Titre : La Fronde / directrice Marguerite Durand
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1899-05-05
Contributeur : Durand, Marguerite (1864-1936). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327788531
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 05 mai 1899 05 mai 1899
Description : 1899/05/05 (A3,N513). 1899/05/05 (A3,N513).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6703632v
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-5702
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 04/01/2016
La Fronde
*---
TROISIÈME ANNft. — N* 513 VENDREDI 5 MAI 188. — CO ION DE SAINT AUGUSTIK.. ^ Lic NUMÉRO : CINQ oexfUkne*
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tissages de la Bible à lire et à ittilitae
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la rédaction doivent ôtre_ envoyées à Mme
Emmy Four nier, rédactrice en chef de la
FRONDE.
La Fronde est LE SEUL JOURNAL
ayant un SUPPLÉMENT TOUS LES
JOURS.
Ce supplément traite :
Le Lundi. — Des Nouvelles et Cor-
respondances de l'Etranger ;
Le Mardi. — Des Questions de Mu-
tualité et d'Assistance;
Le Mercredi. — Des Sciences Oc-
cultes, Spiritualisme, Chiromancie, Nou-
velles Découvertes, etc. :
Le Jeudi. — De Causerie littéraire et
Revues, Jeux et Sports ;
Le Vendredi. — De Mode, de Re-
cettes, de Ménage, de Médecine prati-
que.
Le Samedi. — Des choses de 1 Ensei-
gnement.
Le Dimanche. — De toutes les Ques-
tions posées par les Lecteurs pendant la
semaine, questions auxquelles il est ré-
pondu gratuitement.
Ce supplément devra être délivré
gratuitement à tous les acheteurs de la
FRONDE, qui sont priés de le récla-
mer chez tous les marchands de jour-
naux.
Aujourd'hui
Vendredi 5 mai
A la Chambre (séance 6t), discussion du projet
de loi sur les conditions du travail.
Au Conseil municipal, séance publique à
3 heures.
Courses à Maisons-Larfttle.
En Russie, fête de Saint-Georges.
Mairie du 1- arrondissement, à 5 h. cours de
pisciculture par M. Jusset de Bellesme.
Salle du Commerce, à 8 h. réunion du sous-
comité de propagande de la grève générale.
Salle Gillet, à 9 h. du soir, réunion du conseil
syndical de l'Union des Employés des Coopéra-
tives ouvrières.
Finies aux Musée* dts Louvre, du Luxembourg,
de 9 h. à 5 h. Cluny de Il h. à 5 h. Guimet et
Galliera de midi à 5 h. Palais de Justice, de 11
à 4 h. HÓtel-de-Yille, de 2 à 3 h. Vonnaie, de
midi à 3 heures. Trésor de Notre-Dame, Sainte-
Chapelle et Panthéon, de 10 à 4 h. Invalides,
musée et tombeau de midi à 3 h. Jardin des
Plantes, la ménagerie de 11 à 5 h., galerie d'his-
toire naturelle, de Il à 3 h. Aquarium ail Troca-
dero, de 9 à 11 h. et de 1 à 4 h. Palais de Saint-
Germain, de 10 h. 112 à 4 h. Palais de Fontaine-
bleau, de 11 à 4 h. Versailles : le Palais et les
TriMons, de 11 à 5 h. Le Jeu de Paume, de midi
à 4 heures.
Voir an Supplément les Cours
et Conférences d'aujourd'hui.
Pro domo mea
Je vais, — pour une fois, — parler de
moi, ou plutôt de mon œuvre,à mes chers
lecteurs de la Fronde. Mes circonstances
atténuantes sont, d'une part, l'aimable
intérêt qu'ils veulent bien me témoigner,
d'autre part, ce fait que le roman dont
je compte les entretenir a paru ici m 'me,
et que, par conséquent, ils sauront de
quoi il s'agit
La critique prend la peine de discuter
a la thèse Il qu'elle aperçoit dans Au delà
de VAmour. Je tiens essentiellement à
affirmer, et surtout à prouver, — ce qui
me sera facile, — que ce livre ne con-
tient aucune thèse,et que sa forme même
s'oppose à toute idée de thèse
Cette forme est autobiographique. Le
comte Bernard de Parmain, se trouvant
dans une situation des plus angoissantes
qui aient jamais étreint une conscience
et un cœur d'homme, se demande com-
ment il doit agir. Pour déterminer l'acte
— de vengeance,de pardon, d'abnégation
ou de droit strict, — qui résoudra cette
situation, il récapitule toute la série de
sentiments et tout l'enchaînement des
circonstances qui l'y ont amené.
Ce récit, doublé de la plus scrupuleuse
analyse sentimentale, constitue le ro-
man.
Rien n'est omis dans les souvenirs de
Bernard, tant il a conscience que la
moindre donnée manquant au redou-
table problème pourrait en fausser le
résultat. Il le ditet le répète, afin d'éviter
l'équîvoque :
« Est-ce pour pressentir, par l'analyse
de ma situation morale, la décision où
elle se résoudra, que je prends la plume?
Un irrésistible besoin me saisit de tout
me rappeler, de dresser le bilan de mon
désastre. Pourquoi? Il y a le désir de
voir clair en moi-même, de reculer par
cet examen l'acte irréparable, de me dé-
terminer autant que possible par le rai-
sonnement. Il y a aussi l'orgueil de me
justifier. » (page 2)
Et ailleurs :
« Entrerai-je dans ces mystérieux do-
maines? Vais-je poursuivre le secret de
ma misère jusque dans ces régions
basses d'où l'on sort la rougeur au front
et le silence aux lèvres ?... Oui,car je fus
coupable Ah! je ne puis pas autre-
ment que de le croire, beaucoup de ma
peine actuelle vient de là. Si ma faute
d'alors ne fut pas le mauvais germe qui
leva ensuite en moisson de douleur, si
elle ne devint pas cause directe dans les
événements qui suivirent, du moins elle
doit me rendre ciroonspect dans mes
jugements et dans mes décisions »
(Pages 72 et 82).
Est-ce ici le langage d'un être qui veut
donner sa résolution finale en exemple,
et faire de sa conduite le texte d'une
thèse? A supposer que mon héros ait
cette fatuité de prétendre agir, dans des
circonstances données, de la façon la
plus moralement juste et nécessaire, en-
core faudrait-il que les gens à qui il se
proposerait comme exemple fussent pla-
cés dans les mêmes et absolument iden-
tiques circonstances. Ajoutons que ces
mMnomlk davriiaot ew-m avoir on carac.
tère semblable à celui de Bernard de
Parmain. Car j'imagine que, sinon de-
vant les lois humaines, au moins dans
le domaine de l'analyse psychologique,
le caractère d'un être est la principale
mesure de la valeur morale de ses
actes.
Si vous réduisez les prétentions théo-
riques de mon livre à tous les hommes
doués des mêmes facultés sensuelles et
sentimentales, de la même éducation, de
la même hérédité que mon héros, et ve-
nant de traverser la même série d'émo-
tions et d'expériences, j'accorde qu'on
pourra m'imputer ces prétentions.
Mais alors,ma fameuse thèse se réduit,
dans l'application, à un cas particulier,
car un tel concours d'éléments ne se ren-
contrerait pas deux fois parmi des mil-
liards d'existences.
Un cas particulier... parfaitement.
Voilà ce que je voulais démontrer.
Le roman gagnerait peut-être en inté-
rêt à présenter une crise d'âme plus gé-
nérale. Mais, d'abord, ceci est une autre
question. Ensuite, y a-t-il des crises
d'àme générales?
Un illustre médecin a dit : « Il n'y a
pas de maladies, il n'y a que des ma-
lades.
Parodiantce mot si juste,je déclarerais
volontiers : « Il n'y a pas d'actes moraux
ou immoraux, il n'y a que des états de
conscience. »
Ainsi que la môme cause morbide
physique déterminera chez un sujet une
simple indisposition, chez un autre une
affection mortelle et chez un troisième
une réaction préservatrice, ainsi la
même cause morbide morale amènera
chez trois êtres différents, soit un ma-
laise, soit une impulsion criminelle, soit
une révolte honnête et victorieuse.
Le docteur inocule un virus à un ani-
mal et en suit curieusement tous les
effets à travers l'organisme.
Le psychologue place un caractère
donné dans une situation morale don-
née, et le fait évoluer suivant une logi-
que qui. plus ou moins juste et précise,
donnera plus ou moins de valeur à
son œuvre.
Le savant cherche des lois générales
en multipliant les expériences particu-
lières. Mais si,par une curiosité spéciale,
il s'attache à l'étude d'un cas rare, on
aurait tort de combattre ses conclusions
sous prétexte qu'elles ne s'appliquent
pas à tout le monde.
