Titre : L'Aurore : littéraire, artistique, sociale / dir. Ernest Vaughan ; réd. Georges Clemenceau
Éditeur : L'Aurore (Paris)
Date d'édition : 1902-08-13
Contributeur : Vaughan, Ernest (1841-1929). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 13 août 1902 13 août 1902
Description : 1902/08/13 (Numéro 1759). 1902/08/13 (Numéro 1759).
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
BixierrW annSe. â NamÉro 1759
33 ix Centimes
MERCREDI 13 AOUT 1002
Directeur
ERNEST VAUGHAN
-A.SOISr3SrE3^CE3SrTS
Si* Tr#U
Un an moi* moi*
Omis ET Ssi«rt BT-OM* : 7 Ç 32*⢠16' ⢠8*«
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%RAHOBK(UNIONPOSTALE). . 48» 24» TA»
POUR LA RÉDACTION !
S'adresser à M. F. TALMAN
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L'AURORE
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ERNEST VAUGHA»
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Demain., l'Aurore publiera Tune des
oeuvres les plus dramatiques, les plus
pasiotuiantes du maitre-romancier que
JUL FRÉDÉRIC SOULIÉ :
BUT joins m muai
Les Etaps le ma Raison
m
QUILLEBOEUF
Lo "destin semblait prendre plaisir à
empécher mu mère de pratiquer rituel-
lement sa religion. Il n'y avait pas plus
Moulins-lOngilberl et nous dûmes com-
nuer. elle et moi, A vivre en dehors de
toute inflluence pastorale. On s'en passe
très bien.
L'église de Quïlleboeuf est vouée à No-
tre-Dame rte Don-Port. C'est un ds ces
monuments de transition, entre lo ro-
man et le gothique, assez nombreux
dans les villages normands. La nef et le
clocher sont du XI* siècle, le choeur et
ses belles verrières du XVIe. Je pour-
rais, les traités spéciaux aidant, vous
en détailler les splendeurs ; mais la vé-
rité est que je n'ai jamais prêté la moin-
dre attention à ces .merveilles architec-
turales'que personne ne me signalait et
pour lesquelles je n'eusse, dans tous les
cas, éprouvé qu'une admiration de pure
convenance. J'ai joué cont lois il Mou-
lins-Engilbert, dans les ruines du châ-
teau des comtes de Nevers, converties
par mon palron, M* Morcau, leur pro-
priétaire, en prosaïques potagers, sans
prendre garde à la majesté du lieu. Le-
dit château avait cependant eu l'honneur
d'Être emporté d'assaut par Charles Se
Téméraire ; eh bien! ça ne se voyait pas.
Ma vénération pour les vestiges des gé-
nérations abolies n'a jamais été grande.
â¢Te suis, A ce propos, de l'avis de Claude
Tillier : « Les ruines, si elles veulent
être respectées, ne doivent pas faire
tomber leurs pierres sur les passants. »
Je ne pris un semblant de goût à l'ar-
chéologïe qu'an lisant Noire Dame de
Paris et surtout Gérard de Nerval, le
doux bohème que j'ai célébré en alexan-
drins mélancoliques â mélancolique-
ment inédits â et pour lequel j'avais
une admiration que l'âge n'a pas affai-
blie. Encore un dont je sais presque tous
les vers par coeur.
Il m'arriva bien do fréquenter assidû-
ment l'église, le soir, durant tout un
mois de Marie; mais ce n'était, hélas!
ni la foi, ni même l'honorable passion
du plein cintra et de l'ogive qui m'y atti-
raient. J'étais très profanément épris
d'une charmante jeune fille qui chantait
ci ravir et dont la voix puissante et pure
dominait dans les choeurs, celles de ses
compagnes. Fidèle i ma méthode, je lui
adressais dos vers notablement plus en-
flammés que tous ceux que j'avais com-
mis précédemment.
Lo spectacle qui m'impressionna le
plus fortement fut celui que présentai»
la Seine. On commençait à peine les tra-
vaux d'endiguement destinés à rendre la
navigation moins périlleuse. A l'époque
dos grandes marées, l'aspect du fleuve
était d'une beauté saisissante. On venait
voir le mascaret de très loin parce qu'il
atteignait, là, le point culminant de sa
puissance; passé Quilleboeuf il allait s'af-
faiblissant. Cette large volute d'eau re-
foulait, majestueuse et grondante, lo
courant avec une irrésistible force. Nous
nous am usions à jeter sur le flotde lourds
pavés qui surnageaient longtemps com-
me s'ils eussent été de liège. La barre
soulevait comme des plumes les bateaux
solidement amarrés aux deux rives et
les laissait brusquement retomber der-
rière elle, presque à sec, d'une hauteur
de plusieurs mètres. Parfois un de ces
bateaux se défonçait sur les cailloux ou,
rompant cables et chaînes, était jeté, dé-
semparé, à une grande distance, dans
les prés soudainement immergés qui s'é-
tendaient en /uo de Quilleboeuf.
Rien de surprenant à ce que les popu-
lations ignorantes des causes naturelles
de ces phénomènos périodiques, les at-
tribuent à la volonté d'une divinité re-
doutable qu'il faut apaiser avec dos
voeux, des ex-voto et des prières.
O flots que vous savez de lugubres histoires
Holg profonds, redoutés des mères h genoux!
Tous vous les raconte;; en montant le? marges,
F.t c'est ce ([Ui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!
,l'eus pour patron ù Quilleboeuf, M.
Quibeuf, mari de la receveuse des pos-
tes, ancien acteur, bol homme, intelli-
gent et affable. Il était secrétaire à la
mairie et fournissait, en outre, à la ma-
rine, les échelles de bois peint servant à
contrôler, dans la haute et basse Seine,
les indications du marégraphe dont il
avait la direction. Je peignais ces échel-
les et consacrais le reste du temps à l'ai-
der dans ses écritures. Je recevais, pour
cala, dix francs par mois, appoint ap-
préciable dans le budget du ménage.
Ma métromanie n'avait,fait que croî-
tre, sinon embellir. Grace à » l'Abrégé
du traité de littérature » d'Emile Lefranc,
dont ma mère m'avait fait cadeau pour
mes étrennes, mes vers étaient devenus
suffisamment corrects. Mon ami, Alfred
Maron, les mettait en musique. En tant
qu'autodidacte, Maron peut passer pour
un type réussi. Sa mère, veuve d'un
douanier, n'avait pour vivre et l'élever
qu'une pension de quelques centaines de
francs. Il avait été à l'école à peu près
autant que moi. Notre école avait été sur-
tout l'école da malheur. Très grand â
trop grand â très timide et très fier, les
filles l'appelaient « chu grand quinje co-
tes ». Nous nous primes, l'un l'autre, en
Rériemse et profonde affection. Il était
comme (e ne sais plus chez qui.
Maron a deviné les mathématiques,
l'astronomie, la musique et quantité
d'autres choses sans maîtres, sans ar-
gent, presque sains livres. Il fait partie
de la Société astronomique de France et
je suis bien certain que ses communica-
tions y sont favorablement, appréciées.
Il déchiffre à livre ouvert les partitions
les plus savantes, compose très joliment
et note les airs, à l'audition, avec une
agilité surprenante. Il a imaginé et cons-
truit un calendrier perpétuel mécanique
d'une grande ingéniosité.
11 a relevé, dans Pascal, celles de ses
prétendues pensées qui ne sont que des
notes de lecture, à peine mortifiées, pri-
ses dans Montaigne et dont l'auteur des
Provinciales ne se serait certainement
pas attribué la paternité si elles avaient
été publiées do son vivant.
En lisant les Pensées de Pascal il s'é-
tait arrêté sur cette phrase :
« La manière d'écrire d'Epictète, de
Montaigne et de Salomon de Tultie est
la plus d'usage, qui s'insinue le mieux,
qui demeure plus dans la mémoire,
etc., etc... »
Ce Salomon de Tultie, disait une note
au bas de la page, « n'existe point. C'est
évidemment un pseudonyme de l'inven-
tion de Pascal. »
Maron, pour qui la cryptographie, les
combinaisons de chiffres et de lettres
n'ont pas de mystère, vit d'un coup
d'oeil ce qui avait échappé à la sagacité
de tant de commentateurs, à savoir que
Salomon de Tultie n'était autre qOe Pas-
cal lui-même. C'est en effet l'anagramme
de Louis de Montalte, pseudonyme dont
Pas a signé Les Provinciales.
M. Prosper Faugèra a fait les mêmes
découvertes ; mais ses travaux étaient
ignorés de Maron qui n'avait à sa dispo-
sition que l'édition Hachette de 1858.
Lour mérite est donc égal.
Dans nos interminables promenades,
au clair de lune, entre deux haies nor-
mandes bien vertes et bien touffues,
nous devisions de tout et du reste. Mon
ami me faisait des cours d'astronomie
en plein ciel â j'en ai bien peu profité I
â on causait aussi poésie et musique. Il
m'aidait a trouver des rimes, m'éclairait
sur la propriété des termes et redressait
mes fautes do langue en grammairien
consommé.
Tous deux enfants de fonctionnaires,
nous avions le respect inné de l'autorité.
En religion nous no songions môme pas
a mettre an doute la version biblique.
Nous étions spiritualistes et humanitai-
res.
Le champ de nos lectures était fatale-
ment borné. Mon père Boulin possédait
bien divers ouvrages dont nous aurions
fait nos délices ; mais il n'était pas prê-
teur, c'était son plus grand défaut,. Notre
bibliothèque se composait de quelques
livraisons illustrées de Victor Hugo, des
oeuvres de Walter Scott et de Byron tra-
duction de Detauconpret ; de classiques
en éditions scolaires ; d'un dictionnaire
de l'Académie ; d'une Bible protestante ;
de fascicules dépareillés des chansons
de Pierre Dupont, que nous entonnions
à tue-tête en déambulant dans la cam-
pagne, et de divers autres bouquins sans
importance. Il nous eût été difficile, avec
ces éléments, de nous préparer au bacca-
lauréat.
