Titre : L'Ouest-Éclair : journal quotidien d'informations, politique, littéraire, commercial
Éditeur : [s.n.] (Rennes)
Date d'édition : 1903-04-25
Contributeur : Desgrées du Lou, Emmanuel (1867-1933). Directeur de publication
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Type : texte texte
Type : publication en série imprimée publication en série imprimée
Langue : français
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Description : 25 avril 1903 25 avril 1903
Description : 1903/04/25 (Numéro 1345). 1903/04/25 (Numéro 1345).
Description : Collection numérique : Bibliographie de la presse... Collection numérique : Bibliographie de la presse française politique et d'information générale
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Droits : Consultable en ligne
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Source : Bibliothèque nationale de France
Conservation numérique : Bibliothèque nationale de France
Date de mise en ligne : 30/10/2008
^Emmanuel DESGRÉES du LOU
Directeur politique
Administration et Rédaction
& rw de La Chalotait, RENNES
Berexo spécial: 14, ne Salnt-Ym. BttESt
(PLACE Là TOUR -D'AU VERONE)
ABONNEMENTS
Départ, limitrophes, 1 an, »Of.,6m., lSf. 3m., e f.
Finistère 23 13 1
Autres départements £4 –1-4 1
Xe< manuscrits aon insérés ne tord vas rendus
ET L'ÉTOILE DE LA MER
J OXJItlV-A.Iii I^Al BRETAGNE ET
Derniers Télégrammes de la Nuit
Samedi 25 Avril 1903
(5* Année.– N° 1345)
Adresse télégraphique
OUEST-ÉCLAIR RENNES
INSERTIONS
RÉCLAMES.
Furs DIVERS. franc
ON TRAITE AUSSI A FORFAIT
Téléphone
La vraie pensée
de M .Combes
Le» têtes commencent se monter et,
dans q-jelques semaines, si M. Combes
Il' pas modéré d'ici là les intempérances
de son fanatisme, l'agitation sera à son
comble. Déjà à Nantes, à Angers, à Dun-
kerque, au Mans, à Poitiers et au Havre,
des bagarres ont éclaté, aggravées de jets
de pierres et de coups de couteau. Et nous
ignorons encore, l'heure où j'écris ces
lignes, comment se sont comportés, les uns
à l'égard des autres, les assiégeants et les
défenseurs de la Grande-Chartreuse 1.
Les journaux du bloc, naturellement,
poussent des cris d'indignaiion. Ce mou-
vemeut de résistance, qui s'étend et gran-
dit chaque jour et qu'ils auraient dû pré-
voir, les affole et les enrage. Il en rendent
J'épiscopat responsable el l'un d'eux est
bien près d'invectiver M. Combes parce
que celui ci s'est contenté de supprimer
le traitement de l'évèque de Naucy, es-
timant sans doute imprudeut de le mcltro
en prison, et parce qu'à l'égard de l'évêque
d Orléans, déjà « puni n, comme ils di-
sent, de la même mesure, on ne sait plus
trop à quol-moyen de répression le gou-
vernement pourrait recourir, sans risquer
de donner un nouvel élan la résis
tance.
Hé oui les évéques ont assumé, dans la
circonstance, une très grave responsabi-
lité, mais, en l'assumant, ils n'ont fait, en
définitivc, que remplir un devoir. L'Evan-
gile dont ils sont les gardiens et les apôtres
leur rappelle que le Christ « ne les a pas
éiabli» pour être les chiens muets de leur
troupeau u et, comme l'écrivait hier à M.
° Combes, Mgr Rumeau, d'Angers « La
conscience de l'homme, celle du chrétien,
à plus forte raison celle de l'évêque, ont
des exigences inviolables et sacrées n.
%il, u esi ue rouie évidence je le disais
avant-hier et c'est une vérité qu'il ne faut
pas nous lasser de répéter que la poli-
tique jacobine dont M. Combes s'est insti-
tué le metteur en œuvre, dépasse de beau-
coup le but que s'était jadis assigné l'an-
cien anticlérioalisme. Dans la pensée des
francs maçons nos maitres, il ne s'agit
plus seulement d'empêcher l'ingérence de
l'Eglise dans les affaires de 1 Etat il s'agit
de mettre l'Etat, son organisation, ses chefs.
ses fonctionnaires et jusqu'à son armée, au
service d'une doctrine philosophique déter-
minée la doctrine qu'on enseigne dans les
Loges et, sous prétexte d'unité morale, ce
que l'on veut réaliser dans le pays, c'est la
substitution complète de cette religion
nouvelle aux anciennes croyances. Le véri-
table cléricalisme, le voilà 1 et si l'on
s'obstine à soutenir que telle n'est point
l'intention de nos gouvernants et de la
majorité parlementaire -qui les approuve
quand elle ne les excite pas-j'invoque-
?ai le témoignage décisif de M. Combes en
personne.
Un rédacteur du Matin a eu, ces jours
derniers, l'beureufe idée de lui poserquel-
Dues questions sur son état d'àme et voici
ce qu'a répondu le ministre proscripteur
Nos atquisitiona nombreuse», notre déve-
loppement scientifique, les découvertes, l'état
actuel des sociétës, l'affranchissement de la
pensée, le grand mouvement qui entraîne lei
esprits vers un idéal nouveau, tout cela a
détruit les anciennes croyances et
tortue les vieux temples. Est-ce à dire
que toute foi doive disparaître ? N'un pas. La
foi est nécessaire. Mais a la for qu'ente)
gne l'Eglise, une autre fol s'est subs-
tituée. C'est la croyance dans une
force mystérieuse, mai* apparente, et
dont les eU!8, d'une évidence el d'une logi-
que Admirables, sont sensibles quiconque
îiuerrofie la vie. Cette puissance mysté-
rieuse, c'est le progrès.
Ainsi s'est exprimé M. Combes, prési-
dent du conseil des ministres ae la Répu-
blique française.
Et en débitant ce prône, beau modèle de
l'éloquence sacrée qu'on a coutume d'ap-
plaudir dans les temples de la Maçonne-
rie, il parait le détail est suggestif-
que l'ancicn séminariste était debout, der-
rière un fauteuil, le bras tendu et l'index
crispé il se croyait à la tribune de la
Chambre. Ce n'était pas la méditation
d'un philcsophe, c'était la déclaration ner-
veuse d'un homme d'action, pontife et chef
d'Etat tout ensemble, et qui sait utiliser la
puissance civile dont il est le liénéficiaire
eu profit de la religion laïque dont il est
Eh bien ce n'est ni le lieu ni le moment
d'examiner les motifs qui ont pu décider
M. Combes à tenir pour illusoires et dan-
gereuses une doctrine et des idées aux-
quelles pour ne citer que ce nom-là
adhéra pleinement le génie d'un savant tel
que Pas. leur. La question n'est pas de sa-
voir, en effet, si c'est M. Combes qui a
raison contre le catholicisme, ou si c'est le
catholicisme qui a raison contre M. Com-
bes. Nous ne faisons pas ici de la philoso-
phie et point davantage de la théologie, et
c'est assez que la Chambre des députés,
transformée en Concile et refusant systé-
matiquement de s'occuper des réformes
ouvrières et des grands intérêts du pays,
s'adonne, d'un bout l'autre de l'année, à
ces controverses d'Ecole dont le seul avan-
tage est de laisser croire à des Jéhanin, à
des Cloarec, à des Le Troadec et à des
Baudet qu'ils ont éclipsé Thomas d'Aquin,
Suarez, l'ascal, Bossuet et Newman. Nonl
nous faisons de la politique, dans une Ré-
publique qui a pour charte la Déclaration
des droits de l'homme et dont les citoyens
c'est cette Déclaration qui le proclame
n ne doivent pas être inquiétés pour
leurs opinions, même religieuses Et cela
étant, nous ne discutons pas, nom consta-
tons.
Nous constatons que M. Combes et sa
bande appellent de leurs vœux la destruc-
tion de nos croyances et l'écroulement de
nos « vieux temples ». Nous constatons qu'à
la foi qu'enseigne notre Eglise, ils enten-
dent substituer une autre foi « la foi dans
une force mystérieuse mais apparente, et
dont les effets, d'une évidence et d'une
logique admirables, sont sensibles à qui-
conque interroge la vie (Quel charabia
et quand donc Molière renaîtra-t il pour
nous fustiger ces Tartuffes doublés de Tris-
sotinsl) En un mot, nous constatons qu'on
veut chasser le Christ de la conscience
humaine et mettre à sa place un Dieu nou-
veau, insensible et sourd, qui se nommera
Il le Progrès ».
Et alors, devant nous, devant nos prê-
tres, devantnos évêques, la réalité se dresse
mauvaise, brutale et saisissante, et nous
comprenons enfin le sens et la portée de
toutes ces mesures que l'on qualifiait na-
guère d'auticléricales mais qui ne sont, au
bout du compte personne désormais ne
peut s'y tromper que les efforts réflé-
chio et coordonnés d'une secte religieuse
qui veut s'emparer de l'exclusive domina-
tion des âmes et qui, pour ce faire, garotte
et paralyse le catholicisme en attendant
qu'elle puisse l'étouffer.
On proscrit les congrégations enseignan-
tes et l'on ferme illégalement les écoles
chrétiennes parce que l'enfance et la jeu-
nesse.c'est l'avenir et qu'il faut,à tout prix,
en arrachant notre foi du cœur des géné-
rations nouvelles, couper comme l'on dit,
l'arbre dans sa racine, et supprimer, pour
plus tard, les chances de relèvement de
l'Eglise. On disperse les moines prêcheurs
et l'on entrave par des circulaires d'auto-
crate le libre exercice de la prédication
catholique, parce que l'on espère ainsi di-
minuer d'autant.chez les adultes,la vitalité
et l'énergie expansive des convictions reli-
gieuses. Enfin, n'osant pas encore fermer
les églises paroissiales, on ferme du moins
les chapelles, parce que l'on sait très bien
que les trois quarts d'entre elles facilitent
à des quantités de fidèles la pratique des
devoirs cultuels et que plus cette pratique
sera rendue malaisée, plus aussi pense-
t on l'indifférence devra se développer
dans les masses qu'on s'est proposé de dé-
christianiser.