Ce Bernard de Parm.un qui, ayant
cessé d'aimer sa femme et repris pour
elle de ce qu'il considère lui-même
comme un caprice provoqué par la ja-
lousie, ne considère pas que ce senti-
ment lui donne des droits équivalents à
ses droits légaux, ne se croit pas auto-
risé à confisquer pour jamais la facilité
de vivre, d'aimer encore, de chercher le
bonheur qui appartient à cette femme,
n'est évidemment pas un mari comme il
y en a beaucoup. Mais se propose-t-il
en exemple? Offre-t-il comme une th se
la résolution à laquelle il est arrivé à
travers des luttes, des réflexions, des
circonstances tellement particulières? ..
Il dit de lui-même, à la dernière page :
« Suis-je vil ?.. insensé ?.. ou sublime?..
Je l'ignore. »
Peut-on se montrer moins dogmati-
que?
Comment !.. Je considère comme telle-
ment exceptionnelle la décision pré
vue par moi de mon héros, que j'accu-
mule toutes les raisons matérielles et
i morales assez urgentes pour l'y ame-
ner. Je lui suppose le caractère qui se
prêtera à un pareil dénouement. Je me
préoccupe même de lui donner une pro-
fession qui s'accorde avec sa façon de
concevoir la vie.
Ne souriez pas. J'ai mon témoin. Je
voulais faire de mon Bernard de Par-
main un astronome,et j'en ai été détour-
née par le plus aimable de nos jeunes
savants, M. Deslandres, sous-directeur
de l'Observatoire de Meudon. Comme je
le consultais sur les tendances des astro-
nomes à l'idéalisme, à la sentimentalité
et à l'abnégation, il m'a conseillé de
prêter plutôt ces qualités — ou ces dé-
fauts — à un marin.
Malgré leur habitude de considérer
les astres, il parait que les astronomes
ont à pratiquer sans cesse des calculs
un peu desséchants. M. Deslandres m'af-
firma que je trouverais plus de res-
sources d'illusion, de naïveté et de sacri-
fice chez un homme de mer. Et voici
pourquoi le mari de Jaqueline est lieu-
tenant de vaisseau.
Allez donc m'accuser de faire une
thèse àpplicable à tous les maris, quand
je la restreins à une passerelle de navire,
sans oser la loger sous la coupole d'un
observatoire !
Le monde est bien injuste !
Et maintenant que je me suis défen-
due, je vais me confesser.
Il y a dans Au delà de l'Amour, non
pas la une thèse, mais une étude : celle de
a décroissaioede l'amour dans uu cœur
fait pour la fidélité. Aimer toujours ne
nous est pas donné, même quand nous
le souhaitons de toutes nos forces, même
quand nulle image tentatrice ne nous dé-
tourne de l'image adorée et pâlissante.
C'est peut-être cequ'il y ade plus dou-
loureux dans la passion. Pour certains
cœurs, cesser d'aimer est plus déchirant
que de cesser d'être aimé. Ils sont rares.
Plus rares encore sont ceux qu'un tel
martyre porte à l'indulgence, par le sen-
timent de fatalité dont il les emplit.
C'est dire que les souffrances de mon
héros et sa conduite « au delà de l'a.
mour », ne sont pas d'une humanité vul-
gaire. et crue ie me suis bien gardée d'en
faire une thèse.
DANIEL LESUEUR.
Les ouvrières typographes cher-
chant du travail sont priées de s'adres-
ser au siège provisoire du nouveau
Syndicatdes femmes typographes, à
l'atelier de composition du journal la
FRONDE, 14. ne Saint-Georges.
NOTES D'UNE
FRONDEUSE
A la douche!
Parmi les petites joies du matin, il en
est une fort succulente : c'est de suivre,
dans le Voltaire, la série des reproduc-
tions dhiéroglyphes de M. Alphonse Ber-
tillon.
Rien davantage n'est pittoresque, pro-
pre à édifier la conscience publique sur
les voies et moyens employés .à obtenir —
et à maintenir — la condamnation de
1894.
Je ne pousse point F esprit de parti jus-
qu'à supposer que ces manifestations in-
cohérentes soient telles en fesprit de leur
auteur. Pour lui. évidemment, elles re-
présentent quelque chose; elles se relient
d un kl... je n'ose pas dire d'un fil d'arai-
gnée
Ainsi, dans les asiles, à l'écart sur un
banc, la craie ou le crayon en main, des
personnes plutdt déséquilibrées se livrent
à la recherche de t absolu. Les signes
qu'elles tracent n'ont aucune signification
pour les spécialistes, en la matière visée ;
encore moins pour le comnun des mor-
tels; écha ¡pent à tout examen comme à
tout contrôle...
D'où fierté pour le scribe; la certitude
de s m g 'nie; l'incom.,no-nsurablo- dédain
des « profanes 1) — et le sentiment d'être
méconnu, persécuté.
Mais au moins ces malheureux sont-ils
inoffensifs; non investis d'un caractère
ojiriel; étrangers aux décisiuns de la
justice.
Ils ne pourvoient pas le bagne!
Tandis que M. Bertillon, en raison d.-
sa situation, en raison de fimportance
que (sans rien y comprendre, d'ailleurs)
on attache à ses divagations, est, comme
le disait fort bien M. Paul de Leoni. l'au
tre jour, une calamité nationale, un fléau
public!
« Dangereux maniaque » — oh! certes
oui!
Car,à examiner les croquis du Voltaire ;
dans cette croyance évidemment subver-
sive que l'uniforme n'a point la magie
de conférer la science infuse, d'ouvrir
toutes grandes, à qui en est revêtu, les
portes de l'incompréhensible, on se dp-
mande avec stupeur quels indices de cul-
pabilités les juges militaires purent bien
puiser en cet amphigouri!
A la thèse raisonnable des « familles »
d écritures, M. Bertillon, comme on le
sait, devait ajouter la thèse folle des
écritures de fainille.
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère
Son schéma, en Cour d assises, avait
obtenu le plus franc, le plus légitime
succès d'hilarité. Sans exagération on en
avait ri aux larmes. Ç'avait mime été
la bonne minute de ce drame noir,
Mais le susdit escargot avait des petits
frères que le Voltaire nous met à même
d apprécier.
Cela, ce n'est point une série d'instan-
taités de la Grande roue de Paris à Pu-
sage du cinématographe: ni non plus
par l'application aes rayons X, les côtes
du grand tonneau de Heidelberg. Saluez!
c'est l'épure du sou, dite « construction
géométrique du mot intérêt ».
Cela, ce ne sont pas des esquisses de
bijoux pour Lalique, la reproduction
de joyaux barbares . ce sont des pré-
somptions qui appuient « la construction
« artificielle et kutschique du mot clef
« intérêt Il.
— Quel rapport?...
Aucun. Màis voilà tout de même pour-
quoi Dreyfus est coupable!
Et l'on songe avec une mélancolie non
exempte d'inquiétude que l'Affaire va du
coioiiel Sanaherr, mort fou, à M. Al-.
phonse Bertillon — * flèches, cœur, pan 1
/MM/ » et « feu partout! » j
C'est ce qui s appelle une garantie...
SÉVERINE.
DISTRACTION
Mon amie Zoé Séraphin est une per-
sonne très distraite. Charmante, je l'a-
voue, mais distraite, c'est évident, et il
faudrait manquer de bonne foi pour ne
pas le reconnaître, surtout après notre
aventure d'hier.
Je dis « notre » parce que, pour mon
malheur, j'accompagne souvent Mme
Séraphin dans ses courses et ses visi-
tes...
< Ah ! ne surveilles pas une femme distraite !.. »
Renoncez-y. Il n'y a pas de rôle plus
écrasant, j'ose le dire.
Pour moi, je ne suis jamais entrée
dans un salon avec Zoé sans ressentir
des battements de cœur violents : — et
pourtant, l'on doit me rendre cette jus-
tice qu'on ne saurait trouver de vigilance
plus prompte et plus empressée que la
mienne. — « Réparation de gaffes » j'ai
eu l'idée de faire graver ces mots sur mes
cartes.
Je vins donc hier chercher mon amie ;
nous devions aller voir ensemble cette
pauvre Mme Pornichon qui a perdu son
époux il y a quinze jours.
Je trouvai Zoé au désespoir : elle
venait de casser une petite cruche an-
tique qu'elle aimait infiniment: Il En en-
fonçant des clous ». Et, comme je
m'étonnais : «— Je me suis trompée,
m'expliqua-t-elle, je l'avais prise pour
un marteau! M
En route, Zoé mêla dans ses plaintes
la veuve inconsolable que nous allions
voir, et l'urne grecque qui, grâce à son
étourderie « avait vécu ».
Je dois dire qu'elle me parut atta-
cher une plus grande importance au se-
cond accident.
Nous arrivâmes. On échangea des
lamentations selon l'usage pendant dix
minutes environ. Je commençais à me
rassurer. Les louanges tombaient en
pluie sur feu M. Pornichon, alternant
avec les regrets et les doléances. Il no fut
question que de lui.
Bientôt Zoé qui s'ennuyait me parut
plongée dans une rêverie triste; elle ne
parlait plus, acquiesçant seulement aux
discours par son attitude affligée. Ses
yeux fixés regardaient un petit vase de
terre cuite, posé sur une console.
