Titre : Gil Blas / dir. A. Dumont
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1896-05-12
Contributeur : Dumont, Auguste (1816-1885). Directeur de publication
Contributeur : Gugenheim, Eugène (1857-1921). Directeur de publication
Contributeur : Mortier, Pierre (1882-1946). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
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Description : 12 mai 1896 12 mai 1896
Description : 1896/05/12 (A18,N6021). 1896/05/12 (A18,N6021).
Droits : Consultable en ligne
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Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 23/07/2012
GÏL BLAS —MARDI 12IFFAI 1896
Et je commencerai par le collectionneur d'a-
dresses.
C'est un expert estimé, M. Gandouin, qui a
réuni un nombre considérable de prospectus
anciens, d'adresses de commerçants, de billets
de bal ou de faire part, de cartes de visite
d'autrefois : assemblage on ne peut plus inté-
ressant, au point de vue de l'histoire anecdo-
tique de Paris. Dans ce monceau d'estampes
ayant un but pratique, il en est de très raffi-
nées. Et cela n'a rien qui doive étonner ceux
qui, de nos jours, s'arrêtent devant les affiches
de Guillaume, de Chéret, lesquelles auront
bientôt, si elles ne l'ont déjà, leur place dans
les galeries sérieuses. Il est admis aujourd'hui,
en effet, que l'artiste peut mettre son crayon
au service de fantaisies commerciales ou mon-
daines. L'exemple vient de loin : Moreau le
jeune, au dix-huitième siècle, dessinait des
adresses de marchands, celles notamment du
railleur Chamot, rue de la Harpe « vis-à-vis la
rue Percée »; celle de l'horloger Fagard,
v cour du Prince, entre les deux grilles » ; celle
aussi de l'entrepreneur La Ville, rue Basse-
lu-Rempart. En 1877, on retrouvait également
de lui un en-tête de lettre pour la Compagnie
ie dessèchement des marais de Bourgoin.
Le prospectus du libraire Rupilly, encore
aujourd'hui, est orné d'un encadrement des-
siné par Augustin de Saint-Aubin pour Fran-
fois Quillau, lequel « Vend, Loue et Achète
des Livres, tant anciens que nouveaux, sur
toutes sortes de matières ». Prévost, l'ami et
le collaborateur de Cochin, faisait des certifi-
cats pour distributions de prix et il en est un,
daté de 1783, qui avait été donné à une « ci
toyenne M de sept ans. Vous le voyez, mon
bon Guillaume, vous avez eu des devanciers
parmi les plus célèbres dessinateurs des siècles
abolis.
Cartes de visite avec le portrait de la per-
sonne, gravé par Choffard ; prospectus plai-
sants, curieux; réclames timides - combien
de chemin depuis ! — annonces agréablement
rédigées, M. Gandouin possède tout cela. On
me dit aussi que notre confrére M. John Grant
Carteret a, dans ses cartons, un stoch de
cartes de visite fort curieuses également.
C'est notre ami M. Paul Ginisty — rendons
à César. — qui a dressé ce catalogue des
collections bizarres, en une petite plaquette
des plus intéressantes à lire. Il nous y révèle,
entr'autres, « le cirque Montchamin ». C'est,
dans un hôtel, proche la place Malesherbes,
la réunion de tout ce qui a trait aux exhibi-
tions équestres : les portraits de tous les
« maîtres », des spécimens de costumes, des
affiehes, des programmes, des boniments de
« phénomènes ». Quelques-uns de ces des-
sins, de ces estampes, de ces garvures, sont
signés Carle Vernet, Grimald , Debucourt.
Aux murs de ce singulier musée, on voit
Ralph, « écuyer privilégié du roi » franchis-
sant des tonneaux d'incroyable longueur; ou
bien le portrait de Grippe-Soleil, qui tenait
sous le grand roi l'emploi d'Auguste et occu-
pait ses loisirs à dresser des cochons en liberté.
Sub Jove, rien n'est nouveau. Enfin, les gloi-
res du cirque : Franconi, en costume de Léo-
nard, debout sur un cheval noir, tel que l'a
dessiné Vernet; Joseph et Angélique, Adams,
Paul Lalanne, Lejars, madame Saqui et Cora-
lie Ducis.
Je ne puis, sans être entraîné trop loin, ci-
ter toutes les curiosités réunies par cet ama-
teur, passionné pour l'art du Cirque comme
M. Charles Bocher l'est pour l'art de la Danse.
Et je vais passer tout de suite au musée de
cannes constitué par un autre collectionneur.
Des cannes de tous genres, depuis celles que
portaient les Francs de Charlemagne ..usqu'à la
canne moderne —un peu banale, convenez-en
— en passant par la canne de Louis XIII,
longue, majestueuse, faite d'ivoire et d'ébène,
celles ensuite que portaient à la guerre Condé,
Turenne et M. de Villars, celles du dix-huitiè-
me siècle, armoiriées, ciselées, curieusement
fouillées, la canne des muscadins en forme de
vrille, et enfin la badine des lions de Tortoni,
la badine qu'en sa jeunesse maniait le regretté
Claudin. Mais cela, c'est l'histoire régulière
de la canne. A côté, nous trouvons les cannes
de tous styles et à surprises : cannes à sifflet
pour le théâtre, cannes-tâbatières, cannes-
drageoirs, cannes politiques, cannes à musique
et enfin une canne ancienne d'Infanger, le
guide célèbre de l'Isenthal, laquelle repré-
sente un paysan portant sur ses épaules un
ours qui fume la pipe, béatement.
M. Macé, l'ancien chef de la Sûreté, et M.
Derriard, qui habite Rive-de-Gier, ont un
nombre considérable de lettres d'assassins si-
gnées : Collignon, Contrafatto, Lacenaire,
Fieschi, madame Lafarge, La Pommerais, Pa-
pavoine, Moreau, Lebiez,Troppmann, etc. Un
ancien agent de la Sûreté, Rossignol, et M.
Goron, qui fut son chef, collectionnent aussi,
volontiers, les objets se rattachant aux crimi-
nels célèbres.
Un aimable vieillard a reconstitué, dans une
vaste salle d'un petit hôtel du quartier Mon-
ceau, l'officine d'un apothicaire au seizième
siècle. Vases, bocaux, fioles, cornets, serin-
gues. rien n'y manque; objets rares et pré-
cieux d'un très grand intérêt. Il y a aussi toute
une scène d'estampes malicieuses sur les apo-
thicaires, depuis l'almanach célèbre de Ib73
jusqu'à une plaisante image qui rappelle une
aventure du commencement du siècle. Pen-
dant la nuit, un nabitant d'une petite ville de
Touraine fit ramasser par des gamins tous les
escargots que l'on put trouver. Grimpant par
légions sur la devanture, ils montrèrent leurs
cornes au malheureux apothicaire lorsque ce-
lui-ci ouvrit sa boutique. Or, marié à une jo-
lie femme et malheureux en ménage, il devait
être peu flatté par cet emblème. La gravure a
fait passer à la postérité cette vengeance spi-
rituelle d'un client mécontent.
- Ginisty nous montre également une collec-
tion d'images à soldats, de feuilles populaires,
une collection de têtes de morts et -de sque-
lettes, une collection de clefs et de serrures à
laquelle ne manque que la fameuse ceinture
du musée de Cluny. et, très loyal, il nous
avertit que ce n'est pas tout. La liste complète
serait longue, en effet, des collectionneurs
fantaisistes, mais il était amusant, n'est-ce
pas, d'en citer quelques-uns.
SANTILLANE.
——————— 4, ——————————
C.aFnet Pondain
LE MONDE
Avant-hier, réunions très select chez la
duchesse de Doudeauville, et chez la du-
chesse de Maillé.
Le même soir, comédie chez la comtesse
Pillet-Will. Au programme : Une Bonne
soirée, saynète en un acte, de MM. Vély et
Lévy, musique du charmant compositeur
Paul Marcelles, interprêtée par mademoi-
selle Marguerite Deval et M. Achard;
Danses anciennes chantées et dansées, par
mesdemoiselles Marcelle Dartoy et de Mé-
rode ; Agence dramatique, de MM. Galipaux
et P. Mangin, interprétée par mademoiselle
Suzanne Aumont, MM. Galipaux et Man-
gin.
Mademoiselle Marguerite Deval, déli-
cieuse dans sa saynète et dans ses chan-
sonnettes, a remporté son brillant sucés
habituel.
— Avant-hier dimanche, soirée dansante
hebdomadaire chez la vicomtesse de Tré-
dern dans les salons de son superbe hôtel
de la place Vendôme.
Dans la très nombreuse et élégante as-
sistance, nous citerons au hasard :
Duc et duchesse de Brissac, vicomte d'Ar-
juzon, comte et comtesse d'Armaillé, comte
et comtesse de Noailles, vicomtesse d'Avenel,
marquis et marquise de Barbentane, marquis
et marquise de Bassano, duc et duchesse de
Beaufort, comte et comtesse de Bertier de
Sauvigny, madame Benardaky, général baron
- Baillod, M. et madame de Biré, comte et com-
tesse de Castellane, comte et comtesse de
Chabot, comte et comtesse de Clermont-Ton-
nerre, M. et madame Thouvenel, comte et
comtesse de Contades, comte et comtesse de
La Forest-Divonne, etc.
— L'on jouera, au profit des pauvres,
dans le cours de l'été, Dom Pasquale, chez
la vicomtesse de Trédern, -au château de
Brissac.
•— Avant-hier, une nombreuse et élé-
gante assistance se pressait dans les salons
Ea madame Gallet pour entendre l'audi-
tion du troisième acte de Siegfried, de
Wagner, écoutée religieusement et magis-
tralement interprétée par mesdames Gal-
let dans le rôle de Brunnhilde, Lalo dans
celui d'Erda, MM. Bagès et Raquez. Ce
dernier s'est littéralement surpassé dans
le rôle de Wotan. Il s'était déjà fait re-
marquer dans le Vaisseau fantôme, joué
tout dernièrement à la Comédie-Parisienne,
où la vicomtesse de Trédern avait rem-
porté un nouveau triomphe. M. Raquez,
dans le rôle de Siegfried, s'est taillé un
énorme succès par le charme de sa voix
et de sa diction.
- Très belle réception, suivie de bal
chez madame Récopé, en ses salons de
l'avenue d'Iéna.
Dans l'assistance, citons au hasard du
souvenir :
Comte et comtesse de Chasteigner, baronne
de Boutray, M. et madame Escudier, comte de
Bernis, baron de Sancy de Roland, comte de
Belmont ; MM. de Vilmorin, de Saint-
Pierre, etc.
Brillant cotillon aux sons de l'orchestre
d'Emile Kohler. On s'est séparé après un
souper servi par petites tables.
- Soirée musicale des plus réussies, di-
manche également, chez le docteur Bara-
toux, le célèbre laryngologiste.
Ont figuré au programme l'élite des ar-
tistes de l'Académie de musique : mes-
dames Caron, Chrétien, Vaguet, MM. Re-
naud-Alvarez, Vaguet qui ont interprété
du Gounod, du Rever, du Wagner, etc. M.
Paul Séguy, dans les chansons anciennes,
et la célèbre virtuose mademoiselle Var-
mèse, ont eu leur grosse part de succès.
