.
néral.
M. Marin est né à Joinville-le-Pont et
1857. Avant d'entrer dans la politique, il
se dévoua à des œuvres de prévoyance
sociale et de mutualité. Elu conseiller mu-
nicipal de Saint-Maur, en 1908, il fut nom-
mé maire à l'unanimité. En mai 1909, il
fut nommé conseiller général. Il fut réélu
en 1912 et en 1919. M. Marin est chevalier
de la Légion d'honneur.
« Le conseil général a nommé vice-prési-
denitis, MM. Reaud et de Castellane ; secré-
taires, MM. Jupin, Doussain, René Lam-
bert et Lefébure.
Aussitôt le scrutin terminé, M. Marin a
pris possession du fauteuil et a remercié
en quelques mots ses collègues de leur
marque de confiance. 4
M. Aucoc est nommé syndic par 57 voix.
A ;L■ I .G1IIBIK
Les exécutions militaires
.J : (SUITE) ~-~-~
'_•> A #•*# } * ..,.
Intervention de M. Briand
C'est le président du conseil qui lui ré-
pond y»*»! WH - <
- L'esprit de parti, déclare-t-il, t»st une
chose terrible qui s'empare des hommes à
leur insu, thii 0 ,"" 4 ".t
! t « Je suis sûr que M. Berthon, •■ u dépg-
saJnt son interpeHaition, n'a été mû que par
un sentiment de justice ; mais il fout lais-
ser à la cour de cassation — (n qui M.
Beirthon a confiance comme tout le monde
ici — le soin de remplir -sa tAche.
; « Les ,agarder, pour réparer une injustice, d'en
commettre une auifcre. La guerre ne s'est
pas faite dans des prétoires.
« En tout cas. asaure-t-il d'une voix
forte, la discussion imimèdiate de l'inter-
pellation amènerait une discussion pas-
sionitée, au cours de ltaauelle on oublierait
vite les victimes pour atteindre très vite
des personnalités dont la France a besoin.
« Des dépositions nouvelles ont été re-
cueillies, des pièces réunies ; la cour die
cassation est saisie. Le gouvernement ne
veut pas que, dans de pareilles conditions,
un débat prématuré .s:e déroule ici. De pa-
reilles questions, pour être traitées en
pleine justice, ont besoin de sa développer
dans une atmosphère sereine.
« Le gouvernement prie donc la Cham-
bre de ne pas ordonner la discussion im-
médiate- » -'
A l'extrême-gauche, on jprotefcte juvec
véhémence, ce qui amène cette réplique de
M. Briand à l'adresse du groupe socialiste :
« Rien qu'à la façon dont vous écoutez
le président du conseil sur l,a seiule fixation
do la date, vous donnez une idée de ce que
pourrait devenir le débat au. fond s!il était
ordonné. » à 1 - 1
Enfin on piasse au vote, et par 412 voix
contre 184, l'interpelliatiion de M. Berthon
est ajournée sine die.
Par 416 voix contre 157, on ajourne de
même celle de M. Aubry.,
La question des interpellations ainsi ré-
glée, après un débat qui n'a pas duré
moians de deux heures, la Chambre re-
prend son oretire du iour.
Le nouveau régime des pétroles
Interrompant la dissussion lp. la taxe sur
le chiffre d'affaires, la Qhambre a consacré
sa séance d'hier matin à l'examen d'un
projet de loi tendant à ratifier le décret du
7 mai 1921 qui a institué sur les licences
d'importation des huiles et essences de
pétrole une surtaxe temporaire.
Si ce décret n'était pas transformé en loi,
l'importation des pétroles serait libre à
partir du 1er juillet 1921. Or, le régime de
la liberté sans condition est, à l'heure ac-
tuelle, impraticable encore. Il faut, avant
tout, liquider, à un prix raisonnable, les
stocks qui ont été constitués pendant la
guerre pour la défense nationale.
C'est ce que, très brièvement, a exposé
le rapporteur, M. Ch. Lebouicq, en con-
cluant au vote du projet.
Ce projet, a-t-il ajouté, ne met pas en
cause le régime définitif des pétroles ; le
régime provisoire qu'il établit n'a pour but
que de permettre aux commissions com-
pétentes de poursuivre, sans autre préoccu-
pation, les études commencées pour' l'éla-
boraiion d'une loi nouvelle basée sur la
liberté contrôlée.
-La liquidation des stocks entraînera pour
l'Etat une perte sèche de 175 millions, mais
cette dépense est nécessaire ; elle sera, du
reste, récupérée par le jeu de la surtaxe
de 30 francs par hectolitre que paiera l'im-
portateur et dont la dégression se fera par
paliers à raison de 2 francs pour les douze
premiers mois et de 1 franc pour les six
mois suivants.
M. Engerand reconnaît que le projet est
indispensable mais il voudrait que ce soit
la loi de finances et non un décret qui en
fixe l'expiration.
M. Herriot n'est pas rassuré. Il craint
que le provisoire ne devienne le définitif ;
aussi demande-t-il que l'effet de la loi en
discussion prenne fin le 1er déce-mbre lel.
Sur le désir du ministre du. commerce, il
consent, toutefois, à ce que cette date soit
reportée au 1er janvier 1922.
Nouvelles observations encore dp MM.
Barthe et Ch. Baron, puis,pa,r 503 voix con-
tre 1, l'ensemble du projet est adopté, avec
ces dispositions essentielles que la loi res-
tera en vigueur jusqu'au lor janvier 1922 et
que le taux de la surtaxe, initialement fixé
à 30 francs, sera réduit progressivement
par décret. •
LE STATUT DES OFFICIERS
A TITRE TEMPORAIRE
* Cette question rég;lée, la Chambre aborde
la discussion du projet de loi tendant à
déterminer le statut des officiers nommés
ou promus à titre temporaire depuis le
début des hostilités.
En fait, expose le rapporteur, M. Ricolfi,
il s'agit de fixer le sort de 14.000 oïficiers
dont plus de 8.400, venant du' rang, n'ont
aucun gradé définitif et sont, après la
guoripe, avec des charges de famille, dans
l'inquiétude du lendemain.
Aux termes niâmes du projet, les officiers
à titre temporaire qui sont déjà pourvus
d'un grade a titre définitif recevront, sur
leur demande, un commandement, mais de
grade irifétrieur. Qùant aux officiers qui
n'ont aucun grade définitif,* leur nomination
ayant été faite pendant la guerre, les ef-
fets doivent- en cesser, celle-ci finie. Une
année de délai, toutefois, va leur être don-
née pour s'orienter, année d'ailleurs payée,
et ils pourront concourir aux emplois ré-
servés. * ""■» t v" 1
"Pour les officiers qui ont moins de quinze
ans de service, ils pourront, au bout de
treize ans, demander des congés libéra-
bles, • p' endant lesquels ils toucheront une
année die solde, ainsi, bien entendu, que
leur pension d'officier.
* Ces diverses dispositions trouvent en M.
Anselme Patureau-Mirand un ardent dé-
tracteur. A son avis, elles sont insuffisan-
tes et il fait du projet une critique. si acerbe
que, tour à tour, protestent avec une égale
véhémence le ministre de la guerre, M.
Barfnon, le "Colonlj Fabry et le général de
Oastelnan, président de la commission de
l'améo. 4 W, 1 h f* # *
Interrompue, au début de la séance de
l'après-midi, par le débat sur la fixation
de la date des interpellations. socialistes
dont nous rendons compte d'autre part, la
discussion reprend par l'examen des arti-
cles sur lesquels l'accord est, du reste,
complet entre le fhinistre de la guerre et
la commission de l'année.
Sur l'article 7, cependant, malgré l'avis
de M. Barthou,. on décide de réintégrer
dans le cadre latéral avec leur grade d'offi-
cier à titre temporaire, les sous-officiars
qui ont démissionné pour contracter un en-,
gaiement.
C'est la seule modification apportée au
texto de la commission.
Ce matin à 9 heures et demie : les em-
plois réservés.
Ad. LOYER.
LA LOI SUR LES DOMMAGES
DE GUERRE
M. René Lefebvre, député du Nord, vient
de terminer son rapport sur le projet de
loi voté par le Sénat, concernant les ces-
sions et modes de remploi de dommages
de guerre.
Ce rapport adopte l'article deux du pro-
jet du Sénat concernant les modes de rem-
ploi, mais, en ce qui concerne les cessions,
conclut à un certain nombre de modifica-
tions tant laiU fond qu'à la forme du texte
sénatorial.
N Il admet, lui aussi, le principe de la li-
mitation des droits des cessionnaires, mais
il distingue ces droits suivant deux caté-
gories de dommages :
Les dpmmages concernant les maisons
d'habitation, qui ne pourront être cédés
que m'oyennant obligation de remploi dans
la commune ou les communes limitrophes.
Les dommages industriels, aigricoles et
commerciaux, dont les cessionnaires con-
serveront la latitude du remploi dans les
50 kilomètres, à îa condition toutefois que
le remploi ainsi effectué soit conforme au
caractère du dommage cédé. - 1.
