Titre : La Fronde / directrice Marguerite Durand
Éditeur : [s.n.] (Paris)
Date d'édition : 1898-05-23
Contributeur : Durand, Marguerite (1864-1936). Directeur de publication
Notice du catalogue : http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb327788531
Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
Description : 23 mai 1898 23 mai 1898
Description : 1898/05/23 (A2,N166). 1898/05/23 (A2,N166).
Droits : Consultable en ligne
Identifiant : ark:/12148/bpt6k6703285m
Source : Bibliothèque nationale de France, département Droit, économie, politique, GR FOL-LC2-5702
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 04/01/2016
La Chambre syndicale des artistes pein-
tres vorriors de Vrance organise pour l'été
1tIDS une série d'excursions archéologiques
ayant plus spécialement en vue l'étude des
Yilruux dans les monuments anciens.
La première aura lieu à Chartres le di-
manche 11) juin. La deuxième à Beauvais le
jeudi ii juillet. La troisième à llouen les
'i4 et 15 août. La qnatrième à-Troyes le 11
'iseptembre. M. Léon Ottio, chez cie la pre-
: mlère de ces excursions, dont l'expérience
en vitrail et l'érudition archéologique sont
très estimées, donnera sur place tous les
•rcnseigncinenls historiques, légendaires et
techniques susceptibles de rendre la visite
plus intéressante.
Les adhésions pour la première doivent i
être adressées le plus tôt possible à M. De-
Ion, OC,. rue de Vaugirard, délégué à l'orga-
nisation ainsi que toute demande de rensei-
gnements concernant l'heure do départ,
l'itinéraire et le pnx de la journée.
Sœur Sl-Isnace. supérieure des Ursulines
aura cent ans demain.
La communauté se dispose à célébrer.
avec -la plus grande solennité ce centenaire
d'uno religieuse que son grand Age n'einpô-
clie nullement de se bien porter et de rem-
plir tous les devoirs de sa charge.
0
Dans son salon de la rue de la Victoire,
auquel, attenante, une petite salle de spec-
,taclc, avec scène et décors, la grande ar-
Ltiste qui a nom Marie Roze, et (lui est au-
jourd'hui relirée du théâtre, dOIln:, '. nvanl-
mer l'une de ses dernières matinées musi-
cales et littéraires de la saison. Ces réunions
.élégantes et mondaines sont très suivies,
car Mme Marie Roze, applaudie durant de
.'longues années sur les grandes scènes pa-
risiennes et de l'étranger, a laissé le sou-
venir d'une cantatrice de race, dont la voix
'briitantc et pure, l'intelligence de la scène,
le style et la distinction lui valurent des
,Surces suivis, notamment dans Fidelio et
dans Carmen, cju'elle chanta et joua six et
sept cents fois !
Parmi les futurs artistes, se destinant ou
non au théâtre, et qui profitent des excel-
lents conseil et de la méthode éprouvée de
Mme Mari.' Haze, on a particulièrement ap-
{>laudi Mlle Robert qui, dans l'air du Cid et
es Stances ils,> Sapho, a fait apprécier une
'belle voix, sympathique et veloutée; M.
Pierre Ilivierre (de l'Opéra-Comique), dans
Sigurd et Carmen : ténor brillant, à la voix
chaude, puissante et colorée qui charme
son auditoire. On ne peut que regretter de
voir M. Carré négliger un talent que l'é-
tranger accaparera au premier jour et qu'a-
vait su distinguer M. Carvalho, peu avant
sa mort.
MHe Breu, dans le Trouvère, Mlle Alba,
dans Jiomro et Juliette, ont également re-
cueilli des bravos mérités, ainsi que l'ex-
-quise Mlle Maria Legaull qui, dans un inlcr-
imt*.de, a dit avec àme un passage de la
Samaritain»•, de M. Rostand.
Comme bouquet, un acte joué en cos-
tumes, la Laitière de Trianon, musique de
W'eckerlin. Une jeune tille du monde, pa-
rente du célèbre avocat, Mlle Lachaud, a
vocalisé avec une exquise finesse et le tim-
bre de voix le plus sympathique, ce petit
bijou du maître qui assistait à la représen-
tation de son œuvre et n'a point caché sa
aalis!"acliou.
—o—
Nous apprenons la mort de notre confrère
Louis d'Kstampcs, rédacteur parlementaire
du Soleil. qui vient de succomber, à 1
de cinquante-huit ans, aux suites d'une
gueet douloureuse maladie.
—o—
On annonce la mort de la comtesse Du-
ÎOS, veuve de l'ancien ministre de la ma-
rine sous Napoléon III, mère du comle
fhéodore Ducos, secrétaire d'ambassade.
—o— a
Le comité électoral socialiste de Saint-
Fargeau organise pour les fêtes de la Pen-
tecôte, les dimanche 29 et lundi 30 mai
prochains une grande Kermesse de Bienfai-
sance au bénéfice des enfants nécessiteux
du quartier, sous la présidence de M. Ar-
chain, conseiller municipal de Saint-Far-
peau, sous le patronage de to. le maire du
XX* arrondissement, président -le la caisse
des écoles et de la délégation cantonale, de
Mme l'inspectrice et de M. l'inspecteur pri-
maare,des membres du corps enseignant, et
avec le concours des membres de la Dé!é-
{:ation cantonale et de la commission sco-
aire de Saint-Fargeau.
Pendant ces deux grands jours de fête,
des hais et concerts, des tirs à la carab'ne,
à l'arbalète ; une joute sur le iac, des cour-
ses de vélocipèdes, une tète vénitienne, un
feu d'artifice, un concours de bigotphones,
rie trompettes et de trompes de chasse, etc.,
ries jeu* et réjouissances diverses seront
•offerts au public dans les jardins, le Parc et
les magnifiques salons de M. Raveau, pro-
priétaire du lac Sainl-Fargeau, 296, rue de
Belleville.
-0-
Les eaux vannes de la Condamine ne se
déverseront plus dorénavant sur la ptage
de Monaco.
Hier, ont été inaugurées, en présence de
LL AA. 8S. Mgr le prince Albert et Mgr le
prince héréditaire, les usines de dérivation
des eaux d 'égout. Dès aujourd'hui, ces eaux
Bont conduites en eau profonde derrière le
rocher de Monaco.
Le prince a félicité M. Camille Blanc, qui
â pris l'initiative de ces travaux, et l'ingé-
lueur Cabirau qui les a dirigés.
Œuvre bien intéressante encore celle de
l'Orphelinat de l'enseignement, et pbilan-
tropique s'il en fut.
L'assemblée générale a eu lieu hier, à
l'hôtel des Sociétés savantes. M. Mézières
député, membre de l'Académie, qui la pré-
sidait, a fait up discours très remarque où
il attesta il l'étroite solidarité qui uniltous ;
les membres de la famille universitaire de-
puis l'instituteur jusqu'au professeur de
l'enseignement supérieur.
Puis il conclut ainsi :
et Pour nos camarades, pour nous-mêmes,
nus avons réalisé l'union fraternelle des
Instituteurs, nous la voudrions cerLaine-
ment plus complète, plus étendue encore
afin que chaque orphelin pût compter sur '
une protection encore plus efficace. Aussi
suis-je lier de constater les sentiments de
bienveillance dont nous sommes l'objet. AI-.
lo Président de la République nous envoie
aujourd'hui même 500 francs, M. Mabille
nous donnesa propriété de Montreuil et une
somme considérable nécessaire à son en-
tretien.
! .0;-
LA DAME D. VOILÉE
LA GUERRE
Nous n'avons pas eu la grande bataille
navale qme faisait présumer d'après les dé-
pêches, l'arrivée de l'amiral Cervera aux
Ant.illes.La concentration des escadresamé-
caines en arrière de Cuba n'a été qu'une
manœuvre. L'amiral Sampson et le com-
modore Shly sont retournés à Key-West.
Par suite de leur présence et du groupe-
ment de leurs forces, elles vont, après un
important ravitaillement,former deux divi- j
sions nouvelles : l'une de bâtiments à mar-
che lente ; l'autre, de navires à marche ra-
pide. C'est sur cette dernière escadre que
l'on compte pour le conflit qui doit inévita-
blement s'engager avec l'amiral Cervera
dans la haute mer.
Le cuirassé américain Monlcrey, actuelle-
ment au Pacifique, a reçu l'ordre de se |
rendre à Manille.
A New-York on est sous le coup du si-
nistre dont viennent d'être victimes les
hommes constituant le premier régiment
d'infanterie du Missouri de Chattanooga,
lequel transporté au camp de Chicago, a
vu le train qu'il occupait tamponné par
un train omnibus. On compte environ
12 blessés et 5 soldats tués. Par contre, le
cuirassé Orégon est parvenu aux Barbades,
dans le groupe des Petites Antilles, et, dé-
barquant à l'est de Porto-Rico, il a pris
300 tonnes de charbon et est reparti sans
avoir été inquiété. Lo président Mac-Kinley
continue à exprimer l'espoir qu'une bataille
décisive serait engagée. Sous ce rapport
nous ne voyons pas sur quelle base il I
appuie pareille asserlion. !
En Espagne le refus de M. Léon y Cas-
lillo d'accepter le portefeuille des affaires
étrangères a causé un certain désappointe-
ment.
Avec le nouveau ministère, on commen-
cera à voir plus clair à Madrid. On com-
prend que l'Espagne est au fond, livrée à
ses propres forces ; qu'il lui faut vaincre
ou mourir. Or, l'espoir de vaincre est une
chimère qu'elle ne doit point longtemps
caresser, attendu que la stratégie navale
ne peut pas toujours consister à dépister
les recherches de l'ennemi et à lasser ses
poursuites. Les dépenses d'hommes et
d'argent que nécessite une telle guerre dé-
passeraient ses ressources.... Le cabinet de
Madrid se rend compte maintenant que les
états neutres ne la seconderont pas,
étant donné que la gravité des mobiles
mis en jeu par l'Angleterre, impose l'obli-
gation de se maintenir à l'écart, et d'at-
tendre les événements. Les Espagnols, nous
dit-on, prétendent que les affaires hispano-
américaines sont leprélude d'un conflit uni-
versel, et qu'une guerre survenant des
puissances leur seraient acquises. Ils ne
voient pas qu'en réalité l'effort diplomati-
que ne cherche qu'une chose : écarter
l'action collective des oabinets européens
vis-à-vis de l'Amérique et de l'Angleterre
pour que l'équilibre de nos intérêts ne
soit pas mis en question par une crise
politique extérieure pouvant aboutir à une
prise d armes.
IBO.
Lettre d'Allemagne
La vie parlementaire a presque entière-
ment cessé en Allemagne : après le Reichs-
Lay, voici le Landtag de la Prusse qui vient
de suspendre ses travaux. Le mercredi 18,
l'empereur, revenu exprès d'Alsace, a clô-
turé la session. Dans un discours du trône,
■il a exprimé sa satisfaction sur l'état pros-
père des finances de la Prusse et il a re-
mercié les députés du zèle avec lequel ils
ont travaillé à la confection des lois utiles
au pays.