Maron, a vingt, ans, conseillé par sa
mère qui l'adorait, mais qui ne voyait
pas d'autre carrière au monde, se fit
douanier comme son père. Il est mainte-
nant capitaine retraité. Ce n'est ni au
favoritisme ni à l'intrigue qu'il dul son
avancement, je vous prie de le croire,
car il fut toujours d'une modestie et.
d'une discrétion exagérées. Jo ne puis
dans ce cadre étroit vous donner une
idée complète de la variété et de l'éten-
due de ses connaissances ; mais il n'est
pas douteux pour moi qu'il eût pu se
faire un nom estimable dans la science.
11 lui a manqué un peu plus d'aisance
au début la confiance en lui-même et
cet esprit d'initiative qui tient lieu de sa-
voir et de talent à nombre de geins arri-
vés qui ne le valent pas. Il y a, dans le
peuple, beaucoup plus de ces forces per-
dues qu'on ne l'imagine.
La jeunesse îi Quilleboeuf port de pê-
che et de pilotage, était d'une gailé
bruyante et communicative. Une grande
liberté, que les mamans très averties lais-
saient rarement dégénérer en licence,
régnait entre filles et garçons. Je prenais
volontiers ma part de leurs jeux, Maron
se tenait a l'écart. Il préférait* ces soirs-
là, écouter mon beau-père qui jouait rlo
la flûte en virtuose et était heureux d'a-
voir un auditeur capable do l'apprécier.
A la fin du jour on formait une immen-
se ronde qui tenait toute la largeur du
quai e! le parcourait en tourbillonnant,
d'un bout a l'autre. C'était une sorte de
branle : trois pas à droite, trois pas à
gauche, une poussée en avant, une en
arrière que rythmaient des chansons
dont tout le inonde reprenait le refrain.
Ces chansons étalent on général d'unie
gauloiserie naïve et salée ; mais le public
actuel de nos cafés-concerts les prendrait
pour d'insipides bemuinades.
J'en ai retenu plusieurs, que je me
suis proposé souvent de transcrire et de
publier â m'en suis-je assez proposé de
ces choses! Il y avait l'inévitable com-
plainte locale :
Adieu Quill boeuf, le huit et le lias.
De te quitter, je ne puis guère;
Adieu Quill Boeuf, le haut et le tas,
De te quitter, je ne puis pas.
Puis le Chant du Merle blanc ;
C'est Lr prieur de noire couvent,
l'aime Le chant du merle blanc,
Qui défend d'aimer tendrement.
J'aime le chant du merle, merle.
J'aime le chant du merle blanc!
Je le vis hier au soir, pourtant,
J'aime le chant du mente blanc,
Avec un' Jeun' ftir de quinze ans,.
J'aime le chant du merle, merle.
J'aime le chant du merle blanc! i
Le reste se devine.
El encor ; La plume s'envole au vent.
On vient « quérir » une fille qui El mal
tourné et batifole avec ses amis :
â Votre père et votre mère,
Sont au dernier s Ecrément.
â De mou pèr' je m' moqU pas-mal»
De ma mère, encore autant
La plume s'envoie, vole, vole,
La plume s'envole au vent.
Il fallait qu'ils me marient
A l'agè ousqu'il était temps.
Je serais dans mon ménage.
J'aurais des petits enfants.
La plume s'envole, vole, vole,
La plume s'envole au vent.
Nulle oreille no s'offusquait ci l'on n'en
avait ni plus ni moins d'amour pour le
ban Dieu et respect pour la famille,
Les garçons n'avaient guère d'autre
alternative que d'etre marins ou curés.
Ceux qui ne naviguaient pas au long
cours ou au cabotage devenaient pê-
cheurs ou pilotes. La corporation des pi-
lotes de QQuilleboeuf fut instituée par Hen-
ri IV dont le nom, m'a-t-on dit. figure en
tête du premier rôle d'inscription. Quil-
leboeuf alors s'appelait Henriqueville.
Gag-né par l'exemple, j'aurais embar-
qué peut-être, quand une ancienne amie
de ma grand'mere, Mine Joubert, dont le
flls venait do s'associer avec MM. Yo-
gi en père et fils, fabricants de chales im-
primés, ilie du Mail, à Paris, offrit de
me faire accepter dans la maison, au
pair comme d'usage, mais avec la certi-
tude d'ètre, en travaillant bien, rapide-
ment. appointé.
C'était la fortune qui s'offrait. On ac-
cepta d'enthousiasme et je Os mon en-
trée, peu triomphale, dans la capitale du
monde civlise en septembre 1856. J'al-
lais enfin pouvoir répondre au voeu de
mon excellente mère c* faire choix d'une
religion en pleine liberté de conscience.
ERNEST VAUGHAN.
CHOUANNERIE
En Bretagne, des paysans se soulèvent.
Duré est leur vie sous le cied triste d'Armo-
rique, devant la mer sauvage : du 1er janvier
au 31 décembre, ils peinent sans arriver tou-
jours à subvenir à leurs plus pressants be-
soins.
Nombre d'entre eux menent a peu près la
même existence que leurs animaux domesti-
ques. A cela près, cependant, que l'auge du
cochon sera parfois mieux garnie lue l'écuel-
le de son maître.
Des pommes cïe terre et du cidre, tel est
l'ordinaire du paysan breton et il n'en a pas
toujours è sa suffisance. Pourtant, à certai-
nes fêtes paroissiales, ce mal vivant prend
sa revanche : il 5ui arrive, joie suprême de
pouvoir se gargariser d'eau-de-vie et rouler
ivre-mort dans un fossé.
Ces parias, a l'heure présente, se dres-
sent. furieux. Ils saisissent leurs pioches,
leurs fourches» des fusils ï
Pourquoi ?
Ont-ils compris que dans un monde où
existe une richesse supérieure aux besoins
et plus encore le moyen de la décupler, il no
do»t peint y avoir de déshérités ?
^Les pêcheurs refusent-ils de risquer leur
vie sur l'océan pour enrichir quelques pa-
trons et grands marchands ?
Les forçats de la glèbe en ont-ils assez d'a-
limenter leurs propriétaires ?
Se disent-ils qu'ils ne doivent pas payer
l'impôt du sang à une société qui les écrase ?
Veulent-ils en finir avec l'hypocrisie des
prêtres qui leur ouvrent toutes grandes 'es
régions vides du ciel pour faire main basse
sur le monde réel et aes trésors î
Non ï Bien au contraire.
Ils sont pleins de respect pour !es préjugés
et les institutions dont ils meurent lentement.
Affranchir le travail, ils ne savent pas ce que
cela veut dire.
Ils s'accommodent fort bien de leurs pro-
priétaires et de leurs patrons.Le service mili-
taire les ennuie bien un peu, mais ils le consi-
dèrent comme un mal glorieux autant qu'in-
dispensable.
Ils veulent seulement que les prêtres puis-
sent continuer à les tromper.
Us veulent que leurs propres enfants soient
livrés à des charlatans eu jupons, prof es-
seurs de folie, qui leur apprendront que trois
font un et qu'on peut se promener sans in-
commodité dans le ventre «l'une baleine.
Us veulent qu'à perpétuité des étouffeurs
d'intelligence, des empoisonneurs de cons-
cience, des chatreurs d'énergie viennent crier
a leur postérité misérable :
â Ne cherchez pas à voir ! Ne cherchez
pas 4 comprendre I Résignez-vous à la mi-
sère â il faut entretenir des maîtres â et à la
crasse â saint Labre en faisait autant ! D'au-
cuns vous diront qçe vous avez droit à la li-
berté, au bonheur : ne les écoutez pas î
Croyez au coeur de Jésus ! Croyez à la sainte
Vierge t Redoutez le diable et obéissez au
pape.
Et voilà pourquoi, en l'an 1902, des brutes
A ïa mentalité préhistorique se lèvent, exci-
tées secrètement par des abbés Gayraud,
prêtes à renouveler les hauts faits des Ven-
déens et des Chouans.
Ch. Malato.
Echos et Nouvelles
CALENDRIER. â Mercredi 13 août.
Lever du soleil : 4 h. 50 ; coucher 1 h, 18.
Situation météorologique. â Une dépression
persiste sur te nord de l'Europe (Stockholm
750 mm.). Le minimum secondaire signale nier
su# le golfe de Gênes amène des mauvais temps
du N.-O. sur nos côtes de la Méditerranée : lu
mer est..très grosse au cap Sicié.
Le baromètre reste élevé dans l'ouest de la
France et en Irlande.
Le vent est modéré d'entre ouest et nord sur
tes côtes de la Manche, faible du nord en Gas-
cogne.
Des pluies sont tombées sur l'ouest et le cen-
tre de l'Europe ; en France, on a recueilli 7 mm.
d'eau a bellort, 4 a Clermont, 1 au Havre.
Température. â Baisse dans toute la France.
On notait, hier, 0* au pic du Midi, 1' au mont
Ventoux, 3' au puy de Dôme*
A Paris, hier, pluie.
Baromètre de VAurore : h midi, 764 mm. 8 ;
& minait, 766 mm.
Thermomètre do l'Aurore ï maximum 14*7 ; mi-
nimum, 12°2.
Ephemerides. â Fernand Cortez reprend Mexi-
co, dont les habitants étaient soulevés par les
cruautés des Espagnols (1521).
â¢wwwwv
t-E CAFÉ
Le Bulletin de la Société d'études colonia-
les nous apprend que 3a production totale du
café, pour l'année finissant au 30 juin 1901,
a est élevée à 15.500.000 5aes de 00 kilo um- !
unes., 1
Les prévisions pour la présente année sont 1
do 16.500.000 sacs, soit, en chiffre rond, un
milliard de kilogrammes.
