Titre : L'Homme libre : journal quotidien du matin / rédacteur en chef, Georges Clemenceau ; directeur, Fr. Albert
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1913-05-21
Contributeur : Clemenceau, Georges (1841-1929). Rédacteur
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 21 mai 1913 21 mai 1913
Description : 1913/05/21 (A1,N17). 1913/05/21 (A1,N17).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 07/03/2014
PREMIERE ANNEE. - No-11. Ii© STumérO : CUTQ CENTTMBS "MERCKEDr2ï MAI 1913.
L Homme Libre
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FRANÇOIS ALBERT
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA RÉDACTION
JOURNAL QUOTIDIEN DU MATIN
Rédacteur en Chef: G. CLEMENCEAU
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ÏUBUCITÉ, ANNONCES, PETITES ANNONCES : AUX BUREAUX DU JOURNAÈ
A. BERNIER
DIRECTEUR-ADMINISTRATEUR
Poof la iense Nationale
Le gouvernement allemand vient de
faire à la conférence de Berne la ré-
ponse qu'on pouvait attendre de son
ordinaire brutalité. 150 parlementaires
français sont allés chercher 40 parle-
mentaires allemands pour rédiger une
déclaration qui ne serait que bruit au
vent s'ils n'avaient trouvé moyen d'y
mêler fâcheusement l'Alsace-Lorraine.
Cette démarche, honorable d'intention
mais insuffisamment réfléchie, aboutit
à réveiller les animosités entre les deux
peuples par une injustifiable aggrava-
tion du régime de prussification à ou-
trance auquel sont soumdses, de l'autre
côté des Vosges, les provinces arrachées
de la mère Patrie.
En dehors des socialistes, les partis de
gouvernement au Reichstag — progres-
siste et centre catholique — représentés
à Berne par une dizaine de députés, ap-
prouvent les mesures de brutale domina-
tion contre Jes Français des pays con-
quis, et nous pouvons ainsi apprécier
à leur juste valeur les paroles de pacifi-
cation que buvait à longs traits M. d'Es-
tournelles de Constant. Cependant, le
général Keim et sa ligue militaire or-
ganisent à Leipzig une grande manifes-
tation où, après avoir envoyé des télé-
grammes de félicitation à 1 Empereur
et au Kronprinz pour les remercier de
s'être rangés aux vues de la. ligue en
faisant voter la loi actuelle sur l'ac-
croissement des effectifs, ils réclament
dès à présent une nouvelle augmenta-
tion de l'armée allemande.
Ce que trop de gens encore ne veulent
pas comprendre chez nous, c'est que
l'Allemagne, organisée tout entière pour
la violence, ne pourrait échapper, si elle
le voulait - et elle ne paraît certaine-
ment pas le vouloir —- à la fatalité des
nouveaux développements de violence.
Toute l'Europe sait que nous som-
mes à son égard sur la défensive, et
l'Allemagne elle-même ne peut avoir
aucun doute là-dessus. Sous prétexte
de se garantir contre notre agres-
sion, elle n'en continuera pas moins
ses entreprises de surarmement jus-
qu'au jour qu'elle croira propice pour
en finir avec nous. Car il faut être vo-
lontairement aveugle pour ne pas voir
que sa fureur d'hégémonie, dont l'ex-
plosion £ br £ inlefa.tout le continenteuro-
péen quelque jour, la YOu. con.tr 1g.
France à une politique d'extermination.
Si la catastrophe est inévitable, il
faut donc que nous nous préparions à
l'affronter de tout notre effort. Voilà
pourquoi je suis disposé, d'une façon
générale, à ne rien refuser au gouver-
nement, quel qu'il soit, des moyens de
défende qu'il sollicite des Chambres.
Ceux qui ont vu 1870-71 ne peuvent plus
laisser échapper une chance, si minime
fût-elle, de ne pas revoir les effroyables
jours dont l'horreur ne pourrait qu et-re
centuplée. Au moins, si la destinée m in-
flige encore, en l'avivant, ce supplice
sans nom, dont le souvenir me hante,
ai-je bien résolu de ne jamais mettre à
mon compte la plus petite part de
responsabilité dans tout ce qui peut af-
faiblir mon pays livrant le suprême
combat pour l'existence. Je • voudrais
tous les députés imprégnés de ce senti-
ment qui faisait dire l'autre jour à un
homme illustre dont le rôle fut éminent
dans la guerre de 1870 et que je ne crois
pas enthousiaste du service de trois ans :
« Le service de cinq ans serait absurde.
Cependant je le voterais si le gou-
vernement me le demandait, parce que
je ne veux pas me reprocher à mon lit
de mort d'avoir contribué pour une part
à une catastrophe dont la France ne se
relèverait pas. »
Je n'ai cessé de dire que j'étais par-
tisan du service de trois ans. Non que
je tienne ce régime pour un dogme tom-
bé du ciel, comme paraissent le croire
des gens' surexcités qui, non contents
de faire leurs articles ou à peu près,
ont la prétention de me dicter les .miens,
mais parce que je considère que c'est le
seul moyen d'aller au plus pressé —
étant bien entendu que toute augmenta-
tion d'effectifs n'est qu'un leurre si elle
ne s'accompagne pas de réformes immé-
diates sans lesquelles notre armée, mal-
gté de si belles forces en puissance,
pourrait demeurer au-dessous de l'effort
qui lui sera demandé.
Je ne veux plus donner des hommes
•— quelle que soit la durée du service -
pour qu'on les envoie au Maroc comme
on a fait des chasseurs alpins qui man-
quent à notre couverture. Je ne veux
plus donner des hommes pour une ins-
truction militaire insuffisante - quel-
quefois dérisoire — comme je le prou-
verai quand il faudra. Si je consens à
imposer au pays l'énorme surcharge que
le gouvernement propose, je veux que
ce soit utilement. Dans cette vue je de-
mande que la majorité républicaine ac-
cepte le service de trois ans, pour impo-
ser au gouvernement des réformes mili-
taires qui sont le complément indispen-
sable d'une augmentation d'effectifs.
Beaucoup de républicains sont autre-
ment disposés. Chacun présente son pro-
jet sauveur, comme du temps de la re-
présentation proportionnelle. J'ai donné
la parole à M. Paul-Boncour et je la
donnerai à M. Javal, comme je l'ai pro-
mis. Mais que ces Messieurs me permet-
tent de leur faire observer qu'il est bien
hasardeux de prendre la tête de la ma-
nœuvre en pareille matière sans avoir
un gouvernement tout prêt pour l'exé-
cution. -
C'est probablement ce qui fait que M.
Caillaux lui-même, qui est pourtant un
homme de ressources, n'a pas pu nous
fournir de précision sur sa « rallonge »
du service militaire. Un manque de con-
c lusion est une assez grave lacune quand
il s'agit précisément de réunir dans une
action commune tous les représentants
du pays ! Il était présent lorsque je dis
à un haut personnage (que cela fit sou-
rire) : « L'union des républicains aussi
est une des forces de la défense natio-
nale. » Moi, j'en suis toujours là —- ain-
si que lui-même, je suppose — et, au
risque de me faire conspuer par les gra-
ves personnages qui virent d'abord dans
la prolongation du service militaire une
occasion d'installer (je devrais dire de
maintenir) la droite au gouvernement, je
ne cesserai d'inciter les républicains à se
rallier au projet gouvernemental, si l'on
peut découvrir quel il est d'une façon
précise, pour mettre le ministre de la
guerre en demeure de faire l'œuvre de
réorganisation qui sera le salut tandis
que la. routine des bureaux et le lais-
sez-faire des grands chefs nous condui-
raient à des désastres nouveaux. Autre-
ment, je crains bien que nous n'aboutis-
sions qu'à empirer le gâchis.
Hélas ! voici maintenant les soldats
eux-mêmes qui prennent l'affaire en
main. Il ne nous manquait plus que ce
malheur. A Reuilly, à Toul, à Belfort
on signale des actes de mutinerie, qu'il
ne faut pas exagérer, car les plus turbu-
lents seraient peut-être les plus ardents
en temps de guerre, mais qui font à
l'étranger (lisez les commentaires de la
presse allemande) et en France même la
plus déplorable impression. Il est fort
aisé de comprendre que nos jeunes sol-
dats, qui ont pu se croire hier à la veille
de rentrer dans leur famille pour re-
prendre leur travail et fonder peut-
être eux-mêmes une famille nouvelle,
se montrent fâcheusement affectés d'une
aussi grave déception. Qu'ils aient
murmuré, « grogné » même à la
façon de leurs anciens, on peut ne
pas s'en étonner. Je crois, en vérité,
qu'ils n'ont pas voulu faire davantage.
Ils ont commis la faute de se laisser en-
traîner fort loin au delà des propos sur
lesquels les chefs eussent pu fermer les
yeux. La répression immédiate doit s'en-
suivre. Mais je crois que tout le monde
sera d'accord pour dire qu'il faut garder
la juste mesure en accompagnant la fer-
meté de quelque indulgence. Le général
Pau, que le ministre de la guerre a en-
voyé sur les lieux, est des mieux qua-
lifiés pour cette œuvre. Ces soldats n'a-
vaient certainement pas pensé qu'ils al-
laient mettre leur pays en fâcheuse pos-
ture aux yeux de l'étranger. Quand on
le leur aura fait comprendre, ils ne de-
manderont plus qu'à réparer le mal in-
volontaire. Heureuse faute, si la leçon
qui s'en dégage devait faire entre nous
l'accord pour la patrie !