A ce moment Mme Pornichon qui
donnait des détails, s'écria : « non !
personne homme au monde ne saura jamaisquel
omme étiit M. Pornichon : ma vie est
brisée! » Et se tournant vers Mme Séra-
phin, elle répéta avec force :
« — Oui 1 brisée !.. »
Zoé qui poursuivait sans doute le fil
de ses idées répondit — et sa voix ré-
sonna da is le silence— : « Ah ! oui 1 Quel
dommage,chère Madame : c'était une si
belle cruche !.. »
Heureusement Mme Pornichon, le
front dans son mouchoir, n'entendit pas
la réponse Mais deux dames présentes
à cet entretien, se regardèrent avec effa-
rement. Pour moi, je compris qu'il était
temps de partir, et me levai Zoé me
suivit. On se répandit une dernière fois
en protestations de douloureuse sympa-
thie, et je descendais la première,lorsque
Zoé, se tournant brusquement, en per-
sonnequi veut r "*p irer un oubli, remonta
une m irch.j pour criera Mme Pornichon
- lui allait refermer la porte:
— « Et surtout n'est-ce pas, chère
Madame? m ;s bons souvenirs à votre
mari. »
MISS TOUFLE.
BALZAC
Dans ce livre extraordinaire de docu-
mentation concise, le Dictionnaire des
écrivains et des littérateurs, où M. Fré-
déric Loliée a condensé, en mille pages,
dix mille notices résumant la vie de dix
mille écrivains de tous les pays et de
tous les temps, le seul à qui M. Loliée
ait consacré une page entière, est Bal-
zac, ce génie puissant qui se dresse au
seuil du xx" siècle comme un colosse,
dont Falguières a essayé de rendre la
physionomie, après que nos confrères
de la Société des Gens de Lettres ont
accepté la ridicule responsabilité de re-
fuser t'œuvre géniale de Rodin.
Aujourd'hui on propose de porter au
Panthéon les restes du puissant créateur
de la Comédie humaine, et c'est leur vé-
ritable place.
On comprend aisément que nous ne
pouvons avoir l'outrecuidance intem-
pestive d'écrire une monographie,m m.)
incomplète, de Balzac. Il n'est pas d'é-
crivain, sauf Descartes peut-être, qui
aient été l'objet de tant de com-
mentaires, de gloses, de critiques. On a
compté en librairie seulement, plus de
trois cents volumes, parus sur l'auteur
du Lys dans la vallée.
C'est dire qu'il est à peine possible de
donner autre chose que des notes rapi-
des, recueillies à la hâte, au milieu d'une
compilation touffue, mais notes suffi-
santes, en somme, pour rappeler le sou-
venir de ce géant, dont l'ombre puis-
sante se projette avec tantd'intensité sur
tout le roman contemporain.
Car, qu'on le veuille ou non, qu'on
l'avoue, ou le dissimule, les trois quarts
de nos romanciers procédent de Balzac,
i depuis Emile Zola avec ses descriptions
merveilleuses et si réalistes, jusqu'à Paul
Bourget avec ses tranches de psychologie
truquée, en passant par Marcel Prévost,
aux observations amères sur le moral
1 : perverti de nos contemporains.
Le robuste Tourangeau eut à suppor-
ter toute sa vie une lutte acharnée con-
tre les difficultés de l'existence et ses
plus terribles ennemis furent les huis-
siers qui le pourchassaient, non sans
droit,mais sans ménagement, ni mesure.
On publiait, hier, deux lettres inédites
dans lesquelles le grand écrivain criait
sa souffrance, avouant avec une rage
altière qu'entre deux saisies, il s'était vu
sur le point de manquer de pain, n'ayant
plus de papier pour écrire, ni de bougie
pour éclairer ses travaux du soir.
On veut, aujourd'hui, porteries restes
du grand romancier au Panthéon, mais
n'aurait-il pas mieux valu l'empêcher de
mourir de faim!
Un des côtés curieux de la vie de Bal-
zac a été son désir d'être député, désir
inexaucé du reste, car les électeurs cen-
sitaires n'étaient guère plus clairvoyants
que les électeurs du suffrage universel
et les médiocrités l'emportèrent tou jours
sur les esprits indépendants et supé-
rieurs.
Balzac se présenta en 1851 dans deux
arrondissements : à Cambrai et à Angou-1
lême ; dans ces deux collèges, il ne réu- i
nit pas plus de vingt-cinq voix.
Il serait curieux de connaitre, aujour-
d'hui, quel obscur propriétaire, quel
médecin sans malades, ou quel avocat
sans causes, les électeurs préférèrent au
grand Balzac.
Eternelle histoire.
Du reste, trois ans après, Chateau-
briand se présentait, lui aussi, dans ce
même collège d'Angoulême et y échouait
avec une minorité de 96 voix sur 600
électeurs.
Mais il était dit que la jolie ville de
l'Angoumois tenterait les grands écri-
vains ; après Chateaubriand, ce fut le
tour d'Alfred de Vigny qui alla échouer,
lui aussi, à Angoulême.
Voilà une jolie plaque de marbre à pla-
cer dans une des salles du scrutin du
chef-lieu de la Charente :
« Balzac, Chateaubriand,
Alfred de Vigny,
furent battus ici.
On leur pré éra Machin,Chose
et TarLempion ».
Cola devrait consoler ceux qui n'ont
pu arriver en haut du milt de cocagne
électoral.
En i848, le suffrage universel est pro-
clamé, Balzac se met à nouveau sur les
rangs; il écrit au président du comité
une lettre d'où. je détache le passage
suivant :
« Je crois qu'il est superflu,pour tous les
hommes dont la vie et les œuvres sont pu-
bliques depuis vingt ans, de faire des pro-
fessions de foi. Il y a des hommes que les
votes vont chercher, il yen a |d autres qui
vont chercher les votes, et ceuc-ci doivent
faire apprécier leurs sentiments politiques ;
mais, quant à moi, si je n'appartiens point
par mes travaux aux 930 personnes qui,
dans notre pays en représentent ou l'intel-
ligence, ou les forces, ou la pratique du
commerce, ou la connaissance des lois. des
hommes et des affaires, le scrutin me le
dira.
cc Si je ne suis pas élu, je ne m'en plain-
drai certes pas. Je suis de ceux qui pensent
que le mandat de 1848 est, pour celui qui
1 accepte, une œuvre de dévouement à. la
France, une œuvre d'abnégation, une tâche
pleine de périls ; et, sans la trouver au-
dessus de mon courage, je puis la trouver
au-dessus de mes forces ; voilà pourquoi
je désire ne tenir mon élection que de suf-
frages entièrement volontaires et non sol-
licités. Depuis 1789 jusqu'en 1848, la France
ou Paris si vous voulez, a changé tous les
quinze ans la constitution de son gouver-
nement; n'est-il pas temps pour l'honneur
de notre pays de trouver, de fonder une
forme, un empire, une domination durable,
afin que notre prospérité, notre commerce,
nos arts qui sont la vie de notre commerce,
le crédit, la gloire, entin toutes les fortunes
de la France ne soient pas mises périodi-
quement en question ?
« En vérilé,notre histoire depuis soixante
ans, expliquerait le problème historique de
la disparition des trente Paris, dont il ne
reste que les débris sur quelques points du
globe où vont les découvrir les voyageurs
pour orner les musées et qui sont les ainés
du Paris actuel.
« Que la nouvelle république soit puis
santé et sage, car il vous faut un gouverne-
ment qui signe un bail plus long que quinze ou
dix-huit ans, au seul gré du bailleur ! Voilà
mon désir, et il est équitable à toutes les
professions de foi..,
« Veuillez agréer, etc.
« DB BALZAC. »
Balzac ne fut pas élu ; Lamartine fut
plus heureux, mais, comme si les Pari-
siens se fussent repentis d'avoir envoyé
à la Chambre l'auteur exquis des Médita-
tions, ils lui refus rent leurs suffrages
aux élections de 1849. Au surplus, Paris
a de ces caprices, de ces amours pour la
médiocrité comme le dernier des arron-
dissements. En 1874, n'a-t-on pas vu la
capitale, la « ville lumière » comme l'a
surnommée le grand poète, préférer un
certain Vautrain à Victor Hugo lui-même.
Vautrain ! qui connaîtrait ça, si Balzac
n'avait donné ce nom-là à un des per-
sonnages de ses romans.
Aussi nos députés peuvent envoyer
les cendres de Balzac, ce génie, au Pan-
théon, tous les lettrés applaudiront.
Ce sera la revanche posthume du can-
didat dédaigné, sur les ignares et les
les médiocres des suffrages d'autrefois,
si Dateils,du reste,aux suffrages d'aujour-
d'hui.
MARIE-LOUISE NÉRON.
On dit...
POUR LA PAIX
A l'occasion de la Conférence internatio-
nale do la Haye, des comités féminins se
sont formés dans toute l'Europe pour unir
leurs voeux aux travaux de ceux qui prépa-
rent la paix.