Dans ses dernières séances, le Landtag
avait encore adopté la loi qui rétablit en
Westphalie le droit d'ainesse pour la pro-
priété paysanne. Une interpellation des
grariens sur les mesures que le gouverne-
ment prendrait en cas de guerre pour ap-
provisionner le pavs de blé, annoncée pour
mardi a été retirée. Elle avait été provo-
quée par le prix exorbitant des céréales :
on paye actuellement 262 mark pour le ton-
neau de froment, et 176 mark pour le ton-
neau de seigle. Néanmoins, le gouverne-
ment a maintenu les droits sur l'importa-
tion étrangère. Si, malgré ces prix extraor-
dinaires, la population ouvrière reste
partout calme, c'est que la situation éco-
nomique de l'Allemagne est prospère et
que les salaires sont assez rémunérateurs
f>our que la force d'achat des classes popu-
aires ne soit pas encore trop sensiblement
diminuée par la crise des bles.
Mais malgré le calme actuel, les hommes
politiques se préoccupent de cet état anor-
mal. Les socialistes-avaient encore avant 4a
clôture .du Reichstag, demandé la réduction
des tarifs protectionnistes. Plusieurs cham-
bres de oommerce ont réclamé la même
mesure. Ces demandes sont restées sans
effet sur l'initiative des chambres de com-
met-ëe; on procédera prochainement A une
enquête sur la situation du petit commerce
et du commerce des intermédiaires, qui
achètent aux fabriques et vendent aux dé-
taillants.
On songe à la création, en Prusse d'un
,dé parlement ministériel de plus, dont le
ressort comprendrait la plus grande partie
du ministère actuel des travaux publics et
une partie du ministère de l'agriculture,,
notamment la régularisation des fleuves.
Cette dernière question est de la plus haute
importance pour la Prusse que cinq gran-
des rivières traversent du sud au nord.
.En concentrant toutes ces entreprises
dans la même main, on espère arriver à
des travaux d'ensemble, moins coûteux et.
plus efficaces, que les mesures ordonnées
dans le passé par deux ministères séparé-
ment.
La richissime ville de Cologne, « Cologne
la sainte ,, comme on l'a nommée à cause
de ses innombrables églises, vient d'inau-
gurer par une cérémonie officielle des plus
brillantes, son nouveau port fluvial. La
ville a sacrifié des millions aux travaux
d'agrandissement, mais elle sait qu'elle ré-
coltera largement là, où elle a semé. En
effet, des vapeurs même d'un assez fort
tonnage pouvant entrer dans le nouveau
port, la navigation sur le Rhin, sera con-
sidérablement activée, la rapidité des
communications entre Cologne et Itoller-
dam augmentera et Cologne, port de mer,
sera presque une réalité.
Le Landtag de la Bavière vient d'accepter
un projet de loi qui admet les femmes ma-
jeures aux réunions et aux associations
poursuivant un but philanthropique, éco-
nomique ou s'occupant des questions d'en-
seignement.
De même que les mineurs, les femmes
resteront exclues des réunions et des asso-
ciations politiques proprement dites. La Ba-
vière s'est donc montrée à ce sujet plus
réactionnaire que la Saxe.
Le prince Henri dé 'Prusse a été reçu à
Pékin par l'Empereur de Chine qui lui a
rendu sa visile. C'est un événement sans
égal dans les annales du Céleste Empire.
Les princes et souverains européens, le
prince de Cumberland par exemple et le
Tsar, qui autrefois ont voyagé du côté de la
Chine, ont toujours renonce à se rendre à
Pékin, sachant qu'une entrevue sur un pied
d'égalité no serait pas accordée. Maintenant
la première brèche est faite dans le mur
des préjugés chinois, l'Empereur s'est con-
formé îi l'étiquette et à la politesse euro-
péennes. Sentirait-il que l'Allemagne, après
tout, est une puissance amie, prête â la
défendre, le cas échéant, contre l'Angle-
terre.
Cette dernière puissance, il est vrai, se
montre en ce moment fort bien disposée à
l'égard même de l'Allemagne.
Elle dit tout haut qu'elle a. « toléré » l'an-
nexion de Kiao-Tchéou, elle fait valoir la
réceplion flatteuse que les autorités an-
glaises ont faite au prince Henri dans tous
les ports où il s'est arrêté pendant son
voyage en Extrême-Orient. Elle va même
jusqu'à rechercher l'alliance du jeune Em-
pire..
L'Allemagne de son côté n'a que faible-
ment répondu aux avances que l'Angleterre
lui faisait tout récemment par la bouche de
Monberlain. La Gazette de Cologne, dans un
leader, intitulé « Une épée continentale » a
dit que l'Angleterre, ayant à défendre des
possessions immenses avec des forces dis-
proportionnées, devait évidemment cher-
cher une alliée continentale, bien armée,
qui, en cas de besoin, voulût mettre son
épée au service de la cause anglaise. Elle a
ajouté en premier lieu, qu'il faudrait
« y mettre le prix », et en second lieu que
quelque élevé que soit ce prix,il ne payerait
jamais l'alliée continentale de la « casse >»
qui résulterait pour elle d'une pareille in-
tervention.
Pour prouver d'autre part « que le dan-
ger allemand » est un danger réel, le
Daily Mail publie le bilan, pendant le pre-
mier trimestre de l'année courante, de l'ex-
portation allemande et de l'exportation an-
o "laise.L'une aurait augmenté de 3,400,000 livres
anglaises,l'autre aurait diminué de 3,795,000
livres.
•
Un correspondantd'e la Gazette de Cologne,
actuellement en séjour à Alger, envoie à
son journal des articles fort intéressants sur
la situation créée aux Israélites par les ex-
citationssans pareilles d'Edouard Drumond.
Le mouvement antijuif, dit-il, est en effet
populaire, la haine du juif enthousiasme les
foules. Néanmoins, si M. Lépine avait seu-
lement les pouvoirs d'un Oberpraesidcnt
(préfet) en Prusse, il viendrait vite à bout
de toute cette excitation. D'ailleurs, ajoute
lé correspondant, il ne faut pas exagérer
l'influence de Drumond ; il n'est nullement
orateur et à la Chambre il fera peut-être
pauvre figure. Quant à la révocation de la
loi Crémieux qu'il se propose, il n est pas
inutile de faire observer qu en Algérie ce
sont les juifs qui sont la population an-
cienne, et qu'ils seraient bien plus autori-
sa h nn rI Ar de l'invasion française que les
Français à parler de l'invasion juive.
S.
Au Trocadéro
LA FÊTE DU PATRONAGE INDUSTRIEL
DES FLEURS ET PLUMES
L'Assistance paternelle des enfants em-
ployés dans l'industrie des fleurs et plumes,
donnait hier au Palais du Trocadéro sa fête
annuelle, présidée par M. Bouquet, direc-
teur de l'enseignement technique au Minis-
tère du Commerce et de l'Industrie.
Cette fête a été particulièrement réussie.
Plias de 10.000 personnes se pressaient dans (
la spacieuse enceinte de la Salle des fêtes.
Citons M. J. Caillaux, Président du conseil,
d'administration, Mme Bogelot, directrice
de l'Œuvre des libérés de Saint-Lazare,
membre d'honneur de la Société, Mlle Mal-
manche, MM. d'Isle, Jacques Forest, An-
drisson, vice-présidents; Diringer, Louis
Javey, Ed. Morin, secrétaires; Lucipia,
Muzet, machette, Bassinet, conseillers mu-
nicipaux; Gay, président du tribunal de
commerce; Belleville, directeur de l'Expo--
sition de 1900, etc.
Io M. Caillaux, dans un rapport sommaire
sur l'œuvre dit toute la supériorité de
l'industrie parisienne des fleurs et plumes, ;
sur ses rivales de l'étranger. Cette supério-
rité est due sans doute aux ellorts mouis
que font les industriels, pour la maintenir
au premier rang, mais elle est due aussi, à
ce goût de la jeune fille parisienne, qui d'un
rien sait faire des choses exquises.
Mois ce goût de l'ouvrière si délicat et si
subtil demande cependant une certaine
culture. Une éducation professionnelle so-
lide est nécessaire, earseule elte peut main-
tenant, avec les conditions nouvelles de
concurrence, nous garder notre suprématie.
Voici une des raisons qui ont déterminé la
création du patronage. Rien n'a été négligé
en vue de cette éducation technique. Des
cours gratuits de dessin ont été organisés,
ils sont suivis par plus de i60 jeunes filles
et ont lieu tous les dimanches matin.
Ce patronage si prospère, fondé depuis
trente deux ans, est une œuvre avant tout
féminine, puisqu'elle compte 240 appren-
ties et seulement 5 jeunes gens.
Au nom de M. le ministre du Commerce,
M. Bouquet a félicité ensuite, l'œuvre des
résultats obtenus dans ce domaine de l'ap-
prentissage des jeunes filles fleuristes.
Cette industrie a-t-Il dit dépend surtout de
la valeur et de l'habileté de l'ouvrière et
c'est un honneur pour les Parisiennes de
maintenir cette branche du travail au pre-
mier rang dans le monde. Mais, ajoute-t-il,
il faut redoubler d'ell'orts en vue de l'expo-
sition de 1900.
Nous nous en voudrions de ne point citer
les principales lauréates du concours or-
ganisé par le Patronage. Des médailles
d'honneur du travail ont été décernées par
le ministre à Mme Paigney (43 ans de ser-
vices), Mlle Esther Sosson (38 ans de ser-
vices), Mlle Gruyer (35 ans de services),
Mlle Piteux (31 ans de services), Mme Bau-
disson (33 ans de services), Mlle Labou-
rianne (32 ans de services).
Les prix d'excellence ont été obtenus par:
Mlle Gahrielle Greiss, Mite Marguerite Fo-
restier, Mlle Aimée Godard.
Passons à la partie récréative. Un brillant
concert avait été organisé, avec le concours
des meilleurs artistes parisiens. La musi-
que du 28" de borne, dirigée par M. E. Le-
blan s'est révélée la digne émule de celle de
la garde. Dans un morceau chanté La Sen-
tinelle le ténor a véritablement conquis la
salle entière qui croulait sous les bravos.
Ensuite M. Launay nous amuse beaucoup
en nous disant ses fiançailles. Il rève de
terminer une vie de garçon fort peu sage
par un bon mariage avec une petite pro-
vinciale un peu trop sentimentale, ce qui le
ravit. Mais son amour pour elle ne l'em-
pêche point de nous smger admirablement
sa voix et ses gestes maniérés.
Fourcade, de l'Opéra dans « Si tu m'ai-
mais JI et Paumier, de l'Odéon, si amusant
dans « Un ami commerçant M obtiennent un
succès enthousiaste.
