Titre : L'Univers
Éditeur : L'Univers (Paris)
Date d'édition : 1913-01-02
Contributeur : Veuillot, Louis (1813-1883). Rédacteur
Contributeur : Veuillot, Pierre (1859-1907). Rédacteur
Contributeur : Veuillot, François (1870-1952). Rédacteur
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb34520232c
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 02 janvier 1913 02 janvier 1913
Description : 1913/01/02 (Numéro 15845)-1913/01/03. 1913/01/02 (Numéro 15845)-1913/01/03.
Description : Note : un seul numéro pour jeudi et vendredi. Note : un seul numéro pour jeudi et vendredi.
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Description : Collection numérique : BIPFPIG44 Collection numérique : BIPFPIG44
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k714979c
Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 06/02/2011
JEUDI 3 & VENDREDI 3 JANVIER 1913
Quatre-vingtième année. — 15.845.
JEUDI 3 & VENDREDI 3 JANVIER 1913
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DIEU PROTÈGE LA FRAHCE1
Xa àiilieu det fictions d» tout» espieà vous n'appartenant
-- t %a'à l'Église et à la Patrie.
' :%i " * Louis- VEUILLOT : Programmé 4e l'Owiver* (1843)
ADHEVISTRATIOI & RÉDACTKfô :
î 19, ros «les Saints-Pères (VS* arrond')
DÉPÔT A ROME î s», piacb cb la JiffiESTt
X" nunwtcrilt non in**rês ne tml pat rendit
ANNONCES
AUX BUREAUX DU J0U3NAL
09, rue des Solnts-Péres
ET SOCIÉTÉ DE PUBLICITÉ RELIOIEU33
6, place do la Bourse
TÉLÉPHONE 751-55
SOMMAIRE
C e oui meurt . — Prançois Veuillot.
L a politique espagnole . — Louis Romain.
L es vœox de bonne année . —Arthur Loth.
Au jour le jour : Trente ans après. —J. Man-
tenay.
L'A nnée militaire 1912. — r Général Bourelly,
L a cessation partielle du service français a la
gare de Genève . — H.-G-. Fromm.
F euilleton : Chronique littéraire : « Au Pays des
Lys noirs. » — J.Calvet.
L a vie religieuse : Du déclassement social par I e
moyen de l'instruction. — Joseph Pie.
Etranger : L'Inde qui se modernise. — Vin
cent Lamoré.
PARIS, Z JANVIER 1913
Ce qui meurt
Voici quelques'jours,' M. Bérenger,
■de VAction, précisant les conditions
qu'il fallait exiger du successeur éven
tuel de M. Fallières, stipulait qu'on lui
■devrait demander notamment une op
position irréductible îi tout rapproche
ment avec le Saint-Siège. Cette inquié
tude irritée n'est pas pour nous dé
plaire. D'abord, M. Bérenger- n'a pas
êié très heureux jusqu'ici dans son
rôle de Warwick présidentiel. Il est de
ceux qui voulaient un candidat pure-
'lïirrn radical et qui auraient souhaité
quo ia réunion préparatoire ne fût ou
vert*. 1 qu'aux membres du parti. Or, le
candidat- purement radical devient un
■personnage déplus en plus chimérique
et, si ravant-'congrès' se tient, il devra,
sous peine d'impuissance, accueillir des
socialistes et des' modérés. Encore n'est-
il pas sûr -que cette infusion de sang
étranger.lui communique une vie beau
coup plus active. En second lieu, la
répudiation de toute reprise diplomati
que avec le Vatican fût-elle imposée à
l'élu de-Versailles, cette précaution ne
démontrerait qu'une chose : c'est que
les radicaux ne considèrent plus unie
.pareille.- r éventu alit é.. . comme irréalisa
ble: Partant, leur veto se révélerait «ans
force, â l'heure précise et dans -la me
sure même où ils jugeraient nécessaire
d de la Séparation croient opportun de
renouer avec Rome, que pèsera, eu sup
posant qu'elle ose se manifester, la vo
lonté contraire du chef de l'Etat?
En somme, à .vouloir témoigner un
excès de prudence, le directeur de Y Ac
tion a commis une maladresse. Après
ia récente intervention de M. Deloncle,
il nous procure un*indice nouveau de
!a sourde réaction qui se produit, jus
3ue dans les milieux libres penseurs,
contre la rupture totale avec le Souve
rain Pontife. Oh! sans doute, il est à
présumer que nous sommes encore loin
d'un.8 réconciliation. Mais ce revire
ment n'apparaît déjà plus comme une
invraisemblance. Il se rencontre, parmi
les anticléricaux, des esprits mesurés et
clairvoyants, qui reconnaissent que la
République a commis une faute, une
faute nationale, en se supprimant tout
moyen de causer avec le Pape. Jusque
dans leur obstination rageuse à mainte
nir cette erreur, on distingue comme
une secrète envie de la rép.arer.-Par
une singulière complexité de sentiments,
ils semblent avoir peur d'en , avoir le
courage. '
C'est égal, eût-on supposé, il y a sept
ans, quand M. Loubet, après avoir lo
giquement couronné sa triste présidence
en signant la Séparation, cédait le fau
teuil à M. Fallières, eût-on supposé que
les séparatistes éprouveraient le besoin
de prémunir le successeur de M. Fal
lières contre toute velléité de rappro
chement avec Rome ? La lourde et ingé
nieuse machine, si passionnément prépa
rée par M. Combes et- si -perfidement
mise en train par M. Briand, commen
cerait-elle donc à se lézarder? Peuirêtre!
En tout cas, ses rouages grincent et de-
lontains craquements se mêlenten sour
dine au ronflement du moteur. Que les
catholiques de France aient seulement
la foxee-de vivre, et ils verront la fin
de''leurs persécuteurs.
Et les catholiques de. France ont quel
que chose de plus que la force de vivre..
En . face de cette humeur fiévreuse et
alarmée qui commence à saisir nos ad
versaires, il est réconfortant, au seuil
de l'an nouveau, de contempler !»-Con
fiance et l'entrahi qui' soulèvent nos
amis. C'est trop peu, pour les catholi
ques de France, d'assurer la vie de
l'Eglise : ils veulent affermir ses forces
et développer ses conquêtes. On les sent
animés d'une merveilleuse puissance de
cohésion et d'épanouissement. Sous le
feu de l'ennemi, dans les étreintes de la
misère, à travers les embûches et les
obstacles d'une légalité tyrannique, ils
poursuivent un travail de' reconstitution
dont l'histoire offre assurément peu
d'exmples. Ils se reforment en pleine-
bataille, ils rebâtissent au milieu des
décombres, ils réorganisent au sein de
l 'anarchie.
Sans doute, on ne doit pas fermer les"
yeux sur les détresses que la Séparation
a semées dans nos rangs, ni sur les pers
pectives angoissantes., qu'elle ouvre en
core devant nos pas. Sans doute, il s'en
faut que nos efforts aient tari chez nous
toutes les sources de désordre et qu'ils
puissent, endiguer autour de nous tous
les débordements du mal. Mais, pour
apprécier les résultats obtenus, c'est aux
coups qui nous ont frappés qu'il faut
mesurer la valeur de nos résistances ;
c'est aux espoirs que la secte avait nour
ris, qu'il faut comparer les déceptions
que nous lui avons fait subir.
En abattant l 'organisation séculaire
où l'Eglise de France avait pris coutume
de s'abriter, en .la dépouillant de tout
son patrimoine, en la réduisant à l'im
possibilité d'acquérir des propriétés
nouvelles et de s'établir sur un terrain
ferme et légal, la- franc-maçonnerie
comptait bien porter un coup mortel à
la puissance •religieuse. Ellense promet
tait au moins de l'affaiblir et de la para
lyser pour longtemps. Or, s'il y a quel
que chose qui meurt en notre pays, ce;
n'est pas l 'idée Gatholique, c'est l 'anti
cléricalisme étroit, fanatique et brutal.
Il garde encore certaines apparences et
même certains 'mouvements de vie.
Peut-être aura-tril, avant de périr, des
soubresauts terribles et qui nous bles
seront. Mais il est atteint aux sources
de l'existence ; il a manifestement perau
cette fougue et cet élan qui le portaient
aux conquêtes et cette puissance d'at
traction qui lui ralliait les foules aveu
glées.
• L'Eglise, au contraire, a puisé dans la
persécution un renoTTveau d'ardeur et-
de vitalité: Quelles que soient les diffi
cultés, les douleurs et les oppressions
qu'elle ait encore à subir, elle sent dans
les profondeurs de son être une poussée
de résurrection. Nous ne devons pas ces
ser de nous tenir prêts à tous les com
bats ; mais nous avons le droit de con
cevoir toutes les espérances .1
François Veuillot .
