Titre : Le Journal
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1920-09-23
Contributeur : Xau, Fernand (1852-1899). Directeur de publication
Contributeur : Letellier, Henri (1867-1960). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34473289x
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 23 septembre 1920 23 septembre 1920
Description : 1920/09/23 (N10203). 1920/09/23 (N10203).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k76025162
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-220
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 25/04/2014
EDITION DE 5; HEURES DU MATIN
QUINZE centimes le numéro (1020S) Jeudi 23 Septembre 1920
Tout en s'appuyant sur la Constitutioni
le futur Président.
pourrait se sentir armé de pouvoirs
plus étendus.
La réunion plénière a désigné M. Millerand
Par 528 voix sur S12 votants ,
comme candidat unique à la présidence de la République
Le vote de la réunion plénière tenue hier
au Luxembourg marque la clôture de la
crise présidentielle. Près des deux tiers des
voix exprimées s'y sont portées sur le nom
de M. Millerand qui sera, ce soir, l'élu de
.l'Assemblé» nationale.
Une seule question reste posée : quelle
sera la majorité qui investira le nouveau
président de la République ? Quiconque
place le souci des intérêts généraux du
pays avant les chicanes de groupes et les
querelles de partis souhaite que cette ma-
jorité soit aussi 'forte que possible et es-
père qu'elle atteindra la presque unani-
mité.
En janvier dernier, après une lutte ~qui
fut cependant passionnée, les partisans de
M. Clemenceau s'inclinèrent loyalement de-
vant la majorité obtenue par M. Paul Des-
chanel et donnèrent, à Versailles, leurs
bulletins de vote à celui qui allait avoir
charge de parler au nom de la France. Les
mêmes raisons, dès hier soir, déterminaient
la (plupart de ceux qui, dans la journée,
avaient refusé leur voix à M. Millerand à
la lui apporter demain. Seuls, les socialis-
tes unifiés se livreront, sans doute, à l'une
de leurs manifestations coutumières en
yotant pour quelqu'un des leurs.
Citait bien moras, en effet, leur hostilité
à l'égard du seul candidat nettement dé-
claré que des 'réserves sur le programme
d'action exposé par lui qu'avaient voulu
marquer les membres des groupes de gau-
che qui se comptèrent sur les noms de MM.
Léon Bourgeois et Raoul Péret ; et l'un des
plus qualifiés d"entre eux, M. LafIerre, tra-
duisait ainsi son sentiment et celui de la
pluipart de ses amis :
« En soldat discipliné, disait-il, j'ai voté
M. RAOUL PÉRET
(Photo Journal-)
aujourd'hui pour M. Léon Bourgeois ;
mais, demain, je ne veux pas diminuer
l'élu du Congrès en lui refusant mon 'Vote,»
Quelques irréductibles persisteront-ils
néanmoins dans leur opposition? Certains
le proclamaient 'hier soir à qui sans doute,
la nuit aura porté conseil. Qu'ils se réfu-
gient dans l'abstention, qu'ils usent du
bulletin blanc ou d'un nom pouvant, réunir
leurs suffrages (celui de M. René Renoult
a été prononcé), ils ne prouveraient rien
que leur mauvaise humeur et, seule, la
faiblesse de leur nombre rendrait leur acte
inoffénsif.
On comprend les scrupules qui pou-
vaient, hier, écarter de M. Millerand iquel-
ques-unis des vétérans des luttes politiques
si âpres jusqu'ici dans nos provinces. On ne
comprendrait plus un persistant refus de
ralliement qui ne tiendrait aucun compte
des besoins du pays.
A. cette heure, les plus pressantes
préoccupai ions de politique intérieure
doivent céder à la nécessité de poursuivre
une politique extérieure qui assure à la
France la sécurité de i&es frontières et les
réparations auxquelles elle a droit. Le
traité de Versailles et ceux qui furent
conclus ensuite avec les alliés de l'Alle-
tnagne ont posé les bases d'un monde
nouveau; il faut achever l'édifice, le ren-
dre habitable, le fortifier contre les atta-
ques dont le menacent à la fois l'esprit de
revanche pangermaniste et la barbarie
asiatique camouflée en communisme révo-
lutionnaire.
Pour se consacrer à cette tâche, la plus
lourde qui puisse incomber à un homme,
lé nouveau chef de la nation française
aura besoin de toute l'autorité que peut
lui conférer la confiance des élus du
pays. Il faut que nos alliés trop enclins
à n'envisager que leurs intérêts immé-
diats, tes neutres sujets à se laisser im-
pressionner par une nropagande hostile.
nos ennemis d'hier guettant leur heure et
l'espérant de nos divisions, sachent bien
que ees-L la France elle-même qui leur
parlera par la voix d'e M. Millerand ou
par celle dt-s ministres qu'il aura choisis
et que soutiendra le concours du Parle-
ment,
Cette autorité que lui ont méritée sa
clairvoyance et son énergie aux heures
critiquas. l'Asseniblée nationale -la confé-
rera aiussi complète que possible à son élu.
HENRI LUCAS.
LES GAUCHES DÉLIBÈRENT
Elles décident de voter après-midi
pour M. Raoul Péret
ou pour M. Léon Bourgeois
Conformément à la décision prise la veille
par leurs bureaux, les groupes {h gauche
du 'Sén-at et de la Chambre finrent,hier ma-
tin, une ivunion'pour i!x'')' Il'111' choix sur
le nom d'un candidat à opposer a .M. Mil-
lerand. Le-débat, assez, ion lus, aboutit à
une solution bâtarde, consistant il faire
voter au premier tour de scrutin de la réu-
nion préparatoirc. soit pour M. Léon Bour-
geois, soit pour M. Raoul Péret. Si un
deuxième tour de scrutin était nécessaire,
les voix opposantes feraient bloc sur ce-
lui des deux noms qui' aurait réuni le plus
de voix.
C'est M. Gaston Doumergue qui a
amorcé la discussion. Il a fait un ex-
posé des pourparlers et des décisions de
la veille. Il a donné ensuite lecture d'une
lettre de 'M. Léon Bourgeois déclinant for-
mellement toute candidature. Le président
de la gauche démocratique a ajouté .que les
républicains ne laisseraient pas échapper
l'occasion que leur offre l'élection prési-
dentielle d'affirmer des principes.
Nous ne voulons pas, a-t-il dit, que le prési-
dent de la République cesse d'être l'arbitre des
partis. Pour éviter toute compétition entre les
hommes, il faut voter pour des principes, et
c'est possible. II y a deux hommes qui sont
au-dessus des partis : c'est le président du Sé-
nat et le président de la Chambre. Ils sont les
gardiens de la Constitution et nous pouvons
voter pour eux, quel que soit le nom qu'ils por-
tent. Nous n'avons pas à les Solliciter. Tout ce
que nous pouvons faire, c'est les prévenir, par
courtoisie, que nous allons nous compter sur
leurs noms.