Je pourrais prolonger cette énumération.
Sous ma plume, les exemplesde tracasserie,
d'intolérance et de persécution, se range-
raient docilement, tous accompagnés d'une
indication précise se rapportant au but que
la secte s'est juré d'atteindre. Si j'ai
choisi ceux-là et si, les ayant cités, je n'en
oite pas d'autres, c'est que ce sont eux pré-
cisément qui ont ouvert les yeux des plus
aveugles et contribué le plus efficacement
à nous dévoiler les plans de conquête reli-
gieuse de M. Combes et de ses FF.- en
Maçonnerie
Il n'y a plus, en ce moment, d'équivoque
possible. C'est bien la persécution qui com-
mence c'est bien au catholicisme, en tant
que religion, qu'on a déclaré la guerre et
c'est bien, par conséquent, la conscience de
chacun de nous qui devient le champ de
bataille de ce solennel et troublant combat.
Et l'on voudrait, dans ces conditions,
que les évêques gardassent le silence ?
L'on voudrait que le clergé restât im-
mobile ? L'on exigerait de nous, catholi-
ques français qui n'avons pas cessé, que je
sache, de payer l'impôt financier et l'impôt
du sang et qui sommes restés des citoyens,
l'on exigerait notre soumission à un état
de choses qui nous rejette au rang des pa-
rias ? et l'on crierait à la rébellion parce
que nous songeons à défendre notre foi
contre les ingérences tyranniques d'*>ji
gouvernement et d'une bande d'énergu-
mènes qui ont fait litière de la Déclaration
des droits de l'homme et de tous les prin-
cipes républicains ?. Allons donc 1 c'est
une folie d'y avoir compté!
Hier, à propos de la suppression de
traitement de Mgr Turiuaz, l'ex-abbé
Charbonnel sommait, dans l'Action, son
confrère en défroque, l'ex-aT>bé Combes, de
sévir pas rudement contre ceux qui résis-
tent
Si M. Combes n'>t pas, s'écrltit-U, le
peuple agira; les républicains libres-penseurs,
les socialistes agiront, à Naocy et dans toute
la France. Ils seront dans les églises, au jour
où quelque jésuite ou dominicain ira insulter
et braver la République. Et ils feront le né-
cessaire.
Eh bien! qu'ils y viennent! Nous aussi,
je vous le garantis, monsieur l'abbé, nous
ferons le nécessaire.
De la guerre religieuse à la guerrecivile,
nous savons qu'il n'y a qu'une courte dis-
tance. Cette distance, nous ne la franchi-
rons pas les premiers. Nous attendrons,
comme toujours, qu'on nous provoque el
qu'on nous frappe mais une fois frappés,
nous nous trouverons de toutes manières
dans notre droit de légitime défense et, s'il
y a des têtes cassées, vous pouvez être
sûrs qu'elles ne seront pas toutes de notre
côté.
Emmanuel Desorées du LoO.
aile
(Service spdct'al de /'Ouest-Eclair).
Le voyage présidentiel.
D'Alger à Phllippevllle. La mer faisait
des bosses, Lee passagers ont le
mai de mer. Un monument au
3- zouaves. A Constantlne
Philippeville, 24 avril. Le président de
la République, bord do la Jeanne d'Arc, est
arrive ce matin, à huit heures à Philippe-
ville, après une traversée mouvementée et
qui a paru terriblement longue ceux d'entre
nous qui n'ont pas le pied marin.
Quant au président de la République, si
l'on s'en rapporte la mine, il a dû an con-
traire passer une nuit excellente. M. Loubet
ne paraît nullement fatigué et alors que tous
les personnages qui l'escortent, ministres,
sénateurs, députés, journalistes, implorent un
moment de repos ou abandonnent lacaravane,
lui seul, toujours aussi vaillant, aussi bien
portant, aussi gai, conduit le voyage et infa-
tigable, entend bien aller jusqu au bout. Ce
matin, sans être disposé m'entendre m'ac-
cuser d'exagération, je puis avouer qu'en
débarquant a Philippeville, notre ensemble
notait pas brillant. On s'est repris peu à peu,
bien entendu, mais je vous affirme que c'est
grâce l'influence exercée sur toute la bande
par M. Loubet.
La réception à Philippeville a été telle qu'on
la prévoyait. C'est presque la répétition de
l'arrivée à Alger. Il y a eu évidemment moins
de coups de canons et moins de cris. Mais
l'enthousiasme, peut-être pas plus grand, est
ici plus brillant, en,
Lorsque le canot présidentiel accosta et que
M. Loubet, avec MM. Fallières, Etienne,
Treille, sénateurs Aubry et Thomson qui
sont ici an milieu de leurs électeurs, met pied
à terre, il se montre sous la tente élevée pour
servir ae aeoarcaaere. Le préfet de Constaa-
tine lui présente ses souhait*.
Le maire vient ensuite et complimente le
président. Dominant tous ces diseours les ca-
nons des batteries de terre et ceux des cui-
rassés tonnent sans discontinuer.
Après plusieurs discours, auxquels le prési-
dent répond, le cortège se forme et ce dirige
vers le centre de la ville sur une place où
était élevé un monument à la mémoire du 31
zouaves. Là sont groupées toutes les sociétés
de gymnastique. Le président met pied i
terre et le capitaine Gara?z auquel est due
l'initiative de la souscription qui permit d'é-
lever cette statue, adresse une allocution au
président de la République qui répond en
rappelant les hauts-faits du 3' zouaves. Les
acclamations saluent la fin de son discours et
et le cortège précédé de grands cheika arabes,
n'engage dans la rue Nationale superbement
décorée. On va ainsi au pas jusqu'à la porte
de Constantine puis on revient à la gare.
Le président, toujours aussi acclamé, salue
et remercie, avant de monter dans le train
qui doit l'amener à Constantine. Le président
remercie le maire de l'accueil qui lui a été
fait.
Constantine, 24 avril. Le train présiden-
tiel est arrivé à une heure trente à Constan-
tine, où un très chaleureux accueil a été fait
au président. C'est M. Morinaud, qui, le
premier, a complimenté Ni. Loubet et lui a
présenté iL la gare la municipalité.
Le cortège s'est ensuite rendu à la préfec-
ture. Le préfet, M. Plantier, a présenté à M.
Loubet les autorités.
Avant de quitter la gare, le président avait
remis Il croix de la légion d'honceur à orne
officiers et 6 médailles militaire, pendant
que l'artillerie des forts tirai8 les 100 coups
de canon réglementaires.
Le président pasasa ensuite la revue des
troupes de la garnison, devant lesquelles
eurent lieu des remisez de décorations.
Pour 8e rendre à la préfecture, le président
avait pris place dans un landau, ayant à ses
côtés le maire, M. Morinaud. Aux acclama-
tions qui ont aalné le président, se sont mélés
quelques cris de « Vive Revoil i» qui n'ont
nullement troublé la fête.
Après las réceptions de la préfecture, le pré-
aident est reparti en landau, toujours précédé
des grands cheiks et a vieité la ville.
Ce aoir; an grand banquet lui est offert. Il
couchera à la préfecture et ne repartira que
demain.
L"affaire Dreyfus
Les Intentions du gouvernement
Paris, 24 avril. Le Matin, dont on
connaît les attaches ministérielles, publie
la note suivante
Nous avons dit hier, en reproduisant les
principaux passages de la lettre adressé@ par
Alfred Dreyfus au ministre do la guerre, que
le général André, qui est actuellement absent
de Paris, communiquerait cette lettre au
prochain conseil de cabinet on an prochain
conseil des ministres qui aurait lieu.
Ce n'est donc pas avant une huitaine de
jours au moins que le gouvernement délibé-
rera sur la suite qu'il convient de donner à
la demande d'enquête formulée par Drey-
fus.
Nous croyons néanmoins savoir que, très
vraisemblablement, cette demande ne sera pas
accueillie par le gouvernement. Celui-ci pa-
rait, en effet, être d'avis que si Dreyfaa a
un fait nouveau produire pouvant amener
l'annulation ou la revision de son procès de
1899, il doit, selon les voles Il gales, en saisir
le garde des sceaux et non le ministre de
la guerre qui n'a aucune qualité pour cela.
Le vote de la Chambre est d'ailleurs abso-
lument conforme à cette manière de voff,
puisqu'elle a manifesté sa volonté de ne pu
voir « l'affaire Dreyfas sortir du terrain judi-
ciaire ».
Toute demande de changement d'adresse
doit être accompagnée de 0.50 en Timbres
Poste.
Contre la liberté
LA BASILIQUE DE LOURDES
Elle ne sera pas fermée. Une lettre de
M. Fould. La peur est le commence-
ment de la sagesse.