La politique espagnols
De graves nouvelles arrivent d'Es
pagne : M. Maura abandonne la
politique el il va être suivi dans sa
retraite par tous les conservateurs
du Parlement. Il serait plus exact d'écrire
que le grand homme d'Etat espagnol accom
plit un acte de haute politique... Il Ji'a pas
ménagé ses avis à la couronne ; il a montré
maintes fois au roi le danger que sa faiblesse
faisait courir à la monarchie, mais ce fut
en vain. Alphonse XIII glisse de plus en
plus vers les libéraux et, par eux, vers les
républicains. Dans la récente crise ministé
rielle, ouverte par la mort tragique du mal
faisant Canalejas, il ne daigna pas même
consulter son plus fidèle serviteur, l'homme
le plus habile et le plus ferme de l'Espagne.
L'intransigeance d'un tel royaliste, d'un tel
Espagnol paraît gênante, importune. Aussi,
M. Maura s'en va-t-iï sans en informer tout
d'abord Alphonse XIII. C'est un avertisse
ment solennel, une haute leçon de politique,
dont profitera; nous l'espérons, lajrouronne
d'Espagne, de plus en: plus prisonnière des
faibles et; des factieux qui la conduisent à
sa perte.
L'abandon de Franco par la dynastie por
tugaise eut pour conséquence une révolution
et l'établissement d'une république sectaire.
C'était pourtant une leçon précieuse pour
le trône menacé.
Alphonse XIII n'en profita pas. Il avait
-besoin de son Franco; Maura en était un
bien supérieur. Il lui' préféra Canalejas, qui
n'avait la confiance et l'estime de personne
et qui durait parce qu'il ne faisait ni assez
de mal ni assez de bien. Et aujourd'hui, le
roi lui préfère encore Romanones ! C'est une.
lourde faute.
On comprend, que M. Maura, impuissant
à s'imposer, se retire du Parlement pour ne
point participer à la chute de la monarchie
et à la ruine de l'Espagne. C'est, d'ailleurs,
l'unique moyen qui lui reste pour conseiller-
le salut du roi. Quand les hommes de cœur et
de devoir ont épuisé les arguments auprès
-des aveugles, des entêtés ou des faibles, fi
ne leur reste-qu'à s'en aller...
Les libéi'aux et les républicains espa
gnols chantent victoire. En Flraince, VHu
manité'et ses pareils triomphent en cou
vrant de sottises M. Maura. A Madrid, on.
a. même vu ce spectacle peu 'banal dans;
un grand meeting où paradaient - MM. -
SorrlauK), Iglesia et Alvarez, on entendit
tes ennemis du- trône reprocher violem
ment à M. Maura d'avoir manqué de res
pect au roi
' • Alphonse XIII sera sans doute surpris-
de trouver de pareils .défenseurs. Et les
cris de haine et de joie qui :saluen4' la-re
traite de son -ancien ministre lui ouvri-
jront neut-êire lefe .yeux. \
" Nous sommes, d'ailleurs, convaincu que
le geste de M.' Maura ne réjouit «point les"
libéraux et tes républicains autant qu'ils le
prétendent. Il entravera plus facilement
leur œuvre qu'une inaction forcée ou une
lutte inégale au sein des Gortès. C'est un
geste décisif qui ■ éclairera la. Couronne, à
moins qu'Alphonse XIII ne s'abandonne
sans espoir à ses pires ennemis...
M. Maura est l'homme le plus détesté et
te plus aimé de l'Esipagne. Mais ceux, qui
le baissent l'ont en profonde estime.Le plus
grand éloge que nous ayons entendu de
ses qualités d'homme d'Etat, de son cou
rage, de son inteilligence, de sa droiture,
nous ; a été fait pair le député républicain
de Valence,M. Assati,qui a passé l'été dans
une station .thermale de l'Auvergne, ne
pouvant rentrer en Espagne sans se faire
emprisonner comme antimilitariste...
M. Aissati protestait, d'ailleurs, contre
l'accusation dont il se déclarait victime.
Il considérait M. Cam.alej.as comme un mé
diocre sans conviction, trahissant. Le roi
et tous les partis. Il admirait beaucoup
notre Poinearé national. Sa .politique est
la mienne, nous disait-il. Cela n'empêcha
pas Y Humanité - de donner son .portrait et
de faire son éloge comme l'un des siens...
Le député de Valence trouvait Romanones
inférieur^ Canalejas.
Louis Romain.
Ites vœux de bonne année
ROME
et le monde eatholictue
Audiences pontificales. —. Ont été reçus
le dimanche 29 -décembre -: P. Pacifique dio
Seggiano-,général des Capucins ; P. Meyer,
général'des Missionnaires du Sacré-Cœur;
Mgr Bartolmi, vicaire général de Tropea ;
Mgr de Marcy ; comtesse Rignon, née Ro-
.bilant ; le corps diplomatique accrédité
près le Saint-Siège.
— Ont été reçus le lundi 30 décembre :
P. Pacifique Monza, général des Francis
cains ; P. François Dali Ollo, général des
Conventuels ; eornm. Galli, directeur des
musées pontificaux ; le grand maître de
l'Ordre de Malte, avec les membres du
Conseil de l'Ordre.-
Rome. — La messe soléinnélle qui sera
chantée par le Pape à Saint-Pierre aura
lieu à, la Pentecôte et non pas à Pâques
(comme on l'avait annoncé), car à Pâques
J'épiscopat et tout le clergé sont très oceu-,
pés ministration des Sacrements.
Italie. — On déclare au moins prématu
rée la nouvelle de la nomination de Mgr
Musera comme administrateur apostolique
de Gênes.
— L'Osservatore. romano publie un nou
veau statut die l'Union populaire des ca
tholiques italiens. Les organes de l'Union
sont, les groupes paroissiaux, les-sections
diocésaines, le conseil directif et le secré
tariat général. Le bureau central actuel
est dissous. :
■ Espagne;-.-^: Le monde politique est oc
cupé de polémiques sur la constitution !
d'un nouveau parti qui assure « un régime
libéral et une administration honnête ».
Cela sert médiocrement la littérature, et
augmente le gâchis de la politique. On
fait des vœux pour que les catholiques es
pagnols ne ,se laissent pas prendre à ces
jeux de hasard.
Allemagne. — Dans les élections pour
les « fabriques » ecclésiastiques, qui se
sont faites cette année, pour la première
fois, selon, la nouvelle loi. les candidats
des partis libéraux et socialistes qui, dans
ce but, s'étaient liés entre eux contre le
Centre ont remporté l'avantage en beau
coup d'endroits.
Turquie. ■— Mahomed Paclia Chéri,i, pré
sident du Croissant-Rouge égyptien, vient
de réunir les personnages les plus impor
tants du monde mahométan de Conslantino-
ple, pour leur proposer la fondation d'une
société islamique, ayant pour but la régéné
ration «. intellectuelle » de l'islamisme. La
réunion a acclamé le projet, -évidemment
maçonnique.
Arméniens. — Le fameux » Conseil ad
ministratif » {rebelle au patriarche légitime
Mgr Azarian, et par conséquent excommu
nié) de la Communauté arménienne-catholi-
que.recoraiu par le gouvernement jeune-turc
à la suite d'un contrat de corruption élec
torale, vient-de déclarer-nul (!) le décret- du
patriarche catholique adoptant le calendrier
grégorien pour les Arméniens catholiques.
Le fameux « Conseil administratif » dé.ciare
que Mgr Azarian ne compte plus pour rien,
parce que le gouvernement turc l'a destitué,
et puis parce que l'adoption du calendrier
grégorien est une question civile (et électo
rale.?)., ......
Chine. — Le catholicisme, en Chine, pro
gresse lentement mais continuellement.
Voici la statistique qu'on vient de publier du
vicariat apostolique" du Chantung méridio
nal confié à. la Société du Divin Verbe de
SteyL. Les chiffres .entre parenthèses se ré
fèrent à l'état de. choses d'il y a dix ans :
catholiques baptisés, 69.756 (17.654) ; ca
téchumènes, 52.506 (26.892) ; églises 17 (5) ;
chapelles, 186; (94) ; oratoires, 1.357 (316);
missionnaires européens, 65 (35) ; prêtres in--
digènés, 12 (10); convers. 12 (9); sœurs,4-0 (6),
catéchistes, 1 .271 (300) ; séminaristes, 78 (46).
La mission maintient , encore. 7- collèges,'
-81 écoles primaires et'284 écoles de catéchis
me avec un ensemble de 5.3-71 élèves ; en
' outre-dans les écoles d'hiver furent instruits
2,116 enfants. Les deux hôpitaux et les qua
tre pharmacies soignaient dans l'année der
nière environ 51.000 malades, 4.832 énfants
de^parents" païens furent baptisés. Le nom
bre des chrétiens est d'environ 2.000 tandis
qu'il y a 30 ans,, dans le viedri-at, existaient
a peine 158 catholiques. . - - - >
Hollande,— Le nouveau parti chrétien-
social'vient de fonder deux sections à Gro-
ningueet à Gendringen.