M. Paul Strauss, prenant la défense de
M. Millerand, a soutenu que le « prémes-
sage » du président du conseil avait été
l'objet d'erreurs d'interprétation et qu'il
était souhaitable que le malentendu fût, à
la suite d'explications loyales, complète-
ment dissipé.
M. Renard rappela les circonstances qui
avaient accompagné la démission de M.
Casimir-Perier.
Enfin, M. René Renoult soumit aux par-
lementaires présents, qui étaient au nom-
bre d'environ 70, le projet de résolution
suivant :
Les membres des groupes de gauche du Sé-
nat et de la Chambre, résolus à maintenir au
président de la République le rôle d'arbitre im-
partial des partis et répudiant une conception
politique nouvelle qui aurait pour effet d'instal-
ler à l'Elysée une politique personnelle, déci-
dent, pour manifester leurs sentiments certai-
nement conformes à ceux du pays républicain,
de porter, au premier tour de scrutin de la
réunion préparatoire, leurs suffrages sur le nom
de l'un ou l'autre des présidents du Sénat et de
la Chamibre, arbitres impartiaux des partis et
gardiens vigilants de l'institution parlemen-
taire r
Cette résolution fut adoptée à l'unani-
mité moins sept voix.
.Mais M. Raoul Péret' refuse
A l'issue de la réunion, MM. Alexandre
Bérard, vice-président du Sénat, et Renard,
président du groupe radical socialiste, se
sont rendus à la présidence de la Cham-
bre et ont communiqué à M. Raoul- Péret
l'ordre du jour que l'on vient de lire.
M. Raoul Péret a répondu à cette dé-
marche en rappelant la déclaration qu'il a
faite récemment et d'après laquelle il ne
aérait., eik auGurte circonstance candidat à
la présidence de la République si M. Mille-
rand se présentait.
.M. Léon Bourgeois se récuse
*M. Léon Bourgeois, président du Sénat,
avait, de son côtéf adressé dès hier matin
la lettre suivante à M. Gaston Doumergue,
président de la gauche démocratique du
Sénat ;
< Mon cher président et ami,
Les journaux m'apprennent qu'un certain
nombre de nos collègues auraient l'intention die
porter leurs suffrages sur mon nom à la réunion
qui doit se tenir aujourd'hui au Sénat.
Je persiste dans mon refus de toute candida-
ture et je vous serai reconnaissant de le faire
savoir à nos collègues. Tous connaissent les mo-
tifs d'une décision que j'ai déjà bien souvent
affirmée.
Je suis passionnément attaohé à l'ceuvre de la
Société des nations où j'ai le grand honneur de
représenter la France. Je crois qu'il y a là pour
l'avenir de notre patrie, comme pour la paix
générale, la plus sûre des garanties.
Or, il y a incompatibilité entre les fonctions
de président de la République et celles de mem-
bre du conseil de la Société. -
Dites à nos amis tous mes regrets de ne pou-
voir répondre à leur appel. Ils savent bien que
je continuerai à servir, de toutes mes forces,
les idées de liberté républicaine et de justice so-
ciale pour lesquelles je n'ai cessé de combattre
depuis tant d'années.
Votre bien cordialement dévoué, 4
Léon BOURGEOIS.
,,.Et les républicains socialistes j
s'excusent
Avant la réunion des groupes de gau-
che, M. de Kerguézec, secrétaire général du
groupe républicain socialiste de la Cham-
bre, auquel appartient M. Aristide Briand,
s'est rendu auprès de M. Gaston Doumer-
gue.-
Il l'a informé que le groupe aurait été
heureux de se faire représenter à une réu-
nion qui aurait eu pour objet de délibérer
sur la situation générale.
Mais mardi, au début de Faprès-mM'i,
il s'était officiellement et à l'unanimité pro-
noncé en faveur de la candidature Mille-
rand.
Dans ces conditions, le bureau n'a pu
assister à la réunion à laquelle il avait
été donvoqué. Les membres du groupe ont
pris part, hier après-midi, à la réunion plé-
nière du Sénat.
LA REUNION - PLÉNIÈRE
M. Aristide Briand soutient
la candidature de M. Millerand
'Sur le coup de 14 heures, hier, les abords
du Luxembourg commencèrent à s'animer.
Bientôt une foule de curieux stationna de-
vant le porche du palais Médicis, guettant
l'arrivée des parlementaires.
Ces derniers ne tardèrent pas à se
trouver réunis en très. grand nombre dans
la salle des Conférences du Sénat. Partout,
comme bien on le pense, se tenaient des
conciliabules que partisans ou adversaires
de la candidature de M. Millerand met-
taient à profit pour essayer de rallier les
hésitants à leur opinion.
Quelques minutes avant l'ouverture du
scrutin, le groupe sénatorial de l'union
républicaine se concerta encore une fois et,
sur la proposition de M. Henry Chéron,
adopta l'ordre du jour suivant :
L'Union républicaine, considérant que l'Inté-
rêt supérieur du pays commande que l'élection
dn président de la République, dans les rirrons-
tances présentas, donne lieu à une nouvelle et
,imposHltt/" .manifestation d'unité nationale, en-
gage tous ses adhérents à porter leur suffrage
sut' le nom d»1 M. Millerand.
Mais 14 '11. 30 viennent de sonner et dé-
putés et sénateurs se dirigent vers la salle
Debrosse, où doit avoir lieu'le vote. Le
décor a déjà été décrit. Une petite sa lie au
rez-de-chaussée du palais, a laquelle on
accède en traversant un vestibule étroit et
en descendant plusieurs degrés. C'est une
ancienne chapelle,, froide d'aspect, avec
UNE TABLE DU SCRUTIN : M. CHÉRON préside, assisté de M. ADRIEN DARIAC à sa droite
et de M. BELLET; M. ANDRÉ FALLIÊUKS dépose son bulletin dans l'urne. (Ptioto Journal.)
dans le fond, à la place do l'autel, une tri-
bune d'où M. Chéron proclamera, le dé-
pouillement terminé, le résultat du scrutin.
De chaque côté, deux tables avec les urnes;
à l'entrée, une autre table sur laquelle on
a déposé des. bulletins,imprimés aux noms
de MiM. Alexandre 'Millerand, Raoul Péret
et Léon Bourgeois.
Le président du Sénat qui, décidément,
ne veut pas être candidat, a fait afficher
M. ARISTIDE BRIAND
avant la réunnion plénière
sur la porte la lettre qu'on a. lue d'autre
part. Le refus de M. Raoul Péret n'a pas
reçu la même publicité.
Les scrutateurs sont maintenant à leur
poste. Le flot pressé des parlementaires se
heurte contre le seuil trop exigu de la salle.
On fait queue. M. Briand dépose l'un des
premiers son bulletin dans l'urne ; on le
verra ensuite poursuivre à travers les
couloirs une campagne très active en fa-
veur du président du conseil.