Lourdes, 24 avril. M. Achille Fould,
député des Hautes- Pyrénées, vient d'a-
dresser à M. Armand Lacrampe, proprié-
taire de l'hôtel des Pyrénées, la lettre sui-
vante
Paris, le 22 avril 1903
Mon cher Lacrampe,
Je sors à l'instant du ministère de l'inté-
rieur où j'ai longuement causé avec le prési-
dent du conseil des affaires de Lourdes et du
danger qu'il y aurait à fermer la grotte. J'ai
insisté tout particulièrement sur les effets
désastreux que pourrait entralner cette me-
sure pour la ville de Lourdes. Je lui ai dé-
peint l'inquiétude de tous et lui ai annoncé
l'arrivée de la délégation qui lui était en-
voyée. Le président du conseil m'a répondu
que la venue de cette délégation était parfai-
tement inutile, ma propre démarche lui suffi-
sant. Il m'a ensuite donné l'assurance que ni
la grotte ni l'église ne seraient fermées, à
condition que l'évêque ait renvoyé, avant le
1" mai, tous les Pères sans exception, après
les avoir remplacée par dei membres du
clergé séculier.
Dans la suite, M. Combes accueillera favo-
rablement toute demanda qui lui sera adres-
aée, tendant à la transformation de la grotte
en église paroissiale ou en évêché Les
voeux de la population lourdaise me parais-
sent donc remplis a souhait puisqu'elle pourra
conserver la grotte conformément i ses légi-
times désirs. Je suis tout particulièrement
heureux, mon cher Lacrampe, de pouvoir vous
annoncer cette bonne nouvelle, dont je vous
prie de faire part à Baptiste Lapayre ainsi
qu'à tous nos amis.
Bieu cordialement il. vous.
Achille FOULD.
Lee Pères vont donc se disperser de
suite. L'un d'eux vient d'être nommé vi-
caire de l'église paroissiale. Il est certain
que les habitants de Lourdes étaient dé-
terminés défendre leurs droits avec
énergie.
Si on nous prend la grotte, disaient-
ils, nous irons il. Tarbes prendre la pré-
fecture.
La ruine dont ils étaient menacés leur
aurait fait braver tous les périls. Lorsque
nos gouvernants en ont été bien convain-
cus, ils se sont bien gardés de persister.
La peur est le commencement de la sa-
gesse.
LA RÉSISTANCE
Mgr TURINAZ
L'évèque de Nancy réponds M. Combeg. La*
menaces du président du Conseil
ne l'émeuvent pas.
Nancy, 24 avril. Mgr Turinaz vient
d'accuser réception à M. Combes de la
lettre dans laquelle celui-ci l'informait de
la suppression de son traitement.
L'évêque de Nancy répond en ces termes
au président du Conseil
Vous concluez qa' a il n'était pas nécessaire
» de faire appel au concours d'une congréga-
Il tion qui ne reconnaît même pas la loi fran-
» çaise, qui existe toujours et qui, voua le
Il savez bien, ne perd jamais et ne peut pu
» perdre ses droite sur ceux qui sont liée
d elle u. J'ai fait appel non pas a un membre
de la congrégation des Jésuites, mais à on
prêtre régulièrement sécularisé, régulièrement
sorti de cette congrégation.
Ja.vou» ai déjà démontré dans ma lettre du
12 courant que l'existence d'une congrégation
à laquelle appartenait on prêtre ainsi sécula-
risé ne pouvait s'opposer en rien à la valeur
de cette sécularisation. C'est comme ai un
membre d'une société financière, induâtrielle.
eto., sorti de cttgo société régulièrement et
dans toutes Ion formes requises, avec l'assen-
timent de cette société elle-même, pouvait
être considéré comme lui apparteuanl encore
et être rendu responsable des actes et des en-
treprises de cette société. J'ai connu et je
connais des religieux, des Jésuites, aar les-
quels la congrégation à laquelle ih apparte-
naient a perdu tous ses droits et à laquelle ils
ne sont plus liée d'aucune façon.
Vous me dites que ce que j'ai voulu, c'est
» une protestation violente contre une circu-
laire qui n'a fait cependant que rappeler
» les règles fondamentales de l'exercice pu-
blie du culte catholique en France, » J'ai
protesté je proteste de nouveau. Aucune loi,
aucune règle fondamentale ou autre de l'exer-
cice du culte catholique en France ne peuvent
justifier cette circulaire. Ces lois et ces rè-
gles, vous n'avez pas même essayé de les
citer.
e Ce que vous appelez a une protestation
» violente u est encore, d'après vous, une
provocation préméditée. Non, monsieur le
ministre, il n y a ni violence ni provocation
dans l'acte que j'ai accompli. 11 y a une pro-
testation préméditée, réfléchie, nectaire.
dont j'ai accepté et dont j'aceepte la respon-
labilité devant tes hommes et devant Dieu.
Mgr Turinaz termine ainsi son éloquente
réponse
Vous en appelez à l'opinion publique. Mais
les manifestations de l'opinion publique
m'arrivent tous les jours et à chaque instant
énergiques, vibrantes, unanimes, de tous les
points de la France. Elles me disent que,
vous et les vôtres, vous n'avez point encore
étouffé etsupprimé l'àme libérale, chrétienne,
généreuse et vaillante de notre grand et cher
pays.
Vous m'annoncez que vous supprimez mon
traitement. Je n'ai jamais tenu ni aux hon-
neurs ni à l'argent. Je tiens à mon devoir et
a l'honneur. Vous me menacez d'autres me-
sures. Faites 1 Je n'ai jamais bravé personne,
mais je n'ai jamais craint personne. Je ne
commencerai pas par vous.
Recevez, monsieur le ministre, l'assurance
de mes sentiments respectueux.
Charles-François,
Eeèque de Nancy.
LA BASILIQUE DE SAINTE-
AXlVK-D'AaJKAY
L'émotion Sainte-Anne. La ruine du pays.
Sainte-Anne-d'Aurav, 24 avril. Le bruit
d'après lequel l'abominable Défroque voudrait
fermer Sainte-Anne-d'Auray a jeté la cons-
ternation et aussi provoqué l'indignation de
tous. Ce serait en effet Qui de toute la ville,
où viennent chaque année de trois à quatre
cent mille pèlerins. Dans le seul mois de
juillet, la gare d'Auray distribue dans les
120,000 billets.
En et moment, ce ne sont pas des étran-
gere, ce aont les gens de Sainte-Anne, y com-
prie lea simples marchandes de chapelets, qui
viennent prier Sainte-Anne de leur épargner
la ruine et conserver la basilique la foi.
POURSUITES CONTRE
UNE RELIGIEUSE
A Coray. Une superbe plaidoirie
di M. de Chamaillant
Châteaulin, 21 avril. Hier est venue
devant le tribunal correctionnel do Château-
lin, l'affaire de la Soeur Saint-Jean-François
des Filles de Jésus, prévenue d'avoir tenu à
Coray une école clandestine.
L'accusation était ba;ée sur on rapport de
l'inspecteur primaire, Nicol, disacl avoir
surpris la Sœur faisant classe à deux élèves à
la fois.
Au moment de l'affaire la salle était bon-
dée de curieux venus pour suivre les débats
et entendre le sympathique M. da Chamail-
lard, sénateur da Finistère, avocat, défenseur
de la Soeur.
Pendant une heure durant, l'éloquent avo-
cat parla avec la verve, l'habileté, l'érudition
qui lui sont naturelles. Il a produit nue im-
pression profonde.
Après le réquisitoire du ministère public,
le tribunal a renvoyé i huitaine pour la pro-
noncé du jugement.
DIVERSES MANIFESTATIONS
Des scellés pas commode à posar. on a».
lève les port. Une fuite Tpar-desau»
un mur.
Veraaillea, 24 avril.
Le jugement sur le référé introduit par le
juge de paix contre les Capucins avait été
rendu hier soir, 6 heures. Il autorisait X
apposer les scellés provisoirement.
Dès que les Capucins connurent ce jagej-
ment, la cloche du couvent fut mise en
braule. Un4 foule d'un millier de personne»
s'étant amassée cet appel, l'opération fut
remise à ce matin.
Le juge de paix ce matin à 6 heures s'est
donc rendu au couvent des Capucins, dont ils
ont refusé da lui ouvrir la porte. L'entrée ne
lui a été accordée qu'à 7 heures. Pius de 500
personnes étaient réaoies dans la cbapelle
pour entendre la messe. Mais le juge de paix,
reçu par le Père gardien put passer inaperçu
et commencer à mettre les scellés dans l'in-
térieur du couvent.
L'arrivée du juge de paix dans la chapelle
provoqua une agitation générale. Toutes lu
portea de la chapelle furent enlevée* pour
empêcher le magiatrat d'accom plir sa mission.
Eu même temps, ion clochas du couvent son-
naient de nouveau et ies manifestants .8
groupaient autour du juge de paix en criant
des protestations. Avec le concours des Pères,
le magistrat put ae retirer.
D'après une autre version, le magistral
aurait dû fuir par dessus un mur.
Les manifestants escortèrent le juge qu'on a
haie d'agents dat protéger, Une arrestation
fut opérée.
Rue Rameau, la police réussit a maintenir
les manifestants qui retournèrent au couvent.
Une affiche collés sur la porte de la cliapelle
dit que les habitants de Venailles tout hom-
mage aux Pères do leur profond respect pro-
testent contre la condamnation prononcée
contre les religieux qui n'ont fait à Versaille»
que le bien depuis 50 ans, et expriment
l'ordre de Saint-François-d'Assises leurs féli-
citations ardentes et leurs sincères remercie-
ments pour la résignation dont lei Pires tout
preuve.
Muire apposition difficile
Nancy, 24 avril. Dans l'aprèd-midi
d'hier, le juge de paix a apposé les scellé»
chez lea Pères Rédemptoristes de Saint-Nico-
laa. La foule était maniée devant l'ètablisse-
ment et jusque daua les vestibules. Dm pro-
testatious nombreuse! s'élevèrent et des cris
de Vivent lei Pères Vive la liberté écla-
tèrent à l'arrivée du magistrat.
Des cantique* furent ensuite entonnés.