• ; A. I. R.
Erratum.. — Japon. —- 11 n'y a pas
de- couvent . de : Carmes -à Tokyo, ni
au; îapon. .L'alinéa- aurait une teinte-de-
vérité si,; au lieu, de Couvent des- Car*,
mes,' il. y avait; été pa®lé du monastère
des PP. ■ Trappistes de Notre-Dame du
Phaire, diocèse de Hakodate, qui est connu
dans tout, le Japon et où nombre de visi
teurs -dislingu.és . (ministres- d'Etat, .dépu-
Jtps, sénateurs-, journalistes, pTofesiseurs
et simples curieux) se remdent ^jendant les
mois d'été, — et où aussi il y a parmi les
■.po-stuilants, un bonze venu des Iles du Sud-
Ouest. — Sur le terrain du monastère, est
en train de se former un village, catholi
que'comptant .une quinzaine de familles,
t — .converties par la prédication et surtout
par les bons exemples des moines cister
ciens. — Un abonné de V « univebs ». .
Il y a peu d'occasions die mieux consta
ter. combien la laïcisation a pénétré
notre société, qu'un- jour comme celui du
Premier de l'An, qui met en mouvement
toute la population et la montre en ac
tion. Dans tout le pays, des vœux die bon
ne année ont été échangés, des vœux
« sincères », « sympathiques », « empres
sés ». Oh i certainement, ils l'étaient,
beaucoup du moins d'entre eux, mais de
quelle manière, avec quelle signification ?
Tout cela a été jeté en l'air, et est retom
bé sur le sol comme,dans les jours de car
naval, la pluie dle confetti que les ba
layeurs, lei lendemain, poussent à l'égout.
Car, que sont ces .vœux qu'on se fait
l'un à l'autre, fussent-ils les plus sincères,
sinon de vaines formules, s'ils ne sont pas
inspirés par l'esprit de' foi et accompagnés
de prière? C'est .à Dieu seul, en effet, que
l'on peut adresser les vûeux que l'on for
me pour ses parents et' ses amis, car c'est
-lui seul qui peut les exaucer. - ^
Les chrétiens • ont soin do., penser, la
verïfc du jour de l'An, aux vœux qu'ils for
meront, «n grand nombre, le lendemain;,
pour les uns et les autres et de les élever
vers Dieu, avant d'aller les porter aux
hommes, et le soir, ceux, du moins, qui
prient sérieusement, ne manquent pas de
demander au Père tout-puissant du Ciel
de consacrer leurs souhaits de santé pt de
bonheur qu'ils ont adressés aux personnes
de leur parenté ou de leur connaissance.
Autrefois, la formule même des vœux
était marquée du sceau de la religion. On
se (souhaitait une -bonne 'année, avec le
paradis à la fin de ses jours. Cette naïve :
et .pieuse formule a presque entièrement
disparu de l'.usage, et c'est bien un signe
de notre laïcisation sociale que l'abandon
où elle est.tombée.
La. religion n'a .presque plus de place
dans la vie contemporaine. On en a sup
primé tous les signes, toutes les marques
extérieures. L'homme moderne ne prie
plus, ne s'agenouille plus, si ce n'est dans
les'houdoirs et les coulisses de théâtre. Il
met son- point d'honneur à ne plus paraître
s'înelîner devant Dieu; il ne porte pas ses
vues plus haut .qu-e l'animal, dont il ac
cepte très bien de descendre, et auquel, il
■n'a point honte de 'ressembler. Y â-t-il rien
qtïâ' dr3ifthe -une .pl ua basse idée de l'homme
que de voir, dans les restaurants publics,
les mangeurs sp, jeter en commun sur.
teufs-fissiettes, sans la .moindre pensée
pour le Créateur, de qui ils tiennent la
nourriture et .la boisson, — à la manière,
d.as, -amimaux qui se ruent sur le râtelier
ou broutent à pleines dents le pré ?
Qu'ils sont loin de nous les temps chré
tiens, dont toutes nos anciennes institu
tions et toutes nos vieilles coutumes por
tent si profondément l'empreinte ! Sans al
ler chercher les cloîtres et les séminaires,
il suffit de regarder quelqu'un de ces ta
bleaux d'une intensité d'expression si
émouvante, comme le Benedicite de Char
din ou Y Angélus .de Millet, pour apprécier
toute la différence qu'il- y a entre une so
ciété chrétienne, aux mœurs douces et
pieuses, et une société -animale comme la
jnôtre, d'où toute religion extérieure est
«absente.
Il est .triste de penser que tant de. ces
vtogux, qui ont été échangés hier, seront
perdus, parce qu'ils n'auront .pas été vivi
fiés par une-intention religieuse. On- a trop
oublié, que le même Dieu qui fait luire-
son. saleil et verse la.-pluie sur les champs
poul ies fécondei*. est aussi celui qui don
ne. àux vœux des hommes leur eSi-ei. Sanit;-
bonheur, paix, tout dépend de lui. L'impie
laïcisation a pu le faire' oublier, mais n'a
pas supprimé son pouvoir.
Qrtfen &era-t-il, sans lui, à la fin ^de l'an
née, 'de tous les vœ/ux qu'on s'est fait- mu
tuellement, ' hier, coanme si- l'on avait p;u
se passer de les lui confier •■? Ne le cher
chons pas d'avance. Dieu est maître de
tout.' Constatons seulement, que les. choses
iraient certainement mieux. pour chacun
et pour tous,. avec la part inévitable d'é--
preuves terrestres, si l'on se souhaitait en-.
cor-e la bonne année, avec, le paradis" à..la
fin dé -ses jours, si l'on disait encore l'An- '
gelas dans les rues et les champs, et le
Benedicite à la table de famille et dans
les rëst'auir.ants. 'Qu'il, en Tedevienne• ainsL
pour la France ! C'est le.meilleur souhait,
national de bonne aimée.
Arthur Loth.
&UJT JOU7{ JT oC J j?Uc%€
M. Fallières a fait sa dernière visite of
ficielle hier.
- -^o— ■ ...
Le Conseil municipal a voté samedi, le
budget de la Ville de Paris.
Hier, à la Conférence de lâ Paix, Rechid
Pacha a fait d'importantes déclarations.
Les Turcs acceptent l'abandon de cer
tains territoires, mais refusent toute en-
tente-pour le vilayet d'Andrinople et pour
les iles. de la mer Egée.
."!;■■ .—io_
En Espagne, la stupéfaction est grande.
NI. Mjaurra, chef du parti conservateur, a
donné sa. démisssion de député, ainsi que
toute !a droite.
Cette démission est un coup rude porté
à la politique des libéraux présidés par M.
de Romanonee, successeur de M. Canale
jas..
Éehos
Au pays du mufle
Tous les souverains et chefs d'Etat des
pays civilisés ont adressé au Souverain
Pontife leurs vœux ©t félicitations ; parmi
eux : le Sultan, le roi de Norvège, celui
die Monténégro.
Seule la France officielle ignore le
Pape... .
La gabegie
Le rapporteur du budget municipal
■donne des chiffres intéressants : dépenses
ordinaires, 411.497.579 francs ; extraordi
naires, 1.359.000 francs ; fonds sipéiciaux,
39.227.750 francs. Soit 452.084.429 francs de
dépenses.
Ainsi le budget de Paris dépasse-t-il ce
lui du Danemark, de la Grèce, du Monté
négro, de la Bulgarie, de la Serbie, de la
Suisse, de la Norvège... ^ s
II y a, daîns le rapport,' quelques détails,
typiques : .un poêle- d'école nous coûte
-360 francs et son entretien revient à 80 fr.
par an. - . .
Dans une autre école, on pose une son
nette': coût, 365 (francs ; dans une troi
sième école, on met un cordon de tirage
à une sonnette, ci : 205 francs.
C'est pour rien.
Exploits de juifs
L'envoyé spécial du Petit Marseillais à
Constantinople rolate les faits suivants :
Les israélites du- grand-bazar enragent —
mais ils ne se d-écouraient pas... Ne pouvant
se débarrasser des rélùgiés, ils en ont fait
des clients. Le. paysan-de la Ttirace a de l'ar
gent. Il est plus ..fortuné que celui de la Ma
cédoine.- Le-s plus riches, en quittant leur
terre, ont emporté 300 ou 400 livres turques.
A ceux-là, les juifs du bazar ont essayé de
vendre leur camelote... Ça n'a pas pris...