D'autre part, le rapport prévoit un cer-
tain nombre de dérogations aux nouvelles
obligations imposées.
LE CBIFFîE D'AFFAIRES ET L'AORIGULTORE
Pour les petits syndicats agricoles
'La Chambre, en discutant hier sur le
chiffre d'affaires, a su éviter l'écueil que
nous signalions : le danger de décourager
par l'inquisition fiscale les petits syndicats
agricolea.
L'uniformité égaHia.ire .séduit à première
vue l'esprit, mais elle n'est pas toujours
t'intérêt du pays, encore moins la justice.
Parce qu'un régime forfaitaire était
adopté, fallait-il appliquer le même sans
discernement ni distinction à tous ?
A quoi aurait-on abouti pour ces petits
syndicats agricoles.« de 200 membres,
n'ayant pas d'omplüyé salarié et ayant la
qualité d'intermédiaire, achetant unique-
ment sur demandes préalables de leurs
membres et ne constituant aucun stock ?
Ils font un chiffre d'affaires qui ne dépasse
pas 15.000 francs. Le syndicat * retenant
2 %, l'impôt aurait porté sur une somme
de 300 francs.
En faveur de cette recette si minime pour
le Trésor, fallait-il sortir tout le lourd ap-
pareil du Fisc, brandir ses foudres, mobi-
liser ses agents, ouvrir ses bibliothèques
de grands livres ? Fallait-il accabler les pe-
tits syndiqués sous les complications, les
> dérangements, les justifications de comp-
tes ?
Fallait-il les obliger à chaque instant a
arrêter leurs bœufs sur les sillons pour
comparaître devant un contrôleur? On sait
bien qu'ils n'ont pas de livres et ne peu-
vent pas en tenir. i
Alors.-sur quelle base aurait-on étaoli
le forfait ? Sur une base approximative ?
C'était plus injuste que d'admettre une pe-
dite bosse à cette surface parfaitement
unie que rêvaient d'instaurer les. égali-
taires à outrance.
Que risquait-on"? La fraude? Elle n'est
point à craindra Le syndicat agricole est
un organisme parfaitement défini par la loi.
Il est-absolument impossible à personne
de se déguiser en syndiqué agricole pour
échapper à l'impôt.
Que risquaitnon encore ? Une perte pour
le Trésor ? Au contraire. En demandant
une redevance fixée, anrès uné enquête ap-
profondie, à 15 centimes par membre,
1'Etnt y gagne.
Ce sont les petits syndicats dni achète-
ront un peu plus cher le droit d'être tran-
quilles. Mais ils seront tranquilles.
Et ils resteront syndiqués, pour le plus
grand bien de l'agriculture française
,. l' f „ Em. MONOD. ?
lA L'ETRANGER,
yOUGO-SL/WE -
— i
La Constitution du nouvel Etat l
t L'Assemblée constituante qui a CMnmcn"
cé ses travaux le 14 janvier, a terminé lzç
discussion de la Constitution et l'a votée dé-
finitivement- par 223 voix contre 35. La ma.
jorité comprend la coalition radicale dé.
mocrate, l'organisation musulmane yougo-
slave et les partis paysans slovènes. Ont.
voté contre, le groupe agraire et M. Trum-
bitcJh.
La Constitution dispose que le royaume^
des Serbes, Croates et Slovènes est une mo-
narchie constitutionnelle, parlementaire el,
héréditaire., **« -w-f4? ,
Le roi est Pierre Ier KarageorgevUch c4
son iiéritiec 191 prince Alexandre. La cou-'
ronne passera dans la descendance mÚJa
par ordre de primogéniture.
Le pouvoir exécutif appartient an roi,
qui l'exerce au moyen, de ministres respon-
sables. ;
Le pouvoir législatif est cxercé evnjoin-
tement p' ar le roi et par l'Assemblée nation
nale. ('
La Chambre unique est renouvelable tous,
les quatre ans au suffrage universel direct
et secret, à raison d'un député par 40.0tK>
habitants.
Le roi peut dissoudre la Chambre, maia
le décret de dissolution doit être contres]..
gné par tous les ministres et prescrire de)
nouvelles élections sous les trois mois.
L'organisation judiciaire prévoit une cou*}
de cassation unique siégeant à Zagreb.
Le royaume est divisé administrative*
ment en régions de 800.000 habitants char
cune au minimum.
RUSSIE ,
Sur la tombe de Koltchak
Reval, 29 juin.
Les autorités bolchevistes d'Irhoutsk ont
interdit tout acte de vénération des tombes
de l'amiral Koltchak et de son ancien pre-
mier ministre Pépelaiëff. En effet, une sortef
de culte commençait à naître pour les deux
tombes où la population croit que sont en-
terrés ces deux victimes de la guerre civile.,
Les bolcheviks, tout en interdisant les pè*
lerinages, s'efforcent de convaincre la popu-
lation qu'elle se trompe dans le choix qu'elle!
a fait des tombes.
LES TRIBUNAUX
UNE EXECUTION MILITAIRE J
CONSTITUE-T-ELLE UN RISQUE 1
DE GUERRE
Certain mobilisé était assuré sur la v'
à la Compagnie Mondiale pour une somt
de 90.000 francs quand il fut condarnnâ ^H
mort et fusillé en vertu d'un jugement
conseil de guerre. Bien que le contrat ^^H
prévu les risques de guerre, la Camp: ^H
crut devoir se refuser à verser le ru
de l'assurance aux héritiers du CQnd ^H
en objectant qu'en raison des circonst l
la clause des risques de guerre a\;~t
vêtu un caractère immoral. Ainsi pli
hier Ma Aubépin, avocat de la Compa.
devant la neuvième'chambre. Sur eot
sions d'ordre contraire présentées au ~~N
de la famille par Me Mettetal, le tribun H
invité la Compagnie à se conformer i
engagements tels que le contrat les ~~N
définis. •
UNE LIBERALITE DE MENELI ^^H
Le docteur Vitalien réclamait 1.1.-
francs à la compagnie des chemins de
éthiopiens, ainsi qu'à FEtat français, de
la première chambre. Il exposait ql
temps où il soignait le négus MCIlûliJ ^H
avait obtenu de ce monarquie une cane
sion de chemins de fer à la frontière , élhiV
pienne d'Addis-Abbaba et qu'ayant rétrocédai
cette concession il n'avait pas été désinté-
ressé.
Se décïaranf incompétent à juger t'Etat
français, le tribunal l'a débouté de sa de-
mande à l'égard de la compagnie.
- Marc DESLEY.
L'EMPOISONNEMENT DE Mlle LITOLFP)
Le tribunal civil de Versailles a rendil
hier après-midi son jugement dans l'affaire!
de l'empoisonnement de Sannois, qui l'e.
monte à 1913.
On se souvient que le "pharmacien îlau-
tefeuille et son élève Curabet avaient vendue
de la chicorée sauvage renfermant du da-
tura stramonium à Mlle Litolff, la fille dtf
célèbre compositeur de musique, - e(
l'avaient empoisonnée ainsi que sa bolinej
Juliette Gouiier.
Mile LitoJff, qui est actuellement para.
lysée par suite - de cet empoisonnement,.
s'était portée partie civile. Elle était repré-4
sentée par Me Henri Robert. Elle a obtenu
20.000 francs de dommages et intérêts qui
lui seront payés conjointement par M. Hau-
tefeuille et par son élève.
Ajoutons que la bonne de Mlle Litolff est
morte il y a quelques années des suites de
cet empoisonnement.
POSTIERE INDELICATE
Coïistantine, 29 juin.
* La Goiur d'assises a condamné hier fi
qtmtre mois de prison avec sursis une cm..
ployée des postes du bureau de Constan-
tiné, Mme Larrive, inculpée d'avoir sous-
trait deux lettres chargées qui représen-
taient ensemble une somme de 2.700 francs..
.4
FEUILLETON DU RADICAL < 76
LE ROUGE
ET LE NOIR
# Chronique du XIXe siècle
PAR
* DE STENDHAL -
EIM tétait dmmobile devant Julien qui
venait de replacer l'épée, elle le regardait
avec des yeux où il n'y avait plus de hai-
ïe. Il faut convenir qu'elle était bien se-
luisante en ce moment, certainement ja.-
)MM femlne siTavait moins Ressemble â.
anfe poiHpée parisienne (ce mot était la gran-
te abjection de Julien contre les femmes
le ce pays).
Je vais retomber dans quelque. iatMease
iour lui, pensa Mathilde ; c'est bien pour
e cotip qu'il s.8 croirait mon- seigneur et
maître, (après une| 8;cchute, et au in,o--
nent précis où je viens de lui parler, si
ermis. Elle s'enfuit.