Mme Miette, une Andalouse d'une gami-
nerie bien parisienne est également très
applaudie.
Mais le clou de la soirée fut ce duo exquis
de Lackmi, chanté pa.r Mlle Laure Beau-
vais, de l'Opéra, et Mlle Jeanne Duran, de
l'Opéra-comique.
La soirée se termine par des danses an-
ciennes sur des airs du XVIIO et xviii, siè-
cles, dont Mlle Mirietti, de l'Opéra, et M.
Raimond. ressuscitent les jolies ligures.
C. D.
INFORMATIONS
Espagne
Madrid, 22 mai.
Pendant la réunion du conseil des minis-
tres, M. Léon y Castillo a eu une conference
avec la Régente. Puis après le conseil, il
s'est entretenu avec M. Sagasta.
Au conseil, M. Sagasta a rendu compte
de son entrevue précédente avec l'ambas-
sadeur d'Espagne à Paris. Il s'est réservé
de résoudre la question du portefeuille des
affaires étrangères d'ici à demain et il
communiquera sa décision aux ministres
dans un nouveau conseil.
On commente beaucoup la conférence qui
a eu lieu ce matin entre le ministre de la
marine et M. Sagasta, ainsi que celle entre
l'amiral Aunon eL le représentant de la
Compagnie transatlantique.
Une dépêche officielle du maréchal Blanco
dit, que quelques navires américains ont
tiré, dans la nuit du 19 mai, sur le canal de
Nuevitas. ~
| Plusieurs rencontres ont eu lieu, dans
lesquelles les rebelles ont eaeaaë morts.
On assure dans les cercles officiels que
le gouvernement espagnol est décidé à en-
voyer des vaisseaux auxiliaires sur les côtes
des Etats-Unis, avec ordredt couper tous
les cibles- qui atterrissent aux Etats-Unis,
même les cibles transatlantiques, si le
câble de Cuba est coupé par les Américains.
M. Léon y Castillo a eu une longue confé-
rence avec 8. Sagasta.
Une réserve absolue est gardée.
Les ministres viennent do se réunir en
ooaseH.
M. Aunon s'est rendu hier soir au Palais
royal et a eu un entretien avec la reine ré-
gente.
On a reçu au ministère de la -marine un
télégramme ohifiré venant de Porto-Rico.
Cette nouvelle est très commentée.
On mande de Washington, que les auto-
rités navales considèrent comme peu pro-
ble, un engagement entre les flottes améri-
caine et espagnole,car l'on pense que cette
dernière évitera les Américains.
Angleterre
Londres, 21 mai.
M. Herbert Gladstone est arrivé à Londres
et s'occupe des funérailles de son père.
Le gouvernement aurait décidé qu'une
place serait conservée à Mme Gladstone à
l'abbaye de Westminster, atin que plus lard
elle pût reposer près de son mari.
Le corps de M-. Gladstone sera embaumé
et restera quelques jours au château
d'Hawarden.
Les habitants d'Hawarden avaient signé
une pétition pour demander à ce que le
corps de M. Gladstone fût inhumé au vil-
lage.
Aucune date n'a été fixée pour les funé-
railles, mais on pense qu'elles auront lieu
dans une dizaine de jours.
Le corps de M. Gladstone sera enseveli
près de celui de Palmerston ou au bout du
Transept près des restes de George Wilber-
force, Charles James Vox et George Canning.
On dit aussi qu'une place avait été réservee
à droite de la statue de sir Robert Peel, à
gauche du monument de sir Peter Warren.
•
» »
Un service solennel aura lieu à Windsor
demain à la chapelle royale de Saint-James.
Le prince et la princesse de Galles y assis-
teront.
En raison de la mort du grand homme
d'Etat, la réception qui devait avoir lieu
chez la marquise de Salisbury hier soir j
pour célébrer l'anniversaire de la nais- <
sauce de la reine Victoria, n'aura pas lieu. j
Les messages de condoléances continuent
à parvenir à Hawarden.
La reine a envoyé un message de sympa-
thie à Mlle Gladstone ainsi conçu: «Béatrice
et moi venons vous exprimer notre plus
profonde sympathie pour votre chère mère
et pour vous tous. » • !
M. de Staal, ambassadeur de Russie a re-
mis la lettre suivante de la part du minis-
tre des affaires étrangères: « Le comte Mou-
rawief me charge de vous envoyer l'expres-
sion de ses sentiments de profondes con-
doléances et de vous exprimer le sincère
regret qu'à fait naître en Russie la perte
d'un homme d'Etat éminent. »
Le président Kruger et les membres du
Conseil éxécutif ont envoyé le télégramme
suivant à Mme Gladstone :
« Nous voulons vous exprimer tous nos 1
regrets pour la perte de votre mari dont
les services rendus à la République du
Transwaal ne seront jamais oubliés.
Les résidents anglais, grec et arménien
d'Odessa ont envoyé des télégrammes de
condoléances à la tamille de M. Gladstone
et ont pris des dispositions pour célébrer
un service religieux dans leurs églises res-
pectives.
Italie
Rome, 22 mai.
Le gouvernement semble décidé à pour-
suivre la. presse catholique comme il a
poursuivi la presse républicaine et socia-
liste. ..
Déjà plusieurs journaux catholiques ont
dû cesser leur publication et moderer leur
langage.
Le Vatican a adresse à. divers organes
des conseils très pressants de modération.
A Milan et en Toscane plusieurs associa-
tions catholiques ont été dissoutes, des per-
quisitions ont eu lieu mais il n 'y a pas eu
d'arrestations.
La situation parlementaire est toujours la
même. On croit toujours que les Chambres
seront convoquées pour le 10 juin et que le
ministère posera dès la première séance la
question de confiance sur la demande de
six douzièmes provisoires.
Il est absolument inexact que M. Zanar-
delli songe à quitter le ministère de la jus-
tice et la députation pour rentrer dans la
vie privée.
Le roi a reçu aujourd'hui M. Barrêre,
ambassadeur de la République française,
en audience particulière.
Le roi s'est entretenu pendant une heure
avec l'ambassadeur et lui a témoigné un
accueil sympathique.
DISCOURS D'INAUGURATION
Avez-vous lu la disoours de M. Goujon,
sénateur et maire du XIIe arrondissement,
à t'inauguration du groupe scolaire de la
rue de Pomard 1
Ce n'est guère probable, ces discours ne
présentant pas un graud intérêt. les lieux
communs sur les bienfaits de l'instruction
n'y manquent pas,ainsi que les félicitations
a. l'architecte et les compliments au Conseil
municipal et à tous les dignitaires pré-
sents.
Mais au milieu de ces flots d'éloquence
on trouve parfois des paroles qui vous
laissent rêveur et on se demande quelle
est t'éducation — comprenez bien, je ne
parle pas de t'instruction — donnée aux
jeunes esprits dans les écoles.
Voici les recommandations que M. Goujon
adresse aux instituteurs et aUx inslilu-
trices.
» Pour que l'école que nous inaugurons
égale ses aînées, vous n'avez qu'à faire ce
que vous avez déjà fait: vous, instituteurs,
répandre dans les grandes salles claires une
jeune parole honnête, lucide, toute chaudo
de l'amour, de la vérité et de la jusllCe;'-,
vous, institutrices, prêcher le dévouement,
la patience, l'amour du foyer, la bonté qui
font la parure de la femme. 'A
Il serait difficile d'indiquer plus claire-
ment en quelques mousla vieille idée pré-
conçue sur les rôles de l'homme et de la
femme; aux homines'-Ià véi-1 Lè et la justice,
aux femmes, le dévouement, la patience,
l'amour du foyer, la bonté.
Pourauoi cette distinction? Ne faut-il
donc pas que les hommes soient bons, pa-
tients, dévoués? Il parait que cela ne leur
est pas nécessaire. Il leur suffit d'être
justes.
Ah ! certainement la justice est une belle
chose qui éclaire de sa lumière pure la route
de la vie. U/st regrettable que les hommes
aient si peu profité des leçons de l'école et
que nous trouvions parmi eux si peu de
justice. Si les hommes avaient appris la
justice ils ne nous refuseraient pas toute
participation à l'administration du pays
qu'ils sont si fiers de gouverner tout seuls;
ils ne chercheraient pas à nous éloigner de
tout emploi où nous pouvons gagner une
vie honnête pour faire de nous leurs hum-
bles servantes, contentes de ce qu'ils veu-
lent bien nous donner en échange de nos
services. S'ils étaient justes ils ne s'appro-
prieraient pas tous les (iroits pour nelaisser
aux femmes que des devoirs.
Les leçons données à la femme ont mieux
fructifié et, loin de nous en féliciter, nous
le regrettons. On ne li i a pas appris le res-
pect d'elle-même, mais le dévouement; on
ne lui a pas donné l'énergie pour vaincre
les obstacles mais la patience pour s'y sou-
mettre. EL les femmes ont admirablement
apprécié cet enseignement. Elles se sont
courbées sous le joug se contentant d'étra
Il bonnes )1 sans se soucier ni de la vérité ni
de la justice. Les unes se sont consacrées à
parer ce foyer qu'on leur donne pour
royaume sans s'inquiéter de celles qui n'en
ont pas — les autres, ies mciHeurs, ont
cherché à combler le vide de leur exis-
tence par la philantropie, les œuvre de cha-
rité sans s'apercevoir que celte charité
même ne sert qu'à perpétuer et aggraver
la misère qu'elles cherchent à soulager.
Toutes, consciemment ou inconsciemment,
se laissent gouverner par l'homme.
Pouvez-vous vous attendre à un autre
résultat puisque, dès leur première en-
fance, on ne leur K -'ohe que le,, vertus d'ab-
négation etde sacrifice. Des le certificat d'é*
tude on apprend à la petite fille qu'elle
doit chercher à devenir « la digne compa-
gne de l'homme ". En dit-on jamais autant
au petit earçon? Lui ir.cuique-t-on jamais
les vertus domestiques"? Il en a cependant
plus besoin qu'{- 11... car « ï.unl)ur du l'l'YI.'r H
est inné chez celle-ci. Pour qu'elle anou-
donne ce f-)ver. il faut qu'il :::oil devenu un
enfer, comme il en arrive trop souvent par
la faute de l'homme, ou que la nécessita
absolue! oblige à. le quitter momentané-
ment pour le mieux alimenter.
Si j'avais eu à présider il la place de M.
Goujon j'aurais demandé t'inverse. J'aurais
voulu qu'on cultivât chez les filles « l'amoiif
de la vérité et de la justice JI qualités qu'oa
a peu cherche- à développer chez elles, tan*
dis que j'aurais recommandé aux garçons
le dévouement, la patience, l'amour du
foyer et la bonté qui leur manquent si
souvent.