Un beau mazagran ! Mais que serait-ce
si, d&ns le monde civilisé, les hôteliers, li-
monadiers, restaurateurs, traiteurs, etc.,
etc., n'avaient pris l'invariable habitude de
nous servir, en guisse de café, on ne sait que!
triturage de glands, de fruits et légumes tor-
réfiés qui se diluent dans l'eau de vaisselle ?
wvwwv
AU PAYS GREO
Des échanges de témoins ont lieu actuel-
lement a Athènes entre journalistes et étu-
diants. les premiers ayant plaisanté la lieue
formée par les seconds « pour la moralisa-
tion du théâtre athénien. »
Illustrés déjà par un soulèvement récent j
en. faveur de te l'intégrité des Evangiles », 1
ces étudiants â modèles de foi et de chasteté ,
semblent, en effet, peu capables d'entre-
tenir ta tradition d'Aristophane.
â VVWVWVX.
A PR0P0S DE NIETSCHE
Vidée Libre, revue belge très éclectique,
vient de faire paraître une fort remarquable
étude d'Eugène de roberty sur Frédéric
Nietsche. La valeur du grand penseur, du
grand logicien que fut Nietsche « avant tout
un grand remueur d'idées, un instigateur
d'opinions neuves, de visions originales 11
est très profondément fouillée sous la plume
aiguë et compétente de M. de Roberty :
Nîetsche, qui recommande fa dureté envers sol-
même et les autres, qui fulmine contre Sa pitié,
la charité, les formes basses et vulgaires de l'a-
mour du prochain, se révèle, on vérité, comme
l'altruiste le pluà fougueux et Je plus adent de
toute notre époque. Ce qui a fait flusion, ce qui,
d'ans ce cas, a pu le faire prendre pour un égoïste
Intransigeant, c'est la hauteur ix laquelle s'élève
isou altruisme. « Tant que, dit Nietsche, dans
Par delà le bien et té mal, l'utilité dominante dana
tes appréciations de valeur morale est seule l'uti-
lité de troupeau, tant que te regard est unique-
ment tourné vers le maintien de la communauté,
il ne pourra pas avoir de morale altruiste. * â
« L'Etat, avait déjà dit Schopenhauer, est îe chef-
d'oeuvre de Légoïsme humain. » Enfin, Nietsche
est m révolutionnaire de haute race, un libéra-
teur des foules misérables. Ce que Nietsche de-
mande constamment & l'avenir avec la fougue
et la passion qui le caractérisent, c'est l'éléva-
tion de chacun et de tous, c'est l'aristocralisation
de ta foule. il désire, comme Garlyle, l'avènement
de tout un mondé de héros. Car si héros signifie
homme sincère, pourquoi chacun de nous ne peut-
il etre un héros ?
C'est là toute la théorie du surhomme,
c'est-à-dire do l'homme devenu maître dans
la maîtrise sociale, de l'homme devenu mo-
ralisé et sincère.
Le rédacteur de l'Idée Libre venge ainsi
l'auteur du Crépuscule des Idoles des criti-
ques injustifiées d'advershïres obstinés à,
donner à « l'artstocratisme » de Nietsche son
sens péjoratif» au lieu do lui accorder loya-
lement son sens étymologique.
L'harmonie rêvée â par le révolté qui
étouffe dans notre atmosphère irrespirable
â ne saura être qu'aristocratique, c'est-à-
dire vécue par les hommes les meilleurs â
en conscience et en moralité.
wwui.
LES ORAGES
M. le docteur Vidal, correspondant de la
Société nationale d'agriculture, a demandé
à cette Société de donner un avis favorable
au voeu souvent exprimé de voir le Bureau
central météorologique organiser un service
de ©révision des orages.
M. Mascart l'eminent directeur du Bu-
reau central météorologique, & répondu
sans ambages qu'un, tel service, ïoin d'être
facile, était impossible à organiser.
K â Depuis Leverrier. a dit M. Mascart,
îe Bureau central météorologique a commen-
cé cette étude. Tout ce qu'on peut dire, ac-
tuellement, c'est que le caractère général des
orages est de présenter une sorte de mala-
die de l'atmosphère ; à certaines époques, on
constate un nombre de plus e.n plus grand
d'orages dans les diverses régions ; tout ce
que l'on pourrait donc annoncer, c'est qu'à
partir de telle date, nous devrons avoir huit
jours d'orages, par exemple ; mais caia ne
peut pas s'appeler de la prévision, M
Et voilà pourquoi votre fille est muette 3
â wvwvvw
AU LUXEMBOURG
Le secrétaire général de la questure du
Sénat prépare, en ce moment, un fort inté-
ressant travail. C'est l'inventaire des com-
mandes et achats faits aux artistes pour la
décoration du Sénat, de 1871 à 1901, par l'ad-
ministration des beaux-arts, véritable revue
par noms d'artistes des efforts faits dana ce
sens, depuis la guerre, par celle administra-
tion. Ce travail, quj, avant rie paraître en vo-
lume, sera publié par une revue spéciale, ne
sera pas, d'ailleurs, une sèche nomenclatu-
re : il contiendra une foule de documents
inédits et d'anecdotes piquantes sur cca
commandes, et formera ainsi un des plus
curieux chapitres de l'histoire artistique de
la troisième République.
-VWVVVVW
CHOSES EN L'AÏR
Endoctriné par les jésuites, certain prïnce
de Sase fait actuellement en Allemagne une
propagande en faveur d'un nouveau dogme.
II s'agit d'établir en article de foi que la
Vierge Marie est montée aux cieux, non pas
en esprit,, sur l'aile de la légende, mais « en-
core vivante et revêtue de la forme humai-
ne ».
Les prêtres allemands reçoivent en ce mo-
ment une élégante circulaire à ce sujet qui
sera débattue au prochain congrès que les
jésuites convoqueront à Fribourg.
Ce dogme s'attache à suivre tes progrès
de la science aérostatique. Jusqu'à présent,
l'Ascension ou l'Assomption n'était que la
fête des a é rouan tes pure et simple ; elle de-
vient celle de la navigation aérienne.
-wvwvvw
ÇA ET LA
Vient de paraître la leçon 46 du Catéchisme ré-
publicain, par MenriÀmoal'CÎ, ingénieur des arts
et mamifemurcs, et Stéphane Surau.
Sommaire ^ Nos ancêtres humains. â Les 5gas
de l'humanité pn»- son industrie. â Critique ds
l'homme tertiaire.
III ILS!rations : La Pierre, le Bronze, le Fer. â
Nombreux documents,
Abonnements Jl 50 leçons. 3 francs. â Les le-
çons parues sont envoyées de suite. â Adminis-
tration, M, ruo Rodier, Paris.
LE MOT D£ LA FIN
Une jeune marquise accablée de vapeurs,
de neurasthénie, de vague a l'âme et d'au-
tres modernismes psychologiques, consulte
son médecin sur le choix d'une localité bal-
néaire.
Le docteur, peu convaincu de ces besoins :
lubrifiants, recommande au hasard un tas
d'eaux minérales»,
â Ah ! soupire la nostalgique poseuse,
quand donc nous trouvera-t-on de l'eau...
delà.
Scaramouche.
L'Anticléricalisme en province
La commune de Loiré (Charente-Infé-
rieure) ne suit pas l'exemple des communes
bas-bretonnantes.
Le maire et les conseillers municipaux ont
estimé qu'ils pouvaient se passer de curé. Il
oe leur a pas semblé indispensable qu'un
monsieur affublé dune jupe noire et d'un
rabat vint, aux frais des contribuables, te-
rnir école de folie en enseignant la féconda-
tion d'une vierge par un pigeon, Charente»ti-
mide plagiée de la légende mythologique
de Léda et de son cygne.
L'évêque de la Rochelle, passant outre, a
nommé un titulaire à la cure de Loiré.
Le conseil municipal a protesté, le maire
a démissionné, mais le curé demeure.
Dans une lettre adressée au sous-préfet,
et animée d'un ferme esprit républicain, le
maire s'exprime ainsi :
îr Nous trouvons le moment mal choisi :
pour cette nomination qui ressemble beau-
coup à une provocation, au lendemain des ;
élections générales où. la commune de Loi-,
ré a cru si bien faire son devoir, et je ne ,
voudrais pas assurer que, si les choses se
passent comme le curé de Néré la désire
(car o'est lui qui a mené toute cette campa-
gne dans ce but), il n'y ait pas dorénavant
un changement considérable dans l'attitude
des électeurs de la commune. »
Les fanatiques qui, indifférents à toute ;
idée de progrès, revendiquent comme les
chouans do Charette, le droit de conserver ;
dans les écoles les mystificateurs reli-;
gieux, feraient bien de prendre exemple sur
les citoyens de Loiré.
B. T.
LA SOLUTION
Les ennemis-nes fle la République en-
tratiennent on Bretagne u-ne agitation h
laquelle il faut, coûte que coûte, mettre
fin.
J'estime qu'à bref délai ce sera chose
faite, si le président du Conseil e,st reste
l'homme de courage et de résolution que,
jusqu'ici, nous avons connu.
Les soeurs récalcitrantes ont, toutes,
fait voeu d'obéissance passive entre les
mains de la supérieure de leur congréga-
tion.
C'est sur l'ordre da cette supérieure
qu'elles occupent leur emploi, o'est sur
son ordre qu'elles y renoncent.
Or, toutes les soeurs do Bretagne ap-
partiennent à la Congrégation des Filles
du Saint-esprit de Saint-Brieuc Com-
ment donc M. Combes ne s'est-il pas en-
core avisé de frapper à la tete? Pourquoi,
sous peine d» dissolution et d'expulsion
immédiates, n'a-t-il pas depuis long-
temps sommé la maison-mère de mettre
(In au scandale qui discrédita la Répu-
blique et trouble le pays, à la grande joie
de toutes les réactions ?
C'était, ce me semble, .tout indiqué.
Qu'il en finisse donc. 11 n'y a plus de
temps à perdre. Aller plus loin dans
l'atermoiement équivaudrait à une trahi-
son.