G. CLEMENCEAU.
Échos
Les perplexités de M. Just
M. Just, directeur de l'administration
pénitentiaire, a une cuisinière, ce qui n'a
rien d'étonnant. Chose moins étonnante en-
core, le mari de la cuisinière de M. Just est
gardien de prison. Mais voici où l'histoire
commence à se corser : la cuisinière de M.
Just est dévorée d'ambition. Elle souhaite
de voir son mari parvenir aux grades les
plus élevés de sa carrière, et elle ne le ca-
che pas à son patron, de qui dépend l'avan-
cement tant désiré.
Cette excellente femme était sur le point
de triompher quand l'Amicale des gardiens
de prison apprit le passe-dioii qui se prépa-
rait. Une délégation vint trouver M. Just et
lui adressa un respectueux avertissement.
- Je suis le maître ! s'écria M. Just.
- Nous verrons bien, répondirent les dé-
légués de l'Amicale.
L'affaire en est là. Mais la cuisinière ne
désarme pas. Elle a maintenant recours aux
grands moyens : entremets manqués, sauces
brûlées, etc.
A'.ses heures les plus noires, M., Just
songe à démissionner.
'\I\N\t
Poète et Mécène
M. Jules Bois, assez notoire comme poète,
voire comme romancier, est célèbre à d'au-
tres titres. Son sourire, sa poignée de main
sont même légendaires à force d'obstination.
Un mécène qu'il poursuivait de ses poli-
tesses ne lui répondait plus que par ces
mots :
— Toujours heureux, Monsieur Jules
Bois, de faire votre connaissance.
Cela ne cessa qu'à la mort du mécène.
Napoléon III selon Carpeaux
L'atelier de Carpeaux ou, plus exacte-
ment, son contenu, va être vendu aux en-
chères. Attendons-nous à de gros prix.
Carpeaux fit ses débuts dans l'atelier de
Rude.
— Mon petit, lui dit un jour celui-ci, si
tu. veux avoir le prix de Rome, il faut me
quitter.
Carpeaux, qui voulait avoir le p^ix de
Rome en effet, quitta Rude pour Francisque
Duret, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts.
Il eut donc son prix de Rome et devint cé-
lèbre, Ce qui ne l'empêcha point d'avoir du
génie.
Mais les fêtes des Tuileries le lassèrent
bien vite. En 1864, il écrivait à un ami :
« Je n'ai aujourd'hui que le désir d'élever
des cochons, de charmantes poules, d'avoir
un cheval, une vache et surtout une
femme. »
L'Année terrible passa là-dessus.: Car-
peaux ne redevint pas bonapartiste.
Comme on s'étonnait de ses opinions fa-
rouchement républ.icaines :
- C'est vrai, dit-il, je suis républicain.
mais l'empereur l'était aussi,.
LES INCIDENTS DE TOUL
L'a\lort£n)E:l)t d'ClOE
njafyifestatioo préméditée
(Par dépêche de notre envoyé spécial)
Toul, 20 mai. — Je me suis efforcé moins
de faire la chasse à "l'information de der-
nière heure que de rechercher impartiale-
ment les origines et les caractères du mou-
vement qui vient de plonger dans la stu-
peur toute la population lorraine.
A Toul, on s'indigne ; à Nancy, on ne
comprend pas. Les officiers, silencieux, ré-
servés, s'appliquent à ne laisser paraître
aucune inquiétude. De même les autorités
civiles, qui ont conservé tout leur sang-
,froid et font l'impossible pour que l'opi-
nion réduise aux proportions d'un incident
éphémère ce que le public semble vouloir
considérer comme l'indice d'un état d'es-
iprit assez sérieux.
Et d'abord quel fut le nombre exact des
manifestants ? C'est de quoi discutent avec
animation les Toulois. Bien que placés
aux premières loges, ils sont loin de tom-
ber d'accord sur le chiffre. Les uns par-
lent de quelques centaines ; les autres de
plusieurs milliers. La vérité est qu'il était
difficile de démêler, parmi les soldats qui
se rencontrèrent samedi soir, place de la
République, et dimanche au camp de Dom-
martin, la proportion des manifestants et
des curieux. Beaucoup se trouvaient là,
qui n'ignoraient pas le coup monté et vou-
laient assister à la 'protestation annoncée,
sans poùrtant y prendre part. Il faut en-
core tenir compte de la contagion des fou-
les, de la promptitude des mesures «prises,
de ce fait enfin que de nombreux soldats
crurent pouvoir hurler avec les loups :
« Vive la classe ! » sans commettre une
faute pendable. Il est donc assez vain de
s'attarder à la recherche de précisions
qui n'apporteraient, au bout du compte,
pas beaucoup* de lumière sur la nature et
la portée de l'incident.
Une opération préparée
Ce qui importe davantage, c'est de bien
marquer le caractère de préméditation,
aujourd'hui nettement établi, qui a mar-
qué les événements de ces deux jours.
Tout d'abord il ne saurait être question
d'une mutinerie. Aucun doute à cet égard.
Lorsque le maj or de la place, le colonel
Beuchon, dont l'attitude fut si .habilement
paternelle, vint demander aux soldats s'ils
avaient à se plaindre de lui ou de quelque
autre chef, c'est en toute sincérité" qu'ils
lui-firent-une réponse négative. Ils enten-
daient uniquement protester contre le
maintien de la classe sous les drapeaux
et, pour ce faire, organiser une manifesta-
tion imposante.
Ils l'avaient préparée de longue main,
prévoyant bien le vote de la Chambre. De
nombreuses réunions s'étaient tenues au
moulin Sainte-Anne. Elles étaient fréquen-
tées surtout par les recrues parisiennes,
qui sont très nombreuses à Toul (au seul
153i régiment d'infanterie on en avait en-
voyé 250 l'an dernier). Ceux qui y pre-
naient la parole étaient connus pour venir
très souvent à Paris, profitant pour faire
ce voyage des moindres permissions de
vingt-quatre heures. Ils y répandaient des
brochures de propogande antimilitaristes,
soigneusement déposées, paraît-il, chez un
débitant du voisinage. Ils faisaient surtout
circuler des pétitions contre la loi de trois
ans et pratiquaient une véritable chasse
aux signatures. Quand ils avaient obtenu
celle de quelque hésitant, ils lui rappe-
laient ensuite incessamment cet engage-
ment ; ils lui répétaient qu'il était tenu
d'y faire honneur.
Un mot naïvement significatif m'a été
rapporté à ce sujet. Un soldat libérable,
habitué à travailler l'après-midi du di-
manche chez un patron de Toul, avouait
à celui-ci qu'il avait pris part à l'affaire
de Dommartin : « Et, pourquoi es-tu allé
te fourrer là-dedans ? interrogea le patron.
— J'avais signé une feuille de papier ; je
ne pouvais pas manquer à ma parole. »
Toul, 20 mai. — Le général Pau, chargé
de l'enquête officielle, a réuni tous les
généraux et colonels de la garnison, à la
caserne du Châtelet. Il a procédé à l'au-
dition d'un certain nombre de soldats com-
promis.
Les officiers n'ignoraient pas d'ailleurs
qu'il devait se machiner quelque chose ; ils
ne savaient ni quoi ni pour quelle date.
Pourtant quelques précautions avaient été
prises : .on avait expédié dans les forts
isolés du voisinage quelques fortes v têtes,
notamment des ouvriers de la section, les
plus suspects de toute la garnison. Mais
ce n'était là que des mesures individuelles.
On dit qu'aujourd'hui les généraux Pau et
Goetschy seraient d'accord pour générali-
ser cette méthode. Ils feraient également
de sévères exemples dans les services auxi-
liaires, où l'esprit est particulièrement
mauvais.
Le plan des agitateurs
Les chefs du mouvement de protestation
contre les trois ans n'agissaient pas au
hasard. Ils avaient soigneusement choisi
le lieu, le jour et l'heure. On s'était rallié
au cri de : « Vive la classe ! » qui, ainsi
que nous l'avons indiqué, pouvait se défen-
dre comme infiniment naturel et ne pré-
sentant aucune apparence séditieuse.
Le lieu d'élection, c'était Toul. Dans
cette ville, en effet, qui présente l'aspect
d'un camp plutôt que d'une cité ordinaire,,
la population civiLe est noyée dans la po*
pulation militaire, deux fois supérieure.
Or, cette population civile est animée d'un
patriotisme jaloux, presque exalté. Amor-
cer la monoeuvre contre les trois ans dans
une grande ville comme Nancy, c'était ris-
quer de se heurter à une contre-manifesta-
tion formidable des habitants, qui étouf-
ferait aussitôt toute velléité de démonstra-
tion antimilitariste.