A nous qui, ne payant pas personnelle-
ment l'impôt du sanç, souffrons d'autant
plus, de la guerre que les êtres les plus
aimés, maris, frères, enfants, nous don-
nent la passive et douloureuse inquiétude
d'ignorer leur sort, sans même l'orgueil-
leuse joie du danger conçu ; à nous revient
le droit de porter la bonne parole d'apai-
sement.
De Russie, d'Allemagne, d'Anglelerre, de
Suisse, de tous les pays, de toutes les
villes, les adhésions viennent, les appels à
l'œuvre de la Paix Universelle. Les femmes
de France seront-elles en reste de ten-
dresse généreuse avec leurs sœurs du
monde entier ?
Toutes les bonnes volontés sont appelées
à se manifester, tous les noms reçus pour
cette adresse aux membres de la Confé-
rence, qui portera un gage de confrater-
nité, presque la douceur d'une présence
féminine à ceux qui travaillent pour nous,
pour ceux que nous aimons, pour la possi-
bilité, aussi, des réformes sociales — que
la guerre toujours meaace — pour l'avène-
ment du bien universel.
REINE DES FIANCÉES
Cette souveraine au titre charmant habite,
en Amérique, la ville de Los Angeles (Cali-
fornie) et se nomme Miss Lockwood.
Bien qu'elle n'ait pas encore vingt ans,
Miss Lockwood a déjà été fiancée dix-sept
fois et conserve les dix-sept anneaux.
Sérieuse, elle veut choisir entre ses pré-
tendants celui qui apportera les chances
certaines d'un bonheur durable. Les dix-
sept soupirants soupirent, en attendant
cette décision.
Miss Lockwood hésite encore, donc elle
n'aime aucun des 17. A leur place, je crain-
drais la venue de l'amoureux imprévu, ce-
lui qui plait sans qu on s'y attende, qui
passe dans les rêves des jeunes filles
comme le légendaire prince Charmant.
A la place des 17, je voudrais être le
18'.
TRADITIONS
Un événement grave, pius grave mille j
fois que l'assassinat platonique de la reine- i
régente, a mis le trouble dans Madrid. Du
moindre majo au plus illustre grand d'Es-
pagne, tous les aficionades étaient dans l'at-
tente sérieuse de la décision qu'allait pren-
dre le torero français Henri Robert.
La calle de Séville était pleine de gens
affairés qui regardaient la porte de l'hôtel
Anglais oÜ, devant ses confrères d'Espa-
gne, Henri Robert débattait un point d'im-
portance capitale :devail-il à l'exemple des
toreros espagnols avoir le visage entière-
ment rase ? pouvait-il garder sa mousta-
che? La première solution ayant paru seule
acceptable, Robert a fait le sacrifice de-
mandé. De quoi le peuple, la presse et la
Cour manifestent un véritable contente-
ment.
Une chose amusante, c'est que les jour
naux français raillent cette aventure, qui,
il y a deux mois à peine, regorgeaient d in-
formations sur la moustache de Guitry.
Vérité eu deçà des Pyrénées, erreur au-
delà.
LA GLOIRE
M. Loubet connaît la gloire, une gtotpt
tout au moins : on l'a portraicluré en tète
de pipe, comme il convient à toute bonne
célébrité.
Tous nos grands hommes furent ainsi
bustifiés de leur vivant, en terre ou en
écume. Les plâtres de Dantan ne lurent
que des têtes de pipe sur des soclos. Ils
étaient bien jolis, bien spirituels ces plâ-
tres, plus rares maintenant que les che-
veux de Billot, que les idées neuves de
Barrès.
Seules entre les femmes, Rachel, Geer.-a
Sand et notre grande Sarah connurent les
gloires de la tête de pipe, cette ultime ma-
n ireslallon de la. célébrité.
DANS LES MINISTÈRES
Le ministre des colonies et Mme Guillaia
donneront demain une soirée sur invita-
tion.
Les membres du Parlement sont priés de
considérer le présent avis comme une in-
vitation pour eux et leur famille.
DANS LES EGLISES
Hier matin a été célébré dans la plus
stricte intimité, à la chapelle des domini-
cains de la ruo du Faubourg-Saint-Honoré,
un service anniversaire pour le repos de
l'Arne de la. duchesse d'Alençon, morte vio-
time de l'incendie du Bazar de la Charité.
Le duo d'Alençon, le duc et la duchesse
de Chartres, le duc et la duchesse de Ven-
dôme, le prince Jean d'Ortéans.ta princesse
Alphonse de Bavière, le marquis de Villan-
ger, représentant la reine Isabelle de Na-
ples, MM. de Marchegay, le baron Tristan
Lambert, le marquis de Dam pierre, le
comte Albert de Mun, de Larmazelle, André
Buffet, Charles Bocher, etc., assistaient à
cette cérémonie.
La messe a été dite par le père Boulanger
qui a prononcé un sermon dans lequel il a
rappelé la terrible catastrophe du Bazar de
la Charité et parlé des liens que la foi crée
entre les vivants et leurs parents disparus.
UN PEU PARTOUT
M. le Président de la Répuolique assts-
tera, le mardi 9 mai 1899, à l'inauguratioa
desnouveaux bâtiments de l'école Braille,
dont la remise officielle sera faite il M. de
Selves. préfet de la Seine, par M. le séna-
teur Waldeck-Rousseau, président de la
Société.
Cette cérémonie aura lieu à Saint-Mandé,
7, rue Mongenot, à deux heures très pré-
cises.
—o—
Le général Loizillon, ancien ministre de
la guerre,est mort hier en son château des
Hauts Bouillants à DammarÍe les Lys, d'une
attaque de paralysie générale.
Les obsèques du général Loizillon, an-
cien ministre de la guerre, auront lieu
demain, à dix heures trois quarts, à Dam-
marie-les-Lys, près Melun.
Un train partira de la gare de Lyon à neuf
trente-cinq du matin.
Les personnes qui n'auraient pas reçu
de lettre de faire-part, sont priées de consi-
dérer la présente comme une invitation.
—o—
M. de Hérédia, ancien Iministre,traversai'
hier matin vers onze heures l'avenue de
Wagram, quand il fut renversé par une
voiture de grande remise qui descendait
l'avenue à toute allure.
Atteint au côté droit par un des brancards
de la voiture, M. de Hérédia tomba sous le3
roues qui lui passèrent sur les jambes.
Après avoir reçu des soins dans une
pharmacie, M. de Héredia, dont l'état est
grave, a été transporté à son domicile,
117 bis, rue de Courcelles.
—o—
M. Blanc, préfet de police, a donné mer.
credi soir, un grand dîner, auquel assis-
taient MM. Dupuy, président du conseil,
Jules Legrand. sous-secrétaire d'Etat à l'in-
térieur; Manau, procureur général; Luci-
fiia, président du Conseil municipal; Thuil.
ier, président du Conseil général ; Bau-
douin, président du tribunal civil ; les colo-
nels des pompiers, de la garde républi-
caine, de la gendarmerie; Viguié, directeur
de la Sûreté général; Adrien Dupuy, Pui-
baraud, Touny, Pujalet, Collignon, Du-
flos, etc. Une brillante réception a suivi ce
diner.
—o—
La fête d'inauguration de la statue de La-
martine adolescent aura lieu à Belley la
22 mai.
M. André Theuriet représentera l'Acadé-
mie française.
—o—
Le banquet annuel de l'Association am1-
cale des postes et télégraphes aura lieu di-
manche prochain, 7 HAtel Moderne.
M. Delombre, ministre du commerce, y as-
sistera ainsi que MM. Coulon, vice-prési-
dent du conseil d'Etat, de Selves, préfet de
la Seine, Cochery, ancien ministre des pos-
tes, etc. Le banquet sera suivi d'un bal.
—o—
Le jeudi 25mai, à dix heures et demie do
matin, la Société du Souvenir Français fera
célébrer, à Notre-Dame de Paris, le service
funèbre annuel pour les soldats et marina
morts au service de la France .
L'oraison funèbre sera prononcée par Mgp
Pagès, évêque de Verdun.
—o—
La Ligue auvergnate donnera son grand
banquet dimanche prochain, 7 mai, à sept
heures du soir, au Salon lies Familles 40 et
42 avenue de Saint-Mandé, sous la prési-
dence de M. Melchissédec, de l'Opéra. De
très nombreux sénateurs, députés et con-
seillers municipaux assisteront au banquet.
Le gouvernement y sera représenté par
M. Edouard Lockroy, ministre de la marine.
Le banquet sera suivi de bal.
On trouve des cartes au siège social de
la Ligue auvergnate, t3, boulevard Beau-
marchais.
—o—
L'inhumation de M. André Laferriôre,
fils du gouverneur général de l'Algérie, qui
a succombé à la fièvre typhoïde à son arri-
vée à Alger, a eu lieu hier, à neuf heures
et demie, au Père-Lachaise.