A M. Gaston Doumergue, qui a été en
quelque sorte le Chef des opposants, il fera
observer que ,lit politique 'française se re-
hausserait aux yeux de l'étranger si l'élec-
tion du président de la République consti-
tuait :un pacte significatif d'union natio-
nale. Le président de la gauche démocra-
tique du Sénat lui répliquera qu'il n'est
point mauvais que. d'ans une démocratie,
le chetf de l'Etat soit discuté avant son ac-
cession à la magistrature suprême si tous
les citoyens s'accordent, l'élection une fois
acquise, pour ne plus voir èn lui que le
représentant respecté de la nation.
Passant devant des groupes où l'on dis-
cute sur la prétendue velléité de pouvoir
personnel qu'impliquerait la déclaration de
M. Millerand, M. Briand jettera, ironique,
ces boutades : « N'entendez-vous pas les
roulemenfis de tambour du 18 brumaire ? »
ou bien encore : « Ne. ressentez-vous pas le
frisson de la dictature? »
Rapidement, sénateurs et députés défi-
lent devânt les uftics. On se montre les
plus notoires : MM. Emile Combes, Jonnart,
Louis Barthou, Poincaré, Ribot, Paul-Bon-
cour, etc. Les anciens ministres de M. Cle-
menceau : MM. Loucheur, Klotz, Tardieu,
Lafïerre, etc., ne manquent pas au rendez-
vous. M. Mande! passe mélancolique et
effacé.
10 heures. Le scrutin est déclaré clos.
M. Léon Bourgeois n'est pas venu voter,
pas plus d'ailleurs que' M. Raoul Péret.
L'abstention du premier a été volontaire;
quant au président de la Chambre, il est
arrivé trop tard.'Le dépouillement est, en
effet, commencé depuis un quart d'heure
quand il se présente pour, remettre son
bulletin.
Le recensement du contenu des urnes se
poursuit fiévreusement. Il apparaît immé-
diatement que le président du conseil l'em-
portera de loin sur les deux personnalités,
d'ailleurs non consentantes, qu'on a mises
en avant pour lui faire échec.
A 16 h. 30, le dépouillement est terminé.
Huit cent douze parlementaires ont pris
part au vote. Il y a eu plus de quatre-
vingt-dix abstentions. Au milieu d'un
silence quasi religieux, M. Chéron fait con-
naître le résultat que voici :
Votants :812,— Bulletins blancs ou nuls : S.
Majorité absolue ; 403.
Ont, obtenu :
MM. MILLERAND 528 voix
Raoul Péret. 457 -,
Léon Bourgeois.. 113 —
I>ivers.v G —
Les six noms sur lesquels se sont portés
— Je n'emporte que de bons souvenirs du payt 1
— Moi, simplement un peu d'argenterie.
les suffrages divers sont ceux du maréchal
Foeh et de MM. Doumergue, Pams, Jon-
nart, Mandel et Sibille.
M. Chéron proclame en conséquence, au
milieu des applaudissements, M. Millerand
candidat de la réunion plénière à la prési-
dence de la République.
Peu à peu, l'agitation qui avait régné au
Luxembourg pendant, l'après-midi se calme;
les couloirs redeviennent paisibles et seuls
quelques parlementaires s'attardent à épi-
loguer sur la signification du vote qui vient
d'être émis.
L'INVESTITURE
Comment s'effectuera
la transmission des pouvoirs
Jusqu'ici, depuis l'application de la
Constitution de 1875, le président de la
République sortant de charge avait lui-
même transmis ses pouvoirs à son suc-
cesseur. Une seule l'ois, en 1891, après
l'assassinat de M. Carnot, ce fut le prési-
dent du conseil. M. Charges Dupuy, qui,
exerçant par intérim les fonctions prési-
dentielles, les transmit, à l'élu de l'Assem-
blée nationale, M. Casimir-Perier.-
Ce soir, lorsque le résultat du scrutin
aura été proclamé et que le président de
l'Assemblée nationale. M. Léon Bourgeois,
aura remis à M. Millerand l'extrait du pro-
cès-verbal relatant son élection à la pré-
sidence de la République, par ce seul fait
et sans qu'il ait eu besoin d'adresser au-
cune démission, le nouveau chef de l'Etat
se trouvera n'être plus ni président du
M. PAUL DOUMER
(Photo Journal-)
conseil ni ministre des affaires étrangères,
ni député de la Seine.
C'est donc M. Lhopitcau, vice-président
du conseil et garde des sceaux, qui se
trouvera momentanément investi des
fonctions présidentielles et qui, en cette
qualité, aura à les transmettre à M. Mil-
lerand.
La démission du cabinet
Aussitôt sa proclamation à Versailles,
M. Millerand rentrera directement à Paris
an palais de l'Elysée. C'est là qu'il recevra
les ministres qui, suivant la tradition,
viendront remettre leur démission entre
ses mains. Selon l'usage également., il les
priera de continuer, jusqu'à la formation
du nouveau cabinet, l'expédition des af-
faires courantes.
Quel sera le nouveau
président du Conseil?
Tout l'intérêt de la journée ayant été au
Luxembourg, les couioirs de la Chamlbre
restèrent déserts jusqu'à la clôture de la
réunion plénière.
A ce moment, quelque animation se ma-
nifesta dans les Pas-Perdus.
L'élection présidentielle étant considérée
comme acquise, on s'entretint surtout de
la .solution que M. Millerand allait appor-
ter à la crise ministérielle.
Deux tendances se manifestaient. Les uns
croyaient souhaitable que le cabinet actuel
fût intégralement conservé, M.- Millerand
étant seulement remplacé comme président
du conseil et ministre des affaires étran-
gères par une personnalité politique qui
pourrait être M. Leygues ou M. Jonnart.
D'autres pensaient qu'une comlbinaison
nouvelle, dont pourraient faire partie cer-
tains des minisires actuellement en fonc-
tion, devrait être formée. Comme chef de
cette combinaison, le nom de M. Aristide
Briand était prononcé avec insistance.
Nous croyons savoir que M. Millerdnd n'a
encore pris aucune décision à,ce sujet.
C'est seulement dans la journée de ven-
dredi qu'il arrêtera une rêsolution après
avoir, selon l'usage, pris l'avis des prési-
dents des deux Chambres. v
Dans les milieux officiels, on espère que
la crise sera rapidement résolue et que,
sinon samedi, tout au unoins mardi pro-
chain, un gouvernement nouveau pourra
se présenter devant le Parlement.
Félicitations, remerciements
M. Millerand, qui avait passé la journée
à Versailles, est rentré à 4 heures de
l'après-midi au ministère des affaires
*
étrangères. -
Quelques minutes après il apprenait par
téléphone le résultat, de la réunion prépa-
ratoire, puis les ministres vinrent lui
apporter leurs félicitations.
Le président du conseil a reçu aussi les
félicitai ions de nombreux parlementaires,
dont les premiers furent ses compagnons
sur la liste du bloc national dans-le pre-
mier secteur parisien.