Cependant, il fallait une garnison de
l'Est, pour que l'effet produit fût vràiment
saisissant en France. et ailleurs. Toul
répondait à cette double condition.
Le jour favorable devait être un samedi,
parce qu'un grand nombre d'officiers par-
tent le soir pour aller passer le dimanche
à Nancy, parce que ceux qui restent ont,
pour la plupart, revêtu le costume civil,
ce qui permet de les molester en feignant
de ne les point reconnaître.
La date également était bonne pour frap-
per les imaginations dans la province fran-
çaise. C'était la veille de la grande foire de
Nancy, où viennent traditionnellement en
foule les habitants des pays aenexés. Quel
effet prodigieux si, le lendemain, les jour-
naux de la vieille capitale lorraine annon-
çaient en manchette une manifestation
monstre contre le maintien de la classe !
Il ne fallait donc pas laisser passer cette
journée sans frapper le coup décisif.
Enfin, l'heure propice, c'était celle de la
retraite militaire, seule distraction offerte
aux habitants de l'austère cité. On était
assuré de s'y trouver en foule. Le soir, à
Toul, on n'est pas inondé de clartés. A la
faveur de l'ombre complice, les moins har-
dis se sentiraient pleins d'audace. Il était
donc permis d'espérer que l'affaire mar-
cherait. Du moins, les meneurs avaient-ils
mis toutes les chances de leur côté.
Ils furent perdus par la précipitation
des plus ardents : « Ils ont .g. trop tôt ! »
disait mélancoliquement l'un d'eux, après
l'échec de l'opération. En effet, ceux qui
étaient accourus les premiers place de la
République n'eurent pas la patience d'at-
tendre l'arrivée d'une masse imposante de
camarades ni la chute complète du jour.
Ils commencèrent à s'agiter, à chanter
l'Internationale en sourdine, avant que la
retraite fût en train. Les autorités mili-
taires, prévenues à temps, firent rentrer
tout le monde à la caserne. Et, ce soir-là,
ils n'allèrent pas plus avant.
La tentative du lendemain ne fut qu'une
reprise improvisée de cette manifestation
manquée. Les meneurs, en général, ne
semblent même pas s'être rendus à Dom-
martin. Aussi, lorsque le colonel Beuchon
se rendit au camp pour parlementer, ne se
trouva-t-il en présence — un petit meeting
en plein air mis à part — que d'une troupe
irrésolue qui s'égailla à la première appa-
rition des dragons. Ceux-ci, d'ailleurs,
composés en .grande partie de soldats, de
métier, énervés en outre par l'obligation
de rester consignés à la caserne à toutes
fins utiles, étaient animés des intentions
les moins bienveillantes à l'endroit des
mutins, qui regagnèrent la ville comme ils
purent et par les voies les plus diverses.
Ainsi s'acheva l'affaire manquée de
Toul. Par cette mise au point .exacte, l'on
peut, dès à présent, juger que pas un ins-
tant il ne s'agit d'une manifestation spon-
tanée de dépit, mais tout au contraire
d'uife tentative d'intimidation méthodique-
ment préparée — par qui ?. C'est aux
enquêteurs civils et militaires de l'établir,
s'ils ne sont pas, dès à présent, plus qu'a
moitié fixés.
François Albert.
L'ENQUÊTE DU GENERAL PAU
Toul, 20 mai. — Le général Pau est ar-
rivé dans la matinée à Toul. Il s'est rendu
directement chez le général Rémy, gou-
verneur de Toul, avec qui il s'est entretenu
des incidents de samedi et de dimanche.
Après avoir déjeuné avec le général
Goetschy, commandant le 20° corps d'ar-
mée, il est parti en automobile pour com-
mencer son enquête. Il était accompagné
du général Goetschy.
UNE QUESTION DU COMMANDANT
DRIANT
Le commandant Driant a annoncé au
ministre de la Guerre qu'il lui poserait
une question à la séance de jeudi sur les
incidents de Toul et de Belfort. M. Etienne
a déclaré au député de Meurthe-et-Moselle
qu'il ne pourrait accepter de répondre à
une question que lorsqu'il serait en pos-
session du rapport du général Pau.
M. Driant a alors adressé la lettre sui-
vante à M. Etienne :
Monsieur le ministre,
J'ai l'honneur de vous demander de vouloir
bien accepter, au début de la séance de jeudi
ou de vendredi prochain, une question sur
les incidents militaires survenus à Toul et à
Belfort, question à laquelle il vous sera sans
doute possible de répondre sans retard, car
elle vise, non les sanctions que M. le général
Pau saura vous proposer, mais les mesures
que vous avez l'intention de prendre pour
mettre fin à une propagande destructive de
la discipline dans l'armée.
Commandant DRIANT,
Député de Meurthe-el-Moselle.
Les Crédits Militaires
à la Commission du Budget
M. Etienne Informe la commission qu'il
engage des dépenses sous sa respon-
sabilité et sans délai
La commission du budget a entendu le
ministre de la Guerre, qui désirait présen-
ter des observations d'ensemble sur le
projet de loi déposé par lui, tendant à
autoriser l'engagement de 440 millions de
dépenses. Le ministre a dit qu'il était tout
,prêt à fournir d'urgence à la commission
tous les renseignements désirables et tous
les éclaircissements nécessaires. Il a in-
sisté sur l'urgence des dépenses à entre-
prendre, urgence telle qu'il croyait devoir
prendre sur lui d'en engager quelques-
unes sous sa responsabilité et sans délai.
Après le départ du ministre, une discus-
sion s'est engagée. Une motion tendant à
prendre acte de ces déclarations a été
présentée par M. Jules Roche, puis retirée.
Une autre de MM. Sembat et A. Thomas,
invitant le ministre à surseoir à tout en-
gagement de dépenses, a été écartée par
9 voix contre 8, la commission estimant
qu'elle n'avait pas à se prononcer sur les
intentions du ministre à substituer sa
responsabilité à la sienne, et qu'il appar-
tient à la Chambre seule d'autoriser ou
de refuser les engagements de détpense
La commission a ensuite décidé d'abor-
der immédiatement l'examen des' crédits
et de les faire discuter par la Chambre
dans l'une des prochaines séances.
Au cours de cet examen, des observa-
tions ont été formulées, notamment en
ce qui concerne le prix élevé de certaines
dépenses de casernements.
La commission a constitué la sous-com-
mission chargée de suivre et contrôler de
façon permanente l'emploi des crédits af-
fectés à la défense nationale. Cette sous-
wtaûssion comprendra, MM.Cpcbsry,, Nou-
lens, Benazet, Painlevé, A. Thomas et
Combrouze.
Cette sous-commission s'est rendue hier
auprès du ministre de la Guerre pour
lui faire part de la nécessité de reviser,
notamment les provisions de dépenses de
casernements qui .paraissent susceptibles
d'être réduites.
Le Tournant
Académique
Quand un congrès de médecins habiles
à traiter les maladies mentales se réunira,
je souhaite qu'un rapport lui soit commu-
niqué au sujet d'un mal dont souffrent,
un peu avant la cinquantaine, tous les
hommes de lettres.
Vous les avez connus spirituels, coura-
geux, affranchis des pruaeries, des petits
avilissements, des rétrécissements qu'im-
pose la fréquentation du « monde ».
Et cela change, presque brusquement.
L'homme de lettres devient inquiet, fié-
vreux, mélancolique. Il perd l'appétit, car
il goûte à peine les mets qu'on lui pré-
sente dans les dîners cérémonieux aux-
quels il assiste. Il perd le jugement, car il
condamne ses anciennes admirations pour
les auteurs énergiques, peintres de l'hu-
maine vérité, et ne trouve plus de louan-
ges que pour de vagues historiens, des ro-
manciers insipides, voire même des per-
sonnages dont le seul mérite est d'avoir
signé d'un grand nom quelque brochure
oubliée.
Aucun n'échappe à cette crise redouta-
ble.
Elle atteint des anarchistes de lettres,
naguère symbolistes, décadents, surabon-
dants en développements audacieux, en
paradoxes subversifs. Elle touche des fer-
vents du peuple, qui ne se plaisaient que
dans la compagnie des humbles. Elle ga-
gne également des esthètes voluptueuse-
ment morbides, fervents de Venise corrom-
pue, ou des psychologues tristes pour fem-
mes du monde. Elle n'épargne pas des dra-
maturges violents, ou des auteurs de co-
médies optimistes, souples, quasi-liber-
tines.
La marche du mal est régulière. On s'é-
loiqne des amis compromettants ; on se
fait servilement présenter à de vieilles
dames décrepites ou à de vieux messieurs
sourds ; on devient dévot, religieux, pra-
tiquant, et, si l'on n'est pas enfant de l'E-
glise romaine, on offre à l'eau lustrale du
baptême un front -''e la moindre audace
fera désormais rougir. On écrit vite quel-
ques ouvrages « bien pensants » où l'on
fait étalage de patriotisme et de morale.
On prêche la repopulation, l'enracinement
au sol natal, l'affresrive dévotion à Jeanne
d'Arc, la fidélité d l'Alsace-Lorraine, la
beauté des actions militaires, et même l'u-
tilité des carnages — car cette affection
fait inévitablement délirer.