La cérémonie, très intime, avait réuni
autour du gouverneur général de l'Algérie
quelques connaissances personnelles, et
que des amis du défunt, M. de Peyrimhoti,
chef du cabinet de M. Laferrière, ainsi que
l'officier d'ordonnance du gouverneur gé-
néral. Aucune invitation n avait été faite
et tout s'est passé dans la plus stricte ulh-
mité.
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Toutes les communications relatives à
la rédaction doivent ôtre_ envoyées à Mme
Emmy Four nier, rédactrice en chef de la
FRONDE.
La Fronde est LE SEUL JOURNAL
ayant un SUPPLÉMENT TOUS LES
JOURS.
Ce supplément traite :
Le Lundi. — Des Nouvelles et Cor-
respondances de l'Etranger ;
Le Mardi. — Des Questions de Mu-
tualité et d'Assistance;
Le Mercredi. — Des Sciences Oc-
cultes, Spiritualisme, Chiromancie, Nou-
velles Découvertes, etc. :
Le Jeudi. — De Causerie littéraire et
Revues, Jeux et Sports ;
Le Vendredi. — De Mode, de Re-
cettes, de Ménage, de Médecine prati-
que.
Le Samedi. — Des choses de 1 Ensei-
gnement.
Le Dimanche. — De toutes les Ques-
tions posées par les Lecteurs pendant la
semaine, questions auxquelles il est ré-
pondu gratuitement.
Ce supplément devra être délivré
gratuitement à tous les acheteurs de la
FRONDE, qui sont priés de le récla-
mer chez tous les marchands de jour-
naux.
Aujourd'hui
Vendredi 5 mai
A la Chambre (séance 6t), discussion du projet
de loi sur les conditions du travail.
Au Conseil municipal, séance publique à
3 heures.
Courses à Maisons-Larfttle.
En Russie, fête de Saint-Georges.
Mairie du 1- arrondissement, à 5 h. cours de
pisciculture par M. Jusset de Bellesme.
Salle du Commerce, à 8 h. réunion du sous-
comité de propagande de la grève générale.
Salle Gillet, à 9 h. du soir, réunion du conseil
syndical de l'Union des Employés des Coopéra-
tives ouvrières.
Finies aux Musée* dts Louvre, du Luxembourg,
de 9 h. à 5 h. Cluny de Il h. à 5 h. Guimet et
Galliera de midi à 5 h. Palais de Justice, de 11
à 4 h. HÓtel-de-Yille, de 2 à 3 h. Vonnaie, de
midi à 3 heures. Trésor de Notre-Dame, Sainte-
Chapelle et Panthéon, de 10 à 4 h. Invalides,
musée et tombeau de midi à 3 h. Jardin des
Plantes, la ménagerie de 11 à 5 h., galerie d'his-
toire naturelle, de Il à 3 h. Aquarium ail Troca-
dero, de 9 à 11 h. et de 1 à 4 h. Palais de Saint-
Germain, de 10 h. 112 à 4 h. Palais de Fontaine-
bleau, de 11 à 4 h. Versailles : le Palais et les
TriMons, de 11 à 5 h. Le Jeu de Paume, de midi
à 4 heures.
Voir an Supplément les Cours
et Conférences d'aujourd'hui.
Pro domo mea
Je vais, — pour une fois, — parler de
moi, ou plutôt de mon œuvre,à mes chers
lecteurs de la Fronde. Mes circonstances
atténuantes sont, d'une part, l'aimable
intérêt qu'ils veulent bien me témoigner,
d'autre part, ce fait que le roman dont
je compte les entretenir a paru ici m 'me,
et que, par conséquent, ils sauront de
quoi il s'agit
La critique prend la peine de discuter
a la thèse Il qu'elle aperçoit dans Au delà
de VAmour. Je tiens essentiellement à
affirmer, et surtout à prouver, — ce qui
me sera facile, — que ce livre ne con-
tient aucune thèse,et que sa forme même
s'oppose à toute idée de thèse
Cette forme est autobiographique. Le
comte Bernard de Parmain, se trouvant
dans une situation des plus angoissantes
qui aient jamais étreint une conscience
et un cœur d'homme, se demande com-
ment il doit agir. Pour déterminer l'acte
— de vengeance,de pardon, d'abnégation
ou de droit strict, — qui résoudra cette
situation, il récapitule toute la série de
sentiments et tout l'enchaînement des
circonstances qui l'y ont amené.
Ce récit, doublé de la plus scrupuleuse
analyse sentimentale, constitue le ro-
man.
Rien n'est omis dans les souvenirs de
Bernard, tant il a conscience que la
moindre donnée manquant au redou-
table problème pourrait en fausser le
résultat. Il le ditet le répète, afin d'éviter
l'équîvoque :
« Est-ce pour pressentir, par l'analyse
de ma situation morale, la décision où
elle se résoudra, que je prends la plume?
Un irrésistible besoin me saisit de tout
me rappeler, de dresser le bilan de mon
désastre. Pourquoi? Il y a le désir de
voir clair en moi-même, de reculer par
cet examen l'acte irréparable, de me dé-
terminer autant que possible par le rai-
sonnement. Il y a aussi l'orgueil de me
justifier. » (page 2)
Et ailleurs :
« Entrerai-je dans ces mystérieux do-
maines? Vais-je poursuivre le secret de
ma misère jusque dans ces régions
basses d'où l'on sort la rougeur au front
et le silence aux lèvres ?... Oui,car je fus
coupable Ah! je ne puis pas autre-
ment que de le croire, beaucoup de ma
peine actuelle vient de là. Si ma faute
d'alors ne fut pas le mauvais germe qui
leva ensuite en moisson de douleur, si
elle ne devint pas cause directe dans les
événements qui suivirent, du moins elle
doit me rendre ciroonspect dans mes
jugements et dans mes décisions »
(Pages 72 et 82).
Est-ce ici le langage d'un être qui veut
donner sa résolution finale en exemple,
et faire de sa conduite le texte d'une
thèse? A supposer que mon héros ait
cette fatuité de prétendre agir, dans des
circonstances données, de la façon la
plus moralement juste et nécessaire, en-
core faudrait-il que les gens à qui il se
proposerait comme exemple fussent pla-
cés dans les mêmes et absolument iden-
tiques circonstances. Ajoutons que ces
mMnomlk davriiaot ew-m avoir on carac.
tère semblable à celui de Bernard de
Parmain. Car j'imagine que, sinon de-
vant les lois humaines, au moins dans
le domaine de l'analyse psychologique,
le caractère d'un être est la principale
mesure de la valeur morale de ses
actes.
Si vous réduisez les prétentions théo-
riques de mon livre à tous les hommes
doués des mêmes facultés sensuelles et
sentimentales, de la même éducation, de
la même hérédité que mon héros, et ve-
nant de traverser la même série d'émo-
tions et d'expériences, j'accorde qu'on
pourra m'imputer ces prétentions.
Mais alors,ma fameuse thèse se réduit,
dans l'application, à un cas particulier,
car un tel concours d'éléments ne se ren-
contrerait pas deux fois parmi des mil-
liards d'existences.
Un cas particulier... parfaitement.
Voilà ce que je voulais démontrer.
Le roman gagnerait peut-être en inté-
rêt à présenter une crise d'âme plus gé-
nérale. Mais, d'abord, ceci est une autre
question. Ensuite, y a-t-il des crises
d'àme générales?
Un illustre médecin a dit : « Il n'y a
pas de maladies, il n'y a que des ma-
lades.
Parodiantce mot si juste,je déclarerais
volontiers : « Il n'y a pas d'actes moraux
ou immoraux, il n'y a que des états de
conscience. »
Ainsi que la môme cause morbide
physique déterminera chez un sujet une
simple indisposition, chez un autre une
affection mortelle et chez un troisième
une réaction préservatrice, ainsi la
même cause morbide morale amènera
chez trois êtres différents, soit un ma-
laise, soit une impulsion criminelle, soit
une révolte honnête et victorieuse.
Le docteur inocule un virus à un ani-
mal et en suit curieusement tous les
effets à travers l'organisme.
Le psychologue place un caractère
donné dans une situation morale don-
née, et le fait évoluer suivant une logi-
que qui. plus ou moins juste et précise,
donnera plus ou moins de valeur à
son œuvre.
Le savant cherche des lois générales
en multipliant les expériences particu-
lières. Mais si,par une curiosité spéciale,
il s'attache à l'étude d'un cas rare, on
aurait tort de combattre ses conclusions
sous prétexte qu'elles ne s'appliquent
pas à tout le monde.
Ce Bernard de Parm.un qui, ayant
cessé d'aimer sa femme et repris pour
elle de ce qu'il considère lui-même
comme un caprice provoqué par la ja-
lousie, ne considère pas que ce senti-
ment lui donne des droits équivalents à
ses droits légaux, ne se croit pas auto-
risé à confisquer pour jamais la facilité
de vivre, d'aimer encore, de chercher le
bonheur qui appartient à cette femme,
n'est évidemment pas un mari comme il
y en a beaucoup. Mais se propose-t-il
en exemple? Offre-t-il comme une th se
la résolution à laquelle il est arrivé à
travers des luttes, des réflexions, des
circonstances tellement particulières? ..