Mon Dieu ! qu'elle est "elle l dit Julien
pn la vovant courir : voilà cet être qui se
précipitait dans mes bras avec tant de
jwèur il. n'y a pas finit jours. Et ces
Srstants ne reviendront. jamais î et c'est
par ma faute Pet. au moment d'une'ac-
tion si extraordinaire, si intéressante pour]
moi, te n'y étais pas sensible !. ll^.faait
nvouer que je suis né avec un caractère
bien plat et bien malheureux.
Le marquis parut : Julien se hâta de Juj
annoncer son départ.
- Poïir où ? dit M. 2e la. M0I&
— Pour le Languedoc. * *
— Non pas. s'il vous platt, vous êtes
réservé à »d& plus haujtes destinées, sil
vous partez ce sera pour le Nord. même,
en termes militaires, je vous consigne à
l'hôtel. Vous m'cHiUgercK de n'être jamais
plus de deux ou trois heures absente je
puis avoir besoin de vous d'une moment
à l'autre. «
Julien salua, et se retira sans mot dire,
laissant le marquis fort étonné : il était
hors d'état de parler, il s'enferma dans
s" chombre. Là, il -put s'exagérer en li-
berté toute l'atrocité de son sort.
Ainsi, pensait-il je ne puis tpas même
m'éloigner ! Dieu sait combien de jours le
marquis va me retenir à Paris ; grand,
Dieu ! que vais-je devenir ? et pas un ami
que je puisse consulter : l'abbé Pirard ne
me laisserait pas finir la première phase,
le comte Altamira me proposerait de m'af-
filier à quelque conspiration.
Et cependant je.' suis fou, je le sens ; je
suis fou !
Qui pourra me guider, que; vais-jë deve-
nir il i
XLVIII
I 1 MOMENTS CRUELS
Et elle me l'avoue ! Elle détai" lle
A jusqu'aux moindres circonstances !
Son oeil El beau fixé sur le mien.
* peint l'amour qu'elle sentit pour un
Vautre 1 * * * *• SchiUer.
Mlle de La Mole ravie, ne songeait qu'au
bonheur d'avoir été sur. le point d'être tuée.
Elle allait jusqu'à se dire : Il est digne
d'être moin maître, puisqu'il a été sur le
point de me tuer. Combien faudrait-il fon-
dre ensemble de beruux jeunes gens de la
société pour arriver, à un tel mouvement
de passion ? v
fi faut avou&E gu'il était bien joli a3~
moment, oû il est monté sur la chaise, pour
replacer l'épée, précisément dans la posi-
tion pittoresque que le tapissier décorateur
lui a donnée ! Après tout, je n'ai pas été
si folle de l'aimer.
Dans cet iiistânt, s'il se fût présenté quel-
que moyen honnête de renouer, elle relit
saisi avec plaisir. Julien, enfermé à doulble
tour dans sa chambre, était en proie au
plus violent désespoir. Dans ses idées
folles,, il pensait à se jeter à ses pieds. Si
au lieu de se tenir caché dans un lieu
écarté, il eût erré au jardin et dans l'hô-
tel, de manière à se tenir à la portée des
occasioos, il eût peut-être en un seul ins-
tant changé en bonheur le plus vif son
arilreux malheur. 1 *? 1
Mais l'adinesae dont nous lui reprochons
l'absence * aurait exclu le mouvement su-
blime de saisir l'épée qui, dans ce moment,
le rendait si joli aux yeux de Mlle de La
Molle. Ce caprice, favorable à Julien, dura
toute la journée ; Wathilde se faisait une
image charmante des courts instants pen-
dant lesquels elle l'avait aimé, elle les re-
grettait. » - * * — f
Au fait, se disait-elle, ma passion pour ce
pauvre 'gajrçon n'a duré à ses yeux que
depuis une heure après minuit, quand je
l'fil vu arriver par son échelle avec tous
ses pistolets, dans la poche de côté de son
habit, jusqu'à huit hieures du matin. C'est
un quart d'heure après, en entendant la
messe à Sainte-Valère, que j'ai commencé
à penser qu'il pourrait bien essayer de me
faire obéir au nom de la terreur,
Après dîner, Mlle de La Mole, loin de
fuir Julien, lui parla et l'engagea en quel-
que sorte à la suivre au jardin ; il obéit.
Cette épreuve lui manquait. Mathilde cédait
sans s'en douter à l'amour qu'elle repre^
nait pour lui. Elle trouvait un plaisir ex-
trême à se promener à ses côtés, c'était
avec miiosité* qu'elle regardait ces maiins
qui, le matin, avaient saisi l'épée pour la
tuer..
Aorès une telle action, après tout ce qui
s'était passé, il ne pouvait plus être ques-
tion de leur ancienne conversation.
Peu à peu Mathilde se mit à lui parler
avec confidence intime de l'état de son
coeur. Elle trouvait une singulière volupté
dans ce gemre de conversation ; elle en vint
à lui raconter les mouvements d'enthousias-
ma qu'elle avait éprouvés pour M. de Croi-
senois, pour M. de Cayius.
— Quoi 1 pour M. de Cayius aussi s'écria
Julien ; et toute l'amère jalousie d'un amant
délaissé éclatait dans ce mot. Mathilde en
j'Uigea ainsi, et n'en fut point offensée.
Elle continua à torturer Julien, en lui
détaillant ses sentiments d'autrefois de la
façon la plus pittoresque, et avec l'accent
de la plus intume vérité. Il voyait qu'elle
peignait,ce qu'elle avait sous les yeux. IJ
avait la douleur de remarquer qu'en par-
lant, elle faisait des découvertes. dans son
ppqpne cœur.
Le malheur de la jalousie ne peut aller
plus loin
Souçonner qu'un rival est aimé est déjà
bien cruel, mais se voir avoeur en détail
l'amour qu'il inspire par la femme qu'on
adoré est sans doute le comble ées d'ou-
leru:rs.' <
Oh l combien étaient punis, en cet insJ-
tant, les mouvements d'orgueil qui a'à1lhnt
porté Julien à se préférer aux Cayius, aux
Croisenois ! Avec quel malheur intime et
senti il s'exagérait leurs plû's petits avan-
tages ! Avec quelle bonne foi ardente il se
méprisait lui-même ! *
Mathilde lui semblait adorable, toute pa-
l'ole lcst faible pour exprimer l'excès de son
admiration. En se promenant à côté d'elle,
il regardait à la dérobée ses mains, ses
bras, son port de reine. Il était sur le point
de tomber à ses pieds, anéanti d'amour et
de malheur et en criant : Pitié !
Et cette personne ai belle, si supérieure
à tout, qui une fois m'a aimé, c'est M. ; de
Caylus qu'elle aimera sans doute bientôt.
Julien ne pouvait douter de la sincérité de
Mlle de La Mole ; l'accent de la vérité était
trop évident dans tout ce qu'elle disait. Pour
que rien absolument ne manquât à son mal-
heur, il y eut des moments ..où, à force de
s'occuper des sentiments qu'elle avait éprou-
vés une fois pour M. de Cayllus, Mathilde
en vint à parler de lui comme si elle l'ai-
mait actuellement. Certainement il y avait
de l'amour dans son accent, Julien le voyait
nettement.
L'intérieur de Sa poitrine eût été inondé
de plomb fondu qu'il eût moins soutIert.
Comment, arrivé à cet excès de malheur,
le pauvre garçon eût-il pu deviner que c'était
parce qu'elle parlait à lui, que Mlle de La
Mole trouvait tant de plaisir à se rappeler
les velléités d'amour qu'elle avait éprouvées
jadis pour M. de Caylus ou M. de Luz ?
,Rien ne saurait exprimer les angoisses de
Julien. Il écoutait les confidences détaillées
de l'amour éprouvé pdur d'autres dans cette
môme àll<*e de tilleuls où, si peu de jours
auparavant, il attendait qu'une, heure son-
nât pour pénétrer dans sa chambre. Un être
humain ne peut soutenir le malheur à un
plus haut degré. ,"
Ce genre- d'intimité cruelle dura huit
grands jours. Mathilde tantôt semblait re-
chercher. tantôt ne fuyait pas les occasions
de lui parlée ; et le sujet de conversation,
nucruel ils semblaient tous deux revenir
avec une sorte de volupté cruelle, c'était le
récit des sentimenLs ou'elle avait éprouvés
Dour d'autres : elle lui racontait les lettres
qu'elle avait écrites, elle lui en rappelait
jusqu'aux paroles, elle lui récitait des phra-
ses entières. Les derniers jours elle sem-t
blait cbntempler Julien avec une sorte de
joie maligne. Ses douleurs étaient une vive
jouissance pour elle.
On voit que Julien n'avait aucune expé-
rience de la vie, il n'avait pas même lu de
romans ; s'il eût été un peu moins gauche
et qu'il eût dit avec sang-froid à cette jeune
fille, par lui si adorée et qui lui faisait des
confidences si étranges : convenez que quoi-
que je ne vaille pas tous ces messieurs"
c'est pourtant moi jque vous aimez.