En remerciant ses amis, M. Millerand
leur a déclaré qu'il était surtout heureux
d'avoir vu, une fois de.plus. ratifier sa poli-
tique par la majorité des deux Chambres.
M. DESCHANEL.
a quitté
le château de Rambouillet,
â
Avec une délicatesse qui fait - le plus
grand honneur à son caractère, M. Paul
Deschanel avait exprimé le désir formel
de ne pas prolonger son séjour à Ram-
bouillet une fois que sa démission serait
un fait accompli. Il fit même connaître à
son etitQurage que son vœu serait de nu -
pas attendre la visite de haute courtoisie
que son successeur n'aurait pas manqué
de lui faire.
C'est dans ces conditions que le gouver-
nement, avisé des intentions nettement ex-
primées par M. Paul Deschanel et sa fa-
mille, s'est incliné devant leur désir, et
le président démissionnaire est parti hier
pour le château de la Vallée, près de Ren-
nes, où résident ses beaux-parents, M. et
Mme René Brice. j
Est-il besoin de dire toute la mélanco-
lie dont fut empreint ce départ? Un temps
brumeux ajoutait encore à sa tristesse. Le
château de nàmbouillet, en cette matinée
d'adieu, demeurait noyé dans le brouil-
lard. Vers neuf heures du matin, on vit
arriver deux camions automobiles, trans-
portant chacun une escouade de soldats du
117" d'infanterie. Dans ces camions furent
chargés de nombreux bagages et on les
vit repartir dans la direction de Chartres.
Puis, une foule discrète et respectueuse,
que ces allées et venues avaient avertie,
commença de se presser aux grilles du châ-
teau, cependant, que les surveillants du
parc empêchaient qu'on ne pénétrât dans
la cour çl honnéur où demeurait seul rangé
le personnel habituel du palais.
A midi trente, une première automobile
routière sortit lentement. Elle emportait
les enfants du président qu'accompagnait
le commandant Granger,. inspecteur des
eaux et forêts, qui, pendant cette der-
nière quinzaine, n'a guère quitté le prési-
dent. Mlle Desehanel, qui était vêtue fort
simplement d'une large mante bleue, s'ap-
puyait sur son frère et tous deux pleu-
raient de lourds sanglots.
Dix minutes plus tard, une autre auto-
mobile s'arrêtait devant le large perron.
Les assistants, témoins de cette scène dou-
loureuse, ne purent contenir leur émotion
en voyant paraître M. Desehanel, amaigri
et très faible. Le président était, vêtu d'un
costume de voyage gris. Il était soutenu
à droite par Mme Deschanel, à gauche par.
M. René Brice. Il s'avançait lentement,
marchant avec la plus grande difficulté et
comme un malade qui sort 'du lit.
On l'aida à s'asseoir dans la voiture, ou
il fut enveloppé de couvertures avec une
touchante sollicitude. Les voyageurs jetè-
rent un dernier regard sur les ombrages'
imposants de la résidence présidentielle
et l'automobile -démarra, les emportant
vers la solitude.
Au manoir de la Vallée
RENNES, 22 septembre. — À cinq kilo-
mètres de Rennes, près de la route Natio-
nale, qui mène à Fougères, s'élève, à l'ex-
trémité d'une belle avenue plantée d'arbres
vénérables, le « Manoir de la Vallée ».
Le « (Manoir » tel qu'on lé voit aujourd'hui
est de construction récente. Le corps de
logis principal, tout paré à la belle saison
de fleurs et de plantes grimpantes, a été
bâti en 1904 sur l'emplacement d'une an-
tique demeure dont il a gardé le nom. C'est
M. René Brice qui l'occupe. Un charmant
pavillon, simplement élevé d'un étage, sur
rez-de-chaussée, y est accolé depuis 1906.
C'est la demeure de M. Paul Deschanel.
L'ancien président y possède au rez-de-
chaussée un cabinet de travail spacieux et
bien éclairé, donnant sur le parc. Au pre-
mier étage, donnant aussi sur le parc, se
trouve une vaste chambre à coucher. Le
séjour est idéalement calme et reposant.
lH ON TTLM
L'HOMME ET LE RAT
(Fable)
D'un mal qui répand la terreur,
Le Ciel voulait, en sa fureur,
Frapper' la frivole Lutèce.
Certains disaient : « Ce sont les rats,
Horrible espèce,
Qui servent de Jupin la rage vengeresse.
Exterminons ces scélérats! »
Et, par la grande ville,
Contre l'engeance vile
Qui portait en tous lieux les germes du fléau.
Chacun cria : « Taïaut ! Taïaut !»
La guerre sainte fut'aussitôt proclamée.
On leva sans tarder une puissante armée,
Et pour précipiter la fin des ennemis.
Cinq sols furent promis -
A qui rapporterait ce que ces betes
Ont de commun avecques les comètes.
Or, certain soir, un chasseur rencontra,
Passage de l'Opéra,
Un vieux mulot d'aspect farouche,
Dont la bouche -
S'ouvrit pour prononcer un discours éloquent.
Les rats ne sont point sans talent ;
Ce sont des amis de l'étude,
Qui dévorent maints bons auteurs
Et qui s'expriment, d'habitude,
Mieux que tel:, de nos orateurs.
« Homme cruel, lança le Cicéron des rats,,
Arrête un peu ton bras.
L'heure me parait très propice :
Signons bien vite un armistice.
Ou crains qu'en me mettant à mort,
De Gribouille, à la fin, tu ne suives le sort.
Pourquoi, dans ton ire imbécile,
Me traquer jusqu'en cet asile?
Tu crois qu'en m'envoyant cher le sombre Pluton,
Sans m'autoriser même à demander mon reste,
Tu pourras éviter la peste,
Puisqu'il faut, aussi bien, d'appeler par son nom
Quelle erreur manifeste 1
Plus d'un de tes docteurs, bien plus que toi savant*
T'en dira tout autant.
Ce n'est point le rat qui colporte,
De pbrte en porte,
Le virus de ce mal dont on parle en tremblànt
(Nous n'avons point pareille astuce),
C'est la puee!
Mais celle-ci préfère aux hommes les plus gras
Les plus maigres des rats.
Nous vous protégeons donc contre ce parasite.
Tant que dans notre poil complaisant il habite.
Si nous devons laisser nos queues entre vos mains,
Il vous fera payer cette victoire.
Il inôculera la peste la plus noire,
Faute de rats, dans le sang des humains.
Il faudrait que tu fusses
Un sot pour me traiter en ennemi,
Moi, ton ami,
Ton parapuces! »
Vaine éloquence ! A coups de gourdin, le dhasseur
Assomma notre raisonneur.
Les puces aussitôt, quittant un corps inerte,
S'élancèrent sur l'homme et causèrent sa perte.
Les rats furent quand même anéantis.