Madame Baratoux a fait d'une manière
exquise les honneurs de la soirée à ses
hôtes.
- Hier, très intéressante soirée chez
MM. Berny et Lafarge. Mademoiselle Bré-
val a chanté d'une manière remarquable la
délicieuse ballade de Barberin, du compo-
siteur G. de Saint-Quentin.
MARIAGES
On a célébré hier, à l'église Saint-Phi-
lippe-du-Roule, le mariage de mademoi-
selle Juliette Michaud,fille de M.Michaud,
l'ingénieur distingué et petite-fille de M.
Marinoni, commandeur de la Légion d'hon-
neur, avec M. Roger Destouches.
Une très nombreuse assistance avait tenu
à venir porter leurs félicitations aux nou-
veaux époux.
Madame Marinoni a reçu après la céré-
monie religiense dans ses beaux salons de
l'avenue du Bois-de-Boulogne.
- On a célébré, hier, à la chapelle du
château de Vincennes, le mariage de M.
André Hucher, capitaine d'artillerie à la
direction de Vincennes, avec mademoiselle
Jane Lambert, fille du lieutenant-colonel
Lambert, du 12e régiment d'artillerie.
Les témoins du marié étaient : le géné-
ral Mathieu, directeur honoraire de l'ar-
tillerie et le général Caro, commandant la
19e brigade d'artillerie à Vincennes; ceux
de la mariée : le général Février, ancien
grand-chancelier de la Légion d'honneur,
et son oncle, M. Arthur Lambert.
- Nous apprenons avec plaisir le ma-
riage de notre ami M. Charles Andry-
Bourgeois, un de nos plus distingués in-
génieurs des mines, avec mademoiselle
Marguerite des Chapelles, la fille de l'ai-
mable inspecteur aux Beaux-Arts.
BLOC-NOTES
Le président de la République assistera
dimanche prochain au bal que la Société
des anciens élèves des Ecoles nationales
des arts et métiers organise à l'occasion
du cinquantième anniversaire de sa fon-
dation.
- Sont arrivés hier matin à Paris : le
prince Charles, second fils du prince héri-
tier de Danemark; le duc d'York, fils du
prince de Galles, et la duchesse d'York,
venant de Londres ; le général major russe
Winterlof.
Par l'Orient-Express : le duc Auguste de
Saxe-Cobourg-Gotba, venant devienne, et
la princesse de Mettcrnich.
Le général baron Freedericks, attaché
militaire à l'ambassade de Russie, se ren-
dant à Saint-Pétersbourg, a quitte Paris,
hier matin.
DEUIL
Hier, ont été célébrées, à l'église Sainte-
Clotilde, les obsèques de madame Perron,
née Oudinot de Reggio.
Le deuil était conduit par MM. le mar-
quis de Lévezon de Vézins, petit-neveu;
le comte de Lévezon de Vézins, le baron
Haihguerlot, le contre-amiral de Montes-
quiou-Fezensac, les comtes Raymond, Ar-
thur, Ludovic, Bernard, Hubert et Anatole
de Montesquiou-Fezensac, ses neveux.
Reconnu parmi les nombreux assis-
tants :
Prince de Sagan, duc de Broglie, duc de
Doudeauville, comte d'Haussonville, vicomte
Henri de Bornier, marquis de la Ferronnays,
député de la Loire-Inférieure ; Georges Berry,
député de la Seine ; vicomte de Murât, comte
de Brossia, comte d'Alzac. MM. Poincaré, do
Giers, d'Aubigny, de Pierrefite, de Hoquefeuil,
vicomte de Chalat, marquis d'Hozicr, comte
d'Andigné, comte GretIullle, comte de Luçay,
vicomte de Lamottc.
BRIONNE
HORS DE FRANCE
LES ÉTATS-UNIS ET CUBA
Aimez-vous les flibustiers ? On en
trouve partout: au Transvaal, ils sont
anglais ; à Cuba, ils sont américains. Les
uns comme les autres ont été condamnés
à mort, mais les seconds ne seront pas
exécutés plus que les premiers. Il paraît
que le jugement rendu par le conseil de
guerre de la Havane est illégal, et con-
traire aux traités qui unissent les Etats-
Unis a l'Espagne. C'est la théorie du
gouvernement de Washington et elle a
été acceptée par M. Canovas del Castillo.
Les condamnés vont être jugés à nou-
veau par les tribunaux ordinaires qui se
montreront probablement moins sévères,
tel le tribunal anglais qui va juger, sans
se presser, Jameson et ses complices, et
les acquitter sans doute en les couvrant
de fleurs.
Il n'y aura pas encore de rupture en-
tre les Etats-Unis et l'Espagne a propos
de Cuba, mais l'émotion que cet incident
a provoquée de part et d'autre démontre
que la corde est tendue à un tel point
qu'elle se rompra sûrement au premier
choc.
La facilité avec laquelle les Etats-
Unis ont obtenu cette fois gain de cause
ne contribuera certainement pas à apai-
ser les prétentions américaines, auxquel-
les le Président Cleveland a eu jusqu'ici
tant de peine _à résister, et il lui sera
d'autant plus difficile de remonter le cou-
rant que la campagne présidentielle va
donner un nouvel essor au chauvinisme
Yankee. D'autre part, en Espagne, l'o-
pinion publique ne manquera pas de
.considérer comme une reculade la revi-
sion du jugement des condamnés du
Competidor, et, quelque inévitable que
soit cette revision au point de vue
juridique, quelque fondée que soit la ré-
clamation des Etats-Unis, la forme im-
périeuse dans laquelle elle a été tormu-
lée, les menaces et les arguments qui
l'ont accompagnée laisseront une dou-
loureuse impression qui sera difficile-
ment effacée.
Et le général Wey 1er, que va-t-il faire?
Cèdera-t-il aux instances de M. Canovas
£ t conservera-t-il son commandement,
bien qu'il ait déclaré qu'il donnerait sa
démission si le jugé ment du conseil de
guerre n'était pas exécuté? Il est a sou-
haiter pour l'Espagne qu'il ne soit pas
nécessaire de pourvoir pour la seconde
fois au remplacement du général en chef,
au moment où les insurgés cubains, dé-
moralisés par une série de revers, vont
être encouragés a prolonger la résistance
par la recrudescence inévitable de la
contrebande de guerre américaine.
CHARLES GIRAUDEAU
NOUVELLES
(De nos correspondants particuliers )
Madrid, 11 mai
L'ouverture des Chambres a eu lieu aujour-
d'hui en grande cérémonie en présence du
jeune roi et de la reine-régente.
Le discours du trône parle longuement des
affaires cubaines et dit que l'insurrection se-
rait déjà anéantie si les insurgés ne rece-
vaient pas des secours de l'étranger, s'ils n'a-
vaient pas le chimérique espoir d'obtenir la
protection d'une grande puissance.
Quant aux réformes, le gouvernement n'y
renonce pas, .mais il se réserve de les appli-
quer lorsque le moment sera venu. -
Lé général Weyler aurait télégraphié au
gouvernement qu'il est impossible de faire la
guerre telle que l'exigent les circonstances si
les autorités espagnoles doivent se voir à cha-
que moment entravées par l'irritante immix-
tion du gouvernement de Washington dans
les affaires de Cuba.
Le gouvernement des Etats-Unis aurait pré-
senté de nouvelles réclamations demandant de
fortes (indemnités pour les pertes des planta-
tions de sucre appartenant à des Américains
et qui ont été incendiées par les insurgés.
On craint que cette question d'indemnités
ne soulève de nouvelles complications entre
l'Espagne et les Etats-Unis.
L'bnparcial dit que les Etats-Unis préten-
dent abuser de la patience de l'Espagne ou
déclarer la guerre. Le journal croit préfé-
rable de précipiter les événements, car l'infé-
riorité de l'Espagne sera plus grande si l'on
retarde la solution.
D'après une dépêche de la Havane à Y Im-
partial, l'attitude du général Weyler dépen-
dra de la décision du gouvernement au sujet
de l'affaire du Competidor.
La protestation du gouvernement américain
contre le jugement du conseil de guerre est
visée dans les traités de 1795 et de 1877, qui
accordent aux prisonniers américains certains
privilèges qui leur ont été repris par le con-
seil de guerre. Celui-ci a obligé ses prisonniers
à être défendus par un officier espagnol qui,
probablement, était peu désireux d'obtenir un
acquittement.
De plus, le conseil de guerre a empêché les
prisonniers de choisir leurs propres défen-
seurs.
Londres, 11 mai
Lord George Hamilton, ministre de l'Inde, a
déclaré aujourd'hui à la Chambre des commu-
nes, que des troupes de l'Inde seraient envoyées
à Souakim pour remplacer la garnison égyp-
tienne qui sera dirigée sur la vallée du Nil.
Il est à remarquer que cette déclaration n'a
été faite qu'après la publication, dans les jour-
naux de ce matin, de dépêches de Bombay
annonçant le départ prochain des troupes in-
diennes.
Alexandrie, 11 mai
L'affaire de la Caisse de la Dette, qui devait
venir aujourd'hui, a été renvoyée à mercredi
par suite de l'absence d'un juge.
Le ministère public déposera ses conclu-
sions.
New-York, 11 mai
La nouvelle du renvoi de l'affaire Competi-
dor à Madrid est accueillie avec satisfaction.
La question sera probablement portée devant
le congrès.
On dit qu'une centaine de Cubains avec des
armes, dès munitions et de la dynamite se se-
raient embarqués, en pleine mer, sur le va-
peur anglais Laurada, parti samedi pour une
destination inconnue.
NOTES & INFORMATIONS
LES ÉLECTIONS DE DIMANCHE
Le ballottage de dimanche dernier a montré
les inconvénients des manquements à la dis-
cipline qui se sont produits dans deux arron-
dissements de Paris par la faute des conser-
vateurs.
Dans le quartier de Chaillot, M. Davrillé des
Essarts, conseiller sortant, républicain modéré
avait, au premier tour, obtenu plus de voix
que le candidat conservateur : celui-ci aurait
donc dû se désister en sa faveur ; il a main-
tenu sa candidature, et le résultat a été de
faire passer le candidat socialiste.
Dans le quartier Gaillon, le candidat conser-
vateur n'a été battu qu'à une majorité de
quatorze voix : il est probable que si les élec-
teurs de son parti avaient montré moins d'in-
différence, le socialiste n'eût pas été élu.
jVoilà donc deux sièges gagnés par des so-
cialistes, alors qu'il eût été si facile aux mo-
dérés de les conserver l'un avec un peu moins
d'intransigeance, l'autre avec un peu moins
d'indifférence.
LES ELECTIONS MUNICIPALES
Le ministère de l'intérieur a dressé la statis-
tique suivante pour les scrutins de ballottage
qui ont eu lieu dimanche :
Sur 359 chefs-lieux d'arrondissement dans
lesquels avaient lieu des ballottages,351 résul-
tats sont connus.
Ils se répartissent de la manière suivante :
Les républicains ont la majorité dans 234
chefs-lieux, sur ces 234 ils occupent la totalité
des sièges dans 75.
Les républicains radicaux ont la majorité
dans 64 chefs-lieux, et sur ces 64 ils occupent
la totalité des sièges dans 27.