Les manifestants réussirent à deux repri-
ses à empêcher le juge de paix de pénétrée
dans la chapelle. Le supérieur tit ecn'n entrer
la magistral et protesta devant une centaine
d'amis.
Il rappela l'excommunication qui frappe
tous ceux qui touchent aux bieoa de l'Eglise.
Lei scellés furent enfin apposés.
Les Péres, en partant, distribuèrent à la
population émue des fleura qu'ils culti-
-valent.-
EN BRETAGNE
A L'ABBAYC IDE KERItÊftiEAI
Avant l'aube. Deux lieues pour aller a la
messe 1 Une alerte. Un truc de ca
bon M. Selgland.
(De noire envoyé spécial)
Breit, 21 avril. Le délai imparti aux
Révérends Pères Bénédictins da l'abbaye de
Kerbéûéat pour se conformer à la décision
qui le3 obiigo se disperser, ayant expiré
hier soir, jeudi, il était à supposer que les
agents de M. Combes viendraient apposer les
scellés sur le monastère, aujourd'hui ven-
dredi, et cette croyauce s'était accrédité*
d'autant mieux qu'hier matin, il. la pointe da
jour, le commissaire de police de Lauderneaa
avait fait nue visita à l'abbaye pour notifiera
l'un des Pères l'autorisatiou provisoire da
préfet de résider dans l'hôtellerie voisine de
l'abbaye. Cette autorisation résulta d'une de-
mande ad hoc faite par le Père Cureutiu Le
Gueu pour cause de maladie.
Doue, bien avant l'aube, une foule de catbo.
!iques, hommes et femme' de Piounëveater,
de la Hoche et de diverses paroi j-jci du la ré-
gion, prenaient position sur la colline, an
sommet de laquelle se trouve l'abbaye, que
surmonte la statue de St-Benoît. Au nombre
des premiers arrivaots, se remarque l'honu-
rable M. Soubigou, maire révoque da Ploune-
venter et la plupart des membres du Conseil
municipal de la commune, qui tiennent à
protester contre cette nouvelle atteiuto à la
liberté du culte, car c'est une véritable viola-
tion de la liberté qui se prépare a Iveibéuéat,
où l'église était fréves geuï qui résident beaucoup trup loin de
l<>urs paroisses l'tounéveutor ou la Hoche-
Mvirics. Lorsqus les Pères seront partis,
certains devront accomplir un trajet de 4 Ici-
louiùtres pour assister à un ofUcs du diman-
che, et c'est une des raisons pour lesquelles
les protestataires, qui séjournent autour da
monastère, y sont ei nombreux et si dévoués
à la personne des Pèies bénédictin* qui ont
d'ailleurs répandu sur la région,depuis 23 ans,
d'innombrables bieuûiu.
Au monastère q'ie j'ai visité de fond en
comble, après avoir présenté mes respects
au Père Abbé religieux, il ne reste plm que
FEUILLETON de l'Ouest-Eclair 5;
LE RÉGIMENT
par Jules MA U Y
PREMIÈRE PARTIE
ÎE SOUS OFFICIER JACQUES
v
Puis il lui vint, à la pauvre femme, l'en-
tie de savoir ce qui se passait dans ce
coeur d'homme, de se faire raconter ce
qu'il pensait de ses parents inconnus, de
son père, dc sa mère elle voulait entrer
plus profondément dans ses rêves, afin
de le connaitre mieux. Elle se disait que,
de cette façon, si en un coin du monde
vivait son fils, elle saurait peut-être, par
ce que Jacques pensait de sa mère, ce que
l'enfant perdu pensait d'elle-même.
il y avait une superstition dans cette
Idée.
Si mon fils vit, se dicait-elle, il pense
eomme Jacques. Et si Jacques me con-
éamne, mon fils me condamne aussi,
Elle ne réfléchissait pas qu'il était peut-
être dangereux d'interroger ainsi le sous-
officier que peut être tant de questions
spéciales feraient naître en lui des soup-
çons.
Elle ne se disait rien de tout cela. Elle
allait droit devant elle, les yeux fermés
attirée par l'inconnu, éprouvant à se tor-
turer ainsi une volonté douloureuse.
Vous pensez bien souvent 4 votre
père, monsieur Jacques ?
Oh 1 oui, madame. Longtemps j'ai
conservé l'espérance qu'un jour ou l'autre
je le verrais. Je ne pouvais pas me faire
à l'idée si triste que ma vie s'écoulerait
sans que je le connusse. mais aujour-
d'hui.
Aujourd'hui ?
Je suis plus sage, dit-il avec un mé-
lancolique sourire. Je ne puis demander
1 impossible. J ai fait mon deuil. Je ne re-
connaitrai jamais mon père.
Comment vous le représentez-vous ?
Beau, grand, fier et doux, ayant
toutes les qualités du cœur et de l'esprit.
C'est ainsi que je me suis créé son portrait
dam mon imagination.
Avez-vous. essayé, du moins, dé vous
expliquer votre abandon, les motifs qui
peuvent avoir poussé vos parents à vous
délaisser, enfin toute cette triste histoire?
Que penser, de cela, madame ? De quoi
uls le victime ? Le sais-je ? Mes parents
ne me pleurent-ils pas, peut-être.
De sorte que vous ne lui en voulez
pas ?
A mon père 1 Oh que Dieu m'en
garde jamais.
Vous ne le haïssez pas ?
Il n'est pas cause de mon abandon,
le suis sûr, il en a souffert, et s'il vit, en
souffre encore. et si je devais l'accuser
de cet abondon, je ne lui en voudrais pas,
je l'excuserais, parce que je suis persuadé
qu'il aurait fallu, pour en venir à une
pareille extrémité, des motifs si graves
que moi-même, qui suis victime, je devrais
les approuver.
Et ces motifs ?
Qui sait ? dit Jacques très bas.
L'honneur de ma mère, peut-étre. Un
remords Il!
Elle tressaillit.
N'est-ce pas d'elle-même qu'il parlait,
en ce moment ?
En tremblant de plus en plus fort, elle
demanda
Et votre mire Pensez-vous à elle
quelquefois ?
Ma mêie 1 fit-il, la voix toupée par
un sanglot. Je saurais qu'elle a vu ma
naissance avec horreur. que je n'ai été
pour elle qu'un objet de répulsion et de
haine. Je saurais qu'elle a voulu me
tuer et que c'est elle qui, de sa propre
volonté, pour se débarrasser de moi, m'a
jeté sur la grande route, j'aurais à lui
reprocher tous ces crimes, que je l'aimerais
encore.
Ces crimes, monsieur Jacques, votre
mère ne les a pas commis, une mère en
est incapable. Il iaut l'aimer, l'aimer sans
cette pensée-là. autrement ce serait
mal.
Cette pensée, je ne l'ai jamais eue.
Et comme se parlant à lui-même
Ma mère aU 1 comme j'ai envié les
petits enfants autour de moi. Et que de
fois, j'ai demandé « Pourquoi n'ai je pas
une mère comme les autres ? Il me
semble que je l'aurais adorée, ma mère.
Je n'aurais vécu que pour elle. Que de
fois, pendant les nuits, mes rêves ont été
peuplés de son image. Elle m'apparaissait
toujours belle, toujours jeune, toujours
triste, aussi, et je ne sais pourquoi tou-
jours vêtue de deuil. ma mère I Et je
me dis, le désespoir au coeur, que peut-
être elle vit. quelque part. me cro-
yant mort. qu'elle me pleure comme je
la pleure. Où est elle, mon Dieu ? où
est-elle ? qui me lu dira ? Ah que celui-
là qui me la montrerait prenne ensuite ma
vie, pour le payer d'une minute d'un
pareil bonheur. Je la lui donne I. Et
je pense quelquefois c'e9t une folie je le
sais le pense qu'il a pu se faire que je
me sois trouvé en sa présence, que je lui
ai parlé, comme je me trouve devant vous,
madame, et comme je vous parle et que
rien n'a crié, dans mon être C'est ta
mère. prends-la donc et fuis donc avec
elle 1 Rien c'est effroyable, cette pensée-
là. ma mère 1
Et il avait peine à retenir ses larmes.
Je vous ai attristé, monsieur Jacques,
le vous en demande pardon.
Vous m'avez fait plaisir, au contraire,
madame. Mon cœur est si gros, si gon-
flé parfois, que j'ai besoin de confiden-
ces.
Eh bien, monsieur, dit-elle, je suis
mère, moi. je comprends ce que vous
souffrez. je me sens pour vous beaucoup
de tendresse. Lorsque vous voudrez parler
d'elle ne m'oubliez pas. accourez. je
recevrai vos confidences, et quand vous
partirez, vous serez un peu mons triste.
vous concevrez pour moi un peu plus de
gratitude et moi je vous en aimerai davan
tage.
Oh 1 qua vous !tes bonne, madame,
et comme je vous chérirai 1
J'y compte et je ferai mon possible
pour cela,
L'émotion de la comtesse était intradui-
sible. Il lui avait fallu pour se contenir
une émotion virilo. En entendant oRiler
de Jacques, ellc avait fermes les yeux pour
mieux vivre un moment avec ses souvenirs
et elle avait cru entendre son lils se plai-
gnant doucement de son abandon, lui
pariant de son enfance et de sa jeunesse.
Son trouble avait c!; si grand qu'elle avait
failli se trahir et il é;ait temps que l'entre-
tien finit. Elle ne ne sentait plus la force
de le supporter.
Elle se leva lentement, traversa le saloa
et sortit.
Comme Jacques et Marjolaine cela
était convenu devaient restcr à dîner
chez ie colonel, rc'ui-ci ne prit pas garda
à la disparition de la comtesse.
Il crut qu'élis allait donner .^u:iquet
ordres.
Elle rentra chez elle.