Ou plutôt il faudrait prêcher aux deux
sexes les mêmes vertus. Le dévouement
doit être réciproque si l'on ne veut pas qu'il
provoque la domination du plus fort et le
foyer, pour rcchautler et étiairer la famille
tout entière, doit être gardé par 1 amour
mutuel des deux être qui l'ont créé.
Il n'y a pas de vertus féminines ni de ver-
tus masculines, il y a la vertu humaine.
Instituteurs et institutrices, cherchez à cul-
tiver chez la jeune fille le sentiment de sa
dignité, chez le garçon le respect de celle
avec qui il doit partager sa vie et qu il doit
considérer comme son égale.
Et je pense que toutes ces distinctions
entre l'éducation à donner aux tilles et
aux garçons n'auraient plus leur raison
d'être si, comme en Amérique, on avait des
écoles mixtes où la tille apprendrait le cou-
rage et le garçon la bonté.
MARIA MARTIN.
L'abondance des matières nous oblige
à remettre à demain lu suite de notre
très intéressant feuilleton, les Vierges
Russes, par L.-M. Gagneur.
LA TRIBUNE
Le Féminisme aux États-Unis
DE L'AMÉRIQUE DU NORD (1)
Celle rubrique forme un feuilleton volant
dont le sujet change tous la trois jours.
i
45 Etats et 5 territoires, avec une
population d'environ 70 millions. Les
femmes n'en représentent que 48,79 0/0.
Elles prédominent néanmoins dans les
Etats de lEst. Dans l'Ouest, l'Etat de
Wyoming et le territoire de Montana
par exemple, elles ne forment que
65,19 0/0 et 33,30 0/0 de la population en-
tière. Il y a aux Etats-Unis environ 7 mil-
lions de catholiques, la majorité des habi-
tants appartient à la religion protestante.)
C'est aux Etats-Unis que le féminisme
% pris naissance, n est désigné par les
noms suivants : the Womens' movemeni
(mouvement des femmes), the Womens'
rights movement (mouvement pour les
droits des femmes) ou the Womens'
suffrage movement (mouvement pour le
suffrage des femmes).
Il a commencé au moment de la guerre
de l'Indépendance (t776-1783). Les Amé-
ricaines qui pendant ces années d'é-
(1) C-et" étude flut partie 4'irae brochure
Mr le fémiaisaM aux Et&WUnis, en France,
daDa la Gra&de-BreUf&e, en Suède et en
fUnaia que l'auteur pubiiaca prwnhiiae
jMDt obis M. Arand Goum.
preuves s'étaient distinguées par leur
dévouement et leur courage civiques, de-
mandèrent au Congrès de Philadelphie,
en 1787, les droits électoraux. Le Con-
grès refusa d'accueillir la demande des
femmes. Il lui aurait cependant été facile
de leur donner satisfaction.
L'électoral est une question que chaque
Etat ou territoire réglait alors et règle
encore aujourd'hui à son gré. La consti-
tution fédérale ne fixe rien à cet égard.
Dans les législations de la plupart des
treize Etats primitifs, représentés au
Congrès de Philadelphie, les termes de
la loi n'excluaient pas les femmes de
l'électorat politique et dans plusieurs
Etats elles l'exerçaient.
Dans le Rhode Island, le ConnecLicut,
le New-Jersey, Delaware, le Marvland,
la Pensylvanie. les Deux-Carolines, la
Géorgie — le suffrage était accordé, soit
à tous les habitants (inhabitants) libres
(ce qui excluait seulement les nègres)
soit à tous les propriétaires et chefs de
famille.
Seuls les Etats de Virginie, de New-
York, de Massachusetts et de New-
Hampshire avaient déjà en 1699, en 1777,
en i780 et en 1784 restreint le suffrage
aux habitants mâles libres.
D'autres Etats introduisirent la même
restriction dans leur constitution : le
Maryland en 1801, le New-Jersey en 1807,
le Delaware en 1811, le Connecticut en
1818.
Le reste des Etats changèrent leur
constitution dans le même sens : le Rhode
Island en 1840, la Géorgie en 1861, les
Deux-Carolines en 1868.
La Pensylvanie, sans introduire le mot
d'habitant mâle dans sa constitution, fit
établir par un jugement de la Cour su-
prême que le mot inhabitant s'aftphquait
adunTOMiit au x Iaommas-
Il faut voir la raison directe de ces
mesures réactionnaires dans l'agitation,
entreprise par les Américaines pour ob-
tenir et pratiquer partout le suffrage po-
étique.
Cette agitation devenait particuliè-
rement vigoureuse vers 1840. En ce mo-
ment la question de l'abolition de 1 es-
clavage était une question brûlante aux
Etats-Unis.
Nombre de femmes américaines pri-
rent fait et cause pour les opprimés. Les
premières, elles fondèrent des Sociétés
pour l'abolition de l'esclavage. (Anti-
slavery sodeties). Tout le monde sait
d'ailleurs que ce fut le li vre du ne
femme, la Case de l oncle Tom de Har-
riette Beecher-Stowe, qui en 1852, par
ses descriptions navrantes de la vie
des noirs, rendit sympathique au mopde
civilisé entier, la cause des nègres aux
Etats-Unis.
Les Américaines qui même avant Har-
riett Beecher-Stowe luttaient pour 1 abo-
lition de l'esclavage, étaient la quake-
resse Lucretia Mott, une femme d esprit
très net, douée d'une rare éloquence,
Elisabeth Cady-StaïUon, aujourd'hui la
doyenne des féministes américaines,
Elizabeth Pease, la femme du célèbre
député et orateur Wendell Philipps, Su-
san B. Anthony, etc.
Lorsqu'en 1840 un congrès internatio-
nal pour l'abolition de l'esclavage se réu-
nit à Londres, les trois premières de ces
femmes, accompagnées de leurs maris
et des amis de leur cause, s'y rendirent
comme déléguées de laNationa.1 Womerïs
Antislavery Convention.
Une grande humiliation les attendait.
Le clergé qui dirigeait' le mouvement
contre l'esclavage en Angieterre, fit dé-
clarer parle congrèsquelea Américaines,
ëtant comme femmes des incapables en
politique, des mineures devant la loi ci-
vile, ne seraient pas admises comme dé-
léguées et ne siégeraient pas dans la salle
de délibération. On les accepta seule-
ment comme de simples auditrices dans
les galeries..
Les hommes qui demandèrent 1 admis-
sion des femmes dans la salle du con-
grès furent une minorité. L'un d'eux,
l'Américain William Lloyd Garrison,
protesta contre l'exclusion de ses géné-
reuses compatriotes en refusant a son
tour de siéger dans la salle. Pendant
douze jours, la durée du congrès, il as-
sista de la galerie et en silence aux dis-
cussions qui cependant lui avaient t'ait
entreprendre un voyage de plusieurs
milliers de lieues.
Rentrant à l'hôtel après une de ces
séances, Elizabeth Cady-Stanton dit à
sa compagne Lucretia Mott : Dès notre
retour en Amérique il faudra réunir une
aesemblée pour discuter l esclavage de
la femme the Siavery of women. Elle
avait acquis la conviction que « toutes
les incapacités de la femme avaient pour
source son incapacité politique. »
Ainsi, dès le début, le féminisme amé-
ricain prit un caractère politique, fut un
mouvement suffragiste pour employer
un néologisme commode.
Elisabeth Cad y Stanton et Lucretia
Mott exécutèrent leur projet sans tarder.
Organisant d'abord des réunions privées,
nuis publiques, elles arrivèrent bientôt à
attirer des auditoires nombreux, à s as-
surer le concours d'une partie de la
presse et à intéresser l'opinion en leur
faveur.discutait maintenant aux Etats-
Unis, non seulement l'émancipation de
l'homme noir, mais encore celle de la
femme blanc-be.
Sur ces entrefaites arrivèrent aux pre-
: mières féministes des recrues nouvelles.
Une des physionomies les plus intéres-
santes parmi celles-ci est Lucy Stone.
Pour cette raison nous entrerons a son
sujet dans quelques détails biogra-
phiques.Née en i8i8, fille d'un cultivateur, d'un
tanner, elle vécut de la vie rude des
champs, s'endurcit a la fatigue et ac-
quit une force physique qui devait la
servir plus tard. Petite fille elle étonna et
déconcerta sa mère en lui demandant
pourquoi les femmes étaient tenues par
les hommes dans un état de subordina-
tion. La mère, en épouse chrétienne, ré-
pondit par des citations de la Bible. L en-
fant, se plongeant alors dans la lecture
de la Genèse, lut avec un trouble indici-
ble que le mari doit être le maître de la
femme.....
Telle était sa conviction sur l'égalité
des sexes que Lucy Stone refusa de
croire exacte la traduction du texte sacré
et qu'elle résolut d'apprendre l'hébreu et
le grec pour étudier la Bible originale.
Lorsqu'elle s'en ouvrit à son père et lui
exprima le désir d'ètre envoyée à un Col-
lege, celui-ci s'écria qu'elle était folle
crazy. Lucy résolut de gagner seule
l'argent dont elle aurait besoin pour exé-
cuter son projet. Elle donna des leçons,
vendit des fruits et en 1843, à l 'âge de 25
ans, elle posséda, grâce à sa volonté te-
nace, assez d'argent pour demander son
admission à Oberlin College la première
« Université » américaine, ouverte aux
femmes.
Ses moyens étant limités, elle se fit à
Oberlin répétitrice en même temps qu'é-
tudiante et s'y chargea en outre de cer-
tains travaux de ménage, Oberlin étant
un internat. Elle vivait en grande partie
de pain et de pommes, ne dépensant pas
plus de 2 fr. 90 par semaâae. Elle n'en
gardait pas moins ses belles couleurs de
. campagnarde et termina ses études e»
obtenant le diplôme de bachelor of arts
(bachelier ès lettres) d'Oberlin College.
En quittant Oberlin en 1847, elle s en-
rôla dans le parti anti-esclavagiste et
fut une des premières femmes qui osè-
rent aborder la tribune ou elle plaida
avec chaleur la cause des émancipations
celle des nègres et celle de la femme.
Des caractères aussi bien trempés que
Lucy Stone n'étaient pas rares parmi les
« pionniers » du féminisme américain.
Grâce à leurs courageux et patients ef-
forts,des Sociétés féministes se fondaient
un peu partout, et en 1848 les Améri-
caines purent tenir, à Seneca Falls, leur
premier congrès féministe, réuni sous le
nom de la womatt s riflnt... Convention
(Convention pour les droits de la femme).
En 1850, un second Congres : la Con-
vention nationale pour le suffrage de la
femme national lVoman suffrage con-
vention eut lieu à Worcester. Les femmes
y demandèrent leur affranchissement
enfranchissement c'est-à-dire le droit
de voter, au même titre que les hommes,
pour les élections municipales et politi-
ques de leur Etat ou territoire, ainsi que
pour la Chambre des représentants, le,
Sénat et les élections présidentielles.