Les radicaux socialistes ont la majorité dans
15 chefs-lieux, et sur ces 15 ils occupent la to-
talité des sièges dans 10 chefs-lieux.
Les socialistes ont la majorité dans 6 chefs-
lieux et la totalité des sièges dans 4.
Les ralliés ont la majorité dans trois chefs-
lieux et la totalité dans un.
Les conservateurs ont la majorité des sièges
dans dix-sept chefs-lieux et la totalité dans
neuf.
Dans douze chefs-lieux, les conseils sont
composés d'éléments différents au point de
vue de la classification politique des munici-
palités.
AU MINISTERE DES FINANCES
M. Cochery, ministre des finances, a reçu
hier à deux heures le personnel de l'adminis-
tration centrale de son ministère.
AU QUAI D'ORSAY
M. Hanotaux, ministre des affaires étran-
gères, a conféré ces jours derniers avec M. de
Courcel, ambassadeur de France à Londres, et
M. Billot, ambassadeur de la République au
Quirinal. Il conférera prochainement avec
M. Paul Cambon, ambassadeur à Constantino-
ple, qui a été mandé à Paris.
Quant au mouvement diplomatique en pré-
paration il ne paraîtra pas avant une dizaine
de jours.
LES FÊTES DE MOSCOU
La mission française qui doit se rendre aux
fêtes du couronnement du tsar à Moscou par-
tira de Paris lundi prochain 17 mai.
L'ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE
L'AGRICULTURE
M. Sébline, sénateur de l'Aisne, a été nommé,
hier, président du comité de l'Association de
l'industrie et de l'agriculture françaises, en
remplacement de M. Méline, démissionnaire.
Le comité a nommé, à l'unanimité, M. Méline,
président d'honneur de l'Association. A l'issue
de la réunion, le comité s'est rendu au minis-
tère de l'agriculture et a présenté à M. Méline
son successeur à la présidence de l'Asso-
ciation.
LES MUSIQUES MILITAIRES
Le général Saussier vient de fixer au jeudi
21 mai la réouverture des concerts militaires
sur les places et dans les jardins publics.
GEORGES DURET
+
L'ÉDUCATION SENTIMENTALE
L'ART '<
De Fasciner les Hommes
Madame O'Conor Eccles vient de s'a-
percevoir qu'en Angleterre tout comme
en France on s'efforçait de faire apprendre
aux jeunes filles beaucoup de choses d'une
utilité contestable et que, par contre, on
leur laissait complètement ignorer l'art de
connaître les hommes.
Elle demande donc, dans le dernier nu-
méro du Windsor Magasine, qu'avec le
latin, le grec et les mathématiques on en-
seigne la psychologie masculine dans les
lycées de jeunes filles. « Dans chaque ins-
titution, deux chaires au moins devraient
être affectées à la nouvelle science. L'une
serait occupée par une respectable-douai-
rière qui aurait été jolie pendant sa jeu-
nesse et serait arrivée doucement à la
maturité, après avoir obtenu des succès en
débutant dans le monde et pris ses grades
d'épouse, de mère et d'aïeule sans avoir
éprouvé trop de déceptions. L'autre serait
réservée à une vieille fille laide à la fleur
de l'âge et suffisamment aigrie contre les
hommes pour prémunir ses élèves contre
les illusions de la vingtième année. Enfin
un certain nombre de veuves, ayant cette
expérience spéciale qui ne s'acquiert que
dans cet état privilégié seraient admises, à
donner des répétitions particulières. »
Et madame O'Conor Eccles fait suivre
de quelques conseils l'exposé de ce pro-
gramme.
MADAME BOURGUET
directrice de VEcole normale d'institutrices
C'est à madame Bourguet que j'ai voulu
tout d'abord aller demander si elle croyait
que la création d'une chaire de psycholo-
gie masculine aurait quelque raison d'être
chez nous.
Je trouvai la brave dame — en compa-
gnie de deux maîtresses de l'école — occu-
pée à un travail de broderie qu'elle in-
terrompit à mon entrée pour me deman-
der : -
— A quoi dois-je l'honneur de votre
visite, monsieur ?
En quelques mots, je dis ce qui m'ame-
nait ; puis comme madame Bourguet sem-
blait hésiter avant de me répondre, je lui
tendis la traduction de l'article de madame
O'Conor.
Elle le lut lentement, avec attention. Et
lorsqu'elle eût terminé, d'une voix timide
et inquiète elle me dit :
— Et vous souhaitez, monsieur, que je
vous donne mon avis sur cette ques-
tion ?
- Précisément, madame.
— Eh bien, je vous demande la perr
mission de réfléchir.
Je voulus insister, mais Madame Bour-
guet s'était déjà levée en répétant :
— Non, je vous assure, Monsieur, j'ai
besoin de réfléchir, la question est trop
neuve pour moi.
Puis, s'adressant à l'une des maîtresses,
elle commanda :
— Voulez-vous reconduire Monsieur,
Mademoiselle Marie.
J'étais sur le seuil et j'allais remercier
lorque Mademoiselle Marie me dit :
— Vous paraissez désolé que madame la
directrice n'ait pas cru devoir vous répon-
dre, mais il ne faut pas vous erLétonner,
monsieur, madame Bourguet est d'une
prudence. exagérée, dirais-je, si j'osais.
— Vous pouvez oser, sans crainte, ma-
demoiselle. Et puisque vous semblez vous
intéresser à mon infortune, ne pourriez-
vous me dire ce que vous pensez.
— Ce que je pense, moi. Oh ! mon-
sieur, vous supposez bien que si Madame
Bousquet n'a pas pu vous répondre, à plus
forte rajson moi-même.
— Cependant, mademoiselle Marie.
-Eh bien, puisque vous le voulez,voilà.
Je crois que si les jeunes filles anglaises
ont besoin qu'on leur enseigne l'art de
fasciner les hommes, en revanche, les
jeunes filles françaises apprennent toutes
seules et très vite cette science délicate.
M. PAUL HERVIEU
M. Hervieu allait sortir lorsque je me
présentai chez lui. Bien que très pressé, il
voulut bien m'accorder quelques instants,
tout en regrettant de ne pouvoir s'entrete-
nir plus longuement d'un sujet qui l'inté-
resse -très fort.
— Et d'abord, me dit-il, la chose n'est
pas nouvelle : elle existait, n'est-il pas
vrai, à Corinthe ?
» Vous me demandez maintenant si je
crois utile qu'on enseigne aux jeunes filles
la psychologie masculine. Mais alors, il
faudrait en même temps, pour être juste,
apprendre aux jeunes gens la psychologie
féminine parce que vous admettez bien,
comme moi, n'est-ce pas ? que les expé-
riences qu'ils peuvent faire au Moulin-
Rouge, par exemple, ne sont pasdécisives.
Mais c'est là un des petits côtés de la
question. Que croyez-vous qu'il apprendra
à ses élèves, le nouveau professeur ? De
deux choses l'une, où il les engagera à
être serviles envers l'homme, à flatter ses
manies, où il lui conseillera d'employer la
ruse pour s'en faire aimer. Eh bien, dans
les deux cas, à mon avis, on aura dégradé
la femme.que je considère comme un être
égal en tous points à l'homme. Et c'est pour
cette raison que je crois inutile la création
d'une chaire de psychologie masculine
dans nos lycées de jeunes filles.
MADAME LOUISE THEO
Théo m'apparaît froufroutante et gra-
cieuse, comme à son ordinaire. Et je ne
trouve point de paroles pour entamer le
sujet qui m'amène. Demander à la jolie
femme qui est là quel philtre elle em-
ploya pour charmer et captiver les
hommes, c'est demander pourquoi il fait
jour à midi. La réponse à la question que
je pourrais poser, elle est devant moi vi-
vante.
Les femmes, pour séduire, n'ont besoin
que d'être, comme Théo, désirables. Des
yeux caressants, une bouche prometteuse,
des petites mines, des gestes envelop-
pants, preneurs. voilà qui vaut mieux
pour envoûter un amant, un mari, que
toutes les chaires proposées par nos con-
frères d'outre-mer.
— Je ne sais vraiment, me dit ma char-
meuse, quel avis vous donner. Une femme,
soyez-en persuadé, fait de son mari, de
son amant, ce qu'elle veut. Il en sera tou-
jours ainsi. La seule magie de sa beauté
lui suffira, pour en arriver là. A défaut de
beauté, son esprit, son intelligence.
» Mais l'esprit, l'intelligence, pas plus
que la beauté, ne s'acquièrent. Et je ne
sais pas de professeur pour ces trois qua-
lités. La psychologie masculine ? A quoi
conduirait son étude : à faire une généra-
tion de bas bleus, à multiplier le nombre
de ces jeunes et pourtant jolies femmes
dont le grand plaisir est de couper un
cheveu en quatre, en huit, en douze ?
» Une jeune fille, une courtisant se trou-
vent en présence du mari, de l'amant de
demain. En un coup d'oeil, un tout petit
çoup d'œil, elles l'ont jaugé, soyez-en
sûr. Et pour peu que la femme ait de l'ha-
bileté, de l'à-propos, elle aura bien vite le
dernier. Mais, je ne saurais trop vous le
répéter, cette habileté ne s'acquiert point.
On l'a, ou on ne l'a pas.
» Vous me direz que parfois, une femme
foncièrement bête , mais agréable au
regard, attelle à son char (très vieux style)
un, deux, plusieurs adorateurs. Bien vo-
lontiers je vous le concède, mais soyez
assuré que ces succès-là, c'est l'exception,
et qu'ils ne durent pas bien longtemps.
» En un mot, mon cher ami, il n'y a
point d'escrime de l'amour. L'attaque, la
parade, n'ont point de règles fixes et n'en
auront jamais. A chacun d'agir selon sa
propre inspiration, selon son tempéra-
ment. »
Et cela est dit avec des grâces mutines
que je ne puis rendre, des sourires, un
petit air vainqueur, adorables en vérité.
Je m'en vais. Ave Theo toujours pleine de
grâce et pleine de beauté.
Mais, pour augmenter l'intérêt de cet
article, je veux reproduire les pensées que
je lissurl'album
- La première est de
MADAME ANNA JUDIC
- J'ai toujours observé, dit madame
Judic, que la femme jugeait les hommes
moins d'après les sentiments qu'ils éprou-
vent que d'après ceux qu'elle leur suppose.
C'est peut-être là le secret de la bonne
opinion qu'elle a d'eux.
Voyons maintenant ce que pense de
l'homme
MADAME JANE HADING
« L'homme, écrit-elle, nous dit tou-
jours qu'il est notre maître ou notre es-
clave. Pourquoi ne se contente-t-il pas de
faire de nous son égale. ? »
CHARLES BARDIN
LA VIE MILITAIRE
La galerie des plans en relief des places
fortes sera ouverte au public du 1er au 30
juin, à l'Hôtel des Invalides, escalier E,
tous les jours, le samedi excepté, de midi
à :quatre heures.
Las personnes qui désireraient obtenir
des cartes d'entrée devront s'adresser à M.
le général, sous-chef d'état-major général
de l'armée, directeur du service géogra-
phique, 140, rue de Grenelle, et joindre à
leur lettre un timbre-poste pour la ré-
ponse.