Il dit de lui-même, à la dernière page :
« Suis-je vil ?.. insensé ?.. ou sublime?..
Je l'ignore. »
Peut-on se montrer moins dogmati-
que?
Comment !.. Je considère comme telle-
ment exceptionnelle la décision pré
vue par moi de mon héros, que j'accu-
mule toutes les raisons matérielles et
i morales assez urgentes pour l'y ame-
ner. Je lui suppose le caractère qui se
prêtera à un pareil dénouement. Je me
préoccupe même de lui donner une pro-
fession qui s'accorde avec sa façon de
concevoir la vie.
Ne souriez pas. J'ai mon témoin. Je
voulais faire de mon Bernard de Par-
main un astronome,et j'en ai été détour-
née par le plus aimable de nos jeunes
savants, M. Deslandres, sous-directeur
de l'Observatoire de Meudon. Comme je
le consultais sur les tendances des astro-
nomes à l'idéalisme, à la sentimentalité
et à l'abnégation, il m'a conseillé de
prêter plutôt ces qualités — ou ces dé-
fauts — à un marin.
Malgré leur habitude de considérer
les astres, il parait que les astronomes
ont à pratiquer sans cesse des calculs
un peu desséchants. M. Deslandres m'af-
firma que je trouverais plus de res-
sources d'illusion, de naïveté et de sacri-
fice chez un homme de mer. Et voici
pourquoi le mari de Jaqueline est lieu-
tenant de vaisseau.
Allez donc m'accuser de faire une
thèse àpplicable à tous les maris, quand
je la restreins à une passerelle de navire,
sans oser la loger sous la coupole d'un
observatoire !
Le monde est bien injuste !
Et maintenant que je me suis défen-
due, je vais me confesser.
Il y a dans Au delà de l'Amour, non
pas la une thèse, mais une étude : celle de
a décroissaioede l'amour dans uu cœur
fait pour la fidélité. Aimer toujours ne
nous est pas donné, même quand nous
le souhaitons de toutes nos forces, même
quand nulle image tentatrice ne nous dé-
tourne de l'image adorée et pâlissante.
C'est peut-être cequ'il y ade plus dou-
loureux dans la passion. Pour certains
cœurs, cesser d'aimer est plus déchirant
que de cesser d'être aimé. Ils sont rares.
Plus rares encore sont ceux qu'un tel
martyre porte à l'indulgence, par le sen-
timent de fatalité dont il les emplit.
C'est dire que les souffrances de mon
héros et sa conduite « au delà de l'a.
mour », ne sont pas d'une humanité vul-
gaire. et crue ie me suis bien gardée d'en
faire une thèse.
DANIEL LESUEUR.
Les ouvrières typographes cher-
chant du travail sont priées de s'adres-
ser au siège provisoire du nouveau
Syndicatdes femmes typographes, à
l'atelier de composition du journal la
FRONDE, 14. ne Saint-Georges.
NOTES D'UNE
FRONDEUSE
A la douche!
Parmi les petites joies du matin, il en
est une fort succulente : c'est de suivre,
dans le Voltaire, la série des reproduc-
tions dhiéroglyphes de M. Alphonse Ber-
tillon.
Rien davantage n'est pittoresque, pro-
pre à édifier la conscience publique sur
les voies et moyens employés .à obtenir —
et à maintenir — la condamnation de
1894.
Je ne pousse point F esprit de parti jus-
qu'à supposer que ces manifestations in-
cohérentes soient telles en fesprit de leur
auteur. Pour lui. évidemment, elles re-
présentent quelque chose; elles se relient
d un kl... je n'ose pas dire d'un fil d'arai-
gnée
Ainsi, dans les asiles, à l'écart sur un
banc, la craie ou le crayon en main, des
personnes plutdt déséquilibrées se livrent
à la recherche de t absolu. Les signes
qu'elles tracent n'ont aucune signification
pour les spécialistes, en la matière visée ;
encore moins pour le comnun des mor-
tels; écha ¡pent à tout examen comme à
tout contrôle...
D'où fierté pour le scribe; la certitude
de s m g 'nie; l'incom.,no-nsurablo- dédain
des « profanes 1) — et le sentiment d'être
méconnu, persécuté.
Mais au moins ces malheureux sont-ils
inoffensifs; non investis d'un caractère
ojiriel; étrangers aux décisiuns de la
justice.
Ils ne pourvoient pas le bagne!
Tandis que M. Bertillon, en raison d.-
sa situation, en raison de fimportance
que (sans rien y comprendre, d'ailleurs)
on attache à ses divagations, est, comme
le disait fort bien M. Paul de Leoni. l'au
tre jour, une calamité nationale, un fléau
public!
« Dangereux maniaque » — oh! certes
oui!
Car,à examiner les croquis du Voltaire ;
dans cette croyance évidemment subver-
sive que l'uniforme n'a point la magie
de conférer la science infuse, d'ouvrir
toutes grandes, à qui en est revêtu, les
portes de l'incompréhensible, on se dp-
mande avec stupeur quels indices de cul-
pabilités les juges militaires purent bien
puiser en cet amphigouri!
A la thèse raisonnable des « familles »
d écritures, M. Bertillon, comme on le
sait, devait ajouter la thèse folle des
écritures de fainille.
Si ce n'est toi, c'est donc ton frère
Son schéma, en Cour d assises, avait
obtenu le plus franc, le plus légitime
succès d'hilarité. Sans exagération on en
avait ri aux larmes. Ç'avait mime été
la bonne minute de ce drame noir,
Mais le susdit escargot avait des petits
frères que le Voltaire nous met à même
d apprécier.
Cela, ce n'est point une série d'instan-
taités de la Grande roue de Paris à Pu-
sage du cinématographe: ni non plus
par l'application aes rayons X, les côtes
du grand tonneau de Heidelberg. Saluez!
c'est l'épure du sou, dite « construction
géométrique du mot intérêt ».
Cela, ce ne sont pas des esquisses de
bijoux pour Lalique, la reproduction
de joyaux barbares . ce sont des pré-
somptions qui appuient « la construction
« artificielle et kutschique du mot clef
« intérêt Il.
— Quel rapport?...
Aucun. Màis voilà tout de même pour-
quoi Dreyfus est coupable!
Et l'on songe avec une mélancolie non
exempte d'inquiétude que l'Affaire va du
coioiiel Sanaherr, mort fou, à M. Al-.
phonse Bertillon — * flèches, cœur, pan 1
/MM/ » et « feu partout! » j
C'est ce qui s appelle une garantie...
SÉVERINE.
DISTRACTION
Mon amie Zoé Séraphin est une per-
sonne très distraite. Charmante, je l'a-
voue, mais distraite, c'est évident, et il
faudrait manquer de bonne foi pour ne
pas le reconnaître, surtout après notre
aventure d'hier.
Je dis « notre » parce que, pour mon
malheur, j'accompagne souvent Mme
Séraphin dans ses courses et ses visi-
tes...
< Ah ! ne surveilles pas une femme distraite !.. »
Renoncez-y. Il n'y a pas de rôle plus
écrasant, j'ose le dire.
Pour moi, je ne suis jamais entrée
dans un salon avec Zoé sans ressentir
des battements de cœur violents : — et
pourtant, l'on doit me rendre cette jus-
tice qu'on ne saurait trouver de vigilance
plus prompte et plus empressée que la
mienne. — « Réparation de gaffes » j'ai
eu l'idée de faire graver ces mots sur mes
cartes.
Je vins donc hier chercher mon amie ;
nous devions aller voir ensemble cette
pauvre Mme Pornichon qui a perdu son
époux il y a quinze jours.
Je trouvai Zoé au désespoir : elle
venait de casser une petite cruche an-
tique qu'elle aimait infiniment: Il En en-
fonçant des clous ». Et, comme je
m'étonnais : «— Je me suis trompée,
m'expliqua-t-elle, je l'avais prise pour
un marteau! M
En route, Zoé mêla dans ses plaintes
la veuve inconsolable que nous allions
voir, et l'urne grecque qui, grâce à son
étourderie « avait vécu ».
Je dois dire qu'elle me parut atta-
cher une plus grande importance au se-
cond accident.
Nous arrivâmes. On échangea des
lamentations selon l'usage pendant dix
minutes environ. Je commençais à me
rassurer. Les louanges tombaient en
pluie sur feu M. Pornichon, alternant
avec les regrets et les doléances. Il no fut
question que de lui.
Bientôt Zoé qui s'ennuyait me parut
plongée dans une rêverie triste; elle ne
parlait plus, acquiesçant seulement aux
discours par son attitude affligée. Ses
yeux fixés regardaient un petit vase de
terre cuite, posé sur une console.
