Titre : La Lanterne : journal politique quotidien
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1886-06-24
Contributeur : Flachon, Victor. Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb328051026
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 24 juin 1886 24 juin 1886
Description : 1886/06/24 (N3351,A10). 1886/06/24 (N3351,A10).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
Description : Collection numérique : BIPFPIG33 Collection numérique : BIPFPIG33
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k7539067d
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, JOD-54
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/11/2012
IDMINISTRAXœ, RÉDACTION & ANNONCES
A PARIS
-1 f S — Rue Kisher —« f S
Les articles non insérés ne seront pas rendus
A.BOVKElKKHT3
- PARIS
TROIS VOIS.. • ; 5 FR.
SIX MOIS. ; 9 FR.
UN AN.,.. l8 FR.
JOURNAL POLITIQUE
QUOTIDIEN :,' -
UN NUMÉRO* 5 CENTIMES
"nONNE..NTft
DÉPARTEMENTS
TROIS VOIS, ï 6 FR,
SIX MOIS Iî n,
IIMAK. 24'FR.
F DIXIÈME ANNÉE. NUMÉRO 33.5*
Jeudi 24 Juin 1886 -
6 Messidor an 94 .:,' ;
L'E IOUL 10 QUE P LE s EÀ
Dans sa séance d'hier le
Sénat, a vote par 137 voix
contre 122 l'article 1er du
projet de loi interdisant le
territoire de la République
aux chefs des familles ayant
régné en France et à leurs
héritiers directs, dans l'or-
dre de primogéniture.
L'ensemble de la loi a été
voté par appel nominal au
scrutin secret par 141 voix
contre 107-
11 UO" '«
Combien de fois, alors que le Sénat ré-
sistait à quelque mesure libérale ou répu-
blicaine, -- et le cas s'est présenté fré-
quemment, — combien de fois n'avons-
nous pas dit que les résistances ouvertes
du Sénat tenaient aux résitances occultes
du gouvernement.
Ce n'est pas que nous ayons grande
confiance en le libéralisme de la Cham-
bre haute, ni même en l'ardeur extrême
de ses convictions républicaines. Nous
eowftftiiSon&-4rQp bioa- le—centre gauche
sénatorial et nous avons, en la personne
de MM. J. Simon, Bardoux et Ce, la me-
, sure trop juste de sa fidélité à la Répu-
: blique, pour conserver beaucoup d'illu-
sions à cet égard. Mais ce dont nous ne
doutions pas, et ce que les gouverne-
ments avaient jusqu'à présent presque
toujours nié, c'est l'influence prépondé-
rante que le gouvernement quel qu'il soit
exerce sur le Sénat.
Il a fallu, croyez-le bien, que cette ln.
fluence fût singulièrement puissante pour
arracher au Sénat le vote qu'il vient d'é-
mettre. Soyez sûrs qu'il en coûtait bien
davantage aux Pères conscrits d'expulser
les princes qu'il ne leur en eût coûté de
voter telle ou telle loi libérale que jus*
qu'à présent les gouvernements ont re-
gardée ou repoussée sous prétexte de re-
fus probable du Sénat.
Eh bien ! il a suffi que M. de Freycinet,
pour la première fois depuis qu'il est au
pouvoir, fit acte de netteté, de vigueur,
d'énergie pour que la capitulation fût,
non pas complète, mais décisive dès le j
premier vote et se complétât largement
au scrutin secret.
Peut-être aussi faut-il faire la part du
sentiment intime que les chefs orléanis-
tes ont certainement de leur faiblesse
dans le pays. Ce gros état-major de politi-
ciens louches n'a pas un soldat derrière
lui. Comptez les partisans que pourrait
mettre en campagne M. Bocher ; évaluez
les forces qui se masseraient derrière
M. Lambert-Ste-Croix ; même, si vous
voulez, faites entrer en ligne la popularité
de M. J. Simon, et dites si c'est avec cette
armée d'officiers sans troupes que les
princes d'Orléans conquerront le pays.