Peut-être eût-elle été heureosé d'être de'
vinée; du moins le succès eût-il dépendu en-
tièrement de la grâce avec laquelle Julien
eût exprimé cette idée,' et du moment qu'il
eût choisi. Dans tous les cas il sortait bieni
et avec avantage pour lui, d'une situation
qui allait devenir monotone aux yeux de
Mathilde.
— Et VO'-..s ne m'aimez pILS, moi qui vous
adore ! lui dit un jour Julien éperdu d'a-
mour et de malheur. Cette sottise était fi peu
près la plus grande qu'il pût commetre.
Ce mot détruisit en iUn clin d'œil tout le
plaisir que Mlle de La Mole trouvait h lui
parler de l'état de son cœur. Elle eommen,
çait à s'étonner qu'après ce qui s'était passé
il ne s'offensât pas de ses récits, elle alloil
jusqu'à «'imaginer, au moment où il lui tint
ce sot propos, que peut-être il ne l'aimait
pluif La fierté a sans doute cfcint non
amour, se disait-elle. Il n'est pas hommè à
se voir impunément préférer des -êtro*
comme Caylus., de Luz, Croisenois, nu'il
avoue lui être tellement supérieurs. Non,
je ne le verrai nlus à mes pieds î
(A$uivre.\
LE RADICAL
tes les questions intéressant exclusivement
le personnel dirigeant. Que faut-il enten-
dre par personnel dirigeant ? L'article 2 ré-
pond à cette question : directeurs ou direc-
lears adjoint#, qui n'appartiennent pas aux
conseils d'administration, directeurs de
sections, gérants des éuccursales, caisses
de dépôts et bureaux de changes, fondés de
pouvoirs/ employés dont l'emploi présuppo-
se* une éducaîwn universitaire complète,
spécialistes techniques, économistes, {onc-
hou mires placés dans un poste impliquant
une responsabilité ou une surveillance par-
liculièrs. — -
Ces précisions sont fort significatives.
D'abord, le personiiel dirigeant est nette-
çrient séparé du groupement financier pa-
tronal. En second lieu, ont- été grvupês
Joua les employés dont les fonctions néces-
sitent une prédonainanca des qualités intel-
lectuelles. Uk 4.1 si, 1;
L'article 3 du contrat n'est pas moins in-
téressant. Il dispose (jus ; « La rémufté-,
ration du personnel direçtçnv nt s ira pas
fixée suivant tarif. Elle correspondra à la
position individuelle, au rendement person-
nel, à Véducation, etc., de chacun. Toute-
fois, la rémunération du personnel diri-
geant devra être supérieure à celle de tous
les employés qui se trouvent sous ses or-
dres, sauf cas exceptionnels et justifiés.
Les dispositions de cet article semblent
répondre aux objections les plus sérieuses
qui aient été faites contre le nivellement,
- emprunté ù la formule syndicale ouvrière,
vers quoi tend le jeune syndicalisme in-
tellectuel, par imitation et confusion dan-
gereuses. Le principe de l'individualisme,
les qualités très particulières du travail in-
tellectuel sont ici reconnus et sauvegardés.
Il apparalt bien que les recherches de no-
tre C. T. I., pour des applications prati-
ques et viables, doivent être dirigées dans
se sens.
, Robert VEYSSIÉ.
Le grand emprunt
, de la ville de Paris
r Aprèa les années de lutte et malgré les
(difficultés de l'heure - présente, tout tend
peu à peu vtera l'équilibre normal. C'est
ainsi que te moment est venu pour la Ville
de Paris de rendre à la capitale l'éclat qui
s'attache à son nom. De nombreux travaux
d'entretien qui avaient dû être ajournés
présentent aujourd'hui un caractère d'ex-
trême urgence, et l'exécution d'une partie,
tout au moins, du grand programme d'édi-
lité interrompu en 1914 s'impose plus que
jamais. k
C'est dans ces conditions que la Ville est
smenéa à émettre son grand emprunt de
1.800 millions qui sera réalisé du 4 au 21
juillet proûhain en obligations à long ter-
me de 500 fr. nominal rapportant un in-
térêt net de tous impôts présents et futurs
de 5,75 et donnant, en outre, des lots
importants qui portent, en réalité, la taux
de placement à 6
Elle a, on le voit, choisi la bonne formule,
celle qui est appréciée des petits comme
des grands capitalistes tant pour la sécu-
rité que pour le rapport et les chances de
lots qui sont, rappelons-le, exonérés de
l'impôt général sur le revenu. Mais, en
plus de ces avantages, elle s'est attachée à
favoriser le plus possible des porteurs Je
ses titres émis pendant la guerre. Pour
çeux-là, elle consent" des conditions toutes
particulières : l'intérêt se trouve porté à
B,25 %, le prix d'émission étant ramené de
500 fr. à 480 fr., et même par l'escompte
de l'intérêt à édho-ir le 15 janvier 1922, la
somme à verser n'est plus que de 46G fr. '41
par titre. Ces privilégiés, ce sont- tous les
possesseurs d'obligations de. l'emprunt 1919
qui pourront souscrire par priorité et a ti-
tre irréductible autant d'obligations, nou-
velles qu'ils ont d'obligations de 1919' ces-
obligataires de 1919 auront, d'ailleurs, le
droit de transmettre à des tiers leur privi-
lège.
D'auitne' part, les derniers porteurs
^'obligations quinquennales 1917, dont
l'échéance arrive en juin 1922, pourront
user du droit de préférence qu'ils tiennent
t'hl décret du 5 avril. 1917 en échangeant
leurs obligations, titre pour titre : en plus
d'une obligation nouvelle, ils recevront-une
Êoultéde 15 fr. par obligation et de 3 fr. par
cinquième. représentant la fraction de la
prime dWiortissement et des coupons.
Les swssoripteurs qui n'ont ni obligations
de 1919 ni -obligations de 191T reçevront le
titre compté au prix-de 500 francs, mlais
ramené à 467 fr. 70 par suite du coupon in-
térimaire. Sur cette somme, 50 francs seu-
lement seront appelés à la souscription, et,
«'ils le (iésirent, ils' pourront se libérer du
surplus .par versements échelonnés sur une
période de deux années. Avec de telles con-
ditions, il n'est pas douteux que cet-em-
prunt rempotera un ttès grand succès,
surtout si l'on tient compte de l'importance
des lots dont le total atteindra 5.625.000 fr.
par ail et qu'il y aura notamment 2 lots de
1 million, 6. lots de 150.000 francs, 8 lots tfe
1ÔÛ.00Û francs, 22 lots de 50.000 francs, etc.
Les cadres de l'aviation
Le -ministre de la guerre vient de prendre
un décret qui fixe le nombre des officiers
hors cadre au titre de l'aviation"
Le but de ce décret est de permetre d'at-
tendre le moment ou la nouvelle loi des
cadras qui doit constituer l'aéronautique. mi-
litaire en une arme, autonome, sera votée,
tout en acheminant dès maintenant l'aéro-
nautique vers sa constitution future.
La nouvelle arme comprendra 9 colonels.
17 lieutenants-colonels, 119 commandants.
432 capitaines et 777 lieutenants ou sous-
lieutenants..
4ebkocs
Les hait heures et la marine.
g —-
a M. Reazed, qui {'eSt. àlî_l hier encore secrétaire
■dit Syndicat des Inscrits Maritimes de Mar-
seille, à jnttiEtê rêcetmnciU dans le Matin un
article sensationnel qm HéJMS apprend que la
loi de huit heures n'est pas appliq uée dans
la V marine marchande anglaisa, nmlgré *■ la
clause du traitê de Versailles qui prévoit la
journée de huit heures eu faveur de tous, les
travailleurs. ; ¿ , j f -/V
iLa Frottee n'avait -pas attendu ce traité
pour voter la réforme. il y a onze ans, en
fanieur. du personnel des machines, et, dès
1920, poitf Vappliqitfr aux vidiclots et au fer-
sonnel fa restaurant. "': 1 « «
De lourdes charges ont été assuviées ainsi
par 'ta mariné'française dont l'infériorité déjà
grande sur la flotte anglaise f es è accrue d'au-
~t~t~l '«'l - l , :«•" ?
M. Réaud notes apprend que c'est le délé.
gué des marins britanniques, président de la
fédération iiiÛrnafioltale des 7narins, — M.
Havelock Wilson, qui, dans les congrès inter-
nationaux, a contribué affaire réclamer la
joiérnée de huit heures par les autres pays,
tandis qu'il n'a mis aucune énergie à l'obte-
nir pour VAngleterre.
Il a ainsi servi '!es desseins et fait les affai-
res de Vimpérialisme naval anglais et de. son
pays. Et tes Français ont, une fois dè plus,
Íoul-le rôle de dupes.
M. Réatid nous apprend tout ceci. Mais il.
n'en tire pas la morale, ni le Matin.. ,
Tirons-la pour 4?