Alors, ■ ils ee sont faits courtiers de compa
gnies de navigation. Ils leur ont vendu —
en les faisant surpayer, bien entendu — des
billets .de passage pour l'Asie-Mineure, pour
eux, leur famille, leur troupeau, leur char,
leurs buffles... Les bons paysans, qui ne sa
vent pas, se laissent faire — et l'israélite ga
gne sa commission... et le reste...
Les plus pauvres réfugiés ont un.peu d'or,
leurs moutons et leurs bœufs...
— Que vas-tu faire de ce bétail ? On peut te
lg prendre en route. Ça peut mourir... Tu en
achèteras d'autres, là-bas. Vends-moi tes trou
peaux... L'or ne perd pas de sa valeur...
Et ii se fait ainsi des marchés odieux.
P&rtout lçp,mêmes, les bons juifs. j
- - La crise du français
• Un agent recueille, sous cette forme, la
plainte d'un ami des bêtes :
M. X... vient ee plaindre, au poste, qu'un
consommateur a frappé d'un coup de four
chette au ventre son chien, alors qu'il était
entré au café pour boire avec des amis.
Si les chiens se mettent aussi à aller au
café ! -
Les gaietés de l'annonce
Paru dans une feuille' du Midi :
On désirerait trouver un âne pour femme
neurasthénique. S'adresser à M. L..., à Aniane
(Hérault).. -
monville.
Au jour le jour
Trente uns après
Le 1" janvier 4883, Paris apprenait la
mort de Gambetta, qui avait expiré la
veille au-soir aux Jardies. La sensation,
fut vive. 'Beaucoup de braves gens, qui
persistaient à considérer Rormie sn-
îiov c comvu; l homme de id tcïjciticiis
on ignorait alors ses négociations avec le
comte de lXmnesmarch, agent de M.
de Bismarck — furent émus.
On lisait dans la plupart des' journaux
gouvernementaux de longues apothéoses.
Toutefois, plusieurs feuilles de gauche ne
pleuraient qu'à demi. Ainsi, il est intéres
sant de citer la note de M. Henry Maret
dans le Radical .- ^
« On essaiera, disait-il, de faire croire
qu'un grand malheur a frappé la. Répu
blique... la France sera aussi calme que
Paris Va été... Cet homme était tout, pa
raissait tout, menait tout, désignait tout.
■Un souffle passe, il n'y a plus qu'un ca
davre sous un linceul, et la terre tourne,
et tout continue, et l'on ne compte que
quelques pelletées de terre sur un immense
oubli; » .
Le Mot d'Ordre manifestait une pitié dé
daigneuse. « Le mal que Gambetta, disait-
il, pouvait faire à nos institutions démo-'
crat'iques..;, ce mal n'existe plus qu'à l'état
de souvenir .»
Eugène Veuillot écrivait dans un magis
tral article -• „
« L'homme politique dont la vue est as
sez courte pour se constituer — en pays
catholique — l'ennemi systématique et ab
solu de l'Eglise ne peut' Être un homme
de- gouvernement. Il doit fatalement livrer
avec ■ la religion, la magistrature, l'ar
mée, les finances, tout ce qui constitue la
force vraie et durable d'un pays. Ainsi
a fait M. Gambetta., » . . .
M. Cor y néhj —- qui depuis, mais alors...
— écrivait dans le Clairon :
« Gambetta avait le droit de compter sur.
la dictature, sur la toute-puissance, que
sais-je Or, il a persécuté le Christ, il a
sonné la charge contre lui, contra son
Eglise, contre-les petits que-Jésus aimait.
Gambetta a lancé ses soldats, commandes
par le maître iïhôtel qui s'appelle Ferry,
contre le catéchisme, contre les emblèmes
sacrés, contre cette chose, divine qui s'ap
pelle la religion catholique... Gambetta est
là, foudroyé en pleine vie, étendu dans la
purulence et dans la pourriture ! »
M. Ph. de Grandlieu (Lavedan), dans le
Figaro, imaginait assez pauvrement un
testament de Gambetta par lequel l'ex-die-
tateur se confessait de toutes ses'' erreurs
passées et donnait à ses émis le conseil de
choisir pour la France « une tête, un
prestige, une épèe » au service des « idées
fondamentales (!) de 4789 »/
C'est toute la leçon que M. Lavedan sa
vait tirer de la mort de Gambetta! Les
idées fondamentales de 4789! ne croirait-
on pas entendre un orgue de Barbarie
jouer une vieille rengaine ?
Le Rappel se pourléchait en se rappe
lant le mot de Gambetta : « Le cléricalisme
c'est l'ennemi. » — « Ce jour-là, disait-il,
Gambetta mit dans la poitrine du parti
clérical une balle qu'on n'en extraira
pas. »
Le même. Rappel reconnaît aujourd'hui
que la France est da7is un véritable chaos:
Il a raison. Quant à la balle, l'extraction
est en bonne voie; elle est même sur le
point d'aboutir, car déjà la plaie est dé
bridée. :
. La Lanterne s'exprimait en ces termes
graves :
« L'événement douloureux qui vient 'de se
produire prouve que les peuples ne doi
vent jamais lier leurs destinées à celles
d'un homme. ». •
L'Evénement disait :
« L'organisation démocratique de la
France reste à faire. »
Henri Rochefort se montrait particuliè
rement acerbe dans l'Intransigeant. « M.
Gambetta, disait-il, n'a jamais travaillé
que pour lui-même. »
Les amis de Gambetta avaient rigoureu
sement monté la garde autour de lui. Au
cun prêtre ne fut admis auprès du mou
rant. Comment le maître des Jardies fut-
il frappé ? Sans doute quelques personnes
sont exactement renseignées à cet égard
— M. Joseph Reinach est du nombre —
mais le public ne sait rien...
J. Mantenay.
L'ANNEE MILITAIRE 1912
PAR LE GENERAL BOURELLY
L'année militaire 4942 tient tout entière,
sauf la première quinzaine de janvier,
dans le ministère de M. Millerand. Si im
portante que soit, ia Piaffement -'ans l'œuvre accomplie, il n'est
que juste de faire remonter à l'initiative
ministérielle -la plupart des réformes fon
damentales réalisées dans, l'organisation
de l'armée.
La première en date do ces réformes a
■visé le haut commandement. Elle a eu
pour prélude la suppression de l'emploi
de chef d'état-major de réarmée jugé préju
diciable à l'unité de vue dans l'étude des
questions militaires, et' a donné au chef
d'ét-at-major général de l'armée, pour le
seconder en temps de guerre, le premier
sous-chef detat-major. Une outre m-esare
destinée à faciliter le passage du pied de
paix .au pied de guerre à -réduit â deux
les trois groupes entre lesquels étaient ré
partis les divers services. Enfin, une cir
culaire ministérielle sur le recrutement de
l'état-major a couronné l'œuvre de la re
constitution du haut commandement; rap
pelons, en passant, qu'elle a institué, pour
les ofifleier-s brevetés, un véritable privi
lège. . "• •
■-Une "auu'e réforme essentielle est celle
qui a été consacrée dernièrement, par le
vote de la loi des cadres de l'infanterie.
Ainsi-que nous l'avons dit précédemment,
«ctte-îoi;' bien que procîwiiint - un solide en
cadrement des réserves, ne répona pas, à
beaucoup près-, à. toutes les exigences de la
dangereuse situation créée par le service
de deux aais et aggravée par l'abaissement
progressif de la natalité française.v Quant
au projet de loi sut les cadres de la cava
lerie déjà- voté par la Chambre, et qui le
sera -aussi sans aucun -doute par le Sénat,
son aidaptioi) ne remédiera pas à l'insuffi
sance de l'instruction de la troupe et à la
détresse des effectifs de cette arme; seul,-le
service de trois ans, ou, au moins, de .3G
mois, peut en assurer le salut. ...
Rappelons -qu'à propos de la loi des ca
dres de l'infanterie, le ministre a déclaré
l'urgence d'un projet de loi organique dt-
l'aranée envisagée dans tous ses éléments.
Les lois
cadres de l'infanterie et de
la cavalerie ne peuvent procurer qu'une
poussée passagère de l'avancement. Une
loi organique* sur l'avancement .reste donc,
comme par le passé, à l'état de desidera
tum. Le décret du 12 juin 1912,qui a établi
les règles devant présider à Ta confection
des listes de propositions pour l'avance
ment, n'a pas résolu cette question, mais
a réalisé un progrès incontestable , sur les
pratiques antérieures.