Le programme, on le voit, était vaste ; t
mais les Américaines étaient d'avis qu'il,
fallait demander beaucoup pour obtenir
quelque chose, ,
De 1862 à 1865 les troubles sanglants
de la guerre de Sécession vinrent inter-
rompre la propagande féministe.
KETHE SCHRIMAGHER.
; 1- (A 1Uiww.).
tres vorriors de Vrance organise pour l'été
1tIDS une série d'excursions archéologiques
ayant plus spécialement en vue l'étude des
Yilruux dans les monuments anciens.
La première aura lieu à Chartres le di-
manche 11) juin. La deuxième à Beauvais le
jeudi ii juillet. La troisième à llouen les
'i4 et 15 août. La qnatrième à-Troyes le 11
'iseptembre. M. Léon Ottio, chez cie la pre-
: mlère de ces excursions, dont l'expérience
en vitrail et l'érudition archéologique sont
très estimées, donnera sur place tous les
•rcnseigncinenls historiques, légendaires et
techniques susceptibles de rendre la visite
plus intéressante.
Les adhésions pour la première doivent i
être adressées le plus tôt possible à M. De-
Ion, OC,. rue de Vaugirard, délégué à l'orga-
nisation ainsi que toute demande de rensei-
gnements concernant l'heure do départ,
l'itinéraire et le pnx de la journée.
Sœur Sl-Isnace. supérieure des Ursulines
aura cent ans demain.
La communauté se dispose à célébrer.
avec -la plus grande solennité ce centenaire
d'uno religieuse que son grand Age n'einpô-
clie nullement de se bien porter et de rem-
plir tous les devoirs de sa charge.
0
Dans son salon de la rue de la Victoire,
auquel, attenante, une petite salle de spec-
,taclc, avec scène et décors, la grande ar-
Ltiste qui a nom Marie Roze, et (lui est au-
jourd'hui relirée du théâtre, dOIln:, '. nvanl-
mer l'une de ses dernières matinées musi-
cales et littéraires de la saison. Ces réunions
.élégantes et mondaines sont très suivies,
car Mme Marie Roze, applaudie durant de
.'longues années sur les grandes scènes pa-
risiennes et de l'étranger, a laissé le sou-
venir d'une cantatrice de race, dont la voix
'briitantc et pure, l'intelligence de la scène,
le style et la distinction lui valurent des
,Surces suivis, notamment dans Fidelio et
dans Carmen, cju'elle chanta et joua six et
sept cents fois !
Parmi les futurs artistes, se destinant ou
non au théâtre, et qui profitent des excel-
lents conseil et de la méthode éprouvée de
Mme Mari.' Haze, on a particulièrement ap-
{>laudi Mlle Robert qui, dans l'air du Cid et
es Stances ils,> Sapho, a fait apprécier une
'belle voix, sympathique et veloutée; M.
Pierre Ilivierre (de l'Opéra-Comique), dans
Sigurd et Carmen : ténor brillant, à la voix
chaude, puissante et colorée qui charme
son auditoire. On ne peut que regretter de
voir M. Carré négliger un talent que l'é-
tranger accaparera au premier jour et qu'a-
vait su distinguer M. Carvalho, peu avant
sa mort.
MHe Breu, dans le Trouvère, Mlle Alba,
dans Jiomro et Juliette, ont également re-
cueilli des bravos mérités, ainsi que l'ex-
-quise Mlle Maria Legaull qui, dans un inlcr-
imt*.de, a dit avec àme un passage de la
Samaritain»•, de M. Rostand.
Comme bouquet, un acte joué en cos-
tumes, la Laitière de Trianon, musique de
W'eckerlin. Une jeune tille du monde, pa-
rente du célèbre avocat, Mlle Lachaud, a
vocalisé avec une exquise finesse et le tim-
bre de voix le plus sympathique, ce petit
bijou du maître qui assistait à la représen-
tation de son œuvre et n'a point caché sa
aalis!"acliou.
—o—
Nous apprenons la mort de notre confrère
Louis d'Kstampcs, rédacteur parlementaire
du Soleil. qui vient de succomber, à 1
de cinquante-huit ans, aux suites d'une
gueet douloureuse maladie.
—o—
On annonce la mort de la comtesse Du-
ÎOS, veuve de l'ancien ministre de la ma-
rine sous Napoléon III, mère du comle
fhéodore Ducos, secrétaire d'ambassade.
—o— a
Le comité électoral socialiste de Saint-
Fargeau organise pour les fêtes de la Pen-
tecôte, les dimanche 29 et lundi 30 mai
prochains une grande Kermesse de Bienfai-
sance au bénéfice des enfants nécessiteux
du quartier, sous la présidence de M. Ar-
chain, conseiller municipal de Saint-Far-
peau, sous le patronage de to. le maire du
XX* arrondissement, président -le la caisse
des écoles et de la délégation cantonale, de
Mme l'inspectrice et de M. l'inspecteur pri-
maare,des membres du corps enseignant, et
avec le concours des membres de la Dé!é-
{:ation cantonale et de la commission sco-
aire de Saint-Fargeau.
Pendant ces deux grands jours de fête,
des hais et concerts, des tirs à la carab'ne,
à l'arbalète ; une joute sur le iac, des cour-
ses de vélocipèdes, une tète vénitienne, un
feu d'artifice, un concours de bigotphones,
rie trompettes et de trompes de chasse, etc.,
ries jeu* et réjouissances diverses seront
•offerts au public dans les jardins, le Parc et
les magnifiques salons de M. Raveau, pro-
priétaire du lac Sainl-Fargeau, 296, rue de
Belleville.
-0-
Les eaux vannes de la Condamine ne se
déverseront plus dorénavant sur la ptage
de Monaco.
Hier, ont été inaugurées, en présence de
LL AA. 8S. Mgr le prince Albert et Mgr le
prince héréditaire, les usines de dérivation
des eaux d 'égout. Dès aujourd'hui, ces eaux
Bont conduites en eau profonde derrière le
rocher de Monaco.
Le prince a félicité M. Camille Blanc, qui
â pris l'initiative de ces travaux, et l'ingé-
lueur Cabirau qui les a dirigés.
Œuvre bien intéressante encore celle de
l'Orphelinat de l'enseignement, et pbilan-
tropique s'il en fut.
L'assemblée générale a eu lieu hier, à
l'hôtel des Sociétés savantes. M. Mézières
député, membre de l'Académie, qui la pré-
sidait, a fait up discours très remarque où
il attesta il l'étroite solidarité qui uniltous ;
les membres de la famille universitaire de-
puis l'instituteur jusqu'au professeur de
l'enseignement supérieur.
Puis il conclut ainsi :
et Pour nos camarades, pour nous-mêmes,
nus avons réalisé l'union fraternelle des
Instituteurs, nous la voudrions cerLaine-
ment plus complète, plus étendue encore
afin que chaque orphelin pût compter sur '
une protection encore plus efficace. Aussi
suis-je lier de constater les sentiments de
bienveillance dont nous sommes l'objet. AI-.
lo Président de la République nous envoie
aujourd'hui même 500 francs, M. Mabille
nous donnesa propriété de Montreuil et une
somme considérable nécessaire à son en-
tretien.
! .0;-
LA DAME D. VOILÉE
LA GUERRE
Nous n'avons pas eu la grande bataille
navale qme faisait présumer d'après les dé-
pêches, l'arrivée de l'amiral Cervera aux
Ant.illes.La concentration des escadresamé-
caines en arrière de Cuba n'a été qu'une
manœuvre. L'amiral Sampson et le com-
modore Shly sont retournés à Key-West.
Par suite de leur présence et du groupe-
ment de leurs forces, elles vont, après un
important ravitaillement,former deux divi- j
sions nouvelles : l'une de bâtiments à mar-
che lente ; l'autre, de navires à marche ra-
pide. C'est sur cette dernière escadre que
l'on compte pour le conflit qui doit inévita-
blement s'engager avec l'amiral Cervera
dans la haute mer.
Le cuirassé américain Monlcrey, actuelle-
ment au Pacifique, a reçu l'ordre de se |
rendre à Manille.
A New-York on est sous le coup du si-
nistre dont viennent d'être victimes les
hommes constituant le premier régiment
d'infanterie du Missouri de Chattanooga,
lequel transporté au camp de Chicago, a
vu le train qu'il occupait tamponné par
un train omnibus. On compte environ
12 blessés et 5 soldats tués. Par contre, le
cuirassé Orégon est parvenu aux Barbades,
dans le groupe des Petites Antilles, et, dé-
barquant à l'est de Porto-Rico, il a pris
300 tonnes de charbon et est reparti sans
avoir été inquiété. Lo président Mac-Kinley
continue à exprimer l'espoir qu'une bataille
décisive serait engagée. Sous ce rapport
nous ne voyons pas sur quelle base il I
appuie pareille asserlion. !
En Espagne le refus de M. Léon y Cas-
lillo d'accepter le portefeuille des affaires
étrangères a causé un certain désappointe-
ment.
Avec le nouveau ministère, on commen-
cera à voir plus clair à Madrid. On com-
prend que l'Espagne est au fond, livrée à
ses propres forces ; qu'il lui faut vaincre
ou mourir. Or, l'espoir de vaincre est une
chimère qu'elle ne doit point longtemps
caresser, attendu que la stratégie navale
ne peut pas toujours consister à dépister
les recherches de l'ennemi et à lasser ses
poursuites. Les dépenses d'hommes et
d'argent que nécessite une telle guerre dé-
passeraient ses ressources.... Le cabinet de
Madrid se rend compte maintenant que les
états neutres ne la seconderont pas,
étant donné que la gravité des mobiles
mis en jeu par l'Angleterre, impose l'obli-
gation de se maintenir à l'écart, et d'at-
tendre les événements. Les Espagnols, nous
dit-on, prétendent que les affaires hispano-
américaines sont leprélude d'un conflit uni-
versel, et qu'une guerre survenant des
puissances leur seraient acquises. Ils ne
voient pas qu'en réalité l'effort diplomati-
que ne cherche qu'une chose : écarter
l'action collective des oabinets européens
vis-à-vis de l'Amérique et de l'Angleterre
pour que l'équilibre de nos intérêts ne
soit pas mis en question par une crise
politique extérieure pouvant aboutir à une
prise d armes.
IBO.
Lettre d'Allemagne
La vie parlementaire a presque entière-
ment cessé en Allemagne : après le Reichs-
Lay, voici le Landtag de la Prusse qui vient
de suspendre ses travaux. Le mercredi 18,
l'empereur, revenu exprès d'Alsace, a clô-
turé la session. Dans un discours du trône,
■il a exprimé sa satisfaction sur l'état pros-
père des finances de la Prusse et il a re-
mercié les députés du zèle avec lequel ils
ont travaillé à la confection des lois utiles
au pays.