Et heureusement qu'efteéliit seule, que
M. de Cheverny ne se trouvait pas auprès
d'elle, car à peine fut elle dans sa cham-
bre qu'elle s'affaissa loaoimce, d\ns uit
fauteuil.
Longtemps elle resta éviacule.
Ce fut 8ernard qui la rappela a la
vie.
Après une demi-heure, etcnao de os)
point la voir revenir au salon, lt jeuac
homme était tort:, s'était informe, étais
sa merc, et u'cdàcuJ*»* pas de
Directeur politique
Administration et Rédaction
& rw de La Chalotait, RENNES
Berexo spécial: 14, ne Salnt-Ym. BttESt
(PLACE Là TOUR -D'AU VERONE)
ABONNEMENTS
Départ, limitrophes, 1 an, »Of.,6m., lSf. 3m., e f.
Finistère 23 13 1
Autres départements £4 –1-4 1
Xe< manuscrits aon insérés ne tord vas rendus
ET L'ÉTOILE DE LA MER
J OXJItlV-A.Iii I^Al BRETAGNE ET
Derniers Télégrammes de la Nuit
Samedi 25 Avril 1903
(5* Année.– N° 1345)
Adresse télégraphique
OUEST-ÉCLAIR RENNES
INSERTIONS
RÉCLAMES.
Furs DIVERS. franc
ON TRAITE AUSSI A FORFAIT
Téléphone
La vraie pensée
de M .Combes
Le» têtes commencent se monter et,
dans q-jelques semaines, si M. Combes
Il' pas modéré d'ici là les intempérances
de son fanatisme, l'agitation sera à son
comble. Déjà à Nantes, à Angers, à Dun-
kerque, au Mans, à Poitiers et au Havre,
des bagarres ont éclaté, aggravées de jets
de pierres et de coups de couteau. Et nous
ignorons encore, l'heure où j'écris ces
lignes, comment se sont comportés, les uns
à l'égard des autres, les assiégeants et les
défenseurs de la Grande-Chartreuse 1.
Les journaux du bloc, naturellement,
poussent des cris d'indignaiion. Ce mou-
vemeut de résistance, qui s'étend et gran-
dit chaque jour et qu'ils auraient dû pré-
voir, les affole et les enrage. Il en rendent
J'épiscopat responsable el l'un d'eux est
bien près d'invectiver M. Combes parce
que celui ci s'est contenté de supprimer
le traitement de l'évèque de Naucy, es-
timant sans doute imprudeut de le mcltro
en prison, et parce qu'à l'égard de l'évêque
d Orléans, déjà « puni n, comme ils di-
sent, de la même mesure, on ne sait plus
trop à quol-moyen de répression le gou-
vernement pourrait recourir, sans risquer
de donner un nouvel élan la résis
tance.
Hé oui les évéques ont assumé, dans la
circonstance, une très grave responsabi-
lité, mais, en l'assumant, ils n'ont fait, en
définitivc, que remplir un devoir. L'Evan-
gile dont ils sont les gardiens et les apôtres
leur rappelle que le Christ « ne les a pas
éiabli» pour être les chiens muets de leur
troupeau u et, comme l'écrivait hier à M.
° Combes, Mgr Rumeau, d'Angers « La
conscience de l'homme, celle du chrétien,
à plus forte raison celle de l'évêque, ont
des exigences inviolables et sacrées n.
%il, u esi ue rouie évidence je le disais
avant-hier et c'est une vérité qu'il ne faut
pas nous lasser de répéter que la poli-
tique jacobine dont M. Combes s'est insti-
tué le metteur en œuvre, dépasse de beau-
coup le but que s'était jadis assigné l'an-
cien anticlérioalisme. Dans la pensée des
francs maçons nos maitres, il ne s'agit
plus seulement d'empêcher l'ingérence de
l'Eglise dans les affaires de 1 Etat il s'agit
de mettre l'Etat, son organisation, ses chefs.
ses fonctionnaires et jusqu'à son armée, au
service d'une doctrine philosophique déter-
minée la doctrine qu'on enseigne dans les
Loges et, sous prétexte d'unité morale, ce
que l'on veut réaliser dans le pays, c'est la
substitution complète de cette religion
nouvelle aux anciennes croyances. Le véri-
table cléricalisme, le voilà 1 et si l'on
s'obstine à soutenir que telle n'est point
l'intention de nos gouvernants et de la
majorité parlementaire -qui les approuve
quand elle ne les excite pas-j'invoque-
?ai le témoignage décisif de M. Combes en
personne.
Un rédacteur du Matin a eu, ces jours
derniers, l'beureufe idée de lui poserquel-
Dues questions sur son état d'àme et voici
ce qu'a répondu le ministre proscripteur
Nos atquisitiona nombreuse», notre déve-
loppement scientifique, les découvertes, l'état
actuel des sociétës, l'affranchissement de la
pensée, le grand mouvement qui entraîne lei
esprits vers un idéal nouveau, tout cela a
détruit les anciennes croyances et
tortue les vieux temples. Est-ce à dire
que toute foi doive disparaître ? N'un pas. La
foi est nécessaire. Mais a la for qu'ente)
gne l'Eglise, une autre fol s'est subs-
tituée. C'est la croyance dans une
force mystérieuse, mai* apparente, et
dont les eU!8, d'une évidence el d'une logi-
que Admirables, sont sensibles quiconque
îiuerrofie la vie. Cette puissance mysté-
rieuse, c'est le progrès.
Ainsi s'est exprimé M. Combes, prési-
dent du conseil des ministres ae la Répu-
blique française.
Et en débitant ce prône, beau modèle de
l'éloquence sacrée qu'on a coutume d'ap-
plaudir dans les temples de la Maçonne-
rie, il parait le détail est suggestif-
que l'ancicn séminariste était debout, der-
rière un fauteuil, le bras tendu et l'index
crispé il se croyait à la tribune de la
Chambre. Ce n'était pas la méditation
d'un philcsophe, c'était la déclaration ner-
veuse d'un homme d'action, pontife et chef
d'Etat tout ensemble, et qui sait utiliser la
puissance civile dont il est le liénéficiaire
eu profit de la religion laïque dont il est
Eh bien ce n'est ni le lieu ni le moment
d'examiner les motifs qui ont pu décider
M. Combes à tenir pour illusoires et dan-
gereuses une doctrine et des idées aux-
quelles pour ne citer que ce nom-là
adhéra pleinement le génie d'un savant tel
que Pas. leur. La question n'est pas de sa-
voir, en effet, si c'est M. Combes qui a
raison contre le catholicisme, ou si c'est le
catholicisme qui a raison contre M. Com-
bes. Nous ne faisons pas ici de la philoso-
phie et point davantage de la théologie, et
c'est assez que la Chambre des députés,
transformée en Concile et refusant systé-
matiquement de s'occuper des réformes
ouvrières et des grands intérêts du pays,
s'adonne, d'un bout l'autre de l'année, à
ces controverses d'Ecole dont le seul avan-
tage est de laisser croire à des Jéhanin, à
des Cloarec, à des Le Troadec et à des
Baudet qu'ils ont éclipsé Thomas d'Aquin,
Suarez, l'ascal, Bossuet et Newman. Nonl
nous faisons de la politique, dans une Ré-
publique qui a pour charte la Déclaration
des droits de l'homme et dont les citoyens
c'est cette Déclaration qui le proclame
n ne doivent pas être inquiétés pour
leurs opinions, même religieuses Et cela
étant, nous ne discutons pas, nom consta-
tons.
Nous constatons que M. Combes et sa
bande appellent de leurs vœux la destruc-
tion de nos croyances et l'écroulement de
nos « vieux temples ». Nous constatons qu'à
la foi qu'enseigne notre Eglise, ils enten-
dent substituer une autre foi « la foi dans
une force mystérieuse mais apparente, et
dont les effets, d'une évidence et d'une
logique admirables, sont sensibles à qui-
conque interroge la vie (Quel charabia
et quand donc Molière renaîtra-t il pour
nous fustiger ces Tartuffes doublés de Tris-
sotinsl) En un mot, nous constatons qu'on
veut chasser le Christ de la conscience
humaine et mettre à sa place un Dieu nou-
veau, insensible et sourd, qui se nommera
Il le Progrès ».
Et alors, devant nous, devant nos prê-
tres, devantnos évêques, la réalité se dresse
mauvaise, brutale et saisissante, et nous
comprenons enfin le sens et la portée de
toutes ces mesures que l'on qualifiait na-
guère d'auticléricales mais qui ne sont, au
bout du compte personne désormais ne
peut s'y tromper que les efforts réflé-
chio et coordonnés d'une secte religieuse
qui veut s'emparer de l'exclusive domina-
tion des âmes et qui, pour ce faire, garotte
et paralyse le catholicisme en attendant
qu'elle puisse l'étouffer.
On proscrit les congrégations enseignan-
tes et l'on ferme illégalement les écoles
chrétiennes parce que l'enfance et la jeu-
nesse.c'est l'avenir et qu'il faut,à tout prix,
en arrachant notre foi du cœur des géné-
rations nouvelles, couper comme l'on dit,
l'arbre dans sa racine, et supprimer, pour
plus tard, les chances de relèvement de
l'Eglise. On disperse les moines prêcheurs
et l'on entrave par des circulaires d'auto-
crate le libre exercice de la prédication
catholique, parce que l'on espère ainsi di-
minuer d'autant.chez les adultes,la vitalité
et l'énergie expansive des convictions reli-
gieuses. Enfin, n'osant pas encore fermer
les églises paroissiales, on ferme du moins
les chapelles, parce que l'on sait très bien
que les trois quarts d'entre elles facilitent
à des quantités de fidèles la pratique des
devoirs cultuels et que plus cette pratique
sera rendue malaisée, plus aussi pense-
t on l'indifférence devra se développer
dans les masses qu'on s'est proposé de dé-
christianiser.