Sur le terrain parlementaire, ce sont
des stratégistes habiles; en fait d'intrigues,
ce sont des praticiens experts, et c'est
pourquoi l'expulsion est contre eux une
arme terrible : On n'intrigue pas bien de
loin; on ne peut pas, à distance, troubler,
inquiéter, agiter les esprits pour pêcher
en eau trouble. A Paris, appuyés sur cette
poignée de vieux procureurs parlemen-
taires, les princes pouvaient être une
cause non pas de danger, mais d'embarras
et de gêne. Une fois sortis de France, qui
donc se souviendra d'eux ?
D'autant que la fidélité des partisans à
l'intérieur et les sympathies des alliés au
dehors, ne sont pas médiocrement influen-
cées par des coups pareils. Les entrepre
neurs de restauration n'ont point, d'ordi-
naire, le dévouement platonique et met-
tent toujours infiniment plus de zèle à,
servir un prétendant dont; les ; chances
grandissent qu'à se compromettre pous un
conspirateur éconduit. Les chances des
princes d'Orléans ont toujours été bien
minimes ; mais ils verront demain qu'elles
ont encore diminué de beaucoup ; ils au-
ront la mesure de cette chute en voyant
le vide se faire autour d'eux, en voyant
même se refroidir certaines sympathies
extérieures dont leurs partisans ont fait
grand bruit.
En tout cas, le vote du Sénat, venant
après celui de la Chambre, en sus de son
efficacité directe, est d'une importance
majeure par la .haute signification qu'il
contient. Personne maintenant, pas plus
au dehors qu'au dedans, pas plus les gou-
vernements étrangers que les citoyens
français, personne ne peut plus ignorer
que la France a fait connaître ses volon-
tés, que la République a revendiqué ses
droits. Désormais, au dedans comme au
dehors, tout le monde est averti que ce
serait méconnaitre la volonté du pays et
faire injure à la France que de traiter les
princes d'Orléans en souverains possibles.
Et le-1 gouvernements comme les indivi-
dus capables de; spéculer «ur tes probabi-
lités d'une restauration saurait bien re-
connaître que ce serait, désormais, une
bien pauvre spéculation.
Les Ambassadeurs de la République
Les ambassadeurs de France qui ont l'hon-
neur d'avoir leur siège au Sénat, n'ont point
tous compris de la même manière le devoir
qui leur incombait dans cette délicate affaire
des princes.
M. Arago s'est hâté de venir occuper sa
place et d'apporter son vote pour la défense
de la République.
MM. Waddington et Foucher de Careil, au
contraire, ont cru faire mieux en restant àc
leur poste.
Même on affirme que M. le président du
conseil les aurait autorisés à n'en pas bouger,
sachant parfaitement que, mis en demeure
d'opter entre les princes et la République,
c'est aux princes qu'ils donneraient leur vote.
Nous ne saurions mettre en doute la clair-
voyance de M. de Freycinet sur ce point.
Comme lui, nous sommes convaincus qu entre
les princes et la République, MM. Wadding-
ton et Foucher de Careil auraient bientôt fait
leur choix.
M, de Freycinet a donc eu raison, pour une
fois, de les empêcher de quitter leur poste.
Mais il aurait le plus grand tort de les y
maintenir.
Le Vote du général Faidherbe
Pendant le vote secret à la tribune, s'es.
produit un incident dramatique.
iron ie monde sait que depuis de longues
années, le général Faidherbe a les jambes
complètement paralysées. C'est une suite de
son séjour au Sénégal. Non-seulement, il est
paralysé, mais cette année son état de santé
a décliné d'une manière inquiétante. Malgré
sa faiblesse, il s'est fait porter au Sénat pour
prendre part au vote.
Quand on appelle son nom au scrutin se.*
cret à la tribune, aussitôt un cri s'élève :
— Le général ne peut pas ; aller à la tri-
bune.
Alors le président du Sénat répond :
— Un secrétaire va aller chercher le vote
du général.
Des clameurs furieuses partent de la droite ;
— A la tribune 1 à la tribuns !
Les républicains les plus modérés ne peu-
vent s'empêcher de dire : - C'est ignoble !
- Oui, à la tribune ! crient les sénateurg
qui entourent le général Faidherbe 1 Le géné-
ral veut y aller !