Succès funeste
Que le vieux sage avait prédit :
Tous les vainqueurs eurent la peste 1
Je conclus de ce conte-là
— C'est mon avis, voyons le vôtre —
Qu'un ennemi, souvent, nous préserve d'un autre
Et qu'en fuyant Charybde on tombe dans Scylla.
* CLÉMENT VAUTEL.
QUINZE centimes le numéro (1020S) Jeudi 23 Septembre 1920
Tout en s'appuyant sur la Constitutioni
le futur Président.
pourrait se sentir armé de pouvoirs
plus étendus.
La réunion plénière a désigné M. Millerand
Par 528 voix sur S12 votants ,
comme candidat unique à la présidence de la République
Le vote de la réunion plénière tenue hier
au Luxembourg marque la clôture de la
crise présidentielle. Près des deux tiers des
voix exprimées s'y sont portées sur le nom
de M. Millerand qui sera, ce soir, l'élu de
.l'Assemblé» nationale.
Une seule question reste posée : quelle
sera la majorité qui investira le nouveau
président de la République ? Quiconque
place le souci des intérêts généraux du
pays avant les chicanes de groupes et les
querelles de partis souhaite que cette ma-
jorité soit aussi 'forte que possible et es-
père qu'elle atteindra la presque unani-
mité.
En janvier dernier, après une lutte ~qui
fut cependant passionnée, les partisans de
M. Clemenceau s'inclinèrent loyalement de-
vant la majorité obtenue par M. Paul Des-
chanel et donnèrent, à Versailles, leurs
bulletins de vote à celui qui allait avoir
charge de parler au nom de la France. Les
mêmes raisons, dès hier soir, déterminaient
la (plupart de ceux qui, dans la journée,
avaient refusé leur voix à M. Millerand à
la lui apporter demain. Seuls, les socialis-
tes unifiés se livreront, sans doute, à l'une
de leurs manifestations coutumières en
yotant pour quelqu'un des leurs.
Citait bien moras, en effet, leur hostilité
à l'égard du seul candidat nettement dé-
claré que des 'réserves sur le programme
d'action exposé par lui qu'avaient voulu
marquer les membres des groupes de gau-
che qui se comptèrent sur les noms de MM.
Léon Bourgeois et Raoul Péret ; et l'un des
plus qualifiés d"entre eux, M. LafIerre, tra-
duisait ainsi son sentiment et celui de la
pluipart de ses amis :
« En soldat discipliné, disait-il, j'ai voté
M. RAOUL PÉRET
(Photo Journal-)
aujourd'hui pour M. Léon Bourgeois ;
mais, demain, je ne veux pas diminuer
l'élu du Congrès en lui refusant mon 'Vote,»
Quelques irréductibles persisteront-ils
néanmoins dans leur opposition? Certains
le proclamaient 'hier soir à qui sans doute,
la nuit aura porté conseil. Qu'ils se réfu-
gient dans l'abstention, qu'ils usent du
bulletin blanc ou d'un nom pouvant, réunir
leurs suffrages (celui de M. René Renoult
a été prononcé), ils ne prouveraient rien
que leur mauvaise humeur et, seule, la
faiblesse de leur nombre rendrait leur acte
inoffénsif.
On comprend les scrupules qui pou-
vaient, hier, écarter de M. Millerand iquel-
ques-unis des vétérans des luttes politiques
si âpres jusqu'ici dans nos provinces. On ne
comprendrait plus un persistant refus de
ralliement qui ne tiendrait aucun compte
des besoins du pays.
A. cette heure, les plus pressantes
préoccupai ions de politique intérieure
doivent céder à la nécessité de poursuivre
une politique extérieure qui assure à la
France la sécurité de i&es frontières et les
réparations auxquelles elle a droit. Le
traité de Versailles et ceux qui furent
conclus ensuite avec les alliés de l'Alle-
tnagne ont posé les bases d'un monde
nouveau; il faut achever l'édifice, le ren-
dre habitable, le fortifier contre les atta-
ques dont le menacent à la fois l'esprit de
revanche pangermaniste et la barbarie
asiatique camouflée en communisme révo-
lutionnaire.
Pour se consacrer à cette tâche, la plus
lourde qui puisse incomber à un homme,
lé nouveau chef de la nation française
aura besoin de toute l'autorité que peut
lui conférer la confiance des élus du
pays. Il faut que nos alliés trop enclins
à n'envisager que leurs intérêts immé-
diats, tes neutres sujets à se laisser im-
pressionner par une nropagande hostile.
nos ennemis d'hier guettant leur heure et
l'espérant de nos divisions, sachent bien
que ees-L la France elle-même qui leur
parlera par la voix d'e M. Millerand ou
par celle dt-s ministres qu'il aura choisis
et que soutiendra le concours du Parle-
ment,
Cette autorité que lui ont méritée sa
clairvoyance et son énergie aux heures
critiquas. l'Asseniblée nationale -la confé-
rera aiussi complète que possible à son élu.
HENRI LUCAS.
LES GAUCHES DÉLIBÈRENT
Elles décident de voter après-midi
pour M. Raoul Péret
ou pour M. Léon Bourgeois
Conformément à la décision prise la veille
par leurs bureaux, les groupes {h gauche
du 'Sén-at et de la Chambre finrent,hier ma-
tin, une ivunion'pour i!x'')' Il'111' choix sur
le nom d'un candidat à opposer a .M. Mil-
lerand. Le-débat, assez, ion lus, aboutit à
une solution bâtarde, consistant il faire
voter au premier tour de scrutin de la réu-
nion préparatoirc. soit pour M. Léon Bour-
geois, soit pour M. Raoul Péret. Si un
deuxième tour de scrutin était nécessaire,
les voix opposantes feraient bloc sur ce-
lui des deux noms qui' aurait réuni le plus
de voix.
C'est M. Gaston Doumergue qui a
amorcé la discussion. Il a fait un ex-
posé des pourparlers et des décisions de
la veille. Il a donné ensuite lecture d'une
lettre de 'M. Léon Bourgeois déclinant for-
mellement toute candidature. Le président
de la gauche démocratique a ajouté .que les
républicains ne laisseraient pas échapper
l'occasion que leur offre l'élection prési-
dentielle d'affirmer des principes.
Nous ne voulons pas, a-t-il dit, que le prési-
dent de la République cesse d'être l'arbitre des
partis. Pour éviter toute compétition entre les
hommes, il faut voter pour des principes, et
c'est possible. II y a deux hommes qui sont
au-dessus des partis : c'est le président du Sé-
nat et le président de la Chambre. Ils sont les
gardiens de la Constitution et nous pouvons
voter pour eux, quel que soit le nom qu'ils por-
tent. Nous n'avons pas à les Solliciter. Tout ce
que nous pouvons faire, c'est les prévenir, par
courtoisie, que nous allons nous compter sur
leurs noms.
M. Paul Strauss, prenant la défense de
M. Millerand, a soutenu que le « prémes-
sage » du président du conseil avait été
l'objet d'erreurs d'interprétation et qu'il
était souhaitable que le malentendu fût, à
la suite d'explications loyales, complète-
ment dissipé.