X
Le ministre de la guerre rappelle, par
une note en date du 11 mai, à la stricte ob-
servation des prescriptions de la circu-
laire du 23 juillet 1888, qui porte expres-
sément que « toute innovation proposée,
concernant soit les objets de diverse na-
ture d'un usage réglementaire dans l'ar-
mée, soit le fonctionnement général de no-
tre système militaire, doit être, sans excep-
tion aucune, soumise à Vappréciation préa-
lable du ministre. »
Cette note est motivée par ce fait que le
ministre a été à même de constater que,
dans certains corps de troupe, il est fait
usage, en dehors de l'action ministérielle,
de divers effets ou objets non réglemen-
taires.
INTÉRIM
LE SACRE DU TSAR
Notre correspondant à Saint-Pétersbourg
nous envoie les curieux détails qui suivent
sur les cérémonies du couronnement du
tsar.
Lorsque le cortège impérial sera arrivé
à la cathédrale, le métropolite de Moscou
s'avancera sur le parvis au-devant de
Leurs Majestés pour les haranguer, tandis
que le metropolite de Saint-Pétersbourg
leur présentera la croix et celui de Kiew
l'eau bénite. Puis Leurs Majestés entre-
ront dans la cathédrale et prendront place
sur les trônes des tsars Michel Féodoro-
vitch et Ivan III, tandis que les orgues
verseront leurs puissantes ondes sonores et
que les enfants de chœur et les prêtres en-
tonneront des cantiques.
Les archevêques, les archimandistes et
le clergé officiant se placeront entre l'es-
trade qui supporte le trône et l'autel, tan-
dis que derrière le couple impérial se ran-
geront les dignitaires, le grand maréchal
de la cour, le grand maître des cérémonies,
les dames d'honneur de l'impératrice, l'im-
pératrice douairière, les pririces et les
princesses du sang, les généraux, les ami-
raux, enfin, tous les hauts fonctionnaires.
Au moment où l'auguste assemblée aura
pris place, le métropolite de Saint Péters-
bourg, monté sur l'estrade du trôné,et placé
en face de l'emporeur, invitera Sa Majesté
à faire, à haute voix, devant ses fidèles,
su jets, sa profession de foi orthodoxe et
lui présentera le livre ouvert d'après le-
quel l'empereur'récitera à haute voix le
symbole de la foi. Ensuite, le métropolite
prononcera les paroles : Gratia spiritus
sancti sit semper tecum. Amen, et descendra
de l'estrade.
Après s'être revêtu du manteau impé-
rial, le tsar recevra la bénédiction pon-
tificale du métropolite de Saint-Péters-
bourg, qui lui imposera les mains sur
la tête, en forme de croix, en récitant
les prières prescrites par le rituel,
puis l'empereur prenant la couronne des
mains du grand-maître des cérémonies,
posera sur sa tête la couronne impériale,
puis recevra le sceptre qu'il tiendra de la
main droite, et le globe de la main gau-
che, et s'assiéra enfin sur le trône' char-
gé des symboles de sa puissance.
Après cette solennelle consécration de
Nicolas H, l'impératrice Alexandra Feo-
dorovna s'avancera devant son auguste
époux et s'agenouillera alors devant son
trône.
L'empereur, enlevant alors sa couronne,
en touchera le front de l'impératrice et la
replacera ensuite sur sa tête.
La couronne de l'impératrice étant alors
présentée à l'empereur par le dignitaire
qui l'avait portée pendant le cortège. Sa
Majesté la posera sur la tête de l'impé-
ratrice.
Après s'être revêtue du manteau impé-
rial, l'impératrice se relèvera pour s'as-
seoir sur le trône à côté de son époux, et
l'archidiacre proclamera alorslr titre im-
périal in-extimo, et entonne les versets :
Domine salvum fac imperatorem et Domine
salvum fac imperatricem, suivis du Ad
multos aunos, que le chœur des chantres
répétera trois fois.
Les cloches sonneront à toute volée, et
une salve de 101 coups de canon répondra
à un signal donné par les autorités mili-
taires.
Après les salves de coups de canons et
la sonnerie éperdue des cloches, l'Empe-
reur s'agenouillera pour réciter les prières
prescrites, et tandis qu'il se relèvera et
seul se tiendra debout, les prêtres, la cour,
et le peuple se mettront à genoux pour
implorer Dieu au nom de toute la nation,
le bonheur du couple impérial.
Les cérémonies du couronnement termi-
nées, commencent celles du sacre :
Le Métropolite de Saint-Pétersbourg,
tenant l'amphore contenant le saint-chrême,
y trempe le rameau d'or préparé à cette
fin et en oint le front, les paupières, les
narines, les lèvres, les oreilles, la poitrine
et les mains de S. M. l'Empereur, en pro-
nonçant les paroles sacrées : Impressio
doni Spiritus Sancti. Mgr le métropolite
de Kiew essuie les vestiges du Saint-
Chrême. Les cloches sonnent à toute volée
et l'artillerie ouvre une nouvelle salve de
101 coups de canon. -'
La même cérémonie a lieu pour le sacre
de l'Impératrice.
Le métropolitede Saint-Péterbourg in.
troduit ensuite l'Epapereur dans la sacris.
tie, les autres prélats officiant soutiennent
le manteau impérial ; Sa Majesté s'étant
arrêtée sur le tapis recouvert du drap d'or
auprès de la sainte table, v communiera
comme les prêtres, c'est-à-dire séparément
sous les deux espèces, en vertu de la sou-
veraineté qui réside en sa personne.
Après la communion, le couple impérial
reprendra sa place sur le trône tandis que
l'aumônier du palais récitera les prières
d'actions de grâce et tout l'assistance en -
s'inclinant trois fois témoignera ainsi de
sa joie à l'occasion de l'heureux accom-
plissement du couronnement et du sacre.
PAUL ROYER
—— ,
LA CATASTROPHE D'ADELIA
(De notre correspondant)
Alger, 11 mai.
Un train transportant des tirailleurs des-
tinés à là relève de Madagascar a été tam-
Sonné hier soir entre Adélia et Vesoul.
Benian
Ce train spécial était parti de Mostaga-
nem à 6 h. 20 du matin, portant les 9° et
10e compagnies du 2e tirailleurs, comman-
dées par le commandant Lagarde et les
capitaines Lamaignère et Delebecque. Le
train devait arriver à Alger dimanche soir
à dix heures un quart.
Chaque compagnie avait un effectif de
170 hommes et 5 officiers. Ces troupes
devaient s'embarquer à Alger pour Mada-
gascar.
Entre les gares de Vesoul-Bénian et d'A-
délia, ce train rencontra le train normal
mixte no 7, parti d'Alger dimanche à 4
heures du soir sur une voie à ligne unique.
Le train transportant les troupes descen-
dait la longue rampe qui suit la vallée du
Bouhalouan.
On ne sait pas encore quel est le chef de
gare qui envoya ce train sans attendre les
signaux.
La nuit était obscure; la pluie tombait.
Les brouillards sont fréquents dans la
vallée.
Six officiers ont été tués et trois autres
grièvement blessés ; une trentaine d'hom-
mes de troupe ont été blessés, la plupart
grièvement, -
Voici les noms des six officiés tués :
MM. Lagarde, chef de bataillon; Dele-
becque, capitaine ; Goudardet Piétri, lieu-
tenants ; Couteau, et Laurent, sous-lieute-
nants.
Ce fait serait dû à cette circonstance
que le wagon de. première classe où étaient
les officiers devait être prés de la tête du
train.
Les troupes devaient descendre au dépôt
de Blidah, faute de casernement à Alger,
où elles devaient être embarquées inces-
samment.
Le train vide devait continuer jusqu'à
Alger où son retard ne fut pas trop remar-
qué.
Le général chef de l'état-major est sur
les lieux.
Le général Billot, ministre de la guerre,
a adresse la dépêche suivante au gouver-
neur général de l'Algérie, et au général
commandant le 19e corps d'armée à Alger:
« Profondément ému par la douloureuse
catastrophe d'Adélia, je vous prie de me
renseigner sur l'état des blessés et de
prendre, chacun en ce qui vous concerne,
les dispositions nécessaires pour les sou-
lager.
» Faites-moi connaître d'urgence s'il n'y
a pas de situations intéressantes et aux-
quelles je puisse venir en aide.
» Je charge le général Larcher de me
représenter aux obsèques des victimes.
« Signé : BILLOT.
Les secours s'organisent lentement. Deux
médecins militaires sont sur les lieux.
Un train spécial a été formé. On y ins-
talle l'un après l'autre les blessés qui vont
être transportés à l'hôpital militaire le
plus voisin, celui de Mxlianah. Mais il va
falloir les transporter d'abord à Affre-
ville et de làà Milianah, par un service de
voitures.
Le chef de gare d'Adélia a été arrêté et
transféré à Milianah.
R.
———————————— ————————————
COULISSES DE LA FINANCE
La principale condition pour que la
reprise actuelle soit durable, c'est que
le calme du marché se maintienne et
que nous ne nous trouvions en présence
d'aucun incident politique soit a l'inté-.
rieur, soit à l'extérieur.
On comprend donc que la nouvelle de
l'incident hispano-américain ait produit
quelque émotion et fait craindre des dif-
ficultés dont tout le marché aurait subi
les conséquences.
Cet incident a, en effet, provoqué, dès
l'ouverture, un recul assez sérieux de la
rente Extérieure en la ramenant de
63 45 à 62 75 et, sur tout l'ensemble du
marché, on a constaté un certain cou-
rant de réalisations. En mieux envisa-
geant la situation, nos spéculateurs ont
cependant fini par se convaincre qu'en
dépit des nouvelles alarmistes, une en-'
tente pourrait probablement intervenir
entre Washington et Madrid; la suspen-
sion de l'exécution de la sentence du
conseil de guerre de la Havane le lais-
sait prévoir. Autant le marché s'était
laisse abattre avec facilité sur la nou-
velle elle-même, autant il a repris avec
empressement sur cette considération;
l'Extérieure s'est relevée à 63 05; la plu-
part des cours ont retrouvé une partie
de l'avance qu'ils avaient perdue et la
clôture s'est faite une fois encore avec
d'excellentes dispositions.
Il résulte de l'alerte survenue aujour-
d'hui que des réalisations importantes
ont pu se produire, et comme elles n'ont
exercé qu'un effet passager sur la cote,
qu'elles n'ont modifié en rien les disposi-
tions de la place, la reprise se trouve
consolidée.
Nos rentes continuent a manquer d'en-
train : le comptant a envoyé des offres
fort nombreuses, mais nous devons con-
sidérer comme un bon indice que le
cours de 102 95 ait pu être maintenu.
Le recul de l'Extérieure a gêné un
moment le syndicat de l'Italien, qui
avait fourni cette rente à 86 5U des lo
début; il a laissé coter à contre-cœur le
cours de 86 30, mais s'est empresst: de
s'avancer à 86 75 dès que iesteudaurfM
générales se sont améliorées.
Le groupe ottoman a bénéficié de de-
mandes suivies et des rachats d'un dé-
couvert important à la baisse. Ces de-
mandes qui s'étaient ralenties vers le
milieu de la semaine à cause de la lour-
deur générale ont repris en clôture et le
Turc D est resté à 21 90, la Banque
à 577.