Alors un sénateur et un huissier font un
brancard de la chaise du général Faidherbe.
On voit osciller sa tête pâle au balancement
que lui Impriment la descente et la montée
des gradins et des escaliers. Partout sur son
passage éclatent les applaudissements et les
crie de : Vive la République !
Le silence s'est abattu sur la droite. Elle
comprend le rôle honteux qu'elle vient de jouer
à l'égard d'un homme dont les infirmités ont
été contractées au service de la patrie.
L'A bstention du généra/Billot
M. le général Faidherbe et M. Je çQo&rafè
Billot ont hier, chacun à sa façon, fait char
cun son devoir. ,
M. le général Faidherbe, malgré son état
de santé, s'est fait porter à la tribune pour
« défendre la République » ;
Car M. de Freycinet venait de le dire en
termes exprès, c'était bien de « défendre 1%
République » qu'il s'agissait.
éiïi. le général Billot, au contraire, s'est ab-
senté pour ne point voter, c'est-à-dire poup
« défendre les princes. » ,
M. le générai Faidherbe a fait son devoir de!
républicain ;
M. le général Billot a fait son devoir dei
royaliste;
Mais nous lui demandons s'il croit possible,'
s'il croit honnête et loyal de continuer à corn-
mander le premier Corps d'armée qui assura
la défense de cette République que lui, le gê-
neral Billot, il refuse de défendre ?
Et si M. Billot n'a pas conscienœ de cette
impossibilité, nous demanderons au gouver- «
nement s'il croit avoir le droit de laisser en-
tre des mains aussi peu dévouées des forces
sur lesquelles le pays doit pouvoir compter,
même contre les princes auquels est dévoua
le général Billot.
LES PRINCES ET LA BOURSE
Le 19 mai dernier, lorsque la Lanterne, la.
première* dans la presse, annonça que la ques-
tion des princes était soulevée, et qu'elle al-
lait recevoir une solution deflnive. tous nos
confrères, on se le< rappelle, s'empressèrent,
avec un accord touchant, de nous donner un
démenti.
Comme, précisément, ce jour-là, la Rente
baissait de quelques sous, le National
accusa la Lanterne d'avoir provoqué cette
baisse par ses révélations. Pour le National
et plusieurs autres jou&îaflx bien pensants,
l'expulsion des princes devait amener une dé-
préciation dans les cours des rentes.
Or, lorsque la Lanterne, le 19 mai, a an-
noncé que l'expulsion allait être proposée aux
Chambres, le 3 0/0 était coté 82 30, le 4 1/2
I09 15 s hier, 22 juin, l'expulsion étant votée,
le 3 0/0 se cotait 83 10 (coupon détaché), soit
83 85; le 4 1/2 HO 60.
Loin d'être considérée par le monde de la
finance comme une causé de baisse, l'expul-
sion des princes a motivé un mouvement da
hausse de 1 fr. 50 sur les fonds d'Etat fran-
çais.
L'EXPULSION "DES PRINCES
AXJ SÉNAT
AVANT LA SÉANCE
L'encombrement est tout aussi considérable*
qu'hier.
Les dames sont toujours en très grand!
nombre.
On a beaucoup remarqué hier, dans une des
tribunes du Sénat, M. le baron de Rothschild,
le banquier de la rue Lamtte n'étant pas un.
habitue des couloirs parlementaires, sa pré-
sence était diversement commentée.
La question des princes devait certainement
l'intéresser beaucoup.
FEUILLETON DU 24 JUIN 1886
CHAIR FRAICHE
GRAND ROMAN INÉDIT
PAR .-
M. MAURICE DRACK
PREMIÈRE PARTIE
L'ABBAYE DE LA FLEMME
1
Profil* de chanoines
(BUITB)
— Bon. voilà que je me laisse pincer
comme un Nicodème. Garde pour toi tes
souvenirs, mon Jacques, puisqu'on ne peut
te prendre sans vert. Mais laisse-moi le
plaisir de surprendre agréablement nos
trères. avec mes petits naçons.
- h Le dernier mot de la chimie, conti-
nua Jacques en raillant amicalement le
jeune savant.