ERNEST VAUGHAN.
LIRE PLUS LOIN
Les Congrégations. â Justice militaire,
Danval à Paris
REFUS D'OBÉISSANCE
H y a dix ans, le capitaine de cavalerie
Gustave Nercy,' ayant, au cours d'une grève,
déclaré publiquement que le rôle des mili tai-
res n'était pas d'égorger des ouvriers, fut
chassé de l'armée malgré de fort beaux états
de service.
Le lieutenant-colonel de Saint-Rémy, qui a
donné à un refus de nature différente le ca-
ractère d'une protestation cléricale, sera trai-
té moins rigoureusement par le conseil de
guerre, puisque cet officier supérieur va,
nous dit-on, être déféré à cette juridiction.
Les conseils de guerre, o'est chose enten-
due, ne doivent sévir que contre les fils du
peuple, les gauvres hères dénués de particule
et de galons, que l'autoritarisme brutal d'un
chef aura exaspérés,poussés à un geste de ré-
volte.
Qu'importent que ceux-là crèvent dans l'en-
fer de Bitibi 1
Pour sauver le lieutenant-colonel de Saint-
Rémy des conséquences de son acte, mieux
que cela, pour lui préparer un acquittement
triomphal, déjà les grands chef militaires s'a-
gitent. Dé son côté le général de Galiffet,in-
terrogé par le Gaulois, vient d'adresser à M.
Arthur Meyer la lettre suivante :
Aux Ghamps, 11 août 1902.
Monsieur le directeur,
Je ne puis répondre à la question que vous me
posez, â jo ne sais rien de ce qui est reproché
au lieutenant-colonel de Saint-Rémy,
En 1880. je crois. Je ne me souviens pas de ta
date, le général de Soriis commandait, sous mes
ordres, la 17* division d'infanterie, à Château-
roux.
La veille du jour fixé pour t'exécutlon des dé-
crets, îe général de Sonis vint à Tours, se pré-
senta à moi. et me remit sa démission pour être !
transmise au ministre, ne voulant pàs participer
4 l'exécution, ni émpôdher ses troupes d'obéir ;
aux ordres du gouvernement.
M. Gambette, bien inspiré, intervint â le gou- '
vernement n'accepta que la démission de 1 em-
ploi
Peu de temps après, le générai de Sonis était
nommé inspecteur général permanent de cava-
lerie en résidence 1à Limoges â¢; on pensa alors,
a ver; raison, que l'on ne -pouvait punir l'Illustre
soldat qui avait'su .rester à la fois chrétien et
discipliné.
. Croyez, monsieur le directeur, à mes sentiments
distingués.
Général DE GALLIFFET.
De la lettre môme adressée par le vieux
fusillepr, à l'ancien secrétaire de Blanche
d'Anligny, il résulte que l'affaire du lieute-
nant-colonel de Saint-Rémy n'est comparable
en rien au cas du général de Sonis.
Le général de Sonis avait remis sa démis-
sion avant l'exécution des décrets, ce qui
prouve bien qu'il ne se reconnaissait pas ïe
droit de désobéir à un ordre après que ceiui-ct
lui aurait été donné.
Le lieutenant-colonel, de Saint-Rémy n'a
donné aucune démission et a refusé d'exécu-
ter l'ordre de son supérieur le général Fru-
ter.
Cela fait une sensible différence.
C'est le général de Gniliffct qui, lui-même,
est obligé de le constater. On ne comprend
guère comment le journal où brille M. Poi-
lonnais a pu s'emparer de semblable lettre
pour la donner à l'appui de la thèse cléricale.
Th.
les Pupilles du Vooruit
L'arrivée à Paris. â Le banquet. â Les
discours. â La promenade. âLa iête de
la Coopération des idées.
Onze heures, du matin. Le train-de Lille
entre en gare. Aux portières d an wagon»
c'est un fourmillement de têtes blondes. A
peine le train a-t-il stoppé qu'une; cinquan-
taine d adolescents,, jeunes garçons et jeune*
filles, dont te pdus agê & quatorze ans, alors
que le plus jeune compte a peine une dizai-
ne de printemps, sont déjà sur le quaj. Et
c'est merveille de les voir se grouper, sans
que les citoyennes et les citoyens qui LUS con-
duisent aient besoin UIntervenir. Les voila
tous réunis autour de 'eur bannière, sur la-
quelle sont inscrits ces mots : Cent. VVel-
kunsders, l&W. . .
Ils sont là une trentaine, tous uruforav»
â ment vécus d un costume bleu marine, sim-
ple et commode, coiffés d'un béret de même
nuance orné d'une grande plume range, et
cravatés d'écarlate. Tous portent ile manteau
en sautdir ,et ont au côté la musette de
voyage.
bur le quai, des amis les attendent; c'est
d abond M. G. Seailles, aui conduisit a
Bruxelles la caravane des lî. P. ; le poète
Maurice liouchor, Alépée. Chnrbonnel, délé-
gué par la Raison et les sociétés de libre pen-
sée ; Piequenard, des y. P. ; E' May, Kos-
ziuslco, docteur Bertrand, Mme Bertrand,
les citoyennes E .Renaud, Bonnevial, etc«
délégués du comité interfédéral, et quejl
ques membres des groupes socialistes et d*
libre pensée.
Pas assez cependant. H y aurait nu
avoir foule à la gare, pour faire cortège ù
nos Jeunes amis, et a peine si l'on comp-
tait une trentaine de personnes. Décidé-
ment, nous ne savons pas, en France,
donner suffisamment d'ampleur à. nos ré-
ceptions. Toutefois,au nom du G. S., le ci-
toyen ' Rebens, délicate attention, offre aux
pupilles une magnifique gerbe de roses.
Au banquet
Le temps est affreux. Il tombe, sans dis-
continuer, depuis une heure, une pluie fi-
ne et pénétrante. Cela «^arrête point nos
jeunes visiteurs qui paraissent intrépides.
Ils sont, du reste, resplendissants de santé
et de joie, Des figures pleines, des jambes
musclées, un teint rose et clair, on a plai-
sir à les contempler. Quelles tristes figures
font, à côté d'eux, noa bambins parisiens
qui les regardent défiler.
Au pas allongé, on descend le boulevard
Magcûta, et, par les boulevards de Stras-
bourg et Bonne-Nouvelle, on gagne le café
de la Terrasse, où doit avoir lieu le ban-
quet, dans les locaux de l'Union Amicale de
Solidarité.
A peine entrés, les Enfants du Vooruil se
rangent autour du citoyen BogaerU qui con-
duit cette gentille caravane, bit comme bien-
venue, ils nous chantent la MarseTUmse de
la Paix :
Plus d'armes, citoyens,
Rompez vos bataillons,
Ohantez, chantons,
Et que la paix féconde les sillons.
Allons, en voila au moins qui ne sont pas
élevés dans les idées militaristes 1
je vous laisse a penser si ces jeunes appé-
tits firent honneur au substantiel repas qu on
leur servit. J'avais à mes côtés un bon gros
garçonnet, dune douzaine d'ans, Pierre Do-
belaere, qui ne parlait point français, mais
remplaçait la conversation absente par un
solide coup de fourchette.
Au dessert, nous fûmes régalés de quel-
ques cnceurs fort bien enlevés, parmi les-
quels une gracieuse tyrolienne et le Chant
de L'Avenir, qu'une des citoyennes gantoises
accompagnait au piano.
Puis ce fut Maurice Bouchor qui nous dit,
de sa voix chaude, l'histoire du Grain de Blé;
Charoonnel, qui chanta : Comment nos cti-
tanls prieront Dieu ; la citoyenne Sceaux, de
l'U. P. de Levallois, qui chanta la Marianne,
dont tous ces bambins reprenaient te re-
frain, car ils savent tous les chants proléta-
riens, ces gracieux enfants. EL, pour termi-
ner, ie citoyen Nrtoux nous dit sa : Syndicale.
A l'heure des toasts que l'on fit très courts,
M. Gabriel seaitles, en quelqes mots très
heureux, llxa le sens du voyage.
c« Si vous trouvez ici des amis, dans celte
grande ville, vous devez cela à l'effort do
vos parents, qui ont tait tous leurs efforts
pour unir les citoyens des divers peuples.
Vous ferez de même. Vous travaillerez en-
semble à l'oeuvre de paix, de concorde et de
fraternité qu'ils ont ébauchée ».
Et il termine en envoyant un souvenir
amical a Anseole, le fondateur du Vooruil.
Bogaert répond qu'en créant des organisa-
tions d'enfants, les Gantois ont surtout voulu
créer les germes des relations internationa-
le?. Nos enfants apprennent à connaître leurs
amis des pays voisins, les vôtres viendront
f.hcz nous. Et quand tant de mains se seront
jointes, je défie bien n'importe quel potentat
de lancer ces eniants, devenus hommes,
dans des guerres fratricides.
Encore un choeur : l'Internationale, et nous
voitâ tous grimpés dans d'immenses breacks,
en route
Pour visiter la capitale
Par les grands 'boulevards, nous gagnons
la Madeleine, puis la Concorde et Notre-Da-
me que l'on descend visiter. Au Panthéon,
nouvelle visite. En sortant, les organisateurs
distribuent le goûter des enfants : petits
pains, croissants, friandises, et l'on gagne
le Luxembourg, où il est fait une abondante
consommation de coco. On voulait les réga-
ler d'une représentation- & Guignol ; Mal-
chance, Guignol a baissé son rideau, il y a
relâche.
A la sortie du Luxembourg, nous retrou,
vons les voitures qui nous promènent en-
core une bonne heure dans 'Paris, après quot
on rentre a l'Etoile Bleue, rue du Parc-
Roy a! .restaurant de tempérance, où un dî-
ner est préparé.
A huit heures, le repas pris, ia caravanâi
se met en route ver» le faubourg Saint-**»-
loine.