A ce moment Mme Pornichon qui
donnait des détails, s'écria : « non !
personne homme au monde ne saura jamaisquel
omme étiit M. Pornichon : ma vie est
brisée! » Et se tournant vers Mme Séra-
phin, elle répéta avec force :
« — Oui 1 brisée !.. »
Zoé qui poursuivait sans doute le fil
de ses idées répondit — et sa voix ré-
sonna da is le silence— : « Ah ! oui 1 Quel
dommage,chère Madame : c'était une si
belle cruche !.. »
Heureusement Mme Pornichon, le
front dans son mouchoir, n'entendit pas
la réponse Mais deux dames présentes
à cet entretien, se regardèrent avec effa-
rement. Pour moi, je compris qu'il était
temps de partir, et me levai Zoé me
suivit. On se répandit une dernière fois
en protestations de douloureuse sympa-
thie, et je descendais la première,lorsque
Zoé, se tournant brusquement, en per-
sonnequi veut r "*p irer un oubli, remonta
une m irch.j pour criera Mme Pornichon
- lui allait refermer la porte:
— « Et surtout n'est-ce pas, chère
Madame? m ;s bons souvenirs à votre
mari. »
MISS TOUFLE.
BALZAC
Dans ce livre extraordinaire de docu-
mentation concise, le Dictionnaire des
écrivains et des littérateurs, où M. Fré-
déric Loliée a condensé, en mille pages,
dix mille notices résumant la vie de dix
mille écrivains de tous les pays et de
tous les temps, le seul à qui M. Loliée
ait consacré une page entière, est Bal-
zac, ce génie puissant qui se dresse au
seuil du xx" siècle comme un colosse,
dont Falguières a essayé de rendre la
physionomie, après que nos confrères
de la Société des Gens de Lettres ont
accepté la ridicule responsabilité de re-
fuser t'œuvre géniale de Rodin.
Aujourd'hui on propose de porter au
Panthéon les restes du puissant créateur
de la Comédie humaine, et c'est leur vé-
ritable place.
On comprend aisément que nous ne
pouvons avoir l'outrecuidance intem-
pestive d'écrire une monographie,m m.)
incomplète, de Balzac. Il n'est pas d'é-
crivain, sauf Descartes peut-être, qui
aient été l'objet de tant de com-
mentaires, de gloses, de critiques. On a
compté en librairie seulement, plus de
trois cents volumes, parus sur l'auteur
du Lys dans la vallée.
C'est dire qu'il est à peine possible de
donner autre chose que des notes rapi-
des, recueillies à la hâte, au milieu d'une
compilation touffue, mais notes suffi-
santes, en somme, pour rappeler le sou-
venir de ce géant, dont l'ombre puis-
sante se projette avec tantd'intensité sur
tout le roman contemporain.
Car, qu'on le veuille ou non, qu'on
l'avoue, ou le dissimule, les trois quarts
de nos romanciers procédent de Balzac,
i depuis Emile Zola avec ses descriptions
merveilleuses et si réalistes, jusqu'à Paul
Bourget avec ses tranches de psychologie
truquée, en passant par Marcel Prévost,
aux observations amères sur le moral
1 : perverti de nos contemporains.
Le robuste Tourangeau eut à suppor-
ter toute sa vie une lutte acharnée con-
tre les difficultés de l'existence et ses
plus terribles ennemis furent les huis-
siers qui le pourchassaient, non sans
droit,mais sans ménagement, ni mesure.
On publiait, hier, deux lettres inédites
dans lesquelles le grand écrivain criait
sa souffrance, avouant avec une rage
altière qu'entre deux saisies, il s'était vu
sur le point de manquer de pain, n'ayant
plus de papier pour écrire, ni de bougie
pour éclairer ses travaux du soir.
On veut, aujourd'hui, porteries restes
du grand romancier au Panthéon, mais
n'aurait-il pas mieux valu l'empêcher de
mourir de faim!
Un des côtés curieux de la vie de Bal-
zac a été son désir d'être député, désir
inexaucé du reste, car les électeurs cen-
sitaires n'étaient guère plus clairvoyants
que les électeurs du suffrage universel
et les médiocrités l'emportèrent tou jours
sur les esprits indépendants et supé-
rieurs.
Balzac se présenta en 1851 dans deux
arrondissements : à Cambrai et à Angou-1
lême ; dans ces deux collèges, il ne réu- i
nit pas plus de vingt-cinq voix.
Il serait curieux de connaitre, aujour-
d'hui, quel obscur propriétaire, quel
médecin sans malades, ou quel avocat
sans causes, les électeurs préférèrent au
grand Balzac.
Eternelle histoire.
Du reste, trois ans après, Chateau-
briand se présentait, lui aussi, dans ce
même collège d'Angoulême et y échouait
avec une minorité de 96 voix sur 600
électeurs.
Mais il était dit que la jolie ville de
l'Angoumois tenterait les grands écri-
vains ; après Chateaubriand, ce fut le
tour d'Alfred de Vigny qui alla échouer,
lui aussi, à Angoulême.
Voilà une jolie plaque de marbre à pla-
cer dans une des salles du scrutin du
chef-lieu de la Charente :
« Balzac, Chateaubriand,
Alfred de Vigny,
furent battus ici.
On leur pré éra Machin,Chose
et TarLempion ».
Cola devrait consoler ceux qui n'ont
pu arriver en haut du milt de cocagne
électoral.
En i848, le suffrage universel est pro-
clamé, Balzac se met à nouveau sur les
rangs; il écrit au président du comité
une lettre d'où. je détache le passage
suivant :
« Je crois qu'il est superflu,pour tous les
hommes dont la vie et les œuvres sont pu-
bliques depuis vingt ans, de faire des pro-
fessions de foi. Il y a des hommes que les
votes vont chercher, il yen a |d autres qui
vont chercher les votes, et ceuc-ci doivent
faire apprécier leurs sentiments politiques ;
mais, quant à moi, si je n'appartiens point
par mes travaux aux 930 personnes qui,
dans notre pays en représentent ou l'intel-
ligence, ou les forces, ou la pratique du
commerce, ou la connaissance des lois. des
hommes et des affaires, le scrutin me le
dira.
cc Si je ne suis pas élu, je ne m'en plain-
drai certes pas. Je suis de ceux qui pensent
que le mandat de 1848 est, pour celui qui
1 accepte, une œuvre de dévouement à. la
France, une œuvre d'abnégation, une tâche
pleine de périls ; et, sans la trouver au-
dessus de mon courage, je puis la trouver
au-dessus de mes forces ; voilà pourquoi
je désire ne tenir mon élection que de suf-
frages entièrement volontaires et non sol-
licités. Depuis 1789 jusqu'en 1848, la France
ou Paris si vous voulez, a changé tous les
quinze ans la constitution de son gouver-
nement; n'est-il pas temps pour l'honneur
de notre pays de trouver, de fonder une
forme, un empire, une domination durable,
afin que notre prospérité, notre commerce,
nos arts qui sont la vie de notre commerce,
le crédit, la gloire, entin toutes les fortunes
de la France ne soient pas mises périodi-
quement en question ?
« En vérilé,notre histoire depuis soixante
ans, expliquerait le problème historique de
la disparition des trente Paris, dont il ne
reste que les débris sur quelques points du
globe où vont les découvrir les voyageurs
pour orner les musées et qui sont les ainés
du Paris actuel.
« Que la nouvelle république soit puis
santé et sage, car il vous faut un gouverne-
ment qui signe un bail plus long que quinze ou
dix-huit ans, au seul gré du bailleur ! Voilà
mon désir, et il est équitable à toutes les
professions de foi..,
« Veuillez agréer, etc.
« DB BALZAC. »
Balzac ne fut pas élu ; Lamartine fut
plus heureux, mais, comme si les Pari-
siens se fussent repentis d'avoir envoyé
à la Chambre l'auteur exquis des Médita-
tions, ils lui refus rent leurs suffrages
aux élections de 1849. Au surplus, Paris
a de ces caprices, de ces amours pour la
médiocrité comme le dernier des arron-
dissements. En 1874, n'a-t-on pas vu la
capitale, la « ville lumière » comme l'a
surnommée le grand poète, préférer un
certain Vautrain à Victor Hugo lui-même.
Vautrain ! qui connaîtrait ça, si Balzac
n'avait donné ce nom-là à un des per-
sonnages de ses romans.
Aussi nos députés peuvent envoyer
les cendres de Balzac, ce génie, au Pan-
théon, tous les lettrés applaudiront.
Ce sera la revanche posthume du can-
didat dédaigné, sur les ignares et les
les médiocres des suffrages d'autrefois,
si Dateils,du reste,aux suffrages d'aujour-
d'hui.
MARIE-LOUISE NÉRON.
On dit...
POUR LA PAIX
A l'occasion de la Conférence internatio-
nale do la Haye, des comités féminins se
sont formés dans toute l'Europe pour unir
leurs voeux aux travaux de ceux qui prépa-
rent la paix.
A nous qui, ne payant pas personnelle-
ment l'impôt du sanç, souffrons d'autant
plus, de la guerre que les êtres les plus
aimés, maris, frères, enfants, nous don-
nent la passive et douloureuse inquiétude
d'ignorer leur sort, sans même l'orgueil-
leuse joie du danger conçu ; à nous revient
le droit de porter la bonne parole d'apai-
sement.