— Le dernier mot. d'aujourd'hui, ré-
pondit Fontorbe, qui ne sera plus le der-
nier demain, puisque chaque jour amène
la solution d'un nouveau problème. Mais,
respecte mes fioles,., ou je t'y tais goûter,
«mauvais pl a&anW
- Je les respecte et j'en userai, car j'ac-
cepte ton cadeau pour chacun, pour moi-
meme et aussi pour Maxime..
- A la bonne heure.
- Je suis même persuadé que nous au-
rons à te combler de félicitations et de re-
merciements au retour, ami Basile.
- J'y compte certes bien. Et, de la sorte,
j'ai ma part du résultat. Je vous aurais
accompagné l'un ou l'autre, vous n'auriez
pas pu tirer meilleur profit de votre ser-
viteur. Grâce à ma boîte, je serai avec
vous, partout où vous irez. Elle me donne
le don d'ubiquité en me replaçant toujours
au bon moment près de chacun et de tous.
Et vous savez. quand il n'y en a plus, il y
en a encore, le laboratoire est là. Et les
flacons ne seraient pas longs à remplir.
Ils étaient arrivés à la porte du prieuré,
et les fenêtres du rez-de-chaussée, gran-
des ouvertes, laissaient voir la table bien
servie et luxueusement éclairée.
- Tu les as là. ces machinettes ?
- Oui. toutes scellées.
- Entrons donc. et, au dessert, tu nous
distribueras tes talismans.
II
Téremtété
Phanor tirait la langue.
Et il en avait le droit, le brave loulou,
toujours courant depuis l'aube, autour,
devant, derrière sa maîtresse, sur une
route de fieauçe, biea plane, bien pqu$?.
sièreuse, bien ensoleillée et sans un ar-
bre où l'on pût s'abriter, sans une source
pour se désaltérer..
Mais Martine Vàlério allait toujours.
Et Georgœy, le vieux tzigane, très solide,
la suivait sans broncher, d'un pas toujours
égal.
La noble enfant était une vaillante,
comme le lui avait dit Maxime, et elle te-
nait sa promesse.
Dès le lendemain de la visite de Charly
elle s'était mise en campagne.
Il s'agissait de connaitre la direction
prise par la Compagnie foraine Larfaillou
et Grenouillot.
La note du commissaire n'avait fourni
aucune indication précise.
Martine ne se fiant qu'à elle-même, des-
cendit à la place Pigalle, au hasard de
l'inspiration.
Sur la margelle de la fontaine, elle
aperçut un balayeur qui faisait prendre,
avec conviction, un bain à son balai de
bouleau.
Elle s'adressa à lui.
Peut-être avait-il été de service la nuit
précédente et s'était-il trouvé sur le par-
cours de la guimbarde.
Mais l'homme se rebiffa, il était canton-
nier, exclusivement de service le jour.
C'était une manière de fonctionnaire, por-
té sur les rôles d'émargement, et non un
simple salarié payé à JU iQUïUée* à a
tâche. :
Puis, ea dignité sauvegardée, il se ta.:
doucitetdit:
— Y a le père Lantimèche qui pourrait
bien savoir quelque chose au rapport dot
ce que vous dites.
— Qui ça, le père Lantimèche ?
- Vous n'connaissez pas. c'est lé v6il
leux des dépaveurs de Mis. Via sa ca-
hute là au coin d'ia place, près du tas d&
pavés, qu'ils ont quasiment mis le boule-
vard à sac et d'puis huit jours ; ça fait pi-
tié, pus on nettoie, pus y salissent.
— Merci, fit Martine en interrompant
ses doléances et lui donnant la pièce.
Et elle courut à la petite niche en bois
qu'on lui indiquait.
Le père Lantimèche, pour son premier
déjeuner, croquait une croûte frottée d'ail
en lisant un morceau de journal tout ma-
cnlé.
Elle lui exposa sa requête. .;
Le vieux la regarda très surpris, un peu
défiant. ■
— Quoi que ça peut bien vous faire »
demanda-t-il, vous ont-ils pas pris quel4
que chose, les nstons?.