Les fonds russes se retrouvent aux
environs des cours cotés samedi. Les
Brésiliens conservent leur fermeté. Le
Serbe 4 010 entretient un courant très
actif de demandes ; il progresse à 70 90
à terme et à 71 francs au comptant.
La Banque de France a conservé son
avance à 3,700 pour le motif que nous
avons déjà donné. Les actions de Souiè-
Et je commencerai par le collectionneur d'a-
dresses.
C'est un expert estimé, M. Gandouin, qui a
réuni un nombre considérable de prospectus
anciens, d'adresses de commerçants, de billets
de bal ou de faire part, de cartes de visite
d'autrefois : assemblage on ne peut plus inté-
ressant, au point de vue de l'histoire anecdo-
tique de Paris. Dans ce monceau d'estampes
ayant un but pratique, il en est de très raffi-
nées. Et cela n'a rien qui doive étonner ceux
qui, de nos jours, s'arrêtent devant les affiches
de Guillaume, de Chéret, lesquelles auront
bientôt, si elles ne l'ont déjà, leur place dans
les galeries sérieuses. Il est admis aujourd'hui,
en effet, que l'artiste peut mettre son crayon
au service de fantaisies commerciales ou mon-
daines. L'exemple vient de loin : Moreau le
jeune, au dix-huitième siècle, dessinait des
adresses de marchands, celles notamment du
railleur Chamot, rue de la Harpe « vis-à-vis la
rue Percée »; celle de l'horloger Fagard,
v cour du Prince, entre les deux grilles » ; celle
aussi de l'entrepreneur La Ville, rue Basse-
lu-Rempart. En 1877, on retrouvait également
de lui un en-tête de lettre pour la Compagnie
ie dessèchement des marais de Bourgoin.
Le prospectus du libraire Rupilly, encore
aujourd'hui, est orné d'un encadrement des-
siné par Augustin de Saint-Aubin pour Fran-
fois Quillau, lequel « Vend, Loue et Achète
des Livres, tant anciens que nouveaux, sur
toutes sortes de matières ». Prévost, l'ami et
le collaborateur de Cochin, faisait des certifi-
cats pour distributions de prix et il en est un,
daté de 1783, qui avait été donné à une « ci
toyenne M de sept ans. Vous le voyez, mon
bon Guillaume, vous avez eu des devanciers
parmi les plus célèbres dessinateurs des siècles
abolis.
Cartes de visite avec le portrait de la per-
sonne, gravé par Choffard ; prospectus plai-
sants, curieux; réclames timides - combien
de chemin depuis ! — annonces agréablement
rédigées, M. Gandouin possède tout cela. On
me dit aussi que notre confrére M. John Grant
Carteret a, dans ses cartons, un stoch de
cartes de visite fort curieuses également.
C'est notre ami M. Paul Ginisty — rendons
à César. — qui a dressé ce catalogue des
collections bizarres, en une petite plaquette
des plus intéressantes à lire. Il nous y révèle,
entr'autres, « le cirque Montchamin ». C'est,
dans un hôtel, proche la place Malesherbes,
la réunion de tout ce qui a trait aux exhibi-
tions équestres : les portraits de tous les
« maîtres », des spécimens de costumes, des
affiehes, des programmes, des boniments de
« phénomènes ». Quelques-uns de ces des-
sins, de ces estampes, de ces garvures, sont
signés Carle Vernet, Grimald , Debucourt.
Aux murs de ce singulier musée, on voit
Ralph, « écuyer privilégié du roi » franchis-
sant des tonneaux d'incroyable longueur; ou
bien le portrait de Grippe-Soleil, qui tenait
sous le grand roi l'emploi d'Auguste et occu-
pait ses loisirs à dresser des cochons en liberté.
Sub Jove, rien n'est nouveau. Enfin, les gloi-
res du cirque : Franconi, en costume de Léo-
nard, debout sur un cheval noir, tel que l'a
dessiné Vernet; Joseph et Angélique, Adams,
Paul Lalanne, Lejars, madame Saqui et Cora-
lie Ducis.
Je ne puis, sans être entraîné trop loin, ci-
ter toutes les curiosités réunies par cet ama-
teur, passionné pour l'art du Cirque comme
M. Charles Bocher l'est pour l'art de la Danse.
Et je vais passer tout de suite au musée de
cannes constitué par un autre collectionneur.
Des cannes de tous genres, depuis celles que
portaient les Francs de Charlemagne ..usqu'à la
canne moderne —un peu banale, convenez-en
— en passant par la canne de Louis XIII,
longue, majestueuse, faite d'ivoire et d'ébène,
celles ensuite que portaient à la guerre Condé,
Turenne et M. de Villars, celles du dix-huitiè-
me siècle, armoiriées, ciselées, curieusement
fouillées, la canne des muscadins en forme de
vrille, et enfin la badine des lions de Tortoni,
la badine qu'en sa jeunesse maniait le regretté
Claudin. Mais cela, c'est l'histoire régulière
de la canne. A côté, nous trouvons les cannes
de tous styles et à surprises : cannes à sifflet
pour le théâtre, cannes-tâbatières, cannes-
drageoirs, cannes politiques, cannes à musique
et enfin une canne ancienne d'Infanger, le
guide célèbre de l'Isenthal, laquelle repré-
sente un paysan portant sur ses épaules un
ours qui fume la pipe, béatement.
M. Macé, l'ancien chef de la Sûreté, et M.
Derriard, qui habite Rive-de-Gier, ont un
nombre considérable de lettres d'assassins si-
gnées : Collignon, Contrafatto, Lacenaire,
Fieschi, madame Lafarge, La Pommerais, Pa-
pavoine, Moreau, Lebiez,Troppmann, etc. Un
ancien agent de la Sûreté, Rossignol, et M.
Goron, qui fut son chef, collectionnent aussi,
volontiers, les objets se rattachant aux crimi-
nels célèbres.
Un aimable vieillard a reconstitué, dans une
vaste salle d'un petit hôtel du quartier Mon-
ceau, l'officine d'un apothicaire au seizième
siècle. Vases, bocaux, fioles, cornets, serin-
gues. rien n'y manque; objets rares et pré-
cieux d'un très grand intérêt. Il y a aussi toute
une scène d'estampes malicieuses sur les apo-
thicaires, depuis l'almanach célèbre de Ib73
jusqu'à une plaisante image qui rappelle une
aventure du commencement du siècle. Pen-
dant la nuit, un nabitant d'une petite ville de
Touraine fit ramasser par des gamins tous les
escargots que l'on put trouver. Grimpant par
légions sur la devanture, ils montrèrent leurs
cornes au malheureux apothicaire lorsque ce-
lui-ci ouvrit sa boutique. Or, marié à une jo-
lie femme et malheureux en ménage, il devait
être peu flatté par cet emblème. La gravure a
fait passer à la postérité cette vengeance spi-
rituelle d'un client mécontent.
- Ginisty nous montre également une collec-
tion d'images à soldats, de feuilles populaires,
une collection de têtes de morts et -de sque-
lettes, une collection de clefs et de serrures à
laquelle ne manque que la fameuse ceinture
du musée de Cluny. et, très loyal, il nous
avertit que ce n'est pas tout. La liste complète
serait longue, en effet, des collectionneurs
fantaisistes, mais il était amusant, n'est-ce
pas, d'en citer quelques-uns.
SANTILLANE.
——————— 4, ——————————
C.aFnet Pondain
LE MONDE
Avant-hier, réunions très select chez la
duchesse de Doudeauville, et chez la du-
chesse de Maillé.
Le même soir, comédie chez la comtesse
Pillet-Will. Au programme : Une Bonne
soirée, saynète en un acte, de MM. Vély et
Lévy, musique du charmant compositeur
Paul Marcelles, interprêtée par mademoi-
selle Marguerite Deval et M. Achard;
Danses anciennes chantées et dansées, par
mesdemoiselles Marcelle Dartoy et de Mé-
rode ; Agence dramatique, de MM. Galipaux
et P. Mangin, interprétée par mademoiselle
Suzanne Aumont, MM. Galipaux et Man-
gin.
Mademoiselle Marguerite Deval, déli-
cieuse dans sa saynète et dans ses chan-
sonnettes, a remporté son brillant sucés
habituel.
— Avant-hier dimanche, soirée dansante
hebdomadaire chez la vicomtesse de Tré-
dern dans les salons de son superbe hôtel
de la place Vendôme.
Dans la très nombreuse et élégante as-
sistance, nous citerons au hasard :
Duc et duchesse de Brissac, vicomte d'Ar-
juzon, comte et comtesse d'Armaillé, comte
et comtesse de Noailles, vicomtesse d'Avenel,
marquis et marquise de Barbentane, marquis
et marquise de Bassano, duc et duchesse de
Beaufort, comte et comtesse de Bertier de
Sauvigny, madame Benardaky, général baron
- Baillod, M. et madame de Biré, comte et com-
tesse de Castellane, comte et comtesse de
Chabot, comte et comtesse de Clermont-Ton-
nerre, M. et madame Thouvenel, comte et
comtesse de Contades, comte et comtesse de
La Forest-Divonne, etc.
— L'on jouera, au profit des pauvres,
dans le cours de l'été, Dom Pasquale, chez
la vicomtesse de Trédern, -au château de
Brissac.
•— Avant-hier, une nombreuse et élé-
gante assistance se pressait dans les salons
Ea madame Gallet pour entendre l'audi-
tion du troisième acte de Siegfried, de
Wagner, écoutée religieusement et magis-
tralement interprétée par mesdames Gal-
let dans le rôle de Brunnhilde, Lalo dans
celui d'Erda, MM. Bagès et Raquez. Ce
dernier s'est littéralement surpassé dans
le rôle de Wotan. Il s'était déjà fait re-
marquer dans le Vaisseau fantôme, joué
tout dernièrement à la Comédie-Parisienne,
où la vicomtesse de Trédern avait rem-
porté un nouveau triomphe. M. Raquez,
dans le rôle de Siegfried, s'est taillé un
énorme succès par le charme de sa voix
et de sa diction.
- Très belle réception, suivie de bal
chez madame Récopé, en ses salons de
l'avenue d'Iéna.
Dans l'assistance, citons au hasard du
souvenir :
Comte et comtesse de Chasteigner, baronne
de Boutray, M. et madame Escudier, comte de
Bernis, baron de Sancy de Roland, comte de
Belmont ; MM. de Vilmorin, de Saint-
Pierre, etc.
Brillant cotillon aux sons de l'orchestre
d'Emile Kohler. On s'est séparé après un
souper servi par petites tables.
- Soirée musicale des plus réussies, di-
manche également, chez le docteur Bara-
toux, le célèbre laryngologiste.
Ont figuré au programme l'élite des ar-
tistes de l'Académie de musique : mes-
dames Caron, Chrétien, Vaguet, MM. Re-
naud-Alvarez, Vaguet qui ont interprété
du Gounod, du Rever, du Wagner, etc. M.
Paul Séguy, dans les chansons anciennes,
et la célèbre virtuose mademoiselle Var-
mèse, ont eu leur grosse part de succès.
Madame Baratoux a fait d'une manière
exquise les honneurs de la soirée à ses
hôtes.
- Hier, très intéressante soirée chez
MM. Berny et Lafarge. Mademoiselle Bré-
val a chanté d'une manière remarquable la
délicieuse ballade de Barberin, du compo-
siteur G. de Saint-Quentin.