Dans ses dernières séances, le Landtag
avait encore adopté la loi qui rétablit en
Westphalie le droit d'ainesse pour la pro-
priété paysanne. Une interpellation des
grariens sur les mesures que le gouverne-
ment prendrait en cas de guerre pour ap-
provisionner le pavs de blé, annoncée pour
mardi a été retirée. Elle avait été provo-
quée par le prix exorbitant des céréales :
on paye actuellement 262 mark pour le ton-
neau de froment, et 176 mark pour le ton-
neau de seigle. Néanmoins, le gouverne-
ment a maintenu les droits sur l'importa-
tion étrangère. Si, malgré ces prix extraor-
dinaires, la population ouvrière reste
partout calme, c'est que la situation éco-
nomique de l'Allemagne est prospère et
que les salaires sont assez rémunérateurs
f>our que la force d'achat des classes popu-
aires ne soit pas encore trop sensiblement
diminuée par la crise des bles.
Mais malgré le calme actuel, les hommes
politiques se préoccupent de cet état anor-
mal. Les socialistes-avaient encore avant 4a
clôture .du Reichstag, demandé la réduction
des tarifs protectionnistes. Plusieurs cham-
bres de oommerce ont réclamé la même
mesure. Ces demandes sont restées sans
effet sur l'initiative des chambres de com-
met-ëe; on procédera prochainement A une
enquête sur la situation du petit commerce
et du commerce des intermédiaires, qui
achètent aux fabriques et vendent aux dé-
taillants.
On songe à la création, en Prusse d'un
,dé parlement ministériel de plus, dont le
ressort comprendrait la plus grande partie
du ministère actuel des travaux publics et
une partie du ministère de l'agriculture,,
notamment la régularisation des fleuves.
Cette dernière question est de la plus haute
importance pour la Prusse que cinq gran-
des rivières traversent du sud au nord.
.En concentrant toutes ces entreprises
dans la même main, on espère arriver à
des travaux d'ensemble, moins coûteux et.
plus efficaces, que les mesures ordonnées
dans le passé par deux ministères séparé-
ment.
La richissime ville de Cologne, « Cologne
la sainte ,, comme on l'a nommée à cause
de ses innombrables églises, vient d'inau-
gurer par une cérémonie officielle des plus
brillantes, son nouveau port fluvial. La
ville a sacrifié des millions aux travaux
d'agrandissement, mais elle sait qu'elle ré-
coltera largement là, où elle a semé. En
effet, des vapeurs même d'un assez fort
tonnage pouvant entrer dans le nouveau
port, la navigation sur le Rhin, sera con-
sidérablement activée, la rapidité des
communications entre Cologne et Itoller-
dam augmentera et Cologne, port de mer,
sera presque une réalité.
Le Landtag de la Bavière vient d'accepter
un projet de loi qui admet les femmes ma-
jeures aux réunions et aux associations
poursuivant un but philanthropique, éco-
nomique ou s'occupant des questions d'en-
seignement.
De même que les mineurs, les femmes
resteront exclues des réunions et des asso-
ciations politiques proprement dites. La Ba-
vière s'est donc montrée à ce sujet plus
réactionnaire que la Saxe.
Le prince Henri dé 'Prusse a été reçu à
Pékin par l'Empereur de Chine qui lui a
rendu sa visile. C'est un événement sans
égal dans les annales du Céleste Empire.
Les princes et souverains européens, le
prince de Cumberland par exemple et le
Tsar, qui autrefois ont voyagé du côté de la
Chine, ont toujours renonce à se rendre à
Pékin, sachant qu'une entrevue sur un pied
d'égalité no serait pas accordée. Maintenant
la première brèche est faite dans le mur
des préjugés chinois, l'Empereur s'est con-
formé îi l'étiquette et à la politesse euro-
péennes. Sentirait-il que l'Allemagne, après
tout, est une puissance amie, prête â la
défendre, le cas échéant, contre l'Angle-
terre.
Cette dernière puissance, il est vrai, se
montre en ce moment fort bien disposée à
l'égard même de l'Allemagne.
Elle dit tout haut qu'elle a. « toléré » l'an-
nexion de Kiao-Tchéou, elle fait valoir la
réceplion flatteuse que les autorités an-
glaises ont faite au prince Henri dans tous
les ports où il s'est arrêté pendant son
voyage en Extrême-Orient. Elle va même
jusqu'à rechercher l'alliance du jeune Em-
pire..
L'Allemagne de son côté n'a que faible-
ment répondu aux avances que l'Angleterre
lui faisait tout récemment par la bouche de
Monberlain. La Gazette de Cologne, dans un
leader, intitulé « Une épée continentale » a
dit que l'Angleterre, ayant à défendre des
possessions immenses avec des forces dis-
proportionnées, devait évidemment cher-
cher une alliée continentale, bien armée,
qui, en cas de besoin, voulût mettre son
épée au service de la cause anglaise. Elle a
ajouté en premier lieu, qu'il faudrait
« y mettre le prix », et en second lieu que
quelque élevé que soit ce prix,il ne payerait
jamais l'alliée continentale de la « casse >»
qui résulterait pour elle d'une pareille in-
tervention.
Pour prouver d'autre part « que le dan-
ger allemand » est un danger réel, le
Daily Mail publie le bilan, pendant le pre-
mier trimestre de l'année courante, de l'ex-
portation allemande et de l'exportation an-
o "laise.L'une aurait augmenté de 3,400,000 livres
anglaises,l'autre aurait diminué de 3,795,000
livres.
•
Un correspondantd'e la Gazette de Cologne,
actuellement en séjour à Alger, envoie à
son journal des articles fort intéressants sur
la situation créée aux Israélites par les ex-
citationssans pareilles d'Edouard Drumond.
Le mouvement antijuif, dit-il, est en effet
populaire, la haine du juif enthousiasme les
foules. Néanmoins, si M. Lépine avait seu-
lement les pouvoirs d'un Oberpraesidcnt
(préfet) en Prusse, il viendrait vite à bout
de toute cette excitation. D'ailleurs, ajoute
lé correspondant, il ne faut pas exagérer
l'influence de Drumond ; il n'est nullement
orateur et à la Chambre il fera peut-être
pauvre figure. Quant à la révocation de la
loi Crémieux qu'il se propose, il n est pas
inutile de faire observer qu en Algérie ce
sont les juifs qui sont la population an-
cienne, et qu'ils seraient bien plus autori-
sa h nn rI Ar de l'invasion française que les
Français à parler de l'invasion juive.
S.
Au Trocadéro
LA FÊTE DU PATRONAGE INDUSTRIEL
DES FLEURS ET PLUMES
L'Assistance paternelle des enfants em-
ployés dans l'industrie des fleurs et plumes,
donnait hier au Palais du Trocadéro sa fête
annuelle, présidée par M. Bouquet, direc-
teur de l'enseignement technique au Minis-
tère du Commerce et de l'Industrie.
Cette fête a été particulièrement réussie.
Plias de 10.000 personnes se pressaient dans (
la spacieuse enceinte de la Salle des fêtes.
Citons M. J. Caillaux, Président du conseil,
d'administration, Mme Bogelot, directrice
de l'Œuvre des libérés de Saint-Lazare,
membre d'honneur de la Société, Mlle Mal-
manche, MM. d'Isle, Jacques Forest, An-
drisson, vice-présidents; Diringer, Louis
Javey, Ed. Morin, secrétaires; Lucipia,
Muzet, machette, Bassinet, conseillers mu-
nicipaux; Gay, président du tribunal de
commerce; Belleville, directeur de l'Expo--
sition de 1900, etc.
Io M. Caillaux, dans un rapport sommaire
sur l'œuvre dit toute la supériorité de
l'industrie parisienne des fleurs et plumes, ;
sur ses rivales de l'étranger. Cette supério-
rité est due sans doute aux ellorts mouis
que font les industriels, pour la maintenir
au premier rang, mais elle est due aussi, à
ce goût de la jeune fille parisienne, qui d'un
rien sait faire des choses exquises.
Mois ce goût de l'ouvrière si délicat et si
subtil demande cependant une certaine
culture. Une éducation professionnelle so-
lide est nécessaire, earseule elte peut main-
tenant, avec les conditions nouvelles de
concurrence, nous garder notre suprématie.
Voici une des raisons qui ont déterminé la
création du patronage. Rien n'a été négligé
en vue de cette éducation technique. Des
cours gratuits de dessin ont été organisés,
ils sont suivis par plus de i60 jeunes filles
et ont lieu tous les dimanches matin.
Ce patronage si prospère, fondé depuis
trente deux ans, est une œuvre avant tout
féminine, puisqu'elle compte 240 appren-
ties et seulement 5 jeunes gens.
Au nom de M. le ministre du Commerce,
M. Bouquet a félicité ensuite, l'œuvre des
résultats obtenus dans ce domaine de l'ap-
prentissage des jeunes filles fleuristes.
Cette industrie a-t-Il dit dépend surtout de
la valeur et de l'habileté de l'ouvrière et
c'est un honneur pour les Parisiennes de
maintenir cette branche du travail au pre-
mier rang dans le monde. Mais, ajoute-t-il,
il faut redoubler d'ell'orts en vue de l'expo-
sition de 1900.
Nous nous en voudrions de ne point citer
les principales lauréates du concours or-
ganisé par le Patronage. Des médailles
d'honneur du travail ont été décernées par
le ministre à Mme Paigney (43 ans de ser-
vices), Mlle Esther Sosson (38 ans de ser-
vices), Mlle Gruyer (35 ans de services),
Mlle Piteux (31 ans de services), Mme Bau-
disson (33 ans de services), Mlle Labou-
rianne (32 ans de services).
Les prix d'excellence ont été obtenus par:
Mlle Gahrielle Greiss, Mite Marguerite Fo-
restier, Mlle Aimée Godard.
Passons à la partie récréative. Un brillant
concert avait été organisé, avec le concours
des meilleurs artistes parisiens. La musi-
que du 28" de borne, dirigée par M. E. Le-
blan s'est révélée la digne émule de celle de
la garde. Dans un morceau chanté La Sen-
tinelle le ténor a véritablement conquis la
salle entière qui croulait sous les bravos.
Ensuite M. Launay nous amuse beaucoup
en nous disant ses fiançailles. Il rève de
terminer une vie de garçon fort peu sage
par un bon mariage avec une petite pro-
vinciale un peu trop sentimentale, ce qui le
ravit. Mais son amour pour elle ne l'em-
pêche point de nous smger admirablement
sa voix et ses gestes maniérés.
Fourcade, de l'Opéra dans « Si tu m'ai-
mais JI et Paumier, de l'Odéon, si amusant
dans « Un ami commerçant M obtiennent un
succès enthousiaste.
Mme Miette, une Andalouse d'une gami-
nerie bien parisienne est également très
applaudie.
Mais le clou de la soirée fut ce duo exquis
de Lackmi, chanté pa.r Mlle Laure Beau-
vais, de l'Opéra, et Mlle Jeanne Duran, de
l'Opéra-comique.