Les tableaux- d'avancement, établis d'a
près .les nouvelles règles et. publié? ré.çesna- , ,
ment; ont donné satisf-act-iuu à des-intérêts
depuis trop longtemps méconnus. On a. re
levé, dans ces tableaux, le nombre elevi
des officier^ d'infanterie brevetés pa.r rap
port à ceux qui ne le^-soait .pas, -.soit. 42- bre
veté classés sur 65 pour le grade de co
lonel, 42 sur 83 pour lieutenant-colonel e'
■70 sur 114 pour chef de bataiiûon. Ces chif
fres disposent à croire que 1rs breveté;,
tiendront- dorénavant une très large place
dans les' tableaux ; néanmoins, il poUrrair
'arriver que leur prépondérance ne-se main
tînt nas au niveau actuel; il est .même dé
sirablé qu'il «n Knit ainsi < il "W 31 " 1,0
de ne pas décourager, les -officiers . d<
troupe. Ce danger -n'existait pas 'avec
■l'état-major fermé ou, plutôt, il «tait u^se?.
facile de le conjurer ; ce n'est pas une rai
son pour prédire le. retour à l 'ancien corps
d'état-major, mais nous ne serions pas/ sur
pris 'qu 'ont fut amené bientôt a chercher ur
moyen terme entre le régime dû au mure
Quatre-vingtième année. — 15.845.
JEUDI 3 & VENDREDI 3 JANVIER 1913
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' :%i " * Louis- VEUILLOT : Programmé 4e l'Owiver* (1843)
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SOMMAIRE
C e oui meurt . — Prançois Veuillot.
L a politique espagnole . — Louis Romain.
L es vœox de bonne année . —Arthur Loth.
Au jour le jour : Trente ans après. —J. Man-
tenay.
L'A nnée militaire 1912. — r Général Bourelly,
L a cessation partielle du service français a la
gare de Genève . — H.-G-. Fromm.
F euilleton : Chronique littéraire : « Au Pays des
Lys noirs. » — J.Calvet.
L a vie religieuse : Du déclassement social par I e
moyen de l'instruction. — Joseph Pie.
Etranger : L'Inde qui se modernise. — Vin
cent Lamoré.
PARIS, Z JANVIER 1913
Ce qui meurt
Voici quelques'jours,' M. Bérenger,
■de VAction, précisant les conditions
qu'il fallait exiger du successeur éven
tuel de M. Fallières, stipulait qu'on lui
■devrait demander notamment une op
position irréductible îi tout rapproche
ment avec le Saint-Siège. Cette inquié
tude irritée n'est pas pour nous dé
plaire. D'abord, M. Bérenger- n'a pas
êié très heureux jusqu'ici dans son
rôle de Warwick présidentiel. Il est de
ceux qui voulaient un candidat pure-
'lïirrn radical et qui auraient souhaité
quo ia réunion préparatoire ne fût ou
vert*. 1 qu'aux membres du parti. Or, le
candidat- purement radical devient un
■personnage déplus en plus chimérique
et, si ravant-'congrès' se tient, il devra,
sous peine d'impuissance, accueillir des
socialistes et des' modérés. Encore n'est-
il pas sûr -que cette infusion de sang
étranger.lui communique une vie beau
coup plus active. En second lieu, la
répudiation de toute reprise diplomati
que avec le Vatican fût-elle imposée à
l'élu de-Versailles, cette précaution ne
démontrerait qu'une chose : c'est que
les radicaux ne considèrent plus unie
.pareille.- r éventu alit é.. . comme irréalisa
ble: Partant, leur veto se révélerait «ans
force, â l'heure précise et dans -la me
sure même où ils jugeraient nécessaire
d
renouer avec Rome, que pèsera, eu sup
posant qu'elle ose se manifester, la vo
lonté contraire du chef de l'Etat?
En somme, à .vouloir témoigner un
excès de prudence, le directeur de Y Ac
tion a commis une maladresse. Après
ia récente intervention de M. Deloncle,
il nous procure un*indice nouveau de
!a sourde réaction qui se produit, jus
3ue dans les milieux libres penseurs,
contre la rupture totale avec le Souve
rain Pontife. Oh! sans doute, il est à
présumer que nous sommes encore loin
d'un.8 réconciliation. Mais ce revire
ment n'apparaît déjà plus comme une
invraisemblance. Il se rencontre, parmi
les anticléricaux, des esprits mesurés et
clairvoyants, qui reconnaissent que la
République a commis une faute, une
faute nationale, en se supprimant tout
moyen de causer avec le Pape. Jusque
dans leur obstination rageuse à mainte
nir cette erreur, on distingue comme
une secrète envie de la rép.arer.-Par
une singulière complexité de sentiments,
ils semblent avoir peur d'en , avoir le
courage. '
C'est égal, eût-on supposé, il y a sept
ans, quand M. Loubet, après avoir lo
giquement couronné sa triste présidence
en signant la Séparation, cédait le fau
teuil à M. Fallières, eût-on supposé que
les séparatistes éprouveraient le besoin
de prémunir le successeur de M. Fal
lières contre toute velléité de rappro
chement avec Rome ? La lourde et ingé
nieuse machine, si passionnément prépa
rée par M. Combes et- si -perfidement
mise en train par M. Briand, commen
cerait-elle donc à se lézarder? Peuirêtre!
En tout cas, ses rouages grincent et de-
lontains craquements se mêlenten sour
dine au ronflement du moteur. Que les
catholiques de France aient seulement
la foxee-de vivre, et ils verront la fin
de''leurs persécuteurs.
Et les catholiques de. France ont quel
que chose de plus que la force de vivre..
En . face de cette humeur fiévreuse et
alarmée qui commence à saisir nos ad
versaires, il est réconfortant, au seuil
de l'an nouveau, de contempler !»-Con
fiance et l'entrahi qui' soulèvent nos
amis. C'est trop peu, pour les catholi
ques de France, d'assurer la vie de
l'Eglise : ils veulent affermir ses forces
et développer ses conquêtes. On les sent
animés d'une merveilleuse puissance de
cohésion et d'épanouissement. Sous le
feu de l'ennemi, dans les étreintes de la
misère, à travers les embûches et les
obstacles d'une légalité tyrannique, ils
poursuivent un travail de' reconstitution
dont l'histoire offre assurément peu
d'exmples. Ils se reforment en pleine-
bataille, ils rebâtissent au milieu des
décombres, ils réorganisent au sein de
l 'anarchie.
Sans doute, on ne doit pas fermer les"
yeux sur les détresses que la Séparation
a semées dans nos rangs, ni sur les pers
pectives angoissantes., qu'elle ouvre en
core devant nos pas. Sans doute, il s'en
faut que nos efforts aient tari chez nous
toutes les sources de désordre et qu'ils
puissent, endiguer autour de nous tous
les débordements du mal. Mais, pour
apprécier les résultats obtenus, c'est aux
coups qui nous ont frappés qu'il faut
mesurer la valeur de nos résistances ;
c'est aux espoirs que la secte avait nour
ris, qu'il faut comparer les déceptions
que nous lui avons fait subir.
En abattant l 'organisation séculaire
où l'Eglise de France avait pris coutume
de s'abriter, en .la dépouillant de tout
son patrimoine, en la réduisant à l'im
possibilité d'acquérir des propriétés
nouvelles et de s'établir sur un terrain
ferme et légal, la- franc-maçonnerie
comptait bien porter un coup mortel à
la puissance •religieuse. Ellense promet
tait au moins de l'affaiblir et de la para
lyser pour longtemps. Or, s'il y a quel
que chose qui meurt en notre pays, ce;
n'est pas l 'idée Gatholique, c'est l 'anti
cléricalisme étroit, fanatique et brutal.
Il garde encore certaines apparences et
même certains 'mouvements de vie.
Peut-être aura-tril, avant de périr, des
soubresauts terribles et qui nous bles
seront. Mais il est atteint aux sources
de l'existence ; il a manifestement perau
cette fougue et cet élan qui le portaient
aux conquêtes et cette puissance d'at
traction qui lui ralliait les foules aveu
glées.
• L'Eglise, au contraire, a puisé dans la
persécution un renoTTveau d'ardeur et-
de vitalité: Quelles que soient les diffi
cultés, les douleurs et les oppressions
qu'elle ait encore à subir, elle sent dans
les profondeurs de son être une poussée
de résurrection. Nous ne devons pas ces
ser de nous tenir prêts à tous les com
bats ; mais nous avons le droit de con
cevoir toutes les espérances .1
François Veuillot .
La politique espagnols
De graves nouvelles arrivent d'Es
pagne : M. Maura abandonne la
politique el il va être suivi dans sa
retraite par tous les conservateurs
du Parlement. Il serait plus exact d'écrire
que le grand homme d'Etat espagnol accom
plit un acte de haute politique... Il Ji'a pas
ménagé ses avis à la couronne ; il a montré
maintes fois au roi le danger que sa faiblesse
faisait courir à la monarchie, mais ce fut
en vain. Alphonse XIII glisse de plus en
plus vers les libéraux et, par eux, vers les
républicains. Dans la récente crise ministé
rielle, ouverte par la mort tragique du mal
faisant Canalejas, il ne daigna pas même
consulter son plus fidèle serviteur, l'homme
le plus habile et le plus ferme de l'Espagne.