Puis un jour la fièvre tombe. Le conva-
lescent revêt un habit spécial, à palmes
vertes, sous lequel il restera convalescent
toute sa vie. Et sa pensée choisit pour do-
micile à perpétuité la Coupole académi-
que, ce dôme en forme d'éteignoir.
Paul Reboux.
En l'honneur
de Le Nôtre
On inaugure aujourd'hui le monument
de Le Nôtre. L'emplacement choisi est tout
naturellement le jardin des Tuileries.
Longtemps, en effet, le célèbre jardinier
logea aux Tuileries, dont il fut l'inten-
dant. Il prenait soin, et des bâtiments et
de ces jardins qu'il avait créés en vue de
la magnifique perspective des Champs-
Elysées, dont il avait eu l'idée.
Le nom de Le Nôtre est évoo&teur dé
Versailles. Tout le monde admire encore
des jardins nui; au dire des contemporains.
« effacèrent la réputation de ceux d'Ita-
lie ».
En ouvrant Saint-Simon on trouve
plus d'une anecdote qui nous ap-
prend à connaître la naïveté piquante, le
naturel qui étaient les traits distinctifs de
Le Nôtre ; signalons tout spécialement le
trait suivant :
Le pape pria un jour Louis XIV de lui
prêter, pour quelques mois, son fameux
jardinier. En entrant dans la chambre du
pape, uï lieu de se mettre à genoux, Le
Nôtre courut à lui « Eh ! bonjour, lui
dit-il, mon révérend père, en lui sautant
au cou, et l'embrassant, et le baisant des
deux côtés. Eh ! que vous avez bon visage,
et que je suis aise de vous voir en si bonne
santé ! » Le pape qui était Clément X AI-
tieri, se mit à rire de tout son cœur. Il
fut ravi de cette bizarre entrée et fit mille
amitiés à celui qui fut certainement le
type de ce que Chamfort appelait « un bon
ihomme ». — V. DE G.
Faux Calcul
La politique de M. le comte Berchfcold
triomphe : l'Europe parait décidée à n'ad-
mettre les Etats balkaniques, à la Confé-
rence financière de Paris, qu'à titre pure-
ment consultatif. Ainsi, sous prétexte
d'internationaliser le règlement de la ques-
tion d'Orient, on va réaliser ce paradoxe,
pour le moins inattendu, d'admettre toutes
les puissances à participer à la conclusion
de la paix — sauf les principaux inté-
ressés.
Une pareille situation ne sera pas sans
dangers. Il ne suffit pas en effet qu'une
conférence internationale émette tel ou
tel vote à la majorité des voix ; il importe
encore que ces votes se traduisent en actes.
Or, comment les belligéramts pourraient-ils
être liés par des délibérations auxquelles
ils n'auraient pas pris utilement part ? Et
que ferait l'Europe si les alliés, jugeant
qu'on ne leur a pas donné des comoosa-
tions financières suffisantesse refusaient à
prendre à leur charge une partie de la
Dette ottomane ?
Certes, en donnant une fois de plus
satisfaction à la Triplice, la Triple-En-
tente aura gagné d'éviter certaines diffi-
cultés dans le présent. Mais c'est un ré-
sultat qu'on risque de payer cher. Comme
le disait M. Pichon, dans un discours qu'il
prononçait avant son retour au quai d'Or-
say : « Il est des cas où il faut savoir
résister ». C'.est même parfois le plus sûr
moyen en s'exposant d'abord à quelques
désagréments, de prévenir de sérieuses
complications dans l'avenir.
Georges Mandel.
Souvenirs d'Espagne
Quand je lus le billet par lequel Id
Président de la République me faisait
J'honneur de m'inviter à passer à l'Ely-
sée la soirée du mercredi 7 mai, avec
ces mots en post-scriptum ; * Uniforme
de grande ternie », je songèai à l'occa-
sion qui s'offrait, pour rencontrer le roi
d'Espagne, d'essayer si, après trente ans
d oubli dans une armoire, mon vieil
uniforme d'ambassadeur irait encore à
ma taille.
Mais le même accident de santé qui
m'empêcha de me rendre à l'invitation
non moins gracieuse des conseillers
nationaux de la République helvétique,
m'obligea à décliner celle des hôtes de
l'Elysée, et la mélancolie de mes sou-
venirs se partagea entre les cîmes nei-
geuses des Alpes bernoises et la modeste
demeure de la Callé Serrano, où s'abri-
tait l'ambassade de France au printemps
de l'année 1882.
i
Le temps est loin où M. de Freycinet
m'envoya représenter la République
française auprès dé Sa Majesté Catho-
lique le Roi Alphonse XII, père du
jeune souverain que Paris vient d'accla-
mer.
Le 17 avril 1882, j'étais admis à pré-
senter au roi mes lettres de créance. Les
voitures d'apparat de Sa Majesté ve-
naient me prendre à l'ambassade; je
montai dans un carrosse rehaussé d'or,;
de galons, de broderies. L'introducteur
des ambassadeurs, Zarco del Valle, le
Mollard de là-bas, chef du protocole,
qui prit place à eôté de moi, voulut bieJ
m'expliquer que ce somptueux véhicule
datait du temps où Philippe V, appelé
au trône d'Espagne par le testament, de
Charles II, introduisit à Madrid le luxe
et les traditions de la cour de Louis XlVI
Malgré ces antécédents de parente, qui
devaient me mettre en confiance, je me
sentis un. peu gêné de n'être pas dans
le style du royal carrosse, et je me
demandais s'il n'eût pas été plus décent
de me coiffer de la perruque dont. la
sévère élégance ajoutait tant de dignité
aux contemporains du Grand Roi.
Pour ménager ses ressorts fatigués, la
voiture s'avançait lentement et laissait
aux passants le temps de satisfaire leui
curiosité ci' a illeurs ingifférJl t. -.
Derrière nous, avec une gravité confll
ciente de son importance, marchait un
personnage qu'un uniforme reluisant et
un large portefeuille eussent fait pren..
dre pour un ministre, si le rang qu'il
occupait pédestrement dans le cortège
n'eût décelé plutôt une fonction de
domesticité.
J'interrogeai Zarco del Yalle :
— C'est, me dit-il, le charron de la
cour. Il nous suit pour le cas où quelque
réparation serait nécessaire en cours de
route. Son portefeuille contient ses ina":
truments de travail.
— Et cette voiture, pareille à la:
nôtre, qui s'avance plus. loin, sans que
personne ne l'occupe ?
- Elle est destinée à Votre Excel-
lence pour le cas où Un accident naliq
obligerait à en changer.
Malgré ces présages inquiétants, nou.
arrivâmes sans encombre au Palais
Roya1. Après la banalité des discours
d'usage, le roi me fit l'honneur do me
conduire chez la reine, et dans l'intimité
d'une conversation familière, effaçant
par la simplicité et le naturel de son
accueil, les solennités du protocole, il
fut aimable, gai, spirituel ; il parut lieu,.
reux de parler de la France, de Paris,
des amis qu'il y comptait, de son désir
de les revoir.
On sait comment et parmi quelles
aventures ce vœu s'accomplit 1 année
suivante.
Clemenceau avait interrompu ma car-
rière diplomatique en renversant le cabi-
net Freycinet. J'avais repris ma place
à la Chambre, Quand je connus le projet
d'Alphonse XIÏ d'accepter l'invitation
du vieil empereur Guillaume et de se
rendre en Allemagne. Une inquiétude
toutefois troublait le roi : craignant que
ce déplacement n'éveillât les suscepti-
bilités de la France, il avait résolu de
passer par Paris et de rendre visite a
Président de la République.
Convenait-il que Sa Majesté s'arrêtât
chez nous avant ou après le voyage en
Allemagne ? Mon successeur, le baron
Desmichel, fut pressenti ; notre gouver-
nement fut consulté. Toujours confiant,
Jules Ferry, alors président du Conseil,
exprima le désir que la visite à Paris
n'eût lieu qu'au retour, afin de per-
mettre au Président Grévy de ne pas
abréger sa villégiature accoutumée à
Mont-sous-Vaudrey.
Ce qu'il eût fallu prévoir arriva. Tous
les - souverains d'Europe, exceptés le
pape, la reine Victoria et le grand Turc,
étaient colonels honoraires de régiments
prussiens. Alphonse XII ne put y
échapper. Il fut fait colonel du régi-
ment de hulans dit du Schleswig-Hols-
tein, et pour comble de malchance, la
diplomatie de Bismarck peut-être aussi
s'en mêlant, ce régiment tenait garnison
à Strasbourg.
Les temps n'étaient pas mûrs pour la
politique de rapprochement avec l'Alle-
magne; aucun conseiller national ne
songeait à réunir les députés français
avec ceux du Reichstag en une confé-
rence pacifiste sur le sol hospitalier de
la Suisse. 1
Alphonse XII arriva à la gare dit
Nord le 29 septembre ; le Président Grevai
vint l'y saluer; l'entrevue fut courte et
froide. Une berline à caisse verte s'avan-
ça; le roi y prit place avec Jules Ferry,
président du Conseil, le duc de Fernan
Nunez, ambassadeur d'Espagne, le co-
lonel Lichtenstein, officier d'ordonnance
du Président de la République.,
L Homme Libre
Rédaction et Administration, 13 et 15, rue Taitbout, Paris
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FRANÇOIS ALBERT
SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE LA RÉDACTION
JOURNAL QUOTIDIEN DU MATIN
Rédacteur en Chef: G. CLEMENCEAU
ABONNEMENTS ; Trois mois Six mett tfl Il
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DÉPARTEMENTS 6 fr. 12 fr. 24 fr.