Notre marine marc/umtle subit la crise gé-
nérale. Les ittarins ne trouvent plus à s'em-
barquer. Si, au lieu de déclarer la guerre de
classe, ils avaient pensé que leur propre inté.
rêt était solidaire de-la prospérité générale
de la marine et du pays, ils auraient hésité à
vouloir, envers et -c-ontre tout, cette, loi de
huit heures que M. Réaui avozte avoir des-
servi les intérêts ile. '¡dire marine, au profit
de la marine anglaise.
Au lieu de se répandre en plaintes, nos via-
rhis syndiqués navigueraient; ils gagneraient
leur vie, et 'la crise économique en serait
moins effroyable.
n. Mosellan,
On teofiîitoeùt à Vérifies,
Aujourd'hui, à 10 h. 30, aura lieu l'origi-
nale inauguration du monument 'it la mé-
moire de l'aviateur Védrines. sur Je toit
des Galeries Lafayette.
On se rappelle que Védrines réussit à atter-
rir sur les terrasses de ce magasin.
En souvenir de cet .exploit on a fait ériger
une stcle de marbre, haute de 1 m. 7° en
forme de pyramide. Sur l'une des faces est
représentée l'effigie de Védrines.
L'inauguration yeva présidée par M. Lau-
rent Eynac. Une musique militaire se fera
entendre pendant la cérémonie.
JKort du plus vieux soldat.
Il aurait eu cent ans en septembre pro-
chain. Il s'appelait Antoine Genest. Il vient
de s'éteindre à Bussières (Puy-de-Dôme).
Incorporé en 1842, il servit cinq ans - en
.Algérie., assista a la bataille de l'Isly et à la
reddition d'Abd-el-Kader.
En 1870, il était chef du personnel au lycée
du Prince Impérial, devenu le lycée Miche-
lét, à Vinves; il put, grâce à son sang-froid;
éviter le pillage des caves pendant la Com-
mune.,
Il tenait à son vin. Il buvait sa chopme à
chaque repas, et, après, sa goutte d'eau-de-
vie de prune.
Dans le monde
-
A L'ELYSEE
m J—
Le président 'de la République a reçu
hier après-midi, à l'Elysée, avec le céré-
monial habituel, M. Montero, ministre plé-
nipotentiaire de Paraguay, qui lui a remis
ses lettres de créance.
FIANÇAILLES
On annonce les fiançailles de Mlle Thé-
rèse Môngel, nièce de M. Jourdain, ancien
ministr.e' du travail, député du Haut-Rhin,
avec M. Raymond Parmentier, notaire à
Chauny (Aisne), président de, la chambre
des notaires de l'arrondissement de Laon.
MARIAGES
- Hier, à midi, a été célébre, en l'église
Saint-Augustin, le mariage. de Mlle Pau-
,
line Pierrot-Deseilligny, fille de M. Paul
Pierrot-Deseilligny, chevalier, de la Légion
d'honneur, syndic de la compagnie des
agents de change de Paris, et de Mme,
née Mazerat, avec M. Roger André, dé-
coré de la médaille militaire et de la croix
de guerre, fils de M. Léon André, cheva-
lier de la Légion d'honneur, commissaire-
priseur, ancien président de la compagnie,
et de Mme, née .Rigaulrt.
— Mardi matin a été célébré ci l'hôtel dp
ville de Bruxelles le mariage de Mlle Ge-
neviève Serot Ahneiras-Latour, fille de l'at-
taché militaire à l'amhasasde de France à
Bruxelles, avec le vicomte Gaëtan de Tu-
chis de Varennes, lieutenant au * 38 hus-
sards. -
La bénédiction nuptinle a été donnée par
le cardinal Mercier, archevêque de Malines.
MICROLOGIE
.l - Nous avons annoncé hier la mort d~
Mlle Georgctte Niclausse, décédée au châ-
teau des Boissières, près de Chartres, à
l'ûge de 21 ans.
Les obsèques auront lieu ce matin, à 10
iieures, à l'église Saint-Pierre-de-Chaillot,
où l'on se réunira. <* 1 t ; j *
On annonce Ja mort :
— De Mme Marc Antocolsky, née d'Apa-
toff, décédée après une longue et doulou-
reuse maladie. Appartenant à l'une des
plus anciennes familles de l'aristocrutie po-
lonaise, elle était la veuve de M. Marc An-
tocolsky, l'illustre sculpteur attaché à la
cour impériale de Russie, membre de l'Ins-
titut de France, commandeur de la Légion
d'honneur. Ai* 1 tia
— On annonce la mort du docteur Ar-
thur Chervin, directeur de l'institut des
bègues de Paris, chevalier de la Légion
d'honneur, décédé le 27 juin, à Salamanque
(Espagne), au cours d'une misison pour le
gouvernement français.
BIENFAISANCE
Grande keJmesse dans les salles et jar-
dins du Trocadéro, les samedi 2 et diman-
che 3 juillet, sous le haut patronage de
Mme MiUerancl. l nn profit des crèches et
des œuvres de l'enfance su 16e arrondisse-
ment.
Cette fête d'union sacrée, qui aura le plus
grand succès, est organisée par la mairie
du 16* et par toutes les œuvres de l'arron-
dissement.
Merveilleuses attractions, village alsa-
cien, théâtres, concerts, danses alsacien-
nes, lancement de'montgolfières, etc.
Le soir, fête de nuit, illuminations, ron-
taines, lumineuses, feu d'artifice, etc.
LA MORT DU ZOUAVE
Nous avons relaté hier, d'après ta Voix
du Combattant, la mort tragique du soldat
Letermelier, du 4° zouaves ,qu.i, hospitalisé
après lai retraite de Charleroi dans le vil-
lage de Rooiilly-Sauvigny, aurait été noyé
dans la Marne par le maire du pays, M.
Monnerat, assisté de deux conseillers mu-
nicipaux, MM. Taillefert et Frichet. Le
21 .août 1921, le maire se suicidait.
• La mère du malheureux soldat. Mme Le-
termelier, fit l'impossible pour faire pour-
suivre les assassins de son fils. Elle reçut,
du Drocureur général, une lettre dans la-
quelle le magistrat disait :
« Votre fils, madame, a bien été assas-
siné : c'est un crime abominable, une chose
qui n'a pas de nom. J'avais l'intention d'en*
voyer le maire en cour d'assises, mais il
s'est suicidé. » -
L'Union des combattants, par lai voix de
M. Charles Bernard, député de la Seine, a
demandé au ministre de la justice les rai-
sons des lenteurs de l'instruction.
Il lui a été répondu que la chancellerie
était saisie et qu'une information était en
cours.
Cette affaire prôvoque dans le pays une
émotion considérable. Des témoins du
drame précisent les circonstances dans les-
quelles ir se déroula. Mlle Odette Maublau,
qui assista à la terrible scène, affirme
avoir entendu le maire répondre à Mme
Taillefert aui ninlerrogeait sur le sort du
zouave : c Je l'ai f. à l'eau. »
D'autre part, M. Fricliet, l'un des deux
conseillers municipaux, rapporte que Le.
termelier mourut très naturellement des
suites die ses blessures. Le cadavre du
zouave ayant été exhumé, on n'a découvert
ni brin de roseau ni herbe sèche permet-
tant d'affirmer que le corps aurait séjour-
né, dans l'eau.
Quant au prétendu suicide du maire, ce
serait une fable. M. Monnerat serait mort
d'un cancer compliqué d'une maladie de.
cœur.
Le conseil général nomme son bureau
M. Marin est élu président
Le conseil uinéral de la Seine a tenu
hier la première séance de sa session.
La séance a été ouverte à 3 heures par
M. Marquez, doyen d'âge.
M. Marquez a prononcé le discours
d'usage, puis il a été procédé à l'élecbion
du bureau.
M. Marin, conséiller général de Saint-
Mamr, candidat du Bloc national, « été élu,
au tpremier tour, président du conseil gé,.
néral.
M. Marin est né à Joinville-le-Pont et
1857. Avant d'entrer dans la politique, il
se dévoua à des œuvres de prévoyance
sociale et de mutualité. Elu conseiller mu-
nicipal de Saint-Maur, en 1908, il fut nom-
mé maire à l'unanimité. En mai 1909, il
fut nommé conseiller général. Il fut réélu
en 1912 et en 1919. M. Marin est chevalier
de la Légion d'honneur.
« Le conseil général a nommé vice-prési-
denitis, MM. Reaud et de Castellane ; secré-
taires, MM. Jupin, Doussain, René Lam-
bert et Lefébure.
Aussitôt le scrutin terminé, M. Marin a
pris possession du fauteuil et a remercié
en quelques mots ses collègues de leur
marque de confiance. 4
M. Aucoc est nommé syndic par 57 voix.
A ;L■ I .G1IIBIK
Les exécutions militaires
.J : (SUITE) ~-~-~
'_•> A #•*# } * ..,.