33 ix Centimes
MERCREDI 13 AOUT 1002
Directeur
ERNEST VAUGHAN
-A.SOISr3SrE3^CE3SrTS
Si* Tr#U
Un an moi* moi*
Omis ET Ssi«rt BT-OM* : 7 Ç 32*⢠16' ⢠8*«
Çi^ARTKHKN rs. 38 ⢠1® * 9 â¢
%RAHOBK(UNIONPOSTALE). . 48» 24» TA»
POUR LA RÉDACTION !
S'adresser à M. F. TALMAN
S tertiaire da ta Rédaction
t*l manutcrit» non inséré» ne tontpat rendit»
L'AURORE
Directeur
ERNEST VAUGHA»
LES ANNONCES SONT REÇUES :
i L'OFFICE D'ANNONCES, 19, fl«« h 11 Ixn»
fr IUI tUHOLl OU J0URS4L, l«, RUE MKTUItTU
ADRESSER LETTRES ET MANDATS 1
A M. A. EOUIT, Administrateur
ADRESSE TtUoUKUOtJE : AURORE-PARI»
Téléphone : 103-53
Demain., l'Aurore publiera Tune des
oeuvres les plus dramatiques, les plus
pasiotuiantes du maitre-romancier que
JUL FRÉDÉRIC SOULIÉ :
BUT joins m muai
Les Etaps le ma Raison
m
QUILLEBOEUF
Lo "destin semblait prendre plaisir à
empécher mu mère de pratiquer rituel-
lement sa religion. Il n'y avait pas plus
nuer. elle et moi, A vivre en dehors de
toute inflluence pastorale. On s'en passe
très bien.
L'église de Quïlleboeuf est vouée à No-
tre-Dame rte Don-Port. C'est un ds ces
monuments de transition, entre lo ro-
man et le gothique, assez nombreux
dans les villages normands. La nef et le
clocher sont du XI* siècle, le choeur et
ses belles verrières du XVIe. Je pour-
rais, les traités spéciaux aidant, vous
en détailler les splendeurs ; mais la vé-
rité est que je n'ai jamais prêté la moin-
dre attention à ces .merveilles architec-
turales'que personne ne me signalait et
pour lesquelles je n'eusse, dans tous les
cas, éprouvé qu'une admiration de pure
convenance. J'ai joué cont lois il Mou-
lins-Engilbert, dans les ruines du châ-
teau des comtes de Nevers, converties
par mon palron, M* Morcau, leur pro-
priétaire, en prosaïques potagers, sans
prendre garde à la majesté du lieu. Le-
dit château avait cependant eu l'honneur
d'Être emporté d'assaut par Charles Se
Téméraire ; eh bien! ça ne se voyait pas.
Ma vénération pour les vestiges des gé-
nérations abolies n'a jamais été grande.
â¢Te suis, A ce propos, de l'avis de Claude
Tillier : « Les ruines, si elles veulent
être respectées, ne doivent pas faire
tomber leurs pierres sur les passants. »
Je ne pris un semblant de goût à l'ar-
chéologïe qu'an lisant Noire Dame de
Paris et surtout Gérard de Nerval, le
doux bohème que j'ai célébré en alexan-
drins mélancoliques â mélancolique-
ment inédits â et pour lequel j'avais
une admiration que l'âge n'a pas affai-
blie. Encore un dont je sais presque tous
les vers par coeur.
Il m'arriva bien do fréquenter assidû-
ment l'église, le soir, durant tout un
mois de Marie; mais ce n'était, hélas!
ni la foi, ni même l'honorable passion
du plein cintra et de l'ogive qui m'y atti-
raient. J'étais très profanément épris
d'une charmante jeune fille qui chantait
ci ravir et dont la voix puissante et pure
dominait dans les choeurs, celles de ses
compagnes. Fidèle i ma méthode, je lui
adressais dos vers notablement plus en-
flammés que tous ceux que j'avais com-
mis précédemment.
Lo spectacle qui m'impressionna le
plus fortement fut celui que présentai»
la Seine. On commençait à peine les tra-
vaux d'endiguement destinés à rendre la
navigation moins périlleuse. A l'époque
dos grandes marées, l'aspect du fleuve
était d'une beauté saisissante. On venait
voir le mascaret de très loin parce qu'il
atteignait, là, le point culminant de sa
puissance; passé Quilleboeuf il allait s'af-
faiblissant. Cette large volute d'eau re-
foulait, majestueuse et grondante, lo
courant avec une irrésistible force. Nous
nous am usions à jeter sur le flotde lourds
pavés qui surnageaient longtemps com-
me s'ils eussent été de liège. La barre
soulevait comme des plumes les bateaux
solidement amarrés aux deux rives et
les laissait brusquement retomber der-
rière elle, presque à sec, d'une hauteur
de plusieurs mètres. Parfois un de ces
bateaux se défonçait sur les cailloux ou,
rompant cables et chaînes, était jeté, dé-
semparé, à une grande distance, dans
les prés soudainement immergés qui s'é-
tendaient en /uo de Quilleboeuf.
Rien de surprenant à ce que les popu-
lations ignorantes des causes naturelles
de ces phénomènos périodiques, les at-
tribuent à la volonté d'une divinité re-
doutable qu'il faut apaiser avec dos
voeux, des ex-voto et des prières.
O flots que vous savez de lugubres histoires
Holg profonds, redoutés des mères h genoux!
Tous vous les raconte;; en montant le? marges,
F.t c'est ce ([Ui vous fait ces voix désespérées
Que vous avez le soir quand vous venez vers nous!
,l'eus pour patron ù Quilleboeuf, M.
Quibeuf, mari de la receveuse des pos-
tes, ancien acteur, bol homme, intelli-
gent et affable. Il était secrétaire à la
mairie et fournissait, en outre, à la ma-
rine, les échelles de bois peint servant à
contrôler, dans la haute et basse Seine,
les indications du marégraphe dont il
avait la direction. Je peignais ces échel-
les et consacrais le reste du temps à l'ai-
der dans ses écritures. Je recevais, pour
cala, dix francs par mois, appoint ap-
préciable dans le budget du ménage.
Ma métromanie n'avait,fait que croî-
tre, sinon embellir. Grace à » l'Abrégé
du traité de littérature » d'Emile Lefranc,
dont ma mère m'avait fait cadeau pour
mes étrennes, mes vers étaient devenus
suffisamment corrects. Mon ami, Alfred
Maron, les mettait en musique. En tant
qu'autodidacte, Maron peut passer pour
un type réussi. Sa mère, veuve d'un
douanier, n'avait pour vivre et l'élever
qu'une pension de quelques centaines de
francs. Il avait été à l'école à peu près
autant que moi. Notre école avait été sur-
tout l'école da malheur. Très grand â
trop grand â très timide et très fier, les
filles l'appelaient « chu grand quinje co-
tes ». Nous nous primes, l'un l'autre, en
Rériemse et profonde affection. Il était
comme (e ne sais plus chez qui.
Maron a deviné les mathématiques,
l'astronomie, la musique et quantité
d'autres choses sans maîtres, sans ar-
gent, presque sains livres. Il fait partie
de la Société astronomique de France et
je suis bien certain que ses communica-
tions y sont favorablement, appréciées.
Il déchiffre à livre ouvert les partitions
les plus savantes, compose très joliment
et note les airs, à l'audition, avec une
agilité surprenante. Il a imaginé et cons-
truit un calendrier perpétuel mécanique
d'une grande ingéniosité.
11 a relevé, dans Pascal, celles de ses
prétendues pensées qui ne sont que des
notes de lecture, à peine mortifiées, pri-
ses dans Montaigne et dont l'auteur des
Provinciales ne se serait certainement
pas attribué la paternité si elles avaient
été publiées do son vivant.
En lisant les Pensées de Pascal il s'é-
tait arrêté sur cette phrase :
« La manière d'écrire d'Epictète, de
Montaigne et de Salomon de Tultie est
la plus d'usage, qui s'insinue le mieux,
qui demeure plus dans la mémoire,
etc., etc... »
Ce Salomon de Tultie, disait une note
au bas de la page, « n'existe point. C'est
évidemment un pseudonyme de l'inven-
tion de Pascal. »
Maron, pour qui la cryptographie, les
combinaisons de chiffres et de lettres
n'ont pas de mystère, vit d'un coup
d'oeil ce qui avait échappé à la sagacité
de tant de commentateurs, à savoir que
Salomon de Tultie n'était autre qOe Pas-
cal lui-même. C'est en effet l'anagramme
de Louis de Montalte, pseudonyme dont
Pas a signé Les Provinciales.
M. Prosper Faugèra a fait les mêmes
découvertes ; mais ses travaux étaient
ignorés de Maron qui n'avait à sa dispo-
sition que l'édition Hachette de 1858.
Lour mérite est donc égal.
Dans nos interminables promenades,
au clair de lune, entre deux haies nor-
mandes bien vertes et bien touffues,
nous devisions de tout et du reste. Mon
ami me faisait des cours d'astronomie
en plein ciel â j'en ai bien peu profité I
â on causait aussi poésie et musique. Il
m'aidait a trouver des rimes, m'éclairait
sur la propriété des termes et redressait
mes fautes do langue en grammairien
consommé.
Tous deux enfants de fonctionnaires,
nous avions le respect inné de l'autorité.
En religion nous no songions môme pas
a mettre an doute la version biblique.
Nous étions spiritualistes et humanitai-
res.
Le champ de nos lectures était fatale-
ment borné. Mon père Boulin possédait
bien divers ouvrages dont nous aurions
fait nos délices ; mais il n'était pas prê-
teur, c'était son plus grand défaut,. Notre
bibliothèque se composait de quelques
livraisons illustrées de Victor Hugo, des
oeuvres de Walter Scott et de Byron tra-
duction de Detauconpret ; de classiques
en éditions scolaires ; d'un dictionnaire
de l'Académie ; d'une Bible protestante ;
de fascicules dépareillés des chansons
de Pierre Dupont, que nous entonnions
à tue-tête en déambulant dans la cam-
pagne, et de divers autres bouquins sans
importance. Il nous eût été difficile, avec
ces éléments, de nous préparer au bacca-
lauréat.