— Au contraire, répondit Martine sans
se laisser interloquer, ils m'avaient offert
de me vendre un tapis et des étoffes qu'il:
ont rapportés de très loin, et voilà qu'au
moment où je me décide, je ne les trouve
plus à la rue Germain-Pilon, où ils étaient
caçapés.
,-¡ suite à~n~;~
A PARIS
-1 f S — Rue Kisher —« f S
Les articles non insérés ne seront pas rendus
A.BOVKElKKHT3
- PARIS
TROIS VOIS.. • ; 5 FR.
SIX MOIS. ; 9 FR.
UN AN.,.. l8 FR.
JOURNAL POLITIQUE
QUOTIDIEN :,' -
UN NUMÉRO* 5 CENTIMES
"nONNE..NTft
DÉPARTEMENTS
TROIS VOIS, ï 6 FR,
SIX MOIS Iî n,
IIMAK. 24'FR.
F DIXIÈME ANNÉE. NUMÉRO 33.5*
Jeudi 24 Juin 1886 -
6 Messidor an 94 .:,' ;
L'E IOUL 10 QUE P LE s EÀ
Dans sa séance d'hier le
Sénat, a vote par 137 voix
contre 122 l'article 1er du
projet de loi interdisant le
territoire de la République
aux chefs des familles ayant
régné en France et à leurs
héritiers directs, dans l'or-
dre de primogéniture.
L'ensemble de la loi a été
voté par appel nominal au
scrutin secret par 141 voix
contre 107-
11 UO" '«
Combien de fois, alors que le Sénat ré-
sistait à quelque mesure libérale ou répu-
blicaine, -- et le cas s'est présenté fré-
quemment, — combien de fois n'avons-
nous pas dit que les résistances ouvertes
du Sénat tenaient aux résitances occultes
du gouvernement.
Ce n'est pas que nous ayons grande
confiance en le libéralisme de la Cham-
bre haute, ni même en l'ardeur extrême
de ses convictions républicaines. Nous
eowftftiiSon&-4rQp bioa- le—centre gauche
sénatorial et nous avons, en la personne
de MM. J. Simon, Bardoux et Ce, la me-
, sure trop juste de sa fidélité à la Répu-
: blique, pour conserver beaucoup d'illu-
sions à cet égard. Mais ce dont nous ne
doutions pas, et ce que les gouverne-
ments avaient jusqu'à présent presque
toujours nié, c'est l'influence prépondé-
rante que le gouvernement quel qu'il soit
exerce sur le Sénat.
Il a fallu, croyez-le bien, que cette ln.
fluence fût singulièrement puissante pour
arracher au Sénat le vote qu'il vient d'é-
mettre. Soyez sûrs qu'il en coûtait bien
davantage aux Pères conscrits d'expulser
les princes qu'il ne leur en eût coûté de
voter telle ou telle loi libérale que jus*
qu'à présent les gouvernements ont re-
gardée ou repoussée sous prétexte de re-
fus probable du Sénat.
Eh bien ! il a suffi que M. de Freycinet,
pour la première fois depuis qu'il est au
pouvoir, fit acte de netteté, de vigueur,
d'énergie pour que la capitulation fût,
non pas complète, mais décisive dès le j
premier vote et se complétât largement
au scrutin secret.
Peut-être aussi faut-il faire la part du
sentiment intime que les chefs orléanis-
tes ont certainement de leur faiblesse
dans le pays. Ce gros état-major de politi-
ciens louches n'a pas un soldat derrière
lui. Comptez les partisans que pourrait
mettre en campagne M. Bocher ; évaluez
les forces qui se masseraient derrière
M. Lambert-Ste-Croix ; même, si vous
voulez, faites entrer en ligne la popularité
de M. J. Simon, et dites si c'est avec cette
armée d'officiers sans troupes que les
princes d'Orléans conquerront le pays.
Sur le terrain parlementaire, ce sont
des stratégistes habiles; en fait d'intrigues,
ce sont des praticiens experts, et c'est
pourquoi l'expulsion est contre eux une
arme terrible : On n'intrigue pas bien de
loin; on ne peut pas, à distance, troubler,
inquiéter, agiter les esprits pour pêcher
en eau trouble. A Paris, appuyés sur cette
poignée de vieux procureurs parlemen-
taires, les princes pouvaient être une
cause non pas de danger, mais d'embarras
et de gêne. Une fois sortis de France, qui
donc se souviendra d'eux ?