Je pourrais prolonger cette énumération.
Sous ma plume, les exemplesde tracasserie,
d'intolérance et de persécution, se range-
raient docilement, tous accompagnés d'une
indication précise se rapportant au but que
la secte s'est juré d'atteindre. Si j'ai
choisi ceux-là et si, les ayant cités, je n'en
oite pas d'autres, c'est que ce sont eux pré-
cisément qui ont ouvert les yeux des plus
aveugles et contribué le plus efficacement
à nous dévoiler les plans de conquête reli-
gieuse de M. Combes et de ses FF.- en
Maçonnerie
Il n'y a plus, en ce moment, d'équivoque
possible. C'est bien la persécution qui com-
mence c'est bien au catholicisme, en tant
que religion, qu'on a déclaré la guerre et
c'est bien, par conséquent, la conscience de
chacun de nous qui devient le champ de
bataille de ce solennel et troublant combat.
Et l'on voudrait, dans ces conditions,
que les évêques gardassent le silence ?
L'on voudrait que le clergé restât im-
mobile ? L'on exigerait de nous, catholi-
ques français qui n'avons pas cessé, que je
sache, de payer l'impôt financier et l'impôt
du sang et qui sommes restés des citoyens,
l'on exigerait notre soumission à un état
de choses qui nous rejette au rang des pa-
rias ? et l'on crierait à la rébellion parce
que nous songeons à défendre notre foi
contre les ingérences tyranniques d'*>ji
gouvernement et d'une bande d'énergu-
mènes qui ont fait litière de la Déclaration
des droits de l'homme et de tous les prin-
cipes républicains ?. Allons donc 1 c'est
une folie d'y avoir compté!
Hier, à propos de la suppression de
traitement de Mgr Turiuaz, l'ex-abbé
Charbonnel sommait, dans l'Action, son
confrère en défroque, l'ex-aT>bé Combes, de
sévir pas rudement contre ceux qui résis-
tent
Si M. Combes n'>t pas, s'écrltit-U, le
peuple agira; les républicains libres-penseurs,
les socialistes agiront, à Naocy et dans toute
la France. Ils seront dans les églises, au jour
où quelque jésuite ou dominicain ira insulter
et braver la République. Et ils feront le né-
cessaire.
Eh bien! qu'ils y viennent! Nous aussi,
je vous le garantis, monsieur l'abbé, nous
ferons le nécessaire.
De la guerre religieuse à la guerrecivile,
nous savons qu'il n'y a qu'une courte dis-
tance. Cette distance, nous ne la franchi-
rons pas les premiers. Nous attendrons,
comme toujours, qu'on nous provoque el
qu'on nous frappe mais une fois frappés,
nous nous trouverons de toutes manières
dans notre droit de légitime défense et, s'il
y a des têtes cassées, vous pouvez être
sûrs qu'elles ne seront pas toutes de notre
côté.
Emmanuel Desorées du LoO.
aile
(Service spdct'al de /'Ouest-Eclair).
Le voyage présidentiel.
D'Alger à Phllippevllle. La mer faisait
des bosses, Lee passagers ont le
mai de mer. Un monument au
3- zouaves. A Constantlne
Philippeville, 24 avril. Le président de
la République, bord do la Jeanne d'Arc, est
arrive ce matin, à huit heures à Philippe-
ville, après une traversée mouvementée et
qui a paru terriblement longue ceux d'entre
nous qui n'ont pas le pied marin.
Quant au président de la République, si
l'on s'en rapporte la mine, il a dû an con-
traire passer une nuit excellente. M. Loubet
ne paraît nullement fatigué et alors que tous
les personnages qui l'escortent, ministres,
sénateurs, députés, journalistes, implorent un
moment de repos ou abandonnent lacaravane,
lui seul, toujours aussi vaillant, aussi bien
portant, aussi gai, conduit le voyage et infa-
tigable, entend bien aller jusqu au bout. Ce
matin, sans être disposé m'entendre m'ac-
cuser d'exagération, je puis avouer qu'en
débarquant a Philippeville, notre ensemble
notait pas brillant. On s'est repris peu à peu,
bien entendu, mais je vous affirme que c'est
grâce l'influence exercée sur toute la bande
par M. Loubet.
La réception à Philippeville a été telle qu'on
la prévoyait. C'est presque la répétition de
l'arrivée à Alger. Il y a eu évidemment moins
de coups de canons et moins de cris. Mais
l'enthousiasme, peut-être pas plus grand, est
ici plus brillant, en,
Lorsque le canot présidentiel accosta et que
M. Loubet, avec MM. Fallières, Etienne,
Treille, sénateurs Aubry et Thomson qui
sont ici an milieu de leurs électeurs, met pied
à terre, il se montre sous la tente élevée pour
servir ae aeoarcaaere. Le préfet de Constaa-
tine lui présente ses souhait*.
Le maire vient ensuite et complimente le
président. Dominant tous ces diseours les ca-
nons des batteries de terre et ceux des cui-
rassés tonnent sans discontinuer.
Après plusieurs discours, auxquels le prési-
dent répond, le cortège se forme et ce dirige
vers le centre de la ville sur une place où
était élevé un monument à la mémoire du 31
zouaves. Là sont groupées toutes les sociétés
de gymnastique. Le président met pied i
terre et le capitaine Gara?z auquel est due
l'initiative de la souscription qui permit d'é-
lever cette statue, adresse une allocution au
président de la République qui répond en
rappelant les hauts-faits du 3' zouaves. Les
acclamations saluent la fin de son discours et
et le cortège précédé de grands cheika arabes,
n'engage dans la rue Nationale superbement
décorée. On va ainsi au pas jusqu'à la porte
de Constantine puis on revient à la gare.
Le président, toujours aussi acclamé, salue
et remercie, avant de monter dans le train
qui doit l'amener à Constantine. Le président
remercie le maire de l'accueil qui lui a été
fait.
Constantine, 24 avril. Le train présiden-
tiel est arrivé à une heure trente à Constan-
tine, où un très chaleureux accueil a été fait
au président. C'est M. Morinaud, qui, le
premier, a complimenté Ni. Loubet et lui a
présenté iL la gare la municipalité.
Le cortège s'est ensuite rendu à la préfec-
ture. Le préfet, M. Plantier, a présenté à M.
Loubet les autorités.
Avant de quitter la gare, le président avait
remis Il croix de la légion d'honceur à orne
officiers et 6 médailles militaire, pendant
que l'artillerie des forts tirai8 les 100 coups
de canon réglementaires.
Le président pasasa ensuite la revue des
troupes de la garnison, devant lesquelles
eurent lieu des remisez de décorations.
Pour 8e rendre à la préfecture, le président
avait pris place dans un landau, ayant à ses
côtés le maire, M. Morinaud. Aux acclama-
tions qui ont aalné le président, se sont mélés
quelques cris de « Vive Revoil i» qui n'ont
nullement troublé la fête.
Après las réceptions de la préfecture, le pré-
aident est reparti en landau, toujours précédé
des grands cheiks et a vieité la ville.
Ce aoir; an grand banquet lui est offert. Il
couchera à la préfecture et ne repartira que
demain.
L"affaire Dreyfus
Les Intentions du gouvernement
Paris, 24 avril. Le Matin, dont on
connaît les attaches ministérielles, publie
la note suivante
Nous avons dit hier, en reproduisant les
principaux passages de la lettre adressé@ par
Alfred Dreyfus au ministre do la guerre, que
le général André, qui est actuellement absent
de Paris, communiquerait cette lettre au
prochain conseil de cabinet on an prochain
conseil des ministres qui aurait lieu.
Ce n'est donc pas avant une huitaine de
jours au moins que le gouvernement délibé-
rera sur la suite qu'il convient de donner à
la demande d'enquête formulée par Drey-
fus.
Nous croyons néanmoins savoir que, très
vraisemblablement, cette demande ne sera pas
accueillie par le gouvernement. Celui-ci pa-
rait, en effet, être d'avis que si Dreyfaa a
un fait nouveau produire pouvant amener
l'annulation ou la revision de son procès de
1899, il doit, selon les voles Il gales, en saisir
le garde des sceaux et non le ministre de
la guerre qui n'a aucune qualité pour cela.
Le vote de la Chambre est d'ailleurs abso-
lument conforme à cette manière de voff,
puisqu'elle a manifesté sa volonté de ne pu
voir « l'affaire Dreyfas sortir du terrain judi-
ciaire ».
Toute demande de changement d'adresse
doit être accompagnée de 0.50 en Timbres
Poste.
Contre la liberté
LA BASILIQUE DE LOURDES
Elle ne sera pas fermée. Une lettre de
M. Fould. La peur est le commence-
ment de la sagesse.
Lourdes, 24 avril. M. Achille Fould,
député des Hautes- Pyrénées, vient d'a-
dresser à M. Armand Lacrampe, proprié-
taire de l'hôtel des Pyrénées, la lettre sui-
vante
Paris, le 22 avril 1903
Mon cher Lacrampe,
Je sors à l'instant du ministère de l'inté-
rieur où j'ai longuement causé avec le prési-
dent du conseil des affaires de Lourdes et du
danger qu'il y aurait à fermer la grotte. J'ai
insisté tout particulièrement sur les effets
désastreux que pourrait entralner cette me-
sure pour la ville de Lourdes. Je lui ai dé-
peint l'inquiétude de tous et lui ai annoncé
l'arrivée de la délégation qui lui était en-
voyée. Le président du conseil m'a répondu
que la venue de cette délégation était parfai-
tement inutile, ma propre démarche lui suffi-
sant. Il m'a ensuite donné l'assurance que ni
la grotte ni l'église ne seraient fermées, à
condition que l'évêque ait renvoyé, avant le
1" mai, tous les Pères sans exception, après
les avoir remplacée par dei membres du
clergé séculier.