M. Renard rappela les circonstances qui
avaient accompagné la démission de M.
Casimir-Perier.
Enfin, M. René Renoult soumit aux par-
lementaires présents, qui étaient au nom-
bre d'environ 70, le projet de résolution
suivant :
Les membres des groupes de gauche du Sé-
nat et de la Chambre, résolus à maintenir au
président de la République le rôle d'arbitre im-
partial des partis et répudiant une conception
politique nouvelle qui aurait pour effet d'instal-
ler à l'Elysée une politique personnelle, déci-
dent, pour manifester leurs sentiments certai-
nement conformes à ceux du pays républicain,
de porter, au premier tour de scrutin de la
réunion préparatoire, leurs suffrages sur le nom
de l'un ou l'autre des présidents du Sénat et de
la Chamibre, arbitres impartiaux des partis et
gardiens vigilants de l'institution parlemen-
taire r
Cette résolution fut adoptée à l'unani-
mité moins sept voix.
.Mais M. Raoul Péret' refuse
A l'issue de la réunion, MM. Alexandre
Bérard, vice-président du Sénat, et Renard,
président du groupe radical socialiste, se
sont rendus à la présidence de la Cham-
bre et ont communiqué à M. Raoul- Péret
l'ordre du jour que l'on vient de lire.
M. Raoul Péret a répondu à cette dé-
marche en rappelant la déclaration qu'il a
faite récemment et d'après laquelle il ne
aérait., eik auGurte circonstance candidat à
la présidence de la République si M. Mille-
rand se présentait.
.M. Léon Bourgeois se récuse
*M. Léon Bourgeois, président du Sénat,
avait, de son côtéf adressé dès hier matin
la lettre suivante à M. Gaston Doumergue,
président de la gauche démocratique du
Sénat ;
< Mon cher président et ami,
Les journaux m'apprennent qu'un certain
nombre de nos collègues auraient l'intention die
porter leurs suffrages sur mon nom à la réunion
qui doit se tenir aujourd'hui au Sénat.
Je persiste dans mon refus de toute candida-
ture et je vous serai reconnaissant de le faire
savoir à nos collègues. Tous connaissent les mo-
tifs d'une décision que j'ai déjà bien souvent
affirmée.
Je suis passionnément attaohé à l'ceuvre de la
Société des nations où j'ai le grand honneur de
représenter la France. Je crois qu'il y a là pour
l'avenir de notre patrie, comme pour la paix
générale, la plus sûre des garanties.
Or, il y a incompatibilité entre les fonctions
de président de la République et celles de mem-
bre du conseil de la Société. -
Dites à nos amis tous mes regrets de ne pou-
voir répondre à leur appel. Ils savent bien que
je continuerai à servir, de toutes mes forces,
les idées de liberté républicaine et de justice so-
ciale pour lesquelles je n'ai cessé de combattre
depuis tant d'années.
Votre bien cordialement dévoué, 4
Léon BOURGEOIS.
,,.Et les républicains socialistes j
s'excusent
Avant la réunion des groupes de gau-
che, M. de Kerguézec, secrétaire général du
groupe républicain socialiste de la Cham-
bre, auquel appartient M. Aristide Briand,
s'est rendu auprès de M. Gaston Doumer-
gue.-
Il l'a informé que le groupe aurait été
heureux de se faire représenter à une réu-
nion qui aurait eu pour objet de délibérer
sur la situation générale.
Mais mardi, au début de Faprès-mM'i,
il s'était officiellement et à l'unanimité pro-
noncé en faveur de la candidature Mille-
rand.
Dans ces conditions, le bureau n'a pu
assister à la réunion à laquelle il avait
été donvoqué. Les membres du groupe ont
pris part, hier après-midi, à la réunion plé-
nière du Sénat.
LA REUNION - PLÉNIÈRE
M. Aristide Briand soutient
la candidature de M. Millerand
'Sur le coup de 14 heures, hier, les abords
du Luxembourg commencèrent à s'animer.
Bientôt une foule de curieux stationna de-
vant le porche du palais Médicis, guettant
l'arrivée des parlementaires.
Ces derniers ne tardèrent pas à se
trouver réunis en très. grand nombre dans
la salle des Conférences du Sénat. Partout,
comme bien on le pense, se tenaient des
conciliabules que partisans ou adversaires
de la candidature de M. Millerand met-
taient à profit pour essayer de rallier les
hésitants à leur opinion.
Quelques minutes avant l'ouverture du
scrutin, le groupe sénatorial de l'union
républicaine se concerta encore une fois et,
sur la proposition de M. Henry Chéron,
adopta l'ordre du jour suivant :
L'Union républicaine, considérant que l'Inté-
rêt supérieur du pays commande que l'élection
dn président de la République, dans les rirrons-
tances présentas, donne lieu à une nouvelle et
,imposHltt/" .manifestation d'unité nationale, en-
gage tous ses adhérents à porter leur suffrage
sut' le nom d»1 M. Millerand.
Mais 14 '11. 30 viennent de sonner et dé-
putés et sénateurs se dirigent vers la salle
Debrosse, où doit avoir lieu'le vote. Le
décor a déjà été décrit. Une petite sa lie au
rez-de-chaussée du palais, a laquelle on
accède en traversant un vestibule étroit et
en descendant plusieurs degrés. C'est une
ancienne chapelle,, froide d'aspect, avec
UNE TABLE DU SCRUTIN : M. CHÉRON préside, assisté de M. ADRIEN DARIAC à sa droite
et de M. BELLET; M. ANDRÉ FALLIÊUKS dépose son bulletin dans l'urne. (Ptioto Journal.)
dans le fond, à la place do l'autel, une tri-
bune d'où M. Chéron proclamera, le dé-
pouillement terminé, le résultat du scrutin.
De chaque côté, deux tables avec les urnes;
à l'entrée, une autre table sur laquelle on
a déposé des. bulletins,imprimés aux noms
de MiM. Alexandre 'Millerand, Raoul Péret
et Léon Bourgeois.
Le président du Sénat qui, décidément,
ne veut pas être candidat, a fait afficher
M. ARISTIDE BRIAND
avant la réunnion plénière
sur la porte la lettre qu'on a. lue d'autre
part. Le refus de M. Raoul Péret n'a pas
reçu la même publicité.
Les scrutateurs sont maintenant à leur
poste. Le flot pressé des parlementaires se
heurte contre le seuil trop exigu de la salle.
On fait queue. M. Briand dépose l'un des
premiers son bulletin dans l'urne ; on le
verra ensuite poursuivre à travers les
couloirs une campagne très active en fa-
veur du président du conseil.