Intervention de M. Briand
C'est le président du conseil qui lui ré-
pond y»*»! WH - <
- L'esprit de parti, déclare-t-il, t»st une
chose terrible qui s'empare des hommes à
leur insu, thii 0 ,"" 4 ".t
! t « Je suis sûr que M. Berthon, •■ u dépg-
saJnt son interpeHaition, n'a été mû que par
un sentiment de justice ; mais il fout lais-
ser à la cour de cassation — (n qui M.
Beirthon a confiance comme tout le monde
ici — le soin de remplir -sa tAche.
; « Les ,a
commettre une auifcre. La guerre ne s'est
pas faite dans des prétoires.
« En tout cas. asaure-t-il d'une voix
forte, la discussion imimèdiate de l'inter-
pellation amènerait une discussion pas-
sionitée, au cours de ltaauelle on oublierait
vite les victimes pour atteindre très vite
des personnalités dont la France a besoin.
« Des dépositions nouvelles ont été re-
cueillies, des pièces réunies ; la cour die
cassation est saisie. Le gouvernement ne
veut pas que, dans de pareilles conditions,
un débat prématuré .s:e déroule ici. De pa-
reilles questions, pour être traitées en
pleine justice, ont besoin de sa développer
dans une atmosphère sereine.
« Le gouvernement prie donc la Cham-
bre de ne pas ordonner la discussion im-
médiate- » -'
A l'extrême-gauche, on jprotefcte juvec
véhémence, ce qui amène cette réplique de
M. Briand à l'adresse du groupe socialiste :
« Rien qu'à la façon dont vous écoutez
le président du conseil sur l,a seiule fixation
do la date, vous donnez une idée de ce que
pourrait devenir le débat au. fond s!il était
ordonné. » à 1 - 1
Enfin on piasse au vote, et par 412 voix
contre 184, l'interpelliatiion de M. Berthon
est ajournée sine die.
Par 416 voix contre 157, on ajourne de
même celle de M. Aubry.,
La question des interpellations ainsi ré-
glée, après un débat qui n'a pas duré
moians de deux heures, la Chambre re-
prend son oretire du iour.
Le nouveau régime des pétroles
Interrompant la dissussion lp. la taxe sur
le chiffre d'affaires, la Qhambre a consacré
sa séance d'hier matin à l'examen d'un
projet de loi tendant à ratifier le décret du
7 mai 1921 qui a institué sur les licences
d'importation des huiles et essences de
pétrole une surtaxe temporaire.
Si ce décret n'était pas transformé en loi,
l'importation des pétroles serait libre à
partir du 1er juillet 1921. Or, le régime de
la liberté sans condition est, à l'heure ac-
tuelle, impraticable encore. Il faut, avant
tout, liquider, à un prix raisonnable, les
stocks qui ont été constitués pendant la
guerre pour la défense nationale.
C'est ce que, très brièvement, a exposé
le rapporteur, M. Ch. Lebouicq, en con-
cluant au vote du projet.
Ce projet, a-t-il ajouté, ne met pas en
cause le régime définitif des pétroles ; le
régime provisoire qu'il établit n'a pour but
que de permettre aux commissions com-
pétentes de poursuivre, sans autre préoccu-
pation, les études commencées pour' l'éla-
boraiion d'une loi nouvelle basée sur la
liberté contrôlée.
-La liquidation des stocks entraînera pour
l'Etat une perte sèche de 175 millions, mais
cette dépense est nécessaire ; elle sera, du
reste, récupérée par le jeu de la surtaxe
de 30 francs par hectolitre que paiera l'im-
portateur et dont la dégression se fera par
paliers à raison de 2 francs pour les douze
premiers mois et de 1 franc pour les six
mois suivants.
M. Engerand reconnaît que le projet est
indispensable mais il voudrait que ce soit
la loi de finances et non un décret qui en
fixe l'expiration.
M. Herriot n'est pas rassuré. Il craint
que le provisoire ne devienne le définitif ;
aussi demande-t-il que l'effet de la loi en
discussion prenne fin le 1er déce-mbre lel.
Sur le désir du ministre du. commerce, il
consent, toutefois, à ce que cette date soit
reportée au 1er janvier 1922.
Nouvelles observations encore dp MM.
Barthe et Ch. Baron, puis,pa,r 503 voix con-
tre 1, l'ensemble du projet est adopté, avec
ces dispositions essentielles que la loi res-
tera en vigueur jusqu'au lor janvier 1922 et
que le taux de la surtaxe, initialement fixé
à 30 francs, sera réduit progressivement
par décret. •
LE STATUT DES OFFICIERS
A TITRE TEMPORAIRE
* Cette question rég;lée, la Chambre aborde
la discussion du projet de loi tendant à
déterminer le statut des officiers nommés
ou promus à titre temporaire depuis le
début des hostilités.
En fait, expose le rapporteur, M. Ricolfi,
il s'agit de fixer le sort de 14.000 oïficiers
dont plus de 8.400, venant du' rang, n'ont
aucun gradé définitif et sont, après la
guoripe, avec des charges de famille, dans
l'inquiétude du lendemain.
Aux termes niâmes du projet, les officiers
à titre temporaire qui sont déjà pourvus
d'un grade a titre définitif recevront, sur
leur demande, un commandement, mais de
grade irifétrieur. Qùant aux officiers qui
n'ont aucun grade définitif,* leur nomination
ayant été faite pendant la guerre, les ef-
fets doivent- en cesser, celle-ci finie. Une
année de délai, toutefois, va leur être don-
née pour s'orienter, année d'ailleurs payée,
et ils pourront concourir aux emplois ré-
servés. * ""■» t v" 1
"Pour les officiers qui ont moins de quinze
ans de service, ils pourront, au bout de
treize ans, demander des congés libéra-
bles, • p' endant lesquels ils toucheront une
année die solde, ainsi, bien entendu, que
leur pension d'officier.
* Ces diverses dispositions trouvent en M.
Anselme Patureau-Mirand un ardent dé-
tracteur. A son avis, elles sont insuffisan-
tes et il fait du projet une critique. si acerbe
que, tour à tour, protestent avec une égale
véhémence le ministre de la guerre, M.
Barfnon, le "Colonlj Fabry et le général de
Oastelnan, président de la commission de
l'améo. 4 W, 1 h f* # *
Interrompue, au début de la séance de
l'après-midi, par le débat sur la fixation
de la date des interpellations. socialistes
dont nous rendons compte d'autre part, la
discussion reprend par l'examen des arti-
cles sur lesquels l'accord est, du reste,
complet entre le fhinistre de la guerre et
la commission de l'année.
Sur l'article 7, cependant, malgré l'avis
de M. Barthou,. on décide de réintégrer
dans le cadre latéral avec leur grade d'offi-
cier à titre temporaire, les sous-officiars
qui ont démissionné pour contracter un en-,
gaiement.
C'est la seule modification apportée au
texto de la commission.
Ce matin à 9 heures et demie : les em-
plois réservés.
Ad. LOYER.
LA LOI SUR LES DOMMAGES
DE GUERRE
M. René Lefebvre, député du Nord, vient
de terminer son rapport sur le projet de
loi voté par le Sénat, concernant les ces-
sions et modes de remploi de dommages
de guerre.
Ce rapport adopte l'article deux du pro-
jet du Sénat concernant les modes de rem-
ploi, mais, en ce qui concerne les cessions,
conclut à un certain nombre de modifica-
tions tant laiU fond qu'à la forme du texte
sénatorial.
N Il admet, lui aussi, le principe de la li-
mitation des droits des cessionnaires, mais
il distingue ces droits suivant deux caté-
gories de dommages :
Les dpmmages concernant les maisons
d'habitation, qui ne pourront être cédés
que m'oyennant obligation de remploi dans
la commune ou les communes limitrophes.
Les dommages industriels, aigricoles et
commerciaux, dont les cessionnaires con-
serveront la latitude du remploi dans les
50 kilomètres, à îa condition toutefois que
le remploi ainsi effectué soit conforme au
caractère du dommage cédé. - 1.
D'autre part, le rapport prévoit un cer-
tain nombre de dérogations aux nouvelles
obligations imposées.
LE CBIFFîE D'AFFAIRES ET L'AORIGULTORE
Pour les petits syndicats agricoles
'La Chambre, en discutant hier sur le
chiffre d'affaires, a su éviter l'écueil que
nous signalions : le danger de décourager
par l'inquisition fiscale les petits syndicats
agricolea.
L'uniformité égaHia.ire .séduit à première
vue l'esprit, mais elle n'est pas toujours
t'intérêt du pays, encore moins la justice.
Parce qu'un régime forfaitaire était
adopté, fallait-il appliquer le même sans
discernement ni distinction à tous ?
A quoi aurait-on abouti pour ces petits
syndicats agricoles.« de 200 membres,
n'ayant pas d'omplüyé salarié et ayant la
qualité d'intermédiaire, achetant unique-
ment sur demandes préalables de leurs
membres et ne constituant aucun stock ?
Ils font un chiffre d'affaires qui ne dépasse
pas 15.000 francs. Le syndicat * retenant
2 %, l'impôt aurait porté sur une somme
de 300 francs.