L'intransigeance d'un tel royaliste, d'un tel
Espagnol paraît gênante, importune. Aussi,
M. Maura s'en va-t-iï sans en informer tout
d'abord Alphonse XIII. C'est un avertisse
ment solennel, une haute leçon de politique,
dont profitera; nous l'espérons, lajrouronne
d'Espagne, de plus en: plus prisonnière des
faibles et; des factieux qui la conduisent à
sa perte.
L'abandon de Franco par la dynastie por
tugaise eut pour conséquence une révolution
et l'établissement d'une république sectaire.
C'était pourtant une leçon précieuse pour
le trône menacé.
Alphonse XIII n'en profita pas. Il avait
-besoin de son Franco; Maura en était un
bien supérieur. Il lui' préféra Canalejas, qui
n'avait la confiance et l'estime de personne
et qui durait parce qu'il ne faisait ni assez
de mal ni assez de bien. Et aujourd'hui, le
roi lui préfère encore Romanones ! C'est une.
lourde faute.
On comprend, que M. Maura, impuissant
à s'imposer, se retire du Parlement pour ne
point participer à la chute de la monarchie
et à la ruine de l'Espagne. C'est, d'ailleurs,
l'unique moyen qui lui reste pour conseiller-
le salut du roi. Quand les hommes de cœur et
de devoir ont épuisé les arguments auprès
-des aveugles, des entêtés ou des faibles, fi
ne leur reste-qu'à s'en aller...
Les libéi'aux et les républicains espa
gnols chantent victoire. En Flraince, VHu
manité'et ses pareils triomphent en cou
vrant de sottises M. Maura. A Madrid, on.
a. même vu ce spectacle peu 'banal dans;
un grand meeting où paradaient - MM. -
SorrlauK), Iglesia et Alvarez, on entendit
tes ennemis du- trône reprocher violem
ment à M. Maura d'avoir manqué de res
pect au roi
' • Alphonse XIII sera sans doute surpris-
de trouver de pareils .défenseurs. Et les
cris de haine et de joie qui :saluen4' la-re
traite de son -ancien ministre lui ouvri-
jront neut-êire lefe .yeux. \
" Nous sommes, d'ailleurs, convaincu que
le geste de M.' Maura ne réjouit «point les"
libéraux et tes républicains autant qu'ils le
prétendent. Il entravera plus facilement
leur œuvre qu'une inaction forcée ou une
lutte inégale au sein des Gortès. C'est un
geste décisif qui ■ éclairera la. Couronne, à
moins qu'Alphonse XIII ne s'abandonne
sans espoir à ses pires ennemis...
M. Maura est l'homme le plus détesté et
te plus aimé de l'Esipagne. Mais ceux, qui
le baissent l'ont en profonde estime.Le plus
grand éloge que nous ayons entendu de
ses qualités d'homme d'Etat, de son cou
rage, de son inteilligence, de sa droiture,
nous ; a été fait pair le député républicain
de Valence,M. Assati,qui a passé l'été dans
une station .thermale de l'Auvergne, ne
pouvant rentrer en Espagne sans se faire
emprisonner comme antimilitariste...
M. Aissati protestait, d'ailleurs, contre
l'accusation dont il se déclarait victime.
Il considérait M. Cam.alej.as comme un mé
diocre sans conviction, trahissant. Le roi
et tous les partis. Il admirait beaucoup
notre Poinearé national. Sa .politique est
la mienne, nous disait-il. Cela n'empêcha
pas Y Humanité - de donner son .portrait et
de faire son éloge comme l'un des siens...
Le député de Valence trouvait Romanones
inférieur^ Canalejas.
Louis Romain.
Ites vœux de bonne année
ROME
et le monde eatholictue
Audiences pontificales. —. Ont été reçus
le dimanche 29 -décembre -: P. Pacifique dio
Seggiano-,général des Capucins ; P. Meyer,
général'des Missionnaires du Sacré-Cœur;
Mgr Bartolmi, vicaire général de Tropea ;
Mgr de Marcy ; comtesse Rignon, née Ro-
.bilant ; le corps diplomatique accrédité
près le Saint-Siège.
— Ont été reçus le lundi 30 décembre :
P. Pacifique Monza, général des Francis
cains ; P. François Dali Ollo, général des
Conventuels ; eornm. Galli, directeur des
musées pontificaux ; le grand maître de
l'Ordre de Malte, avec les membres du
Conseil de l'Ordre.-
Rome. — La messe soléinnélle qui sera
chantée par le Pape à Saint-Pierre aura
lieu à, la Pentecôte et non pas à Pâques
(comme on l'avait annoncé), car à Pâques
J'épiscopat et tout le clergé sont très oceu-,
pés ministration des Sacrements.
Italie. — On déclare au moins prématu
rée la nouvelle de la nomination de Mgr
Musera comme administrateur apostolique
de Gênes.
— L'Osservatore. romano publie un nou
veau statut die l'Union populaire des ca
tholiques italiens. Les organes de l'Union
sont, les groupes paroissiaux, les-sections
diocésaines, le conseil directif et le secré
tariat général. Le bureau central actuel
est dissous. :
■ Espagne;-.-^: Le monde politique est oc
cupé de polémiques sur la constitution !
d'un nouveau parti qui assure « un régime
libéral et une administration honnête ».
Cela sert médiocrement la littérature, et
augmente le gâchis de la politique. On
fait des vœux pour que les catholiques es
pagnols ne ,se laissent pas prendre à ces
jeux de hasard.
Allemagne. — Dans les élections pour
les « fabriques » ecclésiastiques, qui se
sont faites cette année, pour la première
fois, selon, la nouvelle loi. les candidats
des partis libéraux et socialistes qui, dans
ce but, s'étaient liés entre eux contre le
Centre ont remporté l'avantage en beau
coup d'endroits.
Turquie. ■— Mahomed Paclia Chéri,i, pré
sident du Croissant-Rouge égyptien, vient
de réunir les personnages les plus impor
tants du monde mahométan de Conslantino-
ple, pour leur proposer la fondation d'une
société islamique, ayant pour but la régéné
ration «. intellectuelle » de l'islamisme. La
réunion a acclamé le projet, -évidemment
maçonnique.
Arméniens. — Le fameux » Conseil ad
ministratif » {rebelle au patriarche légitime
Mgr Azarian, et par conséquent excommu
nié) de la Communauté arménienne-catholi-
que.recoraiu par le gouvernement jeune-turc
à la suite d'un contrat de corruption élec
torale, vient-de déclarer-nul (!) le décret- du
patriarche catholique adoptant le calendrier
grégorien pour les Arméniens catholiques.
Le fameux « Conseil administratif » dé.ciare
que Mgr Azarian ne compte plus pour rien,
parce que le gouvernement turc l'a destitué,
et puis parce que l'adoption du calendrier
grégorien est une question civile (et électo
rale.?)., ......
Chine. — Le catholicisme, en Chine, pro
gresse lentement mais continuellement.
Voici la statistique qu'on vient de publier du
vicariat apostolique" du Chantung méridio
nal confié à. la Société du Divin Verbe de
SteyL. Les chiffres .entre parenthèses se ré
fèrent à l'état de. choses d'il y a dix ans :
catholiques baptisés, 69.756 (17.654) ; ca
téchumènes, 52.506 (26.892) ; églises 17 (5) ;
chapelles, 186; (94) ; oratoires, 1.357 (316);
missionnaires européens, 65 (35) ; prêtres in--
digènés, 12 (10); convers. 12 (9); sœurs,4-0 (6),
catéchistes, 1 .271 (300) ; séminaristes, 78 (46).
La mission maintient , encore. 7- collèges,'
-81 écoles primaires et'284 écoles de catéchis
me avec un ensemble de 5.3-71 élèves ; en
' outre-dans les écoles d'hiver furent instruits
2,116 enfants. Les deux hôpitaux et les qua
tre pharmacies soignaient dans l'année der
nière environ 51.000 malades, 4.832 énfants
de^parents" païens furent baptisés. Le nom
bre des chrétiens est d'environ 2.000 tandis
qu'il y a 30 ans,, dans le viedri-at, existaient
a peine 158 catholiques. . - - - >
Hollande,— Le nouveau parti chrétien-
social'vient de fonder deux sections à Gro-
ningueet à Gendringen.
• ; A. I. R.
Erratum.. — Japon. —- 11 n'y a pas
de- couvent . de : Carmes -à Tokyo, ni
au; îapon. .L'alinéa- aurait une teinte-de-
vérité si,; au lieu, de Couvent des- Car*,
mes,' il. y avait; été pa®lé du monastère
des PP. ■ Trappistes de Notre-Dame du
Phaire, diocèse de Hakodate, qui est connu
dans tout, le Japon et où nombre de visi
teurs -dislingu.és . (ministres- d'Etat, .dépu-
Jtps, sénateurs-, journalistes, pTofesiseurs
et simples curieux) se remdent ^jendant les
mois d'été, — et où aussi il y a parmi les
■.po-stuilants, un bonze venu des Iles du Sud-
Ouest. — Sur le terrain du monastère, est
en train de se former un village, catholi
que'comptant .une quinzaine de familles,
t — .converties par la prédication et surtout
par les bons exemples des moines cister
ciens. — Un abonné de V « univebs ». .