Dans la suite, M. Combes accueillera favo-
rablement toute demanda qui lui sera adres-
aée, tendant à la transformation de la grotte
en église paroissiale ou en évêché Les
voeux de la population lourdaise me parais-
sent donc remplis a souhait puisqu'elle pourra
conserver la grotte conformément i ses légi-
times désirs. Je suis tout particulièrement
heureux, mon cher Lacrampe, de pouvoir vous
annoncer cette bonne nouvelle, dont je vous
prie de faire part à Baptiste Lapayre ainsi
qu'à tous nos amis.
Bieu cordialement il. vous.
Achille FOULD.
Lee Pères vont donc se disperser de
suite. L'un d'eux vient d'être nommé vi-
caire de l'église paroissiale. Il est certain
que les habitants de Lourdes étaient dé-
terminés défendre leurs droits avec
énergie.
Si on nous prend la grotte, disaient-
ils, nous irons il. Tarbes prendre la pré-
fecture.
La ruine dont ils étaient menacés leur
aurait fait braver tous les périls. Lorsque
nos gouvernants en ont été bien convain-
cus, ils se sont bien gardés de persister.
La peur est le commencement de la sa-
gesse.
LA RÉSISTANCE
Mgr TURINAZ
L'évèque de Nancy réponds M. Combeg. La*
menaces du président du Conseil
ne l'émeuvent pas.
Nancy, 24 avril. Mgr Turinaz vient
d'accuser réception à M. Combes de la
lettre dans laquelle celui-ci l'informait de
la suppression de son traitement.
L'évêque de Nancy répond en ces termes
au président du Conseil
Vous concluez qa' a il n'était pas nécessaire
» de faire appel au concours d'une congréga-
Il tion qui ne reconnaît même pas la loi fran-
» çaise, qui existe toujours et qui, voua le
Il savez bien, ne perd jamais et ne peut pu
» perdre ses droite sur ceux qui sont liée
d elle u. J'ai fait appel non pas a un membre
de la congrégation des Jésuites, mais à on
prêtre régulièrement sécularisé, régulièrement
sorti de cette congrégation.
Ja.vou» ai déjà démontré dans ma lettre du
12 courant que l'existence d'une congrégation
à laquelle appartenait on prêtre ainsi sécula-
risé ne pouvait s'opposer en rien à la valeur
de cette sécularisation. C'est comme ai un
membre d'une société financière, induâtrielle.
eto., sorti de cttgo société régulièrement et
dans toutes Ion formes requises, avec l'assen-
timent de cette société elle-même, pouvait
être considéré comme lui apparteuanl encore
et être rendu responsable des actes et des en-
treprises de cette société. J'ai connu et je
connais des religieux, des Jésuites, aar les-
quels la congrégation à laquelle ih apparte-
naient a perdu tous ses droits et à laquelle ils
ne sont plus liée d'aucune façon.
Vous me dites que ce que j'ai voulu, c'est
» une protestation violente contre une circu-
laire qui n'a fait cependant que rappeler
» les règles fondamentales de l'exercice pu-
blie du culte catholique en France, » J'ai
protesté je proteste de nouveau. Aucune loi,
aucune règle fondamentale ou autre de l'exer-
cice du culte catholique en France ne peuvent
justifier cette circulaire. Ces lois et ces rè-
gles, vous n'avez pas même essayé de les
citer.
e Ce que vous appelez a une protestation
» violente u est encore, d'après vous, une
provocation préméditée. Non, monsieur le
ministre, il n y a ni violence ni provocation
dans l'acte que j'ai accompli. 11 y a une pro-
testation préméditée, réfléchie, nectaire.
dont j'ai accepté et dont j'aceepte la respon-
labilité devant tes hommes et devant Dieu.
Mgr Turinaz termine ainsi son éloquente
réponse
Vous en appelez à l'opinion publique. Mais
les manifestations de l'opinion publique
m'arrivent tous les jours et à chaque instant
énergiques, vibrantes, unanimes, de tous les
points de la France. Elles me disent que,
vous et les vôtres, vous n'avez point encore
étouffé etsupprimé l'àme libérale, chrétienne,
généreuse et vaillante de notre grand et cher
pays.
Vous m'annoncez que vous supprimez mon
traitement. Je n'ai jamais tenu ni aux hon-
neurs ni à l'argent. Je tiens à mon devoir et
a l'honneur. Vous me menacez d'autres me-
sures. Faites 1 Je n'ai jamais bravé personne,
mais je n'ai jamais craint personne. Je ne
commencerai pas par vous.
Recevez, monsieur le ministre, l'assurance
de mes sentiments respectueux.
Charles-François,
Eeèque de Nancy.
LA BASILIQUE DE SAINTE-
AXlVK-D'AaJKAY
L'émotion Sainte-Anne. La ruine du pays.
Sainte-Anne-d'Aurav, 24 avril. Le bruit
d'après lequel l'abominable Défroque voudrait
fermer Sainte-Anne-d'Auray a jeté la cons-
ternation et aussi provoqué l'indignation de
tous. Ce serait en effet Qui de toute la ville,
où viennent chaque année de trois à quatre
cent mille pèlerins. Dans le seul mois de
juillet, la gare d'Auray distribue dans les
120,000 billets.
En et moment, ce ne sont pas des étran-
gere, ce aont les gens de Sainte-Anne, y com-
prie lea simples marchandes de chapelets, qui
viennent prier Sainte-Anne de leur épargner
la ruine et conserver la basilique la foi.
POURSUITES CONTRE
UNE RELIGIEUSE
A Coray. Une superbe plaidoirie
di M. de Chamaillant
Châteaulin, 21 avril. Hier est venue
devant le tribunal correctionnel do Château-
lin, l'affaire de la Soeur Saint-Jean-François
des Filles de Jésus, prévenue d'avoir tenu à
Coray une école clandestine.
L'accusation était ba;ée sur on rapport de
l'inspecteur primaire, Nicol, disacl avoir
surpris la Sœur faisant classe à deux élèves à
la fois.
Au moment de l'affaire la salle était bon-
dée de curieux venus pour suivre les débats
et entendre le sympathique M. da Chamail-
lard, sénateur da Finistère, avocat, défenseur
de la Soeur.
Pendant une heure durant, l'éloquent avo-
cat parla avec la verve, l'habileté, l'érudition
qui lui sont naturelles. Il a produit nue im-
pression profonde.
Après le réquisitoire du ministère public,
le tribunal a renvoyé i huitaine pour la pro-
noncé du jugement.
DIVERSES MANIFESTATIONS
Des scellés pas commode à posar. on a».
lève les port. Une fuite Tpar-desau»
un mur.
Veraaillea, 24 avril.
Le jugement sur le référé introduit par le
juge de paix contre les Capucins avait été
rendu hier soir, 6 heures. Il autorisait X
apposer les scellés provisoirement.
Dès que les Capucins connurent ce jagej-
ment, la cloche du couvent fut mise en
braule. Un4 foule d'un millier de personne»
s'étant amassée cet appel, l'opération fut
remise à ce matin.
Le juge de paix ce matin à 6 heures s'est
donc rendu au couvent des Capucins, dont ils
ont refusé da lui ouvrir la porte. L'entrée ne
lui a été accordée qu'à 7 heures. Pius de 500
personnes étaient réaoies dans la cbapelle
pour entendre la messe. Mais le juge de paix,
reçu par le Père gardien put passer inaperçu
et commencer à mettre les scellés dans l'in-
térieur du couvent.
L'arrivée du juge de paix dans la chapelle
provoqua une agitation générale. Toutes lu
portea de la chapelle furent enlevée* pour
empêcher le magiatrat d'accom plir sa mission.
Eu même temps, ion clochas du couvent son-
naient de nouveau et ies manifestants .8
groupaient autour du juge de paix en criant
des protestations. Avec le concours des Pères,
le magistrat put ae retirer.
D'après une autre version, le magistral
aurait dû fuir par dessus un mur.
Les manifestants escortèrent le juge qu'on a
haie d'agents dat protéger, Une arrestation
fut opérée.
Rue Rameau, la police réussit a maintenir
les manifestants qui retournèrent au couvent.
Une affiche collés sur la porte de la cliapelle
dit que les habitants de Venailles tout hom-
mage aux Pères do leur profond respect pro-
testent contre la condamnation prononcée
contre les religieux qui n'ont fait à Versaille»
que le bien depuis 50 ans, et expriment
l'ordre de Saint-François-d'Assises leurs féli-
citations ardentes et leurs sincères remercie-
ments pour la résignation dont lei Pires tout
preuve.
Muire apposition difficile
Nancy, 24 avril. Dans l'aprèd-midi
d'hier, le juge de paix a apposé les scellé»
chez lea Pères Rédemptoristes de Saint-Nico-
laa. La foule était maniée devant l'ètablisse-
ment et jusque daua les vestibules. Dm pro-
testatious nombreuse! s'élevèrent et des cris
de Vivent lei Pères Vive la liberté écla-
tèrent à l'arrivée du magistrat.
Des cantique* furent ensuite entonnés.
Les manifestants réussirent à deux repri-
ses à empêcher le juge de paix de pénétrée
dans la chapelle. Le supérieur tit ecn'n entrer
la magistral et protesta devant une centaine
d'amis.
Il rappela l'excommunication qui frappe
tous ceux qui touchent aux bieoa de l'Eglise.
Lei scellés furent enfin apposés.