MARIAGES
On a célébré hier, à l'église Saint-Phi-
lippe-du-Roule, le mariage de mademoi-
selle Juliette Michaud,fille de M.Michaud,
l'ingénieur distingué et petite-fille de M.
Marinoni, commandeur de la Légion d'hon-
neur, avec M. Roger Destouches.
Une très nombreuse assistance avait tenu
à venir porter leurs félicitations aux nou-
veaux époux.
Madame Marinoni a reçu après la céré-
monie religiense dans ses beaux salons de
l'avenue du Bois-de-Boulogne.
- On a célébré, hier, à la chapelle du
château de Vincennes, le mariage de M.
André Hucher, capitaine d'artillerie à la
direction de Vincennes, avec mademoiselle
Jane Lambert, fille du lieutenant-colonel
Lambert, du 12e régiment d'artillerie.
Les témoins du marié étaient : le géné-
ral Mathieu, directeur honoraire de l'ar-
tillerie et le général Caro, commandant la
19e brigade d'artillerie à Vincennes; ceux
de la mariée : le général Février, ancien
grand-chancelier de la Légion d'honneur,
et son oncle, M. Arthur Lambert.
- Nous apprenons avec plaisir le ma-
riage de notre ami M. Charles Andry-
Bourgeois, un de nos plus distingués in-
génieurs des mines, avec mademoiselle
Marguerite des Chapelles, la fille de l'ai-
mable inspecteur aux Beaux-Arts.
BLOC-NOTES
Le président de la République assistera
dimanche prochain au bal que la Société
des anciens élèves des Ecoles nationales
des arts et métiers organise à l'occasion
du cinquantième anniversaire de sa fon-
dation.
- Sont arrivés hier matin à Paris : le
prince Charles, second fils du prince héri-
tier de Danemark; le duc d'York, fils du
prince de Galles, et la duchesse d'York,
venant de Londres ; le général major russe
Winterlof.
Par l'Orient-Express : le duc Auguste de
Saxe-Cobourg-Gotba, venant devienne, et
la princesse de Mettcrnich.
Le général baron Freedericks, attaché
militaire à l'ambassade de Russie, se ren-
dant à Saint-Pétersbourg, a quitte Paris,
hier matin.
DEUIL
Hier, ont été célébrées, à l'église Sainte-
Clotilde, les obsèques de madame Perron,
née Oudinot de Reggio.
Le deuil était conduit par MM. le mar-
quis de Lévezon de Vézins, petit-neveu;
le comte de Lévezon de Vézins, le baron
Haihguerlot, le contre-amiral de Montes-
quiou-Fezensac, les comtes Raymond, Ar-
thur, Ludovic, Bernard, Hubert et Anatole
de Montesquiou-Fezensac, ses neveux.
Reconnu parmi les nombreux assis-
tants :
Prince de Sagan, duc de Broglie, duc de
Doudeauville, comte d'Haussonville, vicomte
Henri de Bornier, marquis de la Ferronnays,
député de la Loire-Inférieure ; Georges Berry,
député de la Seine ; vicomte de Murât, comte
de Brossia, comte d'Alzac. MM. Poincaré, do
Giers, d'Aubigny, de Pierrefite, de Hoquefeuil,
vicomte de Chalat, marquis d'Hozicr, comte
d'Andigné, comte GretIullle, comte de Luçay,
vicomte de Lamottc.
BRIONNE
HORS DE FRANCE
LES ÉTATS-UNIS ET CUBA
Aimez-vous les flibustiers ? On en
trouve partout: au Transvaal, ils sont
anglais ; à Cuba, ils sont américains. Les
uns comme les autres ont été condamnés
à mort, mais les seconds ne seront pas
exécutés plus que les premiers. Il paraît
que le jugement rendu par le conseil de
guerre de la Havane est illégal, et con-
traire aux traités qui unissent les Etats-
Unis a l'Espagne. C'est la théorie du
gouvernement de Washington et elle a
été acceptée par M. Canovas del Castillo.
Les condamnés vont être jugés à nou-
veau par les tribunaux ordinaires qui se
montreront probablement moins sévères,
tel le tribunal anglais qui va juger, sans
se presser, Jameson et ses complices, et
les acquitter sans doute en les couvrant
de fleurs.
Il n'y aura pas encore de rupture en-
tre les Etats-Unis et l'Espagne a propos
de Cuba, mais l'émotion que cet incident
a provoquée de part et d'autre démontre
que la corde est tendue à un tel point
qu'elle se rompra sûrement au premier
choc.
La facilité avec laquelle les Etats-
Unis ont obtenu cette fois gain de cause
ne contribuera certainement pas à apai-
ser les prétentions américaines, auxquel-
les le Président Cleveland a eu jusqu'ici
tant de peine _à résister, et il lui sera
d'autant plus difficile de remonter le cou-
rant que la campagne présidentielle va
donner un nouvel essor au chauvinisme
Yankee. D'autre part, en Espagne, l'o-
pinion publique ne manquera pas de
.considérer comme une reculade la revi-
sion du jugement des condamnés du
Competidor, et, quelque inévitable que
soit cette revision au point de vue
juridique, quelque fondée que soit la ré-
clamation des Etats-Unis, la forme im-
périeuse dans laquelle elle a été tormu-
lée, les menaces et les arguments qui
l'ont accompagnée laisseront une dou-
loureuse impression qui sera difficile-
ment effacée.
Et le général Wey 1er, que va-t-il faire?
Cèdera-t-il aux instances de M. Canovas
£ t conservera-t-il son commandement,
bien qu'il ait déclaré qu'il donnerait sa
démission si le jugé ment du conseil de
guerre n'était pas exécuté? Il est a sou-
haiter pour l'Espagne qu'il ne soit pas
nécessaire de pourvoir pour la seconde
fois au remplacement du général en chef,
au moment où les insurgés cubains, dé-
moralisés par une série de revers, vont
être encouragés a prolonger la résistance
par la recrudescence inévitable de la
contrebande de guerre américaine.
CHARLES GIRAUDEAU
NOUVELLES
(De nos correspondants particuliers )
Madrid, 11 mai
L'ouverture des Chambres a eu lieu aujour-
d'hui en grande cérémonie en présence du
jeune roi et de la reine-régente.
Le discours du trône parle longuement des
affaires cubaines et dit que l'insurrection se-
rait déjà anéantie si les insurgés ne rece-
vaient pas des secours de l'étranger, s'ils n'a-
vaient pas le chimérique espoir d'obtenir la
protection d'une grande puissance.
Quant aux réformes, le gouvernement n'y
renonce pas, .mais il se réserve de les appli-
quer lorsque le moment sera venu. -
Lé général Weyler aurait télégraphié au
gouvernement qu'il est impossible de faire la
guerre telle que l'exigent les circonstances si
les autorités espagnoles doivent se voir à cha-
que moment entravées par l'irritante immix-
tion du gouvernement de Washington dans
les affaires de Cuba.
Le gouvernement des Etats-Unis aurait pré-
senté de nouvelles réclamations demandant de
fortes (indemnités pour les pertes des planta-
tions de sucre appartenant à des Américains
et qui ont été incendiées par les insurgés.
On craint que cette question d'indemnités
ne soulève de nouvelles complications entre
l'Espagne et les Etats-Unis.
L'bnparcial dit que les Etats-Unis préten-
dent abuser de la patience de l'Espagne ou
déclarer la guerre. Le journal croit préfé-
rable de précipiter les événements, car l'infé-
riorité de l'Espagne sera plus grande si l'on
retarde la solution.
D'après une dépêche de la Havane à Y Im-
partial, l'attitude du général Weyler dépen-
dra de la décision du gouvernement au sujet
de l'affaire du Competidor.
La protestation du gouvernement américain
contre le jugement du conseil de guerre est
visée dans les traités de 1795 et de 1877, qui
accordent aux prisonniers américains certains
privilèges qui leur ont été repris par le con-
seil de guerre. Celui-ci a obligé ses prisonniers
à être défendus par un officier espagnol qui,
probablement, était peu désireux d'obtenir un
acquittement.
De plus, le conseil de guerre a empêché les
prisonniers de choisir leurs propres défen-
seurs.
Londres, 11 mai
Lord George Hamilton, ministre de l'Inde, a
déclaré aujourd'hui à la Chambre des commu-
nes, que des troupes de l'Inde seraient envoyées
à Souakim pour remplacer la garnison égyp-
tienne qui sera dirigée sur la vallée du Nil.
Il est à remarquer que cette déclaration n'a
été faite qu'après la publication, dans les jour-
naux de ce matin, de dépêches de Bombay
annonçant le départ prochain des troupes in-
diennes.
Alexandrie, 11 mai
L'affaire de la Caisse de la Dette, qui devait
venir aujourd'hui, a été renvoyée à mercredi
par suite de l'absence d'un juge.
Le ministère public déposera ses conclu-
sions.
New-York, 11 mai
La nouvelle du renvoi de l'affaire Competi-
dor à Madrid est accueillie avec satisfaction.
La question sera probablement portée devant
le congrès.
On dit qu'une centaine de Cubains avec des
armes, dès munitions et de la dynamite se se-
raient embarqués, en pleine mer, sur le va-
peur anglais Laurada, parti samedi pour une
destination inconnue.
NOTES & INFORMATIONS
LES ÉLECTIONS DE DIMANCHE
Le ballottage de dimanche dernier a montré
les inconvénients des manquements à la dis-
cipline qui se sont produits dans deux arron-
dissements de Paris par la faute des conser-
vateurs.
Dans le quartier de Chaillot, M. Davrillé des
Essarts, conseiller sortant, républicain modéré
avait, au premier tour, obtenu plus de voix
que le candidat conservateur : celui-ci aurait
donc dû se désister en sa faveur ; il a main-
tenu sa candidature, et le résultat a été de
faire passer le candidat socialiste.
Dans le quartier Gaillon, le candidat conser-
vateur n'a été battu qu'à une majorité de
quatorze voix : il est probable que si les élec-
teurs de son parti avaient montré moins d'in-
différence, le socialiste n'eût pas été élu.
jVoilà donc deux sièges gagnés par des so-
cialistes, alors qu'il eût été si facile aux mo-
dérés de les conserver l'un avec un peu moins
d'intransigeance, l'autre avec un peu moins
d'indifférence.
LES ELECTIONS MUNICIPALES
Le ministère de l'intérieur a dressé la statis-
tique suivante pour les scrutins de ballottage
qui ont eu lieu dimanche :
Sur 359 chefs-lieux d'arrondissement dans
lesquels avaient lieu des ballottages,351 résul-
tats sont connus.
Ils se répartissent de la manière suivante :
Les républicains ont la majorité dans 234
chefs-lieux, sur ces 234 ils occupent la totalité
des sièges dans 75.
Les républicains radicaux ont la majorité
dans 64 chefs-lieux, et sur ces 64 ils occupent
la totalité des sièges dans 27.
Les radicaux socialistes ont la majorité dans
15 chefs-lieux, et sur ces 15 ils occupent la to-
talité des sièges dans 10 chefs-lieux.
Les socialistes ont la majorité dans 6 chefs-
lieux et la totalité des sièges dans 4.
Les ralliés ont la majorité dans trois chefs-
lieux et la totalité dans un.