Il y a peu d'occasions die mieux consta
ter. combien la laïcisation a pénétré
notre société, qu'un- jour comme celui du
Premier de l'An, qui met en mouvement
toute la population et la montre en ac
tion. Dans tout le pays, des vœux die bon
ne année ont été échangés, des vœux
« sincères », « sympathiques », « empres
sés ». Oh i certainement, ils l'étaient,
beaucoup du moins d'entre eux, mais de
quelle manière, avec quelle signification ?
Tout cela a été jeté en l'air, et est retom
bé sur le sol comme,dans les jours de car
naval, la pluie dle confetti que les ba
layeurs, lei lendemain, poussent à l'égout.
Car, que sont ces .vœux qu'on se fait
l'un à l'autre, fussent-ils les plus sincères,
sinon de vaines formules, s'ils ne sont pas
inspirés par l'esprit de' foi et accompagnés
de prière? C'est .à Dieu seul, en effet, que
l'on peut adresser les vûeux que l'on for
me pour ses parents et' ses amis, car c'est
-lui seul qui peut les exaucer. - ^
Les chrétiens • ont soin do., penser, la
verïfc du jour de l'An, aux vœux qu'ils for
meront, «n grand nombre, le lendemain;,
pour les uns et les autres et de les élever
vers Dieu, avant d'aller les porter aux
hommes, et le soir, ceux, du moins, qui
prient sérieusement, ne manquent pas de
demander au Père tout-puissant du Ciel
de consacrer leurs souhaits de santé pt de
bonheur qu'ils ont adressés aux personnes
de leur parenté ou de leur connaissance.
Autrefois, la formule même des vœux
était marquée du sceau de la religion. On
se (souhaitait une -bonne 'année, avec le
paradis à la fin de ses jours. Cette naïve :
et .pieuse formule a presque entièrement
disparu de l'.usage, et c'est bien un signe
de notre laïcisation sociale que l'abandon
où elle est.tombée.
La. religion n'a .presque plus de place
dans la vie contemporaine. On en a sup
primé tous les signes, toutes les marques
extérieures. L'homme moderne ne prie
plus, ne s'agenouille plus, si ce n'est dans
les'houdoirs et les coulisses de théâtre. Il
met son- point d'honneur à ne plus paraître
s'înelîner devant Dieu; il ne porte pas ses
vues plus haut .qu-e l'animal, dont il ac
cepte très bien de descendre, et auquel, il
■n'a point honte de 'ressembler. Y â-t-il rien
qtïâ' dr3ifthe -une .pl ua basse idée de l'homme
que de voir, dans les restaurants publics,
les mangeurs sp, jeter en commun sur.
teufs-fissiettes, sans la .moindre pensée
pour le Créateur, de qui ils tiennent la
nourriture et .la boisson, — à la manière,
d.as, -amimaux qui se ruent sur le râtelier
ou broutent à pleines dents le pré ?
Qu'ils sont loin de nous les temps chré
tiens, dont toutes nos anciennes institu
tions et toutes nos vieilles coutumes por
tent si profondément l'empreinte ! Sans al
ler chercher les cloîtres et les séminaires,
il suffit de regarder quelqu'un de ces ta
bleaux d'une intensité d'expression si
émouvante, comme le Benedicite de Char
din ou Y Angélus .de Millet, pour apprécier
toute la différence qu'il- y a entre une so
ciété chrétienne, aux mœurs douces et
pieuses, et une société -animale comme la
jnôtre, d'où toute religion extérieure est
«absente.
Il est .triste de penser que tant de. ces
vtogux, qui ont été échangés hier, seront
perdus, parce qu'ils n'auront .pas été vivi
fiés par une-intention religieuse. On- a trop
oublié, que le même Dieu qui fait luire-
son. saleil et verse la.-pluie sur les champs
poul ies fécondei*. est aussi celui qui don
ne. àux vœux des hommes leur eSi-ei. Sanit;-
bonheur, paix, tout dépend de lui. L'impie
laïcisation a pu le faire' oublier, mais n'a
pas supprimé son pouvoir.
Qrtfen &era-t-il, sans lui, à la fin ^de l'an
née, 'de tous les vœ/ux qu'on s'est fait- mu
tuellement, ' hier, coanme si- l'on avait p;u
se passer de les lui confier •■? Ne le cher
chons pas d'avance. Dieu est maître de
tout.' Constatons seulement, que les. choses
iraient certainement mieux. pour chacun
et pour tous,. avec la part inévitable d'é--
preuves terrestres, si l'on se souhaitait en-.
cor-e la bonne année, avec, le paradis" à..la
fin dé -ses jours, si l'on disait encore l'An- '
gelas dans les rues et les champs, et le
Benedicite à la table de famille et dans
les rëst'auir.ants. 'Qu'il, en Tedevienne• ainsL
pour la France ! C'est le.meilleur souhait,
national de bonne aimée.
Arthur Loth.
&UJT JOU7{ JT oC J j?Uc%€
M. Fallières a fait sa dernière visite of
ficielle hier.
- -^o— ■ ...
Le Conseil municipal a voté samedi, le
budget de la Ville de Paris.
Hier, à la Conférence de lâ Paix, Rechid
Pacha a fait d'importantes déclarations.
Les Turcs acceptent l'abandon de cer
tains territoires, mais refusent toute en-
tente-pour le vilayet d'Andrinople et pour
les iles. de la mer Egée.
."!;■■ .—io_
En Espagne, la stupéfaction est grande.
NI. Mjaurra, chef du parti conservateur, a
donné sa. démisssion de député, ainsi que
toute !a droite.
Cette démission est un coup rude porté
à la politique des libéraux présidés par M.
de Romanonee, successeur de M. Canale
jas..
Éehos
Au pays du mufle
Tous les souverains et chefs d'Etat des
pays civilisés ont adressé au Souverain
Pontife leurs vœux ©t félicitations ; parmi
eux : le Sultan, le roi de Norvège, celui
die Monténégro.
Seule la France officielle ignore le
Pape... .
La gabegie
Le rapporteur du budget municipal
■donne des chiffres intéressants : dépenses
ordinaires, 411.497.579 francs ; extraordi
naires, 1.359.000 francs ; fonds sipéiciaux,
39.227.750 francs. Soit 452.084.429 francs de
dépenses.
Ainsi le budget de Paris dépasse-t-il ce
lui du Danemark, de la Grèce, du Monté
négro, de la Bulgarie, de la Serbie, de la
Suisse, de la Norvège... ^ s
II y a, daîns le rapport,' quelques détails,
typiques : .un poêle- d'école nous coûte
-360 francs et son entretien revient à 80 fr.
par an. - . .
Dans une autre école, on pose une son
nette': coût, 365 (francs ; dans une troi
sième école, on met un cordon de tirage
à une sonnette, ci : 205 francs.
C'est pour rien.
Exploits de juifs
L'envoyé spécial du Petit Marseillais à
Constantinople rolate les faits suivants :
Les israélites du- grand-bazar enragent —
mais ils ne se d-écouraient pas... Ne pouvant
se débarrasser des rélùgiés, ils en ont fait
des clients. Le. paysan-de la Ttirace a de l'ar
gent. Il est plus ..fortuné que celui de la Ma
cédoine.- Le-s plus riches, en quittant leur
terre, ont emporté 300 ou 400 livres turques.
A ceux-là, les juifs du bazar ont essayé de
vendre leur camelote... Ça n'a pas pris...
Alors, ■ ils ee sont faits courtiers de compa
gnies de navigation. Ils leur ont vendu —
en les faisant surpayer, bien entendu — des
billets .de passage pour l'Asie-Mineure, pour
eux, leur famille, leur troupeau, leur char,
leurs buffles... Les bons paysans, qui ne sa
vent pas, se laissent faire — et l'israélite ga
gne sa commission... et le reste...
Les plus pauvres réfugiés ont un.peu d'or,
leurs moutons et leurs bœufs...
— Que vas-tu faire de ce bétail ? On peut te
lg prendre en route. Ça peut mourir... Tu en
achèteras d'autres, là-bas. Vends-moi tes trou
peaux... L'or ne perd pas de sa valeur...
Et ii se fait ainsi des marchés odieux.