Maron, a vingt, ans, conseillé par sa
mère qui l'adorait, mais qui ne voyait
pas d'autre carrière au monde, se fit
douanier comme son père. Il est mainte-
nant capitaine retraité. Ce n'est ni au
favoritisme ni à l'intrigue qu'il dul son
avancement, je vous prie de le croire,
car il fut toujours d'une modestie et.
d'une discrétion exagérées. Jo ne puis
dans ce cadre étroit vous donner une
idée complète de la variété et de l'éten-
due de ses connaissances ; mais il n'est
pas douteux pour moi qu'il eût pu se
faire un nom estimable dans la science.
11 lui a manqué un peu plus d'aisance
au début la confiance en lui-même et
cet esprit d'initiative qui tient lieu de sa-
voir et de talent à nombre de geins arri-
vés qui ne le valent pas. Il y a, dans le
peuple, beaucoup plus de ces forces per-
dues qu'on ne l'imagine.
La jeunesse îi Quilleboeuf port de pê-
che et de pilotage, était d'une gailé
bruyante et communicative. Une grande
liberté, que les mamans très averties lais-
saient rarement dégénérer en licence,
régnait entre filles et garçons. Je prenais
volontiers ma part de leurs jeux, Maron
se tenait a l'écart. Il préférait* ces soirs-
là, écouter mon beau-père qui jouait rlo
la flûte en virtuose et était heureux d'a-
voir un auditeur capable do l'apprécier.
A la fin du jour on formait une immen-
se ronde qui tenait toute la largeur du
quai e! le parcourait en tourbillonnant,
d'un bout a l'autre. C'était une sorte de
branle : trois pas à droite, trois pas à
gauche, une poussée en avant, une en
arrière que rythmaient des chansons
dont tout le inonde reprenait le refrain.
Ces chansons étalent on général d'unie
gauloiserie naïve et salée ; mais le public
actuel de nos cafés-concerts les prendrait
pour d'insipides bemuinades.
J'en ai retenu plusieurs, que je me
suis proposé souvent de transcrire et de
publier â m'en suis-je assez proposé de
ces choses! Il y avait l'inévitable com-
plainte locale :
Adieu Quill boeuf, le huit et le lias.
De te quitter, je ne puis guère;
Adieu Quill Boeuf, le haut et le tas,
De te quitter, je ne puis pas.
Puis le Chant du Merle blanc ;
C'est Lr prieur de noire couvent,
l'aime Le chant du merle blanc,
Qui défend d'aimer tendrement.
J'aime le chant du merle, merle.
J'aime le chant du merle blanc!
Je le vis hier au soir, pourtant,
J'aime le chant du mente blanc,
Avec un' Jeun' ftir de quinze ans,.
J'aime le chant du merle, merle.
J'aime le chant du merle blanc! i
Le reste se devine.
El encor ; La plume s'envole au vent.
On vient « quérir » une fille qui El mal
tourné et batifole avec ses amis :
â Votre père et votre mère,
Sont au dernier s Ecrément.
â De mou pèr' je m' moqU pas-mal»
De ma mère, encore autant
La plume s'envoie, vole, vole,
La plume s'envole au vent.
Il fallait qu'ils me marient
A l'agè ousqu'il était temps.
Je serais dans mon ménage.
J'aurais des petits enfants.
La plume s'envole, vole, vole,
La plume s'envole au vent.
Nulle oreille no s'offusquait ci l'on n'en
avait ni plus ni moins d'amour pour le
ban Dieu et respect pour la famille,
Les garçons n'avaient guère d'autre
alternative que d'etre marins ou curés.
Ceux qui ne naviguaient pas au long
cours ou au cabotage devenaient pê-
cheurs ou pilotes. La corporation des pi-
lotes de QQuilleboeuf fut instituée par Hen-
ri IV dont le nom, m'a-t-on dit. figure en
tête du premier rôle d'inscription. Quil-
leboeuf alors s'appelait Henriqueville.
Gag-né par l'exemple, j'aurais embar-
qué peut-être, quand une ancienne amie
de ma grand'mere, Mine Joubert, dont le
flls venait do s'associer avec MM. Yo-
gi en père et fils, fabricants de chales im-
primés, ilie du Mail, à Paris, offrit de
me faire accepter dans la maison, au
pair comme d'usage, mais avec la certi-
tude d'ètre, en travaillant bien, rapide-
ment. appointé.
C'était la fortune qui s'offrait. On ac-
cepta d'enthousiasme et je Os mon en-
trée, peu triomphale, dans la capitale du
monde civlise en septembre 1856. J'al-
lais enfin pouvoir répondre au voeu de
mon excellente mère c* faire choix d'une
religion en pleine liberté de conscience.
ERNEST VAUGHAN.
CHOUANNERIE
En Bretagne, des paysans se soulèvent.
Duré est leur vie sous le cied triste d'Armo-
rique, devant la mer sauvage : du 1er janvier
au 31 décembre, ils peinent sans arriver tou-
jours à subvenir à leurs plus pressants be-
soins.
Nombre d'entre eux menent a peu près la
même existence que leurs animaux domesti-
ques. A cela près, cependant, que l'auge du
cochon sera parfois mieux garnie lue l'écuel-
le de son maître.
Des pommes cïe terre et du cidre, tel est
l'ordinaire du paysan breton et il n'en a pas
toujours è sa suffisance. Pourtant, à certai-
nes fêtes paroissiales, ce mal vivant prend
sa revanche : il 5ui arrive, joie suprême de
pouvoir se gargariser d'eau-de-vie et rouler
ivre-mort dans un fossé.
Ces parias, a l'heure présente, se dres-
sent. furieux. Ils saisissent leurs pioches,
leurs fourches» des fusils ï
Pourquoi ?
Ont-ils compris que dans un monde où
existe une richesse supérieure aux besoins
et plus encore le moyen de la décupler, il no
do»t peint y avoir de déshérités ?
^Les pêcheurs refusent-ils de risquer leur
vie sur l'océan pour enrichir quelques pa-
trons et grands marchands ?
Les forçats de la glèbe en ont-ils assez d'a-
limenter leurs propriétaires ?
Se disent-ils qu'ils ne doivent pas payer
l'impôt du sang à une société qui les écrase ?
Veulent-ils en finir avec l'hypocrisie des
prêtres qui leur ouvrent toutes grandes 'es
régions vides du ciel pour faire main basse
sur le monde réel et aes trésors î
Non ï Bien au contraire.
Ils sont pleins de respect pour !es préjugés
et les institutions dont ils meurent lentement.
Affranchir le travail, ils ne savent pas ce que
cela veut dire.
Ils s'accommodent fort bien de leurs pro-
priétaires et de leurs patrons.Le service mili-
taire les ennuie bien un peu, mais ils le consi-
dèrent comme un mal glorieux autant qu'in-
dispensable.
Ils veulent seulement que les prêtres puis-
sent continuer à les tromper.
Us veulent que leurs propres enfants soient
livrés à des charlatans eu jupons, prof es-
seurs de folie, qui leur apprendront que trois
font un et qu'on peut se promener sans in-
commodité dans le ventre «l'une baleine.
Us veulent qu'à perpétuité des étouffeurs
d'intelligence, des empoisonneurs de cons-
cience, des chatreurs d'énergie viennent crier
a leur postérité misérable :
â Ne cherchez pas à voir ! Ne cherchez
pas 4 comprendre I Résignez-vous à la mi-
sère â il faut entretenir des maîtres â et à la
crasse â saint Labre en faisait autant ! D'au-
cuns vous diront qçe vous avez droit à la li-
berté, au bonheur : ne les écoutez pas î
Croyez au coeur de Jésus ! Croyez à la sainte
Vierge t Redoutez le diable et obéissez au
pape.
Et voilà pourquoi, en l'an 1902, des brutes
A ïa mentalité préhistorique se lèvent, exci-
tées secrètement par des abbés Gayraud,
prêtes à renouveler les hauts faits des Ven-
déens et des Chouans.
Ch. Malato.
Echos et Nouvelles
CALENDRIER. â Mercredi 13 août.
Lever du soleil : 4 h. 50 ; coucher 1 h, 18.
Situation météorologique. â Une dépression
persiste sur te nord de l'Europe (Stockholm
750 mm.). Le minimum secondaire signale nier
su# le golfe de Gênes amène des mauvais temps
du N.-O. sur nos côtes de la Méditerranée : lu
mer est..très grosse au cap Sicié.
Le baromètre reste élevé dans l'ouest de la
France et en Irlande.
Le vent est modéré d'entre ouest et nord sur
tes côtes de la Manche, faible du nord en Gas-
cogne.
Des pluies sont tombées sur l'ouest et le cen-
tre de l'Europe ; en France, on a recueilli 7 mm.
d'eau a bellort, 4 a Clermont, 1 au Havre.
Température. â Baisse dans toute la France.
On notait, hier, 0* au pic du Midi, 1' au mont
Ventoux, 3' au puy de Dôme*
A Paris, hier, pluie.
Baromètre de VAurore : h midi, 764 mm. 8 ;
& minait, 766 mm.
Thermomètre do l'Aurore ï maximum 14*7 ; mi-
nimum, 12°2.
Ephemerides. â Fernand Cortez reprend Mexi-
co, dont les habitants étaient soulevés par les
cruautés des Espagnols (1521).
â¢wwwwv
t-E CAFÉ
Le Bulletin de la Société d'études colonia-
les nous apprend que 3a production totale du
café, pour l'année finissant au 30 juin 1901,
a est élevée à 15.500.000 5aes de 00 kilo um- !
unes., 1
Les prévisions pour la présente année sont 1
do 16.500.000 sacs, soit, en chiffre rond, un
milliard de kilogrammes.