De Russie, d'Allemagne, d'Anglelerre, de
Suisse, de tous les pays, de toutes les
villes, les adhésions viennent, les appels à
l'œuvre de la Paix Universelle. Les femmes
de France seront-elles en reste de ten-
dresse généreuse avec leurs sœurs du
monde entier ?
Toutes les bonnes volontés sont appelées
à se manifester, tous les noms reçus pour
cette adresse aux membres de la Confé-
rence, qui portera un gage de confrater-
nité, presque la douceur d'une présence
féminine à ceux qui travaillent pour nous,
pour ceux que nous aimons, pour la possi-
bilité, aussi, des réformes sociales — que
la guerre toujours meaace — pour l'avène-
ment du bien universel.
REINE DES FIANCÉES
Cette souveraine au titre charmant habite,
en Amérique, la ville de Los Angeles (Cali-
fornie) et se nomme Miss Lockwood.
Bien qu'elle n'ait pas encore vingt ans,
Miss Lockwood a déjà été fiancée dix-sept
fois et conserve les dix-sept anneaux.
Sérieuse, elle veut choisir entre ses pré-
tendants celui qui apportera les chances
certaines d'un bonheur durable. Les dix-
sept soupirants soupirent, en attendant
cette décision.
Miss Lockwood hésite encore, donc elle
n'aime aucun des 17. A leur place, je crain-
drais la venue de l'amoureux imprévu, ce-
lui qui plait sans qu on s'y attende, qui
passe dans les rêves des jeunes filles
comme le légendaire prince Charmant.
A la place des 17, je voudrais être le
18'.
TRADITIONS
Un événement grave, pius grave mille j
fois que l'assassinat platonique de la reine- i
régente, a mis le trouble dans Madrid. Du
moindre majo au plus illustre grand d'Es-
pagne, tous les aficionades étaient dans l'at-
tente sérieuse de la décision qu'allait pren-
dre le torero français Henri Robert.
La calle de Séville était pleine de gens
affairés qui regardaient la porte de l'hôtel
Anglais oÜ, devant ses confrères d'Espa-
gne, Henri Robert débattait un point d'im-
portance capitale :devail-il à l'exemple des
toreros espagnols avoir le visage entière-
ment rase ? pouvait-il garder sa mousta-
che? La première solution ayant paru seule
acceptable, Robert a fait le sacrifice de-
mandé. De quoi le peuple, la presse et la
Cour manifestent un véritable contente-
ment.
Une chose amusante, c'est que les jour
naux français raillent cette aventure, qui,
il y a deux mois à peine, regorgeaient d in-
formations sur la moustache de Guitry.
Vérité eu deçà des Pyrénées, erreur au-
delà.
LA GLOIRE
M. Loubet connaît la gloire, une gtotpt
tout au moins : on l'a portraicluré en tète
de pipe, comme il convient à toute bonne
célébrité.
Tous nos grands hommes furent ainsi
bustifiés de leur vivant, en terre ou en
écume. Les plâtres de Dantan ne lurent
que des têtes de pipe sur des soclos. Ils
étaient bien jolis, bien spirituels ces plâ-
tres, plus rares maintenant que les che-
veux de Billot, que les idées neuves de
Barrès.
Seules entre les femmes, Rachel, Geer.-a
Sand et notre grande Sarah connurent les
gloires de la tête de pipe, cette ultime ma-
n ireslallon de la. célébrité.
DANS LES MINISTÈRES
Le ministre des colonies et Mme Guillaia
donneront demain une soirée sur invita-
tion.
Les membres du Parlement sont priés de
considérer le présent avis comme une in-
vitation pour eux et leur famille.
DANS LES EGLISES
Hier matin a été célébré dans la plus
stricte intimité, à la chapelle des domini-
cains de la ruo du Faubourg-Saint-Honoré,
un service anniversaire pour le repos de
l'Arne de la. duchesse d'Alençon, morte vio-
time de l'incendie du Bazar de la Charité.
Le duo d'Alençon, le duc et la duchesse
de Chartres, le duc et la duchesse de Ven-
dôme, le prince Jean d'Ortéans.ta princesse
Alphonse de Bavière, le marquis de Villan-
ger, représentant la reine Isabelle de Na-
ples, MM. de Marchegay, le baron Tristan
Lambert, le marquis de Dam pierre, le
comte Albert de Mun, de Larmazelle, André
Buffet, Charles Bocher, etc., assistaient à
cette cérémonie.
La messe a été dite par le père Boulanger
qui a prononcé un sermon dans lequel il a
rappelé la terrible catastrophe du Bazar de
la Charité et parlé des liens que la foi crée
entre les vivants et leurs parents disparus.
UN PEU PARTOUT
M. le Président de la Répuolique assts-
tera, le mardi 9 mai 1899, à l'inauguratioa
desnouveaux bâtiments de l'école Braille,
dont la remise officielle sera faite il M. de
Selves. préfet de la Seine, par M. le séna-
teur Waldeck-Rousseau, président de la
Société.
Cette cérémonie aura lieu à Saint-Mandé,
7, rue Mongenot, à deux heures très pré-
cises.
—o—
Le général Loizillon, ancien ministre de
la guerre,est mort hier en son château des
Hauts Bouillants à DammarÍe les Lys, d'une
attaque de paralysie générale.
Les obsèques du général Loizillon, an-
cien ministre de la guerre, auront lieu
demain, à dix heures trois quarts, à Dam-
marie-les-Lys, près Melun.
Un train partira de la gare de Lyon à neuf
trente-cinq du matin.
Les personnes qui n'auraient pas reçu
de lettre de faire-part, sont priées de consi-
dérer la présente comme une invitation.
—o—
M. de Hérédia, ancien Iministre,traversai'
hier matin vers onze heures l'avenue de
Wagram, quand il fut renversé par une
voiture de grande remise qui descendait
l'avenue à toute allure.
Atteint au côté droit par un des brancards
de la voiture, M. de Hérédia tomba sous le3
roues qui lui passèrent sur les jambes.
Après avoir reçu des soins dans une
pharmacie, M. de Héredia, dont l'état est
grave, a été transporté à son domicile,
117 bis, rue de Courcelles.
—o—
M. Blanc, préfet de police, a donné mer.
credi soir, un grand dîner, auquel assis-
taient MM. Dupuy, président du conseil,
Jules Legrand. sous-secrétaire d'Etat à l'in-
térieur; Manau, procureur général; Luci-
fiia, président du Conseil municipal; Thuil.
ier, président du Conseil général ; Bau-
douin, président du tribunal civil ; les colo-
nels des pompiers, de la garde républi-
caine, de la gendarmerie; Viguié, directeur
de la Sûreté général; Adrien Dupuy, Pui-
baraud, Touny, Pujalet, Collignon, Du-
flos, etc. Une brillante réception a suivi ce
diner.
—o—
La fête d'inauguration de la statue de La-
martine adolescent aura lieu à Belley la
22 mai.
M. André Theuriet représentera l'Acadé-
mie française.
—o—
Le banquet annuel de l'Association am1-
cale des postes et télégraphes aura lieu di-
manche prochain, 7 HAtel Moderne.
M. Delombre, ministre du commerce, y as-
sistera ainsi que MM. Coulon, vice-prési-
dent du conseil d'Etat, de Selves, préfet de
la Seine, Cochery, ancien ministre des pos-
tes, etc. Le banquet sera suivi d'un bal.
—o—
Le jeudi 25mai, à dix heures et demie do
matin, la Société du Souvenir Français fera
célébrer, à Notre-Dame de Paris, le service
funèbre annuel pour les soldats et marina
morts au service de la France .
L'oraison funèbre sera prononcée par Mgp
Pagès, évêque de Verdun.
—o—
La Ligue auvergnate donnera son grand
banquet dimanche prochain, 7 mai, à sept
heures du soir, au Salon lies Familles 40 et
42 avenue de Saint-Mandé, sous la prési-
dence de M. Melchissédec, de l'Opéra. De
très nombreux sénateurs, députés et con-
seillers municipaux assisteront au banquet.
Le gouvernement y sera représenté par
M. Edouard Lockroy, ministre de la marine.
Le banquet sera suivi de bal.
On trouve des cartes au siège social de
la Ligue auvergnate, t3, boulevard Beau-
marchais.
—o—
L'inhumation de M. André Laferriôre,
fils du gouverneur général de l'Algérie, qui
a succombé à la fièvre typhoïde à son arri-
vée à Alger, a eu lieu hier, à neuf heures
et demie, au Père-Lachaise.
La cérémonie, très intime, avait réuni
autour du gouverneur général de l'Algérie
quelques connaissances personnelles, et
que des amis du défunt, M. de Peyrimhoti,
chef du cabinet de M. Laferrière, ainsi que
l'officier d'ordonnance du gouverneur gé-
néral. Aucune invitation n avait été faite
et tout s'est passé dans la plus stricte ulh-
mité.
LA „ DAMS D. „ VOILÉS..
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