P&rtout lçp,mêmes, les bons juifs. j
- - La crise du français
• Un agent recueille, sous cette forme, la
plainte d'un ami des bêtes :
M. X... vient ee plaindre, au poste, qu'un
consommateur a frappé d'un coup de four
chette au ventre son chien, alors qu'il était
entré au café pour boire avec des amis.
Si les chiens se mettent aussi à aller au
café ! -
Les gaietés de l'annonce
Paru dans une feuille' du Midi :
On désirerait trouver un âne pour femme
neurasthénique. S'adresser à M. L..., à Aniane
(Hérault).. -
monville.
Au jour le jour
Trente uns après
Le 1" janvier 4883, Paris apprenait la
mort de Gambetta, qui avait expiré la
veille au-soir aux Jardies. La sensation,
fut vive. 'Beaucoup de braves gens, qui
persistaient à considérer Rormie sn-
îiov c comvu; l homme de id tcïjciticiis
on ignorait alors ses négociations avec le
comte de lXmnesmarch, agent de M.
de Bismarck — furent émus.
On lisait dans la plupart des' journaux
gouvernementaux de longues apothéoses.
Toutefois, plusieurs feuilles de gauche ne
pleuraient qu'à demi. Ainsi, il est intéres
sant de citer la note de M. Henry Maret
dans le Radical .- ^
« On essaiera, disait-il, de faire croire
qu'un grand malheur a frappé la. Répu
blique... la France sera aussi calme que
Paris Va été... Cet homme était tout, pa
raissait tout, menait tout, désignait tout.
■Un souffle passe, il n'y a plus qu'un ca
davre sous un linceul, et la terre tourne,
et tout continue, et l'on ne compte que
quelques pelletées de terre sur un immense
oubli; » .
Le Mot d'Ordre manifestait une pitié dé
daigneuse. « Le mal que Gambetta, disait-
il, pouvait faire à nos institutions démo-'
crat'iques..;, ce mal n'existe plus qu'à l'état
de souvenir .»
Eugène Veuillot écrivait dans un magis
tral article -• „
« L'homme politique dont la vue est as
sez courte pour se constituer — en pays
catholique — l'ennemi systématique et ab
solu de l'Eglise ne peut' Être un homme
de- gouvernement. Il doit fatalement livrer
avec ■ la religion, la magistrature, l'ar
mée, les finances, tout ce qui constitue la
force vraie et durable d'un pays. Ainsi
a fait M. Gambetta., » . . .
M. Cor y néhj —- qui depuis, mais alors...
— écrivait dans le Clairon :
« Gambetta avait le droit de compter sur.
la dictature, sur la toute-puissance, que
sais-je Or, il a persécuté le Christ, il a
sonné la charge contre lui, contra son
Eglise, contre-les petits que-Jésus aimait.
Gambetta a lancé ses soldats, commandes
par le maître iïhôtel qui s'appelle Ferry,
contre le catéchisme, contre les emblèmes
sacrés, contre cette chose, divine qui s'ap
pelle la religion catholique... Gambetta est
là, foudroyé en pleine vie, étendu dans la
purulence et dans la pourriture ! »
M. Ph. de Grandlieu (Lavedan), dans le
Figaro, imaginait assez pauvrement un
testament de Gambetta par lequel l'ex-die-
tateur se confessait de toutes ses'' erreurs
passées et donnait à ses émis le conseil de
choisir pour la France « une tête, un
prestige, une épèe » au service des « idées
fondamentales (!) de 4789 »/
C'est toute la leçon que M. Lavedan sa
vait tirer de la mort de Gambetta! Les
idées fondamentales de 4789! ne croirait-
on pas entendre un orgue de Barbarie
jouer une vieille rengaine ?
Le Rappel se pourléchait en se rappe
lant le mot de Gambetta : « Le cléricalisme
c'est l'ennemi. » — « Ce jour-là, disait-il,
Gambetta mit dans la poitrine du parti
clérical une balle qu'on n'en extraira
pas. »
Le même. Rappel reconnaît aujourd'hui
que la France est da7is un véritable chaos:
Il a raison. Quant à la balle, l'extraction
est en bonne voie; elle est même sur le
point d'aboutir, car déjà la plaie est dé
bridée. :
. La Lanterne s'exprimait en ces termes
graves :
« L'événement douloureux qui vient 'de se
produire prouve que les peuples ne doi
vent jamais lier leurs destinées à celles
d'un homme. ». •
L'Evénement disait :
« L'organisation démocratique de la
France reste à faire. »
Henri Rochefort se montrait particuliè
rement acerbe dans l'Intransigeant. « M.
Gambetta, disait-il, n'a jamais travaillé
que pour lui-même. »
Les amis de Gambetta avaient rigoureu
sement monté la garde autour de lui. Au
cun prêtre ne fut admis auprès du mou
rant. Comment le maître des Jardies fut-
il frappé ? Sans doute quelques personnes
sont exactement renseignées à cet égard
— M. Joseph Reinach est du nombre —
mais le public ne sait rien...
J. Mantenay.
L'ANNEE MILITAIRE 1912
PAR LE GENERAL BOURELLY
L'année militaire 4942 tient tout entière,
sauf la première quinzaine de janvier,
dans le ministère de M. Millerand. Si im
portante que soit, ia
que juste de faire remonter à l'initiative
ministérielle -la plupart des réformes fon
damentales réalisées dans, l'organisation
de l'armée.
La première en date do ces réformes a
■visé le haut commandement. Elle a eu
pour prélude la suppression de l'emploi
de chef d'état-major de réarmée jugé préju
diciable à l'unité de vue dans l'étude des
questions militaires, et' a donné au chef
d'ét-at-major général de l'armée, pour le
seconder en temps de guerre, le premier
sous-chef detat-major. Une outre m-esare
destinée à faciliter le passage du pied de
paix .au pied de guerre à -réduit â deux
les trois groupes entre lesquels étaient ré
partis les divers services. Enfin, une cir
culaire ministérielle sur le recrutement de
l'état-major a couronné l'œuvre de la re
constitution du haut commandement; rap
pelons, en passant, qu'elle a institué, pour
les ofifleier-s brevetés, un véritable privi
lège. . "• •
■-Une "auu'e réforme essentielle est celle
qui a été consacrée dernièrement, par le
vote de la loi des cadres de l'infanterie.
Ainsi-que nous l'avons dit précédemment,
«ctte-îoi;' bien que procîwiiint - un solide en
cadrement des réserves, ne répona pas, à
beaucoup près-, à. toutes les exigences de la
dangereuse situation créée par le service
de deux aais et aggravée par l'abaissement
progressif de la natalité française.v Quant
au projet de loi sut les cadres de la cava
lerie déjà- voté par la Chambre, et qui le
sera -aussi sans aucun -doute par le Sénat,
son aidaptioi) ne remédiera pas à l'insuffi
sance de l'instruction de la troupe et à la
détresse des effectifs de cette arme; seul,-le
service de trois ans, ou, au moins, de .3G
mois, peut en assurer le salut. ...
Rappelons -qu'à propos de la loi des ca
dres de l'infanterie, le ministre a déclaré
l'urgence d'un projet de loi organique dt-
l'aranée envisagée dans tous ses éléments.
Les lois
cadres de l'infanterie et de
la cavalerie ne peuvent procurer qu'une
poussée passagère de l'avancement. Une
loi organique* sur l'avancement .reste donc,
comme par le passé, à l'état de desidera
tum. Le décret du 12 juin 1912,qui a établi
les règles devant présider à Ta confection
des listes de propositions pour l'avance
ment, n'a pas résolu cette question, mais
a réalisé un progrès incontestable , sur les
pratiques antérieures.
Les tableaux- d'avancement, établis d'a
près .les nouvelles règles et. publié? ré.çesna- , ,
ment; ont donné satisf-act-iuu à des-intérêts
depuis trop longtemps méconnus. On a. re
levé, dans ces tableaux, le nombre elevi
des officier^ d'infanterie brevetés pa.r rap
port à ceux qui ne le^-soait .pas, -.soit. 42- bre
veté classés sur 65 pour le grade de co
lonel, 42 sur 83 pour lieutenant-colonel e'
■70 sur 114 pour chef de bataiiûon. Ces chif
fres disposent à croire que 1rs breveté;,
tiendront- dorénavant une très large place
dans les' tableaux ; néanmoins, il poUrrair
'arriver que leur prépondérance ne-se main
tînt nas au niveau actuel; il est .même dé
sirablé qu'il «n Knit ainsi < il "W 31 " 1,0
de ne pas décourager, les -officiers . d<
troupe. Ce danger -n'existait pas 'avec
■l'état-major fermé ou, plutôt, il «tait u^se?.
facile de le conjurer ; ce n'est pas une rai
son pour prédire le. retour à l 'ancien corps
d'état-major, mais nous ne serions pas/ sur
pris 'qu 'ont fut amené bientôt a chercher ur
moyen terme entre le régime dû au mure
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