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ÏUBUCITÉ, ANNONCES, PETITES ANNONCES : AUX BUREAUX DU JOURNAÈ
A. BERNIER
DIRECTEUR-ADMINISTRATEUR
Poof la iense Nationale
Le gouvernement allemand vient de
faire à la conférence de Berne la ré-
ponse qu'on pouvait attendre de son
ordinaire brutalité. 150 parlementaires
français sont allés chercher 40 parle-
mentaires allemands pour rédiger une
déclaration qui ne serait que bruit au
vent s'ils n'avaient trouvé moyen d'y
mêler fâcheusement l'Alsace-Lorraine.
Cette démarche, honorable d'intention
mais insuffisamment réfléchie, aboutit
à réveiller les animosités entre les deux
peuples par une injustifiable aggrava-
tion du régime de prussification à ou-
trance auquel sont soumdses, de l'autre
côté des Vosges, les provinces arrachées
de la mère Patrie.
En dehors des socialistes, les partis de
gouvernement au Reichstag — progres-
siste et centre catholique — représentés
à Berne par une dizaine de députés, ap-
prouvent les mesures de brutale domina-
tion contre Jes Français des pays con-
quis, et nous pouvons ainsi apprécier
à leur juste valeur les paroles de pacifi-
cation que buvait à longs traits M. d'Es-
tournelles de Constant. Cependant, le
général Keim et sa ligue militaire or-
ganisent à Leipzig une grande manifes-
tation où, après avoir envoyé des télé-
grammes de félicitation à 1 Empereur
et au Kronprinz pour les remercier de
s'être rangés aux vues de la. ligue en
faisant voter la loi actuelle sur l'ac-
croissement des effectifs, ils réclament
dès à présent une nouvelle augmenta-
tion de l'armée allemande.
Ce que trop de gens encore ne veulent
pas comprendre chez nous, c'est que
l'Allemagne, organisée tout entière pour
la violence, ne pourrait échapper, si elle
le voulait - et elle ne paraît certaine-
ment pas le vouloir —- à la fatalité des
nouveaux développements de violence.
Toute l'Europe sait que nous som-
mes à son égard sur la défensive, et
l'Allemagne elle-même ne peut avoir
aucun doute là-dessus. Sous prétexte
de se garantir contre notre agres-
sion, elle n'en continuera pas moins
ses entreprises de surarmement jus-
qu'au jour qu'elle croira propice pour
en finir avec nous. Car il faut être vo-
lontairement aveugle pour ne pas voir
que sa fureur d'hégémonie, dont l'ex-
plosion £ br £ inlefa.tout le continenteuro-
péen quelque jour, la YOu. con.tr 1g.
France à une politique d'extermination.
Si la catastrophe est inévitable, il
faut donc que nous nous préparions à
l'affronter de tout notre effort. Voilà
pourquoi je suis disposé, d'une façon
générale, à ne rien refuser au gouver-
nement, quel qu'il soit, des moyens de
défende qu'il sollicite des Chambres.
Ceux qui ont vu 1870-71 ne peuvent plus
laisser échapper une chance, si minime
fût-elle, de ne pas revoir les effroyables
jours dont l'horreur ne pourrait qu et-re
centuplée. Au moins, si la destinée m in-
flige encore, en l'avivant, ce supplice
sans nom, dont le souvenir me hante,
ai-je bien résolu de ne jamais mettre à
mon compte la plus petite part de
responsabilité dans tout ce qui peut af-
faiblir mon pays livrant le suprême
combat pour l'existence. Je • voudrais
tous les députés imprégnés de ce senti-
ment qui faisait dire l'autre jour à un
homme illustre dont le rôle fut éminent
dans la guerre de 1870 et que je ne crois
pas enthousiaste du service de trois ans :
« Le service de cinq ans serait absurde.
Cependant je le voterais si le gou-
vernement me le demandait, parce que
je ne veux pas me reprocher à mon lit
de mort d'avoir contribué pour une part
à une catastrophe dont la France ne se
relèverait pas. »
Je n'ai cessé de dire que j'étais par-
tisan du service de trois ans. Non que
je tienne ce régime pour un dogme tom-
bé du ciel, comme paraissent le croire
des gens' surexcités qui, non contents
de faire leurs articles ou à peu près,
ont la prétention de me dicter les .miens,
mais parce que je considère que c'est le
seul moyen d'aller au plus pressé —
étant bien entendu que toute augmenta-
tion d'effectifs n'est qu'un leurre si elle
ne s'accompagne pas de réformes immé-
diates sans lesquelles notre armée, mal-
gté de si belles forces en puissance,
pourrait demeurer au-dessous de l'effort
qui lui sera demandé.
Je ne veux plus donner des hommes
•— quelle que soit la durée du service -
pour qu'on les envoie au Maroc comme
on a fait des chasseurs alpins qui man-
quent à notre couverture. Je ne veux
plus donner des hommes pour une ins-
truction militaire insuffisante - quel-
quefois dérisoire — comme je le prou-
verai quand il faudra. Si je consens à
imposer au pays l'énorme surcharge que
le gouvernement propose, je veux que
ce soit utilement. Dans cette vue je de-
mande que la majorité républicaine ac-
cepte le service de trois ans, pour impo-
ser au gouvernement des réformes mili-
taires qui sont le complément indispen-
sable d'une augmentation d'effectifs.
Beaucoup de républicains sont autre-
ment disposés. Chacun présente son pro-
jet sauveur, comme du temps de la re-
présentation proportionnelle. J'ai donné
la parole à M. Paul-Boncour et je la
donnerai à M. Javal, comme je l'ai pro-
mis. Mais que ces Messieurs me permet-
tent de leur faire observer qu'il est bien
hasardeux de prendre la tête de la ma-
nœuvre en pareille matière sans avoir
un gouvernement tout prêt pour l'exé-
cution. -
C'est probablement ce qui fait que M.
Caillaux lui-même, qui est pourtant un
homme de ressources, n'a pas pu nous
fournir de précision sur sa « rallonge »
du service militaire. Un manque de con-
c lusion est une assez grave lacune quand
il s'agit précisément de réunir dans une
action commune tous les représentants
du pays ! Il était présent lorsque je dis
à un haut personnage (que cela fit sou-
rire) : « L'union des républicains aussi
est une des forces de la défense natio-
nale. » Moi, j'en suis toujours là —- ain-
si que lui-même, je suppose — et, au
risque de me faire conspuer par les gra-
ves personnages qui virent d'abord dans
la prolongation du service militaire une
occasion d'installer (je devrais dire de
maintenir) la droite au gouvernement, je
ne cesserai d'inciter les républicains à se
rallier au projet gouvernemental, si l'on
peut découvrir quel il est d'une façon
précise, pour mettre le ministre de la
guerre en demeure de faire l'œuvre de
réorganisation qui sera le salut tandis
que la. routine des bureaux et le lais-
sez-faire des grands chefs nous condui-
raient à des désastres nouveaux. Autre-
ment, je crains bien que nous n'aboutis-
sions qu'à empirer le gâchis.
Hélas ! voici maintenant les soldats
eux-mêmes qui prennent l'affaire en
main. Il ne nous manquait plus que ce
malheur. A Reuilly, à Toul, à Belfort
on signale des actes de mutinerie, qu'il
ne faut pas exagérer, car les plus turbu-
lents seraient peut-être les plus ardents
en temps de guerre, mais qui font à
l'étranger (lisez les commentaires de la
presse allemande) et en France même la
plus déplorable impression. Il est fort
aisé de comprendre que nos jeunes sol-
dats, qui ont pu se croire hier à la veille
de rentrer dans leur famille pour re-
prendre leur travail et fonder peut-
être eux-mêmes une famille nouvelle,
se montrent fâcheusement affectés d'une
aussi grave déception. Qu'ils aient
murmuré, « grogné » même à la
façon de leurs anciens, on peut ne
pas s'en étonner. Je crois, en vérité,
qu'ils n'ont pas voulu faire davantage.
Ils ont commis la faute de se laisser en-
traîner fort loin au delà des propos sur
lesquels les chefs eussent pu fermer les
yeux. La répression immédiate doit s'en-
suivre. Mais je crois que tout le monde
sera d'accord pour dire qu'il faut garder
la juste mesure en accompagnant la fer-
meté de quelque indulgence. Le général
Pau, que le ministre de la guerre a en-
voyé sur les lieux, est des mieux qua-
lifiés pour cette œuvre. Ces soldats n'a-
vaient certainement pas pensé qu'ils al-
laient mettre leur pays en fâcheuse pos-
ture aux yeux de l'étranger. Quand on
le leur aura fait comprendre, ils ne de-
manderont plus qu'à réparer le mal in-
volontaire. Heureuse faute, si la leçon
qui s'en dégage devait faire entre nous
l'accord pour la patrie !