En faveur de cette recette si minime pour
le Trésor, fallait-il sortir tout le lourd ap-
pareil du Fisc, brandir ses foudres, mobi-
liser ses agents, ouvrir ses bibliothèques
de grands livres ? Fallait-il accabler les pe-
tits syndiqués sous les complications, les
> dérangements, les justifications de comp-
tes ?
Fallait-il les obliger à chaque instant a
arrêter leurs bœufs sur les sillons pour
comparaître devant un contrôleur? On sait
bien qu'ils n'ont pas de livres et ne peu-
vent pas en tenir. i
Alors.-sur quelle base aurait-on étaoli
le forfait ? Sur une base approximative ?
C'était plus injuste que d'admettre une pe-
dite bosse à cette surface parfaitement
unie que rêvaient d'instaurer les. égali-
taires à outrance.
Que risquait-on"? La fraude? Elle n'est
point à craindra Le syndicat agricole est
un organisme parfaitement défini par la loi.
Il est-absolument impossible à personne
de se déguiser en syndiqué agricole pour
échapper à l'impôt.
Que risquaitnon encore ? Une perte pour
le Trésor ? Au contraire. En demandant
une redevance fixée, anrès uné enquête ap-
profondie, à 15 centimes par membre,
1'Etnt y gagne.
Ce sont les petits syndicats dni achète-
ront un peu plus cher le droit d'être tran-
quilles. Mais ils seront tranquilles.
Et ils resteront syndiqués, pour le plus
grand bien de l'agriculture française
,. l' f „ Em. MONOD. ?
lA L'ETRANGER,
yOUGO-SL/WE -
— i
La Constitution du nouvel Etat l
t L'Assemblée constituante qui a CMnmcn"
cé ses travaux le 14 janvier, a terminé lzç
discussion de la Constitution et l'a votée dé-
finitivement- par 223 voix contre 35. La ma.
jorité comprend la coalition radicale dé.
mocrate, l'organisation musulmane yougo-
slave et les partis paysans slovènes. Ont.
voté contre, le groupe agraire et M. Trum-
bitcJh.
La Constitution dispose que le royaume^
des Serbes, Croates et Slovènes est une mo-
narchie constitutionnelle, parlementaire el,
héréditaire., **« -w-f4? ,
Le roi est Pierre Ier KarageorgevUch c4
son iiéritiec 191 prince Alexandre. La cou-'
ronne passera dans la descendance mÚJa
par ordre de primogéniture.
Le pouvoir exécutif appartient an roi,
qui l'exerce au moyen, de ministres respon-
sables. ;
Le pouvoir législatif est cxercé evnjoin-
tement p' ar le roi et par l'Assemblée nation
nale. ('
La Chambre unique est renouvelable tous,
les quatre ans au suffrage universel direct
et secret, à raison d'un député par 40.0tK>
habitants.
Le roi peut dissoudre la Chambre, maia
le décret de dissolution doit être contres]..
gné par tous les ministres et prescrire de)
nouvelles élections sous les trois mois.
L'organisation judiciaire prévoit une cou*}
de cassation unique siégeant à Zagreb.
Le royaume est divisé administrative*
ment en régions de 800.000 habitants char
cune au minimum.
RUSSIE ,
Sur la tombe de Koltchak
Reval, 29 juin.
Les autorités bolchevistes d'Irhoutsk ont
interdit tout acte de vénération des tombes
de l'amiral Koltchak et de son ancien pre-
mier ministre Pépelaiëff. En effet, une sortef
de culte commençait à naître pour les deux
tombes où la population croit que sont en-
terrés ces deux victimes de la guerre civile.,
Les bolcheviks, tout en interdisant les pè*
lerinages, s'efforcent de convaincre la popu-
lation qu'elle se trompe dans le choix qu'elle!
a fait des tombes.
LES TRIBUNAUX
UNE EXECUTION MILITAIRE J
CONSTITUE-T-ELLE UN RISQUE 1
DE GUERRE
Certain mobilisé était assuré sur la v'
à la Compagnie Mondiale pour une somt
de 90.000 francs quand il fut condarnnâ ^H
mort et fusillé en vertu d'un jugement
conseil de guerre. Bien que le contrat ^^H
prévu les risques de guerre, la Camp: ^H
crut devoir se refuser à verser le ru
de l'assurance aux héritiers du CQnd ^H
en objectant qu'en raison des circonst l
la clause des risques de guerre a\;~t
vêtu un caractère immoral. Ainsi pli
hier Ma Aubépin, avocat de la Compa.
devant la neuvième'chambre. Sur eot
sions d'ordre contraire présentées au ~~N
de la famille par Me Mettetal, le tribun H
invité la Compagnie à se conformer i
engagements tels que le contrat les ~~N
définis. •
UNE LIBERALITE DE MENELI ^^H
Le docteur Vitalien réclamait 1.1.-
francs à la compagnie des chemins de
éthiopiens, ainsi qu'à FEtat français, de
la première chambre. Il exposait ql
temps où il soignait le négus MCIlûliJ ^H
avait obtenu de ce monarquie une cane
sion de chemins de fer à la frontière , élhiV
pienne d'Addis-Abbaba et qu'ayant rétrocédai
cette concession il n'avait pas été désinté-
ressé.
Se décïaranf incompétent à juger t'Etat
français, le tribunal l'a débouté de sa de-
mande à l'égard de la compagnie.
- Marc DESLEY.
L'EMPOISONNEMENT DE Mlle LITOLFP)
Le tribunal civil de Versailles a rendil
hier après-midi son jugement dans l'affaire!
de l'empoisonnement de Sannois, qui l'e.
monte à 1913.
On se souvient que le "pharmacien îlau-
tefeuille et son élève Curabet avaient vendue
de la chicorée sauvage renfermant du da-
tura stramonium à Mlle Litolff, la fille dtf
célèbre compositeur de musique, - e(
l'avaient empoisonnée ainsi que sa bolinej
Juliette Gouiier.
Mile LitoJff, qui est actuellement para.
lysée par suite - de cet empoisonnement,.
s'était portée partie civile. Elle était repré-4
sentée par Me Henri Robert. Elle a obtenu
20.000 francs de dommages et intérêts qui
lui seront payés conjointement par M. Hau-
tefeuille et par son élève.
Ajoutons que la bonne de Mlle Litolff est
morte il y a quelques années des suites de
cet empoisonnement.
POSTIERE INDELICATE
Coïistantine, 29 juin.
* La Goiur d'assises a condamné hier fi
qtmtre mois de prison avec sursis une cm..
ployée des postes du bureau de Constan-
tiné, Mme Larrive, inculpée d'avoir sous-
trait deux lettres chargées qui représen-
taient ensemble une somme de 2.700 francs..
.4
FEUILLETON DU RADICAL < 76
LE ROUGE
ET LE NOIR
# Chronique du XIXe siècle
PAR
* DE STENDHAL -
EIM tétait dmmobile devant Julien qui
venait de replacer l'épée, elle le regardait
avec des yeux où il n'y avait plus de hai-
ïe. Il faut convenir qu'elle était bien se-
luisante en ce moment, certainement ja.-
)MM femlne siTavait moins Ressemble â.
anfe poiHpée parisienne (ce mot était la gran-
te abjection de Julien contre les femmes
le ce pays).
Je vais retomber dans quelque. iatMease
iour lui, pensa Mathilde ; c'est bien pour
e cotip qu'il s.8 croirait mon- seigneur et
maître, (après une| 8;cchute, et au in,o--
nent précis où je viens de lui parler, si
ermis. Elle s'enfuit.
Mon Dieu ! qu'elle est "elle l dit Julien
pn la vovant courir : voilà cet être qui se
précipitait dans mes bras avec tant de
jwèur il. n'y a pas finit jours. Et ces
Srstants ne reviendront. jamais î et c'est
par ma faute Pet. au moment d'une'ac-
tion si extraordinaire, si intéressante pour]
moi, te n'y étais pas sensible !. ll^.faait
nvouer que je suis né avec un caractère
bien plat et bien malheureux.
Le marquis parut : Julien se hâta de Juj
annoncer son départ.
- Poïir où ? dit M. 2e la. M0I&
— Pour le Languedoc. * *
— Non pas. s'il vous platt, vous êtes
réservé à »d& plus haujtes destinées, sil
vous partez ce sera pour le Nord. même,
en termes militaires, je vous consigne à
l'hôtel. Vous m'cHiUgercK de n'être jamais
plus de deux ou trois heures absente je
puis avoir besoin de vous d'une moment
à l'autre. «
Julien salua, et se retira sans mot dire,
laissant le marquis fort étonné : il était
hors d'état de parler, il s'enferma dans
s" chombre. Là, il -put s'exagérer en li-
berté toute l'atrocité de son sort.