Les Péres, en partant, distribuèrent à la
population émue des fleura qu'ils culti-
-valent.-
EN BRETAGNE
A L'ABBAYC IDE KERItÊftiEAI
Avant l'aube. Deux lieues pour aller a la
messe 1 Une alerte. Un truc de ca
bon M. Selgland.
(De noire envoyé spécial)
Breit, 21 avril. Le délai imparti aux
Révérends Pères Bénédictins da l'abbaye de
Kerbéûéat pour se conformer à la décision
qui le3 obiigo se disperser, ayant expiré
hier soir, jeudi, il était à supposer que les
agents de M. Combes viendraient apposer les
scellés sur le monastère, aujourd'hui ven-
dredi, et cette croyauce s'était accrédité*
d'autant mieux qu'hier matin, il. la pointe da
jour, le commissaire de police de Lauderneaa
avait fait nue visita à l'abbaye pour notifiera
l'un des Pères l'autorisatiou provisoire da
préfet de résider dans l'hôtellerie voisine de
l'abbaye. Cette autorisation résulta d'une de-
mande ad hoc faite par le Père Cureutiu Le
Gueu pour cause de maladie.
Doue, bien avant l'aube, une foule de catbo.
!iques, hommes et femme' de Piounëveater,
de la Hoche et de diverses paroi j-jci du la ré-
gion, prenaient position sur la colline, an
sommet de laquelle se trouve l'abbaye, que
surmonte la statue de St-Benoît. Au nombre
des premiers arrivaots, se remarque l'honu-
rable M. Soubigou, maire révoque da Ploune-
venter et la plupart des membres du Conseil
municipal de la commune, qui tiennent à
protester contre cette nouvelle atteiuto à la
liberté du culte, car c'est une véritable viola-
tion de la liberté qui se prépare a Iveibéuéat,
où l'église était fré
l<>urs paroisses l'tounéveutor ou la Hoche-
Mvirics. Lorsqus les Pères seront partis,
certains devront accomplir un trajet de 4 Ici-
louiùtres pour assister à un ofUcs du diman-
che, et c'est une des raisons pour lesquelles
les protestataires, qui séjournent autour da
monastère, y sont ei nombreux et si dévoués
à la personne des Pèies bénédictin* qui ont
d'ailleurs répandu sur la région,depuis 23 ans,
d'innombrables bieuûiu.
Au monastère q'ie j'ai visité de fond en
comble, après avoir présenté mes respects
au Père Abbé religieux, il ne reste plm que
FEUILLETON de l'Ouest-Eclair 5;
LE RÉGIMENT
par Jules MA U Y
PREMIÈRE PARTIE
ÎE SOUS OFFICIER JACQUES
v
Puis il lui vint, à la pauvre femme, l'en-
tie de savoir ce qui se passait dans ce
coeur d'homme, de se faire raconter ce
qu'il pensait de ses parents inconnus, de
son père, dc sa mère elle voulait entrer
plus profondément dans ses rêves, afin
de le connaitre mieux. Elle se disait que,
de cette façon, si en un coin du monde
vivait son fils, elle saurait peut-être, par
ce que Jacques pensait de sa mère, ce que
l'enfant perdu pensait d'elle-même.
il y avait une superstition dans cette
Idée.
Si mon fils vit, se dicait-elle, il pense
eomme Jacques. Et si Jacques me con-
éamne, mon fils me condamne aussi,
Elle ne réfléchissait pas qu'il était peut-
être dangereux d'interroger ainsi le sous-
officier que peut être tant de questions
spéciales feraient naître en lui des soup-
çons.
Elle ne se disait rien de tout cela. Elle
allait droit devant elle, les yeux fermés
attirée par l'inconnu, éprouvant à se tor-
turer ainsi une volonté douloureuse.
Vous pensez bien souvent 4 votre
père, monsieur Jacques ?
Oh 1 oui, madame. Longtemps j'ai
conservé l'espérance qu'un jour ou l'autre
je le verrais. Je ne pouvais pas me faire
à l'idée si triste que ma vie s'écoulerait
sans que je le connusse. mais aujour-
d'hui.
Aujourd'hui ?
Je suis plus sage, dit-il avec un mé-
lancolique sourire. Je ne puis demander
1 impossible. J ai fait mon deuil. Je ne re-
connaitrai jamais mon père.
Comment vous le représentez-vous ?
Beau, grand, fier et doux, ayant
toutes les qualités du cœur et de l'esprit.
C'est ainsi que je me suis créé son portrait
dam mon imagination.
Avez-vous. essayé, du moins, dé vous
expliquer votre abandon, les motifs qui
peuvent avoir poussé vos parents à vous
délaisser, enfin toute cette triste histoire?
Que penser, de cela, madame ? De quoi
uls le victime ? Le sais-je ? Mes parents
ne me pleurent-ils pas, peut-être.
De sorte que vous ne lui en voulez
pas ?
A mon père 1 Oh que Dieu m'en
garde jamais.
Vous ne le haïssez pas ?
Il n'est pas cause de mon abandon,
le suis sûr, il en a souffert, et s'il vit, en
souffre encore. et si je devais l'accuser
de cet abondon, je ne lui en voudrais pas,
je l'excuserais, parce que je suis persuadé
qu'il aurait fallu, pour en venir à une
pareille extrémité, des motifs si graves
que moi-même, qui suis victime, je devrais
les approuver.
Et ces motifs ?
Qui sait ? dit Jacques très bas.
L'honneur de ma mère, peut-étre. Un
remords Il!
Elle tressaillit.
N'est-ce pas d'elle-même qu'il parlait,
en ce moment ?
En tremblant de plus en plus fort, elle
demanda
Et votre mire Pensez-vous à elle
quelquefois ?
Ma mêie 1 fit-il, la voix toupée par
un sanglot. Je saurais qu'elle a vu ma
naissance avec horreur. que je n'ai été
pour elle qu'un objet de répulsion et de
haine. Je saurais qu'elle a voulu me
tuer et que c'est elle qui, de sa propre
volonté, pour se débarrasser de moi, m'a
jeté sur la grande route, j'aurais à lui
reprocher tous ces crimes, que je l'aimerais
encore.
Ces crimes, monsieur Jacques, votre
mère ne les a pas commis, une mère en
est incapable. Il iaut l'aimer, l'aimer sans
cette pensée-là. autrement ce serait
mal.
Cette pensée, je ne l'ai jamais eue.
Et comme se parlant à lui-même
Ma mère aU 1 comme j'ai envié les
petits enfants autour de moi. Et que de
fois, j'ai demandé « Pourquoi n'ai je pas
une mère comme les autres ? Il me
semble que je l'aurais adorée, ma mère.
Je n'aurais vécu que pour elle. Que de
fois, pendant les nuits, mes rêves ont été
peuplés de son image. Elle m'apparaissait
toujours belle, toujours jeune, toujours
triste, aussi, et je ne sais pourquoi tou-
jours vêtue de deuil. ma mère I Et je
me dis, le désespoir au coeur, que peut-
être elle vit. quelque part. me cro-
yant mort. qu'elle me pleure comme je
la pleure. Où est elle, mon Dieu ? où
est-elle ? qui me lu dira ? Ah que celui-
là qui me la montrerait prenne ensuite ma
vie, pour le payer d'une minute d'un
pareil bonheur. Je la lui donne I. Et
je pense quelquefois c'e9t une folie je le
sais le pense qu'il a pu se faire que je
me sois trouvé en sa présence, que je lui
ai parlé, comme je me trouve devant vous,
madame, et comme je vous parle et que
rien n'a crié, dans mon être C'est ta
mère. prends-la donc et fuis donc avec
elle 1 Rien c'est effroyable, cette pensée-
là. ma mère 1
Et il avait peine à retenir ses larmes.
Je vous ai attristé, monsieur Jacques,
le vous en demande pardon.
Vous m'avez fait plaisir, au contraire,
madame. Mon cœur est si gros, si gon-
flé parfois, que j'ai besoin de confiden-
ces.
Eh bien, monsieur, dit-elle, je suis
mère, moi. je comprends ce que vous
souffrez. je me sens pour vous beaucoup
de tendresse. Lorsque vous voudrez parler
d'elle ne m'oubliez pas. accourez. je
recevrai vos confidences, et quand vous
partirez, vous serez un peu mons triste.
vous concevrez pour moi un peu plus de
gratitude et moi je vous en aimerai davan
tage.
Oh 1 qua vous !tes bonne, madame,
et comme je vous chérirai 1
J'y compte et je ferai mon possible
pour cela,
L'émotion de la comtesse était intradui-
sible. Il lui avait fallu pour se contenir
une émotion virilo. En entendant oRiler
de Jacques, ellc avait fermes les yeux pour
mieux vivre un moment avec ses souvenirs
et elle avait cru entendre son lils se plai-
gnant doucement de son abandon, lui
pariant de son enfance et de sa jeunesse.
Son trouble avait c!; si grand qu'elle avait
failli se trahir et il é;ait temps que l'entre-
tien finit. Elle ne ne sentait plus la force
de le supporter.
Elle se leva lentement, traversa le saloa
et sortit.
Comme Jacques et Marjolaine cela
était convenu devaient restcr à dîner
chez ie colonel, rc'ui-ci ne prit pas garda
à la disparition de la comtesse.
Il crut qu'élis allait donner .^u:iquet
ordres.
Elle rentra chez elle.
Et heureusement qu'efteéliit seule, que
M. de Cheverny ne se trouvait pas auprès
d'elle, car à peine fut elle dans sa cham-
bre qu'elle s'affaissa loaoimce, d\ns uit
fauteuil.
Longtemps elle resta éviacule.
Ce fut 8ernard qui la rappela a la
vie.
Après une demi-heure, etcnao de os)
point la voir revenir au salon, lt jeuac
homme était tort:, s'était informe, étais
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