A M. Gaston Doumergue, qui a été en
quelque sorte le Chef des opposants, il fera
observer que ,lit politique 'française se re-
hausserait aux yeux de l'étranger si l'élec-
tion du président de la République consti-
tuait :un pacte significatif d'union natio-
nale. Le président de la gauche démocra-
tique du Sénat lui répliquera qu'il n'est
point mauvais que. d'ans une démocratie,
le chetf de l'Etat soit discuté avant son ac-
cession à la magistrature suprême si tous
les citoyens s'accordent, l'élection une fois
acquise, pour ne plus voir èn lui que le
représentant respecté de la nation.
Passant devant des groupes où l'on dis-
cute sur la prétendue velléité de pouvoir
personnel qu'impliquerait la déclaration de
M. Millerand, M. Briand jettera, ironique,
ces boutades : « N'entendez-vous pas les
roulemenfis de tambour du 18 brumaire ? »
ou bien encore : « Ne. ressentez-vous pas le
frisson de la dictature? »
Rapidement, sénateurs et députés défi-
lent devânt les uftics. On se montre les
plus notoires : MM. Emile Combes, Jonnart,
Louis Barthou, Poincaré, Ribot, Paul-Bon-
cour, etc. Les anciens ministres de M. Cle-
menceau : MM. Loucheur, Klotz, Tardieu,
Lafïerre, etc., ne manquent pas au rendez-
vous. M. Mande! passe mélancolique et
effacé.
10 heures. Le scrutin est déclaré clos.
M. Léon Bourgeois n'est pas venu voter,
pas plus d'ailleurs que' M. Raoul Péret.
L'abstention du premier a été volontaire;
quant au président de la Chambre, il est
arrivé trop tard.'Le dépouillement est, en
effet, commencé depuis un quart d'heure
quand il se présente pour, remettre son
bulletin.
Le recensement du contenu des urnes se
poursuit fiévreusement. Il apparaît immé-
diatement que le président du conseil l'em-
portera de loin sur les deux personnalités,
d'ailleurs non consentantes, qu'on a mises
en avant pour lui faire échec.
A 16 h. 30, le dépouillement est terminé.
Huit cent douze parlementaires ont pris
part au vote. Il y a eu plus de quatre-
vingt-dix abstentions. Au milieu d'un
silence quasi religieux, M. Chéron fait con-
naître le résultat que voici :
Votants :812,— Bulletins blancs ou nuls : S.
Majorité absolue ; 403.
Ont, obtenu :
MM. MILLERAND 528 voix
Raoul Péret. 457 -,
Léon Bourgeois.. 113 —
I>ivers.v G —
Les six noms sur lesquels se sont portés
— Je n'emporte que de bons souvenirs du payt 1
— Moi, simplement un peu d'argenterie.
les suffrages divers sont ceux du maréchal
Foeh et de MM. Doumergue, Pams, Jon-
nart, Mandel et Sibille.
M. Chéron proclame en conséquence, au
milieu des applaudissements, M. Millerand
candidat de la réunion plénière à la prési-
dence de la République.
Peu à peu, l'agitation qui avait régné au
Luxembourg pendant, l'après-midi se calme;
les couloirs redeviennent paisibles et seuls
quelques parlementaires s'attardent à épi-
loguer sur la signification du vote qui vient
d'être émis.
L'INVESTITURE
Comment s'effectuera
la transmission des pouvoirs
Jusqu'ici, depuis l'application de la
Constitution de 1875, le président de la
République sortant de charge avait lui-
même transmis ses pouvoirs à son suc-
cesseur. Une seule l'ois, en 1891, après
l'assassinat de M. Carnot, ce fut le prési-
dent du conseil. M. Charges Dupuy, qui,
exerçant par intérim les fonctions prési-
dentielles, les transmit, à l'élu de l'Assem-
blée nationale, M. Casimir-Perier.-
Ce soir, lorsque le résultat du scrutin
aura été proclamé et que le président de
l'Assemblée nationale. M. Léon Bourgeois,
aura remis à M. Millerand l'extrait du pro-
cès-verbal relatant son élection à la pré-
sidence de la République, par ce seul fait
et sans qu'il ait eu besoin d'adresser au-
cune démission, le nouveau chef de l'Etat
se trouvera n'être plus ni président du
M. PAUL DOUMER
(Photo Journal-)
conseil ni ministre des affaires étrangères,
ni député de la Seine.
C'est donc M. Lhopitcau, vice-président
du conseil et garde des sceaux, qui se
trouvera momentanément investi des
fonctions présidentielles et qui, en cette
qualité, aura à les transmettre à M. Mil-
lerand.
La démission du cabinet
Aussitôt sa proclamation à Versailles,
M. Millerand rentrera directement à Paris
an palais de l'Elysée. C'est là qu'il recevra
les ministres qui, suivant la tradition,
viendront remettre leur démission entre
ses mains. Selon l'usage également., il les
priera de continuer, jusqu'à la formation
du nouveau cabinet, l'expédition des af-
faires courantes.
Quel sera le nouveau
président du Conseil?
Tout l'intérêt de la journée ayant été au
Luxembourg, les couioirs de la Chamlbre
restèrent déserts jusqu'à la clôture de la
réunion plénière.
A ce moment, quelque animation se ma-
nifesta dans les Pas-Perdus.
L'élection présidentielle étant considérée
comme acquise, on s'entretint surtout de
la .solution que M. Millerand allait appor-
ter à la crise ministérielle.
Deux tendances se manifestaient. Les uns
croyaient souhaitable que le cabinet actuel
fût intégralement conservé, M.- Millerand
étant seulement remplacé comme président
du conseil et ministre des affaires étran-
gères par une personnalité politique qui
pourrait être M. Leygues ou M. Jonnart.
D'autres pensaient qu'une comlbinaison
nouvelle, dont pourraient faire partie cer-
tains des minisires actuellement en fonc-
tion, devrait être formée. Comme chef de
cette combinaison, le nom de M. Aristide
Briand était prononcé avec insistance.
Nous croyons savoir que M. Millerdnd n'a
encore pris aucune décision à,ce sujet.
C'est seulement dans la journée de ven-
dredi qu'il arrêtera une rêsolution après
avoir, selon l'usage, pris l'avis des prési-
dents des deux Chambres. v
Dans les milieux officiels, on espère que
la crise sera rapidement résolue et que,
sinon samedi, tout au unoins mardi pro-
chain, un gouvernement nouveau pourra
se présenter devant le Parlement.
Félicitations, remerciements
M. Millerand, qui avait passé la journée
à Versailles, est rentré à 4 heures de
l'après-midi au ministère des affaires
*
étrangères. -
Quelques minutes après il apprenait par
téléphone le résultat, de la réunion prépa-
ratoire, puis les ministres vinrent lui
apporter leurs félicitations.
Le président du conseil a reçu aussi les
félicitai ions de nombreux parlementaires,
dont les premiers furent ses compagnons
sur la liste du bloc national dans-le pre-
mier secteur parisien.
En remerciant ses amis, M. Millerand
leur a déclaré qu'il était surtout heureux
d'avoir vu, une fois de.plus. ratifier sa poli-
tique par la majorité des deux Chambres.