La soirée se termine par des danses an-
ciennes sur des airs du XVIIO et xviii, siè-
cles, dont Mlle Mirietti, de l'Opéra, et M.
Raimond. ressuscitent les jolies ligures.
C. D.
INFORMATIONS
Espagne
Madrid, 22 mai.
Pendant la réunion du conseil des minis-
tres, M. Léon y Castillo a eu une conference
avec la Régente. Puis après le conseil, il
s'est entretenu avec M. Sagasta.
Au conseil, M. Sagasta a rendu compte
de son entrevue précédente avec l'ambas-
sadeur d'Espagne à Paris. Il s'est réservé
de résoudre la question du portefeuille des
affaires étrangères d'ici à demain et il
communiquera sa décision aux ministres
dans un nouveau conseil.
On commente beaucoup la conférence qui
a eu lieu ce matin entre le ministre de la
marine et M. Sagasta, ainsi que celle entre
l'amiral Aunon eL le représentant de la
Compagnie transatlantique.
Une dépêche officielle du maréchal Blanco
dit, que quelques navires américains ont
tiré, dans la nuit du 19 mai, sur le canal de
Nuevitas. ~
| Plusieurs rencontres ont eu lieu, dans
lesquelles les rebelles ont eaeaaë morts.
On assure dans les cercles officiels que
le gouvernement espagnol est décidé à en-
voyer des vaisseaux auxiliaires sur les côtes
des Etats-Unis, avec ordredt couper tous
les cibles- qui atterrissent aux Etats-Unis,
même les cibles transatlantiques, si le
câble de Cuba est coupé par les Américains.
M. Léon y Castillo a eu une longue confé-
rence avec 8. Sagasta.
Une réserve absolue est gardée.
Les ministres viennent do se réunir en
ooaseH.
M. Aunon s'est rendu hier soir au Palais
royal et a eu un entretien avec la reine ré-
gente.
On a reçu au ministère de la -marine un
télégramme ohifiré venant de Porto-Rico.
Cette nouvelle est très commentée.
On mande de Washington, que les auto-
rités navales considèrent comme peu pro-
ble, un engagement entre les flottes améri-
caine et espagnole,car l'on pense que cette
dernière évitera les Américains.
Angleterre
Londres, 21 mai.
M. Herbert Gladstone est arrivé à Londres
et s'occupe des funérailles de son père.
Le gouvernement aurait décidé qu'une
place serait conservée à Mme Gladstone à
l'abbaye de Westminster, atin que plus lard
elle pût reposer près de son mari.
Le corps de M-. Gladstone sera embaumé
et restera quelques jours au château
d'Hawarden.
Les habitants d'Hawarden avaient signé
une pétition pour demander à ce que le
corps de M. Gladstone fût inhumé au vil-
lage.
Aucune date n'a été fixée pour les funé-
railles, mais on pense qu'elles auront lieu
dans une dizaine de jours.
Le corps de M. Gladstone sera enseveli
près de celui de Palmerston ou au bout du
Transept près des restes de George Wilber-
force, Charles James Vox et George Canning.
On dit aussi qu'une place avait été réservee
à droite de la statue de sir Robert Peel, à
gauche du monument de sir Peter Warren.
•
» »
Un service solennel aura lieu à Windsor
demain à la chapelle royale de Saint-James.
Le prince et la princesse de Galles y assis-
teront.
En raison de la mort du grand homme
d'Etat, la réception qui devait avoir lieu
chez la marquise de Salisbury hier soir j
pour célébrer l'anniversaire de la nais- <
sauce de la reine Victoria, n'aura pas lieu. j
Les messages de condoléances continuent
à parvenir à Hawarden.
La reine a envoyé un message de sympa-
thie à Mlle Gladstone ainsi conçu: «Béatrice
et moi venons vous exprimer notre plus
profonde sympathie pour votre chère mère
et pour vous tous. » • !
M. de Staal, ambassadeur de Russie a re-
mis la lettre suivante de la part du minis-
tre des affaires étrangères: « Le comte Mou-
rawief me charge de vous envoyer l'expres-
sion de ses sentiments de profondes con-
doléances et de vous exprimer le sincère
regret qu'à fait naître en Russie la perte
d'un homme d'Etat éminent. »
Le président Kruger et les membres du
Conseil éxécutif ont envoyé le télégramme
suivant à Mme Gladstone :
« Nous voulons vous exprimer tous nos 1
regrets pour la perte de votre mari dont
les services rendus à la République du
Transwaal ne seront jamais oubliés.
Les résidents anglais, grec et arménien
d'Odessa ont envoyé des télégrammes de
condoléances à la tamille de M. Gladstone
et ont pris des dispositions pour célébrer
un service religieux dans leurs églises res-
pectives.
Italie
Rome, 22 mai.
Le gouvernement semble décidé à pour-
suivre la. presse catholique comme il a
poursuivi la presse républicaine et socia-
liste. ..
Déjà plusieurs journaux catholiques ont
dû cesser leur publication et moderer leur
langage.
Le Vatican a adresse à. divers organes
des conseils très pressants de modération.
A Milan et en Toscane plusieurs associa-
tions catholiques ont été dissoutes, des per-
quisitions ont eu lieu mais il n 'y a pas eu
d'arrestations.
La situation parlementaire est toujours la
même. On croit toujours que les Chambres
seront convoquées pour le 10 juin et que le
ministère posera dès la première séance la
question de confiance sur la demande de
six douzièmes provisoires.
Il est absolument inexact que M. Zanar-
delli songe à quitter le ministère de la jus-
tice et la députation pour rentrer dans la
vie privée.
Le roi a reçu aujourd'hui M. Barrêre,
ambassadeur de la République française,
en audience particulière.
Le roi s'est entretenu pendant une heure
avec l'ambassadeur et lui a témoigné un
accueil sympathique.
DISCOURS D'INAUGURATION
Avez-vous lu la disoours de M. Goujon,
sénateur et maire du XIIe arrondissement,
à t'inauguration du groupe scolaire de la
rue de Pomard 1
Ce n'est guère probable, ces discours ne
présentant pas un graud intérêt. les lieux
communs sur les bienfaits de l'instruction
n'y manquent pas,ainsi que les félicitations
a. l'architecte et les compliments au Conseil
municipal et à tous les dignitaires pré-
sents.
Mais au milieu de ces flots d'éloquence
on trouve parfois des paroles qui vous
laissent rêveur et on se demande quelle
est t'éducation — comprenez bien, je ne
parle pas de t'instruction — donnée aux
jeunes esprits dans les écoles.
Voici les recommandations que M. Goujon
adresse aux instituteurs et aUx inslilu-
trices.
» Pour que l'école que nous inaugurons
égale ses aînées, vous n'avez qu'à faire ce
que vous avez déjà fait: vous, instituteurs,
répandre dans les grandes salles claires une
jeune parole honnête, lucide, toute chaudo
de l'amour, de la vérité et de la jusllCe;'-,
vous, institutrices, prêcher le dévouement,
la patience, l'amour du foyer, la bonté qui
font la parure de la femme. 'A
Il serait difficile d'indiquer plus claire-
ment en quelques mousla vieille idée pré-
conçue sur les rôles de l'homme et de la
femme; aux homines'-Ià véi-1 Lè et la justice,
aux femmes, le dévouement, la patience,
l'amour du foyer, la bonté.
Pourauoi cette distinction? Ne faut-il
donc pas que les hommes soient bons, pa-
tients, dévoués? Il parait que cela ne leur
est pas nécessaire. Il leur suffit d'être
justes.
Ah ! certainement la justice est une belle
chose qui éclaire de sa lumière pure la route
de la vie. U/st regrettable que les hommes
aient si peu profité des leçons de l'école et
que nous trouvions parmi eux si peu de
justice. Si les hommes avaient appris la
justice ils ne nous refuseraient pas toute
participation à l'administration du pays
qu'ils sont si fiers de gouverner tout seuls;
ils ne chercheraient pas à nous éloigner de
tout emploi où nous pouvons gagner une
vie honnête pour faire de nous leurs hum-
bles servantes, contentes de ce qu'ils veu-
lent bien nous donner en échange de nos
services. S'ils étaient justes ils ne s'appro-
prieraient pas tous les (iroits pour nelaisser
aux femmes que des devoirs.
Les leçons données à la femme ont mieux
fructifié et, loin de nous en féliciter, nous
le regrettons. On ne li i a pas appris le res-
pect d'elle-même, mais le dévouement; on
ne lui a pas donné l'énergie pour vaincre
les obstacles mais la patience pour s'y sou-
mettre. EL les femmes ont admirablement
apprécié cet enseignement. Elles se sont
courbées sous le joug se contentant d'étra
Il bonnes )1 sans se soucier ni de la vérité ni
de la justice. Les unes se sont consacrées à
parer ce foyer qu'on leur donne pour
royaume sans s'inquiéter de celles qui n'en
ont pas — les autres, ies mciHeurs, ont
cherché à combler le vide de leur exis-
tence par la philantropie, les œuvre de cha-
rité sans s'apercevoir que celte charité
même ne sert qu'à perpétuer et aggraver
la misère qu'elles cherchent à soulager.
Toutes, consciemment ou inconsciemment,
se laissent gouverner par l'homme.
Pouvez-vous vous attendre à un autre
résultat puisque, dès leur première en-
fance, on ne leur K -'ohe que le,, vertus d'ab-
négation etde sacrifice. Des le certificat d'é*
tude on apprend à la petite fille qu'elle
doit chercher à devenir « la digne compa-
gne de l'homme ". En dit-on jamais autant
au petit earçon? Lui ir.cuique-t-on jamais
les vertus domestiques"? Il en a cependant
plus besoin qu'{- 11... car « ï.unl)ur du l'l'YI.'r H
est inné chez celle-ci. Pour qu'elle anou-
donne ce f-)ver. il faut qu'il :::oil devenu un
enfer, comme il en arrive trop souvent par
la faute de l'homme, ou que la nécessita
absolue! oblige à. le quitter momentané-
ment pour le mieux alimenter.
Si j'avais eu à présider il la place de M.
Goujon j'aurais demandé t'inverse. J'aurais
voulu qu'on cultivât chez les filles « l'amoiif
de la vérité et de la justice JI qualités qu'oa
a peu cherche- à développer chez elles, tan*
dis que j'aurais recommandé aux garçons
le dévouement, la patience, l'amour du
foyer et la bonté qui leur manquent si
souvent.
Ou plutôt il faudrait prêcher aux deux
sexes les mêmes vertus. Le dévouement
doit être réciproque si l'on ne veut pas qu'il
provoque la domination du plus fort et le
foyer, pour rcchautler et étiairer la famille
tout entière, doit être gardé par 1 amour
mutuel des deux être qui l'ont créé.
Il n'y a pas de vertus féminines ni de ver-
tus masculines, il y a la vertu humaine.