G. CLEMENCEAU.
Échos
Les perplexités de M. Just
M. Just, directeur de l'administration
pénitentiaire, a une cuisinière, ce qui n'a
rien d'étonnant. Chose moins étonnante en-
core, le mari de la cuisinière de M. Just est
gardien de prison. Mais voici où l'histoire
commence à se corser : la cuisinière de M.
Just est dévorée d'ambition. Elle souhaite
de voir son mari parvenir aux grades les
plus élevés de sa carrière, et elle ne le ca-
che pas à son patron, de qui dépend l'avan-
cement tant désiré.
Cette excellente femme était sur le point
de triompher quand l'Amicale des gardiens
de prison apprit le passe-dioii qui se prépa-
rait. Une délégation vint trouver M. Just et
lui adressa un respectueux avertissement.
- Je suis le maître ! s'écria M. Just.
- Nous verrons bien, répondirent les dé-
légués de l'Amicale.
L'affaire en est là. Mais la cuisinière ne
désarme pas. Elle a maintenant recours aux
grands moyens : entremets manqués, sauces
brûlées, etc.
A'.ses heures les plus noires, M., Just
songe à démissionner.
'\I\N\t
Poète et Mécène
M. Jules Bois, assez notoire comme poète,
voire comme romancier, est célèbre à d'au-
tres titres. Son sourire, sa poignée de main
sont même légendaires à force d'obstination.
Un mécène qu'il poursuivait de ses poli-
tesses ne lui répondait plus que par ces
mots :
— Toujours heureux, Monsieur Jules
Bois, de faire votre connaissance.
Cela ne cessa qu'à la mort du mécène.
Napoléon III selon Carpeaux
L'atelier de Carpeaux ou, plus exacte-
ment, son contenu, va être vendu aux en-
chères. Attendons-nous à de gros prix.
Carpeaux fit ses débuts dans l'atelier de
Rude.
— Mon petit, lui dit un jour celui-ci, si
tu. veux avoir le prix de Rome, il faut me
quitter.
Carpeaux, qui voulait avoir le p^ix de
Rome en effet, quitta Rude pour Francisque
Duret, professeur à l'Ecole des Beaux-Arts.
Il eut donc son prix de Rome et devint cé-
lèbre, Ce qui ne l'empêcha point d'avoir du
génie.
Mais les fêtes des Tuileries le lassèrent
bien vite. En 1864, il écrivait à un ami :
« Je n'ai aujourd'hui que le désir d'élever
des cochons, de charmantes poules, d'avoir
un cheval, une vache et surtout une
femme. »
L'Année terrible passa là-dessus.: Car-
peaux ne redevint pas bonapartiste.
Comme on s'étonnait de ses opinions fa-
rouchement républ.icaines :
- C'est vrai, dit-il, je suis républicain.
mais l'empereur l'était aussi,.
LES INCIDENTS DE TOUL
L'a\lort£n)E:l)t d'ClOE
njafyifestatioo préméditée
(Par dépêche de notre envoyé spécial)
Toul, 20 mai. — Je me suis efforcé moins
de faire la chasse à "l'information de der-
nière heure que de rechercher impartiale-
ment les origines et les caractères du mou-
vement qui vient de plonger dans la stu-
peur toute la population lorraine.
A Toul, on s'indigne ; à Nancy, on ne
comprend pas. Les officiers, silencieux, ré-
servés, s'appliquent à ne laisser paraître
aucune inquiétude. De même les autorités
civiles, qui ont conservé tout leur sang-
,froid et font l'impossible pour que l'opi-
nion réduise aux proportions d'un incident
éphémère ce que le public semble vouloir
considérer comme l'indice d'un état d'es-
iprit assez sérieux.
Et d'abord quel fut le nombre exact des
manifestants ? C'est de quoi discutent avec
animation les Toulois. Bien que placés
aux premières loges, ils sont loin de tom-
ber d'accord sur le chiffre. Les uns par-
lent de quelques centaines ; les autres de
plusieurs milliers. La vérité est qu'il était
difficile de démêler, parmi les soldats qui
se rencontrèrent samedi soir, place de la
République, et dimanche au camp de Dom-
martin, la proportion des manifestants et
des curieux. Beaucoup se trouvaient là,
qui n'ignoraient pas le coup monté et vou-
laient assister à la 'protestation annoncée,
sans poùrtant y prendre part. Il faut en-
core tenir compte de la contagion des fou-
les, de la promptitude des mesures «prises,
de ce fait enfin que de nombreux soldats
crurent pouvoir hurler avec les loups :
« Vive la classe ! » sans commettre une
faute pendable. Il est donc assez vain de
s'attarder à la recherche de précisions
qui n'apporteraient, au bout du compte,
pas beaucoup* de lumière sur la nature et
la portée de l'incident.
Une opération préparée
Ce qui importe davantage, c'est de bien
marquer le caractère de préméditation,
aujourd'hui nettement établi, qui a mar-
qué les événements de ces deux jours.
Tout d'abord il ne saurait être question
d'une mutinerie. Aucun doute à cet égard.
Lorsque le maj or de la place, le colonel
Beuchon, dont l'attitude fut si .habilement
paternelle, vint demander aux soldats s'ils
avaient à se plaindre de lui ou de quelque
autre chef, c'est en toute sincérité" qu'ils
lui-firent-une réponse négative. Ils enten-
daient uniquement protester contre le
maintien de la classe sous les drapeaux
et, pour ce faire, organiser une manifesta-
tion imposante.
Ils l'avaient préparée de longue main,
prévoyant bien le vote de la Chambre. De
nombreuses réunions s'étaient tenues au
moulin Sainte-Anne. Elles étaient fréquen-
tées surtout par les recrues parisiennes,
qui sont très nombreuses à Toul (au seul
153i régiment d'infanterie on en avait en-
voyé 250 l'an dernier). Ceux qui y pre-
naient la parole étaient connus pour venir
très souvent à Paris, profitant pour faire
ce voyage des moindres permissions de
vingt-quatre heures. Ils y répandaient des
brochures de propogande antimilitaristes,
soigneusement déposées, paraît-il, chez un
débitant du voisinage. Ils faisaient surtout
circuler des pétitions contre la loi de trois
ans et pratiquaient une véritable chasse
aux signatures. Quand ils avaient obtenu
celle de quelque hésitant, ils lui rappe-
laient ensuite incessamment cet engage-
ment ; ils lui répétaient qu'il était tenu
d'y faire honneur.
Un mot naïvement significatif m'a été
rapporté à ce sujet. Un soldat libérable,
habitué à travailler l'après-midi du di-
manche chez un patron de Toul, avouait
à celui-ci qu'il avait pris part à l'affaire
de Dommartin : « Et, pourquoi es-tu allé
te fourrer là-dedans ? interrogea le patron.
— J'avais signé une feuille de papier ; je
ne pouvais pas manquer à ma parole. »
Toul, 20 mai. — Le général Pau, chargé
de l'enquête officielle, a réuni tous les
généraux et colonels de la garnison, à la
caserne du Châtelet. Il a procédé à l'au-
dition d'un certain nombre de soldats com-
promis.
Les officiers n'ignoraient pas d'ailleurs
qu'il devait se machiner quelque chose ; ils
ne savaient ni quoi ni pour quelle date.
Pourtant quelques précautions avaient été
prises : .on avait expédié dans les forts
isolés du voisinage quelques fortes v têtes,
notamment des ouvriers de la section, les
plus suspects de toute la garnison. Mais
ce n'était là que des mesures individuelles.
On dit qu'aujourd'hui les généraux Pau et
Goetschy seraient d'accord pour générali-
ser cette méthode. Ils feraient également
de sévères exemples dans les services auxi-
liaires, où l'esprit est particulièrement
mauvais.
Le plan des agitateurs
Les chefs du mouvement de protestation
contre les trois ans n'agissaient pas au
hasard. Ils avaient soigneusement choisi
le lieu, le jour et l'heure. On s'était rallié
au cri de : « Vive la classe ! » qui, ainsi
que nous l'avons indiqué, pouvait se défen-
dre comme infiniment naturel et ne pré-
sentant aucune apparence séditieuse.
Le lieu d'élection, c'était Toul. Dans
cette ville, en effet, qui présente l'aspect
d'un camp plutôt que d'une cité ordinaire,,
la population civiLe est noyée dans la po*
pulation militaire, deux fois supérieure.
Or, cette population civile est animée d'un
patriotisme jaloux, presque exalté. Amor-
cer la monoeuvre contre les trois ans dans
une grande ville comme Nancy, c'était ris-
quer de se heurter à une contre-manifesta-
tion formidable des habitants, qui étouf-
ferait aussitôt toute velléité de démonstra-
tion antimilitariste.
Cependant, il fallait une garnison de
l'Est, pour que l'effet produit fût vràiment
saisissant en France. et ailleurs. Toul
répondait à cette double condition.