D'autant que la fidélité des partisans à
l'intérieur et les sympathies des alliés au
dehors, ne sont pas médiocrement influen-
cées par des coups pareils. Les entrepre
neurs de restauration n'ont point, d'ordi-
naire, le dévouement platonique et met-
tent toujours infiniment plus de zèle à,
servir un prétendant dont; les ; chances
grandissent qu'à se compromettre pous un
conspirateur éconduit. Les chances des
princes d'Orléans ont toujours été bien
minimes ; mais ils verront demain qu'elles
ont encore diminué de beaucoup ; ils au-
ront la mesure de cette chute en voyant
le vide se faire autour d'eux, en voyant
même se refroidir certaines sympathies
extérieures dont leurs partisans ont fait
grand bruit.
En tout cas, le vote du Sénat, venant
après celui de la Chambre, en sus de son
efficacité directe, est d'une importance
majeure par la .haute signification qu'il
contient. Personne maintenant, pas plus
au dehors qu'au dedans, pas plus les gou-
vernements étrangers que les citoyens
français, personne ne peut plus ignorer
que la France a fait connaître ses volon-
tés, que la République a revendiqué ses
droits. Désormais, au dedans comme au
dehors, tout le monde est averti que ce
serait méconnaitre la volonté du pays et
faire injure à la France que de traiter les
princes d'Orléans en souverains possibles.
Et le-1 gouvernements comme les indivi-
dus capables de; spéculer «ur tes probabi-
lités d'une restauration saurait bien re-
connaître que ce serait, désormais, une
bien pauvre spéculation.
Les Ambassadeurs de la République
Les ambassadeurs de France qui ont l'hon-
neur d'avoir leur siège au Sénat, n'ont point
tous compris de la même manière le devoir
qui leur incombait dans cette délicate affaire
des princes.
M. Arago s'est hâté de venir occuper sa
place et d'apporter son vote pour la défense
de la République.
MM. Waddington et Foucher de Careil, au
contraire, ont cru faire mieux en restant àc
leur poste.
Même on affirme que M. le président du
conseil les aurait autorisés à n'en pas bouger,
sachant parfaitement que, mis en demeure
d'opter entre les princes et la République,
c'est aux princes qu'ils donneraient leur vote.
Nous ne saurions mettre en doute la clair-
voyance de M. de Freycinet sur ce point.
Comme lui, nous sommes convaincus qu entre
les princes et la République, MM. Wadding-
ton et Foucher de Careil auraient bientôt fait
leur choix.
M, de Freycinet a donc eu raison, pour une
fois, de les empêcher de quitter leur poste.
Mais il aurait le plus grand tort de les y
maintenir.
Le Vote du général Faidherbe
Pendant le vote secret à la tribune, s'es.
produit un incident dramatique.
iron ie monde sait que depuis de longues
années, le général Faidherbe a les jambes
complètement paralysées. C'est une suite de
son séjour au Sénégal. Non-seulement, il est
paralysé, mais cette année son état de santé
a décliné d'une manière inquiétante. Malgré
sa faiblesse, il s'est fait porter au Sénat pour
prendre part au vote.
Quand on appelle son nom au scrutin se.*
cret à la tribune, aussitôt un cri s'élève :
— Le général ne peut pas ; aller à la tri-
bune.
Alors le président du Sénat répond :
— Un secrétaire va aller chercher le vote
du général.
Des clameurs furieuses partent de la droite ;
— A la tribune 1 à la tribuns !
Les républicains les plus modérés ne peu-
vent s'empêcher de dire : - C'est ignoble !
- Oui, à la tribune ! crient les sénateurg
qui entourent le général Faidherbe 1 Le géné-
ral veut y aller !
Alors un sénateur et un huissier font un
brancard de la chaise du général Faidherbe.
On voit osciller sa tête pâle au balancement
que lui Impriment la descente et la montée
des gradins et des escaliers. Partout sur son
passage éclatent les applaudissements et les
crie de : Vive la République !