Ainsi, pensait-il je ne puis tpas même
m'éloigner ! Dieu sait combien de jours le
marquis va me retenir à Paris ; grand,
Dieu ! que vais-je devenir ? et pas un ami
que je puisse consulter : l'abbé Pirard ne
me laisserait pas finir la première phase,
le comte Altamira me proposerait de m'af-
filier à quelque conspiration.
Et cependant je.' suis fou, je le sens ; je
suis fou !
Qui pourra me guider, que; vais-jë deve-
nir il i
XLVIII
I 1 MOMENTS CRUELS
Et elle me l'avoue ! Elle détai" lle
A jusqu'aux moindres circonstances !
Son oeil El beau fixé sur le mien.
* peint l'amour qu'elle sentit pour un
Vautre 1 * * * *• SchiUer.
Mlle de La Mole ravie, ne songeait qu'au
bonheur d'avoir été sur. le point d'être tuée.
Elle allait jusqu'à se dire : Il est digne
d'être moin maître, puisqu'il a été sur le
point de me tuer. Combien faudrait-il fon-
dre ensemble de beruux jeunes gens de la
société pour arriver, à un tel mouvement
de passion ? v
fi faut avou&E gu'il était bien joli a3~
moment, oû il est monté sur la chaise, pour
replacer l'épée, précisément dans la posi-
tion pittoresque que le tapissier décorateur
lui a donnée ! Après tout, je n'ai pas été
si folle de l'aimer.
Dans cet iiistânt, s'il se fût présenté quel-
que moyen honnête de renouer, elle relit
saisi avec plaisir. Julien, enfermé à doulble
tour dans sa chambre, était en proie au
plus violent désespoir. Dans ses idées
folles,, il pensait à se jeter à ses pieds. Si
au lieu de se tenir caché dans un lieu
écarté, il eût erré au jardin et dans l'hô-
tel, de manière à se tenir à la portée des
occasioos, il eût peut-être en un seul ins-
tant changé en bonheur le plus vif son
arilreux malheur. 1 *? 1
Mais l'adinesae dont nous lui reprochons
l'absence * aurait exclu le mouvement su-
blime de saisir l'épée qui, dans ce moment,
le rendait si joli aux yeux de Mlle de La
Molle. Ce caprice, favorable à Julien, dura
toute la journée ; Wathilde se faisait une
image charmante des courts instants pen-
dant lesquels elle l'avait aimé, elle les re-
grettait. » - * * — f
Au fait, se disait-elle, ma passion pour ce
pauvre 'gajrçon n'a duré à ses yeux que
depuis une heure après minuit, quand je
l'fil vu arriver par son échelle avec tous
ses pistolets, dans la poche de côté de son
habit, jusqu'à huit hieures du matin. C'est
un quart d'heure après, en entendant la
messe à Sainte-Valère, que j'ai commencé
à penser qu'il pourrait bien essayer de me
faire obéir au nom de la terreur,
Après dîner, Mlle de La Mole, loin de
fuir Julien, lui parla et l'engagea en quel-
que sorte à la suivre au jardin ; il obéit.
Cette épreuve lui manquait. Mathilde cédait
sans s'en douter à l'amour qu'elle repre^
nait pour lui. Elle trouvait un plaisir ex-
trême à se promener à ses côtés, c'était
avec miiosité* qu'elle regardait ces maiins
qui, le matin, avaient saisi l'épée pour la
tuer..
Aorès une telle action, après tout ce qui
s'était passé, il ne pouvait plus être ques-
tion de leur ancienne conversation.
Peu à peu Mathilde se mit à lui parler
avec confidence intime de l'état de son
coeur. Elle trouvait une singulière volupté
dans ce gemre de conversation ; elle en vint
à lui raconter les mouvements d'enthousias-
ma qu'elle avait éprouvés pour M. de Croi-
senois, pour M. de Cayius.
— Quoi 1 pour M. de Cayius aussi s'écria
Julien ; et toute l'amère jalousie d'un amant
délaissé éclatait dans ce mot. Mathilde en
j'Uigea ainsi, et n'en fut point offensée.
Elle continua à torturer Julien, en lui
détaillant ses sentiments d'autrefois de la
façon la plus pittoresque, et avec l'accent
de la plus intume vérité. Il voyait qu'elle
peignait,ce qu'elle avait sous les yeux. IJ
avait la douleur de remarquer qu'en par-
lant, elle faisait des découvertes. dans son
ppqpne cœur.
Le malheur de la jalousie ne peut aller
plus loin
Souçonner qu'un rival est aimé est déjà
bien cruel, mais se voir avoeur en détail
l'amour qu'il inspire par la femme qu'on
adoré est sans doute le comble ées d'ou-
leru:rs.' <
Oh l combien étaient punis, en cet insJ-
tant, les mouvements d'orgueil qui a'à1lhnt
porté Julien à se préférer aux Cayius, aux
Croisenois ! Avec quel malheur intime et
senti il s'exagérait leurs plû's petits avan-
tages ! Avec quelle bonne foi ardente il se
méprisait lui-même ! *
Mathilde lui semblait adorable, toute pa-
l'ole lcst faible pour exprimer l'excès de son
admiration. En se promenant à côté d'elle,
il regardait à la dérobée ses mains, ses
bras, son port de reine. Il était sur le point
de tomber à ses pieds, anéanti d'amour et
de malheur et en criant : Pitié !
Et cette personne ai belle, si supérieure
à tout, qui une fois m'a aimé, c'est M. ; de
Caylus qu'elle aimera sans doute bientôt.
Julien ne pouvait douter de la sincérité de
Mlle de La Mole ; l'accent de la vérité était
trop évident dans tout ce qu'elle disait. Pour
que rien absolument ne manquât à son mal-
heur, il y eut des moments ..où, à force de
s'occuper des sentiments qu'elle avait éprou-
vés une fois pour M. de Cayllus, Mathilde
en vint à parler de lui comme si elle l'ai-
mait actuellement. Certainement il y avait
de l'amour dans son accent, Julien le voyait
nettement.
L'intérieur de Sa poitrine eût été inondé
de plomb fondu qu'il eût moins soutIert.
Comment, arrivé à cet excès de malheur,
le pauvre garçon eût-il pu deviner que c'était
parce qu'elle parlait à lui, que Mlle de La
Mole trouvait tant de plaisir à se rappeler
les velléités d'amour qu'elle avait éprouvées
jadis pour M. de Caylus ou M. de Luz ?
,Rien ne saurait exprimer les angoisses de
Julien. Il écoutait les confidences détaillées
de l'amour éprouvé pdur d'autres dans cette
môme àll<*e de tilleuls où, si peu de jours
auparavant, il attendait qu'une, heure son-
nât pour pénétrer dans sa chambre. Un être
humain ne peut soutenir le malheur à un
plus haut degré. ,"
Ce genre- d'intimité cruelle dura huit
grands jours. Mathilde tantôt semblait re-
chercher. tantôt ne fuyait pas les occasions
de lui parlée ; et le sujet de conversation,
nucruel ils semblaient tous deux revenir
avec une sorte de volupté cruelle, c'était le
récit des sentimenLs ou'elle avait éprouvés
Dour d'autres : elle lui racontait les lettres
qu'elle avait écrites, elle lui en rappelait
jusqu'aux paroles, elle lui récitait des phra-
ses entières. Les derniers jours elle sem-t
blait cbntempler Julien avec une sorte de
joie maligne. Ses douleurs étaient une vive
jouissance pour elle.
On voit que Julien n'avait aucune expé-
rience de la vie, il n'avait pas même lu de
romans ; s'il eût été un peu moins gauche
et qu'il eût dit avec sang-froid à cette jeune
fille, par lui si adorée et qui lui faisait des
confidences si étranges : convenez que quoi-
que je ne vaille pas tous ces messieurs"
c'est pourtant moi jque vous aimez.
Peut-être eût-elle été heureosé d'être de'
vinée; du moins le succès eût-il dépendu en-
tièrement de la grâce avec laquelle Julien
eût exprimé cette idée,' et du moment qu'il
eût choisi. Dans tous les cas il sortait bieni
et avec avantage pour lui, d'une situation
qui allait devenir monotone aux yeux de
Mathilde.
— Et VO'-..s ne m'aimez pILS, moi qui vous
adore ! lui dit un jour Julien éperdu d'a-
mour et de malheur. Cette sottise était fi peu
près la plus grande qu'il pût commetre.
Ce mot détruisit en iUn clin d'œil tout le
plaisir que Mlle de La Mole trouvait h lui
parler de l'état de son cœur. Elle eommen,
çait à s'étonner qu'après ce qui s'était passé
il ne s'offensât pas de ses récits, elle alloil
jusqu'à «'imaginer, au moment où il lui tint
ce sot propos, que peut-être il ne l'aimait
pluif La fierté a sans doute cfcint non
amour, se disait-elle. Il n'est pas hommè à
se voir impunément préférer des -êtro*
comme Caylus., de Luz, Croisenois, nu'il
avoue lui être tellement supérieurs. Non,
je ne le verrai nlus à mes pieds î
(A$uivre.\
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