Le jour favorable devait être un samedi,
parce qu'un grand nombre d'officiers par-
tent le soir pour aller passer le dimanche
à Nancy, parce que ceux qui restent ont,
pour la plupart, revêtu le costume civil,
ce qui permet de les molester en feignant
de ne les point reconnaître.
La date également était bonne pour frap-
per les imaginations dans la province fran-
çaise. C'était la veille de la grande foire de
Nancy, où viennent traditionnellement en
foule les habitants des pays aenexés. Quel
effet prodigieux si, le lendemain, les jour-
naux de la vieille capitale lorraine annon-
çaient en manchette une manifestation
monstre contre le maintien de la classe !
Il ne fallait donc pas laisser passer cette
journée sans frapper le coup décisif.
Enfin, l'heure propice, c'était celle de la
retraite militaire, seule distraction offerte
aux habitants de l'austère cité. On était
assuré de s'y trouver en foule. Le soir, à
Toul, on n'est pas inondé de clartés. A la
faveur de l'ombre complice, les moins har-
dis se sentiraient pleins d'audace. Il était
donc permis d'espérer que l'affaire mar-
cherait. Du moins, les meneurs avaient-ils
mis toutes les chances de leur côté.
Ils furent perdus par la précipitation
des plus ardents : « Ils ont .g. trop tôt ! »
disait mélancoliquement l'un d'eux, après
l'échec de l'opération. En effet, ceux qui
étaient accourus les premiers place de la
République n'eurent pas la patience d'at-
tendre l'arrivée d'une masse imposante de
camarades ni la chute complète du jour.
Ils commencèrent à s'agiter, à chanter
l'Internationale en sourdine, avant que la
retraite fût en train. Les autorités mili-
taires, prévenues à temps, firent rentrer
tout le monde à la caserne. Et, ce soir-là,
ils n'allèrent pas plus avant.
La tentative du lendemain ne fut qu'une
reprise improvisée de cette manifestation
manquée. Les meneurs, en général, ne
semblent même pas s'être rendus à Dom-
martin. Aussi, lorsque le colonel Beuchon
se rendit au camp pour parlementer, ne se
trouva-t-il en présence — un petit meeting
en plein air mis à part — que d'une troupe
irrésolue qui s'égailla à la première appa-
rition des dragons. Ceux-ci, d'ailleurs,
composés en .grande partie de soldats, de
métier, énervés en outre par l'obligation
de rester consignés à la caserne à toutes
fins utiles, étaient animés des intentions
les moins bienveillantes à l'endroit des
mutins, qui regagnèrent la ville comme ils
purent et par les voies les plus diverses.
Ainsi s'acheva l'affaire manquée de
Toul. Par cette mise au point .exacte, l'on
peut, dès à présent, juger que pas un ins-
tant il ne s'agit d'une manifestation spon-
tanée de dépit, mais tout au contraire
d'uife tentative d'intimidation méthodique-
ment préparée — par qui ?. C'est aux
enquêteurs civils et militaires de l'établir,
s'ils ne sont pas, dès à présent, plus qu'a
moitié fixés.
François Albert.
L'ENQUÊTE DU GENERAL PAU
Toul, 20 mai. — Le général Pau est ar-
rivé dans la matinée à Toul. Il s'est rendu
directement chez le général Rémy, gou-
verneur de Toul, avec qui il s'est entretenu
des incidents de samedi et de dimanche.
Après avoir déjeuné avec le général
Goetschy, commandant le 20° corps d'ar-
mée, il est parti en automobile pour com-
mencer son enquête. Il était accompagné
du général Goetschy.
UNE QUESTION DU COMMANDANT
DRIANT
Le commandant Driant a annoncé au
ministre de la Guerre qu'il lui poserait
une question à la séance de jeudi sur les
incidents de Toul et de Belfort. M. Etienne
a déclaré au député de Meurthe-et-Moselle
qu'il ne pourrait accepter de répondre à
une question que lorsqu'il serait en pos-
session du rapport du général Pau.
M. Driant a alors adressé la lettre sui-
vante à M. Etienne :
Monsieur le ministre,
J'ai l'honneur de vous demander de vouloir
bien accepter, au début de la séance de jeudi
ou de vendredi prochain, une question sur
les incidents militaires survenus à Toul et à
Belfort, question à laquelle il vous sera sans
doute possible de répondre sans retard, car
elle vise, non les sanctions que M. le général
Pau saura vous proposer, mais les mesures
que vous avez l'intention de prendre pour
mettre fin à une propagande destructive de
la discipline dans l'armée.
Commandant DRIANT,
Député de Meurthe-el-Moselle.
Les Crédits Militaires
à la Commission du Budget
M. Etienne Informe la commission qu'il
engage des dépenses sous sa respon-
sabilité et sans délai
La commission du budget a entendu le
ministre de la Guerre, qui désirait présen-
ter des observations d'ensemble sur le
projet de loi déposé par lui, tendant à
autoriser l'engagement de 440 millions de
dépenses. Le ministre a dit qu'il était tout
,prêt à fournir d'urgence à la commission
tous les renseignements désirables et tous
les éclaircissements nécessaires. Il a in-
sisté sur l'urgence des dépenses à entre-
prendre, urgence telle qu'il croyait devoir
prendre sur lui d'en engager quelques-
unes sous sa responsabilité et sans délai.
Après le départ du ministre, une discus-
sion s'est engagée. Une motion tendant à
prendre acte de ces déclarations a été
présentée par M. Jules Roche, puis retirée.
Une autre de MM. Sembat et A. Thomas,
invitant le ministre à surseoir à tout en-
gagement de dépenses, a été écartée par
9 voix contre 8, la commission estimant
qu'elle n'avait pas à se prononcer sur les
intentions du ministre à substituer sa
responsabilité à la sienne, et qu'il appar-
tient à la Chambre seule d'autoriser ou
de refuser les engagements de détpense
La commission a ensuite décidé d'abor-
der immédiatement l'examen des' crédits
et de les faire discuter par la Chambre
dans l'une des prochaines séances.
Au cours de cet examen, des observa-
tions ont été formulées, notamment en
ce qui concerne le prix élevé de certaines
dépenses de casernements.
La commission a constitué la sous-com-
mission chargée de suivre et contrôler de
façon permanente l'emploi des crédits af-
fectés à la défense nationale. Cette sous-
wtaûssion comprendra, MM.Cpcbsry,, Nou-
lens, Benazet, Painlevé, A. Thomas et
Combrouze.
Cette sous-commission s'est rendue hier
auprès du ministre de la Guerre pour
lui faire part de la nécessité de reviser,
notamment les provisions de dépenses de
casernements qui .paraissent susceptibles
d'être réduites.
Le Tournant
Académique
Quand un congrès de médecins habiles
à traiter les maladies mentales se réunira,
je souhaite qu'un rapport lui soit commu-
niqué au sujet d'un mal dont souffrent,
un peu avant la cinquantaine, tous les
hommes de lettres.
Vous les avez connus spirituels, coura-
geux, affranchis des pruaeries, des petits
avilissements, des rétrécissements qu'im-
pose la fréquentation du « monde ».
Et cela change, presque brusquement.
L'homme de lettres devient inquiet, fié-
vreux, mélancolique. Il perd l'appétit, car
il goûte à peine les mets qu'on lui pré-
sente dans les dîners cérémonieux aux-
quels il assiste. Il perd le jugement, car il
condamne ses anciennes admirations pour
les auteurs énergiques, peintres de l'hu-
maine vérité, et ne trouve plus de louan-
ges que pour de vagues historiens, des ro-
manciers insipides, voire même des per-
sonnages dont le seul mérite est d'avoir
signé d'un grand nom quelque brochure
oubliée.
Aucun n'échappe à cette crise redouta-
ble.
Elle atteint des anarchistes de lettres,
naguère symbolistes, décadents, surabon-
dants en développements audacieux, en
paradoxes subversifs. Elle touche des fer-
vents du peuple, qui ne se plaisaient que
dans la compagnie des humbles. Elle ga-
gne également des esthètes voluptueuse-
ment morbides, fervents de Venise corrom-
pue, ou des psychologues tristes pour fem-
mes du monde. Elle n'épargne pas des dra-
maturges violents, ou des auteurs de co-
médies optimistes, souples, quasi-liber-
tines.
La marche du mal est régulière. On s'é-
loiqne des amis compromettants ; on se
fait servilement présenter à de vieilles
dames décrepites ou à de vieux messieurs
sourds ; on devient dévot, religieux, pra-
tiquant, et, si l'on n'est pas enfant de l'E-
glise romaine, on offre à l'eau lustrale du
baptême un front -''e la moindre audace
fera désormais rougir. On écrit vite quel-
ques ouvrages « bien pensants » où l'on
fait étalage de patriotisme et de morale.
On prêche la repopulation, l'enracinement
au sol natal, l'affresrive dévotion à Jeanne
d'Arc, la fidélité d l'Alsace-Lorraine, la
beauté des actions militaires, et même l'u-
tilité des carnages — car cette affection
fait inévitablement délirer.