Les conservateurs ont la majorité des sièges
dans dix-sept chefs-lieux et la totalité dans
neuf.
Dans douze chefs-lieux, les conseils sont
composés d'éléments différents au point de
vue de la classification politique des munici-
palités.
AU MINISTERE DES FINANCES
M. Cochery, ministre des finances, a reçu
hier à deux heures le personnel de l'adminis-
tration centrale de son ministère.
AU QUAI D'ORSAY
M. Hanotaux, ministre des affaires étran-
gères, a conféré ces jours derniers avec M. de
Courcel, ambassadeur de France à Londres, et
M. Billot, ambassadeur de la République au
Quirinal. Il conférera prochainement avec
M. Paul Cambon, ambassadeur à Constantino-
ple, qui a été mandé à Paris.
Quant au mouvement diplomatique en pré-
paration il ne paraîtra pas avant une dizaine
de jours.
LES FÊTES DE MOSCOU
La mission française qui doit se rendre aux
fêtes du couronnement du tsar à Moscou par-
tira de Paris lundi prochain 17 mai.
L'ASSOCIATION DE L'INDUSTRIE ET DE
L'AGRICULTURE
M. Sébline, sénateur de l'Aisne, a été nommé,
hier, président du comité de l'Association de
l'industrie et de l'agriculture françaises, en
remplacement de M. Méline, démissionnaire.
Le comité a nommé, à l'unanimité, M. Méline,
président d'honneur de l'Association. A l'issue
de la réunion, le comité s'est rendu au minis-
tère de l'agriculture et a présenté à M. Méline
son successeur à la présidence de l'Asso-
ciation.
LES MUSIQUES MILITAIRES
Le général Saussier vient de fixer au jeudi
21 mai la réouverture des concerts militaires
sur les places et dans les jardins publics.
GEORGES DURET
+
L'ÉDUCATION SENTIMENTALE
L'ART '<
De Fasciner les Hommes
Madame O'Conor Eccles vient de s'a-
percevoir qu'en Angleterre tout comme
en France on s'efforçait de faire apprendre
aux jeunes filles beaucoup de choses d'une
utilité contestable et que, par contre, on
leur laissait complètement ignorer l'art de
connaître les hommes.
Elle demande donc, dans le dernier nu-
méro du Windsor Magasine, qu'avec le
latin, le grec et les mathématiques on en-
seigne la psychologie masculine dans les
lycées de jeunes filles. « Dans chaque ins-
titution, deux chaires au moins devraient
être affectées à la nouvelle science. L'une
serait occupée par une respectable-douai-
rière qui aurait été jolie pendant sa jeu-
nesse et serait arrivée doucement à la
maturité, après avoir obtenu des succès en
débutant dans le monde et pris ses grades
d'épouse, de mère et d'aïeule sans avoir
éprouvé trop de déceptions. L'autre serait
réservée à une vieille fille laide à la fleur
de l'âge et suffisamment aigrie contre les
hommes pour prémunir ses élèves contre
les illusions de la vingtième année. Enfin
un certain nombre de veuves, ayant cette
expérience spéciale qui ne s'acquiert que
dans cet état privilégié seraient admises, à
donner des répétitions particulières. »
Et madame O'Conor Eccles fait suivre
de quelques conseils l'exposé de ce pro-
gramme.
MADAME BOURGUET
directrice de VEcole normale d'institutrices
C'est à madame Bourguet que j'ai voulu
tout d'abord aller demander si elle croyait
que la création d'une chaire de psycholo-
gie masculine aurait quelque raison d'être
chez nous.
Je trouvai la brave dame — en compa-
gnie de deux maîtresses de l'école — occu-
pée à un travail de broderie qu'elle in-
terrompit à mon entrée pour me deman-
der : -
— A quoi dois-je l'honneur de votre
visite, monsieur ?
En quelques mots, je dis ce qui m'ame-
nait ; puis comme madame Bourguet sem-
blait hésiter avant de me répondre, je lui
tendis la traduction de l'article de madame
O'Conor.
Elle le lut lentement, avec attention. Et
lorsqu'elle eût terminé, d'une voix timide
et inquiète elle me dit :
— Et vous souhaitez, monsieur, que je
vous donne mon avis sur cette ques-
tion ?
- Précisément, madame.
— Eh bien, je vous demande la perr
mission de réfléchir.
Je voulus insister, mais Madame Bour-
guet s'était déjà levée en répétant :
— Non, je vous assure, Monsieur, j'ai
besoin de réfléchir, la question est trop
neuve pour moi.
Puis, s'adressant à l'une des maîtresses,
elle commanda :
— Voulez-vous reconduire Monsieur,
Mademoiselle Marie.
J'étais sur le seuil et j'allais remercier
lorque Mademoiselle Marie me dit :
— Vous paraissez désolé que madame la
directrice n'ait pas cru devoir vous répon-
dre, mais il ne faut pas vous erLétonner,
monsieur, madame Bourguet est d'une
prudence. exagérée, dirais-je, si j'osais.
— Vous pouvez oser, sans crainte, ma-
demoiselle. Et puisque vous semblez vous
intéresser à mon infortune, ne pourriez-
vous me dire ce que vous pensez.
— Ce que je pense, moi. Oh ! mon-
sieur, vous supposez bien que si Madame
Bousquet n'a pas pu vous répondre, à plus
forte rajson moi-même.
— Cependant, mademoiselle Marie.
-Eh bien, puisque vous le voulez,voilà.
Je crois que si les jeunes filles anglaises
ont besoin qu'on leur enseigne l'art de
fasciner les hommes, en revanche, les
jeunes filles françaises apprennent toutes
seules et très vite cette science délicate.
M. PAUL HERVIEU
M. Hervieu allait sortir lorsque je me
présentai chez lui. Bien que très pressé, il
voulut bien m'accorder quelques instants,
tout en regrettant de ne pouvoir s'entrete-
nir plus longuement d'un sujet qui l'inté-
resse -très fort.
— Et d'abord, me dit-il, la chose n'est
pas nouvelle : elle existait, n'est-il pas
vrai, à Corinthe ?
» Vous me demandez maintenant si je
crois utile qu'on enseigne aux jeunes filles
la psychologie masculine. Mais alors, il
faudrait en même temps, pour être juste,
apprendre aux jeunes gens la psychologie
féminine parce que vous admettez bien,
comme moi, n'est-ce pas ? que les expé-
riences qu'ils peuvent faire au Moulin-
Rouge, par exemple, ne sont pasdécisives.
Mais c'est là un des petits côtés de la
question. Que croyez-vous qu'il apprendra
à ses élèves, le nouveau professeur ? De
deux choses l'une, où il les engagera à
être serviles envers l'homme, à flatter ses
manies, où il lui conseillera d'employer la
ruse pour s'en faire aimer. Eh bien, dans
les deux cas, à mon avis, on aura dégradé
la femme.que je considère comme un être
égal en tous points à l'homme. Et c'est pour
cette raison que je crois inutile la création
d'une chaire de psychologie masculine
dans nos lycées de jeunes filles.
MADAME LOUISE THEO
Théo m'apparaît froufroutante et gra-
cieuse, comme à son ordinaire. Et je ne
trouve point de paroles pour entamer le
sujet qui m'amène. Demander à la jolie
femme qui est là quel philtre elle em-
ploya pour charmer et captiver les
hommes, c'est demander pourquoi il fait
jour à midi. La réponse à la question que
je pourrais poser, elle est devant moi vi-
vante.
Les femmes, pour séduire, n'ont besoin
que d'être, comme Théo, désirables. Des
yeux caressants, une bouche prometteuse,
des petites mines, des gestes envelop-
pants, preneurs. voilà qui vaut mieux
pour envoûter un amant, un mari, que
toutes les chaires proposées par nos con-
frères d'outre-mer.
— Je ne sais vraiment, me dit ma char-
meuse, quel avis vous donner. Une femme,
soyez-en persuadé, fait de son mari, de
son amant, ce qu'elle veut. Il en sera tou-
jours ainsi. La seule magie de sa beauté
lui suffira, pour en arriver là. A défaut de
beauté, son esprit, son intelligence.
» Mais l'esprit, l'intelligence, pas plus
que la beauté, ne s'acquièrent. Et je ne
sais pas de professeur pour ces trois qua-
lités. La psychologie masculine ? A quoi
conduirait son étude : à faire une généra-
tion de bas bleus, à multiplier le nombre
de ces jeunes et pourtant jolies femmes
dont le grand plaisir est de couper un
cheveu en quatre, en huit, en douze ?
» Une jeune fille, une courtisant se trou-
vent en présence du mari, de l'amant de
demain. En un coup d'oeil, un tout petit
çoup d'œil, elles l'ont jaugé, soyez-en
sûr. Et pour peu que la femme ait de l'ha-
bileté, de l'à-propos, elle aura bien vite le
dernier. Mais, je ne saurais trop vous le
répéter, cette habileté ne s'acquiert point.
On l'a, ou on ne l'a pas.
» Vous me direz que parfois, une femme
foncièrement bête , mais agréable au
regard, attelle à son char (très vieux style)
un, deux, plusieurs adorateurs. Bien vo-
lontiers je vous le concède, mais soyez
assuré que ces succès-là, c'est l'exception,
et qu'ils ne durent pas bien longtemps.
» En un mot, mon cher ami, il n'y a
point d'escrime de l'amour. L'attaque, la
parade, n'ont point de règles fixes et n'en
auront jamais. A chacun d'agir selon sa
propre inspiration, selon son tempéra-
ment. »
Et cela est dit avec des grâces mutines
que je ne puis rendre, des sourires, un
petit air vainqueur, adorables en vérité.
Je m'en vais. Ave Theo toujours pleine de
grâce et pleine de beauté.
Mais, pour augmenter l'intérêt de cet
article, je veux reproduire les pensées que
je lissurl'album
- La première est de
MADAME ANNA JUDIC
- J'ai toujours observé, dit madame
Judic, que la femme jugeait les hommes
moins d'après les sentiments qu'ils éprou-
vent que d'après ceux qu'elle leur suppose.
C'est peut-être là le secret de la bonne
opinion qu'elle a d'eux.
Voyons maintenant ce que pense de
l'homme
MADAME JANE HADING
« L'homme, écrit-elle, nous dit tou-
jours qu'il est notre maître ou notre es-
clave. Pourquoi ne se contente-t-il pas de
faire de nous son égale. ? »
CHARLES BARDIN
LA VIE MILITAIRE
La galerie des plans en relief des places
fortes sera ouverte au public du 1er au 30
juin, à l'Hôtel des Invalides, escalier E,
tous les jours, le samedi excepté, de midi
à :quatre heures.
Las personnes qui désireraient obtenir
des cartes d'entrée devront s'adresser à M.
le général, sous-chef d'état-major général
de l'armée, directeur du service géogra-
phique, 140, rue de Grenelle, et joindre à
leur lettre un timbre-poste pour la ré-
ponse.
X
Le ministre de la guerre rappelle, par
une note en date du 11 mai, à la stricte ob-
servation des prescriptions de la circu-
laire du 23 juillet 1888, qui porte expres-
sément que « toute innovation proposée,
concernant soit les objets de diverse na-
ture d'un usage réglementaire dans l'ar-
mée, soit le fonctionnement général de no-
tre système militaire, doit être, sans excep-
tion aucune, soumise à Vappréciation préa-
lable du ministre. »
Cette note est motivée par ce fait que le
ministre a été à même de constater que,
dans certains corps de troupe, il est fait
usage, en dehors de l'action ministérielle,
de divers effets ou objets non réglemen-
taires.