Un beau mazagran ! Mais que serait-ce
si, d&ns le monde civilisé, les hôteliers, li-
monadiers, restaurateurs, traiteurs, etc.,
etc., n'avaient pris l'invariable habitude de
nous servir, en guisse de café, on ne sait que!
triturage de glands, de fruits et légumes tor-
réfiés qui se diluent dans l'eau de vaisselle ?
wvwwv
AU PAYS GREO
Des échanges de témoins ont lieu actuel-
lement a Athènes entre journalistes et étu-
diants. les premiers ayant plaisanté la lieue
formée par les seconds « pour la moralisa-
tion du théâtre athénien. »
Illustrés déjà par un soulèvement récent j
en. faveur de te l'intégrité des Evangiles », 1
ces étudiants â modèles de foi et de chasteté ,
semblent, en effet, peu capables d'entre-
tenir ta tradition d'Aristophane.
â VVWVWVX.
A PR0P0S DE NIETSCHE
Vidée Libre, revue belge très éclectique,
vient de faire paraître une fort remarquable
étude d'Eugène de roberty sur Frédéric
Nietsche. La valeur du grand penseur, du
grand logicien que fut Nietsche « avant tout
un grand remueur d'idées, un instigateur
d'opinions neuves, de visions originales 11
est très profondément fouillée sous la plume
aiguë et compétente de M. de Roberty :
Nîetsche, qui recommande fa dureté envers sol-
même et les autres, qui fulmine contre Sa pitié,
la charité, les formes basses et vulgaires de l'a-
mour du prochain, se révèle, on vérité, comme
l'altruiste le pluà fougueux et Je plus adent de
toute notre époque. Ce qui a fait flusion, ce qui,
d'ans ce cas, a pu le faire prendre pour un égoïste
Intransigeant, c'est la hauteur ix laquelle s'élève
isou altruisme. « Tant que, dit Nietsche, dans
Par delà le bien et té mal, l'utilité dominante dana
tes appréciations de valeur morale est seule l'uti-
lité de troupeau, tant que te regard est unique-
ment tourné vers le maintien de la communauté,
il ne pourra pas avoir de morale altruiste. * â
« L'Etat, avait déjà dit Schopenhauer, est îe chef-
d'oeuvre de Légoïsme humain. » Enfin, Nietsche
est m révolutionnaire de haute race, un libéra-
teur des foules misérables. Ce que Nietsche de-
mande constamment & l'avenir avec la fougue
et la passion qui le caractérisent, c'est l'éléva-
tion de chacun et de tous, c'est l'aristocralisation
de ta foule. il désire, comme Garlyle, l'avènement
de tout un mondé de héros. Car si héros signifie
homme sincère, pourquoi chacun de nous ne peut-
il etre un héros ?
C'est là toute la théorie du surhomme,
c'est-à-dire do l'homme devenu maître dans
la maîtrise sociale, de l'homme devenu mo-
ralisé et sincère.
Le rédacteur de l'Idée Libre venge ainsi
l'auteur du Crépuscule des Idoles des criti-
ques injustifiées d'advershïres obstinés à,
donner à « l'artstocratisme » de Nietsche son
sens péjoratif» au lieu do lui accorder loya-
lement son sens étymologique.
L'harmonie rêvée â par le révolté qui
étouffe dans notre atmosphère irrespirable
â ne saura être qu'aristocratique, c'est-à-
dire vécue par les hommes les meilleurs â
en conscience et en moralité.
wwui.
LES ORAGES
M. le docteur Vidal, correspondant de la
Société nationale d'agriculture, a demandé
à cette Société de donner un avis favorable
au voeu souvent exprimé de voir le Bureau
central météorologique organiser un service
de ©révision des orages.
M. Mascart l'eminent directeur du Bu-
reau central météorologique, & répondu
sans ambages qu'un, tel service, ïoin d'être
facile, était impossible à organiser.
K â Depuis Leverrier. a dit M. Mascart,
îe Bureau central météorologique a commen-
cé cette étude. Tout ce qu'on peut dire, ac-
tuellement, c'est que le caractère général des
orages est de présenter une sorte de mala-
die de l'atmosphère ; à certaines époques, on
constate un nombre de plus e.n plus grand
d'orages dans les diverses régions ; tout ce
que l'on pourrait donc annoncer, c'est qu'à
partir de telle date, nous devrons avoir huit
jours d'orages, par exemple ; mais caia ne
peut pas s'appeler de la prévision, M
Et voilà pourquoi votre fille est muette 3
â wvwvvw
AU LUXEMBOURG
Le secrétaire général de la questure du
Sénat prépare, en ce moment, un fort inté-
ressant travail. C'est l'inventaire des com-
mandes et achats faits aux artistes pour la
décoration du Sénat, de 1871 à 1901, par l'ad-
ministration des beaux-arts, véritable revue
par noms d'artistes des efforts faits dana ce
sens, depuis la guerre, par celle administra-
tion. Ce travail, quj, avant rie paraître en vo-
lume, sera publié par une revue spéciale, ne
sera pas, d'ailleurs, une sèche nomenclatu-
re : il contiendra une foule de documents
inédits et d'anecdotes piquantes sur cca
commandes, et formera ainsi un des plus
curieux chapitres de l'histoire artistique de
la troisième République.
-VWVVVVW
CHOSES EN L'AÏR
Endoctriné par les jésuites, certain prïnce
de Sase fait actuellement en Allemagne une
propagande en faveur d'un nouveau dogme.
II s'agit d'établir en article de foi que la
Vierge Marie est montée aux cieux, non pas
en esprit,, sur l'aile de la légende, mais « en-
core vivante et revêtue de la forme humai-
ne ».
Les prêtres allemands reçoivent en ce mo-
ment une élégante circulaire à ce sujet qui
sera débattue au prochain congrès que les
jésuites convoqueront à Fribourg.
Ce dogme s'attache à suivre tes progrès
de la science aérostatique. Jusqu'à présent,
l'Ascension ou l'Assomption n'était que la
fête des a é rouan tes pure et simple ; elle de-
vient celle de la navigation aérienne.
-wvwvvw
ÇA ET LA
Vient de paraître la leçon 46 du Catéchisme ré-
publicain, par MenriÀmoal'CÎ, ingénieur des arts
et mamifemurcs, et Stéphane Surau.
Sommaire ^ Nos ancêtres humains. â Les 5gas
de l'humanité pn»- son industrie. â Critique ds
l'homme tertiaire.
III ILS!rations : La Pierre, le Bronze, le Fer. â
Nombreux documents,
Abonnements Jl 50 leçons. 3 francs. â Les le-
çons parues sont envoyées de suite. â Adminis-
tration, M, ruo Rodier, Paris.
LE MOT D£ LA FIN
Une jeune marquise accablée de vapeurs,
de neurasthénie, de vague a l'âme et d'au-
tres modernismes psychologiques, consulte
son médecin sur le choix d'une localité bal-
néaire.
Le docteur, peu convaincu de ces besoins :
lubrifiants, recommande au hasard un tas
d'eaux minérales»,
â Ah ! soupire la nostalgique poseuse,
quand donc nous trouvera-t-on de l'eau...
delà.
Scaramouche.
L'Anticléricalisme en province
La commune de Loiré (Charente-Infé-
rieure) ne suit pas l'exemple des communes
bas-bretonnantes.
Le maire et les conseillers municipaux ont
estimé qu'ils pouvaient se passer de curé. Il
oe leur a pas semblé indispensable qu'un
monsieur affublé dune jupe noire et d'un
rabat vint, aux frais des contribuables, te-
rnir école de folie en enseignant la féconda-
tion d'une vierge par un pigeon, Charente»ti-
mide plagiée de la légende mythologique
de Léda et de son cygne.
L'évêque de la Rochelle, passant outre, a
nommé un titulaire à la cure de Loiré.
Le conseil municipal a protesté, le maire
a démissionné, mais le curé demeure.
Dans une lettre adressée au sous-préfet,
et animée d'un ferme esprit républicain, le
maire s'exprime ainsi :
îr Nous trouvons le moment mal choisi :
pour cette nomination qui ressemble beau-
coup à une provocation, au lendemain des ;
élections générales où. la commune de Loi-,
ré a cru si bien faire son devoir, et je ne ,
voudrais pas assurer que, si les choses se
passent comme le curé de Néré la désire
(car o'est lui qui a mené toute cette campa-
gne dans ce but), il n'y ait pas dorénavant
un changement considérable dans l'attitude
des électeurs de la commune. »
Les fanatiques qui, indifférents à toute ;
idée de progrès, revendiquent comme les
chouans do Charette, le droit de conserver ;
dans les écoles les mystificateurs reli-;
gieux, feraient bien de prendre exemple sur
les citoyens de Loiré.
B. T.
LA SOLUTION
Les ennemis-nes fle la République en-
tratiennent on Bretagne u-ne agitation h
laquelle il faut, coûte que coûte, mettre
fin.
J'estime qu'à bref délai ce sera chose
faite, si le président du Conseil e,st reste
l'homme de courage et de résolution que,
jusqu'ici, nous avons connu.
Les soeurs récalcitrantes ont, toutes,
fait voeu d'obéissance passive entre les
mains de la supérieure de leur congréga-
tion.
C'est sur l'ordre da cette supérieure
qu'elles occupent leur emploi, o'est sur
son ordre qu'elles y renoncent.
Or, toutes les soeurs do Bretagne ap-
partiennent à la Congrégation des Filles
du Saint-esprit de Saint-Brieuc Com-
ment donc M. Combes ne s'est-il pas en-
core avisé de frapper à la tete? Pourquoi,
sous peine d» dissolution et d'expulsion
immédiates, n'a-t-il pas depuis long-
temps sommé la maison-mère de mettre
(In au scandale qui discrédita la Répu-
blique et trouble le pays, à la grande joie
de toutes les réactions ?
C'était, ce me semble, .tout indiqué.