Instituteurs et institutrices, cherchez à cul-
tiver chez la jeune fille le sentiment de sa
dignité, chez le garçon le respect de celle
avec qui il doit partager sa vie et qu il doit
considérer comme son égale.
Et je pense que toutes ces distinctions
entre l'éducation à donner aux tilles et
aux garçons n'auraient plus leur raison
d'être si, comme en Amérique, on avait des
écoles mixtes où la tille apprendrait le cou-
rage et le garçon la bonté.
MARIA MARTIN.
L'abondance des matières nous oblige
à remettre à demain lu suite de notre
très intéressant feuilleton, les Vierges
Russes, par L.-M. Gagneur.
LA TRIBUNE
Le Féminisme aux États-Unis
DE L'AMÉRIQUE DU NORD (1)
Celle rubrique forme un feuilleton volant
dont le sujet change tous la trois jours.
i
45 Etats et 5 territoires, avec une
population d'environ 70 millions. Les
femmes n'en représentent que 48,79 0/0.
Elles prédominent néanmoins dans les
Etats de lEst. Dans l'Ouest, l'Etat de
Wyoming et le territoire de Montana
par exemple, elles ne forment que
65,19 0/0 et 33,30 0/0 de la population en-
tière. Il y a aux Etats-Unis environ 7 mil-
lions de catholiques, la majorité des habi-
tants appartient à la religion protestante.)
C'est aux Etats-Unis que le féminisme
% pris naissance, n est désigné par les
noms suivants : the Womens' movemeni
(mouvement des femmes), the Womens'
rights movement (mouvement pour les
droits des femmes) ou the Womens'
suffrage movement (mouvement pour le
suffrage des femmes).
Il a commencé au moment de la guerre
de l'Indépendance (t776-1783). Les Amé-
ricaines qui pendant ces années d'é-
(1) C-et" étude flut partie 4'irae brochure
Mr le fémiaisaM aux Et&WUnis, en France,
daDa la Gra&de-BreUf&e, en Suède et en
fUnaia que l'auteur pubiiaca prwnhiiae
jMDt obis M. Arand Goum.
preuves s'étaient distinguées par leur
dévouement et leur courage civiques, de-
mandèrent au Congrès de Philadelphie,
en 1787, les droits électoraux. Le Con-
grès refusa d'accueillir la demande des
femmes. Il lui aurait cependant été facile
de leur donner satisfaction.
L'électoral est une question que chaque
Etat ou territoire réglait alors et règle
encore aujourd'hui à son gré. La consti-
tution fédérale ne fixe rien à cet égard.
Dans les législations de la plupart des
treize Etats primitifs, représentés au
Congrès de Philadelphie, les termes de
la loi n'excluaient pas les femmes de
l'électorat politique et dans plusieurs
Etats elles l'exerçaient.
Dans le Rhode Island, le ConnecLicut,
le New-Jersey, Delaware, le Marvland,
la Pensylvanie. les Deux-Carolines, la
Géorgie — le suffrage était accordé, soit
à tous les habitants (inhabitants) libres
(ce qui excluait seulement les nègres)
soit à tous les propriétaires et chefs de
famille.
Seuls les Etats de Virginie, de New-
York, de Massachusetts et de New-
Hampshire avaient déjà en 1699, en 1777,
en i780 et en 1784 restreint le suffrage
aux habitants mâles libres.
D'autres Etats introduisirent la même
restriction dans leur constitution : le
Maryland en 1801, le New-Jersey en 1807,
le Delaware en 1811, le Connecticut en
1818.
Le reste des Etats changèrent leur
constitution dans le même sens : le Rhode
Island en 1840, la Géorgie en 1861, les
Deux-Carolines en 1868.
La Pensylvanie, sans introduire le mot
d'habitant mâle dans sa constitution, fit
établir par un jugement de la Cour su-
prême que le mot inhabitant s'aftphquait
adunTOMiit au x Iaommas-
Il faut voir la raison directe de ces
mesures réactionnaires dans l'agitation,
entreprise par les Américaines pour ob-
tenir et pratiquer partout le suffrage po-
étique.
Cette agitation devenait particuliè-
rement vigoureuse vers 1840. En ce mo-
ment la question de l'abolition de 1 es-
clavage était une question brûlante aux
Etats-Unis.
Nombre de femmes américaines pri-
rent fait et cause pour les opprimés. Les
premières, elles fondèrent des Sociétés
pour l'abolition de l'esclavage. (Anti-
slavery sodeties). Tout le monde sait
d'ailleurs que ce fut le li vre du ne
femme, la Case de l oncle Tom de Har-
riette Beecher-Stowe, qui en 1852, par
ses descriptions navrantes de la vie
des noirs, rendit sympathique au mopde
civilisé entier, la cause des nègres aux
Etats-Unis.
Les Américaines qui même avant Har-
riett Beecher-Stowe luttaient pour 1 abo-
lition de l'esclavage, étaient la quake-
resse Lucretia Mott, une femme d esprit
très net, douée d'une rare éloquence,
Elisabeth Cady-StaïUon, aujourd'hui la
doyenne des féministes américaines,
Elizabeth Pease, la femme du célèbre
député et orateur Wendell Philipps, Su-
san B. Anthony, etc.
Lorsqu'en 1840 un congrès internatio-
nal pour l'abolition de l'esclavage se réu-
nit à Londres, les trois premières de ces
femmes, accompagnées de leurs maris
et des amis de leur cause, s'y rendirent
comme déléguées de laNationa.1 Womerïs
Antislavery Convention.
Une grande humiliation les attendait.
Le clergé qui dirigeait' le mouvement
contre l'esclavage en Angieterre, fit dé-
clarer parle congrèsquelea Américaines,
ëtant comme femmes des incapables en
politique, des mineures devant la loi ci-
vile, ne seraient pas admises comme dé-
léguées et ne siégeraient pas dans la salle
de délibération. On les accepta seule-
ment comme de simples auditrices dans
les galeries..
Les hommes qui demandèrent 1 admis-
sion des femmes dans la salle du con-
grès furent une minorité. L'un d'eux,
l'Américain William Lloyd Garrison,
protesta contre l'exclusion de ses géné-
reuses compatriotes en refusant a son
tour de siéger dans la salle. Pendant
douze jours, la durée du congrès, il as-
sista de la galerie et en silence aux dis-
cussions qui cependant lui avaient t'ait
entreprendre un voyage de plusieurs
milliers de lieues.
Rentrant à l'hôtel après une de ces
séances, Elizabeth Cady-Stanton dit à
sa compagne Lucretia Mott : Dès notre
retour en Amérique il faudra réunir une
aesemblée pour discuter l esclavage de
la femme the Siavery of women. Elle
avait acquis la conviction que « toutes
les incapacités de la femme avaient pour
source son incapacité politique. »
Ainsi, dès le début, le féminisme amé-
ricain prit un caractère politique, fut un
mouvement suffragiste pour employer
un néologisme commode.
Elisabeth Cad y Stanton et Lucretia
Mott exécutèrent leur projet sans tarder.
Organisant d'abord des réunions privées,
nuis publiques, elles arrivèrent bientôt à
attirer des auditoires nombreux, à s as-
surer le concours d'une partie de la
presse et à intéresser l'opinion en leur
faveur.discutait maintenant aux Etats-
Unis, non seulement l'émancipation de
l'homme noir, mais encore celle de la
femme blanc-be.
Sur ces entrefaites arrivèrent aux pre-
: mières féministes des recrues nouvelles.
Une des physionomies les plus intéres-
santes parmi celles-ci est Lucy Stone.
Pour cette raison nous entrerons a son
sujet dans quelques détails biogra-
phiques.Née en i8i8, fille d'un cultivateur, d'un
tanner, elle vécut de la vie rude des
champs, s'endurcit a la fatigue et ac-
quit une force physique qui devait la
servir plus tard. Petite fille elle étonna et
déconcerta sa mère en lui demandant
pourquoi les femmes étaient tenues par
les hommes dans un état de subordina-
tion. La mère, en épouse chrétienne, ré-
pondit par des citations de la Bible. L en-
fant, se plongeant alors dans la lecture
de la Genèse, lut avec un trouble indici-
ble que le mari doit être le maître de la
femme.....
Telle était sa conviction sur l'égalité
des sexes que Lucy Stone refusa de
croire exacte la traduction du texte sacré
et qu'elle résolut d'apprendre l'hébreu et
le grec pour étudier la Bible originale.
Lorsqu'elle s'en ouvrit à son père et lui
exprima le désir d'ètre envoyée à un Col-
lege, celui-ci s'écria qu'elle était folle
crazy. Lucy résolut de gagner seule
l'argent dont elle aurait besoin pour exé-
cuter son projet. Elle donna des leçons,
vendit des fruits et en 1843, à l 'âge de 25
ans, elle posséda, grâce à sa volonté te-
nace, assez d'argent pour demander son
admission à Oberlin College la première
« Université » américaine, ouverte aux
femmes.
Ses moyens étant limités, elle se fit à
Oberlin répétitrice en même temps qu'é-
tudiante et s'y chargea en outre de cer-
tains travaux de ménage, Oberlin étant
un internat. Elle vivait en grande partie
de pain et de pommes, ne dépensant pas
plus de 2 fr. 90 par semaâae. Elle n'en
gardait pas moins ses belles couleurs de
. campagnarde et termina ses études e»
obtenant le diplôme de bachelor of arts
(bachelier ès lettres) d'Oberlin College.
En quittant Oberlin en 1847, elle s en-
rôla dans le parti anti-esclavagiste et
fut une des premières femmes qui osè-
rent aborder la tribune ou elle plaida
avec chaleur la cause des émancipations
celle des nègres et celle de la femme.
Des caractères aussi bien trempés que
Lucy Stone n'étaient pas rares parmi les
« pionniers » du féminisme américain.
Grâce à leurs courageux et patients ef-
forts,des Sociétés féministes se fondaient
un peu partout, et en 1848 les Améri-
caines purent tenir, à Seneca Falls, leur
premier congrès féministe, réuni sous le
nom de la womatt s riflnt... Convention
(Convention pour les droits de la femme).
En 1850, un second Congres : la Con-
vention nationale pour le suffrage de la
femme national lVoman suffrage con-
vention eut lieu à Worcester. Les femmes
y demandèrent leur affranchissement
enfranchissement c'est-à-dire le droit
de voter, au même titre que les hommes,
pour les élections municipales et politi-
ques de leur Etat ou territoire, ainsi que
pour la Chambre des représentants, le,
Sénat et les élections présidentielles.
Le programme, on le voit, était vaste ; t
mais les Américaines étaient d'avis qu'il,
fallait demander beaucoup pour obtenir
quelque chose, ,
De 1862 à 1865 les troubles sanglants
de la guerre de Sécession vinrent inter-
rompre la propagande féministe.
KETHE SCHRIMAGHER.
; 1- (A 1Uiww.).
Le taux de reconnaissance estimé pour ce document est de 84.9%.
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