Le silence s'est abattu sur la droite. Elle
comprend le rôle honteux qu'elle vient de jouer
à l'égard d'un homme dont les infirmités ont
été contractées au service de la patrie.
L'A bstention du généra/Billot
M. le général Faidherbe et M. Je çQo&rafè
Billot ont hier, chacun à sa façon, fait char
cun son devoir. ,
M. le général Faidherbe, malgré son état
de santé, s'est fait porter à la tribune pour
« défendre la République » ;
Car M. de Freycinet venait de le dire en
termes exprès, c'était bien de « défendre 1%
République » qu'il s'agissait.
éiïi. le général Billot, au contraire, s'est ab-
senté pour ne point voter, c'est-à-dire poup
« défendre les princes. » ,
M. le générai Faidherbe a fait son devoir de!
républicain ;
M. le général Billot a fait son devoir dei
royaliste;
Mais nous lui demandons s'il croit possible,'
s'il croit honnête et loyal de continuer à corn-
mander le premier Corps d'armée qui assura
la défense de cette République que lui, le gê-
neral Billot, il refuse de défendre ?
Et si M. Billot n'a pas conscienœ de cette
impossibilité, nous demanderons au gouver- «
nement s'il croit avoir le droit de laisser en-
tre des mains aussi peu dévouées des forces
sur lesquelles le pays doit pouvoir compter,
même contre les princes auquels est dévoua
le général Billot.
LES PRINCES ET LA BOURSE
Le 19 mai dernier, lorsque la Lanterne, la.
première* dans la presse, annonça que la ques-
tion des princes était soulevée, et qu'elle al-
lait recevoir une solution deflnive. tous nos
confrères, on se le< rappelle, s'empressèrent,
avec un accord touchant, de nous donner un
démenti.
Comme, précisément, ce jour-là, la Rente
baissait de quelques sous, le National
accusa la Lanterne d'avoir provoqué cette
baisse par ses révélations. Pour le National
et plusieurs autres jou&îaflx bien pensants,
l'expulsion des princes devait amener une dé-
préciation dans les cours des rentes.
Or, lorsque la Lanterne, le 19 mai, a an-
noncé que l'expulsion allait être proposée aux
Chambres, le 3 0/0 était coté 82 30, le 4 1/2
I09 15 s hier, 22 juin, l'expulsion étant votée,
le 3 0/0 se cotait 83 10 (coupon détaché), soit
83 85; le 4 1/2 HO 60.
Loin d'être considérée par le monde de la
finance comme une causé de baisse, l'expul-
sion des princes a motivé un mouvement da
hausse de 1 fr. 50 sur les fonds d'Etat fran-
çais.
L'EXPULSION "DES PRINCES
AXJ SÉNAT
AVANT LA SÉANCE
L'encombrement est tout aussi considérable*
qu'hier.
Les dames sont toujours en très grand!
nombre.
On a beaucoup remarqué hier, dans une des
tribunes du Sénat, M. le baron de Rothschild,
le banquier de la rue Lamtte n'étant pas un.
habitue des couloirs parlementaires, sa pré-
sence était diversement commentée.
La question des princes devait certainement
l'intéresser beaucoup.
FEUILLETON DU 24 JUIN 1886
CHAIR FRAICHE
GRAND ROMAN INÉDIT
PAR .-
M. MAURICE DRACK
PREMIÈRE PARTIE
L'ABBAYE DE LA FLEMME
1
Profil* de chanoines
(BUITB)
— Bon. voilà que je me laisse pincer
comme un Nicodème. Garde pour toi tes
souvenirs, mon Jacques, puisqu'on ne peut
te prendre sans vert. Mais laisse-moi le
plaisir de surprendre agréablement nos
trères. avec mes petits naçons.
- h Le dernier mot de la chimie, conti-
nua Jacques en raillant amicalement le
jeune savant.
— Le dernier mot. d'aujourd'hui, ré-
pondit Fontorbe, qui ne sera plus le der-
nier demain, puisque chaque jour amène
la solution d'un nouveau problème. Mais,
respecte mes fioles,., ou je t'y tais goûter,
«mauvais pl a&anW
- Je les respecte et j'en userai, car j'ac-
cepte ton cadeau pour chacun, pour moi-
meme et aussi pour Maxime..