Qu'il en finisse donc. 11 n'y a plus de
temps à perdre. Aller plus loin dans
l'atermoiement équivaudrait à une trahi-
son.
ERNEST VAUGHAN.
LIRE PLUS LOIN
Les Congrégations. â Justice militaire,
Danval à Paris
REFUS D'OBÉISSANCE
H y a dix ans, le capitaine de cavalerie
Gustave Nercy,' ayant, au cours d'une grève,
déclaré publiquement que le rôle des mili tai-
res n'était pas d'égorger des ouvriers, fut
chassé de l'armée malgré de fort beaux états
de service.
Le lieutenant-colonel de Saint-Rémy, qui a
donné à un refus de nature différente le ca-
ractère d'une protestation cléricale, sera trai-
té moins rigoureusement par le conseil de
guerre, puisque cet officier supérieur va,
nous dit-on, être déféré à cette juridiction.
Les conseils de guerre, o'est chose enten-
due, ne doivent sévir que contre les fils du
peuple, les gauvres hères dénués de particule
et de galons, que l'autoritarisme brutal d'un
chef aura exaspérés,poussés à un geste de ré-
volte.
Qu'importent que ceux-là crèvent dans l'en-
fer de Bitibi 1
Pour sauver le lieutenant-colonel de Saint-
Rémy des conséquences de son acte, mieux
que cela, pour lui préparer un acquittement
triomphal, déjà les grands chef militaires s'a-
gitent. Dé son côté le général de Galiffet,in-
terrogé par le Gaulois, vient d'adresser à M.
Arthur Meyer la lettre suivante :
Aux Ghamps, 11 août 1902.
Monsieur le directeur,
Je ne puis répondre à la question que vous me
posez, â jo ne sais rien de ce qui est reproché
au lieutenant-colonel de Saint-Rémy,
En 1880. je crois. Je ne me souviens pas de ta
date, le général de Soriis commandait, sous mes
ordres, la 17* division d'infanterie, à Château-
roux.
La veille du jour fixé pour t'exécutlon des dé-
crets, îe général de Sonis vint à Tours, se pré-
senta à moi. et me remit sa démission pour être !
transmise au ministre, ne voulant pàs participer
4 l'exécution, ni émpôdher ses troupes d'obéir ;
aux ordres du gouvernement.
M. Gambette, bien inspiré, intervint â le gou- '
vernement n'accepta que la démission de 1 em-
ploi
Peu de temps après, le générai de Sonis était
nommé inspecteur général permanent de cava-
lerie en résidence 1à Limoges â¢; on pensa alors,
a ver; raison, que l'on ne -pouvait punir l'Illustre
soldat qui avait'su .rester à la fois chrétien et
discipliné.
. Croyez, monsieur le directeur, à mes sentiments
distingués.
Général DE GALLIFFET.
De la lettre môme adressée par le vieux
fusillepr, à l'ancien secrétaire de Blanche
d'Anligny, il résulte que l'affaire du lieute-
nant-colonel de Saint-Rémy n'est comparable
en rien au cas du général de Sonis.
Le général de Sonis avait remis sa démis-
sion avant l'exécution des décrets, ce qui
prouve bien qu'il ne se reconnaissait pas ïe
droit de désobéir à un ordre après que ceiui-ct
lui aurait été donné.
Le lieutenant-colonel, de Saint-Rémy n'a
donné aucune démission et a refusé d'exécu-
ter l'ordre de son supérieur le général Fru-
ter.
Cela fait une sensible différence.
C'est le général de Gniliffct qui, lui-même,
est obligé de le constater. On ne comprend
guère comment le journal où brille M. Poi-
lonnais a pu s'emparer de semblable lettre
pour la donner à l'appui de la thèse cléricale.
Th.
les Pupilles du Vooruit
L'arrivée à Paris. â Le banquet. â Les
discours. â La promenade. âLa iête de
la Coopération des idées.
Onze heures, du matin. Le train-de Lille
entre en gare. Aux portières d an wagon»
c'est un fourmillement de têtes blondes. A
peine le train a-t-il stoppé qu'une; cinquan-
taine d adolescents,, jeunes garçons et jeune*
filles, dont te pdus agê & quatorze ans, alors
que le plus jeune compte a peine une dizai-
ne de printemps, sont déjà sur le quaj. Et
c'est merveille de les voir se grouper, sans
que les citoyennes et les citoyens qui LUS con-
duisent aient besoin UIntervenir. Les voila
tous réunis autour de 'eur bannière, sur la-
quelle sont inscrits ces mots : Cent. VVel-
kunsders, l&W. . .
Ils sont là une trentaine, tous uruforav»
â ment vécus d un costume bleu marine, sim-
ple et commode, coiffés d'un béret de même
nuance orné d'une grande plume range, et
cravatés d'écarlate. Tous portent ile manteau
en sautdir ,et ont au côté la musette de
voyage.
bur le quai, des amis les attendent; c'est
d abond M. G. Seailles, aui conduisit a
Bruxelles la caravane des lî. P. ; le poète
Maurice liouchor, Alépée. Chnrbonnel, délé-
gué par la Raison et les sociétés de libre pen-
sée ; Piequenard, des y. P. ; E' May, Kos-
ziuslco, docteur Bertrand, Mme Bertrand,
les citoyennes E .Renaud, Bonnevial, etc«
délégués du comité interfédéral, et quejl
ques membres des groupes socialistes et d*
libre pensée.
Pas assez cependant. H y aurait nu
avoir foule à la gare, pour faire cortège ù
nos Jeunes amis, et a peine si l'on comp-
tait une trentaine de personnes. Décidé-
ment, nous ne savons pas, en France,
donner suffisamment d'ampleur à. nos ré-
ceptions. Toutefois,au nom du G. S., le ci-
toyen ' Rebens, délicate attention, offre aux
pupilles une magnifique gerbe de roses.
Au banquet
Le temps est affreux. Il tombe, sans dis-
continuer, depuis une heure, une pluie fi-
ne et pénétrante. Cela «^arrête point nos
jeunes visiteurs qui paraissent intrépides.
Ils sont, du reste, resplendissants de santé
et de joie, Des figures pleines, des jambes
musclées, un teint rose et clair, on a plai-
sir à les contempler. Quelles tristes figures
font, à côté d'eux, noa bambins parisiens
qui les regardent défiler.
Au pas allongé, on descend le boulevard
Magcûta, et, par les boulevards de Stras-
bourg et Bonne-Nouvelle, on gagne le café
de la Terrasse, où doit avoir lieu le ban-
quet, dans les locaux de l'Union Amicale de
Solidarité.
A peine entrés, les Enfants du Vooruil se
rangent autour du citoyen BogaerU qui con-
duit cette gentille caravane, bit comme bien-
venue, ils nous chantent la MarseTUmse de
la Paix :
Plus d'armes, citoyens,
Rompez vos bataillons,
Ohantez, chantons,
Et que la paix féconde les sillons.
Allons, en voila au moins qui ne sont pas
élevés dans les idées militaristes 1
je vous laisse a penser si ces jeunes appé-
tits firent honneur au substantiel repas qu on
leur servit. J'avais à mes côtés un bon gros
garçonnet, dune douzaine d'ans, Pierre Do-
belaere, qui ne parlait point français, mais
remplaçait la conversation absente par un
solide coup de fourchette.
Au dessert, nous fûmes régalés de quel-
ques cnceurs fort bien enlevés, parmi les-
quels une gracieuse tyrolienne et le Chant
de L'Avenir, qu'une des citoyennes gantoises
accompagnait au piano.
Puis ce fut Maurice Bouchor qui nous dit,
de sa voix chaude, l'histoire du Grain de Blé;
Charoonnel, qui chanta : Comment nos cti-
tanls prieront Dieu ; la citoyenne Sceaux, de
l'U. P. de Levallois, qui chanta la Marianne,
dont tous ces bambins reprenaient te re-
frain, car ils savent tous les chants proléta-
riens, ces gracieux enfants. EL, pour termi-
ner, ie citoyen Nrtoux nous dit sa : Syndicale.
A l'heure des toasts que l'on fit très courts,
M. Gabriel seaitles, en quelqes mots très
heureux, llxa le sens du voyage.
c« Si vous trouvez ici des amis, dans celte
grande ville, vous devez cela à l'effort do
vos parents, qui ont tait tous leurs efforts
pour unir les citoyens des divers peuples.
Vous ferez de même. Vous travaillerez en-
semble à l'oeuvre de paix, de concorde et de
fraternité qu'ils ont ébauchée ».
Et il termine en envoyant un souvenir
amical a Anseole, le fondateur du Vooruil.
Bogaert répond qu'en créant des organisa-
tions d'enfants, les Gantois ont surtout voulu
créer les germes des relations internationa-
le?. Nos enfants apprennent à connaître leurs
amis des pays voisins, les vôtres viendront
f.hcz nous. Et quand tant de mains se seront
jointes, je défie bien n'importe quel potentat
de lancer ces eniants, devenus hommes,
dans des guerres fratricides.
Encore un choeur : l'Internationale, et nous
voitâ tous grimpés dans d'immenses breacks,
en route
Pour visiter la capitale
Par les grands 'boulevards, nous gagnons
la Madeleine, puis la Concorde et Notre-Da-
me que l'on descend visiter. Au Panthéon,
nouvelle visite. En sortant, les organisateurs
distribuent le goûter des enfants : petits
pains, croissants, friandises, et l'on gagne
le Luxembourg, où il est fait une abondante
consommation de coco. On voulait les réga-
ler d'une représentation- & Guignol ; Mal-
chance, Guignol a baissé son rideau, il y a
relâche.
A la sortie du Luxembourg, nous retrou,
vons les voitures qui nous promènent en-
core une bonne heure dans 'Paris, après quot
on rentre a l'Etoile Bleue, rue du Parc-
Roy a! .restaurant de tempérance, où un dî-
ner est préparé.
A huit heures, le repas pris, ia caravanâi
se met en route ver» le faubourg Saint-**»-
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