Puis un jour la fièvre tombe. Le conva-
lescent revêt un habit spécial, à palmes
vertes, sous lequel il restera convalescent
toute sa vie. Et sa pensée choisit pour do-
micile à perpétuité la Coupole académi-
que, ce dôme en forme d'éteignoir.
Paul Reboux.
En l'honneur
de Le Nôtre
On inaugure aujourd'hui le monument
de Le Nôtre. L'emplacement choisi est tout
naturellement le jardin des Tuileries.
Longtemps, en effet, le célèbre jardinier
logea aux Tuileries, dont il fut l'inten-
dant. Il prenait soin, et des bâtiments et
de ces jardins qu'il avait créés en vue de
la magnifique perspective des Champs-
Elysées, dont il avait eu l'idée.
Le nom de Le Nôtre est évoo&teur dé
Versailles. Tout le monde admire encore
des jardins nui; au dire des contemporains.
« effacèrent la réputation de ceux d'Ita-
lie ».
En ouvrant Saint-Simon on trouve
plus d'une anecdote qui nous ap-
prend à connaître la naïveté piquante, le
naturel qui étaient les traits distinctifs de
Le Nôtre ; signalons tout spécialement le
trait suivant :
Le pape pria un jour Louis XIV de lui
prêter, pour quelques mois, son fameux
jardinier. En entrant dans la chambre du
pape, uï lieu de se mettre à genoux, Le
Nôtre courut à lui « Eh ! bonjour, lui
dit-il, mon révérend père, en lui sautant
au cou, et l'embrassant, et le baisant des
deux côtés. Eh ! que vous avez bon visage,
et que je suis aise de vous voir en si bonne
santé ! » Le pape qui était Clément X AI-
tieri, se mit à rire de tout son cœur. Il
fut ravi de cette bizarre entrée et fit mille
amitiés à celui qui fut certainement le
type de ce que Chamfort appelait « un bon
ihomme ». — V. DE G.
Faux Calcul
La politique de M. le comte Berchfcold
triomphe : l'Europe parait décidée à n'ad-
mettre les Etats balkaniques, à la Confé-
rence financière de Paris, qu'à titre pure-
ment consultatif. Ainsi, sous prétexte
d'internationaliser le règlement de la ques-
tion d'Orient, on va réaliser ce paradoxe,
pour le moins inattendu, d'admettre toutes
les puissances à participer à la conclusion
de la paix — sauf les principaux inté-
ressés.
Une pareille situation ne sera pas sans
dangers. Il ne suffit pas en effet qu'une
conférence internationale émette tel ou
tel vote à la majorité des voix ; il importe
encore que ces votes se traduisent en actes.
Or, comment les belligéramts pourraient-ils
être liés par des délibérations auxquelles
ils n'auraient pas pris utilement part ? Et
que ferait l'Europe si les alliés, jugeant
qu'on ne leur a pas donné des comoosa-
tions financières suffisantesse refusaient à
prendre à leur charge une partie de la
Dette ottomane ?
Certes, en donnant une fois de plus
satisfaction à la Triplice, la Triple-En-
tente aura gagné d'éviter certaines diffi-
cultés dans le présent. Mais c'est un ré-
sultat qu'on risque de payer cher. Comme
le disait M. Pichon, dans un discours qu'il
prononçait avant son retour au quai d'Or-
say : « Il est des cas où il faut savoir
résister ». C'.est même parfois le plus sûr
moyen en s'exposant d'abord à quelques
désagréments, de prévenir de sérieuses
complications dans l'avenir.
Georges Mandel.
Souvenirs d'Espagne
Quand je lus le billet par lequel Id
Président de la République me faisait
J'honneur de m'inviter à passer à l'Ely-
sée la soirée du mercredi 7 mai, avec
ces mots en post-scriptum ; * Uniforme
de grande ternie », je songèai à l'occa-
sion qui s'offrait, pour rencontrer le roi
d'Espagne, d'essayer si, après trente ans
d oubli dans une armoire, mon vieil
uniforme d'ambassadeur irait encore à
ma taille.
Mais le même accident de santé qui
m'empêcha de me rendre à l'invitation
non moins gracieuse des conseillers
nationaux de la République helvétique,
m'obligea à décliner celle des hôtes de
l'Elysée, et la mélancolie de mes sou-
venirs se partagea entre les cîmes nei-
geuses des Alpes bernoises et la modeste
demeure de la Callé Serrano, où s'abri-
tait l'ambassade de France au printemps
de l'année 1882.
i
Le temps est loin où M. de Freycinet
m'envoya représenter la République
française auprès dé Sa Majesté Catho-
lique le Roi Alphonse XII, père du
jeune souverain que Paris vient d'accla-
mer.
Le 17 avril 1882, j'étais admis à pré-
senter au roi mes lettres de créance. Les
voitures d'apparat de Sa Majesté ve-
naient me prendre à l'ambassade; je
montai dans un carrosse rehaussé d'or,;
de galons, de broderies. L'introducteur
des ambassadeurs, Zarco del Valle, le
Mollard de là-bas, chef du protocole,
qui prit place à eôté de moi, voulut bieJ
m'expliquer que ce somptueux véhicule
datait du temps où Philippe V, appelé
au trône d'Espagne par le testament, de
Charles II, introduisit à Madrid le luxe
et les traditions de la cour de Louis XlVI
Malgré ces antécédents de parente, qui
devaient me mettre en confiance, je me
sentis un. peu gêné de n'être pas dans
le style du royal carrosse, et je me
demandais s'il n'eût pas été plus décent
de me coiffer de la perruque dont. la
sévère élégance ajoutait tant de dignité
aux contemporains du Grand Roi.
Pour ménager ses ressorts fatigués, la
voiture s'avançait lentement et laissait
aux passants le temps de satisfaire leui
curiosité ci' a illeurs ingifférJl t. -.
Derrière nous, avec une gravité confll
ciente de son importance, marchait un
personnage qu'un uniforme reluisant et
un large portefeuille eussent fait pren..
dre pour un ministre, si le rang qu'il
occupait pédestrement dans le cortège
n'eût décelé plutôt une fonction de
domesticité.
J'interrogeai Zarco del Yalle :
— C'est, me dit-il, le charron de la
cour. Il nous suit pour le cas où quelque
réparation serait nécessaire en cours de
route. Son portefeuille contient ses ina":
truments de travail.
— Et cette voiture, pareille à la:
nôtre, qui s'avance plus. loin, sans que
personne ne l'occupe ?
- Elle est destinée à Votre Excel-
lence pour le cas où Un accident naliq
obligerait à en changer.
Malgré ces présages inquiétants, nou.
arrivâmes sans encombre au Palais
Roya1. Après la banalité des discours
d'usage, le roi me fit l'honneur do me
conduire chez la reine, et dans l'intimité
d'une conversation familière, effaçant
par la simplicité et le naturel de son
accueil, les solennités du protocole, il
fut aimable, gai, spirituel ; il parut lieu,.
reux de parler de la France, de Paris,
des amis qu'il y comptait, de son désir
de les revoir.
On sait comment et parmi quelles
aventures ce vœu s'accomplit 1 année
suivante.
Clemenceau avait interrompu ma car-
rière diplomatique en renversant le cabi-
net Freycinet. J'avais repris ma place
à la Chambre, Quand je connus le projet
d'Alphonse XIÏ d'accepter l'invitation
du vieil empereur Guillaume et de se
rendre en Allemagne. Une inquiétude
toutefois troublait le roi : craignant que
ce déplacement n'éveillât les suscepti-
bilités de la France, il avait résolu de
passer par Paris et de rendre visite a
Président de la République.
Convenait-il que Sa Majesté s'arrêtât
chez nous avant ou après le voyage en
Allemagne ? Mon successeur, le baron
Desmichel, fut pressenti ; notre gouver-
nement fut consulté. Toujours confiant,
Jules Ferry, alors président du Conseil,
exprima le désir que la visite à Paris
n'eût lieu qu'au retour, afin de per-
mettre au Président Grévy de ne pas
abréger sa villégiature accoutumée à
Mont-sous-Vaudrey.
Ce qu'il eût fallu prévoir arriva. Tous
les - souverains d'Europe, exceptés le
pape, la reine Victoria et le grand Turc,
étaient colonels honoraires de régiments
prussiens. Alphonse XII ne put y
échapper. Il fut fait colonel du régi-
ment de hulans dit du Schleswig-Hols-
tein, et pour comble de malchance, la
diplomatie de Bismarck peut-être aussi
s'en mêlant, ce régiment tenait garnison
à Strasbourg.
Les temps n'étaient pas mûrs pour la
politique de rapprochement avec l'Alle-
magne; aucun conseiller national ne
songeait à réunir les députés français
avec ceux du Reichstag en une confé-
rence pacifiste sur le sol hospitalier de
la Suisse. 1
Alphonse XII arriva à la gare dit
Nord le 29 septembre ; le Président Grevai
vint l'y saluer; l'entrevue fut courte et
froide. Une berline à caisse verte s'avan-
ça; le roi y prit place avec Jules Ferry,
président du Conseil, le duc de Fernan
Nunez, ambassadeur d'Espagne, le co-
lonel Lichtenstein, officier d'ordonnance
du Président de la République.,
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