- A la bonne heure.
- Je suis même persuadé que nous au-
rons à te combler de félicitations et de re-
merciements au retour, ami Basile.
- J'y compte certes bien. Et, de la sorte,
j'ai ma part du résultat. Je vous aurais
accompagné l'un ou l'autre, vous n'auriez
pas pu tirer meilleur profit de votre ser-
viteur. Grâce à ma boîte, je serai avec
vous, partout où vous irez. Elle me donne
le don d'ubiquité en me replaçant toujours
au bon moment près de chacun et de tous.
Et vous savez. quand il n'y en a plus, il y
en a encore, le laboratoire est là. Et les
flacons ne seraient pas longs à remplir.
Ils étaient arrivés à la porte du prieuré,
et les fenêtres du rez-de-chaussée, gran-
des ouvertes, laissaient voir la table bien
servie et luxueusement éclairée.
- Tu les as là. ces machinettes ?
- Oui. toutes scellées.
- Entrons donc. et, au dessert, tu nous
distribueras tes talismans.
II
Téremtété
Phanor tirait la langue.
Et il en avait le droit, le brave loulou,
toujours courant depuis l'aube, autour,
devant, derrière sa maîtresse, sur une
route de fieauçe, biea plane, bien pqu$?.
sièreuse, bien ensoleillée et sans un ar-
bre où l'on pût s'abriter, sans une source
pour se désaltérer..
Mais Martine Vàlério allait toujours.
Et Georgœy, le vieux tzigane, très solide,
la suivait sans broncher, d'un pas toujours
égal.
La noble enfant était une vaillante,
comme le lui avait dit Maxime, et elle te-
nait sa promesse.
Dès le lendemain de la visite de Charly
elle s'était mise en campagne.
Il s'agissait de connaitre la direction
prise par la Compagnie foraine Larfaillou
et Grenouillot.
La note du commissaire n'avait fourni
aucune indication précise.
Martine ne se fiant qu'à elle-même, des-
cendit à la place Pigalle, au hasard de
l'inspiration.
Sur la margelle de la fontaine, elle
aperçut un balayeur qui faisait prendre,
avec conviction, un bain à son balai de
bouleau.
Elle s'adressa à lui.
Peut-être avait-il été de service la nuit
précédente et s'était-il trouvé sur le par-
cours de la guimbarde.
Mais l'homme se rebiffa, il était canton-
nier, exclusivement de service le jour.
C'était une manière de fonctionnaire, por-
té sur les rôles d'émargement, et non un
simple salarié payé à JU iQUïUée* à a
tâche. :
Puis, ea dignité sauvegardée, il se ta.:
doucitetdit:
— Y a le père Lantimèche qui pourrait
bien savoir quelque chose au rapport dot
ce que vous dites.
— Qui ça, le père Lantimèche ?
- Vous n'connaissez pas. c'est lé v6il
leux des dépaveurs de Mis. Via sa ca-
hute là au coin d'ia place, près du tas d&
pavés, qu'ils ont quasiment mis le boule-
vard à sac et d'puis huit jours ; ça fait pi-
tié, pus on nettoie, pus y salissent.
— Merci, fit Martine en interrompant
ses doléances et lui donnant la pièce.
Et elle courut à la petite niche en bois
qu'on lui indiquait.
Le père Lantimèche, pour son premier
déjeuner, croquait une croûte frottée d'ail
en lisant un morceau de journal tout ma-
cnlé.
Elle lui exposa sa requête. .;
Le vieux la regarda très surpris, un peu
défiant. ■
— Quoi que ça peut bien vous faire »
demanda-t-il, vous ont-ils pas pris quel4
que chose, les nstons?.
— Au contraire, répondit Martine sans
se laisser interloquer, ils m'avaient offert
de me vendre un tapis et des étoffes qu'il:
ont rapportés de très loin, et voilà qu'au
moment où je me décide, je ne les trouve
plus à la rue Germain-Pilon, où ils étaient
caçapés.
,-¡ suite à~n~;~
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