INTÉRIM
LE SACRE DU TSAR
Notre correspondant à Saint-Pétersbourg
nous envoie les curieux détails qui suivent
sur les cérémonies du couronnement du
tsar.
Lorsque le cortège impérial sera arrivé
à la cathédrale, le métropolite de Moscou
s'avancera sur le parvis au-devant de
Leurs Majestés pour les haranguer, tandis
que le metropolite de Saint-Pétersbourg
leur présentera la croix et celui de Kiew
l'eau bénite. Puis Leurs Majestés entre-
ront dans la cathédrale et prendront place
sur les trônes des tsars Michel Féodoro-
vitch et Ivan III, tandis que les orgues
verseront leurs puissantes ondes sonores et
que les enfants de chœur et les prêtres en-
tonneront des cantiques.
Les archevêques, les archimandistes et
le clergé officiant se placeront entre l'es-
trade qui supporte le trône et l'autel, tan-
dis que derrière le couple impérial se ran-
geront les dignitaires, le grand maréchal
de la cour, le grand maître des cérémonies,
les dames d'honneur de l'impératrice, l'im-
pératrice douairière, les pririces et les
princesses du sang, les généraux, les ami-
raux, enfin, tous les hauts fonctionnaires.
Au moment où l'auguste assemblée aura
pris place, le métropolite de Saint Péters-
bourg, monté sur l'estrade du trôné,et placé
en face de l'emporeur, invitera Sa Majesté
à faire, à haute voix, devant ses fidèles,
su jets, sa profession de foi orthodoxe et
lui présentera le livre ouvert d'après le-
quel l'empereur'récitera à haute voix le
symbole de la foi. Ensuite, le métropolite
prononcera les paroles : Gratia spiritus
sancti sit semper tecum. Amen, et descendra
de l'estrade.
Après s'être revêtu du manteau impé-
rial, le tsar recevra la bénédiction pon-
tificale du métropolite de Saint-Péters-
bourg, qui lui imposera les mains sur
la tête, en forme de croix, en récitant
les prières prescrites par le rituel,
puis l'empereur prenant la couronne des
mains du grand-maître des cérémonies,
posera sur sa tête la couronne impériale,
puis recevra le sceptre qu'il tiendra de la
main droite, et le globe de la main gau-
che, et s'assiéra enfin sur le trône' char-
gé des symboles de sa puissance.
Après cette solennelle consécration de
Nicolas H, l'impératrice Alexandra Feo-
dorovna s'avancera devant son auguste
époux et s'agenouillera alors devant son
trône.
L'empereur, enlevant alors sa couronne,
en touchera le front de l'impératrice et la
replacera ensuite sur sa tête.
La couronne de l'impératrice étant alors
présentée à l'empereur par le dignitaire
qui l'avait portée pendant le cortège. Sa
Majesté la posera sur la tête de l'impé-
ratrice.
Après s'être revêtue du manteau impé-
rial, l'impératrice se relèvera pour s'as-
seoir sur le trône à côté de son époux, et
l'archidiacre proclamera alorslr titre im-
périal in-extimo, et entonne les versets :
Domine salvum fac imperatorem et Domine
salvum fac imperatricem, suivis du Ad
multos aunos, que le chœur des chantres
répétera trois fois.
Les cloches sonneront à toute volée, et
une salve de 101 coups de canon répondra
à un signal donné par les autorités mili-
taires.
Après les salves de coups de canons et
la sonnerie éperdue des cloches, l'Empe-
reur s'agenouillera pour réciter les prières
prescrites, et tandis qu'il se relèvera et
seul se tiendra debout, les prêtres, la cour,
et le peuple se mettront à genoux pour
implorer Dieu au nom de toute la nation,
le bonheur du couple impérial.
Les cérémonies du couronnement termi-
nées, commencent celles du sacre :
Le Métropolite de Saint-Pétersbourg,
tenant l'amphore contenant le saint-chrême,
y trempe le rameau d'or préparé à cette
fin et en oint le front, les paupières, les
narines, les lèvres, les oreilles, la poitrine
et les mains de S. M. l'Empereur, en pro-
nonçant les paroles sacrées : Impressio
doni Spiritus Sancti. Mgr le métropolite
de Kiew essuie les vestiges du Saint-
Chrême. Les cloches sonnent à toute volée
et l'artillerie ouvre une nouvelle salve de
101 coups de canon. -'
La même cérémonie a lieu pour le sacre
de l'Impératrice.
Le métropolitede Saint-Péterbourg in.
troduit ensuite l'Epapereur dans la sacris.
tie, les autres prélats officiant soutiennent
le manteau impérial ; Sa Majesté s'étant
arrêtée sur le tapis recouvert du drap d'or
auprès de la sainte table, v communiera
comme les prêtres, c'est-à-dire séparément
sous les deux espèces, en vertu de la sou-
veraineté qui réside en sa personne.
Après la communion, le couple impérial
reprendra sa place sur le trône tandis que
l'aumônier du palais récitera les prières
d'actions de grâce et tout l'assistance en -
s'inclinant trois fois témoignera ainsi de
sa joie à l'occasion de l'heureux accom-
plissement du couronnement et du sacre.
PAUL ROYER
—— ,
LA CATASTROPHE D'ADELIA
(De notre correspondant)
Alger, 11 mai.
Un train transportant des tirailleurs des-
tinés à là relève de Madagascar a été tam-
Sonné hier soir entre Adélia et Vesoul.
Benian
Ce train spécial était parti de Mostaga-
nem à 6 h. 20 du matin, portant les 9° et
10e compagnies du 2e tirailleurs, comman-
dées par le commandant Lagarde et les
capitaines Lamaignère et Delebecque. Le
train devait arriver à Alger dimanche soir
à dix heures un quart.
Chaque compagnie avait un effectif de
170 hommes et 5 officiers. Ces troupes
devaient s'embarquer à Alger pour Mada-
gascar.
Entre les gares de Vesoul-Bénian et d'A-
délia, ce train rencontra le train normal
mixte no 7, parti d'Alger dimanche à 4
heures du soir sur une voie à ligne unique.
Le train transportant les troupes descen-
dait la longue rampe qui suit la vallée du
Bouhalouan.
On ne sait pas encore quel est le chef de
gare qui envoya ce train sans attendre les
signaux.
La nuit était obscure; la pluie tombait.
Les brouillards sont fréquents dans la
vallée.
Six officiers ont été tués et trois autres
grièvement blessés ; une trentaine d'hom-
mes de troupe ont été blessés, la plupart
grièvement, -
Voici les noms des six officiés tués :
MM. Lagarde, chef de bataillon; Dele-
becque, capitaine ; Goudardet Piétri, lieu-
tenants ; Couteau, et Laurent, sous-lieute-
nants.
Ce fait serait dû à cette circonstance
que le wagon de. première classe où étaient
les officiers devait être prés de la tête du
train.
Les troupes devaient descendre au dépôt
de Blidah, faute de casernement à Alger,
où elles devaient être embarquées inces-
samment.
Le train vide devait continuer jusqu'à
Alger où son retard ne fut pas trop remar-
qué.
Le général chef de l'état-major est sur
les lieux.
Le général Billot, ministre de la guerre,
a adresse la dépêche suivante au gouver-
neur général de l'Algérie, et au général
commandant le 19e corps d'armée à Alger:
« Profondément ému par la douloureuse
catastrophe d'Adélia, je vous prie de me
renseigner sur l'état des blessés et de
prendre, chacun en ce qui vous concerne,
les dispositions nécessaires pour les sou-
lager.
» Faites-moi connaître d'urgence s'il n'y
a pas de situations intéressantes et aux-
quelles je puisse venir en aide.
» Je charge le général Larcher de me
représenter aux obsèques des victimes.
« Signé : BILLOT.
Les secours s'organisent lentement. Deux
médecins militaires sont sur les lieux.
Un train spécial a été formé. On y ins-
talle l'un après l'autre les blessés qui vont
être transportés à l'hôpital militaire le
plus voisin, celui de Mxlianah. Mais il va
falloir les transporter d'abord à Affre-
ville et de làà Milianah, par un service de
voitures.
Le chef de gare d'Adélia a été arrêté et
transféré à Milianah.
R.
———————————— ————————————
COULISSES DE LA FINANCE
La principale condition pour que la
reprise actuelle soit durable, c'est que
le calme du marché se maintienne et
que nous ne nous trouvions en présence
d'aucun incident politique soit a l'inté-.
rieur, soit à l'extérieur.
On comprend donc que la nouvelle de
l'incident hispano-américain ait produit
quelque émotion et fait craindre des dif-
ficultés dont tout le marché aurait subi
les conséquences.
Cet incident a, en effet, provoqué, dès
l'ouverture, un recul assez sérieux de la
rente Extérieure en la ramenant de
63 45 à 62 75 et, sur tout l'ensemble du
marché, on a constaté un certain cou-
rant de réalisations. En mieux envisa-
geant la situation, nos spéculateurs ont
cependant fini par se convaincre qu'en
dépit des nouvelles alarmistes, une en-'
tente pourrait probablement intervenir
entre Washington et Madrid; la suspen-
sion de l'exécution de la sentence du
conseil de guerre de la Havane le lais-
sait prévoir. Autant le marché s'était
laisse abattre avec facilité sur la nou-
velle elle-même, autant il a repris avec
empressement sur cette considération;
l'Extérieure s'est relevée à 63 05; la plu-
part des cours ont retrouvé une partie
de l'avance qu'ils avaient perdue et la
clôture s'est faite une fois encore avec
d'excellentes dispositions.
Il résulte de l'alerte survenue aujour-
d'hui que des réalisations importantes
ont pu se produire, et comme elles n'ont
exercé qu'un effet passager sur la cote,
qu'elles n'ont modifié en rien les disposi-
tions de la place, la reprise se trouve
consolidée.
Nos rentes continuent a manquer d'en-
train : le comptant a envoyé des offres
fort nombreuses, mais nous devons con-
sidérer comme un bon indice que le
cours de 102 95 ait pu être maintenu.
Le recul de l'Extérieure a gêné un
moment le syndicat de l'Italien, qui
avait fourni cette rente à 86 5U des lo
début; il a laissé coter à contre-cœur le
cours de 86 30, mais s'est empresst: de
s'avancer à 86 75 dès que iesteudaurfM
générales se sont améliorées.
Le groupe ottoman a bénéficié de de-
mandes suivies et des rachats d'un dé-
couvert important à la baisse. Ces de-
mandes qui s'étaient ralenties vers le
milieu de la semaine à cause de la lour-
deur générale ont repris en clôture et le
Turc D est resté à 21 90, la Banque
à 577.
Les fonds russes se retrouvent aux
environs des cours cotés samedi. Les
Brésiliens conservent leur fermeté. Le
Serbe 4 010 entretient un courant très
actif de demandes ; il progresse à 70 90
à terme et à 71 francs au comptant.
La Banque de France a conservé son
avance à 3,700 pour le motif que nous
avons déjà donné. Les actions de Souiè-
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