M. DESCHANEL.
a quitté
le château de Rambouillet,
â
Avec une délicatesse qui fait - le plus
grand honneur à son caractère, M. Paul
Deschanel avait exprimé le désir formel
de ne pas prolonger son séjour à Ram-
bouillet une fois que sa démission serait
un fait accompli. Il fit même connaître à
son etitQurage que son vœu serait de nu -
pas attendre la visite de haute courtoisie
que son successeur n'aurait pas manqué
de lui faire.
C'est dans ces conditions que le gouver-
nement, avisé des intentions nettement ex-
primées par M. Paul Deschanel et sa fa-
mille, s'est incliné devant leur désir, et
le président démissionnaire est parti hier
pour le château de la Vallée, près de Ren-
nes, où résident ses beaux-parents, M. et
Mme René Brice. j
Est-il besoin de dire toute la mélanco-
lie dont fut empreint ce départ? Un temps
brumeux ajoutait encore à sa tristesse. Le
château de nàmbouillet, en cette matinée
d'adieu, demeurait noyé dans le brouil-
lard. Vers neuf heures du matin, on vit
arriver deux camions automobiles, trans-
portant chacun une escouade de soldats du
117" d'infanterie. Dans ces camions furent
chargés de nombreux bagages et on les
vit repartir dans la direction de Chartres.
Puis, une foule discrète et respectueuse,
que ces allées et venues avaient avertie,
commença de se presser aux grilles du châ-
teau, cependant, que les surveillants du
parc empêchaient qu'on ne pénétrât dans
la cour çl honnéur où demeurait seul rangé
le personnel habituel du palais.
A midi trente, une première automobile
routière sortit lentement. Elle emportait
les enfants du président qu'accompagnait
le commandant Granger,. inspecteur des
eaux et forêts, qui, pendant cette der-
nière quinzaine, n'a guère quitté le prési-
dent. Mlle Desehanel, qui était vêtue fort
simplement d'une large mante bleue, s'ap-
puyait sur son frère et tous deux pleu-
raient de lourds sanglots.
Dix minutes plus tard, une autre auto-
mobile s'arrêtait devant le large perron.
Les assistants, témoins de cette scène dou-
loureuse, ne purent contenir leur émotion
en voyant paraître M. Desehanel, amaigri
et très faible. Le président était, vêtu d'un
costume de voyage gris. Il était soutenu
à droite par Mme Deschanel, à gauche par.
M. René Brice. Il s'avançait lentement,
marchant avec la plus grande difficulté et
comme un malade qui sort 'du lit.
On l'aida à s'asseoir dans la voiture, ou
il fut enveloppé de couvertures avec une
touchante sollicitude. Les voyageurs jetè-
rent un dernier regard sur les ombrages'
imposants de la résidence présidentielle
et l'automobile -démarra, les emportant
vers la solitude.
Au manoir de la Vallée
RENNES, 22 septembre. — À cinq kilo-
mètres de Rennes, près de la route Natio-
nale, qui mène à Fougères, s'élève, à l'ex-
trémité d'une belle avenue plantée d'arbres
vénérables, le « Manoir de la Vallée ».
Le « (Manoir » tel qu'on lé voit aujourd'hui
est de construction récente. Le corps de
logis principal, tout paré à la belle saison
de fleurs et de plantes grimpantes, a été
bâti en 1904 sur l'emplacement d'une an-
tique demeure dont il a gardé le nom. C'est
M. René Brice qui l'occupe. Un charmant
pavillon, simplement élevé d'un étage, sur
rez-de-chaussée, y est accolé depuis 1906.
C'est la demeure de M. Paul Deschanel.
L'ancien président y possède au rez-de-
chaussée un cabinet de travail spacieux et
bien éclairé, donnant sur le parc. Au pre-
mier étage, donnant aussi sur le parc, se
trouve une vaste chambre à coucher. Le
séjour est idéalement calme et reposant.
lH ON TTLM
L'HOMME ET LE RAT
(Fable)
D'un mal qui répand la terreur,
Le Ciel voulait, en sa fureur,
Frapper' la frivole Lutèce.
Certains disaient : « Ce sont les rats,
Horrible espèce,
Qui servent de Jupin la rage vengeresse.
Exterminons ces scélérats! »
Et, par la grande ville,
Contre l'engeance vile
Qui portait en tous lieux les germes du fléau.
Chacun cria : « Taïaut ! Taïaut !»
La guerre sainte fut'aussitôt proclamée.
On leva sans tarder une puissante armée,
Et pour précipiter la fin des ennemis.
Cinq sols furent promis -
A qui rapporterait ce que ces betes
Ont de commun avecques les comètes.
Or, certain soir, un chasseur rencontra,
Passage de l'Opéra,
Un vieux mulot d'aspect farouche,
Dont la bouche -
S'ouvrit pour prononcer un discours éloquent.
Les rats ne sont point sans talent ;
Ce sont des amis de l'étude,
Qui dévorent maints bons auteurs
Et qui s'expriment, d'habitude,
Mieux que tel:, de nos orateurs.
« Homme cruel, lança le Cicéron des rats,,
Arrête un peu ton bras.
L'heure me parait très propice :
Signons bien vite un armistice.
Ou crains qu'en me mettant à mort,
De Gribouille, à la fin, tu ne suives le sort.
Pourquoi, dans ton ire imbécile,
Me traquer jusqu'en cet asile?
Tu crois qu'en m'envoyant cher le sombre Pluton,
Sans m'autoriser même à demander mon reste,
Tu pourras éviter la peste,
Puisqu'il faut, aussi bien, d'appeler par son nom
Quelle erreur manifeste 1
Plus d'un de tes docteurs, bien plus que toi savant*
T'en dira tout autant.
Ce n'est point le rat qui colporte,
De pbrte en porte,
Le virus de ce mal dont on parle en tremblànt
(Nous n'avons point pareille astuce),
C'est la puee!
Mais celle-ci préfère aux hommes les plus gras
Les plus maigres des rats.
Nous vous protégeons donc contre ce parasite.
Tant que dans notre poil complaisant il habite.
Si nous devons laisser nos queues entre vos mains,
Il vous fera payer cette victoire.
Il inôculera la peste la plus noire,
Faute de rats, dans le sang des humains.
Il faudrait que tu fusses
Un sot pour me traiter en ennemi,
Moi, ton ami,
Ton parapuces! »
Vaine éloquence ! A coups de gourdin, le dhasseur
Assomma notre raisonneur.
Les puces aussitôt, quittant un corps inerte,
S'élancèrent sur l'homme et causèrent sa perte.
Les rats furent quand même anéantis.
Succès funeste
Que le vieux sage avait prédit :
Tous les vainqueurs eurent la peste 1
Je conclus de ce conte-là
— C'est mon avis, voyons le vôtre —
Qu'un ennemi, souvent, nous préserve d'un autre
Et qu'en fuyant Charybde on tombe dans Scylla.
* CLÉMENT VAUTEL.
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